VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous propose de découvre, au fil des semaines à venir la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« La région que l’on pourrait appeler « Haute Ardenne » aurait, en principe, ses limites naturelles entre l’Ourthe, l’Amblève, le Glain et la Salm. Toutes ces rivières sont alimentées par une multitude de ruisselets et de ruisseaux coulant dans les nombreuses vallées et de toutes les directions.

Les plus hautes cimes des « montagnes ardennaises » sont situées sur le plateau des Tailles. La Baraque de Fraiture est le point le plus haut (le troisième de Belgique) culminant à 652 mètres d’altitude. Afin de marquer l’endroit avec précision, une borne y a été implantée en son temps. Aussi, avant la fameuse bataille du saillant des Ardennes en 1944-1945, une petite pyramide y était installée. Du sommet de celle-ci, on pouvait découvrir tout un panorama à des kilomètres à la ronde. Cette construction sera détruite lors des événements guerriers et ne sera pas remplacé par la suite. baraque1

Quel en fut le motif ? Cela pourrait bien être l’installation, dans les parages immédiats, des radars de l’O.T.A.N. C’est peut-être là une des raisons plausibles. Actuellement, avec l’espoir d’une paix durable en Europe, les choses ont bien changé. Ces radars sont-ils encore d’une grande nécessité ? A la rigueur, ne pourrait-on pas pouvoir disposer d’un de ces éléments pour venir remplacer la défunte pyramide ? C’est aux autorités locales de suivre cette affaire. Il se peut aussi que personne ne se soit posé la question… Le public local et les touristes disposeraient à nouveau d’une vue panoramique splendide sur toute la région. Il faut bien dire que, depuis quelques décennies, la Haute Ardenne est de plus en plus visitée et appréciée tant par les citadins que par bon nombre d’étrangers.

Il y a hélas aussi que, voulant profiter du relief élevé du terrain, une haute tour en béton aura été érigée afin d’y installer le relais des ondes de la R.T.B.F. et de desservir toute la contrée … service public oblige ! »

La Petite Gazette du 8 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Déjà vers le milieu du XIXe siècle, la construction des routes nationales Vielsalm-Laroche et Houffalize-Manhay les firent se croiser à cet endroit, donnant ainsi naissance au toponyme. En effet, un habitant du village de Fraiture, voisin des lieux, désira profiter de la présence de nombreux ouvriers occupés à cette entreprise et, comme le lieu était un « désert », y installa une baraque pour y débiter à boire et à manger à tout ce monde. Par la suite, l’affaire prit une certaine ampleur vu l’importance du passage en tous sens. La motorisation des déplacements ira, elle aussi en se développant à ce croisement de routes. baraque2

Le carrefour aura également une réelle importance dans la stratégie militaire. Le plus bel exemple sera celui des combats qui y seront livrés durant plusieurs jours en décembre 1944. Les Américains, y ayant vécu une tragédie, ont voulu le rebaptiser « Parkers Crossroad », soit « carrefour Parkers », du nom du major qui commanda la défense à l’époque.

Une certaine hôtellerie s’y développera au fil du temps. Toutefois, « l’Auberge du Carrefour » occupa les lieux depuis bien longtemps et cela suite à l’expansion de la fameuse « baraque » citée plus avant. Cet établissement, dont la renommée n’est plus à faire, est tenu depuis des générations par la même famille, et cela augure bien pour la descendance.

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D’autres bâtiments commerciaux viendront s’y ajouter progressivement. Cependant, il y aura lieu de veiller au grain, car tout peut se produire, en bien comme en mal, et cela dans tous les domaines. A cet effet, le nom de cet endroit, si prestigieux, faillit bien être usurpé à l’aide de certaines enseignes commerciales. Heureusement, l’erreur sera bien vite rectifiée et tout rentrera dans le bon ordre des choses. Par contre, un point noir restera à déplorer, c’est celui de l’installation, il y a quelques années, d’une boulangerie industrielle. Cette dernière fera tache dans ce coin pittoresque. Actuellement, les vilains bâtiments, abandonnés après cessation de toute activité, ne sont pas là pour embellir ; bien au contraire. Qui saurait dire si, plus tard, d’autres cas similaires n’y verront pas le jour ? Il y a bien sûr l’économie qu’il ne faut pas négliger, mais faut-il vraiment tout sacrifier pour cela et continuer à détruire une belle nature en y installant n’importe quoi et n’importe où ? L’exemple cité devrait servir de leçon et donner à réfléchir aux responsables pour l’avenir. » A suivre.

La Petite Gazette du 15 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

   « Par ailleurs, une piste de ski de l’A.D.E.P.S., nichée dans un repli de terrain bien exposé au nord, connaîtra un succès en période hivernale. Il faut aussi reconnaître qu’à certains moments de l’année, le froid et la neige ne manquent pas sur les hauts plateaux ardennais.

En d’autres endroits, des sentiers balisés commencent à voir le jour. Certains seront équipés de caillebotis pour faciliter les passages humides. A l’aide de ce système, on peut admirer des étendues de fanges sauvages et naturelles. baraque4

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi la présence de l’autoroute internationale E25 à quelques encablures à l’ouest du carrefour avec sa sortie n° 50 . Cette nouvelle infrastructure aura apporté un plus à la région, tout en facilitant les déplacements aussi bien des autochtones que des touristes.

Ce sont bien là les temps modernes et l’évolution doit faire son œuvre. Cependant il faudra toujours rester vigilant dans le futur en vue de préserver certaines choses existantes et qui ont toujours eu leur place dans cette belle nature.

Mais la Haute Ardenne comptera d’abord ses plateaux fangeux. Les nombreuses sources donneront naissance à une multitude de ruisselets. Ces derniers formeront à leur tour des ruisseaux qui couleront par les vallées vers les rivières les plus importantes. Ne dit-on pas que les petits ruisseaux font les grandes rivières ? »

La Petite Gazette du 22 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Nous pourrions faire le tour du point culminant de la Baraque de Fraiture en utilisant simplement les quatre points culminants.

En partant du sud, nous trouvons le « Neur Ru » qui prend sa source dans les fanges de Les Tailles. Ce ruisselet coule d’abord par l’ouest vers le « Laid Bois ». après un certain parcours, il oblique au sud en suivant une profonde vallée entre le village de Les Tailles et le hameau de Chabrehez, où je suis né en 1929. A partir de là, il changera de nom en « Martin moulin » pour aboutir, après des kilomètres, dans « l’Ourthe Orientale » entre Houffalize et Laroche.

   En nous dirigeant à l’ouest, nous découvrons l’ « Aisne », dont les sources se situent près du village d’Odeigne, le ruisseau coule par les nombreuses vallées, où il est grossi en cours de route par de multiples affluents. Il se jette, en fin de parcours, dans l’Ourthe à Bomal.

   Plus vers le nord, nous abordons le village de Fraiture et ses nombreuses sources. Celles-ci donnent naissance aux ruisseaux « la Gehe » et « le Groumant » qui, eux, couleront par les vallées vers le village de Lansival. Toujours vers le nord, dans les villages de Regné et d’Hébronval, on découvre de nombreuses sources qui forment des ruisselets qui se réunissent dans la vallée très encaissée des  Gueules et créent alors le ruisseau de La Lienne. Ce cours d’eau, après être passé dans les parages du village de Lierneux et, avoir parcouru beaucoup de méandres, sera alors augmenté des ruisseaux, déjà cités, en provenance de Fraiture et qui se sont, eux aussi, réunis au préalable. A partir de cet endroit, une vraie rivière est formée et celle-ci suivra la vallée qui porte son nom, la Lienne avant de se jeter dans l’Amblève à Targon. baraque5

   En allant vers l’est, on y trouve des fanges, dont celle de Bihain d’abord, soit plus ou moins 220 hectares. Un ruisselet y prend source portant les noms de « Saint-Martin » ou de « Bihain » et coule d’ouest en est. Ensuite, un peu plus au sud-est, on aborde une autre fange, plus petite, près du hameau de la Pisserotte. Là aussi, un ruisselet prend sa source et porte les noms de « Rolaye » ou de « Langlier ». Les deux cours d’eau précités se rejoignent après quelques lieues et forment alors le ruisseau de la « Ronce ». Ce dernier coule vers l’est et débouchera dans le ruisseau du  Glain , lequel se confondra avec la Salm. Cette dernière rivière se jettera finalement dans l’Amblève à Trois-Ponts.

Et voilà passés en revue les principaux ruisseaux et rivières de ce haut pays et de ses alentours. Un grand nombre d’autres ruisselets coulent de ses collines, mais il serait fastidieux de tous les citer. » A suivre.

La Petite Gazette du 29 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« A côté de tous ces ruisseaux et rivières, il convient également de citer la présence d’une nappe d’eau souterraine très présente partout. De nombreuses sources et fontaines y sont dénombrées. Il faut noter que ces points d’eau auront servi longtemps à l’utilisation domestique locale. De nombreux puits seront creusés afin d’assurer l’alimentation en eau potable. Bon nombre de sources seront captées pour desservir toute une population.

Les ruisseaux et les rivières auront aidé à faire tourner les roues à aubes des moulins à grains. Hélas, ce système est pour ainsi dire abandonné de nos jours.

En général, le paysage de la Haute Ardenne est constitué par des collines moyennes. Parmi celles-ci, on pourrait citer « Rolanhan »  qui culmine à 565 mètres et domine une large cuvette vers le sud. Les villages d’Hébronval et de Regné y sont blottis. Etant donné la configuration du terrain en lui-même et vu son espace assez large, cette région servira, pendant les années 1930, à un centre de vol à voile. Les vents ascendants et descendants permettaient ce genre de sport aérien à cet endroit. Cette cuvette est ceinturée au sud par une élévation, le Thier de Regné, avec 580 mètres d’altitude, en profil allongé, s’étirant d’ouest en est sur une longue distance.

baraque6      Dans certaines de ces collines, on exploita, pendant des décennies, voire pendant des siècles, le fameux coticule (pierre à rasoir ou à aiguiser) unique au monde. Du manganèse y sera également extrait. Plus vers l’est, dans la région de Vielsalm, on trouvait des ardoisières. Hélas, toutes ces exploitations du sous-sol auront connu leurs heures de gloire et elles subiront leur coup d’arrêt définitif après les deux conflits mondiaux du XXe siècle. Des produits de substitution et la forte concurrence étrangère en seront, en bonne partie, les causes.

De tous les côtés, la Haute Ardenne est bien couverte par les forêts, dont une grande partie de résineux. Toutes ces surfaces boisées sont plantées et suivies de près jusqu’à leur coupe définitive. Ce matériau donnera une certaine valeur au sol ainsi exploité. De grandes étendues seront remarquées par leur vert très foncé. Il y restera quelques beaux carrés de feuillus (chênes, hêtres…) ; ceux-ci seront, en principe, exploités surtout pour donner du bois de chauffage. Il fut un temps où les Ardennais trouvaient de la tourbe dans les fanges et ils s’en servaient comme combustible. Ce produit sera abandonné dès l’arrivée des produits plus pratiques à l’usage. » A suivre.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Les villages du haut pays, souvent blottis à flanc des collines, comptent une faible densité de population, essentiellement composée d’agriculteurs, de bûcherons ou d’autres professions limitées aux besoins locaux. Il faut dire que de vastes surfaces de terrain sont réservées à l’usage agricole. De côté-là aussi, dès la mise sur pied du Marché commun, les choses auront bien changé. Les nombreuses petites entreprises seront muées en de plus grandes exploitations. La culture céréalière sera presque abandonnée au profit de l’élevage bovin, d’où plus de prairies. Les campagnes, à cause de ces mutations, seront métamorphosées et changeront d’aspect. Aussi, de nombreuses terres seront regroupées en de grands ensembles, afin de faciliter le travail en lui-même. Faisant suite à toute cette évolution, de nouveaux types de bâtiments, plus vastes, seront construits. A cause de cela, de nombreuses fermettes seront mise en vente et, souvent, elles seront achetées par des citadins ou des étrangers, des Hollandais la plupart du temps. Le bon air, le calme de la Haute Ardenne attirent bon nombre de ces investisseurs.

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A titre de conclusion, on pourrait en déduire, sans devoir trop se tromper, que tout ce développement serait dû à la modernisation. La construction de l’autoroute internationale E25 passant par la Haute Ardenne y serait pour une bonne part. Que de facilités pour l’accès, ainsi que pour les déplacements dans cette région qui a conservé, malgré tout, son charme naturel. Déjà le réseau routier existant avait été amélioré, il est praticable durant  toutes les saisons. Les grands axes sont sous surveillance constante en période hivernale, allant jusqu’à prévoir les intempéries. Ce système permet d’agir avec rapidité et efficacité. Il y a aussi les moyens de locomotion modernes qui ont pris une extension formidable en quelques décennies. Toutes ces facilités permettent à la Haute Ardenne de vivre avec son temps tout en conservant ses sites merveilleux ainsi que son prestige et son attrait.

Souhaitons que les responsables veilleront au respect de cette belle région et qu’ils sauront lui éviter trop de gâchis pour l’avenir. »

La Petite Gazette du 12 janvier 2005

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

    Nous avons, durant plusieurs semaines et à l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, découvert la Haute Ardenne. Il était, dès lors, plus que temps de savoir pourquoi ce lecteur porte tant d’intérêt à cette magnifique région.

« Je suis né sur les hauts plateaux ardennais, fin des années 1920, dans le petit hameau de Chabrehez, non loin de la Baraque de Fraiture. A l’âge de 3 ans ½, je traversais le carrefour d’ouest en est en compagnie de mes parents, ceux-ci ayant pris en location une métairie au village de Regné. De là, je pouvais découvrir de larges horizons. J’y vivrai mon enfance, mon adolescence, ainsi que ma jeunesse. Après l’école primaire, à l’âge de 14 ans, je serai astreint  à aider dans l’exploitation familiale. A l’âge de 18 ans, je serai orphelin de mon père et je devrai prendre en mains les rênes pour continuer l’entreprise. Dans l’immédiat, je serai émancipé juridiquement, devenant ainsi majeur. Tout en m’occupant des travaux agricoles, j’entreprendrai, en même temps, des études, par correspondance, de comptabilité et passerai devant un jury pour obtenir un diplôme adéquat. Jusqu’à l’âge de 24 ans, je serai toujours resté aux côtés de ma mère.

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Alors vint le moment où, pour des raisons familiales, je dus réfléchir sérieusement à mon avenir. Tout à coup, je courtisai une fille de mon village. En 1953, nous décidons de nous marier et de quitter la Haute Ardenne pour la région liégeoise où j’avais décroché une place, comme employé de bureau, dans l’industrie du pneu. A cette époque, les moyens de locomotion n’étaient guère développés et nos retours au « pays » étaient bien rares, et, à chaque fois, cela me donnait un vrai cafard.

Malheureusement, la Haute Ardenne n’offrait pas de débouchés suffisants pour occuper tous ses jeunes éléments. Il faudra s’adapter à vivre sous d’autres cieux, ainsi qu’avec d’autres mentalités. Les années passèrent, le boulot ne manquait pas et notre jeune foyer avait vu naître cinq enfants à élever le plus dignement possible. Sur ces entrefaites, les retours au « pays » étaient toujours plus attendus et appréciés par tous.

L’âge de la retraite étant arrivé, je retrouvai davantage de liberté et, surtout, de disponibilité. ; je ne ratais jamais d’un retour aux sources. Je recherchai des origines les plus lointaines  possibles pour en dresser l’arbre généalogique et j’arrivai à écrire mes mémoires. Je prendrai aussi le temps de rédiger trois ouvrages, tous centrés sur ma Haute Ardenne, en tenant compte surtout des événements vécus pendant l’hiver 1944-1945, pour la partie civile.baraque8

 

 

L’Auberge du Carrefour à la Baraque de Fraiture après la Bataille des Ardennes en janvier 1945

 

    Je voudrais aussi coucher sur papier, un peu de l’histoire et de l’évolution au XXe siècle du haut pays ardennais. Tout cela pour avouer franchement qu’une bonne partie de mon cœur restera toujours tournée vers cette région où je vis le jour, où j’aurai vécu les plus jeunes années de ma vie et où je compte toujours de la parenté et de nombreux amis. »

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Tout ceci vous aura permis, j’en suis persuadé, de mieux comprendre l’attachement de M. Joseph Gavroye à sa Haute Ardenne. D’aucuns d’ailleurs le présentèrent comme le chantre de ce haut pays.

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE LE 15 JANVIER 1940, PENDANT LA DRÔLE DE GUERRE?

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

Une lectrice d’Andenne, mais originaire de La Barrière, à quatre kilomètres de Basse-Bodeux et à cinq de Neufmoulin, m’écrit à propos d’un dramatique épisode de la mobilisation, car elle voudrait savoir si quelqu’un pourrait l’aider à comprendre ce qui s’est passé ce jour-là.

« A la mobilisation, il y a eu un malheureux incendie dans les baraquements aménagés en dortoirs pour les soldats mobilisés. Il y a eu beaucoup de soldats atteints de graves brûlures, d’autres ont été brûlés vifs, d’autres encore sont morts plus tard des suite de leurs blessures.

Pendant la mobilisation, les soldats étaient soumis à des exercices d’alerte. J’habitais alors avec mes parents le long de la route provinciale n°23, celle-ci était minée de part et d’autre. En cas d’alerte, quatre soldats gardaient la route, prêts à déclencher les mines.

La nuit de l’incendie, vers deux heures du matin, mes parents ont été réveillés par un soldat, celui qui gardait le deuxième point miné et qui leur demandait à téléphoner puisque la ligne militaire était coupée !

Je me souviens que les ambulances transportant les brûlés vers Liège ont eu des accidents en tombant dans les trous ouverts dans la route. Quelle catastrophe !

On connaissait beaucoup de ces mobilisés, le baraquement abritait beaucoup d’infirmiers, mais aussi des Chasseurs ardennais.

Je crois bien qu’il y a eu trois morts dans l’incendie et 30 ou 40 blessés, que sont-ils devenus ? J’aimerais le savoir »

Quelqu’un pourra-t-il nous apporter des précisions sur ce drame survenu peu de temps avant le 10 mai 40 ? Tous les renseignements ou souvenirs en votre possession nous intéressent au plus haut point. D’avance, je vous remercie chaleureusement de bien vouloir nous les communiquer.

La Petite Gazette du 28 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

En réponse à la lectrice d’Andenne qui vous questionnait à ce propos il y a trois semaines, Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, qui possède une documentation manifestement fort bien classée, m’a transmis quelques renseignements intéressants :

« Les Annonces d’Ourthe-Amblève du 9 septembre 1998 ont évoqué ce dramatique événement survenu à Basse-Bodeux, dans la nuit du 15 janvier 1940, et au cours duquel quatre soldats belges périrent carbonisés, dans l’incendie de leurs baraquements militaires, installés, à l’époque, à l’entrée du village, entre les maisons Hourand et Vauchel, brasier provoqué par du charbon incandescent tombé d’un poêle. Une quinzaine d’autres soldats furent gravement brûlés.

Ce douloureux épisode de la phase D de la mobilisation (qui avait débuté le 14 janvier, pour se terminer le 10 mai 1940, par la phase E, c’est-à-dire la mobilisation générale) fut rappelé naguère, poursuit mon correspondant, par « Le Jour/ le Courrier » du 22 mai 1999. Ce quotidien précisait que des braises échappées d’un poêle mirent le feu à de la paille qui servait de matelas à certains soldats et que, en quelques instants, une centaine d’hommes se ruèrent vers l’unique sortie du baraquement, une porte qui ne s’ouvrait que vers l’intérieur ! Encore heureux, ajoute le journal verviétois, que d’autres soldats aient eu la présence d’esprit d’écarter du lieu du sinistre un camion chargé d’explosifs ».

Grâce aux archives de M. Jacquemin, nous avons déjà quelques indications sur la version « officielle » de la tragédie, mais, insistant sur la demande de ma lectrice d’Andenne, mais originaire de La barrière, entre Basse-Bodeux et Neufmoulin, j’aimerais beaucoup, si c’est possible, recueillir le témoignage de ceux qui ont vécu cet événement tragique. Mon vœu sera-t-il exaucé ?

La Petite Gazette du 23 août 2000

QUE S’EST – IL PASSE A LA BARRIERE ?

   De très intéressantes communications me sont parvenues suite à la parution de la version officielle de ce drame de la mobilisation.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, fait tout d’abord la précision suivante : « Il ne s’est rien passé à « La Barrière » qui est un lieu-dit à environ 4 km de l’endroit (Basse-Bodeux, grand-route) où se sont déroulés les tristes événements relatés.

Habitant à une quinzaine de mètres des portes d’entrée des baraquements militaires en question, j’ai eu le triste privilège d’assister au déroulement complet de toute cette tragédie. Vers 4H30, ce 15 janvier 1940, nous avons été, mes parents et moi-même, éveillés en sursaut par de nombreux cris. Plusieurs soldats se trouvaient déjà près de la maison, certains en pyjama, d’autres pieds nus ; or, il faisait très froid. Les plus démunis sont entrés dans la maison. Très vite, les flammes ont embrasé toute la toiture, le feu s’étant propagé à une vitesse incroyable, bien alimenté par la paille qui couvrait le sol et attisé par l’ouverture des lucarnes tenant lieu de fenêtres. Comble de paradoxe, les portes du sas de sortie s’ouvraient vers l’intérieur. Venant du brasier, on entendait des cris de terreur, accompagnés par une fusillade ininterrompue ; les cartouches qui éclataient ajoutaient encore au côté sinistre du drame.

Entretemps, les premiers blessés étaient sortis et étendus ; pour les plus graves, dans notre hall d’entrée ; ils ont été transportés ensuite à la clinique de Trois-Ponts et à l’hôpital militaire de Liège. Pendant que se déroulaient ces péripéties dans un affolement indescriptible, un soldat blessé sérieusement a réussi à éloigner un camion d’explosifs stationné près du premier baraquement en feu. Il fut d’ailleurs décoré pour son acte de bravoure. Malheureusement, quatre hommes étaient restés dans les flammes et on eut à déplorer une quinzaine de blessés sérieux. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, vient compléter ce récit :

« Mon père qui était militaire de carrière au 3e Chasseurs Ardennais était ce jour-là dans le baraquement. Il avait son logement chez M. et Mme Dahmen, près du magasin Vauchel. Il était chauffeur et faisait des missions qui, parfois, l’amenait à rentrer tard et, pour ne pas déranger ses hôtes, il dormait alors dans le baraquement. Le jour du drame, il était rentré vers minuit et tout était calme. Je sais qu’il disait qu’il était sorti dans les premiers, parce que tout habillé, pas bien endormi et près de la porte. Le camion, un G.M.C., bâché et chargé de munitions, était le sien, il l’a aussitôt éloigné sachant le danger qu’il représentait. »

Lors d’une prochaine édition, nous suivrons ces correspondants et Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, dans l’analyse des causes de ce drame qui, selon eux, n’a absolument rien à voir avec la version officielle. A suivre donc…

La Petite Gazette du 30 août 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

   Après avoir suivi mes correspondants dans la relation des faits survenus ce 15 janvier 1940, nous parcourons, aujourd’hui, leur analyse des causes qui, vous allez vous en rendre compte est bien différente de l’analyse officielle des autorités.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, voisin des baraquements abritant les soldats en 1940, nous dit que : « selon la version officielle, le feu a été provoqué par un charbon ardent tombé d’un poêle ; à partir de maintenant, j’emploierai le conditionnel, car il m’est impossible d’apporter la moindre preuve à ce qui va suivre. Les faits que je citerai nous ont été rapportés par des soldats que nous avons hébergés pendant les mois qui ont suivi. Il s’agirait d’un incendie criminel ; le feu aurait été mis par un soldat originaire des cantons de l’Est, qui occupait un nid de mitrailleuse se trouvant sur la butte de la route du moulin. A l’inventaire du stock de matériel de ce poste, on aurait découvert qu’il manquait cinq mètres de « mèche lente ». Ce soldat aurait été arrêté au mois de mars, incarcéré à Anvers, probablement à Breendonk, et traduit en Conseil de Guerre. Les versions sur la suite divergent, car n’oublions pas que nous vivions à ce moment une « drôle de guerre ». Nous étions neutres et on évitait de heurter l’ennemi qui était à nos portes. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, fils d’un des soldats présents dans le baraquement, nous rapporte ce qu’en disait son papa :

« Pour mon père, l’incendie était d’origine criminelle. Ce point reste cependant très vague dans ma mémoire, mais je me souviens des grandes lignes. Il y aurait déjà eu un incident quelques jours avant ; déjà une histoire de feu… Il y avait des coïncidences, des comportements étranges où il était question d’un ou deux soldats de Saint-Vith ou des environs. »

Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, est , lui aussi, le fils d’un soldat qui fut hébergé dans la maison juste en face du baraquement (non loin donc de chez M. Hourand). Il se souvient que, bien après le retour de captivité de son papa, peut-être en 1955 ou 1956, il l’accompagna en visite chez ses hôtes.

« J’ai souvenance qu’à l’époque, le propriétaire nous parla de cette tragédie. Il nous confia que des enquêteurs vinrent chez lui pour obtenir certains renseignements car l’incendie paraissait suspect. Il les informa qu’il avait remarqué des allées et venues d’un autre régiment, le jour avant l’incendie et que cette attitude lui avait paru bizarre. Selon ce témoin, le soldat fut identifié et était déjà connu pour ses prises de position anti-belges. Il nia tout en bloc, mais les autorités militaires, soupçonneuses, le changèrent d’unité, mirent à ses côtés ce qu’il est convenu d’appeler un « mouton » qui se vanta lui aussi d’avoir fait des actions en faveur des autorités allemandes de l’époque. C’est ainsi qu’il se confia à celui qu’il croyait être son nouvel ami. Pendant que les soldats dormaient dans le baraquement, sur de la paille, il aurait jeté du pétrole ou de l’essence sur le poêle et aux alentours. Il fut condamné à mort et exécuté. Ceci est la version qui me fut donnée par le voisin le plus proche, qui nous assura avoir été marqué pour toujours par cette nuit d’épouvante. Ce brave témoin est, malheureusement, décédé. »

Encore une fois, grâce aux lecteurs de La Petite Gazette, la question posée par Madame Lydie Mathieu, d’Andenne, aura permis de rassembler bien des renseignements qui, s’ils n’apportent pas une réponse définitive sur cette tragédie, permettent néanmoins de l’appréhender sous un jour bien éloigné de ce qu’il convient d’appeler la version officielle, peut-être rendue nécessaire par les circonstances du moment.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

D’AUTRES PERIODIQUES VANTENT LES MERITES DE LA PETITE GAZETTE !

Les recherches que vous avez la gentillesse de mener à la demande des lectrices et des lecteurs de La Petite Gazette permettent de sauvegarder de nombreux témoignages qui, sans vous, auraient été irrémédiablement perdus. Cette démarche, mise en place par feu René Mladina, est également profitable à diverses associations ; elles le signalent et remercient…

C’est le cas de la Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais qui, dans les pages de sa revue trimestrielle « Le chasseur ardennais » (N° 202, 3ème trimestre 2000), fait largement l’écho des témoignages réunis dans La Petite Gazette au sujet de l’incendie du baraquement qui abritait de nombreux soldats, à Basse-Bodeux, en janvier 1940. « Nous avons reçu plusieurs réponses ainsi que l’aide inattendue de l’intéressante rubrique de l’historien René Henry dans trois éditions successives de l’hebdomadaire « Ourthe-Amblève ».

C’est bien sûr à vous toutes et à vous tous que s’adressent les remerciements de ces deux respectables associations.

EN TRAM DE CLAVIER A MELREUX, VIA SOMME-LEUZE

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

QUAND LE TRAM DEVAIT PASSER A SOMME-LEUZE

Monsieur Jean-Luc Fourneau, d’Ohey, rappelle un projet d’établissement de  ligne vicinale puis fait appel à vous, à votre connaissance de la région, pour recenser les vestiges de cette entreprise avortée.

« Il y a 100 ans maintenant, il  a existé un projet qui prenait forme et qui visait à l’installation d’une ligne de tram passant à Somme-Leuze. Le projet a été  abandonné à cause de la Première Guerre Mondiale. Cependant, il en reste des vestiges mais il faut connaitre la région pour les localiser et les découvrir. Serait-il possible de rassembler, grâce à La Petite Gazette, les localisations de ces vestiges et toutes les informations disponibles sur ce projet ?

Un grand merci à tout qui pourra contribuer à l’inventaire des renseignements et traces de ce projet. »

La Petite Gazette du 14 décembre 2011

LE TRAM DEVAIT PASSER A SOMME-LEUZE…

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, pour répondre à M. Jean-Luc Fourneau, d’Ohey, m’a fait parvenir une passionnante étude sur ce projet de ligne vicinale qui devait passer par Somme-Leuze.

« Il faut d’abord rappeler brièvement que dans cette région, aux confins des provinces de Liège, de Namur et du Luxembourg, la première ligne créée par la S.N.C.V. reliait Melreux à La Roche et que le tronçon entre la gare de Melreux et Hotton fut ouvert au trafic dès le 9 octobre 1886.

Le 20 janvier 1890, c’est une ligne de 25,3 Km entre le Val Saint-Lambert et Clavier qui est mise en service, suivie, le 1er octobre 1894 par la section Clavier – Ouffet et d’une relation qui aboutira à Comblain-au-Pont deux ans plus tard.

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Autorail du service voyageur manoeuvrant en gare de Clavier qui aurait pu devenir un nœud vicinal important…

 

Un échange de courrier, daté de septembre 1902, entre la S.N.C.V. et le Gouverneur de la Province de Liège, évoque l’utilité d’établir une jonction entre ces différentes lignes grâce à une liaison Clavier – Melreux, passant par Somme-Leuze.

Le 15 mars 1903, c’est la section Marloie-Marche, d’une ligne en provenance de Bastogne, qui est livrée à l’exploitation. Dès lors, le projet qui nous intéresse est complété par l’adjonction d’un embranchement vers Marche.

Afin de mieux comprendre la situation, voici ci-dessous, une carte de la région où figurent : en trait plein, les lignes vicinales à écartement métrique effectivement construites ;en trait interrompu, les lignes en projet dont question dans mon intervention.

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Le 22 juin de la même année, le Gouvernement accorde la prise en considération provisoire du projet de la ligne Clavier – Melreux avec embranchement vers Marche.

Le capital nécessaire à la construction, répertorié sous le numéro 192, s’élève à un montant de 2.800.000 francs, pour une longueur de ligne de 46,5 Km. Initialement, l’embranchement vers Marche devait se détacher de la ligne principale à Noiseux, mais les communes intéressées préconisèrent plutôt une jonction située à Somme-Leuze. C’est donc ce dernier tracé, plus long de 2 kilomètres, qui est adopté pour un capital évalué à 3.056.000 francs. » A suivre…

La Petite Gazette du 21 décembre 2011

LE TRAM DEVAIT PASSER A SOMME-LEUZE…

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, pour répondre à M. Jean-Luc Fourneau, d’Ohey, m’a fait parvenir une passionnante étude sur ce projet de ligne vicinale qui devait passer par Somme-Leuze, je vous propose d’en découvrir la suite :

« En 1907, la S.N.C.V. rédige un mémoire descriptif dont je vous livre un extrait décrivant le parcours suivi :

« La ligne, projetée à l’écartement de 1m. entre rails, prendra son origine à la station de Clavier, empruntera la voie de la ligne de Clavier à Comblain-au-Pont jusqu’à proximité de la station de Petit-Brin et se dirigera ensuite vers Bois-Borsu en empruntant d’abord un accotement de la route de Liège à Marche, puis en s’établissant sur le siège spécial pour passer au nord de Borsu ; elle suivra en élargissement la route de Bois à Borsu, desservira l’agglomération de Borsu et d’Odet et se développera sur siège spécial pour passer entre les villages de Maffe et de Méan et atteindra la route de Havelange au Gros-Chêne, vers la 28e borne kilométrique. Après avoir traversé cette route, la ligne se dirigera (toujours en partie indépendante) vers Somme-Leuze où elle traversera la route de Liège à Marche ; elle atteindra la route de Barvaux près du moulin de Petite-Somme, et la longera ou l’empruntera jusqu’à proximité de Petit-Han ; elle longera cette agglomération sur siège spécial et reprendra ensuite la route de Barvaux près de la bifurcation de cette route avec celle de Laroche ; elle la suivra jusque Montenville où elle s’en détachera pour franchir la vallée, puis l’Ourthe sur un pont à construire en amont de Deulin ; elle passera à Fronville et Monville (tantôt en empruntant la route de Melreux, tantôt sur siège spécial) et atteindra la station vicinale de Melreux de la ligne Melreux à Laroche.

