EN GUERRE AVEC LE 3e Chasseurs Ardennais

La Petite Gazette du 26 juin 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Monsieur Francis Monseur, de Ciney, confie à La Petite Gazette des copies très intéressantes pour l’histoire du 3e ChA , notamment son rôle durant la campagne des 18 jours. Je laisse à mon correspondant le soin de vous expliquer de quoi il s’agit :

« Si la guerre de 40 a spécialement marqué ma prime jeunesse, je suis né en juin 1932, avec l’exode, l’occupation, les incidents militaires (bombardements, avions, résistance et Libération), j’ai eu la chance de retrouver, il y a peu, les papiers personnels du frère de ma mère, ex officier aux 3e Chasseurs Ardennais à Vielsalm.

Mon oncle, c’était le Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Bien que les papiers personnels qui l’accompagnaient durant la campagne de 40 aient disparu à la capitulation, j’ai encore plusieurs notes et un petit agenda de poche qui relatent l’organisation et les activités quotidiennes de la 11e Cie depuis le mois d’août 1939 jusqu’à la fin du mois de juin 1940. »

Voici donc un aperçu de ces notes extraites des doubles du carnet journalier de la campagne des 18 jours de la 11e Cie « Engins » du 3e Ch.A et de l’agenda personnel 1940 du Cdt Jean-Olivier Closset.

« 28/08/1939

02H. Ordre de mise en place, d’après « le plan défense » – Répartition des engins

1ère pièce Cheneux 3/I

Ier peloton S/Lt Groven          2e   pièce  Trois-Ponts 1/I

E.M. à Basse Bodeux               3e   pièce  Grand Halleux 2/I            S/L De Fize

4e   pièce   Rencheux 5/II

E.M. Compagnie à Bra

1ère pièce  Salmchâteau 4/II

IIe peloton S/L Franck           2e   pièce  Petite l’Anglois 6/II

E.M. à Joubiéval                    3e    pièce  Baraque de Fraiture 7/III     Ottre

4e   pièce  Baraque de Fraiture  8/III

En +       1 Wast VI Chabrehez  (= T 15 ?)

27/02/40

10H.   Le Commandant Closset, le Lt Groven, le S/L Jacquet, l’Adjt François et un peloton  de la 11e Cie partent au tir C47 à Beverloo

29/02/40

18H.  Retour du camp de Beverloo

10/03/40

Le Sgt Gillardin et De Decker rejoignent l’unité ainsi que le Capt Asse et le Sgt Malherbe

08/05/40

10H15 Les deux C47 (du 1er Rég. De Guides) annoncés pour Grand Halleux arriveront ce matin avec équipage complet + 1 officier

10/05/40

01H.    Alerte générale à l’Est

01H30 Le camion de bagages part pour Manhay (Sgt Dewart et Bisschof).

Le Lt Groven communique que le char de Trois Ponts est en panne   d’embrayage (envoi du camion de dépannage avec Wiame et Michel).

Le Cdt Closset prévient l’ARCA de Pont de Bonne et envoie des instructions au  Lt Groven en cas d’abandon du char à l’endroit.

05h.     Etat de siège et mobilisation générale

10H.    Le camion à vivres GMC, le camion Ford (Binet) et le Ford (Jean Bons) font mouvement vers Ouffet, au passage à Manhay, chargement de 5 hommes du Ive Peloton C47. Sont partis 1er Sgt Robiette, Sgt Frederich, Capt Adam, soldats Doucet, Douhart, Basselie, Gavet, Dony. Les hommes qui n’avaient pas reçu de GP sont dotés d’un fusil M86 et de munitions.

13h.     Trois-Ponts contacts, combat prévu comme à l’exercice.

Toutes les destructions de la région Saint-Vith, Vielsalm, Salmchâteau, Rendeux sont exécutées et réussies.

20H.   Les chars et motos des Français arrivent à Manhay

21H.  Départ de Manhay pour Bomal (où la gare et des convois brûlent). »

A suivre…

La Petite Gazette du 3 juillet 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 11/05/40

Sur l’Ourthe vers Ouffet.

00H34  Arrivée à Ouffet

08H00  Entré en contact avec S/L Franck et Adj François

Rapport. Toutes nos pièces C47 se replient sans pertes humaines.

Le char de B. de Fraiture a tiré au FM sur avions qui ripostent

Le char de Langlois (Sgt Gaspart) a tiré des obus explosifs

La 10e Cie s’est bien comportée

De la 3e Cie, il ne reste pas grand-)chose à Chabrehez

Alerte avions et chars

Abandon d’un camion Ford (panne) à Ouffet et 2 motos

21H30  Le comdt envoie à Hamoir un pli au S/L Wasselle

22H00  Départ d’Ouffet par Hody, Tavier, Baugnée, Lavaux, Neuville-en- Condroz, pont d’Engis.

12/05/40

01H30  Arrivée à Warfusée (château)

02H00  Le pont d’Engis saute

05H00  Départ vers Namur via Fize Fontaine, Villers le Bouillet, Vinelmont, Wanzoul, Moha, Bierwart, Hingeon, Bonnine. Sous les bombardements intensifs

( 1 soldat tué, 2 civils tués)

07H00  Descente vers Namur. Alerte continuelle d’avions, embouteillages, bombardements ( Belgrade)

08H30  Vers Temploux

13H00  Arrivée à Temploux. Bombardements violents, pertes nombreuses (Major De Neffe à mes côtés dans le verger de M. G. Piret, chaussée de Nivelle à Temploux)

21H00  Départ de Temploux vers Sombreffe via St Denis Bovesse

Alerte avions. Pertes subies depuis le 10/05

2 hommes Sgt Malherbe          Matériel 1 ch. T13 (Trois-Ponts)

St   Fourneau                        1 FM  2 GP

2 Motos FN (Ouffet)

1 camion Ford (Ouffet  Binet)

2 motos de l’armée (détruites)

1 moto solo (Hamoir)

13/05/40

Perwez (Ferme de la Sarthe) Alerte avions, bombardements

Contacts le soir (Thorembais – St-trond)

Le char de Trois-Ponts (SgtThiry – Mathieu – Vandewild) en batterie sous le pont de l’entrée du P.C. du régiment.

Le Ct Closset, le Lt Franck et le Sgt Tanier vont en reconnaissance des emplacements C47, interrompus par un bombardement d’artillerie lourde.

21H00  Ordre de repli après le plein de carburant au lieu dit Cinq Etoiles »

A suivre…

La Petite Gazette du 10 juillet 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 14/05/40

00H00  Départ pour Grand-Leez – Limelette vers Gembloux – Jodoigne – Ohain –

Tourines St-Lambert – Nil St-Vincent – Mont St-Guibert – Court St-Etienne – Noirhat – Ceroux Mousty

Casernement à Haransart (5 à 6 Km de Genappe). Attaque avions

06H00  Au cours du repli, le char du Sgt Lurkin saute, le Cpl Adam est blessé dans la camionnette de Lucien Charlier

Pertes subies depuis le 12/05/40

Matériel :  1 char : Sgt Lurkin

1 camion Chevrolet : L. Charlier

1 GMC abandon (direction) Cpl Oger

Les Soldats Giuet, Michaux, Tanier préparent le P.C. Cie  –  Bon moral.

15/05/40

00H15  Ordre de repli : Lahaye Sainte – Braine L’Alleud – Alsemberg – Tourneppe

Marche de nuit sous duel d’artillerie entre Anglais et Allemands.

05H00  Arrivée à Tourneppe. Rencontre des Anglais. La DTCA abat quelques avions allemands.

21H15  Départ vers Denderhauten (Kerksken) vers Lede via Hal – Pepinghem – Leerbecx – Vollezel – Denderwindeke – Nieuwenhove (Ninove) – Sambergen – Voorde – Aspelaere

16/05/40

04H00  Arrivée à Kerksken ➔ Lede

05H15  Installation à Denderhauten

08H30  Départ pour Lede via Meire – Erpe

A Lede : arrivée de la réquisition à Etterbeck de 2 camions et 8 motos

11H00  En position à Passemstraat à Alost. Parachutage allemand (1 tué, 2 prisonniers) Arrestation d’espions. On distribue les plaques d’identité.

17/05/40

16H00  Position à Passemkerke à Alost

Le Sgt Crasson réquisitionne un camion abandonné par le er Rég. Ch. à pied avec vivres frais, viande, conserves, tentes… Arrestation de suspects.

Les soldats Demarche – Gillet – Michaux – Tanier montent la garde du P.C.

Alerte aérienne, fusil, détonations. Atmosphère lourde et lugubre.

Partout, de nombreux réfugiés affolés. »

A suivre…

La Petite Gazette du 17 juillet 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 18/05/40

± 20 fusées rouges, avions très bas, explosions énormes (ponts)

Préparation au combat – Tirs de batteries 105 (300 pièces)

02H00  Combat d’Alost

Le Sgt De Roo a abattu 2 chars allemands

Le Sgt Lurkin avec un C47 tracté (récupéré) a abattu 1 char allemand

18H00  A Paddenboeck  les soldats Gillet – Michaux –Demarche –Tanier creusent des abris.

Le 3e Ch.A est en position sur 8 Km sur la Dendre

Ravitaillement en munitions

19/05/40

Repli en 1ère position à Ottergem (1 motocycliste blessé)

12H30  Repli en 2 e position à Dries (1 Allemand prisonnier)

22H00  Repli en 3e position à Ecke (passage de l’Escaut)

Après le combat, nos chars reviennent avec le butin saisi aux Allemands :

2 officiers prisonniers – 1 moto sidecar (1800 Kms) – 2 fusils – cartes – grenades

Pertes ennemies : 2 chars par Sgt De Roo

1 char par Sgt Lurkin

1 camion de transport incendié

Arrivés d’Alost : 1 camion + 200 L. de carburant     ) réquisitionné ou

Butin :  1 canon C47 tracté                     )  conquis

Reçu une citation à l’Ordre du Jour pour Sgt Lurkin (1) – Cpl Gerson – soldats Simon – Verheggen – Perrot – Lefort (2)

« S’est particulièrement distingué au combat du 18 mai 40 à Alost où, chef de pièce, (1), équipage (2) d’un C47 en mauvais état et placé dans une situation avancée, il maintint le pièce en action malgré le feu violent et parvint à mettre hors combat plusieurs engins blindés ennemis. »

             Reçu une citation à l’Ordre du Jour pour S/Lt Franck  (1) – Sgt De Roo (1) Soldats Heintjen G.  – Stempelse H. (2)

« S’est particulièrement distingué au combat du 18 mai 40 à Alost où, chefs d’équipage (1) et équipage (2) d’une pièce C47 sur T13 a détruit d’un premier obus un char allemand puis a encore touché à mort un deuxième char et une voiture chenillée. »

20/05/40

09H00  Arrivée à Ecke (repos)

11H30  Installation à Ecke sous le tir continuel de l’artillerie

Transmission des effectifs et du matériel à E.M. Reg. »

A suivre…     

La Petite Gazette du 7 août 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 21/05/40

Prise de position à Ecke sur l’Escaut et organisation

22/05/40

Position à Ecke route de Nazareth

23/05/40

12H15   Combat de Ecke

Repli par le pont de Baerle sous des bombardements intenses

24/05/40

06H00  Repli de l’Escaut vers Nazareth par Hamsbeke – Velstraet – Bellem – Looveld – Lootenhulle

A Lootenhulle, l’après-midi bombardements violents

Attaque aérienne (1 soldat de la 11e C est blessé)

Le camion du 1er Sgt Bilhain  et le GMC de Douhard sont bien mitraillés

25/05/40

Le soir, dispositif défensif ; l’ennemi ayant percé à Weighem.

26/05/40

Départ de Lootenhulle vers la ferme Devolder (600 m.) près de Meminghem lez Cameghem

20H00  Départ vers la ferme au S. de Strichtom Goed au N.W. de Ten Duine.

Bombardement d’artillerie toute la nuit – alerte avions.

01H00  Combat. Les chars C47 en position contre-attaquent et Vinckt est repris aux Allemands, libérant l’encerclement du bataillon.

27/05/40

Reçu 2 citations à l’Ordre du Jour de l’armée. 1 pour S/lt Wasselle (Vinckt) et 1 pour  S/Lt Groven (Trois-Ponts)

  1. S/Lt Wasselle (1) Sgts Gauthier (1) Crasson (1), Soldats Duchêne – Dumont – Beaupain – Gueret – Hanet (2)

« Chef d’équipage (1) ou faisant partie (2) d’un C47 sut T13, le 26/05/40 à Vinckt, et l’itinéraire de repli du 1er Bon du IIIème Ch.A coupé, a l’initiative, sous le bombardement d’artillerie et les feux intenses de l’infanterie, de contre-attaquer l’ennemi  avec succès, ce qui permit le repli de tout le bataillon. » 

  1. S/Lt Groven (1) Sgt Thiry (chef de pièce), Soldats Mathieu – Vandersnickt (2) (équipiers)

« Le 10/05/40, faisant partie d’un équipage d’un C47 sur T13 et poursuivi par le tir de l’ennemi, a manœuvré, avec la pièce, de telle sorte que son intervention a permis le décrochage d’un peloton en voie d’être enveloppé par l’ennemi. »

La Petite Gazette du 18 septembre 2013

ENCORE A PROPOS DES CHASSEURS ARDENNAIS

Les articles consacrés aux notes du Capitaine Closset confiées par M. F. Monseur ont passionné nombre d’entre vous et ont encouragé Monsieur Xavier Steenhout, de Marche, à s’adresser à vous pour prolonger une recherche qu’il mène :

« Je m’intéresse de très près à l’histoire de cette glorieuse unité, le 3ChA, et particulièrement aux événements qui se sont déroulés aux premiers jours de la campagne des 18 jours dans le secteur de la 4 Cie (Cdt Hoffelt) du 2 Bataillon (Major De Neef).

Mon enquête commence par le constat que deux Chasseurs ardennais de la 4 Cie, les soldats Georges Mairy et Joseph Crouquet, tous deux âgés de 24 ans, sont tombés au combat à Trois-Ponts le 10 mai 1940. Or, bien qu’ayant servi une partie de ma carrière au 3ChA à Vielsalm, jamais je n’avais entendu dire que des Chasseurs étaient tombés sur leurs positions à Trois-Ponts…

A l’époque, à plusieurs occasions, nous avions visité chaque monument afin d’honorer nos vaillants prédécesseurs, notamment à Chabrehez et Rochelinval. Toutefois, jamais les combats de Trois-Ponts n’ont été évoqués. En outre, renseignements pris auprès de l’administration communale de Trois-Ponts, il n’existe aucune stèle, ni aucun témoignage de leur sacrifice. Ce sont, en quelque sorte, des oubliés de l’Histoire… pourquoi ?

Les livres consacrés aux chasseurs ardennais et ceux consacrés à la campagne des 18 jours sont, pour le moins, laconiques au sujet de ces combats… La lecture du chapitre épique qu’y consacre M. Xavier Snooeck dans son livre intitulé « Les Chasseurs ardennais au combat » a encore renforcé mon intérêt et ma détermination à tenter de faire toute la lumière sur cette page sombre de notre histoire somme toute assez récente.

Finalement, le dénouement est proche. En effet, j’ai pu déterminer précisément où, quand et comment nos deux héros oubliés sont morts. Mais d’autres questions se posent désormais… Le nœud du problème a trait à la destinée du reste des membres du 2 peloton et de leur chef, le SLt Résibois. S’il est assez facile de trouver quelqu’un qui soit au courant du « cas Résibois », de sa capture (ou de sa reddition ?), il est beaucoup plus difficile de trouver un interlocuteur averti qui puisse exposer clairement ce qui a pu se passer, dans ce peloton, entre le 10 mai 40 à 20h00 (ordre de repli) et le 11 mai 40 à l’aube (capture).

Je cherche encore à localiser les positions de combat et les destructions dont ce 2 Peloton était responsable. En outre, je cherche encore à déterminer les immatriculations, les identités des servants et les positions occupées par les deux chars T13B1/C4,7 (canon autoportéà de la 11 Cie « Engins » qui étaient en appui de la 4 Cie. Je suis convaincu que le «0527 », abondamment photographié sur une position alors qu’il était entouré d’ennemis, fait partie de ces deux engins, mais il me reste néanmoins à déterminer l’endroit exact où il a été abandonné. Y aura-t-il encore, parmi les lecteurs, des membres du 3 Régt ChA/II Bn/4 Cie/ 2 Pl qui pourront témoigner ? Certains de leurs proches ont-ils conservé des souvenirs de ce premier jour de guerre ? »

Si vous pouvez faire prpogresser cette recherche, je vous engage à vous manifester auprès de la Petite Gazette qui établira le contact avec M. Steenhout.

La Petite Gazette du 23 octobre 2013

LES CHASSEURS ARDENNAIS AUPRES DE TROIS-PONTS

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, répond à l’appel lancé par M. Steenhout en nous confiant ce dont il se souvient de ce que racontait son papa, ancien du 3ChA :

« Après la campagne de mai 40, nous habitions Trois-Ponts et papa, avec d’autres Chasseurs Ardennais, parlait souvent des événements de la guerre. J’avais alors 10 ans et voici ce que j’en ai retenu au sujet des combats de Trois-Ponts.

