L’ENQUÊTE SUR LA PRESENCE DU G.I. BEN WOLFE A GRIVEGNEE ET A ANDENNE EN 1944 SE POURSUIT

LE G.I. BEN WOLFE, A GRIVEGNEE ET A ANDENNE EN 1944 – SUITE DE L’ENQUÊTE

Monsieur Roger Lemaire, d’Esneux, a bien entendu poursuivi son enquête ; il a eu la gentillesse de tenir la Petite Gazette et ses lecteurs informés de ses multiples démarches et résultats de celles-ci. Rappelez-vous que cette recherche initiée dans La Petite gazette avait retenu l’attention d’une journaliste de La Meuse… M. Lemaire explique :

« J’avais reçu un coup de téléphone d’une jeune (à en juger par sa voix) journaliste de La Meuse, qui voulait tout savoir sur cette affaire. Comme vous, j’ai constaté qu’elle négligeait de citer ses sources.  Je lui ai dit que j’avais reçu le fils du G.I. Ben Wolfe et son épouse en octobre, et que nous avions, entre autres choses,  rendu visite au petit garçon visible sur une des photos d’Andenne, devenu un homme  de 82 ans ; je ne lui donné ni son nom ni son adresse comme elle le demandait, car je ne m’y sentais pas autorisé. Elle les a cependant trouvés par elle-même par la suite. En fait, j’avais eu de sérieuses difficultés pour les trouver moi-même, car le G.I.Wolfe avait donné dans ses courriers trois orthographes du nom de famille, toutes incorrectes.  C’est le message d’une ancienne Andennoise paru dans La Petite Gazette qui m’a fourni l’orthographe correcte: elle avait été en classe avec une des sœurs du « petit garçon ».Ceci m’a permis, après quelques recherches, de trouver finalement la bonne piste.

En ce qui concerne la famille de Liège, malgré des recherches longues et variées, je n’ai pas trouvé la solution de l’énigme. Le nom de famille est inconnu et ne figure sur aucun document accessible ; la localisation de la maison où les photos ont été prises en 1944 est inconnue. Le seul point utilisable est la narration dans un courrier du G.I.Wolfe du fait que la maison de cette famille a été fortement endommagée par un V1 tombé entre le 8 et le 14 novembre 1944. J’ai pu consulter sur internet deux sites  qui donnent la liste de tous les V1 tombés sur le grand Liège pour l’un, sur la Belgique entière pour l’autre ; il apparaît que le seul V1 tombé sur Liège et sa banlieue entre ces deux dates est tombé à Grivegnée le 14 novembre. Je m’en souviens d’ailleurs, car il est tombé à 50 mètres de notre maison en faisant plusieurs tués et pas mal de blessés, dont moi.   Cependant, en regardant attentivement une des  photos de la famille de Liège, on peut voir que la porte d’entrée porte le n° 110 ; or, il n’y avait pas de n° 110 dans ce qui s’appelait à l’époque « rue de l’Enseignement » : la numérotation s’arrêtait à 51. Le seul V1 qui aurait pu détruire ou endommager une maison portant le n° 110 semble être celui qui est est tombé au quai de la Boverie, mais toutes les maisons qui se trouvaient à cet endroit avant guerre ont été remplacées par cinq très larges buildings, donc la numérotation a changé. De plus, ce V1 est tombé le 28 novembre…     De toute façon, cela ne nous permettrait pas d’identifier cette famille si accueillante et bien de chez nous.  Le G.I. se serait-il trompé de date dans ses courriers ? Nous ne le saurons jamais.

Je vous remercie en tout cas pour votre aimable collaboration dans cette recherche, et je continue à lire avec plaisir votre Petite Gazette sur internet, puisqu’elle n’est plus accessible dans la presse écrite.

La Petite Gazette du 24 janvier 2018

LES GI’s PRESENTS CHEZ NOUS EN 1944

Monsieur Roger Lemaire, d’Esneux, fait le point sur cette recherche de GI’s présents chez nous en 1944 (voir notre édition du 22 mars 2017 ou www.lapetitegazette.net)

« Faisant suite à l’article de la Petite Gazette, il y a du nouveau : M. Wolfe Junior (le fils du G.I)  et moi avons continué à correspondre après sa visite en Belgique et nous sommes arrivés à la conclusion  que son père a bien séjourné en octobre 1944  à Grivegnée,  rue de l’Enseignement (rebaptisée depuis rue de la Haminde), plus précisément dans  une des deux maisons jointives qui se trouvent dans un petit parc tout en haut de la rue à droite en montant – la rue est en forte pente -. C’est à quelques mètres de l’endroit où un V1 est tombé le 14 novembre 1944, tuant au total 3 personnes domiciliées dans les maisons qui portaient alors les n° 47 et 51. Comme il n’y a pas eu de victime dans la famille d’accueil du G.I , on peut conclure qu’elle n’occupait ni le n° 47 ni le n° 51. La numérotation des maisons a cependant changé depuis 1944, et l’emplacement précis des n° 47 et 51 en 1944 ne nous est pas connu avec certitude. Actuellement,  dans le haut de cette rue, l’observation visuelle tout comme le plan cadastral montrent que  la première maison au coin de la rue Lovinfosse porte le n° 37 ; lui font suite, en montant, trois maisons qui portent les n° 39, 41 et 43. La maison suivante ne porte pas le n° 45 comme on s’y attendrait, mais bien le n° 49 ; c’est une construction récente, qui s’étend sur  l’équivalent de trois parcelles de terrain, d’où sans doute son n° 49.Tout contre cette maison, en haut sur la troisième parcelle, se trouve  une  allée étroite, maintenant bétonnée, qui conduit à une longue parcelle de terrain non bâti enclavée derrière les maisons. Vient ensuite un petit parc très arboré, dans lequel se trouvent deux maisons contiguës, dont la première semble avoir été reconstruite depuis la guerre. Là encore, une surprise : sur un pilier à l’entrée du parc figure un seul numéro, le n° 55, alors qu’il y deux maisons contiguës mais perpendiculaires l’une à l’autre, la deuxième clairement beaucoup plus ancienne que la première. On peut supposer que la première de ces deux maisons portait en 1944 le n° 51 et a dû être reconstruite, tandis que la maison qui portait en 1944 le n° 47 a été détruite pat le V1 et que l’actuelle maison n° 49 occupe son ancien emplacement. Cela ne nous dit pas pourquoi il n’y a pas de n° 51 et 53, ni affichés ni mentionnés sur le plan cadastral.

Photo N° 1

Autre point qui nous avait intrigués : une des photos prises en 1944 montre deux militaires américains et deux femmes de la famille d’accueil devant une petite maison. En agrandissant fortement la photo, on peut y lire un n° en haut sur la porte : n° 110; or, il n’y a pas de n° 110 rue de l’Enseignement.  De plus, Mr Wolfe Junior qui dispose des photos d’origine a pu y lire nettement une plaque qui porte une inscription de trois lignes : INFIRMIER/MASSAGE/ VENTOUSES. La seule maison qui porte un n° 110 dans les environs se trouve rue Belvaux, à une distance de 200 mètres de la maison d’accueil des G.I.’s. Sa façade a été rejointoyée, et porte et fenêtres ont été remplacées depuis la guerre, mais le peu qu’on en voit sur la photo  est  compatible avec  le 110 rue Belvaux (n° inchangé !).  Nous pensons que  ce n’est pas là qu’étaient hébergés les Gis car il fallait une maison bien plus grande pour loger une famille de 6 personnes et 2 ou 3 G.I.’s. Est-ce que ceci réveillerait un souvenir dans la mémoire d’un des lecteurs ?

Nous pensons donc avoir localisé l’endroit où étaient accueillis les G.I.’s à Grivegnée, mais nous ignorons toujours le nom de cette famille. La personne la plus jeune de cette famille (Paula)  avait à l’époque 19 ans. Elle aurait maintenant 92 ans.  Peut-être est-elle encore en vie… Je remercie encore tous les lecteurs pour leur aimable collaboration dans cette recherche. »

Cette enquête qui a attiré, à ce jour, plus de 4000 visites dans la version électronique de la Petite Gazette peut sans doute encore nous valoir, si vous le souhaitez, l’une ou l’autre bonne surprise…

LA 106Th U.S. DIVISION A NEUPRE ET AILLEURS…

La Petite Gazette du 24 août 2011

QUELLES ETAIENT LES UNITES AMERICAINES QUI STATIONNAIENT A NEUPRE EN 1944 ?

Il y a quelque temps je vous soumettais la question de Monsieur Philippe Dejasse de Herstal qui aurait souhaité savoir avec précision quelles étaient les troupes américaines qui stationnaient à  l’école catholique à Neupré ainsi qu’au château Englebermont en 1944. Pour vous aider dans votre recherche, Monsieur Dejasse précise que ces troupes étaient là à la mi-décembre.

« D’après mon papa, précise mon correspondant, il y avait alors un hôpital de campagne et l’écusson des soldats aurait été un rond jaune orange cerclé de bleu et présentant, en son centre, une tête de tigre. » Rappelons que si mon correspondant s’intéresse de près à ces troupes c’est parce que, à l’époque, douze de ces hommes ont logé chez ses grands-parents.

Pourrez-vous lui apporter les précisions souhaitées ?

La Petite Gazette du 7 septembre 2011

QUELLES ETAIENT LES UNITES AMERICAINES QUI STATIONNAIENT A NEUPRE EN 1944 ?

Monsieur Philippe Dejasse, de Herstal, qui recherche ces informations, vous indiquait le souvenir de son papa au sujet de l’écusson que portaient ces soldats. Cette indication a suffi à M. Armand F. Collin pour lui apporter bien des renseignements :

« Le badge dont question est celui de la 106th Infantry Division US. Cette division ‘verte’ (n’ayant pas encore connu le feu) venait de se faire étriller dans la Schnee Eifel (près de St-Vith)

Le 17 décembre 44, la région Anthisnes, Hody et alentours fut utilisée comme zone de regroupement et de refonte de cette unité. Les diverses composantes furent réparties dans la région (dans le sens large). Le château de Hody hébergea une unité médicale. Un camp avait été dressé dans les prés le long de la route qui monte vers les Stepennes. Après avoir reçu des renforts, la 106th repartit au front vers le 15 janvier 1945. Des habitants possèdent encore des badges de la 106th. D’autres unités stationnèrent aussi dans la région, notamment le 148th Eng.Bat. »

La Petite Gazette du 14 septembre 2011

LES UNITES AMERICAINES A NEUPRE EN 1944

La question posée par Monsieur Dejasse, de Herstal, vous a conduits à mener quelques recherches :

Monsieur Jean Collin, de Hamoir, tout d’abord précise :

« Si je ne me trompe l’insigne dont parle  M. Dejasse était celui de la  106 ME division d’infanterie   » Golden Lion », il ne s’agissait donc pas d’un tigre mais bien d’une tête de lion sur fond jaune or.

Cette unité  récemment débarquée des USA avait été envoyée vers St-Vith où elle fut réellement décimée par des troupes allemandes aguerries avant d’être envoyée en repos à Plainevaux – Rotheux. »

Monsieur G. Lorquet, d’Abée, est un ancien sous-officier de la police militaire belge et, comme nombre d’entre vous, passionné par l’histoire militaire de nos régions. Il partage l’avis de M. Collin :

« J’ai fouillé ma documentation et me suis référé à l’historien américain des armées Charles B. Mac Donald qui dans son ouvrage « Noël 44, la bataille d’Ardenne » (page 118), ce badge appartenait à la 106e division d’Infanterie que commandait le général de brigade Edward Walter Jones. Cette unité, en raison justement de son badge, était appelée « Golden Lion » ; venant de St-Vith, elle a été engagée, en décembre 1944, au front entre Manderfeld et la trouée de Loshein. »

Un grand merci pour vos recherches.

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

A PROPOS DE LA 106TH DIVISION U.S. PRESENTE A NEUPRE EN 1944

Monsieur Michel Pirotton, de Sougné-Remouchamps, apporte de précieux renseignements sur cette unité américaine qui intéresse tant Monsieur Dejasse, de Herstal. Il précise utilement que ces informations ont été puisées dans le livre de Robin Cross Chantecler, Le dernier espoir d’Hitler :

« Il s’agit bien de la 106th Infanterie Division dont voici le badge.

Badge de la 106th division dite « golden lions’ »

Cette division, dont le général major était Alan W. Jones n’avait aucune expérience du combat quand elle monta en ligne le 2 décembre dans la région Schnee Eifel ; elle y subit une lourde perte en hommes. Elle fut ensuite envoyée en renfort à Saint-Vith où le 18 septembre elle dut subir une terrible épreuve contre la 18e Div. de volksgrenadiers qui l’attaqua en quatre endroits, en forme de fer à cheval. Le 19 décembre, ces défenseurs furent soulagés par l’arrivée du 112e régiment d’Infanterie. Le soir du 20 décembre, des groupes d’Allemands avaient enfoncé les lignes américaines et attaqué des postes de commandement. Les américains tentèrent alors d’échapper au pire. La 106e division sortit quasiment décimée par ces combats (elle ne comptait plus alors que 106 hommes) et se retrouva au carrefour de la Baraque de Fraiture où, avec le soutien du 589e Bataillon d’artillerie, elle occupa ce nœud routier. Après plusieurs attaques menées par la 2e Division blindée SS Das Reich, le soir du 22 décembre, les troupes américaines reçurent le renfort de la 87e compagnie blindée ainsi que de deux canons d’assaut motorisés de la Task Force Karre 3e Division blindée. C’est ensuite que la 106th Division fut relevée et mise au repos à Neupré jusqu’aux environs du 15 janvier 1945. »

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

DES PRECISIONS UTILES AU SUJET DE LA 106Tth US INFANTERY DIVISION

Monsieur Guy Blockmans lit la Petite Gazette à Bruxelles, il connaît bien notre région car, sa carrière professionnelle à « Wallonie-Bruxelles Tourisme » l’a conduit progressivement à devenir un spécialiste de la Bataille des Ardennes. Il est l’auteur d’une intéressante publication sur le sujet qui conduit le lecteur attentif de villes en villages, de stèles en monuments, de musées en sites ou cimetières militaires rappelant cet épisode essentiel du dernier conflit mondial. Aussi tenait-il à vous faire part de ses commentaires au sujet de cette unité américaine évoquée dans nos colonnes à propos de son passage à Neupré, en 1944 :

« Je me permets de rectifier quelque peu ce qui a été publié ; cette unité n’a pas été décimée, mais ses 422nd et 423rd Infantry Regiments ont été encerclés et faits prisonniers, soit environ 7000 hommes.

En effet, la 106th ID, avec ses 422nd, 423rd et 424th Inf. Reg., ainsi que ses 589, 590, 591 et 592 Field Artillery Battalions, deux Tank Battalions et trois Anti Aircraft Artillery Battalions, plus quelques autres unités telles que Engineer, Reconnaissance, medical… faisant partie du VIIIe Corps avaient reçu l’ordre de relever la 2nd US Infantry Division dans le Schnee Eifel.

La 106th, sur un front de plus ou moins 27 Km, allait occuper une position avancée de défense de Saint-Vith, à partir du 13 décembre 1944. Mais, suite à la progression rapide des troupes allemandes, par le nord et par le sud, la ville de Saint-Vith allait devenir un « saillant américain » dans l’avance allemande. Malgré une résistance acharnée, les 422 et 423 Inf. Reg. Allaient se retrouver coupés de tout ravitaillement et, finalement, encerclés. Les deux régiments se rendirent dans l’après-midi du 19 décembre et furent ainsi faits prisonniers. Quant au 424th Inf. Reg., il continuera à participer à la défense de Saint-Vith. Toutefois, craignant l’encerclement des 20 000 défenseurs du « saillant de Saint-Vith », le 22 décembre, la maréchal Montgomery, commandant le 21 st british Army Group sur le flanc nord, ordonna le repli des troupes sur de nouvelles positions défensives, derrière la rivière Salm.

Les 24, 25 et 26 décembre, les bombardements alliés réduisaient Saint-Vith à l’état de ruines.

