LES TCHINS D’TCHERETE

La Petite Gazette du 17 août 2011

LES TCHINS D’TCHERETE 

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous revient avec un sujet passionnant, mais d’abord, il tient à vous remercier chaleureusement pour l’intérêt que vous avez porté à sa précédente question :

« J’ai été très surpris par l’intérêt suscité par cette question. Je n’aurais jamais imaginé qu’un sujet d’apparence aussi banal puisse engendrer un tel volume de courrier de la part de lecteurs passionnés et cette question m’a entre autres valu une intéressante communication téléphonique avec le très sympathique Monsieur Louis Daems d’Ougrée.

Lors de cette conversation, nous avons évoqué les charrettes à chiens utilisées jadis pour de petits transports et il m’avait narré une amusante anecdote à ce sujet.

Il se trouve que je possède encore une de ces charrettes ainsi qu’une photo d’époque dont je lui avais promis de lui envoyer une copie. Puis je me suis dit que je pouvais également en faire profiter tous vos lecteurs.

charrette_a-chien_

Cette photo date d’immédiatement avant la première guerre mondiale car on y voit dans le charrette mon oncle René Beaufays, né aux environs de 1910.

Les personnages debout doivent être de droite à gauche mon arrière-grand-père Joseph Beaufays, son épouse, et une petite dame âgée qui était probablement une voisine.

La photo a été prise devant leur maison de Villers-aux-Tours où mon arrière grand-père que je n’ai évidemment pas connu, exerçait la profession de menuisier-charpentier.

A en croire les inscriptions au dos de la photo, le chien s’appelait Toby ( or not Toby, c’est la question….)

Ceci me rappelle une ancienne et croustillante expression wallonne que je vous livre telle que je me la rappelle en wallon phonétique  » Pôv nos autes, les tchins d’tchèrète è les grossés feumes à bicyckette…. »

Merci à Monsieur Beaufays, j’imagine, et j’espère, que je vais recevoir d’autres documents et témoignages sur ces tchins d’tchèrète si fréquents il y a peu de temps encore dans nos contrées et ailleurs. Me confierez-vous vos souvenirs et vos photographies d’aïeules crémières qui se voyaient ainsi si précieusement secondées dans leur commerce ? Vous pouvez bien sûr nous parler des chiens qui tiraient le petit chariot portant les cruches pour aller à la traite, mais aussi, parce qu’ils étaient plus rares, évoquer les chiens de forge chargés d’actionner le soufflet… Enfin vous pourriez également vous pencher sur les expressions wallonnes évoquant ces tchins d’tchèrètes car celle rappelée par M. Beaufays m’intrigue quelque peu… surtout sa chute.

 

La Petite Gazette du 21 septembre 2011

UNE HISTOIRE DE TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, évoque cette histoire qui s’est passée à Ollomont-Nadrin en 1947 ou 1948 :

« Ma cousine, en fin de grossesse, s’en allait pour la traitre du soir avec sa charrette à deux roues de vélo, contenant sans doute trois cruches, un seau et le filtre. A Ollomont, cela grimpe assez fort. Pour monter le village vers les prairies, ma cousine avait l’habitude d’accrocher une corde au collier du chien qui l’aidait assurément. Pour le retour, c’était la descente et le chien n’était plus nécessaire.

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Mais cela gênait un touriste de passage qui s’est permis de dételer le chien et de laisser le soin à la fermière de pousser la charrette seule ! Pitié pour le chien mais pas pour la future maman ! »

 

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

LES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert Nizet, oui oui il s’agit bien de l’auteur et de l’éditeur dont nous avons déjà présenté le travail dans nos colonnes, m’a fait parvenir quelques extraits d’un très bel ouvrage qu’il a signé il y a plusieurs années et qui est, malheureusement épuisé aujourd’hui : Vieilles images sur toits de Cherbins. Il y avait consacré plusieurs pages à ces chiens de charrette. J’en extraits les renseignements suivants car je sais que vous en apprécierez l’intérêt :

« L’attelage du chien dans les brancards d’une petite « charrette à chien » a été répandu jusque tard dans le vingtième siècle, dans notre région comme dans beaucoup d’autres. Le souvenir de ce moyen de transport sympathique s’estompant déjà fortement, il m’a paru intéressant d’en donner quelques illustrations et de rapporter quelques témoignages de son utilisation.

Les chiens attelés n’étaient pas d’une race déterminée : c’étaient des bâtards ou des bergers allemands ou des « chiens de vache », parfois même assez petits.

Peu à peu les autorités ont estimé que ces animaux ne disposaient pas des qualités physiques et physiologiques les rendant aptes à remplir une telle besogne et, après plusieurs restrictions, édictèrent la loi du 2 juillet 1975 sur la protection des animaux.