Le fortin, à droite de la route vers Grand-Halleux (aujourd’hui, il y a dans les environs immédiats de ce lieu un grand magasin et un garage) tirait en direction de la route de Wanne et les Allemands étaient bloqués au tournant, au-dessus de la côte, derrière la gare de Trois-Ponts. Les Allemands ont amené un canon à tir direct et ont réduit le fortin au silence en tirant dans l’embouchure de tir du fortin. Là c’est un peu flou dans ma mémoire, mais les gaz produits par l’arme du fortin y rendaient l’air irrespirable et les soldats en sortaient ou étaient sortis quand l’obus allemand a explosé dans le fortin.

La suite est tellement vague dans mon esprit que je peux rien en dire. Il y a eu d’autres tirs parce qu’une maison en briques rouges un peu avant le fortin a porté longtemps après la guerre des traces d’impacts de tirs ou d’éclats d’obus et là aussi c’est flou, mais il doit y avoir eu un civil blessé dans cette maison.

J’ai le souvenir d’un autre fait sur la route de Grume, dans une villa quatre étages, à droite en montant. Un sergent, dont papa et ses anciens compagnons d’armes citaient le nom mais que j’ai oublié, a tenu en échec les Allemands venant de Stavelot et voulant traverser l’Amblève. Il les laissait avancer jusqu’au milieu de l’eau puis tirait. Il changeait d’étage après chaque tir. Il a fini par être blessé puis capturé. Je n’ai par contre conservé aucun souvenir de faits d’armes liés à un éventuel T3. »

La Petite Gazette du 30 octobre 2013

ENCORE CE FORTIN A TROIS-PONTS

Aujourd’hui, c’est Monsieur Jean Poumay, de Tiff, qui complète et illustre les informations reçues.

« Dans une toute récente Petite Gazette, M. Valère Pintiaux, d’Esneux, parle d’un fortin à Trois-Ponts. Il s’agit de S8 (dénomination officielle) S = Salm. Avec la présence sympathique de l’habitant concerné, je l’ai visité car il est dans le fond de son jardin.

03 S 8 SITE 2[1]

Il m’a raconté que suite à la visite d’un ancien occupant du fortin et seul survivant, les Allemands ont jeté une grenade tuant trois des occupants (sur 4). La maison en face porte toujours des traces d’impacts rebouchés ainsi que le montre cette photo.

19 S 8 MAISON EN FACE 2[1]

J’ai vu tous les fortins de la vallée de la Salm et toujours à Trois-Ponts, le S 12 qui tirait vers la N68 porte aussi des traces de combats. »

Un tout grand merci pour votre volonté de poursuivre les enquêtes…

 La Petite Gazette du 4 décembre 2013

QUE S’EST-IL PASSE A TROIS-PONTS, LE 10 MAI 1940 ?

Monsieur Jean-Pierre Gonay, de Liège, m’écrit pour me signaler que « intrigué par l’histoire du 10 mai 40 à Trois-Ponts », il recueille des éléments ou témoignages depuis plusieurs mois. « A la recherche de la vérité, poursuit-il, les articles relatifs à Trois-Ponts parus dans La Petite Gazette me paraissent méritoires. Les intervenants ont droit à nos remerciements et nos félicitations pour leur devoir de mémoire.

J’ai l’honneur de vous présenter quelques lignes à ce sujet pour donner un éclairage complémentaire sur ces journées dramatiques :

Au mois de juin passé,  Monsieur Paquay commandant du 3e Chasseur Ardennais à Vielsalm nous a désigné Monsieur Joseph Borremans comme un des derniers témoins de mai 40. Nous l’avons rencontré plusieurs fois. C’est un homme au regard vif et clair que l’âge a courbé. Il nous a reçus simplement.

Affable, Monsieur Borremans ne s’esquive pas à nous exposer son histoire, parfois à se reprendre sans se contredire. Il nous a autorisés à vous présenter son témoignage.

« J’allais avoir 23 ans. Nous étions en position à Trois-Ponts en mai 40. Depuis la nuit du 9 au 10 mai, nous étions en alerte. Le vendredi 10 mai, c’est jour de marché à Trois-Ponts. Les obstructions ont été réalisées tôt dans la matinée comme de coutume depuis la mobilisation de septembre 1939.

Il y avait des gardes au tunnel  du chemin de fer et des positions de défense sur les routes.  A Trois-Ponts, il y a plusieurs fortins…  Le major de Neef que nous surnommions « Ambiorix » était  à la tête du bataillon (le 2e ) et le commandant  Hoffelt dirigeait notre 4e compagnie… Il y avait également le lieutenant Lavachery…

Nous étions relevés toutes les deux heures.

J’étais tireur de FM (fusil mitrailleur) et faisais équipe avec Georges Mairy, en position en contrebas du fortin de Ristonvenne, sur la route de Grand Halleux.Dans l’après-midi du 10 mai 40, les Allemands se sont pointés, descendant à vélo sur la route de Wanne. Ils furent accueillis par des tirs. Aussitôt, ils se retirèrent. Puis, plus rien !

Pendant la nuit, on entendait une rumeur par-dessus les bois; de temps en temps, on distinguait des signaux lumineux rouges, des bois de part et d’autre  de la vallée… 

Alors qu’on recevait toutes les deux heures des instructions du QG du 3e Chasseur Ardennais  installé à Basse-Bodeux, depuis la veille, on n’avait plus rien vu venir. Le lendemain, toujours sans nouvelles, après nous être concertés, Georges Mairy se propose de s’enquérir auprès du QG. Alors que nous allions être relevés, Georges Mairy quitta la position pour Basse-Bodeux en passant  par le fortin de Ristonvenne. A ce moment, une explosion secoua le fortin.

Peu après, une deuxième explosion toucha le petit char à l’arrière du fortin, plus haut dans la tranchée. Puis, le calme revint… Je m’enhardis de m’échapper en passant par le fortin, Georges Mairy de Barvaux et Joseph Crouquet de Vissoule étaient inanimés, l’explosion les avait emportés…

 Mairy-Crouquet

Je  poursuivis par les bois vers Mont de Fosse où nous avions nos vélos.  A Mont de Fosse, un fermier nous apporta  du café chaud et à manger. A la nuit tombante, on était 17 chasseurs à s’être repliés les uns après les autres. Les Allemands motorisés nous talonnaient. On les entendait du fond de la vallée du Baleur. Il fut décidé d’abandonner les vélos et de se séparer en petits groupes pour rejoindre Manhay et le régiment.

Finalement, je me retrouvai avec un sergent originaire des environs de Spa. Le lendemain, après des heures de marche, à proximité de Saint-Jacques, nous apercevons des soldats près de l’église entourée de murailles. Croyant qu’il s’agit des nôtres, on s’approcha. Au même moment où nous distinguons que ce sont des Allemands; ils nous tirent dessus.

Tapis au sol, nous reculons vers le bois le plus proche.  Nous nous sommes glissés en dessous des épicéas non élagués; nous craignions que le crissement des fines branches brisées par notre passage révèlât notre présence.

Nous avons sauvé nos peaux en nous cachant dans les fossés qui quadrillent le bois. Les Allemands étaient déjà sur tous les chemins.  Enfin, nous avons atteint un bois de futaie… Après des heures de fuite,  par monts et vallons, nous arrivons dans un hameau où un fermier nous explique que nous étions à Monchenoul près de Chêne al Pierre… Le fort de Tancrémont tonnait dans le lointain… »

D’autres informations encore la semaine prochaine.

 La Petite Gazette du 11 décembre 2013

QUE S’EST-IL PASSE A TROIS-PONTS LE 10 MAI 1940 ?

Pour en savoir plus, Monsieur Delhez, administrateur du CADUSA, nous a aimablement guidés dans la localité à la découverte des fortins à Trois-Ponts.

panorama trois-ponts

Panorama de Trois-Ponts à la confluence de la Salm avec l’Amblève – Viaduc ferroviaire sur l’Amblève – Emplacement des fortins: 1 Fortin de Ristonvenne, 2 Fortin avenue Lejeune, 3 Fortin ruisseau Baleur, 4 Fortin chemin de Brume, 5 Fortin de Faravenne.

La place de Trois-ponts est d’une certaine importance sur la route de l’invasion allemande. Les ordres de destructions et d’obstructions ont été réalisés. Les ponts sur l’Amblève ont sauté.

L’ordre de retraite du général Keyaerts ne semble pas avoir atteint les soldats en toute première ligne. Malgré cela, une poignée d’hommes ont retardé l’agresseur; parfois, au prix de leur existence.

Dans son livre « La guerre du sanglier », le général Champion relate les citations d’honneur de quelques-uns d’entre eux … »

UN HALIFAX EST TOMBE A TELLIN LE 3 DECEMBRE 1942

La Petite Gazette du 15 décembre 2010

UN HALIFAX EST TOMBE A TELLIN LE 3 DECEMBRE 1942

Cette enquête, menée, encore une fois de main de maître par M. Verhelle, de Bomal s/O, a pour origine une rencontre entre une personne hollandaise, M. Haex, et Mr David McCallum lors d’une réunion de 102 Sqdn à Pocklington, au Royaume-Uni. David McCallum est le fils de Thomas McCallum, qui était un tireur d’air sur le Halifax II W7913 qui s’est écrasé, le 3 décembre 1942, quelque part entre Resteigne et Grupont (commune de Tellin). M. Haex a promis à Mr McCallum de l’aider à essayer de situer l’emplacement exact de la chute de cet avion dans lequel se trouvait son père. En effet, David McCallum vit mal le fait de ne pas savoir exactement où son papa perdit la vie…

McCallum

 

«  Thomas MacCallum dont le fils, David, aimerait que vous lui indiquiez où il a perdu la vie le 3 décembre 1942. Ce document m’a été transmis, à la fois, par MM. Haex et Verhelle

 

M. Haex prit contact avec la commune de Tellin dans l’espoir d’y glaner quelques informations et Mme Annick Lamotte, secrétaire communale, s’est adressée à La Petite Gazette. C’est donc à vous qu’il revient maintenant d’essayer l’endroit exact de la chute de ce Halifax.

Dès la semaine prochaine, grâce aux documents confiés par M. Verhelle, je pourrai vous conter l’histoire et la fin tragique de cet appareil britannique.

 La Petite Gazette du 22 décembre 2010

UN HALIFAX TOMBE A TELLIN LE 3 DECEMBRE 1942

Je vous rappelle que cette enquête a pour origine une rencontre entre une personne hollandaise, M. Haex, et Mr David McCallum lors d’une réunion de 102 Sqdn à Pocklington, au Royaume-Uni. David McCallum est le fils de Thomas McCallum, qui était un tireur d’air sur le Halifax II W7913 qui s’est écrasé, le 3 décembre 1942. M. Haex a promis à David McCallum d’essayer de découvrir où, exactement, son papa avait trouvé la mort. Il s’est adressé à l’administration communale de Tellin qui, par l’intermédiaire de sa Secrétaire communale a pris contact avec La Petite Gazette. Evidemment, c’est vers un de mes correspondants,  spécialistes de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale, que je me suis tourné, Monsieur Rik Verhelle qui tient à préciser d’emblée :

« Il m’a été impossible de situer l’endroit exact de l’impact, mais c’était quelque part entre le Resteigne et Grupont (dans la commune de Tellin). La seule façon d’éclaircir cette incertitude est de s’adresser aux gens du village même. Je joins quelques photos qui ne servent qu’à illustrer l’histoire car je n’en ai pas trouvé de l’avion en question. Par contre, les photos de l’équipage sont bien celles des hommes ayant péri dans cet avion, de même que les photos du Sgt Thomas McCallum.»

Voici la première partie de son récit :

« Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1942, Frankfort était l’objectif de la RAF. Bomber Command envoyait une armada fort de 112 bombardiers       (48 Halifax, 27 Lancaster, 22 Stirling, 15 Wellington).  Les « Pathfinder » n’ont pas réussi à localiser l’objectif car il était couvert et les explosifs ont raté leur cible. Toutes les bombes sont tombées dans les champs au sud-ouest de la ville.
Les Britanniques ont perdu six bombardiers lors de ce raid aérien, soit 6.5% des forces engagées :
Trois Halifax du 102 Squadron :
W7884 DY- ?, tombé près de Mannheim (Allemagne), 2 morts et 5 prisonniers;
W9716 DY- ?, tombé près de Laon (France), 3 morts et 3 prisonniers, 2 évadés;
W7913 DY-C, tombé à Tellin (Belgique), 8 morts;
Un Lancaster un 103 Squadron : W4339 PM-M, tombé en Allemagne, 7 morts;
Un Stirling du 75 Squadron : BK618 AA-Q, tombé à Trier (Allemagne), 2 morts et 6 prisonniers;

Un Wellington du 115 Squadron, 8K338 KO-A, tombé en Allemagne, 5 morts.
Le Handley Page Halifax qui est tombé à Tellin appartenait au 102 Squadron du Bomber Command.

Eccuson_du_102_SqnECUSSON DU 102 SQUADRON

Il avait sa base à Poklington depuis août 1942, d’où il a décollé le 3 décembre à 01hr45. Le bombardier a été intercepté à 03hr35 précises, à une altitude de 4500 mètres par un chasseur de nuit de la Luftwaffe, piloté par Uffz Dieter Erichsen, appartenant au Zweite Staffel / NachtJägerGeschwäder Vier (2./NJG4).
L’avion est tombé à Tellin, entre les villages de Resteigne et Grupont. Aucun des huit membres de l’équipage n’a survécu à ce crash. Ils sont enterrés au cimetière communal de Florennes. Il s’agit de
1. Flight Sgt Harry Morrisy, pilote, Américain, R/100533, 25 ans.
2. Sgt Robert Francis Hughes Kenyon, 1391871, âge inconnu.
3. Sgt John Martin Beart Albrecht, ingénieur de bord, 599046, 23 ans marié                    avec Betty Joan Mary de Exeter.
4. Pilot/Officer Donald Edward Pike, 120581, 27 ans,
marié avec Dorothy M. de Bristol.
5. Sgt Erlin Leslie Ross Brown, 1363694, 30 ans,
marié avec Frances Eileen de Welford.
6. Sgt George Allen Robson, 1002130, 27 ans, opérateur-radio,
marié avec Barbara
7. Sgt John William Taylor, 1390639, 21 ans, mitrailleur,
marié avec Doris Anne de London.
8. Sgt Thomas McCallum, 965300, 22 ans, mitrailleur,
marié avec Doris Maude de Inverness.

Certains_..

La Petite Gazette du 29 décembre 2010

UN HALIFAX TOMBE A TELLIN LE 3 DECEMBRE 1942

Je vous rappelle que cette enquête a pour origine une rencontre entre une personne hollandaise, M. Haex, et Mr David McCallum lors d’une réunion de 102 Sqdn à Pocklington, au Royaume-Uni. David McCallum est le fils de Thomas McCallum, qui était un tireur d’air sur le Halifax II W7913 qui s’est écrasé, le 3 décembre 1942.

Halifax_B_II

Halifax B II

Evidemment, c’est vers un de mes correspondants,  spécialistes de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale, que je me suis tourné, Monsieur Rik Verhelle :

« Le pilote allemand, Dieter Erichsen (le pilote du chasseur de nuit de la Luftwaffe qui intercepta le bombardier à 03hr35 précis, à une altitude de 4500 mètres), marqua ici sa première victoire aérienne. Il finira la guerre avec un score final de quatre avions alliés abattus. Il a été abattu à son tour dans la nuit du 18 au 19 mars 1945 lorsqu’il fut intercepté par un Mosquito au moment où il atterrissait avec son avion. Dieter Erichsen fut grièvement blessé; on ne sait s’il a survécu.

Uffz_Dieter_Erichesen_du_2.NJG4 Uffz Dieter Erichsen

Le Halifax W7913 était une version Mk II, faisait partie d’un lot de 200 avions livrés par les usines de Handley Page entre le 20 octobre et le 13 décembre 1942.
Le 102 RAF Squadron était une unité appartenant au N°4 Group du Bomber Command. 102 Squadron et était surnommé le « Ceylon » Squadron. Son devise était (en Latin) « Tentate et Perficite » ce qui veut dire « Tenter et Atteindre ». L’unité a été créée en 1935. La dernière mission opérationnelle fut accomplie le 25 avril 1945 avec bombardement des batteries côtières sur l’île de Wangerooge.
Entre le 8 mai 1945 et le 28 février 1946 il passa du Bomber Command au Transport Command où il sera converti sur Consolidated Liberator B-24 à Bassingbourn. La mission fut le rapatriement de troupes et de prisonniers de guerre de l’Inde.
Il fut dissous le 28 février 1946 à Upwood.
Pendant la guerre, 102 Squadron a totalisé un nombre de 1015 morts, 319 ont été faits prisonniers, 47 ont été grièvement blessés, et 22 ont pu échapper aux Allemands ou se sont évadés de captivité. Il a largué 14.118 tonnes de bombes et posé 1.865 mines.
102 RAF Sqn fut successivement opérationnel sur Handley Page Heyford Mk II & III (oct ’35 – mai ’39), Armstrong Whitworth Whitley Mk V (oct ’39 – fev ’42), Handley Page Halifax B II (dec ’42 – mai ’44), Mk III (mai ’44 – sep ’45), Mk VI (jul ’45 – sep ’45), Consolidated Liberator B-24 Mk VI & VIII (sep ’45 – fev ’46).

P.S. « Pilot Officer » et « Flying Officer » ne désignent pas par définition la fonction d’officier pilote. P/O et F/O étaient, au sein de la Royal Air Force, des grades d’officiers faisant partie du personnel navigant. Les équivalents à l’Armée belge sont « Sous-Lieutenant » et « Lieutenant ».