 

saint-vith

Une stèle dédiée à la 106th US Infantry Division « Golden Lions » située Kloosterstrasse à Saint-Vith rappelle la bravoure des GI’s »

La Petite Gazette du 30 novembre 2011

A NOUVEAU LA 106TH U.S. DIVISION

Ce n’est pas une surprise pour moi, vous êtes réellement passionnés par l’histoire de l’Offensive des Ardennes et, dans ce domaine également, votre souci de précision est tout simplement remarquable…

Monsieur Fernand Albert, de La Gleize, souhaite revenir sur de récents articles parus à propos de cette division et, notamment, sur une phrase de M. Guy Blockmans qui écrivait qu’après la capture de deux régiments de la division, le troisième, à savoir le 424tt « continuera à participer à la défense de Saint-Vith. » M. Albert pense qu’il serait plus indiqué de dire « participa à la reprise du nœud routier de Saint-Vith » et il explique pourquoi :

« Après la perte de deux de ses régiments dans l’Eifel, la 106e Division d’Infanterie U.S. fut recomposée et sa formation de combat se composa d’éléments disparates, à savoir :

Le 424e Régiment d’Infanterie (le seul appartenant encore à la 106e) renforcé par la compagnie A du 81e génie.

Les 1er et 3e bataillons du 517e Régiment de parachutistes plus la compagnie C du 596e Génie aéroporté, (Le 517e remplace le 112e Régiment d’Infanterie initialement prévu mais déjà en action) commandé par le colonel Graves.

Le 460e bataillon d’artillerie en soutien du 517e P.I.R. (Lieutenant Colonel Cato)

Le 591e bataillon d’artillerie en soutien du 424e R.I. et soutien général.

Deux pelotons des compagnies C et D du 740e bataillon de tanks.

Une compagnie du 643e bataillon de tanks-destroyers ;

Elle est commandée par le général Perrin. Le rôle qu’elle devra jouer dans le secteur de Stavelot est assez limité dans le temps car elle se retirera des combats aussitôt ses objectifs atteints.

Ceux-ci sont les suivants :

Pour le 517e P.I.R. : Franchir l’Amblève à Stavelot et établir une tête de pont.

Le Stockeu et la route du Vieux Château

Bûtai, Vaux-Renard et Lodomez.

Pour le 424e R.I     : Somagne et Hénumont

La vaux, Crête du Faix du Diable, La Coulée, Logbiermé.

Les opérations de ces unités dans le secteur de Stavelot étant trop nombreuses pour être détaillées dans cet article, nous nous contenterons de les résumer très succinctement.

Le 11 janvier, le 517 PIR franchit l’Amblève à Stavelot, établit une tête de pont.

Le 13, la route du Vieux Château et le Stockeu sont nettoyés et l’attaque se poursuit vers La Bergerie, la maison de la Belle Femme, Bûtay, et les lisières sud de Lodomez. La Vaux-renard est dégagée et l’entrée du hameau de Lodomez est atteinte.

Le 15, Refat est atteint, de même que Francheville, puis le château de Houvegné est occupé.

Le 17, les parachutistes atteignent la route de Poteau-Petit-Thier.

Le 424e R.I., qui a relevé le 112e à Wanne, Spineux et Aisomont, attaque vers La Vaux et en direction de Somagne et d’Hénumont. Il reçoit la mission d’investir la colline de Coquaimont pour poursuivre ensuite vers Ennal et R’méster.

L’attaque d’Ennal débute à l’aube du 15 et se poursuit toute la journée. Ce régiment ayant échoué devant Hénumont et à La Coulée, l’Etat-Major de la 106e fait intervenir le 517 P.I.R.

Son 1er bataillon investit Hénumont puis prend la direction de Logbiermé via La Bouhaye et Hoppont. Le village de Logniermé est le théâtre de violents combats. Après la conquête du village, la progression se poursuit le 16 janvier vers la région de Poteau et de Recht.

Lodomez tombe également aux mains des parachutistes qui poursuivent leur progression vers Beaumont.

Le 18 janvier, la 106e Division, qui a atteint ses objectifs est retirée des opérations.

Le 424e régiment part en repos à Trois-Ponts et Stavelot tandis que le 517e R.I.P., rattaché à la 30e Division d’Infanterie, reste sur ses positions et supporte l’offensive de la 75e D.I. pour, finalement, rattachée à la 82e division aéroportée, revenir au bivouac à Stavelot. »

Mon correspondant précise qu’il puise ces renseignements dans l’ouvrage de Serge Fontaine (+), La contre-attaque américaine dans la région de Stavelot, Trois-Ponts et Wanne en janvier 1945.

SUR LES ROUTES DE L’EXODE EN MAI 1940

La Petite Gazette du 15 juin 2011

MON EXODE…

Madame Léa Dorys, de Clavier, est aujourd’hui octogénaire, mais elle a gardé un souvenir précis des événements qui, alors qu’elle n’était qu’une enfant, marquèrent à jamais sa mémoire. Elle a eu l’excellente idée de coucher ses souvenirs sur papier et, surtout, de les transmettre à La Petite Gazette. Alors que les témoins directs de cette époque disparaissent les uns après les autres, il est vraiment important de conserver précieusement ces témoignages émanant des petites gens qui subirent ces terribles années de guerre.

Nous suivrons donc Mme Léa Dorys durant ces premières semaines d’été au gré d’un voyage chaotique qui la mena bien loin de Clavier…

« Cette histoire que je vais vous raconter est un épisode de ma vie qui a changé mon entrée dans l’adolescence.

Avril 1939 ! Je prépare ma communion solennelle.

De bon matin, mes parents me conduisent à Liège afin d’y effectuer des achats en vue de cette fête. Dans le magasin où j’essaie une belle robe blanche de première communiante, la radio ou plutôt la T.S.F., la R.T.B.F. de l’époque, diffuse un discours hurlant d’Adolf Hitler, Führer du IIIe Reich. Mes parents et les vendeuses frémissent en entendant cette voix remplie de haine. Que prépara-t-il  pour l’Europe ? Rien de bon, quel noir présage…

L’été se passe comme à la campagne entre la fenaison et la moisson. Il y a les grandes vacances puis septembre 1939. Hitler envahit la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Autriche est déjà annexée. Branle-bas de combat dans les états alliés. Mobilisation, on rappelle les soldats.

Quel émoi dans les familles, les visages se crispent, les cœurs se serrent au départ des fils, des époux, des pères. On ne sait que penser. L’hiver approche, des cantonnements de soldats s’établissent dans les villages. On creuse des tranchées, on place des barrières antichars. Degrelle, un pro-allemand, fait des meetings, il essaie de faire croire à l’Ordre Nouveau de Hitler.

L’hiver 39 – 40 fut très dur. Il gelait à pierre fendre et ces pauvres soldats grelottaient.

Vint le printemps, avec ses jonquilles, ses agneaux, ses poussins qui naissaient dans une douceur de vivre inquiétante !

Voici le 10 mai 1940 ! et les semaines qui suivirent.

Vers 5 heures, un magnifique soleil éclairait la terre, quand, dans le ciel, des avions laissaient des traînées blanches. Anormales ces choses, nous n’avions jamais vu cela. Tout à coup, des bruits sourds nous parviennent. A la radio, les infos. Le speaker, d’une voie émue, nous annonce que la Belgique est envahie. Les Allemands ont déjà pris le fort d’Eben-Emael, la gare de Jemelle est bombardée. Les réfugiés des cantons de l’Est sont sur les routes.

Et nous, qu’allons-nous faire ? Partir ou ne pas partir ?

L’après-midi, un dernier train emmène les jeunes hommes vers quelle destination afin d’échapper à la mainmise teutonne. Des mères courent derrière le convoi, font des signes désespérés à ces jeunes garçons qui vont vers l’inconnu. Les reverront-elles un jour ?

La nuit du 10 au 11 mai, nous ne dormons pas car, sur la route, des garnisons de soldats en perdition cherchent vainement un chef qu’ils ne trouvent jamais.

Et le jour se leva sur le deuxième jour de guerre. Mon père prend une décision, lui qui, pendant la guerre de 1914, avait été poursuivi par les soldats allemands, les uhlans, déchaînés sur la population belge. Nous allons partir car la moitié du village est déjà sur les routes de l’exode. Ma mère, convalescente d’une pleurésie, était très songeuse. « Tiendrai-je le coup ?» me disait-elle… mais l’itinéraire de mon père était fait.

Il y avait dans sa famille une tante Maria, religieuse de son état au couvent de Pesches (Couvin). C’est là que nous irions et devinez avec quels moyens ? En bicyclette ! Mon Dieu, si loin… Nous réunissons le peu que nos vélos et nous-mêmes pouvions emporter. » A suivre.

La Petite Gazette du 22 juin 2011

MON EXODE…

La semaine dernière, nous avons fait connaissance avec Mme Léa Dorys, de Clavier, qui préparait sa communion solennelle à la veille de la drôle de guerre et de la mobilisation de 1939. La guerre a éclaté et son papa a décidé de fuir sur les routes. C’est au départ de cet exode que nous retrouvons aujourd’hui :

« Le samedi 11 mai, par un beau soleil printanier, nous prenons le chemin de l’évacuation. Mais Pesches c’est loin et le pont de Dinant est déjà bombardé. Il n’y a plus que le pont d’Yvoir. Dans un vacarme invraisemblable, des éclats d’obus tombent partout, les soldats, les civils sont mêlés dans une peur qui vous prend aux tripes.

Nous logeons chez un boulanger d’Anhée et, le lendemain, nous reprenons la route.

Alors, c’est l’horreur qui nous attend, des réfugiés, ils sortent de partout, à pied, à vélo, en camion, les fermiers avec leurs chariots, leur famille et une partie du cheptel.

Nous croisons l’armée française, uniforme bleu ciel, certains à cheval tirant de gros canons, la gourde de cognac à la ceinture.

C’est à ce moment que nous fîmes la connaissance des avions « stukas » allemands qui plongeaient sur nous, tuant et blessant soldats, civils et animaux. Ce n’était plus de la peur qui était en nous, c’était… la terreur et cela ne faisait que commencer. Les blessés hurlaient, les morts gisaient et les bêtes tuées gonflaient alors que les soldats français montaient au front. Quel front, la 5e colonne fouinait dans les files de soldats et de réfugiés. Il y avait des prêtres,, des moines, des religieuses, étaient-ce des vrais ? Dans quelle tragédie de l’histoire étions-nous devenus les acteurs ?

Nous arrivons à Philippeville sous les bombardements. On nous pousse dans les caves, abandonnant nos chers vélos. Heureusement, après l’alerte, nous les retrouvons. Et puis, c’est Mariembourg, Couvin où nous voyons défiler cette armada d’hommes, de femmes, d’enfants, de bestiaux cherchant un refuge bien précaire.

En fin de journée, nous arrivâmes au couvent de Pesches. Les braves sœurs nous accueillent avec un calme et une gentillesse qui nous réchauffent le cœur. Elles nous donnent le gîte et nous essayions de dormir quand une sirène hurlante nous jette dans les caves. Les religieuses nous invitent à prier en implorant toutes les bénédictions du Ciel. Des enfants pleurent, des malades gémissent, des vieillards se traînent, des hommes jurent. Ce fut ainsi le restant de la nuit.

A l’aube, nous avons droit à un petit déjeuner et puis l’ordre de l’armée française arrive : le couvent est réquisitionné car les Allemands avancent. Ils vont franchir la Meuse et les ponts détruits ne les tracassent pas, ils fabriquent des ponts artificiels. Drôle de guerre, les Français à cheval comme au temps de Napoléon, de l’autre côté, les Allemands super équipés et motorisés… Que faut-il en penser sinon sauver notre peau ?

Nous reprenons notre route. Les herbes des accotements sont encore blanches de gelée car nous sommes en mai, ce sont les saints de glace. Dans une côte, maman, au bord de l’épuisement, ahane sur son vélo. Un soldat français la voit, il prend sa gourde et lui dit : « Buvez un coup de gnôle, ça vous remettra d’aplomb ! » En effet, maman, en avalant une lampée, fut tout estourbie. « Ça me réchauffe et me descend dans les jambes ! » En avant, nous reprenons notre courage à deux mains et nous repartons.

La nuit arrive, nous nous dirigeons vers le monastère de Scourmont où les moines, bien que trappistes, nous alimentent et nous nous reposons dans les annexes. Alors là, la détresse humaine est à son comble. Une personne malade décède, une jeune femme accouche sur un lit de paille, une autre, un bébé de cinq mois dans les bras, a perdu sa famille. On fait une collecte pour lui procurer des langes, des vêtements, de la nourriture. Faut-il que ce soit la guerre pour qu’on s’aime ? Le jour se leva dans une belle pagaille. Nous enfourchons nos bécanes et en route pour une nouvelle page de l’exode.

Il y en avait qui montaient au front en chantant « Venise provençale », les pauvres, ils ne savaient pas ce qui les attendait ; nous, nous descendions. » A suivre…

La Petite Gazette du 29 juin 2011

MON EXODE…

Poursuivons la découverte du récit de Madame Léa Dorys, de Clavier, qui nous raconte, simplement, mais avec justesse et sincérité, le terrible exode qu’elle entreprit, avec ses parents, pour fuir les envahisseurs allemands de 1940. Nous retrouvons la petite famille à la frontière française :

« Vint la frontière française, mais plus de douaniers, plus de contrôle. La douce France nous offrait ses paysages bucoliques sous un beau soleil et sous les mitraillages répétés des avions allemands. Bientôt, l’armée française se retire sous la pression des terribles Germains. Nous battons en retraite avec les chars d’assaut du général De Gaulle. Nous passons par Plomion où nous rencontrons des fermiers de notre village.

Après ce fut la Fère en Tardenois, Laon, Montmirail puis Dormans/Marne. A notre grand étonnement, sur le pont de la Marne, l’armée française sépare les Wallons et les Flamands. La guerre est loin d’être terminée et, déjà, la politique entre en jeu.

Toujours à vélo, nous reprenons la route, Epernay nous voit passer, Aix en Othe, Marigny le Châtel, finalement Tonnerre. Clavier est déjà bien loin…

Là, stop. On nous conduit à la gare, plus de vélos, on nous embarque sur le grand express qui va vers la Méditerranée. Hélas, à Dijon, tout le monde descend sur les quais. Ca va mal dans le Nord, le train doit remonter pour charger les blessés de la bataille qui continue là-haut.

De Dijon, on nous expédie à Nevers où nous retrouvons des habitants de Clavier, désignés eux pour Toulouse.

Saint-Etienne nous voit arriver à 22 heures sans manger ni boire. On nous place dans une salle de la gare, obscure, mais il y a des lits et des affiches sur les murs : « Silence, ne parlez pas, on vous écoute ! » Quelle ambiance ! Fourbus et décontenancés, nous dormons quelques heures. A 5 heures, embarquement pour Lyon où nous arrivons en plein bombardement de la gare de Perrache. On court dans les abris dans un va-et-vient indescriptible.

Qu’allons-nous devenir ? Et la journée se passe. Soudain, on nous rassemble dans des vieux cars réquisitionnés je ne sais où, plus brinquebalants que roulants, entassant les personnes et les bagages.

Le jour s’achève sur la vallée du Rhône, le car s’engage dans les chemins étroits, en lacet, pendant des dizaines de kilomètres et c’est Esclassan en Ardèche qui voit arriver des réfugiés sales, fatigués, affamés. On nous restaure tant bien que mal. Du riz à l’ail pour nos pailles nordiques, cela passait difficilement. Heureusement, il y avait le pinard à volonté. Cette piquette transfigurait les visages émaciés de toutes ces gens, des Belges qui parlaient le français. Les indigènes étaient vraiment étonnés de nous entendre parler leur langue.

Nous n’y séjournons que quinze jours, Maman ne supportant pas le Mistral qui souffrait fréquemment et Papa s’ennuyant dans ce bled reculé.

