REQUISITION DES BATEAUX DE L’OURTHE (1814-1815)

La Petite Gazette du 18 janvier 2017

HIER 1814 -1815 : LES BATELIERS DE L’OURTHE EN CHÔMAGE

En lecteurs avisés de La Petite Gazette, vous savez que Monsieur   Gabriel Gabriel, de RoanneCoo est un inlassable chercheur. Depuis des années, il fouille méticuleusement les vieux documents relatifs à nos régions qui reposent au dépôt des Archives de l’Etat à Liège. Lorsqu’il fait une découverte susceptible d’intéresser les lecteurs de cette rubrique, il ne manque jamais de me la communiquer pour que j’en partage le contenu avec vous tous. Encore une fois, en votre nom à tous, je tiens à l’en remercier chaleureusement. Cette semaine, c’est un document déniché dans les archives du Fonds hollandais qu’il vous propose de découvrir ; comme il traite des bateliers de l’Ourthe, je sais qu’il vous passionnera. Il vous présente son contenu :

« Après  la  défaite  des  armées  françaises  à  Liepzig en  1813,  les  armées  des  coalisés, ou  des  Hautes  Puissances  Alliées, vont  occuper  notre  pays  dès  janvier  1814. Il  sera  alors  administré  par  des  représentants  hollandais  avant  que  le  sort  de  notre  nation  soit  définitivement  scellé  lors  du  Congrès  tenu  à  Vienne   en  1815.

La  période  charnière  entre  ces  deux  évènements  marquants  de  l’histoire  de  notre  pays  sera  particulièrement  difficile.

Retenons  une  plainte  des  Bateliers  de  l’Ourthe  adressée  au  Commissaire du  Gouvernement. Selon son excellente habitude, René Gabriel nous propose ce texte dans son orthographe d’origine :

A Monsieur  Koenen  Commissaire  du  Gouvernement  pour  le  département  de  l’Ourte.

Les  soussignés  bateliers  des  communes  d’Esneux, Hamoir, Comblin-Fairon, Sprimont, Tilff, Angleur  et Chesnée  ont  l’honneur  de  vous  exposer  que  depuis  longtemps  ils  sont  privés  de  leurs bateaux  emploiés  au  pont  qui  a  été  jetté  sur  la  Meuse  vis  à  vis  de  Visé, que  ces  bateaux  sont  la  seule  et  unique  ressource  de  la  plupart  d’eux  qui  n’ont  d’autre  moyen  d’existence  pour  eux  et  leur  nombreuse  famille, ils  se  permettent  d’observer  que  la  destination  de  ce  pont  est  bonne  à  cesser  depuis  la  reddition de  la  place  de  Mastricht et  qu’il  ne  peut  tout  au  plus  aujourd’hui  que  servir  aux  habitants  de  Visé  pour  communiquer  plus  aisément  d’une  rive  à  l’autre de  la  Meuse,  tandis  d’un  autre  côté que  l’intérêt de  la  navigation  et  par  suite  du  commerce  réclame  impérieusement la  prompte  remise  des  bateaux  aux  soussignés  pour  pouvoir  continuer  comme  ci-devant  à  transporter  toutes  sortes  de  marchandises  dans  les  villes  de  Maestricht, Venlo, Ruremonde et  même  plus  avant  dans  la  Hollande.

Pleins de  confiance  dans  votre  justice ordinaire, les  soussignés  osent  se  flatter, Monsieur le  Commissaire, que  vous  ne  balancerez  pas  d’après  toutes  ces  considérations, d’ordonner  sur  le  champ  la  remise  de  leurs  dits  bateaux.

Salut  et  profond  respect.

Signatures.

Et mon correspondant de conclure par une information et une remarque très judicieuses :

« La  fourchette  des  années 1814-1815  semble  bonne. En  effet, je  viens  de  trouver  que  le  siège  de  Maestricht avait  eu  lieu  de  décembre 1813  au 21  juillet 1814. En outre, il me semble bien intéressant de retenir  les  destinations  hollandaises  de  nos  bateliers  locaux: Venlo, Ruremonde  et  au  delà …! »

La Petite Gazette du 25 janvier 2017

REQUISITION DES BATEAUX D’OURTE (selon l’orthographe de l’époque)

C’est avec intérêt que nous retrouvons les documents exhumés des archives par René Gabriel. Il nous présente une autre trouvaille sur le sujet abordé dernièrement :

« Précédemment, nous  avons  suivi  une  plainte  des  bateliers réclamant  le  retour  de  leurs  embarcations. Revenons  début mars 1814  et  découvrons  un  premier  rapport  relatif  au  projet  de  pont :

Liège  le  10  mars  1814.

Mise  en  réquisition  dans  les  communes  de  Tilff  et  d’Esneux  de  vingt  bateaux  de  l’Ourte  propres  à   porter  des  canons, cordes  et  chaines et  dans  celle  de  Chokier de  1600  planches  de  2  à  3  pouces  d’épaisseur, nous  appréhendons  que  ces  réquisitions  ne  se  rempliront  au  moins  pas  entièrement  et  nous  vous  en  prévenons  pour  votre  gouverne  afin  de  pouvoir  de  votre  côté  prendre  les  précautions  que  vous  jugerez  nécessaires.

Nous  venons  également  de  requérir le  maire  de  Visé  de  procurer  demain  à  l’officier  du  Génie  les  ouvriers  et  outils  désignés  dans  la  liste  que  vous nous  avez  envoyée  hier.

