EN GUERRE AVEC LE 3e Chasseurs Ardennais

La Petite Gazette du 26 juin 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Monsieur Francis Monseur, de Ciney, confie à La Petite Gazette des copies très intéressantes pour l’histoire du 3e ChA , notamment son rôle durant la campagne des 18 jours. Je laisse à mon correspondant le soin de vous expliquer de quoi il s’agit :

« Si la guerre de 40 a spécialement marqué ma prime jeunesse, je suis né en juin 1932, avec l’exode, l’occupation, les incidents militaires (bombardements, avions, résistance et Libération), j’ai eu la chance de retrouver, il y a peu, les papiers personnels du frère de ma mère, ex officier aux 3e Chasseurs Ardennais à Vielsalm.

Mon oncle, c’était le Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Bien que les papiers personnels qui l’accompagnaient durant la campagne de 40 aient disparu à la capitulation, j’ai encore plusieurs notes et un petit agenda de poche qui relatent l’organisation et les activités quotidiennes de la 11e Cie depuis le mois d’août 1939 jusqu’à la fin du mois de juin 1940. »

Voici donc un aperçu de ces notes extraites des doubles du carnet journalier de la campagne des 18 jours de la 11e Cie « Engins » du 3e Ch.A et de l’agenda personnel 1940 du Cdt Jean-Olivier Closset.

« 28/08/1939

02H. Ordre de mise en place, d’après « le plan défense » – Répartition des engins

1ère pièce Cheneux 3/I

Ier peloton S/Lt Groven          2e   pièce  Trois-Ponts 1/I

E.M. à Basse Bodeux               3e   pièce  Grand Halleux 2/I            S/L De Fize

4e   pièce   Rencheux 5/II

E.M. Compagnie à Bra

1ère pièce  Salmchâteau 4/II

IIe peloton S/L Franck           2e   pièce  Petite l’Anglois 6/II

E.M. à Joubiéval                    3e    pièce  Baraque de Fraiture 7/III     Ottre

4e   pièce  Baraque de Fraiture  8/III

En +       1 Wast VI Chabrehez  (= T 15 ?)

27/02/40

10H.   Le Commandant Closset, le Lt Groven, le S/L Jacquet, l’Adjt François et un peloton  de la 11e Cie partent au tir C47 à Beverloo

29/02/40

18H.  Retour du camp de Beverloo

10/03/40

Le Sgt Gillardin et De Decker rejoignent l’unité ainsi que le Capt Asse et le Sgt Malherbe

08/05/40

10H15 Les deux C47 (du 1er Rég. De Guides) annoncés pour Grand Halleux arriveront ce matin avec équipage complet + 1 officier

10/05/40

01H.    Alerte générale à l’Est

01H30 Le camion de bagages part pour Manhay (Sgt Dewart et Bisschof).

Le Lt Groven communique que le char de Trois Ponts est en panne   d’embrayage (envoi du camion de dépannage avec Wiame et Michel).

Le Cdt Closset prévient l’ARCA de Pont de Bonne et envoie des instructions au  Lt Groven en cas d’abandon du char à l’endroit.

05h.     Etat de siège et mobilisation générale

10H.    Le camion à vivres GMC, le camion Ford (Binet) et le Ford (Jean Bons) font mouvement vers Ouffet, au passage à Manhay, chargement de 5 hommes du Ive Peloton C47. Sont partis 1er Sgt Robiette, Sgt Frederich, Capt Adam, soldats Doucet, Douhart, Basselie, Gavet, Dony. Les hommes qui n’avaient pas reçu de GP sont dotés d’un fusil M86 et de munitions.

13h.     Trois-Ponts contacts, combat prévu comme à l’exercice.

Toutes les destructions de la région Saint-Vith, Vielsalm, Salmchâteau, Rendeux sont exécutées et réussies.

20H.   Les chars et motos des Français arrivent à Manhay

21H.  Départ de Manhay pour Bomal (où la gare et des convois brûlent). »

A suivre…

La Petite Gazette du 3 juillet 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 11/05/40

Sur l’Ourthe vers Ouffet.

00H34  Arrivée à Ouffet

08H00  Entré en contact avec S/L Franck et Adj François

Rapport. Toutes nos pièces C47 se replient sans pertes humaines.

