LA TRAITE DES VACHES A LA MAIN

La Petite Gazette du 14 janvier 2009

QUAND TRAIRE SE FAISAIT A LA MAIN… UN RAPPORT PUISSANT ENTRE L’HOMME ET LA BÊTE.

Madame Viviane Bultot, de Dolembreux, évoque pour nous un geste ancestral qui permit de nourrir des générations entières…

«Chaque vache possède un prénom (Mignonne, Charmante…), se reconnaît, reprend sa place à l’étable (Allez comprendre comment ?). Chaque troupeau a un chef qui, à chaque déplacement, prend la tête.

Il y a 50 ans, la plupart des fermiers ne possédaient pas de machine à traire, tout se faisait à la main. A cette époque, la plus grande partie des fermes ne comptaient que 7 ou 8 vaches et étaient déjà considérées « riches » ! Très souvent, elles tournaient aux bons soins de la fermière, le fermier travaillait, en complément, comme salarié. Il était maçon, cantonnier, bûcheron…

Il appartenait à la fermière d’assumer le quotidien tout en élevant, très souvent, une grosse famille. Elles n’étaient pas rares les familles de 4 à 8 enfants ! La vie était très rude, parfois abrutissante, en raison de la charge de travail trop élevée pour une seule personne… mais c’était une vie saine.

Les traites étaient réalisées, comme à l’heure actuelle, deux fois par jour. Dès l’aube, la fermière s’en allait avec son chien, en poussant une charrette divisée en trois ou quatre parties pour y placer les cruches à lait, le seau et le passêt, petit tabouret court sur trois pieds.

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 Jean-Pol Bultot, (le frère de ma correspondante) et les chiens Camelle et …

 

Il fallait compter de 15 à 30 minutes par vache suivant ce que la bête donnait. Je me souviens d’une vache (Brunette) qui donnait 32 litres de lait en deux traites, elle faisait la fierté de la ferme. La technique consistait à tirer sur la mamelle tout en exerçant une pression. Le jet était parfois très puissant, le bon lait arrivait en moussant dans le fond du seau. Deux mamelles étaient vidées en même temps, dans un joli chassé-croisé. Personnellement, je n’y suis jamais arrivée – ne riez pas ! – c’était un art ! il fallait beaucoup de force dans les mains et de l’expérience. Bravo, je rends ici hommage à toutes ces femmes et à ces hommes qui ne baissaient jamais les bras.

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Gislaine Jardon, épouse Bultot, de Nadrin (La maman de ma correspondante) et la fameuse Brunette

De retour à la ferme, le lait était versé dans l’écrémeuse qui séparait la crème du petit lait. J’ai encore connu l’écrémeuse à la main ; la démarrer était pénible, un véritable tour de force. Une fois lancée, on s’y relayait avec mes frères.

Toute petite, je me rappelle être descendue, avec la charrette à lait et ma grand-mère, à la laiterie du village. Cette laiterie était mise à la disposition de tous les petits fermiers qui ne possédaient pas encore d’écrémeuse. Inutile de vous dire, mais vous pouvez l’imaginer, comment tous les petits potins pouvaient rapidement circuler…

Dans mon souvenir, le laitier passait, deux fois par semaine, ramasser la crème et il apportait le solde « la quinzaine » deux fois par mois. Ah ! cette bonne crème qui nous servait à tout et surtout dans la bonne  trulèye. »

La Petite Gazette du 12 février 2009

DES SOUVENIRS DE LA VIE A LA FERME

Mademoiselle H. Dumont, de La Gleize, a pris du plaisir à lire les souvenirs de Mme Viviane Bultot. A son tour, elle se souvient :

« Avant la guerre, mes parents aussi avaient une petite ferme. Mes deux sœurs et moi, nous avons appris à traire les vaches. Etait-ce par plaisir… ou pour aider nos parents selon la nécessité ? Les deux probablement !

Nous avions une vache appelée « la bleue », vu son pelage gris bleuté parmi les autres « pie-noire ». Parfois, la Bleue ne donnait presque pas de lait. Pourquoi ? Eh bien, je l’ai vue un jour se traire elle-même ! Elle bombait un peu le dos, soulevait une patte de devant, passait sa tête sous le ventre pour se téter… se traire elle-même. Nous ne l’avons pas gardée. Elle était bonne pour la boucherie !