Pour  cet  ouvrage  il  est  demandé 20  bateaux  pour  porter  canons, cordes  et  chaines, 230 poutres, 1000 planches, 3000 clous.

Les  ouvriers  proviendront  de  la  région  de  Visé  dont  presque  tous  exercent  la  profession  de  charpentier.

Les  bateaux  de  l’Ourte  conviendront  mieux que  ceux  que  l’on  trouve  en  Liège, aussi  Messieurs  vous  pourriez requérir  dans  les  communes  de  cette  rivière.

Cette  précision  va  être  très  préjudiciable  à  nos  bateliers  locaux  car  l’ordre  est  immédiatement  transmis  aux  maires  de  Tilff  et  d’Esneux :

 

Liège  le  10  mars  1814.

Aux  maires  d’Esneux  et  de  Tilff.

C’est  d’après  des  ordres  supérieurs  que  nous  vous  enjoignons  de  mettre  dans  vos  communes  en  réquisition  10  bateaux  d’eau  d’Ourte  et  les  envoyer  de  suite  devant  Visé  pour  la  construction  d’un  pont  que  l’armée  des  Alliés  va  y  établir. Il  faut  que  ces  bateaux  soient  de  profondeur  à  porter  des  canons, cordes  et  chaines.

Nous  vous  observons  que  cette  réquisition  est  aussi  pressée  que rigoureuse et  sous  peine  d’une  nombreuse  réquisition  militaire. Nous  vous  accuserons  la  réception  de  celle-ci  par  un  récipissé  au  porteur  auquel on  paye  un  franc pour  frais  de  voiage. »

 

Simplement passionnant, un immense merci à Monsieur Gabriel qui reviendra vers nous avec d’autres documents si ses recherches lui permettent de les mettre à jour. Evidemment si, de votre côté, vous êtes en possession de renseignements permettant de compléter le sujet, les colonnes de La Petite Gazette vous sont ouvertes.

 La Petite Gazette du 1er février 2017

LA NAVIGATION SUR L’OURTHE A L’EPOQUE FRANCAISE

Les documents transmis par M. René Gabriel évoquant « la réquisition des bateaux d’Ourte » décidée par les autorités françaises au début du XIXe siècle pour servir à l’installation d’un pont provisoire, réclamé par l’armée, devant Visé avaient conduit ce lecteur-chercheur à s’interroger sur les destinations qu’atteignaient alors les bateliers de l’Ourthe : « dans  les  villes  de  Maestricht, Venlo, Ruremonde… ». Je savais que cette information me rappelait quelque chose de connu et, à mon tour, j’ai fouillé mes notes relatives à cette période et… j’ai retrouvé ce que j’y cherchais.

Dans son extraordinaire « Mémoire statistique du département de l’Ourte », Thomassin, chef de division à l’administration du département, rapporte ceci : « Les pavés des carrières d’Esneux et de Comblain-au-Pont descendent par l’Ourthe dans la Meuse à Liège et se transportent de là, sur les différentes chaussées et par la Meuse, à Maestricht et Venlo »

L’auteur de ce précieux « Mémoire » nous précise qu’il y a alors 12 carrières à Esneux, employant 60 ouvriers et produisant annuellement 800 000 pavés ; 2 carrières à Gomzé-Andoumont, 13 ouvriers et 249 000 pavés/an ; 4 carrières à Comblain-au-Pont qui, avec 16 ouvriers fournissent 300 000 pavés/an.

PROLONGEONS LA PETITE GAZETTE…

Monsieur René Gabriel nous donne encore à découvrir de nouveaux documents :

Réquisition  des  bateaux  d’Ourte.

Le  9  mai  1814.

A Monsieur  Defloen  maire  de  Visé,

On  vous  prévient  que  Son Excellence  le  Gouverneur  Général  par  sa  dépêche  du  28  avril, a  défendu  formellement  la  démolition  du  pont  établi  à  Visé  pour  la  communication  des  troupes  aussi  que  la  vente  au  profit  de  l’armée  Suédoise  des  matières  provenant  de  ce  pont.

Ce  pont  ayant  été  construit  aux  frais  du  pays  ainsi  que  la  fourniture  de  tous  les  objets qui  ont  été  nécessaires, ils  doivent  être  considérés  comme  sa  propriété  sacrée et  rester  à  sa  disposition. Je  vous  invite  en  conséquence  à  me  rendre  compte  sur  le  champ  des  attentats  que  les  militaires  voudroient se  permettre  à l’égard de  ce  pont  et  prendre  les  mesures  les  plus  efficaces  pour  les  empêcher …

 

Le  16  mai  1814.

A  Monsieur  Koenen Gouverneur  du  département  de  l’Ourte.

Les  bateliers  soussignés  ont  l’honneur  de  vous  exposer  qu’étant  privés  de  leurs  bateaux  qu’ils  ont  fournis  pour  la  construction  du  pont  de  Visé  d’après  la  réquisition  leur  insinuée, ils  ont  encore  le  désagrément  d’être  contraints  au  payement  d’une  taxe  arbitraire  pour  le  passage  du  même  pont  lorsqu’ils  descendent  avec  quelques  bateaux  qui  leurs  restent, cette  taxe  étant  de  3, 4  ou  5 francs  par  partie  et même  prix  à  la  remonte  à  vuide.