Un beau jour, il s’engagea pour travailler dans l’armée française. Comme la main-d’œuvre belge était renommée, on l’engagea dans une tréfilerie de Domène dans l’Isère, entre Grenoble et Chambéry. » A suivre

La Petite Gazette du 6 juillet 2011

MON EXODE…

Madame Léa Dorys, de Clavier, termine cette semaine le récit de son exode vers la France en 1940. Nous l’avions laissé en Ardèche où son papa s’ennuyait. Engagé par l’armée française, il va aller travailler non loin de Grenoble. Un nouveau voyage se profile…

« Alors une autre épopée commença. Un jour, avec nos pauvres bagages, la bouchère nous descendit avec ses gorets, poulets, canards et autres volatile qu’elle destinait au marché de Valence. Mais Valence, ce n’est pas Grenoble. Avec les quelques francs français que nous avions, nous allons à la gare et embarquons pour Grenoble où nous arrivons le soir. Plus de train pour Domène ! La seule solution qui restait c’était : nous dormirons dans la salle d’attente jusqu’au lendemain matin à 5 heures, heure du premier convoi pour notre destination.

Nous somnolions sur les banquettes de la salle d’attente, Maman dans un tel état de fatigue et de crises d’asthme que je ne sais comment elle a tenu.

Arrivèrent près de nous trois officiers de l’armée française. Un peu interloqués, leurs yeux nous regardèrent. Allait-on nous mettre à la rue ? Ils nous posèrent maintes questions, tout étonnés de voir des réfugiés belges égarés chez eux. Ils nous dirent de ne pas bouger et, quelque temps après, ils nous emmenèrent dans un des plus beaux hôtels de la ville, le « Suisse et Bordeaux ». C’est là que j’ai eu treize ans.

Après un excellent repas, on nous conduisit dans une chambre à coucher digne d’un palace, au quatrième étage. Je pensais «Si les avions viennent bombarder, qu’allons-nous devenir si haut ? » J’ai dormi sur les marches de l’escalier, prête à m’enfuir et mes parents ont dormi sur les carpettes, les lits étant d’une blancheur et d’une propreté exemplaires, nous aurions souillé la literie… Ma mère, bonne ménagère belge, ne voulait pas salir et avoir le nom de « sales gens », vu que des quolibets avaient déjà été lancés « Boches du Nord » en faisant allusion à la félonie de notre Roi…

Le lendemain matin, le train nous emmena à Brignoud près d’où Papa devait travailler. Nous y sommes restés jusqu’au 15 août, dans une cité ouvrière où il y avait déjà des réfugiés de la révolution espagnole, des Italiens fuyant Mussolini, des juifs polonais et yougoslaves fuyant les nazis. Dans cette cité très calme au pied du massif de Belledonne dans l’Isère. Notre séjour débuta avec l’aide de charmants français qui nous aidaient. Nous ne les avons jamais oubliés.

Petite anecdote, Maman ayant perdu sa carte d’identité n’était pas crue par les autorités quand elle affirmait qu’elle était bien la femme de mon père et ma mère. Tous les samedis, elle devait se présenter à la gendarmerie afin de prouver qu’elle était toujours là et pas une espionne. Ouf !

Un beau matin, nous avons reçu des papiers de la Préfecture nous invitant à rejoindre la Belgique. Comment ? Nous étions deux familles belges dans la cité. On réunit les quelques billets que nous avions car, en plus du salaire de mon père, on nous allouait une somme d’argent tous les mois. Avec tout cet argent, ils achetèrent une vieille Peugeot à un garagiste de Grenoble.

Nous avons donc repris la route du retour, cette fois-ci en passant par Bourg dans l’Ain, le Jura. Cette route que nous suivons est bondée de soldats français en déroute et qui se rendent aux Allemands. Je vois les yeux de mes parents se remplir de larmes lorsqu’ils aperçurent les premiers soldats allemands, les « Schleus ! » Une chape de plomb nous tombe sur le dos. On nous arrête, nous questionne, les papiers… et toujours Maman sans carte d’identité qui pose problème !  Enfin, après une fouille en règle, les barrières se lèvent et nous remontons, comme on dit, dans cette France occupée. Les fermiers ont à la moisson et le soleil d’août nous réchauffe de ses rayons. La nourriture est toujours rare et la faim se fait sentir.

Trois jours après notre départ de Grenoble, c’est la Belgique. Quelle joie de retrouver son pays. Les gens vaquaient à leurs travaux et cela sentait si bon le savon vert ! Revoir notre village, notre maison ; comme nous étions heureux.

Un médecin de Grenoble avait remis Maman en forme, l’air de la montagne lui était favorable. Moi je parlais le français avec l’accent que je perdis très vite pour retrouver l’accent liégeois.

P.S. Nos vélos que nous croyions perdus quand nous les avons laissés en gare de Tonnerre, un brave cheminot de la gare de Montpellier, car eux sont allés jusque là-bas, nous les a renvoyés au mois d’octobre. Merci la S.N.C.F. »

Un immense merci à Mme Dorys de nous avoir permis de la suivre dans cette incroyable aventure vécue durant son enfance.

La Petite Gazette du 13 juillet 2011

ET APRES…

Madame Léa Dorys, de Clavier, poursuit l’évocation de ses souvenirs liés à la période s’étendant du Débarquement à l’Offensive …

« Après ces années de guerre, de privations, de peur, nous attendions les libérateurs. Lorsque le soir tombait et qu’au loin nous entendions le ronronnement de ces gros avions qui arrivaient au-dessus de nos têtes, nous retenions notre souffle et cela se prolongeait très tard dans la nuit. Ils revenaient ces petits gars d’un pays qu’on appelait « Germanie », attaqués par la D.C.A. qui ne leur pardonnait rien.

Quand ils bombardaient Cologne, Aix-la-Chapelle, la Ruhr, par temps clair, de notre grenier, on voyait des lueurs rouges, mauves, jaunes ; que se passait-il là-bas ?

Une nuit, un drôle de vrombissement nous tint en éveil. Une grande lueur, si claire à une heure de la nuit. Il s’agissait d’une forteresse volante qui s’écrasait en flammes sur la colline en face de chez nous. Nous pensions que c’était l’apocalypse. Tout le monde était debout, imprudemment, nous allions voir ce grand oiseau et son équipage ou ce qu’il en reste. Il y a des tués, mais, oh joie, certains ont sauté en parachute. Ils sont déjà recueillis par la Résistance et sont sauvés. Il était temps car une armada de « vert de gris » envahit la contrée, chassant tout sur son passage. Dommage car avoir un morceau de parachute pour faire un chemisier était très dangereux, on s’y risquait quand même…

Vint le 6 juin, la B.B.C. « Ici Londres » annonça le débarquement en Normandie. La résistance était survoltée. Maman leur disait ne faites pas de bêtises, ils étaient si jeunes si fougueux.

Juillet août défilèrent au son de radio Londres. On préparait les drapeaux, on écoutait les messages personnels. Début septembre, nous vîmes repasser des hordes de soldats allemands (la tristement célèbre division Das Reich), débraillés, les yeux hagards. C’était la déroute. Nous avions très peur et nous étions terrés dans les caves. Quelle atmosphère ! On n’oublie jamais cela, j’avais 17 ans.

Un beau jour de septembre, nous vîmes débouler de Les Avins, de Modave, à travers les campagnes, des jeeps, des camions, des soldats qui couraient. Ils étaient si jeunes. Pour nous, à 17 ans, qui raffolions des stars américaines, ils étaient des Gary Cooper, Fred Astaire, Clark Gable et autres boys mais, en réalité, ils s’appelaient David, Amos, John, James et nous souriaient de toutes leurs belles dents blanches. Il y avait des Noirs… d’où venaient-ils ceux-là ? A part « La case de l’oncle Tom », notre connaissance de l’histoire américaine était très limitée. Tous voulaient nous parler et nous rendre service.

Il y avait à la maison une petite cousine originaire de Seraing, on l’avait amenée à la campagne car, là-bas, la nourriture se faisait rare et les V1, ces engins de mort, semaient la terreur partout. La figure et les cheveux de la pauvre petite étaient remplis de grosses croûtes noires qu’on appelait impétigo. On se réfugiait dans les remèdes de bonne femme qui aggravait plus qu’ils ne guérissaient. Un « GI » la regarda, lui tâta le visage et dit : « No good ». Il partit et revint avec une poudre blanche avec laquelle il saupoudra les croûtes noires. « Demain, je reviendrai. » Pendant trois ou quatre jours, il est revenu poudrer ma cousine qui sentait, chaque jour, ces affreuses choses tomber. La peau qu’elle retrouvait était rose comme celle d’un bébé. Ce brave « GI », c’était Mr Edouard Carnot, de la Nouvelle Orléans en Louisiane et cette merveilleuse poudre s’appelait « pénicilline ».

Comme récompense, ma mère l’invita à dîner. Du « chicken », des « patatoes », salade de tomates de chez nous. Tout le monde était heureux.

Un matin, ils partirent, on les appelait d’urgence, ils avançaient dans leur conquête.

Il y eut aussi Terry et Dick qui revenaient nous saluer lors de leur passage dans les environs. Un jour, Dick était très triste car il était muté dans le Pacifique où les batailles faisaient rage. Il nous écrivait de là-bas. Un jour, notre lettre lui envoyée revint avec la mention « Disparu dans les Philippines », la lettre venait de Manille. Pauvre Dick, nous étions très tristes.

Les mois passèrent, l’hiver arriva ; il allait être très dur. Le 16 décembre 1944, de terribles nouvelles arrivaient via la radio. Les Allemands reviennent. Ils sont déjà à Celles, à Hotton, à Werbomont. Notre maison est réquisitionnée et une unité de transmission s’installe de haut en bas. Nous dormons dans la cave sur des lits de fortune.

Vint la nuit de Noël. Maman, malgré la situation mit un sapin et une crèche. Il n’y avait rien dessous mais Marie et Joseph veillaient sur l’enfant Jésus avec une sérénité qui nous incitait à prier.

Quand minuit sonna, ces braves GI’s entonnèrent des chants de Noël. Ils nous invitèrent à partager leurs agapes. A notre grande surprise, sur le pauvre sapin, dégarni qu’il était avant, étaient suspendus les colis de Noël qu’ils avaient reçus des U.S.A. nous pleurions et priions tous. C’est le plus beau Noël de ma vie, dans la peur, la faim et le froid… Dehors, il faisait glacial.

Ces GI’s partirent se battre à Bastogne… Aucun n’est revenu ! »

La Petite Gazette du 3 août 2011

ENCORE DES SOUVENIRS D’EVACUATION EN 1940

Le récit de Mme Dorys, ainsi que je l’imaginais bien, vous a beaucoup plu et a ravivé des souvenirs chez plusieurs d’entre vous. Dans notre prochaine édition, nous débuterons un récit très détaillé et rempli d’anecdotes écrit par Madame Marthe Nandrin – Van der Goten et transmis par son fils ; mais, avant cela, je vous propose de découvrir les souvenirs de Madame Denise David-Lacasse, de Harre.

« A l’époque, nous habitions à Dinant, mon père, qui était cheminot, avait dû rejoindre son poste car il était responsable de la bonne marche de la ligne de Namur jusqu’à la frontière française ; il nous avait quittés pour des raisons que je ne comprenais pas.

Nous sommes partis, à notre tour, vers la France à cinq : maman, 36 ans, trois enfants, moi, 8 ans, mon frère L., 3 ans, et mon autre frère M., 3 mois (il est né le 22 février 1940) et ma grand-mère, 80 ans.

Maman poussait la voiture d’enfant, mon frère de 3 ans pouvait s’asseoir sur le rebord de la voiture, qui était en bois, ma grand-mère et moi, nous marchions.

Il y avait beaucoup de monde sur la route qui, comme nous, partait en direction de la France. Tout le long du trajet, ce n’était que désolation, des soldats couchés dans les fossés, blessés ou tués, soldats français ayant combattu et, au-dessus de nos têtes, le ballet interminable des avions, des tirs réguliers. C’était vraiment une vision apocalyptique !

Dans cette situation, l’entraide était importante. Nous étions fatigués et nous avions faim ; quand on passait dans un village, les hommes cherchaient à manger pour donner aux familles. Quant à maman, qui nourrissait le bébé, elle avait besoin de boire beaucoup de lait, mais il y avait toujours quelqu’un pour aller traire une vache !

Nous dormions à la belle étoile ou dans un poulailler, ou dans une grange, sur la paille. Nous sommes allés ainsi jusqu’à Avesnes. Je ne saurais pas vous dire combien de jours nous avons marché… puis, un beau jour le bruit court que nous pouvons rentrer : bis repetita !

Bien des années ont passé, mais, croyez bien que, comme Madame Dorys, j’ai gardé un souvenir très précis de cet événement malgré mon jeune âge ; j’en suis encore tout émue en vous le racontant.

Ce sont des images bien fragmentaires qu’une petite fille de 8 ans ne pouvait pas comprendre mais qui ont assombri ma jeunesse. »

La Petite Gazette du 17 août 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Je m’en doutais, l’évocation par Madame Dorys de son exode en mai 1940 a ravivé bien des souvenirs parmi les lecteurs et, après les souvenirs de Madame Denis David-Lacasse, de Harre proposés dans notre dernière édition, je propose de découvrir le premier épisode de récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. C’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit :

02 Le 9 avril 1940, mariage de : Marthe Van der Goten, surnommée « Mamath »

et de Henri Nandrin, surnommé « Ric »

 

 

« Je me suis mariée en avril 1940 avec Ric, le fils du bourgmestre d’Esneux, Joseph Nandrin. Notre nouvelle vie démarrait difficilement car, après les dix jours de permission pour son mariage, mon mari dut rentrer à son cantonnement. Aussi, je reste seule dans notre appartement de la rue de Bruxelles à Esneux. Nous approchons de la Pentecôte et je n’arrive pas à trouver le sommeil tellement, dehors, il y a un va-et-vient continuel. Je suis allée plusieurs fois sur le balcon voir ce qui se passe. L’hôtel, juste à côté de chez moi, héberge les officiers du régiment cantonné à Esneux et cela s’appelle, les voitures démarrent, reviennent. Un officier, que j’interpelle, me rassure:

– «Allez dormir Madame, ce n’est qu’une alerte…».

Mais le jour de ce vendredi 10 mai 1940 commence à peine à poindre que le téléphone sonne. Les Allemands sont entrés en Belgique et l’officier commandant Esneux a reçu l’ordre de défendre le village puis de tout faire sauter. On me prévient donc de me préparer car il avait été prévu que, en cas de guerre, la famille irait se réfugier dans une villa louée au Coq à la côte belge.

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 Les parents et beaux-parents de la narratrice devant l’église de Tilff

                      A l’avant plan : Henri Guillaume Van der Goten : Le Papa                                                 Henriette Nandrin : La Belle-Mère et, à l’arrière plan : Joseph Nandrin : Le Beau-Père, Marthe Van der Goten : La Maman

(Pour expliquer cette fuite éperdue, il faut savoir que les gens de la génération de mes parents avaient connu la guerre 14-18 et ses atrocités. Beaucoup d’horreurs s’étaient passées à cette époque).

Je monte un étage plus haut prévenir les propriétaires de mon appartement. Ils sont là, tous les deux dans leur lit, porte ouverte, afin de ne rien manquer des brouhahas.

– « C’est-ti Dieu possip… La guerre… oie… oie… »

Dans toutes les habitations, les radios sont ouvertes pour écouter les communications gouvernementales, le speaker  Théo Fleishman annonçait tout cela d’une voix sépulcrale. Tous les habitants d’Esneux sont sur pied, même les plus endormis, car les avions ennemis se chargent de les réveiller, ils piquent sans cesse avec un sifflement strident sur l’un ou l’autre point qui pourrait être occupé par l’armée, toutes les batteries de D.C.A tirent sans arrêt.

Et la famille se rassemble pour fuir ensemble. Toutes les voitures sont remplies. Nous les jeunes devions nous accroupir quelque part.

Je me souviens d’un arrêt sur la place de Nandrin où tout le monde est dehors, nez en l’air, pour regarder les tirs dirigés vers les avions ennemis.

