Le Lightning P-38 ou « Double queue »

La Petite Gazette du 11 janvier 2012

M’ECLAIREREZ-VOUS A PROPOS DE CET AVION ?

Monsieur Houlmont, de Boncelles, est lui aussi un lecteur fidèle de La Petite Gazette et il aimerait profiter des incroyables connaissances des lecteurs en matière d’aviation militaire. « Je ne suis qu’un néophyte dans ce domaine, m’écrit-il, mais j’aimerais en savoir davantage sur cet avion dont je vous présente la photographie d’une maquette.

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« Je crois qu’il s’agit du Lightning P38 U.S.A. Quand j’observe les ailes et les ailerons, je me demande s’il ne s’agit pas là d’un « cousin » du Spitfire. Cet avion avait plusieurs surnoms « monstre à deux queues » par exemple. Je l’ai vu voler à Angleur, entre 1947 et 1950. Nous, tout le monde peut-être, on l’appelait le Mosquito ; mais avions-nous raison ? »

Merci d’apporter les réponses attendues par ce lecteur et par celui qui suit.

Monsieur A. Maréchal, de Bende, est également intrigué par ce type d’avion :

« En 1943 ou 1944, nous écoutions Radio Londres, pom-pom-pom … J’entendais souvent cette annonce : « Les Mosquitos de la R.A.F. ont accompli X missions pour aider le Maréchal Tito. » Quel était le modèle de ces avions ? D’où venaient-ils ? »

La Petite Gazette du 25 janvier 2012

M’ECLAIREREZ-VOUS A PROPOS DE CET AVION ?

Monsieur Houlmont, de Boncelles, a frappé à la bonne porte pour obtenir des informations à propos de cet avion dont il nous présentait cette photographie d’une maquette. Les passionnés de l’aviation militaire que La Petite Gazette compte parmi ses lecteurs nous éclairent de leurs lumières.

Monsieur Jean d’Olne nous apporte sa contribution : « La question de M. Houlmont est amusante: il a bien reconnu le P38 Lightning, l’inoubliable « deux queues » américain de mes sept ans. Mais il ne doit surtout pas le confondre avec le Mosquito, un tout autre appareil. Le Mosquito (Mossie pour ses équipages) était un avion biplace construit par la société britannique Havilland. Réussite exceptionnelle, le Mosquito avait la particularité d’être construit en grande partie en bois, ce qui lui donnait une signature radar très faible.

Ses performances étonnantes lui ont valu de remplir de nombreuses missions : bombardier de jour rapide, chasseur-bombardier, bombardier tactique, chasseur nocturne ou diurne, avion d’intrusion, avion de reconnaissance et chasseur embarqué. Ceci répond en partie à M. Maréchal. D’où il venait ? Le « Mossie » a été utilisé sur tous les fronts de la 2ème Guerre Mondiale…donc ceux qui intervenaient en Yougoslavie étaient vraisemblablement basés en Italie. Un détail concernant la fin de ces appareils à structure en bois: pendant le conflit de la naissance de l’état d’Israël, de nombreux exemplaires récupérés dans les surplus alliés se sont retrouvés là-bas. Mais les colles utilisées pour l’assemblage ont fini par se détériorer, et l’entretien est devenu de plus en plus difficile, les appareils étant finalement retirés des opérations, ils étaient devenus inutilisables. »

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, s’est évidemment manifesté… le contraire vous aurait étonnés autant que moi… « Pour répondre à la question de M. Houlmont, non, cet avion n’est pas un Mosquito, et il n’a rien à voir avec le Spitfire. Il s’agit bel et bien du Lockheed P-38 « Lightning » d’origine américaine. Le P-38 était un avion de chasse monoplace de la Seconde Guerre mondiale. Le prototype a effectué son premier vol le 27 janvier 1939.

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Les P-38 Lightning ont été utilisés sur tous les théâtres d’opération de la Seconde Guerre mondiale par l’USAAF. Grâce à son important rayon d’action, il s’est distingué notamment dans le Pacifique. Sa vitesse, son rayon d’action, sa vitesse ascensionnelle, et sa terrible puissance de feu concentrée faisaient du P-38 un adversaire redoutable pour les Zero japonais. C’est avec ce type d’avion que le 1Lt Rex T. Barber a abattu l’avion japonais qui transportait l’amiral Isoroku Yamamoto au-dessus de Bougainville.

Quelques caractéristiques :
Dimensions : longueur 11,53 m, hauteur 3 m, envergure 15,85 m.
Poids à vide 5800 kg, poids opérationnel maximal 9798 kg.
Deux moteurs de 12 cylindres en V du type Allison V-1710-111/113 développant chacun 1194 kW, et refroidis par liquide sous pression. Chacun des moteurs était renforcé par un turbocompresseur.
Les deux hélices tournaient en sens opposés ce qui éliminait le couple de torsion de l’avion.
Prestations: Vitesse maximale 667 km/hr, vitesse ascensionnelle 24 m/s, autonomie 3640 km, rayon d’action 1770 km, plafond maximal 13.400m
Armement: Le nez abritait un canon calibre 20 mm (150 cartouches), et quatre mitrailleurs de calibre 12,7 mm. Un dispositif sous les ailes permettait le transport de deux bombes de 900 kg (ou quatre de 225 kg), et de dix roquettes air-sol de calibre 127 mm.

Le P-38 était le premier avion à franchir la vitesse de 600 mph (640 Km/hr). Il était particulier aussi par le fait de disposer de trois roues dans son train d’atterrissage. Il se différencie de tous les autres avions bimoteurs par le fait qu’il ne dispose pas d’un fuselage, et son cockpit est en fait une nacelle suspendue entre les deux moteurs.

En Europe, les P-38s ont effectué 130.000 sorties avec un taux de perte de seulement 1,3%. Malgré ses points forts, le P-38 n’était pas vraiment considéré comme un succès sur le théâtre d’opérations européen. »

Monsieur Alph Grandhenry, de Dolembreux, complète encore votre information et donne au curieux un prolongement à La Petite Gazette :

« Le De Havilland mosquito est aussi un chasseur bombardier bimoteur mais sa silhouette est très différente de celle du P38 Lightning. Il affiche un fuselage d’avion classique et non la configuration bipoutre du P38. Le Mosquito a été  qualifié de « plus belle réalisation » de l’aéronautique militaire britannique. Construit en contreplaqué de bois, il était peu visible au radar. Il était équipé de deux moteurs Rolls Royce Merlin XXI de 1460 ch chacun. Son rayon d’action frôlait les 3000 km et sa vitesse était de 611 km/h Cette extraordinaire machine était spécialisée dans les raids de bombardement  léger de nuit et dans les missions de reconnaissance  à longue distance. Je joins deux photos de cet avion de légende.

A tout hasard, la force aérienne belge fut dotée de Mosquito au début des années 50 » Comme je vous l’annonçais ci-dessus,  Monsieur Grandhenry vous invite à découvrir une histoire surprenante : « Il s’agit de la découverte au Groenland de plusieurs avions P38 recouverts de 70 m de glace. Il faut saluer la performance technique visant à la récupération de ces appareils, mais une telle dépense se justifie-t-elle ? Comme disait Rudyard Kipling : « Ceci est une autre histoire »! Les lecteurs devraient être intéressés par ce document hors du commun qu’ils découvriront à l’adresse suivante :

http://uwpresse.com/SERVER/reportages/DECOUVERTE/GROENLAND_P38/ppages/ppage1.html . En quelques mots, ils y apprendront que : « Le 15 juillet 1942, sept avions Lockheed P 38 qui escortaient des bombardiers B17, furent forcés de se poser au Groënland en raison du mauvais temps. Durant des années, une épaisse couche de glace se format autour d’eux. En 1992, un groupe d’explorateurs danois décidait de tenter de retrouver les avions et de les libérer d’une couche de glace de 70 mètres d’épaisseur. Simplement en faisant fondre la glace et en pompant l’eau récoltée. Deux puits furent creusés pour accéder à un des avions. Une fois dégagé, des techniciens démontèrent pièce par pièce le P38, qui fut envoyé ainsi aux Etats-Unis, dans l’état du Kentucky. Là-bas il fut remonté et restauré. En octobre 2002, le modèle ainsi récupéré, le « Glacier Girl », effectuait son premier vol depuis 60 ans. »

Monsieur Martin Huwart : confirme que « M. Houlmont nous présente en effet une photo d’un P38 lightning dont l’exploit le plus mémorable est la liquidation de l’amiral japonais Yamamoto. Le Mosquito, construit par De Havilland, était un bombardier bimoteur –biplace ultra-rapide car construit en bois. Sa vitesse le rendait quasi insaisissable pour la chasse allemande, car sa construction en bois le rendait très peu détectable pour les radars allemands.

Ce « moustique » rendait Göring enragé et seule la FLAK allemande avait une chance de l’épingler. Une de ses fonctions était la reconnaissance photo en rase-mottes.

Son exploit le plus célèbre est l’attaque de la prison d’Amiens, permettant à des dizaines de résistants de s’échapper après un bombardement d’une précision diabolique. »

Enfin, Monsieur Didier Ridoux nous apporte encore d’autres précisions : « Il s’agit bien du lightning  P38. Cet avion et ses dérivés ont été utilisés sur tous les théâtres d’opération de la Seconde Guerre mondiale par l’USAAF (aussi bien en Europe que dans le Pacifique). Il a un important rayon d’action. C’est grâce à cette qualité que l’américain Rex T. Barber (et non Tom Lamphier) a pu intercepter l’avion de l’amiral Isoroku Yamamoto. Aidé dans cette tâche par la légendaire ponctualité de ce dernier….) au-dessus de Bougainville.

C’est l’arrivée de ce chasseur sur le théâtre d’opération européen qui permet le bombardement de villes allemandes éloignées. En effet, sa distance de franchissement surclasse nettement le Spitfire; ils sont les seuls capables d’escorter les bombardiers au-dessus de l’Allemagne ou de l’Autriche jusqu’à l’arrivé du P-51 Mustang. Il est surnommé Gabelschwanz Teufel, signifiant « diable à queue fourchue ». Parmi les nombreux pilotes de P-38 ou dérivés, on retrouve le pilote-écrivain français Antoine de Saint-Exupéry, qui disparait au cours d’une mission Ajaccio-Chambéry, avec son F-5B-1-LO le 31 juillet 1944. Il y a aussi les deux pilotes américains de la Deuxième Guerre mondiale ayant abattu le plus d’avions ennemis : Richard I. Bong et Thomas Mc Guire. »

Un grand merci à tous ces intervenants, la semaine nous en retrouveront d’autres et, notamment, M. Jacques Bastin qui, après une carrière entière d’officier au sein de la Force aérienne, en connait un brin sur le sujet…

La Petite Gazette du 1er février 2012

ENCORE A PROPOS DU LIGHTNING ET DU MOSQUITO

Vous avez vraiment été très nombreux à vous manifester pour répondre à la question posée par M. Houlmont et, comme lui, j’en suis ravi. Je vais essayer d’éviter les redites et de ne puiser dans toutes les communications reçues que les informations nouvelles. On en reparlera.

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, nous donne quelques informations sur un des grands exploits de cet avion. « Ce Lightning P38 était un avion formidable par son rayon d’action extraordinaire qui lui permettait notamment de survoler, pratiquement sans aucuns  problèmes de ravitaillement en carburant d’énormes superficies de l’Océan Pacifique. C’est d’ailleurs un appareil de ce type qui a intercepté et abattu au-dessus de l’île de Bougainville l’avion transportant le Grand Amiral en chef Yamamoto lequel effectuait alors une inspection secrète de toute la flotte nipponne. Il faut dire, pour la petite histoire, que les opérations du chiffrement japonais étaient tellement peu sûres que les Américains pouvaient assez facilement déchiffrer et ainsi lire les messages les plus secrets que les Japonais s’envoyaient entre eux. C’est ainsi qu’ils apprirent que ce grand amiral en chef allait bientôt survoler l’Archipel des Salomon et qu’il suffisait donc d’attendre son passage [A bord d’un G4M BETTY (Bombardier léger bimoteur)] pour très aisément l’abattre.

Disons encore que ces mêmes P38 se montrèrent tout aussi redoutables sur le Front européen notamment au cours des attaques des Troupes allemandes en retraite. Les militaires allemands, qui en avaient une véritable sainte trouille, l’avaient d’ailleurs remarquablement baptisé de « Gabelschwanz teufel », c’est-à-dire « Diable à queue fourchue ».

Quand au Mosquito, dont la cellule était exclusivement réalisée en bois (des lamelles de bois de bouleau et de balsa étaient collées entre elles) afin de pouvoir se passer des métaux de fabrication habituels risquant peut-être de devenir plus rares. Ce bombardier britannique, ainsi constitué, étant beaucoup plus léger, volait nettement plus vite que les autres appareils, y compris les chasseurs ; en outre, sa structure originale le rendait nettement plus difficile à être détecté par le radar. Deux personnes prenaient place à bord. Il a également porté le sobriquet de « Wooden wonder » soit « Merveille en bois ».

Hermann Goering, vivement impressionné par cet avion qui, selon ses propos, pouvait être fabriqué même chez un simple fabricant de pianos, agit pour que l’Allemagne nazie s’applique à produire un appareil similaire. Et, ils réussirent ainsi à sortir, en 1943, le Focke-Wulf TA164. Mais, les Allemands rencontrèrent alors de très sérieux problèmes de production de colle adéquate (En effet, leur usine principale de fabrication de colle, en Allemagne, ayant été détruite lors de raids alliés), tout cela fit enfin que la cellule de leur nouvel appareil en bois se décollait et se détruisait irrémédiablement en vol. Le projet de fabrication d’un avion allemand avec cellule en bois fut donc ainsi définitivement  abandonné.

Pour terminer, j’ajouterai encore qu’un des tout grands as audacieux sur avion Mosquito était le Belge Charles Roman, DFC, DSO, lequel s’est tué, en Météor 11, lors d’un vol de nuit exécuté en 1954. Il était alors Lieutenant-Colonel  et commandait la Base de Beauvechain. »

La Petite Gazette du 8 février 2012

TOUJOURS CET AVION

Monsieur Jean-Marie Lemaire, comme bien d’autres lecteurs encore, nous informe sur ce formidable avion :

« Cet avion trouvait ses origines dans un programme de l’US Army Air Force en date de 1937 concernant un chasseur à hautes performances. Comme les exigences officielles portaient sur une vitesse maximale, une vitesse ascensionnelle et une autonomie supérieures à celles d’un monomoteur classique, le bureau d’études de Lockheed décida d’adopter une formule bi-moteur. Monoplan à aile médiane doté d’une nacelle montée sur la section centrale de voilure, le P-38 possédait un fuselage bipoutre et un empennage bi-dérive. La roulette de nez du train d’atterrissage tricycle s’escamotait dans la nacelle centrale tandis que les deux jambes principales se rétractaient dans les poutres. Le prototype, baptisé XP-38 et équipé de deux moteurs Allison de 960 ch quitta le sol le 27 janvier 1939, mais fut détruit au cours d’un atterrissage après 12 heures de vol seulement. A cette époque cependant, les essais s’étaient révélés suffisamment probants pour qu’une commande de 13 YP-38 de présérie fût passée le 27 avril 1939. Les appareils de série entrèrent en service à la fin de 1941, la première victoire étant homologuée le 14 août 1942, aux dépens d’un Focke-Wulf 200C-3 au-dessus de l’Atlantique Nord. Il fut construit à raison de 10037 exemplaires, dont 113 par Consolidated-Vultee en sous-traitance. »

Messieurs Richard De Lahaye, Marc Duchêne, Henri Fraiture, Gérard Schimmelpenninck, d’Amonines, nous ont également apporté bien des précisions sur cet avion et nous les en remercions.

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, m’écrit son désaccord sur cet épisode si particulier de la guerre du Pacifique, la fin de l’amiral Yamamoto :

« C’est incontestablement Tommy Lamphier qui a abattu la « Sally » transportant Yamamoto, ce pourquoi il a été promu capitaine et a reçu un télégramme personnel de Roosevelt. L’avion s’est écrasé en feu dans la jungle à quelques kilomètres de l’aérodrome de Kahili.

L’exploit de Lamphier ne sera connu qu’après la capitulation du Japon ; son frère Charles était prisonnier depuis la chute de Bataan et on craignait des représailles.

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Rex Barber a quant à lui abattu la seconde « Sally » transportant le reste de la suite de l’amiral, laquelle s’est écrasée en mer.

La mort de Yamamoto, brillant stratège, marque le tournant de la guerre du Pacifique. »

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, rapportant lui aussi cet exploit, confirme que le lightning qui a abattu Yamamoto était bien le lieutenant Barber.

Alphonse Grandhenry, de Dolembreux, nous donne des informations sur le devenir de certains Mosquitos, avion également évoqués par M. Houlmont : « En 1947, la Force Aérienne Belge crée deux escadrilles de chasse de nuit, soit les 10e et 11e. L’avion sélectionné pour équiper ces deux unités fut le Mosquito NF MK30. Les avions acquis par la Belgique étaient des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale disponibles à bas prix. Au total 24 Mosquito NF30 furent commandés et mis en service. Les premières livraisons débutèrent en novembre 1947 et les appareils entrèrent en service, à la base de Beauvechain en mai 48. Ce n’est qu’en 1952 que le maximum d’appareils en service fut atteint. La disponibilité des appareils sera assez faible suite à l’usure due à la guerre et au manque de pièces détachées. C’est l’usine Fairey de Gosselies qui fut chargée de leur entretien.

Les Mosquito volèrent sous les couleurs belges jusqu’en 1952 pour la 11e escadrille et jusqu’en 1956 pour la 10e. Ils furent remplacés successivement par les Meteor NF et les Avro Cannuck. Un de ces Mosquito trône aujourd’hui dans le grand hall du Musée Royal de l’Armée à Bruxelles. Il s’agit de l’exemplaire qui portait l’immatriculation MB 24 et qui appartenait à la 10e escadrille de chasse de nuit du 1er Wing de Beauvechain.

Un immense merci à vous tous qui répondez si gentiment, si agréablement et d’une façon si intéressante à toutes les questions qui vous sont soumises.

La Petite Gazette du 3 octobre 2012

JE ME SOUVIENS DE CE CHASSEUR AMERICAIN A DOUBLE QUEUE

Monsieur Albert Dufays, de Sprimont, s’est passionné pour vos récits concernant les avions Lightning et Mosquito et il nous parle à son tour d’un autre avion qui l’impressionnait.

« J’ai suivi avec attention les histoires conjuguées du Lightning et du Mosquito dont j’ai été, en leur temps, éperdument amoureux – j’avais 18 ans en 1944. Je me suis rappelé que les Américains avaient, sur la fin de la guerre, sorti un chasseur de nuit dont la silhouette « à deux queues » ressemblait étrangement à celle du P.38. je n’ai malheureusement pas retrouvé le croquis que j’en avais fait à l’époque et je ne me souviens plus de ses caractéristiques précises, ni de se performances.

Il s’appelait le « Black Widow (La veuve noire !). »

Une rapide recherche menée sur le site « avions légendaires.net », l’encyclopédie de l’aviation militaire en ligne depuis 1999 me permet d’apporter les informations souhaitées par M. Dufays : black-widow

« Le seul chasseur allié spécialement conçu pour la chasse de nuit, qui entra en service pendant la guerre, fut le P-61 Black Widow (veuve noire), gros comme un bombardier moyen, mais docile et manœuvrable. Premier chasseur de nuit entré en service dans l’US Army Air Force, le P-61 Black Widow se caractérisait par un fuselage bipoutre et une nacelle centrale dotée d’un canon en tourelle, démonté par la suite en raison des problèmes de vibrations qu’il provoqua. Il fut le premier à disposer de spoilers au lieu d’ailerons, ce qui lui permettait d’avoir de très grands volets et un grand écart de vitesse pour opérer depuis des terrains étroits.
Le prototype de cet appareil, désigné XP-61, effectua son vol initial en mai 1942, suivi par un second prototype et par 13 machines de présérie désignées YP-61. 706 furent construits, entrés en service avant juin 1944. Quatre versions de série turent construites le P-61 A, avec des points d’attache sous voilure pour des réservoirs largables ou des bombes (200 exemplaires); le P-61 B (450 exemplaires dont 250 avec une tourelle dorsale); le P-61 C, avec deux moteurs R-2800-73 de 2800 ch (41 exemplaires); et l’avion de reconnaissance F-15A Reporter, redésigné par la suite RF-61C (36 exemplaires).

Entré en service en 1944, à une époque où les bombardiers de l’Axe ne se risquaient plus guère au-dessus des territoires tenus par les Alliés, le Black Widow obtint cependant des résultats spectaculaires, en particulier dans le Pacifique. »

LES CHANTIERS DE DECOUPE DE BOIS

La Petite Gazette du 12 juin 2013

QUI NOUS PARLERA DES CHANTIERS SUR LESQUELS LES BOIS ETAIENT DECOUPES A MESURE ? 

Monsieur Josy Depierreux, de Vielsam, évoque des souvenirs professionnels et vous interroge sur des réalités disparues :

« Mon métier de conducteur de trains m’a permis de circuler dans bien des gares où les espaces libres étaient souvent occupés par des chantiers de découpe de petits bois alors pourrait-on aborder ce sujet dans La Petite Gazette ?

Il n’y a pas si longtemps, on pouvait encore admirer dans bien des gares desservies par la ligne 42 Rivage-Gouvy des endroits réservé à la découpe de bois. Depuis la forêt, les camions ou jadis des chariots acheminaient des bois en long qui étaient découpés en longueurs différentes suivant les sections et leurs futures utilisations. Après, il fallait semble-t-il charger les wagons à la main.

train-dans-les-bois« Photo prise par mes soins le 29 avril 1988, près de l’entrée côté gare du tunnel de Trois-Ponts, car j’avais ce jour là l’honneur de conduire ce petit train »

Quel travail, car la rentabilité devait être assurée, les commandes honorées et les salaires mérités. Toutes ces petites découpes de bois ont disparu du paysage ferroviaire, mais pourrait-on laisser la parole à tous ceux qui y ont travaillé parfois sous un soleil généreux, mais aussi lors du mauvais temps très souvent présent dans notre région ?

Depuis combien de temps ces chantiers existent-ils ?

Quels étaient les outils ou les machines utilisées ainsi que la force motrice disponible ?

Quel était le rendement demandé à un homme ?

Comment étaient chargés les wagons et quelle était leur destination ?

Les ouvriers avaient-il un abri pour manger ou se réfugier en cas d’orage par exemple ?

Les salaires étaient-ils payés en fonction du travail effectué ou à l’heure ?

Et cerise sur le gâteau existent-ils des photos disponibles ?

J’adresse déjà un grand merci à tous ceux qui voudront bien satisfaire ma curiosité d’en connaître plus sur ce passionnant et exigeant métier.

La Petite Gazette du 17 juillet 2013

QUI NOUS PARLERA DES CHANTIERS SUR LESQUELS LES BOIS ETAIENT DECOUPES A MESURE ?

Monsieur Josy Depierreux, de Vielsam, souhaitait il y a quelque temps que vous évoquiez ces réalités disparues, Madame Denise David-Lacasse, de Harre, répond à son souhait :

« En lisant cet article sur les métiers du bois, il me revient un fait que feu mon époux Marcel m’a raconté, une difficulté qu’il a rencontrée dans l’exercice de son métier.

La guerre terminée, dès 1945, mon mari, 22 ans alors, a travaillé en exploitation forestière comme découpeur : les troncs d’arbres arrivaient sur son lieu de travail après avoir été ébranchés et pelés. Son travail consistait à scier à la longueur demandée, à trier les bois selon leur grosseur et à les charger sur des wagons pour les envoyer, par le vicinal, en région liégeoise pour le besoin des charbonnages.

Je précise que le vicinal s’arrêtait dans les villages pour charger et décharger les diverses marchandises et les personnes dans le sens Comblain – Manhay. On y rechargeait ensuite les divers bois préparés pour livrer dans les charbonnages liégeois. Les chantiers où les hommes travaillaient s’appelaient « gares ».

Scier les bois était très délicat car ils avaient été mitraillés pendant la guerre et étaient assez abîmés. Il fallait donc beaucoup d’attention pour ne pas casser la scie. Quand la scie ne coupait plus, il fallait intervenir avec la pince présentée, notamment, par M. Serge Ghyse, de Nandrin. Cette pince à avoyer servait au découpeur à redresser les pointes de la lame, en wallon on disait : rimète dèl voye ; ensuite, il fallait relimer la scie. »

Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, évoque également ses souvenirs sur ce sujet :

« Dans ma région et depuis la création, en 1904, du vicinal Lierneux- Vielsalm, des quais étaient réservés à cette manutention. J’ai bien connu, dans mon jeune temps, pareille entreprise à l’arrêt de Regné-Hébronval. Il y a bien des années déjà qu’on a fait table rase de ce quai pour y installer un lotissement.

Comme le dit si bien Monsieur Depierreux, les bois en long y étaient acheminés en provenance des grandes forêts voisines. Il s’agissait d’épicéas dont le bois était très apprécié pour servir à l’étançonnage dans les galeries des mines de charbon.

Une équipe de 4 à 5 hommes était occupée à scier ces bois suivant les longueurs souhaitées. Il s’agissait en l’occurrence de la famille Frérès, le père, les deux fils plus un ouvrier. Pour leur protection, en cas d’intempéries, les braves disposaient d’un petit abri de fortune et, pour se chauffer, ils se servaient des déchets de bois, ce qui ne manquait pas. Je crois qu’ils étaient payés suivant le volume débité. Ces quatre scieurs ne sont plus de ce monde aujourd’hui !

Le travail en lui-même se faisait en continu, tous les jours ouvrables de la semaine. Les scies ordinaires subissaient régulièrement un affûtage exécuté de main de maître par un des types de l’équipe, spécialiste dans cette tâche. Au préalable, des chèvres en bois avaient été fabriquées afin de supporter les pièces à débiter. Les chèvres étaient marquées des longueurs à respecter lors de la découpe. Le sciage terminé, la marchandise était entreposée par lots respectifs le long du quai de chargement ; des wagons adéquats étaient acheminés sur des voies de garage et cela suivant les besoins. Les scieurs y déposaient les bois avec un certain art car il y allait de la sécurité lors du transport par rail jusqu’à la gare S.N.C.B. de Vielsalm où le tout était centralisé. Un transbordement avait lieu sur des wagons S.N.C.B. dont l’empattement était différent.

Des petits chantiers étaient prévus le long des voies ferrés, beaucoup disparaîtront lors de la fermeture des charbonnages et aussi lors du démantèlement des lignes du vicinal. »

La Petite Gazette du 28 août 2013

LES CHANTIERS DE BOIS DECOUPES A MESURE

Monsieur André Hubert, de Gouvy, nous confie ses précieux souvenirs à ce sujet :

« Ces chantiers existaient dans les gares mais aussi le long des routes et des chemins forestiers. A partir de l’été 1940, j’ai fait partie d’une équipe de trois personnes qui découpaient des bois en long sur la route de Dinez à Montleban. J’avais 14 ans et j’habitais Les Tailles, je marchais 7 Km pour aller de mon domicile au chantier, par des petits chemins, et faisais le même chemin au retour, le soir. On travaillait aussi le samedi et je me reposais le dimanche après-midi pour être dispos le lundi matin.

Les bois posés en long sur trois chevalets étaient découpés suivant des données fournies par le marchand. Les bois étaient tracés par un homme expérimenté qui devait bien réfléchir pour tirer le meilleur volume de la somme des bois découpés. Les bois découpés à la petite scie étaient classés par espèce. Je me souviens de trois appellations :

– sclimbes = bois minces et de faible longueur (1,50 m. environ) qui servaient sans doute à confectionner des claies de protection latérale ou verticale.

– rallonges = pièces plus grosses d’environ 3 m. de long.

– bois plus gros et de différentes longueurs pour les charbonnages et les chantiers, pour le soutènement.

Nous étions payés au volume des bois découpés et réceptionnés. Après ce chantier de 1940, le résultat financier pour chacun des participants donnait un salaire d’environ 35 francs par personne et par jour. Je n’ai pas gardé le souvenir du mode de transport utilisé vers les gares ou les entreprises utilisatrices . » Un tout grand merci pour ces renseignememts.

La Petite Gazette du 8 octobre 2013

LES CHANTIERS DE DECOUPE DE BOIS

Monsieur José Cornet, de Juzaine, évoque ses souvenirs de ce temps révolu :

« Mon frère Victor a travaillé de nombreuses années sur le chantier de la gare de Bomal comme découpeur de bois avec, entre autres, Aimé Gaspard, dit le Boubou, de Champ de Harre (que vous découvrirez sur la photo ci-dessous), Floribert Close, de Barvaux, Marcel Maqua, de Rouge Minière, Ariste Devahive, de Fays, Raymond Lambert, d’Erezée… et d’autres qui, comme lui, découpaient les bois qui avaient été découpés à la cognée et étaient amenés par camion, des Ford Canada.