Le char de B. de Fraiture a tiré au FM sur avions qui ripostent

Le char de Langlois (Sgt Gaspart) a tiré des obus explosifs

La 10e Cie s’est bien comportée

De la 3e Cie, il ne reste pas grand-)chose à Chabrehez

Alerte avions et chars

Abandon d’un camion Ford (panne) à Ouffet et 2 motos

21H30  Le comdt envoie à Hamoir un pli au S/L Wasselle

22H00  Départ d’Ouffet par Hody, Tavier, Baugnée, Lavaux, Neuville-en- Condroz, pont d’Engis.

12/05/40

01H30  Arrivée à Warfusée (château)

02H00  Le pont d’Engis saute

05H00  Départ vers Namur via Fize Fontaine, Villers le Bouillet, Vinelmont, Wanzoul, Moha, Bierwart, Hingeon, Bonnine. Sous les bombardements intensifs

( 1 soldat tué, 2 civils tués)

07H00  Descente vers Namur. Alerte continuelle d’avions, embouteillages, bombardements ( Belgrade)

08H30  Vers Temploux

13H00  Arrivée à Temploux. Bombardements violents, pertes nombreuses (Major De Neffe à mes côtés dans le verger de M. G. Piret, chaussée de Nivelle à Temploux)

21H00  Départ de Temploux vers Sombreffe via St Denis Bovesse

Alerte avions. Pertes subies depuis le 10/05

2 hommes Sgt Malherbe          Matériel 1 ch. T13 (Trois-Ponts)

St   Fourneau                        1 FM  2 GP

2 Motos FN (Ouffet)

1 camion Ford (Ouffet  Binet)

2 motos de l’armée (détruites)

1 moto solo (Hamoir)

13/05/40

Perwez (Ferme de la Sarthe) Alerte avions, bombardements

Contacts le soir (Thorembais – St-trond)

Le char de Trois-Ponts (SgtThiry – Mathieu – Vandewild) en batterie sous le pont de l’entrée du P.C. du régiment.

Le Ct Closset, le Lt Franck et le Sgt Tanier vont en reconnaissance des emplacements C47, interrompus par un bombardement d’artillerie lourde.

21H00  Ordre de repli après le plein de carburant au lieu dit Cinq Etoiles »

A suivre…

La Petite Gazette du 10 juillet 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 14/05/40

00H00  Départ pour Grand-Leez – Limelette vers Gembloux – Jodoigne – Ohain –

Tourines St-Lambert – Nil St-Vincent – Mont St-Guibert – Court St-Etienne – Noirhat – Ceroux Mousty

Casernement à Haransart (5 à 6 Km de Genappe). Attaque avions

06H00  Au cours du repli, le char du Sgt Lurkin saute, le Cpl Adam est blessé dans la camionnette de Lucien Charlier

Pertes subies depuis le 12/05/40

Matériel :  1 char : Sgt Lurkin

1 camion Chevrolet : L. Charlier

1 GMC abandon (direction) Cpl Oger

Les Soldats Giuet, Michaux, Tanier préparent le P.C. Cie  –  Bon moral.

15/05/40

00H15  Ordre de repli : Lahaye Sainte – Braine L’Alleud – Alsemberg – Tourneppe

Marche de nuit sous duel d’artillerie entre Anglais et Allemands.

05H00  Arrivée à Tourneppe. Rencontre des Anglais. La DTCA abat quelques avions allemands.

21H15  Départ vers Denderhauten (Kerksken) vers Lede via Hal – Pepinghem – Leerbecx – Vollezel – Denderwindeke – Nieuwenhove (Ninove) – Sambergen – Voorde – Aspelaere

16/05/40

04H00  Arrivée à Kerksken ➔ Lede

05H15  Installation à Denderhauten

08H30  Départ pour Lede via Meire – Erpe

A Lede : arrivée de la réquisition à Etterbeck de 2 camions et 8 motos

11H00  En position à Passemstraat à Alost. Parachutage allemand (1 tué, 2 prisonniers) Arrestation d’espions. On distribue les plaques d’identité.

17/05/40

16H00  Position à Passemkerke à Alost

Le Sgt Crasson réquisitionne un camion abandonné par le er Rég. Ch. à pied avec vivres frais, viande, conserves, tentes… Arrestation de suspects.

