QUAND POULSEUR ABRITAIT UN CAMP DE S.A.S.

La Petite Gazette du 28 novembre 2007

DES SOUVENIRS ET DES TAS DE NOMS LIES AU CAMP SAS DE POULSEUR

Monsieur Henri Nandrin, d’Ellemelle, m’indique que ses parents, Henri et Marthe Nandrin – Vander Goten, géraient une ferme à Amostrennes, au-dessus d’Esneux et que le frère de sa maman, le padre Pierre Vander Goten, était l’aumônier des parachutistes au lendemain de la guerre. Sa famille l’appelait Pieke.

Mon correspondant poursuit en m’apprenant que sa maman a, dans ses mémoires, relaté les visites des paras à la ferme d’Amostrennes :

« Un camp de parachutistes avait été installé à Poulseur et, par ce fait, nous avons été mêlés à leur vie et eux, à la nôtre. Nous aurons ainsi connu tous les vétérans actuels. A l’époque, le capitaine Laurent, qui arrivera un jour juste à point pour assister à la découverte de mes deux filles qui s’étaient mutuellement peint les cheveux avec du minium. Lorsque nous le reverrons bien plus tard, devenu Général, il nous en reparlera encore. Nous avons même quelquefois gardé son bébé, pour permettre à madame d’accompagner son mari à une soirée.

L’adjudant Tack, que nous aimions beaucoup et qui fut malheureusement tué accidentellement au carrefour de Trooz. Nous nous sommes rendus à Poulseur, on lui avait fait une chapelle ardente, dans un baraquement. Tous étaient atterrés et bien malheureux, nous compris.

Georges Ledent, qui était de toutes les visites. Un jour, il avait amené ses hommes à la ferme ; ceux-ci devaient retourner au camp de Poulseur par leurs propres moyens et au plus vite. Après avoir bavardé avec Georges Ledent, nous le reconduisons à son camion. Il devait être rentré au camp pour les accueillir. Le camion démarre et nous voyons la bâche arrière se soulever doucement et un soldat se montre en mettant un doigt sur la bouche. Lui, il avait trouvé le moyen d’arriver le premier !

Et Pitje Gailly qui fut tué en Corée !

Et Holvoet qui reniflait tout le temps !

Et Tulpin qui a accompagné Pieke et Ric une nuit de la Saint-Sylvestre, à l’affût au sanglier, sans rien prendre d’ailleurs. Curieux réveillon ! C’est Tulpin qui ira plus tard avec le célèbre vulcanologue Haroun Tazief, sur le fameux volcan Niragongo, en que l’on verra en film à cette occasion, facilement repérable à cause de son menton en galoche.

Et Segers dont le père fut gouverneur d’Anvers ! Et Legrelle ! Et beaucoup d’autres qui, lorsque nous les rencontrons actuellement, nous disent être venus à la ferme.

Ce fut rare les soirées où ils ne venaient pas. Souvent même partageant notre repas, à l’improviste. Parfois cependant Pieke, le Padre, téléphonait :

  • Est-ce que je peux venir souper ?
  • Oui bien sûr !

Vite, dans ma tête, je composais le menu avec ce que je savais avoir à la cave ;

  • Mais je ne serai pas seul !
  • Ce n’est rien !

Je recompose un nouveau menu pour deux en plus…

  • Nous serons six ou sept !

Cela c’était Pieke. »

La semaine prochaine, d’autres souvenirs, d’autres noms…

La Petite Gazette du 5 décembre 2007

DES SOUVENIRS ET DES TAS DE NOMS LIES AU CAMP SAS DE POULSEUR

Monsieur Henri Nandrin, d’Ellemelle, m’indique que ses parents, Henri et Marthe Nandrin – Vander Goten, géraient une ferme à Amostrennes, au-dessus d’Esneux et que le frère de sa maman, le padre Pierre Vander Goten, était l’aumônier des parachutistes au lendemain de la guerre. Sa famille l’appelait Pieke. Souvent, il emmenait les paras à la ferme, chez sa sœur… Retrouvons la suite des souvenirs de la maman de mon correspondant :

« Une autre fois, il (N.D.L.R. Il s’agit bien de Pieke) nous les conduit, demandant qu’ils puissent passer la soirée chez nous. Lui est invité avec des grosses légumes et s’en veut de les laisser tomber. Mon mari est absent ce jour-là. Je reste donc avec eux, autour de notre feu de bois. Il y avait Georges Ledent, Pitje Gailly, Holvoet, Segers et d’autres encore. Les heures passaient, Pieke ne revenait pas les chercher. Tout le monde s’endormait. Finalement, en désespoir de cause, je les conduis dans les chambres libres et je vais à mon tour essayer de dormir. Le lendemain, il y avait un logeur de plus : Pieke revenu tôt le matin et qui s’était installé sur le divan.