L’embranchement se détachera de la ligne principale à Somme-Leuze, se développera sur siège spécial en passant à proximité de Moressée et Heure où il empruntera la route de Feschaux à Barvaux jusqu’à proximité de Baillonville.

Il se dirigera ensuite vers Rabosée puis rejoindra la route de Marche à Liège, non loin de la 14e borne kilométrique. Il s’établira ensuite sur cette route jusqu’à Marche et aboutira à la station vicinale (ligne de Marche – Bastogne – Martelange). »vicinal3 

L’autorail-tracteur (ART. 155) destiné à la remarque des convois de marchandises. (En arrière-plan, vestiges du pignon du dépôt vicinal de Clavier, ravagé par un incendie en 1952)

 

 

Par l’arrêté royal du 4 novembre 1913, les vicinaux reçoivent la concession de la ligne et les travaux sont entamés entre 1916 et 1917. Les terrassements et les maçonneries des ouvrages d’art sont exécutés sur les sections Petit-Brin à Maffe, Somme-Leuze à Baillonville et Petit-Han à Deulin.

La construction est ensuite interrompue et, après la guerre, la S.N.C.V. ayant pour mission prioritaire de restaurer ses installations et ses voies démontées par l’occupant, ne pourra plus se préoccuper d’établir de nouvelles lignes.

En 1932, le projet est relancé mais, à cause du renchérissement des coûts liés à la construction, la S.N.C.V. propose de se limiter, en premier lieu, à l’achèvement des travaux entamés sur les sections Clavier – Maffe et Baillonville – Marche. Le capital complémentaire à ces réalisations se monte alors à 6.758.000 francs. L’Etat et la commune de Bois-Borsu refusant la souscription de leur quote-part à l’augmentation de capital, les vicinaux abandonnent leur projet.

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Comme les lignes du Condroz étaient isolées du reste du réseau vicinal,le transfert de matériel se faisait par la route. Un autorail est ici chargé sur une remorque routière appartenant à la S.N.C.V.

En août 1941, Monsieur Renard, Bourgmestre de Lavacherie, appuyé par la Conférence des Bourgmestre du Grand Liège, entreprend des démarches en vue de la reprise du projet dans le but d’assurer, en ces temps de guerre, le ravitaillement de l’agglomération liégeoise en pommes de terre en provenance du Luxembourg. Cette intervention restera, elle aussi, infructueuse.

Après la Seconde Guerre Mondiale, le service des Ponts et Chaussées avait aménagé une zone portuaire entre le Val Saint-Lambert et Ivoz.

En 1952, afin de rentabiliser au mieux ces équipements, le port Autonome de Liège projette de construire une voie de raccordement entre ce port et la ligne vicinale aboutissant au Val Saint-Lambert. Il préconise également l’achèvement de la jonction Clavier-Marche afin de pouvoir acheminer les marchandises depuis le Luxembourg et les transférer à la voie d’eau à Ivoz. Malheureusement, cette initiative est trop tardive. Le transport routier est en pleine expansion alors que les lignes vicinales sont en déclin et sont fermées les unes après les autres. Le trafic sur les lignes Val Saint-Lambert – Clavier et Marche – Bastogne cessera définitivement avant la fin des années cinquante. »

Un tout grand merci pour cette passionnante et si précise enquête.

UN CONCOURS DE PÊCHE A NOISEUX EN 1937

Le village de Noiseux, qui a la chance d’avoir une si belle rivière coulant à ses pieds, a vécu durant de nombreuses années au rythme de « l’Ourthe »  » et de ses pêcheurs.  Avant et après la Seconde Guerre Mondiale, dès les week-ends et les congés arrivés, bon nombre de pêcheurs liégeois empruntent le train et fuient la vallée Mosane pour s’évader d’un monde industriel et retrouver un lieu secret de quiétude.

Dés le début du 20e siècle, cet atout  touristique, le village a su l’exploiter.  Ce ne sont pas les  pensions de familles, hôtels, café-restaurants, snack-friteries, auberges liégeoises, épiceries et  campings qui le démentiront. Une navette était d’ailleurs organisée entre le village de Noiseux et la gare de Melreux. Les innombrables cartes postales et les nombreux guides touristiques de l’époque en sont des témoignages.

Récemment, j’ai  fait la trouvaille d’une ancienne photo d’un groupe de personnages. Celle-ci a été prise à Noiseux lors d’un concours de pêche qui se serait déroulé le vendredi 17 septembre 1937.

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Comme on peut le constater sur la photo, le public est très hétéroclite de par la présence d’enfants, de femmes et d’hommes. Sur la droite de la photo,  un bras tend un drapeau … un étendard, représentation d’une association de pêcheurs?

Je lance une nouvelle fois un appel aux nombreux lecteurs des versions écrite et numérique de la « Petite Gazette », afin de solliciter  leur perspicacité  pour retrouver les noms des personnages  de la photo.  Peut-être avez-vous aussi des photos, des souvenirs à partager  de cette période glorieuse de la pêche à Noiseux.

Noël Vanoverschelde

LES 10 « KIWI’S » DU CIMETIERE MILITAIRE DE HOTTON par Rik VERHELLE

Note de La Petite Gazette : Ce remarquable article n’a pas été publié dans la version « papier » de cette chronique et ne pourra l’être en raison de l’espace réduit qui lui est, aujourd’hui, réservé dans le journal mais son intérêt méritait largement qu’il figure dans lapetitegazette.net

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Le cimetière militaire de Hotton

Que la Seconde Guerre mondiale ait particulièrement frappé Hotton n’est un secret pour personne. Plusieurs endroits dans la commune nous témoignent de la brutalité du conflit, par exemple le cimetière britannique où reposent 666 militaires, dont 21 inconnus, tous appartenant au Commonwealth, c’est-à-dire l’ensemble des états et territoires issus de l’Empire britannique. De ses 666 tués au combat, 340 appartiennent aux forces terrestres, 325 sont des aviateurs et 1 était correspondant de guerre.
Les nationalités se répartissent comme suit : 526 Britanniques, 88 Canadiens, 41 Australiens, 1 Polonais, et 10 Néo-Zélandais.

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Contrairement à ce que l’on prétend parfois, ce cimetière militaire n’est pas lié à la Bataille des Ardennes, beaucoup de victimes sont tombées pendant cette épisode de la guerre, mais pas tous; on y trouvera aussi des victimes du début de la guerre.
Si d’aventure vos pas vous mènent à Hotton, rendez-vous au cimetière britannique, le sacrifice de ces 666 jeunes gens mérite bien un instant de recueillement. Restez un moment, asseyez-vous près d’eux, dites une brève prière à la grâce de ces héros, nos libérateurs. Leurs sépultures nous enseignent que la paix et la liberté n’ont pas été gratuites …

Dans cet article, j’aimerais vous entretenir de dix d’entre eux, les dix aviateurs Néo-Zélandais.  Qui sont-ils ? D’où venaient-ils ? Quels sont les circonstances de leur mort ?

 

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Leur pays d’origine

Ces dix jeunes aviateurs venaient d’un pays de l’autre bout du monde, la Nouvelle Zélande. En anglais, on l’appelle New-Zealand, en Maori « Aotearoa ». C’est un pays de l’Océanie, au sud-ouest de l’Océan Pacifique, constitué de deux îles principales et de nombreuses îles beaucoup plus petites. Son plus proche voisin, l’Australie, se situe à environ 2.000 km, la Nouvelle-Zélande est donc très isolée géographiquement. Sa population est majoritairement d’origine européenne (Les Européens y débarquèrent seulement en 1642), tandis que les Maori (population d’origine) forment la minorité la plus nombreuse.

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La superficie totale est de presque 270.000 km², soit un peu moins que l’Italie et un peu plus que le Royaume-Uni, ou environ neuf fois la superficie de notre pays.
Ancienne colonie britannique jusqu’en 1840, dominion en 1907, puis complètement indépendante depuis 1947 en tant que Royaume du Commonwealth, la Nouvelle-Zélande maintient de forts liens avec le Royaume-Uni, ainsi qu’avec l’Australie.
La Nouvelle-Zélande est une monarchie constitutionnelle. Le monarque du Royaume-Uni, la Reine Élisabeth II, est le chef d’État de la Nouvelle-Zélande. Cependant la Reine « règne mais ne gouverne pas »; elle n’a aucune influence politique, sa fonction étant surtout symbolique. En pratique, elle est représentée par un Gouverneur général qui détient le pouvoir exécutif.

D’où vient leur surnom « KIWI » ?

L’isolement géographique de la Nouvelle-Zélande a permis le développement d’une flore et d’une faune endémiques (qui n’existe nulle part ailleurs) très riches et variées, allant des kaoris (conifères géants) aux insectes weta (insecte géant) et en passant par les kapongas (fougère géante) et le kiwi. Ce dernier est un véritable symbole en Nouvelle-Zélande, il figure notamment sur les pièces de 1 dollar néo-zélandais. Les Zélandais eux-mêmes y sont très attachés, à un point tel que le terme de « Kiwi » signifie également dans ce pays « Néo-Zélandais » et désigne ainsi les Zélandais eux-mêmes.
Le Kiwi, l’Apteryx (du grec ancien et signifiant «sans ailes» et francisé en aptère), est un oiseau d’une taille variant entre 35 et 65 cm. Ses ailes sont rudimentaires, atrophiées. Ses pattes sont assez courtes et vigoureuses, et ils sont dépourvus de queue. Leurs plumes, généralement brunes et relativement peu nombreuses, ressemblent à des poils.5.Oiseau Kiwi.jpg Les kiwis sont des oiseaux timides, nocturnes et disposant d’un sens aigu de l’odorat, ce qui leur permet de trouver leur nourriture. Ils se nourrissent en enfouissant leur long bec dans le sol à la recherche de vers, d’insectes, et de fruits tombés au sol, mais aussi de petites écrevisses ou d’amphibiens tels que les grenouilles. Le kiwi a une durée de vie atteignant 30 à 35 ans. Actuellement il est menacé d’extinction.

Un fruit, le kiwi, porte leur nom. Sa culture se développant en Nouvelle-Zélande à partir de 1953, les Néo-zélandais l’appelèrent donc « Kiwi », sa peau velue rappelant celle de l’oiseau du même nom, emblème du pays.

Que faisaient-ils dans la RAF ?

Pour les Néo-Zélandais, s’associer en temps de crise avec les Anglais était perçu comme naturellement évident, voir même nécessaire. Leurs relations internationales sont caractérisées par une politique d’apaisement et le rejet total de fascisme et la dictature. Dans les années 30 et 40, tout comme en 1914, il était considéré qu’une menace contre la Grande-Bretagne constituait aussi une menace contre la Nouvelle-Zélande.

Lorsque la guerre éclatait, la Royal New-Zealand Air Force (RNZAF) était mobilisée et il était fait appel aux volontaires pour rejoindre ses rangs pour la durée du conflit. A ce moment-là, 550 Néo-Zélandais servaient déjà au sein de la RAF. Mais comme les Britanniques estimaient qu’il fallait disposer de 20.000 pilotes et de 30.000 autres aviateurs pour faire face aux hostilités, ils sollicitèrent l’assistance des pays du Commonwealth. La Nouvelle-Zélande s’est engagée pour livrer, chaque année, 880 pilotes entrainés. Plus tard, ce nombre a été revu vers 2000. Ainsi, dès 1940, 7000 Néo-Zélandais partaient au Canada pour y être formés comme pilote, navigateur, bombardier, opérateur-radio, ou mitrailleur aérien, avant de rejoindre leur unité opérationnelle en Angleterre.     Leur âge moyen était de quelque 21 ans, et on attendait d’eux qu’ils accomplirissent 30 missions opérationnelles avant d’être démobilisés.

La RAF comptait sept escadrons essentiellement composés de Néo-Zélandais, deux au sein du Bomber Command (75ème et 487ème), trois au sein du Fighter Command (485ème, 486ème, et 488ème), et encore deux sous commandement du Coastal Command (489ème et le 490ème). Mais la majorité des aviateurs Néo-Zélandais servant avec la RAF n’étaient pas incorporés dans ces escadrons Néo-Zélandais, mais ils volaient dans des équipes mixtes de Britanniques, Canadiens, Australiens et Sud-Africains comme il était le cas dans la plupart des autres escadrons.

De tous les aviateurs du Bomber Command tués pendant la guerre, 72% étaient des Britanniques, 18% étaient des Canadiens,  7% étaient des Australiens et 3% étaient des Néo-Zélandais. Des 6000 Kiwis ayant servi au sein du Bomber Command, presque un tiers (1850) seront perdus – un nombre important, mais encore plus impressionnant quand on réalise que la population de la Nouvelle-Zélande ne comptait pas plus que 1.6 million d’âmes.

Dix de ces héros reposent à Hotton           

F/Lt Madden
Flight Lieutenant Brian Minden MADDEN était né à Wellington le 02 novembre 1919. Il vivait comme célibataire avec ses parents à Remuere (Auckland). Avant de rejoindre la RNZAF, il gagnait sa vie comme comptable dans un bureau d’affaires juridiques.
Madden commandait le B-Flight de 610 RAF Squadron sur Spitfire Mk XIV. Il mourut le 18 décembre 1944. Dans le rapport de mission de cette journée, on lit que le 610 RAF Squadron décollait de sa base à Lille à 09.20 hr pour aller patrouiller dans la région d’Arnhem et Trier. A 16.000 pieds, ils se lancent à la poursuite de huit Messerschmitt Bf-109 mais ils les perdent dans les nuages. Plus tard, ils rencontrent seize Focke-Wulf FW-190 et ils les engagent dans les nuages, mais sans trop de succès d’ailleurs à cause de la très mauvaise visibilité. De retour à leur base à 11 heures, il est constaté que F/Lt Madden manquait.

Lors d’une patrouille, lorsqu’il attaquait un V-1, il tomba à court de munitions.

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Alors, il se mit en position à côté de la bombe et il tenta de la faire basculer en la soulevant avec la pointe de l’aile de son Spitfire. La bombe se redressait d’elle-même lors des deux premières tentatives, mais elle était enfin renversée au 3ème essai et alla s’écraser dans une forêt.
F/Lt Madden est crédité avec six victoires aériennes sur bombes volantes V-1.
F/Lt B. M. Madden repose à Hotton dans la tombe VIII-B-12. Il est mort à 25 ans.

F/Lt Whaley
Flight Lieutenant Patrick Noel WHALEY venait de l’Auckland (NZ).
Il était pilote d’un Spitfire Mk XIX, immatriculé PL919, au sein du 541 RAF Squadron. Cette unité avait comme mission d’effectuer des reconnaissances photographiques au-dessus du territoire ennemi. Ces Spitfires n’étaient pas armés et ils portaient trois caméras, deux verticales et une en position oblique. La vitesse maximale atteignait plus de 700 Km/hr, et leur vitesse de croisière était de 430 Km/hr à une altitude de 13.000 mètres. Ils étaient en plus équipés d’un réservoir supplémentaire qui leur permettait d’opérer dans un rayon d’action de 2.250 Km. Les cockpits étaient pressurisés.

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Le Spitfire du F/Lt Whaley a été abattu le 24 décembre 1944, probablement dans la région de Bleialf à 10 km au ONO de Prüm (Rheinland-Pfalz, Allemagne). Le pilote a d’abord été enterré à Bleialf, puis au cimetière militaire américain à Foy (Bastogne), et ensuite au cimetière britannique à Bure (15 Km au NO de St-Hubert). Finalement il trouvera sa demeure définitive à Hotton où il repose actuellement dans la tombe VIII-F-12. Il avait 24 ans.

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F/Lt Whaley était porteur de la distinction honorifique « Distinguished Flying Cross ».
(La DFC est une décoration britannique attribuée « pour un ou des actes de vaillance, de courage ou de dévouement accomplis en vol, au cours d’opérations actives contre l’ennemi ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, un critère commun d’obtention de la DFC était la destruction en vol de cinq avions ennemis, ou faits d’armes équivalents).           
SqL Rabone 
Squadron Leader (équivalent du rang de Major) Paul Watling RABONE est né à Salisbury, en Angleterre, le 2 mars 1918, mais il grandit à Kairanga (Wellington, en NZ) où il devient fermier. Il était marié avec Pamela Barbara.
En avril 1938, il devient réserviste après avoir obtenu une licence de pilote privée et il s’engage dans la RNZAF. Après sa formation, Rabone rejoint l’Angleterre en février 1939.
Affecté au Squadron 88, il vole sur bombardier léger Fairey Battle et s’installe en France avec le Corps Expéditionnaire Britannique lors de la déclaration de guerre. Le 10 mai, le premier jour de l’invasion allemande à l’Ouest, le Squadron effectue son premier raid en attaquant des troupes au Luxembourg. Rabone effectue 16 missions avant que le Squadron ne soit rapatrié en Angleterre le 15 juin 1940. Au cours de ces combats, il a été abattu deux fois, la première fois son équipage et lui-même atterrissent derrière les lignes après avoir sauté en parachute. Après avoir volé des vêtements civils, ils rejoignent une colonne de réfugiés et parviennent à gagner Dieppe. La seconde fois, le 12 juin, ils sont abattus par un Messerschmitt 109 alors qu’ils sont en train de bombarder un pont sur la Seine et ils parviennent à sauter en parachute.

A la mi-août 1940, Rabone se porte volontaire pour le Fighter Command et se trouve affecté au Squadron 145. En pleine Bataille d’Angleterre, il remporte sa première victoire le 12 octobre en abattant un Me-109. Deux semaines plus tard, il rejoint le Flight 422, une unité spéciale. Rabone abat un autre Me-109 le 6 novembre. Le Flight 422 Flight est alors agrandi et devient le Squadron 96 en début décembre 1940. Rabone remportait sa première victoire de nuit le 22 décembre 1940 en faisant plonger un bombardier Allemand en mer du coté de Blackpool.

Rabone est promu flight commander. Lui et son mitrailleur rencontrent un problème moteur le 13 avril 1941 mais ils parviennent à sauter de leur avion Défiant alors qu’ils se trouvent au-dessus de Peak District. En juillet 1941, Rabone prend le commandement du Flight 1451, opérant du Havoc équipé d’un projecteur et dont la mission consiste à éclairer des appareils ennemis afin que des chasseurs monomoteurs parviennent à leur tirer dessus. Les Havoc sont aussi équipés de radar destinés à permettre la recherche des appareils allemands. L’expérience se révèle cependant peu fructueuse en termes de résultats et l’expérience est abandonnée rapidement.

Mis au repos en octobre 1941, Rabone retourne en opérations en août 1942 et rejoint le Squadron 488 comme flight-commander sur Bristol Beaufighter après avoir effectué un bref passage au Squadron 256 et au Squadron 29. Affecté outre-mer en avril 1943, Rabone s’envole pour Malte où il rejoint le Squadron 23 équipé de Mosquito, et avec l’un desquels il effectue des raids sur les voies de ravitaillement dans le Sud de l’Italie.

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Au cours d’une mission dans le secteur de Rome, il attaque un convoi routier avant d’endommager trois Cant 506 (hydravion italien) au mouillage dans le Lac Bracciano. Le 15 août 1943, Rabone vole sur un Spitfire pour emmener des pièces de rechange sur un aérodrome situé près de Palermo. Au retour, il abat en chemin un Junkers-88 qui tombe en mer après une course poursuite de 17 kilomètres.

L’unité débarque en Sicile au début septembre où Rabone conduit une mission intruder sur l’aérodrome de Grosseto. Lors de ce raid, Rabone détruit un Junkers-88, un Heinkel-111 et endommage un autre appareil du même type. A la fin de son tour d’opérations, Rabone retourne en Grande Bretagne en novembre et reçoit la DFC le 25 janvier 1944 avec 6 victoires à son actif.

Après avoir occupé des fonctions d’instructeur pendant 3 mois, il rejoint la Squadron 515 pour effectuer des missions d’intrusion au-dessus de la France et de l’Allemagne. Le 21 juin 1944, Rabone remporte la première victoire de jour de l’unité en abattant un Messerschmitt-110 alors que celui-ci décolle d’un aérodrome. Le 30, à nouveau de jour, il abat un Heinkel-111 qui s’apprête à atterrir ainsi qu’un Junkers-34 qui est en approche de l’aérodrome. A la mi-juillet, il rejoint le Squadron 23 qui est rentré de Malte.

Rabone décolle le 24 juillet 1944 pour attaquer des objectifs situés au Nord-Ouest de l’Allemagne mais son avion, le Mosquito immatriculé HR 236, ne rentre pas de cette mission. Son corps et celui de son navigateur sont rejetés sur la côte à Helgoland Island 3 mois plus tard et enterrés sur place. Après la guerre, le corps est de Rabone est ré-enterré au cimetière britannique à Hotton où il repose dans la tombe XI-C-8.  La dépouille de son navigateur, F/O Frederick C. H. JOHNS, a été enterrée en Allemagne au Hanover War Cemetery, tombe 10-E-9.

SqL Rabone et F/O Johns sont porteurs d’une distinction honorifique britannique, le Distinguished Flying Cross. Rabone avait 26 ans quand il mourut.

W/O Mc Gregor
Warrant Officer Ronald Gregor McGREGOR était né à Auckland (NZ) le 31 juillet 1921. Il gagnait sa vie comme travailleur dans le secteur de l’osier. Il s’est engagé comme volontaire à la RNZAF en juillet 41 et il a rejoint le Canada en octobre 41 où il a obtenu son brevet de pilote en février 42. Rattaché à la RAF, il rejoint l’Angleterre en mars 42 et volera sur Spitfire. En août 44, il est converti sur Hawker Typhoon et volera lors de 40 missions de combat au sein du 247 RAF Squadron.
Le 31 décembre 1944, à la veille du nouvel an, à 11.20 heures, huit Typhoons équipés de réservoirs supplémentaires largables décollaient de leur base à Eindhoven pour effectuer une patrouille armée en profondeur vers la région de Hanovre.

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Lors de l’attaque d’une locomotive, deux avions dont celui de McGrégor se trouvèrent isolés de leur formation, et ils ont été assaillis à leur tour par trois Focke-Wulf 190. A 11.30 heures, le Typhoon NM399 piloté par F/O McGregor était abattu et il s’est écrasé dans une zone boisée au Kattenvenner Moor, à 5-10km au SE de Ladbergen (Allemagne) et où il a explosé à l’impact.
Immédiatement après sa victoire, le pilote allemand a été descendu à son tour par l’autre Typhoon.

Après la guerre, le corps de McGregor a été exhumé du cimetière allemand de Ladbergen et temporairement transféré au cimetière américain à Neupré. Actuellement, F/O McGregor repose au cimetière militaire britannique de Hotton dans la tombe VIII-C-6. Il n’avait que 23 ans quand il mourut.

Sgt Wade
Sgt Horton Nielsen WADE est originaire d’Eltham (Taranaki, NZ).
Il était le navigateur à bord d’un bombardier lourd du type Short Stirling, immatriculé BF565 (HA-H), appartenant au 218 Squadron du Bomber Command et qui avait sa base à Downham Market en Angleterre.
12-short-stirling Bombardier lourd : le Short Stirling

Dans la nuit du 29/ 30 mai 1943, 739 bombardiers avaient la mission d’aller pilonner la ville de Wuppertal, ceci dans le cadre de la Bataille du Ruhrgebiet.
Le bombardement a été qualifié de particulièrement effectif car d’énormes incendies se développèrent dans les rues étroites de la vieille ville. Il est même probable que l’intensité du feu ait produit la première de ce qu’on appellera plus tard « tempête de feu ». Les ravages étaient terribles : environ 500 hectares détruits par le feu. Cinq grandes usines, 211 bâtiments industriels, et 4000 maisons avaient été complètement anéantis. Et cette tragédie avait exigé 3400 vies humaines.   Jusqu’ici, l’assaut de Wuppertal fut le raid le plus meurtrier et le plus dévastateur depuis le début de la guerre.

Côté britannique, ce raid se solda par la perte de 33 bombardiers ou 4,6% de la force. Le Sterling immatriculé BF565 était un de ces bombardiers qui ne sont pas revenus. Au-dessus de la Belgique, il a été intercepté par un chasseur de nuit et il s’est écrasé dans un champ près de Kettenis, à 2 km NNE d’ Eupen. Aucun des sept membres de l’équipage n’a survécu. Trois d’entre eux, dont Sgt H. N. Wade, sont enterrés au cimetière britannique de Hotton. Les corps des quatre autres victimes, dont un autre Néo-Zélandais, le Sgt mitrailleur aérien D. P. Strong,  n’ont jamais été retrouvés.
Sgt H. N. Wade repose dans la tombe VII-C-12. Au moment de mourir il avait 30 ans.

L’équipage du Lancaster HK564
Dans la nuit du 12 au 13 août 1944, le Bomber Command avait reçu plusieurs missions de bombardement. Une de ces missions visait Rüsselsheim avec 287 bombardiers lourds (191 Lancaster et 96 Halifax) et l’objectif à toucher était l’usine Opel qui construisait des moteurs.
13-avro-lancasterBombardier lourd, le « Avro Lancaster » 

Cette unité de production s’en sortait sans trop de dégâts importants ; un rapport allemand relate que seulement l’unité des pneus et quelques unités d’expédition et de transport, ainsi qu’une centrale électrique avaient été touchées, et que la plupart des explosifs seraient tombés dans les champs au sud de l’usine.
Côté britannique, les pertes étaient plutôt lourdes : 13 Lancaster et 7 Halifax (soit 6,7%  des forces engagées).

Un de ces avions perdus était le Lancaster immatriculé HK564 (AA-P) appartenant au 75 Squadron du Bomber Command. Son équipage était composé de six Néo-Zélandais et un Britannique. Le bombardier a été intercepté vers 23.40 heures par un chasseur de nuit au nord du Luxembourg, au-dessus de Lieler. Seul le navigateur a pu quitter l’avion en parachute, mais il s’est tué tout de même. Les six autres membres de l’équipage ont péri dans l’avion qui a explosé à l’impact près d’Ouren en Belgique.
Toutes les victimes sauf une (le navigateur) ont été enterrées dans une tombe collective à Ouren. Après la guerre, leurs restes ont été transférés au cimetière britannique à Hotton où ils reposent dans la tombe collective VI-G-1 à 6.
Il s’agit de

1. P/O Mulcahy
Pilot Officer Cyril Desmond MULCAHY est né à Takapau (Wellington, NZ). Il a rejoint la RNZAF en juillet 1942. Il a obtenu son brevet de pilote au Canada en mai 1943. Ensuite, il a été incorporé au 75 Squadron en Angleterre.
La nuit du 12/13 août il était pilote et commandait le Lancaster abattu. C’était sa 9ème mission. Il avait 21 ans quand il mourut.

2. P/O Elvin
Pilot Officer William ELVIN est né à Wanganui (Wellington, NZ) et était marié à Elva Mahala. Il était l’opérateur-radio de son équipe, il avait 22 ans au moment de sa mort.

3. F/Sgt Thomson
F/Sgt Edward Leonard THOMSON est né à Christchurch (Canterbury, NZ). Il était le viseur-bombardier de l’équipe. Avec son âge de seulement 20 ans, il était le plus jeune membre de l’équipage.
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Les six tombes de l’équipage du Lancaster HK 564

4. F/O Hazard

F/O Whelan Fellon HAZARD était le navigateur de l’équipage. Il était le seul à avoir réussi à quitter le bombardier avant qu’il ne s’écrase. Son parachute a bien fonctionné, mais il a tout de même été découvert mort, toujours attaché dans son harnais de parachute et suspendu dans un arbre. Lui aussi n’avait que 20 ans. F/O Hazard est le seul qui ne repose pas avec les membres de son équipage; il a été enterré dans un cimetière britannique en Allemagne, le « Reichswald Forest Cemetery » où il repose dans la tombe 1-D-14.

5. F/Sgt Wright
F/Sgt John Herbert WRIHT est originaire de Taranaki (New Plymouth, NZ). Il était un des mitrailleurs aériens à bord du bombardier. Il avait 26 ans.

6. F/Sgt Johnston
F/Sgt Haig Douglas JOHNSTON vient de Balclutha (Otago, NZ). Lui aussi était un des mitrailleurs aériens de l’équipage. Il avait 27 ans.

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Symbole figurant sur chaque tombe néo-zélandaise

7. Sgt Parker (RAF)
Sgt Robert R. S. PARKER était l’ingénieur de bord/mitrailler aérien. Il n’est pas Néo-Zélandais mais bien né en Angleterre. Cependant, puisqu’il faisait était dans équipe avec les Néo-Zélandais, il est repose avec eux à Hotton dans la même tombe collective VI-G-1 à 6.

Quand vous vous dirigez d’Ouren vers Weiswampach (Luxembourg), exactement à la frontière et en face d’une chapelle, vous rencontrez un monument à la mémoire des 13 aviateurs tués. 13 en effet, car en cet endroit deux Lancaster ont été abattus dans la nuit du 12 au 13 août 1944. Dans l’autre Lancaster, le ME596 appartenant au 61 Bomber Command Squadron, il y avait six victimes (4 Britanniques et 2 Canadiens) et un rescapé (Canadien) qui a été fait prisonnier de guerre. Ce mémorial a été inauguré le 13 mai 2004.

16-memorial-lancaster-a-weiswampach

Précisions de l’auteur

Une bibliographie n’est pas jointe car trop longue à publier.
Des informations peuvent être obtenues sur demande auprès du rédacteur de cet l’article.

Rik Verhelle     
Rue d’Izier 74, boîte 13
6941 Bomal-sur-Ourthe (Durbuy)
rikverhelle@skynet.be

EMMANUEL RYCKX, LE PARACHUTISTE SANS JAMBES DE VIEUXVILLE

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

A VIEUXVILLE, UN VOISIN QUE JE N’AI PAS CONNU …

Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, évoque le passé glorieux d’un grand résistant qui résida à Vieuxville. « Un voisin que je n’ai pas connu, m’écrit-il, mais dont je connais l’histoire…

« Emmanuel Ryckx, fils du Colonel Alfred Ryckx, est né le 21 juin 1902, à Bruxelles. Il a été volontaire de carrière en qualité de sous-officier, au 4e Lanciers de 1920 à 1923.

Le 1er juin 1943, il entre dans le maquis AS Ardenne avec le grade de sous-lieutenant et sera identifié sous le nom de Lieutenant Patrick.

En septembre 1944, suite à la rencontre avec Blondeel, le lieutenant Patrick (le sergent Ryckx) et neuf résistants bien décidés à poursuivre le combat en devenant parachutistes accompagnèrent les SAS et se retrouvèrent au camp de Fairford. Huit d’entre eux reçurent une formation SAS.

Emmanuel Ryckx est breveté Para le 12 octobre 1944 avec le numéro de matricule 5774 et rejoint la compagnie Para le 27 novembre 1944. Il participe à l’opération « Régent ».

ryckxLe  10 janvier 1945, il mène une patrouille Recce dans les environs de Val de Pois, sur un sentier forestier recouvert de neige, connu pour être miné et garni de pièges « bobbytraps », trois mines actionnées par des fils tendus explosent à un mètre du sergent Ryckx, qui est projeté au sol. L’ennemi ouvre le feu à courte distance, gardant son calme, Manu rallie la patrouille, riposte, met l’ennemi en fuite et poursuit sa mission.

Le 11 janvier 1945, en compagnie d’Olivier Gendebien et de de Chagny accompagnés de deux guides civils, ils sont attachés à une unité britannique qui, de Libin, doit rejoindre Arville. Après avoir traversé la Lomme, la chenillette de tête, dans laquelle ils ont pris place, saute sur une double mine.

L’équipage britannique est tué, les guides gravement blessés, de Chagny a de multiples fractures et Manu Ryckx a les deux jambes déchiquetées et un pied arraché. Il fut transporté sur une civière par un chemin forestier, sur une distance de plus d’un kilomètre et par un temps abominable, ses couvertures recouvertes de neige, jamais il ne laissa échapper la moindre plainte ; évacué, il subit une double amputation. Il sort de l’hôpital militaire le 25 juillet 1945 et est en convalescence jusqu’au 15 avril 1946, date à laquelle il est déclaré inapte et où il rentre alors dans la vie civile.