Les  soussignés  épuisés  par  le  défaut  de  navigation  pendant  tout  le  temps  que  la  Meuse  a  été  fermée  et  privés  aujourd’hui de  leurs  bateaux  dont  ils  ne  sont  pas  encore  payés  ce  qui  les  empêche  de  se   relever  de  leurs  pertes, viennent  implorer  votre  justice  dans  la  ferme  croyance  que  vous  daignerez  Monsieur  le  Gouverneur  combien  il  leur  est  sensible de  payer  le  passage  d’un  pont  construit  de  leurs  propres  bateaux et  que  vous  ordonnerez  que  le  passage  leur  soit  libre, ils  ont  l’honneur  d’être  avec  le  plus  profond  respect.

Vos  très  humbles  et  très  obéissants  serviteurs. 

On  comprend  très  aisément, analyse René Gabriel,  l’exaspération  des  bateliers  d’Ourte  car, outre la  réquisition  de  leurs  bateaux, ils  doivent  en  plus  lorsqu’il  naviguent  avec  d’autres  embarcations payer  des  taxes  lors  de  leurs  passages  sur  ce (leur) pont.

Précisons  que  c’était  une  grande  difficulté  pour  le  franchissement  de  l’ouvrage. En  effet, cela  nécessitait  de  couper  provisoirement  la  continuité  de  celui-ci  afin  de  laisser  passer  les  embarcations  qui  de  dirigeaient  vers  Maastricht  et  au-delà, ou  à  la  remontée  vers  Liège, puis  d’opérer de  nouveau  le  raccord. Cela  nécessitait  donc  la  présence  de  nombreux  ouvriers  et  faisait  monter  le  coût  total  de  cette  entreprise.

René Gabriel nous permet de suivre, pas à pas ses recherches et de ses découvertes puisqu’il continue à alimenter ce sujet par de nouveaux documents et informations…

Le  18  mai  1814.

A  Son  Excellence  le  Gouverneur  Général,

Monsieur,

J’ai  l’honneur  de  rendre  compte  à  Votre  Excellence, ainsi  qu’elle  me  le  prescrit  par  sa  dépêche  du  7  de  ce  mois, que  le  pont  établi  à  Visé  pour  la  communication  des  cantonnemens  Suédois  subsiste  toujours  en  son  entier, et  que  l’autorité  militaire  suédoise  semble  s’être  désintéressée  de  ses  prétentions  à  l’égard  de  ce pont. Cependant  un  piquet  de  14  hommes  de  cette  troupe  stationne  toujours  à  Visé sous  prétexte  de garder  le  pont, et  sont  une  charge  permanente  pour  les  habitans  de  cette  commune ; quoique  depuis  le  25  avril  dernier, époque  de  la  levée  des  derniers  cantonnemens  Suédois, Monsieur  le  chef  de  brigade  Anckarsward  ait  ordonné  la  démolition  de  ce pont  comme  devenu  inutile  au  service  des  armées. En  effet,  depuis l’ouverture  de  la  place  de  Maastricht, le  pont  ne  fait  qu’entraver  la  navigation de  la  Meuse. Les  bateliers  et  autres  personnes  qui  ont  été  requises  de  fournir  des  pièces de  construction,  en  réclament  vivement  la  restitution. Je  prie  donc  Votre  Excellence  de  m’autoriser  à  faire  déconstruire  incessamment  ce  pont, pour  que  je  puisse  faire  restituer  à  chacun  les  objets  qui  leurs  appartiennent, et  du  produit  de  quelques  matériaux  acquis  par  le  département faire  payer  les  ouvriers et  autres  fournisseurs  à  qui  il reste  des  prétentions  pour  avoir  concouru  à  l’établissement de  ce  pont.

Je  suis  avec  respect …

Liège  le  26  mai  1814.

A  la  Commission  municipale  de  la  ville  de  Liège

Il  s’agit,  Messieurs,  de  préparer  sur  le  champ  au  corps  d’armée  Russe  qui  arrivera  le  28  courant par  Terwagne, des  moyens  de  franchir  la  Meuse  au  passage  de  Seraing. Comme  le  pont  de  Visé  subsiste  encore  en  son  entier, il  viendroit  très  à  propos  parer  à  ce  besoin. A  cet  effet, je  vous  invite  à  requérir  des  ouvriers  intelligens, aidés  de  quelques  bateliers  pour  opérer  de  suite  la  dislocation  du  pont  de  Visé, en  remonter  les  pièces  jusqu’à  Seraing et  l’y  recomposer  pour  servir  jusqu’après  le  passage dont  il  s’agit. Pour  que  cette  mission  puisse  être  exécutée  d’une  manière  certaine pour  le  28  de  ce  mois  vous  feriez  bien  de  nommer  un  commissaire  spécial  qui  ait  toute  votre  confiance  afin  de  surveiller et  diriger  cette  opération.

Vous  sentez  Messieurs  que  nous  avons  tous  le  plus  grand  intérêt  à  ce  que  cette  troupe  puisse  traverser  rapidement  le  département  et  surtout la  ville  de  Liège, il  faut  donc  lui  ôter  tout  prétexte de  s’y  arrêter.

Je  vous  prie  de  m’accuser  réception  de  cette  lettre.

