QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE LE 15 JANVIER 1940, PENDANT LA DRÔLE DE GUERRE?

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

Une lectrice d’Andenne, mais originaire de La Barrière, à quatre kilomètres de Basse-Bodeux et à cinq de Neufmoulin, m’écrit à propos d’un dramatique épisode de la mobilisation, car elle voudrait savoir si quelqu’un pourrait l’aider à comprendre ce qui s’est passé ce jour-là.

« A la mobilisation, il y a eu un malheureux incendie dans les baraquements aménagés en dortoirs pour les soldats mobilisés. Il y a eu beaucoup de soldats atteints de graves brûlures, d’autres ont été brûlés vifs, d’autres encore sont morts plus tard des suite de leurs blessures.

Pendant la mobilisation, les soldats étaient soumis à des exercices d’alerte. J’habitais alors avec mes parents le long de la route provinciale n°23, celle-ci était minée de part et d’autre. En cas d’alerte, quatre soldats gardaient la route, prêts à déclencher les mines.

La nuit de l’incendie, vers deux heures du matin, mes parents ont été réveillés par un soldat, celui qui gardait le deuxième point miné et qui leur demandait à téléphoner puisque la ligne militaire était coupée !

Je me souviens que les ambulances transportant les brûlés vers Liège ont eu des accidents en tombant dans les trous ouverts dans la route. Quelle catastrophe !

On connaissait beaucoup de ces mobilisés, le baraquement abritait beaucoup d’infirmiers, mais aussi des Chasseurs ardennais.

Je crois bien qu’il y a eu trois morts dans l’incendie et 30 ou 40 blessés, que sont-ils devenus ? J’aimerais le savoir »

Quelqu’un pourra-t-il nous apporter des précisions sur ce drame survenu peu de temps avant le 10 mai 40 ? Tous les renseignements ou souvenirs en votre possession nous intéressent au plus haut point. D’avance, je vous remercie chaleureusement de bien vouloir nous les communiquer.

La Petite Gazette du 28 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

En réponse à la lectrice d’Andenne qui vous questionnait à ce propos il y a trois semaines, Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, qui possède une documentation manifestement fort bien classée, m’a transmis quelques renseignements intéressants :

« Les Annonces d’Ourthe-Amblève du 9 septembre 1998 ont évoqué ce dramatique événement survenu à Basse-Bodeux, dans la nuit du 15 janvier 1940, et au cours duquel quatre soldats belges périrent carbonisés, dans l’incendie de leurs baraquements militaires, installés, à l’époque, à l’entrée du village, entre les maisons Hourand et Vauchel, brasier provoqué par du charbon incandescent tombé d’un poêle. Une quinzaine d’autres soldats furent gravement brûlés.

Ce douloureux épisode de la phase D de la mobilisation (qui avait débuté le 14 janvier, pour se terminer le 10 mai 1940, par la phase E, c’est-à-dire la mobilisation générale) fut rappelé naguère, poursuit mon correspondant, par « Le Jour/ le Courrier » du 22 mai 1999. Ce quotidien précisait que des braises échappées d’un poêle mirent le feu à de la paille qui servait de matelas à certains soldats et que, en quelques instants, une centaine d’hommes se ruèrent vers l’unique sortie du baraquement, une porte qui ne s’ouvrait que vers l’intérieur ! Encore heureux, ajoute le journal verviétois, que d’autres soldats aient eu la présence d’esprit d’écarter du lieu du sinistre un camion chargé d’explosifs ».

Grâce aux archives de M. Jacquemin, nous avons déjà quelques indications sur la version « officielle » de la tragédie, mais, insistant sur la demande de ma lectrice d’Andenne, mais originaire de La barrière, entre Basse-Bodeux et Neufmoulin, j’aimerais beaucoup, si c’est possible, recueillir le témoignage de ceux qui ont vécu cet événement tragique. Mon vœu sera-t-il exaucé ?