Nous voici arrivant en vue de Bruxelles. Depuis un certain temps, j’observe une épaisse fumée noire qui obscurcit là-bas le ciel. Je suis inquiète car cette fumée est dans la direction de la maison de mes parents. L’usine près de chez eux a en effet été bombardée et elle n’avait pas tardé à brûler. Mes parents et mes frères et sœurs s’étaient réfugiés à Waterloo chez ma soeur aînée et je les y ai rejoints.

05

 

 

 

 

 

 

 

 

Les parents de la narratrice devant l’usine qui fut bombardée

 

Le temps était au beau fixe, on se serait presque cru en vacances si ce n’est que l’on voyait défiler des files de réfugiés, en voiture, en charrette et même à pied. Ils fuyaient Louvain qui avait été bombardé. Nous les regardons passer, mais, sans les avoir vu ni entendu arriver, trois avions allemands passent à ras des arbres et l’on distingue alors nettement qu’ils laissent tomber un chapelet de bombes sur une ferme située à 200 mètres.

Nous n’osons pas rester à Waterloo avec ces bombes car c’est une route importante, et nous allons alors chez l’aîné de mes frères, Manu, qui est vicaire à Saint-Josse à Bruxelles. Il a une grande maison pour nous accueillir… » (A suivre)

La Petite Gazette du 24 août 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant le deuxième épisode du récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit :

« Mais les appels à la radio continuent :

  • «Tous les jeunes hommes en âge d’être rappelés sous les armes doivent quitter la Belgique vers la France ».

image 06 L’auto qui servit à la première partie de la fuite jusque Bruxelles

Donc Manu doit partir aussi. Pour corser la chose, voilà encore un avion en rase-mottes qui vient inspecter la cour de l’école juste derrière sa maison. Où serons-nous en sûreté? Et si on partait avec lui? Nous voici à la gare du Nord. Il y a foule. On y rencontre un autre vicaire de Saint-Josse qui doit aussi quitter la Belgique et qui emmène sa vieille Maman. Eux aussi fuient, nous fuirons ensemble ; mais plus aucun train ne part de la gare du Nord, la jonction entre celle-ci et la gare du midi a sauté, il faut aller au midi.

Un train se forme, tout le monde se pousse et nous trouvons place dans un fourgon où, comme siège, il faudra se contenter de nos bagages. Vers 18–19 h, le train s’ébranle mais à tout moment, il doit stopper. A chaque fois qu’il redémarre et prend un peu de vitesse, tous s’extasient, tous se réjouissent. Mais les heures passent et voilà la nuit. Chaque fois qu’un avion est signalé, le train stoppe afin de ne pas se faire remarquer et éteint ses feux. L’avion s’éloigne, le train repart. Nous sommes là, debout, secoués par ci, secoués par là. Maman, assise sur une valise, somnole un peu et sa tête branle d’un côté à l’autre. Mon frère et moi la regardons, puis nous nous regardons et tous les deux avons les larmes aux yeux et comprenons que nous avons fait une bêtise de partir dans ces conditions.

Le train est à nouveau arrêté dans une gare. A côté se trouve un autre train. Tout est silencieux, tout le monde est déjà fourbu. A notre fourgon, il y a une petite lucarne grillagée et je regarde et cherche à voir cet avion qu’on entend rôder. Le ciel est clair, c’est pleine lune. Si l’avion nous cherche, il devrait nous voir. Une tête s’appuie à la mienne pour regarder aussi. C’est un jeune Juif, ils sont toute une famille qui depuis des semaines fuient la Pologne. Tête contre tête, on cherche à découvrir le rôdeur, on échange ses impressions. L’avion s’éloigne, les deux trains repartent chacun dans un autre sens et c’est alors que mon compagnon et moi découvrons avec stupeur que l’autre train était chargé de munitions.

C’est le matin. Nous ne sommes pas encore loin, seulement en vue d’Audenaerde. Le train stoppe en pleine campagne. Les gens sortent du train, se dérouillent les jambes, se cachent dans la nature. Là, il y a un attroupement. Un vieux monsieur, genre paysan, se trouve mal, près de lui, en pleurs, un enfant de 7-8 ans. Le vieux paysan explique qu’ils ont été mitraillés sur une route, que sa famille a été tuée et qu’il ne lui reste qu’un de ses petits-enfants. On essaie de le réconforter mais voilà que le train siffle pour rappeler les voyageurs. Tout le monde se sauve et retourne dans les wagons sauf le paysan et l’enfant car il ne veut pas aller plus loin. Plus personne ne s’occupe d’eux, on ne pense plus qu’à soi-même. Ma sœur et moi ne savons nous décider à l’abandonner mais le train siffle, Papa appelle, il nous faut monter aussi. Le train n’ira pas loin, il n’entrera pas à Audenaerde car la voie est coupée. Aussi, c’est à pied que l’on rejoindra la ville et une école qui nous hébergera. Nous aurons quand même la consolation de bientôt voir arriver là, soutenu par une infirmière, notre vieux paysan et son petit enfant.

image 01 La narratrice : Marthe Van Der Goten, surnommée « Mamath »

 Sa soeur : Rose-Marie Van Der Goten  surnommée « Zezeth »

 

 

 

Mais on s’inquiétait. Audenaerde est placé sur l’Escaut, c’est un objectif militaire, il ne faut pas y rester. Les trains ne roulant plus, Papa nous trouve un taxi qui veut bien nous conduire un peu plus loin mais il lui faut un sauf-conduit. Fortes de notre charme, ma soeur et moi nous nous renseignons pour savoir où sont cantonnés les officiers. On nous indique « L’Ecu d’Or ». Le garçon du restaurant nous dit que ces messieurs sont en train de dîner. Nous attendons et restons dans le couloir. Nous les entendons du reste rire, parler, l’atmosphère est à la détente. Tant mieux, ils n’en seront que plus conciliants. Enfin, un bruit de chaises qu’on recule, ils ont terminés et nous voici faisant notre requête au 1er officier sortant qui n’est autre que le Général. Tout de suite, il nous fait un sauf conduit écrit de sa main et qu’il signe: Lieutenant Général, Commandant de la région: « Van Stry-Donck ». Evidemment, il devait se dire qu’au point où en était la pauvre armée belge ce n’était pas un véhicule en plus sur les routes qui les encombrerait… » A suivre

La Petite Gazette du 31 août 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant la suite du récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit :

« En retournant à l’école où nous sommes hébergés, je rencontre un soldat du 12e de ligne, régiment de mon mari. Je le questionne, il ne sait rien, le régiment a été mis en déroute et il cherche à les retrouver. Vite, je griffonne un mot pour mon mari, lui disant que nous partions «quelque part en France» et je demande à ce soldat d’essayer de le remettre au chauffeur du Colonel. Mon mari recevra ce mot!

Satisfaits de notre sauf-conduit, c’est tranquille d’esprit que nous allons à notre rendez-vous avec le chauffeur du taxi le lendemain matin. Mais celui-ci n’arrive pas. Devant nous les réfugiés défilent à pied, en rangs serrés, portant leurs bagages, leurs enfants, poussant des brouettes chargées. Il ne faut pas perdre de temps ici, il faut partir et nous voici, nous joignant aux groupes hétéroclites partant à pied. Les valises sont lourdes, c’est de la folie!

– «Papa, arrête, Je vais aller voir après l’auto promise. Nous n’y arriverons pas avec ces lourdes valises!»

– «Tant pis, on les abandonnera ! »

Je me rebiffe:

– «Restez ici. Attendez-moi. Je reviens».

En courant, je retourne vers Audenaerde et j’ai la chance de voir arriver le chauffeur et sa voiture. Il s’excuse, il s’était endormi, ayant roulé toute la nuit pour des réfugiés. Toute fière, c’est en taxi que je rejoins nos désespérés et c’est ainsi que nous arriverons à Courtrai où nous sommes reçus chez des connaissances de Maman. Là, tout est un peu confus. Ce dont je me souviens, c’est notre arrivée à Poperinghe. Tous les réfugiés y affluent car la poche se referme et c’est là également que nous aurons à nouveau la joie de revoir mon frère Manu. Son train est en gare et attend.

image 07Manu, le frère de la narratrice, prêtre

Comme nous avons avec nous « des curés » nous sommes hébergés chez le curé de Poperinghe. La nuit, nous la passerons dans des lits confortables. Je me souviens aussi à Poperinghe d’un repas pris dans une friture improvisée chez un fourreur, déjà il y en avait qui ne perdaient pas le nord et faisaient de l’argent avec tout. Du reste, tout moyen de locomotion se monnayait au plus offrant. C’est à Poperinghe également que j’ai rencontré un ouvrier du moulin d’Esneux qui m’a dit que tous les Esneutois étaient partis, que lorsqu’il avait quitté, les militaires belges devaient défendre le village, vidaient les réservoirs d’essence du moulin et allaient y mettre le feu. Bon, donc là aussi tout est fini. Lui, il cherche un moyen de rejoindre la France. A tout hasard, Je lui signale le fameux train qui attend en gare de Poperinghe.

Nous, c’est par camion que nous continuons notre route. Nous sommes debout derrière, c’est un camion découvert et heureusement il fait toujours beau. Nous devions aller sur Ypres mais le camion va par où on veut bien le laisser passer et c’est ainsi que nous échouons à La Panne. Là, tout est calme. On y retrouve un appartement où nos parents allaient en vacances.

A La Panne nous retrouvons à nouveau mon frère Manu. Il a un véhicule et nous voilà partis tous ensemble pour la France. La douane n’est plus loin mais la file des voitures dans laquelle nous sommes est immobilisée depuis longtemps. Je me vois, toujours avec mon inséparable soeur, faisant les 100 pas à côté des voitures arrêtées sur la route de La Panne à Adinkerke et fredonnant une chanson de Jean Sablon:

– Je tire ma révérence

– Et m’en vais au hasard

– Par les routes de France

– De France ou bien d’ailleurs..

– Mais dites-lui quand même

– Dites-lui que je l’aime

– Dites-lui, voulez-vous

– Bonjour pour moi et voilà tout!

Ces dernières paroles, je les destinais à mon mari. Que faisait-il? Que devenait-il? Vivait-il encore? Les nouvelles étaient si mauvaises.

Avec beaucoup de patience voilà enfin la douane, les prairies environnantes sont noires de monde, les réfugiés y campent et y attendent que l’on ouvre la frontière. Sans doute les autorités auront-elles voulu se débarrasser de cette foule massée aux frontières car brusquement les autos se sont mises à avancer et ce fut finalement notre tour de pouvoir franchir cette fameuse douane. Papa et le vicaire qui se cramponnent sur les marchepieds, par dessus le toit de la voiture, se serrent les mains, se félicitent, enfin on est passé. Mais on nous détourne vers l’intérieur des terres par des routes secondaires car Dunkerque, devant nous, brûle. La route est souvent mitraillée. Il nous arrivera même, pris de panique comme les autres, de quitter la voiture pour se cacher dans un fossé et y attendre le passage en rase-mottes des avions ennemis. » A suivre…

La Petite Gazette du 7 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant le quatrième épisode du récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Le soir tombe. Voici un petit village: Roesbroek. Là aussi le curé nous hébergera. Le soir, on fait appeler le curé et lorsqu’il revient, il nous raconte que les Anglais occupent le village et lui ont demandé les clefs de l’église afin de pouvoir surveiller de la tour l’ennemi qui approche. Que sommes-nous venus faire dans cette galère alors qu’à La Panne il faisait si calme? Aussi, dès le lendemain, sans hésiter, nous reprenons le chemin de la Belgique. On croise encore des réfugiés mais cela se clairseme quand même. Derrière nous, à Dunkerque, il fait toujours dangereux. On entend bombarder et exploser sans arrêt et cela brûle toujours. A la douane, même joie que la veille, mais cette fois en sens contraire. Rien de tel que de se sentir chez soi.

Nous attendrons les évènements dans cet appartement mis à notre disposition. Manu nous quittera pour du bon, mais pour Ostende, où dans un hôpital de fortune, il pourra rendre des services.

Pour nous « les vacances » à La Panne allaient se prolonger. On s’organisait. Pour ma sœur et moi, notre grande occupation était de nous procurer du pain. La poche libre se refermait doucement, les réfugiés nombreux y étaient coincés. Le ravitaillement suivait difficilement. Nous avons, pendant des heures, fait des files à presque toutes les boulangeries où l’on avait l’espoir d’être servies. A deux, nous revenions ainsi avec deux pains. Pour finir, nous allions chaque jour à la même heure à une boulangerie assez bien à l’intérieur des terres sur la route qui allait à Furnes. Nous avions abandonné les files près de la digue où l’on se massacrait pour garder sa place, où l’on se sentait peu à l’aise. Ah! Ces files, ces interminables files, qui à la moindre alerte d’avions se dispersaient comme par enchantement. L’alerte passée, on pouvait reprendre une place à la queue à moins que le désir d’avoir du pain fasse oublier tout danger et qu’alors, malgré les tirs de la D.C.A et les éclats de shrapnels qui tombaient un peu partout, on restait là stoïquement plaqué contre la porte. Lorsque le magasin ouvrait, on était servi le premier.

Ce ravitaillement en pain nous donnait en plus des démêlées avec la vieille maman du vicaire. Elle trouvait que nous restions bien longtemps parties et ne voulait pas croire à nos files. Elle disait que c’était un prétexte à aller nous amuser!

Les combats aériens étaient devenus journaliers et l’on assistait là, nez en l’air, tendus et anxieux, pensant aux hommes qui allaient mourir, qui souffraient. Une fois même, l’avion en flammes piquait droit sur nous, le pilote arrive à le redresser et le dirige vers la mer. Il tombe, il tombe, il s’écrase là, au début de la mer, dans un jaillissement d’eau et de flammes. Tous les spectateurs courent. Hélas, il n’y aura rien à faire, le pilote est tué, c’était un Allemand. Que pouvions-nous faire pour tous ces malheureux si ce n’est qu’adresser une prière mentale pour eux?

Une autre fois, nous aurons droit à un combat naval. Cela se passait à l’horizon vers Ostende. Personnellement, nous n’avions rien à craindre, c’était une affaire entre navires, mais on voyait nettement les flammes des canons et on entendait les coups sourds des tirs.

Pendant des jours et des jours, à La Panne, malgré le beau temps, nous ne verrons pas le soleil. Nous avions un plafond de fumée noire en provenance de Dunkerque. Tout cela contribuait à donner une atmosphère irrespirable dans les deux sens du mot. » A suivre…

La Petite Gazette du 14 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant les souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Dans cet épisode, elle nous raconte qu’elle se trouvait à La Panne à la fin du mois de mai 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« En plus, on vivait une nouvelle épidémie: « l’espionnite ». Les gens voyaient des espions partout et, un soir, il nous a fallu aller détacher du linge que nous avions mis sécher car on prétendait que nous faisions des signaux! Il est vrai que les nouvelles devenaient de plus en plus mauvaises, nous étions encerclés. Deux soldats anglais, qui nous avaient accostés en espérant nous inviter à boire un verre, nous apprennent que, pour la Belgique, la guerre est finie. Notre Roi a capitulé. Nous étions le 28 mai 1940.

Ce jour-là, nous voyons défiler en files indiennes des soldats anglais montant au combat. Ils se dirigent vers Furnes.

Autour de notre appartement, situé derrière un hôtel servant d’hôpital, on voyait régulièrement des Anglais creuser, puis on apportait une forme emballée dans un drapeau, on déposait le fardeau, l’aumônier récitait quelques prières puis on recouvrait le trou. Nous assistions à tout cela de notre fenêtre.

Ma sœur et moi entrons à la chapelle des Oblats où nous voulions trouver refuge contre toutes ces misères et prier pour tous ces malheureux, mais, là aussi, le spectacle est désolant. Des Anglais y sont venus rechercher le calme, certains dorment étendus sur les bancs, d’autres se contentent d’être assis ou pliés en deux. Leur fatigue et leur désespoir sont visibles.