Je  pense  que  le  moyen  le  plus  sûr  d’atteindre  le  but  seroit de  charger  de  cet  ouvrage  un  entrepreneur  qui  devroit  se  faire  fort  d’achever  cette  besogne  pour  le  jour  indiqué.

Le  27  mai  1814. Arrondissement  communal  de  Liège. Ville  de  Liège.

La  Commission  Municipale, à Monsieur  Koenen Commissaire  du  Gouvernement  pour  le  département  de  l’Ourte.

Monsieur  le  Commissaire

Nous  avons  reçu  ce  matin  vers  les  onze  heures  votre  lettre  relative  à  la  construction  d’un  pont  à  Seraing  en  employant  les  poutres  et  madriers  du  pont  de  Visé, mais  il  y  a  impossibilité  physique  d’effectuer  ce  transport  et  la  reconstruction  pour  le  28 de  ce  mois, cette  impossibilité  est  même  reconnue  par  les  officiers  Russes et  en  conséquence Monsieur  le  Directeur  du  Cercle  de  Liège  que  nous  venons  de  voir  à  cet  effet  et  qui  a  cet  objet  dans  ses  attributions  avait  déjà  fait  réunir  tous  les  bacs et  bateaux  de  Seraing  et  des  environs  afin  d’assurer  le  prompt  passage de  la  colonne  qui  vient  de  Terwagne, et  il  y  aura  d’autant  plus  de  facilité  que  les  eaux  sont  basses  ce  qui  ôte  toute  idée  d’inconvéniens  et  de  danger  dans  la  mesure  que  le  peu  de  tems  qui  reste  à  faire  adopter  par  Monsieur  De Harsez.

Nous  avons  l’honneur  d’être  avec  la  plus  haute  considération.

Vos  très  humbles  et  très  obéissants.

Le  président de  la  Commission.

Commentaire de notre inlassable chercheur : « Démolir  le  pont  de  bateaux  de  Visé  et  le  reconstruire  à  Seraing … ! En  deux  jours !! Remarquons  que  les  coalisés  ont  peu  envie  de  rencontrer  leurs  “alliés  Russes” ! »

Les  armées  des  Hautes  Puissances  Alliées  arrivent dans  nos  contrées.

Retenons  à  présent  un  autre  auteur : Paul Verhaegen, qui  dans  son  ouvrage La Belgique  sous  la  Domination  Française 1792-1814  évoque  cette année 1814  et  les  armées  des  Hautes  Puissances  Alliées. Nous  allons  y  rencontrer  les  troupes  en  présence :

« Rançonnés  par  leurs  maîtres  de  la  veille, menacés  de  désordres  intérieurs  par  la  disparition  des  autorités, les  Belges rencontraient  une  nouvelle  source de  malheurs  dans  l’occupation  étrangère. C’est  le  moment  de  décrire  les  calamités  que  l’invasion  de  1814  vint  apporter  à  nos  provinces  à  l’occasion  de  leur  libération.

L’armée du Nord, chargée d’affranchir les Pays-Bas était composée  d’éléments  extrêmement  variés. Sous  le  haut  commandement  de  Bernadotte, prince  royal  de  Suède, elle  groupait  des troupes suédoises, russes, prussiennes, hessoises, saxonnes, wurtembourgeoises, anglaises et  hollandaises.

Parmi  ces  contingents  si  divers, le  plus  nombreux  était  celui  qu’avait  fourni le  troisième  corps  prussien dirigé  par  le duc  de  Saxe-Weimar, assisté  par  les  généraux Wolzogen, prince  de  Wurtenberg, Borstell  et Thielmann. Précédant  le  troisième  corps, le  général  Bulow à  la  tête  d’une  première  armée  prussienne et  d’une  avant-garde  de  cosaques, avait  traversé  la  Belgique  presque  sans  s’arrêter et  s’était  porté  vers Maubeuge  et  Laon. Derrière  la  masse  des  Allemands  arrivèrent  les  autres  bataillons  dont  les  uns  stationnèrent  dans  le  pays et  les  autres  gagnèrent  la  France. Dans  la  vallée  de  la  Meuse, ce  furent  les  russes  du  général Wintzingerode  qui  défilèrent  les  premiers, suivis  de  près  par  les  Prussiens  et  les  Saxons. Plus  au  Sud, un  corps  commandé  par  le  général York  et  composé  principalement  de  Prussiens, traversa  le  Luxembourg, somma  la  ville  de  ce  nom, puis  fut  remplacé  pendant  les  opérations  du  blocus  par  des  troupes hessoises.

Tels  étaient  les  premiers  flots  du  torrent  qui  désola  les  villes  et  les  campagnes  voisines  des  grands’routes  à  partir  de  la  fin  de  janvier 1814.

L’invasion  parut  suspendue  quand  on  apprit  la  capitulation de  Paris  et  l’abdication de  Napoléon. Mais  ces  évènements  furent  le  signal  d’un  second  envahissement. Les  forces  qui  avaient  conquis  le  Nord  de  la  France  traversèrent  de  nouveau la  Belgique  pour  rentrer  dans  leurs  foyers. Cette  fois, le  mal  fut  accru  parce  qu’elles  croisèrent  en  de  nombreux  endroits  les  garnisons  françaises qui, ayant  évacué  les  forteresses  du  Nord, se  hâtaient  de  regagner  leur  patrie.