Le Halifax de Thomas McCallum  est tombé à Tellin, entre les villages de Resteigne et Grupont. Aucun des huit membres de l’équipage n’a survécu à ce crash. Ils sont enterrés au cimetière communal de Florennes. »

Florennes..

Les tombes des membres de l’équipage au cimetière de Florennes

La Petite Gazette du 5 janvier 2011

AU SUJET DU HALIFAX DE TELLIN

Monsieur Ph. Slégers, de Rhisnes, nous apporte à son tour ses souvenirs et des informations : « C’est avec le plus grand intérêt que j’ai pris connaissance de l’article dans « La Petite Gazette » relatant les recherches entreprises pour retrouver l’endroit précis où est mort Thomas MacCallum dans son Halifax.

Avant de vous dire le peu que je sais sur cette affaire, je voudrais rappeler que grâce à  l’arrivée des Alliés, les dégâts moraux et physiques, les atrocités parfois bestiales et les vicissitudes de tous genres dues aux Allemands  furent stoppées.  Je veux encore et toujours leur dire merci.  Malheureusement  de nombreux soldats sont morts pour enrayer ce fléau et aujourd’hui c’est bien d’un des leurs qu’il s’agit. Je suis né à Tellin et le 3 décembre 1942, j’avais 5 ans et 2 mois.  Donc comprenez que de cet évènement je n’ai que peu de souvenirs. Toutefois, veuillez noter ce que notre historien local, le célèbre Victor Enclin écrit en page 27 de son livre « Ma seconde guerre, journal d’un encerclé » :

JEUDI, 3 DECEMBRE 1942

Dès 2 heures du matin, remue-ménage d’avions.  Pendant la journée les gens vont

voir l’avion anglais tombé en flammes entre Resteigne et Ave.  Huit Tués.

S’agit-il de cet avion ?  Il doit toujours exister à Tellin des personnes qui sont allées voir cet avion

Pour qui connaît la topographie locale, « entre  Resteigne et Ave » ne correspond pas à « entre Resteigne et Grupont » cité dans l’article de presse.  Mais la relation de Victor Enclin reste  interrogative.

Par ailleurs je me souviens être allé voir les restes d’un avion. Mais mes souvenirs sont diffus.  Je crois me rappeler que c’était  en contrebas de « La croix de Javalle » au fond du « pré d’amour ».  Je vois encore des morceaux d’avion ; moi et mon frère nous sommes revenus avec un de ces morceaux.  En quelle année ?  Je n’en sais plus rien.  Sachez qu’après la guerre il y avait de très nombreuses pièces de guerre un peu partout … que très rapidement les ferrailleurs de l’époque ont récupérées. »

J’espère que d’autres lecteurs se manifesteront et que, bientôt, nous pourrons déterminer, avec précision, l’endroit où cet avion est tombé.

La Petite Gazette du 12 janvier 2011

VOUS AVEZ REAGI A L’APPEL LANCE A PROPOS DU HALIFAX DE THOMAS MACCALLUM

Monsieur Marcel Lardin, de Grandhan, nous livre les informations en sa possession au sujet de la chute du Halifax W7913 et surtout sur le lieu de la chute : « Le W-7913 se serait crashé à Resteigne au lieu-dit « Les Brulins« . Il y a un lotissement de chalets à cet endroit actuellement. Il fut abattu par un Me-110 du 2/NJG 4 de Florennes dont l’équipage était composé de Dieter Erichsen et Willi Janus. Les membres de l’équipage du Halifax ont été les premiers alliés enterrés à Florennes. »

Madame Annick Lamotte, Secrétaire communale de Tellin, a, elle aussi, reçu d’intéressantes informations : « Je viens d’avoir, m’écrit-elle, une conversation très intéressante avec Monsieur Arsène Davreux, habitant de Nassogne, mais originaire de Ave et Auffe, 88 ans et aîné d’une famille de 10 enfants. Son père était Secrétaire communal à Ave à l’époque. Il a lu l’article concernant la recherche du lieu de chute de ce Halifax et a réagi auprès du Bourgmestre de Tellin.

Il a entendu l’explosion de l’avion en vol la nuit de l’accident et s’est rendu sur place le lendemain avec son frère et son père. Des débris étaient répandus sur plusieurs centaines de mètres. Après le départ des Allemands, ils y sont retournés et ont même, m’a-t-il dit, enterré quelques ossements retrouvés sur place. Il a encore des souvenirs très précis de cet évènement, notamment des gants en cuir avec fermoir « éclair » retrouvés sur place et emportés par un certain François Lefèvre d’Auffe, décédé sans enfants. Ces gants étaient marqués au nom de « Mauricy« , le nom du pilote cité dans l’article. Il me parle également d’un grand trou dont ils ont essayé d’extraire des hélices? Peut-être d’une bombe me dit-il ? »

 

 

QUAND POULSEUR ABRITAIT UN CAMP DE S.A.S.

La Petite Gazette du 28 novembre 2007

DES SOUVENIRS ET DES TAS DE NOMS LIES AU CAMP SAS DE POULSEUR

Monsieur Henri Nandrin, d’Ellemelle, m’indique que ses parents, Henri et Marthe Nandrin – Vander Goten, géraient une ferme à Amostrennes, au-dessus d’Esneux et que le frère de sa maman, le padre Pierre Vander Goten, était l’aumônier des parachutistes au lendemain de la guerre. Sa famille l’appelait Pieke.

Mon correspondant poursuit en m’apprenant que sa maman a, dans ses mémoires, relaté les visites des paras à la ferme d’Amostrennes :

« Un camp de parachutistes avait été installé à Poulseur et, par ce fait, nous avons été mêlés à leur vie et eux, à la nôtre. Nous aurons ainsi connu tous les vétérans actuels. A l’époque, le capitaine Laurent, qui arrivera un jour juste à point pour assister à la découverte de mes deux filles qui s’étaient mutuellement peint les cheveux avec du minium. Lorsque nous le reverrons bien plus tard, devenu Général, il nous en reparlera encore. Nous avons même quelquefois gardé son bébé, pour permettre à madame d’accompagner son mari à une soirée.

L’adjudant Tack, que nous aimions beaucoup et qui fut malheureusement tué accidentellement au carrefour de Trooz. Nous nous sommes rendus à Poulseur, on lui avait fait une chapelle ardente, dans un baraquement. Tous étaient atterrés et bien malheureux, nous compris.

Georges Ledent, qui était de toutes les visites. Un jour, il avait amené ses hommes à la ferme ; ceux-ci devaient retourner au camp de Poulseur par leurs propres moyens et au plus vite. Après avoir bavardé avec Georges Ledent, nous le reconduisons à son camion. Il devait être rentré au camp pour les accueillir. Le camion démarre et nous voyons la bâche arrière se soulever doucement et un soldat se montre en mettant un doigt sur la bouche. Lui, il avait trouvé le moyen d’arriver le premier !

Et Pitje Gailly qui fut tué en Corée !

Et Holvoet qui reniflait tout le temps !

Et Tulpin qui a accompagné Pieke et Ric une nuit de la Saint-Sylvestre, à l’affût au sanglier, sans rien prendre d’ailleurs. Curieux réveillon ! C’est Tulpin qui ira plus tard avec le célèbre vulcanologue Haroun Tazief, sur le fameux volcan Niragongo, en que l’on verra en film à cette occasion, facilement repérable à cause de son menton en galoche.

Et Segers dont le père fut gouverneur d’Anvers ! Et Legrelle ! Et beaucoup d’autres qui, lorsque nous les rencontrons actuellement, nous disent être venus à la ferme.

Ce fut rare les soirées où ils ne venaient pas. Souvent même partageant notre repas, à l’improviste. Parfois cependant Pieke, le Padre, téléphonait :

  • Est-ce que je peux venir souper ?
  • Oui bien sûr !

Vite, dans ma tête, je composais le menu avec ce que je savais avoir à la cave ;

  • Mais je ne serai pas seul !
  • Ce n’est rien !

Je recompose un nouveau menu pour deux en plus…

  • Nous serons six ou sept !

Cela c’était Pieke. »

La semaine prochaine, d’autres souvenirs, d’autres noms…

La Petite Gazette du 5 décembre 2007

DES SOUVENIRS ET DES TAS DE NOMS LIES AU CAMP SAS DE POULSEUR

Monsieur Henri Nandrin, d’Ellemelle, m’indique que ses parents, Henri et Marthe Nandrin – Vander Goten, géraient une ferme à Amostrennes, au-dessus d’Esneux et que le frère de sa maman, le padre Pierre Vander Goten, était l’aumônier des parachutistes au lendemain de la guerre. Sa famille l’appelait Pieke. Souvent, il emmenait les paras à la ferme, chez sa sœur… Retrouvons la suite des souvenirs de la maman de mon correspondant :

« Une autre fois, il (N.D.L.R. Il s’agit bien de Pieke) nous les conduit, demandant qu’ils puissent passer la soirée chez nous. Lui est invité avec des grosses légumes et s’en veut de les laisser tomber. Mon mari est absent ce jour-là. Je reste donc avec eux, autour de notre feu de bois. Il y avait Georges Ledent, Pitje Gailly, Holvoet, Segers et d’autres encore. Les heures passaient, Pieke ne revenait pas les chercher. Tout le monde s’endormait. Finalement, en désespoir de cause, je les conduis dans les chambres libres et je vais à mon tour essayer de dormir. Le lendemain, il y avait un logeur de plus : Pieke revenu tôt le matin et qui s’était installé sur le divan.

Un soir, Jean Van Pé est chez nous, il nettoie ses chaussures dehors sur le muret de la cuisine ; les paras, à nouveau, sont arrivés. Je leur fristouille un souper improvisé. Du dehors, Jacques Van Pé me crie :

  • Au fond, ici, c’est devenu le mess des Paras !

Je réponds alors :

  • Oui, c’est tout à fait cela.

Je me retourne, Georges Ledent est derrière moi et a tout entendu. Nous en rions tous les trois, mais, à partir de ce jour-là, il ne voudra jamais plus prendre un seul repas chez nous !

Le dernier grand souper que je leur ai préparé, c’est un peu avant de quitter définitivement la ferme. Pieke nous avait acheté deux paons. Nous les avions tués et je les ai préparés pour eux. Cette fois, ils sont vraiment nombreux, mais je ne me rappelle plus si Georges Ledent avait cédé et s’était joint à nous…

Les paras nous rendaient aussi souvent service, venant parfois le dimanche, avec leurs jeeps, tirer les chars au moment de la fenaison, cela ménageait un peu les chevaux.

Chaque fois que pieke devait partir, soit en Angleterre, soit en Ecosse, il nous laissait sa Jeep sur laquelle son surnom de « Flying Bisschoop » (Evêque volant) avait été peinte.

Tous ces paras, nous aurons encore l’occasion de les revoir, beaucoup plus tard, mais à des grades supérieurs et même plus que supérieurs, soit une fois à Thysville, soit lors des réceptions des mariages des enfants de ma sœur qui avait épousé le général Delperdange, soit encore, beaucoup plus tard, lors du service militaire de nos deux fils. »

Merci à M. Henri Nandrin de nous avoir donné accès aux souvenirs de sa maman.

La Petite Gazette du 12 décembre 2007

J’AI CONNU CES HOMMES DU CAMP DE POULSEUR

Monsieur Jean  Blésès., de Clavier, a très vite réagi à l’évocation de ces anciens de Poulseur que M. Nandrin avait puisée dans les souvenirs de sa maman. « L’édition de ce 29/11/2007, traitait d’un sujet qui me tient à coeur et me reporte en 1961 en Afrique. Je puis confirmer avec force que tous les noms des SAS de 1942, sont bien réels. (N.D.L.R. Nous n’en avions évidemment jamais douté…)Pourquoi cette affirmation, tout simplement parce que j’ai fait leur connaissance lors de mon service militaire au Régiment Para-Cdo en 1961-1962. Aujourd’hui, je suis âgé de bientôt 69 ans, j’ai effectué mon service militaire comme officier au régiment Para-Cdo et, par la force des choses, j’ai côtoyé tous les hommes cités (hormis MM.Gailly,Tulpin Ric et Degrelle,Tack). Lorsque je les ai connus, j’étais un jeune Adjudant COR, eux plus âgés que moi portaient déjà un  grade supérieur:Le padre avait le grade équivalent de Major.Le capitaine Laurent  avait le grade de ColonelGeorges Ledent avait le grade de Commandant S3 au Burundi-RuandaM.Holvoet était Commandant du centre d’entraînement de parachutiste à SchaffenP.Segers fut Colonel au 3e Para, puis Général du régiment.Tous, dans le cadre de leur fonction, étaient des Hommes dont le moule est cassé à jamais. Depuis les années, (69ans -23ans= 46 ans) que sont-ils devenus? » Monsieur Paul Maquet, de Bruxelles, pourrait vraisemblablement apporter une réponse à cette question. En effet, il est le  Président de l’Association des Anciens SAS et il me dit être particulièrement heureux de constater que vous aimez perpétuer le souvenir de ces anciens. Il m’a fait parvenir une photographie sur laquelle se retrouvent divers personnages cités dans les souvenirs de la maman de M. Nandrin.

sas poulseur

de gauche à droite : Robert Tolek, tué lors d’un accident à Poulseur ; Rob Baert (+) ; Col C. Laurent (+, opération Stanleyville-Paulis 1964) ; Segers (devenu Général) ; Ch. De Hemptine, P. Marquet (mon correspondant)

La Petite Gazette du 3 janvier 2008

Les SAS du camp de Poulseur

Vos réactions sont toujours aussi nombreuses au sujet de ce camp de Poulseur et vos souvenirs ajoutés les uns aux autres nous auront  renseignés sur le devenir de bien des hommes ayant passé par là…

Aujourd’hui, découvrons ceux de M. J-P Rousseau, de Flostoy.

Dans les deux dernières éditions de La  Petite Gazette vos correspondants citent le nom de Tulpin. Pour l’information de MM Blésès, Nandrin et Maquet je vous livre ci-après quelques souvenirs que j’ai retenu du Major Tulpin.

J’ai connu le Major Tulpin lors de mon arrivée au Rwanda en septembre 1962 et à cette époque il était en charge de la Sûreté de la République du Rwanda indépendante depuis à peine deux mois. Il venait du camp militaire de Rumangabo (Congo) et traînait avec lui une réputation sulfureuse après avoir participé à la répression contre les Tutsi rwandais en 1959. Ayant accompagné H. Tazieff dans l’exploration du volcan Niragongo il se disait « protégé ».

Menton en galoche et moustache du style «colonel de l’armée des Indes », il se faisait appeler Milord et n’hésitait pas à se déguiser en missionnaire (blanc) pour aller au Burundi voisin visiter les camps de réfugiés Tutsi qui pouvaient menacer le régime Hutu rwandais. Il exerçait à la perfection son rôle d’informateur à la solde d’un gouvernement étranger !

Je travaillais dans une station INEAC et résidais en brousse (Bugesera) en zone frontalière avec le Burundi où suite à l’insécurité la situation était particulièrement délicate. Pour assurer ma sécurité j’ai reçu de Milord une mitraillette Vigneron (9mm). Il m’a également offert un chiot qui lui donnait le prétexte de venir chez moi pour s’enquérir de la santé du chien et interroger ma femme Tutsi alors que j’étais au travail. Lors de la pénétration de rebelles Tutsi venant du nord du Burundi en décembre 1964 je n’ai pas été inquiété, ceci m’a rendu suspect aux yeux de Milord, je reçu l’ordre de remettre mon arme de défense et je n’ai plus eu de contact avec lui !

J’ai quitté le Rwanda en 1966 pour le Congo, devenu Zaïre par la suite, et j’ai revu, comme par hasard, Milord en 1970 à Isiro au Zaïre.

Il avait été remercié par les autorités rwandaises et était « persona non grata » au Zaïre, son ancien collaborateur Nendaka (ancien Chef de la Sûreté) ne souhaitait pas qu’il revienne au Zaïre.

La rencontre a été particulièrement éprouvante. Je me trouvais dans le bar de l’unique hôtel d’Isiro et il était probablement plus de 21h00. Milord entre dans le bar et se dirige directement vers moi et me demande si je peux prendre en charge un courrier qu’il souhaitait remettre à un de ses anciens pisteurs résidant la région de Buta à plus de 500 km d’Isiro. Il me disait vouloir aller « chasser » dans cette région dont Nendaka était originaire et m’invitait à l’accompagner !

Je n’ai jamais pu savoir comment il savait que je me trouvais là à ce moment bien précis. Il venait à pied du Soudan d’où il s’était fait « dropper », c’était l’époque de la guerre froide, la CIA et le KGB étaient fort actifs au Zaïre à dette époque.

J’ai accompli ma mission et j’ai remis le courrier à son destinataire mais je ne sais pas ce qu’est devenu Milord qui paraît-il voulait faire du bénévolat dans un hôpital des Uélés ! »

La Petite Gazette du 9 janvier 2008

ENCORE DES INFORMATIONS SUR LES OFFICIERS DU CAMP S.A.S. DE POULSEUR

François Lagasse, d’Aywaille, pour faire suite aux interventions d’autres lecteurs, nous apporte quelques renseignements sur les officiers cités.

« Le capitaine Laurent, commandant en second du 1er Bn Para me remit le béret lie de vin après mes tests physiques. Le lieutenant Baert fut mon chef de peloton mortier. A la même époque, le lieutenant Segers était le chef de peloton pionniers (son père, P. W. Segers fut ministre de la Défense nationale).