Une autre fois, ma jeune sœur et moi, pour nous amuser, avons voulu traire la même vache : une bien brave bête sans aucune malice. Nous nous sommes installées sur nos petits « passèts », une de chaque côté de la vache pour la traire. Imaginez la scène… Pauvre bête tiraillée à gauche et à droite par des mains malhabiles ! Nous avions peut-être 7 et 9 ans. La vache a bombé le dos, très lentement ; elle a soulevé ses pattes de derrière et, d’un bond, elle est passée au-dessus de nous, sans nous toucher, sans renverser nos seaux. Nous nous sommes retrouvées face à face, en riant probablement. »

Bientôt d’autres souvenirs de Mlle Dumont que nous remercions de nous ouvrir sa mémoire.

La Petite Gazette du 18 février 2009

ENCORE EN MARGE DE LA TRAITE A LA MAIN

Mademoiselle H. Dumont, de La Gleize, nous a déjà gratifiés de quelques souvenirs liés à l’évocation dans la Petite Gazette de la traite manuelle des vaches. En voici encore un, qui nous conduit en juillet 1940.

« Ma sœur aînée avait contracté la fièvre typhoïde ; donc, au village, nous étions mis « en quarantaine » à cause de la contagion. Nous avons été vaccinés et le docteur nous avait dit que nous aurions, peut-être, des réactions désagréables. Qu’importe, il fallait bien y passer !

En effet, le lendemain après-midi, nos parents ont dû retourner au lit ; ils étaient fiévreux, malades, sans appétit, sans force, au point de ne pouvoir traire les vaches en fin de journée. C’est ma jeune sœur et moi qui avons pris la relève. Le vaccin ne nous avait pas provoqué d’effets désagréables… Nous sommes allées rechercher le troupeau à l’autre bout du village pour ramener les bêtes dans la cour de la ferme et nous mettre à traire

Il faisait très chaud, les mouches étaient piquantes, les vaches étaient très agitées et elles levaient souvent la patte ! Nous avons reçu combien de coups de queue ! A 12 et 14 ans, traire les vaches dans ces conditions a dépassé nos possibilités.

Les vaches ont « retenu leur lait » ; elles nous ont donné à peine la moitié d’une traite normale. Je me souviens avoir pleuré en trayant… Après ce travail, disons « bâclé », ce n’était pas fini… Il fallait d’abord reconduire les bêtes en pâture ! Un voisin, qui avait sans doute pitié de nous, nous a gentiment proposé de les mettre, dans son pré, juste à côté de notre ferme, jusqu’au lendemain quand nos parents seraient de nouveau sur pied. Merci cher voisin ! »

Vous aussi vous pouvez nous transmettre vos souvenirs liés à ces gestes d’hier ; il serait malheureux qu’ils sombrent dans l’oubli le plus total… Il n’y a pas que la traite manuelle, vous pouvez nous parler de ce temps où l’eau ne coulait pas de robinets si nombreux aujourd’hui dans nos maisons et qui donnait une importance étonnante au bain hebdomadaire dans la tine en galvanisé. Vous pouvez également évoquer les souvenirs des conserves familiales avant l’avènement des congélateurs ou des supermarchés du surgelé. Si vous y pensez un peu, vous trouverez bien d’autres domaines, souvent strictement domestiques, qui ont connu bien des bouleversements grâce aux innovations techniques, ne citons que la lessive pour illustrer notre propos.

Je compte sur vous pour faire revivre dans les colonnes de la Petite Gazette ces gestes quotidiens si communs il y a seulement deux générations et qui apparaissent, aujourd’hui et à juste titre, comme appartenant à des temps à jamais révolus. N’oubliez pas d’illustrer vos propos, si cela est possible, de photographies ou d’autres documents. Aidez-moi à voyager dans le quotidien de nos parents et grands-parents.