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Une vieille baraque en bois, adossée au talus, servait pour les repas, déposer les vêtements et ranger le petit outillage ; il y sentait bon la résine et le café.

Nous, gamins avec mon frère, descendions à vélo sur le chantier le mercredi et nous allions souvent chercher de l’eau fraîche pour les hommes à la havée de Herbet. Ce métier était très dur car, après la découpe, il fallait charger les bois sur des wagons et, évidemment, cela se faisait à la main. Parfois, ils déchargeaient aussi des wagons pour le compte des entreprises Detrooz qui étaient toutes proches.

Après la scie à main est venue la tronçonneuse, ils en ont également découpé à la scie circulaire. Les employeurs étaient les entreprises Huet, de Grand-Menil, et Charles Rigo. Occasionnellement, mon frère Victor a également travaillé à la découpe de bois, sur l’ancienne gare de Chêne al Pierre et du côté de Martinrive. »

La Petite Gazette du 16 octobre 2013

LES GARES SNCV DE JADIS, AVEC LES  « QUAIS DE DECOUPAGE ».

Monsieur Raymond Gillet a poursuivi l’enquête, il nous livre ses souvenirs :

« La ligne SNCV PussemangeBouillon–  Paliseul comportait plusieurs quais de découpage, notamment dans les gares de : SugnyCorbionNoirefontaineMogimont (Bellevaux) et à Paliseul c’était le « quai de transbordement » où la ligne SNCV côtoyait une voie SNCB.

A l’aube des années cinquante, en gare de Noirefontaine,  il y avait en permanence plusieurs découpeurs de bois de mines ; notamment mon oncle Alfred Rosillon (né en 1928), il œuvrait avec plusieurs frères de la famille Adam. Les épicéas arrivaient déjà par camions, ces bois avaient été triés pour les « bois de mine ».

Le quai de découpage était très proche et parallèle à une voie, un emplacement était réservé aux chevalets. Au nombre de trois, ils étaient  alignés et constituaient la « gade ». Une volige reliait les chevalets, elle comportait des traits de scie tous les 10cms ; pour les mètres les traits étaient plus importants.

Après le sciage des « bois de mines », les différentes « chutes » ou pointes d’épicéas étaient triées, sciées en 1,50/1.60 m et répertoriées par grosseur (longueur de la circonférence au fin bout). Le classement était le suivant : 12/14cm – 14/16cm – 16/18cm – 18/20cm, l’oncle Alfred n’utilisait pas le mètre ruban pour ce classement,  il formait un cercle tout simplement en rapprochant les pointes du pouce et de l’index de la main.

Ces différents bois étaient fagotés en bottes et ces dernières s’appelaient les « sclimbes ». Par grosseur le nombre de bois était le suivant : 12/14 = 12 bois – 14/16 = 10 bois – 16/18 = 8 bois – 18/20 = 6 bois. Mon oncle se rappelle avoir fagoté jusqu’à 40 sclimbes à l’heure (le classement par grosseur étant déjà réalisé). Son record personnel fut la réalisation de 300 fagots de sclimbes sur une journée ; le fagot était payé 1,50fr à l’époque (1948-1950).

Je vous invite à regarder la photo d’un autorail tracteur Art. 104 qui amène des wagons vides pour chargement des bois de mine à Dochamps ; remarquez, derrière le tas des bois de mine, il y a un tas de « sclimbes » arrangés par grosseur, les rangées supérieures comportent 8 bois, les autres 6 bois.

autorail-dochamps

En ces temps-là il n’y avait pas de pointeuse sur le quai et  l’horaire était parfois irrégulier, le lundi généralement moins de 8 heures, les autres jours de 9 à 10 heures voire plus même, suivant le temps et les nécessités des  délais  de fourniture, chômage des wagons et acheminement vers Paliseul. La voie du vicinal longeant le quai de découpage permettait l’alignement de 6 à 7 wagons SNCV type à « haussette ».

Le casse-croute était vite réglé, excepté quand il y avait la « gamelle » un feu était nécessaire ce n’était pas courant parce que qui dit feu dit alimentation et surveillance, mais vu l’accumulation des pointes d’épicéas  cela devenait une nécessité.  Le coin repas était protégé des vents par un « hayon » ; rectangle réalisé avec des perches d’épicéas et de la toile de jute ou à défaut de la paille de seigle, ce hayon était incliné dos au vent et à la pluie. A cette époque la scie utilisée était toujours la scie à cadre; oncle Alfred en possédait deux, grand-père Ovide « rafraîchissait » régulièrement les lames.

Avant de conclure je souhaiterais vivement vous rappeler quelques chiffres édifiant de cette époque ; ce sont des chiffres extraits du « Rapport 1959 – 75eme exercice social SNCV ». En 1938 la dite SNCV a transporté 153.668 tonnes de bois de mines, en 1959 seulement  36.113 tonnes. Elle a possédé jusque 5.524 wagons de marchandises ouverts. Dans notre pays il y eu 158 gares de transbordement partagées avec la SNCB.

Vous remarquerez la seconde photo avec la scie, le bidon « FB » (Ferronnerie Bouillonaise) et la typique gamelle.

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La Petite Gazette du 23 octobre 2013

LES SCIEURS DE BOIS A LA GARE DE MARENNE

Voici les souvenirs qu’un lecteur a gardés de cette époque :

« A la lecture de La Petite Gazette évoquant ces chantiers de découpe de bois, je me rappelle ma jeunesse à la gare de Marenne. Une voie de chargement se trouvait sur le territoire de la gare, un heurtoir était placé près de l’ex-passage à niveau et un autre en bordure de la prairie de chez Bechoux. Deux aiguillages étaient en service ainsi qu’un gabarit afin de surveiller le chargement des wagons.

Durant de nombreuses années, on a découpé une grande quantité de bois de toutes les mesures. Beaucoup de ces bois étaient destinés principalement aux charbonnages de la région liégeoise. Ces bois servaient aux galeries souterraines, où circulaient les wagonnets poussés par les mineurs ou tirés par les chevaux. L’avantage du bois dans la construction des galeries est le grincement du bois occasionné par les mouvements de la terre. Lorsque le bruit du bois se faisait plus fort, les mineurs avaient le temps de se mettre à l’abri dans un endroit plus sécurisé ; les dégâts provoquiés par l’éboulement n’auront pas fait de victimes…

Revenons au sciage du bois sur l’étendue de la gare ; actuellement, la route permettant la suppression du passage à niveau a fait disparaître cet endroit. Je me rappelle deux personnes ayant passé plusieurs années à découper les bois de notre région : M. Emile Gaillard et M. Joseph Dupont ont travaillé durant de nombreuses années, parfois d’autres ouvriers venaient en renfort.

Il y avait plusieurs mesures de découpe des bois. Le mètre-ruban ainsi qu’une toise, dont je ne me rappelle plus la longueur, étaient utilisés. La toise consistait en une longueur de bois sur laquelle se trouvaient deux grosses pointes en acier à une distance des scieurs. Après avoir découpé la base de l’arbre, l’ouvrier le mesurait avec cette toise. Rappelons que le bucheron, à cette époque, avait abattu l’arbre à la cognée, la coupe n’était dès lors pas aussi nette que quand elle fut faite à la tronçonneuse.

Les bois ainsi découpés étaient assemblés en tas d’une hauteur de deux mètres. Chaque tas contenait des longueurs et des diamètres différents. Lorsque les troncs avaient un grand diamètre, les ouvriers utilisaient la scie « passe-partout » ; pour les bois normaux, la scie ordinaire était utilisée. Ce n’était pas des armatures métalliques comme aujourd’hui, les deux montants, sur lesquels était fixée la lame, étaient reliés par un toron de corde avace, au milieu, un morceau de bois, qui permettait en tordant plus ou moins fort cette corde, de tendre la lame ; le morceau de bois se bloquait alors sur le bois reliant les deux montants.

Pour se reposer, pour manger et se mettre à l’abri, une petite cahute était installée entre deux tas de bois ; une tôle pour le toit et, à l’arrière, une toile de jute pour protéger les deux compagno,ns de travail. Lorsque la lame ne donnait plus de bons résultats, il était nécessaire de remettre l’outil en ordre de marche. Dans l’abri de fortune, il fallait aiguiser la lame avec une lime triangulaire et parfois utiliser la pince à avoyer, dont la Petite gazette nous a plusieur fois entretenus. » A suivre…

La Petite Gazette du 30 octobre 2013

LES SCIEURS DE BOIS A LA GARE DE MARENNE

Retrouvons la suite de ces souvenirs publiés dès la semaine dernière :

« Durant  la bataille des Ardennes, beaucoup de bois ont été abîmés : déracinés par les chars, abattus en partie par des obus ou remplis de shrapnells (du nom de l’inventeur anglais (1761 – 1842) de ces obus remplis de balles, en allemand, schrapnell. Actuellement, morceaux d’obus, de grenades…). Le territoire de la gare de chargement ne fut plus suffisant pour déposer les bois que les bûcherons abattaient dans la région. Plusieurs espèces d’arbres furent amenées devant la gare ou sur le terre-plein au-delà du passage à niveau. Seul le bois de sapin était utilisé pour les mines. Un grand nombre de wagons chargés de bois quittèrent la gare de Marenne, la bascule utilisée pour la vérification du poids des wagons n’a jamais autant fonctionné.

La bascule était située dans les environs du pont actuel, le gabarit se trouvait également en cet endroit. L’entretien de la bascule se faisait tous les trois ou quatre ans. En amenant d’autres wagons ouverts pour le chargement des bois, deux wagons fermés étaient étaient mis à stationner au butoir se trouvant près du passage à niveau. Un de ces wagons servait de bureau, cuisine et dortoir, l’autre était un petit atelier contenant même une petite forge. Deux ouvriers spécialisés devaient remettre les bascules en ordre de fonctionnement (peinture, remplacement des pièces défectueuses et étalonnage). En soirée, mon père allait quelquefois rendre visite à ces hommes, parfois je l’accompagnais. Je me souviens qu’un de ces ouvriers était originaire de Vielsalm.

Le transport par camion et la modernisation des scieries ont supprimé tout ce travail du bois qui se faisait sur le territoire de la gare de chargement. La fin de ces lieux de travail venait de commencer, la suite, vous la constater actuellement ! »

Madame Denise David-Lacasse, de Harre, se souvient également que « dans les villages le long de la ligne vicinale ManhayComblain-la-Tour, il y avait de ces terrains appelés « chantiers », c’était là que les ouvriers préparaient les bois à la demande pour alimenter les charbonnages liégeois. Les ouvriers chargeaient les wagons du vicinal qui s’en retournaient vers Comblain-la-Tour et là, de nouveau, il fallait du personnel pour décharger et recharger sur des wagons de la S.N.C.B. car l’empâtement était différent d’une société à l’autre. Ici, en Ardenne, ces chantiers s’appelaient « gares » tout simplement. On disait : lès ovrîs d’b’wès alî-st-ovrer so l’gåre. »

 La Petite Gazette du 13 novembre 2013

ENCORE A PROPOS DES CHANTIERS DE DECOUPE DES BOIS

Messieurs Raymond Gillet et René Gabriel ont beaucoup œuvré pour La Petite Gazette cette semaine. Il est vrai qu’il s’agit là de passionnés… Le premier nous raconte cette plaisante anecdote :

« La gare vicinale de Noirefontaine possédait deux  » quais de découpage ». Celui représenté sur cette photo est celui des « feuillus ». Le quai des « résineux » se situe à l’extrême gauche de la photo. (Nous en avons parlé dernièrement)

gare-noirefontaine

Les personnes occupées sur ce quai étaient originaires de la région anversoise , il s’agissait de la famille Faes . Le papa, Louis, était né en 1886 à Turnhout,il parlait un français impeccable, ses enfants fille et garçons travaillaient avec lui. Louis avait des moustaches à la « hongroise ».
La route nationale parallèle au quai reliait Paliseul à Bouillon et, déjà à  cette époque, des touristes hollandais venaient visiter notre Ardenne, juchés  sur leurs typiques vélos.
Un jour Louis vis apparaître deux cyclistes hollandaises, il les laissa s’approcher et, de sa voix style Louis Jouvet, il leur « décrocha » la tirade suivante :

Abaissez le capot on voit le moteur, ce n’est pas pour le moteur, mais c’est pour l’odeur !
La plus âgée des dames lui répondit du tac au tac  » Viens-y frotter tes moustaches !  »

Louis était à cent lieues d’avoir une réponse en français, il en resta bouche bée. On ne l’entendit plus de la journée… »

Monsieur Gabriel nous fait part de l’état actuel de ses recherches, nous explique pourquoi le sujet l’intéresse et nous promet une suite à ses propos :

« J’ai rencontré, tout récemment, monsieur Pierre Colin, de Burnontige, dont les parentsz tenaient l’Hôtel du Vicinal. Il se souvient très bien de la gare de Burnontige où un chantier de découpe de bois de mine existait. Les wagons arrivaient avec le tram, étaient décrochés et placés sur une voie particulière. Il n’y avait pas de bâtiment de gare, seulement un quai et un bâtiments où les découpeurs pouvaient remiser leur matériel. M. Colin se rappelle les noms de deux de ces découpeurs, les frères Stelet, Fernand et Arthur.

Quand M. Josy Depierreux a lancé cette recherche dans La Petite Gazette, j’étais content car cet ancien métier de découpeur allait être, comme beaucoup d’autres petits métiers, oublié… J’avais décidé d’attendre quelque peu les premières réponses et elles sont venues. Très prochainement, je reviendrai vers vous avec nombre de renseignements SNCB. En effet, j’ai toujours habité des maisonnettes ou gares et, de ce fait, ai parcouru de nombreuses cours à marchandises. Par la suite, ma profession à la SNCB fut, pendant près de 40 ans, dans le domaine du factage, il s’agit d’un service s’occupant plus particulièrement, suivant les gares, des wagons, des commandes, de la distribution, du triage, de l’acheminement… »

La Petite Gazette du 27 novembre 2013

ENCORE UN CHANTIER DE DECOUPE DE BOIS

Monsieur Robert Nizet, de Vielsalm, nous confie à son tour sa contribution à la documentation sur les quais de découpe des bois longeant les lignes de chemin de fer. Il nous en présente un qu’il a bien connu.

« Celui-ci était situé à Vielsalm, en amont de la gare et sous le pont de la route de Rencheux. On y a découpé, des années durant, des quantités incroyables de bois destinés aux mines. C’était pour nous les gamins habitant au quartier de la gare un terrain de jeu idéal et pour nos parents une source inépuisable de « petit bois » pour allumer le feu. S’y sont succédé au travail les équipes (notamment) de Jean Bontemps de Ville-du-Bois, d’Armand Frères d’Hébronval et des Martiny des Tailles.

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La photo date de 1948 et j’y figure avec mon papa. »

La Petite Gazette du 18 décembre 2013

LES TRAVAUX FORESTIERS QUI OCCUPAIENT MON MARI

Madame Françoise Schröder-Closjans, de Louveigné, évoque le travail de son mari :

«Les premières années de notre mariage se passèrent à Francorchamps. Après la fenaison et la tonte des haies, mon mari, son voisin, L. Goffin, et les frères de celui-ci ont effectué divers travaux forestiers dans des bois appartenant à la famille Stersteven aux alentours de Stavelot, Francorchamps et Malmédy.

Tous les travaux s’effectuaient à la main, abattage, découpage, sciage…

Avant la plantation de sapins dans des endroits fangeux, il fallait faire des mottes pour éviter le pourrissement des jeunes racines. Ce travail consistait à faire des rigoles autour d’un carré de terrain pour permettre au surplus d’eau de s’évacuer.

En 1960, quelques mois après notre arrivée à la ferme de la Fagne de Deigné, mon mari effectuait son premier débardage avec son cheval. Le travail en forêt était un travail d’équipe. Après l’abattage, l’ébranchage et, parfois, le pelage à l’aide d’une rasette, mon mari amenait les bois le long des chemins forestiers. Certains bois étaient chargés entiers et conduits dans les scieries de la région par camion. C’est en lisant une récente Petite Gazette, précise mon aimable correspondante, que je me suis souvenue de cet outil que mon mari possédait pour enlever les écorces ou peler les bois comme il disait. Il s’agissait d’une rasette que provenait, je pense, de la maison Joseph Leloup à Aywaille. N’en ayant plus l’usage, il l’avait donné à un de ses amis. Dans un ouvrage consacré aux vieux outils, j’ai retrouvé un modèle identique à celui que possédait mon mari et présenté comme étant : « un pèle-tronc, outil servant à l’écorçage des bois ».

Les bois de mine étaient sciés à la longueur voulue par deux découpeurs. Ces bois, chargés sur des camions, étaient acheminés directement vers les charbonnages ou à la gare de Remouchamps pour être expédiés par wagons. Tous ces travaux du début des années 60 étaient effectué à la main.

Quelques années plus tard, ce fut l’apparition des tronçonneuses et des engins mécaniques mais, pour le débardage, le cheval est resté prioritaire. Lorsque le débardage de gros arbres nécessitait un attelage à deux chevaux, Pol Rixhon, de Paradis-Harzé, venait seconder mon mari.

Par mauvais temps, mon mari ramenait certains ouvriers forestiers à la maison pour manger leurs tartines. Cette période a été très enrichissante, elle nous a permis la rencontre de divers métiers du bois et de la forêt ainsi qu’un nouveau vocabulaire français et wallon. »

La Petite Gazette du 29 janvier 2014

AVANT DE COUPER TOUS CES BOIS, IL A FALLU LES PLANTER…

Monsieur René Gabriel, de Roanne Coo, dévore avec passion archives et vieux documents et, surtout, aime à partager avec les lecteurs de La Petite Gazette les intéressantes qu’il fait :   « Voici  quelques  renseignements  retrouvés  lors  de  mes  recherches  dans  les  différents  bans  locaux.

En 1837, le  roi  Léopold I, rentrant  vers  Spa  après  une  visite  à  la  cascade  de  Coo, se  trouve  désolé  devant  les  landes  arides  qu’il  traverse, nos  fagnes  où  paissent  alors  des milliers  de  moutons.  A  partir  de  cette  époque  de  nombreux  “experts”  vont  se  pencher  sur  ce  problème et  bien  des  années  plus  tard  un  plan  de  boisement  de  ces  vastes  étendues  sera  d’actualité. Vers  1875-1880  on  plante  donc  de  nombreux  feuillus  et  résineux  en  Ardenne. Les  résineux  sont  principalement  des  pins  sylvestres  et des mélèzes.

Ex: 1879. En  commune  de  Ferrières  le  bourgmestre  reçoit  l’information  d’envoyer  le  messager  enlever  25  kilos  de graines  de  pins  sylvestres  au  dépôt, les  graines  de mélèzes  seront  fournies  plus  tard. Ces  graines  seront  semées  en  pépinière  par  le  forestier  local. Il  n’est  alors  pas  encore  question  d’épicéa. Petite anecdote amusante à propos  de l’enlèvement  des  graines  pour  Ferrières en  1879, le  responsable  précise  au  bourgmestre d’envoyer  le  messager  « avec  un  sac  sans  trou … » I  vâ  mî … ! précise mon sympathique correspondant.

Plus  tard, en  commune  de  Basse-Bodeux  cette  fois, en 1914, les  autorités  notent  que  des  milliers  de  pins  sylvestres  ont  été  plantés  mais  qu’une  invasion    très  importante  d’écureuils  menace  ces  peuplements car  ils  rongent  les  écorces  et  les  arbres  dépérissent. Il  est  donc  décidé  de  tuer  les  écureuils  et  une  prime  de  25  centimes  par  animal  tué  est  accordée  à  condition  de ramener  la  queue  du  rongeur  au … bourgmestre !

Nous  avons  là  un  premier  départ  d’enrésinement en  Ardenne, il  est  probable  que  la  plantation  de  l’épicéa va  bientôt  apparaitre  également  peu  après.

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Il  faudra  attendre, bien  évidemment,  l’arrivée  du  rail  en  Ardenne (1890 pour  Rivage-Trois-Ponts) pour  remarquer  un  trafic  de  bois  de mines. Certaines cartes  postales, vers 1920  ou  peu  avant, montrent  des  wagons  chargés  de  longues  perches (poteaux  télégraphiques  probablement) et  bois de  mine  en  gares  de  Remouchamps  et  Trois-Ponts. »

Monsieur Jacques Bourdouxhe (voir les commentaires) s’est intéressé à cette série d’articles dans lesquels il a puisé des informations pour l’aider dans sa passion, le modélisme. Répondant à ma demande, il nous adresse ces deux photographies montrant la qualité et la précision de ses réalisations.

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Voici des photos de mon diorama représentant une bicabine  ( type 18  ) remorquant un wagon à haussettes chargé de grumes destinées aux charbonnages.

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Cette seconde photo a été prise au Brésil   ( mon épouse est brésilienne ) ou  j’ai amené le diorama pour une exposition de modélisme ferroviaire à Curitiba  (Etat du Parana )
Le matériel roulant est à l’échelle TT  ( 1/120 ) populaire en Allemagne et en Europe de l’est. L’écartement de voie est de 9mm pour représenter une voie métrique (ce qui est le cas pour la majorité des lignes vicinales qui ont existé sur le réseau SNCV/NMVB  ).
Comme il n’existe rien de disponible dans le commerce, à part les chassis tout le reste est de construction maison. Les carrosseries  ont été réalisées par la technique de l’impression 3D.
Ma famille maternelle  (famille Guillaume) a gravité pendant de longues années autour d’Esneux : Poulseur, Ham , Esneux (où je suis né), Fontin  et Montfort. »

Un grand merci à Monsieur Bourdouxhe et toutes les félicitations de la Petite Gazette

MEDECINE POPULAIRE – GUERISSEURS ET PRIERES

Tout ce qui touche à la médecine populaire, ses pratiques, les guérisseurs, les remèdes… a toujours suscité un énorme intérêt parmi les lecteurs de La Petite Gazette et cela sans jamais faiblir au fil des années. Cela m’a permis de réunir une incroyable collection de remèdes mais aussi d’informations précieuses sur les différents types de guérisseurs et leurs façons de procéder. Aussi ai-je, en 2012, décidé de rassembler dans un ouvrage toutes ces contributions et témoignages transmis par les lecteurs. . Ce livre de près de 300 pages présente, dans sa première partie, de nombreux guérisseurs de nos contrées et, dans la seconde, les centaines de remèdes que, depuis des années, vous m’avez communiqués en réponse aux appels lancés par les lecteurs.

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Ce livre, « Les Pratiques de la médecine populaires »,
est toujours disponible  au prix de 19€ (port postal offert) à verser sur le compte bancaire BE29 0682 0895 1464 de P.A.C Aywaille à 4920 Aywaille

 La Petite Gazette du 30 janvier 2008

A PROPOS DE MEDECINE POPULAIRE

Dans nos contrées, au temps jadis, les médecins étaient rares et surtout trop chers pour que les villageois s’adressent régulièrement à eux. Aussi a-t-on jalousement conservé bien des remèdes de famille, transmis de génération en génération. Le plus souvent, ils appartiennent à la tradition orale, mais ils étaient quelquefois consignés dans de petits carnets. La seule « autorité » en matière de médecine dont on sollicitait alors les conseils était souvent la sage femme, ainsi que nous l’avons déjà évoqué grâce à vos passionnants témoignages. A ses côtés interviennent régulièrement des guérisseurs (sègneûs et r’bouteûdésignés ainsi selon les procédures qu’ils mettent en œuvre).

Vos communications régulières à propos de remèdes anciens montre, s’il en était encore besoin, combien certaines de ces traditions sont restées particulièrement vivaces dans les esprits et dans les usages. Il ne faudrait cependant pas que ces secrets de famille et ces traditions ancestrales disparaissent alors qu’elles ont été précieusement conservées beaucoup des siècles et des siècles.

Nous l’avons souvent constaté quand nous abordons ce sujet, la connaissance des vertus des plantes se mêle souvent de pratiques aux frontières de la religion et de la magie. C’est pourquoi, il était communément admis que la date de naissance de quelqu’un pouvait lui accorder des pouvoirs spécifiques. Avez-vous connaissance de ces dates particulière (jours de fêtes religieuses ou jour particulier d’équinoxe ou de solstice par exemple) ?

On pensait la même chose dans les cas, pourtant fréquents, de naissances présentant des particularités remarquables : naissance par le siège, enfant né « coiffé », Xe enfant du même sexe dans la même famille ou enfant posthume. Parfois c’est la maman qui donne naissance à des enfants multiples (jumeaux, triplés…) qui se trouvait considérée comme détentrice de pouvoirs spéciaux. Avez-vous retenu au sein de votre famille des anecdotes liées à ces pouvoirs issus de naissance particulière ?

On a même pensé (c’est du moins ce que certains qui menèrent des études sérieuses  sur le sujet ont prétendu) qu’il était possible de conférer à quelqu’un des dons de guérisseur en le soumettant à diverses épreuves durant sa jeunesse Il était également généralement admis que celui qui était le descendant de plusieurs générations d’un même métier (meunier, maréchal-ferrant, berger…) se trouvait investi du don de guérir. En avez-vous déjà entendu parler ? Avez-vous des exemples précis ?

J’espère que vous pourrez apporter l’une ou l’autre réponse à ces questions afin de me permettre de développer ces sujets avec vous. Je vous remercie chaleureusement de me confier vos souvenirs.

La Petite Gazette du 27 février 2008

MEDECINE POPULAIRE… LES DONS LIÉS Á LA DATE DE NAISSANCE

Monsieur Roger Detry nous transmet une passionnante communication sur les dons de guérisseurs liés à une date de naissance particulière :

« Il faut y voir un rapport avec le saint du jour.

25/1 confère l’aptitude de soigner les envenimations (morsures de serpents, insectes etc.) et leurs conséquences éventuelles: dartres, furoncles, panaris.

1/2 Egalement don de passer le venin (Sainte Viridiane qui repoussait les serpents)

29/6  Idem- ce sont Saint Pierre et Saint Paul qui d’après l’anecdote citée dans l’acte des apôtres étaient maîtres des serpents

23:/7  peut guérir zona et dartres.

1/8  morsures de serpents et empoisonnements divers- c’est en référence à Saint Eleazar qui refusa de s’empoisonner en mangeant de la viande de porc qui lui aurait fait transgresser la sainte loi.

10/8  Saint Laurent guérit les brûlures.

18/8  Saint Augustin  guérit les verrues

25/8 Saint Louis( le roi) : brûlures, zona, eczéma, certaines mycoses.

21/9 une personne née à cette date (Saint Mathieu) peut intervenir sur les effets des venins.

25/12   idem

31/12 redresse les membres (rebouteux) »

Mon correspondant poursuit en établissant une liste des dons puisés dans les circonstances de la naissance:

Peut avoir des dons pour guérir certains cas l’enfant qui n’aurait pas connu son père

Ce dernier point est évidemment relatif à des contextes et modes de liaisons d’une autre époque.

Un enfant né les pieds devant peut réduire les entorses.

Idem pour les personnes venues au monde par le siège.

Une mère qui met au monde des jumeaux pourrait intervenir dans les cas de luxation.

Les cinquième-septième-neuvième enfants d’une même famille et de même sexe auraient également des pouvoirs, surtout pour  soigner des cas importants de peau.

Le cinquième, lui, peut en outre traiter les rhumatismes. »

Ces propos évoquent-ils quelque chose pour vous ? Etes-vous dans un de ces cas ? Avez-vous constaté ces dons ? Dites-nous tout, le sujet est réellement passionnant. Un immense merci à M. Detry.