Le capitaine Ledent fut mon commandant lors de mon premier retour au Congo. J’ai également connu Pietje Gailly qui disparut au cours d’une reconnaissance aérienne au-dessus des lignes chinoises ainsi que son frère Etienne Gailly, marathonien malheureux qui, après avoir mené le fameux marathon de Wembley, s’effondra à quelques dizaines de mètres et termina troisième. Tous deux participèrent à la Guerre de Corée, tout comme le capitaine G. Ledent, le major Delperdange et le padre Van der Gooten comme aumônier du bataillon belge, ainsi que d’autres officiers et sous-officiers dont j’ai oublié les noms.

J’aurai le major Delperdange comme chef de corps au 1 Bn Para puis en tant que général commandant les troupes au Ruanda-Urundi à Usumbura.

Le padre baptisa une de mes filles (1949). Je le retrouvai à Kamina, Katanga. Il était très apprécié par tous les paras, croyants ou non, et conservait le contact avec les familles de ses ouailles. Il passait prendre un bol de soupe chez mon épouse à qui il demanda de lui raccourcir son ‘capitula’ le short colonial. Il fit la constatation que 9 mois après le retour des séjours des paras en « célibataires », il y avait une augmentation appréciable des cérémonies de baptême ! sacré padre. »

LE 10 MAI 1940

La Petite Gazette du 28 mars 2012

LA GUERRE DE MON PAPA EN EXIL…

C’est de Waremme que Monsieur Georges Goudenne a écrit à La Petite Gazette pour évoquer un aspect bien moins connu de la guerre de certains de nos compatriotes. Merci pour ce petit récit.

« Partis, le 10 mai 1940, pour rejoindre son unité avec quelques amis et connaissances de Hannut, mon papa et les autres se sont retrouvés à Dunkerque, embarqués sur les bateaux par les Anglais, baïonnette au canon, ils seront accusés de déserteurs par des Français du Nord avant d’être placés dans un camp de prisonniers. Ils seront employés à ramasser les cadavres après les bombardements puis à travailler dans des usines d’armement. Les deux dernières années passées à Londres, il était infirmier dans un hôpital pour soigner les blessés qui revenaient des combats. Il y croisa de très nombreux handicapés.

Il a eu l’autorisation de quitter l’Angleterre et est arrivé chez nous le 5 août 1945, le jour de l’anniversaire de ma sœur. J’avais 10 ans et je n’ai rien oublié de ce jour.

Mon papa est décédé le 27 avril 1950, j’avais 20 ans. Aujourd’hui, j’en ai 81 et tous ces souvenirs me hantent… Je me demande toujours maintenant à quoi tous ces morts ont servi… A bas la guerre !

Parmi les copains de papa, il y avait Jules Hardy qui, en 1940, en exil à Morton-Crescent Southgate London écrivit cette chanson qui se chante sur l’air de « Sous les ponts de Paris »

1er couplet

Partis de la Belgique

Mitraillés de partout

Par les hordes germaniques

Ecrasant comme des fous

Fuyant pour venger notre pays

Notre liberté si chérie

Nous avons abandonné tout

Et être bien loin de notre patrie.

1er refrain

Malgré nous espérons

Rentrer à l’unisson

La tête haute

Car pour nous c’est un rêve

Que les alliés ne leur donneront pas trêve

Chasser tous ces barbares

Nous comprendrons plus tard

Qu’il se faut tenir par la main

Pour abattre tous ces chiens.

2e couplet

Nous sommes en Angleterre

Dieu sait pour combien de temps

Ne sachant donc que faire

Que penser trop souvent

Sans nouvelles de nos parents

Femme et enfants qui nous restent

Nous avons l’espoir de vous revoir

Et de vous donner nos tendresses.

2e refrain

Après l’occupation

Faut prendre une décision

La Hollande, la Belgique et la France

Attendaient le jour de la délivrance

Mais pour calculer plan

Il faut attendre longtemps

Mais maintenant nous voilà délivrés

Vivent les alliés.

Vivent les alliés.

La Petite Gazette du 2 mai 2012

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DEBUTAIT IL Y A 72 ANS ET VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Monsieur Clément Cleseur, alerte nonagénaire de Sougné-Remouchamps, rebondit sur les souvenirs de M. Gourdenne, de Waremme. Nous retrouverons ses souvenirs, commentaires et analyses au fil de trois éditions successives de La Petite Gazette. D’emblée, M. Cleseur nous explique ce qui motive son intervention :

« La vérité doit être dite, m’écrit ce lecteur passionné, et ce dans tous les domaines, avec le risque de ne pas être écouté, d’être ignoré. Nous sommes la dernière génération à détenir cette vérité,  à avoir vu et vécu ce que nous défendons, notre honneur, notre amour de la Liberté, de la Solidarité et nos sacrifices pour l’avoir obtenue. Pour cela, et dans ce cas précis comme dans tout ce que je défends, je continuerai à me battre  de cette façon jusqu’au dernier jour de ma vie !

« Je suis né en 1921, le 10 mai 1940, j’avais 19 ans. J’étais de la classe 40 ; bon pour le service, j’avais été incorporé. Ce jour-là, l’ordre de mobilisation générale est donné. Tous les hommes de 18 à 35 ans sont mobilisés et doivent rejoindre un lieu qui leur est désigné d’officie par arrêté. A 12 heures, j’ai reçu, comme des milliers d’autres, le mien ; le lieu que je devais rejoindre était « Binche ».

Nous avions libre parcours sur tout : le tram, le train… Tout était organisé, à notre arrivée, nous avons été pris en main par des officiers de l’armée, nous dormions chez l’habitant.

On peut fixer le début de la Bataille de France à l’invasion des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg., le 10 mai 1940. Appliquant leur nouvelle tactique de « guerre éclair », les nazis eurent fait de contraindre l’armée hollandaise à capituler. L’armée belge fut, elle aussi, réduite à demander un armistice qui, seul, pouvait lui éviter d’être anéantie.

Le 28 mai, le corps expéditionnaire britannique, en même temps que certains éléments des 1ère et 7e armées françaises, alors coupées du gros des armées alliées, se replia sur la région de Dunkerque afin d’être évacué vers l’Angleterre.

Sous les bombes, les obus et les balles, plus de 224.500 soldats britanniques et 112.500 combattants alliés (français pour la plupart) furent rembarqués des plages de Dunkerque et amenés à bon port par 222 navires de la Marine de guerre et 665 autres bateaux britanniques. Le 3 juin, l’évacuation était terminée.

Le 22 juin, à 6h.50 de l’après-midi, Pétain acceptait les conditions des Allemands et signait un armistice. La bataille de France était terminée.

Comme vous le constater c’est à partir du 28 mai (18 jours après le 10 mai) que l’armée britannique a commencé le rembarquement sur les plages de Dunkerque, pour le terminer le 3 juin. »

La Petite Gazette du 9 mai 2012

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DEBUTAIT IL Y A 72 ANS ET VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Nous retrouvons, cette semaine, l’intervention de Monsieur Clément Cleseur, nonagénaire de Sougné-Remouchamps, qui raconte et analyse la guerre de ceux qui, comme lui, étaient de la classe 1940 :

« Second volet de notre guerre… Avant cet épisode que je viens de vous décrire (N.D.L.R Voir notre précédente édition), vous devez savoir que Dunkerque était réservé uniquement aux Anglais ; c’est pourquoi, le 10 mai, le Gouvernement anglais envoyait déjà des navires pour rapatrier tous ses compatriotes, c’est-à-dire les consulats, avec le Consul et le personnel britannique ainsi que les archives. Il en était de même pour l’ambassade à Bruxelles et certaines personnes belges, wallonnes, qui ne pouvaient pas tomber dans les mains des Allemands et qui étaient assimilées au personnel britannique.

A Dunkerque comme à Lille, pas moyen de s’approcher de la gare si on n’est pas français et moins encore des bateaux anglais car il y avait 600 réfugiés britanniques à faire rentrer au pays. Même avec toutes les autorisations en ordre, il fallait être patient et attendre la vérification par des officiers pour franchir les barrières des docks. Nous étions ainsi les 10, 11 et 12 mai et il fut de même, dans l’enceinte de Dunkerque, jusqu’au jour du 28 mai que je vous ai décrit.

Dans ce second volet qui est le nôtre, il me reste à vous résumer ce que nous, les mobilisés de 18 à 35 ans pour l’Armée belge de réserve, avons fait en exécutant les ordres que nous avions reçus de nos officiers et, de ce fait, vous faire comprendre pourquoi notre place n’était à Dunkerque, mais en direction de Bordeaux où était le gouvernement Pierlot.

Nous sommes donc à Binche, les allemands enfonçaient tous nos verrous… c’est à ce moment que l’on nous envoya en France par nos propres moyens. A pied, à cheval ou à vélo qu’importe, mais il fallait partir : point de ralliement Toulouse.

Mais, un jour, aux environs de Cambrai, toujours à pied, nous avons été rattrapés ; en premier, par des soldats français qui, en nous voyant, nous montraient du poing en criant : « Boches du Nord ! »Puis, un jour matin à l’aube, nous avons vu passer, à 100 mètres de nous, nos premiers Allemands.

Sans ordres, sans argent, nous sommes repartis, toujours en avant. Nous avons été malades, nous avons mangé du vieux pain qui puait l’eau de Cologne, mais nous avons continué notre guerre et à suivre les ordres donnés à Binche !

Puis, un jour, nous avons pu sauter dans un train, sans ordres, sans ticket, subitement tout changeait… Notre >Roi avait capitulé, nous l’apprenions et les Français avaient signé un armistice. Sur le quai d’une gare, nous sommes devenus des associés, des abandonnés, des malheureux avec la différence que, nous, il y avait des jours que nous n’avions plus de lit, plus un repas, plus un café… rien que du vol à l’étalage et dans les maisons abandonnées suite aux bombardements. Ce train nous conduisit à Toulouse.

Voilà comment on peut expliquer une organisation – désorganisée – entre le 10 mai, la capitulation française et notre arrivée à Toulouse. A notre arrivée, nous avons été repris en main par l’Armée belge bien organisée. Nous sommes allés dans le Tarn-et-Garonne, à Caylus où nous avons construit un camp en zone libre. Ce camp, en 2012, existe toujours. Il avait été visité par le Président, Monsieur Mitterrand. Là, il y avait des Français et des Belges, ainsi que des officiers des deux pays. Nous étions des soldats, sans uniforme et sans fusil…

Le Gouvernement Pierlot, en zone libre avec nous ! La situation est claire, nous n’avons pas capitulé, nous avons réussi à rester libres ; nous avions exécuté les ordres qui nous avaient été donnés. Et pourtant, le 4 août 1940, un nouvel ordre nous était donné… et du même Gouvernement Pierlot et des mêmes ministres !

Là, les ordres furent clairs : on rentre au pays, marche forcée, sans manger, pleins de puces, malades de dysenterie jusqu’à Cahors, Montauban où nous avons mangé sardine et pain sec ; puis le train via la ligne de démarcation. Jamais rien ne nous fut proposé ni demandé… seuls des ordres !

Alors, voilà, 72 ans après, en lisant la lettre et surtout son interprétation « un aspect bien moins connu de la guerre 1940 » (N.D.L.R. Voir La Petite Gazette de la dernière semaine de mars 2012) Je suis en droit de me demander si l’on connait bien les aspects, bons ou mauvais, de la Guerre 40 ; c’est la raison qui m’oblige, une fois encore, à écrire notre version ! Nous sommes en démocratie et, pour cette raison, les lecteurs de La Petite Gazette doivent également découvrir cet aspect. Ils doivent savoir comment se sont comportés leurs fils, leurs enfants, ceux que l’on a mobilisés avec des ordres et qu’ils ont exécutés ; comme ils savent le comportement et ce qu’il est advenu de ceux qui n’ont pas respecté les ordres… »

La Petite Gazette du 16 mai 2012

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DEBUTAIT IL Y A 72 ANS ET VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Voici maintenant la fin de la contribution de Monsieur Clément Cleseur, nonagénaire de Sougné-Remouchamps, qui nous a donné un éclairage précis et sans détours sur la guerre de ceux qui, comme lui, appartenaient à la classe 1940

« Troisième volet. Je me suis toujours demandé les raisons qui avaient fait que le Gouvernement Pierlot ne nous avait pas embarqués et avait osé nous renvoyer dans la Belgique occupée et aux mains des Allemands et des collaborateurs. Pendant des années, j’ai cherché ; puis, un jour, j’ai trouvé qui nous avait fait rentrer. Comme toute peine, on la garde au fond de son cœur, prêt à la dire un jour, ce que j’ai fait par écrit à l’époque !

Je ne croyais pas de nouveau avoir à la redire à l’âge de 90 ans… Et pourtant, pour les lecteurs de La Petite Gazette, au nom de la Liberté et de tous les morts, je dois le faire.

Comme chaque chapitre, je vous la livre simplement et à ma façon. La Belgique avait capitulé et nous, l’Armée de réserve, on était en zone libre. Le Gouvernement belge n’était plus le Gouvernement Pierlot ! Quand le Maréchal Pétain fit aux Allemands des ouvertures d’armistice, les ministres belges, réunis à Bordeaux, décidèrent de faire parvenir à Laeken un message où ils disaient que le Gouvernement démissionnerait dès que le sort des  réfugiés et des soldats belges en France serait réglé, afin de faciliter les négociations, probables, de paix entre l’Allemagne et la Belgique.

Le 19 juin, toujours de Bordeaux, un second message conçu dans le même sens est adressé au Roi.

Le 26 juin, le Gouvernement confirme la même position, ajoutant qu’il ne veut rien faire sans connaître l’avis du Roi… Le comble et je cite Monsieur Pierlot qui dans ses pages d’histoire à ce sujet, écrit : « Dans ces textes, il résulte que nous nous sommes mis en rapport avec les autorités allemandes en vue de régler le rapatriement « ce qui fut fait ». Au contraire, en ce qui concerne les négociations éventuelles, nous n’avons rien demandé d’autre que l’avis du Roi et l’occasion d’un contact avec lui. On peut penser que le Gouvernement a eu tort de penser à pareil projet. Nous n’avons rien fait de répréhensible.»

Devant la loi politicienne, non, vous êtes les plus forts et vous l’avez toujours été ! Mais devant nous, le Peuple, devant moi et des milliers d’autres, mobilisés et soldats de la classe 1940, vous avez trahi ! Vous nous avez remis dans les mains des nazis ! Vous avez fait de nous des déportés au travail obligatoire, vous avez fait de nous, pour certains, des fusillés (voir l’enclos de la Citadelle pour nous Liégeois) et vous avez laissé de 75000 à 80000 prisonniers aux mains des Allemands. »

LA CROIX REUTER A MARCHE-EN-FAMENNE

La Petite Gazette du 1er juin 2011

UNE BELLE CROIX D’OCCIS A MARCHE

Monsieur Francis Roufosse, correspondant passionné par l’histoire de la Famenne, évoque aujourd’hui ce qu’il définit comme un « patrimoine « mineur », rare et souvent sous-estimé de nos campagnes : les croix d’occis.

Les croix d’occis – à ne pas confondre avec les potales et autres croix dressées au croisement des chemins – constituent un patrimoine monumental mineur dont on ignore très souvent l’existence et la richesse. Elles sont toujours les témoins d’une mort naturelle, accidentelle ou criminelle survenue à l’endroit de leur érection. Personnellement, je n’en connais que trois sur le territoire de Marche-en-Famenne.

Celle dont il est question  aujourd’hui fut dressée au début du XVIIIe siècle, le long d’un petit sentier forestier qui serpentait de Marche à Bourdon. Elle fut par la suite déplacée et érigée dans le talus le long d’une route du domaine des Rossignols. En grande partie rongée par le temps et submergée par les ronces et les buissons, elle est devenue aujourd’hui pratiquement invisible aux yeux des passants.

Elle rappelle la mémoire d’un jésuite du Collège de Marche-en-Famenne – le Révérend Père Reuter – dont le corps fut trouvé sans vie «en deçà de la grosse Haie de Bourdon, au lieu-dit Sur les Hys». Le texte gravé dans la pierre reflète bien le grand rigorisme religieux de l’époque :

Dessin croix Reuter

 

 

 

ICY LE RP REUTER DE LA Cnie DE JESU (…) RECTEUR DU COLLEGE A MARCHE INVOCANT LE St NOM DE DIEU EST TOMBE MORT LE 18 OBRE 1731. PASSANTS C’EST UN ORACLE MUET QUI VOUS AVERTI DE V.RE HEVRE DERNIERE P. DIEU POUR SON AME

RIPA.

Accompagnés des chirurgiens Pierre et Jean Garde, la Cour s’était rendue sur les lieux et avait découvert  le Révérend Père Reuter étendu sans vie «le visage tourné vers le ciel, la bouche remplie d’écume».

Les experts observèrent «que la face du cadavre était enflée de pustules livides occasionnées par un sang extravé» et conclurent à une mort naturelle «produite par un catar suffocatif ».

Le Père Mester, au nom de la Compagnie de Jésus, reçut alors de la Cour le permis d’inhumer.