Suivant l’article 2 de celle-ci, est puni d’un emprisonnement de 8 jours à 1 mois et d’une amende de 26 à 500 francs ou l’une de ces peines seulement celui qui (…) se sert de chiens comme bêtes de somme ou de trait, sauf les dérogations qui pourront être accordées par le Roi.

Aucune des personnes interrogées ne partagent l’avis suivant lequel on demandait trop aux chiens attelés. Certes, comme en toute chose, il y avait de temps à autre une exagération, mais des quantités d’utilisateurs ont accompli de très longs trajets, durant de très longues années, en parfaite communion avec leur compagnon à quatre pattes qu’ils ménageaient et entretenaient comme on le fait d’un outil ou d’un auxiliaire.

Toutefois, le sort du chien attelé n’était sans doute pas enviable (par rapport au chien de garde par exemple) et s’identifiait assez bien à celui de tout travailleur (Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front), comme en témoigne l’exclamation plaintive qu’on entendait souvent : « Pô’ noz autes èt les tchins d’tchèrète ».

Qui utilisait les chiens de charrette ?

D’une part ce que j’appellerai les petits métiers, d’autre part les fermiers pour aller traire. Exceptionnellement, l’attelage pouvait être utilisé pour transporter le propriétaire lui-même. »

L’auteur présente plusieurs photos intéressantes de ces attelages d’hier et évoque tantôt un rétameur à Rogery ou un rémouleur ailleurs, tantôt un couple de pépiniéristes de Grand-Halleux ou un colporteur vendant ses fromages à Provèdroux et ailleurs. Il évoque même certains facteurs, dont un à Beho vers 1900, qui effectuaient leur tournée juché pareille charrette.

On rencontre encore, de temps à autre, ce passionnant ouvrage dans des bourses aux livres, si vous avez cette chance, ne la laissez pas passer…

 

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

 A PROPOS DES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert André, de Marcourt, me dit sa surprise de ne pas lire davantage de réactions à propos des « charrettes à chiens », aussi a-t-il décidé d’apporter sa contribution. C’était là la meilleure façon de procéder pour susciter, peut-être, d’autre réactions encore : « Voici une histoire que racontait merveilleusement Joseph Evrard, « li p’tit tayeûr » à Erezée. :

Un citoyen d’Erezée, après avoir traité une affaire à Grandmenil (Pa d’là l’bwès), descendait à pied la route sinueuse qui traverse le Bois du Pays. Le chemin, bien moins fréquenté qu’aujourd’hui, devait lui paraître bien long, quand tout à coup surgit derrière lui un attelage pittoresque. C’était Henri Pikète, colporteur ambulant, qui dévalait la pente juché sur sa carriole, tirée par un molosse impressionnant. L’homme, qui ne rechignait pas à rendre service, s’arrête près de notre voyageur et lui demande « Vouss’ vini avou mi ? » (Veux-tu venir avec moi ?) « Pokwè nin » (Pourquoi pas) dit l’autre. Et les voilà tous deux perchés tant bien que mal sur la charrette. Le chien, encouragé par les cris de son maître, descendait à belle allure, trop belle même ! Si bien que le voyageur, ballotté d’un côté à l’autre de la route (non asphaltée bien sûr), finit par prendre peur. « Dji dinreû bin cinh sous po z’èsse dju » (Je donnerais bien cinq sous pour être a bas de cette carriole) confie-t-il au colporteur. Et Henri, du tac au tac, lui répond : « Wade tès cinq sous, va, t’î sèrè tot rate po rin » (Garde tes cinq sous, va, tu y seras bientôt pour rien). »

Absolument délicieux et tout empreint de cette truculence qui caractérisait si bien nos anciens.

Vous aussi, vous connaissez sans doute des anecdotes que les lecteurs de cette page aimeraient découvrir ; il ne vous reste qu’à nous les confier.

 

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

PETIT MAGASIN ET TCHINS D’TCHERETE … QUE DE SOUVENIRS !

Monsieur A. Maréchal, de Bende, a vu ressurgir bien des souvenirs à la lecture de l’évocation du petit magasin de Buresse…

« C’est précisément dans ce petit village que nous avons été accueillis, les 12 et 13 mai 1940, lors de notre exode ; c’était dans une famille, chez Libois. C’est aussi de là que nous avons fait demi-tour…

Quant au petit magasin de village, ma grand-mère, Sidonie Dossogne, a tenu celui de Bende pendant trente ans. Je possède encore un de ses meubles avec petits tiroirs et cases car beaucoup de marchandises étaient alors vendues en vrac : café, farine et même le sirop noir.

Mon grand-père était messager et faisait la liaison avec Huy d’où il ramenait tout ce qui était nécessaire.

Maman utilisait un tchin d’chèrète pour revenir de la traite avec ses trois cruches. Il tirait, sur un chemin toujours en mauvais état, une petite charrette aux roues de fer. Un petit collier spécial avec des lanières de cuir et un petit palonnier en bois léger constituaient l’attelage. »

Merci beaucoup de vous en être souvenu pour nous.

 

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