LA LIBERATION DE NOS VILLAGES EN SEPTEMBRE 1944

D’ores et déjà, je vous conseille de consulter cet article régulièrement car, durant les jours à venir, j’ai ajouterai des informations relatives à d’autres villages… A ce jour, vous lirez des témoignages sur la libération de Chevron-Stoumont, Harzé, la Haute-Ardenne, Hotton, Basse-Bodeux et Ouffet.

CHEVRON-STOUMONT

La Petite Gazette du 15 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, me communique un document tout à fait inédit qu’il a retrouvé dans les papiers de sa maman, Ghislaine Jamar de Bolsée, décédée fin 2009. Il s’agit d’un carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944. Comme le pense mon correspondant, je suis certain que vous serez intéressés par la lecture de ces notes :

« 2  septembre 1944

Le soir,  à 11 h. au moment où je montais pour aller me coucher, voilà que l’on frappe à la porte du perron : c’étaient 4 Allemands avec une auto qui demandaient à loger.

Dans l’après-midi, nous avons déjà eu une alerte car 2 autres étaient venus mais étaient heureusement repartis.

 

3 septembre 1944

Ce matin nouvel arrivage de troupes : nous devons, cette nuit, loger 40 hommes et dans le jardin de gros canons d’artillerie. Il y a un va-et-vient d’autos et d’autos-chenilles. Les Allemands sont grossiers, forts dépenaillés, fatigués.

Nous sommes privés de notre TSF qu’on ose plus faire aller. Pourtant on  continue à connaître les nouvelles, mais les opérations en Belgique restent secrètes où sont  exactement les Américains … Sans doute du côté de Bouillon Neufchâteau ?

 

4 septembre 1944

Ils sont toujours là et nous nous demandons quand ils repartiront.

Les alliés approchent. Clandestinement, on va avec mille précautions écouter le poste de TSF chez Alice car le nôtre est caché. La TSF annonce l’avance foudroyante des Américains.

Le 3, ils sont à Bruxelles avec des troupes belges et le 4 à Anvers qui est délivrée. C’est la joie, c’est l’attente angoissée et impatiente. Dans nos régions quand sera-ce notre tour ? Et l’attente paraît longue et les émissions sont écoutées avec plus d’attention que jamais.

Les Allemands finissent par partir après avoir volé fruits et légumes dans le jardin et des seaux et des mannes dans la buanderie. Ils laissent une crasse indescriptible et ont enlevé nos drapeaux américains et anglais qui étaient enfermés dans une armoire. J’ai retrouvé notre drapeau belge en morceaux dans une chambre.

Je rencontre le commandant William qui nous dit que l’ordre avait été donné d’attaquer à la grenade les boches installés au village donc surtout chez nous qui avions 40 hommes et 2 ou 3 officiers ! Mais devant les représailles terribles pour le village si cela se faisait, l’armée blanche ne l’a pas fait. Nous l’avons échappé miraculeusement… Pourtant est-ce tout à fait exact ? N’y a-t-il pas un peu de vantardise, de la part  du groupe de l’indépendance, ce  groupe qui opère pour le moment dans le village et en qui je n’ai pas pleinement confiance. Ils font des imprudences et sont assez inconscients. Les boches sont partis, paraît-il, parce qu’ils avaient eu vent de l’affaire. Je ne sais exactement ce qu’il faut croire. De plus j’apprends que réellement nous avons failli être attaqués dans le château par les blancs à cause des boches  qui y  étaient.

Nous apprenons ce jour l’arrestation sur la route à Neufmoulin de M. le chapelain de Trou de Bra  Franz Van Weezemael, un  courageux futur missionnaire qui avait remplacé l’œuvre de notre curé en son absence et qui s’occupait magnifiquement de l’armée blanche en tant que prêtre.

Nous le connaissions très bien, il venait donner souvent des leçons de flamand aux enfants et était des plus sympathiques et avait une  activité splendide. On ne sait pas grand-chose en ce qui concerne son arrestation. On sait qu’il a été malmené déjà au moment où on l’a arrêté. On l’a vu passer sur un camion c’est tout… En apprenant la chose  mon cœur se serre, et j’ai  de grandes craintes pour lui… Elles furent malheureusement fondées…

Le départ  des Allemands a été provoqué par mon oncle qui, ne pouvant garder le silence, dans l’intention de les faire déguerpir car ils n’avaient pas l’impression de savoir les alliés si près, leur  a dit qu’ils devaient partir  car les Américains étaient tout près. Les Allemands croyaient les alliés encore à Lille !… Les dires de  mon oncle  étaient une preuve qu’il avait une TSF. Les boches, ravis d’en avoir une, sont venus la lui chercher tout simplement et l’ont installée chez eux promettant de la laisser quand ils partiraient. Mais on connaît leurs promesses ! » A suivre…

La Petite Gazette du 22 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous reprenons la découverte de ce document tout à fait inédit que Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, nous a communiqué en précisant qu’il l’a retrouvé dans les papiers de sa maman, Ghislaine Jamar de Bolsée, décédée fin 2009. Il s’agit d’un carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944.

« Mardi 5 septembre 

Journée de nettoyage car la crasse laissée par eux  est indescriptible !