Et cela ne faisait que commencer. Avec nos parents, nous sommes allés sur la digue car le spectacle est inoubliable. Il y a là, presque échoués sur la plage, des centaines de bateaux de toutes sortes, de toutes les grandeurs, de toutes les couleurs, même des bateaux à palans. (A la fin de la guerre nous apprendrons qu’en Angleterre tout qui possédait un bateau susceptible de tenir la mer devait se rendre avec ce bateau en vue des côtes françaises pour embarquer le reste de l’armée anglaise). Nous verrons, se dirigeant vers ces bateaux, des files de soldats anglais pénétrant dans l’eau jusqu’aux épaules afin d’embarquer. Il y en a qui pour préserver leur fusil, leurs munitions et leurs affaires font des échafaudages sur leur tête. Tout ce spectacle est enjolivé par un beau soleil. Au loin, de plus gros navires surveillent l’embarquement et tout cela est protégé par des avions. Nous sommes là à regarder de tous nos yeux.

Nous nous trouvons sur la digue et nous parlons avec un Anglais qui, ayant placé un miroir sur le capot de son véhicule, bien consciencieusement se rase. Les avions continuent à évoluer et même très bas mais l’Anglais nous rassure:

– « No! No! Canadian, Canadian! »

Ma sœur et moi nous nous dirigeons vers l’appartement quand brusquement on entend siffler des bombes et tout tremble et explose. Vite nous nous réfugions dans une maison, toutes les personnes qui y sont descendent et se cachent avec nous en dessous de la cage d’escaliers. Ils se lamentent car la maison ne possède pas de cave. Une maman serre fort son enfant dans ses bras. Et cela continue à bombarder et à trembler. Le calme revenu, on  retrouvera nos parents restés sur la digue. Ils avaient trouvé abri dans le poste de sauvetage des pêcheurs mais hélas, que de bateaux quilles en l’air, que de tués sur la plage. Cette fois, plus de doute, nous allons être attaqués par l’artillerie Allemande. Déjà dans la journée on a dû subir un tir de mortiers.

A La Panne, Maman avait rencontré une amie qui possédait une villa un peu à l’intérieur, elle avait proposé de nous héberger pour cette nuit que l’on prévoyait pénible, aussi nous acceptons son invitation et descendons avec sa famille et ses amis, des matelas, des couvertures et même des vivres dans ses trois caves. C’est dans ces caves que nous nous retrouverons pour la nuit, nous sommes 21 personnes. Bientôt notre abri se justifiera car l’artillerie entrait en action. Cela se faisait par trois tirs. Un long qui passait au-dessus de nous et que l’on entendait exploser plus loin. Un plus court qui était pour nous ou nos environs. Un troisième plus court encore qui n’arrivait pas jusqu’à nous.

Cela a duré toute la nuit et ces 21 personnes réunies, toutes  ensemble et à haute voix n’arrêtaient pas de prier. Voilà le tir long : « Je vous salue Marie, pleine de grâces », il passe, il passe, pauvres gens chez qui il tombe. « Le Seigneur est avec vous », attention, voilà le second tir, c’est pour nous. « Vous êtes bénies entre toutes les femmes » Ouf ! Il est tombé tout près, mais pas sur nous. « Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni », on peut un peu respirer le 3ième tir n’arrive pas jusqu’ici. « Sainte marie, mère de Dieu ». Boum! Boum! Boum! Qu’est-ce que ces coups sourds? « Priez pour nous pauvres pêcheurs », cela continue, quelqu’un monte voir, c’est la dame d’à côté qui vient chercher de la compagnie. Elle fera bien du reste car sa maison qui est mitoyenne avec celle où nous sommes réfugiés sera bientôt détruite par un obus qui, nous le constaterons le lendemain, a traversé notre 1er étage pour exploser ensuite chez elle. » A suivre…

La Petite Gazette du 21 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant les souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Dans cet épisode, elle nous raconte ce qu’elle a vécu à La Panne où elle avait fui pour échapper à l’invasion allemande de mai 1940. Avec sa famille, elle est là lorsque les Anglais sont pris sous les bombardements allemands. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Et les tirs continuent et le murmure persiste: « Maintenant et à l’heure de notre mort », c’est tout près que l’obus est tombé. «Sainte Marie, mère de Dieu », mais qu’est-ce donc que cette odeur d’essence? Un courageux monte voir ce qui se passe, cette fois, c’est un éclat qui a troué le réservoir de l’auto garée au jardin et l’essence s’est répandue à terre, pas loin de notre soupirail. « Je vous salue Marie pleine de grâces », que va-t-il nous arriver maintenant si une bombe tombe tout près, cette essence ne va-t-elle pas exploser ou prendre feu? « Le Seigneur est avec vous » et la nuit se poursuit, l’aube commence à poindre. « Vous êtes bénies entre tout les femmes », nous prions toujours, notre langue est sèche, nous sommes épuisés.

Le matin est enfin là et avec la lumière du jour, le tir intensif s’est arrêté. Nous n’osons y croire. Peu à peu on entend remuer dehors, les gens parlent, commentent, s’affairent, balayent les débris de verre. Petit à petit les réfugiés de nos caves montent et vont aux nouvelles. Pour ma part, je n’ose quitter mon coin, j’ai peur de découvrir des blessés et des morts, je préfère faire semblant de dormir. Mais, bientôt, Maman vient me secouer :

« Mamath, tu n’a pas honte? Tout le monde travaille là au-dessus. Il y a beaucoup de dégâts. Viens les aider ».

Effectivement le 1er étage est coupé, l’escalier pend à moitié, on le soutiendra avec des brosses pour permettre à un enfant d’aller chercher des bijoux laissés au premier. Ma soeur et moi partons pour notre appartement. Tout autour de nous, ce n’est que destructions, rues ouvertes, débris de toutes sortes, maisons éventrées. On doit regarder où l’on marche.

Brusquement nous nous arrêtons. A un coin de rue, un soldat allemand, un soldat français et un soldat anglais bavardent pacifiquement entre eux. Nous n’y comprenons plus rien…

Lorsque nous approchons de notre appartement, nous voyons des gens qui tirent des caisses sur le sol. Ils sont allés les chercher sur la plage où des navires bombardés ont échoué et leurs cales débordent de vivres. Le pillage a déjà commencé.

Devant notre maison, alignés à terre, les uns à côté des autres et recouverts de couvertures, une main ou un pied dépassant, sont les pauvres gens avec qui nous nous étions réfugiés la veille sous l’escalier. C’étaient des Juifs. Pour la nuit, ils s’étaient mis à l’abri dans le garage. C’est une torpille marine qui a pénétré de plein fouet dans le garage et les a tués, sauf deux, un jeune homme que nous rencontrons dans notre cage d’escalier et qui tient sur ses genoux un de ses neveux dont la tête est toute bandée. Nous essayons de le réconforter, mais nous avons peine à cacher nos larmes. Tout cela était trop cruel!

Dans notre chambre, nous prenons nos derniers vêtements. Notre lit est plein de plâtras, la tête du lit a plusieurs trous de balles. Oui, il valait mieux que nous soyons allés dans la cave de cette amie de Maman.

Plus tard dans la journée, nous sommes de nouveau à notre  boulangerie. Il faut bien manger et nous sommes plus nombreux. Là aussi le tableau est désolant. La route est jonchée de vêtements anglais, de casques, de souliers, de linges tachés de sang.

Notre première journée d’occupation par les Allemands s’écoulait. Ceux-ci étaient assez aimables, prêts à rendre service aux réfugiés. N’empêche que tout le monde craignait la nuit à venir. N’allions nous pas subir une contre-attaque des navires anglais? Chacun aurait aimé s’en aller, quitter cet endroit, mais comment? Il faut se rendre à l’évidence, il faudra passer une seconde nuit, sans doute sera-t-il préférable de la passer encore à la cave.

Depuis Ostende, mon frère Manu surveillait les opérations. Il avait emprunté une voiture et avait cherché à traverser les lignes mais cela avait été impossible. Il lui avait fallu attendre que les Allemands occupent La Panne. Dès qu’il avait pu, il était venu nous chercher.

« Manu est là, Manu vient nous chercher… Maintenant la maison peut s’écrouler…»

C’est par ces paroles que la vieille maman du vicaire accueille la nouvelle de l’arrivée de Manu alors que les familles qui nous avaient hébergés devaient encore rester! Nous leur faisons nos excuses et nos adieux et nous prenons le chemin d’Ostende. A tout moment on doit contourner des trous énormes ou bien on est pris dans un enchevêtrement de fils électriques et de téléphones. Nous devons souvent stopper pour laisser passer des convois allemands.

Nous logerons à l’hôtel sur la digue, hôtel transformé en hôpital. Là aussi nous verrons beaucoup d’horreurs… » (A suivre)

CETTE VOITURE QUI A SERVI A L’EVACUATION

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Monsieur Henri Nandrin, pour illustrer les propos de sa maman, m’avait transmis cette photographie de la voiture utilisée par la famille lors de son évacuation de mai 40. Ce cliché a fait réagir Monsieur J. Poupart, de Hamoir, qui parle de ce modèle automobile :

« Il doit s’agir d’une chevrolet Master limousine, six vitres de côté et quatre portes de 1937. Le moteur est un six cylindres de 3540 cm³ développant une puissance de 85 cv à 3200t/min (S’il s’agit d’un modèle de début d’année, il pourrait avoir seulement 3380 cm³ et 79 cv à 3200t/min.)

Dans la série Master, six types de carrosserie furent fabriqués et, en 1937, Chevrolet en a construit 768040 unités, tous les modèles confondus, et fut classé premier constructeur américain devant Ford (en 1936, c’était l’inverse)

Il doit s’agir d’un modèle de luxe car elle est équipée de deux essuie-glaces, de feux de position avant et sur les ailes et de bananes aux pare-chocs. Son prix, à l’époque, était d’environ 700 dollars. »

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant l’avant-dernier épisode des souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Nous retrouvons la famille à la Côte belge au début du mois de juin 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Manu a conduit ces dames dans sa grande chambre à plusieurs lits qui donne sur la mer. Il nous recommande de ne pas faire de lumière car, la veille, la sentinelle allemande que nous voyons faire les 100 pas sur la digue n’a pas hésité à tirer dans son carreau. Papa, Manu et le vicaire chercheront un autre endroit pour dormir.

Après la pénible dernière nuit, nous tombons littéralement de sommeil  et nous occupons vite les différents lits où l’on ne tarde pas à s’endormir. Mais il fait encore tout noir quand quelqu’un vient fureter dans la chambre de lit en lit. Je suis tellement fatiguée que je ne cherche pas à approfondir la chose. Nous saurons, le lendemain, que c’était un docteur avec qui Manu travaillait et qui n’avait pas de chambre à sa disposition. Manu lui avait expliqué où était la sienne et qu’il pouvait toujours y venir car il y avait des lits de libre. Il dira après à Manu.

– « Je suis allé dans votre chambre cette nuit, Monsieur l’Abbé, mais vous aviez là un vrai harem! »

Une idée germait dans mon cerveau: Plutôt que de rester dans cet hôpital de fortune en attendant une occasion de retour, pourquoi n’irions-nous pas occuper la villa louée par mes beaux parents au Coq ? Cela devrait pouvoir marcher. J’en parle à Papa et nous irons à deux voir quelles sont les possibilités là-bas. Evidemment, il n’y a pas de moyen de locomotion et nous irons à pied.

Nous voici arrivé au Coq, je vais à l’agence de location où ils nous donnent les clefs de la villa. Petit à petit les Allemands commencent à s’installer dans les villas vides, ce sera toujours une d’épargnée momentanément. Nous allons, Papa et moi, faire le tour du propriétaire, tout est parfait. Allons prévenir les autres et ramenons-les. Mais la promenade nous a donné de l’appétit, elle nous a creusé l’estomac. Aussi, avant de nous renfiler les kilomètres du retour, comme de paisibles touristes, nous allons dîner au restaurant. Comme ce rôti et ces petits pois étaient délicieux.

Mais qu’entendons-nous?

  • « Treu francs – Treu francs – Treu francs »

C’est le pimpon du tram vicinal desservant la côte. Nous le dénommions ainsi depuis nos vacances à Blankenberge car la course était souvent de trois francs.

C’est le premier tram qui roule à nouveau. Bien vite nous payons et allons l’attendre à l’arrêt et nous serons ainsi les premiers passagers. Nous ne ferons qu’un aller et retour, le temps de reprendre à Ostende Maman, ma sœur, nos bagages et la vieille mémère!

Tous en tram nous rejoindrons le Coq. La villa est là, jolie, accueillante, confortable, salle de bain, nombreux lits, feu ouvert. Oui, vraiment cela plait beaucoup à la vieille mémère qui du coup retrouve une autorité peut-être oubliée depuis longtemps. Elle commence à répartir les chambres, la besogne, les courses, suggère les menus. Ah mais moi j’en ai assez, il y a longtemps, que vu son âge, on la supporte sans rechigner. Je me rebiffe.

« Madame, excusez-moi, mais ici, vous êtes chez moi. C’est moi qui commanderai ici. »

A partir de ce moment-là, la vieille Maman du vicaire a filé doux. Son fils était resté à Ostende avec Manu. Mais bientôt l’hôpital étant occupé par les Allemands, ils viendront nous retrouver. Le vicaire et sa Maman partageront bientôt un taxi avec d’autres personnes et s’en retourneront chez eux.

Nous aussi allions devoir fermer notre belle villa où nous avions retrouvés un peu de calme malgré les officiers allemands qui étaient devenus nos voisins, malgré le charroi que, toute la nuit, nous entendions défiler sur la route Royale.

C’est par autocar que nous rejoindrons Bruxelles, cela après des heures de route, des villages détruits à éviter car impraticables. Notre autocar nous déposera à la gare du Nord et nous nous installerons chez mon frère Manu à Saint-Josse.

Tous les après-midi, nous allions, ma soeur et moi, à un dispensaire d’accueil pour réfugiés installé près de la gare du midi. On nous avait laissé nous occuper de tous ceux qui arrivaient souffrant des pieds suite à de longues marches. On lavait les pieds, puis, si les soins qu’ils demandaient étaient trop importants pour nous, on allait quérir, soit une infirmière, soit un médecin. Tous ces réfugiés, parlaient, racontaient, certains dans une euphorie d’être tous de retour, d’autres plus calmes qui avaient dû laisser des leurs dans des hôpitaux, d’autres encore prostrés, à qui péniblement on arrachait quelques mots. Ceux-là, certains des leurs, ne reviendraient plus. C’est en constatant toute cette misère que nous nous rendions compte combien nous avions été privilégiés. » A suivre…

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant, et pour la dernière fois, les souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Nous allons les retrouver sur le chemin du retour, à la recherche de bonnes nouvelles… Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Mais hélas, toujours aucune nouvelle de mon mari. Nous sommes le 9 Juin 1940, il y a exactement deux mois que nous sommes mariés lorsque ma tante m’appelle:

« J’ai des nouvelles, Ric est revenu, il est chez moi, il va venir… »

Je pourrai enfin accueillir mon mari qui avait été fait prisonnier en Flandre et était resté plusieurs jours dans un camp puis ayant reçu un papier le libérant « par ordre du Führer Hitler». Il avait chipé un vélo aux Allemands et rejoint Bruxelles.

Nous sommes enfin réunis, nous allons pouvoir ensemble rejoindre Esneux et c’est ce que nous ferons quelques jours plus tard, lui sur son vélo volé, moi sur celui de ma soeur.

Maintenant, nous sommes partis ensemble et nous roulons de concert, nous racontant nos péripéties personnelles, l’attaque de son régiment, la dure bataille sur la Lys à Kuerne afin de couvrir la retraite de l’armée britannique, son Colonel avec son casque de carton sur la tête pendant que mon mari, caché en dessous de l’auto, cherche encore à faire un trou, cela pendant le bombardement de la citadelle de Namur.

Et nous sommes là, heureux, roulant en nous tenant la main. A chaque convoi allemand que nous croisons, nous nous rapprochons même et Ric me tient alors par l’épaule. Nous ne cachons pas notre joie. Pour nous, c’est terminé, nous nous sommes retrouvés, eux, vont encore en ligne, vers la France.

