LE 10 MAI 1940

La Petite Gazette du 28 mars 2012

LA GUERRE DE MON PAPA EN EXIL…

C’est de Waremme que Monsieur Georges Goudenne a écrit à La Petite Gazette pour évoquer un aspect bien moins connu de la guerre de certains de nos compatriotes. Merci pour ce petit récit.

« Partis, le 10 mai 1940, pour rejoindre son unité avec quelques amis et connaissances de Hannut, mon papa et les autres se sont retrouvés à Dunkerque, embarqués sur les bateaux par les Anglais, baïonnette au canon, ils seront accusés de déserteurs par des Français du Nord avant d’être placés dans un camp de prisonniers. Ils seront employés à ramasser les cadavres après les bombardements puis à travailler dans des usines d’armement. Les deux dernières années passées à Londres, il était infirmier dans un hôpital pour soigner les blessés qui revenaient des combats. Il y croisa de très nombreux handicapés.

Il a eu l’autorisation de quitter l’Angleterre et est arrivé chez nous le 5 août 1945, le jour de l’anniversaire de ma sœur. J’avais 10 ans et je n’ai rien oublié de ce jour.

Mon papa est décédé le 27 avril 1950, j’avais 20 ans. Aujourd’hui, j’en ai 81 et tous ces souvenirs me hantent… Je me demande toujours maintenant à quoi tous ces morts ont servi… A bas la guerre !

Parmi les copains de papa, il y avait Jules Hardy qui, en 1940, en exil à Morton-Crescent Southgate London écrivit cette chanson qui se chante sur l’air de « Sous les ponts de Paris »

1er couplet

Partis de la Belgique

Mitraillés de partout

Par les hordes germaniques

Ecrasant comme des fous

Fuyant pour venger notre pays

Notre liberté si chérie

Nous avons abandonné tout

Et être bien loin de notre patrie.

1er refrain

Malgré nous espérons

Rentrer à l’unisson

La tête haute

Car pour nous c’est un rêve

Que les alliés ne leur donneront pas trêve

Chasser tous ces barbares

Nous comprendrons plus tard

Qu’il se faut tenir par la main

Pour abattre tous ces chiens.

2e couplet

Nous sommes en Angleterre

Dieu sait pour combien de temps

Ne sachant donc que faire

Que penser trop souvent

Sans nouvelles de nos parents

Femme et enfants qui nous restent

Nous avons l’espoir de vous revoir

Et de vous donner nos tendresses.

2e refrain

Après l’occupation

Faut prendre une décision

La Hollande, la Belgique et la France

Attendaient le jour de la délivrance

Mais pour calculer plan

Il faut attendre longtemps

Mais maintenant nous voilà délivrés

Vivent les alliés.

Vivent les alliés.

La Petite Gazette du 2 mai 2012

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DEBUTAIT IL Y A 72 ANS ET VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Monsieur Clément Cleseur, alerte nonagénaire de Sougné-Remouchamps, rebondit sur les souvenirs de M. Gourdenne, de Waremme. Nous retrouverons ses souvenirs, commentaires et analyses au fil de trois éditions successives de La Petite Gazette. D’emblée, M. Cleseur nous explique ce qui motive son intervention :

« La vérité doit être dite, m’écrit ce lecteur passionné, et ce dans tous les domaines, avec le risque de ne pas être écouté, d’être ignoré. Nous sommes la dernière génération à détenir cette vérité,  à avoir vu et vécu ce que nous défendons, notre honneur, notre amour de la Liberté, de la Solidarité et nos sacrifices pour l’avoir obtenue. Pour cela, et dans ce cas précis comme dans tout ce que je défends, je continuerai à me battre  de cette façon jusqu’au dernier jour de ma vie !

« Je suis né en 1921, le 10 mai 1940, j’avais 19 ans. J’étais de la classe 40 ; bon pour le service, j’avais été incorporé. Ce jour-là, l’ordre de mobilisation générale est donné. Tous les hommes de 18 à 35 ans sont mobilisés et doivent rejoindre un lieu qui leur est désigné d’officie par arrêté. A 12 heures, j’ai reçu, comme des milliers d’autres, le mien ; le lieu que je devais rejoindre était « Binche ».

Nous avions libre parcours sur tout : le tram, le train… Tout était organisé, à notre arrivée, nous avons été pris en main par des officiers de l’armée, nous dormions chez l’habitant.

On peut fixer le début de la Bataille de France à l’invasion des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg., le 10 mai 1940. Appliquant leur nouvelle tactique de « guerre éclair », les nazis eurent fait de contraindre l’armée hollandaise à capituler. L’armée belge fut, elle aussi, réduite à demander un armistice qui, seul, pouvait lui éviter d’être anéantie.