Dans son livre «Marche-en-Famenne», Henri Bourguignon souligne en effet que, parmi les actes de juridiction administrative de la compétence des mayeur et échevins, outre la surveillance des finances communales, des délits forestiers et champêtres ou encore la visite et l’expertise de bâtiments pouvant menacer ruines, rentraient également dans leurs attributions les «constatations de mort subite pouvant être présumée criminelle».
Notons encore que dans le carrelage de la chapelle Notre-Dame de Grâce à Marche, sont encastrées deux petites dalles funéraires portant les noms de jésuites : Théodore Reuter, mort en 1731 et Alain Dargenlieu, décédé en 1725. »

 

LA CROIX DE CHAUMONT A DOLEMBREUX

La Petite Gazette du 23 février 2011

CONNAISSEZ-VOUS CETTE CROIX A DOLEMBREUX ?

Monsieur Ludovic Delcourt, de Dolembreux, est passionné par les réalités passées et actuelles de son village et, pour vous en convaincre, il vous suffit de visiter le site www.dolembreux.be. Vous y retrouverez notamment les nombreuses informations glanées par les lecteurs de La Petite Gazette à propos de l’aérodrome de Dolembreux. Aujourd’hui, Monsieur Delcourt s’intéresse à l’un des éléments du petit patrimoine de son village et espère que vous pourrez l’aider aussi efficacement que lors de son premier appel.

Parmi les lecteurs se trouvera-t-il quelqu’un susceptible d’aider à l’identification de cette croix et possédant les informations expliquant pourquoi elle a été dressée sur son socle en pierre dans une prairie de Dolembreux (Chaumont). Elle se situe à 30 mètres de la rue d’Esneux sous des arbres, près du lieu dit « trou de Jacques« .
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Le regard attentif de ceux qui s’approchent de cette croix découvre que quelques mots y sont gravés maladroitement. On distingue effectivement les propos suivants :  » on a pas besoin des … » Ces mots sont-ils contemporains de l’érection de cette croix ? Ont-ils eu une suite ? la connaissez-vous ? Bref, tout ce que vous savez sur ce témoin du petit patrimoine de Dolembreux nous intéresse. Aurez-vous la gentillesse de nous communiquer ces renseignements ? D’avance un tout grand merci.

La Petite Gazette du 9 mars 2011

LA CROIX CHAUMONT A DOLEMBREUX

Monsieur Albert Etienne, président de la commission Patrimoine de Sprimont, nous donne tous les renseignements souhaités sur cette croix. Je l’en remercie très chaleureusement.

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« La croix de Chaumont qui tient son nom du lieu-dit voisin « so tchâmont » se situe dans une prairie à 50m en retrait de la rue d’Esneux. Ombragée par 3 chênes remarquables, on y accède par le sentier n°162 qui se dirige vers le cimetière et qui prend naissance entre les immeubles n° 54 et 56. Il s’agit d’une croix en bois (Haut 180cm, Larg 89cm, ép 6,5cm). Rigidifiée par 3 volutes en fer forgé, elle repose sur un socle galbé en pierre calcaire de base carrée et d’une hauteur de 75cm avec la date 1843. Ce socle fragilisé a été renforcé par un carcan métallique de très belle facture avec une fermeture particulière démontrant le savoir-faire de l’artisan forgeron qui l’a réalisé. Le monument est quelque peu dégradé par une inscription postérieure, sauvage et incomplète « ON NA PAS BESOIN DES….. », qui est gravée maladroitement dans la pierre avec des lettres à l’envers. On peut supposer que l’auteur de cette inscription de mauvais goût a voulu manifester ses sentiments antireligieux et marquer ainsi son mécontentement et sa désapprobation quant à l’édification de cette croix.

En ce qui concerne l’origine de ce petit édicule, l’histoire nous rapporte deux versions. La première fait allusion à une croix de souvenance qui rappellerait la mort accidentelle d’un ouvrier occupé à la carrière voisine et dénommée « li trô Djâke » (le trou Jacques) et qui a été comblé depuis longtemps. On y exploitait jadis une variété de grès, sablonneux et tendre couramment dénommée « pîre d’avône » (pierre d’avoine) et que l’on rencontre dans les anciens bâtiments situés au cœur du village en contrebas de l’église.

Une autre version est rapportée dans la légende « Le dernier Sabbat des Grevelles » dû à la plume de J-M Gilson. Pour faire bref, il y est dit qu’au 18e siècle, le champ voisin dénommé « so lès Grevalles » était régulièrement fréquenté par les « Makralles » (sorcières) de la région qui y organisaient traditionnellement leur « Sabbat ». Au lendemain d’une de ces mystérieuses cérémonies nocturnes on retrouva sur place le cadavre de douze personnes avec un poignard planté dans le cœur. Depuis lors, le champ des Makralles était devenu maudit. Bien des années plus tard, en 1843 exactement, la nouvelle propriétaire des lieux Mme Catherine Neuray veuve de Mathieu Lehaire aurait fait ériger la croix en question afin d’exorciser cet endroit frappé de malédiction et d’écarter ainsi définitivement le retour des Makralles.

Je ne peux m’empêcher de rappeler à votre souvenir que la chronique « La Petite Gazette » a contribué indirectement à pérenniser la croix de Chaumont. En effet, dans son édition du 9 février 1992, une fidèle lectrice se désolait pour avoir constaté que la dite croix, usée par les outrages du temps, s’était effondrée et gisait au sol en plusieurs morceaux. Ainsi mise au courant la Commission patrimoine de Sprimont prit les choses en mains et dressa un croquis de l’élément à remplacer. C’est M. Lambinon professeur de menuiserie qui fit réaliser par ses élèves et à l’identique une nouvelle croix en chêne massif. C’est la croix actuelle, remise en place par des bénévoles en 1997. »

 

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM’ !

La Petite Gazette du 19 février 2003

Dès cette semaine, marquant j’aime à le rappeler la deux centième parution de La Petite Gazette sous ma signature, nous suivrons, quinzaine après quinzaine, des leçons nous permettant d’écrire correctement le wallon. Ces leçons vous sont prodiguées grâce à la précieuse collaboration d’un professeur dont il n’est plus nécessaire de vanter les qualités, Madame M. Artus-Frisée de Sprimont, à qui, une nouvelle fois, je tiens à exprimer toute ma gratitude. Mais trêve de parlottes, installons-nous et écoutons la maîtresse de wallon.

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM’ !

Ay-ay-ay ! Dji v’s-ètind di d’chal ! « C’è-st-à preume s’on l’sêt lére, èt vola qu’on nos djåse pôr dèl sicrîre ! »

   Ni v’fez nin trop’ di mås d’tièsse : vos-avez apris à lére èt à scrîre li francès à sîh-ans èt ci n’sèrè nin pus målåhèye. Po-z-ataker, léhez tot hôt, à vost’ome, à vosse vwèzène, à chaque côp qui vos trov’rez deûs’ treûs rôyes di walon, léhez ‘lzès. Après quéquès samin.nes, vos veûrez qu’çoula îrè tot seû.

Mins po l’sicrîre, m’alez-v’ dîre ? On nos-aveût dit qui l’walon si scriyève come on voléve ! C’èsteût vrèy i-n-a cint-ans, divans qu’Jules Feller ni s’dihasse qu’i sèreût timps dè mète tot l’monde d’acwérd èt d’trover dès régues qu’on såye co todi dè sûre asteûre (min.me si on troûve co d’timps-in-timps  -ou d’tins-in-tins-  dès difèrinces).

Dji m’va sayî, d’vins lès quéquès saminnes à v’ni, di v’diner quéques-eunes di cès règues.

Première leçon

    Pour commencer, parlons de l’alphabet. C’est le même qu’en français, sauf pour le h et le x.

Le h, c’est facile : on ne l’écrit que si on le prononce (s’il est aspiré ; on devrait plutôt dire expiré !) : ine hatche, on harlake, hêyî…Mais : in-ome, ine ôrlodje…

Quand, en français, nous avons th ou ph, en wallon ce sera t ou : bibliotéque, alfabèt, farmacie…

Quant au x, il n’existe pas, il est remplacé par gz ou ks : in-ègzèrcice, bokser…

   Le ex en début de mot français devient souvent ès en wallon : èscuzez-m’ , savez, dji n’ l’a nin fêt èsprès.

   La finale eux des adjectifs devient tout simplement eûs : ureûs, djoyeûs (au féminin : ureûse, djoyeûse).

Remarque : Xhoris, Xhendelesse, Xhignesse… : en français, le x devant le h indique que celui-ci doit être aspiré ; en wallon : Horis’ , Hind’lèsse, Hignèsse.

 

Li côp qui vint, dji v’ djåz’rè mutwèt dès-acsants : alez’ bin vite ènn’ atch’ter on bon kilo å p’tit botike, vos ‘nn’ årez mèzåhe : dès-êgus (é), dès graves (è), dès teûtês (ê) èt dès ronds (å). Èt d’mandez pôr dès-apostrofes po vosse rawète !

Li dame si scole. »

La Petite Gazette du 5 mars 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

   Dj’a roûvî di v’dîre, li côp passé, qui çou qu’dji v’s-èsplique chal, c’èst po l’walon d’Lîdje. Dji sé bin qu’è Condroz èt vès l’Årdène, i-n-a dès mots, èt principål’mint dès vèrbes, qui s’dihèt ôt’mint, mins là, dji n’vis såreu d’ner dès régues.

   Come dji v’ l’a promètou, dji v’ va djåzer oûy dèsacsants : vos l’årez sûr dèdja r’marqué, ènn’a ine volêye. C’èst chal qui lès cis qu’ont l’walon è l’orèye sèront-st-êdîs : i n’åront qu’à dîre lès mots tot hôt èt i såront tot dreût qu’on n’ dit nin dè café, come è francès, mins dè cafè.

   (Comptez asteûre kibin qu’ènn’a divins cès quéquès rôyes, èt n’ roûviz nouk)

Deuxième leçon

  1. L’accent aigu : é

En français : un dé, du café…

En wallon : l’osté, cwåré, on binamé ome, l’iviér

Nous conservons l’orthographe française :

  1. a) dans le suffixe er : dans les infinitifs, sofler, côper, trawer…

dans certains noms : li soper, li dîner, l’atèlier…

           b) dans le suffixe ez: dans les verbes conjugués à la deuxième personne du pluriel : vos toumez, vinez chal, èstez-v’ là ? …

et  dans le mot « assez ».

Attention, l’accent aigu du français devient parfois grave en wallon et vice-versa : cafè, difèrint, Térèse a tèlèfoné à Michél, li trèzôr dèl catèdråle …

  1. L’accent grave et l’accent circonflexe sur le e :
  2. a) è : comme bonnet, jouet, mèler…

Il s’écrira chaque fois qu’on entend ce son bref : on bonèt, c’èst mès dj’vès, èlle èst                                                                                      

         Mwète, on visèdje…

  1. b) ê : pour le son long

on hopê, on pazê, bê,di l’êwe…

Là encore, c’est votre oreille qui vous aidera.

   Enn’årè co, mins ci sèrè po l’ côp qui vint. Tot rawårdant, léhez on pô dî fèyes èn-è-rote bin vite :

   Ine tchèrêye di bèlès vètès sètchès hètes, ine bèle vète sètche hète dissus. On bê, grand, gros, crås, gris, tchèt avo ‘ne bèle grande, grosse, cråsse, grîse cowe, dizeû on bê grand, gros, crås, gris trô dè cou !

Li dame di scole »

La Petite Gazette du 2 avril 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Dj’a îdèye, oûy, di v’s-èspliquer poqwè qu’dj’a tûzé à fé quéques-årtikes so l’manîre dè scrîre li walon. C’èst qui, si vos m’sicriyez on djoû è walon èt qu’vos fez dès fåtes, dji n’vis-ènnè vôrè nin po çoilà, oh nèni ! Mins si vos v’mètez on bê djoû à scrîre on lîve ou d’vins lès gazètes, ça n’va pus ! Qui dîrîz-v’ si vos trovîz deûs’ treûs fåtes so’ne pådje ou ine colone di vosse gazète è francès ? C’èst vrèy po l’walon. I n’èl fåt in prinde di måle pårt, c’èst mutwèt l’mèstî qui vout çoulà, dji n’in.me nin dè vèyî dès fåtes ! Volà poqwè qu’i m’sonle qui mès p’tits-årtikes pôrît êdî lès cis qui volèt scrîre « po d’bon ». Mins, dji v’deû avouwer ine saqwè : mi-èvanjîle da Saint Jean Haust n’èst måy lon èrî d’mi qwand dji scrèye, ca vos-avez rêzon : ci n’èst nin åhèye !

Quatrième leçon

La qu’nos ‘nn’èstans qwite avou lès-acsants, nos-alans djåzer dès consones. Ataquans avou l’ g èt l’ :

  • Li g ni chève qui po l’son « gu » èt måy po « j » : ine gayoûle, li gozî, grawî, li gurnî, li gazète…
  • Come è francès, divant in-e ou in-i, on mète in-u après l’: li guére, baguer, mêgue, dès galguizoûdes…
  • Avou in-n po-drî, c’èst come è francès: magnî, in-ognê…
  • Qwand v’s-ètindez j, vos scriyez : dès djins, on lodjeû, on vizèdje, djêrî, Bèljique, cortéje, jènèrål…

Lès dobès consones, asteûre : ènn’årè qui qwand vo l’s-ètindez ! (Dji r’vinrè pus tård so cisse quèsse-là, oûy dji n’vis djåz’rè qu’dès-s)

–    On scrèye ss s’on l’deût prononcer « s » (èt nin « z ») inte deûs vwèyèles :

Aller à basse mèsse, tchèssî, fåt-st-assoti, dès bwègnes mèssèdjes, dès tchåsses…

  • Si vos-ètindez « z», i fårè scrîre « s » divant in-e finål : dji djåse ; i s’amûse, ine rôse, ine rûse… (Ecsèpcion : dji tuze, i hûze)
  • On scrîrè “z” divant lès-ôtès vwèyèles ou lès consones : djåzans walon, dj’a djåzé avou lu, cåzî, mazète, ine djåz(‘e)rène

Èt d’vins: onze, doze, traze, quatwaze (ou catwaze), quinze (ou cwinze), saze.

Lèyans-l’ å rés’ po oûy, vos ‘nn’årez co d’vins quinze djoûs… si vos m’sûvez !

Quéquès-esprèssions qui d’hèt bin çou qu’èle volèt dîre :

Po ‘ne saquî qu’èst :

  • rodje di vizèdje : On-z-èsprind’reût ine brocale so s’vizèdje.
  • blanc d’vizèdje : Blanc come on navê pèlé deûs fèyes.
  • pèlake : i va d’veûr fèrer sès pious à glèce !
  • mêgue : i båh’reût ine gade inte lès cwènes.

                                                                                    Li dame di scole »

La Petite Gazette du 23 avril 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Avez-v’ léhou lès virelangues tot hôt i-n-a deûs’ treûs samin.nes ? Ennè volez-v’ co po v’mète èn-alèdje ? Alans-î !

  • Ine treûte crowe èt ine treûte cûte èt on grand gris croté cotrê.
  • Quine, dit-st-i Kini. –Qu’i-n-a-t-i? dit-st-i Kina. –I-n-a qui Kini dit qu’a quine èt qu’ c’èst Kina qu’a quine ca c’èst Kini qui n’a nin quine. (Sayîz di v’s r’trover !)

Après l’exercice oral, passons aux exercices écrits. Je vous ai dit que je gardais en réserve les autres consonnes que les s. Pas de l, de n, de t, de f, de c, de m, de p … doubles, à moins que la prononciation ne l’exige (encore une fois, à vos oreilles !)

On écrira donc : quéle bone novèle (ou quéne, mais jamais qu’éle !!!)

Ine bèle bonète, l’ôrlodje a soné, ine afêre, in-ome, griper, ariver, ine pate, acomoder…

On les prononce doubles, donc on les écrit doubles notamment dans les exemples suivants :

Ine addicion, à gngno, dès gngnès’, An’na, ènn’aller, vos ‘nn’ årez…

In-accidint (ou acsidint, mais plus rare) : analogie avec le français.

lle : si le mot qui suit commence par une voyelle, èle : si c’est une consonne.

èlle a v’nou (ou m’nou) î èt èle vinrè co d’min.

èlle in.me lès rôses mins èle n’in.me nin lès djalofrènes.

Djdju (combinaison de dje et dju) qui s’emploie après le verbe : qui vous-djdju dîre ?

– certains verbes au futur et au conditionnel présent : i moûrrè co vite ! Nos l’rèsconteurrîs co bin, vos-inteurrez po li drî…

Dans les sons an, in, on, suivis de n (pour la facilité de la lecture, on sépare les deux n par un point) : son.ner (saigner) si win.ner, ine an.nêye, èmin.né, ine tchåpin.ne, djon.ne (ou djône), di l’avon.ne,…

Quand la consonne d’origine (souvent d) s’est transformée : aban.n’ner (pour aband’ner), rin’ner (pour rid’ner), an’mète (pour admète). Voyez l’utilité du point !

Dans les mots suivants et leurs composés, on sépare le c ou le d de la lettre suivante pour marquer la cassure de la prononciation : ac’lèver, ac’sûre, ine ac’sseûre, ac’sègnî, ac’mwèrder, ad’djonde, ad’djudant, ad’djudjî, ad’viner, ad’vini.

On écrit (car on l’entedn) : å-d’-dila, å-d’-divant, å-d’-dizeûr, å-d’-dizos.

Alez, corèdje !

