EMMANUEL RYCKX, LE PARACHUTISTE SANS JAMBES DE VIEUXVILLE

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

A VIEUXVILLE, UN VOISIN QUE JE N’AI PAS CONNU …

Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, évoque le passé glorieux d’un grand résistant qui résida à Vieuxville. « Un voisin que je n’ai pas connu, m’écrit-il, mais dont je connais l’histoire…

« Emmanuel Ryckx, fils du Colonel Alfred Ryckx, est né le 21 juin 1902, à Bruxelles. Il a été volontaire de carrière en qualité de sous-officier, au 4e Lanciers de 1920 à 1923.

Le 1er juin 1943, il entre dans le maquis AS Ardenne avec le grade de sous-lieutenant et sera identifié sous le nom de Lieutenant Patrick.

En septembre 1944, suite à la rencontre avec Blondeel, le lieutenant Patrick (le sergent Ryckx) et neuf résistants bien décidés à poursuivre le combat en devenant parachutistes accompagnèrent les SAS et se retrouvèrent au camp de Fairford. Huit d’entre eux reçurent une formation SAS.

Emmanuel Ryckx est breveté Para le 12 octobre 1944 avec le numéro de matricule 5774 et rejoint la compagnie Para le 27 novembre 1944. Il participe à l’opération « Régent ».

ryckxLe  10 janvier 1945, il mène une patrouille Recce dans les environs de Val de Pois, sur un sentier forestier recouvert de neige, connu pour être miné et garni de pièges « bobbytraps », trois mines actionnées par des fils tendus explosent à un mètre du sergent Ryckx, qui est projeté au sol. L’ennemi ouvre le feu à courte distance, gardant son calme, Manu rallie la patrouille, riposte, met l’ennemi en fuite et poursuit sa mission.

Le 11 janvier 1945, en compagnie d’Olivier Gendebien et de de Chagny accompagnés de deux guides civils, ils sont attachés à une unité britannique qui, de Libin, doit rejoindre Arville. Après avoir traversé la Lomme, la chenillette de tête, dans laquelle ils ont pris place, saute sur une double mine.

L’équipage britannique est tué, les guides gravement blessés, de Chagny a de multiples fractures et Manu Ryckx a les deux jambes déchiquetées et un pied arraché. Il fut transporté sur une civière par un chemin forestier, sur une distance de plus d’un kilomètre et par un temps abominable, ses couvertures recouvertes de neige, jamais il ne laissa échapper la moindre plainte ; évacué, il subit une double amputation. Il sort de l’hôpital militaire le 25 juillet 1945 et est en convalescence jusqu’au 15 avril 1946, date à laquelle il est déclaré inapte et où il rentre alors dans la vie civile.

Le pilote automobile Olivier Gendebien, qui faisait partie du groupe des dix, racontait en 1977 « Le sergent Ryckx, un spécialiste des explosifs, n’avait pas son pareil pour entrainer des jeunes résistants. »

Les anciens de Vieuxville, poursuit mon correspondant, me parlaient souvent du parachutiste sans jambes, toujours de bonne humeur, dans son fauteuil roulant, accompagné de son infirmière. A la mort de son père, en 1955, Manu rentre à Bruxelles où il reprend son activité professionnelle.

Un rapport, signé du Major Blondeel, nous confirme un autre fait d’arme à son actif. Le 5 septembre 1944, avec 50 hommes AS sous ses ordres, il capture la gare de Jemelle, malgré une résistance acharnée de la part des Allemands.

