SOUGNE-REMOUCHAMPS ET SA REGION – VISITE ILLUSTREE

UNE VISITE ILLUSTREE ET COMMENTEE DANS LE QUOTIDIEN DE SOUGNE-REMOUCHAMPS IL Y A 100 ANS…

Remouchamps

Vous êtes cordialement invités à vivre un agréable et intéressant voyage dans le temps à la rencontre du quotidien de nos grands-parents dans notre région. Pour conduire cette excursion dans le passé, le Comité des Pensionnés de Sougné-Remouchamps recevra ce prochain jeudi 7 juin, à 14h., en la cafeteria du centre récréatif à Sougné-Remouchamps, deux guides passionnants. François Vitoux viendra vous présenter sur grand écran près de 150 cartes postales de l’Ourthe-Amblève rassemblées sur le thème de la vie quotidienne au début du siècle passé ; il sera accompagné de René Henry dont le rôle sera de commenter ces images en les agrémentant d’anecdotes et d’informations historiques qu’il distillera certainement avec ses habituels traits d’humour.

 

Vous irez ainsi à la rencontre de biens des métiers de chez nous qui, s’ils existent toujours aujourd’hui, ont désormais bien changé : les transporteurs de tout type de marchandises et de matériaux, les carriers et les tailleurs de pierre, les passeurs d’eau, les messagers et bien d’autres retrouveront ainsi droit de cité. Vous serez conviés à assister à des scènes de rues, alors bien plus animées qu’aujourd’hui, et serez incités à partager des souvenirs familiaux qu’immanquablement ces images réveilleront chez vous.

D’ores et déjà, nous pouvons vous promettre une agréable après-midi entièrement faite d’images traditionnelles et d’agréables réminiscences.

UN NOUVEAU LIVRE SUR AYWAILLE ET SPRIMONT

LE BERCEAU INDUSTRIEL D’AYWAILLE ET DE SPRIMONT

Les toutes nouvelles installations de la brasserie Elfique sont en voie de parachèvement à Raborive (Aywaille), dans un site remarquable à différents points de vue. Cette nouvelle ligne de production va incessamment voir le jour à l’ombre des somptueuses ruines du donjon de Neufchâteau-sur-Amblève et en face de la célèbre fermette dite de la Mohinette, dont Marcellin Lagarde a raconté l’histoire. Ce site est, en outre, un lieu chargé d’histoire puisque c’est sur les terres s’étendant entre Florzé, Raborive, Martinrive et Rouvreux que Jacky Jacobs (✝), René Jacobs et René Henry, les auteurs de cette étude parue dernièrement, ont localisé « Le Berceau industriel d’Aywaille et de Sprimont ». Pareille affirmation surprendra sans doute celles et ceux qui ne connaissent pas encore la richesse industrielle de ce petit territoire partagé aujourd’hui entre les communes d’Aywaille et de Sprimont mais qui, jusqu’en 1794, relevait de plusieurs seigneuries et états différents.

Carte couverture

La richesse du sous-sol, l’Amblève navigable et productrice d’énergie et la réunion des limites de ces seigneuries et de ces états furent identifiés comme de véritables atouts par d’audacieux entrepreneurs il y a près d’un demi-millénaire déjà.

Bien avant qu’on y exploite la pierre et le sable, ce petit territoire vit se développer une importante industrie métallurgique, on y exploita aussi l’alun, une matière première d’une importance capitale aux XVIIe et XVIIIe siècles. Emblève connut ensuite une importante verrerie où se fabriquaient les bouteilles à eau de Spa et à eau de Bru, produits essentiels au développement d’un très important commerce. Là ne s’arrête pas la liste des « usines » qui s’élevèrent en ces lieux : un imposant moulin à quatre roues produisit du papier, il fut même question d’y installer une manufacture de draps.

za 21Ce fut ensuite l’industrie de la pierre qui investit les lieux et ce sont d’ailleurs de magnifiques bâtiments de cette époque qui verront très bientôt grandir et se développer considérablement la brasserie Elfique. elfique-logo

Toutes ces activités dopèrent l’économie locale en réclamant aussi une main-d’œuvre importante pour acheminer, par voie terrestre et par voie d’eau, les matières premières vers ces industries et pour en transporter les produits finis.

Guidés par les auteurs, vous partirez à la découverte de toutes ces entreprises; ils vous mèneront en outre à la rencontre des étonnante facettes des personnalités qui investirent tant en ces lieux : les de Hauzeur, les Desandrouin, les Penay… et, plus proches de nous, les Marcellis par exemple. Ces représentants de grandes familles d’industriels ou de commerçants hennuyers, liégeois ou verviétois vous seront mieux connus grâce aux très nombreux documents présentés dans cet ouvrage : des pièces de procès, des actes officiels, des testaments… Vous les verrez alors comme ils étaient vraiment : de véritables précurseurs du capitalisme.

Ce nouvel ouvrage de la collection P.A.C. Aywaille est édité par la maison liégeoise Dricot, gage de qualité, il a été officiellement présenté le 5 mai dernier. Il compte 122 pages au grand format (A4) et recèle plus de 70 illustrations pour la plupart tout à fait inédites et dont certaines sont présentées en pleine page et en quadrichromie.

20161014_160851

Vous pouvez bien entendu acquérir ce livre  en versant 25€ (Frais de port inclus) sur le compte bancaire BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille à 4920 Aywaille avec la communication « Berceau industriel ».

 

POURQUOI APPELLE-T-ON « CANADAS » LES POMMES DE TERRE?

La Petite Gazette du 5 mars 2008

POURQUOI DES CANADAS ?

Monsieur Evrard-Segers, de Leignon, se pose une question qui, à mon avis, a dû, un jour ou l’autre intriguer bien d’autres personnes.

« Pourquoi mon grand-père ainsi que les personnes de sa génération appelaient-ils quasi toujours les pommes de terre des « canadas ». S’agit-il d’une variété particulière de ce tubercule ou cette appellation se réfère-t-elle à autre chose ? »

Un coup d’œil au dictionnaire de Jean Haust m’apprend que ce terme désignait d’abord les topinambours avant d’être emprunté au wallon namurois pour désigner les pommes de terre. En effet, le wallon liégeois utilise plus fréquemment le mot « crompîre ». Il y a sans doute bien d’autres choses à dire à propos de ce nom. Pourrez-vous nous expliquer ce que vous savez à son propos ? D’avance, merci.  

La Petite Gazette du 19 mars 2008

POURQUOI DES CANADAS ?

Monsieur René Brialmont, sans doute intéressé par la question posée par Monsieur Evrard-Segers, de Leignon,  lui apporte des éléments de réponse en précisant qu’il le fait « sans prétention autre que celle de posséder quelques bouquins indispensables » Voici ce que ses bouquins lui ont appris :

« Effectivement, Jean Haust mentionne « canada » comme synonyme plaisant, par référence au Namurois, de « crompîre » dans l’Est-wallon (Liège), et Eugène Dethier, dans son dictionnaire wallon de Liège et de Hesbaye, (1994), mentionne le terme comme désignant un peuplier dans la Hesbaye-Ouest, ou une pomme de terre. Georges Themelin traduit aussi canada par pomme de terre dans son dictionnaire lorrain (gaumais) de 1999. Par contre, J.B. Dasnoy (dictionnaire wallon de la province de Luxembourg, 1856), ne le mentionne pas, ni Philibert Delmotte (Hainaut,1812) ni Cambresier ( Liège, 1787). Par contre, une vieille chanson namuroise des Wallons du Wisconsin dit clairement : » Dji m’fou d’çà, dj’a dès canadas…« . Il semble donc que le terme « canada » ait trouvé racine au XIXe S. dans la région de Namur, et qu’un linguiste namurois pourrait nous en donner l’explication historique.
Quant à « crompîres », c’est peut-être le terme européen le plus ancien qui désigne une pomme de terre, si on excepte « patate ». En effet, étymologiquement, une crompîre est une « grund-peer » (en allemand : poire de terre), ou « erdapfel » (aardappel en flamand): pomme de terre, et les premières cultures de plants de pommes de terre arrivant du Nouveau Monde se situent en Allemagne au XVIe S. Ceci dit, une « pomme de terre », était à l’origine un topinambour, et Parmentier généralisa le mot « pomme de terre » vers 1770-1780 à la patate. Ce dernier terme provient du mot espagnol batata, puis patatta, copiant le terme local d’Amérique centrale, puis patate, francisé par Champlain en 1601.(Larousse -Dictionnaire étymologique et historique du français, 1964 et 1993.) »

Merci pour cette recherche et pour en communiquer les résultats d’une façon si précise et si accessible.

La Petite Gazette du 26 mars 2008

LES CANADAS

Monsieur Raymond Gillet, de Nandrin, nous adresse quelques informations :

« Dans ma région (Bouillon), les pommes de terre s’appelaient, s’appellent encore, « les canadas « et par extension la surface de culture «  la canad’yre ».

Mais à 2 – 3 villages de chez nous, elles s’appellent  «  kartouches «  ou «  trucs « ; plus loin vers le Nord-Est elles s’appellent «  krompîres ».

La Petite Gazette du 2 avril 2008

QUELQUES REFLEXIONS AU DEPART DES CANADAS

M. Jean-Pierre Dumont, de Clavier, n’est pas inconnu des lecteurs de la Petite Gazette. Souvenez-vous, il y a quelques temps, je vous avais présenté son recueil de nouvelles en wallon :  » Contes di m’payis èt d’co pus lon » qui lui avait permis d’obtenir le prix des langues endogènes décerné par la Communauté française. Il vient de se voir attribuer un autre prix, par la province de Liège cette fois, pour un nouveau recueil de nouvelles en wallon, non publié,  « Tot toûrnant lès pâdjes ». On ne sera, dès lors, pas étonné de le voir prendre la défense d’une appellation wallonne.« Je voudrais évoquer une « dérive » concernant une pomme de terre portant un nom bien de chez nous  » li Cwène di gate » connue sous ce nom dans de nombreuses régions, notamment dans le sud de la France. Or, on la trouve de plus en plus souvent dans le commerce sous le nom de  » corne de gatte », un début de francisation qui à terme  » désidentifiera » notre pomme de terre. A l’heure où l’identité wallonne est de plus en plus niée en haut lieu (Il n’y a pas de Wallons, il n’y a que des francophones (prononcez « frankeupheunes »), n’abandonnons pas les noms de nos produits du terroir.Saluons en passant l’érudition de René Brialmont, grand homme de théâtre et du théâtre wallon en particulier, dont nous avons pu voir il y a quelque temps à la télévision une excellente pièce dont l’action se déroulait à Durbuy.Quant à la chanson évoquée par madame Odile Bastin d’Odeigne,  je voudrais signaler que le chanteur Philippe Anciaux, grand prix de la chanson wallonne dans les années 70, l’avait mise à son répertoire. Elle se chante sur un air de « charleston » d’avant guerre  » Yes sir, that ‘s my baby ».  Elle évoque la vie chère et la hausse des prix (bien d’actualité encore aujourd’hui).   En résumé, « on r’monte tot, n-a qu’ l’ovrî qu’on n’ rimonte nin. » Et mon aimable correspondant de conclure avou sès mèyeûsès salutâcions walones.