Le pilote automobile Olivier Gendebien, qui faisait partie du groupe des dix, racontait en 1977 « Le sergent Ryckx, un spécialiste des explosifs, n’avait pas son pareil pour entrainer des jeunes résistants. »

Les anciens de Vieuxville, poursuit mon correspondant, me parlaient souvent du parachutiste sans jambes, toujours de bonne humeur, dans son fauteuil roulant, accompagné de son infirmière. A la mort de son père, en 1955, Manu rentre à Bruxelles où il reprend son activité professionnelle.

Un rapport, signé du Major Blondeel, nous confirme un autre fait d’arme à son actif. Le 5 septembre 1944, avec 50 hommes AS sous ses ordres, il capture la gare de Jemelle, malgré une résistance acharnée de la part des Allemands.

Le 6 septembre, des unités blindées « SS Adolf Hitler » reprennent la gare, durant le repli, une partie du groupe voit sa retraite coupée. Ryckx, avec cinq hommes, mène la contre-attaque malgré un feu intense des blindés ennemis, ils dégagent le groupe mais doivent déplorer la perte de trois hommes. Commentaire du rapport du Major Blondeel : « Ce sous-officier a toujours montré du courage et une aptitude au commandement digne d’éloges, ayant dû souvent faire face à de grandes difficultés, il fit toujours preuve d’une détermination inébranlable pour accomplir les missions qui lui furent confiées. »

Depuis 2008, une plaque à sa mémoire a été placée sur le monument de Vieuxville. »

La Petite Gazette du 14 novembre 2012

A PROPOS D’EMMANUEL RYCKX QUI VECUT A VIEUXVILLE

Monsieur Marcel Lardin, le président fondateur de la fraternelle Royale de l’Armée Secrète du CT9, me communique un intéressant témoignage au sujet du Sergent Ryckx :

« J’ai connu personnellement la vie de cette unité en Grande-Bretagne, m’écrit mon correspondant.
Je connaissais l’histoire de ce sergent et je suis en possession d’un document écrit par son neveu que je vous adresse bien volontiers afin de compléter les informations déjà publiées :

« Déclaration du Caporal J-C Liénart, dit Popeye :

– il était en formation au sein de la Brigade Commando en Grande-Bretagne et déclare qu’un courrier reçu de Belgique lui apprend que son oncle Manu – le Sergent Emmanuel Ryckx des S.A.S. – avait été blessé à la bataille des Ardennes et qu’il était maintenant soigné à l’hôpital belge de Leamington-Spa. (UK).

– Le 31 mars 1945, j’ai obtenu une permission pour aller le voir  dit-il. Il avait, sur son scout-car, sauté sur une mine, perdu un pied, et s’était fracturé la cuisse si salement qu’on avait dû l’amputer sur place dans l’hôpital de campagne. Il avait le moral et déclarait que grâce au genou qui lui restait, il pourrait même encore jouer au golf. Transporté d’abord à l’hôpital Brugman à Bruxelles, il avait vu mes parents dont il pouvait me donner des nouvelles, puis avait été évacué sur l’Angleterre et l’hôpital belge où seul blessé présent, les troupes du Colonel Piron étant parties sur le Continent le 10 août 44, il devait être bien soigné.

– Manu, « brûlé dans la Résistance, a été enlevé par un petit avion spécial sur un terrain de fortune tenu par le maquis et s’est illico engagé dans l’unité de parachutistes belges du Capitaine Blondeel, la SAS (Special Airborne Service). Après quelques sauts, un peu d’entraînement (moins que nous !), ils avaient été expédiés sur le front des Ardennes. Là, un petit groupe était mis, à la disposition des unités de reconnaissance anglaise, comme guides supposés connaître le terrain et la langue indigène.

– Manu a atterri dans une section australienne en position dans la forêt de Saint-Hubert. C’est là qu’un jour de progression en reconnaissance motorisée, sur la foi d’un garde-forestier, la colonne s’était engagée dans un chemin du Val de Poix, soi-disant libre de mines. C’était en plein hiver, dans la neige, Manu passait de scout-car de tête en scout-car de tête, et s’asseyait sur le garde-boue avant. C’est là qu’il a été touché de plein fouet par l’explosion de la mine.

– Le 19 avril 45, j’ai pu aller le revoir juste avant de partir en opération. Il était assis sur son lit d’hôpital, au bout du lit pendait la feuille de soins sur laquelle il avait dessiné deux rondelles de saucisson. A mon regard interrogateur, il se dressa sur ses deux poings fermés, bras tendus, et me dit « Regarde, je tourne sur un très court rayon d’action… ». On lui avait amputé les deux jambes à la même hauteur. Gangrène ? Non. En prothèse il n’y avait pas de pieds articulés, rien que des jambes, alors pour la facilité on avait égalisé ! »

Merci beaucoup pour cet intéressant témoignage.

      La Petite Gazette du 5 décembre 2012

UN SOUVENIR D’EMMANUEL RYCKX…

Monsieur Rémi Delaite évoque les souvenirs qu’il a conservés au sujet d’Emmanuel Ryckx :

« Votre article sur le soldat Emmanuel Ryckx me rappelle des souvenirs lointains car j’avais 5 ans. Les Américains qui avaient délivré mon village de Redu filèrent sur Bastogne et furent remplacés par une unité anglaise qui resta plusieurs jours au village au temps des combats de Bure. Cette unité devait être assez hétéroclite  Je me souviens vaguement de deux soldats polonais interrogeant de façon assez musclée deux Allemands faits prisonniers à Tellin. Il y avait aussi quelques Français logeant chez mes grands-parents et puis un petit groupe de Belges qui faisaient de la reconnaissance. Le seul souvenir marquant pour moi fut le retour de ce petit groupe avec un blessé grave attaché sur le capot d’un véhicule, les jambes complètement déchiquetées. Serait-ce Emmanuel Ryckx ? A partir du village, cette petite unité faisait de la reconnaissance vers Saint-Hubert et Tellin-Bure.

Mon Père a parlé souvent de ce groupe où se trouvaient Olivier Gendebien et de Chagny, ceux-ci venaient chez le garde comme ils disaient (mon père étant garde-forestier).

Si ce souvenir est resté, c’est parce que Olivier Gendebien, grand chasseur, est revenu quelquefois à la maison pour dire bonjour et rappeler des souvenirs de l’époque. »

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

UN DOCUMENT INTERESSANT SIGNE EMMANUEL RYCX

Nous avons, grâce à vos souvenirs et témoignages, évoqué dernièrement la mémoire de celui que d’aucuns appelaient « le parachutiste sans jambes de Vieuxville ». Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, revient sur cette personnalité et illustre les propos parus par un document. Il s’agit d’une lettre adressée par Emmanuel Rycx, lui-même, au Ministère de la Défense Nationale, Office de la Résistance, le 30 novembre 1956. En voici la copie :

Messieurs,

En réponse à votre lettre, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je ne peux me souvenir de la date à laquelle mon dossier à la Résistance a été ouvert.

J’ai été grièvement blessé au combat, j’ai été amputé des deux jambes et on m’a enlevé le rein gauche. Tout ce qui a été fait, a été fait pendant que j’étais incapable de le faire moi-même.

Cependant, il doit y avoir un dossier puisque j’ai été honoré du brevet Eisenhower décerné aux titres de la Résistance de l’A.S. à quelques titulaires seulement.

J’ai également reçu une commission de sous-Lieutenant de l’A.S. à titre temporaire. Tout cela prouvant absolument qu’un dossier a été ouvert.

Pour aider aux recherches, voici les noms de ceux qui m’ont connu à l’A.S. et qui peuvent authentifier mes dires :

– Monsieur l’avocat Smolders, rue Montoyer

– Monsieur le Comte d’Aspremont-Lynden, chef du groupement des Ardennes.

Vous voudrez bien vous souvenir que Brumagne a été assassiné avec tous ses adjoints, que Tumelaire a été arrêté par les Allemands et libéré dans le Train-fantôme ainsi que le Docteur Recht. Que le lieutenant Bauchau a été blessé en combattant avec moi dans les Ardennes, mais que ces dernières personnes ont disparu sans mettre en ordre les dossiers dont ils étaient responsables.

Lors des combats dans les Ardennes, j’ai fait la connaissance du Colonel Blondeel, Commandant le régiment des Parachutistes S.A.S. sous le pseudonyme de Blund.

Pour reconnaître les mérites des combattants de notre groupe, il a accepté immédiatement d’enrôler sept d’entre nous dans le régiment de Parachutistes. Nous partîmes à l’entraînement en Angleterre.

Ceci explique aussi que je n’ai pu m’occuper moi-même de mon dossier de résistant.

Veuillez prendre en considération que j’ai quitté la Belgique le 10 septembre 1944, que j’ai été blessé le 12 janvier 1945, lors de l’offensive de Von Rundstedt et que ma convalescence a duré bien près de 10 mois enfin qu’il m’a fallu au moins deux ans pour pouvoir reprendre une vie active.

Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Signé : Rycx

Mon correspondant insiste sur cette réalité : « Rycx, Gendebien et de Chagny, ainsi que quatre autres A.S. ont été recrutés par le Colonel Blondeel dans nos Ardennes et enrôlés dans les parachutistes S.A.S. »

LES TCHINS D’TCHERETE

La Petite Gazette du 17 août 2011

LES TCHINS D’TCHERETE 

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous revient avec un sujet passionnant, mais d’abord, il tient à vous remercier chaleureusement pour l’intérêt que vous avez porté à sa précédente question :

« J’ai été très surpris par l’intérêt suscité par cette question. Je n’aurais jamais imaginé qu’un sujet d’apparence aussi banal puisse engendrer un tel volume de courrier de la part de lecteurs passionnés et cette question m’a entre autres valu une intéressante communication téléphonique avec le très sympathique Monsieur Louis Daems d’Ougrée.

Lors de cette conversation, nous avons évoqué les charrettes à chiens utilisées jadis pour de petits transports et il m’avait narré une amusante anecdote à ce sujet.

Il se trouve que je possède encore une de ces charrettes ainsi qu’une photo d’époque dont je lui avais promis de lui envoyer une copie. Puis je me suis dit que je pouvais également en faire profiter tous vos lecteurs.

charrette_a-chien_

Cette photo date d’immédiatement avant la première guerre mondiale car on y voit dans le charrette mon oncle René Beaufays, né aux environs de 1910.

Les personnages debout doivent être de droite à gauche mon arrière-grand-père Joseph Beaufays, son épouse, et une petite dame âgée qui était probablement une voisine.

La photo a été prise devant leur maison de Villers-aux-Tours où mon arrière grand-père que je n’ai évidemment pas connu, exerçait la profession de menuisier-charpentier.

A en croire les inscriptions au dos de la photo, le chien s’appelait Toby ( or not Toby, c’est la question….)

Ceci me rappelle une ancienne et croustillante expression wallonne que je vous livre telle que je me la rappelle en wallon phonétique  » Pôv nos autes, les tchins d’tchèrète è les grossés feumes à bicyckette…. »

Merci à Monsieur Beaufays, j’imagine, et j’espère, que je vais recevoir d’autres documents et témoignages sur ces tchins d’tchèrète si fréquents il y a peu de temps encore dans nos contrées et ailleurs. Me confierez-vous vos souvenirs et vos photographies d’aïeules crémières qui se voyaient ainsi si précieusement secondées dans leur commerce ? Vous pouvez bien sûr nous parler des chiens qui tiraient le petit chariot portant les cruches pour aller à la traite, mais aussi, parce qu’ils étaient plus rares, évoquer les chiens de forge chargés d’actionner le soufflet… Enfin vous pourriez également vous pencher sur les expressions wallonnes évoquant ces tchins d’tchèrètes car celle rappelée par M. Beaufays m’intrigue quelque peu… surtout sa chute.

 

La Petite Gazette du 21 septembre 2011

UNE HISTOIRE DE TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, évoque cette histoire qui s’est passée à Ollomont-Nadrin en 1947 ou 1948 :

« Ma cousine, en fin de grossesse, s’en allait pour la traitre du soir avec sa charrette à deux roues de vélo, contenant sans doute trois cruches, un seau et le filtre. A Ollomont, cela grimpe assez fort. Pour monter le village vers les prairies, ma cousine avait l’habitude d’accrocher une corde au collier du chien qui l’aidait assurément. Pour le retour, c’était la descente et le chien n’était plus nécessaire.

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Mais cela gênait un touriste de passage qui s’est permis de dételer le chien et de laisser le soin à la fermière de pousser la charrette seule ! Pitié pour le chien mais pas pour la future maman ! »

 

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

LES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert Nizet, oui oui il s’agit bien de l’auteur et de l’éditeur dont nous avons déjà présenté le travail dans nos colonnes, m’a fait parvenir quelques extraits d’un très bel ouvrage qu’il a signé il y a plusieurs années et qui est, malheureusement épuisé aujourd’hui : Vieilles images sur toits de Cherbins. Il y avait consacré plusieurs pages à ces chiens de charrette. J’en extraits les renseignements suivants car je sais que vous en apprécierez l’intérêt :

« L’attelage du chien dans les brancards d’une petite « charrette à chien » a été répandu jusque tard dans le vingtième siècle, dans notre région comme dans beaucoup d’autres. Le souvenir de ce moyen de transport sympathique s’estompant déjà fortement, il m’a paru intéressant d’en donner quelques illustrations et de rapporter quelques témoignages de son utilisation.

Les chiens attelés n’étaient pas d’une race déterminée : c’étaient des bâtards ou des bergers allemands ou des « chiens de vache », parfois même assez petits.

Peu à peu les autorités ont estimé que ces animaux ne disposaient pas des qualités physiques et physiologiques les rendant aptes à remplir une telle besogne et, après plusieurs restrictions, édictèrent la loi du 2 juillet 1975 sur la protection des animaux.

Suivant l’article 2 de celle-ci, est puni d’un emprisonnement de 8 jours à 1 mois et d’une amende de 26 à 500 francs ou l’une de ces peines seulement celui qui (…) se sert de chiens comme bêtes de somme ou de trait, sauf les dérogations qui pourront être accordées par le Roi.

Aucune des personnes interrogées ne partagent l’avis suivant lequel on demandait trop aux chiens attelés. Certes, comme en toute chose, il y avait de temps à autre une exagération, mais des quantités d’utilisateurs ont accompli de très longs trajets, durant de très longues années, en parfaite communion avec leur compagnon à quatre pattes qu’ils ménageaient et entretenaient comme on le fait d’un outil ou d’un auxiliaire.

Toutefois, le sort du chien attelé n’était sans doute pas enviable (par rapport au chien de garde par exemple) et s’identifiait assez bien à celui de tout travailleur (Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front), comme en témoigne l’exclamation plaintive qu’on entendait souvent : « Pô’ noz autes èt les tchins d’tchèrète ».

Qui utilisait les chiens de charrette ?

D’une part ce que j’appellerai les petits métiers, d’autre part les fermiers pour aller traire. Exceptionnellement, l’attelage pouvait être utilisé pour transporter le propriétaire lui-même. »

L’auteur présente plusieurs photos intéressantes de ces attelages d’hier et évoque tantôt un rétameur à Rogery ou un rémouleur ailleurs, tantôt un couple de pépiniéristes de Grand-Halleux ou un colporteur vendant ses fromages à Provèdroux et ailleurs. Il évoque même certains facteurs, dont un à Beho vers 1900, qui effectuaient leur tournée juché pareille charrette.

On rencontre encore, de temps à autre, ce passionnant ouvrage dans des bourses aux livres, si vous avez cette chance, ne la laissez pas passer…

 

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

 A PROPOS DES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert André, de Marcourt, me dit sa surprise de ne pas lire davantage de réactions à propos des « charrettes à chiens », aussi a-t-il décidé d’apporter sa contribution. C’était là la meilleure façon de procéder pour susciter, peut-être, d’autre réactions encore : « Voici une histoire que racontait merveilleusement Joseph Evrard, « li p’tit tayeûr » à Erezée. :

Un citoyen d’Erezée, après avoir traité une affaire à Grandmenil (Pa d’là l’bwès), descendait à pied la route sinueuse qui traverse le Bois du Pays. Le chemin, bien moins fréquenté qu’aujourd’hui, devait lui paraître bien long, quand tout à coup surgit derrière lui un attelage pittoresque. C’était Henri Pikète, colporteur ambulant, qui dévalait la pente juché sur sa carriole, tirée par un molosse impressionnant. L’homme, qui ne rechignait pas à rendre service, s’arrête près de notre voyageur et lui demande « Vouss’ vini avou mi ? » (Veux-tu venir avec moi ?) « Pokwè nin » (Pourquoi pas) dit l’autre. Et les voilà tous deux perchés tant bien que mal sur la charrette. Le chien, encouragé par les cris de son maître, descendait à belle allure, trop belle même ! Si bien que le voyageur, ballotté d’un côté à l’autre de la route (non asphaltée bien sûr), finit par prendre peur. « Dji dinreû bin cinh sous po z’èsse dju » (Je donnerais bien cinq sous pour être a bas de cette carriole) confie-t-il au colporteur. Et Henri, du tac au tac, lui répond : « Wade tès cinq sous, va, t’î sèrè tot rate po rin » (Garde tes cinq sous, va, tu y seras bientôt pour rien). »

Absolument délicieux et tout empreint de cette truculence qui caractérisait si bien nos anciens.

Vous aussi, vous connaissez sans doute des anecdotes que les lecteurs de cette page aimeraient découvrir ; il ne vous reste qu’à nous les confier.

 

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

PETIT MAGASIN ET TCHINS D’TCHERETE … QUE DE SOUVENIRS !

Monsieur A. Maréchal, de Bende, a vu ressurgir bien des souvenirs à la lecture de l’évocation du petit magasin de Buresse…

« C’est précisément dans ce petit village que nous avons été accueillis, les 12 et 13 mai 1940, lors de notre exode ; c’était dans une famille, chez Libois. C’est aussi de là que nous avons fait demi-tour…

Quant au petit magasin de village, ma grand-mère, Sidonie Dossogne, a tenu celui de Bende pendant trente ans. Je possède encore un de ses meubles avec petits tiroirs et cases car beaucoup de marchandises étaient alors vendues en vrac : café, farine et même le sirop noir.

Mon grand-père était messager et faisait la liaison avec Huy d’où il ramenait tout ce qui était nécessaire.

Maman utilisait un tchin d’chèrète pour revenir de la traite avec ses trois cruches. Il tirait, sur un chemin toujours en mauvais état, une petite charrette aux roues de fer. Un petit collier spécial avec des lanières de cuir et un petit palonnier en bois léger constituaient l’attelage. »

Merci beaucoup de vous en être souvenu pour nous.

 

LA LIBERATION DE NOS VILLAGES EN SEPTEMBRE 1944

D’ores et déjà, je vous conseille de consulter cet article régulièrement car, durant les jours à venir, j’ai ajouterai des informations relatives à d’autres villages… A ce jour, vous lirez des témoignages sur la libération de Chevron-Stoumont, Harzé, la Haute-Ardenne, Hotton, Basse-Bodeux et Ouffet.

CHEVRON-STOUMONT

La Petite Gazette du 15 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, me communique un document tout à fait inédit qu’il a retrouvé dans les papiers de sa maman, Ghislaine Jamar de Bolsée, décédée fin 2009. Il s’agit d’un carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944. Comme le pense mon correspondant, je suis certain que vous serez intéressés par la lecture de ces notes :

« 2  septembre 1944

Le soir,  à 11 h. au moment où je montais pour aller me coucher, voilà que l’on frappe à la porte du perron : c’étaient 4 Allemands avec une auto qui demandaient à loger.

Dans l’après-midi, nous avons déjà eu une alerte car 2 autres étaient venus mais étaient heureusement repartis.

 

3 septembre 1944

Ce matin nouvel arrivage de troupes : nous devons, cette nuit, loger 40 hommes et dans le jardin de gros canons d’artillerie. Il y a un va-et-vient d’autos et d’autos-chenilles. Les Allemands sont grossiers, forts dépenaillés, fatigués.

Nous sommes privés de notre TSF qu’on ose plus faire aller. Pourtant on  continue à connaître les nouvelles, mais les opérations en Belgique restent secrètes où sont  exactement les Américains … Sans doute du côté de Bouillon Neufchâteau ?

 

4 septembre 1944

Ils sont toujours là et nous nous demandons quand ils repartiront.

Les alliés approchent. Clandestinement, on va avec mille précautions écouter le poste de TSF chez Alice car le nôtre est caché. La TSF annonce l’avance foudroyante des Américains.

Le 3, ils sont à Bruxelles avec des troupes belges et le 4 à Anvers qui est délivrée. C’est la joie, c’est l’attente angoissée et impatiente. Dans nos régions quand sera-ce notre tour ? Et l’attente paraît longue et les émissions sont écoutées avec plus d’attention que jamais.

Les Allemands finissent par partir après avoir volé fruits et légumes dans le jardin et des seaux et des mannes dans la buanderie. Ils laissent une crasse indescriptible et ont enlevé nos drapeaux américains et anglais qui étaient enfermés dans une armoire. J’ai retrouvé notre drapeau belge en morceaux dans une chambre.

Je rencontre le commandant William qui nous dit que l’ordre avait été donné d’attaquer à la grenade les boches installés au village donc surtout chez nous qui avions 40 hommes et 2 ou 3 officiers ! Mais devant les représailles terribles pour le village si cela se faisait, l’armée blanche ne l’a pas fait. Nous l’avons échappé miraculeusement… Pourtant est-ce tout à fait exact ? N’y a-t-il pas un peu de vantardise, de la part  du groupe de l’indépendance, ce  groupe qui opère pour le moment dans le village et en qui je n’ai pas pleinement confiance. Ils font des imprudences et sont assez inconscients. Les boches sont partis, paraît-il, parce qu’ils avaient eu vent de l’affaire. Je ne sais exactement ce qu’il faut croire. De plus j’apprends que réellement nous avons failli être attaqués dans le château par les blancs à cause des boches  qui y  étaient.

Nous apprenons ce jour l’arrestation sur la route à Neufmoulin de M. le chapelain de Trou de Bra  Franz Van Weezemael, un  courageux futur missionnaire qui avait remplacé l’œuvre de notre curé en son absence et qui s’occupait magnifiquement de l’armée blanche en tant que prêtre.

Nous le connaissions très bien, il venait donner souvent des leçons de flamand aux enfants et était des plus sympathiques et avait une  activité splendide. On ne sait pas grand-chose en ce qui concerne son arrestation. On sait qu’il a été malmené déjà au moment où on l’a arrêté. On l’a vu passer sur un camion c’est tout… En apprenant la chose  mon cœur se serre, et j’ai  de grandes craintes pour lui… Elles furent malheureusement fondées…

Le départ  des Allemands a été provoqué par mon oncle qui, ne pouvant garder le silence, dans l’intention de les faire déguerpir car ils n’avaient pas l’impression de savoir les alliés si près, leur  a dit qu’ils devaient partir  car les Américains étaient tout près. Les Allemands croyaient les alliés encore à Lille !… Les dires de  mon oncle  étaient une preuve qu’il avait une TSF. Les boches, ravis d’en avoir une, sont venus la lui chercher tout simplement et l’ont installée chez eux promettant de la laisser quand ils partiraient. Mais on connaît leurs promesses ! » A suivre…

La Petite Gazette du 22 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous reprenons la découverte de ce document tout à fait inédit que Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, nous a communiqué en précisant qu’il l’a retrouvé dans les papiers de sa maman, Ghislaine Jamar de Bolsée, décédée fin 2009. Il s’agit d’un carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944.

« Mardi 5 septembre 

Journée de nettoyage car la crasse laissée par eux  est indescriptible !

Mercredi 6 septembre

Le père Gilles  vient  le matin avec le commandant William de l’armée blanche voir si on ne pouvait pas faire du château un hôpital pour les blancs. Maman leur montre la grande salle à manger et le salon vert. Ils trouvent cela parfait, mais ne semblent pas être très organisés quant aux questions pratiques telles que cuisine, infirmiers, médecins etc.

Enfin ils demandent ceci, en cas de nécessité… La matinée se passe donc à déménager tout le mobilier qu’il y a dans la grande salle à manger et ce n’est pas peu de chose ! Mais le soir tout est en ordre propre et prêt éventuellement.

Nous croyons être un peu tranquilles, mais la dure semaine commençait.

Le soir vers 9 h alors que je venais d’achever de mettre les petits au lit, on frappe au perron : c’était William avec un autre de l’armée blanche dénommé « le neveu d’Alice» car il logeait là depuis quelques jours. Il pleuvait  à verse et tous les deux  étaient dégoulinants et ruisselants d’eau. Ils demandent  de pouvoir loger  à 50 la nuit.

Ils ont eu une escarmouche assez sérieuse à Villettes et, après de  grands détours sont arrivés ici ayant pris des camions allemands qu’ils installent dans le parc. Nous leur montrons les chambres au 2e étage.

William décide que 20 hommes pourront y dormir et ils arrivent… tout ruisselants, la pluie ne cessant de tomber. C’est une vision extraordinaire, tous ces hommes sans uniforme portant des vêtements fort usagés et porteurs de grands fusils. Une femme est avec  eux et porte au dos un énorme havresac. Dans la mi-obscurité, ils montent l’escalier et s’installent mais je suis épouvantée de leur manque organisation et de leur imprudence, ils n’occultent pas leurs fenêtres et de ce fait peuvent être repérés par les Allemands qui sont à leur poursuite… Ils ne mettent pas de sentinelle aux abords du château… C’est inimaginable, ils pensent dormir jusqu’au lendemain 8 h!

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Il y en a un  qui a faim, les autres ont du beurre et du pain qui ne savent qu’en faire. Tout cela ne donne pas grande confiance dans le groupe du commandant William…

Ayant installé les blancs en haut, nous estimons, avec maman qu’il est imprudent pour nous de rester au château au cas où les Allemands repéreraient les blancs et décidons d’aller loger chez  mon oncle et, à 10 h du soir, alors qu’il pleut toujours et fait un noir à ne pas voir à 50 cm devant soi, je pars seule avertir mon oncle de notre arrivée.

De suite Marguerite arrange notre installation pour la nuit alors que je retourne à la maison chercher les petits et tous nos bagages. Jean-Pierre et Nicole sont avec moi pour aider. Il faut réveiller les petits dans leur premier sommeil, ce n’est pas facile  de les habiller à la hâte dans l’obscurité à peu près. On met tout sur deux chariots des enfants et cahin-caha nous partons pour la Vieille Maison, c’est lugubre et angoissant.

Nous arrivons, et Marguerite a arrangé un  grand matelas dans le salon où j’installe mes trois gosses tout habillés. Gisèle  a un lit, ses enfants sont installés deux avec les miens. Yves également a un lit  et se rendort vite. Pierre et sa famille sont inquiets des événements. Pierre décide de veiller toute la nuit et a  peur des représailles pour le village.

Je retourne encore au château avec la servante rechercher des affaires. Là le « neveu d’Alice » me dit que je ne devrais pas partir que lui va dormir sur ses deux oreilles etc. Non vraiment je ne l’écoute pas car la prudence avec nos six petits garçons me dit de nous éloigner du château.

Il n’est pas loin de minuit lorsque, à mon tour, je m’allonge près des petits, bien inquiète et l’esprit en éveil et à l’écoute du moindre bruit.

Il va sans dire que je n’ai pas fermé l’œil. Vers 2 h du matin, j’ai été très effrayée en entendant le pas de deux hommes qui allaient chez Beauvois. Par après j’ai appris que c’était deux sentinelles blanches qui montaient la garde.

Ce fut long, j’ai entendu Pierre qui sortait dans la cour et marchait inquiet lui aussi. Enfin le jour se levait il n’y a rien eu. Pierre et sa famille s’en vont à Xhierfomont à pied estimant qu’il y a danger à cause des représailles de rester à Chevron. » A suivre…

La Petite Gazette du 29 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, maintenant, la découverte de ce document tout à fait inédit.

« Jeudi 7 septembre 

Dans la matinée, nous venons voir au château ce qui se passe. Des blancs sont partis, d’autres sont encore là. Ils ont laissé une crasse inimaginable.

Nous restons  chez Marguerite et y  dînons.  Peu avant midi, alors qu’on s’affairait autour du dîner, brusquement on entend des coups de feu assez nourris du côté de la Platte.

Un quart d’heure plus tard, nous voyons passer plusieurs personnes du village dans le jardin  en courant, ayant sous le bras un petit paquet qu’à la hâte, ils avaient pris.

Nous demandons ce qu’il en est,  et ils disent qu’on se bat  à la Platte, que 12 camions allemands se dirigent sur le village et que c’est la panique dans le village.

Nous restons calmes et très angoissés dans la cuisine chez Marguerite, nous surveillons toutes les allées et venues. Puis passent encore dans le jardin tous les blancs, fusils à la main et courant, je ne sais où. On en voit qui se postent dans la prairie entre chez  Targnion  et Beauvois, d’autres au carrefour sont même tout à découvert. Il y en a en uniforme de Chasseurs Ardennais, d’autres simplement en civil.

Cette fois nous descendons dans la cave, le danger approche, j’ai confiance dans la prière et nous la faisons de tout notre cœur.

On entend au loin la mitraillade. C’est à ce moment-là que j’ai eu le plus peur car réellement je m’attendais à tout moment à voir arriver les Allemands dans la cave  et Dieu sait ce qu’ils auraient pu faire…

À Grand Trixhe, ils ont tué  huit personnes  dont un enfant et de tous côtés des atrocités analogues se sont produites.

Encore une fois la prière pour nous fut un secours immense. Ma confiance était très grande et, malgré mes terribles appréhensions, j’étais très calme. Les petits avaient faim !

Petit à petit les coups de feu ont cessé et au bout d’une heure nous sommes remontés de la cave et l’appétit  fut quand même  bon ! Par après nous avons appris en effet qu’il y avait eu un engagement à la Platte entre l’armée blanche et les boches. Deux  sentinelles des blancs ont été tuées par les boches.

Les blancs ont riposté et ce fut la mitraillade et les boches  sont allés chercher   un tank, sur ce, les blancs se sont repliés et c’est alors que nous ne les avons vus apparaître dans le village.

Le tank allemand  a facilement balayé la route qui menait vers chez Schröder et le drame de la ferme Delhasse  se place à ce moment… Les boches ont incendié la ferme dont il ne reste rien. L’homme était caché dans la cave et heureusement n’a pas été découvert, La femme fut mise au mur  et attendait son 8e enfant et les sept petits pleuraient autour d’elle. C’est je crois que ce qui l’a sauvée. La nuit nous préférons encore loger chez Marguerite.

Suzanne et Pierre étaient partis, nous logeons cette nuit-là dans des lits mais par mesure de précaution encore habillés. Ce fut une nuit tranquille.

Vendredi 8 septembre 

On passe la matinée à la Vieille Maison et  nous dînons au château et l’après-midi nous ramenons nos bagages, espérant être un peu tranquille, quand au moment du souper arrivent les premiers SS.

Maman avance, un officier et un homme disent qu’ils veulent passer la nuit.

Maman leur montre le 2e qu’on n’a pas eu le temps de nettoyer.

Voyant la crasse, l’officier dit que c’est trop sale et part. Joie pour nous à cette idée. Pourtant plusieurs Allemands restent autour du château ayant l’air d’observer les alentours.

Je perçois dans le ciel vers chez Targnion une énorme boule de feu dans le ciel, une fusée sans doute.

Nous avions à peine quitté la salle du souper que plusieurs boches  l’envahissent disant que ça leur convenaient et qu’ils y boiraient le vin qu’ils avaient avec eux en grande quantité. Nous n’avons pas eu le temps même d’enlever la nappe, nous étions tout surpris de cet envahissement ; heureusement nous avions caché la TSF.

En un quart d’heure, le parc était de nouveau envahi par quantité d’autos qu’ils cachaient sous les arbres. Je cours chez mon oncle pour avoir quelques nouvelles mais c’est la même chose tout le village est gris de leur présence, et cette fois-ci ce sont les SS, les mauvais ; on les sent inquiets mais encore disciplinés. Cette nuit-là avons logé dans le hall installant les petits sur des fauteuils et des matelas. Dans la nuit, la lumière fut coupée nous avons dormi habillés. » A suivre…

La Petite Gazette du 7 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, cette semaine encore, la découverte de ce document tout à fait inédit.