Mercredi 6 septembre

Le père Gilles  vient  le matin avec le commandant William de l’armée blanche voir si on ne pouvait pas faire du château un hôpital pour les blancs. Maman leur montre la grande salle à manger et le salon vert. Ils trouvent cela parfait, mais ne semblent pas être très organisés quant aux questions pratiques telles que cuisine, infirmiers, médecins etc.

Enfin ils demandent ceci, en cas de nécessité… La matinée se passe donc à déménager tout le mobilier qu’il y a dans la grande salle à manger et ce n’est pas peu de chose ! Mais le soir tout est en ordre propre et prêt éventuellement.

Nous croyons être un peu tranquilles, mais la dure semaine commençait.

Le soir vers 9 h alors que je venais d’achever de mettre les petits au lit, on frappe au perron : c’était William avec un autre de l’armée blanche dénommé « le neveu d’Alice» car il logeait là depuis quelques jours. Il pleuvait  à verse et tous les deux  étaient dégoulinants et ruisselants d’eau. Ils demandent  de pouvoir loger  à 50 la nuit.

Ils ont eu une escarmouche assez sérieuse à Villettes et, après de  grands détours sont arrivés ici ayant pris des camions allemands qu’ils installent dans le parc. Nous leur montrons les chambres au 2e étage.

William décide que 20 hommes pourront y dormir et ils arrivent… tout ruisselants, la pluie ne cessant de tomber. C’est une vision extraordinaire, tous ces hommes sans uniforme portant des vêtements fort usagés et porteurs de grands fusils. Une femme est avec  eux et porte au dos un énorme havresac. Dans la mi-obscurité, ils montent l’escalier et s’installent mais je suis épouvantée de leur manque organisation et de leur imprudence, ils n’occultent pas leurs fenêtres et de ce fait peuvent être repérés par les Allemands qui sont à leur poursuite… Ils ne mettent pas de sentinelle aux abords du château… C’est inimaginable, ils pensent dormir jusqu’au lendemain 8 h!

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Il y en a un  qui a faim, les autres ont du beurre et du pain qui ne savent qu’en faire. Tout cela ne donne pas grande confiance dans le groupe du commandant William…

Ayant installé les blancs en haut, nous estimons, avec maman qu’il est imprudent pour nous de rester au château au cas où les Allemands repéreraient les blancs et décidons d’aller loger chez  mon oncle et, à 10 h du soir, alors qu’il pleut toujours et fait un noir à ne pas voir à 50 cm devant soi, je pars seule avertir mon oncle de notre arrivée.

De suite Marguerite arrange notre installation pour la nuit alors que je retourne à la maison chercher les petits et tous nos bagages. Jean-Pierre et Nicole sont avec moi pour aider. Il faut réveiller les petits dans leur premier sommeil, ce n’est pas facile  de les habiller à la hâte dans l’obscurité à peu près. On met tout sur deux chariots des enfants et cahin-caha nous partons pour la Vieille Maison, c’est lugubre et angoissant.

Nous arrivons, et Marguerite a arrangé un  grand matelas dans le salon où j’installe mes trois gosses tout habillés. Gisèle  a un lit, ses enfants sont installés deux avec les miens. Yves également a un lit  et se rendort vite. Pierre et sa famille sont inquiets des événements. Pierre décide de veiller toute la nuit et a  peur des représailles pour le village.

Je retourne encore au château avec la servante rechercher des affaires. Là le « neveu d’Alice » me dit que je ne devrais pas partir que lui va dormir sur ses deux oreilles etc. Non vraiment je ne l’écoute pas car la prudence avec nos six petits garçons me dit de nous éloigner du château.

Il n’est pas loin de minuit lorsque, à mon tour, je m’allonge près des petits, bien inquiète et l’esprit en éveil et à l’écoute du moindre bruit.

Il va sans dire que je n’ai pas fermé l’œil. Vers 2 h du matin, j’ai été très effrayée en entendant le pas de deux hommes qui allaient chez Beauvois. Par après j’ai appris que c’était deux sentinelles blanches qui montaient la garde.

Ce fut long, j’ai entendu Pierre qui sortait dans la cour et marchait inquiet lui aussi. Enfin le jour se levait il n’y a rien eu. Pierre et sa famille s’en vont à Xhierfomont à pied estimant qu’il y a danger à cause des représailles de rester à Chevron. » A suivre…

La Petite Gazette du 29 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, maintenant, la découverte de ce document tout à fait inédit.

« Jeudi 7 septembre 

Dans la matinée, nous venons voir au château ce qui se passe. Des blancs sont partis, d’autres sont encore là. Ils ont laissé une crasse inimaginable.

Nous restons  chez Marguerite et y  dînons.  Peu avant midi, alors qu’on s’affairait autour du dîner, brusquement on entend des coups de feu assez nourris du côté de la Platte.

Un quart d’heure plus tard, nous voyons passer plusieurs personnes du village dans le jardin  en courant, ayant sous le bras un petit paquet qu’à la hâte, ils avaient pris.

Nous demandons ce qu’il en est,  et ils disent qu’on se bat  à la Platte, que 12 camions allemands se dirigent sur le village et que c’est la panique dans le village.

Nous restons calmes et très angoissés dans la cuisine chez Marguerite, nous surveillons toutes les allées et venues. Puis passent encore dans le jardin tous les blancs, fusils à la main et courant, je ne sais où. On en voit qui se postent dans la prairie entre chez  Targnion  et Beauvois, d’autres au carrefour sont même tout à découvert. Il y en a en uniforme de Chasseurs Ardennais, d’autres simplement en civil.