Les soldats Demarche – Gillet – Michaux – Tanier montent la garde du P.C.

Alerte aérienne, fusil, détonations. Atmosphère lourde et lugubre.

Partout, de nombreux réfugiés affolés. »

A suivre…

La Petite Gazette du 17 juillet 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 18/05/40

± 20 fusées rouges, avions très bas, explosions énormes (ponts)

Préparation au combat – Tirs de batteries 105 (300 pièces)

02H00  Combat d’Alost

Le Sgt De Roo a abattu 2 chars allemands

Le Sgt Lurkin avec un C47 tracté (récupéré) a abattu 1 char allemand

18H00  A Paddenboeck  les soldats Gillet – Michaux –Demarche –Tanier creusent des abris.

Le 3e Ch.A est en position sur 8 Km sur la Dendre

Ravitaillement en munitions

19/05/40

Repli en 1ère position à Ottergem (1 motocycliste blessé)

12H30  Repli en 2 e position à Dries (1 Allemand prisonnier)

22H00  Repli en 3e position à Ecke (passage de l’Escaut)

Après le combat, nos chars reviennent avec le butin saisi aux Allemands :

2 officiers prisonniers – 1 moto sidecar (1800 Kms) – 2 fusils – cartes – grenades

Pertes ennemies : 2 chars par Sgt De Roo

1 char par Sgt Lurkin

1 camion de transport incendié

Arrivés d’Alost : 1 camion + 200 L. de carburant     ) réquisitionné ou

Butin :  1 canon C47 tracté                     )  conquis

Reçu une citation à l’Ordre du Jour pour Sgt Lurkin (1) – Cpl Gerson – soldats Simon – Verheggen – Perrot – Lefort (2)

« S’est particulièrement distingué au combat du 18 mai 40 à Alost où, chef de pièce, (1), équipage (2) d’un C47 en mauvais état et placé dans une situation avancée, il maintint le pièce en action malgré le feu violent et parvint à mettre hors combat plusieurs engins blindés ennemis. »

             Reçu une citation à l’Ordre du Jour pour S/Lt Franck  (1) – Sgt De Roo (1) Soldats Heintjen G.  – Stempelse H. (2)

« S’est particulièrement distingué au combat du 18 mai 40 à Alost où, chefs d’équipage (1) et équipage (2) d’une pièce C47 sur T13 a détruit d’un premier obus un char allemand puis a encore touché à mort un deuxième char et une voiture chenillée. »

20/05/40

09H00  Arrivée à Ecke (repos)

11H30  Installation à Ecke sous le tir continuel de l’artillerie

Transmission des effectifs et du matériel à E.M. Reg. »

A suivre…     

La Petite Gazette du 7 août 2013

EN GUERRE AVEC LE 3e CHASSEURS ARDENNAIS

Retrouvons maintenant la suite des notes du Major Jean-Olivier Closset, qui en 1940, alors capitaine-commandant, dirigeait la 11e compagnie « engins » du 3e régiment de Ch.A à Vielsalm. Rappelons que c’est son neveu, Monsieur Francis Monseur, de Ciney, qui les a confiées à La Petite Gazette :

« 21/05/40

Prise de position à Ecke sur l’Escaut et organisation

22/05/40

Position à Ecke route de Nazareth

23/05/40

12H15   Combat de Ecke

Repli par le pont de Baerle sous des bombardements intenses

24/05/40

06H00  Repli de l’Escaut vers Nazareth par Hamsbeke – Velstraet – Bellem – Looveld – Lootenhulle

A Lootenhulle, l’après-midi bombardements violents

Attaque aérienne (1 soldat de la 11e C est blessé)

Le camion du 1er Sgt Bilhain  et le GMC de Douhard sont bien mitraillés

25/05/40

Le soir, dispositif défensif ; l’ennemi ayant percé à Weighem.

26/05/40

Départ de Lootenhulle vers la ferme Devolder (600 m.) près de Meminghem lez Cameghem

20H00  Départ vers la ferme au S. de Strichtom Goed au N.W. de Ten Duine.

Bombardement d’artillerie toute la nuit – alerte avions.

01H00  Combat. Les chars C47 en position contre-attaquent et Vinckt est repris aux Allemands, libérant l’encerclement du bataillon.