Un soir, Jean Van Pé est chez nous, il nettoie ses chaussures dehors sur le muret de la cuisine ; les paras, à nouveau, sont arrivés. Je leur fristouille un souper improvisé. Du dehors, Jacques Van Pé me crie :

  • Au fond, ici, c’est devenu le mess des Paras !

Je réponds alors :

  • Oui, c’est tout à fait cela.

Je me retourne, Georges Ledent est derrière moi et a tout entendu. Nous en rions tous les trois, mais, à partir de ce jour-là, il ne voudra jamais plus prendre un seul repas chez nous !

Le dernier grand souper que je leur ai préparé, c’est un peu avant de quitter définitivement la ferme. Pieke nous avait acheté deux paons. Nous les avions tués et je les ai préparés pour eux. Cette fois, ils sont vraiment nombreux, mais je ne me rappelle plus si Georges Ledent avait cédé et s’était joint à nous…

Les paras nous rendaient aussi souvent service, venant parfois le dimanche, avec leurs jeeps, tirer les chars au moment de la fenaison, cela ménageait un peu les chevaux.

Chaque fois que pieke devait partir, soit en Angleterre, soit en Ecosse, il nous laissait sa Jeep sur laquelle son surnom de « Flying Bisschoop » (Evêque volant) avait été peinte.

Tous ces paras, nous aurons encore l’occasion de les revoir, beaucoup plus tard, mais à des grades supérieurs et même plus que supérieurs, soit une fois à Thysville, soit lors des réceptions des mariages des enfants de ma sœur qui avait épousé le général Delperdange, soit encore, beaucoup plus tard, lors du service militaire de nos deux fils. »

Merci à M. Henri Nandrin de nous avoir donné accès aux souvenirs de sa maman.

La Petite Gazette du 12 décembre 2007

J’AI CONNU CES HOMMES DU CAMP DE POULSEUR

Monsieur Jean  Blésès., de Clavier, a très vite réagi à l’évocation de ces anciens de Poulseur que M. Nandrin avait puisée dans les souvenirs de sa maman. « L’édition de ce 29/11/2007, traitait d’un sujet qui me tient à coeur et me reporte en 1961 en Afrique. Je puis confirmer avec force que tous les noms des SAS de 1942, sont bien réels. (N.D.L.R. Nous n’en avions évidemment jamais douté…)Pourquoi cette affirmation, tout simplement parce que j’ai fait leur connaissance lors de mon service militaire au Régiment Para-Cdo en 1961-1962. Aujourd’hui, je suis âgé de bientôt 69 ans, j’ai effectué mon service militaire comme officier au régiment Para-Cdo et, par la force des choses, j’ai côtoyé tous les hommes cités (hormis MM.Gailly,Tulpin Ric et Degrelle,Tack). Lorsque je les ai connus, j’étais un jeune Adjudant COR, eux plus âgés que moi portaient déjà un  grade supérieur:Le padre avait le grade équivalent de Major.Le capitaine Laurent  avait le grade de ColonelGeorges Ledent avait le grade de Commandant S3 au Burundi-RuandaM.Holvoet était Commandant du centre d’entraînement de parachutiste à SchaffenP.Segers fut Colonel au 3e Para, puis Général du régiment.Tous, dans le cadre de leur fonction, étaient des Hommes dont le moule est cassé à jamais. Depuis les années, (69ans -23ans= 46 ans) que sont-ils devenus? » Monsieur Paul Maquet, de Bruxelles, pourrait vraisemblablement apporter une réponse à cette question. En effet, il est le  Président de l’Association des Anciens SAS et il me dit être particulièrement heureux de constater que vous aimez perpétuer le souvenir de ces anciens. Il m’a fait parvenir une photographie sur laquelle se retrouvent divers personnages cités dans les souvenirs de la maman de M. Nandrin.

sas poulseur

de gauche à droite : Robert Tolek, tué lors d’un accident à Poulseur ; Rob Baert (+) ; Col C. Laurent (+, opération Stanleyville-Paulis 1964) ; Segers (devenu Général) ; Ch. De Hemptine, P. Marquet (mon correspondant)

La Petite Gazette du 3 janvier 2008

Les SAS du camp de Poulseur

Vos réactions sont toujours aussi nombreuses au sujet de ce camp de Poulseur et vos souvenirs ajoutés les uns aux autres nous auront  renseignés sur le devenir de bien des hommes ayant passé par là…

Aujourd’hui, découvrons ceux de M. J-P Rousseau, de Flostoy.

Dans les deux dernières éditions de La  Petite Gazette vos correspondants citent le nom de Tulpin. Pour l’information de MM Blésès, Nandrin et Maquet je vous livre ci-après quelques souvenirs que j’ai retenu du Major Tulpin.