Le 6 septembre, des unités blindées « SS Adolf Hitler » reprennent la gare, durant le repli, une partie du groupe voit sa retraite coupée. Ryckx, avec cinq hommes, mène la contre-attaque malgré un feu intense des blindés ennemis, ils dégagent le groupe mais doivent déplorer la perte de trois hommes. Commentaire du rapport du Major Blondeel : « Ce sous-officier a toujours montré du courage et une aptitude au commandement digne d’éloges, ayant dû souvent faire face à de grandes difficultés, il fit toujours preuve d’une détermination inébranlable pour accomplir les missions qui lui furent confiées. »

Depuis 2008, une plaque à sa mémoire a été placée sur le monument de Vieuxville. »

La Petite Gazette du 14 novembre 2012

A PROPOS D’EMMANUEL RYCKX QUI VECUT A VIEUXVILLE

Monsieur Marcel Lardin, le président fondateur de la fraternelle Royale de l’Armée Secrète du CT9, me communique un intéressant témoignage au sujet du Sergent Ryckx :

« J’ai connu personnellement la vie de cette unité en Grande-Bretagne, m’écrit mon correspondant.
Je connaissais l’histoire de ce sergent et je suis en possession d’un document écrit par son neveu que je vous adresse bien volontiers afin de compléter les informations déjà publiées :

« Déclaration du Caporal J-C Liénart, dit Popeye :

– il était en formation au sein de la Brigade Commando en Grande-Bretagne et déclare qu’un courrier reçu de Belgique lui apprend que son oncle Manu – le Sergent Emmanuel Ryckx des S.A.S. – avait été blessé à la bataille des Ardennes et qu’il était maintenant soigné à l’hôpital belge de Leamington-Spa. (UK).

– Le 31 mars 1945, j’ai obtenu une permission pour aller le voir  dit-il. Il avait, sur son scout-car, sauté sur une mine, perdu un pied, et s’était fracturé la cuisse si salement qu’on avait dû l’amputer sur place dans l’hôpital de campagne. Il avait le moral et déclarait que grâce au genou qui lui restait, il pourrait même encore jouer au golf. Transporté d’abord à l’hôpital Brugman à Bruxelles, il avait vu mes parents dont il pouvait me donner des nouvelles, puis avait été évacué sur l’Angleterre et l’hôpital belge où seul blessé présent, les troupes du Colonel Piron étant parties sur le Continent le 10 août 44, il devait être bien soigné.

– Manu, « brûlé dans la Résistance, a été enlevé par un petit avion spécial sur un terrain de fortune tenu par le maquis et s’est illico engagé dans l’unité de parachutistes belges du Capitaine Blondeel, la SAS (Special Airborne Service). Après quelques sauts, un peu d’entraînement (moins que nous !), ils avaient été expédiés sur le front des Ardennes. Là, un petit groupe était mis, à la disposition des unités de reconnaissance anglaise, comme guides supposés connaître le terrain et la langue indigène.

– Manu a atterri dans une section australienne en position dans la forêt de Saint-Hubert. C’est là qu’un jour de progression en reconnaissance motorisée, sur la foi d’un garde-forestier, la colonne s’était engagée dans un chemin du Val de Poix, soi-disant libre de mines. C’était en plein hiver, dans la neige, Manu passait de scout-car de tête en scout-car de tête, et s’asseyait sur le garde-boue avant. C’est là qu’il a été touché de plein fouet par l’explosion de la mine.

– Le 19 avril 45, j’ai pu aller le revoir juste avant de partir en opération. Il était assis sur son lit d’hôpital, au bout du lit pendait la feuille de soins sur laquelle il avait dessiné deux rondelles de saucisson. A mon regard interrogateur, il se dressa sur ses deux poings fermés, bras tendus, et me dit « Regarde, je tourne sur un très court rayon d’action… ». On lui avait amputé les deux jambes à la même hauteur. Gangrène ? Non. En prothèse il n’y avait pas de pieds articulés, rien que des jambes, alors pour la facilité on avait égalisé ! »

Merci beaucoup pour cet intéressant témoignage.