                                                                                       Li dame di scole. »

La Petite Gazette du 29 avril 2004

 PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Disqu’asteûre, dji n’vis-a nin djåzé dè k, dè c ni dè q. C’èst qu’ci n’èst nin dès pus-åhèye à èspliquer s’on n’vout nin d’ner dès lonkès riguilites di mots qui  s’sicriyèt d’ine manîre ou d’ine ôte. Çoula sèreût pôr trop anoyeûs po tot l’monde. Dji m’va sayî dè fé l’pus coûrt possibe. Qwand vos dot’rez, abèye, Jean Haust ! Dji n’vis såreû chal diner totes lès régues. (Vo-‘nnè-la, louke, on drole di profèsseûr qui n’nos vout nin d’ner dès régues ! Vos ‘nn’årez tot l’min.me quéques-eunes).

Le plus souvent, il faut se référer au français, notamment pour le q. Quand en français vous trouvez qu , vous trouverez presque toujours un q en wallon : qwand, qwiter, qwèri, qwate, qwinze. (Vous pouvez aussi trouver cwiter, cwèri…)

Le c s’emploie souvent devant un a, o, u

Toujours devant un l ou un r :

Exemples : dè cafè, on coq, compter, in-apoticåre, candjî, cropi, dès cladjots, ine clicote, ine cråze eûrêye, on crustin…

Le k peut s’employer devant e, é, è, ê, eu, eû, i, î. Vos-avez l’tchûse : vos polez scrîre quî ou kî, quéques ou kékes. Po m’pårt, dj’in.me mî « quî èstez-v’ ? » qui « kî èstez-v’ ? » ou « quéques coqs » qui « kékes coks »… Li walon èst tot l’min.me li dreût cuzin dè francès. Mins… chaque si gos’, (onk in.me lès fritches, l’ôte in.me lès mosses, åreût-i dit m’papa).

Le c peut, comme en français, se prononcer s devant e, é, … i, y : dèl cécorêye, dès rècènes, wice, dès cèlîhes, cinq cints, li vint’-cinq di décimbe, pacyince…

Devant un a, o, u, w, il prendra alors une cédille : (toujours comme en français) : come ci come ça, fé çou qu’on pout, çoula, dè claw’çon, Françwès, balançwêre…

En cas d’élision du i de ci devant une consonne : di ç’timps-là, po ç’pris-là, quî qui ç’seûye…

Remarques :

1) Le c final d’un mot, qui ne se prononce pas en français, mais bien en wallon, sera suivi d’une minute (’) : li stoumac’, dèl toûbac’, in-èscroc’… mais : dèstchic èt dès tchac, on mic-mac, on bouc, in-årmanac…

(La minute qui suit une consonne indique toujours que celle-ci doit se prononcer : vint djins, deûs tchins, mais : deûs’ treûs tchins)

2) On conserve le c muet du français dans banc, blanc, franc.

Vos vèyez qu’ c’èst long assez po ç’côp-chal. Vochal tot l’min.me ine pitite saqwè à lére (avou dès c, dès k èt dès q !)

N’a Colas qu’èst co là qui louke co å colon qu’èst co là qui vole a solo qu’èst là qui lût co.

On bètch’tå achou so on strouk s’ècrouke tot magnat dès pètchales.

Si on claw’tî clawe qwate clås kibin d’clås qwate claw’tîs clawèt-i po leû qwate ?

                                                                                                   Li dame di scole »

La Petite Gazette du 14 mai 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Vos-alez sûr fé’ne hègne oûy si dji v’di : conjuguêzons ! C’èsteût  ‘ne saqwè qu’on n’in.méve nin fwért è scole, èdon ? Ni sèrez nin l’gazète tot dreût ! Dji n’vis va nin fé ‘ne lèçon so l’manîre di conjuguer, mins djusse so lès tèrminêzons.

Car il est bien entendu que je ne vous parle pas ici des subtilités des verbes qui changent de voyelle au radical (dji qwîr, nos qwèrans…) de ceux qui perdent ou intercalent une consonne (dji dwèm’, nos dwèrmans, dji creû, nos crèyans…). Mon propos n’est pas là, vous connaissez tous ces verbes-là oralement, il s’agit seulement de l’orthographe des terminaisons. ‘est bien suffisant.

La première personne du singulier ne prend jamais la terminaison  s  (à n’importe quel temps) donc : dji so, dj’a, dji fê, dji di, dj’ètind, dji vin, dji pèhe, dj’îrè, dj’èsteû, dji fou, dji vou, dji n’pou, dji tchantéve, dji magnîve, dji n’sareû…

Présent de l’indicatif

Deuxième personne du singulier : comme en français, on ajoute  s :

T’ès malåde, t’as seû, t’ètinds deûr, ti vins trop tård, ti brês trop lêd, ti fês bèrwète…

Exception : certains verbes, dont la consonne finale se prononce, restent invariables :

Ti pièd’ ti timps, t’assotih, ti finih, ti crèh, ti mèt’…

Troisième personne du singulier : se termine soit par e, soit par  t  ou  d :

I pèhe, il èst sot, i brêt, il ètind clér, i vint avou nos-ôtes, èle magne fwért pô…

Mais : i pièd’ sès nic-nac, èle keûs’ , i finih…

Pour les trois personnes du pluriel, les terminaisons sont respectivement : ans, ez ou îz, èt :

Nos-ovrans, nos-alans, nos d’hans…

Vos-ovrez, vos-alez, vos d’hez, qui d’hez-v’ ? qui fez-v’ ?

I d’hèt, il ovrèt, èle riyèt, i brèyèt, qui d’hèt-i ?

N.B. les pronoms ils et elles ne prennent jamais  s  en wallon !!!

Certains verbes qui se terminent par î  prennent  îz, d’autres  ez : vos magnîz, vos roûvîz, vos loukîz, vos sohêtez…

A l’impératif, c’est comme à l’indicatif présent sauf qu’il ne faut pas  s  à la 2° personne du singulier :

Fê à t’ manîre, vin chal, ni brê nin, va-z-è, qwîr après, dwèm’ è påye…

Dimanans chal, sûvans ‘lzès, lèyans l’là…

Rindez m’chèrvice, ni mintihez nin, qwèrez, dihombrez-v’, magnîz, potchîz…

Certains verbes comme fini, assoti, djèmi… ajoutent un  h  entre le radical et la terminaison : finihez vost’ovrèdje, i djèmih, nos-assotihans, i s’adjènihèt, èle mintih…

Dji v’va lèyî dwèrmi qwinze djoûs là-d’sus. Nos veûrans lès-ôtes timps pus tård, ine sôr al fèye !

                                                                                                  Li dame di scole. »

A Petite Gazette du 27 mai 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Corèdje ! Nos ‘nn’årans co vite fini avou cès verbes-là ! Enn’årè pus !

L’imparfait :

Aux 1ère et 3° personnes du singulier, les terminaisons sont éve ou îve :

dji tchantéve, i buvéve, dji magnîve, i loukîve

A la 2° personne du singulier, ce sera éves ou îves :

ti rotéves, ti magnîves

Aux trois personnes du pluriel, ce sera îs, îz, ît :

nos magnîs, nos tchantîs, vos dansîz, i riyît, …

Donc la 1ère personne du pluriel se termine toujours par s, la 2° par z, la 3° par t

Attention, à la prononciation égale, ne confondez pas : i d’héve…                                                                                                            qui d’hez-v’ ?

Le futur :

Aux 1ère et 3° personnes du singulier, la terminaison sera rè :

dji lî dî qwand i vin.

A la 2° personne du singulier, ce sera rès :

ti beurès on vére avou nos-ôtes.

Les trois personnes du pluriel se termineront par rans, rez, ront :

nos djåz’rans walon, vos scrîrez l’lète, i n’wèz’ront nin fé çoula !

Le conditionnel :

Les trois personnes du singulier : reû, reûs, reût :

dji direû pus vite…, ti pièd’reûs t’timps…, i brêreût pus lêd…

Aux trois personnes  du pluriel :  rîs, rîz, rît :

nos lî donrîs tot çou qu’nos-avans…, vos sèrîz co bin capåbe, alez !

il årît bèle à fé.

Vis fåt-i djåzer dè subjonctif ? Alez ! Po les cis qu’èl volèt :

Le subjonctif présent (nous ne parlerons que de celui-là) c’est comme l’indicatif présent pour les trois personnes du singulier : fåt-i qu’dji magne… ?

Les terminaisons changent aux trois personnes du pluriel : anse, ése ou îse, èsse :

fåt-i qu’nos d’hanse çou qu’nos pinsans ;

i fåt qu’vos tchantése divant d’ènn’aller ;

dji n’vôreû nin qu’vos-åyîse seû !

i n’fåt nin qu’i magnèsse trop tård.

Encore quelques petites remarques : à la forme interrogative :

  1. on emploie dj’ (et non dju) après une voyelle d’appui :

Wice va-dj’ ? M’aveû-dj’ trompé ? Sèrè-dj’ todi là ?

  1. à la 2° personne du singulier, le s’ remplace tu :

Wice vas-s’ ? Qui dis-s’?

  1. devant il, èle ou on, on intercale un t si le verbe se termine par une voyelle :

Arè-t-i lès çans’ ? Va-t-i mî ? Îrè-t-èle ?

  1. à la 1ère personne du pluriel, nos devient n’ ou gn’ :

Ènn’alans-n’ ou  ènn’alans-gn’ ?

Vola ! dji v’s-a d’né l’principål po lès conjuguêzons. C’èst sûr qu’i-n-åreût co dès saqwès à dîre, mins i m’sonle qui dji v’s-a dèdja assez pèlé l’vinte avou totes mès régues. Li côp qui vint  -ci sèreût co bin l’dièrin- i n’mi d’mon’rè cåzî pus rin à v’s-èspliquer. Vos-alez turtos èsse dès champions (nin dès tchampions, èdon !).

                                                                                                     Li dame di scole.

La Petite Gazette du 11 juin 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

    Dj’aveû lès pinses qui ci sèreût l’dièrin.ne fèye qui dji v’dinéve dès régues po scrîre li walon, mins dji m’aporçû qui ç’sèreût trop long, çou qui m’dimone à v’dîre, dj’èl va côper è treûs, insi.

Ça n’a nin l’êr fwért important mins çoula fêt pårtèye di l’ortografe walone : les traits d’union et, la prochaine fois, les élisions.

Le trait d’union s’emploie :

  1. pour marquer une liaison après les consonnes s (qui se prononce z), t ou n :

èsse tot-èn-êwe, vos-èstez, in-oûy, tot-èwaré…

pas de trait d’union après les autres consonnes ni après y :

on d’mèy oû, sîh eûres, on neûr oûy…

Remarque : dans les mots qui se terminent par deux consonnes dont la deuxième est muette, la liaison se fait avec la première :

On fwér(t) ome, li sôr(t) ènn’a volou insi…
  1. pour lier certains mots par une consonne euphonique :

ni vola-t-i nin qu’èle tome !, i-n-a bin longtimps, on-z-a twért dè tant djåzer, il ont pris leû-z-èfant  ou, quand il y a plusieurs enfants, il ont pris leûs-èfants, i sont-st-èvôye, dji so-st-anoyeûs…

  1. entre l’adjectif possessif et le nom qui le suit (quand celui-ci commence par une voyelle)

mès-amis, à vost’-adje…

après mi, ti, si (adjectifs possessifs) si le nom qui suit commence par une voyelle :

mi-ovrèdje, ti-éfant, si-ome…

  1. dans les adjectifs numéraux (entre les unités et les dizaines, entre les dizaines, les

centaines et les unités) :

dî-sèt’, dîh-ût’, vint-onk, cint-èt-onk…

  1. dans des expressions :

tot-à-fêt, di timps-in-timps, vîzon-vîzu, trote-nonote…

                                                                                              Li dame di scole

La Petite Gazette du 25 juin 2003

 PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Les élisions :

Beaucoup plus fréquentes qu’en français, non seulement à la fin d’un mot, mais aussi au milieu ou même au début.

Voyelle initiale (après voyelle d’appui, jamais en premier mot de phrase)

de l’article indéfini : à deûs sone tchèyîre, il ane bèle mohone…

de èle, èlle, il, ènnè : portantle dit qu’èle vinrè, vosnnè serez vite qwite, …mins l a-st-arivé trop tård.

Voyelle finale e : de l’article indéfini : in’ feume, in’ djône båcèle

(Attention : in  un devant une voyelle : in-ome)

de l’adjectif possessif : voste ou noste : vost’ome …

            Voyelle finale i :  de li, mi, dji, ti, si, ci, qui, ni : Qwand dj’ènn’arè m’sô, i vike à

                                         s’manîre, si pô qui ç’seûye, çou qu’nos d’hans, po l’djoû d’oûy…

  • A l’intérieur d’un mot : (toujours après voyelle d’appui) : le i, le e et parfois le o (de

vos et nos) : si dji v’s-èl di, vola poqwè qui n’s-èstans chal.

Le i : dj’a d’hindou po d’djuner, nos l’s-avans k’nohou, li f’gnèsse (ou li f’nièsse), mi

p’tit fré mais nosse pitit fré ; dj’a roûvî mi tch’mîhe, mais : ine prôpe tchimîhe ; mès

dj’vès sont neûrs mais dj’a dès neûrs tchivès, on blanc dj’vå mais qwate tchivås, il   arive divins deûs djoûs, mais nos-îrans d’vins deûs djoûs…

Dans certains mots, comme sicole, sipale, sicrîre, siteûle… le i est présent ou supprimé selon ce qui précède : è scole, li p’tite sicole, dji n’lî scrî måy mins èle sicrèye totes lès samin.nes, ine siteûle qui blaw’tèye, c’èst li steûle dè bièrdjî.

Le e muet au milieu d’un mot s’élide presque toujours (sauf après y) : mèz’rer, atch’ter, ram’ter, sèm’di…

                                                                                                    Li Dame di scole

La petite Gazette du 9 juillet 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

I m’dimone co à v’djåzer dèl manîre dè scrîre lès « adjectifs numéraux ». Prindans’lzès come il arivèt (qwand i-n-a ine saqwè di spéciål à dîre !)

Si vos comptez, vos dîrez onk ou eune, mins s’il èst d’vant on nom, ça d’vinrè

on ou in (devant une voyelle) : in-an èt on djoû

ine au féminin : i n’a qu’ine îdèye èl tièsse.

deûs : il faut lui ajouter la minute dans l’expression deûs’ treûs.

qwate : devient qwatre devant un nom d’une seule syllabe commençant par une voyelle

i-n-a qwatre ans, lès qwatre omes…

Attention à l’expression « inte qwate oûy » ou plus fréquent « inte qwate-z-oûy »

Tiens, à ce propos, vous ai-je signalé que les mots se terminant par y (dès-oûy), w (dès faw), gn (dès pogn), ch (dès bètch) ou par des consonnes prononcées (dès neûh, dès nouk) ou suivies d’une minute (dès nut’) ne prennent jamais s au pluriel ?

sîh : devient devant une consonne : sîh èfants, sî djins.

sèt’ : on intercale parfois un z : lès sèt’-z-ôtes (ou lès sèt-ôtes)

ût’ : devient ût (sans minute, prononcez û) devant une consonne : ût mohones

noûf : devient noûv devant une voyelle ou une consonne douce : il èst noûv eûres, noûs bês djoûs

dîh ou  : référez-vous au français : « diss, diz ou di » : dîh-noûf, dî-sèt’, dî djèyes…

vint : devient vint’ quand il est suivi d’un autre adjectif numéral

vint’-deûs, vint’-treûs, … et li vint’ dè meûs d’fèvri, nos-èstans nos vint’

Comme en français, il prend s quand il est multiplié, sauf s’il est suivi d’un autre nombre : il a quatrè-vints-ans, mais il a quatrè-vint-in-an.

cint : prend toujours s quand il est multiplié, mais, contrairement au français, il le garde quand il est suivi d’un autre nombre : on lîve di cinq cints pådjes, dj’ènn’ a léhou treûs cints cinquante.

Attention, dans les dates, il ne varie pas (alez’ savu poqwè !) : l’an dîh-noûf cint quatwaze.

mèye : (qui ne varie pas en français) prend s quand il est multiplié :

i-n-aveût bin deûs cints mèyes djins !

                                                                                                     Li Dame di scole

La Petite Gazette du 6 août 2003

PO SCRÎRE LI WALON D’ADRAM !

Dièrin.ne lèçon

Quelques confusions courantes :

è (a, en dans), èt (et), èst ou è-st (est) : i n’èst nin è s’burô èt nin è s’tchambe nin pus.

lon (loin, lointain) et long (long) li lon payis, di lådje èt d’long

divins (dans) et divant (devant, avant)

may (mai) et måye (bille … et non bèye qui signifie quille)

haye (ardoise) et håye (haie)

quéne afêre ou quéle afêre et non pas qu’éne afêre !!!

dji v’s-èl di plate-kizak et non pas dji v’s-èle di…

Eco ‘ne pitite saqwè : c’est seulement au féminin pluriel que les adjectifs prennent l’accent grave : quéques djoûs èt quéquès samin.nes.

Certaines consonnes se transforment : d en t : dès rontès danses ; g en k : dès lonkès vôyes, s en z : dès grozès bilokes, dj en tch : dès rotchès cèlîhes.

Vo-m’-la, m’sonle-t-i, on coron d’mès p’titès lèçons. I-n-areût co sûr bråmt dès afêres à v’dîre, so lès vèrbes par ègzimpe, mins dj’a lès pinses qui dji v’s-a d’né l’principål èt qu’si vos rat’nez dèdja tot çoula, dji n’årè nin pièrdou m’timps. Mi, dji m’a bin plêt, dji sohête qui vos’nnè d’hése ot’tant.

Dji so prète à êdî lès cis qu’èl vôrît.

Li Dame di scole.