27/05/40

Reçu 2 citations à l’Ordre du Jour de l’armée. 1 pour S/lt Wasselle (Vinckt) et 1 pour  S/Lt Groven (Trois-Ponts)

  1. S/Lt Wasselle (1) Sgts Gauthier (1) Crasson (1), Soldats Duchêne – Dumont – Beaupain – Gueret – Hanet (2)

« Chef d’équipage (1) ou faisant partie (2) d’un C47 sut T13, le 26/05/40 à Vinckt, et l’itinéraire de repli du 1er Bon du IIIème Ch.A coupé, a l’initiative, sous le bombardement d’artillerie et les feux intenses de l’infanterie, de contre-attaquer l’ennemi  avec succès, ce qui permit le repli de tout le bataillon. » 

  1. S/Lt Groven (1) Sgt Thiry (chef de pièce), Soldats Mathieu – Vandersnickt (2) (équipiers)

« Le 10/05/40, faisant partie d’un équipage d’un C47 sur T13 et poursuivi par le tir de l’ennemi, a manœuvré, avec la pièce, de telle sorte que son intervention a permis le décrochage d’un peloton en voie d’être enveloppé par l’ennemi. »

La Petite Gazette du 18 septembre 2013

ENCORE A PROPOS DES CHASSEURS ARDENNAIS

Les articles consacrés aux notes du Capitaine Closset confiées par M. F. Monseur ont passionné nombre d’entre vous et ont encouragé Monsieur Xavier Steenhout, de Marche, à s’adresser à vous pour prolonger une recherche qu’il mène :

« Je m’intéresse de très près à l’histoire de cette glorieuse unité, le 3ChA, et particulièrement aux événements qui se sont déroulés aux premiers jours de la campagne des 18 jours dans le secteur de la 4 Cie (Cdt Hoffelt) du 2 Bataillon (Major De Neef).

Mon enquête commence par le constat que deux Chasseurs ardennais de la 4 Cie, les soldats Georges Mairy et Joseph Crouquet, tous deux âgés de 24 ans, sont tombés au combat à Trois-Ponts le 10 mai 1940. Or, bien qu’ayant servi une partie de ma carrière au 3ChA à Vielsalm, jamais je n’avais entendu dire que des Chasseurs étaient tombés sur leurs positions à Trois-Ponts…

A l’époque, à plusieurs occasions, nous avions visité chaque monument afin d’honorer nos vaillants prédécesseurs, notamment à Chabrehez et Rochelinval. Toutefois, jamais les combats de Trois-Ponts n’ont été évoqués. En outre, renseignements pris auprès de l’administration communale de Trois-Ponts, il n’existe aucune stèle, ni aucun témoignage de leur sacrifice. Ce sont, en quelque sorte, des oubliés de l’Histoire… pourquoi ?

Les livres consacrés aux chasseurs ardennais et ceux consacrés à la campagne des 18 jours sont, pour le moins, laconiques au sujet de ces combats… La lecture du chapitre épique qu’y consacre M. Xavier Snooeck dans son livre intitulé « Les Chasseurs ardennais au combat » a encore renforcé mon intérêt et ma détermination à tenter de faire toute la lumière sur cette page sombre de notre histoire somme toute assez récente.

Finalement, le dénouement est proche. En effet, j’ai pu déterminer précisément où, quand et comment nos deux héros oubliés sont morts. Mais d’autres questions se posent désormais… Le nœud du problème a trait à la destinée du reste des membres du 2 peloton et de leur chef, le SLt Résibois. S’il est assez facile de trouver quelqu’un qui soit au courant du « cas Résibois », de sa capture (ou de sa reddition ?), il est beaucoup plus difficile de trouver un interlocuteur averti qui puisse exposer clairement ce qui a pu se passer, dans ce peloton, entre le 10 mai 40 à 20h00 (ordre de repli) et le 11 mai 40 à l’aube (capture).

Je cherche encore à localiser les positions de combat et les destructions dont ce 2 Peloton était responsable. En outre, je cherche encore à déterminer les immatriculations, les identités des servants et les positions occupées par les deux chars T13B1/C4,7 (canon autoportéà de la 11 Cie « Engins » qui étaient en appui de la 4 Cie. Je suis convaincu que le «0527 », abondamment photographié sur une position alors qu’il était entouré d’ennemis, fait partie de ces deux engins, mais il me reste néanmoins à déterminer l’endroit exact où il a été abandonné. Y aura-t-il encore, parmi les lecteurs, des membres du 3 Régt ChA/II Bn/4 Cie/ 2 Pl qui pourront témoigner ? Certains de leurs proches ont-ils conservé des souvenirs de ce premier jour de guerre ? »

Si vous pouvez faire prpogresser cette recherche, je vous engage à vous manifester auprès de la Petite Gazette qui établira le contact avec M. Steenhout.