La Petite Gazette du 9 avril 2008

ENCORE LES CANADAS

C’est M. Jacques Bastin, de Heyd, qui y va maintenant de quelques souvenirs :

« Je vais tout de même un rien prendre part au débat afin de rapidement exposer le peu que je sais sur cette appellation fort particulière de nos bonnes vieilles crompîres. Voici : J’ai entendu articuler ce mot Canada (que Jean Haust  signale comme acception plaisante de crompîre à la page 369 de son Dictionnaire Français-Liégeois) pour la toute première fois, en 1947, à Ouffet, par un cousin direct (né le 6 juin 1919 et vivant toujours actuellement, au même endroit, à Ouffet). Il expliquait alors, à mes grands-parents paternels, ses oncle et tante et voisins directs,  «qu’i d’vév’ aler atch’ter des canadas». N’ayant jamais entendu ce mot wallon, je fis toutefois vite le rapprochement adéquat avec crompîre.

A la fin des Années 40 (ou au tout début des Années 50?), la grande fantaisiste française Line Renaud lança la fameuse chanson : «Ma cabane au Canada», chanson qui  connut un succès qu’on peut vraiment qualifier de mondial (Un vrai «Tube», dirait-on de nos jours).

Un jour, de cette même période, alors que je campais, en compagnie d’amis liégeois, à Sy, petite localité de la vallée de l’Ourthe située entre Hamoir et Bomal, nous pûmes  constater qu’une personne originale de l’endroit, saisissant sans doute la balle au bond, avait eu la bonne idée de peindre, au fronton de la petite baraque où elle faisait ses frites, la mention  de : « La Cabane aux Canadas ».

Ce sont les seules fois où j’ai pu entendre ou voir, dans la région Liège-Ouffet-Hamoir-Barvaux,  ce mot wallon employé en tant que synonyme de crompîre. »

La Petite Gazette du 21 mai 2008

A PROPOS DES CANADAS

Monsieur André Maréchal, de Bende, vous suggère cette explication à propos de ces pommes de terre appelées « canadas ».

« Mon arrière-grand-père, Antoine Dossogne, fermier à la ferme de Bende, a tenu un journal de ce que fut son métier d’agriculteur Antoine J. Dossogne a été bourgmestre de la commune de Bende Jeneret, sa pierre tombale se trouve dans le vieux cimetière de Jeneret, à côté de l’église. Voici, sorti de sa plume, le récit de l’apparition du mildiou.

« Souvenir d’une punition de Dieu qui est arrivée au mois d’août 1845 dans tous les pays. Maladie sur la pomme de terre, presque toutes les tiges sont mortes, c’est-à-dire toutes noircies, les pommes de terre tachées d’un rouge-noir, les feuilles sont parties. On devait semer de la chaux, un setier par verge, mais cela ne fait aucun effet – chose qu’on n’a jamais plus vue ! où on pouvait avoir quatre chariots de pommes de terre, on n’a que trois tombereaux qu’on doit conserver pour planter. L’étendue de cette punition est de trois cents lieues de long et de large alors qu’on m’a dit qu’il y avait encore la même chose il y avait cent cinquante ans ! Pluie continuelle qui arrive devant la fenaison de foin et jusqu’au 25 août, on a eu cinq jours pour faner et couper le seigle, et en 1842, le 25 dont nous avons fini l’août de dur grain. Et en 1845, on n’a encore que coupé le seigle et pas seulement mis la faux dans d’autres grains. Il est parvenu pendant ce temps, de l’orage et du tonnerre qui ont des eaux, d’une grosseur, qu’on n’avait jamais rien vu de pareil. Les terres labourées ont été recouvertes d’eau qui y faisait des concavités extraordinaires et, du côté de Saint-Hubert, des villages entiers ont été ravagés par d’abondants morceaux de glace. Jusqu’à des maisons de particuliers ont été rasées par la grêle et les eaux.

En parlant des pommes de terre ci-dessus, je viens en donner mémoire à cause de la rareté et en même temps de la cherté des pommes de terre.

Comme on n’en avait recueilli que pour planter et encore que celles que nous appelons les plates qui avaient été plantées de bonne heure car surtout les plantées tard, il n’y en n’aura pas eu. Il en est venu de Liège, sur le wagon, en grande quantité, qui provenait de l’Amérique, origine de cette plante, et du Limbourg.

Le 7 avril 1846, j’ai été chercher à Terwagne, 350 kilos pour treize francs le cent kilos, moitié pour planter, moitié qu’on aurait bien mangé, mais à raison qu’elle venait d’un pays lointain, outre Saint-Hubert, nous les avons gardées pour planter. »

Et mon correspondant de commenter utilement cet étonnant récit :

« Deux références à la ville de Saint-Hubert, bien explicites quant à l’importance donnée alors, point de repère.

En plus, à un kilomètre d’ici, à Ponthoz, anciennement Pontu, le cortège transportant les restes de saint Lambert vers Saint-Hubert s’est arrêté là pour une nuit (point d’eau, fermes…) A cet endroit a été construite une chapelle, classée aujourd’hui et possédant des peintures magnifiques, propriété des Comtes Van der straten ponthoz, elle fut reprise dans la vente des biens en indivision et fait maintenant partie du domaine de M. Butzen, qui doit l’entretenir ce qu’il fait d’ailleurs très bien. »

VIEILLES CHARPENTES ET LES QUALITES DU BOIS D’AULNE

La Petite Gazette du 19 janvier 2000

QUE SAVEZ-VOUS DE LA CHARPENTERIE DES ANCIENNES FERMES ARDENNAISES ?

Monsieur J-Cl. Hendrick, de Stavelot, est, comme beaucoup d’entre vous, un passionné des choses du passé. Il me demande de vous interroger sur quelque chose qui constitue une énigme pour lui.

« Dans les anciennes fermes, il y avait souvent trois pièces en enfilade : la cuisine, la belle chambre et la chambre de derrière. Chacune de ces chambres étaient munies d’une fenêtre sur le pignon. Quasiment toujours, une poutre soutenant les solives du plafond de chacune de ces chambres repose sur la poutre linteau de ces fenêtres. Or cet endroit semble rendre la construction plus vulnérable que si elle était enchâssée dans le mur pignon, de part et d’autre de ces baies…

Un ancien « maître charpentier » pourrait-il donner la raison de ce mode ancien de construction ? »

Si oui, qu’il n’hésite surtout pas à encore à La Petite Gazette, je suis intimement convaincu que M. Hendrick n’est pas le seul à se poser cette question qui vient à l’esprit de toute personne curieuse admirant l’une de ces anciennes fermes.

La Petite Gazette du 1er mars 2000

QUE SAVEZ-VOUS DE LA CHARPENTE DES ANCIENNES FERMES ARDENNAISES ?

Monsieur Hendrick, de Stavelot, vous interrogeait sur un aspect particulier des charpentes anciennes reposant sur les linteaux des fenêtres et il se demandait pourquoi cette façon de faire. Je n’ai malheureusement pas reçu de réponse précise à ce sujet, mais des lecteurs m’ont néanmoins communiqué certaines réflexions et souvenirs.

Monsieur J. Ringlet, de Neuville en Condroz, nous dit ceci : « c’est avec plaisir et curiosité que j’ai pris connaissance de cette demande. Lors d’une voyage dans le Jura, j’ai séjourné dans à l’hôtel « La Poutre » (Cf. Guide Michelin rouge, page 229). L’origine du nom de cet établissement vient de la présence dans son restaurant d’une poutre, d’une seule pièce,  de plus ou moins 22 mètres et ne reposant que sur deux appuis. Si, un jour, Monsieur Hendrick passe dans cette région, je lui conseille d’aller l’admirer. »

Madame Dehossay, de Comblain-au-Pont, a, quant à elle, extrait ce texte de son imposante documentation :

« Un de mes cinq frères, Albert Dehossay, a été fermier à Xhout-si-Plout Malempré, voici ce qu’il écrivait à Monsieur Detaille (fondateur des excellents Echos de Comblain), en mars 1977. Il fut l’un des collaborateurs de M. Detaille et même, pendant quelques années, administrateur du Musée de Comblain.

Des poutres qui transmettent.

L’aulne est un bois tendre mais il est très dur quand il est coupé « so deûre leune » d’août. Etant fermier en Ardenne, je faisais mes balais d’étable moi-même. J’allais couper mes « rinmes », jeunes pousses d’aulne, dont on fait les balais) toujours au même endroit. Certains duraient, d’autres pas. J’en parlai un jour à un vieil Ardennais qui me demanda si je les coupais « so deûre leune » ou « so tinre leune ». Il me dit que je devais les couper le plus près possible de la pleine lune, « so deûre leune », la nouvelle lune étant « li tinre leune ». Je fis comme il me dit et c’était vrai. L’aulne doit être coupé « so deûre leune » d’août pour être dur comme le chêne ; il en est de même pour avoir des cadres à rayons qui ne « travaillent » pas dans les ruches d’abeilles. Attention, l’auteur parle bien de « couper » et non de placer. De nombreux parquets et poutres des châteaux-forts étaient recouverts avec ce bois « al mézon » (Vaux renard). Etaient désignés par « Maison » de gros bâtiments, plus ou moins carrés, qui se situaient entre le château-fort et le château de plaisance, c’étaient des maisons fortes. »

Au témoignage de son frère, Madame Gabriel-Dehossay ajoute ceci : «La famille Gabriel a exploité la ferme de Paradis-Harzé, de 1901 à 1963. Cette métairie a été construite en forme de petit château il y a près de 400 ans. Sur le seuil du jardin, gravé dans la pierre, on peut lire 1626. Chaque année, au temps de la fenaison, quand le fenil de la grange est rempli, sur la poutre maîtresse du toit, on peut lire, marqué à chaud : « Je suis aulne, celui qui m’a coupé connaissait ma saison ». Ainsi c’est vrai que le bois d’aulne coupé sur la « deûre leune » d’août est dur comme le chêne puisqu’on en parlait déjà, in y a 400 ans. »

Peut-être que ces quelques réflexions et surtout le manque de réponse précise à la question posée inciteront certains d’entre vous à nous dire ce qu’ils savent à propos des vieilles charpentes ? Allons, ce que vous savez nous intéresse ; confiez-le-nous.

La Petite Gazette du 17 mai 2000

DU NEUF A PROPOS DES  VIEILLES CHARPENTES

Souvenez-vous, nous avons, il y a quelque temps déjà, évoqué l’utilisation du bois d’aulne et des précises conditions à respecter lors de sa coupe. Monsieur Gaston Hankard, de Aye, nous a, lui aussi, apporté quelques précisions à ce sujet :

« Il y a plus de 50 ans, un habitant (déjà d’un certain âge) du village était venu couper des manches en plein été… ma curiosité me fit lui demander pourquoi il venait chercher des manches à cette saison ? Sa réponse fusa en ces termes : l’aulne se coupe lors de la dure lune, entre les deux Notre-Dame, c’est-à-dire en le 15 août et le 8 septembre. Il en va de même pour bouturer certains arbustes. »

J’ai également entendu parler, poursuit mon correspondant, qu’une poutre en bois d’aulne se trouverait sur une entrée de cour à la Trappe St-Remy de Rochefort qui porterait une inscription ; mais je n’ai jamais pu vérifier cela ! »

Nous en saurons peut-être davantage grâce aux lecteurs de La Petite Gazette !

La Petite Gazette du 7 juin 2000

LES VIEILLES CHAPELLES DE NOS CAMPAGNES ET DE NOS FORETS

   Monsieur André Fagnoul, de St-Séverin, vous lance un appel à propos de ces vieux monuments, vestiges de la piété et de la ferveur populaires de nos aïeux.

« Construites souvent dans des endroits isolés, campagnes ou bois, ou encore le long des routes ; c’est à nous, lecteurs de La Petite Gazette, qu’il revient de faire revivre et parler ces édifices.

024

 

 

 

 

Dans le bois de Maynery St-Séverin ou Aux Houx, se trouve une chapelle construite au XVIIe siècle. Je ne sais à qui elle est dédiée. Quand j’étais jeune, avec mes parents, nous  y allions souvent.