      La Petite Gazette du 5 décembre 2012

UN SOUVENIR D’EMMANUEL RYCKX…

Monsieur Rémi Delaite évoque les souvenirs qu’il a conservés au sujet d’Emmanuel Ryckx :

« Votre article sur le soldat Emmanuel Ryckx me rappelle des souvenirs lointains car j’avais 5 ans. Les Américains qui avaient délivré mon village de Redu filèrent sur Bastogne et furent remplacés par une unité anglaise qui resta plusieurs jours au village au temps des combats de Bure. Cette unité devait être assez hétéroclite  Je me souviens vaguement de deux soldats polonais interrogeant de façon assez musclée deux Allemands faits prisonniers à Tellin. Il y avait aussi quelques Français logeant chez mes grands-parents et puis un petit groupe de Belges qui faisaient de la reconnaissance. Le seul souvenir marquant pour moi fut le retour de ce petit groupe avec un blessé grave attaché sur le capot d’un véhicule, les jambes complètement déchiquetées. Serait-ce Emmanuel Ryckx ? A partir du village, cette petite unité faisait de la reconnaissance vers Saint-Hubert et Tellin-Bure.

Mon Père a parlé souvent de ce groupe où se trouvaient Olivier Gendebien et de Chagny, ceux-ci venaient chez le garde comme ils disaient (mon père étant garde-forestier).

Si ce souvenir est resté, c’est parce que Olivier Gendebien, grand chasseur, est revenu quelquefois à la maison pour dire bonjour et rappeler des souvenirs de l’époque. »

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

UN DOCUMENT INTERESSANT SIGNE EMMANUEL RYCX

Nous avons, grâce à vos souvenirs et témoignages, évoqué dernièrement la mémoire de celui que d’aucuns appelaient « le parachutiste sans jambes de Vieuxville ». Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, revient sur cette personnalité et illustre les propos parus par un document. Il s’agit d’une lettre adressée par Emmanuel Rycx, lui-même, au Ministère de la Défense Nationale, Office de la Résistance, le 30 novembre 1956. En voici la copie :

Messieurs,

En réponse à votre lettre, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je ne peux me souvenir de la date à laquelle mon dossier à la Résistance a été ouvert.

J’ai été grièvement blessé au combat, j’ai été amputé des deux jambes et on m’a enlevé le rein gauche. Tout ce qui a été fait, a été fait pendant que j’étais incapable de le faire moi-même.

Cependant, il doit y avoir un dossier puisque j’ai été honoré du brevet Eisenhower décerné aux titres de la Résistance de l’A.S. à quelques titulaires seulement.

J’ai également reçu une commission de sous-Lieutenant de l’A.S. à titre temporaire. Tout cela prouvant absolument qu’un dossier a été ouvert.

Pour aider aux recherches, voici les noms de ceux qui m’ont connu à l’A.S. et qui peuvent authentifier mes dires :

– Monsieur l’avocat Smolders, rue Montoyer

– Monsieur le Comte d’Aspremont-Lynden, chef du groupement des Ardennes.

Vous voudrez bien vous souvenir que Brumagne a été assassiné avec tous ses adjoints, que Tumelaire a été arrêté par les Allemands et libéré dans le Train-fantôme ainsi que le Docteur Recht. Que le lieutenant Bauchau a été blessé en combattant avec moi dans les Ardennes, mais que ces dernières personnes ont disparu sans mettre en ordre les dossiers dont ils étaient responsables.

Lors des combats dans les Ardennes, j’ai fait la connaissance du Colonel Blondeel, Commandant le régiment des Parachutistes S.A.S. sous le pseudonyme de Blund.

Pour reconnaître les mérites des combattants de notre groupe, il a accepté immédiatement d’enrôler sept d’entre nous dans le régiment de Parachutistes. Nous partîmes à l’entraînement en Angleterre.

Ceci explique aussi que je n’ai pu m’occuper moi-même de mon dossier de résistant.

Veuillez prendre en considération que j’ai quitté la Belgique le 10 septembre 1944, que j’ai été blessé le 12 janvier 1945, lors de l’offensive de Von Rundstedt et que ma convalescence a duré bien près de 10 mois enfin qu’il m’a fallu au moins deux ans pour pouvoir reprendre une vie active.

Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Signé : Rycx

Mon correspondant insiste sur cette réalité : « Rycx, Gendebien et de Chagny, ainsi que quatre autres A.S. ont été recrutés par le Colonel Blondeel dans nos Ardennes et enrôlés dans les parachutistes S.A.S. »

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