La Petite Gazette du 11 mars 2009

UNE VACHE EXCEPTIONNELLE

Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, se souvient d’une vache vraiment   exceptionnelle :

« L’évocation de la traite à la main dans les colonnes d’une récente Petite Gazette a remémoré chez moi quelques souvenirs lointains. En effet, ce que je vais vous conter s’est passé dans les années 1930 lorsque mes parents avaient pris en location une ferme de 13 hectares à Regné. Papa étant plutôt cultivateur, c’était à maman, aidée par ses filles, à s’occuper du petit troupeau de six à sept vaches.

Parmi ces dernières, l’une sortait quelque peu de l’ordinaire. Elle était de bonne conformité, mais jamais saillie par des taureaux de race, elle avait toujours des veaux de qualité (genre cul de poulain). Son rendement en lait était exceptionnel et elle était très facile à traire.

La bête, de race « noir et blanc » avait un petit défaut, elle boitillait légèrement d’un pied (accident ou malformation). A cause de cela, on lui avait attribué le nom de « Chalèe », en bon patois de haute Ardenne : « boiteuse ». Lorsqu’elle se trouvait en prairie, il suffisait de l’inviter par ce nom pour qu’elle obtempère promptement à l’appel. Vu son comportement, elle avait la sympathie de tout le monde.

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La brave Chalèe, à Regné, dans les années 1930

 

La « Chalèe » fera partie du troupeau pendant de longues années. Ses descendants seront du même acabit.

Personnellement, à 17 ans, je m’engagerai dans la traite manuelle des vaches quoique la chose ne  m’enchantât pas trop. La seule de mes sœurs restant dans l’exploitation me facilitait la tâche en me confiant les laitières les plus douces.

En 1953, lorsque je quittai la profession pour engager mon avenir dans un autre domaine, je découvris un matin, en entrant dans l’étable, une vache vêlée depuis deux jours morte probablement à cause d’une trop forte abondance de lait (tétanie ou fièvre de lait). C’était une descendante de la vieille « Chalèe », son nom était « Djolèe » (jolie) ; perte sèche car aucune indemnisation n’était prévue, mais aussi, un peu, perte sentimentale. »

La Petite Gazette du 25 mars 2009

SOUVENIRS DE LA TRAITE A LA MAIN…

Le geste ancestral de la traite à la main a fait ressurgir bien des souvenirs … chez les lectrices surtout. Pour bucoliques que soient ces réminiscences du passé, elles n’ont pas laissé que des souvenirs heureux…

Mme S. Kaye, de Marche-en-Famenne,  réagit : « A mon humble avis, je pense qu’elles sont rares les personnes qui, aujourd’hui, pensent que la belle époque a vraiment existé…

Comme cadeau, à 18 ans, chaque matin à 7 heures et, plus tard, vers 17h30, deux vaches à traire, les plus jolies de la série de sept, Rosette et Rosalie. Samedi et dimanche, repos dominical … Cinq jours pour ma mère, c’était assez ! Le week-end, c’était mon père !

Le matin, c’étaient les gouttes de lait tombant dans le seau qui me réveillaient ; le soir, elles m’endormaient.

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Le Doyard, Gros Chêne, par Havelange

 

Vieux foulard sur les cheveux, déchets de corde pour lier la queue, vieux seau lavé en fer… Les plus joyeux, c’étaient les chats qui attendaient que le seau soit rempli de lait. Leurs manies déplaisaient à ma mère.

Ayant passé la semaine, parfum de lait et soir de Paris, j’étais contente de trouver un tuyau d’arrosage et une vieille bassine dans laquelle les vaches buvaient. Savon Sunlight à volonté. L’été cette pratique était plus régulière et l’eau se troublait, le bétail ressentit un petit malaise. Mon père vida la bassine et y remit de l’eau propre. L’hiver, la bassine devenait ma patinoire…

Dj’in veu c’on sôre, motte lès vatchs al min, lès bèrbis ôssi, po avou bon lèssè ! boûrre èt cras stoffè à volonté.