Sur notre parcours, nous devons souvent descendre de vélo pour contourner une route coupée par des trous d’obus. Nous devions alors descendre dans des prairies afin de pouvoir continuer notre chemin.

A la sortie de Wavre, nous apprenons que l’Italie s’est jointe à l’Allemagne. Nous traversons péniblement Perwez. Toutes les maisons y sont entièrement détruites et on essaie encore d’y déterrer les cadavres restés dans les caves. Nous approchons de Huy, notre allure s’est ralentie. Est-ce la fatigue ou bien la crainte de savoir ce qui sera arrivé à Esneux, à l’usine, aux maisons?

Nous voici, montant la Sarthe, la côte à la sortie de Huy vers Nandrin. Nous poussons notre vélo car la côte est dure et puis nous avons peur de ce que nous trouverons au terme de notre voyage.

– « Bonjour, Monsieur Nandrin… »

C’est un fermier qui descend la côte avec sa charrette et sa charge de sacs remplis qui nous interpelle.

– « Je reviens de chez vous! »

– « Comment d’Esneux, du Moulin? »

– « Oui, je suis allé quérir de la marchandise pour mes bêtes. »

– « Alors quoi? Le moulin fonctionne? »

– « Comme vous le voyez, puisque que suis bien servi.»

Inutile de dire que les derniers kilomètres furent parcourus à vive allure. Nous traversons tout Esneux, saluant ici, étant congratulé par là. A Esneux, nous prenons possession de la maison paternelle où tout est en ordre, rien n’a été pillé.

Plus tard, un matin, en passant avenue de la gare, on me crie:

– « Rentrez vite, le Bourgmestre est revenu. »

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La ferme à Amostrenne

Tout le monde est donc rentré. Il est enfin temps pour nous d’aller nous occuper de notre ferme d’Amostrenne. » (Fin).

LE FILS D’UN GI RECHERCHE DEUX FAMILLES, A LIEGE ET A ANDENNE

La Petite Gazette du 22 mars 2017

LES GI’S EN WALLONIE EN 1944 : AVIS DE RECHERCHE

Monsieur Roger Lemaire, d’Esneux, fait appel à vous, à vos souvenirs directs ou à vos souvenirs familiaux ; il vous en explique les raisons :

« J’ai reçu une demande d’un journaliste américain à la retraite, qui cherche à identifier deux familles de Liège et d’Andenne qui ont hébergé son père en 1944 quand il était enseigne de vaisseau dans la marine américaine ; il a séjourné plusieurs semaines ou mois dans la région liégeoise, s’occupant à préparer l’énorme matériel militaire que les alliés accumulaient à Liège en vue de l’offensive contre l’Allemagne. »

En parcourant les documents rapportés aux USA, il y a 72 ans, par son père, Benjamin (Benny) Wolfe  – décédé en 1994, il a trouvé des photos. Parmi celle-ci l’une montrait un petit garçon de +/- 4 ans avec au dos mon nom et mon prénom,  et l’adresse où j’habitais effectivement à Grivegnée avec mes parents.  Mon correspondant m’a retrouvé en tapant simplement dans Google mes nom et prénom et Liège ; il est ainsi tombé sur plusieurs de mes publications scientifiques, dont certaines mentionnaient mon adresse e-mail, et il a essayé à tout hasard ; il est tombé juste. Je me souviens effectivement qu’un GI est venu plusieurs fois à la maison après la libération de Liège, car mon père parlait aussi anglais.

Nous avons dû déménager peu après, car un V1 est tombé en face de chez nous et la maison est devenue inhabitable. La famille de Liège qui avait hébergé ce GI a vu aussi sa maison détruite par un V1 quelque temps après qu’il est parti pour Andenne. Ceci n’aide malheureusement pas à la localiser, car il en est tombé énormément (+ de 1.600) sur Liège et  toutes les communes environnantes (N.D.L.R. Plus d’infos sur ce sujet dans la rubrique « guerre 1940-1945 »).

Ce journaliste américain serait reconnaissant si quelqu’un pouvait l’aider à identifier ces deux familles au sein desquelles son père a été chaleureusement accueilli à cette époque, comme en témoignent les lettres qu’il écrivait à son épouse aux USA :

Sur cette première photo, vous découvrirez cette famille de Liège ou de sa banlieue, qui vivait dans une grande maison avec les grands-parents, leurs deux fils Victor et Maurice, et une fille Eva, qui avait elle-même une fille de 19 ans dont le GI avait probablement mal compris le prénom (il l’écrit Romon, peut-être Raymonde ?).

Photo N° 1

LA FAMILLE LIEGEOISE

Photo N° 2

Il y avait aussi une jeune femme Paula, sans doute l’épouse d’un des deux fils. Le nom de cette famille n’est pas mentionné dans les courriers, pas plus que sa localisation précise. Peu de temps après que l’unité du GI a été déplacée, il a appris que leur maison à Liège avait été dévastée par un V1 allemand, heureusement sans faire de victimes. Il est revenu leur témoigner de sa compassion pour leur malheur.

Photo N° 3

LA FAMILLE D’ANDENNE

PHOTO N° 4

La famille d’Andenne ne voit pas sa composition précise décrite dans les courriers. A en juger par les photos, il y avait les deux parents, plusieurs filles, d’âges différents, et un garçon. Une lettre du GI  mentionne  la « famille Badau à Andenne », mais l’orthographe correcte est plus probablement Badot. Le GI qui a ramené ces photos avec lui aux USA est le grand gaillard à droite  sur la photo, devant une jeune femme qui a posé une main sur son épaule. A gauche sur la photo, un autre GI.

Si quelqu’un croit connaître l’identité et la localisation précise de ces personnes, et peut-être aussi de leurs descendants,   aurait-il (ou elle) l’amabilité de nous en faire part, pour nous permettre de communiquer l’information à ce journaliste retraité qui se penche sur les témoins du passage de son père GI en terre wallonne en 1944 ? Un grand merci d’avance. »

DANS LE CHÂTEAU DE L’ESPERANCE UN POEME D’ALPHONSE RONDELET DURANT LA GUERRE 1940-1945

La Petite Gazette du 22 février 2017

ALPHONSE RONDELET, PROFESSEUR, DONNAIT DES COURS PRIVES DANS LES ANNEES 30…

Monsieur Michel Rasquin,  de Manhay, travaille actuellement à la rédaction d’un récit de vie sur l’évacuation de deux familles de Petithan (les Rondelet et les Gavrenne) en mai 1940, pour l’aider dans sa tâhce, il peut compter sur 3 témoins en vie, dont une dame de 97 ans à la mémoire fabuleuse, Mme Marthe Rondelet qui, lui a confié ceci :

« Avant la guerre, dans les années 30, Alphonse Rondelet, professeur, a donné à son domicile des cours privés particuliers à un nombre invraisemblable de jeunes de la région (dans un de ses carnets, je trouve les noms de jeunes de Werbomont, Harre, Tilff, Tohogne, La Roche, Ny, Oneux, Bende-Jeneret, Roche-à-Frêne, Villers Ste Gertrude, Houmart,Soy, Barvaux, Petithan bien sur,Wéris, Mormont,Habiémont,Burnontige, Fanzel, Méan, Aisne, Sy, Deux-Rys…). Nombre de ces jeunes, après des primaires et, souvent à l’époque, 2 années de plus (N.D.L.R. « le quatrième degré »), par ces cours, sont arrivés à présenter et à réussir les examens organisés par l’Etat et sont devenus  facteurs, gendarmes, douaniers, garde-forestiers, agents de la RTT, agents de la SNCB, militaires etc. Nombre de jeunes gens de la région lui doivent l’ouverture des portes à ces emplois ( je présume, que par cette formation de base complète – math, français, trigo, géographie, etc.- ils ont pu, dans un premier temps, accéder à des emplois de niveau 4 à l’époque, ce qui correspondait aux « moyennes », c’est-à-dire 3 ans après les primaires; d’autres ont persévéré et décroché des emplois de niveau  1 (directeur etc.): fabuleux !

Alphonse Rondelet, pendant la guerre, a composé un poème dont la scène se passe dans le château de l’espérance, mettant en scène Hitler, Mussolini, le diable et l’auteur, Alphonse  Rondelet, de Petithan, né en 1859 et décédé pendant la guerre 40-45. Ce poème est assez long, trois pages, et a été rédigé par colère et par dépit, après que son fils Louis a été tué lors d’un bombardement sur la route de « l’exode », vers le 17 mai 1940, entre Laon et Soissons. Il se termine par ces deux vers:  » Je vous avais maudits, d’avoir tué mon fils, Je remercie Dieu de vous avoir punis« . A découvrir très prochainement dans cette rubrique.

La Petite Gazette du 29 mars 2017

UN POEME D’ALPHONSE RONDELET REDIGE PENDANT LA GUERRE, INSPIRE PAR LA COLERE ET LE DEPIT

Monsieur Michel Rasquin, de Manhay, a recueilli les souvenirs, particulièrement clairs et précis, de Mme Marthe Rondelet, 97 ans, au sujet de la période de guerre, de l’évacuation et des drames qui bouleversèrent alors sa famille. Nous les avons déjà évoqués dans notre édition du 22 février dernier.

Monsieur Rasquin les rappelle brièvement : « Louis Rondelet, fils d’Alphonse, fut tué le 16 mai 1940 par l’aviation allemande, mitraillant et bombardant les colonnes civiles de réfugiés, lors de l’exode en France, à Froidmont, près de Soissons. » Ce tragique épisode lui a inspiré un long poème dont il est utile de rappeler le contexte. « Alphonse a perdu son épouse à l’accouchement lors de la naissance de son fils Louis. En mai 1940, Louis ne semblait pas clairement décidé à « évacuer », c’est son père qui l’a convaincu qu’il se devait d’accompagner son épouse et ses deux filles, Marthe et Maria.

Il a écrit ce poème peu avant sa propre mort, pendant la guerre, par dépit, se sentant coupable de la mort de son fils, culpabilisant énormément ; Alphonse est mort avant la fin de la guerre 40-45 , il n’a donc pas connu la mort d’Hitler ni celle de Mussolini.

Durant les premières années de guerre, on lui a fait remarquer tout le danger  d’avoir rédigé  et d’exhiber un tel poème ; il le cachait dès lors dans son veston, à l’emplacement de son cœur.

C’est à sa mort que Marthe l’a découvert, caché, dans la doublure de ses vêtements.

Le titre de ce poème,  « Le Château de l’Espérance »,  n’est pas choisi au hasard par Alphonse Rondelet : l’ « espérance » désignait, pour les habitants du milieu du village de Petithan, le quartier sis en haut du village, celui, entre autres, de la famille Rondelet ; on s’interpellait en demandant : «  comment ça va à l’espérance ! »

Ce texte était initialement rédigé à la main par Alphonse Rondelet, il a été recopié et dactylographié à diverses reprises, probablement avec quelques coquilles… ou interprétations… »

document confié à Michel Rasquin par Marthe, ce 18 janvier 2017

La scène se passe dans le château de l’espérance

 

Acteurs : Alphonse, Hitler, Mussolini, Le Diable

 

Alphonse

Heil Hitler, le menteur, le voleur et le traître

De l’Europe entière voudrait être le maître

Que dis-je ? Il le sera, le veut absolument

De sa voix de Stentor il le dit nettement

Qui pourrait résister à sa puissante armée

Si belle, si forte, si bien disciplinée ?

Maître de la terre, le sera sur les eaux,

De par ses aéros et ses nombreux vaisseaux

Il se crispe, mugit comme un taureau sauvage

Qu’un vieux toréador a mis en pleine rage

Que Dieu est avec lui, qu’il lui tend les deux mains

Afin qu’il punisse les peuples inhumains

Mais ton DIEU, hypocrite n’est autre que le diable,

Et non point le DIEU, bon et le seul adorable

Qui saura te punir pour les crimes affreux

Que tu auras commis dans ton règne odieux

Ton âme est gonflée de tous les plus grands vices

Aimant à répandre leurs graines si novices

Tu as eu, on le sait un très bon précepteur

Le gros Mussolini, maçon, instituteur,

 

Hitler

Si c’est de lui que je tiens les faits qu’on m’impose

Pourquoi me cherche-t-on une folle dispute ?

 

Alphonse

Si ton frère est menteur, faut-il que tu le sois

Remets dans ton carnier cet infantile exploit

Dans tout vice, il y a un peu de jalousie

Et dans les tiens, Hitler, perce la sombre envie

Je rends, moi, à César ce qui est à César

Et que chacun de vous prenne chacun sa part

Le maçon prit d’abord la belle Abyssinie

Et que peu de temps après, la petite Albanie

Dans ces coups de Jarnac le chemin fut tracé

Hitler prit l’Autriche, qu’il avait reniée

Huit autres États tombèrent l’un après l’autre

Y compris, ô regret, si tristement le notre ?

Les deux copains chantaient enivrés de bonheur

Or, ce dernier, souvent, est proche du malheur

Les Grecs prirent bon pied dans toute l’Albanie

Les Italiens sont chassés de la Lybie

Et le seront, sous peu, de leurs ports africains

Poursuivis, pas à pas, par les australiens

 

Mussolini

Le négus est rentré dans son Abyssinie

C’est un homme doué d’un superbe génie

Je n’ai plus, contre lui, la maîtrise de l’air

Et l’ai, moins encore, sur notre belle mer

Mes ennemis me chassent de la Numidie

Mes soldats se rendent, O triste perfidie

Mon DIEU que t’ai-je fait pour me punir ainsi

Me livrer tout entier, à un vil ennemi

Comtesse Gyano, charmante et douce fille

Que va-t-il advenir de toute ma famille ?

Entends-tu gronder toute ma nation

Ce tonnerre vengeur, la révolution

 

Mussolini appelle Hitler

Frère, vite, très vite, arrive à mon secours

Si tu ne veux me voir Knock-out dans peu de jours

 

Hitler

Ne désespère pas, ami, je t’en supplie

Je saurai dénouer leur Nœud d’hypocrisie

Je forme une seconde, invincible Armée

 

Mussolini

La première a brûlé, celle-ci rôtira

 

Hitler

Mes braves légions vont conquérir l’Attique

Et mettre dans ma main tout le sud balkanique

 

Mussolini

Nous avons au Nord Est un puissant ennemi

Que nous devrions tâcher de faire notre ami

 

Hitler

Un ami d’un traître, d’un juif comme Lénine

Mais c’est aller droit à la propre ruine

Le traître reste traître ; il ne saurait changer

Et marcher avec lui, c’est courir au danger

Deux cents divisions vont franchir sa frontière,

Bien habituées à l’ours : prendre son beau Moscou

Ou j’aurai le plaisir de lui tordre le coup

 

Mussolini

Ce gros animal est d’une forte structure

Qu’on ne remarque pas sous sa lande parure

Malheur qui compte seul se trompe aisément

Et tout ce que j’ai fait à mes propres dépens

 

Alphonse, Belge de cœur

Mais l’ours est un grizzly d’une très forte taille

Et saura riposter bataille par bataille

Pendant ce temps John Bull ce nouveau Jupiter

Arrose l’Allemagne et de feu et de fer

Détruit gens et maisons, usine après usine

Et rend de la vigueur à son ami Lénine

Qui blessé tout d’abord, redouble de courage

Et fait des allemands un terrible carnage

Les oblige à quitter en hâte son état

Après les avoir mis dans ce honteux état

Les géants s’embarquent à grands flots

 

Mussolini

Ami plus qu’un moyen pour se tirer d’affaire

Il faut savoir mourir quand on ne sait rien faire

 

Ils se pendent

 

Chers amis, je vous tiens de par l’ordre de DIEU

Que vous aurez laissé c’est un si méchant DIEU

Venez comme Néron, voir griller nos entrailles

Que je mets, à l’instant dans ces rudes tenailles

 

Alphonse

Je vous avais maudits, d’avoir tué mon fils

Je remercie DIEU  de vous avoir punis.