J’ai connu le Major Tulpin lors de mon arrivée au Rwanda en septembre 1962 et à cette époque il était en charge de la Sûreté de la République du Rwanda indépendante depuis à peine deux mois. Il venait du camp militaire de Rumangabo (Congo) et traînait avec lui une réputation sulfureuse après avoir participé à la répression contre les Tutsi rwandais en 1959. Ayant accompagné H. Tazieff dans l’exploration du volcan Niragongo il se disait « protégé ».

Menton en galoche et moustache du style «colonel de l’armée des Indes », il se faisait appeler Milord et n’hésitait pas à se déguiser en missionnaire (blanc) pour aller au Burundi voisin visiter les camps de réfugiés Tutsi qui pouvaient menacer le régime Hutu rwandais. Il exerçait à la perfection son rôle d’informateur à la solde d’un gouvernement étranger !

Je travaillais dans une station INEAC et résidais en brousse (Bugesera) en zone frontalière avec le Burundi où suite à l’insécurité la situation était particulièrement délicate. Pour assurer ma sécurité j’ai reçu de Milord une mitraillette Vigneron (9mm). Il m’a également offert un chiot qui lui donnait le prétexte de venir chez moi pour s’enquérir de la santé du chien et interroger ma femme Tutsi alors que j’étais au travail. Lors de la pénétration de rebelles Tutsi venant du nord du Burundi en décembre 1964 je n’ai pas été inquiété, ceci m’a rendu suspect aux yeux de Milord, je reçu l’ordre de remettre mon arme de défense et je n’ai plus eu de contact avec lui !

J’ai quitté le Rwanda en 1966 pour le Congo, devenu Zaïre par la suite, et j’ai revu, comme par hasard, Milord en 1970 à Isiro au Zaïre.

Il avait été remercié par les autorités rwandaises et était « persona non grata » au Zaïre, son ancien collaborateur Nendaka (ancien Chef de la Sûreté) ne souhaitait pas qu’il revienne au Zaïre.

La rencontre a été particulièrement éprouvante. Je me trouvais dans le bar de l’unique hôtel d’Isiro et il était probablement plus de 21h00. Milord entre dans le bar et se dirige directement vers moi et me demande si je peux prendre en charge un courrier qu’il souhaitait remettre à un de ses anciens pisteurs résidant la région de Buta à plus de 500 km d’Isiro. Il me disait vouloir aller « chasser » dans cette région dont Nendaka était originaire et m’invitait à l’accompagner !

Je n’ai jamais pu savoir comment il savait que je me trouvais là à ce moment bien précis. Il venait à pied du Soudan d’où il s’était fait « dropper », c’était l’époque de la guerre froide, la CIA et le KGB étaient fort actifs au Zaïre à dette époque.

J’ai accompli ma mission et j’ai remis le courrier à son destinataire mais je ne sais pas ce qu’est devenu Milord qui paraît-il voulait faire du bénévolat dans un hôpital des Uélés ! »

La Petite Gazette du 9 janvier 2008

ENCORE DES INFORMATIONS SUR LES OFFICIERS DU CAMP S.A.S. DE POULSEUR

François Lagasse, d’Aywaille, pour faire suite aux interventions d’autres lecteurs, nous apporte quelques renseignements sur les officiers cités.

« Le capitaine Laurent, commandant en second du 1er Bn Para me remit le béret lie de vin après mes tests physiques. Le lieutenant Baert fut mon chef de peloton mortier. A la même époque, le lieutenant Segers était le chef de peloton pionniers (son père, P. W. Segers fut ministre de la Défense nationale).

Le capitaine Ledent fut mon commandant lors de mon premier retour au Congo. J’ai également connu Pietje Gailly qui disparut au cours d’une reconnaissance aérienne au-dessus des lignes chinoises ainsi que son frère Etienne Gailly, marathonien malheureux qui, après avoir mené le fameux marathon de Wembley, s’effondra à quelques dizaines de mètres et termina troisième. Tous deux participèrent à la Guerre de Corée, tout comme le capitaine G. Ledent, le major Delperdange et le padre Van der Gooten comme aumônier du bataillon belge, ainsi que d’autres officiers et sous-officiers dont j’ai oublié les noms.

J’aurai le major Delperdange comme chef de corps au 1 Bn Para puis en tant que général commandant les troupes au Ruanda-Urundi à Usumbura.

Le padre baptisa une de mes filles (1949). Je le retrouvai à Kamina, Katanga. Il était très apprécié par tous les paras, croyants ou non, et conservait le contact avec les familles de ses ouailles. Il passait prendre un bol de soupe chez mon épouse à qui il demanda de lui raccourcir son ‘capitula’ le short colonial. Il fit la constatation que 9 mois après le retour des séjours des paras en « célibataires », il y avait une augmentation appréciable des cérémonies de baptême ! sacré padre. »

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