A l’intérieur, au-dessus de l’autel, était écrit « Oh ! Marie conçue sans péchés, priez pour nous qui avons recours à vous. » A droite, un bougeoir à sept branches, à gauche, le « Je vous salue Marie » ; au milieu, un prie-Dieu, au mur, des deux côtés, des remerciements pour des grâces obtenues et un petit tronc. Il y a cinq ou six ans, cette chapelle a vu le passage de vandales ; tout a été détruit, il ne restait que les quatre murs, et encore ils étaient abîmés. Avec le curé du village, l’abbé Bienvenu, et mon voisin, Léon Lallemand, nous avons tout reconstruit et restauré.

Seul l’Ave Maria et le banc prie-Dieu étaient encore intacts. Parmi les remerciements cassés en petits morceaux, j’ai retrouvé un fragment portant la date de 1693, ce qui me fait penser que cette chapelle a pu être élevée au dix-septième siècle. Elle est accessible par la rue du moulin de Falogne, cent mètres plus loin que le moulin, à droite, se trouve l’entrée du bois ; il vous suffit de longer la prairie pendant une centaine de mètres et vous la verrez, à droite, blottie dans la verdure. Malheureusement, nous avons dû la protéger en plaçant des grillages métalliques cadenassés devant la porte et les fenêtres. »

025 La chapelle restaurée en 1995 par l’abbé Bienvenu et MM. Léon Lallemand et André Fagnoul

     Qui pourra nous apporter des renseignements sur cette chapelle, son histoire, qui l’a fait édifier, à qui était-elle dédiée, quel culte y était rendu ? Comme d’habitude, tout ce que vous savez nous intéresse. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 21 juin 2000

LE BOIS D’AULNE ET SES ETONNANTES QUALITES

   Monsieur Robertt Heiderscheidt, de Modave, me dit être très intéressé par tout ce qui touche au bois et, comme il a lu que nos évoquions les qualités de l’aulne, il nous communique ce qui suit :

«Cet arbre sans intérêt qui pousse au bord des rivières, je dis sans intérêt car il ne se conserve pas, il ne chauffe pas, il est juste bon à porter des graines qui font le bonheur des tarins ; mais c’est méconnaître ses qualités qui ont servi les bâtisseurs d’antan.

C’est ainsi qu’il y a une cinquantaine d’année, dans un château de Vyle-Taroul, les propriétaires ont fait abattre une aile du bâtiment pour réduire les frais d’entretien et les charges foncières. Un voisin en avait reçu les bois de charpente pour en faire du bois à brûler. Malheureusement pour lui, il n’a rien su en faire. Aucun outil n’a permis d’en débiter un morceau. Il en a fait un tas dans le fond du jardin et y a mis le fu, content de s’en débarrasser. Son aventure lui a quand même appris une chose : le charpentier, maître d’œuvre, avait gravé au ciseau sur une poutre : « Celui qui ne connaît pas mon époque ne connaît pas ma durée. »

Un vieux charron de mes connaissances m’a dit un jour que l’aulne remplaçait avantageusement l’acacia parce que plus léger, pour autant qu’il ait été coupé entre les deux « Sainte-Marie » ; ce qui rejoint ce qu’en disait un autre lecteur. »

Il s’agit effectivement d’une réalité bien connue et souvent rapportée. Connaissez-vous d’autres essences de bois aux qualités étonnantes ou particulières ? Tout ce que vous savez à ce sujet nous intéresse.

La Petite Gazette du 6 septembre 2000 

QUAND IL EST A NOUVEAU QUESTION DU BOIS D’AULNE

    Monsieur Heidencheidt, de Modave, revient sur les propriétés particulières de l’aulne : « Il me revient à l’esprit d’avoir rencontré, il y a une cinquantaine d’années, un transport de bois. Il s’agissait en fait de fagots de bois d’aulne qui étaient destinés à la Poudrerie de Neuville-en-Condroz. Je me suis laissé dire que l’aulne entrait dans la fabrication de la poudre. S’il en était ainsi, ce bois n’a pas toujours été laissé pour compte. »

Cet intéressant souvenir m’intrigue, vous aussi j’imagine. Quelqu’un pourra-t-il nous expliquer en quoi le bois d’aulne entrait-il dans la fabrication de poudre ? Je suis très impatient de vous lire.

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

A PROPOS DU BOIS D’AULNE

   Vous vous souviendrez certainement des interrogations d’un de mes lecteurs à propos d’un transport de fagots d’aulne destinés à une poudrerie… Comme les questions posées dans La Petite Gazette restent très rarement sans réponse, vous ne serez pas surpris d’apprendre que, déjà, M. De Tender, d’Embourg, m’a fait parvenir de nombreuses informations sur la question.

« Les fagots que M. Heidenscheit a vu conduire à la poudrerie étaient peut-être de la Bourdaine, qui peut s ‘appeler aussi « aulne noir » ou « bois à poudre » et, en latin, « frangula alnus ».

Dans « Le Guide des arbres, du Reader’s Digest, M. De Tender a lu « Le bois de bourdaine a été longtemps recherché pour le charbon de bois qu’on en obtenait, qui, très pur, entrait dans la composition de la poudre à canon. »

Et mon passionnant lecteur de poursuivre : « Il y a vingt ou trente ans, j’ai entendu parler d’aunettes dont on formait des fagots pour les poudreries. Il ne s’agissait pas de branches coupées à des arbres, mais de pousses provenant d’arbustes buissonnants que l’on coupait avant qu’ils ne soient bien grands et qui rejetaient de souche. Ces aunettes poussaient sur les terrains qui entouraient des captages de la Compagnie Intercommunale Bruxelloise des Eaux. Ces terrains sont destinés à protéger la pureté des eaux, et le bétail, les engrais et les grosses machines en sont donc exclus. Les « aunettes » dont la culture est peu exigeante convenaient donc bien comme plantations autour des captages. » M. De Tender engage les habitants de Modave à interroger les anciens à propos de ce qui se passait sur les terrains avoisinant les captages de la CIBE ; mais on pourrait tout aussi utilement s’intéresser aux captages réalisés ailleurs.

Qui mènera l’enquête ? Qui nous apportera d’autres renseignements à ce sujet ? Je ne doute pas qu’il existe parmi vous de fins limiers qui, bientôt, auront des tas de choses à nous apprendre sur ce bois d’aulne utilisé dans les poudreries. D’avance je les en remercie.

La Petite Gazette du 21 novembre 2000

QUAND IL EST A NOUVEAU QUESTION DU BOIS D’AULNE ET DE SES EXTRAORDINAIRES QUALITES

   Monsieur R. Heidencheidt, de Modave, nous a entretenus, il y a quelques semaines, de l’aulne et de ses applications en poudrerie. Il revient sur le sujet.

« Je suis heureux d’apprendre que le scepticisme qui régnait autour de mes dires au sujet de l’aulne et de la poudre noire soit relativement aplani.  J’ai cru un moment devoir douter de la parole de mon transporteur (cf. La petite Gazette de la première semaine de septembre 2000).

Il m’est revenu à l’esprit que, durant l’hiver 1940 – 1941, je me suis trouvé plusieurs jours chez ma sœur, à Casteau. Elle habitait une maison à l’écart ; au bout du jardin, il existait une plantation d’aulnes que l’on éclaircissait en coupant les plus gros montants. Ceux-ci étaient mis en fagots et empilés, prêts à être transportés.

Quelle ne fut pas notre surprise en voyant, un jour, arriver deux Allemands qui examinèrent les tas de fagots et en ont fait l’inventaire.

Ceci dit, je suis né dans la vallée de l’Ourthe et Dieu sait si les berges regorgent d’aulnes ! Je ne conteste pas les dires de M. de Tender (cf. La Petite Gazette de la dernière semaine de septembre), mais je maintiens que le bois dont je parle est bien de l’aulne. Je connais un arbuste à écorce noire appelé « bois noir », mais il n’a rien de commun avec l’aulne. J’espère, conclut M. Heidencheidt, qu’on éclaircira un jour cette amusante énigme. »

Chers lecteurs, il ne tient qu’à vous…

La Petite Gazette du 31 janvier 2001

QUAND IL EST A NOUVEAU QUESTION DU BOIS D’AULNE

Nous en avons déjà parlé à diverses reprises, mais, comme au sein des lecteurs de La Petite Gazette, il en est beaucoup qui aiment à mener des recherches pour tenter de répondre à un maximum de questions posées, voici ce que Monsieur Raymond Gillet, de Nandrin,  a découvert :

« J’ai tout simplement, m’écrit-il, repris les définitions données par le Larousse Universel de 1972 :

aune ou aulne : nom masculin (lat. alnus). Genre de castanéacées, comprenant des arbres à bois léger des régions tempérées humides. Syn. Verne ou Vergne.

Encycl. L’espèce type de ce genre est l’aune visqueux (alnus glusitona), répandu dans toute l’Europe et la Sibérie, et qu’on appelle aussi verne. Le bois de l’aune, susceptible de recevoir un beau poli et prenant bien la couleur noire, est très propre à l’ébénisterie. Résistant longtemps à l’action de l’eau, il peut être employé  dans les constructions hydrauliques. L’écorce de l’aune est astringente et peut servir au tannage des cuirs. Combinée avec quelques préparations ferrugineuses, elle fournit une couleur noire dont les teinturiers, et surtout les chapeliers, font usage.

026

l’aune visqueux

 

Bourdaine ou bourgène : nom féminin. Arbuste du genre nerprun (M. Gillet ajoute, bien à propos, que cela équivaut à prune noire), que l’on désigne vulgairement sous le nom d’aune noir et dont le bois, réduit en charbon, sert à la fabrication de la poudre de chasse : la bourdaine croît dans les forêts humides. (l’écorce de bourdaine est employée en médecine comme laxatives »

Merci à Monsieur Gillet pour son intéressante communication.

Puisque nous parlons de bois, j’aime reprendre ici une partie d’un envoi de Monsieur Hendrick, de Stavelot, qui évoque, comme cela avait été fait pour l’aulne, un vieux précepte relatif aux dates à respecter pour couper telle ou telle essence de bois. Mon correspondant m’a transmis un extrait du Sillon Belge du 3 mars 2000 dans lequel on peut lire, sous la signature de M. Vanhoren, d’Erezée : « Dans un vieil ouvrage sur la construction des cathédrales, j’ai lu que le bois destiné à leur charpente était abattu le dernier jour de la lune montante, à la lueur des torches. Ce qui, affirme l’auteur, les préservera de l’attaque des vers. » Cet habitant d’Erezée poursuit son courrier en expliquant qu’il a tenté l’expérience en 1976 avec un hêtre et qu’il n’a eu qu’à se féliciter du résultat.

Vous sera-t-il possible de m’aider à rassembler tous ces vieux préceptes recommandant les périodes ou les dates recommandées pour couper les bois ? Il me semble qu’il serait très intéressant de réaliser cet inventaire et, surtout, de vérifier si des constantes se dégagent ou, a contrario, si les principes à respecter changent de région en région.

La Petite Gazette du 7 mars 2001

DU BON USAGE DES BOIS

   Il y a déjà pas mal de semaines, suite aux informations recueillies sur le bois de saule, je vous demandais de me faire parvenir ce que vous saviez sur le bon usage des diverses essences de bois ; à quels usages les destinait-on ? quand est-il recommandé d’abattre certaines essences ?… Monsieur André Dethier, de Méan, vient de m’adresser un courrier abordant la plupart de ces sujets. Commençons-en la lecture/

« Il y a bien longtemps, bien avant que l’usage de la télévision (elle n’existait pas encore) ne détruise les liens d’intimité qui unissaient toutes les familles campagnardes et qui étaient l’essence même des communautés des petits villages condruziens et ardennais. Le soir, il était de coutume d’aller à la soirée (al’sîze) chez l’un ou l’autre. Les vieux parlaient volontiers de leurs jeunes années et des souvenirs, bien vivants dans leur mémoire, des coutumes et croyances d’autrefois.