Cette fois nous descendons dans la cave, le danger approche, j’ai confiance dans la prière et nous la faisons de tout notre cœur.

On entend au loin la mitraillade. C’est à ce moment-là que j’ai eu le plus peur car réellement je m’attendais à tout moment à voir arriver les Allemands dans la cave  et Dieu sait ce qu’ils auraient pu faire…

À Grand Trixhe, ils ont tué  huit personnes  dont un enfant et de tous côtés des atrocités analogues se sont produites.

Encore une fois la prière pour nous fut un secours immense. Ma confiance était très grande et, malgré mes terribles appréhensions, j’étais très calme. Les petits avaient faim !

Petit à petit les coups de feu ont cessé et au bout d’une heure nous sommes remontés de la cave et l’appétit  fut quand même  bon ! Par après nous avons appris en effet qu’il y avait eu un engagement à la Platte entre l’armée blanche et les boches. Deux  sentinelles des blancs ont été tuées par les boches.

Les blancs ont riposté et ce fut la mitraillade et les boches  sont allés chercher   un tank, sur ce, les blancs se sont repliés et c’est alors que nous ne les avons vus apparaître dans le village.

Le tank allemand  a facilement balayé la route qui menait vers chez Schröder et le drame de la ferme Delhasse  se place à ce moment… Les boches ont incendié la ferme dont il ne reste rien. L’homme était caché dans la cave et heureusement n’a pas été découvert, La femme fut mise au mur  et attendait son 8e enfant et les sept petits pleuraient autour d’elle. C’est je crois que ce qui l’a sauvée. La nuit nous préférons encore loger chez Marguerite.

Suzanne et Pierre étaient partis, nous logeons cette nuit-là dans des lits mais par mesure de précaution encore habillés. Ce fut une nuit tranquille.

Vendredi 8 septembre 

On passe la matinée à la Vieille Maison et  nous dînons au château et l’après-midi nous ramenons nos bagages, espérant être un peu tranquille, quand au moment du souper arrivent les premiers SS.

Maman avance, un officier et un homme disent qu’ils veulent passer la nuit.

Maman leur montre le 2e qu’on n’a pas eu le temps de nettoyer.

Voyant la crasse, l’officier dit que c’est trop sale et part. Joie pour nous à cette idée. Pourtant plusieurs Allemands restent autour du château ayant l’air d’observer les alentours.

Je perçois dans le ciel vers chez Targnion une énorme boule de feu dans le ciel, une fusée sans doute.

Nous avions à peine quitté la salle du souper que plusieurs boches  l’envahissent disant que ça leur convenaient et qu’ils y boiraient le vin qu’ils avaient avec eux en grande quantité. Nous n’avons pas eu le temps même d’enlever la nappe, nous étions tout surpris de cet envahissement ; heureusement nous avions caché la TSF.

En un quart d’heure, le parc était de nouveau envahi par quantité d’autos qu’ils cachaient sous les arbres. Je cours chez mon oncle pour avoir quelques nouvelles mais c’est la même chose tout le village est gris de leur présence, et cette fois-ci ce sont les SS, les mauvais ; on les sent inquiets mais encore disciplinés. Cette nuit-là avons logé dans le hall installant les petits sur des fauteuils et des matelas. Dans la nuit, la lumière fut coupée nous avons dormi habillés. » A suivre…

La Petite Gazette du 7 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, cette semaine encore, la découverte de ce document tout à fait inédit.

« Samedi 9 septembre

Alors que la veille ils étaient arrivés disant qu’ils resteraient une heure, ils étaient toujours là. Le 2e étage était encore une  fois rempli et le va-et-vient de leurs grosses bottes ne cessaient pas. Ce fut partout le pillage, le vol.

Depuis la veille, onze otages avait été pris, dont le père blanc van Donceel, M. Gilson, J Squelin . On leur avait dit que s’il y a un coup de feu, ils seraient fusillés ; s’il y en avait deux, on fusillerait 10 autres otages.

La terreur régnait partout; plusieurs ont quitté leur maison qu’ils ont retrouvée pillée. Pour nous, ce fut une journée horriblement longue. Les enfants étaient énervés, je ne voulais pas qu’ils sortent. Nous hésitions à aller trouver refuge chez Jules pour nous éloigner des Allemands. Pourtant nous sommes restés mais bien angoissés.

La cuisine était bourrée de boches qui venaient y dîner, y souper, etc. Ils fouillaient partout, beaucoup de choses ont disparu.

À midi nous dînions  dans la desserte avec quatre boches qui y tapaient à la machine (charmant !). Quand un officier vient pousser son nez, voir je-ne-sais-quoi, il était passé par le hall dont la porte du jardin était malheureusement restée ouverte. C’est alors qu’ils m’ont simplement volé une  grosse lampe électrique qui était sur la table. C’est aussi ce jour-là que Targnion  a été giflé et maintenu prisonnier chez lui car il avait un fils dans l’armée blanche et Marcel, son second fils, n’était pas rentré le soir. Cela ne plaisait pas aux boches, il devait être fusillé le lendemain.

Aussi dans la nuit, il réussit à se sauver sautant par la fenêtre, sa femme fut alors menacée d’être fusillée mais grâce à l’intervention d’un Roumain moins mauvais, elle fut sauvée également, mais ils furent pillés. Le soir vint, la journée avait été fatigante, énervante, et nous avons encore logé dans le hall sur des matelas par terre, moi tout habillée, les enfants également.