                                               Alphonse Rondelet, Petithan

 

Le Lightning P-38 ou « Double queue »

La Petite Gazette du 11 janvier 2012

M’ECLAIREREZ-VOUS A PROPOS DE CET AVION ?

Monsieur Houlmont, de Boncelles, est lui aussi un lecteur fidèle de La Petite Gazette et il aimerait profiter des incroyables connaissances des lecteurs en matière d’aviation militaire. « Je ne suis qu’un néophyte dans ce domaine, m’écrit-il, mais j’aimerais en savoir davantage sur cet avion dont je vous présente la photographie d’une maquette.

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« Je crois qu’il s’agit du Lightning P38 U.S.A. Quand j’observe les ailes et les ailerons, je me demande s’il ne s’agit pas là d’un « cousin » du Spitfire. Cet avion avait plusieurs surnoms « monstre à deux queues » par exemple. Je l’ai vu voler à Angleur, entre 1947 et 1950. Nous, tout le monde peut-être, on l’appelait le Mosquito ; mais avions-nous raison ? »

Merci d’apporter les réponses attendues par ce lecteur et par celui qui suit.

Monsieur A. Maréchal, de Bende, est également intrigué par ce type d’avion :

« En 1943 ou 1944, nous écoutions Radio Londres, pom-pom-pom … J’entendais souvent cette annonce : « Les Mosquitos de la R.A.F. ont accompli X missions pour aider le Maréchal Tito. » Quel était le modèle de ces avions ? D’où venaient-ils ? »

La Petite Gazette du 25 janvier 2012

M’ECLAIREREZ-VOUS A PROPOS DE CET AVION ?

Monsieur Houlmont, de Boncelles, a frappé à la bonne porte pour obtenir des informations à propos de cet avion dont il nous présentait cette photographie d’une maquette. Les passionnés de l’aviation militaire que La Petite Gazette compte parmi ses lecteurs nous éclairent de leurs lumières.

Monsieur Jean d’Olne nous apporte sa contribution : « La question de M. Houlmont est amusante: il a bien reconnu le P38 Lightning, l’inoubliable « deux queues » américain de mes sept ans. Mais il ne doit surtout pas le confondre avec le Mosquito, un tout autre appareil. Le Mosquito (Mossie pour ses équipages) était un avion biplace construit par la société britannique Havilland. Réussite exceptionnelle, le Mosquito avait la particularité d’être construit en grande partie en bois, ce qui lui donnait une signature radar très faible.

Ses performances étonnantes lui ont valu de remplir de nombreuses missions : bombardier de jour rapide, chasseur-bombardier, bombardier tactique, chasseur nocturne ou diurne, avion d’intrusion, avion de reconnaissance et chasseur embarqué. Ceci répond en partie à M. Maréchal. D’où il venait ? Le « Mossie » a été utilisé sur tous les fronts de la 2ème Guerre Mondiale…donc ceux qui intervenaient en Yougoslavie étaient vraisemblablement basés en Italie. Un détail concernant la fin de ces appareils à structure en bois: pendant le conflit de la naissance de l’état d’Israël, de nombreux exemplaires récupérés dans les surplus alliés se sont retrouvés là-bas. Mais les colles utilisées pour l’assemblage ont fini par se détériorer, et l’entretien est devenu de plus en plus difficile, les appareils étant finalement retirés des opérations, ils étaient devenus inutilisables. »

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, s’est évidemment manifesté… le contraire vous aurait étonnés autant que moi… « Pour répondre à la question de M. Houlmont, non, cet avion n’est pas un Mosquito, et il n’a rien à voir avec le Spitfire. Il s’agit bel et bien du Lockheed P-38 « Lightning » d’origine américaine. Le P-38 était un avion de chasse monoplace de la Seconde Guerre mondiale. Le prototype a effectué son premier vol le 27 janvier 1939.

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Les P-38 Lightning ont été utilisés sur tous les théâtres d’opération de la Seconde Guerre mondiale par l’USAAF. Grâce à son important rayon d’action, il s’est distingué notamment dans le Pacifique. Sa vitesse, son rayon d’action, sa vitesse ascensionnelle, et sa terrible puissance de feu concentrée faisaient du P-38 un adversaire redoutable pour les Zero japonais. C’est avec ce type d’avion que le 1Lt Rex T. Barber a abattu l’avion japonais qui transportait l’amiral Isoroku Yamamoto au-dessus de Bougainville.

Quelques caractéristiques :
Dimensions : longueur 11,53 m, hauteur 3 m, envergure 15,85 m.
Poids à vide 5800 kg, poids opérationnel maximal 9798 kg.
Deux moteurs de 12 cylindres en V du type Allison V-1710-111/113 développant chacun 1194 kW, et refroidis par liquide sous pression. Chacun des moteurs était renforcé par un turbocompresseur.
Les deux hélices tournaient en sens opposés ce qui éliminait le couple de torsion de l’avion.
Prestations: Vitesse maximale 667 km/hr, vitesse ascensionnelle 24 m/s, autonomie 3640 km, rayon d’action 1770 km, plafond maximal 13.400m
Armement: Le nez abritait un canon calibre 20 mm (150 cartouches), et quatre mitrailleurs de calibre 12,7 mm. Un dispositif sous les ailes permettait le transport de deux bombes de 900 kg (ou quatre de 225 kg), et de dix roquettes air-sol de calibre 127 mm.

Le P-38 était le premier avion à franchir la vitesse de 600 mph (640 Km/hr). Il était particulier aussi par le fait de disposer de trois roues dans son train d’atterrissage. Il se différencie de tous les autres avions bimoteurs par le fait qu’il ne dispose pas d’un fuselage, et son cockpit est en fait une nacelle suspendue entre les deux moteurs.

En Europe, les P-38s ont effectué 130.000 sorties avec un taux de perte de seulement 1,3%. Malgré ses points forts, le P-38 n’était pas vraiment considéré comme un succès sur le théâtre d’opérations européen. »

Monsieur Alph Grandhenry, de Dolembreux, complète encore votre information et donne au curieux un prolongement à La Petite Gazette :

« Le De Havilland mosquito est aussi un chasseur bombardier bimoteur mais sa silhouette est très différente de celle du P38 Lightning. Il affiche un fuselage d’avion classique et non la configuration bipoutre du P38. Le Mosquito a été  qualifié de « plus belle réalisation » de l’aéronautique militaire britannique. Construit en contreplaqué de bois, il était peu visible au radar. Il était équipé de deux moteurs Rolls Royce Merlin XXI de 1460 ch chacun. Son rayon d’action frôlait les 3000 km et sa vitesse était de 611 km/h Cette extraordinaire machine était spécialisée dans les raids de bombardement  léger de nuit et dans les missions de reconnaissance  à longue distance. Je joins deux photos de cet avion de légende.

A tout hasard, la force aérienne belge fut dotée de Mosquito au début des années 50 » Comme je vous l’annonçais ci-dessus,  Monsieur Grandhenry vous invite à découvrir une histoire surprenante : « Il s’agit de la découverte au Groenland de plusieurs avions P38 recouverts de 70 m de glace. Il faut saluer la performance technique visant à la récupération de ces appareils, mais une telle dépense se justifie-t-elle ? Comme disait Rudyard Kipling : « Ceci est une autre histoire »! Les lecteurs devraient être intéressés par ce document hors du commun qu’ils découvriront à l’adresse suivante :

http://uwpresse.com/SERVER/reportages/DECOUVERTE/GROENLAND_P38/ppages/ppage1.html . En quelques mots, ils y apprendront que : « Le 15 juillet 1942, sept avions Lockheed P 38 qui escortaient des bombardiers B17, furent forcés de se poser au Groënland en raison du mauvais temps. Durant des années, une épaisse couche de glace se format autour d’eux. En 1992, un groupe d’explorateurs danois décidait de tenter de retrouver les avions et de les libérer d’une couche de glace de 70 mètres d’épaisseur. Simplement en faisant fondre la glace et en pompant l’eau récoltée. Deux puits furent creusés pour accéder à un des avions. Une fois dégagé, des techniciens démontèrent pièce par pièce le P38, qui fut envoyé ainsi aux Etats-Unis, dans l’état du Kentucky. Là-bas il fut remonté et restauré. En octobre 2002, le modèle ainsi récupéré, le « Glacier Girl », effectuait son premier vol depuis 60 ans. »

Monsieur Martin Huwart : confirme que « M. Houlmont nous présente en effet une photo d’un P38 lightning dont l’exploit le plus mémorable est la liquidation de l’amiral japonais Yamamoto. Le Mosquito, construit par De Havilland, était un bombardier bimoteur –biplace ultra-rapide car construit en bois. Sa vitesse le rendait quasi insaisissable pour la chasse allemande, car sa construction en bois le rendait très peu détectable pour les radars allemands.

Ce « moustique » rendait Göring enragé et seule la FLAK allemande avait une chance de l’épingler. Une de ses fonctions était la reconnaissance photo en rase-mottes.

Son exploit le plus célèbre est l’attaque de la prison d’Amiens, permettant à des dizaines de résistants de s’échapper après un bombardement d’une précision diabolique. »

Enfin, Monsieur Didier Ridoux nous apporte encore d’autres précisions : « Il s’agit bien du lightning  P38. Cet avion et ses dérivés ont été utilisés sur tous les théâtres d’opération de la Seconde Guerre mondiale par l’USAAF (aussi bien en Europe que dans le Pacifique). Il a un important rayon d’action. C’est grâce à cette qualité que l’américain Rex T. Barber (et non Tom Lamphier) a pu intercepter l’avion de l’amiral Isoroku Yamamoto. Aidé dans cette tâche par la légendaire ponctualité de ce dernier….) au-dessus de Bougainville.

C’est l’arrivée de ce chasseur sur le théâtre d’opération européen qui permet le bombardement de villes allemandes éloignées. En effet, sa distance de franchissement surclasse nettement le Spitfire; ils sont les seuls capables d’escorter les bombardiers au-dessus de l’Allemagne ou de l’Autriche jusqu’à l’arrivé du P-51 Mustang. Il est surnommé Gabelschwanz Teufel, signifiant « diable à queue fourchue ». Parmi les nombreux pilotes de P-38 ou dérivés, on retrouve le pilote-écrivain français Antoine de Saint-Exupéry, qui disparait au cours d’une mission Ajaccio-Chambéry, avec son F-5B-1-LO le 31 juillet 1944. Il y a aussi les deux pilotes américains de la Deuxième Guerre mondiale ayant abattu le plus d’avions ennemis : Richard I. Bong et Thomas Mc Guire. »

Un grand merci à tous ces intervenants, la semaine nous en retrouveront d’autres et, notamment, M. Jacques Bastin qui, après une carrière entière d’officier au sein de la Force aérienne, en connait un brin sur le sujet…

La Petite Gazette du 1er février 2012

ENCORE A PROPOS DU LIGHTNING ET DU MOSQUITO

Vous avez vraiment été très nombreux à vous manifester pour répondre à la question posée par M. Houlmont et, comme lui, j’en suis ravi. Je vais essayer d’éviter les redites et de ne puiser dans toutes les communications reçues que les informations nouvelles. On en reparlera.

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, nous donne quelques informations sur un des grands exploits de cet avion. « Ce Lightning P38 était un avion formidable par son rayon d’action extraordinaire qui lui permettait notamment de survoler, pratiquement sans aucuns  problèmes de ravitaillement en carburant d’énormes superficies de l’Océan Pacifique. C’est d’ailleurs un appareil de ce type qui a intercepté et abattu au-dessus de l’île de Bougainville l’avion transportant le Grand Amiral en chef Yamamoto lequel effectuait alors une inspection secrète de toute la flotte nipponne. Il faut dire, pour la petite histoire, que les opérations du chiffrement japonais étaient tellement peu sûres que les Américains pouvaient assez facilement déchiffrer et ainsi lire les messages les plus secrets que les Japonais s’envoyaient entre eux. C’est ainsi qu’ils apprirent que ce grand amiral en chef allait bientôt survoler l’Archipel des Salomon et qu’il suffisait donc d’attendre son passage [A bord d’un G4M BETTY (Bombardier léger bimoteur)] pour très aisément l’abattre.

Disons encore que ces mêmes P38 se montrèrent tout aussi redoutables sur le Front européen notamment au cours des attaques des Troupes allemandes en retraite. Les militaires allemands, qui en avaient une véritable sainte trouille, l’avaient d’ailleurs remarquablement baptisé de « Gabelschwanz teufel », c’est-à-dire « Diable à queue fourchue ».

Quand au Mosquito, dont la cellule était exclusivement réalisée en bois (des lamelles de bois de bouleau et de balsa étaient collées entre elles) afin de pouvoir se passer des métaux de fabrication habituels risquant peut-être de devenir plus rares. Ce bombardier britannique, ainsi constitué, étant beaucoup plus léger, volait nettement plus vite que les autres appareils, y compris les chasseurs ; en outre, sa structure originale le rendait nettement plus difficile à être détecté par le radar. Deux personnes prenaient place à bord. Il a également porté le sobriquet de « Wooden wonder » soit « Merveille en bois ».

Hermann Goering, vivement impressionné par cet avion qui, selon ses propos, pouvait être fabriqué même chez un simple fabricant de pianos, agit pour que l’Allemagne nazie s’applique à produire un appareil similaire. Et, ils réussirent ainsi à sortir, en 1943, le Focke-Wulf TA164. Mais, les Allemands rencontrèrent alors de très sérieux problèmes de production de colle adéquate (En effet, leur usine principale de fabrication de colle, en Allemagne, ayant été détruite lors de raids alliés), tout cela fit enfin que la cellule de leur nouvel appareil en bois se décollait et se détruisait irrémédiablement en vol. Le projet de fabrication d’un avion allemand avec cellule en bois fut donc ainsi définitivement  abandonné.

Pour terminer, j’ajouterai encore qu’un des tout grands as audacieux sur avion Mosquito était le Belge Charles Roman, DFC, DSO, lequel s’est tué, en Météor 11, lors d’un vol de nuit exécuté en 1954. Il était alors Lieutenant-Colonel  et commandait la Base de Beauvechain. »

La Petite Gazette du 8 février 2012

TOUJOURS CET AVION

Monsieur Jean-Marie Lemaire, comme bien d’autres lecteurs encore, nous informe sur ce formidable avion :

« Cet avion trouvait ses origines dans un programme de l’US Army Air Force en date de 1937 concernant un chasseur à hautes performances. Comme les exigences officielles portaient sur une vitesse maximale, une vitesse ascensionnelle et une autonomie supérieures à celles d’un monomoteur classique, le bureau d’études de Lockheed décida d’adopter une formule bi-moteur. Monoplan à aile médiane doté d’une nacelle montée sur la section centrale de voilure, le P-38 possédait un fuselage bipoutre et un empennage bi-dérive. La roulette de nez du train d’atterrissage tricycle s’escamotait dans la nacelle centrale tandis que les deux jambes principales se rétractaient dans les poutres. Le prototype, baptisé XP-38 et équipé de deux moteurs Allison de 960 ch quitta le sol le 27 janvier 1939, mais fut détruit au cours d’un atterrissage après 12 heures de vol seulement. A cette époque cependant, les essais s’étaient révélés suffisamment probants pour qu’une commande de 13 YP-38 de présérie fût passée le 27 avril 1939. Les appareils de série entrèrent en service à la fin de 1941, la première victoire étant homologuée le 14 août 1942, aux dépens d’un Focke-Wulf 200C-3 au-dessus de l’Atlantique Nord. Il fut construit à raison de 10037 exemplaires, dont 113 par Consolidated-Vultee en sous-traitance. »

Messieurs Richard De Lahaye, Marc Duchêne, Henri Fraiture, Gérard Schimmelpenninck, d’Amonines, nous ont également apporté bien des précisions sur cet avion et nous les en remercions.

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, m’écrit son désaccord sur cet épisode si particulier de la guerre du Pacifique, la fin de l’amiral Yamamoto :

« C’est incontestablement Tommy Lamphier qui a abattu la « Sally » transportant Yamamoto, ce pourquoi il a été promu capitaine et a reçu un télégramme personnel de Roosevelt. L’avion s’est écrasé en feu dans la jungle à quelques kilomètres de l’aérodrome de Kahili.