Il fut un temps où les phases de la lune avaient une grande importance sur la vie rurale pour ces gens qui vivaient près de la terre et des réserves de la nature. Ainsi, il y a près de soixante ans, pendant l’une de ces soirées éclairées seulement par la lueur du feu du poêle duquel, par économie, le couvercle était gardé entrouvert, un ancien racontait que, dans sa jeunesse, les vieux de cette époque lui disaient, alors qu’il était ouvrier carrier, que les manches des maillets en acier utilisés par les tailleurs de pierre devaient être faits du bois de cornouiller coupé durant la « dure lune » (la lune descendante). N’y croyant pas trop, il coupa donc douze manches pendant la « tendre lune » (lune montante), appelée ainsi par comparaison avec les végétaux qui sont plus tendres quand ils poussent, et douze autres pendant la « dure lune », dans le même buisson de cornouiller. Il les mit tous à sécher dans le fenil durant un an. Les manches pris pendant la lune montante se brisaient rapidement tandis que les autres duraient très très longtemps. Lancé sur le sujet, un autre dit que les semis, pour une rapide germination, devaient être faits pendant la « tendre lune » et la récolte, particulièrement des fruits, devait être faite lors de la « dure lune », leur conservation étant plus longue. »

Pour prolonger le plaisir trouvé lors de cette veillée, je vous propose d’en redécouvrir les participants la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 21 mars 2001

DU BON USAGE DES BOIS

   Monsieur André Dethier, de Méan, nous a conviés, toutes et tous, à une extraordinaire veillée durant laquelle il fut largement question du bon usage des bois ; après une petite interruption (due à l’abondance des sujets traités pour le moment) nous le retrouvons avec grand plaisir :

« J’ai vu, dit alors un autre participant à cette veillée, à la ferme de Leuze (Somme-Leuze), une inscription gravée dans le sommier qui supporte les charpentes du plafond « Qui m’a coupé connaissait ma saison ». Cette poutre était taillée dans du bois d’aulne. Il paraît que la bonne saison se situe entre les deux Notre-dame, entre le quinze août et, probablement, les environs du quinze septembre. Alors, l’aulne, qui est un bois tendre, devient très dur et d’une longévité exceptionnelle. Cette ferme fut vraisemblablement construite au cours du XVIIe siècle.

La conversation lancée sur l’usage du bois, m’appris que les fonds des tombereaux, pour éviter qu’ils ne pourrissent trop tôt, devaient être faits avec des planches de saule ; elles peuvent être saturées d’humidité sans dommage ! Quant aux roues, pour être très solides, le moyeu devait être fait de bois de chêne, les rais en bois d’acacias (robinier) et les jantes en bois de frêne pour son élasticité. Tandis que les râteaux servant à la fenaison étaient fabriqués avec du bois de saule marsault, les manches des cognées l’étaient en bois de merisier, les manches fabriqués en bois de frêne sont très solides, mais « durs aux mains » alors que ceux en saule, quoique moins solides, mais plus doux et plus légers, étaient préférés pour certains outils à cette époque où tous les travaux étaient manuels. »

Si certains d’entre vous restent sceptiques quant à ce qui pourrait leur apparaître comme étant des croyances de jadis, je leur conseille vivement de découvrir le témoignage suivant, transmis par M. Marc Tondeur, d’Esneux.

« J’ai vécu pendant 13 ans au Nicaragua, où j’exerçais la profession de vétérinaire, et ce jusqu’en 1995. Mon frère, agronome, y vit toujours. C’est amusant de comparer des pratiques populaires très similaires, comme celle qui consiste à tenir compte de la lune pour couper son bois de construction. Au Nicaragua, les campesinos qui veulent remplacer leurs piquets de clôture se gardent bien de le faire sans choisir le moment. E bois coupé en dehors des périodes propices (une certaine phase de la lune) se « pica », c’est-à-dire qu’il est attaqué rapidement par les vers. Certains insectes xylophages font correspondre certaines phases de leur cycle avec celui de la lune, ce qui donne un début d’explication scientifique à ce qui pouvait passer pour de la superstition.

Hélas, poursuit mon passionnant correspondant, le « bon sens populaire » a tendance à faire des extrapolations indues. C’est ainsi que la castration des taurillons doit se faire impérativement un jour après la pleine lune, sans quoi on a tous les problèmes : infection, hémorragie, dépérissement et même mort de l’animal. J’ai pratiqué des centaines de castrations de toutes sortes d’animaux : chevaux, bovins, boucs, gorets, chiens, chats et même poulets sans jamais rien constater de tel. Je n’ai pas d’indications que ces croyances soient connues ici, mais je connais très mal la Belgique où j’ai vécu très peu de temps. Si vous avez des références à me donner concernant les pratiques « magiques » concernant l’élevage, je vous serai reconnaissant de me le faire savoir. »

Un tout grand merci pour ce témoignage relatant un vécu d’outre océan ! Vous avez lu l’appel de M. Tondeur, comme d’habitude, je compte sur vous pour y répondre et pour nous confier les rites ancestraux employés dans l’élevage jadis.

LA TRAITE DES VACHES A LA MAIN

La Petite Gazette du 14 janvier 2009

QUAND TRAIRE SE FAISAIT A LA MAIN… UN RAPPORT PUISSANT ENTRE L’HOMME ET LA BÊTE.

Madame Viviane Bultot, de Dolembreux, évoque pour nous un geste ancestral qui permit de nourrir des générations entières…

«Chaque vache possède un prénom (Mignonne, Charmante…), se reconnaît, reprend sa place à l’étable (Allez comprendre comment ?). Chaque troupeau a un chef qui, à chaque déplacement, prend la tête.

Il y a 50 ans, la plupart des fermiers ne possédaient pas de machine à traire, tout se faisait à la main. A cette époque, la plus grande partie des fermes ne comptaient que 7 ou 8 vaches et étaient déjà considérées « riches » ! Très souvent, elles tournaient aux bons soins de la fermière, le fermier travaillait, en complément, comme salarié. Il était maçon, cantonnier, bûcheron…

Il appartenait à la fermière d’assumer le quotidien tout en élevant, très souvent, une grosse famille. Elles n’étaient pas rares les familles de 4 à 8 enfants ! La vie était très rude, parfois abrutissante, en raison de la charge de travail trop élevée pour une seule personne… mais c’était une vie saine.

Les traites étaient réalisées, comme à l’heure actuelle, deux fois par jour. Dès l’aube, la fermière s’en allait avec son chien, en poussant une charrette divisée en trois ou quatre parties pour y placer les cruches à lait, le seau et le passêt, petit tabouret court sur trois pieds.

001

 Jean-Pol Bultot, (le frère de ma correspondante) et les chiens Camelle et …

 

Il fallait compter de 15 à 30 minutes par vache suivant ce que la bête donnait. Je me souviens d’une vache (Brunette) qui donnait 32 litres de lait en deux traites, elle faisait la fierté de la ferme. La technique consistait à tirer sur la mamelle tout en exerçant une pression. Le jet était parfois très puissant, le bon lait arrivait en moussant dans le fond du seau. Deux mamelles étaient vidées en même temps, dans un joli chassé-croisé. Personnellement, je n’y suis jamais arrivée – ne riez pas ! – c’était un art ! il fallait beaucoup de force dans les mains et de l’expérience. Bravo, je rends ici hommage à toutes ces femmes et à ces hommes qui ne baissaient jamais les bras.

002

Gislaine Jardon, épouse Bultot, de Nadrin (La maman de ma correspondante) et la fameuse Brunette

De retour à la ferme, le lait était versé dans l’écrémeuse qui séparait la crème du petit lait. J’ai encore connu l’écrémeuse à la main ; la démarrer était pénible, un véritable tour de force. Une fois lancée, on s’y relayait avec mes frères.

Toute petite, je me rappelle être descendue, avec la charrette à lait et ma grand-mère, à la laiterie du village. Cette laiterie était mise à la disposition de tous les petits fermiers qui ne possédaient pas encore d’écrémeuse. Inutile de vous dire, mais vous pouvez l’imaginer, comment tous les petits potins pouvaient rapidement circuler…

Dans mon souvenir, le laitier passait, deux fois par semaine, ramasser la crème et il apportait le solde « la quinzaine » deux fois par mois. Ah ! cette bonne crème qui nous servait à tout et surtout dans la bonne  trulèye. »

La Petite Gazette du 12 février 2009

DES SOUVENIRS DE LA VIE A LA FERME

Mademoiselle H. Dumont, de La Gleize, a pris du plaisir à lire les souvenirs de Mme Viviane Bultot. A son tour, elle se souvient :

« Avant la guerre, mes parents aussi avaient une petite ferme. Mes deux sœurs et moi, nous avons appris à traire les vaches. Etait-ce par plaisir… ou pour aider nos parents selon la nécessité ? Les deux probablement !

Nous avions une vache appelée « la bleue », vu son pelage gris bleuté parmi les autres « pie-noire ». Parfois, la Bleue ne donnait presque pas de lait. Pourquoi ? Eh bien, je l’ai vue un jour se traire elle-même ! Elle bombait un peu le dos, soulevait une patte de devant, passait sa tête sous le ventre pour se téter… se traire elle-même. Nous ne l’avons pas gardée. Elle était bonne pour la boucherie !

Une autre fois, ma jeune sœur et moi, pour nous amuser, avons voulu traire la même vache : une bien brave bête sans aucune malice. Nous nous sommes installées sur nos petits « passèts », une de chaque côté de la vache pour la traire. Imaginez la scène… Pauvre bête tiraillée à gauche et à droite par des mains malhabiles ! Nous avions peut-être 7 et 9 ans. La vache a bombé le dos, très lentement ; elle a soulevé ses pattes de derrière et, d’un bond, elle est passée au-dessus de nous, sans nous toucher, sans renverser nos seaux. Nous nous sommes retrouvées face à face, en riant probablement. »

Bientôt d’autres souvenirs de Mlle Dumont que nous remercions de nous ouvrir sa mémoire.

La Petite Gazette du 18 février 2009

ENCORE EN MARGE DE LA TRAITE A LA MAIN

Mademoiselle H. Dumont, de La Gleize, nous a déjà gratifiés de quelques souvenirs liés à l’évocation dans la Petite Gazette de la traite manuelle des vaches. En voici encore un, qui nous conduit en juillet 1940.

« Ma sœur aînée avait contracté la fièvre typhoïde ; donc, au village, nous étions mis « en quarantaine » à cause de la contagion. Nous avons été vaccinés et le docteur nous avait dit que nous aurions, peut-être, des réactions désagréables. Qu’importe, il fallait bien y passer !

En effet, le lendemain après-midi, nos parents ont dû retourner au lit ; ils étaient fiévreux, malades, sans appétit, sans force, au point de ne pouvoir traire les vaches en fin de journée. C’est ma jeune sœur et moi qui avons pris la relève. Le vaccin ne nous avait pas provoqué d’effets désagréables… Nous sommes allées rechercher le troupeau à l’autre bout du village pour ramener les bêtes dans la cour de la ferme et nous mettre à traire

Il faisait très chaud, les mouches étaient piquantes, les vaches étaient très agitées et elles levaient souvent la patte ! Nous avons reçu combien de coups de queue ! A 12 et 14 ans, traire les vaches dans ces conditions a dépassé nos possibilités.