Dimanche 10 septembre 

Dans la nuit vers  1 h du matin, le vacarme du va-et-vient a recommencé. Vers 4 h, plusieurs sont enfin partis ainsi que plusieurs de leurs autos mais il reste encore des officiers avec une ordonnance qui, vers 7 h du matin, arrangeait le petit-déjeuner de ses chefs dans la cuisine.

Maman qui était descendue lui demande quand ils partent et il répond qu’il n’en sait rien. Quand une demi-heure plus tard, brusquement, c’est le branle-bas de tous, le petit-déjeuner est abandonné tel que et, en vitesse, les voilà montés dans l’auto et disparus.

Joie, joie, les Américains étaient décidément tout près ! Je vais voir au village ce qu’il en est  et s’il y a messe. Là on me dit que les otages viennent d’être délivrés et que le père dira la messe ce qui fait que je ne m’en retourne et nous déjeunons dans une presque impression de liberté. Quand sonne la messe, ce fut une messe de remerciements d’être délivrés de ces horribles boches.

La matinée se passe vite quand vers midi, nous entendons une grosse explosion. Plusieurs coups de canon. C’est inquiétant aussi, rassemblant tous les petits, nous nous mettons à l’abri et dînons dans la cuisine…

Il faisait très beau malgré le calme qui était revenu, je préfère garder les petits en bas où on leur a descendu des livres et où nous nous installons  avec quelques fauteuils et  ce  en début de dimanche après-midi. » A suivre…

La Petite Gazette du 14 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, maintenant, la découverte de ce carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944.

« Dimanche 10 septembre 

Vers 3h.  Albert Simonis, arrivant  en vélo, nous dit qu’il a appris qu’on allait faire sauter à coups de canon les ponts des Forges, de Neufmoulin et de Villettes.

Il venait voir où nous serions le mieux en sécurité et voyait en tant qu’artilleur d’où viendraient les coups. Cet avertissement que ça allait tonner fut pour moi rassurant. J’étais avertie. Nous étions tous rassemblés près du gros hêtre quand brusquement nous entendons « zuler » au-dessus de notre tête des obus ! Ce fut la course vers la cuisine mais c’était un coup isolé et sans doute pour régler le tir sur le pont de Neufmoulin. Nous restâmes dans la cuisine.

À 5h.  le père blanc est venu nous voir et a pris une tasse de café avec nous. Il nous a raconté la manière dont il avait été pris comme otage, libéré et rentré au presbytère  où il y a tout retrouvé pillé, abîmé, ses chaussettes  coupées en morceaux, enfin du vandalisme.

Vers 7 h. du soir, le canon a commencé à brutalement cracher plusieurs coups tout près de nous, nous avons été nous abriter dans la cave étançonnée et y sommes restés 1 h. Nous y avons beaucoup prié la Sainte Vierge qui nous a protégés tout le long de la terrible nuit ; par après nous avons su que le coup  entendu avait été celui qui avait frappé la maison Gilson.

Vers 8 ¼ h.  du soir, il y a eu une accalmie, aussi nous sommes sortis de la cave où vraiment les petits mais surtout les grandes personnes étaient très mal car, pliées en 2 en dessous d’une planche ! Nous  commençons à nous organiser pour la nuit que nous comptions passer dans la cuisine.

Tout à coup on sonne à la porte, c’était le père blanc qui venait avec la famille Couturier demander asile pour la nuit. Ce qui fait que nous les avons installés, Il y avait la vieille mère avec son fils Julien et sa fille, femme de prisonnier. Nous avons vite été chercher matelas, couvertures etc. Les enfants étaient assez énervés, moi j’étais fatiguée et, par le fait même, tracassée. Enfin nous avons mis Walthère, Odin, Guy, Hubert et Christian sur des matelas, installés par terre, Yves a le sien à part un peu plus loin. Gisèle est près de lui également sur un matelas. Elle est dérangée par suite de toutes ces émotions mais bien courageuse.

Maman est installée sur un fauteuil près du feu et moi sur un transatlantique près des enfants.

Les Couturier dans l’arrière-cuisine où il y a du feu qu’on gardera toute la nuit et qu’on supporte car il fait très froid. Et la nuit commence… Le bombardement a recommencé, on entend les obus « zuler »  au-dessus du château et 4 à 5 secondes après c’est le craquement sinistre et cela n’a pas arrêté de la nuit.

Vers 1h.  du matin, on frappe au volet de la cuisine et j’entends une voix qui demande s’il y a des hommes ! Gisèle dit : « les Américains » on va voir et c’est Florent Miny qui dit que la ferme Wuidar en face de chez lui a été touchée et flambe. Il commence par dire : « Le feu ! »

Aussi, de suite, je crois que c’est le feu au château, heureusement il n’en est rien mais il vient voir s’il n’y aurait pas des hommes dans la cave qui viendraient les aider à essayer de sauvegarder les fermes avoisinantes. Quand on a frappé, ma première idée était qu’on emmenait des blessés. Heureusement il n’en était rien. Les petits étaient réveillés, enfin on se réinstalle, le cœur plus serré et angoissé que jamais. Le sifflement des obus se fait sans s’arrêter maintenant. C’était une batterie de Basse Bodeux qui tirait et une autre installée à Chauveheid. Sur cette dernière, les Américains, qui étaient à Werbomont, tiraient également un tir plus court et on  reconnaissait bien les deux sons.