 

Un immense merci à Madame M. Artus-Frisée, de Sprimont, pour ces agréables et intéressantes leçons.

 

LA LOCOMOTIVE DE LA CARRIERE DE GRAND-HEID A AYWAILLE

La Petite Gazette du 21 mai 2008

CETTE LOCOMOTIVE CIRCULA ENTRE AYWAILLE ET GRAND-HEID

Monsieur Lucien Wilkin, de Hotton, m’a confié cette très jolie photographie de la locomotive qui, pense-t-il, reliait, sur une voie privée industrielle, la gare d’Aywaille à la carrière de Grand-Heid, qui n’existe plus depuis longtemps précise-t-il. Il aimerait que vous l’aidiez, si cela est possible, à identifier les personnes présentes sur la photographie. Il sera peut-être ainsi possible également de la dater approximativement.

Loco Grand Heid (2)

Dans mon livre « Aywaille, Chronique illustrée du XXe siècle, éditions Dricot, 2006, j’ai évoqué cette ligne de chemin de fer industriel dont l’autorisation d’exploitation et les modalités spécifiques, au nombre de 21, ont été précisées, le 30 juin 1900, par Monsieur le Ministre des finances et des Travaux Publics. J’aime à en extraire les quelques articles qui suivent.

Précisons encore qu’il s’agissait là d’une ligne à grande section qui circulait, en suivant d’abord l’accotement de droite, puis, après avoir traversé la chaussée, l’accotement de gauche, des actuelles rues Nicolas Lambercy et du chalet. La traversée de la chaussée sera de telle sorte que le passage, précise le document en question, « ne pourra pas être interrompu plus de deux minutes. Ce passage devra être gardé, au besoin. »

« 14° – La vitesse des trains ne pourra pas être supérieure à dix kilomètres à l’heure. En cas d’encombrement de la route ou à l’ap­proche des attelages, bêtes de charge ou de monture donnant des signes de frayeur, le mou­vement devra être ralenti ou même arrêté; au besoin la locomotive ne marchera qu’au pas de l’homme et sera précédée d’un ouvrier intelli­gent aux frais de l’impétrant.

15: – Le conducteur du train devra signaler l’approche du train à l’aide d’une trompe, d’un sifflet ou autre instrument de ce genre. La vi­tesse et la composition des trains seront réglées de telle manière que l’arrêt de ceux-ci puisse être obtenu sur un espace de 30 mètres au maxi­mum au moyen des seuls freins manœuvrés par le mécanicien.

16e – Les trains ne pourront circuler sur la voie ferrée comprise sur la route ni avant le le­ver ou après le coucher du soleil. »

Tous vos souvenirs et photographies liés à cette ligne sont évidemment les bienvenus.

 

La Petite Gazette du 4 juin 2008

A PROPOS DE LA LOCOMOTIVE DE GRAND HEID

Monsieur Paul Houssonloge, d’Awan-Aywaille, se souvient :

« Né à Niaster-Aywaille, j’ai bien connu la loco de la carrière de Grand-Heid dont la photo a été présentée. Elle était mise au rancard dans son garage, appelé « la centrale », pendant la guerre, vu bien sûr le manque de charbon. Je me rappelle qu’elle portait, à l’avant, une plaque en cuivre avec, gravé, le prénom « Mathilde ». Dès la fin de la guerre, elle fut remplacée par une machine plus grosse, genre de ce qui roulait sur les grandes lignes en Belgique. Celle-ci portait aussi une plaque de cuivre à l’avant avec, cette fois, le prénom « Barbe » (probablement parce que sainte Barbe, fêtée le 4 décembre, était la patronne des carriers.)

Les machinistes que j’ai connus à l’époque étaient M. Jules Mercy, qui habitait rue L. Libert à Aywaille, et M. Demblon, habitant, je pense, à Florzé. Ensuite, et je pense jusqu’à la fin de l’exploitation, c’étaient toujours M. Mercy et M. Hyacinthe Wuidar, habitant, quant à lui, en face de la carrière, 1 route de Marche.

Mon grand-père, qui était monteur de voies pour les petits wagonnets dans la carrière, me racontait avoir conduit, lui aussi, avec MM. Mercy et Demblon, la loco « Mathilde ». Ceci se passait bien avant ma naissance (je suis de 1936) et mon grand-père s’appelait Léopold Dogniez.

Je pense que la photo présentée a été prise à la gare d’Aywaille, le talus derrière est bien sûr le début de la rue Préfond. »

Merci pour toutes ces informations. Qui nous parlera encore de cette ligne longeant les maisons d’habitation depuis la gare jusqu’à la carrière ?

 

La Petite Gazette du 18 juin 2008

LA LOCOMOTIVE DE GRAND HEID

Madame Berthe Renard, de Harzé, nous précise, fort utilement, que son papa, Arsène Renard, de Harzé, a conduit cette machine durant les années de guerre et, peut-être, encore deux années après. Elle se souvient qu’il a effectivement travaillé avec Hyacinthe Wuidar.

 

 La Petite Gazette du 25 juin 2008

LA LOCOMOTIVE DE GRAND HEID

A propos de cette liaison industrielle, M. Marcel Courtoy m’a communiqué le document suivant :

« AYWAILLE

GRAVE ACCIDENT . – On sait que la carrière de Grand Heid est reliée à la gare d’Aywaille. Cette voie ferrée débouche à un tournant de la rue du Chalet, devant les derniers magasins de la rue, pour longer ensuite la voie carrossable jusqu’à la carrière.

Une locomotive avait quitté la gare d’Aywaille et arrivait au débouché de la rue, lorsque, un gamin d’une dizaine d’années, nommé H…, sortant d’un magasin, se hasarda sur la voie. Le malheur voulut que celui-ci trébucha et tomba sur le rail. Malgré les efforts faits par le machiniste pour serrer ses freins, il ne put arrêter à temps et broya une jambe de la malheureuse victime. Relevé et transporté dans une maison voisine, il reçut les premiers soins de M. le docteur Thiry, qui décida son transport d’urgence à l’hôpital.

La douleur des parents est indescriptible. »

Et mon correspondant de commenter :

« Les anciens se souviendront de Fernand Hougardy, tailleur de son état, à Aywaille. Cette personne, unijambiste, ayant été victime d’un accident lors du passage de la locomotive du Grand Heid dans la rue du chalet.

Cette  coupure de journal date de 1922 et relate cet accident.

J’ai connu ce petit train  et, dans les années 46-49,  il arrivait que, lorsque arrêté sous le pont des Cretalles qui surplombait le raccordement, de vilains gamins ( pas moi ) jetaient des pierres dans la cheminée au grand dam du mécanicien qui était alors Maurice Dehalleux, d’ Awan . »

Merci pour ce document et ces souvenirs.

 

UNE FORTERESSE VOLANTE S’EST POSEE A RAMELOT

La Petite Gazette du 4 juin 2008

VOUS SOUVENEZ-VOUS D’UNE FORTERESSE VOLANTE ATTERRISSANT A RAMELOT ?

M. P. Bertrand, de Hamoir, à la lecture de La Petite Gazette voit ses souvenirs de guerre ressurgir.« J’étais adolescent alors et ces souvenirs de guerre m’ont beaucoup marqué. J’allais voir les avions endommagés qui atterrissaient dans les alentours.En 1945, une forteresse volante a atterri sur ses roues dans un champ près du village de Ramelot. Je suis allé la voir deux fois quand les soldats américains qui y montaient la garde ont été partis, c’était après l’armistice je crois. Ils avaient démonté tout l’intérieur pour le récupérer et déposer les quatre moteurs à terre, en dessous de leur nacelle.C’est le père de mon ami qui nous y a conduits. Il avait toujours sa Citroën 4 cylindres d’avant la guerre, la fameuse première traction avant. Nous venions des Quatre-Bras et nous avons pris la petite route indiquant « Ramelot 1 Km ». A l’approche de l’avion, c’était comme lors d’une procession tellement il y avait du monde : curieux, chercheurs de souvenirs…Après avoir fait la file, nous sommes montés dans la forteresse. J’ai même vu des gens qui, dans les ailes, découpaient des tuyauteries et je ne sais plus quoi avec des scies à métaux.Quand j’y suis retourné la seconde fois, c’était avec ma sœur aînée, mes parents n’étaient pas trop d’accord car, à vélo, Seraing-Ramelot, c’était un peu loin !A notre arrivée sur place, l’avion avait l’air abandonné et il n’y avait plus personne. Nous sommes montés à l’intérieur, il était complètement vidé. Ma sœur était bien contente d’avoir vu l’avion car, en 1945, cette carcasse de 30 m. d’envergure était vraiment impressionnante. Cependant, en venant, la pluie l’avait découragée et, avant les Quatre-Bras, elle avait voulu faire demi-tour.Je crois savoir que la forteresse a été rachetée par un ferrailleur. »Avez-vous des souvenirs de cet avion ? Que lui était-il arrivé ? En existe-t-il des photographies ? Je sais que cela ferait très plaisir à M. Bertrand d’en apprendre davantage.  

La Petite Gazette du 18 juin 2008

VOUS SOUVENEZ-VOUS D’UNE FORTERESSE VOLANTE ATTERRISSANT A RAMELOT ?

C’était la question que vous posait dernièrement M. P. Bertrand, de Hamoir, et à peine avait-il découvert cette question que M. Francis Sante, d’Aywaille, fouillait sa collection de documents pour en extraire celui-ci qui devrait rafraîchir les souvenirs de bien des personnes, du moins si elles ont fait, à l’époque, le déplacement vers Ramelot, pour  voir cet avion de près.

avion Ramelot

« Voici une photo de l’avion abattu à Huy (Tinlot Ramelot) le 10/01/1945. Sur le site du CEGES, il est renseigné comme : Boeing B 17 G 92 B. gr 325 Squadron NV M.Je peux encore donner quelques renseignements concernant les personnages se trouvant sur la photo de l’avion. Les deux prêtres doivent être François et Nicolas De La Charlerie et la dame Jeanne Delhez, d’Aywaille.J’espère avoir fait plaisir aux lecteurs de La Petite Gazette »J’en suis persuadé, j’attends maintenant avec impatience d’autres souvenirs liés à cet avion.

La Petite Gazette du 2 juillet 2008

AU SUJET DU BOMBARDIER DE RAMELOT

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, nous apporte de bien intéressantes informations :

« Le bombardier lourd du type B-17 (le fameux « Flying Fortress » ou Forteresse Volante) appartenait au 8ème Air Force, 1ère Bomb Division, 40 ème Combat Bomb Wing, 92 ème Heavy Bomb Group. Ce dernier totalisait quatre escadrilles de bombardiers : la 407, la 327, la 326, et la 325 à laquelle appartenait l’avion abattu à Huy (Tinlot) en janvier en 1945.

La 92ème escadrille est venu des USA pour s’installer en Angleterre en juillet et août 1942. Elle entreprendra sa première mission de combat le 15 mai 1943. L’escadrille était stationnée sur Paddington Airbase à Bedfordshire où elle restera jusqu’à la fin de la guerre. La dernière mission de la 92 ème Group fut le bombardement de Pilzen en Tchècoslovaquie le 25 avril 1945.

Le 92ème Group a effectué 308 missions de combat et a largué 20.829 tonnes de bombes sur l’ennemi. Mais cette escadrille a également payé une lourde tribu avec une perte de 154 avions.

Le bombardier publié dans La Petite Gazette N° 25 du 19 juin dernier était justement une de ces pertes lors du bombardement de Gymnich (Allemagne, au sud-ouest de Cologne) le 10 janvier 1945.

Le gouvernail de ce bombardier était marqué par une lettre B en noir dans un triangle jaune. Les lettres NV-M sur les deux côtés du fuselage forment son code d’appel au sein de la 325ème escadrille. Chaque avion portait un code différent, tel que NV-A, NV-B, NV-C, etc

La devise du 92 ème Group était « Higher – Stronger- Faster » ce qui veut dire « plus haut, plus fort, plus vite ».

Je n’ai malheureusement aucune donnée sur les circonstances de la perte de l’avion ni au sujet du sort de son équipage. Mais il est évident qu’au moins un des pilotes (un B-17 en comptait deux) a réussi à poser l’avion par terre lors d’un atterrissage de fortune. Quelqu’un aurait-il des données supplémentaires ? »

La Petite Gazette du 9 juillet 2008

ENCORE A PROPOS DE LA FORTERESSE VOLANTE DE RAMELOT

Monsieur Roger Herten, d’Engis, se souvient également :

« Né à Aux-Houx, un hameau de la commune de Clermont sous Huy, et y demeurant en cette période de fin de guerre, comme tous les gamins de l’époque, j’étais toujours à l’affût d’événements du genre. Je suis donc allé voir la forteresse volante de Ramelot et je me rappelle cet avion ayant réussi un atterrissage de fortune dans un champ. Paraissant intact, il semblait attendre un improbable pilote pour redécoller.

Cet avion, désarmé par les Américains et dépourvu de tout ce qui présentait un intérêt, était abandonné. Pendant très longtemps, l’épave d’un avion de ce type a été entreposé sur le terrain  attenant à la scierie de Soheit Tinlot, en bordure de la nationale Liège – Marche. J’ai entendu dire, à l’époque, que cette épave était l’avion de Ramelot.

Je signale à M. Bertrand un autre détail, en décembre 1944, au retour d’une mission en Allemagne, un autre B17 avait réussi un atterrissage sur le ventre entre Yernée-Fraineux et Villers-le-Temple, une partie de l’équipage avait d’ailleurs sauté en parachute au-dessus des campagnes longeant la route entre Aux-Houx vers Halledet et récupéré, sans dommage, par les Américains présents au dépôt de munitions d’Aux-Houx, d’où la confusion possible… Je laisse donc le temps de confronter d’autres souvenirs avant de conclure.

Pour ceux que la chose intéresse, je signale que le Musée de l’Armée, au Cinquantenaire à Bruxelles, a constitué des archives permettant d’obtenir des renseignements sur les avions, alliés ou allemands, abattus pendant la Seconde Guerre Mondiale sur le territoire belge .et de connaître tous les détails sur leurs missions, la composition de leur équipage et d’autres détails encore.

Site internet : www.klm-mra.be ou Musée de l’Armée, 3 parc du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles. »

Un grand merci pour ces précieux renseignements.

Monsieur Maurice Pierrard, de Neupré, se souvient de cet avion :

« Moi aussi, j’ai vu l’avion de Ramelot et j’ai même parlé avec un membre de son équipage qui parlait très bien le français, c’était un Canadien.

L’avion revenait d’un bombardement en Allemagne et il avait été touché par un obus de DCA allemande. A cause de cela, sa vitesse et son altitude ont progressivement diminué, rendant impossible son retour vers l’Angleterre. L’équipage croyait qu’il tombait en zone encore occupée par les Allemands. Ils ont certainement pu communiquer leur position par radio car on est venu les reprendre et, en même temps, dépêcher des sentinelles pour garder l’avion, qui n’aurait jamais plus su partir.

Je suppose que, après avoir récupéré les armes, les munitions, les moteurs… on n’a plus monté la garde et l’avion a été l’apanage des gens qui ont pris le kérosène, puis toute sorte de choses dont le pare-brise de plexiglas très épais dont on faisait de très belles bagues.

L’avion est encore resté quelque temps où il était jusqu’au jour où le fermier a signalé qu’il avait des difficultés pour labourer. On lui a répondu que l’épave était pour lui et qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait…

Toujours dans les environs de Ramelot, il y a eu un hôpital de campagne fait de tentes. Il était très bien équipé et, comme toujours, les Américains laissaient entrer qui voulait. C’était un long couloir avec des lits des deux côtés, mais je n’y ai jamais vu de grands blessés, peut-être étaient-ils envoyés, par exemple, à l’hôpital militaire de St-Laurent ? »

Monsieur André Maréchal, de Bende, a, lui également, visité cette forteresse volante à Ramelot et en a ramené un souvenir !

« Avec ma sœur Marie-Thérèse, nous étions partis à vélo, de Bende, porter deux peaux de mouton pour les faire tanner chez le curé de Strée. Passant par Ramelot,  nous avons aperçu cette forteresse volante, impressionnante et surveillée par le garde-champêtre de Ramelot.

Au retour, il n’y avait plus personne et nous en avons profité pour la voir de plus près. Je suis donc allé à l’intérieur : poste de pilotage, tourelle du mitrailleur arrière, encore équipée de tout et mobile ! Quel souvenir !

Quelques tuyaux abandonnés par d’autres firent mon affaire ; en alu léger, l’un d’eux servi à la ferme. En bricolant un peu, avec un câble, on attrapait les cochons pour leur mettre des « berriques » (N.D.L.R. j’espère que je lis correctement) qui, enfoncées dans le groin les empêchaient de retourner à la prairie. Quelle fin pour un morceau de forteresse…

Après les avoir vues par milliers à 10 000 mètres d’altitude, vous comprendrez l’émotion et le bonheur d’en voir une de si près. C’est encore comme si c’était hier.

Pour l’anecdote, je possède encore une des peaux de mouton transportées ce jour-là, elle est très bien conservée ! »

Monsieur le docteur R. Quinet, d’Ouffet, nous donne les précisions souhaitées quant au devenir de la carcasse :

« La carcasse de cette épave de B 17c a été ferraillée par Monsieur Fox (scierie à Soheit-Tinlot) en même temps qu’un P 61 Black Widow, chasseur de nuit américain.