Les vaches ont « retenu leur lait » ; elles nous ont donné à peine la moitié d’une traite normale. Je me souviens avoir pleuré en trayant… Après ce travail, disons « bâclé », ce n’était pas fini… Il fallait d’abord reconduire les bêtes en pâture ! Un voisin, qui avait sans doute pitié de nous, nous a gentiment proposé de les mettre, dans son pré, juste à côté de notre ferme, jusqu’au lendemain quand nos parents seraient de nouveau sur pied. Merci cher voisin ! »

Vous aussi vous pouvez nous transmettre vos souvenirs liés à ces gestes d’hier ; il serait malheureux qu’ils sombrent dans l’oubli le plus total… Il n’y a pas que la traite manuelle, vous pouvez nous parler de ce temps où l’eau ne coulait pas de robinets si nombreux aujourd’hui dans nos maisons et qui donnait une importance étonnante au bain hebdomadaire dans la tine en galvanisé. Vous pouvez également évoquer les souvenirs des conserves familiales avant l’avènement des congélateurs ou des supermarchés du surgelé. Si vous y pensez un peu, vous trouverez bien d’autres domaines, souvent strictement domestiques, qui ont connu bien des bouleversements grâce aux innovations techniques, ne citons que la lessive pour illustrer notre propos.

Je compte sur vous pour faire revivre dans les colonnes de la Petite Gazette ces gestes quotidiens si communs il y a seulement deux générations et qui apparaissent, aujourd’hui et à juste titre, comme appartenant à des temps à jamais révolus. N’oubliez pas d’illustrer vos propos, si cela est possible, de photographies ou d’autres documents. Aidez-moi à voyager dans le quotidien de nos parents et grands-parents.

La Petite Gazette du 11 mars 2009

UNE VACHE EXCEPTIONNELLE

Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, se souvient d’une vache vraiment   exceptionnelle :

« L’évocation de la traite à la main dans les colonnes d’une récente Petite Gazette a remémoré chez moi quelques souvenirs lointains. En effet, ce que je vais vous conter s’est passé dans les années 1930 lorsque mes parents avaient pris en location une ferme de 13 hectares à Regné. Papa étant plutôt cultivateur, c’était à maman, aidée par ses filles, à s’occuper du petit troupeau de six à sept vaches.

Parmi ces dernières, l’une sortait quelque peu de l’ordinaire. Elle était de bonne conformité, mais jamais saillie par des taureaux de race, elle avait toujours des veaux de qualité (genre cul de poulain). Son rendement en lait était exceptionnel et elle était très facile à traire.

La bête, de race « noir et blanc » avait un petit défaut, elle boitillait légèrement d’un pied (accident ou malformation). A cause de cela, on lui avait attribué le nom de « Chalèe », en bon patois de haute Ardenne : « boiteuse ». Lorsqu’elle se trouvait en prairie, il suffisait de l’inviter par ce nom pour qu’elle obtempère promptement à l’appel. Vu son comportement, elle avait la sympathie de tout le monde.

003

 

 

 

La brave Chalèe, à Regné, dans les années 1930

 

La « Chalèe » fera partie du troupeau pendant de longues années. Ses descendants seront du même acabit.

Personnellement, à 17 ans, je m’engagerai dans la traite manuelle des vaches quoique la chose ne  m’enchantât pas trop. La seule de mes sœurs restant dans l’exploitation me facilitait la tâche en me confiant les laitières les plus douces.

En 1953, lorsque je quittai la profession pour engager mon avenir dans un autre domaine, je découvris un matin, en entrant dans l’étable, une vache vêlée depuis deux jours morte probablement à cause d’une trop forte abondance de lait (tétanie ou fièvre de lait). C’était une descendante de la vieille « Chalèe », son nom était « Djolèe » (jolie) ; perte sèche car aucune indemnisation n’était prévue, mais aussi, un peu, perte sentimentale. »

La Petite Gazette du 25 mars 2009

SOUVENIRS DE LA TRAITE A LA MAIN…

Le geste ancestral de la traite à la main a fait ressurgir bien des souvenirs … chez les lectrices surtout. Pour bucoliques que soient ces réminiscences du passé, elles n’ont pas laissé que des souvenirs heureux…

Mme S. Kaye, de Marche-en-Famenne,  réagit : « A mon humble avis, je pense qu’elles sont rares les personnes qui, aujourd’hui, pensent que la belle époque a vraiment existé…

Comme cadeau, à 18 ans, chaque matin à 7 heures et, plus tard, vers 17h30, deux vaches à traire, les plus jolies de la série de sept, Rosette et Rosalie. Samedi et dimanche, repos dominical … Cinq jours pour ma mère, c’était assez ! Le week-end, c’était mon père !

Le matin, c’étaient les gouttes de lait tombant dans le seau qui me réveillaient ; le soir, elles m’endormaient.

004

Le Doyard, Gros Chêne, par Havelange

 

Vieux foulard sur les cheveux, déchets de corde pour lier la queue, vieux seau lavé en fer… Les plus joyeux, c’étaient les chats qui attendaient que le seau soit rempli de lait. Leurs manies déplaisaient à ma mère.

Ayant passé la semaine, parfum de lait et soir de Paris, j’étais contente de trouver un tuyau d’arrosage et une vieille bassine dans laquelle les vaches buvaient. Savon Sunlight à volonté. L’été cette pratique était plus régulière et l’eau se troublait, le bétail ressentit un petit malaise. Mon père vida la bassine et y remit de l’eau propre. L’hiver, la bassine devenait ma patinoire…

Dj’in veu c’on sôre, motte lès vatchs al min, lès bèrbis ôssi, po avou bon lèssè ! boûrre èt cras stoffè à volonté.

 La Petite Gazette du 1er avril 2009

LA TRAITE DES VACHES A LA MAIN…

Les souvenirs se bousculent en pagaille, certains quelque peu amers d’autres franchement amusants…

Ceux de Mme Maria Lambotte sont plutôt à ranger dans la seconde catégorie :

«J’ai pris bien du plaisir à lire les souvenirs de la vie à la ferme. Et si, naguère, le fossé était plus creusé entre les campagnards et les gens de la ville, la petite paysanne en dessous de ses vaches fait encore rire aujourd’hui. Jugez plutôt.

Un jour, je suis amenée à consulter un rhumatologue qui m’interroge pour établir mon dossier.

Avez-vous déjà été opérée ? 

– Oui, pour une fracture du plateau tibial, on a posé une tige et deux vis.

– Vous aviez fait une chute ?

– Non, c’est suite à un coup de pied de vache !

 Oh ! oh ! fait le médecin étonné, mais je ne m’étends pas là-dessus, les médecins sont pressés.

– Puis une fracture de l’humérus ou j’ai eu des broches, mais cela c’était plus conséquent.

Et le docteur, amusé : « Oh oui, c’était le taureau… »

Mais revenons à la ferme de mes parents, où on finissait la traite par la petite étable. Maman trayait déjà et n’avait pas éclairé. Je ne pris pas non plus la peine d’allumer bien qu’il fasse sombre. Je pose mon passet et m’installe avec mon seau sous la première vache. Au moment de saisir le pis, mes mains tombent dans le vide et, sans réfléchir, je veux le saisir plus haut. C’est alors que mon sang se glaça dans mes veines parce que je m’aperçus, horrifiée, que j’étais bel et bien assise avec mon seau en dessous du taureau ! La peur au ventre, je me suis faite toute petite et très discrète pour me sortir de cette fâcheuse position. Aucune réaction de l’animal, peut-être dormait-il ? L’explication de ma méprise me vint par la suite : Papa, pendant la journée, avait changé les bêtes de place !

En conclusion : le tibia en trayant, l’humérus en fanant et le taureau qui aurait pu être très méchant et après tot çoulà, on vik’ co ! »

La Petite Gazette du 8 avril 2009

LES TRAVAUX DE LA FERME ET LA TRAITE

Madame Françoise Schröder-Closjans, de Louveigné, nous conte, à son tour, ses souvenirs à la ferme :

« Chez mes parents, les travaux de la fenaison se faisaient en commun avec un frère de maman. Celui-ci possédait une faucheuse tirée par deux chevaux, papa ouvrait le passage en fauchant une batte à la main le long des clôtures. A midi, pour ne pas perdre de temps à dételer les chevaux, mon oncle mangeait dans la prairie. Maman préparait un paquet de tartines emballées dans du papier parchemin, un thermo de café et des tasses, elle déposait le tout dans un panier en osier que nous portions, mon frère et moi, avec la permission de partager le repas de mon oncle. Déjeuner sur l’herbe, c’était bien agréable ! Pendant ce temps, les chevaux se reposaient en mangeant l’avoine dans leur musette.

005 Ferme de Colonheid Fraipont, 1950.

En 1945, le frère de maman cessait son activité et papa a acheté une Jeep et du matériel plus moderne.

A l’âge de 7 ans, j’ai appris à traire, d’abord une vache, ensuite plusieurs. Papa m’avait fabriqué un petit passet et maman m’avait acheté un seau de 15 litres en fer étamé. Pendant les vacances, mon frère et moi, nous aidions nos parents pour la traite et nous trouvions cela tout à fait normal. »

006

Ferme de Colonheid 1950. C’est mon beau-frère qui trait, à côté de lui un petit voisin. Derrière la vache, une de mes belles-sœurs avec l’aîné des petits enfants.

LES GUES SUR L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS

La Petite Gazette du 7 janvier 2015

POUR TRAVERSER L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS : LES GUÉS

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est, vous le savez, un infatigable chercheur. Il aime à étudier les archives et à en extraire tout ce qui permet de mieux comprendre notre passé régional. Des archives des Ponts et Chaussées, il a extrait cet intéressant document faisant l’inventaire des gués sur l’Ourthe de Barvaux à Angleur. Il se demande cependant ce qui motiva la rédaction de ce document faisant manifestement réponse à une étude relative à un autre projet (Vous remarquerez que cet employé, au vu de la façon qu’il les écrit, ne connaissait sans doute pas très bien les lieux dont il parlait). Pourrez-vous éclairer M. Gabriel à propos de ce document ? En outre, ces anciens gués évoquent-ils pour vous des souvenirs particuliers ? Possédez-vous des informations les concernant ? Il serait vraiment intéressant de pouvoir se pencher sur les moyens de communication de jadis dans nos contrées…

« Renseignements  demandés  sur  la  position  et  l’importance  des  gués  se  trouvant  dans  les 2, 3 et  4 e lots.

1-. Gué du  Grand  Barvaux. Laisse  la  maison  de  M. Colin  à  droite, traverse  la  queue  de l’île, forme  une  ligne  oblique  au  courant  de  l’Ourthe, traverse  le  courant  du  moulin  en  aval, sert  à  la  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz passant  par  les  villages  de  Tohogne et  Wéris. Communication  qu’on  propose  de  conserver  au  moyen  de  pont  fixe  sur  les  ouvrages nr 30. Ce  serait  sur  l’écluse et  le  barrage  nr 30  qu’on  proposerait  un  pont  pour  voiture  destiné  à  conserver  cette  communication  importante.

2-. Gué 700 a (aune : ancienne  mesure  de  longueur  représentant  autrefois  1 m20, supprimée  en  1840.) aval  du  précédent  contre  une  batte  appartenant  à  M. Colin  au  lieu-dit Habinet, forme  une  ligne  brisée  et  oblique  au  courant. Communication  à  l’usage  des  habitants  de  Barvaux  pour  l’exploitation  des  prairies et  de  la  culture.