Chevron était visé nettement alors qu’il n’y avait encore aucun Américain. C’était un  dernier coup de griffes que ces salles boches ont voulu nous donner, n’ayant pas eu le temps d’incendier le village, ce dont ils avaient reçu l’ordre. Cela a été su par un officier allemand qui l’a dit lui-même à des gens de Werbomont qui voulaient venir se réfugier à  Chevron.

Et la nuit s’est poursuivie dans l’angoisse, la fatigue, l’appréhension d’apprendre le malheur survenu autour de nous et l’éventuelle perspective de voir tomber un obus sur notre propre maison. Le jour s’est enfin levé et avec un  nouveau courage, quand, vers ou 8 h30, Alice accourt disant : « venez, venez vite voici les Américains ! » A suivre…

La Petite Gazette du 21 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous terminerons, aujourd’hui, la découverte de ce document tout à fait inédit que Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, nous a communiqué.

« Ce fut une parole magique, splendide, les Américains étaient là tant attendus, c’était vrai cette fois.

J’empoigne petit Guy par une main, Odin par l’autre, Walthère court et nous courons tous vers la barrière et à travers les branchages de La Fontaine,  je perçois le dernier des cinq tanks  magnifiques qui viennent  de descendre le village vers les Forges. Ils sont, majestueux, lents et sûrs de leurs mouvements, les hommes sont graves et attentifs au moindre mouvement.

C’est la joie de tous, on hurle notre joie, celle de notre délivrance après cette nuit d’horreur. Les drapeaux sortent. Près de chez mon oncle, au carrefour, il y a un petit rassemblement auquel je me joins avec les trois petits.

La nuit a été affreuse pour tous. Le clocher de l’église a été transpercé de part en part et bientôt par ce trou, apparaît le drapeau belge qui flotte joyeusement. « Hourra ! » crie-t-on  « Vive les Américains !»,  mais surtout «Vive la Belgique ! »

La maison Gilson  a été vilainement atteinte, la ferme Wuidar est complètement brûlée, il ne reste que les murs. Une ferme du Mont-de-là est transpercée de part en part par un gros obus, la ferme Leboutte  est tout ébranlée. Plus de cent obus sont tombés sur Chevron, trois dans la prairie devant chez nous, un à 20 m qui  par les éclats a  traversé 16 carreaux de la façade. Beaucoup de carreaux cassés, quelques bêtes tuées dans les prairies, mais  pas une personne tuée ni même blessée. C’est un vrai miracle sûrement une bénédiction du ciel et tous de le dire et de le reconnaître.

Je m’en retourne vers le village avec les trois petits et là nous entrons dans l’église et assistons à la messe. Plusieurs personnes y sont, on n’y sent encore l’angoisse de la nuit, mais un grand merci est dit dans tous les cœurs.

Mme Gilson y est avec ses petites-filles, toute défaite par le vilain coup qu’elle a subi et nous allons voir sa maison qui est bien tristement arrangée. Le toit tout enlevé, le plafond des chambres à coucher est percé. Elle est grelottante, je lui propose d’aller lui chercher du café chaud chez nous.

Je rencontre en y allant Julienne qui dit : « Rentrez les drapeaux, attention il y a encore des Allemands à Werbomont, c’est M. Simonis qui le fait dire. » Ce qui fut donc fait aussitôt dans une  nouvelle impression d’angoisse. Je reviens ensuite chez Gilson avec mon café chaud. En sortant de là j’entends un  bruit terrible de tanks  remontant La Fontaine.

J’étais seule devant la maison avec le père blanc et un moment avant de les voir apparaître, je crois que ce sont les boches et j’ai une vraie crainte. Je dis  au père : « Que faut-il faire ? » Mais, il n’y a rien à  faire et j’attends me disant à la grâce de Dieu ! J’ai encore le cœur serré mais ce sont encore des Américains qui remontent cette fois le village et alors je m’élance au-devant d’eux tout à la joie de les voir de près. Je hurle ma joie et ils me répondent par de gentils sourires.

Lundi 11 septembre 

L’arrivée des premiers tanks américains, c’est notre délivrance. Le drapeau belge flotte à l’église et sur le château.

Mardi 12 septembre 

Nous apprenons la mort horrible du père de Trou de Bra qui a été trouvé dans le bois entre Trois-Ponts et Stavelot  transpercé par des baïonnettes, et très défiguré par les coups de revolver. J’en suis navré car nous l’aimions beaucoup, il venait donner des leçons de flamand à Walthère et Baudouin. C’est un vrai martyr, il était le prêtre des maquisards et plein  d’un magnifique dévouement à toute épreuve. On fit un service pour lui quelques jours plus tard à Trou de Bra.

Le commandant Bill en personne y était avec 30 de ses hommes, trois salves furent tirées et beaucoup pleuraient, il était unanimement aimé. Il avait été arrêté Neufmoulin le 2 septembre par les boches russes et déjà malmené et emmené ensuite à Stavelot, il y fut interrogé.

Il avait sur lui deux paquets de chocolat qu’il avait eu par le parachute et qu’il rapportait aux enfants en colonie chez lui et dont il s’occupait avec tant de dévouement. C’est le chocolat qui l’a mis dedans. Cela  prouvait qu’il avait des accointances avec les Américains.