Le 28 mai, le corps expéditionnaire britannique, en même temps que certains éléments des 1ère et 7e armées françaises, alors coupées du gros des armées alliées, se replia sur la région de Dunkerque afin d’être évacué vers l’Angleterre.

Sous les bombes, les obus et les balles, plus de 224.500 soldats britanniques et 112.500 combattants alliés (français pour la plupart) furent rembarqués des plages de Dunkerque et amenés à bon port par 222 navires de la Marine de guerre et 665 autres bateaux britanniques. Le 3 juin, l’évacuation était terminée.

Le 22 juin, à 6h.50 de l’après-midi, Pétain acceptait les conditions des Allemands et signait un armistice. La bataille de France était terminée.

Comme vous le constater c’est à partir du 28 mai (18 jours après le 10 mai) que l’armée britannique a commencé le rembarquement sur les plages de Dunkerque, pour le terminer le 3 juin. »

La Petite Gazette du 9 mai 2012

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DEBUTAIT IL Y A 72 ANS ET VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Nous retrouvons, cette semaine, l’intervention de Monsieur Clément Cleseur, nonagénaire de Sougné-Remouchamps, qui raconte et analyse la guerre de ceux qui, comme lui, étaient de la classe 1940 :

« Second volet de notre guerre… Avant cet épisode que je viens de vous décrire (N.D.L.R Voir notre précédente édition), vous devez savoir que Dunkerque était réservé uniquement aux Anglais ; c’est pourquoi, le 10 mai, le Gouvernement anglais envoyait déjà des navires pour rapatrier tous ses compatriotes, c’est-à-dire les consulats, avec le Consul et le personnel britannique ainsi que les archives. Il en était de même pour l’ambassade à Bruxelles et certaines personnes belges, wallonnes, qui ne pouvaient pas tomber dans les mains des Allemands et qui étaient assimilées au personnel britannique.

A Dunkerque comme à Lille, pas moyen de s’approcher de la gare si on n’est pas français et moins encore des bateaux anglais car il y avait 600 réfugiés britanniques à faire rentrer au pays. Même avec toutes les autorisations en ordre, il fallait être patient et attendre la vérification par des officiers pour franchir les barrières des docks. Nous étions ainsi les 10, 11 et 12 mai et il fut de même, dans l’enceinte de Dunkerque, jusqu’au jour du 28 mai que je vous ai décrit.

Dans ce second volet qui est le nôtre, il me reste à vous résumer ce que nous, les mobilisés de 18 à 35 ans pour l’Armée belge de réserve, avons fait en exécutant les ordres que nous avions reçus de nos officiers et, de ce fait, vous faire comprendre pourquoi notre place n’était à Dunkerque, mais en direction de Bordeaux où était le gouvernement Pierlot.

Nous sommes donc à Binche, les allemands enfonçaient tous nos verrous… c’est à ce moment que l’on nous envoya en France par nos propres moyens. A pied, à cheval ou à vélo qu’importe, mais il fallait partir : point de ralliement Toulouse.

Mais, un jour, aux environs de Cambrai, toujours à pied, nous avons été rattrapés ; en premier, par des soldats français qui, en nous voyant, nous montraient du poing en criant : « Boches du Nord ! »Puis, un jour matin à l’aube, nous avons vu passer, à 100 mètres de nous, nos premiers Allemands.

Sans ordres, sans argent, nous sommes repartis, toujours en avant. Nous avons été malades, nous avons mangé du vieux pain qui puait l’eau de Cologne, mais nous avons continué notre guerre et à suivre les ordres donnés à Binche !

Puis, un jour, nous avons pu sauter dans un train, sans ordres, sans ticket, subitement tout changeait… Notre >Roi avait capitulé, nous l’apprenions et les Français avaient signé un armistice. Sur le quai d’une gare, nous sommes devenus des associés, des abandonnés, des malheureux avec la différence que, nous, il y avait des jours que nous n’avions plus de lit, plus un repas, plus un café… rien que du vol à l’étalage et dans les maisons abandonnées suite aux bombardements. Ce train nous conduisit à Toulouse.

Voilà comment on peut expliquer une organisation – désorganisée – entre le 10 mai, la capitulation française et notre arrivée à Toulouse. A notre arrivée, nous avons été repris en main par l’Armée belge bien organisée. Nous sommes allés dans le Tarn-et-Garonne, à Caylus où nous avons construit un camp en zone libre. Ce camp, en 2012, existe toujours. Il avait été visité par le Président, Monsieur Mitterrand. Là, il y avait des Français et des Belges, ainsi que des officiers des deux pays. Nous étions des soldats, sans uniforme et sans fusil…

Le Gouvernement Pierlot, en zone libre avec nous ! La situation est claire, nous n’avons pas capitulé, nous avons réussi à rester libres ; nous avions exécuté les ordres qui nous avaient été donnés. Et pourtant, le 4 août 1940, un nouvel ordre nous était donné… et du même Gouvernement Pierlot et des mêmes ministres !