J’ai pu rencontrer Monsieur Fox il y a une vingtaine d’années et je suis en possession d’un cylindre du moteur, d’une jante de train d’atterrissage principal et d’une jauge d’essence. »

Un grand merci pour tous ces témoignages, d’autres suivront encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 16 juillet 2008

TOUJOURS DES SOUVENIRS DE LA FORTERESSE VOLANTE DE RAMELOT ET DE CELLE DE YERNEE

Monsieur Louis Delrée, de Nandrin, se souvient également très bien de ce jour où une forteresse volante atterrit à Ramelot.

« J’étais, ce jour-là, dans le camp de repos du 3rd Tank bn, situé dans les prairies et les bois entourant le château de Tillesse. Ce b 17 est passé très bas au-dessus de nos têtes et, à ce moment, nous n’imaginions pas qu’il aurait atterri quelques kilomètres plus loin. Ce n’est que le lendemain que nous avons appris qu’il s’était crashé à Ramelot. Je suis allé le visiter, il était presque intact.

Par la suite, je pense qu’il a été désarmé par l’US Air Force, puis démantelé par les amateurs de souvenirs et les ferrailleurs.

A la même époque, fin janvier, un autre B 17 faisait également un atterrissage forcé dans la campagne enneigée, route de Villers à Yernée. Il glissa sur une distance de 300 mètres sur une épaisse couche de neige. Cet appareil fut plus endommagé que celui de Ramelot.

J’avais alors 17 ans et je fus le premier civil arrivé sur place, grâce à l’équipage d’un Dodge du  582 Engr. Stationné à Villers. Ces hommes abandonnèrent leur travail de pose de câbles téléphoniques près de la ferme de l’abbaye de Clémodeau pour se porter au secours de l’équipage dont un des membres avait une jambe en piteux état, touchée par un éclat de schrapnel de la DCAZ allemande. Ce B 17 faisait partie du 92nd Bomb Group.

Après maintes recherches aux Etats-Unis et avec l’aide d’un ami, j’ai correspondu avec le pilote de ce B 17, le Lt Col. Doolittle.

L’avion subit le même sort que celui de Ramelot. J’en ai gardé un petit souvenir. J’avais récupéré 200 litres d’essence pour la voiture de mon père ; c’était une aubaine à l’époque. Les derniers restes de cette forteresse furent ensevelis dans le cratère d’un V1 (robot) tombé à 100 mètres de l’avion. »

Merci beaucoup pour ces souvenirs.

La Petite Gazette du 6 août 2008

ENCORE A PROPOS DE LA FORTERESSE VOLANTE POSEE A RAMELOT

Madame Lemaire, de La Neuville-en-Condroz, se souvient également.«Figurez-vous que j’habitais la localité au moment de l’événement. J’ai bien connu les deux abbés de la Charlerie et tout spécialement Marie Godelaine qui était une ancienne élève de feu mon père. Nous étions fin septembre 1944 lorsqu’un quadrimoteur de l’U.S. Air Force se posa dans un champ situé au Nord-Est de la localité et exploité par M. Delcourt, d’Abée.Aussitôt après leur atterrissage forcé à  cause d’un manque de carburant, les aviateurs, qui rentraient d’une mission de bombardement au-dessus de l’Allemagne, se croyaient encore en territoire ennemi. Quelle ne fut pas leur surprise de constater que, dans le bois voisin, des soldats américains étaient installés, en repos, après les combats en Normandie.Le quadrimoteur géant ne manqua pas de susciter la curiosité des Ramelotois et habitants de la région.La garde de l’appareil fut confiée à des soldats U.S. ; par la suite, après leur départ, la gendarmerie s’en chargea d’une façon temporaire. Les visites de particuliers se succédèrent de plus en plus nombreuses pour découvrir mieux encore le géant de l’air. Certains emportèrent des souvenirs tels que morceaux du plexiglas protégeant le poste de pilotage, etc. Finalement, le tout devint du pillage durant les mois qui suivirent.La carcasse abandonnée, démunie de ses moteurs devint la propriété de l’O.MA., puis de l’Office de Récupération Economique. La matière dont était fait le fuselage intéressait M. Fox, ingénieur en fonderie, qui acheta l’épave. A cette époque, le métal était devenu très rare. Il faut savoir qu’à ce moment M. Fox allait réapprovisionner, dans une certaine mesure, le secteur de la fonderie. »

La Petite Gazette du 20 août 2008

ENCORE L’AVION DE RAMELOT

Monsieur Georges Wilmart, de Vierset Barse, tient lui aussi à partager les informations qu’il possède à propos de la forteresse volante de Ramelot :« Voici tout ce que je sais d’elle, « elle », c’est la forteresse volante de Ramelot que j’ai pu admirer alors qu’elle venait d’atterrir retour de la mission A.F. 662 sur Nuremberg avec 256 autres B.17.Les Américains qui montaient la garde nous faisaient comprendre qu’on pouvait visiter l’intérieur uniquement si nous étions accompagnés de nos grandes sœurs !Ce Bomb groupe appartenait au 388th commandé par le colonel Chester (1943-1945) et qui a été créé le 24 décembre 1942 aux U.S.A.Le 23 juin, ce bomb group se trouve basé en Grande-Bretagne, à Knettishall, dans le Suffolk, où il effectue sa première mission opérationnelle le 17 juillet 1943. Il comprenait quatre unités, les 560, 561, 562 et 563.Quant à la forteresse, il s’agit d’un B.17 g85B0 arrivé en Grande-Bretagne le 21 août 1944 et qui a atterri à Ramelot le 3 octobre dans un champ, le long du bois des « six bonniers ». L’équipage a été considéré récupéré le 14 novembre 1944. Grâce à de généreux conservateurs je possède une dizaine de photos de ce B.17 à des stade divers de dépeçage, dont une avec le numéro d’identification 338303 avec un H blanc sur un rectangle à fond noir et la lettre M en dessous du numéro d’identification. J’ai communiqué ce numéro de matricule à M. RiK Verhelle (N.D.L.R. un des lecteurs de La Petite Gazette féru d’aviation de guerre) car c’est, en quelque sorte, une clé qui pourrait ouvrir certaines portes à des recherches pour en savoir davantage et vérifier si mes renseignements sont exacts. J’ajoute que le manque de code sur le fuselage fait qu’il est très difficile de savoir à quel squadron cet appareil appartenait. »Un grand merci pour toutes ces précisions.

La Petite Gazette du 10 septembre 2008

LA …NON, LES FORTERESSES VOLANTES DE RAMELOT

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, est véritablement un passionné (en plus d’être passionnant) de l’histoire de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale. Il écrit à la Petite Gazette pour faire le point sur tous les témoignages reçus à propos de ces avions posés aux alentours de Ramelot. Vous allez ainsi juger très rapidement de l’intérêt et de la pertinence de cette communication.

« Les multiples anecdotes sur le sort des bombardiers US tombés à Ramelot et environs rendent l’histoire un peu confuse. Je précise bien « les » bombardiers car à ma connaissance trois B-17 ont effectué un atterrissage forcé dans les environs de Ramelot.

Le premier bombardier B-17 s’est posé à Ramelot le 3 octobre 1944. Grâce à un contact personnel avec M. Georges Wilmart de Vierset-Barse (voir aussi sa contribution dans de La Petite Gazette N° 34 du 21 août dernier) qui m’a refilé des infos très précieuses et très exactes sur cet événement, j’ai pu entamer quelques recherches qui m’ont livré les données suivantes: Le numéro sur l’empennage est en fait le N° de série de l’avion. Ce N° 338303 vient de 43-38303. Il s’agit donc d’un Boeing B-17G (la version G avait une coupole de 2 mitrailleurs 12.7 mm sous son nez) construit aux USA en 1943. Le carré noir fait référence au 45ème Bomb Wing de la 3ème Division de la 8ème USAF. Puisque le carré noir porte la lettre H l’avion appartenait au 388 Bomb Group du 45ème Wing. En recherchant le N° de série dans la base de données du 388ème j’ai trouvé que le bombardier appartenait au 563ème Squadron. Cette base de données m’a fourni bien d’autres renseignements particulièrement détaillés : Ce bombardier a effectué 9 missions de combat, la première étant le bombardement de  Magdeburg du 12 septembre 1944, sa dernière mission était celle du 3 octobre 1944. Le 3 octobre 1944, le 8ème USAF envoyait ses bombardiers vers la région de Frankfurt. 26 avions du 388 Bomb Group y participèrent et décollèrent de Knettishall (Suffolk – Angleterre) entre 06.30 h et 07.05 h avec Nurnburg comme objectif. Quatre appareils durent retourner pour raisons de perturbations mécaniques et la 388 continua l’assaut avec 22 bombardiers. Aucune difficulté ne fut rencontrée au dessus de la France, mais le ciel fut couvert sur l’objectif. Les bombes furent lâchées d’une altitude de 25.000 feet (8000 mètres) à 11.22 h. La formation n’a pas rencontré des chasseurs allemands, mais les tirs anti-aériens causaient des dommages importants à un appareil et 12 autres furent légèrement atteints. Deux avions ont dû quitter la formation pour aller se poser. Ce fut le cas pour l’avion 338303 (observé par M. Wilmart Georges donc) qui se posa au nord-est du village d’Abée dans les champs appartenant à M. Delcourt, près de l’endroit « Six Bonniers ». Un fait assez remarquable est que l’avion n’a pas effectué un atterrissage de détresse en glissant sur le ventre, mais qu’il a réussi à se poser, le train d’atterrissage sorti. Il parait qu’un manque de carburant l’aurait obligé à se poser. Dans l’autre avion endommagé, le 37724, l’équipage déplorait la mort du copilote, le Lieutenant Clarke. Je n’ai pas d’info sur sort de ce B-17.

Les membres de l’équipage dans l’avion 338303 furent James L. Paulson (pilote), James G. Gamble (co-pilote), A. W. Goodman (navigateur), J. C. Steely (opérateur radio), E. A. Mead (mécanicien), Fredrick L. Hall (bombardier), G. L. Mead et A. J. Miller (mitrailleurs fuselage), R. W. Rheinschmitt (mitrailleur de queue), J. 0. Watson (mitrailleur boule ventrale).

Aussitôt rentré en Angleterre, l’équipage reprendra immédiatement ses missions opérationnelles sur Bohlen 7 octobre, Cologne 14 et 15 octobre, Munster 22 octobre, et finalement Hamburg le 25 octobre 1944. Il totalisera 35 missions avant de retourner sain et sauf aux USA.

(Petit fait divers : F. L Hall est décédé le 16 mars 2008).

Le bombardier fut surveillé un certain temps par les troupes américaines et par notre Gendarmerie. A la fin de cette mission de garde l’appareil fut systématiquement pillé durant des mois. La carcasse dépecée devint la propriété de l’Office de Récupération économique et puis passa dans le patrimoine de l’Administration des Domaines. Les restes de l’épave furent finalement vendus à M. Jean Fox de Tinlot, ingénieur de fonderie, qui allait recycler l’aluminium, un métal devenu assez rare et précieux pendant la guerre.

Quant au 388 Bomb Group, il a totalisé 306 missions de combat pendant la guerre (entre le 17 juillet 1943 et le 20 mai 1945). La majeure partie de ces missions ont été effectuées en compagnie d’autres Bomb Croups de la 8ème USAF. Ces 306 missions de combat visaient principalement des cibles en France et en Allemagne, mais un certain nombre d’objectifs se situaient aussi en Belgique, aux Pays-Bas, en Norvège, en Pologne et en Tchécoslovaquie. Mais la 388 a aussi contribué au projet très secret « Aphrodite » (19 missions) qui avait pour but le développement de B-17 comme bombes volantes téléguidées. La 388 a également accompli des missions humanitaires vers la fin des hostilités, et il a largué cinq fois des vivres sur la Hollande affamée (les missions « Chowhound »). Deux missions avaient pour but de rapatrier des prisonniers français d’Autriche vers la France. La 388 a aussi ramené des prisonniers de guerre de l’Allemagne vers la France.

Au cours de ces 306 missions de combat le 388 Bomb Group a effectué 8051 vols, il a détruit 222 avions ennemis, il a perdu 191 de ses propres avions, 524 de ses hommes ont trouvé la mort, 2 ont disparu, et 801 furent détenus comme prisonniers de guerre. Le jour le plus noir du 388 était le 6 septembre 1943 quand seulement 7 des 18 bombardiers revinrent à leur base après l’assaut de Stuttgart. Ce jour est connu comme « Black Monday » (lundi noir). » A suivre…

Ce sujet vous a particulièrement intéressés et les communications furent, à la fois, nombreuses et très intéressantes. Celle qui suit me permet de vous présenter un document très explicite qui illustre parfaitement le sort de ce B-17. Un immense merci à Monsieur Louis Résimont, de Yernée-Fraineux.

« Ci-après vous allez découvrir une photographie de cette forteresse volante de Ramelot lors de son dernier voyage vers Soheit-Tinlot car elle a bel et bien été récupérée, non pas pas un ferrailleur, mais par Monsieur Jean Fox, ingénieur. Il en fit de même avec les moteurs et d’autres carcasses comme celle d’Abée.

avion Ramelot 2

 

 

 

 

Sur cette photo, on voit bien la carlingue sur la remorque à grumes de la scierie Leclerc qui a permis le transport. Il a été pratiqué de la même façon pour chaque aile, transportée séparément vu leur longueur.

Etant moi-même dans l’équipe nécessaire à l’opération, je puis identifier les personnages suivants :

Le chauffeur, au volant, J. Collignon, ancien bourgmestre d’Ellemelle. A côté, K. Sylvestre, ancien garde-champêtre de Fraiture. Ensuite viennent M. et Mme Jean Fox et, je pense, Mlle Marthe Fox. Enfin, un autre employé de la scierie Leclerc dont, malheureusement, le nom m’échappe. Sur la carlingue, ce sont des enfants du coin qui ont pris place pour la photo. »

La Petite gazette du 17 septembre 2008

LA …NON, LES FORTERESSES VOLANTES DE RAMELOT

Retrouvons cette semaine Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, ce passionné de l’histoire de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale. Il écrit à la Petite Gazette pour faire le point sur tous les témoignages reçus à propos de ces avions posés aux alentours de Ramelot.

« Un deuxième B-17 s’est effectivement pose près de Yernée-Fraineux (déjà signalé par M. Roger Herten d’Engis dans l’édition 28 du 10 juillet 2008). Selon les données retrouvées au Musée de l’Armée, il s’agirait d’un B-17 G appartenant lui aussi au 325 Bomb Squadron du 92 Bomb Group, et qui aurait comme N° d’immatriculation 48466 et la lettre B sur un triangle noir sur son empennage, ainsi que les lettres NV-M sur le fuselage.

L’avion était en difficultés au retour de sa mission. Une partie de son équipage sauta en parachute avant que le pilote ne pose le bombardier sur son ventre entre Yernée-Fraineux et Villers-le-Temple. Il parait que l’avion avait des sérieux dégâts après une glissade de 300 mètres sur le ventre. L’équipage a été récupéré par les troupes américaines. Je ne connais pas la date exacte de cet incident. M. Roger Herten parle de fin décembre 1944. Le Musée de l’Armée n’a pas non plus la date exacte de l’incident. On dit que ce B-17 a lui aussi été recyclé par M. Jean Fox.

Un troisième bombardier B-17 se mit par terre à Ramelot le 10 janvier 1945. Les photos publiées dans les éditions N° 25 du 19 juin et N° 29 du 17 juillet 2008 sont bien celles de l’appareil B17-G qui appartenait au 8 USAF, 1 Bomb Division, 40 Bomb Wing, 92 Bomb Group, 325 Bomb Squadron et qui portait l’immatriculation 48450 sur son gouvernail ainsi que la lettre B sur un triangle noir. Ce bombardier était basé à Poddinton Airbase (Bedfordshire en Angleterre). Le 10 janvier 1945, revenant d’une mission de bombardement sur Gymnich (prés de Cologne), suite à des difficultés, il a effectué un atterrissage de fortune dans les champs à Ramelot. L’équipage fut pris en charge par les troupes américaines, tandis que l’avion fut démantelé, et plus tard (dans les années 50 !) dépecé par la scierie Fox.

Selon les données du Musée de l’Armée au Cinquantenaire à Bruxelles, ce bombardement du 10 janvier 1945 aurait causé la perte de dix B-17 dont 9 seraient tombés sur le territoire belge. (Voir aussi à ma contribution dans l’édition N° 27 du 3 juillet 2008).

Selon Mme Lemaire de Neuville en Condroz, la scierie Fox aurait aussi recyclé les débris presque méconnaissables d’un P-61 Northrop « Black Widow » (chasseur de nuit bimoteur américain – 3 membres d’équipage), ou s’agit-il plutôt d’un P-39 Lockheed « Lightning » (chasseur de jour monoplace bimoteur américain). Un lecteur aurait-il d’autres informations relatives à cet incident ?»

Et mon passionnant correspondant de conclure par une série de questions destinées à compléter encore ses connaissances sur le sujet :

Avez-vous connaissance d’autres avions abattus (ou qui se seraient posés) dans la région ?

Y a-t-il, parmi les lecteurs de La petite Gazette, des personnes qui disposeraient de photographies ou d’autres documents concernant ces avions et qui me permettraient d’en prendre connaissance ?

Toute nouvelle donnée complémentaire est évidemment la bienvenue. D’avance, je vous en remercie chaleureusement. »

Si vous pouvez répondre à l’une ou l’autre de ces questions, je vous engage à prendre contact avec La Petite Gazette qui servira de relais.