« Samedi 9 septembre

Alors que la veille ils étaient arrivés disant qu’ils resteraient une heure, ils étaient toujours là. Le 2e étage était encore une  fois rempli et le va-et-vient de leurs grosses bottes ne cessaient pas. Ce fut partout le pillage, le vol.

Depuis la veille, onze otages avait été pris, dont le père blanc van Donceel, M. Gilson, J Squelin . On leur avait dit que s’il y a un coup de feu, ils seraient fusillés ; s’il y en avait deux, on fusillerait 10 autres otages.

La terreur régnait partout; plusieurs ont quitté leur maison qu’ils ont retrouvée pillée. Pour nous, ce fut une journée horriblement longue. Les enfants étaient énervés, je ne voulais pas qu’ils sortent. Nous hésitions à aller trouver refuge chez Jules pour nous éloigner des Allemands. Pourtant nous sommes restés mais bien angoissés.

La cuisine était bourrée de boches qui venaient y dîner, y souper, etc. Ils fouillaient partout, beaucoup de choses ont disparu.

À midi nous dînions  dans la desserte avec quatre boches qui y tapaient à la machine (charmant !). Quand un officier vient pousser son nez, voir je-ne-sais-quoi, il était passé par le hall dont la porte du jardin était malheureusement restée ouverte. C’est alors qu’ils m’ont simplement volé une  grosse lampe électrique qui était sur la table. C’est aussi ce jour-là que Targnion  a été giflé et maintenu prisonnier chez lui car il avait un fils dans l’armée blanche et Marcel, son second fils, n’était pas rentré le soir. Cela ne plaisait pas aux boches, il devait être fusillé le lendemain.

Aussi dans la nuit, il réussit à se sauver sautant par la fenêtre, sa femme fut alors menacée d’être fusillée mais grâce à l’intervention d’un Roumain moins mauvais, elle fut sauvée également, mais ils furent pillés. Le soir vint, la journée avait été fatigante, énervante, et nous avons encore logé dans le hall sur des matelas par terre, moi tout habillée, les enfants également.

Dimanche 10 septembre 

Dans la nuit vers  1 h du matin, le vacarme du va-et-vient a recommencé. Vers 4 h, plusieurs sont enfin partis ainsi que plusieurs de leurs autos mais il reste encore des officiers avec une ordonnance qui, vers 7 h du matin, arrangeait le petit-déjeuner de ses chefs dans la cuisine.

Maman qui était descendue lui demande quand ils partent et il répond qu’il n’en sait rien. Quand une demi-heure plus tard, brusquement, c’est le branle-bas de tous, le petit-déjeuner est abandonné tel que et, en vitesse, les voilà montés dans l’auto et disparus.

Joie, joie, les Américains étaient décidément tout près ! Je vais voir au village ce qu’il en est  et s’il y a messe. Là on me dit que les otages viennent d’être délivrés et que le père dira la messe ce qui fait que je ne m’en retourne et nous déjeunons dans une presque impression de liberté. Quand sonne la messe, ce fut une messe de remerciements d’être délivrés de ces horribles boches.

La matinée se passe vite quand vers midi, nous entendons une grosse explosion. Plusieurs coups de canon. C’est inquiétant aussi, rassemblant tous les petits, nous nous mettons à l’abri et dînons dans la cuisine…

Il faisait très beau malgré le calme qui était revenu, je préfère garder les petits en bas où on leur a descendu des livres et où nous nous installons  avec quelques fauteuils et  ce  en début de dimanche après-midi. » A suivre…

La Petite Gazette du 14 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, maintenant, la découverte de ce carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944.

« Dimanche 10 septembre 

Vers 3h.  Albert Simonis, arrivant  en vélo, nous dit qu’il a appris qu’on allait faire sauter à coups de canon les ponts des Forges, de Neufmoulin et de Villettes.

Il venait voir où nous serions le mieux en sécurité et voyait en tant qu’artilleur d’où viendraient les coups. Cet avertissement que ça allait tonner fut pour moi rassurant. J’étais avertie. Nous étions tous rassemblés près du gros hêtre quand brusquement nous entendons « zuler » au-dessus de notre tête des obus ! Ce fut la course vers la cuisine mais c’était un coup isolé et sans doute pour régler le tir sur le pont de Neufmoulin. Nous restâmes dans la cuisine.

À 5h.  le père blanc est venu nous voir et a pris une tasse de café avec nous. Il nous a raconté la manière dont il avait été pris comme otage, libéré et rentré au presbytère  où il y a tout retrouvé pillé, abîmé, ses chaussettes  coupées en morceaux, enfin du vandalisme.

Vers 7 h. du soir, le canon a commencé à brutalement cracher plusieurs coups tout près de nous, nous avons été nous abriter dans la cave étançonnée et y sommes restés 1 h. Nous y avons beaucoup prié la Sainte Vierge qui nous a protégés tout le long de la terrible nuit ; par après nous avons su que le coup  entendu avait été celui qui avait frappé la maison Gilson.

Vers 8 ¼ h.  du soir, il y a eu une accalmie, aussi nous sommes sortis de la cave où vraiment les petits mais surtout les grandes personnes étaient très mal car, pliées en 2 en dessous d’une planche ! Nous  commençons à nous organiser pour la nuit que nous comptions passer dans la cuisine.

Tout à coup on sonne à la porte, c’était le père blanc qui venait avec la famille Couturier demander asile pour la nuit. Ce qui fait que nous les avons installés, Il y avait la vieille mère avec son fils Julien et sa fille, femme de prisonnier. Nous avons vite été chercher matelas, couvertures etc. Les enfants étaient assez énervés, moi j’étais fatiguée et, par le fait même, tracassée. Enfin nous avons mis Walthère, Odin, Guy, Hubert et Christian sur des matelas, installés par terre, Yves a le sien à part un peu plus loin. Gisèle est près de lui également sur un matelas. Elle est dérangée par suite de toutes ces émotions mais bien courageuse.

Maman est installée sur un fauteuil près du feu et moi sur un transatlantique près des enfants.

Les Couturier dans l’arrière-cuisine où il y a du feu qu’on gardera toute la nuit et qu’on supporte car il fait très froid. Et la nuit commence… Le bombardement a recommencé, on entend les obus « zuler »  au-dessus du château et 4 à 5 secondes après c’est le craquement sinistre et cela n’a pas arrêté de la nuit.

Vers 1h.  du matin, on frappe au volet de la cuisine et j’entends une voix qui demande s’il y a des hommes ! Gisèle dit : « les Américains » on va voir et c’est Florent Miny qui dit que la ferme Wuidar en face de chez lui a été touchée et flambe. Il commence par dire : « Le feu ! »

Aussi, de suite, je crois que c’est le feu au château, heureusement il n’en est rien mais il vient voir s’il n’y aurait pas des hommes dans la cave qui viendraient les aider à essayer de sauvegarder les fermes avoisinantes. Quand on a frappé, ma première idée était qu’on emmenait des blessés. Heureusement il n’en était rien. Les petits étaient réveillés, enfin on se réinstalle, le cœur plus serré et angoissé que jamais. Le sifflement des obus se fait sans s’arrêter maintenant. C’était une batterie de Basse Bodeux qui tirait et une autre installée à Chauveheid. Sur cette dernière, les Américains, qui étaient à Werbomont, tiraient également un tir plus court et on  reconnaissait bien les deux sons.

Chevron était visé nettement alors qu’il n’y avait encore aucun Américain. C’était un  dernier coup de griffes que ces salles boches ont voulu nous donner, n’ayant pas eu le temps d’incendier le village, ce dont ils avaient reçu l’ordre. Cela a été su par un officier allemand qui l’a dit lui-même à des gens de Werbomont qui voulaient venir se réfugier à  Chevron.

Et la nuit s’est poursuivie dans l’angoisse, la fatigue, l’appréhension d’apprendre le malheur survenu autour de nous et l’éventuelle perspective de voir tomber un obus sur notre propre maison. Le jour s’est enfin levé et avec un  nouveau courage, quand, vers ou 8 h30, Alice accourt disant : « venez, venez vite voici les Américains ! » A suivre…

La Petite Gazette du 21 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous terminerons, aujourd’hui, la découverte de ce document tout à fait inédit que Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, nous a communiqué.

« Ce fut une parole magique, splendide, les Américains étaient là tant attendus, c’était vrai cette fois.

J’empoigne petit Guy par une main, Odin par l’autre, Walthère court et nous courons tous vers la barrière et à travers les branchages de La Fontaine,  je perçois le dernier des cinq tanks  magnifiques qui viennent  de descendre le village vers les Forges. Ils sont, majestueux, lents et sûrs de leurs mouvements, les hommes sont graves et attentifs au moindre mouvement.

C’est la joie de tous, on hurle notre joie, celle de notre délivrance après cette nuit d’horreur. Les drapeaux sortent. Près de chez mon oncle, au carrefour, il y a un petit rassemblement auquel je me joins avec les trois petits.

La nuit a été affreuse pour tous. Le clocher de l’église a été transpercé de part en part et bientôt par ce trou, apparaît le drapeau belge qui flotte joyeusement. « Hourra ! » crie-t-on  « Vive les Américains !»,  mais surtout «Vive la Belgique ! »

La maison Gilson  a été vilainement atteinte, la ferme Wuidar est complètement brûlée, il ne reste que les murs. Une ferme du Mont-de-là est transpercée de part en part par un gros obus, la ferme Leboutte  est tout ébranlée. Plus de cent obus sont tombés sur Chevron, trois dans la prairie devant chez nous, un à 20 m qui  par les éclats a  traversé 16 carreaux de la façade. Beaucoup de carreaux cassés, quelques bêtes tuées dans les prairies, mais  pas une personne tuée ni même blessée. C’est un vrai miracle sûrement une bénédiction du ciel et tous de le dire et de le reconnaître.

Je m’en retourne vers le village avec les trois petits et là nous entrons dans l’église et assistons à la messe. Plusieurs personnes y sont, on n’y sent encore l’angoisse de la nuit, mais un grand merci est dit dans tous les cœurs.

Mme Gilson y est avec ses petites-filles, toute défaite par le vilain coup qu’elle a subi et nous allons voir sa maison qui est bien tristement arrangée. Le toit tout enlevé, le plafond des chambres à coucher est percé. Elle est grelottante, je lui propose d’aller lui chercher du café chaud chez nous.

Je rencontre en y allant Julienne qui dit : « Rentrez les drapeaux, attention il y a encore des Allemands à Werbomont, c’est M. Simonis qui le fait dire. » Ce qui fut donc fait aussitôt dans une  nouvelle impression d’angoisse. Je reviens ensuite chez Gilson avec mon café chaud. En sortant de là j’entends un  bruit terrible de tanks  remontant La Fontaine.

J’étais seule devant la maison avec le père blanc et un moment avant de les voir apparaître, je crois que ce sont les boches et j’ai une vraie crainte. Je dis  au père : « Que faut-il faire ? » Mais, il n’y a rien à  faire et j’attends me disant à la grâce de Dieu ! J’ai encore le cœur serré mais ce sont encore des Américains qui remontent cette fois le village et alors je m’élance au-devant d’eux tout à la joie de les voir de près. Je hurle ma joie et ils me répondent par de gentils sourires.

Lundi 11 septembre 

L’arrivée des premiers tanks américains, c’est notre délivrance. Le drapeau belge flotte à l’église et sur le château.

Mardi 12 septembre 

Nous apprenons la mort horrible du père de Trou de Bra qui a été trouvé dans le bois entre Trois-Ponts et Stavelot  transpercé par des baïonnettes, et très défiguré par les coups de revolver. J’en suis navré car nous l’aimions beaucoup, il venait donner des leçons de flamand à Walthère et Baudouin. C’est un vrai martyr, il était le prêtre des maquisards et plein  d’un magnifique dévouement à toute épreuve. On fit un service pour lui quelques jours plus tard à Trou de Bra.

Le commandant Bill en personne y était avec 30 de ses hommes, trois salves furent tirées et beaucoup pleuraient, il était unanimement aimé. Il avait été arrêté Neufmoulin le 2 septembre par les boches russes et déjà malmené et emmené ensuite à Stavelot, il y fut interrogé.

Il avait sur lui deux paquets de chocolat qu’il avait eu par le parachute et qu’il rapportait aux enfants en colonie chez lui et dont il s’occupait avec tant de dévouement. C’est le chocolat qui l’a mis dedans. Cela  prouvait qu’il avait des accointances avec les Américains.

Quand le 4 septembre, il fut emmené par quelques boches avec 2 de ses compagnons dans un bois voisin, c’est là quelques jours plus tard, on  l’a retrouvé martyrisé.

C’est aussi le mardi 12 que sont arrivés ici dix réfugiés emmenés par des Américains en camion. Ces réfugiés avaient été évacués du château de Brialmont qui venait d’être occupé par  des Américains. » FIN

 

HARZE

La Petite Gazette du 2 septembre 2009

Lors d’anniversaires particuliers, la mémoire se réactive… C’est manifestement le cas avec le 65e anniversaire de la Libération. Notons par exemple que c’est le moment choisi par la RTBF pour présenter ce remarquable montage de films d’époque, admirablement restaurés et présentés sous le titre, un peu racoleur, d’Apocalypse. Les lecteurs ne se sont pas non plus montrés indifférents à l’approche de cette date anniversaire et leurs témoignages en sont autant de preuves.

LA LIBERATION DE HARZE ET LA NUIT DES OTAGES

Dans le cadre de la commémoration du 65e anniversaire de la Libération, il se prépare une manifestation quelque peu particulière à Harzé (nous en reparlerons) car il s’agira également de se souvenir d’une nuit de terreur qui laissa des traces profondes dans la mémoire collective du village. Nous y reviendrons, mais laissons à M. Frédéric Winkin le soin de rappeler les faits :

« La libération, ce n’est pas seulement des drapeaux, des chewing-gums et des embrassades. C’est la guerre !

Nous descendants des otages de Harzé, nous allons l’évoquer, avant tout, sur base des récits de Fernand Brévers et du Curé Léon Sneepers. Ce dernier, devenu otage volontaire, exerça une influence réconfortante pour les détenus et leur famille et apaisante entre l’occupant et les personnes concernées.

Le 9 septembre 1944, vers 17h30, les soldats américains du 60e régiment d’infanterie (60e  régiment de la 9e division)  s’emparent du pont d’Aywaille. Ils manquent de carburant et se contentent d’implanter une petite tête de pont.

Leur font face les Allemands de la 2e division blindée SS  » Das Reich ». De juin à août 1944, en France, elle a fusillé des centaines de civils, brûlé des centaines de maisons ou d’autre bâtiments. Depuis septembre, en Belgique, c’est par dizaines.

Harzé et son château servent de gîte d’étape aux Allemands en retraite. En cette fin d’après-midi, le plus clair de la population a fui le centre du village. Alors que la nuit va tomber, les SS pénètrent dans les maisons et s’emparent de 41 hommes qu’ils enferment comme otages à l’école des garçons. Le commandant de la place s’est installé dans la maison du notaire. Il s’y fait amener le curé et le tient pour responsable de tout Allemand abattu par le maquis: dix otages seront exécutés pour un Allemand. L’Abbé Sneepers se porte garant de ses paroissiens, mais il est consigné dans l’étude notariale.

Il est aussi tenu à aller chercher, en voiture et avec un officier, un médecin des environs, mais pas à Aywaille dont les villageois ignorent qu’elle a été libérée; ce sera le Docteur Amand de Xhoris. Avec l’infirmière Louisa Lecrompe, ils sont requis de soigner des blessés allemands, dont plusieurs le sont grièvement. Ils seront tous évacués, même deux déclarés intransportables. Le soir est tombé. Tandis que les Américains entrent dans leurs sacs de couchage sur la place Thiry, commence la nuit blanche des otages. Sévèrement gardés, ils sont parqués dans la classe des garçons. Bousculant les sentinelles, Joséphine Leroy leur apporte un confort matériel indispensable, notamment des seaux hygiéniques. Le curé s’est aperçu que la garde a disparu à la maison notariale. A son tour, il brave les SS pour apporter un réconfort moral aux otages.

Liste  des otages arrêtés par les SS et enfermés à l’école communale du 9 au 10 septembre 1944

Amand René, Bainini Aurélio, Boclinvile Camille, Bonfond Raymond, Bonfond Joseph, Brevers Fernand, Cornet Armand, Deleuze Léopold, Dessoy Léon, Farine Emile, Farine Maurice Farnir Albert, Gaspard Alphonse, Gillard Alphonse, Godet Jules, Godet Marcel, Grolet Camille, Hougardy Armand, Lecrompe Fernand, Marquet Désiré, Meurice Edouard, Meurice Jules, Meurice Emile, Mors Raymond, Polet Georges, Radelet Ovide, Renard Arsène,  Renard Joseph, Rixhon Auguste, Rixhon Robert, Saroléa Jules, Scholsem Oscar, Simon Léo, Simon Pol, Toussaint Joseph, Van Brabant Armand, Willem Alfred, Wuidar Arthur, Wuidar Maurille, Wuidar René, Wuidar Lucien.

Liste des jeunes filles arrachées à leur famille pour servir de boucliers vivants sur les véhicules allemands en retraite

Amand Andrée, Amand Ghislaine, Godet Denise, Godet Lucie, Perot Christiane, Perot Colette, Rixhon Pauline. Auxquelles il convient d’ajouter Monsieur Cuvelier  et Monsieur le Curé Léon Sneepers. » A suivre…

La Petite Gazette du 9 septembre 2009

LA LIBERATION DE HARZE ET LA NUIT DES OTAGES

«En plein milieu de la nuit, le curé Sneepers ira donner de leurs nouvelles aux familles et poussera jusqu’à Pavillonchamps pour inciter les réfugiés à se disperser. Les otages épient tous les bruits extérieurs, les claquements des mitrailleuses, les duels d’artillerie. Des canons allemands postés à Houssonloge échangent des tirs avec les Américains et les otages essaient d’interpréter ces déflagrations. Beaucoup prient avec une ferveur inhabituelle et tous se réconfortent les uns les autres. L’un deux Albert Farnir, sans enfant, se déclare volontaire pour remplacer un père de famille en cas d’exécution d’otage. L’abbé Sneepers l’apprenant, prend lui aussi le même engagement. A 4 heures du matin, le curé, rompu de fatigue, s’est enfin jeté dans son lit. A 5 heures, il en est tiré: les SS pénètrent dans les maisons à la recherche de jeunes filles, les réveillent. Certaines n’ont pas le temps de s’habiller et demeurent en robe de nuit. Sept jeunes filles sont ainsi arrachées à leur famille, de même qu’un homme: ils doivent servir de boucliers vivants sur les véhicules militaires. Ils seront supprimés en cas d’échange de coups de feu avec le maquis. Le curé calme les parents, parlemente avec le chef des Allemands, arrache la promesse qu’ils seront libérés en temps voulu et obtient l’autorisation de les accompagner. A six heures, la colonne s’ébranle, descend  jusqu’à Ville, puis remonte pour s’arrêter à Rahier. A l’aube, les Allemands quittent leurs positions autour d’Aywaille et dans la vallée de l’Ourthe pour se replier derrière la route Liège-Bastogne. Les otages entendent passer le charroi sous les fenêtres de l’école. Des fuyards excités apprennent leur existence, ils pressent les sentinelles de jeter des grenades dans la classe. Les gardiens s’y refusent; l’ordre doit émaner d’un officier. Aucun ne se présentera. Le trafic finira par s’arrêter, il ne reste plus que les traînards à pied ou en vélo. Par Pavillonchamps et Priestet, ils remontent vers Havelange et Lorcé. Par les fenêtres, les otages voient monter dans le ciel des fumées d’incendie. Sur la grand-route, à hauteur de l’école, les SS avaient dressé un barrage sommaire, ils boutent le feu à une charretée de foin et brûlent, de part et d’autre, les maisons Godet et Renard. Il est midi et demi. Enfin ravitaillés, les Américains se sont ébranlés d’Aywaille, une compagnie a pris la route de Marche, une autre celle de Harzé. Elles ont rendez-vous avec un groupe de cavalerie blindée monté de La Roche pour s’emparer du carrefour stratégique fortifié de Werbomont. Autour de l’école, les gardiens disparaissent, il ne reste plus que deux jeunes SS pour garder les otages.

Il est temps pour eux de se replier. L’un deux veut jeter ses grenades dans la classe, l’autre s’y oppose. Il s’attarde après le départ de son compagnon et lance un message aux otages: « Pas bouger, Sammies bientôt arriver« . Mais les Américains pour libérer les otages ont violé leur consigne de contourner les points de résistance? Ils déclenchent une opération éclair. Les deux jeunes SS sont tués en contrebas de la route, un incendiaire est blessé et fait prisonnier.

Les otages de l’école sont saufs.

A Rahier, le Curé Sneepers, nous sommes un dimanche, est autorisé à dire la messe, sous bonne garde, pour ses concitoyens. A midi, les otages sont libérés à Rahier. Grand marcheur, le curé connaît parfaitement la région, il conduit ses ouailles par des chemins forestiers. Tout à la joie, les jeunes filles, égratignées par les ronces, ne protestent pas. On atteint la maison de Victor Dachouffe à Chession et la troupe arrive rapidement à Havelange. Des traînards ennemis rôdent encore dans le secteur; il y a eu des coups de feu échangés avec les Américains et un habitant du hameau a été blessé ce matin par un retardataire. Harzé est-il libéré? A Havelange, on a entendu sonner la petite cloche de l’église. C’est bon signe. Le curé emprunte un vélo, descend jusqu’au Petit-Mont. La voie est libre et une jeep va récupérer la troupe de l’abbé.

Dans le village c’est la liesse: drapeaux, chewing-gums et embrassades. Le pire a été évité: un blessé léger, deux maisons incendiées, plusieurs autres pillées et saccagées, mais 50 Harzéennes et Harzéens, menacés de mort par des SS qui ne plaisantent pas, sont vivants. Un habitant sur vingt a échappé à une mort prévisible et brutale. Si l’hécatombe  avait eu lieu, plusieurs d’entre nous n’auraient pas vu le jour.

Le curé met fin aux effusions, invite ses paroissiens à un « Te Deum ». L’église est bondée d’une foule non encore remise de ses émotions. Des officiers américains prennent place dans les stalles à l’église et se diront très impressionnés. »

La Petite Gazette du 23 septembre 2009

A HARZE, ON SE SOUVIENT EGALEMENT

Nous avons suivi, en début de mois, les heures terribles vécues par les Harzéens juste avant la Libération. Grâce au récit qu’en a fait M. Frédéric Winkin au départ des nombreux témoignages qu’il a patiemment glanés auprès de ceux qui tremblèrent durant ces heures terribles, nous avons pu prendre la mesure de la terreur vécue par tout un village.

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Le prochain week-end, Harzé se souviendra de ces heures et une plaque commémorative en perpétuera le souvenir. Cette plaque sera inaugurée le samedi 26 septembre 2009 à l’ancienne école et administration communale au centre du village (actuellement la bibliothèque) à 15h30. Cette petite cérémonie sera suivie du verre de l’amitié qui sera servi au musée « 40-45 Memories »,  route des Ardennes 54 à Aywaille. A cette occasion, vous pourrez découvrir les collections de ce musée, certes petit mais riche de pièces et documents très intéressants et accessibles au public chaque dimanche après-midi, de 14h00 à 18h00, pour un modeste prix d’entrée.

LA HAUTE ARDENNE

La Petite Gazette du 11 septembre 2009

EN HAUTE ARDENNE, UNE PREMIERE LIBERATION, UNE JEEP

Monsieur Joseph Gavroye se souvient également de la Libération des hauts plateaux ardennais…

« Après avoir passé quatre longues années sous le joug allemand, du nouveau allait se passer dans un proche avenir. Jours et nuits, des formations de bombardiers alliés volaient au-dessus de nos têtes pour aller saccager l’Allemagne nazie. Ce n’était bien là que le juste retour des choses. Que n’avaient-ils pas fait avec nous en 1940 ?

A certains moments, soit de jour ou de nuit, on entendait comme un grondement dans le ciel et qui allait en s’amplifiant et cela pendant de longues minutes pour ne pas dire des heures. C’était bien le ronronnement des moteurs d’avions se déplaçant à une certaine altitude.

Parfois des avions de chasse allemands venaient à leur rencontre. Des combats aériens étaient alors engagés avec les avions de chasse alliés. C’étaient des moments dangereux car la mitraille était alors dispersée « tout azimut ». Aussi, dans certains endroits, des batteries de D.C.A. entraient en action. De loin, la nuit, on pouvait apercevoir, dans le ciel, des rayons de lumière émis par de puissants phares cherchant la présence de ces avions en déplacement. Afin de tromper le repérage, les avions alliés lançaient dans les airs des petites bandes argentées lesquelles restaient quelque temps en suspend avant d’atterrir. Finalement le bruit des moteurs s’estompait et le tout s’éloignait.

Comme à cette époque, je n’habitais pas très loin de la frontière belgo-allemande (à environ 30 Km à vol d’oiseau), on entendait le fracas des bombes lancées sur des objectifs pas trop éloignés en germanie. Au fil du temps, on s’habituait à tous ces bruits. (…)

Le 6 juin 1944, ce fut la grande aventure qui commencera en Normandie. De furieux combats auront lieu car il fallait percer ce fameux Mur de l’Atlantique installé par les Allemands. Finalement et malgré d’énormes pertes des deux côtés, les Américains prendront le dessus. Les renforts arrivaient et la tête de pont allait en s’élargissant. Il faudra encore trois mois de bataille avant d’atteindre la frontière franco-belge.

Enfin, en septembre, les Germains regagnaient au plus vite leur mère patrie. Les alliés continuaient leur avance sans trop connaître de résistance. En Haute Ardenne, des accrochages de plus en plus nombreux se passaient entre le maquis et les fuyards.

Une première libération de ce coin de Belgique aura lieu le 10 septembre 1944, c’était un dimanche. Des Panzers de l’arrière-garde prussienne défilaient vers l’Est. Leurs équipages avaient mauvaise mine. Il fallut prendre certaines dispositions d’urgence.

Un jeune voisin, âgé de 22 ans et qui s’était soustrait au travail obligatoire en Allemagne, et moi-même, alors âgé de quinze ans, irons nous cacher dans un abri construit au préalable par le papa du voisin précité, un maçon de profession. Nous étions dissimulés dans une ancienne carrière éloignée de la route nationale. Un calme relatif régnait sauf que, de temps en temps, un obus arrivait de je ne sais où et éclatait dans les parages.

Vers 15 heures, nous entendîmes un bruit continu de moteurs en provenance de l’Ouest. Nos oreilles étaient bien tendues quand nous perçûmes au loin, en provenance du village, des cris de « Vivent les Alliés ». Il devait se passer du nouveau. Tout à coup, nous fûmes hélés par deux de mes sœurs nous invitant à sortir de notre cachette. Les libérateurs étaient arrivés. Nous resterons quelques instants perplexes et hésitions à reprendre le chemin du retour. A peine avions-nous marché quelques mètres dans un chemin creux que nous aperçûmes à un carrefour deux soldats équipés d’un casque que nous ne connaissions pas. Voyant cela, nous hésitions à avancer et nous devions bien vite nous tapir dans des fourrés. Alors mes deux sœurs revinrent à la charge pour nous faire comprendre qu’il s’agissait bien de vrais Américains. Il s’agissait de deux éclaireurs observant les alentours avec de fortes jumelles.

Au fur et à mesure de notre avance, nous découvrîmes toute une armada U.S., d’où les bruits de moteurs… Une chose me surprit, c’était le déplacement tout terrain d’une Jeep. Du jamais vu ! Quel engin était-ce là ? J’étais captivé par ce mystérieux matériel.

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Dans la jeep U.S. ont pris place quatre filles Gavroye et trois volontaires de guerre français accompagnant les Américains avec des missions de liaison et de traduction. Casqué, c’est le gamin…

Pendant longtemps j’ai aspiré au jour qui me verrait tenir le volant de pareil véhicule. Il y a quatre, après soixante ans d’attente, mon rêve se réalisera grâce à une connaissance de Soumagne qui me laissera, pour quelques instants, le volant de sa Jeep de 1943. »

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HOTTON

La Petite Gazette du 16 septembre 2009

EN MARGE DE LA LIBERATION DE HOTTON

Monsieur Jean Cambron, de Clavier, se souvient : « Les Libérateurs arrivent, ils sont à Marche et se préparent à venir vers Hotton. Tous les ponts de l’Ourthe ont sauté et les Allemands vont résister. Pour ce faire, ils installent une batterie de quatre canons dans une clairière de bois, le long de la route Oppagne-Les Mignées. Et voilà la salve de quatre obus à chaque fois en envolée contre les Américains à Hotton et aux environs.

M’enhardissant, je m’aventure dans la plaine Biron-Ny pour aller, en dessous de la ligne de tir, entendre le houlement du déplacement d’air. Après un quart d’heure j’avance encore un peu et que vois-je ? Un fil de téléphone à terre. Tout de suite, je réalise que c’est l’observateur allemand qui transmet ses données indiquant où et quand tirer sur les Libérateurs. Quelle joie formidable m’est donnée, je vais pouvoir aider les Américains… Vite deux pierres que je puisse couper leur téléphone et ils ne sauront plus régler leurs tirs. Ce n’est qu’une fois les pierres en mains et alors que je me penchais pour prendre le fil que je prends conscience de la gravité de la situation. Oui, mais la rage des Allemands pourrait s’exercer sur le village… Car si talonnés qu’ils soient, ils prenaient le temps de se venger ? La rage au cœur, je n’ai pas aidé les Alliés, malgré tout, je n’aurais su faire autrement… »

 

BASSE-BODEUX

La Petite Gazette du 23 septembre 2009

SEPTEMBRE, C’EST LE MOIS DE LA COMMEMORATION DE LA LIBERATION DE 1944…

Pour nombre de lecteurs c’est une période durant laquelle resurgissent, bien légitimement, les souvenirs de ces jours tant attendus, tant espérés depuis plus de quatre ans. En nos régions, la liesse populaire générée par l’arrivée des Libérateurs fut souvent précédée par des heures terribles, atroces, durant lesquelles l’occupant en déroute commit les pires exactions.

Ainsi, Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, vous propose de découvrir les souvenirs d’Hubert  Wilkin qui avait sept ans en septembre 1944 et qui vivait à Basse-Bodeux :

« Je crois que c’était le 9 septembre 1944, à un jour près, la souffrance a été la même. A 5h00 du matin, une horde de SS, de vrais boches parlant très bien le français, sont venus frapper à la porte de la ferme. Papa s’est levé, a été bousculé et maltraité par ces soldats très méchants. En entendant le bruit, maman nous a réveillés mon frère et moi, les deux aînés, deux autres étaient restés au lit. Quand nous sommes arrivés dans la cuisine, ils se sont rués sur maman, la battant ; nous, nous pleurions, maman aussi et les suppliait de nous laisser la vie sauve. Pendant qu’ils maltraitaient maman, papa a réussi à aller chercher les deux plus jeunes qui dormaient toujours.

Papa ayant pris une petite couverture pour emballer notre sœur Anne-Marie, deux ans. Un Allemand mit son pied sur la couverture pour l’empêcher de la prendre ; à cause de cela, ma sœur est tombée. Alors que papa voulait la ramasser, un Allemand dit : « Laisse-la, on va la brûler comme otage… » Papa arriva quand même à l’arracher à ces brutes, mais le feu était déjà à l’étage, pour l’activer, ils cassaient les fenêtres.

Nous sommes partis en passant près de l’église puis avons pris le petit sentier qui va vers Lavaux. Vers l’étang Marenne, ma sœur a crié. A ce moment, papa a su qu’elle vivait encore, nous étions pieds nus et en pyjama : pas chaud à 5h00 du matin en septembre. Nous avons ensuite traversé le champ Léonard, puis avons continué vers la forêt entre Lavaux et le cimetière. Là, nous sommes restés assez longtemps, combien de temps exactement ? Je ne le sais plus, un jour ou plus. De là, nous voyions brûler notre ferme.

Un camarade de papa, Pol Martin, nous a-t-il trouvés ou papa est-il allé chercher du secours ? Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés chez Martin, la dernière maison de Lavaux. Nous étions dans les caves de la maison avec des Allemands partout et des véhicules dans la cour. Je me souviens aussi avoir mis des loques humides sur le nez et la bouche pour éviter les gaz car il était dit, en ce temps-là, que les Allemands reculaient leurs véhicules aux fenêtres des caves et gazaient les gens qui s’y trouvaient.