3-. Gué 400 aunes en aval  barrage  nr 29, forme  une  ligne  oblique  au  courant.  Communication  de  Barvaux  à  Bomal. Le  chemin  se  trouvera  coupé  par  la  dérivation  de  l’écluse nr 29. Cette  communication  étant  indispensable  surtout  pour  l’entrée  dans  Barvaux  des  produits  de  la  culture  situés  sur  la  rive  droite  de  l’Ourthe  entre  Bomal  et  l’écluse  nr 29. On  propose  la  maintenir  au  moyen  d’un  pont  sur  les  ouvrages  nr 29.

4-. Gué  situé  à  Bomal  100 aunes  en  aval  du  barrage  nr 28. Oblique  au  courant, sert  de  communication  du  Condroz  avec  Spa et  Malmedy  par  Tohogne  et  Wéris, les  chemins  y  arrivent  presque  en  ligne  directe. Communication  à  conserver  aussi  au  moyen  des ponts  sur  les  ouvrages nr 28.

5-. Gué  en  dessous  de  la  ferme  de  Petite  Bomal, amont  de  l’écluse  nr 27 servant  à  l’exploitation  des  terrains  de  cette  ferme  qui  se  trouvent  sur  la  rive  gauche. Ce  gué  est  sur  une  ligne  oblique  au  courant.

6-. Gué  en  dessous  du  ruisseau  de  Logne, 500 aunes  amont  de  l’écluse  nr 25, est  oblique  au  courant, le  chemin  pour  y  arriver  venant  de  Verlenne (sic)  fait  beaucoup  de  détours. Ce  qui  sert  de  communication de  ce  dernier  endroit  avec  Vieux Ville.

7-. Gué  400 aunes  aval  de  Sy et  400 aunes  en  amont  du  barrage  nr 24, forme  une  ligne  brisée  au  courant. Communication  de  Verlenne  à  Filot. Ce  chemin  est  vicinal  et  forme  des  détours  pour  arriver  au  gué.

8-. Gué  en  amont  et  près  l’écluse  nr 23, il  est  d’équerre  au  courant. Ce  chemin  servant  de  communication  de  Hamoir  Lassue  avec  Verlenne, Durbuy, Tohogne et  le  Condroz  fait  plusieurs  détours  à  cause  des  montagnes. Un  pont  pour  voitures  sur  les  ouvrages  nr 24  serait  peut-être  suffisant  pour  remplacer  le  gué  et  les  précédents.

9-. Gué  à  Hamoir  Lassue  en  face  du  château de  M. Doneat servant  à  l’exploitation de  la  ferme  de  ce  château, le  gué  est  oblique  au  courant.

10-. Gué  à  Hamoir en  aval  du  pont  et  1200 aunes  aval  de  l’écluse  nr 22  est  oblique  à  la  rivière. Le  chemin  passant par  ce  gué  sert  de  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz  passant  par  les  communes  de  Filot  et  Ouffet. L’ancien  pont  indique  suffisamment l’importance  de  cette  communication  qu’on  pourrait  rétablir  commodément  sur  les  ouvrages  nr 22 ou  mieux nr 21. Les  ponts  nouveaux , serviraient  aussi, malgré  l’allongement  du  chemin, à  l’exploitation  des  fermes  de  Tabreux et  de  Renne.

11-. Gué  vis  à  vis  de  la  ferme  de  Tabreux, 800 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 21, est  oblique  à  la  rivière,  sert  à  l’exploitation  des  prairies  de  la  ferme  de  Tabreux, se  dirige  vers  Ouffet  dont  on  amène  les  produits  sur  la  rive  gauche.

12-. Gué à  300  aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 20, 10  aunes  en  amont  de  l’île  près  Fairon, est  oblique  au  courant, sert  de  communication  de  Fairon  à  Hamoir et  Xinies (sic). Serait  remplacé  part  les  ponts  à  établir  sur  les  ouvrages  nr 21.

13-. Gué  à  Comblain la  Tour  près  du  passage  d’eau, est  oblique  à  la  rivière. Le  passage  est  facile  en  été, sert  de  communication  vicinale  de  Ouffet  à  Xhoris.

14-. Gué  à  Comblain  au  Pont. Communication  d’Antine (sic)  à  Oneux et  Beaufays. Ce  gué  est  oblique  à  la  rivière. Sur  les  ouvrages  nr 17  pourrait  être  rétablie  l’ancienne  communication  du  Condroz  avec  Spa  et  par  conséquent  celle  de  Comblain   avec  Oneux  et  villages  voisins, réclamé  par  les  habitants  des  deux  rives.

15-. Gué  de  Douflamme  passant  sur  les  deux  îles  de  l’embouchure  de  l’Aiwaille (sic) (l’Amblève)  et  de  là  va  traverser  l’Ourthe  en  amont  du  pont. Sert  de  communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  par  Comblain  au  Pont.

16-. Gué  à  la  Gombe, 900 aunes  en  aval  de l’écluse  nr 13, il  est  oblique  à  la  rivière. Communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  passant  par  le  village  du  Sart. Il  est  avantageusement  remplacé  par  les  ponts  à  exécuter  sur  l’écluse  nr 13  qui  servira  de  communication  d’Esneux  avec  Poulseur  et  le  Condroz.

17-. Gué  à  Esneux  en  face  du  village  en  amont  de  l’île, forme  une  ligne  oblique  à  la  rivière. Chemin  de  Beaufays  avec  le  Condroz, est  peu  commode  et  ne  sert  que  pour  les  riverains.

18-. Gué, 1200 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 10  à  côté  de  la  maison  de  M. Damery. Ce  gué  est  fort  difficile  et  forme  une  ligne  brisée. Communication  de  Hon (?)  à  Plainevaux. C’est  par  les  ouvrages  nr 11  et  préférablement  par  les  ouvrages  nr 10  qu’on  croit  qu’il  conviendrait  d’établir  les  communications  réclamées  par  les  habitants  d’Esneux  et  villages  voisins.

19-. Gué  en  amont  de  Fechereux, 200 aunes  en  amont  du  nr 9, forme  une  ligne  brisée  et  est  très  difficile. Communication  d’Esneux à  Fechereux, impossible  actuellement.

20-. Gué à  100 aunes  du  nr 8, est  oblique  à  la  rivière et  difficile, sert  à  la  communication  de  Hony  à  Esneux.

21-. Gué  à  500 aunes  du  nr 6, forme  une  oblique. Communication  vicinale et  Tilff  à  Angleur, ce  gué  est  peu  pratiqué.

Près  de  la  borne (68) Les  ponts  qu’on  devrait  proposer  sur  l’écluse  et  les  barrages  nr 6  à  Tilff  font  l’objet  d’une  proposition  spéciale  conformément  à  la  lettre  de  l’administration  du  15  août 1829 pour  assurer  les  communications  par  voiture  depuis  Barvaux  jusqu’à  Tilff. On  propose  la  construction  de  grands  ponts, compris  celui  sur  les  ouvrages  nr 136  à  Poulseur. Ces  ponts  pourraient  changer  de  numéro  selon  les  arrangements que  voudraient  ou  pourraient  prendre  les  communes  les  plus intéressées  et  les  plus  riches. Ces  arrangements  pourraient  consister  en  un  péage  qu’elle  percevraient  à  leur  profit. Lorsqu’elles  auraient  fait  le  tout  ou  au  moins  grande  partie  de  la  dépense  de  construction  première ou  d’une  rétribution  à  consentir  par  elles  sur  chaque  passant. Lorsque  l’administration  aurait  supporté  les  frais  d’établissement il  serait  prudent  de  stipuler  aussi  dans  les  deux  cas  à  laquelle  des  deux  parties  resterait  l’entretien des  communications.

Je  crois  que  plusieurs  communes  convenablement  avisées  entreraient  facilement  en  négociation  pour  l’exécution  d’ouvrages  qui  leur  procureraient  tant  d’avantages  pour  l’avenir.

Comblain au Pont  le  27  août 1829. »

 

La Petite Gazette du 21 janvier 2015

LES GUÉS SUR L’OURTHE

Le document présenté par Monsieur René Gabriel vous a fait réagir… C’est tant mieux et j’espère que vous n’en resterez pas là…

Monsieur Robert Gillon, de Tilff, a lu attentivement ce document et nous fait part de ses remarques :

« A propos des passages à gué, je crois reconnaitre le village de Hon que vous indiquez d’un point d’interrogation. Il s’agit probablement de Ham, village classé du site de la boucle de l’Ourthe, entre Esneux et Hony. La rivière décrit un oméga à cet endroit, sur la rive droite. En face, c’est la Roche aux Faucons, alors commune de Plainevaux. Je ne vois pas de gué à cet endroit… »

Monsieur Jean-Francois Gerardy, d’Houffalize, s’est également penché sur la question et rappelle :

«  A la fin de l’époque hollandaise, Guillaume d’Orange avait pour objectif de développer notre Ardenne qui était la région la plus pauvre de son royaume.  Pour ce faire, un projet d’envergure était envisagé : relier La Meuse et la Moselle.   Ce nouveau cours d’eau navigable devait développer l’économie dans notre verte province.

Pour ce faire, il comptait se servir du bassin de L’Ourthe.  Pour arriver à rendre l’Ourthe navigable, il était nécessaire de modifier fortement la géométrie du cours d’eau naturel.  Un nombre conséquent d’écluses étaient prévues.  Cela allait modifier les traversées du cours d’eau, donc les gués.  Des ponts allaient devoir être construits, il était donc nécessaire de les définir et le premier travail était de quantifier l’importance de chaque gué de l’Ourthe et sa transformation future, si nécessaire,  en pont.

La difficulté technique de ce projet consistait à relier les deux bassins hydrographiques, celui de La Meuse et celui de La Moselle.  La ligne de séparation de ces bassins se situe à proximité du village de Buret dans la commune d’Houffalize, à proximité de la frontière du Grand-Duché de Luxembourg.  A cet endroit, des vestiges de cet ouvrage d’art subsistent : le début d’un tracé d’un canal, le canal de Buret à Bernistap.  Il s’agit d’un canal d’une longueur d’environ 1 km en pleine campagne.  A une extrémité de ce canal, on peut encore apercevoir la voute d’un tunnel qui devait permettre aux bateaux de passer sous la ligne de séparation des bassins hydrographiques.  Dans le village de Buret, les ouvriers étaient logés au lieu dit – Les baraquements – tandis que les ingénieurs séjournaient à quelques kilomètres de là, au château de Tavigny.

La révolution belge a éclaté et le projet fut arrêté.  Après la révolution, l’essor du chemin de fer sonna le glas de ce projet qui fut abandonné. »

 

La Petite Gazette du 28 janvier 2015

ENCORE LES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur René Gabriel, de Roanne, qui m’avait donné l’occasion de vous présenter cet étonnant recensement des gués sur l’Ourthe en 1829, nous apporte une précision :

« Je  retrouve  d’autres  notes: Ponts  et  Chaussées farde  4450. Réclamation  de  la  commune  de  Comblain-au-Pont.

Liège  le  4  août 1865. Comblain  au  Pont  réclame  suite  à  la  suppression  de  trois  gués  par  suite  du  canal  de  l’Ourthe et  du  chemin  de  fer  en  voie  d’exécution  dans  cette  vallée.

Le  premier  en  aval  du  passage  d’eau  de  Liotte  sur  l’Emblève, les  2  et  3  situés  sur  l’Ourthe  respectivement  en  amont  du  pont  de  Scay (aval de  Comblain  au  pont) et  à  Lawé  en  dessus  de  ce  village. Le  gué  de  Liotte  a  été  supprimé  en  1859  par  la  construction  du  barrage  de  Douxflamme  qui  a  surélevé  le  niveau  de  l’Amblève  de  0,80 m  en  ce  point.