 La Petite Gazette du 1er avril 2009

LA TRAITE DES VACHES A LA MAIN…

Les souvenirs se bousculent en pagaille, certains quelque peu amers d’autres franchement amusants…

Ceux de Mme Maria Lambotte sont plutôt à ranger dans la seconde catégorie :

«J’ai pris bien du plaisir à lire les souvenirs de la vie à la ferme. Et si, naguère, le fossé était plus creusé entre les campagnards et les gens de la ville, la petite paysanne en dessous de ses vaches fait encore rire aujourd’hui. Jugez plutôt.

Un jour, je suis amenée à consulter un rhumatologue qui m’interroge pour établir mon dossier.

Avez-vous déjà été opérée ? 

– Oui, pour une fracture du plateau tibial, on a posé une tige et deux vis.

– Vous aviez fait une chute ?

– Non, c’est suite à un coup de pied de vache !

 Oh ! oh ! fait le médecin étonné, mais je ne m’étends pas là-dessus, les médecins sont pressés.

– Puis une fracture de l’humérus ou j’ai eu des broches, mais cela c’était plus conséquent.

Et le docteur, amusé : « Oh oui, c’était le taureau… »

Mais revenons à la ferme de mes parents, où on finissait la traite par la petite étable. Maman trayait déjà et n’avait pas éclairé. Je ne pris pas non plus la peine d’allumer bien qu’il fasse sombre. Je pose mon passet et m’installe avec mon seau sous la première vache. Au moment de saisir le pis, mes mains tombent dans le vide et, sans réfléchir, je veux le saisir plus haut. C’est alors que mon sang se glaça dans mes veines parce que je m’aperçus, horrifiée, que j’étais bel et bien assise avec mon seau en dessous du taureau ! La peur au ventre, je me suis faite toute petite et très discrète pour me sortir de cette fâcheuse position. Aucune réaction de l’animal, peut-être dormait-il ? L’explication de ma méprise me vint par la suite : Papa, pendant la journée, avait changé les bêtes de place !

En conclusion : le tibia en trayant, l’humérus en fanant et le taureau qui aurait pu être très méchant et après tot çoulà, on vik’ co ! »

La Petite Gazette du 8 avril 2009

LES TRAVAUX DE LA FERME ET LA TRAITE

Madame Françoise Schröder-Closjans, de Louveigné, nous conte, à son tour, ses souvenirs à la ferme :

« Chez mes parents, les travaux de la fenaison se faisaient en commun avec un frère de maman. Celui-ci possédait une faucheuse tirée par deux chevaux, papa ouvrait le passage en fauchant une batte à la main le long des clôtures. A midi, pour ne pas perdre de temps à dételer les chevaux, mon oncle mangeait dans la prairie. Maman préparait un paquet de tartines emballées dans du papier parchemin, un thermo de café et des tasses, elle déposait le tout dans un panier en osier que nous portions, mon frère et moi, avec la permission de partager le repas de mon oncle. Déjeuner sur l’herbe, c’était bien agréable ! Pendant ce temps, les chevaux se reposaient en mangeant l’avoine dans leur musette.

005 Ferme de Colonheid Fraipont, 1950.

En 1945, le frère de maman cessait son activité et papa a acheté une Jeep et du matériel plus moderne.

A l’âge de 7 ans, j’ai appris à traire, d’abord une vache, ensuite plusieurs. Papa m’avait fabriqué un petit passet et maman m’avait acheté un seau de 15 litres en fer étamé. Pendant les vacances, mon frère et moi, nous aidions nos parents pour la traite et nous trouvions cela tout à fait normal. »

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Ferme de Colonheid 1950. C’est mon beau-frère qui trait, à côté de lui un petit voisin. Derrière la vache, une de mes belles-sœurs avec l’aîné des petits enfants.

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous propose de découvre, au fil des semaines à venir la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« La région que l’on pourrait appeler « Haute Ardenne » aurait, en principe, ses limites naturelles entre l’Ourthe, l’Amblève, le Glain et la Salm. Toutes ces rivières sont alimentées par une multitude de ruisselets et de ruisseaux coulant dans les nombreuses vallées et de toutes les directions.