La délivrance était arrivée, tous allaient voir les Américains qui étaient à Basse-Bodeux ; on nous a dit : « Vous n’allez pas les voir ? », nous n’avons pu que répondre : « Nous n’avons pas de souliers » et, en effet, nous étions toujours les pieds nus et en pyjama.

C’est alors qu’on a su que sept hommes, dont des pères de famille, avaient été tués à Gerarwez. Cette nuit-là, la ferme, le presbytère et les écuries de la ferme à côté ont brûlé ; plusieurs familles nous ont aidés car nous n’avions plus rien… »

 

La Petite Gazette du 30 septembre 2009

DANS LES SOUVENIRS D’UN GAMIN DE 7 ANS AU MOMENT DE LA LIBERATION

Ce gamin de 7 ans en septembre 1944, c’est Hubert Winkin et c’est Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, qui lui sert d’intermédiaire pour vous donner connaissances de ces faits tragiques qui précédèrent la Libération de Basse-Bodeux.

« Pour mémoire, c’est maman, Marie-Louise Mathieu, épouse Winkin, qui est allée chercher le petit inconnu qui a été tué dans le champ Marenne, plus bas que le Ponsson, 300 mètres plus haut que chez Jacob (Carmen). Le corps a été transporté au travers du petit bois où se trouve un captage au bout du champ Deroanne, derrière le presbytère. Maman parlait d’Hubert Dhamen qui était cantonnier, il lui avait donné un coup de main pour le mettre dans un sac (sac de mélapaille, grand sac pour aliments des chevaux) et le charger sur une charrette à chien, laquelle servait à conduire les cruches de lait pour aller traire.

Avec son chien Marquis, maman a conduit ce pauvre corps à la morgue du cimetière, seule, car les hommes étaient tous cachés. Maman nous a toujours dit qu’il était très jeune et qu’il avait beaucoup souffert avant de mourir. On nous a dit qu’il était déjà attaché derrière un char attelé dans la région de Neufmoulin, ses genoux étaient en sang et ils le traînaient. » Monsieur Mathieu ajoute à ce terrible récit que « le corps de ce petit inconnu repose au cimetière de Basse-Bodeux. »

A la lecture de pareils souvenirs, on imagine aisément que la Libération ne laissa pas que des souvenirs de liesse populaire dans l’esprit de ceux qui vécurent ces heures durant lesquelles les émotions les plus contradictoires se succédèrent.

La Petite Gazette du 4 novembre 2009

SEPTEMBRE 1944, A BASSE-BODEUX

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, se rappelle très bien cette période si trouble précédant la Libération de septembre 1944.

« Il y a eu trois Allemands de la wehrmacht tués et déposés près du monument aux morts. Peut-être ont-ils été tués par des SS car il a été dit qu’ils s’étaient entretués ! Après l’arrivée des Américains, il fallait les enterrer, plein de colère et de haine, on les a chargés dans un tombereau et on les a enterrés à l’extérieur et le long du mur du cimetière entre Basse et Haute-Bodeux. Après quelque temps, la colère est retombée, ils ont été exhumés et placés à l’intérieur du cimetière.

Les Allemands avaient mis trois canons dans la prairie, le long de la route près de chez Joseph Mathieu, et ils tiraient en direction du carrefour sur la Lienne. Ils tiraient trop court, on l’a constaté après en découvrant les sapins déchiquetés. Ils ont alors allongé le tir, mais, au premier coup, l’obus a explosé à cinq ou six mètres de son lieu de départ, il avait très probablement percuté le fil de la ligne électrique. Il y a eu des blessés parmi eux et le temps de rassembler leur matériel, ils sont partis. »

 

La Petite Gazette du 8 septembre 2010

A GERARDWEZ, UN DES DRAMES QUI PRECEDERENT LA LIBERATION

Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, souhaite que l’on n’oublie pas… « Le monument de Gérardwez est situé aux confins des anciennes communes de Basse-Bodeux, de Bra sur Lienne et de Lierneux. Il commémore une tragédie qui s’y passa en septembre 1944.

Des soldats allemands en retraite, voulant venger un des leurs, abattu à cet endroit par l’armée secrète, s’en prirent à des habitants de Fosse et de Reharmont. Après avoir rassemblé les hommes de ces hameaux, ils en gardèrent sept qu’ils ont emmenés avec eux sur les lieux du drame. Là, ils les ont abattus froidement non sans leur avoir fait subir de cruels sévices.

Ces malheureuses victimes étaient Jean Sonnet, garde particulier, 35 ans, de Fosse ; Julien Lamsoul, domestique 30 ans, de Fosse ; Lucien Gustin, 31 ans, cultivateur, de Fosse ; Felix Mullen, 41 ans, cultivateur, de Fosse ; Louis Nélis, 31 ans, forgeron, de Basse-Bodeux ; Jules Thonon et Alphonse Bodeux, tous les deux cultivateurs, de Reharmont.

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Les bourreaux avaient étendu sur les jambes de leurs victimes une grande pancarte portant cette inscription : « Revanche pour notre camarade, tué par les terroristes, le 8 septembre 1944 à 20h30 » Ce sont nos Libérateurs, les soldats américains, qui, le lendemain, ont fait la macabre découverte dans leur progression dans la Libération du territoire. Ce monument est situé à l’étang de Gérardwez, un peu en retrait de la route de Bodeux à Villettes, depuis le déplacement de celle-ci. Il est cependant bien signalé.

Chaque année, le lundi de la fête à Bodeux, le 13 septembre cette année, à l’issue de l’office religieux, une commémoration a lieu, rehaussée par la présence de l’administration communale de Trois-Ponts et des enfants de l’école de Bodeux. »

OUFFET

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

VOUS VOUS SOUVENEZ DE LA LIBERATION D’OUFFET…

« Je me souviens, m’écrit Monsieur Jacques Bastin en évoquant ce qui, pour lui, est l’événement unique qui l’a marqué pour la vie,  que c’est par la route venant de Huy, via Warzée, que sont arrivés, le jeudi 7 septembre 1944, à Ouffet, peu après 17 heures, il faisait alors un temps absolument merveilleux, nos premiers libérateurs américains. Depuis plusieurs jours déjà, nous étions en pleine effervescence. Les troupes nazies, alors en pleine retraite, attaquées sans répit par les « Lightning » P-38 (ces fort redoutables chasseurs américains à double queue), vraiment en verve, ne savaient vraiment plus où donner de la tête.

Le jour précédent cette arrivée libératrice, une voiture nazie, se déplaçant entre Ouffet et  Hody aurait, selon les bruits qui ont alors couru, essuyé les tirs de résistants en patrouille, montés de la vallée de l’Ourthe. Deux officiers nazis auraient ainsi été tués et ridiculement laissés, sans plus, sur place. Trouvés peu après par leurs troupes, celles-ci se déchaînèrent sur Hody, premier village suivant, qu’elles martyrisèrent à titre de représailles. Si ces mêmes troupes nazies s’étaient déplacées en sens inverse, c’est alors Ouffet qui aurait subi le même sort tragique.

Disons encore que le matin du 7 septembre 1944, des troupes de SS, également en retraite, mais, apparemment très résolues, avaient pris position pour combattre à Ouffet. Il s’agissait de troupes d’élite, toutes à la solde inconditionnelle d’Hitler, leur véritable Dieu. Elles semblaient terriblement déterminées à résister, à Ouffet,  à … l’irrésistible avance alliée. En début d’après-midi toutefois, au grand soulagement de la population qui, ipso facto, l’échappait ainsi réellement belle, elles se décidèrent à plier bagage sans combattre. Ouf !!!

Ce même jour, en fin d’après-midi, une véritable marée d’Ouffetois convergea vers la route de Warzée, dans la ligne droite conduisant au cimetière. En effet, depuis de très longues minutes déjà, chacun pouvait voir un petit avion de type « Piper-cub » approchant dudit village. Il s’agissait, en fait, de l’appareil survolant la pointe de l’avant-garde de nos libérateurs américains pour les renseigner sur tout éventuel danger pouvant provenir des forces nazies en pleine retraite. Ces très attendus libérateurs apparurent, enfin, au sommet de la petite côte aboutissant près du cimetière. Le soleil éclatant commençant déjà à descendre à l’horizon, nous pûmes donc ainsi les voir venir à contre-jour. Ils marchaient de chaque côté de la route, à la file indienne. Entre les deux files progressaient, l’un derrière l’autre, au milieu de la route, des tanks du type « Sherman ». Nous doutions de notre vrai bonheur ; nous n’osions trop nous hasarder car, dans le contre-jour, on ne voyait, en fait, que des silhouettes humaines sombres et il était ainsi très malaisé de pouvoir discerner, avec certitude. Nous ne savions donc pas très bien alors si nous avions affaire à des militaires américains ou allemands ; en effet, ils étaient vêtus en vert kaki et, leurs casques, vus de loin, étaient à peine différents de celui des Allemands. » A suivre.

La Petite Gazette du 23 novembre 2011

LA LIBERATION D’OUFFET

Retrouvons, comme promis, la suite des souvenirs de Monsieur Jacques Bastin au sujet  de la Libération d’Ouffet :

« Quand nous avons été vraiment certains, grâce au badge très caractéristique que chacun portait à l’épaule, que c’étaient bien des Américains (des membres de la 3ème Armée blindée du fameux Général Patton), nous avons tous alors – la foule étant à ce moment extrêmement nombreuse – explosé d’une joie tout bonnement indicible. Pour se faire une idée relativement  précise de ce que j’ai ressenti à ce moment précis – moment ineffablement sublime ! – je pense qu’il faut se reporter à l’ouverture « 1812 » de Tchaïkovski à l’endroit où, dans la partie finale, après ces mouvements de cordes descendants plutôt interminables, éclate le Tutti avec ses sons de cloches, ses coups de canon, ses accords aux grandes orgues. Ces instruments saluent alors, de façon tout bonnement extraordinaire, le fait que les Français napoléoniens sont boutés, pour toujours, hors de la Grande Russie. Nous étions ainsi soudainement comme débarrassés d’une véritable Peste, comparable à celle évoquée par Camus en sa magistrale fiction.

Enfin libérés, après tant d’années d’attente, de privations et de souffrance, nous pouvions enfin arborer, sans crainte de représailles, tous ces drapeaux alliés que chacun avait, en catimini, au cours des semaines précédentes, très  patiemment confectionné, avec tant d’amour (Quel travail pour réaliser cet étendard américain avec, à l’époque, ses 48 étoiles!) au moyen de la toile des quelques rares draps de lit qui nous restaient !

Voilà ce que je tenais vraiment à dire au sujet de l’arrivée, à Ouffet, en 1944, de ces braves libérateurs américains. Evénement,  unique dans une vie,  qui marque, à jamais, de manière totalement indélébile. »

Et on le constate, à la lecture de ces lignes, le souvenir est toujours bien présent dans le souvenir de Monsieur Bastin…

La Petite Gazette du 14 décembre 2011

LIBERATION D’OUFFET

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, m’écrit pour me signaler une petite erreur dans son évocation de la Libération d’Ouffet : « C’est bien erronément que j’ai donné le jeudi 7 septembre 1944 au lieu du vendredi 8 comme date de libération d’Ouffet. Il s’agit en fait, après quelque 67 années, d’une erreur de quelques heures » sans conséquences, en effet,quant au rappel de l’état de liesse dan lequel la population a vécu ces heures.

Monsieur Armand F. Collin, dont on connaît la publication « Hody, 6 septembre 44 » apporte des précisions. Il m’indique qu’il les puise dans le RAA ‘Report after action US Army » et les témoignages de plus de vingt-cinq personnes de Hody ayant personnellement vécu cette période.

« Les troupes américaines arrivent à Ouffet le vendredi 8 septembre 1944 à 16h.00 et non le jeudi 7. En fait c’est le mardi 5 vers 15h00 qu’une voiture venant d’Ouffet, occupée par quatre hommes, un chauffeur et trois officiers, dont un déjà blessé grièvement au ventre arrive à Hody. Les soi-disant résistants tirent et en blessent deux. Le blessé grave va de porte en porte et finalement est embarqué à bord d’un camion vers le poste de secours des partisans au château d’Ouhar. Les deux autres blessés et le chauffeur s’enfuient.

Ouffet est libéré le 8 vers 1600h par le 3rd Bn de la 39th Rgt d’Inf de la 9th division US, ils n’ont pas de tank M4 Sherman, mais des M5 plus petits. Des éléments de la 3rd Arm. Div venant en appui. Le 39th Rgt (Fighting Falcons) est le seul de l’US Army à arborer des lettres sur les pare-chocs de ses véhicules. « AAA-O » Anything – Anywhere – Anytime – Nothing, soit : N’importe quoi, partout, toujours, rien.

Le 7, la Task Force « Hogan » de la 3th div. Blindée venant de Marchin et se dirige vers Esneux, via St-Severin, Nandrin, Berleur et Hoûte-si-Plou. Arrivée à Esneux à 17h.20. Ces deux divisions faisaient partie du VIIth Corps de la 1st Army US et n’étaient pas sous les ordres de George S. Patton (3rd Army) mais sous ceux de Courtney H Hodges depuis le mois d’août.

Ce même 7, les SS de la 2. Pz. Div ‘Das Reich‘ étaient regroupées dans le triangle Ouffet – Fraiture – Nandrin. But, retrait vers Liège. Manœuvre empêchée par l’avance rapide de la 3rd div blindée US, d’où repli vers l’Ourthe.

Passages de véhicules allemands à Hody.

Lundi 4 septembre entre 15h.00 et 16h.00, une voiture VW Kubelwagen en direction d’Ouffet.

Idem.    18h.30-19h.00 voiture civile Ford bleue vers Ouffet. Un soldat allemand tué et un mortellement blessé. Soldats âgés de 45/50 ans. Probablement de la 347. Inf Div qui devait prendre position le long de l’Ourthe entre Comblain-au-Pont et Esneux.

Idem.   Vers  20h.00, voiture allemande vers Ouffet.

Idem.  23h.00/23h.30.Kubelwagen, probablement SS vers Ouffet.

Mardi 5 septembre, vers  15h.00, Kubelwagen venant d’Ouffet. (Cf supra)

Mercredi 6 septembre 1944. Peu après 0900h, entrée à Hody des SS venant d’Ouffet. Départ vers 14h.00. Retour des SS vers 16h.00. »

 

V1 – BOMBES VOLANTES – ROBOTS

Parmi les sujets largement commentés dans les colonnes de La Petite Gazette, les « robots »,  ces bombes volantes identifiées également V1, ont occupé une place de choix puisque c’est durant plus d’une année que les témoignages me sont parvenus. Je vous les ai rassemblés ici.

La Petite Gazette du 12 mars 2003

QUAND ON VIVAIT DANS LA PEUR DES ROBOTS

   C’est grâce à Monsieur Houlmont, de Boncelles, que nous avons l’occasion d’évoquer cet aspect si particulier du quotidien de la dernière guerre.

« Pour les citadins, pendant la guerre, le problème numéro un était de trouver de la nourriture. C’est ainsi que mon papa sillonnait, à vélo, l’Ardenne et le Condroz en quête de ravitaillement.

C’était le temps des robots, ces avions sans pilote équipés, déjà, d’un moteur à réaction installé sur leur queue. Le bruit de ce moteur était effrayant et, en plus, il en sortait des flammes.

Lorsque le moteur se coupait par manque de carburant, cet engin de mort, bourré d’explosifs, en perdant de l’altitude, continuait tel un planeur silencieux vers son objectif.

Un jour, mon papa, en rase campagne à Neuville en Condroz, roulait paisiblement. Il me raconta : « Me voilà tout d’un coup parti à gauche puis à droite ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Je n’ai pourtant pas bu ! Deux à trois secondes plus tard,   BOUM »

Ce n’est qu’alors qu’il réalisa que c’était le robot, passant si près et au-dessus de lui, qui l’avait fait tituber. Ce jour-là, il l’a échappé belle. »

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un robot (V1) tombe sur le Condroz en 1944

Photo appartenant à mon papa, Maurice Henry.

Pour en avoir entendu raconter d’autres dans mon entourage, j’imagine qu’il subsiste, dans les familles, bon nombre de souvenirs de ce type. Aura-t-on la chance de voir l’une ou l’autre photographie de ces robots ? Je compte sur votre habituelle et bienveillante collaboration pour développer ce sujet et, d’ores et déjà, vous en remercie chaleureusement.

La Petite Gazette du 16 avril 2003

 PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Alors que je me trouvais à la Foire aux livres de Poulseur, il y a quinze jours, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de nombreux lecteurs de La Petite Gazette qui avaient répondu à l’invitation que je leur avais lancée. J’ai eu ainsi l’occasion de discuter fort agréablement avec des correspondants qui, aujourd’hui, ne sont plus que des signatures mais également des visages. Merci pour toute la sympathie que vous m’avez manifestée.

Parmi les visiteurs de ce jour, Monsieur Léon Gabriel, de Sprimont, m’a remis le texte d’une ancienne chanson dite d’actualité au moment de sa parution, elle a été composée le 21 mars 1945 : « Les robots » paroles de Firmin Vancrutsen (de Seraing). La feuille était imprimée par la maison Martino de Seraing et vendue 5 francs ! La chanson, qui ne compte pas moins de six couplets et six refrains, peut se chanter sur l’air « Mi voyêdge ou les plaisirs di l’evacuation ». Je vous en livre quelques extraits :

1er couplet

Voici plusieurs semaines

Que les concitoyens

Attrapent la migraine

A cause des fridolins

C’est une arme nouvelle

Qu’ils viennent lancer sur nous

Une arme très cruelle

Nous en deviendrons fous !

1er refrain

Et quand on entend le V1

On se cache, un à un,

Dans la cave ou dans les abris

Malgré tous nos soucis

On entend la détonation

Même dans son pantalon !

Puis, alors, quand il est passé

Vite…, on va respirer

2e couplet

Le jour comme la nuit

Il en passe sans arrêt

Ça fait beaucoup de bruit

On n’sait plus où l’on est

Quand on les voit venir

Avec le feu derrière

Dans un profond soupir

 L’on dit une prière !

 2e refrain

Nous deviendrons neurasthéniques

Si ça n’peut pas s’calmer

Il n’y a qu’un moyen pratique

C’est de s’encourager

Et s’ils nous lançaient des V2

On s’rait quand même joyeux

Malgré la haine des hitlériens

Car nous sommes Sérésiens !

(…)

5e couplet

A présent, c’est fini

Nous sommes habitués

Car le régime nazi

Commence à s’effondrer

Et malgré cet hiver

Nous ne sommes pas changés

Car on dit que Hitler

Et mort et enterré

5e refrain

Hitler a été enterré

Dans l’trou fait par un V

Sur sa tombe, on écrit ces mots :

« Pour le roi des robots » !

C’est d’ailleurs pour ça qu’à Seraing

Nous n’avons plus d’chagrins

Et que vous chanterez en chœur

Ce refrain plein d’ardeur.

Continuez à m’envoyer vos souvenirs ou documents relatifs aux robots, les courriers reçus manifestent beaucoup d’intérêt pour cette rubrique.

La Petite Gazette du 29 avril 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Comme je l’espérais, cette rubrique est génératrice d’intéressants courriers, mais, et ce n’est peut-être pas étonnant, je ne reçois guère d’illustrations… Je sais qu’il existe peu de photographies de ces machines infernales en vol, mais je pense qu’il existe sans doute des photographies prises là où s’étaient écrasées ces armes terribles. Avec votre collaboration, nous pourrions les présenter à la grande famille des lecteurs de la Petite Gazette.

Monsieur Guillaume Claessen, de Tinlot, se souvient lui aussi :

« A l’époque, j’habitais à Herstal, rue des Vergers. Le jeudi, j’avais l’habitude de dîner chez André Lejeune à proximité de chez moi, rue Petite Foxhalle. Un jeudi, j’ai refusé, pour un motif oublié depuis, de m’arrêter. A peine rue des Vergers, le robot est arrivé, la pétarade du moteur s’est arrêtée. Sans savoir comment, je me suis trouvé le nez dans la rigole… Une énorme explosion, un terrible nuage de poussière s’est élevé. Des briques et des gravas s’abattaient tout autour. Peu après, j’appris, qu’André avait été victime de cet engin de mort. Je l’avais échappé belle ! »

Madame Laroche, de Marchin, vous interroge au sujet de ces « robots »

« C’est la première fois que j’entends ce terme de « robots ». S’agit-il de V1 ou de V2 ou était-ce encore avant car il me semble que les V1 et les V2 étaient mieux dirigés sur des cibles, Londres notamment. Merci des réponses que vous m’apporterez. »

Bientôt, je reviendrai sur le sujet en puisant d’intéressantes informations dans les écrits de M. Grailet qui s’intéressa à ce sujet avant de se pencher sur l’or des Gaulois en Ardenne…

La Petite Gazette du 7 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Monsieur René Lardinois, de Mabonpré, ne mâche pas ses mots :

« La photo du V1 tombant sur le Condroz est fausse ! Jamais le V1 n’a eu des ailes pareilles. Il n’y a pas sur cette photo la tuyère d’échappement raccordée à la chambre de compression à éclatement ce qui provoquait ce bruit de pétarade ressemblant à une suite d’explosion (…)

Pour moi, poursuit M. Lardinois, il s’agit d’une maquette téléguidée ( ?) comme il y en a eu dans certains aéroclubs de modélisme où l’on a fabriqué des tas de maquettes volantes. Certaines très réussies. Sur la photo du journal, on peut voir des insignes : sur les V1, on ne mettait aucun insigne. » Et mon correspondant de m’envoyer le copie de cette photographie à titre de comparaison…

002       Monsieur Jean Ninane, d’Esneux, me dit que, bien souvent, à la lecture de La Petite Gazette, il a envie de m’écrire pour partager ses souvenirs avec vous, mais qu’il remet sans cesse son projet. Je crois que vous êtes nombreux dans cette situation, alors prenez exemple sur M. Ninane qui, cette fois, a pris la plume : « Cette fois, je saute sur les V1 et les V2, les terribles « Buzz Bomb » dont avaient peur nos amis américains.

Je me trouvais au collège Saint-Louis, lorsque j’ai vu ma première bombe volante… son bruit et sa flamme caractéristiques. On ne les craignait pas encore mais après l’explosion de celle-ci, nous avons repris le chemin d’Angleur (les trains d’Ourthe-Amblève ne passaient plus le pont du Val-Benoît) en nous cachant derrière les murs chaque fois que nous en entendions.

Je me rappelle au moins six impacts précis à Esneux :  quatre chutes firent des victimes – une dame rue de Poulseur, un ami, Charles Arnould, dans les bois de Crévecoeur, les deux autres touchèrent des membres de la famille Lambin, à la ferme du château du même Crévecoeur et de la famille de Geradon, à Méry.

Plusieurs soldats américains furent blessés dans des maisons de l’avenue Montéfiore, non par l’explosion d’une bombe volante qui s’abattit dans l’Ourthe auprès du pont, mais par les vitres et portes des habitations.

Le restaurant de mes cousins Donis, à Houte-si-Plou, (la « Coccinelle » actuelle) fut ravagé ; la véranda de droite (rebâtie en dur depuis cet événement) se retrouvait en miettes). »

Mme Maria Lambotte, de Werbomont, se souvient elle aussi :

« J’étais alors chez mon grand-père. La porte de la cuisine s’ouvrit brusquement laissant une large place à l’obscurité d’un soir comme tant d’autres. Sur le pas de la vieille demeure Tante Marie était blême. Ses traits décomposés laissaient présager une grande frayeur, mais elle put articuler :

Il y a un robot arrêté au-dessus de chez Sylvestre !

Sa sœur aînée me poussa dans la pièce voisine, le semblable de la salle à manger qu’à la campagne on nommait communément ‘la chambre’.

Couche-toi sous la table ! me dit-elle en s’alignant à mon côté, tout comme sa sœur. J’éprouvais une grande fierté d’être au cœur d’un événement au même titre que les grands.

Il y eut un silence – oh pas bien long – puis un bruit sourd. Le robot avait terminé sa course dans la forêt. Grand-père esquissa un mouvement circulaire sur le pavé de la pointe de sa canne pour aider son genou défaillant à se relever. Il reprit place dans le fauteuil. Mes tantes reprirent leurs occupations du soir, je me remis à mes jeux. On s’était presque habitué à la guerre ! »

Nous confierez-vous, à votre tour, les souvenirs que vous avez conservés de l’emploi de ces armes terribles qu’étaient les robots ?

La Petite Gazette du 14 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Surprise cette semaine dans mon courrier en découvrant l’envoi de M. Francis Delmelle, de Nandrin. Il me transmettait une copie de la photo du V1 « tombant sur le Condroz », rigoureusement identique à celle que m’avait confiée mon papa ! Si c’est réellement un faux ( !) je constate simplement que le cliché, dans sa version originale, existe en plus d’un exemplaire ! Cela va rassurer mon papa, tant mieux.

« Je dispose du même cliché en version originale provenant de parents éloignés. La photo est identique, mais la légende diffère « V1 ou robot tombant sur Bierset – septembre 1944 » » Bien entendu, mon correspondant souhaite des précisions… Malheureusement, je ne puis être très précis, j’ai à nouveau questionné papa sur l’origine de cette photo. Il ne sait plus du tout comment elle est entrée en possession de la famille. Elle se trouvait dans le carton à photographies de mon grand-père, décédé il y a trente ans maintenant ! Il se souvient seulement l’avoir vue dès la fin de la guerre, en 1945 donc… Est-il possible qu’elle existe encore en d’autres exemplaires ? Si oui, faites-le-moi savoir s’il vous plaît.

Pour les passionnés par ce sujet, je ne puis que recommander l’excellente revue « Les cahiers de jadis » éditée par l’A.S.B.L. « Mémoire de Neupré » et dont le numéro 32, 8ème série 2002-2003, consacre un très intéressant article sur les bombes volantes. Les renseignements qu’il contient sont extraits du dossier pédagogique réalisé par l’Enseignement de la Province de Liège en 1994 et le texte très largement inspiré d’une conférence donnée par M. Eugène Buchet.  On y aborde l’historique de ces armes de représailles, mais aussi les aspects techniques de ces avions sans pilote. Schémas techniques, vues de robots en vol et surtout carte des points d’impact des bombes volantes autour de Liège, d’Esneux à Fexhe et de Bierset à Fléron complètent de façon très utile l’exposé.

Il est possible de s’abonner à cette publication s’intéressant au passé de Neupré, mais qui aborde également des sujets d’intérêt plus général, en versant une modique cotisation annuelle (4 publications annuelles). Questionnez La Petite Gazette pour les renseignements pratiques.

 La Petite Gazette du 21 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Monsieur Robert Noltinck, de Marche-en-Famenne mais originaire de Liège, a eu l’excellente idée de me transmettre  un petit fascicule intitulé « Liège sous les V » dont je vous propose de découvrir le dessin de couverture.

003     « Ce petit livret ne présente aucune photographie de ces bombes volantes, mais le dessin de couverture est réaliste. »

Ce livre contient la liste complète des victimes et leur état-civil, mais aussi six pages de documents photographiques montrant les dégâts occasionnés à Liège et la façon adoptée par la population pour se protéger. On y trouve en outre un plan de l’agglomération liégeoise émaillés des points d’impact des robots. Il y en eu 936  faisant 1035 morts et plus de 2000 blessés hospitalisés. L’offensive par « V » se divise en deux périodes distinctes. La première du 20 novembre au 3 décembre 1944, la seconde du 16 décembre 1944 au 31 janvier 1945.

Mon correspondant se souvient :

« Les V1 volaient à quelques centaines de mètres d’altitude ce qui permettait de les entendre arriver. Ils étaient propulsés par une série discontinue de petites explosions s’échappant d’une tuyère surmontant la bombe qui tombait lorsque le moteur s’arrêtait. La précision était faible, la bombe tombait sur la ville au petit bonheur la malchance !    Par moments, il en arrivait une toutes les cinq minutes, nuit en jour, de novembre à janvier. Comme je devais étudier, j’avais alors presque vingt ans, j’avais trouvé logique d’installer mon bureau d’études dans … la cave.

Le V2 était une véritable fusée balistique qui montait dans la stratosphère et qui retombait, elle aussi, sans grande précision, mais, elle, sans faire de bruit. En effet, puisqu’elle était supersonique, le bruit de la traversée dans l’air ne s’entendait qu’après l’explosion ! Je crois qu’un seul V2 est tombé sur Liège, mais qu’ils furent plus nombreux sur Anvers. » Merci pour ces passionnantes précisions.

Monsieur Marcel Ska, de Cherain, se souvient aussi de cette époque : « Pendant l’Offensive, je m’étais réfugié à la ferme Grogna, à Ouffet. Un jour, trois hommes de Grand-Halleux sont venus passer une nuit à la ferme, mais le lendemain matin, ils partaient déjà car il passait trop de robots. Ils en avaient compté 28 durant la nuit !

En 1944, il en est tombé un non loin d’où j’habite actuellement et je sais que, dans les débris, on retrouvait de la mitraille de toutes sortes : des fers à gaufres, des fers à repasser…

En 1944 toujours, la Résistance avait fait dérailler un train transportant des V1 au lieu-dit « Les prâlles » à la sortie de Gouvy. Deux n’avaient pas été rechargés. Un peu plus tard, les Allemands ont installé une rampe de lancement à la sortie de Sterpigny. Un matin, en sortant pour me rendre à la messe, j’ai entendu un terrible vacarme. J’ai regardé dans la direction d’où cela venait et j’ai vu le départ d’un V1 à environ deux kilomètres de chez nous. Quelque temps plus tard, en regardant à nouveau dans la même direction, j’ai vu le départ d’un deuxième. Je m’en souviens encore comme si on était toujours ce jour-là, je pourrai encore vous en indiquer l’emplacement exact. »

Merci pour ces renseignements partagés avec toutes celles et tous ceux qui se passionnent pour ce sujet. Nous confierez-vous, à votre tour, les souvenirs que vous avez conservés de l’emploi de ces armes terribles qu’étaient les robots ?

 La Petite Gazette du 27 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Vous êtes nombreux à suivre le conseil que je vous donnais, à savoir de m’écrire pour conter vos souvenirs, mais aussi pour apporter des informations sur le sujet.

Ainsi, la photo confiée par mon papa continue à faire couler beaucoup d’encre et ce n’est que tant mieux. Monsieur Raymond Delcommune, de Champlon, m’adresse un courrier extrêmement intéressant et qu’il consacre exclusivement à cette photo.

« Parmi les photos de V1 pris en vol, celle-ci figure, selon moi, parmi les plus reproduites.

004

 

 

 

 

Le dessin de la page de couverture d’un petit livre intitulé « Gemarteld Antwerpen »,édité en 1945, s’en inspire très certainement. On peut y voir en arrière-plan la cathédrale d’Anvers et le Boerentoren.

Dans une autre revue flamande, on signale que ce robot aérien s’est abattu en 1944 sur une base américaine à Elewijt. Le photographe fut tué par l’explosion. Sa « dernière photo » (probablement imprimée à de nombreux exemplaires) fut vendue sur place pour aider sa famille (zijn foto werd ter plaatse verkocht ter ondersteunig van zijn nabestaanden).

Ensuite cette photo va faire une carrière presque internationale. Ce V1 tombera bizarrement  dans de nombreux endroits et même à Bruxelles. En février dernier, sur internet, cette photo était vendue comme « rare original photo of a german V-1 Buzz Bomb coming down. U.S. soldier snapped the picture as it was coming down in Britain!

Patteet raconte, à la page 165 de son livre “160 dagen terreur van Vliegende Vg », édité en 1994, que, selon un témoin local qui possédait cette photo, que le robot a été abattu par la D.T.C.A. à Lemputten op Berlaar-Heikant et a été photographié par un soldat de la batterie. C’était le 9 janvier 1945 vers 17h. Le rapport du P.L.B. (Passieve Luchtbescherming) mentionnera deux morts, quatre blessés graves et six blessés légers ainsi que des dégâts matériels importants.

005

Un lecteur signale « jamais le V1 n’a eu des ailes pareilles ». S’agit-il d’un trucage photographique ? Je trouve la remarque de ce lecteur pertinente. Dieter Hölsken, dans son livre « V-Missiles of the third reich the V1 and V2” parle aussi de cette photo à la page 310 de son ouvrage.