Au  milieu  de  tout  ce  mouvement  de  troupes, le  sort  de  la  population  belge  était  profondément  à  plaindre. Privée  de  ces  chefs, n’ayant  aucune  force  à  opposer  aux  exigences  arbitraires  des  occupants, la  nation  était  réduite  au  rôle  des  serfs de  jadis, taillables et  corvéables  à  merci. Sans  doutes, les  commandants  supérieurs  s’efforçaient  de modérer  les  prétentions  de  leurs  soldats, et  bientôt  une  administration  centrale  réorganisée  vint  seconder  leur  bonne  volonté. Mais  la  célérité  du  passage  des  régiments et  la  multiplicité  des  corps  auxquels  ils  appartenaient  relâchaient  la  discipline et  empêchaient  le  redressement  des  abus. Beaucoup  d’étrangers, d’ailleurs, joignant  à  des habitudes  de  pillage  la  conviction  que  les Belges  étaient  amis  de  la  France, traitaient  leurs  hôtes  d’un  jour  en  ennemis.

A  vrai  dire, ces  pensées  hostiles  étaient  principalement  partagées  par  les  soldats  prussiens. Quand  on  montait  dans  la  hiérarchie, on  rencontrait  chez  les  officiers  allemands  une  attitude  tout autre. La  plupart  possédaient  la  langue  française et  s’attachaient  à  acquérir  les  sympathies des  habitants  du  pays.

Chez leur  chef, le  duc Charles-Auguste de  Saxe-Weimar, l’urbanité  de  manières  se  joignait  à  la  distinction  de  l’esprit  et  à  un  jugement  éclairé, qui  valurent  à  cet  ami  de  Goethe et  de  Schiller  l’attachement  des  Belges. Malheureusement, les  rudes  cavaliers  accourus  des  bords  du  Don et  du  fond  de  la  Poméranie  pour  venger  sur  Paris  les  insultes de  1806 et  de  1812, ne  comprenaient  rien  aux  charmes  le  l’atticisme  ou  aux  prescriptions  du  droit  des  gens. Pendant  deux  années, et  principalement  pendant  les  premiers  mois  de  1814, la  Belgique  allait  constater que  la  cour  de  Weimar, l’Athènes  du  Nord, n’avait  guère  policé  les  mœurs  des  villageois allemands.

A côté  des  officiers  allemands qui  se  piquaient d’aménité et  s’efforçaient  de modérer  leurs  soldats, une  mention  particulière  était  due  aux  contingents  anglais  et  hanovriens. Fort bien  disciplinés, pourvus  largement  de  tout  ce  qui  était  nécessaire  à une  troupe  de  campagne, les  soldats  qui  les  composaient  laissèrent, en  général, les  meilleurs  souvenirs  de  leurs  cantonnements. Bon   nombre  avaient  fait  en  Belgique  les  campagnes  de  1793 et  de  1794, et  furent  reconnus  dans  les  localités  comme  Courtrai, Nieuport, Ypres  et  Menin, où  ils  avaient  guerroyé  autrefois. Non  seulement  leur  conduite  ne  donna  lieu  à  aucune  plainte, mais  quand  ils  s’éloignèrent, ils  reçurent de  leurs  hôtes  les  témoignages  les  plus  flatteurs  d’estime  et  de  regrets.

Tout  au  contraire, ce  furent  la  crainte  et  la  haine  que  provoquèrent  les  cosaques  et  les  Prussiens. L’aspect  seul des  premiers  suffisait  à  indisposer  la population. Ils  étaient, en  général, petits  de  taille, de  visage  difforme, présentant  le  type Kalmouk ou Mongol. Leurs  barbes  et  leurs  cheveux  incultes  donnaient  à  leur  personne  un  caractère  de  saleté  odieux. Ils  étaient  couverts  de  vermine  et  exhalaient  des  odeurs  repoussantes. Coiffés  de  bonnets  de  fourrures, montés  sur  de petits  chevaux  à  peine  harnachés  à  l’aide  d’une  mauvaise  selle  ou  d’une  couverture, ils  portaient  une  longue  lance et  étaient  armés  de  pistolets et  de  sabres. Certains  même, appelés Baskirs, n’avaient  d’autre  arme  qu’un  arc, des  flèches  et  un  fouet. Merveilleux  cavaliers, ils  ne  faisaient  qu’un  avec  leur  monture. C’était  un  jeu  pour  eux, en  galopant  à  fond  de  train, de  se  pencher  assez  pour  ramasser  sur  le  sol  une  arme  ou  une  pièce  de  monnaie. C’était  aussi  pour  eux  une  habitude  de  ne  pas  se  séparer  de  leurs  chevaux, à  côté  desquels  ils  passaient  la  nuit, couchés  dans  les  rues, même  au  milieu  de  l’hiver. Ajoutez  à  cet  extérieur  répugnant  les  habitudes de  gloutonnerie  qui  leur  faisaient  absorber  non  seulement  des  liqueurs  fortes  en  quantité  considérable, mais  l’huile  de  lampe, le  suif, les  chandelles, ou  mêler  de la  poudre  à  leur  boisson  pour  en  relever  le  goût. En  un  mot, ils  apparaissaient  comme  l’incarnation  de  la  sauvagerie  sortant  des  steppes de  l’Orient.