La Petite Gazette du 23 octobre 2013

LES CHASSEURS ARDENNAIS AUPRES DE TROIS-PONTS

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, répond à l’appel lancé par M. Steenhout en nous confiant ce dont il se souvient de ce que racontait son papa, ancien du 3ChA :

« Après la campagne de mai 40, nous habitions Trois-Ponts et papa, avec d’autres Chasseurs Ardennais, parlait souvent des événements de la guerre. J’avais alors 10 ans et voici ce que j’en ai retenu au sujet des combats de Trois-Ponts.

Le fortin, à droite de la route vers Grand-Halleux (aujourd’hui, il y a dans les environs immédiats de ce lieu un grand magasin et un garage) tirait en direction de la route de Wanne et les Allemands étaient bloqués au tournant, au-dessus de la côte, derrière la gare de Trois-Ponts. Les Allemands ont amené un canon à tir direct et ont réduit le fortin au silence en tirant dans l’embouchure de tir du fortin. Là c’est un peu flou dans ma mémoire, mais les gaz produits par l’arme du fortin y rendaient l’air irrespirable et les soldats en sortaient ou étaient sortis quand l’obus allemand a explosé dans le fortin.

La suite est tellement vague dans mon esprit que je peux rien en dire. Il y a eu d’autres tirs parce qu’une maison en briques rouges un peu avant le fortin a porté longtemps après la guerre des traces d’impacts de tirs ou d’éclats d’obus et là aussi c’est flou, mais il doit y avoir eu un civil blessé dans cette maison.

J’ai le souvenir d’un autre fait sur la route de Grume, dans une villa quatre étages, à droite en montant. Un sergent, dont papa et ses anciens compagnons d’armes citaient le nom mais que j’ai oublié, a tenu en échec les Allemands venant de Stavelot et voulant traverser l’Amblève. Il les laissait avancer jusqu’au milieu de l’eau puis tirait. Il changeait d’étage après chaque tir. Il a fini par être blessé puis capturé. Je n’ai par contre conservé aucun souvenir de faits d’armes liés à un éventuel T3. »

La Petite Gazette du 30 octobre 2013

ENCORE CE FORTIN A TROIS-PONTS

Aujourd’hui, c’est Monsieur Jean Poumay, de Tiff, qui complète et illustre les informations reçues.

« Dans une toute récente Petite Gazette, M. Valère Pintiaux, d’Esneux, parle d’un fortin à Trois-Ponts. Il s’agit de S8 (dénomination officielle) S = Salm. Avec la présence sympathique de l’habitant concerné, je l’ai visité car il est dans le fond de son jardin.

03 S 8 SITE 2[1]

Il m’a raconté que suite à la visite d’un ancien occupant du fortin et seul survivant, les Allemands ont jeté une grenade tuant trois des occupants (sur 4). La maison en face porte toujours des traces d’impacts rebouchés ainsi que le montre cette photo.

19 S 8 MAISON EN FACE 2[1]

J’ai vu tous les fortins de la vallée de la Salm et toujours à Trois-Ponts, le S 12 qui tirait vers la N68 porte aussi des traces de combats. »

Un tout grand merci pour votre volonté de poursuivre les enquêtes…

 La Petite Gazette du 4 décembre 2013

QUE S’EST-IL PASSE A TROIS-PONTS, LE 10 MAI 1940 ?

Monsieur Jean-Pierre Gonay, de Liège, m’écrit pour me signaler que « intrigué par l’histoire du 10 mai 40 à Trois-Ponts », il recueille des éléments ou témoignages depuis plusieurs mois. « A la recherche de la vérité, poursuit-il, les articles relatifs à Trois-Ponts parus dans La Petite Gazette me paraissent méritoires. Les intervenants ont droit à nos remerciements et nos félicitations pour leur devoir de mémoire.