La Petite Gazette du 19 mars 2008

A PROPOS DES DONS DES GUERISSEURS

Un sympathique lecteur de Neupré a souhaité intervenir au sujet des dons de guérisseurs liés à la date de naissance. « Dans mon cas, m’écrit-il, il s’agit du fait que je n’ai pas connu mon père, celui-ci étant décédé accidentellement en mai 1946 et je suis né en septembre. Il m’a toujours été dit par ma maman et ma grand-mère que je possédais certains dons de guérison, pour ce faire il me suffisait d’imposer les mains sur la partie du corps à guérir et de réciter la prière appropriée au cas.
Par deux fois dans ma jeunesse, j’ai usé de ces « dons » mais sans pouvoir dire si vraiment ils ont changé quelque chose dans la guérison qui est intervenue.La première fois, c’était pour soigner une brûlure qu’une jeune fille du voisinage s’était occasionnée en renversant de l’huile de friture (ou de l’eau bouillante je ne sais plus très bien) sur la jambe. Il est vrai que la brûlure s’est soignée assez rapidement et n’a pas
provoqué de cicatrice comme l’on voit sur les personnes brûlées mais les parents avaient quand même emmené leur fille chez le médecin qui avait prescrit des soins, ai-je participé à une guérison plus rapide ? Je ne sais pas !La deuxième fois, c’était sur ma propre personne donc je ne serais pas très objectif dans ce cas mais je le raconte malgré tout.A cette époque j’habitais Trois-Ponts et j’allais à l’école technique de Verviers, en internat.
Le jeudi (je m’en souviens encore) j’avais cours de gymnastique et je me suis foulé la cheville lors d’un exercice. La douleur était telle qu’il m’était impossible de mettre le pied par terre et les responsables de l’école m’ont fait garder la chambre jusqu’au samedi jour de retour au foyer.
Pour aller de l’internat à la gare de Verviers et de la gare de Trois-Ponts à mon domicile, c’est un ami qui a dû me porter sur son dos car il m’était toujours impossible de marcher.
L’après-midi ma maman m’a fait réciter la prière adéquate mais a aussi préparé un cataplasme de pommes de terre cuites avec l’épluchure, elle les a écrasées et placées dans un linge qu’elle a appliqué très chaud  sur ma cheville. Le lendemain, je marchais normalement ! Était-ce la prière, le cataplasme ou aussi la pommade que le médecin avait prescrite ? Je ne peux le dire. »Pour compléter son sobre témoignage, ce lecteur vous propose de découvrir les prières qui furent récitent lors de ces deux épisodes :

Pour les brûlures :

Brûlure retire ta fureur tout comme Judas perdit sa rageur quand il trahit Notre Seigneur au jardin des oliviers (le répéter trois fois)

Trois Pater, trois Avé – Maria et faire le signe de la croix.

Pour la mespassure (entorse) :

Marche sur ton pied tout comme l’âne de Saint Joseph marcha sur les siens en portant Marie et Jésus en Egypte.

Cinq Pater, cinq Avé – Maria et faire le signe de la croix.

La semaine prochaine, je vous indiquerai quelles autres prières sont connues par ce monsieur que je remercie tout particulièrement pour cet intéressant témoignage.

La Petite Gazette du 26 mars 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Comme promis, retrouvons, cette semaine, une première série de prières communiquées par ce monsieur de Neupré qui aurait certains dons de guérisseurs puisqu’il s’agit d’un enfant posthume.

Pour arrêter le sang  (1) :

Sang je t’arrête au nom de Jésus de Nazareth arrête, arrête, arrête.

Trois Pater et trois Ave-Maria et faire un signe de croix.

Pour arrêter le sang (2) :

Sur mon chemin faisant, trois jeunes j’ai rencontré,

L’une dit, je vois du sang,

L’autre dit, je perds du sang,

La troisième dit qu’elle n’en perdait pas plus que les cinq plaies de Notre Seigneur.

Cinq Pater, cinq Avé – Maria et faire trois fois le signe de la croix.

Pour la foulure :

Soit passure ou mespassure (entorse)  au nom de Dieu et de Saint Eloi, je te conjure,

Faire le signe de la croix du genou au boulet, un deuxième du boulet au sabot et un troisième sur le sabot.

Trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour les coliques :

Saint Pierre et Saint Jean s’en allant parmi les champs firent rencontre du mal de flanc.

Mal de flanc où va-tu ? je vais tourmenter le cœur  de (dire le nom de la personne).

Mal de flanc retourne parce que les vêpres et les mâtines sont serrées. Pour toi tout est fait et défait, faire le signe de la croix.

Trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour faire sortir une épine :

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit est tiesse.

Trois Pater et trois Avé – Maria.

Passionnant n’est-ce pas ? Je vous en promets d’autres pour la semaine prochaine. Un immense merci à ce lecteur qui nous a communiqué ces trésors de médecine populaire. Si vous pouvez compléter cette intéressante collection, ne vous en privez surtout pas.

La Petite Gazette du 2 avril 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Comme promis, retrouvons, cette semaine, une première série de prières communiquées par ce monsieur de Neupré qui aurait certains dons de guérisseurs puisqu’il s’agit d’un enfant posthume.

Prière à la sainte goutte :

Prière à la Sainte Goutte par votre puissante intercession auprès de Dieu aspiré moi une guérison s’il vous plait. Trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour le mal de dents :

Sainte Appoline était assise sur la pierre de marbre, Notre Seigneur vint a passer par là, lui demanda Appoline que fait-tu là ?

Je suis ici pour mon sang pour mon chef et pour mon mal de dents.

Appoline retourne si c’est un ver il périra et si c’est une goutte de sang elle tombera.

Faire le signe de la croix et réciter trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour les yeux :

En l’honneur de Dieu et de la Vierge (signe de croix, Pater, Avé)

En l’honneur de Saint Benoît et de Saint Bernard (signe de croix, Pater, Avé)

En l’honneur de la Sainte Trinité et de l’incarnation du fils de Dieu en un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils, le Saint Esprit (signe de la croix, Pater, Avé)

La Petite Gazette du 9 avril 2008

A PROPOS DE CE MONSIEUR QUI A UN DON DE GUERISSEUR

Mme Edith Muller-Massin, de Vielsalm, a réagi à cette communication concernant le don de guérisseur. « Il est dommage, m’écrit-elle, que votre correspondant n’ait pas pratiqué ce don qui est très précieux, il faut savoir que cela « marche », beaucoup de personnes font appel à ces personnes qui « signent » (c’est le terme utilisé) et malheureusement il y en a de moins en moins. Mon papa « signait pour les orgelets et les coliques; mon oncle pour les brûlures. Je peux dire à votre correspondant que si la jeune fille en question n’a gardé aucune cicatrice et si la brûlure s’est très bien soignée et rapidement c’est grâce à lui. Il faut évidemment avoir recours à un médecin ensuite et utiliser les traitements prescrits mais, disaient toujours mon oncle et mes parents, il faut se faire signer avant qu’un médecin ne soigne. J’ai souvent fait appel à ces personnes qui mettent leur don au service des gens, je dis « au service des gens » car certaines personnes se font rémunérer!Comme je le dis il y a de moins en moins de ces « guérisseurs », ils décèdent sans avoir pris le temps de passer ce don ce qui a été le cas de papa et mon oncle. »

 La Petite Gazette du 16 avril 2008

AU SUJET DES PRIERES QUI GUERISSENT…

Madame Céline Bayer nous transmet un intéressant témoignage :

« Concernant les prières qui guérissent, je peux vous affirmer que deux dont le monsieur parle font leurs effets. Il s’agit de celles relatives aux brûlures et aux saignements de nez. J’ai 82 ans et je les applique encore maintenant quand l’occasion se présente.Pour les brûlures, je signe avec les mêmes mots mais sans les prières pour terminer, je tiens cette formulation d’une dame qui avait eu de graves brûlures.L’autre prière, je la connais grâce à mon père qui nous en avait parlé quand j’étais enfant, mes soeurs n’y ont pas fait attention, mais moi je l’ai retenue et m’en suis souvent servie quand je travaillais. J’avais une collègue qui ne croyait pas à tout cela et, chaque fois, que je m’apercevais d’un début de saignement de nez ou quand je le pressentais, je disais la prière et cela s’arrêtait et elle le reconnaissait malgré un petit sourire mitigé. Mon père tenait cette prière de ses grands-parents fagnards. ».Merci pour cet intéressant témoignage. Si, comme Mme Bayer, vous avez utilisé de pareilles prières pour soigner, si vous les utilisez encore, si vous en connaissez d’autres, j’espère que vous aurez la gentillesse de nous communiquer vos souvenirs et connaissances.

La Petite Gazette du 7 mai 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, nous confie, à son tour, un intéressant témoignage sur ces prières qui guérissent :« Grand-maman m’avait parlé de ses gros problèmes d’allaitement à la naissance de son premier enfant, en 1908. Elle souffrait de crevasses aux seins. Son beau-père l’a conduite, avec la carriole et le cheval, en Haute Ardenne, mais j’ai oublié où précisément.Un vieux monsieur l’a fait entrer dans une pièce sur les murs de laquelle il y avait de grands cadres avec des images pieuses. Il a invité grand-mère à le suivre en s’arrêtant à chaque image où il fallait dire : « Seigneur, si vous le voulez, vous le pouvez. »Au bout d’un moment, son beau-père qui l’attendait sur le seuil a dit : « Vinè m’fèye, c’est’on rcroyou makray. », ce qui voulait dire un sorcier.Bien que très croyant et pratiquant, mon arrière-grand-père était très sceptique quant à l’issue de la démarche qu’il avait proposée à sa belle-fille ! »

La Petite Gazette du 14 mai 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Madame Ida Lengelé-Schmitz, de Tilff, se souvient :

« Dans mon village de Petit-Thier, il y avait un garçon né après la mort de son père, tué à la guerre de 40. Il avait des dons lui aussi, je l’ai vu soigner quelqu’un de la famille, nous étions sept enfants. Je crois que c’était un de mes frères qui s’était occasionné une foulure au poignet. Il a été de suite soulagé. Mes parents nous parlaient de ce que cet enfant posthume savait faire, mais j’ai oublié les détails. Nous avions des parents merveilleux, braves et courageux qui nous ont enseigné le bien et appris à suivre le bon chemin. Maman nous a donné la prière pour les brûlures, d’autres aussi. Dans la famille, nous connaissions beaucoup de prières. Je l’ai déjà utilisée sur plusieurs personnes et, même de loin, cela réussit. J’ai donné cette prières à plusieurs de mes amis et connaissances qui m’ont remerciée car,avec cette prière, il ne reste quasiment aucune trace des brûlures. Elle n’est pas tout à fait la même que celle du monsieur de Neupré, mais cela ne m’étonne pas car, en région d’Ardenne, il y a encore beaucoup de personnes qui possèdent ces secrets Je pense que ces gens devraient les donner pour assurer la continuité de ces bienfaits, mais la mentalité d’aujourd’hui le permettra-t-elle ? »

Les nombreuses réactions, communications et témoignages enregistrés par la Petite Gazette  semblent répondre que oui… Il serait intéressant que ma correspondante nous confie cette prière afin de constater ce qui la différencie de celle de ce lecteur de Neupré. En attendant  sa prochaine contribution, je la remercie vivement pour celle-ci.

La Petite Gazette du 28 mai 2008

A PROPOS DES PRIERES QUI GUERISSENT

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, nous avait parlé de la visite de sa grand-mère chez un guérisseur et du doute qui s’était emparé du beau-père de l’aïeule. A ma demande, elle a replongé dans ses souvenirs, mais ne peut pas affirmer que cette démarche avait porté ses fruits, elle l’a oublié.

« Le beau-père de ma grand-mère était si confiant dans la prière que, durant la guerre 1914-1918, il promit de faire ériger une chapelle s’il revoyait Joseph, le plus jeunes des cinq fils appelés sous les drapeaux. Il tint promesse et la petite chapelle se dresse à Grand-Trixhe, près de la vieille ferme, son bien à l’époque. Une dame qui a travaillé chez eux, Léontine Dethier, m’avait dit que mon arrière-grand-mère donnait régulièrement de l’argent à un mendiant, en ajoutant « pour faire dire une messe afin de hâter le retour de mon fils ».

Joseph revint, mais on oublia d’en parler au mendiant. Quand ce dernier se représenta, on lui annonça : « Vos sav’, Joseph est rivnou d’al guerre ! » et le bonhomme de répondre : « Vos co mî aller… » La messe est dite ! Ici, ce n’est pas sûr… Il est vrai que c’était tentant de garder l’argent des messes, surtout quand on doit sa survie à la mendicité… »

La Petite Gazette du 4 juin 2008

ENCORE DES PRIERES QUI GUERISSENT

Cette semaine, c’est Mme Jenny Hellinx, d’Esneux, qui nous transmet ces prières :

Madame sainte Anne, mère de la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ,

Dieu te bénisse et te guérisse de brûlure, de blessure, de rompure, d’entrave de toute sorte, d’infirmité quelconque.

En l’honneur de Dieu et de la Vierge Marie, faites que Dieu me guérisse par sa puissance, en l’honneur des angoisses qu’a souffert notre seigneur Jésus-Christ sur le calvaire

« Prière à réciter durant 9 jours, à jeun, avant de réciter trois Notre Père et trois Je vous salue Marie. »

Prière pour le sang

Elisabeth a enfanté Jean

Anne a enfanté Marie

Marie a enfanté Jésus-Christ

Au nom de Jésus, flux ne coule plus et quitte (préciser le nom de  la personne), humble serviteur de Dieu.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il.

« Après chaque prière, souffler et faire le signe de croix trois fois ; puis avec la main, et de droite à gauche, la faire aller pour éloigner pour ce que l’on prie.

J’ai toujours été exaucée avec ces prières, mais il faut les dire avec foi. »

Merci pour cette contribution.

La Petite Gazette du 16 juillet 2008

ENCORE UNE PRIERE POUR GUERIR

Madame Viviane Bultot, de Dolembreux, a eu l’excellente idée de me confier, afin que je vous la livre, cette prière pour arrêter les hémorragies.

« Couper deux herbes dehors et les placer en croix sur la partie qui saigne, dire :

Que toutes les plantes que Dieu a créées arrêtent ce sang.

Répéter trois fois et signer.

1 Ave et 1 Pater. »

VIEILLES CROYANCES

La Petite Gazette du 10 avril 2013

QUEQUES CREYANCES

Madame Jeannine Xhenseval, de Chambralles, connaît ma prédilection pour les croyances populaires colportées depuis des siècles par la tradition orale intra-familiale. Elle m’a fait parvenir ce remarquable texte de Victor Carpentier, 1851 – 1922, ouvrier typographe, puis imprimeur à Bressoux, auteur prolixe et touche-à-tout : théâtre, vers, contes, chansons. Dans ce texte, Victor Carpentier dresse un incroyable inventaire de ces croyances populaires qui, pour la plupart, nous sont parvenues. Un immense merci à Mme Xhenseval

Mès bonès djins, hoûtez ‘ne pitite miyète

Quéquès crèyances qui dja chal rascoyî,

C’è-st-on tchap’lèt qui l’djônèsse d’oûy rèpète

E qui d’vins l’timps lès vîlès djins crèyît ;

Pruster dè sé, c’èst pûni tot s’manèdje,

Si vosse min v’hagne on v’s apwèt’rè d’l’årdjint,

On dint qui tome c’èst sène d’in-èritèdje,

Li må d’aguèsse fêt sinti l’candj’mint d’tins ;

On feû qui pète, c’èst qu’on r’çûrè ‘n’novèle.

On clå di dj’vå vis apwète dè boneûr,

S’on k’tape lès meûbes c’èst grand sène di carèle,

Coûtês creûh’lés prédihèt dè måleûr ;

Si l’tchèt passe måy si pate po-drî l’orèye,

C’èst sène di plève, di nîvaye ou d’gruzês,

Et s’lès mohètes pidjolèt-st-al nutèye

Li lèd’dimin l’timps sèrè so s’pus bê

Sondjî d’on tchèt, c’èst-ine djint qui v’trayih

Sondjî d’on tchin, c’èst peûre fidélité

Et si v’s avez quéqu’èfant qui lanwih,

C’èst sûr on sôrt qu’ine måle djint v’s a tapé.

D’on parint mwért si v’s avez quéqu’fèye sogne,

Po v’warandi, sètchîz-l’po l’gros deût d’pîd,

Si l’mureû spêye ou qui l’tchin tchoûle èt grogne,

C’èst sène di mwért ou d’on parint blèssî ;

Divant voste-ouh, si l’Avièrje s’arèstêye,

C’èst qu’onk dès vosses po l’pus sûr dihot’rè,

On hårdé vère s’on l’chève divins ‘n’tournêye

I speûz’rè ‘n’ vève li djônèt qui l’atrap’rè

Si vos baguez, åyîse todi bin sogne,

Po bèni l’tchambe d’î pwèrter l’pan èt l’sé.

S’on s’twètche li djambe, fåt qui l’ci qu’èl ripogne

N’åye nin k’nohou si vrêye pére po v’rifé

Qwand ‘ne djolèye kimére rèsconteûre ine bossowe,

C’èst qui s’galant vinrè sûr å radjoû,

Et d’vant d’dwèrmi, po l’sondjî cisse djône sote

Hin’rè d’zeû s’tièsse lès tchåsses a mètou

Li blanc Vinr’di, li ci qui magne dèl tchår,

Atrape dès clås, des balncs-deûts, des pocrês,

Al sint Mèdå s’i ploût måy, c’èst pus qu’råre

Qwand n’tome nin d’lêwe sî saminnes a sèyê ;

Ine fèye qu’on veut r’lûre ine siteûle a cowe,

C’èst sène di guère, di toûrmints èt d’grands mås,

Sèrez vos ouh qwand v’rinteûr’rez dèl rowe,

Di sogne qui l’diâle n-amousse è vosse låvå !

Qwand on djône ome va sètchî dèl milice,

S’il a ‘ne ham’lète, i pougn’rè sûr on hôt

Traze djins al tåve ni s’acwèrèt qu’dès d’vises,

Po lès macrales on s’deût sègnî treûs côps ;

Si l’hintche orèye tchante on v’kidjåse å mêsse,

Ou si c’èst l’dreûte, c’èst totes lès chances qu’on v’keû,

Djôye èt boneûr qwand l’critchon tachante èl êsse,

Ou qu’lès arontches fèt leû nid d’zos vosse teût ;

Come vos-oyez c’èst tos vîs bwègnes mèssèdjes,

Qui, d’atoumance, ont quéquefèye arivé,

S’on î creût co d’vins saqwant manèdjes,

I sont-st-a plinde co pus vite qu’a blåmer ;

On s’moque asteûre dès diâles èt dès macrales,

Dès Påcolèts come dès måvas èsprits,

Et s’on troûve co po-z-î creûre dès bouhales,

Mès bonès djins, hoûtez-m’, ci n’èst nin mi !

Et mon estimée correspondante a eu la bonne idée de préciser la traduction de certains mots de ce texte car, en effet, ils sont d’un usage plus rare :

Bouhale : personne stupide

Ham’lète : membrane fœtale qui recouvre la tête du bébé

Låvå : rez-de-chaussée

Pocrê : orgelet

Påcolèt : diablotin

 

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

La Petite Gazette du 24 octobre 2012

ET SI ON PARLAIT DE LA POSTE ET DES POSTIERS ?

Monsieur Didier Kreczman travaille à la poste à Clavier, aussi aimerait-il que vous évoquiez vos souvenirs de la poste d’hier à Clavier bien sûr, mais également ailleurs :

« Serait-il possible que les lecteurs de La Petite Gazette évoquent les anciens bureaux de poste et les facteurs d’hier ? Peut-être pourraient-ils nous proposer des photographies des anciens bureaux de poste d’Ocquier, de Bois, de Les Avins et  de Clavier voire même des anciens bureaux de poste de toute la zone de distribution de l’hebdomadaire les Annonces. Peut-être même disposent-ils de photographies d’anciens facteurs en uniformes. Ce serait peut être l’occasion de rappeler le rôle social (encore bien réel dans nos régions essentiellement rurales) de nos courageux facteurs (je le dis d’autant volontiers que j’ai le privilège de rester bien au chaud quand ils affrontent pluie, neige ou verglas). »

A vous de jouer, si vous le souhaitez bien sûr… Je suis intimement persuadé qu’il y en aurait des choses à raconter si les anciens facteurs voulaient bien nous conter les anecdotes qu’ils ont vécues…

La Petite Gazette du 7 novembre 2012

ET SI ON PARLAIT DE LA POSTE ET DES POSTIERS ?

Monsieur Didier Kreczman travaille à la poste à Clavier, aussi vous a-t-il proposé d’évoquer vos souvenirs de la poste d’hier à Clavier bien sûr, mais également ailleurs : Monsieur Jean Bolland, d’Amonines, est le premier à répondre à son souhait. Il se souvient d’un temps qu’il regrette manifestement, celui où les facteurs avaient le temps !

« Je n’évoque pas la région de Clavier et ne possède pas de photos sur les bureaux de poste d’autrefois. Néanmoins, j’ai quelques souvenirs à relater.

C’était au temps où les plans géoroutes  planifiant des obligations de rapidité, de rentabilité et d’efficacité économiques ne pourrissaient pas le travail de nos dévoués facteurs. C’était au temps où cette fonction permettait encore de laisser une bonne part aux contacts humains et à la propagation verbale de ces mille et une nouvelles qui font le charme de la vie dans nos campagnes. C’était au temps où l’employé du bureau de poste -qui bien souvent était le facteur rentrant de sa tournée- ne devait pas  tenter de vendre les produits financiers imposés par la politique de l’entreprise. D’ailleurs, la poste n’était pas une entreprise mais un vrai service public.
A Dochamps, village aux rues escarpées, le facteur, comme partout en zones rurales, effectuait sa tournée à pied. La besace pansue en bandoulière, il entrait dans chaque habitation, distribuant journaux, lettres, bons mots à chacun, bonne humeur et chaleur d’une présence humaine éphémère mais ô combien importante pour les personnes isolées à qui il n’hésitait pas à rendre de petits services comme rentrer la provision journalière de bûches pour le chauffage!

Lors des fortes chaleurs, quelque peu débraillé et coiffé d’un képi qu’il portait de travers, il suait à grosses gouttes, au long des routes et sentiers pentus du village. En hiver, protégé par une cape, il avait parfois bien de la peine pour se faufiler entre les amas de neige rejetés par le traîneau communal ou par les villageois qui avaient dégagé un passage entre leur demeure et le chemin.

Les premiers jours de janvier, rares étaient les gens qui ne lui glissaient pas une dringuelle dans la poche ou qui ne lui versaient pas une petite goutte. Parfois les deux. Dès lors, il continuait sa tournée, le couvre-chef de travers. Mais plus pour les mêmes raisons qu’en été.
Le bureau de poste était une pièce d’habitation que l’administration louait chez un particulier ; le guichet simplement aménagé dans la porte de la dite pièce. Une table imposante portant le matériel nécessaire au travail administratif, une chaise ou deux, une armoire, un poêle et une balance, de précision, à plateaux posée sur la tablette de la cheminée ainsi qu’un imposant coffre-fort constituaient l’essentiel du mobilier. »

Et vous quels souvenirs avez-vous conservés des facteurs et des bureaux de poste d’antan ?

La Petite Gazette du 20 novembre 2012

LES FACTEURS DU TEMPS OU ILS AVAIENT LE TEMPS…

C’est Monsieur Jean Ninane, lecteur passionné et collaborateur régulier et passionnant de La Petite Gazette qui m’adresse ce petit texte qu’il complète de ses réflexions personnelles sur le sujet.

 » Voici un extrait de ce qu’écrivit une élève de 14 ans  au concours cantonal de rédaction, il y a pas mal d’années.

« Notre cher facteur,

Izier a le privilège d’être desservi par un facteur comme il en existe peu tant il est aimable et sympathique.

Chaque jour, les mains crispées au guidon du vélo, le sac rebondi,  il gravit 5 km de côte  et cela par tous les temps, bise cinglante, neige glacée, pluie battante, sol brûlant. Il nous arrive le sourire aux lèvres, en sifflant ou chantonnant. Arrivé au village, il va de porte en porte, déboucle son sac duquel il tire journaux et lettres qui réjouissent ou attristent parfois. Les gens l’accueillent comme un parent : « Christophe, une tasse de café, une petite goutte, un cigare ? »

Au village d’Izier, Christophe est l’homme de confiance. On lui raconte ses petites misères, on lui narre ses peines, on lui demande avis. Les services qu’il rend en dehors de ses obligations sont appréciables. Pressé ou pas, contraint ou non, il vous dépannera… »

Ce petit texte est tiré du livre merveilleux écrit par le facteur en question sous le titre « Christophe Théate, Facteur ardennais« (Edition Legrain 1977)

Il faut trouver et lire ce livre pour comprendre ce qu’était le facteur d’autrefois, un bienfait social. Il apportait des médicaments, de la viande et des bas à ravauder. Il apportait les dernières nouvelles. Il connaissait toutes les naissances, mariages et décès du coin. Les gens ne mettaient pas leur courrier dans les boites aux lettres mais à leur fenêtre pour que le facteur entre les saluer… et leur parler. »

Vive le géo-route !!!

Pour illustrer ces propos, Monsieur Francis Sante, d’Aywaille, un tout jeune retraité de la Poste qui aurait, sans doute, bien des souvenirs à partager, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie d’un facteur d’Aywaille en 1926.

facteur-des-postes-daywaille-en-1926

La Petite Gazette du 5 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

C’est au tour de Monsieur André  Feuillen, d’Awan-Aywaille,  de se souvenir… Vous comprendrez qu’il ne pouvait oublier ce facteur…

facteur-rural

« Un facteur rural armé vers 1930, Monsieur Francis Sante, d’Aywaille,  jeune retraité de la Poste, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie »

« Je  me  rappelle  des  facteurs  depuis mon  plus  jeune  âge. A  la  sortie  de  la  guerre  chez  mon  Bon-Papa  à  Noville-les-Bois :

« one  got’  Eugène ? » …  et  le  brave s’asseyait  à  la  table  attendant  la  bouteille  que  Maman  ou  mon  oncle  ramenait  de  l’entrée  de  la  cave, Bon-Papa  restant  dans  son  fauteuil (è  culot  d’lé  stouf)  tirant  sur  sa  pipe. Après  avoir  échangé quelques  phrases  le  facteur  basculait  son  verre  d’un  geste   rapide,  se  levait. « Merci  a   dmoin ! »
Plus  tard,  je  me  souviens  aussi  qu’il  était  parfois  accompagné  d’un  contrôleur  qui  tenait  sa  montre de gousset en  main et  notait  sur  une  feuille !  (déjà en  1948!)

Je  me  souviens  très  bien  aussi  que  le  facteur  passait  2  fois  par  jour,  tournée  du  matin  et  tournée  de  l’après-midi ; il  passait  aussi  le  samedi.  Je  pense  aussi,  mais  là  je  me  trompe  peut-être ,  qu’il  passait aussi  le  dimanche  matin.

En  1945, nous  avons  aménagé  rue  des  Golettes  à  Tihange et  la  aussi  le  facteur  passait  deux  fois  par  jour. Peu  avant  Pâques  1946,  Maman  qui  nous  conduisait  à  l’école  d’Application à  Huy  venait  nous  rechercher  l’après-midi,  en  profitait  pour  faire  quelques  courses  puis  remontait  à  pied  vers  le  Long-Thiers. En passant  rue  Vankeerberghen,  venant  du  centre  ville,  il  y  avait  à  la  première  ou à la deuxième  maison à  droite  un  chocolatier  dont  la  vitrine  se  limitait  à  la  fenêtre  ordinaire  de l’immeuble. Du  haut  de  mes  six  ans, je  m’étirais  sur  la  pointe  des  pieds  pour  rêver  de  chocolat.  J’aperçus au  centre  de  la  vitrine  une  poule en  chocolat  quasi  grandeur  nature  couvant  ses  œufs.

« Oh  …Maman  je  veux  cette  poule-là  aux  cloches !!! » Maman  me  répondit  gentiment  que  pour  avoir  cette  poule  il  fallait  écrire  aux  Cloches  et  que,  si  j’étais  gentil,  elles me  l’apporterait. Rentré  à  la  maison  trois quarts d’heure  plus  tard,  je  n’avais  pas  oublié  ma  poule.  Aussi  me  mis-je  en  devoir  de  préparer une  feuille  de  cahier  et  un  crayon  pour  écrire  aux  Cloches.  N’étant  appris  que  depuis  quelques  mois  Maman
se  prêta  de  bonne  grâce  pour  m’aider  à  écrire  ma  lettre, celle-ci  terminée, Maman  me dit  qu’on  la  posterait  demain. Je  la  pliai  en  quatre  et  la  glissai  dans  la  poche  de  mon  manteau. Le  lendemain,  nous  partions  pour l’école  comme  tous  les  jours  accompagnés  d’autres  mamans  et  de leurs  enfants.  Passant  devant  la borne  postale  située  à  100  m.  de  la  maison,  je  me  précipite  pour  y  glisser  ma  missive  Maman  essaie  de  me  retenir… « Attends….attends ! »

Trop tard, c’est  « but ». « Mais  il  ne  fallait  pas, il  fallait  une  enveloppe  et  un  timbre !… »
Quelques  jours  plus  tard,  vacances  pascales, soleil  radieux  je  suis  à  la  fenêtre  devant,  à  regarder  dans  la  rue. Passe  le  facteur  qui  me  dit  bonjour  puis  disparait  aussi  vite  derrière  le  mur  de  la  propriété  voisine,  réapparait aussi  vite  à  reculons en  me  regardant.

Dis  m’fi…c’est  toi  qui  as  écrit  aux  Cloches ?