Enfant  du  désert comme  la  plupart  de  ses  hommes, le  colonel  commandant  le  premier  régiment  des  cosaques  du  Don  resta  légendaire  à  Gand. Il  personnifiait  les  qualités  et  les  défauts  de  ses  soldats. C’était l’hetman Bychalow, que  les  Gantois  baptisèrent  familièrement  du  nom  de  Pietje Kosak. Vieillard  de  plus  de  quatre-vingt  ans, aux  cheveux  blancs, doué  d’une  activité  prodigieuse, il  passait  ses journées  à  chevaucher  ou  à  boire. Ignorant  les  langues  de  l’Occident, il  était  accompagné  partout  par  un  juif  polonais  qui  lui  servait  à  la  fois  d’interprète, de  secrétaire  et  de  chef  d’état-major. Il  traînait  derrière  lui  trente  et  un  chevaux, et  chacun  de  ses  officiers  en  avait  sept. Quand  il  arriva  à  Gand, le  14  février, pour  remplacer  le  colonel de  cosaques Mentchikof, il  s’installa  dans  l’hôtel  d’une  des  premières  familles  de  la  ville. Quoique  fort  bien  reçu, il  ne  tarda  pas  à  se  plaindre et  à  s’installer  dans  une  autre  demeure  patricienne  qu’il  délaissa  bientôt  aussi. Il  fit  ainsi  le  tour  des  hôtels de  Gand, accablant  ses  hôtes  d’exigences et  les  surprenant  par  ses  excentricités. L’une  des  moindres  consistait  à  imposer  à  la  municipalité  d’organiser, aux  frais  de  la  caisse  communale, des  banquets  somptueux  où  elle  avait  ordre  d’inviter  les  officiers  étrangers, parfois  au  nombre  de  quatre-vingts. Exagérant  les  forces  dont  il  disposait, il  obtint  après  une  simple  démonstration  militaire, la  capitulation  du  Sas  de  Gand, et  s’empara  d’une  grande  quantité  d’eau-de-vie et  de  vin  qu’il  fit  distribuer  aux Gantois  quand  il  quitta  leur  ville. Recherchant  la  popularité, il  fit  fouetter  des  soldats  convaincus  d’avoir  détroussé des  habitants. Il  prenait  un  plaisir  particulier  à  jeter  des  pièces  de  monnaie  à  la  foule  afin  de  s’amuser  à  voir  les  luttes  occasionnées par  ses  libéralités. Pour  célébrer  dignement  le  jour  de  fête  de  son  souverain, il  fit  établir  une  estrade  sur  la Place  d’Armes, devant  l’hôtel  où  il  logeait, et  après  le  concert  donné  par  la  musique  du  régiment, il  s’avança  sur  la  scène  pour  exécuter  une  danse  cosaque. «Il  gambada  comme  un  fou, rapporte  un  chroniqueur, pendant  que  ses  soldats  buvaient  le  vin  dans  des  cuvelles, comme  des  bêtes ».Le  même  soir, comme  la Chambre  de  rhétorique  avait  organisé  une  solennité  en  son  honneur, Bychalow  se  rendit  à la  représentation, accepta  le  titre  de  membre  d’honneur de  la  confrérie et  fit  don  aux  rhétoriciens  de  son  portrait  peint sur  ivoire. Le  lendemain, après  un  banquet  imposé  à  la  municipalité, il  exécuta  de  nouveau  devant  l’assemblée  des  danses  cosaques  qui  achevèrent  de  scandaliser  la  gravité  flamande  et  qui  le  firent  traiter  de  pitre  de  foire. Tout  en  flattant  les  Gantois, le  colonel  ne  négligeait  guère  les  profits  que  pouvait  valoir  sa  situation  de  commandant  militaire. En  l’espace  d’un  mois, son  prédécesseur  et  lui  avaient  imposé  à  la  ville  des  réquisitions  atteignant  la  somme de  168.000 francs et  une  contribution  de guerre de  750.000 francs.

Sous  de  pareils  chefs  la  licence  des  soldats  ne  connaissait  guère  de  limites. Logement, alimentation, fourniture d’équipement, transport  de  bagages et  d’artillerie, tout  était  occasion  d’abus et  de  brutalités.

Presque  toutes  les  villes  belges  étaient, en  1814, des  places  ouvertes, occupées  par  des  garnisons  peu  nombreuses. L’insuffisance des  casernes  amenait  ainsi  forcément  les  corps  militaires  traversant  la  Belgique  à  se  loger  chez  les  habitants. On  vit  même  à  Gand  les  soldats  refuser  d’occuper  les  casernes  afin  de  continuer  à  être  hébergés dans  les  maisons  particulières. On  conçoit ce  que  ces  hôtes  incommodes, amenant  avec  eux  leurs  chevaux, dont  ils  prétendaient  ne  pas  se  séparer, apportaient  de  trouble  dans  les  demeures  où  ils  s’installaient. »

Et René Gabriel d’ajouter : « Ces  troupes  Russes, ou  une  partie  du  moins, sont  passées  dans  nos  régions. Nous  en  avons  retrouvé  des  traces; il  était  exigé  dans  certaines  de  nos  commune, de  Stavelot  et  de La Gleize  notamment, un … “impôt  de  guerre” en  leur  faveur  ainsi  que  fournitures  diverses  tant  pour  les  soldats  que  pour  leurs  montures. »

La  démolition  du  pont  de  bateaux d’Ourte construit  à  Visé.

Le  3  juin 1814.