Les plus hautes cimes des « montagnes ardennaises » sont situées sur le plateau des Tailles. La Baraque de Fraiture est le point le plus haut (le troisième de Belgique) culminant à 652 mètres d’altitude. Afin de marquer l’endroit avec précision, une borne y a été implantée en son temps. Aussi, avant la fameuse bataille du saillant des Ardennes en 1944-1945, une petite pyramide y était installée. Du sommet de celle-ci, on pouvait découvrir tout un panorama à des kilomètres à la ronde. Cette construction sera détruite lors des événements guerriers et ne sera pas remplacé par la suite. baraque1

Quel en fut le motif ? Cela pourrait bien être l’installation, dans les parages immédiats, des radars de l’O.T.A.N. C’est peut-être là une des raisons plausibles. Actuellement, avec l’espoir d’une paix durable en Europe, les choses ont bien changé. Ces radars sont-ils encore d’une grande nécessité ? A la rigueur, ne pourrait-on pas pouvoir disposer d’un de ces éléments pour venir remplacer la défunte pyramide ? C’est aux autorités locales de suivre cette affaire. Il se peut aussi que personne ne se soit posé la question… Le public local et les touristes disposeraient à nouveau d’une vue panoramique splendide sur toute la région. Il faut bien dire que, depuis quelques décennies, la Haute Ardenne est de plus en plus visitée et appréciée tant par les citadins que par bon nombre d’étrangers.

Il y a hélas aussi que, voulant profiter du relief élevé du terrain, une haute tour en béton aura été érigée afin d’y installer le relais des ondes de la R.T.B.F. et de desservir toute la contrée … service public oblige ! »

La Petite Gazette du 8 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Déjà vers le milieu du XIXe siècle, la construction des routes nationales Vielsalm-Laroche et Houffalize-Manhay les firent se croiser à cet endroit, donnant ainsi naissance au toponyme. En effet, un habitant du village de Fraiture, voisin des lieux, désira profiter de la présence de nombreux ouvriers occupés à cette entreprise et, comme le lieu était un « désert », y installa une baraque pour y débiter à boire et à manger à tout ce monde. Par la suite, l’affaire prit une certaine ampleur vu l’importance du passage en tous sens. La motorisation des déplacements ira, elle aussi en se développant à ce croisement de routes. baraque2

Le carrefour aura également une réelle importance dans la stratégie militaire. Le plus bel exemple sera celui des combats qui y seront livrés durant plusieurs jours en décembre 1944. Les Américains, y ayant vécu une tragédie, ont voulu le rebaptiser « Parkers Crossroad », soit « carrefour Parkers », du nom du major qui commanda la défense à l’époque.

Une certaine hôtellerie s’y développera au fil du temps. Toutefois, « l’Auberge du Carrefour » occupa les lieux depuis bien longtemps et cela suite à l’expansion de la fameuse « baraque » citée plus avant. Cet établissement, dont la renommée n’est plus à faire, est tenu depuis des générations par la même famille, et cela augure bien pour la descendance.

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D’autres bâtiments commerciaux viendront s’y ajouter progressivement. Cependant, il y aura lieu de veiller au grain, car tout peut se produire, en bien comme en mal, et cela dans tous les domaines. A cet effet, le nom de cet endroit, si prestigieux, faillit bien être usurpé à l’aide de certaines enseignes commerciales. Heureusement, l’erreur sera bien vite rectifiée et tout rentrera dans le bon ordre des choses. Par contre, un point noir restera à déplorer, c’est celui de l’installation, il y a quelques années, d’une boulangerie industrielle. Cette dernière fera tache dans ce coin pittoresque. Actuellement, les vilains bâtiments, abandonnés après cessation de toute activité, ne sont pas là pour embellir ; bien au contraire. Qui saurait dire si, plus tard, d’autres cas similaires n’y verront pas le jour ? Il y a bien sûr l’économie qu’il ne faut pas négliger, mais faut-il vraiment tout sacrifier pour cela et continuer à détruire une belle nature en y installant n’importe quoi et n’importe où ? L’exemple cité devrait servir de leçon et donner à réfléchir aux responsables pour l’avenir. » A suivre.