 Oui !

Ha !  Ta  lettre  est  arrivée   s’tu 

– Merci facteur !  

Je  cours  vers  Maman  lui  annoncer  la  bonne  nouvelle.   Quelques  jours   plus  tard, alors  que  je  suis  en   sieste,  coup  de  sonnette… tournée  de  l’après-midi   Le  facteur   tend  à  papa,  qui  ouvre  la  porte, un  gros  emballage  cadeau… « De  la  part  des  cloches ! »  et  sans  ajouter  un  mot   le  messager   repart. J’ai  déballé  non  pas  une  poule  mais  un  tout  gros  oeuf  en  chocolat. N’était-il  pas  merveilleux  notre  facteur ?  Je  n’ai  jamais  oublié  son  geste   et  il  m’est  déjà  arrivé  quand  mes  moyens  me  le  permettent  de  perpétuer  son  geste. »

La Petite Gazette du 12 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

C’est de Grandmenil, que Madame Sevrin intervient pour rendre hommage à celui qu’elle appelle « le brave facteur » de son enfance :

« Qui reconnaît ce brave facteur ?

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« Mon bon facteur et mes deux grandes sœurs devant la croix du village »

 

 

 

Il s’appelait Louis, il était une âme de nos foyers, y apportant les bonnes et les mauvaises nouvelles, partageant les joies et les peines de chacun.

Nous habitions la dernière maison du village. Chaque jour, il était attendu. Il buvait sa tasse de café, mangeait ses tartines puis recevait un petit stimulant. Il était très jovial.

Il en a parcouru des kilomètres, à vélo durant la bonne saison, à pied en hiver, bravant le gel, la neige et les congères.

Une nuit d’hiver, une tempête de neige s’était abattue sur toute la région, isolant notre hameau de tout. Très tôt le matin, les hommes munis d’une pelle se mirent à dégager la route. A la fin du village, ils découvrirent notre messager enseveli sous la neige, éreinté, transi de froid, mais décidé à continuer sa tournée.

Durant les périodes de Noël et de Nouvel An, je l’attendais avec impatience, espérant recevoir quelques jolies cartes illustrées.

Des années plus tard, j’ai eu le bonheur d’accueillir ses arrière-petits-enfants dans ma classe. En Guillaume, j’ai reconnu sa « bouille » si sympathique et, en Marine, son humour et sa joie de vivre. »

Un grand merci pour ce beau témoignage. Et vous me parlerez-vous de votre facteur ?

La Petite Gazette du 19 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Madame Renée Daper, de Palenge-Durbuy, évoque les tournées de son mari facteur :

« Mon mari, René Antoine était facteur, il est malheureusement décédé il y a 22 ans déjà. Il était bûcheron avant notre mariage, mais nous étions à peine mariés, en avril 1949, qu’il fut mis au chômage. Mon frère était percepteur et lui signala qu’une place était vacante à Ocquier. Mon marie l’a occupée dès août 1949. Il y avait là quatre facteurs, c’était une sous-perception. Comme il était le dernier entré, sa tournée n’était pas des plus belles. Il la commençait par la grand-rue d’Ocquier, qu’il desservait, puis il s’en allait vers Bonsin, distribution, avant la route du Bois Lapson, une ferme à 3 ou 4 kilomètres de Bonsin où gentiment il recevait une tasse de café et où il pouvait prendre 3 ou 4 minutes de repos. Après il n’y avait plus de route sinon en terre pour aboutir à une grande prairie, pleine de bétail. Il devait porter son vélo en plus de son sac et descendre la prairie jusque dans la cour de la ferme de Boffeux. Il s’engageait ensuite dans la distribution le long de la grand-route de Somme-Leuze, puis il s’engageait dans une route à droite où il distribuait également le courrier. Ensuite, il devait franchir un ruisseau. Tous les jours, il portait en plus des boîtes de lait pour les jumeaux de M. et Mme Rasquin. Il allait les chercher avant sa tournée chez le Dr Rase. Au retour, ce n’étaient que des côtes…

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Il a ensuite été envoyé à Clavier, à Seny, puis nommé à Bomal. Après deux ans, il est revenu à Ocquier – Clavier, car c’était plus près de Palenge. La sous-perception a changé d’adresse quand la sous-perceptrice a été pensionnée et là c’est un jeune homme de 17 ans qui est venu comme sous-percepteur, José Nicolas, de Bonsin. Mon mari et lui s’entendaient vraiment très bien et sont devenus amis. Durant sa carrière, mon mari a appris une vingtaine de tournées.

A la ferme du Bois Lapson, il y avait un grand bouc qui attendait toujours mon mari et qui le suivait dans le reste de sa tournée. Mon mari était très embêté car il arrivait que le bouc se « lâche » sur ses sacs… Un jour, il entre dans une maison, eh oui – il n’y avait pas de boîte aux lettes alors, il crie… pas de réponse, il n’y a personne. Le bouc était entré avec lui et mon époux l’enferma dans la maison avant de poursuivre sa tournée. Le lendemain, la propriétaire de la maison attendait évidemment mon mari, il y eut quelques cris mais comme c’était une dame très gentille, elle n’y eut aucune autre conséquence… »

Un grand merci pour ces souvenirs et cette étonnante anecdote

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Vos souvenirs sont à la fois plaisants et intéressants à propos de ce personnage sympathique dans le passage quotidien est attendu et, parfois, espéré. Vous êtes nombreux à regretter le temps passé, pas si lointain pourtant mais qui semble à jamais révolu, où le facteur avait le temps de s’arrêter et de commenter avec vous les nouvelles qu’il apportait. Aujourd’hui Madame Maggy Frisée nous gratifie d’un texte magnifique dans lequel elle évoque l’évolution du métier, ainsi qu’elle a pu la constater depuis son enfance… Un immense merci

Nosse facteur. Dji m’ sovin dè vî facteûr qui passéve qwand dj’èsteû èfant. Esteût-i seûl’mint si vî ? Avou s’grosse vwès èt s’ blanke mustatche, c’èst l’îdèye qui dj’ènn’aveu.

C’è-st-à pî come tos l’s-ôtes di ç’ timps-là qu’il arivéve : on baston él min èt s’ pèzante sacoche so s’ vinte, i rotéve timpèsse. Si toûr èsteût long : à quéle heûre aveût-i qwité l’ burô d’ posse di Trooz          po-z-èsse ås Fôdjes vès  dîh eûres, après aveûr  rimonté lès Rys d Mosbeûx ? I lî faléve intrer d’vins lès coûrs ou lès djårdins, passer l’ ri vochal ou là pus lon, sûre ine alêye qui minéve å tchèstê, po r’mète à chaskeune sès lètes ou sès gazètes, ca i-n-aveût nole bwète ås lètes. Ennè profitéve po djåzer d’ traze à catwaze avou onk ou l’ôte ou bin beûre ine jate di cafè tot magnant s’ tåte.

Après Lès Fôdjes, nos l’ vèyîz ‘nn’ aller vès ‘n Andoûmont èt d’là, vès l’ Creûs Hinrå èt lès Brouwîres, pwis rad’hinde po «so Neûrfalîhe » èt l’ Couquerote po r’djonde li Vèsse å Trooz, Çoula lî féve po l’mons ine bone dîhin.ne di kilomètes Mins, mutwèt aveut-i d’vou, d’vant çoula, monter so l’ Thiér èt passer po Gomzé, dji n’ m’ènnè sovin nin mins ça lî åreût co ralongui s’ vôye

Vos v’ mådjinez bin qu’i-n-aveût qu’ine tournêye,  C’èsteût à lu qu’on confiyîve lès lètes à-z-èvoyî èt à lu ossi qu’on atch’téve les timbes. I v’néve li sèm’di èt l’dîmègne èt min.me li prumî d’ l’an avou totes les cartes qu’on rawårdéve, dès cisses qu’èstît mutwèt gåliotêyes di diamantine. Ç’ djoû là, ci n’èsteût nin à dîh eûres å matin qu’il arivéve, mins pus vite à dîh eûres al nut’ ca tot l’ monde aveût volou lî d’ner s’ dringuèle èt lî sinker ‘ne gote.

Poqwè nosse vî tchin hawéve-t-i come on pièrdou qwand ‘l vèyéve ? L’uniforme, li kepi mutwèt?  Ca c’ èsteût parèy po l’ tchampète.

Dès ôtes facteûrs ont v’nou pus tård, dès cis à vélo, adon pwis avou dès mobylètes, asteûre c’èst dès camionètes, mins nouk di zèls ni m’a lèyî d’ sov’ni. I-n-a qu’l’îmådje da Moncheû Debras qui dj’a co d’vant lès-oûy.

I fåt qu’ dji v’ dèye, qui po l’ djoû d’oûy nosse facteûr lêt s’ camionète å coron dèl rowe èt passe à pî, çou qu nos done l’ocåsion dè copiner on pô

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 « Le départ en tournée des 6 facteurs d’Aywaille en 1946 et le bureau était situé rue Alphonse Gilles. Monsieur Francis Sante, d’Aywaille,  jeune retraité de la Poste, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie »

C’est avec beaucoup d’amertume que Madame Isabelle Lecomte, de Clavier, évoque le métier qu’a exercé son papa.

« Oui, mon père Robert Lecomte  était facteur. A ce temps-là, il avait le temps. Il entrait buvait un café, après une gaufre. Pour les personnes plus âgées il allait à la pharmacie et, quand les volets étaient fermés, il prévenait la famille.

Maintenant, ils n’ont plus le temps de rien, ils roulent  sur les pavées pour ne  pas descendre de leur camionnette et mettre dans la boite aux lettres. Il n’y a plus rien d’humanité maintenant, c’est fini le bon vieux temps de vivre ! »

La Petite Gazette du 2 janvier 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Monsieur Remi Delaite, de Marche, a également eu la bonne idée de partager avec nous tous des souvenirs des facteurs connus avant ou après la Seconde Guerre Mondiale…

«  Durant les années d’avant-guerre, ma mère habitait une ferme isolée à 3 ou 4km du village à Ochamp, avec comme seul moyen d’accès, un chemin agricole. Lorsque le facteur était accompagné d’un contrôleur, ce dernier était invité à prendre une tasse de café pendant que le facteur allait faire une fausse livraison dans un bâtiment situé à quelques centaines de mètres, ce bâtiment n’était autre qu’un hangar… Une façon de justifier son temps ! Quand on songe qu’il faisait le trajet à pied ou en vélo !

Début des années 50, dans mon village à Redu, le facteur avait souvent maille à partir avec un chien qui l’avait déjà mordu plusieurs fois. Rien ne changeait malgré plusieurs avertissements donnés à son propriétaire. Un jour, il prit son arme de service et transperça le chien d’une balle. Le chien en réchappa, laissa le facteur tranquille, qui en fut pour un procès verbal justifiant la douille tirée. Autres temps… »

La Petite Gazette du 16 janvier 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Madame Courtoy-Fabri, d’Ozo , avec la gentille complicité de sa fille, nous dit le plaisir qu’elle a éprouvé en lisant quelques souvenirs de son facteur, Christophe Théate, le « Facteur ardennais » :

« Pendant la guerre, Christophe desservait Ozo avant Izier. J’allais, chaque semaine, à Grand-Trixhe pour y chercher de la viande abattue clandestinement par Gaston Vanval. Pour m’assurer de la compagnie sur la route, je quittais Ozo une demi-heure après lui et je l’attendais à la sortie d’Izier. J’avais entre 15 et 17 ans et les routes n’étaient pas sures !

Christophe m’a souvent rendu service pour réparer un pneu crevé, une chaîne sautée ou un dérailleur coincé.

J’appréciais beaucoup sa gentillesse et j’en ai gardé un excellent souvenir. Plus tard, j’ai eu  beaucoup de plaisir à lire son livre, qu’il m’a d’ailleurs dédicacé. Cela m’a fait plaisir d’entendre parler de lui… C’est ma jeunesse ! »

La Petite Gazette du 23 janvier 2013

NOUS AVONS DES FACTEURS QUI PRENNENT ENCORE LE TEMPS…

Madame Hélène Dumont, de Moulin du Ruy, apporte à son tour son témoignage sur les facteurs d’hier, mais elle tient également à évoquer ceux d’aujourd’hui !

« J’ai connu ce temps où les facteurs prenaient le temps de s’arrêter, d’entrer poliment dans les maisons en criant « Facteur » pour annoncer leur passage. Ils savaient rendre service et prenaient le temps aussi de commenter les nouvelles. Je me souviens de Fernand, Gaston, Julien et d’autres encore.

Je ne suis cependant pas d’accord avec un témoignage qui se concluait par « il n’y a plus d’humanité maintenant, c’est fini le bon vieux temps ! » Nous avons la chance, dans notre région, de profiter d’un service postal très humain. La Poste a compris que, dans certaines situations, les facteurs peuvent rester proches des personnes âgées ou ayant des difficultés pour aller relever la boîte postale, le long de la route.

Moi, je dis merci de tout cœur à la Poste et aux facteurs de la région Stavelot-Trois-Ponts qui savent rendre service avec beaucoup de sympathie.

L’esprit du bon vieux temps n’est pas tout à fait mort ! »

Merci pour ce beau témoignage qui, indubitablement, fera plaisir aux collaborateurs de B-post.

A LA POSTE CHEZ PARRAIN GEORGES…

Madame Luce Bigot aimerait, aujourd’hui, vous raconter ce qu’elle définit elle-même comme « un bon souvenir ».

« Dans les années 50, mon grand-père était percepteur des Postes à Gedinne; habitant la Hesbaye, nous n’y allions pas très souvent, pas d’autoroute à l’époque, nous y logions 1 ou 2 jours. La poste était un beau bâtiment en pierres bleues qui desservait beaucoup de villages des environs. Du haut de mes 5 ou 6 ans, j’ai le souvenir des facteurs à vélo bien emmitouflés en hiver, du bruit des tampons qui oblitéraient les timbres, de l’énorme balance au milieu de la salle, du poêle à charbon à alimenter très régulièrement et surtout de tous les fils que l’on branchait pour obtenir une communication téléphonique…quelqu’un venait même téléphoner au   Congo.

Ma curiosité de petite fille s’amusait de tout, la grosse horloge, les employés en tablier noir, le petit grillage au plafond qui donnait dans la chambre de mes grands-parents. Je pourrais en parler longtemps pourtant, mon grand-père est décédé assez tôt et, terminées les petites vacances à Gedinne, les balades dans les bois, la messe, terminés le bon lait et le beurre de la ferme etc. mais ceci est une autre histoire. Je rends de cette façon un hommage à mon grand-père et parrain Georges. »

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Je possédais une carte postale représentant le bâtiment où ma correspondante passait ses agréables petites vacances et j’ai pu lui en envoyer une copie qui, manifestement, lui a fait plaisir : « C’est bien la poste de mon enfance, la petite tourelle au premier étage était le cabinet de toilette de ma grand-mère Céline. J’aperçois aussi les fenêtres des greniers dans lesquels nous jouions mon frère et moi parmi les rouets, les poupées de chiffon, les jouets d’un autre âge qui avaient appartenu à mon père et ma tante. »

La Petite Gazette du 30 janvier 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS

Madame Torette-Schmitz, de Tinlot, témoigne à son tour sur ce sujet qu’elle connaît bien :

« Voici papa, Joseph Schmitz, né le 7 mai 1885 et entré à la poste à Engis, vers 1902 je crois.

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Il a fait, pendant des années, la tournée à Clermont-sous-Huy, Aux Houx et Aux Fontaines avant midi. Il venait dîner puis retournait, à 2 heures, pour faire la tournée des Avins. Il travaillait le samedi et avait congé un dimanche sur cinq.

Il devait être à la gare d’Engis à 5 heures du matin pour prendre la première dépêche. Vers 9 heures, il mangeait une tartine et buvait une tasse de café chez Flagotier, aux Houx. Il a pris sa pension en 1941 et est décédé le 11 juin 1960. »

 

La Petite Gazette du 6 février 2013

QUAND LES FACTEURS PRENAIENT LE TEMPS…

Madame Bernadette Lejeune, de Basse-Bodeux, nous apporte quelques précieuses informations sur cette photo parue il y a quelques semaines.

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 « Le départ en tournée des 6 facteurs d’Aywaille en 1946 et le bureau était situé rue Alphonse Gilles. Monsieur Francis Sante, d’Aywaille,  jeune retraité de la Poste, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie »

 « Le deuxième facteur, à compter de la gauche, est mon papa, Fernand Lejeune, né le 7 mars 1921 et décédé accidentellement le 7 mars 1963. Je suis née en 1952 et, si je me souviens bien, papa avait été appelé à l’armée mais il manquait de facteurs alors il avait été rappelé à son poste. Durant la guerre, je sais qu’il détournait les lettres qui étaient destinées aux Allemands et qu’il les faisait parvenir à l’armée blanche… »

Les facteurs, d’autres professions également dont les téléphonistes, ont pris beaucoup de risques durant la dernière guerre et ils ont ainsi rendu d’éminents services à la lutte contre l’occupant.

Monsieur Jean Marie Chartry d’Heur, professeur émérite de l’Université de Liège, nous lit à Saint-Germain-en-Laye (France) grâce à la gentille complicité d’une lectrice de La Neuville qui lui envoie régulièrement cette page. Il tient à insister sur le « rôle social de celui qui n’était pas seulement le simple porteur de missives, le propagateur de nouvelles orales sur le chemin de sa tournée, la rythmant par sa régularité quotidienne ou biquotidienne d’un certain temps de la vie quand la vie, en effet, prenait le temps de vivre. On le trouvait aussi consolateur des femmes à la maison, qui voulaient recourir à son service. Ce ne sont à cet égard ni légende ni ragots, mais faits et observations dispersés sur la population de nos villes et de nos villages, dont il va de soi qu’aucune enquête sociologique ne rendra jamais rétrospectivement compte, puisque nous entrons dans le domaine de l’intime et du celé. En des temps où il n’était question que d’insémination naturelle, il arrivait que le facteur jouât le rôle du donneur pour la fécondité de femmes en mal d’enfant, pratique que relève l’expression wallonne, « l’èfant dè facteûr » ; pratique occasionnelle, certes, et néanmoins réelle, quoique destinée à échapper tout naturellement aussi à l’enregistrement de la statistique. »

La Petite Gazette du 13 février 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS… CHRISTOPHE THEATE

Monsieur Ivan Rasquin, de Ouffet, m’écrit pour me dire son intérêt face aux témoignages sur les facteurs d’hier et, spécialement, Christophe Théate qu’il a connu dans ses derniers moments de vie :

« Mon histoire est toute différente de celles publiées jusqu’à ce jour : J’ai vécu au côté du facteur Christophe Théate dans ses derniers moments de vie.

Christophe était hospitalisé à la clinique de Huy, j’y suis aussi hospitalisé et … dans la même chambre. Je n’ai fait que de l’entrevoir quand on a entré mon lit dans sa chambre et m’a placé côté fenêtre. Une tenture nous sépare mais ne nous empêche de communiquer par la parole, en wallon, j’étais heureux de parler avec cet homme érudit. Son vœu  était de faire intégrer notre patois dans les écoles, si non il serait perdu à jamais. Il avait raison mais savait que c’était peine perdue, le patois est trop varié d’une région à l’autre. et c’est très tard que nous nous sommes souhaité « in bonne nute« .

Ce qui va suivre va vous sembler invraisemblable, mais pourtant réel : Je dormais depuis … lorsqu’une lueur indéfinie vint de l’extérieur illuminer la chambre, une forme (de femme) difficile à définir longeait le mur, pour disparaître derrière la tenture qui me séparait de Chistophe. Au passage de cette ??  mon corps était glacé, de peur je n’osais bouger, je croyais que c’était l’heure de ma mort ! Moi qui suis athée, je me pose encore la question de savoir ce que représentait cette « chose »…

Quand, environ une à deux heures plus tard, j’entendis des personnes chuchoter, je me suis bien réveillé, c’était la famille de mon voisin de chambre. Christophe était décédé ! Le 25 janvier 1983 à 6 h 40. J’ai cet acte.

Je fis le rapprochement entre la lueur de la nuit et son décès ! Quand j’en ai fait part à son fils Norbert, il me signifia que son père était extrêmement croyant et que ce ne serait que la venue de la Sainte Vierge pour le bénir ! Moi le mécréant, j’étais perplexe, mais que penser ?

Après ma revalidation, je me suis rendu à Tohogne, avec Norbert, sur la tombe de l’homme que j’avais peu vu mais qui, par sa voix, son parler, son wallon avait laissé une trace en moi. Son fils Nestor, lui, m’a offert ses deux livres: « Christophe Théate, facteur ardennais » et le « Recueil de poésies wallonnes« .

Quand, dans son livre, on parle de Malboutée, je ne peux m’empêcher de penser à mon arrière-grand-mère paternelle, Marie-Thérèse Laboule y est née, dans son acte de naissance, il y est indiqué « maison isolée » mais c’était en 1843. J’ai écris sa biographie portant simplement son nom. »

Merci pour cet émouvant témoignage.

La Petite Gazette du 20 février 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, se souvient elle aussi de cette époque…

« Je vous livre quelques faits de vie de l’époque où les facteurs avaient le temps, où 100 francs en un an rapportaient 3 francs et je vous parlerai, lié à tout ceci, du fameux poêle crapaud de la tante Alphonsine. Mes parents, à leur mariage, ont partagé sa vie pour l’accompagner et reprendre la ferme laissée libre par le décès de son mari.

C’est ainsi que nous avons pu profiter l’hiver, dans la salle à manger, la chambre comme on disait alors, de la douce chaleur que diffusait ce merveilleux poêle, ce support pour se chauffer les pieds comme dit si bien M. Houlmont.

A la bonne saison, on emménageait à la cuisine, mobilier : chaises de ferme, cuisinière à pavés, des faïences à fleurs vertes qui avaient tout leur charme et le grand canapé savamment travaillé par Prosper Dodrimont, menuisier, le grand-père de Philippe. Que du bonheur, oui ! mais, car il y a un mais… Maman avait la foutue manie de visiter nos petites tirelires de la C.G.E.R. pour rendre la monnaie au facteur. Bien sûr, elle nous remettait la somme, qu’on dit ? Ces petites tirelires cylindriques étaient offertes par la C.G.E.R. aux écoliers et M. Giltay, l’instituteur, nous proposait d’apporter nos petites économies et, au bout d’un temps, nous apportions nos livrets qu’il portait à la Poste avec notre pactole.

Ma petite sœur Lucienne commençait à trouver cette habitude de maman un peu sûre… Il fallait absolument trouver une cachette … et de glisser son petit trésor dans le pot du poêle crapaud sous les papiers que maman avait déposé pour brûler aux premiers froids. C’est fait, on n’y verra … que du feu. Et voici la fête, le grand rassemblement, oncles, tantes, cousins, cousines sont invités à partager un repas tout simple mais combien convivial. Et l’après-midi, le petit monde se dirigeait à pied vers Werbomont, via les carrousels, par après, en Jeep pour les plus petits avec l’oncle Antoine d’Ernonheid. Quelle aubaine ! oui, mais de nouveau un mais ! C’est le mois d’août, la canicule que nenni ! Un petit air humide et frois a fait qu’il fallait absolument réchauffer les invités.

Maman ouvre le poêle, dépose les petits bois sur les papiers, craque l’allumette et, soudain, Lucienne se rappelle, vole au secours de sa petite tirelire, s’explique sur la cachette, les cris, les larmes… « mes sous ! Mes sous ! » Pôve pitite…  

On a retiré de  l’étui en métal, de couleur rouge avant l’incendie, dès pèces tot si neures qu’on vî clâ, come li bouquète… E lès bilèts, qu’en n’esteut – î ? « Le billet de cinquante francs, je crois que je l’avais repris ! »

Awè vos maman, vâ co mi dè dire ainsi, on n’y pou todis dja rins !

La Petite Gazette du 6 mars 2013

QUAND ARTHUR ÉTAIT FACTEUR

C’est Madame Georgette Hubert, d’Esneux, qui se souvient de lui :

« Ma vieille marraine était handicapée, à 80 ans, elle ne pouvait plus descendre à la cave. Or, elle se chauffait encore au charbon qui alimentait sa cuisinière et sur laquelle elle préparait ses petits repas. Chaque jour, le facteur, il s’appelait Arthur si j’ai bon souvenir, descendait à la cave et lui remontait deux ou trois seaux de charbon et tout cela bénévolement bien entendu. Cela lui a permis de rester chez elle jusqu’à la fin de sa vie. J’ajoute encore qu’il allait lui chercher sa viande à la boucherie voisine. Cela se passait dans les années 1970. Ces services spontanés étaient d’un humanisme indéniable. »

ENCORE UN FACTEUR… JOSEPH ORBAN, DE MARCOURAY

C’est Monsieur François Soyeur qui nous le présente :

« Voici l’histoire d’un brave facteur, Joseph Orban,  de Marcouray. Joseph est né en 1908. Il a été facteur au début à Marcour, il distribuait la correspondance à Beffe, Devantave et Marcouray. Pendant la guerre, il était fréquemment arrêter par les Allemands pendant sa tournée ; il était fouillé, sans succès, les Allemands qui recherchaient de l’argent : l’argent convoité était planqué dans la selle de son vélo…

Après Marcourt il est allé au bureau de Laroche et puis à celui de Barvaux et cela pour être nommé. Il logeait chez son frère Louis, à Ny (Hotton). Il fut nommé à la poste de Melreux et cela de façon définitive. Il venait de Marcouray (d’où son surnom Macray) à vélomoteur par tous les temps et était au bureau avant  les autres facteurs habitant pourtant plus près. Il distribuait Monville, Fronville, et la route de Ny à Melreux. Il aimait beaucoup mieux les gens des petits villages, il n’aurait pas voulu distribuer la rue Parfonry à Hotton ou, disait-il, « les gens vivaient à l’arrière et fermaient les portes à clef! »

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 Quelqu’un pourra-t-il identifier la personne présente à côté du facteur Joseph Orban ?

 

 

Pendant la distribution de Fronville, il y avait la halte café. Elle se faisait chez nous et nous discutions de choses et d’autres, il était souvent près de la fenêtre, il admirait les poules et les vaches (il en possédait lui-même trois). Je revois encore mon épouse et ma soeur lui dire que nos poules étaient plus belles que les siennes et, à chaque fois,  Joseph disait : « A vos garces ! » et le fou-rire  était de la partie…

Après sa distribution, il avait une longue coupure car son service ne reprenait que fin d’après midi : levée de boites aux lettres puis il devait porter les dépêches au train de 19 heures. Avant cela, il lui arrivait de retourner le jardin derrière  le bureau de poste de Melreux. En général, il restait au bureau, triant du courrier que les autres facteurs ramenaient. Il allait parfois boire une tasse de café chez Charles et Marcelle Saintviteux qui habitaient à côté de la poste. Il retournait enfin vers son domicile après une journée bien remplie.

Joseph était très gentil, très honnête, il avait une grande franchise dans le langage (souvent en wallon). Il disait : « Qui n’est-i nute è qu’on sopahe » … Mais il  savait aussi se mettre en colère, un employé intérimaire s’étant moqué de lui, ils en étaient venus aux mains, sa cannette en métal avait été pliée sur le crâne de l’employé!

Joseph était peut-être un peu rancunier. Quand le percepteur, Raymond Hainaux, qui avait été prisonnier de guerre, avait voulu organiser une excursion en Allemagne, Joseph avait dit haut et fort : « Vos n’allez nin pwèrter vos sous à ses djins-là ? »

Joseph était serviable, il s’occupait totalement des feux au charbon dans le bureau. Quand il était en congé si on le rappelait, il reprenait le service sans rouspéter. Il était peut-être un peu vieux jeu, il n’aimait pas le moderne. Mais il était apprécié en tournée comme au bureau. Nous en gardons un bon souvenir.

Merci à tous les facteurs de la tournée citée ci-dessus. Certains faisaient le café eux- mêmes, d’autres allaient réveiller les deux filles avec une canette d’eau… En ce temps-là, il n’y avait pas de « géo-route ». Et mon correspondant de remercier Mme Walhin et Robert, le fils de Joseph Orban, pour l’aide qu’ils ont apportée dans l’enquête menée…

La Petite Gazette du 20 mars 2013

QUAND  LE  FACTEUR  TROUVAIT  L’AME  SŒUR !

Monsieur Raymond Gillet, de Nandrin, évoque quelques épisodes de la vie de facteur de son cousin Louis :

« Ces faits se passent juste après la guerre, nous sommes en 1945, mon cousin Louis Billaux est jeune facteur, il a 18 ans environ. La poste de Noirefontaine est située sur une voie secondaire, le camion postal de Libramont ne peut utiliser cette route. L’oncle Joseph, papa de Louis, également facteur  commence son travail  à 06h30, par se rendre à 150-180 mètres de la poste avec une brouette type terrassier(en 1945), il se plaçait le long de la route nationale Bouillon – Paliseul et attendait le passage du camion postal. Courriers divers, journaux, petits colis, paquets sont déchargés prestement dans la dite brouette; les jours de pluie un caban de facteur servira de protection. Retour au bureau de poste ; les facteurs sont arrivés, le tri par village et tournée va pouvoir commencer.