 

 

 

Il y soulève la question des ailes coniques et du nez court ce qui est inhabituel pour ces engins aériens. Il pense avec réserve qu’il s’agit d’une nouvelle version de V1 plus rapide. Il est exact que ces engins ne portaient jamais de cocarde ou insignes nazis. Il y avait de petites inscriptions et chiffres destinés uniquement aux techniciens et manipulateurs de ces bombes volantes.

006Anthony Young, auteur de « The flying Bomb”, montre une photo très surprenante d’un V1 prise par un photographe amateur. On y voit des ailes coniques et un nez court. L’auteur précise qu’il s’agit d’une photo non retouchée.

 

Enfin, M. Delcommune conclut son courrier en m’interpellant : « Cher Monsieur, croyez-vous possible de trouver le négatif de la photo de votre papa ? »

Comme je vous le disais dernièrement, papa ne sait plus comment cette photo est entrée dans les collections familiales, avant la fin de la guerre ou dès la fin de celle-ci…

Monsieur Laurent, de Fairon, est également en possession de cette fameuse photographie.

« A 17 ans, j’ai travaillé quelque temps chez le photographe Dickenscheid, à Ougrée, rue de Boncelles. On y développait les films et, en faisant un tirage, on aperçut ce V1 qui tombait… Monsieur Dickenscheid en profita pour en faire plusieurs photos pour offrir aux amis. Voilà comment j’en ai reçu une. Derrière, il est mentionné 43 (?). Il n’y a aucune inscription sur les ailes, ce sont comme des ombres… Cela a dû être photographié dans le haut d’Ougrée, on voit des toits et des arbres. »

Chacun pourra, grâce à ces témoignages et à ces informations, se rendre compte de l’intérêt de pareille recherche. Merci à toutes et à tous pour votre précieuse et si utile collaboration.

 La Petite Gazette du 4 juin 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Vous êtes nombreux à suivre le conseil que je vous donnais, à savoir de m’écrire pour conter vos souvenirs, mais aussi pour apporter des informations sur le sujet.

   Monsieur Eloi Balthasar, de Rouvreux, apporte, à son tour, son témoignage sur les robots :    « Chacun sait donc que le robot ne devenait menaçant que quand son moteur s’arrêtait, la durée et la distance parcourue en planant étant aléatoire. Or donc, un jour de l’hiver 44 – 45, nous étions arrêtés avec nos traîneaux devant la maison paternelle, rue vieille chera à Florzé-Sprimont, quand nous entendîmes un robot arriver. Cela ne nous inquiéta pas d’emblée puisque le moteur pétaradait !

Il arrivait naturellement de l’Est et la maison nous le cachait. Après quelques secondes, le bruit fut si effrayant que nous nous jetâmes quand même à terre contre la façade. Il frôla les toits dans un fracas assourdissant, le moteur tournant toujours à plein régime et il alla, à pleine vitesse, s’encastrer et exploser dans la colline qui constitue le versant nord de la rue du Houmier (faisant la liaison entre Florzé et Rouvreux). Il n’y eut que des dégâts matériel car cette rue était alors peu bâtie. Ma maison actuelle vit son toit se soulever et ses tuiles retomber une latte plus bas : il fallut le refaire.

Pour une raison que j’ignore, ce robot s’était donc retrouvé à une altitude anormalement basse, lui faisant rencontrer un obstacle avant l’épuisement du carburant.

A la même époque, la ligne de bus Liège-Remouchamps, qui avait repris ses activités après la Libération, exploitait plusieurs véhicules d’avant-guerre avec moteur extérieur et un autre plus moderne avec moteur intérieur, dont le tuyau d’échappement se trouvait à l’arrière à hauteur du toit. N’étant pas mécanicien, je ne sais si ces détails sont liés, mais ce bus imitait remarquablement le bruit des V1 (avant l’arrêt du moteur naturellement !) Vu la vieille coutume campagnarde de rebaptiser toute personne ou toute chose, on appela donc ce bus « le robot » et on s’enquérait le plus naturellement du monde : Est-ce que le robot est déjà passé ?» Peut-être les membres les plus anciens de cette société de transport auraient-ils des souvenirs et des renseignements plus précis sur le sujet ? »

Cela serait effectivement intéressant, merci de répondre aux questions soulevées par M. Balthasar.

Monsieur Arsène Mormont, de Braibant-Ciney, contribue lui aussi à cette rubrique en me faisant parvenir cette photo.

007

« J’ai pris cette photo près du grand bunker de Ouistreham plage. Ce V1 a été prélevé sur sa rampe de lancement et ramené à Ouistreham à titre de souvenir. » Merci à M. Mormont pour cette excellente initiative. Vu le nombre de témoignages reçus, je puis vous annoncer que nous poursuivrons cette enquête dans les semaines à venir.

La Petite Gazette du 11 juin 2003

 PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Comme promis, nous retrouvons cette semaine encore, de nouveaux témoignages relatifs à cette période, qui, à la fin de la guerre, faisait dresser une oreille attentive à tout qui vivait en nos contrées. Mme Marcelle Renquin, de Tenneville,  se souvient elle aussi :

« En ce temps-là, je devais avoir treize ou quatorze ans et je me rappelle que quand j’habitais aux Cristalleries du Val Saint-Lambert, il y avait eu un enterrement dans la cour du Val. On attendait Monsieur le Curé et ses acolytes. C’est un robot qui est arrivé… Le moteur s’est arrêté et l’engin de mort est tombé sur les personnes rassemblées. Il y eut de nombreuses victimes et figurez-vous qu’on ne retrouvait pas, sous les gravas, la vieille dame décédée ni son cercueil. On les retrouva en dessous d’un bac à eau qui se trouvait à près de 15 mètres de la maison ! Tout qui était à l’enterrement était réellement méconnaissable… » Pour illustrer son propos, ma correspondante a joint ces photos extraites de l’ouvrage : « La Seconde Guerre Mondiale – Le débarquement de Normandie » Je me dois également de signaler que M. Gilbert Brilot, de Chapois-Ciney, a eu la même excellente idée.

008  009M. Boudlet, d’Anthisnes, a tenu à participer également à cette rubrique en nous confiant souvenirs et photo :    « A cette époque, nous dormions dans la cave, ma sœur avec maman et moi avec ma grand-mère. Il fallait, en prévision des poussières qui allaient envahir les lieux, un seau d’eau et une provision de morceaux de linge. Chaque fois qu’un V1 passait, ma grand-maman ramassait le linge sur ma figure tellement j’avais peur. J’avais alors six ans… »

010

Un V1 survole le carrefour de la rue de la Station à Ans, en décembre 44 Document extrait de :Paul BIRON Mon Mononke et la Libération, Bressoux, éditions DRICOT

La Petite Gazette du 18 juin 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Cette rubrique connaît un véritable succès et je m’en réjouis car elle nous aura permis de passer en revue de très nombreux témoignages et documents fort intéressants sur un sujet vieux de presque soixante ans aujourd’hui. Aujourd’hui, nous suivrons les souvenirs de Mme Godefroid-Collard, de Neupré :

« Ce que je vais vous raconter se passait alors que j’avais dix ou douze ans. J’habitais Tilff (rue des Ploppes) à l’époque des robots. J’ai entendu un bruit anormal, je suis allée sur le seuil de la maison et j’ai vu un robot. Moteur arrêté, il a traversé le village ; comme celui-ci est un fond, il fit demi-tour et son moteur reprit. Il revint vers notre maison et, une nouvelle fois, le moteur s’arrêta ; puis il s’est retourné pour la deuxième fois en partant pour de bon. Je ne sais pas où ce robot est tombé.

Comme cela m’amusait, je suis allée, une autre fois, voir un robot qui était tombé derrière chez moi, dans les champs qui appartenaient au château de Brialmont. J’ai eu la surprise de voir à l’intérieur, des casseroles, des fils barbelés, des cafetières, des boîtes à conserve vides… C’est alors que j’ai compris le bruit que faisaient les robots ! »

Ce passage du récit de Mme Godefroid-Collard fera certainement réagir une nouvelle M. Etienne Libert, de Bruxelles, qui m’expliqua que, à sa connaissance (et il s’est beaucoup renseigné), il est impossible que les V1 aient été chargés de mitraille ou de ferraille quelconque. Pour rappel, nous avons déjà communiqué un autre témoignage expliquant que les robots étaient chargés de vieux fers à gaufres et d’autres ustensiles métalliques.

011 Document aimablement transmis par M. José Giot, de Villers-le-Temple

   Entendions-nous bien, il ne m’appartient pas de dire qui a raison ou tort, mais bien d’essayer de comprendre pourquoi les souvenirs peuvent être différents… En effet, quand on étudie le plan d’un robot, on est en droit de se demander où on pouvait loger ces objets, mais comment expliquer alors le nombre de témoignages (j’en ai reçu bien d’autres encore) attestant de la présence de ces étonnantes ferrailles dans les débris des robots. M’aiderez-vous à y voir plus clair ? Comme d’habitude, je compte sur votre précieuse collaboration.

« A ce moment-là, poursuit ma correspondante, j’allais à l’école Ste-Marie (toujours à Tilff) et je faisais ma dernière année. Pour me protéger des robots, je me glissais sous la table. Il se fait que je les entendais venir de loin, mais quand je le disais on ne me croyait pas ! Un jour, j’étais sous la table et j’écrivais ce que Madame dictait. Elle vint me trouver et me demanda de me réinstaller correctement. Evidemment je refusai et je lui fis signe de se taire et c’est alors qu’elle comprit qu’un robot arrivait. Elle ne m’a plus jamais fait de remarque à ce sujet et j’ai continué à me mettre sous la table au moment où j’en entendais un. C’était l’alerte ! »

Monsieur JP Craps, d’Aywaille, se souvient lui aussi :    « En 1944, j’avis douze et nous habitions Liège, mes parents et moi. Nous venions de temps en temps à Aywaille pour nous y reposer entre deux « bombardements ». C’était une époque fatigante en ce sens qu’il fallait souvent descendre dans la cave quand l’alerte (les sirènes) se faisait entendre et je n’aimais pas être réveillé en pleine nuit.

Quand vint la période des V1 lancés sur Anvers et Liège, mon père m’apprit vite à me jeter couché sur le trottoir sitôt qu’un « robot » arrivait. On savait que lorsque son moteur s’arrêtait, il tombait. Le V1 mû par un pulsoréacteur (sorte de turbine à clapet) pétaradait et émettait un bruit de petite moto Gillet (ou Saroléa) 125 cc et vous dégringolait donc dessus quand il était à court de carburant.

Il me revient une anecdote. Un soir, chez nous, place Foch à Liège, mon Papa projetait un vieux film de cinéma. Avec le bruit, nous n’avons pas entendu d’alerte et, soudain, nos fenêtres ont volé en éclats, projetant mon gros chat sur moi. Un V1 venait de tomber sur un café de la place du Marché, près de l’église St-André. L’immeuble s’effondra sur un client qui n’avait pas voulu descendre à la cave car « il en avait vu d’autres ! » comme racontait le tenancier rescapé. Le client était un sergent américain ! »

012

 

 

 

Document aimablement confié par M. José Giot, de Villers-le-Temple

Merci pour ces renseignements partagés avec toutes celles et tous ceux qui se passionnent pour ce sujet.

    La Petite Gazette du 2 juillet 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Revenons donc sur ce sujet qui semble vous passionner si j’en juge par le nombre de courriers reçus !    Suivons cette semaine les souvenirs de M. J. Claessens, de Neupré.

   « Cette période du 20 décembre 1944 au 30 janvier 1945 a certainement été la période la plus noire pour les Liégeois et les habitants de la périphérie ! Alors qu’un soir, nous nous trouvions toute la famille dans la cuisine, mon frère quitta sa place pour se rendre dans la cour intérieure.  C’est alors qu’il vit arriver, du fond du jardin et à toute vitesse, notre chat « Poussy » qui se précipita dans la cave, dont la porte restait continuellement ouverte.

Mon frère appela toute la famille et nous obligea à descendre dans la cave à notre tour. Peu de temps après,  un robot tomba près de notre maison. Tout le plâtras des places tomba et les vitres furent cassées ! Un livre que mon frère était en train de lire et qui se trouvait sur la table de la cuisine fut transpercé, sur une centaine de pages, par des morceaux de carreaux. Grâce au chat et à la décision de mon frère, nous avions eu une fameuse chance !

Je joins (entre autres documents) un dessin d’un certain G. Nollomont (N.D.L.R. amateur de talent qui s’est spécialisé dans les dessins et peintures représentant l’ancien Seraing) montrant un V1 survolant les baraquements de la Chatqueue. »

013

Un tout grand merci à M. Claessens.

Monsieur René Lardinois, de Houffalize, m’a transmis un très abondant courrier sur le sujet dont j’extrais, cette semaine, ce document original et étonnant.

014

« Dessin d’un V réalisé par un écolier, Jan Scholiers, après que pareil engin se soit abattu sans dommage, dans une prairie marécageuse, au lieu dit « De moeras weide, van den oude moolen » à 2 Km d’Alost. Ce dessin est l’original, il a été réalisé sur un papier cartonné provenant d’une petite bible de poche. Cette bible était censée éloigner les démons ! Ce sont les Anglais qui emmenèrent l’engin, mais où ? »

Merci pour ce document inédit.

Une précision attendue par Mme Laroche, de Marchin, mais qui passionnera également M. René Lardinois, de Houffalize, nous est parvenue sous la plume avertie de Monsieur Jacques Bastin, de Heyd. La première citée interrogeait quant à l’origine du terme « robot », le deuxième m’écrivait dernièrement que « jamais les bombes volantes n’avaient été présentées sous la dénomination de robots ! »

« Le terme de départ employé chez nous, avant l’appellation « robot » était « bombe volante ». « Robot » est un mot qui vient en fait du tchèque « robota » et qui fut créé par l’écrivain Karel Capeck pour désigner, dans une de ses pièces de théâtre des années 1920, un automate d’aspect humain capable d’accomplir toute une série de travaux normalement exécutés par un être humain. De là, le mot « robot » a fini par s’appliquer à TOUT appareil capable d’agir de façon automatique pour emplir une fonction donnée ; et, entre autres, à nos sinistres V1. »

Voilà qui sera complet quand j’aurai ajouté que M. Bastin signale également une troisième appellation en usage alors, celle « d’Avion Sans Pilote ». Un grand merci pour ces éclaircissements bien utiles.

015

Document confié par M. J. Claessens, de Neupré, avec comme précision : V1 au-dessus de Liège, photo Istase.

 

Dès la prochaine édition, je vous proposerai le témoignage très intéressant de M. Marcel Lallemand, d’Esneux, le premier démineur belge à qui il fut donné de neutraliser un V1 non explosé.

La Petite Gazette du 9 juillet 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Vos témoignages se succèdent, et c’est tant mieux, nous pouvons ainsi donner un aperçu très concret de cette période qui vit les habitants e nos régions se réfugier dans les caves et surveiller les moindres sons venant du ciel.

Monsieur Serge Legros, de Tilff, nous confie son vécu :    « J’habitais alors Hamoir et étais étudiant à Liège. Vu les difficultés des transports, devenus presque inexistants, nous avions été accueillis, ma sœur et moi, dans une famille amie, rue du Palais à Liège. Ce soir-là, réunis autour de la table, on tend l’oreille à chaque passage de V1.

Tout à coup… encore un, le bruit du moteur s’interrompt, un seul regard et nous nous retrouvons, à quatre, blottis sous la table de la cuisine.    L’instant d’après, c’est l’explosion, les vitres volent en éclat, nous sortons, hébétés, de dessous notre abri dans un nuage de gravas et de poussière, mais nous sommes indemnes ! L’engin avait explosé à moins de cent mètres, place du Marché et avait fait plusieurs victimes. »

Comme promis, nous aborderons aujourd’hui le témoignage de M. Marcel Lallemand, d’Esneux, (92 ans à ce jour !). Ce monsieur est le plus ancien démineur encore en vie dans notre pays, « tant en âge qu’en ancienneté de service » tient-il à préciser Son palmarès est éloquent : 766 bombes d’avion (de 50 à 1000 kg. Et plus de 2000 autres engins de toutes natures.

« Je me suis engagé au S.E.D.E.E. (Service d’Enlèvement et de Destruction des Engins Explosifs) placé sous la houlette du Commissariat à la restauration du Pays. Je fus le premier démineur belge à qui il fut donné de neutraliser un V1 non explosé, c’était le samedi 15 janvier 1945 et l’engin était tombé à Flémalle-Haute, dans un labouré durci par le gel. Accompagné du sergent René Dage, tout comme moi issu du 3° Génie, nous auscultions du regard cette saloperie dont nous ignorions tout du fonctionnement. Nous avons parcouru les 150 m. qui nous séparaient de l’engin avec la peur au ventre. Arrivés à hauteur de l’engin, nous constatons que deux systèmes de mise à feu sont placés sur la face plane à l’avant ; nous les enlevâmes sans difficulté. Par contre, sur le ventre de l’engin, se trouvent deux orifices fermés par un plastic transparent laissant apparaître des mouvements d’horlogerie. Pour les enlever, pas d’autre solution que le marteau et le burin. Les coups donnés remettent en marche le mouvement d’horlogerie. Fuir fut notre premier réflexe, puis nous optâmes pour le blocage du mouvement à l’aide d’un quart de crayon fendu sur la longueur. Ce fut la bonne solution. Nous pûmes alors extraire ces horloges sataniques. Nous sûmes plus tard qu’elles servaient à réguler le temps de vol en agissant sur les palonniers, tout comme pour un avion. Avec beaucoup moins d’appréhension, je neutralisai encore un V1 à Sart-lez-Spa. »

Toujours selon mon correspondant, cette photo, que je reproduis ci-dessous et que vous avez découverte dans l’édition de la dernière semaine de mai, serait un faux « il s’agit d’un trucage, la tuyère est mal placée ! »

Comme s’il répondait à l’avance à la question posée dernièrement, M. Lallemand indique que : « La croyance populaire prétendait qu’un V1 était bourré de mitraille : grave erreur ! »

Je prends acte, mais qui m’expliquera alors tous ces témoignages affirmant le contraire ? Où réside donc l’origine de ce mythe, si mythe il y a ?

Par contre, toujours sur le même sujet, Monsieur Jean Gabriel, de Sprimont, m’a exposé une intéressante explication qui justifierait la présence de cette mitraille hétéroclite dans certains V1.

« C’est il y a au moins trente ans que j’ai lu dans une revue, Historia si je me souviens bien, une démonstration, apparaissant comme indubitable, affirmant que chaque fois que dix V1 étaient envoyés vers leurs objectifs, les Allemands en propulsait un d’un type un peu particulier. En effet, il aurait été équipé d’un système, assez sophistiqué pour l’époque, permettant de localiser à distance l’endroit de son impact. Comme ce système était plus léger que l’explosif contenu dans les autres engins, il était lesté avec la mitraille dont il a été question. »

Voilà qui est passionnant… Qui a déjà entendu parler de ce type d’équipement ? Qui nous aidera à voir clair dans cette intéressante questions ? Merci de votre précieuse collaboration.

La Petite Gazette du 16 juillet 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

A son tour, Norbert Lagasse, de Liège, nous confie ses souvenirs … Je l’en remercie chaleureusement : « Originaire de Remouchamps, le 24 mai 1940, lors du premier bombardement de Poperinghe par l’aviation allemande, je me retrouve avec la cuisse droite sérieusement entaillée. Blessure horrible qui me laisse peu de chances de survivre ! L’amputation de la jambe est même envisagée, mais elle n’est pas réalisable ; s’ensuivent gangrène, tétanos…

Le 2 avril 1941, alors que cette blessure est encore bien loin d’être cicatrisée, j’entame une carrière d’employé à Liège, dans les bureaux de l’A.L.E. Au fil des mois, les trajets deviennent de plus en plus pénibles, mon père me trouve un logement à Liège chez une de ses cousines. Je rentre seulement à Remouchamps le week-end.

Depuis quelques semaines, je dispose du vélo de mon oncle Alphonse Lagasse que les Allemands ont arrêté le 19 juillet 1944 et envoyé en Allemagne d’où, malheureusement, il ne reviendra jamais…

Le lundi 13 novembre, la pluie retarde quelque peu mon retour vers Liège et il est 9h30 quand j’arrive au pied de la côte des Forges, à proximité de l’église de Gomzé-Andoumont pour entamer la descente vers Trooz où je prends le trolley 31 (le vélo, pour lui éviter les infâmes pavés de la vallée de la Vesdre, étant entreposé jusqu’au samedi dans une cabine grâce à la complaisance d’un collègue.

De Gomzé-Andoumont jusqu’à l’entrée de Trooz, la route est bétonnée, hormis quelques tronçons constitués de petits pavés rappelant les endroits où le vicinal Poulseur-Louveigné-Trooz coupait naguère la chaussée.

016 Le V1 photographié ici par M. Jacques Bastin a été saisi, en 1945, en Allemagne, par les troupes américaines d’occupation et remonté ensuite d’une façon « décorative » à la base de Lackland au Texas. En effet, afin de lui donner un aspect moins sinistre, les soldats l’ont repeint d’originale façon.

J’arrive dans le Rys de Mosbeux où, à proximité d’une entreprise de menuiserie, j’ai pour habitude de ralentir car le secteur pavé, sous lequel passe d’ailleurs un ruisseau, est assez long. Brusquement, j’entends la pétarade sinistre d’un robot. Puis… plus rien ! Affaire de secondes et je suis aussitôt flanqué, comme un fétu de paille contre le parapet du pont. Seulement quelques éraflures !

S’étalant devant moi : quel décor lamentable ! Poteaux et fils électriques encombrent la route. Vélo à la main, je fais cinquante mètres pour me retrouver devant un tas de briques. C’est tout ce qui reste du logement de Monsieur Biet. Dès cet instant, je vais vivre des minutes terribles. A une centaine de mètres de ce qui était son habitation, M. Biet dirige une marbrerie d’où il a évidemment perçu la déflagration. Le hasard a voulu qu’il se préparait à aller à un enterrement et qu’il avait revêtu ses « vêtements du dimanche ». Il court dans ma direction, se débarrasse de son veston et crie sa douleur. « Et ma femme et ma fille qui sont dans la maison… »

La bombe volante est tombée exactement devant sa maison, dans un pré avec une dénivellation de trois mètres environ par rapport à la route. M. Biet et moi déplaçons quelques briques entre lesquelles s’échappe un peu de fumée provenant ( ?) d’un foyer. Bientôt arrivent une dizaine de soldats canadiens en renfort. Je ne m’attarde pas davantage sur les lieux de ce drame. Retour sur Remouchamps et consultation chez le médecin : huit jours de repos pour commotion légère.

Je suis convaincu que si le vicinal Poulseur-Trooz n’avait pas existé, je n’aurais pas eu le bonheur de fêter mon 84e anniversaire, ce 24 juin. J’apprendrai que Mme Biet a été tuée et que sa fille a été gravement blessée et sortie des décombres avec énormément de difficultés. »

017V1 : 5,30 m d’envergure. 8,40 m de long. Poids : 2 tonnes dont 600 kg d’explosifs et 1000 kg de carburant (pétrole) ; Portée 400 km. Vitesse : environ 650 Km/h ; Altitude : entre 500 et 1000 mètres. (Document transmis par Mme Edmée Kerfs, de Havelange, mais née à Tilleur.)

 

La Petite Gazette du 6 août 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

La question posée au sujet du contenu des V1 vous a incités à m’écrire encore très nombreux à ce propos et, vous le constaterez au fil des prochaines éditions, les réponses sont loin d’aller toutes dans le même sens !

Voyons ce que nous raconte aujourd’hui Monsieur Alphonse Henrard, de Hotton.

« Je suis natif de Grâce-Berleur et pendant la guerre j’habitais cette commune. J’avais seize ans à l’époque, mais mes souvenirs sont encore intacts et complets. Nous avions constatés qu’il y avait deux « types » de V1 :  les hauts et les bas. Nous pensions que les hauts étaient pour Anvers et les bas pour nous, pour Liège. Beaucoup de jeunes, en ce temps-là, étaient férus d’aviation et de tout ce qui volait. Avec un ami nous avions été interpellés par les racontars concernant le « contenu » des V1 et nous avions décidé d’aller constater de visu.

Un jour, vers 7 heures du matin, un V1 était tombé au lieu dit « Ciseleux » au Berleur. Avec mon ami et de suite, nous avions foncé sur l’endroit et nous avions contrôlé par nous-mêmes que les restes de ce V1 ne contenait absolument rien de ce que l’on prétendait qu’il devait receler. »

La Petite Gazette du 20 août 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOT

Cette rubrique connaît toujours le même succès et vous êtes très nombreux à me dire l’intérêt que vous y portez. Merci.

018

 

 

 

Monsieur le Dr A. Labay, de Comblain-au-Pont, a visité, au début du mois de juillet dernier, le Blochaus d’Eperlecques (Pas-de-Calais, France) où une base de lancement de V1 a été reconstituée (45 mètres de long). Mon correspondant a eu l’excellente idée de photographier le site.

 

Un tout grand merci pour cette intéressante initiative.

Monsieur Jean-Pierre Beaufays, de Méry, revient sur la présence ou l’absence de mitraille dans les robots : « Mes parents et mes grands-parents, qui ont vécu à l’époque, m’ont, en effet, toujours dit (N.D.L.R. Les miens aussi !) qu’un nombre important d’objets hétéroclites étaient retrouvés à l’endroit d’impact de ces engins.

De plus, il paraît que des mitrailles ont également été retrouvées au cours d’assez récentes fouilles effectuées sur le point de chute d’un V1 au lieu dit « le Boubou » à Méry. Dans ces récits, il est toujours fait état de fers à repasser. Ne pourrait-on pas raisonnablement supposer que les éléments constituant la mécanique anti-conventionnelle de ces engins puissent passer pour des mitrailles et qu’un des éléments constitutifs de cette mécanique ait, à s’y méprendre, l’aspect d’un fer à repasser ? » La question est posée, mais trouvera-t-elle une réponse ?

Monsieur Raymond Delcommune, de Champlon-Ardenne, nous apporte quelques éléments de réponses. Il nous transmet des documents extraits de rapports secrets destinés à la deuxième Direction du Ministère de la Défense Nationale.

« Extrait d’un rapport d’observateurs de ‘passage de bombes volantes’ secteur de Sprimont : chute d’un V1 le 14 novembre 1944 à 21h28 au sud de Sprimont : « l’engin était farci de vieilles ferrailles, fer à repasser, ressorts de lit, etc. »

Un extrait d’un rapport de gendarmerie (brigade d’Olne) signale la chute d’un explosif genre V1, le 24 novembre 1944 à 23h58 au lieu-dit « Rafhay » commune d’Olne. Parmi les débris on remarque des « manches de grenades allemandes dans un rayon de deux cents mètres »

Dans un bulletin de renseignements daté du 27 novembre 1944, on lit « d’après les renseignements fournis par différentes personnes, il a été constaté très souvent au point de chute des bombes volantes la présence de mitrailles telles que : vieilles ferrailles ; fer à repasser, cadres de vélo, morceaux de vieux lits en fer, lames de rasoir, etc. »

Un autre bulletin de renseignements daté du 11 décembre 1944 rapporte « des agents signalent que certaines bombes tombées aux environs de Liège devaient contenir des morceaux de verre épais, des lames de rasoir, des morceaux de vieille ferraille. Ces objets ont été trouvés après l’explosion et ne proviennent pas des immeubles détruits par l’explosion. »

Un autre document parle du témoignage en Allemagne d’un témoin oculaire. « L’intéressé a vu remplir une carlingue de V1 de toutes sortes de mitraille de plomb, de fer, etc. mélangées à du phosphore en poudre et à des matières incendiaires. »

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Selon moi, poursuit M. Delcommune, l’endroit de la charge explosive enclavée dans une cellule complètement fermée entre le gyro-compas et le réservoir à essence est le seul emplacement possible pour ces pièces insolites (voir photo). Il y était prévu environ 830 kilos d’explosif très puissant, dans un volume d’environ 540 dm3 . Une petite partie de l’explosif pouvait être amputée au profit de pièces métalliques de dimensions réduites. La consistance de l’explosif était proche de celle du mastic du vitrier, cette opération ne devait rencontrer d’énormes difficultés. Je crois que ce remplissage ne pouvait se faire qu’à l’usine. Evidemment les détonateurs ne se plaçaient que peu avant le catapultage. Aujourd’hui, l’actualité nous montre certains kamikazes qui utilisent du plastic explosif mélangé à des clous qui deviennent des projectiles meurtriers au moment de l’explosion. »

Merci pour ce témoignage, ces renseignements et cette tentative d’explication.  A votre tour, nous aiderez-vous à tenter de résoudre cette question ?

La Petite Gazette du 27 août 2003

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Cette rubrique m’a encore valu de nombreux courriers montrant à suffisance l’intérêt que vous portez à ce sujet. Pour beaucoup de lectrices et de lecteurs, il aurait été l’occasion de se remémorer des souvenirs douloureux … ou plus légers.

Monsieur Raymond Delcommune, de Champlon-Ardenne, nous apporte de bien intéressants renseignements : « Dès octobre 1944, la Belgique recevra quotidiennement des V1 jusqu’au 30 mars 1945. A cette époque, les rampes de lancement sont situées en Hollande et en Allemagne. Les responsables de ces bases devaient recevoir très régulièrement du Haut commandement Allemand les « objectifs du jour ». Nombre de villes belges recevaient un numéro d’objectif, ainsi Liège avait le numéro 0103, Antwerpen 0304, Hasselt 0301, Mons 0109, etc.

De nombreux réglages précédaient le catapultage du robot aérien. Des instruments étaient réglés sur la base de paramètres obtenus sur une fiche de calcul. Ainsi il était tenu compte des informations météorologiques et géographiques. De l’exactitude de ces renseignements dépendait la précision du tir. Les gyroscopes du pilote-automatique réagissaient mal en cas de fort vent latéral. La précision moyenne des tirs variait d’environ 10 Km pour des tirs d’environ 250 Km. La tactique aérienne pour le lancement des robots n’était efficace que dans l’optique de l’envoi de « tir groupé ».

020

 

Un V1 sur 10 ( ?) était muni d’un petit poste émetteur situé juste avant l’empennage arrière (voir dessin)

 

A environ 50 Km de l’objectif, l’émetteur était alimenté et une antenne traînante d’environ 50 m. était expulsée à l’extrémité arrière du V1. pendant environ cinq minutes un signal convenu sur une fréquence connue dans la bande des 200 à 500 Khz était émis pour être détecté par des récepteurs allemands. Les manipulateurs déterminaient par radiogoniométrie le trajet parcouru et le lieu de l’impact au sol. L’écart entre le point de chute réel et théorique permettait de réajuster certains réglages.  Une série de bombes volantes pouvait ainsi être envoyée jusqu’à une nouvelle initialisation des paramètres par l’envoi d’un autre V1 avec un poste émetteur. Ainsi pour toute la journée du 16 décembre 1944 (premier jour de la Bataille des Ardennes), les représentants de l’ordre (Gendarmerie, Police, Bourgmestres…) signaleront au Ministère de la Défense Nationale 36 chutes de V1 dans toute la province de Liège. 29 tomberont sur Liège dans un rayon de 10 Km !

021    Mon précieux correspondant conclut son envoi en revenant sur la présence ou l’absence de mitraille dans les V1 : « Je crois utile de préciser, m’écrit-il, que les cas d’objets insolites trouvés dans les robots sont très rares. A défaut de recherche statistique, les cas de mitraille trouvée dans les torpilles volantes ne devraient pas excéder 1% du total des V1 envoyés sur Liège. »

Merci pour tous ces renseignements, dès la semaine prochaine, nous retrouverons d’autres souvenirs liés à cette époque particulière de la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

La Petite Gazette du 3 septembre 2003

QUAND TOMBAIENT LES ROBOTS…

   J’ai encore reçu plusieurs courriers concernant ce sujet qui vous intéresse grandement, vous interpelle ou vous émeut. Aujourd’hui, je vous propose de vous pencher sur les souvenirs de Madame Henriette Vranken-Fischer, de Sy.