La Petite Gazette du 15 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

   « Par ailleurs, une piste de ski de l’A.D.E.P.S., nichée dans un repli de terrain bien exposé au nord, connaîtra un succès en période hivernale. Il faut aussi reconnaître qu’à certains moments de l’année, le froid et la neige ne manquent pas sur les hauts plateaux ardennais.

En d’autres endroits, des sentiers balisés commencent à voir le jour. Certains seront équipés de caillebotis pour faciliter les passages humides. A l’aide de ce système, on peut admirer des étendues de fanges sauvages et naturelles. baraque4

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi la présence de l’autoroute internationale E25 à quelques encablures à l’ouest du carrefour avec sa sortie n° 50 . Cette nouvelle infrastructure aura apporté un plus à la région, tout en facilitant les déplacements aussi bien des autochtones que des touristes.

Ce sont bien là les temps modernes et l’évolution doit faire son œuvre. Cependant il faudra toujours rester vigilant dans le futur en vue de préserver certaines choses existantes et qui ont toujours eu leur place dans cette belle nature.

Mais la Haute Ardenne comptera d’abord ses plateaux fangeux. Les nombreuses sources donneront naissance à une multitude de ruisselets. Ces derniers formeront à leur tour des ruisseaux qui couleront par les vallées vers les rivières les plus importantes. Ne dit-on pas que les petits ruisseaux font les grandes rivières ? »

La Petite Gazette du 22 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Nous pourrions faire le tour du point culminant de la Baraque de Fraiture en utilisant simplement les quatre points culminants.

En partant du sud, nous trouvons le « Neur Ru » qui prend sa source dans les fanges de Les Tailles. Ce ruisselet coule d’abord par l’ouest vers le « Laid Bois ». après un certain parcours, il oblique au sud en suivant une profonde vallée entre le village de Les Tailles et le hameau de Chabrehez, où je suis né en 1929. A partir de là, il changera de nom en « Martin moulin » pour aboutir, après des kilomètres, dans « l’Ourthe Orientale » entre Houffalize et Laroche.

   En nous dirigeant à l’ouest, nous découvrons l’ « Aisne », dont les sources se situent près du village d’Odeigne, le ruisseau coule par les nombreuses vallées, où il est grossi en cours de route par de multiples affluents. Il se jette, en fin de parcours, dans l’Ourthe à Bomal.

   Plus vers le nord, nous abordons le village de Fraiture et ses nombreuses sources. Celles-ci donnent naissance aux ruisseaux « la Gehe » et « le Groumant » qui, eux, couleront par les vallées vers le village de Lansival. Toujours vers le nord, dans les villages de Regné et d’Hébronval, on découvre de nombreuses sources qui forment des ruisselets qui se réunissent dans la vallée très encaissée des  Gueules et créent alors le ruisseau de La Lienne. Ce cours d’eau, après être passé dans les parages du village de Lierneux et, avoir parcouru beaucoup de méandres, sera alors augmenté des ruisseaux, déjà cités, en provenance de Fraiture et qui se sont, eux aussi, réunis au préalable. A partir de cet endroit, une vraie rivière est formée et celle-ci suivra la vallée qui porte son nom, la Lienne avant de se jeter dans l’Amblève à Targon. baraque5

   En allant vers l’est, on y trouve des fanges, dont celle de Bihain d’abord, soit plus ou moins 220 hectares. Un ruisselet y prend source portant les noms de « Saint-Martin » ou de « Bihain » et coule d’ouest en est. Ensuite, un peu plus au sud-est, on aborde une autre fange, plus petite, près du hameau de la Pisserotte. Là aussi, un ruisselet prend sa source et porte les noms de « Rolaye » ou de « Langlier ». Les deux cours d’eau précités se rejoignent après quelques lieues et forment alors le ruisseau de la « Ronce ». Ce dernier coule vers l’est et débouchera dans le ruisseau du  Glain , lequel se confondra avec la Salm. Cette dernière rivière se jettera finalement dans l’Amblève à Trois-Ponts.

Et voilà passés en revue les principaux ruisseaux et rivières de ce haut pays et de ses alentours. Un grand nombre d’autres ruisselets coulent de ses collines, mais il serait fastidieux de tous les citer. » A suivre.