Louis va partir vers 07h15 réaliser sa «  tournée », il rentrera au bureau après 09h30, après avoir parcouru à vélo ou à pied près de 10 km. (A pied lors du passage du contrôleur). Il effectuera une seconde tournée à 14h30, elle consistera à « relever » les différentes boites aux lettres des villages de Noirefontaine, Curfoz, Sensenruth, Ucimont, Botassart ; le courrier ainsi récolté sera conduit à Bouillon,  à vélo évidemment.

Nous sommes en 1948, cousin Louis doit encaisser une assignation dans une entreprise de Noirefontaine, au lieu-dit « la briqueterie », il présente l’assignation ; vu la somme Monsieur Gourmet lui demande s’il peut représenter l’assignation le lendemain. Le lendemain Louis se présente au bureau de M. Gourmet, il n’en croit pas ses yeux, sur le bureau il découvre une pile de billets de plus de 10cm d’épaisseur. Il s’assied, et commence à remplir son formulaire de réception. Toutes les différentes coupures sont présentes. Après rédaction, il calcule le montant reçu (en mimant l’addition il me semble voir sa main droite trembler). Le montant total est correct….ouf… 253.007 francs sa mémoire ne défaille pas. (N’oubliez pas nous sommes en 1948 !) Louis a terminé sa tournée au pas de course pour rapporter l’argent au bureau de poste.

Il en vient à me narrer une histoire cocasse. A  l’époque le dimanche matin il effectuait une «  tournée journaux » (Libre Belgique, La Meuse, Le Soir, La Nation, l’Avenir…) En ces temps-là, le dimanche matin, avant la messe, c’était la toilette. Oui, la toilette au milieu de la cuisine dans la bassine. Louis arrive à Curfoz chez la Maria et par habitude, tout en ouvrant la porte il crie « Facteur ! », il a refermé précipitamment la porte…. La Maria était debout dans la bassine en tenue d’Eve. Ils sont restés sans voix.  Cousin Louis riait encore en me racontant l’anecdote, des larmes de rires inondaient ses yeux près de 65 ans après.

Mais pourquoi donc Louis est resté employé à la Poste seulement  7 années et demie… ? Au village d’Ucimont, dans l’angle de la rue du Village et la route du Tombeau du Géant (Lorihan), il  y avait la ferme de Joséphine et Edmond Arnould. Il lui arrivait de temps à autre de s’arrêter et de prendre une « jatte de cafait », non pas préparée  par Joséphine mais par leur jeune et charmante fille Mélanie. Au fil des mois, les jattes étaient régulières, et le café refroidissait mais ce n’était pas là le problème, n’est-ce-pas ? Et plusieurs mois après Mélanie et Louis se sont dit « oui ».

Dans quelques semaines, avec leur grande famille, ils vont fêter leurs 62 années de mariage. Longue vie à cousine Mélanie et cousin Louis. »

Merveilleuse histoire de facteur.

La Petite Gazette du 27 mars 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Ce sujet ne cesse de vous passionner, en témoignent les nombreux témoignages et souvenirs que vous m’adressez. Cette semaine, c’est Monsieur Michel Hiffe, de Waha, qui évoque la carrière de son papa :

« Permettez-moi de vous faire parvenir ce modeste témoignage mettant en valeur les facteurs et en particulier mon père qui a été facteur, entre autres, à Bomal (nous habitions à l’époque le village d’Aisne) et à Melreux. C’était aussi l’époque où il arrivait que papa porte à Liège par le train des fonds importants, travail dangereux car il était armé. À l’heure actuelle, ce sont les fourgons, transports de fonds, qui effectuent ce genre de déplacement.

facteur-hiffe

J’ai très bien connu Joseph Orban dont question récemment dans La Petite Gazette. Et pour cause, c’était un collègue et ami de papa au bureau de poste à Melreux.

Papa pris sa retraite dans les années ‘78/’79. Je me souviens qu’à une certaine époque, papa faisait la tournée tous les jours de la semaine, dimanche compris. D’ailleurs à ce sujet, je peux vous dire que la tournée à Melreux terminée certains dimanches  matin, c’était à vélo qu’en compagnie de mon frère (nous avions six ou sept ans), j’allais porter le courrier à la Reine Pédauque (sur la tournée de papa) pour le suppléer.

En hiver, quand nous fréquentions l’école primaire de Melreux, tous les enfants, avant l’entrée en classe de huit heures et demie, se liguaient contre le facteur (papa) dans de mémorables batailles de boules de neige. Mon père avait des mains comme des battoirs. Je vous laisse deviner le volume de ces boules que nous recevions. Serait-ce encore possible avec ce cher géo-route ?

Une dernière anecdote, alors que je pourrais être plus « loquace », nous donnions un coup de main à papa dans sa tournée à Hotton et Menil-Favay. Nous déplacions son   vélomoteur de maison en maison lui évitant des  retours en arrière. Nous prenions énormément de plaisir à conduire cette mobylette… nous n’avions pas l’âge.

Et comme le disait monsieur Soyeur à propos de Joseph Orban, papa faisait aussi une halte à Menil, sorte de rendez-vous avec les gendarmes de Marche.

Je peux en parler puisqu’ il y a prescription et que le géo-route n’existait pas encore. »

La Petite Gazette du 3 avril 2013

VOILA LE FACTEUR…

Monsieur Pascal Piérard, de Sprimont, m’a fait parvenir ce petit texte découvert par sa maman dans un vieux journal des années 60. Il est signé d’un grand nom de la littérature pour enfants, dont les heures de gloire s’étirent juste avant et juste après la seconde Guerre Mondiale . voici ce texte :

« En ville, qui donc le connaît ? Fonctionnaire anonyme, messager sans contacts humains, il dépose le courrier entre les mains du concierge, ou bien le glisse dans la fente de la boîte aux lettres. Et puis il continue sa marche le long du trottoir.

Mais quelle importance prend à la campagne cet éternel vagabond ! « Le facteur est-il déjà venu ? Y avait-il quelque chose pour moi ? » On guette de la fenêtre son alerte silhouette. On va à sa rencontre, on lui parle de la pluie et du beau temps, comme il se doit entre gens polis. On épie tous les mouvements de sa main habile à trier les paperasses et qui cherche s’il y en a portant votre nom.

Dit-il : « Rien aujourd’hui ! » On lui en veut comme si c’était sa faute. Donne-t-il une, plusieurs enveloppes ? On éprouve de la gratitude. Surtout si quelque lettre d’amitié ou d’amour apparaît, avec cette écriture désirée…

Facteur de campagne, porteur quotidien de nouvelles venues du monde entier, agent de liaison entre les humains, tu t’en vas tous les jours à la même heure et par les mêmes chemins. Mais il y a de  tout  dans ton sac, parmi les lettres charmantes, les cartes postales, l’annonce d’événements heureux,  se glissent les faire-part encadrés de noir, les feuilles de contributions, le rappel de dettes à payer…

L’immense amalgame des joies et des douleurs est là, dans ces enveloppes soigneusement pliées, calligraphiées, timbrées, d’apparence banale. De maison, en maison, de ferme en ferme, sans oublier le château, le presbytère, l’école, l’auberge, ton sac s’allège.

Tu continues ta route, sous le soleil ou la pluie. Les oiseaux chantent, les poules caquettent, les vaches te regardent de leurs grands yeux bêtes. Mais dans chaque demeure, quelque chose est entré, s’installe. Un regret ? Un rêve ? Un espoir ? Une rancune ? On pleure, peut-être. Facteur, on désire que tu t’arrêtes ; mais faut-il l’avouer ? On a un peu peur de toi. » Berthe Bernage.

ET LES PORTEURS DE TELEGRAMMES…

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, a raison d’associer les porteurs de télégrammes aux facteurs… d’autant qu’il sait de quoi il parle :

« Dans notre Petite Gazette, les sujets sont inépuisables. Nous y mettons les facteurs à l’honneur et c’est mérité. A côté d’eux, il y avait les porteurs de télégrammes et de courriers express.

Ce service des P.T.T. était délégué à la R.T.T. Ces agents n’avaient pas le rôle social des facteurs et ce n’était pas un métier qu’ils occupaient mais plutôt une occupait qui, plus tard, ouvrait bien des portes pour l’avenir.

On entrait à 14 – 15 ans et, à 18 ans, on avait accès aux différents services de la R.T.T. et des P.T.T. A Huy, pour assurer la distribution, il y avait 7 services 6 jours sur 7 car, le dimanche, c’était réduit à 5 services, mais toujours de 6h. à 22h. Pour assurer le service, il fallait 10 à 12 porteurs, les derniers entrés assurant les remplacements.

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 « Voici deux porteurs, à gauche Marcel Dechany, à droite, mon correspondant, Valère Pintiaux »

 

 

A Huy, la distribution se faisait à vélo et nous faisions 60 à 80 km. Par jour. En 1946 ou au début de 1947 a été créé le cadre des facteurs des Télégraphes, copié sur la Poste avec masse d’habillement, biennales et tout ce que comporte une nomination. L’arrivée du télex a marqué le déclin du télégraphe. En 1948, c’était la fin des nominations et le nombre de services a diminué. En 1953, nous avons pu être détachés à la Poste, c’est ainsi que j’ai été facteur de 1953 à 1956. Puis, des places étant libres, nous avons pu réintégrer la R.T.T. au sein de laquelle, dès sa création, beaucoup de porteurs autodidactes ont gravi les échelons pour accéder à tous les grades aussi bien techniques qu’administratifs puisque M. Bilen accéda même au grade de directeur général d’administration. Aujourd’hui, il faut un diplôme pour tout, mais je ne vois pas que cela va mieux… »

La Petite Gazette du 10 avril 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Cette rubrique vous aura permis, et vous en avez encore le loisir, de rendre hommage à ces visiteurs quotidiens que sont les facteurs. Grâce à vous, nous avons recueilli bien des témoignages, émouvants et passionnants. Aujourd’hui, voici encore un souvenir de monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, celui-là même qui nous expliquait son travail de porteurs de dépêches à la RTT et qui exerça quelques temps sous le costume de facteur :

« A la campagne, la plupart des tournées étaient pédestres, à Nandrin du moins. Il fallait cependant un vélo, avec deux porte-paquets et deux sacoches pour pouvoir tout emporter… La charge, courriers, journaux, toutes-boîtes et colis, était souvent largement au-dessus de 100 Kg. En plus, il y avait la responsabilité de l’argent manipulé, somme journalière souvent dix fois supérieure à notre salaire mensuel !

Je garde tout de même un bon souvenir de mon passage à la Poste, malgré la charge, les intempéries, chaudes ou froides.

Je n’oublierai jamais le bol de lait chaud offert, tout l’hiver, par une personne âgée ! »

La Petite Gazette du 17 avril 2013

MOI AUSSI, J’AI PORTE LES TELEGRAMMES ET LES DEPECHES…

Monsieur André Nisen, de Beaufays, a lui aussi été porteur de télégrammes. Il nous confie quelques-uns de ses souvenirs :

« En complément aux commentaires de mon ancien collègue, Valère Pintiaux, d’Esneux sur les porteurs de télégrammes, je vous confirme que ce métier existait encore à la fin des années 60.  J’ai commencé ma carrière dans cette fonction en novembre 1967.  Il y avait, à cette époque, deux sortes de porteurs : les messagers qui se déplaçaient en voiture et les piétons qui, comme leur nom l’indique, allaient… à pied !  Je faisais partie de cette deuxième catégorie ; je peux donc dire que je gagnais ma vie à la sueur de… mes pieds ! Si les messagers disposaient d’habillement de service, comme le précise Valère, les piétons n’avaient droit qu’à un képi et à deux sacoches.  Une petite lorsqu’il n’y avait que des télégrammes et des lettres exprès et une grande pour les colis exprès.  Nous démarrions du bâtiment de la rue de l’Université au centre de Liège et nous desservions les quartiers du centre, du Laveu et de Cointe, des Guillemins, de Sclessin jusqu’au stade du Standard.  Tout cela à pied, entre six et vingt-deux heures.  Ah, les petits matins en hiver…   Les messagers circulaient dans la périphérie.  Je garde d’excellents souvenirs de cette époque.  Nous avions accès partout sans problème et étions toujours les bienvenus ; des différents services du palais de Justice, aux salons des dames de petite vertu derrière la grand-poste…  Un de mes meilleurs souvenirs est un commerçant d’origine vietnamienne, rue Saint-Gilles, qui pleurait de joie quand il recevait des nouvelles de sa famille restée au pays.

Nous avions également pour mission la distribution des télégrammes dits de luxe, à savoir de circonstances (mariage, décès, etc.).   C’est ainsi que j’ai porté ce type de télégrammes à l’occasion de mariages, entre autres dans des salons situés rue Vinâve d’île.  J’étais loin d’imaginer que, vingt ans après, je rencontrerais la plus jolie de ces mariées, alors divorcée, et que je l’épouserais à mon tour… et avec qui je vis le parfait bonheur depuis plus de20 ans.

Evidemment, à l’époque, j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas d’un métier d’avenir.  Je n’y suis resté qu’un an et demi pour, ensuite, effectuer d’autres prestations et progresser dans la hiérarchie au sein de la RTT, ensuite Belgacom.  J’en fais toujours partie, pour quelques mois encore. »

La Petite Gazette du 2 mai 2013

J’AI AUSSI PORTE DES COLIS ET DES DEPECHES, MAIS PAS POUR LA R.T.T.

C’est au tour de Monsieur Léon Dumont, de Werbomont, de nous faire part de ses souvenirs de porteur… « J’ai, moi aussi, porté les avis, dépêches et colis, non pas pour la R.T.T., mais pour la S.N.C.B., district de Charleroi – Florennes.

Dans ma région natale, Villers-le-Gambon aujourd’hui commune de Philippeville, j’ai été porteur pour deux gares, du 2 février 1955 au 30 avril 1956. Le matin, de 8h. à 13h., Merlemont Station où j’attendais le train de marchandises venant de Florennes allant jusqu’à Agimont (frontière française Givet), train à vapeur qui amenait des wagons vides pour les usines à chaux dites « dolomies » et les colis pour les villages environnants.

Le même train reprenait les wagons chargés de chaux ou de dolomie, gravier jaune qui a couvert toutes les allées de l’Expo 58 à Bruxelles ; cette même dolomie couvre les allées du parc des Topiaires à Durbuy. 

Pour les colis, je faisais cela à vélo, je parcourais en moyenne 30 Km par jour, qu’il pleuve, neige ou fasse 25° et cela 6 jours sur 7. Il m’est arrivé de porter un matelas de 2 personnes à 6 Km de la gare en posant le matelas sur une pédale du vélo et le porte-paquet, avec 30 ou 40 kg. D’autres colis, dont des caisses de poissons pour la Baronne Nothomb habitant le château de Merlemont. Le samedi après-midi, c’étaient surtout les télégrammes de mariage et là c’étatit parfois jusqu’à 18 ou 19h.

L’après-midi, de 13h. à 15h., c’était la gare de Villers-le-Gambon avec le même scénario qu’à Merlemont, lettres de voiture à remplir pour la destination des wagons de chaux ou de dolomie ; ensuite, distribution des différents colis ou avis au destinataire quand le colis était trop volumineux (vélomoteur ou bicyclette), le garagiste venait alors chercher l’engin lui-même. A l’époque, je faisais ce travail pour 7 francs l’heure (0,18 centimes d’euro), plus quelques pourboires qui, parfois atteignaient 50 francs (1,25€) lors de la remise des télégrammes de mariage. J’ai quitté cet emploi le 30 avril 1956 et, le 2 mai, j’entrais dans l’Entreprise de la Dolomie à 15 francs l’heure, soit le double de mon salaire d’alors à la S.N.C.B. »

LA CHANDELEUR : UN CONDENSE DE TRADITIONS AUX ORIGINES TRES ANCIENNES ET MULTIPLES UNE CONFERENCE LE 12 FEVRIER A COMBLAIN-AU-PONT

Aujourd’hui, pour tout le monde, la Chandeleur c’est le jour des crêpes et les dépliants publicitaires ne manquent de le rappeler en proposant de multiples offres sur les poêles et tous les ingrédients nécessaires à la confection de ces délices. Et pourtant, la Chandeleur a une histoire passionnante qui conduit le chercheur à parcourir les siècles lointains à la rencontre de traditions spécifiques à plusieurs civilisations antiques et à leurs croyances religieuses.

Le Musée du Pays d’Ourte-Amblève, à Comblain-au-Pont, vous invite, le dimanche 12 février prochain, dès 14h30, à découvrir les multiples traditions qui, au fil des siècles, ont été respectées chaque début février. Comme guide de cette excursion dans le passé, le Musée a choisi René Henry, le chroniqueur historique que vous connaissez bien, notamment grâce à La Petite Gazette que vous lisez chaque semaine, dans le Vlan-Les Annonces, depuis 18 ans.

Chez les Celtes, le début du « p’tit meûs » connaît la fête d’Imbolc, une fête solaire que, bien plus tard, l’Eglise récupèrera sous le vocable de la Sainte-Brigitte. Chez les Romains, ce sont les Lupercales qui donnent lieu à des festivités dédiées à la fécondité des humains et des animaux. A la même période, des processions étaient menées dans les champs afin de les purifier après l’hiver. Au Ve siècle, le pape instaura la chandeleur, fête de la lumière. C’est aussi le quarantième jour suivant la naissance de Jésus et, dès lors, jour des relevailles de Marie.

chandeleurCe rapide aperçu historique vous laisse supposer combien de coutumes, de traditions et de rituels ont été engendrés par ces fêtes; nombre de ces manifestations directement issues de ces siècles lointains sont toujours respectées de nos jours, même si leurs origines sont généralement méconnues. C’est le jour de la Chandeleur qu’à Liège, en la cathédrale Saint-Lambert, le grand lustre aux mille chandelles, appelé aussi « la couronne de lumière », était allumé. Le cierge bénit ce jour protège la maison dont le maître fera le tour de ses biens le cierge allumé, il le trempera même dans l’eau destinée au bétail. Le soir de la Chandeleur, les macrales s’offrent un dernier grand sabbat avant le retour des longues journées…

René Henry vous guidera à la rencontre de ces traditions anciennes, vous expliquera comment l’Eglise les a transformées dans sa volonté d’éradiquer toutes les traces des cultes anciens qu’elle qualifia bien vite de païens; ainsi il en viendra, grâce à de nombreux exemples puisés dans notre environnement proche,  à évoquer les chapelles de chez nous qui, pour nombre d’entre elles, voient toujours se côtoyer d’antiques rites païens et de vénérables pratiques de piété populaire.

Après la séance de dédicace de son dernier ouvrage paru « Les Vertiges du Passé – Nos Chapelles,  vous serez conviés à un goûter, des crêpes évidemment, proposé à un prix démocratique.

Entrée gratuite, mais Inscription souhaitée en ligne, http://www.musee-ourthe-ambleve.be, par téléphone au 04 369 99 76.

UNE ANNEE DE SOUVENIRS, DE TRADITIONS, DE GESTES OUBLIES… NOSTALGIE ET RÊVERIE

Au gré des publications hebdomadaires de La Petite Gazette, de très nombreux lecteurs ont pris la peine de répondre aux nombreuses questions qui leur étaient posées, parfois même après avoir mené de longues recherches. Il est également arrivé, à plusieurs reprises, que certains d’entre eux retrouvent un vrai plaisir à reprendre la plume ou le stylo et se lancent dans la rédaction de textes inspirés par l’un ou l’autre des sujets abordés dans les colonnes de cette rubrique. C’est un fait tout à fait banal, la découverte d’un calendrier reçu pour marquer le début d’une année nouvelle, qui décida Monsieur Jean Bolland à coucher sur le papier, des évocations nostalgiques d’une époque révolue bien que peu lointaine… Souvenirs, traditions ancestrales, croyances populaires, faits et gestes d’hier se mêlent intimement dans ces douze textes rédigés avec une plume lerte, précise et très agréable.

La Petite Gazette du 6 février 2013

UN NOUVEAU CALENDRIER ET DES SOUVENIRS QUI RESSURGISSENT

Monsieur Jean Bolland s’est pris à rêver en découvrant les illustrations désuètes d’un calendrier qu’il a reçu, comme bien d’autres parmi vous, aux premiers jours de cette année 2013. Ces illustrations lui ont inspiré, mois après mois, quelques lignes que nous partagerons avec lui :

« Janvier

La classe est finie. Chaussés de sabots pour les uns, de bottines pour les autres, les bambins se sont échappés de l’école. Oubliés, les calculs et la grammaire!

Le chemin du retour est l’occasion de mille et une découvertes changeant au fil des saisons. Les températures polaires de ce mois de janvier ont figé l’eau des mares et des étangs. Une belle couche de glace exerce une attraction à laquelle les enfants ne résistent que difficilement. Chaque marmot se souvient, cependant, des recommandations parentales. Mais cette petite voix intérieure incitant à la prudence est bientôt mise sous l’éteignoir. La glace a l’air si épaisse !

Chacun s’avance prudemment, pose délicatement un pied sur le miroir glacé, appuie de plus en plus fort et, devant la solidité éprouvée, les bras en guise de balancier, progresse à petits pas glissés. C’est avec retenue et contrôle de soi que les patineurs sillonnent la glace, évitant les aspérités qui pourraient provoquer la chute.

Après quelques évolutions grisantes, la petite troupe prend le chemin du logis, contente d’avoir osé! Mais…chut! L es parents ne doivent rien savoir. Pas question de vendre la mèche! D’autant que l’hiver ne semble pas avoir dit son dernier mot. »

 

La Petite Gazette du 27 février 2013

ET VOICI FEVRIER

Retrouvons, maintenant le texte que le dessin de février sur le calendrier reçu a inspiré à Monsieur Jean Bolland :

« Janvier avait allongé ses jours sous une température clémente qui faisait ressembler cet hiver à un automne qui n’en finissait pas.

Vers la fin du mois, un vent du nord avait charrié de lourds nuages d’un gris jaunâtre qui laissèrent échapper des myriades de flocons. Il neigea un jour et une nuit, sans discontinuer, accumulant une couche épaisse qui amortissait les sons. Après cet épisode neigeux, une bise piquante balaya les nuages.

Pendant les journées lumineuses, le soleil dardait ses rayons glacés. Au cours des nuits, dans un ciel piqué d’étoiles, la lune accentuait le sentiment que tout était figé part le gel.

Ce froid avait ralenti l’activité des hommes. Seules, des obligations impératives poussaient les campagnards à affronter cet assaut de l’hiver. C’était le cas d’André, le garde-chasse du comte. Après s’être rassasié d’une onctueuse omelette agrémentée de deux tranches de lard maigre, il se mit en route dès le lever du jour. C’est que le temps était propice à la découverte des pas du braconnier qui prélevait du petit gibier du côté du Bois de Tave! Cependant, secrètement, le garde espérait ne jamais prendre l’homme sur le fait. Il avait bien des soupçons mais connaissait suffisamment la situation du chapardeur pour savoir que ces menus larcins servaient uniquement à améliorer l’ordinaire de cette famille dans le besoin. A son grand soulagement, à part ses propres pas de la veille, André n’en découvrit pas d’autres.
Le coeur léger, il se mit en quête de bois mort qu’il rassembla en un imposant fagot avant de dévaler le sentier enneigé qui conduisait au village. Ce soir, un bon feu crépiterait dans l’âtre.
Le garde fut bientôt en vue du hameau dont les fermettes flanquaient l’unique rue ou, plutôt, ce qui en tenait lieu : deux ornières sinueuses séparées par un terre-plein étroit. En été, les charrettes soulevaient des nuages de poussières. La boue s’accrochait aux roues à rayons aussitôt les pluies d’automne arrivées.

A travers les fenêtres de l’école, il devina les écoliers penchés sur leur ardoise. Le maître avait fort à faire au cours de l’hiver où le local était bien garni. Au contraire, à la bonne saison, nombre d’enfants désertaient la classe pour aider leurs parents dans les travaux des champs.
Des volutes de fumée s’échappant des cheminées, des filets de vapeur s’élevant des fumiers coincés entre les habitations et le chemin : seuls signes que gens et bêtes vivaient reclus pour échapper aux morsures du froid.

Au bout du village, se dressait l’église à la tour trapue, comme pour rappeler au rare étranger de passage, qu’ici, tout est retenue et simplicité.

Le cimetière dépassé, André prit une route en légère pente, longea le manoir et bifurqua vers la droite pour s’arrêter devant le bûcher de la demeure mise à sa disposition par le comte. Il ôta son couvre-chef, se pencha vers l’avant : le fagot roula et s’écrasa lourdement sur le sol de terre battue.

Arrivé sur le pas de sa porte, les narines de l’homme captèrent des effluves prometteurs : il sut, qu’en ce jour de la Chandeleur, Manon faisait sauter les crêpes pour le repas de midi. Les enfants n’allaient pas tarder à rentrer de l’école. »

 

La Petite Gazette du 13 mars 2013

NOUS AVONS VU LE PRINTEMPS…

Voici mars, aussi retrouvons-nous le texte que l’illustration du calendrier inspira à Monsieur Jean Bolland.

« – Fanchon! Javotte! Levez-vous!

Les fillettes émergèrent doucement de leur sommeil. Pendant quelques minutes, elles profitèrent encore de la douce chaleur du lit. Les oreilles aux aguets, elles devinaient les multiples tâches que leur maman accomplissait chaque matin.

Après un brin de toilette, les demoiselles s’attablèrent face à un bol de lait chaud accompagné de tartines beurrées qu’elles avalèrent en échangeant des propos ponctués de rires complices.
Rassasiées, le cartable au dos, elles prirent le chemin de l’école. Ces instants de liberté étaient l’occasion de mille et une découvertes. Le moment qu’elles appréciaient le plus était celui où elles côtoyaient ces vieux chênes tordus par les ans et les intempéries. Un long frisson de plaisir mêlé d’un zeste de crainte délicieuse s’emparait des petites lorsqu’elles frôlaient les branches difformes qu’elles imaginaient armées de fins doigts crochus prêts à les agripper au passage.
En fin d’après-midi, les deux soeurs franchirent le portail rouillé de la cour de récréation, obliquèrent à gauche pour longer le ruisseau dont le cours sinueux les ramènerait à la maison. Le trajet du retour était souvent différent de l’aller : il fallait bien varier les occasions de musarder!
En bonnes  campagnardes proches de la nature, elles se dirigèrent vers un fossé dans lequel des grenouilles avaient pondu. Les manches retroussées, elles plongèrent les mains dans les amas gélatineux. Elles s’évertuaient à les soulever mais, immanquablement, ceux-ci leur glissaient entre les doigts pour retomber dans un grand flotch!, éclaboussant les fillettes qui partaient alors d’un grand éclat de rire.

Plus loin, le chemin traversait une boulaie dont la blancheur des écorces était accentuée par les rayons du soleil. Déjà, les bourgeons des bouleaux laissaient poindre de minuscules feuilles fripées, avant-gardes de toutes celles qui, d’ici quelques jours, pareraient la forêt d’un vert tendre. Les petites s’amusaient des chatons du noisetier : d’une chiquenaude, elles libéraient le pollen qui se contorsionnait sous le souffle d’un filet d’air frais.
Alors que la maison était en vue, des cris d’oiseaux leur firent lever la tête. Presqu’imperceptibles d’abord, ils allèrent en s’amplifiant. Les gamines reconnurent les craquettements caractéristiques d’un vol de grues griffant le ciel d’un grand V qui, parfois se déformait quelque peu pour reprendre bientôt sa forme initiale.

Les grands échassiers s’éloignaient vers le nord quand Fanchon et Javotte aperçurent Vincent, leur papa, taillant son pied de vigne.

Papa! Papa! Nous avons vu le printemps! »

 

La Petite Gazette du 24 avril 2013

EN AVRIL

Monsieur Jean Bolland, inspiré par les illustrations de Georges Delaw ornant son calendrier, nous livre, mois après mois, un petit texte où se mêlent nostalgie et poésie…

« L’hiver, s’il faut en croire le calendrier, a tiré sa révérence. Malheureusement, le printemps idéal, comme notre imagination se plaît à l’évoquer, n’est pas encore là.

Pour pallier les températures encore bien basses, le poêle à charbon de l’école rurale ronfle au centre de la classe.