L’exploit de Lamphier ne sera connu qu’après la capitulation du Japon ; son frère Charles était prisonnier depuis la chute de Bataan et on craignait des représailles.

sally

Rex Barber a quant à lui abattu la seconde « Sally » transportant le reste de la suite de l’amiral, laquelle s’est écrasée en mer.

La mort de Yamamoto, brillant stratège, marque le tournant de la guerre du Pacifique. »

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, rapportant lui aussi cet exploit, confirme que le lightning qui a abattu Yamamoto était bien le lieutenant Barber.

Alphonse Grandhenry, de Dolembreux, nous donne des informations sur le devenir de certains Mosquitos, avion également évoqués par M. Houlmont : « En 1947, la Force Aérienne Belge crée deux escadrilles de chasse de nuit, soit les 10e et 11e. L’avion sélectionné pour équiper ces deux unités fut le Mosquito NF MK30. Les avions acquis par la Belgique étaient des vétérans de la Seconde Guerre Mondiale disponibles à bas prix. Au total 24 Mosquito NF30 furent commandés et mis en service. Les premières livraisons débutèrent en novembre 1947 et les appareils entrèrent en service, à la base de Beauvechain en mai 48. Ce n’est qu’en 1952 que le maximum d’appareils en service fut atteint. La disponibilité des appareils sera assez faible suite à l’usure due à la guerre et au manque de pièces détachées. C’est l’usine Fairey de Gosselies qui fut chargée de leur entretien.

Les Mosquito volèrent sous les couleurs belges jusqu’en 1952 pour la 11e escadrille et jusqu’en 1956 pour la 10e. Ils furent remplacés successivement par les Meteor NF et les Avro Cannuck. Un de ces Mosquito trône aujourd’hui dans le grand hall du Musée Royal de l’Armée à Bruxelles. Il s’agit de l’exemplaire qui portait l’immatriculation MB 24 et qui appartenait à la 10e escadrille de chasse de nuit du 1er Wing de Beauvechain.

Un immense merci à vous tous qui répondez si gentiment, si agréablement et d’une façon si intéressante à toutes les questions qui vous sont soumises.

La Petite Gazette du 3 octobre 2012

JE ME SOUVIENS DE CE CHASSEUR AMERICAIN A DOUBLE QUEUE

Monsieur Albert Dufays, de Sprimont, s’est passionné pour vos récits concernant les avions Lightning et Mosquito et il nous parle à son tour d’un autre avion qui l’impressionnait.

« J’ai suivi avec attention les histoires conjuguées du Lightning et du Mosquito dont j’ai été, en leur temps, éperdument amoureux – j’avais 18 ans en 1944. Je me suis rappelé que les Américains avaient, sur la fin de la guerre, sorti un chasseur de nuit dont la silhouette « à deux queues » ressemblait étrangement à celle du P.38. je n’ai malheureusement pas retrouvé le croquis que j’en avais fait à l’époque et je ne me souviens plus de ses caractéristiques précises, ni de se performances.

Il s’appelait le « Black Widow (La veuve noire !). »

Une rapide recherche menée sur le site « avions légendaires.net », l’encyclopédie de l’aviation militaire en ligne depuis 1999 me permet d’apporter les informations souhaitées par M. Dufays : black-widow

« Le seul chasseur allié spécialement conçu pour la chasse de nuit, qui entra en service pendant la guerre, fut le P-61 Black Widow (veuve noire), gros comme un bombardier moyen, mais docile et manœuvrable. Premier chasseur de nuit entré en service dans l’US Army Air Force, le P-61 Black Widow se caractérisait par un fuselage bipoutre et une nacelle centrale dotée d’un canon en tourelle, démonté par la suite en raison des problèmes de vibrations qu’il provoqua. Il fut le premier à disposer de spoilers au lieu d’ailerons, ce qui lui permettait d’avoir de très grands volets et un grand écart de vitesse pour opérer depuis des terrains étroits.
Le prototype de cet appareil, désigné XP-61, effectua son vol initial en mai 1942, suivi par un second prototype et par 13 machines de présérie désignées YP-61. 706 furent construits, entrés en service avant juin 1944. Quatre versions de série turent construites le P-61 A, avec des points d’attache sous voilure pour des réservoirs largables ou des bombes (200 exemplaires); le P-61 B (450 exemplaires dont 250 avec une tourelle dorsale); le P-61 C, avec deux moteurs R-2800-73 de 2800 ch (41 exemplaires); et l’avion de reconnaissance F-15A Reporter, redésigné par la suite RF-61C (36 exemplaires).

Entré en service en 1944, à une époque où les bombardiers de l’Axe ne se risquaient plus guère au-dessus des territoires tenus par les Alliés, le Black Widow obtint cependant des résultats spectaculaires, en particulier dans le Pacifique. »

LA LEGION WALLONIE A TUE ENTRE GRANDHAN ET MELREUX

La Petite Gazette du 28 décembre 2011

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Monsieur François Soyeur évoque un fait tragique de la seconde guerre Mondiale et se demande si vous en savez davantage sur ce fait de guerre.

Ce fait divers, dont je suis sûr plus personne ne parle, fut tragique. Un jour fin de l’hiver 1944, deux jeunes gens entrèrent dans le café pour boire un verre, tout en discutant entre eux, l’un deux me demande si j’ai déjà entendu la nouvelle…

Quelle nouvelle? Il y a un homme et sa petite fille qui remontaient le bois de  Melreux-Grandhan et qui ont été tués.

Non je ne sais pas! Ensuite ils me racontent qu’ils rentrent de Tcherkassy (Ukraine) et qu’ils avaient envie de tuer, J’ai fait semblant que cela ne m’intéressait pas tout en souhaitant qu’ils partent le plus vite possible.

Quand ils sortirent ; par curiosité, je les ai suivis pour voir où ils allaient et ils ont pris la route d’Eneille. Quelques minutes plus tard, les membres de la gestapo, venant de Marche, arrivèrent comme des fous, l’officier parlait très bien le français,

« N’avez vous pas vu deux hommes ? Par où sont-ils partis? »

« Ils ont pris la route à droite ! »

Ces jeunes ont été rattrapés alors qu’ils montaient le Stoqueu de Noiseux.

Était-ce une simple coïncidence avec l’assassinat des deux personnes tuées entre Melreux et Grand-Han ? Madeleine  Dujardin, âgée de 13 ans et Walter Dony 40 ans.

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Madeleine Dujardin reconduisait Monsieur Dony à la gare de Melreux… D’après certaines personnes Madeleine fut tuée en dernier lieu!

p1020240Auriez vous peut être plus de renseignements à ce sujet ?  Merci.

La Petite Gazette du 10 janvier 2012

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Monsieur Jean-Michel Bodelet revient sur cet épisode dramatique évoqué par M. Francois Soyeur paru il y a peu. Mon correspondant connaît très bien les faits car il les a étudiés en profondeur durant ses études universitaires en histoire.

« Ayant pour mon mémoire de licence travaillé sur le sujet, D. Walthère, réfractaire liégeois et M. Dujardin ont été abattus, en avril 44, par quatre SS wallons. Ces derniers étaient tous des déserteurs. Leurs identités sont connues. Je ne peux cependant vous les donner. Sachez qu’aucun n’est issu de la province de Luxembourg. Cette affaire sera évoquée au Conseil de Guerre d’Arlon en mars 1948.

Ce ne sont pas des faits uniques. En août 44, à Herbeumont, des membres de la légion Wallonie ont surpris un certain Lanoy, maquisard originaire de Forest. Ce dernier a été abattu.

On retrouve également des membres -deux frères d’origine liégeoise- de la légion Wallonie à Marcourt. Non dans le massacre des civils mais dans le martyre de Jules Daco « Cyprien » dans le MNB, torturé et exécuté après la prise du maquis de Mierchamps (La Roche-en-Ardenne). »

Un grand merci pour ces précisions.

La Petite Gazette du 18 janvier 2012

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Le sujet a été initié par M. Francois Soyeur puis développé par Monsieur Jean-Michel Bodelet et il a suscité l’émotion…

Madame Mireille Dujardin, de Melreux, m’écrit avoir été « toute remuée » par la lecture de ces souvenirs tragiques et elle nous explique pourquoi :

« Pensez que j’ai vécu ces événements familiaux de très près. Madeleine Dujardin est ma cousine germaine ; nous sommes filles de deux frères : Maurice pour Madeleine et René Dujardin pour moi.

D’après mon oncle Maurice et son fils Jean, il semblerait que ces fameux SS venaient d’Eneille et se dirigeaient vers Grandhan qu’ils traversèrent. Arrivés au croisement, ils se dirigèrent vers Petithan ; ils bifurquèrent soudain et revinrent vers le bois de Grandhan Melreux.

Il faut dire qu’il y avait eu une alerte pour signaler ces soldats, toujours d’après mon oncle et mon cousin, ces SS étaient quatre. D’après les constatations d’usage, il y avait deux soldats de chaque côté de la route (analyse des impacts). Quand l’alerte fut passée, les hommes et les réfractaires revinrent à Granhan et environs. Seul l’un d’entre eux, Walter Dony, fit un crochet vers la gare de Melreux¸ pour dire au revoir à sa sœur ; malheureusement le train venait de partir. Il rattrapa Madeleine dans le bois… Vous connaissez une partie de l’assassinat…

Le premier arrivé sur les lieux fut le Docteur Cravatte qui, voyant le tableau et reconnaissant les personnes gisant à terre, s’en vint chercher mon cousin Jean Dujardin, le frère de Madeleine, en lui disant : « Viens un peu et prends deux couvertures, il y a un drame dans le bois. »

Après avoir averti les Allemands, ils purent ramener les corps à Granhan ; ces Allemands ont dit à mon oncle et à la famille qu’ils allaient rattraper ces voyous et les envoyer sur le front russe. Je ne vous dis pas ce que vécurent les parents de Madeleine et les familles, ce fut une véritable tragédie.

Les Allemands avaient mis deux soldats de faction de chaque côté de la porte d’entrée de Maurice Dujardin qui faisaient peur aux personnes venues rendre visite à la mortuaire. Pour rappel, c’est mon oncle Maurice qui a fait le cercueil de sa fille.

A la fin de la guerre, le procès a eu lieu et il y a eu du grabuge. »

Monsieur François Soyeur a, quant à lui, recueilli le  témoignage de Madame Marie-Thérèse Lizen, épouse de Georges Dawance, de Melreux.

« Voici ce dont je me souviens  de ce jour tragique qui a arraché la vie de ma copine, nous étions de la classe de Monsieur Jacquemard, de Grandhan. Madeleine et moi, nous avions toutes deux le même âge. J’étais domiciliée à la ferme du chène-a-han. Le vingt-deux avril 1944, vers 19 heures, avec ma maman, Fanny Laboulle (épouse Lizen) nous étions occupées à divers travaux de laiterie, lorsque quatre hommes descendirent le bois du tilleul vers la ferme, ils entrèrent dans la cour. Trois étaient âgés entre vingt et vingt-quatre ans, le quatrième,  plus âgé, était le chef du quatuor. Ils étaient complètement habillés en uniforme allemand et bien armés.

L’ainé demanda à maman pour dormir dans le foin du fenil de l’étable. Pendant la soirée, notre ouvrier feu Monsieur Robert Laffut rendit visite à ses parents à Somme-leuze. En rentrant à la maison, il dit à maman avec un air très étonné que les gars du fenil  dialoguaient en wallon. Ils  se dirent que c’étaient des rexistes.

Le 23, à leur lever vers 10 heures, ils obligèrent ma chère maman à leur faire une fameuse fricassée, après s’être régalés ils partirent a travers les prairies vers le lieu dit le ry bouillon, J’ignore comment ils ont traversé l’Ourthe, ont-ils changé de chemin ou emprunté la barque de Monsieur Léon Magis.

De là, ils se dirigèrent par les bois, vers la route reliant Grandhan à Melreux, à gauche et à trois cent mètres de la Reine Pédauque. C’est à cet endroit qu’ils croisèrent leurs deux victimes. Ils tuèrent d’abord Monsieur Dony, puis notre jeune Madeleine, afin que le silence soit complet sur cette tragédie. A 12h30, maman fut prévenue par un appel téléphonique de Madame Jeanne Quétin, employée au bureau des téléphones de Somme-Leuze.

Dans le courant de l’après-midi, ils furent arrêtés dans les bois de Noiseux vers Baillonville. Maman dû aller  les reconnaitre à la Kommandatur de Marche-en-Famenne. »

La Petite Gazette du 29 février 2012

TOUJOURS A PROPOS DE L’ASSASSINAT DE MADELEINE DUJARDIN ET DE WALTER DONY.

Il n’est pas rare que des sujets vous touchent davantage que d’autres et l’évocation de ce double assassinat fait partie de cette catégorie si j’en juge par les diverses réactions enregistrées à son propos. Ainsi, Monsieur François  Soyeur a encore recueilli ce souvenir.

Monsieur Martin Adolphe, de Barvaux,  raconte : «  Le jour de l’assassinat des deux personnes citées, j’étais chez moi a Noiseux avec mon père et ma maman. A ce moment, le docteur Cravate, de Noiseux, est venu nous dire qu’il y avait eu un assassinat de deux personnes dans le bois de Grandhan. Il nous a demandé de l’accompagner sur les lieux. Quand nous sommes arrivés, les corps n’étaient plus visibles, seule une tache de sang assez importante était visible sur la chaussée..

Nous somme rentrés chez nous, mais le docteur nous demanda de le suivre sur le Stoqueu sans doute pour aller à la recherche des assassins. Mon père lui demanda de ne pas y aller de peur des certaines représailles. »

La semaine prochaine, je reviendrai encore sur le sujet et sur ses conséquences grâce à de nouvelles communications que je viens de recevoir. Merci de confier vos souvenirs à La Petite Gazette afin d’en assurer la pérennité.

La Petite Gazette du 7 mars 2012

A PROPOS DE L’ARRESTATION DE JULES DACO APRES LA PRISE DU MAQUIS DE MIERCHAMPS

Monsieur Edgard Orban, de Gênes, revient, avec la complicité d’une plume bien connue des lecteurs des Annonces puisqu’il s’agit de Louis Vieuxtemps, sur cet épisode dramatique évoqué dernièrement dans La Petite Gazette.

«J’aurais voulu apporter quelques précisions à propos des faits qui se sont passés lors de l’arrestation de Monsieur Jules Daco étant donné que je suis certainement une des dernières personnes à l’avoir vu vivant.

Je me souviens que le jour où les Allemands avaient « ramassé » les hommes des villages de Trinal, Werpin, Melines, Wy et Soy, deux camions allemands étaient garés dans la cour de la maison de mes parents.

Jules Daco était assis à l’arrière d’un des véhicules et, à côté de lui, il y avait un homme d’origine liégeoise vêtu d’un uniforme allemand. Mon voisin, Joseph Houssa, secrétaire communal à l’époque, n’était pas concerné par les arrestations vu son âge. Il s’approcha et interrogea Jules Daco au sujet de sa détention.

Un officier allemand, qui se trouvait à proximité et qui parlait français, l’interpela pour savoir s’il le connaissait et s’il voulait l’accompagner dans le camion. Joseph Houssa, qui ignorait tout, répondit négativement et dit qu’il ne l’avait jamais vu.

Un peu plus tard, Jules Daco demanda à ma maman, qui était dans la cour, qu’elle lui donne un verre d’eau ; mais l’officier allemand intervint à nouveau en lui disant : « Non, madame, pas à cet homme ! »

Peu de temps après le départ des camions, un deuxième membre de la légion wallonne vint s’installer à côté du Liégeois et ils parlèrent ensemble en wallon.

Il est fort probable que ce sont les deux frères qui auraient torturé et exécuté Jules Daco et à qui Jean-Michel Bodelet fait allusion dans son évocation dans l’édition de la deuxième semaine de janvier dernier. »