La Petite Gazette du 29 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« A côté de tous ces ruisseaux et rivières, il convient également de citer la présence d’une nappe d’eau souterraine très présente partout. De nombreuses sources et fontaines y sont dénombrées. Il faut noter que ces points d’eau auront servi longtemps à l’utilisation domestique locale. De nombreux puits seront creusés afin d’assurer l’alimentation en eau potable. Bon nombre de sources seront captées pour desservir toute une population.

Les ruisseaux et les rivières auront aidé à faire tourner les roues à aubes des moulins à grains. Hélas, ce système est pour ainsi dire abandonné de nos jours.

En général, le paysage de la Haute Ardenne est constitué par des collines moyennes. Parmi celles-ci, on pourrait citer « Rolanhan »  qui culmine à 565 mètres et domine une large cuvette vers le sud. Les villages d’Hébronval et de Regné y sont blottis. Etant donné la configuration du terrain en lui-même et vu son espace assez large, cette région servira, pendant les années 1930, à un centre de vol à voile. Les vents ascendants et descendants permettaient ce genre de sport aérien à cet endroit. Cette cuvette est ceinturée au sud par une élévation, le Thier de Regné, avec 580 mètres d’altitude, en profil allongé, s’étirant d’ouest en est sur une longue distance.

baraque6      Dans certaines de ces collines, on exploita, pendant des décennies, voire pendant des siècles, le fameux coticule (pierre à rasoir ou à aiguiser) unique au monde. Du manganèse y sera également extrait. Plus vers l’est, dans la région de Vielsalm, on trouvait des ardoisières. Hélas, toutes ces exploitations du sous-sol auront connu leurs heures de gloire et elles subiront leur coup d’arrêt définitif après les deux conflits mondiaux du XXe siècle. Des produits de substitution et la forte concurrence étrangère en seront, en bonne partie, les causes.

De tous les côtés, la Haute Ardenne est bien couverte par les forêts, dont une grande partie de résineux. Toutes ces surfaces boisées sont plantées et suivies de près jusqu’à leur coupe définitive. Ce matériau donnera une certaine valeur au sol ainsi exploité. De grandes étendues seront remarquées par leur vert très foncé. Il y restera quelques beaux carrés de feuillus (chênes, hêtres…) ; ceux-ci seront, en principe, exploités surtout pour donner du bois de chauffage. Il fut un temps où les Ardennais trouvaient de la tourbe dans les fanges et ils s’en servaient comme combustible. Ce produit sera abandonné dès l’arrivée des produits plus pratiques à l’usage. » A suivre.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Les villages du haut pays, souvent blottis à flanc des collines, comptent une faible densité de population, essentiellement composée d’agriculteurs, de bûcherons ou d’autres professions limitées aux besoins locaux. Il faut dire que de vastes surfaces de terrain sont réservées à l’usage agricole. De côté-là aussi, dès la mise sur pied du Marché commun, les choses auront bien changé. Les nombreuses petites entreprises seront muées en de plus grandes exploitations. La culture céréalière sera presque abandonnée au profit de l’élevage bovin, d’où plus de prairies. Les campagnes, à cause de ces mutations, seront métamorphosées et changeront d’aspect. Aussi, de nombreuses terres seront regroupées en de grands ensembles, afin de faciliter le travail en lui-même. Faisant suite à toute cette évolution, de nouveaux types de bâtiments, plus vastes, seront construits. A cause de cela, de nombreuses fermettes seront mise en vente et, souvent, elles seront achetées par des citadins ou des étrangers, des Hollandais la plupart du temps. Le bon air, le calme de la Haute Ardenne attirent bon nombre de ces investisseurs.