Et pourtant, un franc soleil sème de la gaieté dans le local quelque peu austère. Cet apport de lumière semble, mais n’est-ce peut-être qu’une impression, infléchir la discipline rigoureuse imposée par l’instituteur déambulant entre les pupitres.

Bientôt, de gros nuages, d’un noir presque bleu, accourent, poussés par un vent du nord-ouest. En quelques instants, le jour baisse. Une semi-obscurité s’insinue dans les moindres recoins. Des volées de grêlons s’écrasent contre les carreaux avant de rebondir sur les bacs en bois destinés à accueillir les futurs géraniums. Le crépitement assourdissant couvre la voix du maître, l’obligeant à suspendre sa leçon. Seize paires d’yeux se tournent vers le ciel  déchaîné. Quel spectacle! Quel sentiment de sécurité et de bien-être! Dans cette lumière tamisée, à l’abri des intempéries, même le plus rétif des potaches se complaît, bercé par une douce chaleur.
Les éléments finissent par se calmer. Les nuages aux flancs lourds s’éloignent. Des rais de lumières, timides d’abord, succèdent à la pénombre, rendant couleurs et vie aux objets classiques.  La fine couche granuleuse qui masque la cour disparaît. Jusqu’à la prochaine giboulée. »

 

La Petite Gazette du 15 mai 2013

LE JOLI MOIS DE MAI

Retrouvons maintenant le texte que Monsieur Jean Bolland a écrit, inspiré par un dessin de Georges Delaw (1871-1938) imprimé sur son calendrier 2013. Ce mois-ci, c’est à la lessive que nous convie mon correspondant ; plus particulièrement la façon dont la lessive était faite à l’époque où les poudres actuelles n’existaient pas encore.

« Chaque matin, Julie se levait de bonne heure : en été, aux premières lueurs de l’aube; en hiver, lorsque le soleil pâle glissait ses rayons froids dans la chaumière, la jeune femme travaillait déjà depuis quelques heures.

Entre la traite des quelques vaches, les râteliers à garnir de foin lors de la mauvaise saison, la préparation de la pâtée pour les cochons et le grain à distribuer à la volaille, la fermière ne chômait pas.

A ces activités quotidiennes, s’ajoutaient les travaux hebdomadaires comme le pétrissage de la pâte suivi de la cuisson des pains pour la semaine, la fabrication du beurre et la lessive.

C’est précisément cette dernière tâche qui occupait la ménagère chaque lundi matin. Au chant du coq, elle craquait une allumette qui enflammait les brindilles sèches. Le feu léchait et dévorait les menus bois avant de s’attaquer aux bûches disposées sous deux chaudrons noircis par les ans et les flammes.

Le premier récipient était rempli d’eau dans lequel baignait le linge que la buandière avait soigneusement brossé pour en détacher le maximum de saletés. Une fois l’eau chauffée, Julie y déposait un sac rempli de cendres de bois ou de paille. Au préalable, elle avait évité de recueillir les cendres de chêne qui auraient bruni draps et vêtements sous l’action du tan. L’eau bouillante du second chaudron était alors puisée à l’aide d’une louche profonde armée d’un long manche puis versée sur les cendres dont la potasse faisait office de savon. Cette opération se répétait plusieurs fois. Julie laissait ensuite reposer le linge toute la journée.

Le lendemain, la lavandière sortait la lessive du chaudron et la disposait dans une brouette qu’elle poussait jusqu’à la rivière. Agenouillée sur un sac rempli de paille ou dans un garde-genoux, elle trempait le linge dans l’eau claire pour le rincer et le frappait à l’aide d’un battoir avant de l’essorer en le tordant. Quand le temps le permettait, Julie étendait les draps sur l’herbe pour qu’ils sèchent et blanchissent au soleil.

Elle se souvenait de sa grand-mère lui racontant que, de son temps, les grosses lessives s’effectuaient seulement deux ou trois fois sur l’année. »

Quel voyage dans le temps… Merci Monsieur Bolland.

 

La Petite Gazette du 12 juin 2013

EN JUIN, ON FAUCHE…

Monsieur Jean Bolland, a tourné une nouvelle page de son calendrier et son imagination fait le reste…

« Dans un large bol au décor fleuri, Auguste dispose des morceaux de pain d’épeautre qu’il arrose généreusement d’une longue rasade de crème de lait. Ce déjeuner, simple mais roboratif, accompagné d’une jatte de café noir et sucré lui fournira l’énergie nécessaire pour accomplir son travail matinal : le fauchage d’une prairie sur Saint-Hasted.

Il quitte la ferme tassée le long du coteau puis traverse Bergister qui, peu à peu, sort de son sommeil. Il retrouve bientôt d’autres agriculteurs, la faux sur l’épaule, en route vers les prairies dont ils sont locataires ou propriétaires. Tous supputent les chances d’un maintien du beau temps pour les jours à venir. Chacun y va de ses observations : la rosée abondante, les hirondelles volant haut, la lune qui brille clairement et nettement dans le ciel nocturne …
Arrivé à la sortie du village, Auguste s’engage dans la Bounir où, çà et là, traînent encore des écharpes de brume qui s’effilochent sous l’action des rayons du soleil levant. Tout à leur aise, prés et champs s’étendent dans cette vaste cuvette avec, pour seules limites, les forêts montant à l’assaut des plateaux de La Lue et de Benasse.

Le sifflement charmeur des merles qui se répondent pour mieux marquer leur territoire, le parfum suave des reines-des-prés  dressant leurs épis sur les accotements humides du chemin, la senteur délicate du chèvrefeuille qui s’entortille malicieusement dans les haies, tout concourt à donner du coeur à l’ouvrage.

Hier, assis sur un sac en jute, Auguste avait enfoncé une enclumette devant le poulailler, y avait posé et maintenu la lame.  A l’aide d’un marteau,il avait battu l’acier afin de redresser et d’affiler le tranchant.

Arrivé à destination, le fermier affûte l’instrument au moyen d’une pierre à aiguiser qu’il retire du coffin accroché à sa ceinture. L’étui oblong en bois contient de l’eau allongée d’un filet de vinaigre. Cette opération sera répétée toutes les dix minutes afin de garantir un travail efficace et performant.

L’homme balance la faux en demi-cercle, le fer maintenu parallèlement au sol. Le chuintement de l’acier couchant l’herbe et la cadence du corps guidant l’outil rythment le labeur. Le soleil brille déjà haut dans le ciel quand Auguste peut contempler les andains jonchant la prairie.

Le séchage du foin qui exhalera une odeur à nulle autre pareille, sa disposition sur des chevalets-trépieds, l’entassement sur le chariot, le déchargement à la ferme et l’engrangement dans le fenil fourniront la provende au bétail pendant les longs mois d’hiver. »

 

La Petite Gazette du 1er juillet 2013

EN JUILLET, A LA RENCONTRE DES NUTONS

Comme chaque mois, insipiré par les illustrations de son calendrier, Monsieur Jean Bolland nous invite à le suivre dans son imagination, aujourd’hui, fantastique et merveilleuse :

« L’heure d’entre chien et loup ! Le soleil s’est perdu à l’ouest.  L’horizon éclaboussé de jaune-orange est passé au rouge incandescent puis au bordeaux.

C’est le moment choisi par Arduin pour emprunter la sente herbue dégringolant de Menuheyd. Arrivé au bas de l’escarpement, il traverse le chemin se hissant vers Betaumont, se coule entre les buissons et atteint le fond de la vallée où se faufile La Lue. Il s’immobilise tout en scrutant la crête du coteau boisé qu’il vient de descendre.

Plus d’une fois, il a cru déceler sa venue. Cette fois, il en est sûr : elle arrive !  Là-haut, au faîte de la butte rocheuse, il la devine entre la cime des bouleaux : quelques éclats d’or se mouvant et grandissant au fil des minutes. Les arbres aident à cette naissance. Leurs branches, agitées par la brise vespérale, finissent par expulser celle pour qui Arduin se languit : la lune s’est enfin extraite de sa gangue forestière.

Le regard du petit bonhomme passe et repasse de sa belle-de-nuit à la surface du ruisseau. Insensiblement, le reflet de l’astre gagne l’instabilité de la piste liquide. Arduin,  fasciné par la danse endiablée de la flaque lumineuse tordue au gré des mouvements de l’onde, imite la chorégraphie de la lune. Elle, dans l’eau ; lui, sur la berge. Couple improbable qui communie au rythme de la nature et des mêmes mouvements.

Un craquement de branche sèche ! Le charme se rompt ! Arduin devine une présence humaine qui s’enfuit vers l’aval. Connaissant le caractère moqueur de bon nombre d’hommes, il ne doute pas un instant que celui qui vient de le surprendre fera un mauvais usage du spectacle auquel il vient d’assister.

Le lendemain, le danseur monte prudemment au village. Il se faufile furtivement entre chaumières et granges pour surprendre les bribes de conversations qui lui laisseraient deviner que sa danse avec la lune est devenue objet de dérision. Il termine sa quête d’informations en descendant vers le moulin d’où vient un tombereau chargé de sacs de farine. Il a juste le temps de se jeter derrière une haie pour éviter la rencontre avec le charretier et son fils commentant  la nouvelle apprise de la bouche du meunier : la veille, en vérifiant le bon état du bief, l’indélicat a surpris un Nuton se trémoussant sur la rive de La Lue.

Triste, le cœur lourd, Arduin rejoint le massif escarpé.  Son secret est éventé.

Depuis longtemps, l’entraide avait toujours prévalu entre les hommes et les Nutons. Les villageois, chargés de galoches à ressemeler, de chaudrons à rétamer et de divers outils à réparer empruntaient la route défoncée et caillouteuse qui dévale, en oblique, vers Menuheyd. Le ponceau de pierres moussues traversé, la troupe gravissait la colline boisée pour s’arrêter à l’entrée de la grotte devant laquelle les objets à restaurer étaient déposés.

A la nuit tombante, de petits êtres barbus sortaient de l’antre et s’emparaient du dépôt avant de disparaître au plus profond de la cavité. Le jour suivant, les paysans retrouvaient leurs biens remis à neuf et, en remerciement, les remplaçaient par des victuailles. Les deux peuples vivaient ainsi en parfaite symbiose.

Mais, malheur au campagnard qui aurait osé railler ces créatures farouches et discrètes. La guigne  s’abattait alors sur lui : gens et bêtes malades, mauvaises récoltes et autres contrariétés.

C’est ainsi que les nuits du meunier devinrent agitées.  Coups redoublés contre la porte, cris lugubres dans les combles, bruits de pas sur le toit, roue à aubes qui se mettait à tourner intempestivement. Le malheureux ne trouvait plus le sommeil. Pour ajouter à son désarroi, sa femme lui reprochait d’avoir ri du Nuton. Les clients se firent rares, terrifiés par l’étrangeté du phénomène touchant les lieux.

Le moulin fut vendu. Dès que le nouveau propriétaire prit possession du bâtiment, les manifestations inquiétantes cessèrent.»

 

La Petite Gazette du 7 août 2013

MONSIEUR JEAN BOLLAND EVOQUE AOUT…

« Le modeste atelier de menuiserie, ou plutôt l’appentis qui en tenait lieu, assurait la transition entre la maison et l’enclos dans lequel poussaient, au cours de la belle saison, légumes et  fleurs vivaces.

C’était le royaume du grand-père. Penché sur l’antique établi marqué par les cicatrices des ans, maniant, avec une dextérité innée, des outils rudimentaires tels le vilebrequin, les ciseaux, le rabot, la scie égoïne… il façonnait et assemblait planches, clous et vis qui devenaient objets usuels ou jeux pour ses petits-enfants. De presque rien, naissaient des merveilles.

Il travaillait posément, avec application, le dos tourné vers un insignifiant poêle à bois qui, néanmoins, réchauffait prestement le local lorsque le temps était au froid. Le crépitement des bûches, la douce chaleur, l’odeur du bois, le cliquetis de l’outillage, le martèlement des sabots au contact du béton rugueux, toutes ces sensations, Baptiste les emmagasinait en lui. Longtemps après, il s’en souviendrait encore.

Une fois l’entrée franchie, dans le coin gauche, se dressait la canne à pêche. Composée de trois éléments en bambou brun vernissé, elle ne quittait que rarement l’endroit qui lui était dévolu. Son grand-père l’utilisait pour aller taquiner la truite dans les rares moments de loisir qu’il s’accordait. Il enfourchait alors son vélo pour gagner les rives du ruisseau bordant le village au nord.

Pêcher ! Baptiste en avait envie ! Ne suffisait-il pas d’une bonne paire de bottes, d’acheter un permis, de retourner quelques pierres plates à la recherche de vers ?

C’est ainsi,  qu’équipé de pied en cap, avec l’autorisation parentale et la canne de son aïeul, le garçonnet partit pour ce qu’il pensait être la première d’une longue série de fructueuses équipées aquatiques. Fier comme Artaban, spéculant sur la quantité de poissons pêchés, il courut plus qu’il ne marcha au long des sentiers et ruelles, emprunta le chemin caillouteux des Evals, à la rencontre du futur théâtre de ses exploits.

Au bord de l’eau, il déposa le sac de toile kaki contenant le petit matériel et monta la canne. L’enthousiasme ressenti retomba d’un cran lorsqu’il voulut enfiler un ver sur l’hameçon. Non que l’opération était complexe mais l’enfant, révulsé par le pauvre annélide empalé et gigotant, découvrait un aspect de ce sport auquel il n’avait pas pensé.

Le ru bordé d’aulnes aux branches retombantes constitua un deuxième frein à l’exaltation initiale : la ligne s’accrochait aux brindilles, obligeant Baptiste à poser sa gaule pour libérer le fil. Finalement, l’appât daigna toucher le courant, dériva en bondissant entre les galets et ralentit sa course folle dans un méandre plus calme et plus profond. Là, nouveau dépit : le crochet se planta dans les racines d’un buisson surmontant l’onde de sa masse imposante. Dégoûté, l’apprenti pêcheur dut accepter des rentrées liquides dans les bottes afin de récupérer le matériel.

Oui, vraiment, la pêche n’était pas ce qu’il avait imaginé. Il comprit que le clapotis de l’eau, le vol gracieux des libellules et les multiples formes de vie explosant dans ce milieu aux confins de deux mondes suffisaient amplement à son bonheur de petit campagnard.

La canne retrouva sa place dans l’atelier et perdit, définitivement, son pouvoir de fascination. »

 

La Petite Gazette du 11 septembre 2013

SEPTEMBRE…

Retrouvons, comme chaque mois de cette année, le texte consacré à ce mois de septembre par Monsieur Jean Bolland :

« Septembre ! Chaque jour plus nombreuses, les hirondelles se rassemblent.  Un beau matin, dans un grand froufroutement d’ailes, les gracieuses demoiselles s’envolent vers des cieux plus cléments.

Au fil du mois, le soleil s’extirpe de l’horizon avec plus de difficultés. Fatigué d’un si long été, il peine à dissiper les écheveaux de brouillard noyant, dans une mer immobile, les fonds de vallées desquels émergent, çà et là, un clocher ou une poignée d’arbres.

Le temps est venu pour récolter les pommes de terre. Harnaché, Gamin a été attelé aux brancards du tombereau dans lequel Joseph a jeté une fourche, deux paniers en osier et des sacs en jute. Aurore, sa femme, l’accompagne.

Arrivés dans le champ, tous deux se mettent aussitôt à l’ouvrage. Lui, dégageant les tubercules du sol. Elle, les ramassant et les déposant précautionneusement dans les paniers qui, une fois remplis, sont délestés de leur contenu à la limite du terrain où le doux soleil d’arrière-saison séchera la récolte.

En fin de journée, les sacs rebondis sont transportés à la ferme : les patates reposeront quelques jours dans la grange.

Un travail qu’il affectionne sera alors accompli par Joseph : rassembler et brûler les fanes dont la fumée âcre lui rappelle l’époque où, enfant, il aidait son père dans cette même tâche.

Lorsque le moment lui semblera opportun, le fermier disposera les pommes de terre dans la cave, sur une épaisse litière de fougères sèches.

Aurore débute ses journées par la traite des vaches qui, en cette saison, paissent encore dans les prés. L’agricultrice dépose les deux cruches dans les emplacements circulaires de la charrette à bras. L’une est coiffée d’un seau retourné. L’autre reçoit une étamine qui filtrera le lait afin de le débarrasser des impuretés qui auraient pu y tomber. Poussant la petite carriole devant elle, Aurore gagne  l’enclos où l’attendent les trois vaches. Assise sur un trépied, le seau coincé entre les genoux, la tête appuyée contre le flanc de l’animal, la fermière débute la traite.

Rentrée à la ferme, Aurore transvase le précieux liquide dans de grands plats en terre cuite. D’ici un jour ou deux, la crème, séparée du lait, sera battue et malaxée pour donner du beurre.

La traite de fin d’après-midi terminée, Aurore prépare le souper. Pendant ce temps,  Joseph s’assure que les animaux de son petit élevage ne manquent de rien. Les grains lancés aux poules provoquent un remue-ménage caquetant. Du fond de sa soue, le cochon se précipite vers la porte en bois vermoulu. Dans un concert de grognements, il se rue goulûment vers le seau cabossé débordant d’épluchures cuites.

La table dressée, Aurore perçoit enfin les pas fatigués de son mari. Le dos légèrement voûté sous le poids du labeur, vêtu d’un sarrau rapiécé, celui-ci ouvre la porte qui grince sur ses gonds, s’avance vers la table et prend place à côté du bahut contenant les pains pour la semaine. La cuisinière remplit les assiettes de pommes de terre rissolées accompagnées d’une scarole.

Le repas terminé et la table débarrassée, chacun prend place près du poêle. A la lumière d’un quinquet, Aurore tricote. La pipe vissée au coin de la bouche, Joseph laisse échapper de mouvantes volutes de fumée bleuâtre. Pensif, il parle peu. Quelques rares paroles. Chez les gens de la terre, on ne dit pas en vingt mots ce qui peut être exprimé en cinq. Chez eux, rien n’est gaspillé.

Le silence est haché par le cliquetis des aiguilles à tricoter. Par le chant plaintif et grave des bûches noueuses. Par le tic-tac de l’antique horloge qui égrène le temps. Par le mugissement des premiers vents d’automne dans la cheminée.

La sérénité de ces heures apaise et répare les corps qui ont oeuvré de l’aube au crépuscule. »

 

La Petite Gazette du 8 octobre 2013

OCTOBRE…

Retrouvons, comme chaque mois de cette année, le texte que les illustrations du calendrier de Monsieur Jean Bolland lui ont inspiré…

« Les sorcières ! Aujourd’hui, cette évocation fait délicieusement frissonner les enfants. Pour eux, ce vocable est synonyme de fête, de carnaval et d’amusement.

Autrefois, il en allait autrement. Ce nom provoquait la crainte et l’effroi. En témoigne le nombre de lieux-dits rappelant le souvenir de ces êtres qui, bien malgré eux, ont terrifié les générations des siècles passés.

La définition, qu’en donne le dictionnaire Larousse,  dit l’essentiel : « Personne qu’on croit en liaison avec le diable et qui peut opérer des maléfices. » Chaque mot a son importance.

Il est toujours dangereux de vivre et de penser autrement que le commun des mortels. De nos jours, de tels individus sont parfois regardés avec commisération ou, dans le pire des cas, mis au ban de la société.

Jadis, ces gens risquaient leur vie. A une époque où l’instruction était limitée, où la crédulité de nos ancêtres leur faisait entrevoir l’intervention de forces obscures, il ne faisait pas bon être versé dans la catégorie des originaux. Une maladie grave ou un décès inexpliqué dans la famille, une épidémie dévastatrice ou, plus simplement, une vache et son veau qui crevaient,  ne pouvaient être que le résultat  de l’action de puissances maléfiques avec lesquelles certaines personnes, pensait-on, pactisaient.

Lorsque la rumeur enflait et se concentrait sur un malheureux, celui-ci devenait le coupable, tout désigné,  à l’origine des misères affligeant la communauté. Un procès, ou plutôt un simulacre de procès, était organisé. En résultait, généralement, l’exécution de l’accusée.

Dans nos régions, les 16° et 17° siècles virent une grande chasse aux sorcières qui furent brûlées à cause du fanatisme,  de l’ignorance de la population et de ses représentants. Comble de l’abjection, les frais de l’exécution étaient réclamés à la famille du condamné : rétribution du bourreau, payement du bois utilisé et repas de ceux qui s’attribuaient le titre de juges. »

 

La Petite Gazette du 30 octobre 2013

AVEC NOVEMBRE QUI S’ANNONCE, C’EST LE RETOUR DES LONGUES SIZES

Nous retrouvons, avec grand plaisir, le texte que M. Bolland a imaginé en découvrant la nouvelle page de son calendrier…

« Fernand, Raymond et Gaston aimaient passer, ensemble, les soirées de la mauvaise saison. Réunis, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, ils discutaient des menus événements survenus dans le village, jouaient aux cartes ou évoquaient des histoires d’autrefois. Le plus souvent, c’était Fernand qui hébergeait ses compagnons.

A côté de l’âtre, lové sur une chaise basse, ronronnait un des nombreux chats de la ferme, fatigué d’avoir chassé les souris ayant élu domicile dans les moindres recoins de l’exploitation. Cette chaise lui était dévolue. Il se confondait avec elle. Pour peu, il aurait fait partie des meubles.

Combien de fois les compères ne s’étaient-ils pas rappelé le tour pendable qu’ils avaient joué à Eustache, un jeune marié. Le soir de ses noces,  les trois complices s’étaient dirigés vers la fermette de leur victime. C’était une modeste demeure adossée à un talus et dont le pied de la toiture arrière touchait le sol. Un chariot était entreposé dans le hangar accolé à la grange. Ils eurent vite fait de démonter l’engin, d’en transporter les éléments sur le robuste toit de cherbains avant de le remonter au faîte de l’habitation.

Une autre fois, ils avaient décroché et étendu, sur les buis du presbytère, le linge qu’une vieille jeune fille acariâtre avait mis à sécher au fil reliant deux pommiers de son verger.

Ces évocations étaient accompagnées de rires sonores qui allaient en s’amplifiant au fur et à mesure que la bouteille de genièvre diminuait. Difficile de dire qui était le plus farceur, tant chacun sollicitait  son imagination.

Fin novembre, Raymond et Gaston s’étaient invités à souper chez leur ami. Clotilde, l’épouse de Fernand,  mettait la dernière main aux préparatifs du repas pendant que le trio devisait joyeusement, cherchant un prochain souffre-douleur à leurs espiègleries. Le délicieux fumet qui s’échappait du chaudron suspendu à la crémaillère faisait saliver les invités.

Au moment de prendre place autour de la table, on frappa à la porte. La maîtresse de maison alla ouvrir : c’était la jeune voisine. Elle venait quérir de l’aide pour préparer le mélange de base à la fabrication du boudin noir. Clotilde se dit qu’elle souperait plus tard.

Prétextant des douleurs à l’estomac, Fernand ne fit que goûter les aliments avant de repousser son assiette. L’appétit ouvert par quelques petites gouttes, ses deux copains parlèrent peu, occupés qu’ils étaient à faire honneur aux mets. Ils relevèrent la tête lorsqu’il ne resta, au fond du plat, qu’un discret  morceau de viande et deux bouts de pommes de terre baignant dans un reliquat de sauce. Ils s’excusèrent presque de n’avoir rien laissé pour Clotilde.

Les deux hommes, rassasiés, reculèrent leur chaise, s’appuyant confortablement contre le dossier qui gémit, les jambes étendues sous la table. Il y a longtemps qu’ils n’avaient plus participé à pareil festin !

Un large sourire de satisfaction illuminait leur visage quand, soudain, Gaston donna un coup de coude nerveux à Raymond. D’un mouvement rapide de la tête, il l’invita à regarder la chaise basse dressée à côté de la cheminée :  le chat ne s’y trouvait pas ! Leur mine s’allongea. Pris de violentes nausées, ils se précipitèrent vers l’étable. »

 

La Petite Gazette du 11 décembre 2013

FEERIE DE DECEMBRE

Comme chaque mois de cette année qui s’épuise, Monsieur Jean Bolland nous baigne dans une intimité désuète, mais tellement sincère, et qui, je le sais, vous invite à la rêverie…

« Décembre est bien entamé. La Saint-Nicolas passée, une autre fête occupe peu à peu les esprits : Noël et sa féerie. Son attente donne de la couleur aux jours gris et de plus en plus courts.

Le temps d’une soirée, et elles sont longues en ce début d’hiver, l’église millénaire résonne de coups de marteaux. Des bénévoles installent, du côté droit du choeur, la structure qui hébergera les statuettes reléguées, pendant le restant de l’année, dans un coin sombre de la tour. Quelques résineux, placés en arrière-fond, donnent une touche bucolique à l’ensemble.

Après l’école, à l’aide de plâtre, les enfants  façonnent des santons qu’ils peindront avec méticulosité. Dans les jours qui précèdent la Nativité, les boîtes contenant les différentes garnitures sont  descendues du grenier et ouvertes délicatement. Les réflexions des petits fusent lors de la redécouverte des trésors fragiles qu’elles contiennent. L’un avait oublié la présence de telle boule. Un autre a des étoiles plein les yeux en retrouvant le clinquant des oiseaux qui le fascinent. Chacun rivalise d’adresse et de prudence au moment d’accrocher ces objets aux branches du sapin.  La crèche est enfin posée sur une petite table au pied de l’arbre rutilant : elle accueillera les personnages créés par les enfants. Ainsi garni, ce coin de la salle à manger, vers lequel convergeront tous les regards, ajoutera une touche de merveilleux et de bien-être.

Matinée de la veille de Noël. Le pot du poêle plate-buse est incandescent. Les deux portes émaillées du coffre ont été, au préalable, fermées afin d’y accumuler un maximum de chaleur. Sous les doigts experts de la maman, la farine, la levure, le lait, le beurre fondu, les œufs et une pincée de sel deviennent pâte qui reposera avant d’être partagée en pâtons aplatis à l’aide d’un rouleau puis étalés dans des moules à l’intérieur enduit de matière grasse. Fruits en morceaux, compote, riz… couronneront le tout. Enfournées dans le coffre du poêle pour en être retirées trois quarts d’heure après, dorées et appétissantes à souhait, les tartes prendront la direction de la cave pour y être entreposées dans un garde-manger à claies

La soirée du 24 s’annonce longue. Après le repas, les marmots sont invités à se reposer – à dormir même- pour pouvoir assister à la messe de minuit. A 23 h 45, les cloches sonnent à toute volée, emplissant l’espace de résonances claires s’interpénétrant et roulant jusqu’au fond de la vallée. La famille est en vue de l’église vers laquelle se dirigent d’autres groupes. Tout ce petit monde s’engouffre dans l’édifice. La douce chaleur, l’odeur de résine, les notes de musique dégringolant du jubé, les sourires échangés, la crèche illuminée, tout concourt à rendre l’assemblée heureuse. La magie des chants traditionnels ajoute un supplément de félicité et de surnaturel à ces instants de grâce.

L’office terminé, alors que chacun rentre chez soi, des détonations éclatent soudain et font se lever les têtes. C’est Hector, le menuisier, qui tire quelques fusées griffant les ténèbres du ciel d’éphémères traces dorées et chuintantes.

La porte close, la maisonnée prend place autour de la table pour avaler un morceau de tarte ou un cougnou « maison », le tout accompagné d’un petit verre de vin de muscat. »

Un tout grand merci à monsieur Bolland pour ces très beaux textes qui ponctuèrent fort agréablement cette année 2013.

REQUISITION DES BATEAUX DE L’OURTHE (1814-1815)

La Petite Gazette du 18 janvier 2017

HIER 1814 -1815 : LES BATELIERS DE L’OURTHE EN CHÔMAGE

En lecteurs avisés de La Petite Gazette, vous savez que Monsieur   Gabriel Gabriel, de RoanneCoo est un inlassable chercheur. Depuis des années, il fouille méticuleusement les vieux documents relatifs à nos régions qui reposent au dépôt des Archives de l’Etat à Liège. Lorsqu’il fait une découverte susceptible d’intéresser les lecteurs de cette rubrique, il ne manque jamais de me la communiquer pour que j’en partage le contenu avec vous tous. Encore une fois, en votre nom à tous, je tiens à l’en remercier chaleureusement. Cette semaine, c’est un document déniché dans les archives du Fonds hollandais qu’il vous propose de découvrir ; comme il traite des bateliers de l’Ourthe, je sais qu’il vous passionnera. Il vous présente son contenu :

« Après  la  défaite  des  armées  françaises  à  Liepzig en  1813,  les  armées  des  coalisés, ou  des  Hautes  Puissances  Alliées, vont  occuper  notre  pays  dès  janvier  1814. Il  sera  alors  administré  par  des  représentants  hollandais  avant  que  le  sort  de  notre  nation  soit  définitivement  scellé  lors  du  Congrès  tenu  à  Vienne   en  1815.