Là, les ordres furent clairs : on rentre au pays, marche forcée, sans manger, pleins de puces, malades de dysenterie jusqu’à Cahors, Montauban où nous avons mangé sardine et pain sec ; puis le train via la ligne de démarcation. Jamais rien ne nous fut proposé ni demandé… seuls des ordres !

Alors, voilà, 72 ans après, en lisant la lettre et surtout son interprétation « un aspect bien moins connu de la guerre 1940 » (N.D.L.R. Voir La Petite Gazette de la dernière semaine de mars 2012) Je suis en droit de me demander si l’on connait bien les aspects, bons ou mauvais, de la Guerre 40 ; c’est la raison qui m’oblige, une fois encore, à écrire notre version ! Nous sommes en démocratie et, pour cette raison, les lecteurs de La Petite Gazette doivent également découvrir cet aspect. Ils doivent savoir comment se sont comportés leurs fils, leurs enfants, ceux que l’on a mobilisés avec des ordres et qu’ils ont exécutés ; comme ils savent le comportement et ce qu’il est advenu de ceux qui n’ont pas respecté les ordres… »

La Petite Gazette du 16 mai 2012

LA SECONDE GUERRE MONDIALE DEBUTAIT IL Y A 72 ANS ET VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Voici maintenant la fin de la contribution de Monsieur Clément Cleseur, nonagénaire de Sougné-Remouchamps, qui nous a donné un éclairage précis et sans détours sur la guerre de ceux qui, comme lui, appartenaient à la classe 1940

« Troisième volet. Je me suis toujours demandé les raisons qui avaient fait que le Gouvernement Pierlot ne nous avait pas embarqués et avait osé nous renvoyer dans la Belgique occupée et aux mains des Allemands et des collaborateurs. Pendant des années, j’ai cherché ; puis, un jour, j’ai trouvé qui nous avait fait rentrer. Comme toute peine, on la garde au fond de son cœur, prêt à la dire un jour, ce que j’ai fait par écrit à l’époque !

Je ne croyais pas de nouveau avoir à la redire à l’âge de 90 ans… Et pourtant, pour les lecteurs de La Petite Gazette, au nom de la Liberté et de tous les morts, je dois le faire.

Comme chaque chapitre, je vous la livre simplement et à ma façon. La Belgique avait capitulé et nous, l’Armée de réserve, on était en zone libre. Le Gouvernement belge n’était plus le Gouvernement Pierlot ! Quand le Maréchal Pétain fit aux Allemands des ouvertures d’armistice, les ministres belges, réunis à Bordeaux, décidèrent de faire parvenir à Laeken un message où ils disaient que le Gouvernement démissionnerait dès que le sort des  réfugiés et des soldats belges en France serait réglé, afin de faciliter les négociations, probables, de paix entre l’Allemagne et la Belgique.

Le 19 juin, toujours de Bordeaux, un second message conçu dans le même sens est adressé au Roi.

Le 26 juin, le Gouvernement confirme la même position, ajoutant qu’il ne veut rien faire sans connaître l’avis du Roi… Le comble et je cite Monsieur Pierlot qui dans ses pages d’histoire à ce sujet, écrit : « Dans ces textes, il résulte que nous nous sommes mis en rapport avec les autorités allemandes en vue de régler le rapatriement « ce qui fut fait ». Au contraire, en ce qui concerne les négociations éventuelles, nous n’avons rien demandé d’autre que l’avis du Roi et l’occasion d’un contact avec lui. On peut penser que le Gouvernement a eu tort de penser à pareil projet. Nous n’avons rien fait de répréhensible.»

Devant la loi politicienne, non, vous êtes les plus forts et vous l’avez toujours été ! Mais devant nous, le Peuple, devant moi et des milliers d’autres, mobilisés et soldats de la classe 1940, vous avez trahi ! Vous nous avez remis dans les mains des nazis ! Vous avez fait de nous des déportés au travail obligatoire, vous avez fait de nous, pour certains, des fusillés (voir l’enclos de la Citadelle pour nous Liégeois) et vous avez laissé de 75000 à 80000 prisonniers aux mains des Allemands. »

Une réflexion sur “LE 10 MAI 1940

  1. Merci de tout cœur car mon père était mobilisé en 40 au 2ieme carab cycl et est descendu avec sa cie à Montpellier. Merci Cl. SMITZ

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