Quand le 4 septembre, il fut emmené par quelques boches avec 2 de ses compagnons dans un bois voisin, c’est là quelques jours plus tard, on  l’a retrouvé martyrisé.

C’est aussi le mardi 12 que sont arrivés ici dix réfugiés emmenés par des Américains en camion. Ces réfugiés avaient été évacués du château de Brialmont qui venait d’être occupé par  des Américains. » FIN

 

HARZE

La Petite Gazette du 2 septembre 2009

Lors d’anniversaires particuliers, la mémoire se réactive… C’est manifestement le cas avec le 65e anniversaire de la Libération. Notons par exemple que c’est le moment choisi par la RTBF pour présenter ce remarquable montage de films d’époque, admirablement restaurés et présentés sous le titre, un peu racoleur, d’Apocalypse. Les lecteurs ne se sont pas non plus montrés indifférents à l’approche de cette date anniversaire et leurs témoignages en sont autant de preuves.

LA LIBERATION DE HARZE ET LA NUIT DES OTAGES

Dans le cadre de la commémoration du 65e anniversaire de la Libération, il se prépare une manifestation quelque peu particulière à Harzé (nous en reparlerons) car il s’agira également de se souvenir d’une nuit de terreur qui laissa des traces profondes dans la mémoire collective du village. Nous y reviendrons, mais laissons à M. Frédéric Winkin le soin de rappeler les faits :

« La libération, ce n’est pas seulement des drapeaux, des chewing-gums et des embrassades. C’est la guerre !

Nous descendants des otages de Harzé, nous allons l’évoquer, avant tout, sur base des récits de Fernand Brévers et du Curé Léon Sneepers. Ce dernier, devenu otage volontaire, exerça une influence réconfortante pour les détenus et leur famille et apaisante entre l’occupant et les personnes concernées.

Le 9 septembre 1944, vers 17h30, les soldats américains du 60e régiment d’infanterie (60e  régiment de la 9e division)  s’emparent du pont d’Aywaille. Ils manquent de carburant et se contentent d’implanter une petite tête de pont.

Leur font face les Allemands de la 2e division blindée SS  » Das Reich ». De juin à août 1944, en France, elle a fusillé des centaines de civils, brûlé des centaines de maisons ou d’autre bâtiments. Depuis septembre, en Belgique, c’est par dizaines.

Harzé et son château servent de gîte d’étape aux Allemands en retraite. En cette fin d’après-midi, le plus clair de la population a fui le centre du village. Alors que la nuit va tomber, les SS pénètrent dans les maisons et s’emparent de 41 hommes qu’ils enferment comme otages à l’école des garçons. Le commandant de la place s’est installé dans la maison du notaire. Il s’y fait amener le curé et le tient pour responsable de tout Allemand abattu par le maquis: dix otages seront exécutés pour un Allemand. L’Abbé Sneepers se porte garant de ses paroissiens, mais il est consigné dans l’étude notariale.

Il est aussi tenu à aller chercher, en voiture et avec un officier, un médecin des environs, mais pas à Aywaille dont les villageois ignorent qu’elle a été libérée; ce sera le Docteur Amand de Xhoris. Avec l’infirmière Louisa Lecrompe, ils sont requis de soigner des blessés allemands, dont plusieurs le sont grièvement. Ils seront tous évacués, même deux déclarés intransportables. Le soir est tombé. Tandis que les Américains entrent dans leurs sacs de couchage sur la place Thiry, commence la nuit blanche des otages. Sévèrement gardés, ils sont parqués dans la classe des garçons. Bousculant les sentinelles, Joséphine Leroy leur apporte un confort matériel indispensable, notamment des seaux hygiéniques. Le curé s’est aperçu que la garde a disparu à la maison notariale. A son tour, il brave les SS pour apporter un réconfort moral aux otages.

Liste  des otages arrêtés par les SS et enfermés à l’école communale du 9 au 10 septembre 1944

Amand René, Bainini Aurélio, Boclinvile Camille, Bonfond Raymond, Bonfond Joseph, Brevers Fernand, Cornet Armand, Deleuze Léopold, Dessoy Léon, Farine Emile, Farine Maurice Farnir Albert, Gaspard Alphonse, Gillard Alphonse, Godet Jules, Godet Marcel, Grolet Camille, Hougardy Armand, Lecrompe Fernand, Marquet Désiré, Meurice Edouard, Meurice Jules, Meurice Emile, Mors Raymond, Polet Georges, Radelet Ovide, Renard Arsène,  Renard Joseph, Rixhon Auguste, Rixhon Robert, Saroléa Jules, Scholsem Oscar, Simon Léo, Simon Pol, Toussaint Joseph, Van Brabant Armand, Willem Alfred, Wuidar Arthur, Wuidar Maurille, Wuidar René, Wuidar Lucien.