La  période  charnière  entre  ces  deux  évènements  marquants  de  l’histoire  de  notre  pays  sera  particulièrement  difficile.

Retenons  une  plainte  des  Bateliers  de  l’Ourthe  adressée  au  Commissaire du  Gouvernement. Selon son excellente habitude, René Gabriel nous propose ce texte dans son orthographe d’origine :

A Monsieur  Koenen  Commissaire  du  Gouvernement  pour  le  département  de  l’Ourte.

Les  soussignés  bateliers  des  communes  d’Esneux, Hamoir, Comblin-Fairon, Sprimont, Tilff, Angleur  et Chesnée  ont  l’honneur  de  vous  exposer  que  depuis  longtemps  ils  sont  privés  de  leurs bateaux  emploiés  au  pont  qui  a  été  jetté  sur  la  Meuse  vis  à  vis  de  Visé, que  ces  bateaux  sont  la  seule  et  unique  ressource  de  la  plupart  d’eux  qui  n’ont  d’autre  moyen  d’existence  pour  eux  et  leur  nombreuse  famille, ils  se  permettent  d’observer  que  la  destination  de  ce  pont  est  bonne  à  cesser  depuis  la  reddition de  la  place  de  Mastricht et  qu’il  ne  peut  tout  au  plus  aujourd’hui  que  servir  aux  habitants  de  Visé  pour  communiquer  plus  aisément  d’une  rive  à  l’autre de  la  Meuse,  tandis  d’un  autre  côté que  l’intérêt de  la  navigation  et  par  suite  du  commerce  réclame  impérieusement la  prompte  remise  des  bateaux  aux  soussignés  pour  pouvoir  continuer  comme  ci-devant  à  transporter  toutes  sortes  de  marchandises  dans  les  villes  de  Maestricht, Venlo, Ruremonde et  même  plus  avant  dans  la  Hollande.

Pleins de  confiance  dans  votre  justice ordinaire, les  soussignés  osent  se  flatter, Monsieur le  Commissaire, que  vous  ne  balancerez  pas  d’après  toutes  ces  considérations, d’ordonner  sur  le  champ  la  remise  de  leurs  dits  bateaux.

Salut  et  profond  respect.

Signatures.

Et mon correspondant de conclure par une information et une remarque très judicieuses :

« La  fourchette  des  années 1814-1815  semble  bonne. En  effet, je  viens  de  trouver  que  le  siège  de  Maestricht avait  eu  lieu  de  décembre 1813  au 21  juillet 1814. En outre, il me semble bien intéressant de retenir  les  destinations  hollandaises  de  nos  bateliers  locaux: Venlo, Ruremonde  et  au  delà …! »

La Petite Gazette du 25 janvier 2017

REQUISITION DES BATEAUX D’OURTE (selon l’orthographe de l’époque)

C’est avec intérêt que nous retrouvons les documents exhumés des archives par René Gabriel. Il nous présente une autre trouvaille sur le sujet abordé dernièrement :

« Précédemment, nous  avons  suivi  une  plainte  des  bateliers réclamant  le  retour  de  leurs  embarcations. Revenons  début mars 1814  et  découvrons  un  premier  rapport  relatif  au  projet  de  pont :

Liège  le  10  mars  1814.

Mise  en  réquisition  dans  les  communes  de  Tilff  et  d’Esneux  de  vingt  bateaux  de  l’Ourte  propres  à   porter  des  canons, cordes  et  chaines et  dans  celle  de  Chokier de  1600  planches  de  2  à  3  pouces  d’épaisseur, nous  appréhendons  que  ces  réquisitions  ne  se  rempliront  au  moins  pas  entièrement  et  nous  vous  en  prévenons  pour  votre  gouverne  afin  de  pouvoir  de  votre  côté  prendre  les  précautions  que  vous  jugerez  nécessaires.

Nous  venons  également  de  requérir le  maire  de  Visé  de  procurer  demain  à  l’officier  du  Génie  les  ouvriers  et  outils  désignés  dans  la  liste  que  vous nous  avez  envoyée  hier.

Pour  cet  ouvrage  il  est  demandé 20  bateaux  pour  porter  canons, cordes  et  chaines, 230 poutres, 1000 planches, 3000 clous.

Les  ouvriers  proviendront  de  la  région  de  Visé  dont  presque  tous  exercent  la  profession  de  charpentier.

Les  bateaux  de  l’Ourte  conviendront  mieux que  ceux  que  l’on  trouve  en  Liège, aussi  Messieurs  vous  pourriez requérir  dans  les  communes  de  cette  rivière.

Cette  précision  va  être  très  préjudiciable  à  nos  bateliers  locaux  car  l’ordre  est  immédiatement  transmis  aux  maires  de  Tilff  et  d’Esneux :

 

Liège  le  10  mars  1814.

Aux  maires  d’Esneux  et  de  Tilff.

C’est  d’après  des  ordres  supérieurs  que  nous  vous  enjoignons  de  mettre  dans  vos  communes  en  réquisition  10  bateaux  d’eau  d’Ourte  et  les  envoyer  de  suite  devant  Visé  pour  la  construction  d’un  pont  que  l’armée  des  Alliés  va  y  établir. Il  faut  que  ces  bateaux  soient  de  profondeur  à  porter  des  canons, cordes  et  chaines.

Nous  vous  observons  que  cette  réquisition  est  aussi  pressée  que rigoureuse et  sous  peine  d’une  nombreuse  réquisition  militaire. Nous  vous  accuserons  la  réception  de  celle-ci  par  un  récipissé  au  porteur  auquel on  paye  un  franc pour  frais  de  voiage. »

 

Simplement passionnant, un immense merci à Monsieur Gabriel qui reviendra vers nous avec d’autres documents si ses recherches lui permettent de les mettre à jour. Evidemment si, de votre côté, vous êtes en possession de renseignements permettant de compléter le sujet, les colonnes de La Petite Gazette vous sont ouvertes.

 La Petite Gazette du 1er février 2017

LA NAVIGATION SUR L’OURTHE A L’EPOQUE FRANCAISE

Les documents transmis par M. René Gabriel évoquant « la réquisition des bateaux d’Ourte » décidée par les autorités françaises au début du XIXe siècle pour servir à l’installation d’un pont provisoire, réclamé par l’armée, devant Visé avaient conduit ce lecteur-chercheur à s’interroger sur les destinations qu’atteignaient alors les bateliers de l’Ourthe : « dans  les  villes  de  Maestricht, Venlo, Ruremonde… ». Je savais que cette information me rappelait quelque chose de connu et, à mon tour, j’ai fouillé mes notes relatives à cette période et… j’ai retrouvé ce que j’y cherchais.

Dans son extraordinaire « Mémoire statistique du département de l’Ourte », Thomassin, chef de division à l’administration du département, rapporte ceci : « Les pavés des carrières d’Esneux et de Comblain-au-Pont descendent par l’Ourthe dans la Meuse à Liège et se transportent de là, sur les différentes chaussées et par la Meuse, à Maestricht et Venlo »

L’auteur de ce précieux « Mémoire » nous précise qu’il y a alors 12 carrières à Esneux, employant 60 ouvriers et produisant annuellement 800 000 pavés ; 2 carrières à Gomzé-Andoumont, 13 ouvriers et 249 000 pavés/an ; 4 carrières à Comblain-au-Pont qui, avec 16 ouvriers fournissent 300 000 pavés/an.

PROLONGEONS LA PETITE GAZETTE…

Monsieur René Gabriel nous donne encore à découvrir de nouveaux documents :

Réquisition  des  bateaux  d’Ourte.

Le  9  mai  1814.

A Monsieur  Defloen  maire  de  Visé,

On  vous  prévient  que  Son Excellence  le  Gouverneur  Général  par  sa  dépêche  du  28  avril, a  défendu  formellement  la  démolition  du  pont  établi  à  Visé  pour  la  communication  des  troupes  aussi  que  la  vente  au  profit  de  l’armée  Suédoise  des  matières  provenant  de  ce  pont.

Ce  pont  ayant  été  construit  aux  frais  du  pays  ainsi  que  la  fourniture  de  tous  les  objets qui  ont  été  nécessaires, ils  doivent  être  considérés  comme  sa  propriété  sacrée et  rester  à  sa  disposition. Je  vous  invite  en  conséquence  à  me  rendre  compte  sur  le  champ  des  attentats  que  les  militaires  voudroient se  permettre  à l’égard de  ce  pont  et  prendre  les  mesures  les  plus  efficaces  pour  les  empêcher …

 

Le  16  mai  1814.

A  Monsieur  Koenen Gouverneur  du  département  de  l’Ourte.

Les  bateliers  soussignés  ont  l’honneur  de  vous  exposer  qu’étant  privés  de  leurs  bateaux  qu’ils  ont  fournis  pour  la  construction  du  pont  de  Visé  d’après  la  réquisition  leur  insinuée, ils  ont  encore  le  désagrément  d’être  contraints  au  payement  d’une  taxe  arbitraire  pour  le  passage  du  même  pont  lorsqu’ils  descendent  avec  quelques  bateaux  qui  leurs  restent, cette  taxe  étant  de  3, 4  ou  5 francs  par  partie  et même  prix  à  la  remonte  à  vuide.

Les  soussignés  épuisés  par  le  défaut  de  navigation  pendant  tout  le  temps  que  la  Meuse  a  été  fermée  et  privés  aujourd’hui de  leurs  bateaux  dont  ils  ne  sont  pas  encore  payés  ce  qui  les  empêche  de  se   relever  de  leurs  pertes, viennent  implorer  votre  justice  dans  la  ferme  croyance  que  vous  daignerez  Monsieur  le  Gouverneur  combien  il  leur  est  sensible de  payer  le  passage  d’un  pont  construit  de  leurs  propres  bateaux et  que  vous  ordonnerez  que  le  passage  leur  soit  libre, ils  ont  l’honneur  d’être  avec  le  plus  profond  respect.

Vos  très  humbles  et  très  obéissants  serviteurs. 

On  comprend  très  aisément, analyse René Gabriel,  l’exaspération  des  bateliers  d’Ourte  car, outre la  réquisition  de  leurs  bateaux, ils  doivent  en  plus  lorsqu’il  naviguent  avec  d’autres  embarcations payer  des  taxes  lors  de  leurs  passages  sur  ce (leur) pont.

Précisons  que  c’était  une  grande  difficulté  pour  le  franchissement  de  l’ouvrage. En  effet, cela  nécessitait  de  couper  provisoirement  la  continuité  de  celui-ci  afin  de  laisser  passer  les  embarcations  qui  de  dirigeaient  vers  Maastricht  et  au-delà, ou  à  la  remontée  vers  Liège, puis  d’opérer de  nouveau  le  raccord. Cela  nécessitait  donc  la  présence  de  nombreux  ouvriers  et  faisait  monter  le  coût  total  de  cette  entreprise.

René Gabriel nous permet de suivre, pas à pas ses recherches et de ses découvertes puisqu’il continue à alimenter ce sujet par de nouveaux documents et informations…

Le  18  mai  1814.

A  Son  Excellence  le  Gouverneur  Général,

Monsieur,

J’ai  l’honneur  de  rendre  compte  à  Votre  Excellence, ainsi  qu’elle  me  le  prescrit  par  sa  dépêche  du  7  de  ce  mois, que  le  pont  établi  à  Visé  pour  la  communication  des  cantonnemens  Suédois  subsiste  toujours  en  son  entier, et  que  l’autorité  militaire  suédoise  semble  s’être  désintéressée  de  ses  prétentions  à  l’égard  de  ce pont. Cependant  un  piquet  de  14  hommes  de  cette  troupe  stationne  toujours  à  Visé sous  prétexte  de garder  le  pont, et  sont  une  charge  permanente  pour  les  habitans  de  cette  commune ; quoique  depuis  le  25  avril  dernier, époque  de  la  levée  des  derniers  cantonnemens  Suédois, Monsieur  le  chef  de  brigade  Anckarsward  ait  ordonné  la  démolition  de  ce pont  comme  devenu  inutile  au  service  des  armées. En  effet,  depuis l’ouverture  de  la  place  de  Maastricht, le  pont  ne  fait  qu’entraver  la  navigation de  la  Meuse. Les  bateliers  et  autres  personnes  qui  ont  été  requises  de  fournir  des  pièces de  construction,  en  réclament  vivement  la  restitution. Je  prie  donc  Votre  Excellence  de  m’autoriser  à  faire  déconstruire  incessamment  ce  pont, pour  que  je  puisse  faire  restituer  à  chacun  les  objets  qui  leurs  appartiennent, et  du  produit  de  quelques  matériaux  acquis  par  le  département faire  payer  les  ouvriers et  autres  fournisseurs  à  qui  il reste  des  prétentions  pour  avoir  concouru  à  l’établissement de  ce  pont.

Je  suis  avec  respect …

Liège  le  26  mai  1814.

A  la  Commission  municipale  de  la  ville  de  Liège

Il  s’agit,  Messieurs,  de  préparer  sur  le  champ  au  corps  d’armée  Russe  qui  arrivera  le  28  courant par  Terwagne, des  moyens  de  franchir  la  Meuse  au  passage  de  Seraing. Comme  le  pont  de  Visé  subsiste  encore  en  son  entier, il  viendroit  très  à  propos  parer  à  ce  besoin. A  cet  effet, je  vous  invite  à  requérir  des  ouvriers  intelligens, aidés  de  quelques  bateliers  pour  opérer  de  suite  la  dislocation  du  pont  de  Visé, en  remonter  les  pièces  jusqu’à  Seraing et  l’y  recomposer  pour  servir  jusqu’après  le  passage dont  il  s’agit. Pour  que  cette  mission  puisse  être  exécutée  d’une  manière  certaine pour  le  28  de  ce  mois  vous  feriez  bien  de  nommer  un  commissaire  spécial  qui  ait  toute  votre  confiance  afin  de  surveiller et  diriger  cette  opération.

Vous  sentez  Messieurs  que  nous  avons  tous  le  plus  grand  intérêt  à  ce  que  cette  troupe  puisse  traverser  rapidement  le  département  et  surtout la  ville  de  Liège, il  faut  donc  lui  ôter  tout  prétexte de  s’y  arrêter.

Je  vous  prie  de  m’accuser  réception  de  cette  lettre.

Je  pense  que  le  moyen  le  plus  sûr  d’atteindre  le  but  seroit de  charger  de  cet  ouvrage  un  entrepreneur  qui  devroit  se  faire  fort  d’achever  cette  besogne  pour  le  jour  indiqué.

Le  27  mai  1814. Arrondissement  communal  de  Liège. Ville  de  Liège.

La  Commission  Municipale, à Monsieur  Koenen Commissaire  du  Gouvernement  pour  le  département  de  l’Ourte.

Monsieur  le  Commissaire

Nous  avons  reçu  ce  matin  vers  les  onze  heures  votre  lettre  relative  à  la  construction  d’un  pont  à  Seraing  en  employant  les  poutres  et  madriers  du  pont  de  Visé, mais  il  y  a  impossibilité  physique  d’effectuer  ce  transport  et  la  reconstruction  pour  le  28 de  ce  mois, cette  impossibilité  est  même  reconnue  par  les  officiers  Russes et  en  conséquence Monsieur  le  Directeur  du  Cercle  de  Liège  que  nous  venons  de  voir  à  cet  effet  et  qui  a  cet  objet  dans  ses  attributions  avait  déjà  fait  réunir  tous  les  bacs et  bateaux  de  Seraing  et  des  environs  afin  d’assurer  le  prompt  passage de  la  colonne  qui  vient  de  Terwagne, et  il  y  aura  d’autant  plus  de  facilité  que  les  eaux  sont  basses  ce  qui  ôte  toute  idée  d’inconvéniens  et  de  danger  dans  la  mesure  que  le  peu  de  tems  qui  reste  à  faire  adopter  par  Monsieur  De Harsez.

Nous  avons  l’honneur  d’être  avec  la  plus  haute  considération.

Vos  très  humbles  et  très  obéissants.

Le  président de  la  Commission.

Commentaire de notre inlassable chercheur : « Démolir  le  pont  de  bateaux  de  Visé  et  le  reconstruire  à  Seraing … ! En  deux  jours !! Remarquons  que  les  coalisés  ont  peu  envie  de  rencontrer  leurs  “alliés  Russes” ! »

Les  armées  des  Hautes  Puissances  Alliées  arrivent dans  nos  contrées.

Retenons  à  présent  un  autre  auteur : Paul Verhaegen, qui  dans  son  ouvrage La Belgique  sous  la  Domination  Française 1792-1814  évoque  cette année 1814  et  les  armées  des  Hautes  Puissances  Alliées. Nous  allons  y  rencontrer  les  troupes  en  présence :

« Rançonnés  par  leurs  maîtres  de  la  veille, menacés  de  désordres  intérieurs  par  la  disparition  des  autorités, les  Belges rencontraient  une  nouvelle  source de  malheurs  dans  l’occupation  étrangère. C’est  le  moment  de  décrire  les  calamités  que  l’invasion  de  1814  vint  apporter  à  nos  provinces  à  l’occasion  de  leur  libération.

L’armée du Nord, chargée d’affranchir les Pays-Bas était composée  d’éléments  extrêmement  variés. Sous  le  haut  commandement  de  Bernadotte, prince  royal  de  Suède, elle  groupait  des troupes suédoises, russes, prussiennes, hessoises, saxonnes, wurtembourgeoises, anglaises et  hollandaises.

Parmi  ces  contingents  si  divers, le  plus  nombreux  était  celui  qu’avait  fourni le  troisième  corps  prussien dirigé  par  le duc  de  Saxe-Weimar, assisté  par  les  généraux Wolzogen, prince  de  Wurtenberg, Borstell  et Thielmann. Précédant  le  troisième  corps, le  général  Bulow à  la  tête  d’une  première  armée  prussienne et  d’une  avant-garde  de  cosaques, avait  traversé  la  Belgique  presque  sans  s’arrêter et  s’était  porté  vers Maubeuge  et  Laon. Derrière  la  masse  des  Allemands  arrivèrent  les  autres  bataillons  dont  les  uns  stationnèrent  dans  le  pays et  les  autres  gagnèrent  la  France. Dans  la  vallée  de  la  Meuse, ce  furent  les  russes  du  général Wintzingerode  qui  défilèrent  les  premiers, suivis  de  près  par  les  Prussiens  et  les  Saxons. Plus  au  Sud, un  corps  commandé  par  le  général York  et  composé  principalement  de  Prussiens, traversa  le  Luxembourg, somma  la  ville  de  ce  nom, puis  fut  remplacé  pendant  les  opérations  du  blocus  par  des  troupes hessoises.

Tels  étaient  les  premiers  flots  du  torrent  qui  désola  les  villes  et  les  campagnes  voisines  des  grands’routes  à  partir  de  la  fin  de  janvier 1814.

L’invasion  parut  suspendue  quand  on  apprit  la  capitulation de  Paris  et  l’abdication de  Napoléon. Mais  ces  évènements  furent  le  signal  d’un  second  envahissement. Les  forces  qui  avaient  conquis  le  Nord  de  la  France  traversèrent  de  nouveau la  Belgique  pour  rentrer  dans  leurs  foyers. Cette  fois, le  mal  fut  accru  parce  qu’elles  croisèrent  en  de  nombreux  endroits  les  garnisons  françaises qui, ayant  évacué  les  forteresses  du  Nord, se  hâtaient  de  regagner  leur  patrie.

Au  milieu  de  tout  ce  mouvement  de  troupes, le  sort  de  la  population  belge  était  profondément  à  plaindre. Privée  de  ces  chefs, n’ayant  aucune  force  à  opposer  aux  exigences  arbitraires  des  occupants, la  nation  était  réduite  au  rôle  des  serfs de  jadis, taillables et  corvéables  à  merci. Sans  doutes, les  commandants  supérieurs  s’efforçaient  de modérer  les  prétentions  de  leurs  soldats, et  bientôt  une  administration  centrale  réorganisée  vint  seconder  leur  bonne  volonté. Mais  la  célérité  du  passage  des  régiments et  la  multiplicité  des  corps  auxquels  ils  appartenaient  relâchaient  la  discipline et  empêchaient  le  redressement  des  abus. Beaucoup  d’étrangers, d’ailleurs, joignant  à  des habitudes  de  pillage  la  conviction  que  les Belges  étaient  amis  de  la  France, traitaient  leurs  hôtes  d’un  jour  en  ennemis.

A  vrai  dire, ces  pensées  hostiles  étaient  principalement  partagées  par  les  soldats  prussiens. Quand  on  montait  dans  la  hiérarchie, on  rencontrait  chez  les  officiers  allemands  une  attitude  tout autre. La  plupart  possédaient  la  langue  française et  s’attachaient  à  acquérir  les  sympathies des  habitants  du  pays.

Chez leur  chef, le  duc Charles-Auguste de  Saxe-Weimar, l’urbanité  de  manières  se  joignait  à  la  distinction  de  l’esprit  et  à  un  jugement  éclairé, qui  valurent  à  cet  ami  de  Goethe et  de  Schiller  l’attachement  des  Belges. Malheureusement, les  rudes  cavaliers  accourus  des  bords  du  Don et  du  fond  de  la  Poméranie  pour  venger  sur  Paris  les  insultes de  1806 et  de  1812, ne  comprenaient  rien  aux  charmes  le  l’atticisme  ou  aux  prescriptions  du  droit  des  gens. Pendant  deux  années, et  principalement  pendant  les  premiers  mois  de  1814, la  Belgique  allait  constater que  la  cour  de  Weimar, l’Athènes  du  Nord, n’avait  guère  policé  les  mœurs  des  villageois allemands.

A côté  des  officiers  allemands qui  se  piquaient d’aménité et  s’efforçaient  de modérer  leurs  soldats, une  mention  particulière  était  due  aux  contingents  anglais  et  hanovriens. Fort bien  disciplinés, pourvus  largement  de  tout  ce  qui  était  nécessaire  à une  troupe  de  campagne, les  soldats  qui  les  composaient  laissèrent, en  général, les  meilleurs  souvenirs  de  leurs  cantonnements. Bon   nombre  avaient  fait  en  Belgique  les  campagnes  de  1793 et  de  1794, et  furent  reconnus  dans  les  localités  comme  Courtrai, Nieuport, Ypres  et  Menin, où  ils  avaient  guerroyé  autrefois. Non  seulement  leur  conduite  ne  donna  lieu  à  aucune  plainte, mais  quand  ils  s’éloignèrent, ils  reçurent de  leurs  hôtes  les  témoignages  les  plus  flatteurs  d’estime  et  de  regrets.

Tout  au  contraire, ce  furent  la  crainte  et  la  haine  que  provoquèrent  les  cosaques  et  les  Prussiens. L’aspect  seul des  premiers  suffisait  à  indisposer  la population. Ils  étaient, en  général, petits  de  taille, de  visage  difforme, présentant  le  type Kalmouk ou Mongol. Leurs  barbes  et  leurs  cheveux  incultes  donnaient  à  leur  personne  un  caractère  de  saleté  odieux. Ils  étaient  couverts  de  vermine  et  exhalaient  des  odeurs  repoussantes. Coiffés  de  bonnets  de  fourrures, montés  sur  de petits  chevaux  à  peine  harnachés  à  l’aide  d’une  mauvaise  selle  ou  d’une  couverture, ils  portaient  une  longue  lance et  étaient  armés  de  pistolets et  de  sabres. Certains  même, appelés Baskirs, n’avaient  d’autre  arme  qu’un  arc, des  flèches  et  un  fouet. Merveilleux  cavaliers, ils  ne  faisaient  qu’un  avec  leur  monture. C’était  un  jeu  pour  eux, en  galopant  à  fond  de  train, de  se  pencher  assez  pour  ramasser  sur  le  sol  une  arme  ou  une  pièce  de  monnaie. C’était  aussi  pour  eux  une  habitude  de  ne  pas  se  séparer  de  leurs  chevaux, à  côté  desquels  ils  passaient  la  nuit, couchés  dans  les  rues, même  au  milieu  de  l’hiver. Ajoutez  à  cet  extérieur  répugnant  les  habitudes de  gloutonnerie  qui  leur  faisaient  absorber  non  seulement  des  liqueurs  fortes  en  quantité  considérable, mais  l’huile  de  lampe, le  suif, les  chandelles, ou  mêler  de la  poudre  à  leur  boisson  pour  en  relever  le  goût. En  un  mot, ils  apparaissaient  comme  l’incarnation  de  la  sauvagerie  sortant  des  steppes de  l’Orient.

Enfant  du  désert comme  la  plupart  de  ses  hommes, le  colonel  commandant  le  premier  régiment  des  cosaques  du  Don  resta  légendaire  à  Gand. Il  personnifiait  les  qualités  et  les  défauts  de  ses  soldats. C’était l’hetman Bychalow, que  les  Gantois  baptisèrent  familièrement  du  nom  de  Pietje Kosak. Vieillard  de  plus  de  quatre-vingt  ans, aux  cheveux  blancs, doué  d’une  activité  prodigieuse, il  passait  ses journées  à  chevaucher  ou  à  boire. Ignorant  les  langues  de  l’Occident, il  était  accompagné  partout  par  un  juif  polonais  qui  lui  servait  à  la  fois  d’interprète, de  secrétaire  et  de  chef  d’état-major. Il  traînait  derrière  lui  trente  et  un  chevaux, et  chacun  de  ses  officiers  en  avait  sept. Quand  il  arriva  à  Gand, le  14  février, pour  remplacer  le  colonel de  cosaques Mentchikof, il  s’installa  dans  l’hôtel  d’une  des  premières  familles  de  la  ville. Quoique  fort  bien  reçu, il  ne  tarda  pas  à  se  plaindre et  à  s’installer  dans  une  autre  demeure  patricienne  qu’il  délaissa  bientôt  aussi. Il  fit  ainsi  le  tour  des  hôtels de  Gand, accablant  ses  hôtes  d’exigences et  les  surprenant  par  ses  excentricités. L’une  des  moindres  consistait  à  imposer  à  la  municipalité  d’organiser, aux  frais  de  la  caisse  communale, des  banquets  somptueux  où  elle  avait  ordre  d’inviter  les  officiers  étrangers, parfois  au  nombre  de  quatre-vingts. Exagérant  les  forces  dont  il  disposait, il  obtint  après  une  simple  démonstration  militaire, la  capitulation  du  Sas  de  Gand, et  s’empara  d’une  grande  quantité  d’eau-de-vie et  de  vin  qu’il  fit  distribuer  aux Gantois  quand  il  quitta  leur  ville. Recherchant  la  popularité, il  fit  fouetter  des  soldats  convaincus  d’avoir  détroussé des  habitants. Il  prenait  un  plaisir  particulier  à  jeter  des  pièces  de  monnaie  à  la  foule  afin  de  s’amuser  à  voir  les  luttes  occasionnées par  ses  libéralités. Pour  célébrer  dignement  le  jour  de  fête  de  son  souverain, il  fit  établir  une  estrade  sur  la Place  d’Armes, devant  l’hôtel  où  il  logeait, et  après  le  concert  donné  par  la  musique  du  régiment, il  s’avança  sur  la  scène  pour  exécuter  une  danse  cosaque. «Il  gambada  comme  un  fou, rapporte  un  chroniqueur, pendant  que  ses  soldats  buvaient  le  vin  dans  des  cuvelles, comme  des  bêtes ».Le  même  soir, comme  la Chambre  de  rhétorique  avait  organisé  une  solennité  en  son  honneur, Bychalow  se  rendit  à la  représentation, accepta  le  titre  de  membre  d’honneur de  la  confrérie et  fit  don  aux  rhétoriciens  de  son  portrait  peint sur  ivoire. Le  lendemain, après  un  banquet  imposé  à  la  municipalité, il  exécuta  de  nouveau  devant  l’assemblée  des  danses  cosaques  qui  achevèrent  de  scandaliser  la  gravité  flamande  et  qui  le  firent  traiter  de  pitre  de  foire. Tout  en  flattant  les  Gantois, le  colonel  ne  négligeait  guère  les  profits  que  pouvait  valoir  sa  situation  de  commandant  militaire. En  l’espace  d’un  mois, son  prédécesseur  et  lui  avaient  imposé  à  la  ville  des  réquisitions  atteignant  la  somme de  168.000 francs et  une  contribution  de guerre de  750.000 francs.

Sous  de  pareils  chefs  la  licence  des  soldats  ne  connaissait  guère  de  limites. Logement, alimentation, fourniture d’équipement, transport  de  bagages et  d’artillerie, tout  était  occasion  d’abus et  de  brutalités.