Il  serait  préférable  d’adjoindre  au  passage  d’eau  de  Douxflamme  un  bac  pour  voitures. La  fourniture  de ce  bac  incombe  à  la  Compagnie du  Luxembourg  chargée  de  pourvoir  au  rétablissement  des  communications  supprimées  par  ses  travaux.

Le  gué  au  pont  de  Scay  devient  inutile  suite  à  la  construction  prochaine  de  la  route  d’Aywaille  à  Douxflamme.

Pour  le  gué  de  Lawé  la  Compagnie  du  Luxembourg  est  tenue  à l’entretenir  suite  aux  termes  du  cahier  des  charges  relatif  à  la  concession  du  chemin  de  fer. »

 

La Petite Gazette du 4 février 2015

LES GUÉS DE HAM ENTRE HONY ET ESNEUX

C’est un réel plaisir pour moi de constater comme vous suivez attentivement les sujets traités dans cette page et comment vous manifestez votre intérêt au travers de vos communications.

Ainsi, Madame Nicole Dodeur complète les informations publiées jusqu’à ce jour à propos de l’existence ancienne de ces gués sur l’Ourthe :

« Il y avait deux gués menant à Ham dans la boucle de l’Ourthe. On ne les distingue plus maintenant. Ils sont en pointillés sur la carte faite lors du recensement des chemins pour la confection du livret « Grand Site de la Boucle de l’Ourthe » (2011 ?)

1) gué d’amont situé + ou – 1 km après la Roche aux faucons. Dans le prolongement, plus en amont le long du chemin de halage, il y avait le chemin du gué d’amont CV51 arrivant au bout du village de Ham.

Celui-ci se prolongeait sur la rive gauche par le chemin menant à Avister : actuellement rue du gué d’amont puis chéra de Fêchereux très encaissé.

2) gué d’aval situé en face du hameau de Fêchereux. Dans le prolongement, en aval, il y avait le chemin de halage puis le chemin du gué d’aval CV51 commençant à Lhonneux et arrivant aussi au bout du village de Ham. »

Merci pour ces précisions qui permettent de bien visualiser les lieux.

 

La Petite Gazette du 18 février 2015

TOUJOURS A PROPOS DES GUÉS SUR L’OURTHE

C’est au tour de Monsieur Jean Ninane, d’Esneux, de partager ses connaissances sur ce sujet qui, manifestement, vous passionne :

« Oui, il y eut des gués, très anciens, à proximité de Ham.

Autrefois, Il n’y avait aucun pont, ni à Esneux, ni à Hony, ni à Méry. Aucune canalisation de l’Ourthe n’existait. Aucune route n’unissait Esneux à Liège par la vallée. Seules les betchètes
permettaient un voyage direct.

Les charrettes et autres véhicules attelés devaient gagner les hauteurs pour rejoindre
un accès à Liège. C’est ainsi que ces attelages se rendaient à Ham (rive droite de l’Ourthe) pour rejoindre par des chemins encore plus ou moins accessibles le hameau de Féchereux situé sur la rive gauche.

On devrait plutôt parler des gués de Féchereux. Là nous avions un double gué. Un chemin menait de Ham au gué d’Amont et un autre au gué d’Aval. De Féchereux deux chemins encore accessibles menaient à Nomont, Famelette… C’est attesté car, à Féchereux, existe encore la « rue Gué d’Amont ».

Ces gués sont-ils encore utilisables, décelables ? On a construit en aval pour favoriser l’accès au canal de l’Ourthe, un barrage imposant à Lhonneux. La hauteur d’eau a augmenté au-dessus des gués.  M. André Nelissen(+) (déjà cité dans la découverte des tombes de Crèvecoeur) a publié un article « les gués de Fechereux » dans le bulletin du Vieux Liège n° 144 (T IV) de janvier mars 1964. »

Le sujet intéresse également Madame Céline Bayer, d’Esneux :

Il y avait également un gué à Hony, il se trouvait un peu plus bas que le pont, à la hauteur du « Chemin des Cloutiers » et de l’autre côté « du Trou Lina« .  Ces deux chemins existent toujours.

D’ailleurs, au début du siècle dernier, le pont était là, mais le fermier qui avait son champ le long de l’eau passait par le gué quand l’eau était basse, et jusqu’au dragage de l’Ourthe il y a une 50 d’année on pouvait encore y passer

Voici  ce que les anciens m’ont raconté et que j’ai connu pour le passage à pied quand l’été était très sec. »

 

La Petite Gazette du 4 mars 2015

TOUJOURS CES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur Maurice Demoulin s’est lui aussi investi dans cette recherche et il a patiemment étudié la magnifique carte des Pays-Bas Autrichiens établie par le comte de Ferraris  entre 1770 à 1778.

« Si nous parlions encore un peu des gués sur l’Ourthe.

Sur une carte de 1777, j’ai retrouvé des informations qui concernent ces passages d’eau de l’Ourthe (Ourt) sur la carte.

On peut y voir un gué entre Esneux et Amostrenne, vers le château d’Esneux (différent du château du Rond Chêne).

La carte ne représente pas de gué du côté de Ham (Han sur la carte), mais un chemin aboutit sur la berge de l’Ourthe face à Beauregard (ferme de Lonneux)

Sur la rive droite de l’Ourthe, dans la boucle, plusieurs chemins mènent à Ham : comme Monsieur Ninane le précise dans l’article paru dans La Petite Gazette du 20 février, il doit y avoir eu un ou des gués en cet endroit pour passer sur la rive gauche en direction de Plainevaux.

Un chemin venant de Hayen, Hotgné (Hoteigné sur la carte) et le château d’Avionpuits arrive au village de Méry, rive droite, face au château de Monceau. Il serait surprenant qu’un passage n’ait pas existé à cet endroit, surtout que l’île (un peu en amont du pont actuel) devait faciliter la traversée. N’oublions pas, non plus, que les armées de la toute jeune République française ont traversé l’Ourthe à cet endroit lors de la bataille de Hamay.

A Hony, rive gauche, deux chemins arrivent sur la berge sans autre issue : peut être aussi un passage à cet endroit.

La carte représente également des gués du côté de Poulseur et Comblain.

Je suis persuadé qu’il existait un gué à Chanxhe à l’endroit de la «maison du passeur » où j’ai habité début de la guerre 40/45. Ce passage correspond à un chemin reliant Chanxhe à MontComblain et que j’ai souvent emprunté. Ajoutons que le canal de l’Ourthe avait prévu une jonction vers cet endroit et que la SNCB y avait aménagé un passage à niveau, d’où…

C’est aussi à cet endroit que l’armée allemande avait construit un pont après que l’ancien a sauté.

Pour les amateurs, la carte ancienne de la Belgique se trouve sur le site « http://www.ngi.be/ferraris KBR/index».

QUE SONT LES TAUPIERS DEVENUS?

La Petite Gazette du 22 mars 2000

QUE SONT DONC DEVENUS LES TAUPIERS DE NOS CAMPAGNES ?

    Madame A. Mathieu-Dessart, de Modave, se pose, elle aussi, cette question. Elle se souvient :

« Il y a plus de 60 ans, mais encore après, à Ochain, il y avait des forains qui battaient les prés et les campagnes pour piéger les taupes, au grand bonheur des propriétaires. On les voyait passer avec des bâtons auxquels pendaient leurs victimes. Parfois, ils dépeçaient déjà les bêtes sur place.

Un jour, en allant à l’école, j’avais vu, au bord de la route, quatre petites mains minuscules que j’avais prises pour des mains humaines. Arrivée à mon école, j’appris à mon institutrice que j’avais vu des petites mains d’enfant le long du chemin ; elle me demanda de les lui apporter. A midi, j’ai pris une boîte à allumettes, une petite, pas le wagon, mais je ne retrouvai que deux mains que, toute fière, je rapportai à la maîtresse.

« Bon Dieu, dit-elle, comme tu m’as fait peur… ce ne sont que des pattes de taupe ! »

En passant un jour devant la maison de ces forains, j’avais vu les peaux de taupe étirées et clouées sur des planches. Papa, lui, c’était des peaux de lapin qu’il s’occupait ; il les bourrait de journaux ou de chiffons. Il les vendait, je pense, pour un ou deux francs. »

Qui nous parlera de ces taupiers ? Comment s’y prenaient-ils pour attraper ces petits animaux ? Quelqu’un a-t-il conservé leurs techniques ? Quelqu’un les utilise-t-il encore ? Tous ces renseignements doivent être passionnants, mais, en outre, ils devraient être fort utiles à  ceux qui m’écrivent et qui sont à la recherche d’un taupier pour protéger leurs jardins. Merci de me communiquer tout renseignement en votre possession dans ce domaine.

La Petite Gazette du 12 avril 2000

QUE SONT LES TAUPIERS DEVENUS ?

Cette intéressante question posée, il a peu de temps par Madame Mathieu, de Modave, m’a aussi procuré le plaisir d’enregistrer plusieurs réponses fort intéressantes.

Monsieur Emile Van Craywinkel, d’Evelette, me dit qu’il y a plus de 60 ans, il pratiquait la capture des taupes en amateur et qu’il en a capturé beaucoup avec ses dix pièges. Dans son wallon, mon correspondant appelle la taupe « li fougnon » et le taupier « li foûgty ».

« La taupe a une galerie principale où elle fait son parcours quotidiennement, dans une propreté absolue, pour se diriger vers d’autres galeries qu’elle creuse avec les pattes de devant. Avec les postérieures, elle repousse la terre au dehors et constitue ainsi la bouture. Elle est à la recherche du bon ver de terre qui est sa principale nourriture. On doit toujours placé les pièges dans la grande galerie que l’on ouvrait de chaque côté pour les y poser. Si la taupe ne voir rien, elle a par contre un odorat des plus développés. Quand elle arrive au piège, elle pousse la tête dans le piège qui se déclenche et c’est la mort instantanée. Je les capturais plus facilement dans les campagnes que dans les jardins ; j’en prenais 6 à 8 par jour. Je leur enlevais la peau que je faisais sécher étendue et fixée par quatre clous. Je les fournissais alors à un taupier professionnel pour le prix d’un franc pièce. » Monsieur Van Craywinkel  a eu la gentillesse de dessiner pour vous les pièges qu’il employait.

002

Monsieur Michel Y. Baude, de Somme-Leuze, a, lui aussi, appris le métier de taupier avec un vieil ami qui avait pratiqué ce métier pendant la guerre avant de devenir jardinier.

« Je l’ai vu fabriquer ses pièges à partir de vieux ressorts de lit ; son attirail était très simple :

  • des pièges avec anneau carré pour la tension ;
  • une aiguille à tricoter de 40 cm. de long et d’un diamètre d’environ 5 mm. ;
  • un bout de tuyau de + ou – 15 mm. de diamètre écrasé au bout pour former une petite palette.

003 (2)

Il m’a conté, poursuit M. Y. Baude, qu’à la demande des propriétaires, il plaçait 50 à 60 pièges et les levait le lendemain. En cas d’échec, il les laissait en place. En cas de réussite, il recevait la pièce et, souvent, le dîner. Il vendait les peaux deux francs à un fabricant de chapeaux.