La Petite Gazette du 23 août 2000

QUE S’EST – IL PASSE A LA BARRIERE ?

   De très intéressantes communications me sont parvenues suite à la parution de la version officielle de ce drame de la mobilisation.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, fait tout d’abord la précision suivante : « Il ne s’est rien passé à « La Barrière » qui est un lieu-dit à environ 4 km de l’endroit (Basse-Bodeux, grand-route) où se sont déroulés les tristes événements relatés.

Habitant à une quinzaine de mètres des portes d’entrée des baraquements militaires en question, j’ai eu le triste privilège d’assister au déroulement complet de toute cette tragédie. Vers 4H30, ce 15 janvier 1940, nous avons été, mes parents et moi-même, éveillés en sursaut par de nombreux cris. Plusieurs soldats se trouvaient déjà près de la maison, certains en pyjama, d’autres pieds nus ; or, il faisait très froid. Les plus démunis sont entrés dans la maison. Très vite, les flammes ont embrasé toute la toiture, le feu s’étant propagé à une vitesse incroyable, bien alimenté par la paille qui couvrait le sol et attisé par l’ouverture des lucarnes tenant lieu de fenêtres. Comble de paradoxe, les portes du sas de sortie s’ouvraient vers l’intérieur. Venant du brasier, on entendait des cris de terreur, accompagnés par une fusillade ininterrompue ; les cartouches qui éclataient ajoutaient encore au côté sinistre du drame.

Entretemps, les premiers blessés étaient sortis et étendus ; pour les plus graves, dans notre hall d’entrée ; ils ont été transportés ensuite à la clinique de Trois-Ponts et à l’hôpital militaire de Liège. Pendant que se déroulaient ces péripéties dans un affolement indescriptible, un soldat blessé sérieusement a réussi à éloigner un camion d’explosifs stationné près du premier baraquement en feu. Il fut d’ailleurs décoré pour son acte de bravoure. Malheureusement, quatre hommes étaient restés dans les flammes et on eut à déplorer une quinzaine de blessés sérieux. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, vient compléter ce récit :

« Mon père qui était militaire de carrière au 3e Chasseurs Ardennais était ce jour-là dans le baraquement. Il avait son logement chez M. et Mme Dahmen, près du magasin Vauchel. Il était chauffeur et faisait des missions qui, parfois, l’amenait à rentrer tard et, pour ne pas déranger ses hôtes, il dormait alors dans le baraquement. Le jour du drame, il était rentré vers minuit et tout était calme. Je sais qu’il disait qu’il était sorti dans les premiers, parce que tout habillé, pas bien endormi et près de la porte. Le camion, un G.M.C., bâché et chargé de munitions, était le sien, il l’a aussitôt éloigné sachant le danger qu’il représentait. »

Lors d’une prochaine édition, nous suivrons ces correspondants et Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, dans l’analyse des causes de ce drame qui, selon eux, n’a absolument rien à voir avec la version officielle. A suivre donc…

La Petite Gazette du 30 août 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

   Après avoir suivi mes correspondants dans la relation des faits survenus ce 15 janvier 1940, nous parcourons, aujourd’hui, leur analyse des causes qui, vous allez vous en rendre compte est bien différente de l’analyse officielle des autorités.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, voisin des baraquements abritant les soldats en 1940, nous dit que : « selon la version officielle, le feu a été provoqué par un charbon ardent tombé d’un poêle ; à partir de maintenant, j’emploierai le conditionnel, car il m’est impossible d’apporter la moindre preuve à ce qui va suivre. Les faits que je citerai nous ont été rapportés par des soldats que nous avons hébergés pendant les mois qui ont suivi. Il s’agirait d’un incendie criminel ; le feu aurait été mis par un soldat originaire des cantons de l’Est, qui occupait un nid de mitrailleuse se trouvant sur la butte de la route du moulin. A l’inventaire du stock de matériel de ce poste, on aurait découvert qu’il manquait cinq mètres de « mèche lente ». Ce soldat aurait été arrêté au mois de mars, incarcéré à Anvers, probablement à Breendonk, et traduit en Conseil de Guerre. Les versions sur la suite divergent, car n’oublions pas que nous vivions à ce moment une « drôle de guerre ». Nous étions neutres et on évitait de heurter l’ennemi qui était à nos portes. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, fils d’un des soldats présents dans le baraquement, nous rapporte ce qu’en disait son papa :