Presque  toutes  les  villes  belges  étaient, en  1814, des  places  ouvertes, occupées  par  des  garnisons  peu  nombreuses. L’insuffisance des  casernes  amenait  ainsi  forcément  les  corps  militaires  traversant  la  Belgique  à  se  loger  chez  les  habitants. On  vit  même  à  Gand  les  soldats  refuser  d’occuper  les  casernes  afin  de  continuer  à  être  hébergés dans  les  maisons  particulières. On  conçoit ce  que  ces  hôtes  incommodes, amenant  avec  eux  leurs  chevaux, dont  ils  prétendaient  ne  pas  se  séparer, apportaient  de  trouble  dans  les  demeures  où  ils  s’installaient. »

Et René Gabriel d’ajouter : « Ces  troupes  Russes, ou  une  partie  du  moins, sont  passées  dans  nos  régions. Nous  en  avons  retrouvé  des  traces; il  était  exigé  dans  certaines  de  nos  commune, de  Stavelot  et  de La Gleize  notamment, un … “impôt  de  guerre” en  leur  faveur  ainsi  que  fournitures  diverses  tant  pour  les  soldats  que  pour  leurs  montures. »

La  démolition  du  pont  de  bateaux d’Ourte construit  à  Visé.

Le  3  juin 1814.

Les  11 et 12  mars  la  réquisition  des  bateaux  a  été  faite  par  MM. Doblesteine  et  Doneux  préposés  à  la  construction  par  le  Capitaine Gilbert  officier  du  Génie Suédois. On  a  utilisé :

80 pieds  de  chaines  de  fosse  acquis  aux  maitres  des  houillères, 3.000 clous  de  5  pouces  de  long, 2.000 clous  de  6 pouces  de  long, 150 livres  de  clous de  3  pouces  de  long, 215  pièces  de  bois de  chêne  pour  prix  de  4.000 francs.

Quant  au  loyer  des  indemnités il  nous  parait  que  les  propriétaires  les  méritoient  mais  aucune  indemnité  n’a  été  fixée  ni  statuée  à  charge  de  qui  elle  soit.

Le 7  juin 1814.

Le  Commissaire  du  Gouvernement à M. le  Directeur  du  Cercle  de  Liège,

Il  résulte  des  correspondances  que  les  commandants  des  troupes  prussiennes  stationnées  à  Visé  et  à  Argenteau  s’opposent  à  la  déconstruction du  pont  de  Visé.

Comme  je  n’ai  prescrit  cette  déconstruction  que  d’après  la  décision  formelle de  Son Excellence  le Gouverneur  Général  et  après  avoir  obtenu  l’assentiment de Son Excellence en  chef d’Yorck, je  dois  croire  messieurs  que  les  commandants  n’ont  pas  de  raison  de  s’y  opposer …

Liège  le  8  juin  1814.

Les  soussignés  bateliers  navigant  sur  le  Meuse

A

Monsieur Koenen, commissaire  du  Gouvernement  pour  le  département  de  l’Ourte

Monsieur  le  Commissaire,

Le  pont  de  bateaux  construit  sur  la  Meuse  vis  à  vis  de  Visé, donne  de  très  grands  embarras  à  la  navigation, retarde  la  correspondance  entre  Liège  et  Maestricht, enfin  cause  une  foule  d’inconvénients  qu’il  est  inutile  de  détailler ; mais  ce  qui  mérite  bien  de  fixer  votre  attention, Monsieur  le  Commissaire, c’est  que  ce  pont  est  construit  de bateaux  qui  sont  les  seuls  convenables  pour  naviguer  de  temps-ci, moment  où  les  eaux  sont  les  plus  basses, le  commerce  de  la  Meuse  est  donc  privé  d’une  très  grande  ressource et  les  propriétaires  de  ces  bateaux  sont  tous  des  malheureux  trop  longtemps  privés de  leurs  moyens  d’existence.

Le  pont  de  Visé  est  inutile  aux  troupes  des  Hautes puissances  Alliées, il  cause  des  dommages  à  des  pauvres  particuliers et  gène  le  commerce. Nous  vous  supplions  donc, Monsieur  le  Commissaire, d’ordonner  qu’il  soit  levé, vous  êtes  trop  juste  et  trop  raisonnable  pour  ne  pas  faire  droit  à  notre  demande.

Nous  avons  l’honneur  d’être, Monsieur  le  Commissaire,

Vos  très  humbles  et  très  obéissants  serviteurs. Signatures.

Le  9  juin 1814.

La  direction  du  Cercle  à  la  Municipalité  de  Liège,

Quant  à  l’indemnité  à  payer  aux  propriétaires  des bateaux  requis  il  convient  que  vous  vous  en  fassiez  remettre  l’Etat  par  MM. Doneux  et  Doblesteine  et  que  vous  proposiez  l’indemnité  que  vous  jugerez  convenable  de  leur  faire  accorder.

Le  11  juin 1814.

Le  pont  de  bateaux  construit  sur  la  Meuse  vis  à  vis  de  Visé  donne  de  très  grands  embarras à la  navigation, il  retarde  la  correspondance  entre  Liège  et  Maastricht.

Le  19  juin  1814.

23 personnes  ont  démonté  le  pont de  Visé, pontainiers, bateliers, ouvriers, menuisiers, charretier  et  préposé. Le  montant  total  des  journées  s’élève  à  163 francs  36  centimes.  Il  faut  y  ajouter  le  montant  à  payer  lors  de  la  construction  qui  est  de  13,60 francs. Total : 176 francs 96.

Visé  le  23 juin 1814.

L’abonnataire  du  passage  d’eau du  10  février  au  20  mars, la  Meuse  étant  haute, a  dû  mettre  les  ouvriers  pour  faire  le  passage  d’eau  qu’exigeoient jour  et  nuit  les  ordonnances et  troupes  des  Hautes  Puissances Alliées  jusqu’au  20  mars  qu’un  pont  s’établit.

Le  30  juin 1814.

Discry Servais Joseph, fermier  du  passage  de  Hermalle  sous  Argenteau  à

Monsieur Koenen Commissaire  du  Gouvernement  pour  le  Département  de  l’Ourte,

Monsieur,

Me  confiant  dans  la  droiture  de  vos  intentions, à  l’égard  de  tous  vos  administrés, et  fort  de  la  justice  de  ma  réclamation, j’ose  espérer  que  vous  daignerez  l’accueillir  et  me  préserver  moi  et  ma  famille  de  la  misère  qui  pourrait  nous  accabler.

Le  simple  exposé  de  fait  suffira  pour  mettre  au  jour  l’équité  de  ma  demande.

D’après  une  convention  faite le  24 9bre (novembre) 1813  avec  Monsieur  le  préfet  de  ce  département, je  me  suis  rendu  adjudicataire  du  grand  bac  au  passage  d’eau de  Hermalle, devant  Visé, et  j’entrai  en  jouissance le  premier  janvier  1814.

Je  ne  parlerai  point  du  préjudice  qui  ne  fut  fait  la  nuit  du  18  au  19  janvier  par  des  individus  qui  s’avisèrent  de  fracturer  mon  bateau et  de  le  faire  couler  à  fond, ils  s’imaginèrent  sans  doute  se  soustraire  au  passage  des  trouppes  qui  allaient  être  fréquents, puisque  c’était  alors  que  les  français  effectuaient  leur  retraite  poursuivis  par  les  armées  Alliées, mais  le  10  février suivant, Mrs  les  maires de  Hermalle  et  de  Visé, après  m’avoir  ordonné  de  faire  relever  le  bac / car  il  avait  resté enfoncé  sous  l’eau  jusqu’à  cette époque / et  de  le  raccommoder, me  le  firent  conduire, ledit  jour,  devant  Visé, pour  y  passer  conjointement  avec  les  bateliers  de  Visé et  d’Argenteau, jour  et  nuit  toute  la  correspondance  des  armées, la  cavalerie, l’infanterie, etc. … L’âpreté  du  froid  couvrait  dans  ces  moments  la  rivière  de  glaçons, ce  qui  m’occasionna  beaucoup  de  frais, tant  par  le  nombre  plus  considérable  d’ouvriers  que  je  devais  employer que  par  la  grande  déterioration  faite  à  mon  bateau.

Cette  manœuvre  gratuite  ne  cessa  que  le  premier  avril 1814  jour  où  fut  achevé  le  pont  qu’on  avait  ordonné  de  jetter  sur  la  Meuse ; le  maire  m’enjoignit  alors  de  faire  remonter  le  bac et  une  autre  nacelle  que  j’avais  été  forcé  d’y  joindre  au  rivage  d’Hermal, mais  vu  la  construction  du  pont  par  lequel  tout  pouvait  passer  gratuitement, mon  passage  fut  totalement  paralysé  et  pour  ainsi  dire  nul, de  sorte  que  pendant  un  espace  de  quatre   mois et  d’avantage  je  n’ay  reçu  aucune  rétribution  de  ma  reprise.

Ce  simple  allégué  suffit  sans  doute  pour  vous  convaincre, Monsieur, que  pendant  les  deux  trimestres de  cette  année, dont  j’ai  dû  acquitter  le  1er  d’avance  au  gouvernement  français, je  n’ai  pu  gagner  de  quoi  subvenir  aux  besoins  de  ma  famille ; qu’au  contraire  j’ai  fait  beaucoup  de  frais  qui  ne  pourront  se  compenser  que  de  longtems  avec  le  petit  bénéfice  que  je  retire  du  passage  qui  m’est  confié.

J’espère, Monsieur, que  vous  vous  attendrirez  sur  mon triste  sort, que  vous  l’allègerez  en  me  gratifiant  pour  le  3eme  trimestre et  que  vous  calmerez  par  ce  bienfait  les  inquiétudes  de  celui  qui  vous  en  aura  une  reconnaissance  hors  bornes.

Quoy  faisant,

J’ai  l’honneur  d’être  avec  un  très  profond  respect, Monsieur  le  Commissaire.

Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. Servais  J  Discry.

Nous  arrivons  à  la  fin  de  ce  long  épisode  relatif  à  la  réquisition  de  ces  vingt  bateaux  d’Ourte qui  composèrent  le  pont  de  Visé. Je  n’ai  toutefois  pas, jusqu’à  présent,  retrouvé  l’indemnisation  proposée  aux  propriétaires. Comment  toujours, il  s’agissait  de  réquisition  militaire  très  urgente … , on  devine  que  les  pauvres  bateliers  qui  auront  récupéré  leurs  embarcations – dans  quel  état ?- attendront  pour  obtenir  satisfaction.

 

En marge de ce qui précède, René Gabriel nous donne à connaître le contenu d’un autre document très intéressant,  une  pétition – comportant  une  trentaine  de  signatures. Elle indique autant de  noms  de  bateliers  ou  propriétaires  qui  naviguaient  sur  l’Ourte  en  cette  fin  d’Ancien régime.

 

Des  bateliers  d’Ourte  en  1816.

Le  20  juillet  1816. Les  bateliers  de  la  rivière  d’Ourte se  plaignent  du  très  mauvais  état  du  chemin  de halage  depuis  Douflamme  jusqu’aux Vennes. Les  noms  des  signataires  sont, sauf  erreur :

Jean François  Fouat, F. Renard, J. Grégoire, G. Henry, Joseph Poncin, M. Honhon, J. le  baux, G. Poncin, JM Gavage, JJ. Collignon, G. Lisent, J. Ignace Halleux, François Brinbois, Hubert  Hanson, JP Gillard, Simon Grignet, Joseph petit Han, Philippe  Bomal, Poncin, Martin Boumal, JF Laguesse, F Artus, Raskin Gillard, de Amoury, L Grignet, Joseph Josset, Hubert  Leonard, W Montulet, François Minguet, Joseph Halleux et  quelques  autres …

 

Un immense merci pour tous ces documents et la masse d’informations qu’ils recèlent.

LA LEGION WALLONIE A TUE ENTRE GRANDHAN ET MELREUX

La Petite Gazette du 28 décembre 2011

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Monsieur François Soyeur évoque un fait tragique de la seconde guerre Mondiale et se demande si vous en savez davantage sur ce fait de guerre.

Ce fait divers, dont je suis sûr plus personne ne parle, fut tragique. Un jour fin de l’hiver 1944, deux jeunes gens entrèrent dans le café pour boire un verre, tout en discutant entre eux, l’un deux me demande si j’ai déjà entendu la nouvelle…

Quelle nouvelle? Il y a un homme et sa petite fille qui remontaient le bois de  Melreux-Grandhan et qui ont été tués.

Non je ne sais pas! Ensuite ils me racontent qu’ils rentrent de Tcherkassy (Ukraine) et qu’ils avaient envie de tuer, J’ai fait semblant que cela ne m’intéressait pas tout en souhaitant qu’ils partent le plus vite possible.

Quand ils sortirent ; par curiosité, je les ai suivis pour voir où ils allaient et ils ont pris la route d’Eneille. Quelques minutes plus tard, les membres de la gestapo, venant de Marche, arrivèrent comme des fous, l’officier parlait très bien le français,

« N’avez vous pas vu deux hommes ? Par où sont-ils partis? »

« Ils ont pris la route à droite ! »

Ces jeunes ont été rattrapés alors qu’ils montaient le Stoqueu de Noiseux.

Était-ce une simple coïncidence avec l’assassinat des deux personnes tuées entre Melreux et Grand-Han ? Madeleine  Dujardin, âgée de 13 ans et Walter Dony 40 ans.

numeriser

 

 

 

Madeleine Dujardin reconduisait Monsieur Dony à la gare de Melreux… D’après certaines personnes Madeleine fut tuée en dernier lieu!

p1020240Auriez vous peut être plus de renseignements à ce sujet ?  Merci.

La Petite Gazette du 10 janvier 2012

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Monsieur Jean-Michel Bodelet revient sur cet épisode dramatique évoqué par M. Francois Soyeur paru il y a peu. Mon correspondant connaît très bien les faits car il les a étudiés en profondeur durant ses études universitaires en histoire.

« Ayant pour mon mémoire de licence travaillé sur le sujet, D. Walthère, réfractaire liégeois et M. Dujardin ont été abattus, en avril 44, par quatre SS wallons. Ces derniers étaient tous des déserteurs. Leurs identités sont connues. Je ne peux cependant vous les donner. Sachez qu’aucun n’est issu de la province de Luxembourg. Cette affaire sera évoquée au Conseil de Guerre d’Arlon en mars 1948.

Ce ne sont pas des faits uniques. En août 44, à Herbeumont, des membres de la légion Wallonie ont surpris un certain Lanoy, maquisard originaire de Forest. Ce dernier a été abattu.

On retrouve également des membres -deux frères d’origine liégeoise- de la légion Wallonie à Marcourt. Non dans le massacre des civils mais dans le martyre de Jules Daco « Cyprien » dans le MNB, torturé et exécuté après la prise du maquis de Mierchamps (La Roche-en-Ardenne). »

Un grand merci pour ces précisions.

La Petite Gazette du 18 janvier 2012

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Le sujet a été initié par M. Francois Soyeur puis développé par Monsieur Jean-Michel Bodelet et il a suscité l’émotion…

Madame Mireille Dujardin, de Melreux, m’écrit avoir été « toute remuée » par la lecture de ces souvenirs tragiques et elle nous explique pourquoi :

« Pensez que j’ai vécu ces événements familiaux de très près. Madeleine Dujardin est ma cousine germaine ; nous sommes filles de deux frères : Maurice pour Madeleine et René Dujardin pour moi.

D’après mon oncle Maurice et son fils Jean, il semblerait que ces fameux SS venaient d’Eneille et se dirigeaient vers Grandhan qu’ils traversèrent. Arrivés au croisement, ils se dirigèrent vers Petithan ; ils bifurquèrent soudain et revinrent vers le bois de Grandhan Melreux.

Il faut dire qu’il y avait eu une alerte pour signaler ces soldats, toujours d’après mon oncle et mon cousin, ces SS étaient quatre. D’après les constatations d’usage, il y avait deux soldats de chaque côté de la route (analyse des impacts). Quand l’alerte fut passée, les hommes et les réfractaires revinrent à Granhan et environs. Seul l’un d’entre eux, Walter Dony, fit un crochet vers la gare de Melreux¸ pour dire au revoir à sa sœur ; malheureusement le train venait de partir. Il rattrapa Madeleine dans le bois… Vous connaissez une partie de l’assassinat…

Le premier arrivé sur les lieux fut le Docteur Cravatte qui, voyant le tableau et reconnaissant les personnes gisant à terre, s’en vint chercher mon cousin Jean Dujardin, le frère de Madeleine, en lui disant : « Viens un peu et prends deux couvertures, il y a un drame dans le bois. »

Après avoir averti les Allemands, ils purent ramener les corps à Granhan ; ces Allemands ont dit à mon oncle et à la famille qu’ils allaient rattraper ces voyous et les envoyer sur le front russe. Je ne vous dis pas ce que vécurent les parents de Madeleine et les familles, ce fut une véritable tragédie.

Les Allemands avaient mis deux soldats de faction de chaque côté de la porte d’entrée de Maurice Dujardin qui faisaient peur aux personnes venues rendre visite à la mortuaire. Pour rappel, c’est mon oncle Maurice qui a fait le cercueil de sa fille.

A la fin de la guerre, le procès a eu lieu et il y a eu du grabuge. »

Monsieur François Soyeur a, quant à lui, recueilli le  témoignage de Madame Marie-Thérèse Lizen, épouse de Georges Dawance, de Melreux.

« Voici ce dont je me souviens  de ce jour tragique qui a arraché la vie de ma copine, nous étions de la classe de Monsieur Jacquemard, de Grandhan. Madeleine et moi, nous avions toutes deux le même âge. J’étais domiciliée à la ferme du chène-a-han. Le vingt-deux avril 1944, vers 19 heures, avec ma maman, Fanny Laboulle (épouse Lizen) nous étions occupées à divers travaux de laiterie, lorsque quatre hommes descendirent le bois du tilleul vers la ferme, ils entrèrent dans la cour. Trois étaient âgés entre vingt et vingt-quatre ans, le quatrième,  plus âgé, était le chef du quatuor. Ils étaient complètement habillés en uniforme allemand et bien armés.

L’ainé demanda à maman pour dormir dans le foin du fenil de l’étable. Pendant la soirée, notre ouvrier feu Monsieur Robert Laffut rendit visite à ses parents à Somme-leuze. En rentrant à la maison, il dit à maman avec un air très étonné que les gars du fenil  dialoguaient en wallon. Ils  se dirent que c’étaient des rexistes.

Le 23, à leur lever vers 10 heures, ils obligèrent ma chère maman à leur faire une fameuse fricassée, après s’être régalés ils partirent a travers les prairies vers le lieu dit le ry bouillon, J’ignore comment ils ont traversé l’Ourthe, ont-ils changé de chemin ou emprunté la barque de Monsieur Léon Magis.

De là, ils se dirigèrent par les bois, vers la route reliant Grandhan à Melreux, à gauche et à trois cent mètres de la Reine Pédauque. C’est à cet endroit qu’ils croisèrent leurs deux victimes. Ils tuèrent d’abord Monsieur Dony, puis notre jeune Madeleine, afin que le silence soit complet sur cette tragédie. A 12h30, maman fut prévenue par un appel téléphonique de Madame Jeanne Quétin, employée au bureau des téléphones de Somme-Leuze.

Dans le courant de l’après-midi, ils furent arrêtés dans les bois de Noiseux vers Baillonville. Maman dû aller  les reconnaitre à la Kommandatur de Marche-en-Famenne. »

La Petite Gazette du 29 février 2012

TOUJOURS A PROPOS DE L’ASSASSINAT DE MADELEINE DUJARDIN ET DE WALTER DONY.

Il n’est pas rare que des sujets vous touchent davantage que d’autres et l’évocation de ce double assassinat fait partie de cette catégorie si j’en juge par les diverses réactions enregistrées à son propos. Ainsi, Monsieur François  Soyeur a encore recueilli ce souvenir.

Monsieur Martin Adolphe, de Barvaux,  raconte : «  Le jour de l’assassinat des deux personnes citées, j’étais chez moi a Noiseux avec mon père et ma maman. A ce moment, le docteur Cravate, de Noiseux, est venu nous dire qu’il y avait eu un assassinat de deux personnes dans le bois de Grandhan. Il nous a demandé de l’accompagner sur les lieux. Quand nous sommes arrivés, les corps n’étaient plus visibles, seule une tache de sang assez importante était visible sur la chaussée..

Nous somme rentrés chez nous, mais le docteur nous demanda de le suivre sur le Stoqueu sans doute pour aller à la recherche des assassins. Mon père lui demanda de ne pas y aller de peur des certaines représailles. »

La semaine prochaine, je reviendrai encore sur le sujet et sur ses conséquences grâce à de nouvelles communications que je viens de recevoir. Merci de confier vos souvenirs à La Petite Gazette afin d’en assurer la pérennité.

La Petite Gazette du 7 mars 2012

A PROPOS DE L’ARRESTATION DE JULES DACO APRES LA PRISE DU MAQUIS DE MIERCHAMPS

Monsieur Edgard Orban, de Gênes, revient, avec la complicité d’une plume bien connue des lecteurs des Annonces puisqu’il s’agit de Louis Vieuxtemps, sur cet épisode dramatique évoqué dernièrement dans La Petite Gazette.

«J’aurais voulu apporter quelques précisions à propos des faits qui se sont passés lors de l’arrestation de Monsieur Jules Daco étant donné que je suis certainement une des dernières personnes à l’avoir vu vivant.

Je me souviens que le jour où les Allemands avaient « ramassé » les hommes des villages de Trinal, Werpin, Melines, Wy et Soy, deux camions allemands étaient garés dans la cour de la maison de mes parents.

Jules Daco était assis à l’arrière d’un des véhicules et, à côté de lui, il y avait un homme d’origine liégeoise vêtu d’un uniforme allemand. Mon voisin, Joseph Houssa, secrétaire communal à l’époque, n’était pas concerné par les arrestations vu son âge. Il s’approcha et interrogea Jules Daco au sujet de sa détention.

Un officier allemand, qui se trouvait à proximité et qui parlait français, l’interpela pour savoir s’il le connaissait et s’il voulait l’accompagner dans le camion. Joseph Houssa, qui ignorait tout, répondit négativement et dit qu’il ne l’avait jamais vu.

Un peu plus tard, Jules Daco demanda à ma maman, qui était dans la cour, qu’elle lui donne un verre d’eau ; mais l’officier allemand intervint à nouveau en lui disant : « Non, madame, pas à cet homme ! »

Peu de temps après le départ des camions, un deuxième membre de la légion wallonne vint s’installer à côté du Liégeois et ils parlèrent ensemble en wallon.

Il est fort probable que ce sont les deux frères qui auraient torturé et exécuté Jules Daco et à qui Jean-Michel Bodelet fait allusion dans son évocation dans l’édition de la deuxième semaine de janvier dernier. »

LA LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

La Petite Gazette du 21 décembre 2011

ON A LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

lutteurs

La lutte a connu ses heures de gloire en Ourthe-Amblève et nos villages ont connu des champions illustres qui portèrent les couleurs locales jusqu’aux jeux olympiques. M. Etienne Compère dont on connaît l’attachement pour le passé aqualien est en quête de l’identification de ces lutteurs dont l’image a été fixée, il y a bien des décennies de cela, sur cette photographie. Pour tenter de mettre un nom sur chacun de ces visages, il s’en est remis à un ancien lutteur d’Aywaille, Robert Leruth, qui enquêta longuement, questionnant tout qui pourrait le mettre sur la piste d’un nom de ces lutteurs  appartenant à un club de lutte des années 1940. Yves Dechamps, de Sprimont,  a reconnu quatre de ces athlètes à savoir :

–         debout en 2ème position Joseph Gillon, en 3ème pos. Valère Crahay, en 5ème pos. Léon Detaille.

–         assis en 2ème position Auguste Mathonet.

Pourrez-vous ajouter l’un ou l’autre nom à cette liste ? Evoquerez-vous pour La Petite Gazette ce sport si populaire jadis en nos salles de village. Je l’espère et vous en remercie d’ores et déjà.

La Petite Gazette du 4 janvier 2012

ON A LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

Monsieur François Hartert, époux de Nelly Lejeune, de Sprimont, nous aide à compléter l’identification de ces fiers lutteurs :

« Pour compléter les informations de mon ami Yves Dechamps, je peux vous signaler que le lutteur situé en quatrième position sur la photo (à côté de Valère Crahay), n’est autre que mon beau-père, M. Georges Lejeune né à Sprimont le 21 mars 1914 et décédé à Liège, le 4 janvier 2001). Si mes souvenirs de ses récits sont exacts, il doit s’agir d’une photo présentant les membres du club de lutte gréco-romaine de Sprimont. Ce club était affilié à la Fédération Sportive Socialiste et avait son siège à la Maison du Peuple de Sprimont. »

Se trouvera-t-il d’autres lecteurs qui nous permettront de mettre un nom sur chaque visage ? Cela ferait un grand plaisir à M. Etienne Compère.

La Petite Gazette du 11 janvier 2012

ON A LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

Faisons le point car un nouveau nom a été rapporté. Merci à Madame veuve J. Lejeune, d’Aywaille et à Robert Leruth qui a servi d’intermédiaire.

–         debout en 2e position Joseph Gillon, 3e Valère Crahay, 4e  Georges Lejeune, 5e  Léon Detaille.

–         assis en 2e position Auguste Mathonet. 3e René Boutet, du Hornay.

Ce club était affilié à la Fédération Sportive Socialiste et avait son siège à la Maison du Peuple de Sprimont. »

Se trouvera-t-il d’autres lecteurs qui nous permettront de mettre un nom sur chaque visage ? Cela ferait un grand plaisir à M. Etienne Compère.

La Petite Gazette du 8 février 2012

VOUS AVEZ AUSSI RECONNU PRESQUE TOUS CES LUTTEURS DE SPRIMONT

Madame véronique Matz, d’Aywaille, m’a transmis un passionnant courrier suite à la parution de cette photo qui ne lui était pas inconnue.

« Cette photographie figure dans les albums de maman. Ce sont des albums de photos de famille et si celle-ci y est présente, sous forme de carte postale, c’est tout simplement parce que l’un de ces lutteurs n’est autre que mon grand-père maternel.

Grâce à sa formidable mémoire des visages et des noms, maman a pu compléter les prénoms, noms et lieux de vie de presque tous les camarades de lutte de son papa. Un seul visage reste inconnu. Avant de vous livrer ces noms, il faut que maman et moi nous vous précisions quelques détails. Le club de lutte se nommait le « Cercle de lutte de l’Avenir de Sprimont ». Le siège du club se trouvait bien à la Maison du Peuple, aujourd’hui « Centre culturel Henri Simon ». la salle d’entraînement se trouvait à l’arrière de la salle accueillant les spectacles et le cinéma. Cette photo doit dater d’avant 1929 car ma grand-mère ne voulait plus que son mari pratique ce sport. Il s’agissait même d’une condition mise à leur mariage !

Je n’ai pas eu la chance de connaître mon grand-père qui fut victime de la chute d’un V1 sur La Préalle, usine à Prayon) à la fin de la guerre en décembre 1944. Cependant mon enfance fut bercée d’histoires et d’anecdotes de la famille de maman, mais aussi de celle de mon papa.

Je sais que quelques-uns des compagnons de lutte de mon grand-père furent des amis fidèles et j’ai eu la chance de connaître certains d’entre eux, notamment la veuve de Désiré Labaye, l’amie de ma grand-mère, Mme Louise Breton. M. Valère Crahay, fontainier à la commune de Sprimont, mais surtout grande figure socialiste, responsable durant de longues années de la Mutualité de la Pierre, puis FMSS devenue aujourd’hui Solidaris et dont les bureaux se trouvent toujours au Fond Leval à Sprimont. Enfin, Monsieur Albert Heinen et son épouse Ginette, célèbre et formidable infirmière accoucheuse qui mit, certainement, au monde bien des lecteurs de La Petite Gazette (N.D.L.R. Ce serait dès lors l’occasion d’évoquer son souvenir au travers d’anecdotes ou de souvenirs liés à l’exercice de sa profession… Le voudrez-vous ?)

Voici maintenant la liste des noms de ces lutteurs, elle a été  établie grâce à la formidable mémoire de ma petite et chère maman.

lutteurs

Debout, de gauche à droite : Désiré Labaye, Damré-Sprimont ; Joseph Gillon, Florzé ; Valère Crahay, Fond Leval-Sprimont ; Georges Lejeune ; Léon Detaille ; Albert Heinen, Hornay-Sprimont.

Assis, de gauche à droite : Alphonse Defays, dit Joseph, de Hornay Sprimont, mon grand-père, précise Mme Matz ; Auguste Mathonet, Fond Leval – Sprimont ; René Boutet ; ? Calbert, Florzé ?;    ?   ; Joseph Sluse, Cour Robaye Sprimont. »

Un immense merci à Madame Matz et à sa maman, Mme Emilie Defays.