J’ai l’honneur de vous présenter quelques lignes à ce sujet pour donner un éclairage complémentaire sur ces journées dramatiques :

Au mois de juin passé,  Monsieur Paquay commandant du 3e Chasseur Ardennais à Vielsalm nous a désigné Monsieur Joseph Borremans comme un des derniers témoins de mai 40. Nous l’avons rencontré plusieurs fois. C’est un homme au regard vif et clair que l’âge a courbé. Il nous a reçus simplement.

Affable, Monsieur Borremans ne s’esquive pas à nous exposer son histoire, parfois à se reprendre sans se contredire. Il nous a autorisés à vous présenter son témoignage.

« J’allais avoir 23 ans. Nous étions en position à Trois-Ponts en mai 40. Depuis la nuit du 9 au 10 mai, nous étions en alerte. Le vendredi 10 mai, c’est jour de marché à Trois-Ponts. Les obstructions ont été réalisées tôt dans la matinée comme de coutume depuis la mobilisation de septembre 1939.

Il y avait des gardes au tunnel  du chemin de fer et des positions de défense sur les routes.  A Trois-Ponts, il y a plusieurs fortins…  Le major de Neef que nous surnommions « Ambiorix » était  à la tête du bataillon (le 2e ) et le commandant  Hoffelt dirigeait notre 4e compagnie… Il y avait également le lieutenant Lavachery…

Nous étions relevés toutes les deux heures.

J’étais tireur de FM (fusil mitrailleur) et faisais équipe avec Georges Mairy, en position en contrebas du fortin de Ristonvenne, sur la route de Grand Halleux.Dans l’après-midi du 10 mai 40, les Allemands se sont pointés, descendant à vélo sur la route de Wanne. Ils furent accueillis par des tirs. Aussitôt, ils se retirèrent. Puis, plus rien !

Pendant la nuit, on entendait une rumeur par-dessus les bois; de temps en temps, on distinguait des signaux lumineux rouges, des bois de part et d’autre  de la vallée… 

Alors qu’on recevait toutes les deux heures des instructions du QG du 3e Chasseur Ardennais  installé à Basse-Bodeux, depuis la veille, on n’avait plus rien vu venir. Le lendemain, toujours sans nouvelles, après nous être concertés, Georges Mairy se propose de s’enquérir auprès du QG. Alors que nous allions être relevés, Georges Mairy quitta la position pour Basse-Bodeux en passant  par le fortin de Ristonvenne. A ce moment, une explosion secoua le fortin.

Peu après, une deuxième explosion toucha le petit char à l’arrière du fortin, plus haut dans la tranchée. Puis, le calme revint… Je m’enhardis de m’échapper en passant par le fortin, Georges Mairy de Barvaux et Joseph Crouquet de Vissoule étaient inanimés, l’explosion les avait emportés…

 Mairy-Crouquet

Je  poursuivis par les bois vers Mont de Fosse où nous avions nos vélos.  A Mont de Fosse, un fermier nous apporta  du café chaud et à manger. A la nuit tombante, on était 17 chasseurs à s’être repliés les uns après les autres. Les Allemands motorisés nous talonnaient. On les entendait du fond de la vallée du Baleur. Il fut décidé d’abandonner les vélos et de se séparer en petits groupes pour rejoindre Manhay et le régiment.

Finalement, je me retrouvai avec un sergent originaire des environs de Spa. Le lendemain, après des heures de marche, à proximité de Saint-Jacques, nous apercevons des soldats près de l’église entourée de murailles. Croyant qu’il s’agit des nôtres, on s’approcha. Au même moment où nous distinguons que ce sont des Allemands; ils nous tirent dessus.

Tapis au sol, nous reculons vers le bois le plus proche.  Nous nous sommes glissés en dessous des épicéas non élagués; nous craignions que le crissement des fines branches brisées par notre passage révèlât notre présence.

Nous avons sauvé nos peaux en nous cachant dans les fossés qui quadrillent le bois. Les Allemands étaient déjà sur tous les chemins.  Enfin, nous avons atteint un bois de futaie… Après des heures de fuite,  par monts et vallons, nous arrivons dans un hameau où un fermier nous explique que nous étions à Monchenoul près de Chêne al Pierre… Le fort de Tancrémont tonnait dans le lointain… »

D’autres informations encore la semaine prochaine.