« Pour mon père, l’incendie était d’origine criminelle. Ce point reste cependant très vague dans ma mémoire, mais je me souviens des grandes lignes. Il y aurait déjà eu un incident quelques jours avant ; déjà une histoire de feu… Il y avait des coïncidences, des comportements étranges où il était question d’un ou deux soldats de Saint-Vith ou des environs. »

Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, est , lui aussi, le fils d’un soldat qui fut hébergé dans la maison juste en face du baraquement (non loin donc de chez M. Hourand). Il se souvient que, bien après le retour de captivité de son papa, peut-être en 1955 ou 1956, il l’accompagna en visite chez ses hôtes.

« J’ai souvenance qu’à l’époque, le propriétaire nous parla de cette tragédie. Il nous confia que des enquêteurs vinrent chez lui pour obtenir certains renseignements car l’incendie paraissait suspect. Il les informa qu’il avait remarqué des allées et venues d’un autre régiment, le jour avant l’incendie et que cette attitude lui avait paru bizarre. Selon ce témoin, le soldat fut identifié et était déjà connu pour ses prises de position anti-belges. Il nia tout en bloc, mais les autorités militaires, soupçonneuses, le changèrent d’unité, mirent à ses côtés ce qu’il est convenu d’appeler un « mouton » qui se vanta lui aussi d’avoir fait des actions en faveur des autorités allemandes de l’époque. C’est ainsi qu’il se confia à celui qu’il croyait être son nouvel ami. Pendant que les soldats dormaient dans le baraquement, sur de la paille, il aurait jeté du pétrole ou de l’essence sur le poêle et aux alentours. Il fut condamné à mort et exécuté. Ceci est la version qui me fut donnée par le voisin le plus proche, qui nous assura avoir été marqué pour toujours par cette nuit d’épouvante. Ce brave témoin est, malheureusement, décédé. »

Encore une fois, grâce aux lecteurs de La Petite Gazette, la question posée par Madame Lydie Mathieu, d’Andenne, aura permis de rassembler bien des renseignements qui, s’ils n’apportent pas une réponse définitive sur cette tragédie, permettent néanmoins de l’appréhender sous un jour bien éloigné de ce qu’il convient d’appeler la version officielle, peut-être rendue nécessaire par les circonstances du moment.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

D’AUTRES PERIODIQUES VANTENT LES MERITES DE LA PETITE GAZETTE !

Les recherches que vous avez la gentillesse de mener à la demande des lectrices et des lecteurs de La Petite Gazette permettent de sauvegarder de nombreux témoignages qui, sans vous, auraient été irrémédiablement perdus. Cette démarche, mise en place par feu René Mladina, est également profitable à diverses associations ; elles le signalent et remercient…

C’est le cas de la Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais qui, dans les pages de sa revue trimestrielle « Le chasseur ardennais » (N° 202, 3ème trimestre 2000), fait largement l’écho des témoignages réunis dans La Petite Gazette au sujet de l’incendie du baraquement qui abritait de nombreux soldats, à Basse-Bodeux, en janvier 1940. « Nous avons reçu plusieurs réponses ainsi que l’aide inattendue de l’intéressante rubrique de l’historien René Henry dans trois éditions successives de l’hebdomadaire « Ourthe-Amblève ».

C’est bien sûr à vous toutes et à vous tous que s’adressent les remerciements de ces deux respectables associations.

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