004

Les pièges ne doivent pas être nettoyés pour ne porter aucune odeur. Il est, de même, indispensable de ne pas toucher aux galeries avec les mains. L’ami Jules m’a dit prendre parfois 30 taupes le même jour. Moi-même, avec 10 pièges, il m’est arrivé d’en prendre 15 en trois jours. »

Merci à mes correspondants pour leurs témoignages et leur brillante façon de les illustrer. La semaine prochaine, nous poursuivrons nos investigations grâce à un passionnant courrier de Monsieur Gaston Hankard, de Aye. A suivre donc…

La Petite Gazette du 19 avril 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

Cette question, à juste titre, vous passionne. Les courriers reçus à ce propos sont plus passionnants les uns que les autres. Aujourd’hui, je vous livre le récit de Monsieur Gaston Hankart, de Aye,  qui rappelle la présence d’un taupier qui eut son heure de gloire.

« Nous avions à Aye un habitant qui était très habile pour piéger les taupes (en wallon « lè fougnants »). Les gens de mon âge se souviendront certainement de lui, il s’appelait Maurice Borzée, de son métier il était maçon, mais par mauvais ou quand il manquait de travail (car à l’époque ce n’était guère mieux qu’aujourd’hui), il allait débarrasser les champs de ces indésirables bêtes et, ainsi se faire un peu d’argent pour nourrir son importante famille.

C’est grâce à ses conseils que j’ai pu, par la suite, me débarrasser de mes taupes. A l’époque, ses pièges étaient façonnés au moyen de fil légèrement aciéré et galvanisé. Ce n’est que vers les années 55 qu’est apparu le piège dénommé « double service ». Antérieurement, deux pièges étaient nécessaires pour une galerie, vu qu’il y avait deux trous. Aujourd’hui, un piège du nouveau modèle est suffisant, car il est ouvert des deux côtés et se montre efficace que la taupe vienne de gauche ou de droite.

N’oublions pas que ce petit animal est rusé, qu’il peut descendre sa galerie ou contourner le piège !

Permettez-moi de vous conter cette petite anecdote. Dans les années 60, mon voisin avait entrepris de bêcher son jardin, celui-ci, entouré de prairies, était l’endroit favori de chasse pour ces bestioles. Il fit appel à mes services afin de s’en débarrasser, j’ai donc entrepris de piéger. Tous les jours, je faisais le tour de mes pièges ; une fois j’en pris deux et, pour faire une farce à mon voisin, je mis les deux taupes, face à face, dans le même piège à double service. Le soir, quand mon voisin rentra du travail, je l’invitai à venir faire le tour des pièges. Quelle ne fut pas sa surprise de voir la double prise ! Pour répondre à son interrogation, je répondis qu’il s’agissait là de taupes capturées en pleine saison des amours… »

Intéressant et amusant, que souhaiter de mieux ? Merci beaucoup à Monsieur Hankard.

Monsieur Emile Van Craywinkel, d’Evelette, nous a expliqué la semaine dernière comment il s’y prenait pour piéger les taupes, mais il a plus d’un tour dans son sac :

« Dans le jardin, comme dans la pelouse, les taupes faisaient beaucoup de dégâts. Il fallait réagir ; avec un plantoir, j’ai percé le centre des mottes jusqu’aux galeries et, avec un bout d’ouate et de l’ammoniaque, j’ai refermé la surface. L’affaire est faite… Quand la taupe sent cette odeur, elle s’en va ailleurs et on en est débarrassé sans nuire à la santé de l’animal. Pour le moment, je ne vois plus aucune bouture ni aucune galerie dans mon entourage ! »

   Madame Odile Delmelle-Bertrand, d’Aywaille, nous signale que son fils, qui habite à Beaufays, éloigne définitivement les taupes de sa pelouse en utilisant de la naphtaline, dont l’odeur repousse les indésirables.

La Petite Gazette du 26 avril 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

    Voici encore un sujet qui, manifestement et si j’en juge par la qualité des courriers reçus, vous intéresse réellement. Ainsi, une fidèle lectrice de Havelange m’écrit ceci :

« Il n’y avait pas que les forains qui piégeaient les taupes… Quand j’avais une dizaine d’années, mes parents, une tante et un vieil ami de la famille, et bien d’autres encore !, les piégeaient également. Ils partaient avec des besaces contenant les pièges, les œillets, un fer plat pour « ouvrir » les « pattes » des trappes et une petite houe à main. Ils creusaient un trou au-dessus d’une galerie entre deux taupinières et y déposaient les trappes à plat ou, parfois, les pattes en bas. Il arrivait également qu’ils posent un piège de chaque côté, après avoir calé l’œillet entre les deux pattes. Les pièges étaient ensuite recouverts d’une touffe d’herbe.   

     Pour nous, les enfants, c’était un réel plaisir d’aller vite voir s’il y avait des taupes prises ; on a même eu la chance d’en découvert une toute bleue et une toute blanche, je les revois encore ! Puis on rentrait à la maison, on les dépiautait et on découpait un carré avec les peaux que l’on déposait sur des planches pour les faire sécher. On en faisait ensuite des paquets de dix, déposés dans une malle hermétique avec des boules de naphtaline. Une fois l’an, venait un monsieur de Nivelles pour les acheter. Cela se passait il y a 60 ans, mais j’en garde un bon souvenir. »

« Depuis l’envoi de ma dernière lettre, m’écrit Madame Odile Delmelle, d’Aywaille, j’ai de nouveaux renseignements à vous communiquer. Ma belle-fille vient de Burnontige et son papa, Joseph Lambotte, 93 ans, possédait des pièges pour les « rates » nom wallon pour les taupes.

Il y a environ 25 ans, à Awan, une dame était venue dire des mots dans trois coins du jardin et les taupes sont parties par le quatrième ! »

N.D.L.R. Les « mots » dits par cette dame devaient être les mêmes « incantations » que celles que j’ai entendu prononcer par mon grand-oncle, M. Lucien Remy, à Limont-Tavier, qui, chaque année, le jour du Mardi Gras, s’arrêtait dans trois coins de son jardin, en disant, une torchette de paille enflammée dans la main : « a rate, a rate, a rate »  et je me souviens qu’il avait un magnifique potager, à l’abri des indésirables amateurs de racines !

Un grand merci à mes deux aimables correspondantes. Dans les éditions prochaines, d’autres précisions nous parviendront encore sur ce métier disparu ; à suivre donc…

La Petite Gazette du 3 mai 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

Face à cette question, une réponse s’impose d’emblée, ils sont loin d’avoir quittés les territoires de votre mémoire…

Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, a consulté sa documentation à ce sujet et m’a fait parvenir un très intéressant courrier inspiré, me dit-il, des informations qu’il a puisées dans un article paru en 1990, dans le numéro 10 de la revue « De la Meuse à l’Ardenne », intitulé « Souvenir de deux taupiers ».

« Du long interview de cette paire de personnages hors série, du village de Forzée, au pays de Rochefort, et, successivement, piégeurs, braconniers et maquisards, je ne retiendrai que leur passé de « tindeûs aus fougnants ».

Dans les années 1927 – 1928, c’est le chômage, mais aussi le prix de vente des peaux, qui ont conduit les deux jeunes gens à piéger les taupes. A cette époque, une peau de taupe se vendait jusqu’à 4,10 francs.

Curieusement, ils ne piégeaient pas dans les champs et les jardins, mais dans les bois, au long des sentiers. Disposant de 100 à 120 taupières, ils partaient dès potron-minet et plaçaient deux pièges à la fois dans les galeries, mais jamais dans les taupinières. C’étaient des pièges à fourche, bien meilleurs, selon eux, que les pièges ronds du commerce. Ne rentrant pas à midi  chez eux, ils mangeaient « sur le bois ». Il n’est donc pas étonnant, qu’en fin de journée, chacun des deux compères avait à son actif plus de cent taupes, qu’ils écorchaient tout en marchant.

Le soir, les deux « fwantis » fixaient les peaux sur des planches, avec quatre clous, en rectangle, pour bien les étendre et ils les mettaient à sécher autour du poêle. Le lendemain, les peaux étaient sèches, on les détachait et on les mettait en piles, en attendant le samedi pour aller les vendre à Rochefort, chez le peaussier. Les peaux n’étaient pas travaillées là, mais expédiées chez un pelletier, à Bruxelles. Il fallait 900 peaux pour confectionner un manteau, mais, sur ce nombre, seulement 600 peaux étaient valables.

L’activité de nos deux taupiers n’a cependant duré que deux à trois ans. Selon leurs dires, les peaux n’ont plus « marché », non pas pour une question de mode, mais parce que cette fourrure était assez fragile. Les fourreurs découpaient des losanges dans les peaux de taupes et ils les assemblaient, mais les coutures cédaient souvent. Au début, la grande majorité des peaux partaient pour l’Amérique et cela rapportait beaucoup. Mais ce n’était donc pas solide et les élevages de visons et de chinchillas firent rapidement oublier les taupes ardennaises.

Quant à nos « hapeûs d’foyons », ils eurent tôt fait de se recycler dans une autre activité, tout en restant coureurs des bois… »

Dans le prolongement de cette passionnante synthèse, M. Jacquemin recommande également la lecture de « Tchesseux d’foyants » que signa, en 1885, l’historiographe spadois Albin Body. Un grand merci pour tous ces renseignements.

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

   Suite aux divers témoignages parus, vous avez été plusieurs à vous inquiéter du sort des taupes et à me communiquer divers moyens de s’en débarrasser sans les exterminer. Parmi ces courriers, j’ai relevé celui de Madame Dessart, de Modave, qui m’écrit ceci :

« Pour les taupes, je fais un liquide avec des feuilles et des fleurs de sureau macérées dans l’eau pendant dix à quinze jours et je verse cela dans les galeries. Je prépare la mixture lors de la floraison du sureau et la conserve dans des bidons pour la saison des taupes. »

Voilà une recette qui a, au moins, le mérite de l’originalité !

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

    Suite aux nombreux courriers parvenus à ce propos, j’ai encore reçu, il y a quelque temps, les précisions de deux correspondants qui souhaitaient apporter quelques renseignements supplémentaires.

Monsieur André Fagnoul, de Saint-Séverin, nous dit que « pour piéger les taupes, je m’y prends de la façon la plus simple, à la bêche, comme le faisait mon grand-papa. Aplatir la butte de terre, entre 5 H. et 7 H. ou entre 19 H. et 21 H., se tenir à proximité de l’ex-butte, toujours face au vent et sans faire de bruit. Attendre de voir la terre se soulever et regarder d’où la taupe pousse pour lui couper la retraite en enfonçant la bêche et expulser la bête hors de terre.

Les taupes ne sont pas nuisibles pour les cultures, elles ne se nourrissent que de vers de terre et de larves. Par contre, les rates, en wallon « leu d’terre », utilisent les galeries des taupes pour circuler et manger, au passage, les légumes de nos potagers. Pour me débarrasser d’elles, j’ai trouvé une astuce, avec les carottes de chicons. Je les vide et, à l’intérieur, j’introduit du froment empoisonné. Je rebouche l’ouverture avec un morceau de carotte et je plante le tout dans un lieu de passage, souvent le long d’un mur ou d’un muret. Ne pas oublier de retirer ce piège de terre car il pourrait nuire à d’autres animaux : hérissons, oiseaux et autres qui, eux sont utiles. »

Monsieur Emile Van Craywinckel, d’Evelette, quant à lui, insiste sur « le mulot, dit « rate » en wallon, qui est un animal très nuisible. Il fréquente les bois, les champs et surtout les poulaillers où il occasionne des dégâts dans la volaille. Mais en général, son habitat est souterrain ; il est aussi le grand fléau des potagers où il se nourrit de carottes, de pommes de terre et où ils causent aussi des dégâts aux racines des autres plantes. Une fois, il m’est arrivé, en arrachant les pommes de terre de découvrir l’un de ces mulots mangeant mes tubercules, mais, d’un seul coup de fourche, je l’ai tué, sale petite vermine ! Le piège à taupe s’avère également très efficace pour les capturer. »