Liste des jeunes filles arrachées à leur famille pour servir de boucliers vivants sur les véhicules allemands en retraite

Amand Andrée, Amand Ghislaine, Godet Denise, Godet Lucie, Perot Christiane, Perot Colette, Rixhon Pauline. Auxquelles il convient d’ajouter Monsieur Cuvelier  et Monsieur le Curé Léon Sneepers. » A suivre…

La Petite Gazette du 9 septembre 2009

LA LIBERATION DE HARZE ET LA NUIT DES OTAGES

«En plein milieu de la nuit, le curé Sneepers ira donner de leurs nouvelles aux familles et poussera jusqu’à Pavillonchamps pour inciter les réfugiés à se disperser. Les otages épient tous les bruits extérieurs, les claquements des mitrailleuses, les duels d’artillerie. Des canons allemands postés à Houssonloge échangent des tirs avec les Américains et les otages essaient d’interpréter ces déflagrations. Beaucoup prient avec une ferveur inhabituelle et tous se réconfortent les uns les autres. L’un deux Albert Farnir, sans enfant, se déclare volontaire pour remplacer un père de famille en cas d’exécution d’otage. L’abbé Sneepers l’apprenant, prend lui aussi le même engagement. A 4 heures du matin, le curé, rompu de fatigue, s’est enfin jeté dans son lit. A 5 heures, il en est tiré: les SS pénètrent dans les maisons à la recherche de jeunes filles, les réveillent. Certaines n’ont pas le temps de s’habiller et demeurent en robe de nuit. Sept jeunes filles sont ainsi arrachées à leur famille, de même qu’un homme: ils doivent servir de boucliers vivants sur les véhicules militaires. Ils seront supprimés en cas d’échange de coups de feu avec le maquis. Le curé calme les parents, parlemente avec le chef des Allemands, arrache la promesse qu’ils seront libérés en temps voulu et obtient l’autorisation de les accompagner. A six heures, la colonne s’ébranle, descend  jusqu’à Ville, puis remonte pour s’arrêter à Rahier. A l’aube, les Allemands quittent leurs positions autour d’Aywaille et dans la vallée de l’Ourthe pour se replier derrière la route Liège-Bastogne. Les otages entendent passer le charroi sous les fenêtres de l’école. Des fuyards excités apprennent leur existence, ils pressent les sentinelles de jeter des grenades dans la classe. Les gardiens s’y refusent; l’ordre doit émaner d’un officier. Aucun ne se présentera. Le trafic finira par s’arrêter, il ne reste plus que les traînards à pied ou en vélo. Par Pavillonchamps et Priestet, ils remontent vers Havelange et Lorcé. Par les fenêtres, les otages voient monter dans le ciel des fumées d’incendie. Sur la grand-route, à hauteur de l’école, les SS avaient dressé un barrage sommaire, ils boutent le feu à une charretée de foin et brûlent, de part et d’autre, les maisons Godet et Renard. Il est midi et demi. Enfin ravitaillés, les Américains se sont ébranlés d’Aywaille, une compagnie a pris la route de Marche, une autre celle de Harzé. Elles ont rendez-vous avec un groupe de cavalerie blindée monté de La Roche pour s’emparer du carrefour stratégique fortifié de Werbomont. Autour de l’école, les gardiens disparaissent, il ne reste plus que deux jeunes SS pour garder les otages.

Il est temps pour eux de se replier. L’un deux veut jeter ses grenades dans la classe, l’autre s’y oppose. Il s’attarde après le départ de son compagnon et lance un message aux otages: « Pas bouger, Sammies bientôt arriver« . Mais les Américains pour libérer les otages ont violé leur consigne de contourner les points de résistance? Ils déclenchent une opération éclair. Les deux jeunes SS sont tués en contrebas de la route, un incendiaire est blessé et fait prisonnier.

Les otages de l’école sont saufs.

A Rahier, le Curé Sneepers, nous sommes un dimanche, est autorisé à dire la messe, sous bonne garde, pour ses concitoyens. A midi, les otages sont libérés à Rahier. Grand marcheur, le curé connaît parfaitement la région, il conduit ses ouailles par des chemins forestiers. Tout à la joie, les jeunes filles, égratignées par les ronces, ne protestent pas. On atteint la maison de Victor Dachouffe à Chession et la troupe arrive rapidement à Havelange. Des traînards ennemis rôdent encore dans le secteur; il y a eu des coups de feu échangés avec les Américains et un habitant du hameau a été blessé ce matin par un retardataire. Harzé est-il libéré? A Havelange, on a entendu sonner la petite cloche de l’église. C’est bon signe. Le curé emprunte un vélo, descend jusqu’au Petit-Mont. La voie est libre et une jeep va récupérer la troupe de l’abbé.

Dans le village c’est la liesse: drapeaux, chewing-gums et embrassades. Le pire a été évité: un blessé léger, deux maisons incendiées, plusieurs autres pillées et saccagées, mais 50 Harzéennes et Harzéens, menacés de mort par des SS qui ne plaisantent pas, sont vivants. Un habitant sur vingt a échappé à une mort prévisible et brutale. Si l’hécatombe  avait eu lieu, plusieurs d’entre nous n’auraient pas vu le jour.

Le curé met fin aux effusions, invite ses paroissiens à un « Te Deum ». L’église est bondée d’une foule non encore remise de ses émotions. Des officiers américains prennent place dans les stalles à l’église et se diront très impressionnés. »

La Petite Gazette du 23 septembre 2009

A HARZE, ON SE SOUVIENT EGALEMENT

Nous avons suivi, en début de mois, les heures terribles vécues par les Harzéens juste avant la Libération. Grâce au récit qu’en a fait M. Frédéric Winkin au départ des nombreux témoignages qu’il a patiemment glanés auprès de ceux qui tremblèrent durant ces heures terribles, nous avons pu prendre la mesure de la terreur vécue par tout un village.