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A titre de conclusion, on pourrait en déduire, sans devoir trop se tromper, que tout ce développement serait dû à la modernisation. La construction de l’autoroute internationale E25 passant par la Haute Ardenne y serait pour une bonne part. Que de facilités pour l’accès, ainsi que pour les déplacements dans cette région qui a conservé, malgré tout, son charme naturel. Déjà le réseau routier existant avait été amélioré, il est praticable durant  toutes les saisons. Les grands axes sont sous surveillance constante en période hivernale, allant jusqu’à prévoir les intempéries. Ce système permet d’agir avec rapidité et efficacité. Il y a aussi les moyens de locomotion modernes qui ont pris une extension formidable en quelques décennies. Toutes ces facilités permettent à la Haute Ardenne de vivre avec son temps tout en conservant ses sites merveilleux ainsi que son prestige et son attrait.

Souhaitons que les responsables veilleront au respect de cette belle région et qu’ils sauront lui éviter trop de gâchis pour l’avenir. »

La Petite Gazette du 12 janvier 2005

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

    Nous avons, durant plusieurs semaines et à l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, découvert la Haute Ardenne. Il était, dès lors, plus que temps de savoir pourquoi ce lecteur porte tant d’intérêt à cette magnifique région.

« Je suis né sur les hauts plateaux ardennais, fin des années 1920, dans le petit hameau de Chabrehez, non loin de la Baraque de Fraiture. A l’âge de 3 ans ½, je traversais le carrefour d’ouest en est en compagnie de mes parents, ceux-ci ayant pris en location une métairie au village de Regné. De là, je pouvais découvrir de larges horizons. J’y vivrai mon enfance, mon adolescence, ainsi que ma jeunesse. Après l’école primaire, à l’âge de 14 ans, je serai astreint  à aider dans l’exploitation familiale. A l’âge de 18 ans, je serai orphelin de mon père et je devrai prendre en mains les rênes pour continuer l’entreprise. Dans l’immédiat, je serai émancipé juridiquement, devenant ainsi majeur. Tout en m’occupant des travaux agricoles, j’entreprendrai, en même temps, des études, par correspondance, de comptabilité et passerai devant un jury pour obtenir un diplôme adéquat. Jusqu’à l’âge de 24 ans, je serai toujours resté aux côtés de ma mère.

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Alors vint le moment où, pour des raisons familiales, je dus réfléchir sérieusement à mon avenir. Tout à coup, je courtisai une fille de mon village. En 1953, nous décidons de nous marier et de quitter la Haute Ardenne pour la région liégeoise où j’avais décroché une place, comme employé de bureau, dans l’industrie du pneu. A cette époque, les moyens de locomotion n’étaient guère développés et nos retours au « pays » étaient bien rares, et, à chaque fois, cela me donnait un vrai cafard.

Malheureusement, la Haute Ardenne n’offrait pas de débouchés suffisants pour occuper tous ses jeunes éléments. Il faudra s’adapter à vivre sous d’autres cieux, ainsi qu’avec d’autres mentalités. Les années passèrent, le boulot ne manquait pas et notre jeune foyer avait vu naître cinq enfants à élever le plus dignement possible. Sur ces entrefaites, les retours au « pays » étaient toujours plus attendus et appréciés par tous.

L’âge de la retraite étant arrivé, je retrouvai davantage de liberté et, surtout, de disponibilité. ; je ne ratais jamais d’un retour aux sources. Je recherchai des origines les plus lointaines  possibles pour en dresser l’arbre généalogique et j’arrivai à écrire mes mémoires. Je prendrai aussi le temps de rédiger trois ouvrages, tous centrés sur ma Haute Ardenne, en tenant compte surtout des événements vécus pendant l’hiver 1944-1945, pour la partie civile.baraque8

 

 

L’Auberge du Carrefour à la Baraque de Fraiture après la Bataille des Ardennes en janvier 1945

 

    Je voudrais aussi coucher sur papier, un peu de l’histoire et de l’évolution au XXe siècle du haut pays ardennais. Tout cela pour avouer franchement qu’une bonne partie de mon cœur restera toujours tournée vers cette région où je vis le jour, où j’aurai vécu les plus jeunes années de ma vie et où je compte toujours de la parenté et de nombreux amis. »

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Tout ceci vous aura permis, j’en suis persuadé, de mieux comprendre l’attachement de M. Joseph Gavroye à sa Haute Ardenne. D’aucuns d’ailleurs le présentèrent comme le chantre de ce haut pays.