Les  11 et 12  mars  la  réquisition  des  bateaux  a  été  faite  par  MM. Doblesteine  et  Doneux  préposés  à  la  construction  par  le  Capitaine Gilbert  officier  du  Génie Suédois. On  a  utilisé :

80 pieds  de  chaines  de  fosse  acquis  aux  maitres  des  houillères, 3.000 clous  de  5  pouces  de  long, 2.000 clous  de  6 pouces  de  long, 150 livres  de  clous de  3  pouces  de  long, 215  pièces  de  bois de  chêne  pour  prix  de  4.000 francs.

Quant  au  loyer  des  indemnités il  nous  parait  que  les  propriétaires  les  méritoient  mais  aucune  indemnité  n’a  été  fixée  ni  statuée  à  charge  de  qui  elle  soit.

Le 7  juin 1814.

Le  Commissaire  du  Gouvernement à M. le  Directeur  du  Cercle  de  Liège,

Il  résulte  des  correspondances  que  les  commandants  des  troupes  prussiennes  stationnées  à  Visé  et  à  Argenteau  s’opposent  à  la  déconstruction du  pont  de  Visé.

Comme  je  n’ai  prescrit  cette  déconstruction  que  d’après  la  décision  formelle de  Son Excellence  le Gouverneur  Général  et  après  avoir  obtenu  l’assentiment de Son Excellence en  chef d’Yorck, je  dois  croire  messieurs  que  les  commandants  n’ont  pas  de  raison  de  s’y  opposer …

Liège  le  8  juin  1814.

Les  soussignés  bateliers  navigant  sur  le  Meuse

A

Monsieur Koenen, commissaire  du  Gouvernement  pour  le  département  de  l’Ourte

Monsieur  le  Commissaire,

Le  pont  de  bateaux  construit  sur  la  Meuse  vis  à  vis  de  Visé, donne  de  très  grands  embarras  à  la  navigation, retarde  la  correspondance  entre  Liège  et  Maestricht, enfin  cause  une  foule  d’inconvénients  qu’il  est  inutile  de  détailler ; mais  ce  qui  mérite  bien  de  fixer  votre  attention, Monsieur  le  Commissaire, c’est  que  ce  pont  est  construit  de bateaux  qui  sont  les  seuls  convenables  pour  naviguer  de  temps-ci, moment  où  les  eaux  sont  les  plus  basses, le  commerce  de  la  Meuse  est  donc  privé  d’une  très  grande  ressource et  les  propriétaires  de  ces  bateaux  sont  tous  des  malheureux  trop  longtemps  privés de  leurs  moyens  d’existence.

Le  pont  de  Visé  est  inutile  aux  troupes  des  Hautes puissances  Alliées, il  cause  des  dommages  à  des  pauvres  particuliers et  gène  le  commerce. Nous  vous  supplions  donc, Monsieur  le  Commissaire, d’ordonner  qu’il  soit  levé, vous  êtes  trop  juste  et  trop  raisonnable  pour  ne  pas  faire  droit  à  notre  demande.

Nous  avons  l’honneur  d’être, Monsieur  le  Commissaire,

Vos  très  humbles  et  très  obéissants  serviteurs. Signatures.

Le  9  juin 1814.

La  direction  du  Cercle  à  la  Municipalité  de  Liège,

Quant  à  l’indemnité  à  payer  aux  propriétaires  des bateaux  requis  il  convient  que  vous  vous  en  fassiez  remettre  l’Etat  par  MM. Doneux  et  Doblesteine  et  que  vous  proposiez  l’indemnité  que  vous  jugerez  convenable  de  leur  faire  accorder.

Le  11  juin 1814.

Le  pont  de  bateaux  construit  sur  la  Meuse  vis  à  vis  de  Visé  donne  de  très  grands  embarras à la  navigation, il  retarde  la  correspondance  entre  Liège  et  Maastricht.

Le  19  juin  1814.

23 personnes  ont  démonté  le  pont de  Visé, pontainiers, bateliers, ouvriers, menuisiers, charretier  et  préposé. Le  montant  total  des  journées  s’élève  à  163 francs  36  centimes.  Il  faut  y  ajouter  le  montant  à  payer  lors  de  la  construction  qui  est  de  13,60 francs. Total : 176 francs 96.

Visé  le  23 juin 1814.

L’abonnataire  du  passage  d’eau du  10  février  au  20  mars, la  Meuse  étant  haute, a  dû  mettre  les  ouvriers  pour  faire  le  passage  d’eau  qu’exigeoient jour  et  nuit  les  ordonnances et  troupes  des  Hautes  Puissances Alliées  jusqu’au  20  mars  qu’un  pont  s’établit.

Le  30  juin 1814.

Discry Servais Joseph, fermier  du  passage  de  Hermalle  sous  Argenteau  à

Monsieur Koenen Commissaire  du  Gouvernement  pour  le  Département  de  l’Ourte,

Monsieur,

Me  confiant  dans  la  droiture  de  vos  intentions, à  l’égard  de  tous  vos  administrés, et  fort  de  la  justice  de  ma  réclamation, j’ose  espérer  que  vous  daignerez  l’accueillir  et  me  préserver  moi  et  ma  famille  de  la  misère  qui  pourrait  nous  accabler.

Le  simple  exposé  de  fait  suffira  pour  mettre  au  jour  l’équité  de  ma  demande.