« Je serais bien de l’avis de Monsieur Gabriel, de Stoumont, (voir l’édition du 9 juillet). A cette époque, j’habitais Liège, rue Ste-Julienne, endroit assez recherché, hélas, par les V1. Peut-être par sa situation au pied du Thier de Robermont et de la rue Cornillon, anciennes voies militaires vers l’Allemagne par Berneau ? Ou par certains courants d’air favorisés par le pied de la colline ? Tout ceci pour en arriver à la fréquence de ces robots. Notre famille s’était organisée, les jeunes surtout, frères, sœurs, cousins, de surcroît sportifs (basket) accouraient au plus vite quand un V1 tombait à proximité. Voici qu’un robot « spécial » tombe rue de Jupille, près de l’ancienne caserne de l’Intendance. Nous apprenons qu’il était lesté de toute une panoplie d’objets divers, batteries de cuisine, vieux fers de toutes les sortes, même des fils de fer barbelés. Les commentaires allaient bon train – bon signe – c’était la fin des Allemands !  … Après n’avons-nous pas appris que des collectes de récupération de ferreux et non ferreux étaient organisées pour soutenir l’effort de guerre et que ménagères et dames patronnesses inspirées vidaient caves et greniers. »

Merci pour ces souvenirs.

La Petite Gazette du 10 septembre 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS

Monsieur L. Disy habite Liège, mais, grâce à ses enfants établis à Burnontige, il lit régulièrement La Petite Gazette.

« Les souvenirs concernant les robots me rappellent bien les moments tragiques, mais aussi, parfois, amusants. En cette fin 1944, j’habitais rue des Vennes à Liège et, à cinq minutes de chez moi, rue de Wetzlaer, résidait mon copain. Je passais chez lui une grande partie de la journée car le Collège était fermé. En raison du danger, tous les habitants de ces maisons de quatre étages vivaient dans les caves. Tous, sauf un, le brave Monsieur Limet ! Durant toute la guerre, ses voisins savaient s’il venait de passer car il fumait des feuilles de marronniers…

Parfois, un sourire était difficile à réprimer quand il nous relatait les conversations qu’il avait dans la garde-robe avec l’esprit de sa femme, morte avant la guerre !

En relation avec les esprits, il ne craignait rien, restant nuit et jour dans son troisième étage.  Un soir, cependant, nous le vîmes arriver dans la cave avec sa couverture. Comme nous étions étonnés, il nous expliqua que, sur un bâtiment proche, les mauvais esprits venaient d’apparaître et qu’il était très soucieux. Il fut, cette fois, très difficile de ne pas extérioriser nos rires.    La nuit suivante, un robot rasa le bâtiment en question !    Fini de rire. Dès lors, nous étions anxieux de connaître les confidences des esprits.

Pour vivre dans les caves, les gens s’étaient organisés. Ils avaient descendu les matelas, quelques provisions et un poêle dont on faisait sortir la buse par le soupirail. Comme on le disait, les gamins de m… s’amusaient en faisant pipi dans les buses tout en se réjouissant de l’effet produit un mètre plus bas.

Dans les caves, à huit ménages plus les amis, on discutait, on s’informait et on jouait à la belote des heures durant à un demi-centime le point.

A 23 heures arrivaient trois robots, de direction différente sans toujours tomber sur Liège. Par bravade, je disais : « Je retourne par le robot d’onze heures » ce que je faisais chaque soir.

022

 

 

 

 

 

 

Base de lancement de V1 au blochaus d’Eperlecques (Pas-de-Calais)

Photo réalisée par M. Le Dr A. Labay

 

Un soir, le père de mon copain me dit, vers 22h30, « Louis, tu devrais peut-être retourner plus tôt aujourd’hui » Je l’écoutai.    En arrivant chez moi, je descendis à la cave pour souhaiter une bonne nuit à mes parents et grands-parents avant de souper et de regagner ma chambre. J’y étais à peine qu’un V1 tombait presque en face de la maison. La porte avait été défoncée par une bille de chemin de fer venant de je ne sais où.

A quelques maisons de chez nous habitait la famille Verspelt. De leur porte, il ne restait que la partie inférieure, sous la serrure. M. Verspelt, en pyjama, devant son restant de porte, me dit : Maintenant, il ne me reste plus qu’à faire Meuhh !

Un autre de mes voisins trouva, dans sa chambre, un paquet de tabac et un briquet venant d’ailleurs car il n’y avait pas de fumeur chez lui ! Dans notre cuisine, le hareng prêt pour mon souper était constellé de morceaux de verre.    Dès cette soirée, j’ai dormi dans la cave, comme le restant de ma famille. Ce soir-là, le pressentiment de M. Lavigne m’avait vraisemblablement sauvé la vie.

La Petite Gazette du 1er octobre 2003

AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS…

   Alors que d’autres témoignages me sont encore parvenus dernièrement, je vous livre aujourd’hui le contenu d’un courrier reçu il y a bientôt quatre mois…

« J’ai lu avec intérêt, me dit M. Jean-Jacques Brock, de Vielsalm, le récit de Mme Godefroid. A l’époque des faits qu’elle relate, j’étais tilffois moi aussi et j’habitais au fond de la rue de Louvetain, sur les hauteurs de Cortil, vers les 7 collines. Les gosses que nous étions disposaient là d’un observatoire privilégié pour regarder tomber les « bombes volantes » ; Cortil se trouve, en effet, sur la rive droite de l’Ourthe, à l’est de celle-ci. Or les robots qui nous survolaient, venant d’Allemagne, étaient destinés au complexe industriel de Seraing, situé à l’ouest, et leur charge de carburant était calculée en fonction de la météo (vent essentiellement) pour être épuisée en vue de l’objectif de sorte qu’ils s’abattent dessus, faute de propulsion.

Ce système rudimentaire aujourd’hui remplacé, par l’électronique et le guidage par satellite, était fort imprécis et il était fréquent que ces engins tombent trop court ou trop long. Leur chute était d’ailleurs annoncée par l’arrêt soudain de leur moteur et de son bruit. Compte tenu de la configuration de la vallée dont la crête ouest dominait la Meuse et Seraing, presque tous les robots qui tombaient trop court s’écrasèrent donc sur cette colline, face à la nôtre, en rive gauche de l’Ourthe et nommée « Sur le Mont ». Rares sont ceux qui tombèrent de notre côté et sur le village de Tilff bien à l’abri dans le fond de la vallée. Je pense qu’il y en a eu environ 360 dans la commune. Je n’ai pas de souvenir qu’ils contenaient de la ferraille (il n’y avait pas de compartiment pour une telle charge inoffensive qui eût, en outre, nécessité un surcroît de carburant inutile et dispendieux), mais leur explosion les réduisait bien entendu à cet état ce qui peut avoir entretenu la confusion. Je ne pense pas non plus que leur système de vol leur aurait permis de faire demi-tour car leur système de guidage était très rudimentaire et n’aurait pas permis de correction aussi forte. Je sais par contre par un ami qui fut pilote dans la R.A.F. que de tels engins furent souvent détournés de leurs cibles anglaises par les Spitfires qui les poussaient de l’aile. »

D’autres témoignages viendront encore, prochainement, compléter cette intéressante collection de récits consacrés aux bombes volantes. Merci de votre précieuse collaboration.

 La Petite Gazette du 8 octobre 2003

AU TEMPS OU TOMBAIENT LES ROBOTS

   Cette rubrique attire toujours autant de courriers et je m’en réjouis. Il me faut cependant réclamer un peu de patience à tous ceux qui m’ont écrit pour l’alimenter, je ne puis tout publier d’un coup ! Il y a déjà de longues semaines que M. Van Craywinkel, d’Evelette, nous a fait parvenir son témoignage.

« Oui, j’ai connu la période de guerre aux passages des V1 dans notre contrée… Un jour, en matinée, alors qu’il y avait un brouillard très opaque, j’entends le bruit caractéristique fait par ces engins. Tout à coup, le bruit cesse et, comme tout le monde, je crains une catastrophe. Le V1 est tombé dans le petit hameau d’Ossogne, Havelange, il a explosé dans une prairie proche des maisons. Je me suis rendu de suite sur les lieux et j’y ai constaté l’effet de cet engin qui avait éparpillé toutes sortes de ferrailles. Deux jeunes filles avaient été blessées à la figure, mais, heureusement, ce n’était pas très grave.

Quelques jours après, je suis allé à Haillot où un V2, à ce que l’on a dit, est tombé et a explosé en plein centre de la route principale. Il a creusé un cratère de cinq à six mètres de profondeur et causé des dégâts aux bâtiments proches. Heureusement, il n’y eut pas de victime, mais la peur se lisait sur tous les visages. »

Monsieur Willy Hendrix, de Neblon le Pierreux, vous conseille la lecture de l’ouvrage de souvenirs dû à la plume de Mme Marie-Thérèse Hanot, édité en 1994 par les éditions Dricot de Bressoux (il y est toujours disponible). Illustrant les propos de l’auteur, vous y découvrirez de nombreuses photographies montrant les dégâts causés par ces engins à Liège, les familles vivant dans les caves, les rues dans lesquelles les cheminées des poêles sortaient des soupiraux…

Monsieur René Franquet, de Barvaux, se souvient lui aussi :    « Nous habitions alors à Herstal, non loin de la F.N. et, à cause de cette usine, c’était un endroit très dangereux car les robots, ces machines infernales, avaient toujours tendance à tomber en panne de carburant dans les alentours immédiats.

Mon souvenir le plus précis, c’est notre cave : papa en avait fait un genre de galerie de mine, étançonnée par de grosses poutres de bois reliées entre-elles. Maman dormait à côté de moi et papa, lui, dans un hamac accroché à ces gros bois. Je revois aussi mon petit tableau noir et des craies de couleur, et aussi une étagère garnie de linges et de cruches d’eau. Vu l’inconscience de mon jeune âge, je trouvais même cela amusant.

Au petit matin du 26 septembre 1944, rien ne laissait imaginer le pire, sans le bruit caractéristique du robot, sans alerte… Il y eut soudain une énorme explosion. Je me souviens des vitres brisées, de cette poussière de plâtras, des cris du voisinage. Je revois maman se précipiter deux rues plus bas où habitait toute sa famille. Au-delà des mots, quelle horreur à ses yeux… La rue Adrien Cartier était transformée en un tas de ruines au milieu desquelles un cratère géant fumait encore. Ce jour-là, j’ai perdu mes grands-parents, un oncle, une tante, en tout il y eut 17 victimes.

Autant de dégâts pour un V1, ce n’était pas possible ! Nous ne le savions pas, mais cet engin sournois, puissant, silencieux était une fusée V2, la première tombée à Herstal ; il y en aura bien d’autres par la suite.

Aujourd’hui, je ne me pose même pas la question concernant ces histoires de casseroles, fers à gaufres ou autres ustensiles… Imaginez-vous les ingénieurs allemands capables de transporter une tonne d’explosif grâce à son pulsoréacteur, ou de créer le Messerschmitt bimoteur à réaction qui surclassait tous les appareils alliés, qui prenaient la fuite rien qu’à sa vue, ou encore d’inventer cette fusée V2 qui inspirera plus tard la N.A.S.A. qui en testera bien des répliques ; s’occuper de casseroles ? Ils en rougiraient de honte ! »

La Petite Gazette du 22 octobre 2003

AU TEMPS OU TOMBAIENT LES ROBOTS…

J’ai toujours, dans mon bac à courriers, divers témoignages relatifs à ces engins qui semèrent la terreur en nos contrées dans les derniers moments de la guerre 39 –45. Aujourd’hui, j’en extrais le récit que m’a fait parvenir Mme Flore Duchesne, de Havelange.

« N’en déplaise à vos correspondants qui affirment le contraire, je pense, comme bien d’autres, qu’il y avait bel et bien des débris hétéroclites à bord de ces engins de malheur, ou du moins de certains. Je vous en donne d’ailleurs quelques témoignages assez probants.

A Ocquier, en 1944 vivaient des réfugiés de Liège, rescapés des robots. Tous évoquaient un chargement de mitraille, comme ils disaient,  dispersé lors de l’explosion :  morceaux de couvercle ou de boîtes de conserves, un tas d’objets pointus ou coupants destinés à tuer et qui ont fait beaucoup de victimes.

Les principales cibles visées par les V1 étant Liège et Anvers, l’écrivain Léon Caris, habitant cette dernière ville, avait mis à l’abri sa petite famille à Ocquier, où il revenait régulièrement. Grand ami de mon père, il venait souvent à la maison et parlait des robots comme de véritables machines à tuer, chargées d’objets métalliques, tranchants pour la plupart, ou alors très lourds ; il y avait même des boulons et des grands clous.

Les robots manquaient parfois leur cible. C’est ainsi qu’il en est tombé deux ou trois dans la campagne avoisinant notre village et je me souviens, lorsqu’ils s’arrêtaient, de la panique indescriptible qui s’emparait des gens. Cela ne durait que quelques secondes, mais si on savait que cet engin était en train de tomber, par contre… on ne savait pas où… et cela pouvait être sur votre tête ! Quel ouf de soulagement, quand on entendait l’explosion. Le plus proche est tombé à un kilomètre du village et, à Ocquier, il y a eu des vitres cassées, entre autres une des grandes vitrines de la quincaillerie (chez Camille Walhin actuellement chez le docteur Legrand) qui fut fendue de bas en haut ! Avec des amis, papa est allé voir le lieu de l’impact. Lui aussi évoquait des débris divers, parmi lesquels il avait retrouvé  – il était formel –  des restes de réveil-matin, mais peut-être étaient-ce là les rouages et les ressorts du mouvement d’horlogerie dont parlait M. Lallemand ?

Merci pour ces nouveaux témoignages. Il est vraisemblable que nous ne vous mettrons pas tous d’accord sur la présence ou non d’objets métalliques transportés par les robots, mais là n’est pas non plus l’objet de la publication de pareils témoignages… Grâce à vous, nous pouvons faire revivre le quotidien de cette époque, avec ses craintes, les précautions prises et, parfois, les joies, tout de même, surtout celles vécues par les enfants d’alors dont, heureusement, l’insouciance pouvait prendre le dessus sur la peur.

La Petite Gazette du 29 octobre 2003

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS…

    Décidément, cette rubrique connaît un succès qui dépasse et de loin toutes mes prévisions… En effet, chaque semaine m’apporte de nouveaux témoignages et de nouveaux souvenirs. Au risque de me répéter, je me félicite de cette abondance de courriers et je vous en remercie.

Madame Sornin, de Modave, m’écrit ceci : « J’habitais Saint-Nicolas, dans « le fond des rues », j’ai aussi connu les robots et je trouvais cela amusant, comme M. René Franquet, d’aller chez un copain, qui demeurait cinq maisons plus loin, et cela en passant par des ouvertures pratiquées dans les caves et permettant de passer de l’une à l’autre.

Je logeais chez ma tante, on avait installé, avec des tréteaux, un plancher au-dessus des pommes de terre et nous dormions, côte à côte, bercés par le ronflement du poêle dont la buse sortait par le soupirail. La cave était aussi étançonnée par de grosses poutres, comme au charbonnage, pour la rendre plus sûre. En plus, on n’allait plus à l’école !

J’avais, à cette époque, une souris blanche que j’emmenais partout avec moi, dans mes excursions. On mettait une couverture sur le coke et elle se promenait dessus. Elle devait cependant faire souvent sa toilette !

Une après-midi, on entendit le bruit caractéristique du robot. Vite, tout le monde à la cave, moi y compris ! Soudain, je pense à ma souris restée en haut… Je remonte pour aller la chercher sous les cris de « Non, reviens ici ! » J’attrape ma Belle et je redescends vers la cave. Tout à coup, le robot tombe derrière la maison en tuant une maman et ses trois enfants. L’escalier sur lequel je me trouvais se détache alors du mur et tombe dans le fond, dans une incroyable poussière. J’entends encore ma grand-maman s’écrier « Nom di Dju, èlle èst touwèye ! » Et moi de répondre : « Non, Grand-maman, elle vit encore ! » Bien sûr, je parlais de Belle… »

La Petite Gazette du 19 novembre 2003

AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS…

   Il y a déjà cinq mois que j’ai reçu le témoignage de M. V. Lambion, de Comblain-la-Tour, seule l’abondance des courriers reçus sur le sujet explique cette parution si tardive ; il paraît que là réside la réalité du succès…

« J’avais alors 20 ans et je commençais les premiers labours d’automne à la ferme Ch. Defechereux, à Sparmont (Comblain-Fairon). Tout à coup, j’ai vu arriver, de la direction Comblain-la-Tour – Xhoris, mon premier V1, qui correspondait très bien aux photos que vous avez publiées. J’étais ahuri par le bruit assourdissant qu’il émettait, puis arrêt du moteur et chute de l’engin sur le pont roulant de la carrière de granit de Ouhar (Anthisnes). Comme j’étais sur une hauteur, j’ai eu le loisir de bien regarder le tout.

Huit à dix jours plus tard, j’étais toujours aux labours, au lieu dit ‘Banc des menteurs ‘,en face de la ferme de Houp-le-loup. Soudain, nouveau bruit infernal, mes trois chevaux se sont cabrés sur leurs pattes arrières en hennissant, puis Boum ! Je dois vous avouer, qu’avec une dame de La Rock, Anthisnes, venue ramasser du bois mort, nous avons eu la trouille de notre vie en voyant le V1 foncer sur nous. Heureusement au dernier moment, le moteur s’est arrêté et il est tombé juste en face de nous, dans le vallon creusé entre les deux fermes précitées. Nous avons été couverts de petits déchets de zinc et de ferraille et plusieurs carreaux des deux fermes ont volé en éclats.

Une quinzaine de jours plus tard, j’étais parti me faire opérer à la clinique Sainte-Rosalie et, après une dizaine de jours, j’étais sortant. Dans cette matinée, le premier robot que j’ai connu sur Liège est tombé dans le quartier de l’église des Oblats. On avait déjà eu peur quand un deuxième arriva sur Don Bosco dans le quartier du Laveu. Là ce fut plus grave pour l’hôpital. Beaucoup de vitres se brisèrent et les infirmières couraient d’un étage à l’autre pour tenter de calfeutrer les fenêtres en empêchant les courants d’air qui faisaient frissonner tous les patients. Les scènes de panique auxquelles j’ai assisté seront trop longues à vous expliquer.

Comme j’étais sortant, j’attendais la petite camionnette au charbon de bois de Michel Perello. Comme cela faisait aussi beaucoup de bruit et qu’il me fallait le temps de régler mes factures, les malades dans les chambres de la façade hurlaient de peur en entendant ce moteur. Nous avons quitté l’hôpital et avons même traversé les pelouses du Boulevard d’Avroy pour passer sur le seul pont de bateaux gonflables érigé par le Génie américain. C’était vraiment la pagaille dans tous les coins de la ville. Vu l’étroitesse de la camionnette, nous avons pu traverser l’Ourthe sur la passerelle réservée aux piétons, à hauteur du Pont des Grosses Battes, qui, lui, avait été dynamité. Quand nous sommes arrivés « Au fortin », rue de Tilff, il en est encore tombé un sur l’Hôtel du Bon Accueil en face du point d’arrêt de Streupas. »

    Un immense merci pour ce témoignage si vivant.

La Petite Gazette du 26 novembre 2003

LES V1 SONT AUSSI TOMBES SUR BRUXELLES…

Monsieur Willy Orins, de Petit Houmart, enfant, habitait à Forest. « J’avais huit ans et j’habitais, à Forest, rue de la Soierie, près de la gare de formation (arrière-gare de Bruxelles Midi) . En pleine nuit, un V1, dans sa chute malencontreuse, détruisit plusieurs habitations rue Bollinckx en faisant plusieurs victimes.

Pendant un court instant, alors que j’étais presque à un kilomètre de l’impact, je pouvais lire mon journal de classe tant l’amplitude lumineuse de l’explosion était importante. Les Allemands ratèrent la gare, mais pas les civils !

La crainte des V1 naissait du bruit spécifique de leur tuyère. On les entendait de loin, mais quand le bruit cessait on savait l’imminence de la chute. On ne savait où ils tomberaient car, en chutant, il changeait souvent de direction. »

ILS ONT AUSSI DECOLLE DE NOTRE ARDENNE !

Un courrier me venant de Tavigny et signé Mme Sulhant-Maréchal (si je lis bien) évoque également cette réalité de la peur née du bruit de ces engins, mais ce courrier rapporte aussi que l’Ardenne vit décoller ces engins de mort.

« J’ai beaucoup de plaisir à lire ces histoires qui me rappellent beaucoup de souvenirs. Un beau matin, en allant faire du feu pour la ‘cabolèye’ des cochons ; un bruit formidable se fit entendre au-dessus de moi. C’était comme si trois circulaires à bois fonctionnaient en même temps. J’ai couru dans le fenil à côté où je me suis abritée, toute tremblante de peur. Je ne l’ai pas vu, mais je l’ai bien entendu ! Il paraît que c’était un V1 et qu’il est tombé sur Paris. Il aurait été fabriqué dans notre Ardenne, du côté de Les Tailles, dans les bois… et je le crois volontiers. Je n’ai jamais oublié ce fameux bruit ni la frousse qu’il m’avait fichue. »

La Petite Gazette du 3 décembre 2003

AU TEMPS OU VOLAIENT LES ROBOTS…

Encore un témoignage sur ce sujet qui, manifestement, ne vous lasse pas et vous inspire toujours autant. La particularité du témoignage de Monsieur Michel Donnay, d’Alleur, vous apparaîtra dès sa première ligne.

« Je n’étais pas en Belgique à ce moment-là, j’étais alors contraint au travail obligatoire près de Berlin. Il me semble toutefois qu’il faudrait ajouter à cette saga, qu’en Allemagne, la propagande de Goebels vantait leur puissance de destruction. Chacune de ces armes de représailles, affirmait alors cette propagande, détruisait 800 constructions lors de son explosion.

Je crois aussi, comme cela a été dit dans ces colonnes, que le terme « avion sans moteur » (« sans pilote ? ») s’appliquait à une arme expérimentée avant les V1 et les V2.    D’après ce que j’ai vu et entendu, c’était une carlingue d’avion de chasse sans moteur. Bourrée d’explosifs, elle devait être remorquée et larguée sur l’objectif, mais je n’ai jamais lu que les Allemands s’en soient servis.

Au sujet de l’origine du nom « robot », il s’agit, en effet comme d’autres l’ont signalé, d’un mot slave qui signifie ‘travail’. »

Merci pour ces intéressantes précisions. Nous retrouverons, prochainement, M. Donnay qui évoquera pour nous un étonnant souvenir de son retour en Belgique après la libération de Berlin par l’Armée Rouge.

La Petite Gazette du 10 décembre 2003

UN V1 A DETRUIT NOTRE MAISON A ANGLEUR.

Encore un passionnant souvenir illustré que nous devons à M. Houlmont, de Boncelles.

« Un robot est tombé sur notre maison et celles voisines, rue Verhaeren, à Angleur. Le robot est tombé entre les numéros 41 et 43, côté Est donc à l’arrière et en contrebas.

Les conséquences : au 45, un peu de dégâts. Les maisons aux n° 41 et 43 furent rasées. Il n’y eut, heureusement, aucune victime ! Au n°43, personne n’était présent, au n°41 (chez les Bernimolin) tout le monde était terré dans la seule cave qui ait tenu le coup. Ils furent sortis par le soupirail et d’autres brèches ouvertes dans les décombres grâce aux secours de l’époque. En plus, le feu ravageait les ruines.

Chez nous, au n°39, mes parents avaient heureusement décidé, sept jours auparavant, d’évacuer vers la campagne car c’était quand même plus sûr. Après plusieurs déménagements, nous nous sommes fixés à Ombret, village dont je vous parlerai encore.

Dans notre maison, bien avant qu’on ne parle de V1, papa avait étançonné toutes les caves avec des piquets d’acacia installés tous les quatre-vingts centimètres. C’était amusant, tout comme le palais des glaces de la Foire de Liège, sans les glaces bien sûr.

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Voici ce qu’il restait de notre maison après le passage du robot

Chez nous, inutile de vous dire, vous le voyez vous-mêmes, que papa a dû démolir avant de reconstruire. Quelle catastrophe, la maison venait juste d’être payée !

Avant les V1, se souvient ma sœur Laure Houlmont, elle aussi de Boncelles, (j’étais trop petit alors pour m’en souvenir moi-même), il y avait eu les bombardements/ On vivait alors portes semi-ouvertes, jour et nuit. Voici ce qu’elle m’a raconté.

Chaque fois qu’il y avait une alerte nocturne (sirènes), papa et moi nous bousculions dans l’escalier pour aller nous mettre à l’abri dans les caves « blindées ». J’ai alors questionné ma sœur, « Et maman alors? » Maman raisonnait autrement, elle disait : « dj’inme ostan d’èsse touwée d’on cô qui di morri êtèrèe ! » C’était défendable. En entendant ce récit, il me vient encore une question que j’adresse à ma sœur : « Et moi alors, le tout petit gamin, qu’est-ce que je devenais ? » Réponse ironique de Laure : « Toi, on te laissait dormir avec maman ! »

Autant vous dire que je ne suis pas très content de leurs réactions… Enfin, je suis vivant et en bons termes avec ma sœur. »

La Petite Gazette du 23 décembre 2003

AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS…

   C’est réellement un anthologie de témoignages et de souvenirs que la Petite Gazette aura réalisé sur ce sujet. La régularité, l’abondance et l’intérêt de vos courriers relatifs aux V1 qui tombèrent sur nos villages et nos villes confirment, si besoin en était encore, combien ce sujet vous passionne. Cette semaine, c’est Monsieur Jean-Marie Goffart, de Neupré, qui se souvient.

« Comme je suis né en 1934, j’ai connu, bien sûr, le temps des robots. Mes parents habitaient la rue Mandeville, à Liège ; nous avons d’abord expérimenté les bombardements de 1943, les Américains étant venu bombarder la gare des Guillemins.

Hélas, un vent défavorable soufflait et toutes les bombes tombèrent rue Mandeville, tuant un certain nombre de civils et détruisant pas mal de maisons. Celle de mes parents étant devenue inhabitable, nous nous relogeâmes au centre ville, rue de l’Official, sur le côté de l’ancien Sarma, au second étage. Ce détail a son importance, car les robots, lorsque leur moteur s’arrêtait, vous donnaient encore de 8 à 15 secondes avant d’arriver au sol. Comme, pour descendre à la cave, il y avait trois étages, bien souvent, l’explosion survenait avant que je ne sois dans la cave. Il m’est arrivé aussi, dans ma précipitation, d’arriver au bas de l’escalier, cul par dessus tête. Heureusement, j’étais mince et léger, je ne me suis jamais rien cassé.

Aussi, après un certain temps, nous nous contentions de nous abriter sous la table pour éviter d’éventuels débris. Je dois dire que, contrairement à certains de vos correspondants, j’avais très peur de ces machines infernales comme j’ai vu également des soldats américains dans le même état d’esprit !

A l’école, en effet, les cours ne furent pas suspendus tout de suite, quand l’instituteur entendait le bruit d’un robot, il arrêtait de parler. Si le moteur s’arrêtait, les 25 enfants disparaissaient sous leur banc, dans cris, sans panique. L’instituteur restait à son bureau, en apparence impassible et, après l’explosion, le cours reprenait parfois sans le moindre commentaire.

Quant aux ferrailles trouvées dans ces engins, il semble bien, en effet, que certains en contenaient. Ce qui est assez logique, ces débris augmentaient le danger que ces machines infernales représentaient pour les civils qui constituaient leurs cibles.

Je vous félicite pour cette série d’articles, les acteurs de cette époque deviennent en effet assez vieux et je pense que c’est un témoignage intéressant pour les jeunes.

Au sujet de la poussière dégagée lors des bombardements, c’est effectivement un des dangers connus et, à l’époque, nous avions un seau d’eau et des morceaux de tissu qui, imbibés de cette eau, constituaient un filtre assez efficace contre la poussière. »

Vous l’aurez constaté, depuis des mois, rares sont mes chroniques hebdomadaires ne comptant pas un ou plusieurs témoignages concernant les robots. Il me semble maintenant que nous avons fait le tour de la question et que nous n’apprendrons plus rien d’inédit sur ces engins de mort. Vos réactions ont été quasiment unanimes pour apprécier cette longue série et, bien entendu, je vous permettrai de découvrir tout ce que j’ai reçu à ce jour sur le sujet. Je ne serais cependant pas honnête en ne signalant pas que l’un ou l’autre parmi vous m’ont demandé d’arrêter de publier des témoignages évoquant des périodes aussi sinistres que celles des guerres. Enfin, un lecteur de Mabonpré-Houffalize m’a littéralement inondé de courriers dénonçant l’appellation même de « robot » qui, selon lui n’a jamais été employée à l’époque des bombes volantes. Le but de La Petite Gazette n’est certainement  pas de polémiquer, mais simplement de vous permettre de communiquer souvenirs, témoignages et récits du temps passé. Je choisirai cependant, parmi les nombreuses photocopies de documents transmises par ce lecteur, de vous proposer cette photo dont je ne puis, malheureusement, vous dire de quel ouvrage elle est extraite.

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Une des rares photos présentant Werner von Braun.

 

Monsieur Raymond Boland, d’Anthisnes, m’a, quant à lui confié ce document extrait d’une revue abandonnée par un soldat américain et qu’il a recueillie alors qu’il n’avait que quatorze ans.

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La Petite Gazette du 30 décembre 2003

UN ROBOT TOMBÉ  À LIÈGE EST À L’ORIGINE DE LA CONSTRUCTION D’UNE CHAPELLE À PETITE-SOMME

 M. Jean Courtois, de Somme-Leuze, nous conte cette étrange histoire. « A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un robot tombe sur le couvent des Sœurs de la Charité de Cointe. Ce couvent avait pour Mère supérieure la fille du comte Charles de Vaux, propriétaire d’un château à Petite-Somme. Le couvent étant très endommagé, les Sœurs vinrent s’installer au château accompagnée d’un aumônier, l’abbé Francois Willem.

En 1944, lors de la retraite allemande, une charrette, tirée par un cheval, venait de Somme-Leuze en direction de Petite-Somme, elle était remplie de soldats allemands (des SS de triste réputation. A l’église, ils commencent à monter la route du village. Il y avait alors un nid très important de résistants à la ferme des Basses, exploitée à l’époque par Emile Piron. Une rencontre entre les Allemands et les résistants aurait été catastrophique.

L’abbé Willem, accoudé à une fenêtre du château, imaginant le nombre de victimes que ferait pareille rencontre, fit la promesse de faire bâtir une chapelle en l’honneur de N-D de Lourdes si tout se passait sans casse. L’abbé avait vraisemblablement une bonne cote auprès du Très-Haut car, à mi-côte, les Allemands firent demi-tour pour se diriger vers Septon. Là, ils rencontrèrent des maquisards et  bien des morts et des blessés restèrent sur le terrain.

En 1946 –1947, sous l’impulsion de l’abbé, les habitants de Petite-Somme se mirent au travail. Les pierres furent amenées du Bois des Roches, au lieu dit Sur Ourmont, avec un tombereau et un cheval.

Joseph Courtois mit, gracieusement, à disposition le terrain pour bâtir la chapelle. Aidé par son frère Louis, ils retroussèrent leurs manches et, en quelques semaines, la chapelle était bâtie.

Elle fut inaugurée, en grande pompe, à l’occasion d’une grand-messe dite par l’abbé lui-même. La bénédiction fut suivie d’une réception réunissant les autorités communales et paroissiales, mais aussi la fanfare et les personnes qui avaient participé à cet événement. C’est avec émotion que je vous fais ce récit car, âgé de dix-sept ans alors, j’ai vécu ces faits. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui entretiennent ce lieu béni. »

La Petite Gazette du 7 janvier 2004

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS

    Comme annoncé, je poursuis la publication des informations et témoignages en ma possession au sujet des V1 et des V2 . Monsieur Pierre Paulis, de Ferrières, intervient à son tour : « Madame Sulhant-Maréchal, de Tavigny, dans l’édition du 26 novembre, suggère que des V1 « fabriqués du côté des Tailles » soient tombés sur Paris. Oui et non. Oui pour Paris et notre Ardenne, non pour le V1. Le formidable bruit qui a terrorisé cette dame est celui d’un V2 lors de son lancement. Celui-ci a bel et bien été testé en Ardenne belge, dans la région de la Baraque de Fraiture.

Mon fils, Pierre-Emmanuel, que la chose passionne, a écrit une synthèse des diverses études faites sur le sujet. Elle est trop longue que pour être publiée dans La Petite Gazette, mais elle doit paraître prochainement dans la revue « Espace  Magazine ». Quoi qu’il en soit, il est bien prouvé aujourd’hui que Les Tailles et Sterpigny ont été les lieux d’essais des tout premiers V2 inventés par W. von Braun.