 La Petite Gazette du 11 décembre 2013

QUE S’EST-IL PASSE A TROIS-PONTS LE 10 MAI 1940 ?

Pour en savoir plus, Monsieur Delhez, administrateur du CADUSA, nous a aimablement guidés dans la localité à la découverte des fortins à Trois-Ponts.

panorama trois-ponts

Panorama de Trois-Ponts à la confluence de la Salm avec l’Amblève – Viaduc ferroviaire sur l’Amblève – Emplacement des fortins: 1 Fortin de Ristonvenne, 2 Fortin avenue Lejeune, 3 Fortin ruisseau Baleur, 4 Fortin chemin de Brume, 5 Fortin de Faravenne.

La place de Trois-ponts est d’une certaine importance sur la route de l’invasion allemande. Les ordres de destructions et d’obstructions ont été réalisés. Les ponts sur l’Amblève ont sauté.

L’ordre de retraite du général Keyaerts ne semble pas avoir atteint les soldats en toute première ligne. Malgré cela, une poignée d’hommes ont retardé l’agresseur; parfois, au prix de leur existence.

Dans son livre « La guerre du sanglier », le général Champion relate les citations d’honneur de quelques-uns d’entre eux … »

7 réflexions sur “EN GUERRE AVEC LE 3e Chasseurs Ardennais

  1. Bonjour,
    Après une absence relativement longue, je relis le fil de ce sujet avec beaucoup d’intérêt.
    Je me permets d’y ajouter, en guise d’épilogue, un petit commentaire :
    C’est avec grand plaisir que j’ai appris que M. léon Delhez, « les autorités » et la fraternelle ChA, en présence des enfants des écoles, ont « honoré » au fortin (restauré) du chemin de Brume, cinq Chasseurs morts pour leur patrie, aux environs de Trois-Ponts entre le 10 et le 11 mai 1940. Parmi ces jeunes gens figurent (enfin) ceux tués au fortin de Ristonvenne : Georges Mairy et Joseph Crouquet.
    On pourra regretter que les vaillants défenseurs des autres fortins qui ont résisté à l’envahisseur et, tombés à cours de munitions, ont été capturés le 11 mai, n’aient pas été mis à l’honneur pour leur bravoure et leur combativité exemplaire. On peut regretter que le fortin de Faravenne, situé en contre-bas de celui du chemin de Brume, n’ait pas été également restauré puisque c’est celui qui a tenu les Allemands en échec le plus longtemps en « arrosant » le carrefour au débouché de Stavelot. On peut aussi regretter que ceux qui ont été blessés lors des explosions à Ristonvenne et qui sont décédés en captivité des suites de leurs blessures n’aient pas été mentionnés. On peut surtout regretter que les autorités belges n’aient pas plus tôt pris la mesure de l’importance de ces faits d’arme… Nous sommes 76 ans plus tard. Il ne reste malheureusement plus d’acteur en vie. Mais, il est rassurant de voir que le message de mémoire est passé malgré tout, grâce à la Petite Gazette et à ses passionnés.

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    1. Monsieur Meert,
      Vous devriez mener votre recherche via le centre de documentation et la base de données (en ligne désormais) du Musée Royal de l’Armée. Vous y trouverez les noms, prénoms, dates de naissance, unités, matricules, grades… des soldats belges. Apparemment, à ce jour, tous les officiers ont été encodés et le travail touche à sa fin pour les sous-officiers et les soldats.
      J’espère de tout coeur que votre recherche aboutira.
      Cordialement,
      René Henry

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      1. Monsieur Henry,

        je vous remercie de votre aimable courriel. Le dossier concernant mon grand-oncle et provenant du Musée de l’Armée est incomplet. Il est mentionné qu’il était sous-lieutenant du 3ième régiment des Chasseurs à pied à partir de 1931. Je voudrais savoir s’il fut 1er lieutenant (1939-44). En tout cas il fut bourgmestre d’Alost et fabricant de tabac. Cordialement.

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  2. Mon père ALDERT VAN DER SNICKT a pris part à l’action du 10 mai 1940 comme soldat à la 3cha et dispose d’un Lion d’or pour l’action avec un 47 à Trois Pont. Il a lutté avec Julliein Dumont de Veilsalm et un certain Jules.
    Comme décrit dans l’article

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