D’après  une  convention  faite le  24 9bre (novembre) 1813  avec  Monsieur  le  préfet  de  ce  département, je  me  suis  rendu  adjudicataire  du  grand  bac  au  passage  d’eau de  Hermalle, devant  Visé, et  j’entrai  en  jouissance le  premier  janvier  1814.

Je  ne  parlerai  point  du  préjudice  qui  ne  fut  fait  la  nuit  du  18  au  19  janvier  par  des  individus  qui  s’avisèrent  de  fracturer  mon  bateau et  de  le  faire  couler  à  fond, ils  s’imaginèrent  sans  doute  se  soustraire  au  passage  des  trouppes  qui  allaient  être  fréquents, puisque  c’était  alors  que  les  français  effectuaient  leur  retraite  poursuivis  par  les  armées  Alliées, mais  le  10  février suivant, Mrs  les  maires de  Hermalle  et  de  Visé, après  m’avoir  ordonné  de  faire  relever  le  bac / car  il  avait  resté enfoncé  sous  l’eau  jusqu’à  cette époque / et  de  le  raccommoder, me  le  firent  conduire, ledit  jour,  devant  Visé, pour  y  passer  conjointement  avec  les  bateliers  de  Visé et  d’Argenteau, jour  et  nuit  toute  la  correspondance  des  armées, la  cavalerie, l’infanterie, etc. … L’âpreté  du  froid  couvrait  dans  ces  moments  la  rivière  de  glaçons, ce  qui  m’occasionna  beaucoup  de  frais, tant  par  le  nombre  plus  considérable  d’ouvriers  que  je  devais  employer que  par  la  grande  déterioration  faite  à  mon  bateau.

Cette  manœuvre  gratuite  ne  cessa  que  le  premier  avril 1814  jour  où  fut  achevé  le  pont  qu’on  avait  ordonné  de  jetter  sur  la  Meuse ; le  maire  m’enjoignit  alors  de  faire  remonter  le  bac et  une  autre  nacelle  que  j’avais  été  forcé  d’y  joindre  au  rivage  d’Hermal, mais  vu  la  construction  du  pont  par  lequel  tout  pouvait  passer  gratuitement, mon  passage  fut  totalement  paralysé  et  pour  ainsi  dire  nul, de  sorte  que  pendant  un  espace  de  quatre   mois et  d’avantage  je  n’ay  reçu  aucune  rétribution  de  ma  reprise.

Ce  simple  allégué  suffit  sans  doute  pour  vous  convaincre, Monsieur, que  pendant  les  deux  trimestres de  cette  année, dont  j’ai  dû  acquitter  le  1er  d’avance  au  gouvernement  français, je  n’ai  pu  gagner  de  quoi  subvenir  aux  besoins  de  ma  famille ; qu’au  contraire  j’ai  fait  beaucoup  de  frais  qui  ne  pourront  se  compenser  que  de  longtems  avec  le  petit  bénéfice  que  je  retire  du  passage  qui  m’est  confié.

J’espère, Monsieur, que  vous  vous  attendrirez  sur  mon triste  sort, que  vous  l’allègerez  en  me  gratifiant  pour  le  3eme  trimestre et  que  vous  calmerez  par  ce  bienfait  les  inquiétudes  de  celui  qui  vous  en  aura  une  reconnaissance  hors  bornes.

Quoy  faisant,

J’ai  l’honneur  d’être  avec  un  très  profond  respect, Monsieur  le  Commissaire.

Votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. Servais  J  Discry.

Nous  arrivons  à  la  fin  de  ce  long  épisode  relatif  à  la  réquisition  de  ces  vingt  bateaux  d’Ourte qui  composèrent  le  pont  de  Visé. Je  n’ai  toutefois  pas, jusqu’à  présent,  retrouvé  l’indemnisation  proposée  aux  propriétaires. Comment  toujours, il  s’agissait  de  réquisition  militaire  très  urgente … , on  devine  que  les  pauvres  bateliers  qui  auront  récupéré  leurs  embarcations – dans  quel  état ?- attendront  pour  obtenir  satisfaction.

 

En marge de ce qui précède, René Gabriel nous donne à connaître le contenu d’un autre document très intéressant,  une  pétition – comportant  une  trentaine  de  signatures. Elle indique autant de  noms  de  bateliers  ou  propriétaires  qui  naviguaient  sur  l’Ourte  en  cette  fin  d’Ancien régime.

 

Des  bateliers  d’Ourte  en  1816.

Le  20  juillet  1816. Les  bateliers  de  la  rivière  d’Ourte se  plaignent  du  très  mauvais  état  du  chemin  de halage  depuis  Douflamme  jusqu’aux Vennes. Les  noms  des  signataires  sont, sauf  erreur :

Jean François  Fouat, F. Renard, J. Grégoire, G. Henry, Joseph Poncin, M. Honhon, J. le  baux, G. Poncin, JM Gavage, JJ. Collignon, G. Lisent, J. Ignace Halleux, François Brinbois, Hubert  Hanson, JP Gillard, Simon Grignet, Joseph petit Han, Philippe  Bomal, Poncin, Martin Boumal, JF Laguesse, F Artus, Raskin Gillard, de Amoury, L Grignet, Joseph Josset, Hubert  Leonard, W Montulet, François Minguet, Joseph Halleux et  quelques  autres …

 

Un immense merci pour tous ces documents et la masse d’informations qu’ils recèlent.

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