Ce premier V2, fabriqué en Allemagne et lancé, depuis un chemin creux de Sterpigny, le 8 septembre 1944 à 11 heures, tomba sur Maisons-Alford, près de Paris à 11h05 où il tua 7 personnes et en blessa 40. Un premier essai, le 6 septembre, sur le plateau des Tailles avait échoué. En tout, quatre V2 ont été amenés sur le sol ardennais, mais un seul a gagné les airs, heureusement !

Ne confondons pas V1 et V2. S’ils ont en commun la volonté de tuer et de détruire et, finalement, de donner la victoire à l’Allemagne – en visant, le premier, les régions proches (18000 V1 ont été lancés, et le second les régions lointaines (plus de 3000 V2 ont pris leur envol), leur constitution est totalement différente. Leur destinée le fut aussi d’ailleurs. Le V1 disparut avec la capitulation du Reich et le V2 donna naissance à l’ère spatiale.

Le V1, dit « bombe volante » est un petit avion à réaction, sans pilote, propulsé à l’aide d’une rampe de lancement (45 mètres). Son rayon d’action est assez limité et son altitude faible. Les premiers furent lancés la nuit du 12 au 13 juin 1944.

  1. 7,73 m, envergure : 5,18 m, poids : 2,2 tonnes

Le V2 est une lourde fusée supersonique (13 tonnes) s’élevant verticalement dans un bruit énorme jusqu’à 100 Km d’altitude. Lorsque le carburant est épuisé, après 350 Km environ, la fusée plongeait, silencieuse, vers la terre où explosait sa charge d’une tonne.

  1. 13 m., D. 1,70 m., puissance 600 000 ch., vitesse 5000 Km/h

Ainsi donc, il y aura bientôt 60 ans que s’envolaient les premières fusées. C’est le début de l’astronautique moderne. Depuis lors, grâce à la fusée de plus en plus puissante, l’homme est allé sur la Lune, il vient de commencer la visite de Mars ; de nombreux satellites nous entourent et l’on peut admirer, tous les soirs clairs, la station spatiale habitée traverser notre ciel (toutes les 90 minutes) ; un satellite a quitté notre système solaire…

Et ce sont bien nos bois wallons qui, vu leur discrétion, ont été, involontairement sans doute, les premiers collaborateurs de cette fabuleuse aventure qu’est devenue la conquête spatiale. »

La Petite Gazette du 14 janvier 2004

ALORS QUE LES ROBOTS TOMBAIENT SUR LE PAYS

   Mme F. Gilsoul Legrand, de Méry-Esneux, se souvient également de cette époque noire de notre histoire : « A ce temps-là, j’habitais Hayen et j’avais 13 ans. La chute des robots m’a fort marquée et le souvenir m’est resté très précisément. J’aimerais rectifier certains petits détails. Un jour, en fin d’après-midi, un robot s’arrêta au dessus du village de Hayen. Il piqua sur un chêne et éclata en se désagrégeant. Il éparpilla toutes ses ferrailles y compris de vieux fers à repasser et bien d’autres objets qui, en retombant au sol, blessèrent mon oncle Lambert et tuèrent son fils Charles, donc M. Arnould. Cela s’est passé au lieu dit ‘Le troisième four à chaux’, sur un petit chemin qui mène vers le village de Hayen, sur la route du Laveu. Les deux victimes y travaillaient à faire du bois de chauffage. »

Ce témoignage fait, une nouvelle fois, état de la présence d’objets étonnants dans les débris de ce robot. Nous l’avons vu, à de multiples reprises, de nombreux témoins affirment avoir vu ces objets alors que les informations plus rigoureuses et l’étude des plans semblent rendre impossible pareille présence. Nous n’aurons donc pas pu faire la lumière de façon définitive sur ce sujet, mais nous aurons, du moins, eu l’occasion de constituer une très importante anthologie de témoignages. Merci à toutes et à tous pour votre collaboration.

La Petite Gazette du 21 janvier 2004

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS…

Je poursuis, comme convenu, la publication des témoignages et récits qui m’étaient parvenus avant que je ne vous demande de réserver vos envois à d’autres sujets, tout aussi passionnants et moins traités dans nos colonnes.

Je me suis néanmoins résolu à déroger à cette règle que je m’étais fixée en découvrant le contenu de l’envoi de M. Pierre André, de Liège, car je suis persuadé qu’il remettra beaucoup de choses en place dans l’esprit de bien des lecteurs.

« Je vous envoie un extrait du ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d’Alain Rey, – première édition 1992, trois tomes, 4304 pages – qui note à la définition ‘robot’ : (…) dès 1944, dans le français régional de Liège, pour désigner les V1 (…)

Voilà qui éclaircit bien des positions, un grand merci à M. André.

UN OBJET MYSTERIEUX APPARTENANT PEUT-ETRE A UNE BOMBE VOLANTE

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Monsieur Renato Lardinois, de Houffalize, m’a beaucoup écrit au sujet des bombes volantes, il m’a notamment dessiné cet objet qui l’intrigue et qu’il a découvert dans un « trou de bombe volante à Anvers. J’ai retrouvé le même, poursuit-il, dans un bois à Foy Noville, sous quarante centimètres de terre On s’est battu dans ce bois, précise-t-il utilement. » Il se demande s’il ne s’agirait pas du palonnier à câbles qui faisait fonctionner les ailerons arrières des V1, mais, poursuit-il, « à Foy, on ne parle pas de chute de V1 ! Qu’est-ce donc ? »

Cette lectrice, dont nous lirons les souvenirs cette semaine, habite maintenant Bomal s/O, mais ses souvenirs nous mènent tout droit à Kinkempois.

« Les bombardements ont détruit notre maison en mai 1944, nous avons évacué et loué une maison, rue des écoles. Le 16 décembre, un V1 est tombé à proximité des ateliers de la gare et un deuxième rue des écoles. L’arrière-cuisine et l’angle arrière de la maison ainsi que tout l’arrière de la maison voisine se sont effondrés. Nos voisins étaient dans leur cave.

En quelques minutes, des soldats américains de la 741e B engineen company sont arrivés sur les lieux, ont dégagé les décombres et sorti nos voisins de leur inconfortable situation. Maman était fâchée parce qu’on riait d’entendre notre voisine qui refusait qu’un soldat touche ses jambes pour la porter et la sortir du trou.

Je me souviens très bien d’un réservoir  d’environ 1,5 m. et de 75 à 80 cm. De haut. Il y avait aussi ce que tout le monde appelle un fer à repasser. Une sorte de poignée avec deux trous à l’arrière. Un fer de forme ovale d’où sortaient deux fils assez épais. Un Américain a photographié cet objet avant de l’emporter avec d’autres débris.

Je pense que les Allemands souhaitaient détruire les ateliers de réparations des locomotives. Après la chute de certains V1, les américains captaient des émissions radio donnant les positions d’impact. Un émetteur a été découvert à la gare d’Ougrée où, à proximité, un homme a été arrêté.

Ma correspondante tient à préciser qu’elle n’a jamais utilisé l’appellation G.I. qui, pour elle, ne signifie pas un homme. En outre, elle se rappelle avoir ri quand les civils disaient que les vantards étaient tous ingénieurs. »

 La Petite Gazette du 3 mars 2004

UN V1 EST TOMBE A COO

Monsieur René Gabriel, de Roanne Coo, est un infatigable chercheur (et c’est un chercheur qui trouve…) Il vient de publier la première partie d’une étude consacrée à Coo. Ce premier tome évoque la période s’étendant de 1107 à 1842 et le second est en préparation. Son auteur nous permet d’en découvrir, en exclusivité, une des pages. « Le curé de l’époque, l’abbé Alfred Corman, avait consigné, dans un petit carnet, les événements de la fin de guerre. Voici ce qu’il écrit à la date du 20 décembre 1944 :

Mercredi 20 décembre

   Je sors vers onze heures, personne sur les chemins. Je vais chez Louis Philippe, de là je vois passer en direction de Roanne-Coo quelques véhicules allemands suivis d’infanterie.

(Louis Philippe était le père de Georges Philippe, lui-même père de Colette Philippe, il habitait une demeure proche de l’actuel hôtel-pension de Philippe Constant, son arrière-petit-fils)

Vers deux heures, je monte à Grand-Coo, la bataille fait rage, toute la population de Grand-Coo est dehors, rafales de mitrailleuses, la bataille se rapproche.

   Vers trois heures, des tanks remontent, allemands ? Je redescends.

   Vers trois heures et demi, les gens de Grand-Coo descendent, d’autres tanks remontent, ce sont des américains, victoire, ils viennent de Moulin-du-Ruy.

   A leur suite, je vais jusqu’à la halte, heures affreuses passées dans la cave par les Philippe, chez les Thonon, Croix Rouge américaine, deux allemands gravement blessés, un catholique conscient bien disposé, je lui donne l’absolution, il gisait dehors sur une civière, il demande à boire puis à rentrer car il a froid, on accède à ses désirs. A l’intérieur, un autre blessé protestant était soigné par les Américains, je lui donne l’absolution, sous condition.

   (Roger Colinet, alors âgé de quatre ans, se souvient avoir vu le blessé sur une civière maculée de sang).

N allemand blotti en contrebas sur la ligne du chemin de fer est fait prisonnier, la maison Th. L… (maison Thonon ?) avait été touchée. (…)

   Vingt minutes avant dix heures, un V1 s’écrase sur la montagne à l’arrière de Grand-Coo, des carreaux tombent, cinq. »

Ayant questionné plusieurs personnes du village, j’ai finalement rencontré, c’est toujours M. Gabriel qui s’exprime, M. Georges Delvaux, de Petit-Coo, qui m’a déclaré bien se souvenir de l’endroit où le V1 était tombé.

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« Nous avions d’ailleurs fait une photographie où je posais devant les débris du V1 qui n’avait pas complètement explosé. » La photo a été prise par Fernand Philippe et elle a été retrouvée. Le document montre M. Georges Delvaux appuyé contre la tête de l’engin.La photo a été prise en 1949, cinq années après la chute, mais l’endroit était resté désert. Plus tard, un ferrailleur averti profita de l’occasion et enleva les débris. »

 La Petite Gazette du 31 mars 2004

POUR LA ÈNIÈME FOIS … AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS

    D’emblée, signalons qu’il ne s’agit pas de revenir sur un sujet aussi largement traité, les redites seraient certainement inévitables et, disons-le, certainement insupportables. Si j’y reviens néanmoins, c’est parce qu’un lecteur attentif, Serge,  a découvert cette étonnante photographie dans une revue de l’aéronautique mondiale intitulée « Inter Avia » et datée de mai 1946.

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Remarquez le petit cockpit, à gauche du buste se détachant du fuselage.  Cette photo était accompagnée du texte suivant :

« On s’est parfois demandé, non sans raison, s’il fallait considérer l’arme à longue portée V1, propulsée par réaction et à téléguidage, comme un avion ou comme un obus. Une réponse à cette question nous est fournie par le V1 à pilote, quoiqu’il ne s’agisse là que d’un engin expérimental. Dans les premières V1 sans équipage, des vibrations s’étaient produites qui, plusieurs fois, avaient provoqué une rupture d’aile et la chute. La source de ces vibrations, le moteur travaillant par à-coups, ne pouvait être modifiée ; il fallait donc déterminer par des vols d’essais à quelles vitesses ces phénomènes de résonance ne se produisaient pas. Rappelons que les vols d’essais du V1 qui, du fait du peu de confiance qu’inspirait « cet avion » pouvaient bien effrayer le pilote le plus résolu, ont été exécutés par une femme, Hanna Reitsch, pilote de planeur. »

La Petite Gazette du 28 avril 2004

POUR COMPLETER LA COLLECTION DE DOCUMENTS SUR LES ROBOTS

   Madame Solange Bral Lamer, de Terwagne, me transmet la photo que vous découvrez ci-après. Elle a été prise lors d’un voyage effectué par le Dr et Mme Louis Meys en promenade dans le Pas de Calais, à St-Omer. Il y ont vu un robot sur base de lancement à destination de l’Angleterre. Sur la photo transmise, vous aurez, comme moi, la surprise de distinguer, fort nettement cette fois, l’espèce de cockpit juste sous la tuyère.

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LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS JADIS

La Petite Gazette du 4 avril 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS SOUS L’ANCIEN REGIME

   La situation dramatique dans laquelle se débattent aujourd’hui les éleveurs de bi-ongulés n’est pas, semble-t-il due, cette fois, à une dérive étonnante des techniques mises en œuvre pour l’élevage des bêtes. Rien à voir donc avec la maladie de la vache folle qui attaque ces pauvres bêtes auxquelles on a donné à absorber leurs parents réduits en farine !

La fièvre aphteuse a, par le passé, gravement touché nos régions qui, à l’heure où j’écris ces lignes sont encore (et heureusement) à l’écart des zones touchées par l’épizootie. Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, m’a fait parvenir des extraits d’une extraordinaire chronique rédigée, il y a plusieurs siècles, par un moine malmédien ; je vous invite à découvrir ce document exceptionnel  et les commentaires de mon correspondant:

« Nos anciens croyaient que les comètes et autres manifestations de ce genre étaient présages de malheurs et de calamités. Lors de la consultation d’anciennes chroniques, il arrive fréquemment, qu’après de telles manifestations, le rédacteur évoque ces circonstances fâcheuses. Suivons  une de ces chroniques (avec respect de l’orthographe de l’époque), écrite par un moine malmédien :

« En 1682, au mois d’aoust, on vit encor une comette pendant 8 jours, mais beaucoup plus petite que le precedente.

La meme anné, il y eu une grande consternation pour lam aldie des betes à corne. Elle avoit commencé du coté de la Suisse et elle a passé d’un lieu a l’autre. Il venoit aux betes une vessie à la langue, le remede étoit d’ouvrir la vessie avec un instrument de fin argent ce pourquoi on faisoit quelques crins, comme pour scier dans une demi kopstuck monnoie d’Espagne, on ouvrit avec cela la vessie, puis on bassinoit la langue avec du vinaigre, du sel et du souffré melé ensemble jusqu’à guérison, d’autres usoient d’ail. »

Monsieur Gabriel poursuit son commentaire en nous rapportant ce que sa maman, 80 ans, lui a dit sur ce sujet : « Auparavant, on ne s’inquiétait pas outre mesure de cette maladie et on buvait le lait des bêtes. La corvée des enfants, quand la saison le permettait, était d’aller ramasser des pommes sauvages que l’on donnait à manger aux animaux. » Cette nourriture aigre n’est pas sans rappeler l’usage du vinaigre évoqué dans la chronique malmédienne remarque fort justement mon correspondant avec qui, la semaine prochaine, nous parcourrons un texte de 1762 parlant de cette maladie en France (symptômes, remèdes, précautions).

Monsieur Maurice Fanon, de Bomal, qui nous avait apporté beaucoup de renseignements fort intéressants sur les « rinnètes », avait également tenu à préciser que cette affection bénigne, connue plus largement sous le nom de « muguet », affectait également les animaux.

« Même les chevaux souffraient du muguet ou « rênète des dj’vås ». Le remède était poétique à souhait : un collier rustique de « rinnes des prés » (« pîs d’gade » à Tohogne). On le passait au col de l’animal, puis on lui faisait un bâillon. En même temps, on chargeait une pieuse vieille femme de commencer une neuvaine. A quel(le) saint(e) ? »

Une petite recherche dans ma documentation me permet d’apporter un petit élément de réponse. En consultant Le Rituel de Magie Blanche de Benjamin Manassé (éd. La diffusion scientifique, Paris, 1991), je découvre que dans les cas de muguet (chez les oiseaux et chez les gallinacés) il convient de faire une neuvaine à saint Marcou.

A la question de M. Fanon, j’ajouterai celle-ci « Pourquoi une vieille femme ? »

La Petite Gazette du 11 avril 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS SOUS L’ANCIEN REGIME

   Avec Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, retrouvons description et remèdes concernant cette maladie contagieuse qui continue à faire les gros titres de toutes les informations écrites et parlées. Après avoir consulté pour nous la chronique malmédienne évoquant l’année 1682, notre chercheur a relevé des informations intéressantes (reproduites dans le style et l’orthographe de l’époque) dans un écrit publié à Paris, en 1762, : La Nouvelle Maison Rustique, traité des choses de la campagne et particulièrement des maladies des animaux.

« La Maladie qui a attaqué les Bêtes à cornes et les chevaux dans la Généralité d’Auvergne et qui s’est introduite sur la fin du mois d’Avril 1731.

   Cette maladie se découvre par une vessie – aphte – qui paroit dessus, dessous et aux côtés de la langue de la bête malade. Cette vessie est blanche dans sa naissance, rouge ensuite, et dans un instant presque noire : elle croît et laisse après elle un ulcère chancreux qui croisse dans l’épaisseur de la langue en avançant du côté de la racine, la coupe en entier, et fait, peu de temps après, périr l’animal. Monsieur Gabriel précise que cette description, selon un vétérinaire de Trois-Ponts, est nettement exagérée. On voit, dans les vingt-quatre heures, le commencement, le progrès et la fin de cette maladie.

   Elle est d’autant plus dangereuse, qu’elle ne se manifeste par aucun symptôme extérieur et que la bête malade boit, mange et travaille à son ordinaire jusqu’à ce que la langue soit tombée.

   Il faut donc pour prévenir les suites fâcheuses de cette maladie, avoir une attention infinie à faire visiter deux ou trois fois par jour la langue de toutes les bêtes à cornes, afin de prendre le mal dans sa naissance et  sur-tout l’on ne doit point se tranquilliser sur l’éloignement de cette maladie. L’expérience vient d’apprendre que, quoi qu’elle fût à une distance raisonnable de la ville de Gannac -Auvergne-  toutes les paroisses des environs de cette ville, et à une demi-lieue à la ronde, en ont été infectées dans le même jour, sans qu’il y ait eu aucune communication d’une paroisse à l’autre.

   Le remède préservatif pour les bestiaux, qui ne sont point encore attaqués de cette maladie, est composé des drogues suivantes, pour chaque bête.

   Prenez thériaque ou orviétan, trois dragmes (précisons qu’un dragme ou drachme est la huitième partie de l’once soit 3,824 grammes) ; gingembre, girofle et canelle, un dragme ; genièvre en grains et poivre concassé, deux  dragmes de chacun ; et une muscade de moyenne grosseur, qu’il faut concasser : faites infuser le tout dans un pot couvert, pendant cinq ou six heures au moins, dans une pinte de bon vin rouge.

   Avant de donner le remède, remuez bien le tout, de manière que le marc suive l’infusion ; et ne le donnez qu’après que la bête a été cinq ou six heures sans manger.

   Ce breuvage ne peut faire que du bien aux bestiaux qui le prennent.

   Si, en visitant les bestiaux, on aperçoit une ou plusieurs vessies – aphtes – adhérentes à la langue, il faut, sur le champ, avec une cuillier ou autre pièce d’argent, crever la vessie, en enlevant la peau et racler la plaie jusqu’au sang ; ensuite continuer et la laver avec de l’eau de fontaine ; et, pour le mieux, avec du fort vinaigre dans lequel on aura mis du sel pilé, du poivre, de l’ail concassé et des herbes fortes, si on en a. Cela fait, on couvre la plaie de sel bien fin, après l’avoir bien frottée avec une pierre de vitriol Chypre.

   Si l’on trouve l’ulcère formé, il faut usé du même remède et le réitérer, dans l’un ou l’autre cas, deux ou trois fois par jour, jusque guérison.

   On prétend que, quand la vessie se trouve sur la langue, on doit faire saigner la bête au cou.

   Cette maladie s’est fort étendue en 1731 ; elle a attaqué aussi les chevaux. On en attribue la cause à la grande sécheresse et à la quantité prodigieuse de chenilles qu’il y a eu cette année. »

    Monsieur Gabriel fait remarquer, fort judicieusement, que ce texte, comme celui du chroniqueur, moine de Malmédy, réclame l’usage d’un objet en argent pour ouvrir la vessie ! Pour le reste, je pense, comme mon correspondant, que ce remède, s’il n’est pas salutaire, ne peut certainement faire aucun tort aux bêtes.

La Petite Gazette du 2 mai 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS

   A l’heure où je rédige ces lignes, nos régions résistent toujours, et ce n’est que tant mieux, à la terrible épidémie sévissant dans quasiment tous les pays voisins. Après le regard porté, grâce aux anciens documents sur cette maladie, j’aime à vous rappeler une réalité régionale autrefois bien connue. Bien sûr, la fièvre aphteuse, appelée « cocotte » en nos contrées, est très contagieuse. Contrairement à ce que l’on entend généralement aujourd’hui, elle était considérée, hier, comme transmissible à l’homme et j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont affirmé l’avoir contractée ou connaître quelqu’un qui en a souffert. Avant la dernière guerre, on savait très bien que ce mal était endémique dans certaines régions, les polders hollandais par exemple.

La concurrence du blé américain ayant causé l’abandon de zones de culture où les rendements étaient faibles, des fermiers de chez nous ont rendu à l’élevage des superficies alors réservées à la culture. Ils ont constitué leurs cheptels avec des bêtes achetées en Hollande ; c’est alors que la fièvre aphteuse fit son apparition en Belgique où elle était quasiment inconnue. Très vite, l’épidémie prit des proportions qui obligèrent le gouvernement à prendre des mesures de mise en quarantaine des bêtes achetées hors de nos frontières. L’Ardenne échappa au fléau durant très longtemps, mais une épidémie, d’une rare violence, la toucha en 1900. Les moyens mis en œuvre pour s’en préserver ou pour limiter le nombre de bêtes atteintes étaient les suivantes : bains de pieds à la chaux, badigeonnage de la bouche des animaux au vinaigre et, bien entendu, bénédiction des étables.

Dans le Pays de Herve, la même cause provoquait les mêmes effets. On constata néanmoins qu’un fermier de Battice avait vu son troupeau tout à fait épargné ; or, la seule chose qui distinguait ce fermier de ses collègues résidait dans le fait qu’il fréquentait régulièrement l’abbaye de Val-Dieu. Aussi, quand une nouvelle épidémie toucha la région vers 1920, un grand pèlerinage fut organisé durant l’été.

A la même époque, Liège avait également ses « cocottes » (on dira par la suite ses « poules ») qui se rendaient régulièrement en Hors-Château pour prier saint Gérard dans l’espoir qu’il leur assure une nombreuse clientèle ! C’est évidemment un autre sujet.

Madame Léona Biet, d’Awan-Aywaille, s’est souvenue pour vous d’une attaque de ce mal :

« Vers 1924, chez mes parents, le bétail a eu la fièvre aphteuse. On a donc appelé le vétérinaire qui a conseillé de laver la langue des vaches avec de l’eau vinaigrée et d’étendre de la chaux devant l’entrée des étables. Deux vaches ont été atteintes par la maladie, mais le reste du bétail qui se trouvait dans la même étable, a été épargné ! Pendant cette période, nous avons continué à consommer du lait, à écrémer et à faire du beurre comme précédemment. Le rendement du lait était diminué parce que les vaches mangeaient difficilement, mais, après quelques jours, elles se nourrissaient de nouveau comme avant la maladie. »

Toutes celles et tous ceux qui ont connu ces épidémies passées sont unanimes pour déclarer ne pas comprendre pourquoi on abat, aujourd’hui, des troupeaux entiers de bêtes saines ! ce n’est évidemment pas un domaine relevant de mes compétences, mais on peut tout de même s’étonner…

La Petite Gazette du 16 mai 2001

QUAND IL EST ENCORE QUESTION DE LA COCOTTE…

Le sujet reste d’actualité et préoccupe toujours … aussi ai-je poursuivi mes recherches dans ma documentation personnelle. L’extraordinaire ouvrage de l’Abbé Joseph Bastin, Les plantes dans le parler, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, édité à Liège en 1939 m’a apporté d’intéressants renseignements que j’aime à partager avec vous :

L’auteur nous indique que lors de la « terrible épizootie de cette année 1938 » on a donné au bétail, en guise de protection, de l’Angélique Archangélique, dobe anjèlike ou rècène du Saint-Esprit.

Plus loin, à propos du thym serpolet, poyî, pouyî, il nous dit ceci : « Au dire d’éleveurs qui en font usage depuis longtemps, la plante préserve de la stomatite aphteuse (cocotte). On devrait toujours en avoir en réserve ; malheureusement elle recule peut-être plus que d’autres devant les engrais chimiques. La faire prendre dans le fourrage ou le breuvage du bétail. Elle donnera peut-être une mauvaise saveur au lait, mais la bête sera immunisée en cas d’épizootie. Soigner les bêtes atteintes avec des compresses du décocté de poyî. »

Enfin, il signale encore que « l’Egopode podagraire (herbe-aux-goutteux, pîd d’âwe, pîd d’gade, cette plante, qui déborde souvent des haies dans les potagers, où elle est difficile à extraire, s’emploie à Meiz  (N.D.L.R. entre Malmédy et Francorchamps) contre la fièvre aphteuse (l’écraser et la mettre dans le breuvage).

 

Comme souvent, et c’est bien sûr heureux et souhaité, dans La Petite Gazette, débattre d’un sujet en fait apparaître d’autres, suscite des réflexions et des prolongements. Ce sujet ne fait pas exception à cette règle.

La Petite Gazette du 11 avril 2001

PENSEES D’UN AGRICULTEUR UN PEU DESABUSE

   Monsieur A. Rulot, de Bois et Borsu, nous a, à plusieurs reprises, fait parvenir des textes et des souvenirs relatifs aux paysages de son enfance, mais aussi à tout ce qui fit les grands tourments du siècle écoulé. Aujourd’hui, un peu amer, il jette un regard sur sa profession.

« Il est bien difficile de traduire, dans nos sens en émoi, ce que nous les agriculteurs, souvent déconsidérés, mal rémunérés, nous pouvons éprouver dans nos sentiments les plus profonds, les plus nobles.

Après notre vie offerte à la plus grande action humanitaire, essentielle entre toutes, y pensons-nous ? Nos peines ont apporté sur la table de la grande famille humaine toute la nourriture issue des champs. Cette manne terrestre, fruit de nos plaines fécondes, par nos soins, n’est-elle pas élémentaire, substantielle, exclusive à la condition, à la constitution de la vie, de nous tous. Au crépuscule de notre pérégrination sur terre, nous pouvons mieux comprendre, discerner la mission élevée, primordiale qui nous était dévolue : nourrir les hommes. »

 

Un grand merci à mon correspondant pour avoir partagé avec La Petite Gazette ces pensées qui sont certainement dans l’esprit de très nombreux travailleurs de la terre en ces temps si difficiles pour eux…

 

La Petite Gazette du 22 mai 2001

A MILLE LIEUES DES DEGATS PROVOQUES PAR  LA FIEVRE APHTEUSE…

   Mary Bertosi est une conteuse ardennaise ; à quelques reprises déjà, La Petite Gazette vous a permis de découvrir quelques textes dus à sa plume ; en voici un autre échantillon :

   Jacques, le petit pâtre

   Depuis des siècles et encore jusqu’à la guerre de 1914, les Ardennais avaient une vie rude et pauvre, seuls les seigneurs menaient grand train car tout leur appartenait, les terres, les forêts, les châteaux et les pauvres maisons et même les gens étaient soumis au seigneur et devaient obéissance et travail ; moyennant quoi le seigneur les nourrissait pauvrement car la moitié des récoltes lui était due, et il devait les protéger en cas d’attaque. Quelques métayers plus riches ou quelques commerçants qui faisaient de bonnes affaires pouvaient vivre un peu mieux sans dépendre entièrement du châtelain.

   Un seigneur de La Roche qui régnait en ce temps-là était particulièrement dur et méchant. Il était craint à plusieurs lieues à la ronde et nul n’osait le défier. Il régnait en despote sur son territoire. Un de ses serfs qui avait une famille nombreuse décida de placer le plus jeune de ses enfants, qui n’avait que 8 ans, chez un riche fermier du pays de Hives, à quelques kilomètres de La Roche. Il n’était pas rare à cette époque de placer ses enfants à droite ou à gauche, ainsi au moins ils pouvaient manger tous les jours et gagner quelques sous par an.

   Le petit Jacques fut donc conduit par son père chez le fermier pour y devenir pâtre, malgré ses pleurs et la douleur de la séparation d’avec sa famille. Jacques n’avait pour tous vêtements que ceux qu’ils portaient sur lui et une méchante paire de sabots déjà bien usés. La fermière, qui était brave femme, lui donna une grande cape de laine qui le protégerait des pluies et du vent ainsi qu’un magnifique canif, si beau que Jacques en fut ravi, car il n’avait jamais reçu de cadeau. Jacques, enchanté, dit à la fermière : « Maîtresse, ce canif que vous m’offrez fera un jour votre fortune. » La fermière sourit en le regardant partir avec le troupeau de moutons et se dit « Pauvre petit, le voilà bien content de peu ! » et elle n’y pensa plus. Jacques conduisait ses bêtes dans les prés aux herbes grasses qu’ils savaient les meilleures pour les brebis.

   Pendant que les moutons broutaient, bientôt il s’ennuya, son chien de berger veillait si bien qu’il ne devait presque pas s’occuper des bêtes. Alors il eut l’idée de couper une branche de coudrier et se mit à la tailler avec son beau canif et cela jour après jour. Il travailla tant et si bien qu’il en fabriqua une petite flûte et, lorsqu’il eut terminé et qu’il souffla dedans, un son merveilleux se fit entendre. Jacques, enchanté, continuait de jouer des airs qui venaient on ne sait d’où !

   Je vous propose de retrouver le petit pâtre de Mary Bertosi la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 30 mai 2001

A MILLE LIEUES DES DEGATS PROVOQUES PAR LA FIEVRE APHTEUSE…

   Comme promis, nous retrouvons Jacques, le petit pâtre de Mary Bertosi, là où nous l’avions laissé la semaine passée : auprès de ses moutons.

L’époque de l’agnelage arriva, Jacques dut s’occuper des brebis et des agneaux qui naissaient et qui restaient à l’étable quelque temps. Au printemps suivant, le troupeau avait doublé et les fermiers étaient fort contents, ils offrirent à Jacques une nouvelle paire de sabots pour le remercier de son bon travail.

   Un jour qu’il gardait ses bêtes au Pré Collin sur les terres du seigneur, celui-ci arriva avec une meute de chiens de chasse ; ses cavaliers, lancés au galop, foncèrent dans le troupeau. Beaucoup de moutons périrent et cela amusa fort le seigneur. Jacques pleura de rage et d’impuissance. Comment expliquer un tel carnage au fermier ? Que faire ? Alors il prit sa flûte et se mit à jouer un air si triste qu’on l’entendit jusqu’à La Roche. Ses larmes coulaient tout le long de la flûte ; il pleura tant et tant qu’une petite mare se fit autour de lui et se mit à couler doucement vers le ruisseau tout proche. Il joua ainsi pendant des heures et, quand le soir tomba, Jacques ne vit pas revenir le seigneur et ses cavaliers ; et ceux-ci foncèrent à vive allure à travers le ruisseau. C’est alors que l’eau monta brusquement, que la pluie se mit à tomber drue et froide, un vent glacé terrible se leva. Les chevaux restaient cloués sur place, piaffant, hennissant ; le seigneur hurlait et bientôt il fut recouvert par un torrent de boue énorme qui le noya, lui, mais aussi ses hommes, ses chevaux et ses chiens. Les éléments déchaînés s’arrêtent brusquement, le calme revint. Jacques alors joua un air plus gai et, dans le petit matin qui se levait, il eut la surprise de voir sortir du bois un troupeau de belles brebis, bien plus  grasses que celles qu’il avait perdues, avec chacune plusieurs agneaux vigoureux, ce qui était fort rare ! Il en vint tant et tant que Jacques ne sut plus les compter, il en fut si heureux qu’il joua de la flûte en dansant tout autour du troupeau en le ramenant à la ferme. Quelle surprise pour les fermiers ! Jamais on avait vu de bêtes aussi belles, aussi grasses, aussi vigoureuses. La fermière permit à Jacques de rentrer chez lui avec une bourse remplie de pièces d’un or qui ferait vivre sa famille pendant longtemps.

   Dans le pays, on raconte que chaque larme de Jacques, mêlée à chaque note de musique, s’était transformée en mouton car la flûte de Jacques était enchantée et, grâce à elle, le pays prospéra et le nouveau seigneur fut bon pour ses sujets. Malheureusement, de nos jours, on a perdu la trace de la flûte enchantée.