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Le prochain week-end, Harzé se souviendra de ces heures et une plaque commémorative en perpétuera le souvenir. Cette plaque sera inaugurée le samedi 26 septembre 2009 à l’ancienne école et administration communale au centre du village (actuellement la bibliothèque) à 15h30. Cette petite cérémonie sera suivie du verre de l’amitié qui sera servi au musée « 40-45 Memories »,  route des Ardennes 54 à Aywaille. A cette occasion, vous pourrez découvrir les collections de ce musée, certes petit mais riche de pièces et documents très intéressants et accessibles au public chaque dimanche après-midi, de 14h00 à 18h00, pour un modeste prix d’entrée.

LA HAUTE ARDENNE

La Petite Gazette du 11 septembre 2009

EN HAUTE ARDENNE, UNE PREMIERE LIBERATION, UNE JEEP

Monsieur Joseph Gavroye se souvient également de la Libération des hauts plateaux ardennais…

« Après avoir passé quatre longues années sous le joug allemand, du nouveau allait se passer dans un proche avenir. Jours et nuits, des formations de bombardiers alliés volaient au-dessus de nos têtes pour aller saccager l’Allemagne nazie. Ce n’était bien là que le juste retour des choses. Que n’avaient-ils pas fait avec nous en 1940 ?

A certains moments, soit de jour ou de nuit, on entendait comme un grondement dans le ciel et qui allait en s’amplifiant et cela pendant de longues minutes pour ne pas dire des heures. C’était bien le ronronnement des moteurs d’avions se déplaçant à une certaine altitude.

Parfois des avions de chasse allemands venaient à leur rencontre. Des combats aériens étaient alors engagés avec les avions de chasse alliés. C’étaient des moments dangereux car la mitraille était alors dispersée « tout azimut ». Aussi, dans certains endroits, des batteries de D.C.A. entraient en action. De loin, la nuit, on pouvait apercevoir, dans le ciel, des rayons de lumière émis par de puissants phares cherchant la présence de ces avions en déplacement. Afin de tromper le repérage, les avions alliés lançaient dans les airs des petites bandes argentées lesquelles restaient quelque temps en suspend avant d’atterrir. Finalement le bruit des moteurs s’estompait et le tout s’éloignait.

Comme à cette époque, je n’habitais pas très loin de la frontière belgo-allemande (à environ 30 Km à vol d’oiseau), on entendait le fracas des bombes lancées sur des objectifs pas trop éloignés en germanie. Au fil du temps, on s’habituait à tous ces bruits. (…)

Le 6 juin 1944, ce fut la grande aventure qui commencera en Normandie. De furieux combats auront lieu car il fallait percer ce fameux Mur de l’Atlantique installé par les Allemands. Finalement et malgré d’énormes pertes des deux côtés, les Américains prendront le dessus. Les renforts arrivaient et la tête de pont allait en s’élargissant. Il faudra encore trois mois de bataille avant d’atteindre la frontière franco-belge.

Enfin, en septembre, les Germains regagnaient au plus vite leur mère patrie. Les alliés continuaient leur avance sans trop connaître de résistance. En Haute Ardenne, des accrochages de plus en plus nombreux se passaient entre le maquis et les fuyards.

Une première libération de ce coin de Belgique aura lieu le 10 septembre 1944, c’était un dimanche. Des Panzers de l’arrière-garde prussienne défilaient vers l’Est. Leurs équipages avaient mauvaise mine. Il fallut prendre certaines dispositions d’urgence.

Un jeune voisin, âgé de 22 ans et qui s’était soustrait au travail obligatoire en Allemagne, et moi-même, alors âgé de quinze ans, irons nous cacher dans un abri construit au préalable par le papa du voisin précité, un maçon de profession. Nous étions dissimulés dans une ancienne carrière éloignée de la route nationale. Un calme relatif régnait sauf que, de temps en temps, un obus arrivait de je ne sais où et éclatait dans les parages.

Vers 15 heures, nous entendîmes un bruit continu de moteurs en provenance de l’Ouest. Nos oreilles étaient bien tendues quand nous perçûmes au loin, en provenance du village, des cris de « Vivent les Alliés ». Il devait se passer du nouveau. Tout à coup, nous fûmes hélés par deux de mes sœurs nous invitant à sortir de notre cachette. Les libérateurs étaient arrivés. Nous resterons quelques instants perplexes et hésitions à reprendre le chemin du retour. A peine avions-nous marché quelques mètres dans un chemin creux que nous aperçûmes à un carrefour deux soldats équipés d’un casque que nous ne connaissions pas. Voyant cela, nous hésitions à avancer et nous devions bien vite nous tapir dans des fourrés. Alors mes deux sœurs revinrent à la charge pour nous faire comprendre qu’il s’agissait bien de vrais Américains. Il s’agissait de deux éclaireurs observant les alentours avec de fortes jumelles.

Au fur et à mesure de notre avance, nous découvrîmes toute une armada U.S., d’où les bruits de moteurs… Une chose me surprit, c’était le déplacement tout terrain d’une Jeep. Du jamais vu ! Quel engin était-ce là ? J’étais captivé par ce mystérieux matériel.

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Dans la jeep U.S. ont pris place quatre filles Gavroye et trois volontaires de guerre français accompagnant les Américains avec des missions de liaison et de traduction. Casqué, c’est le gamin…

Pendant longtemps j’ai aspiré au jour qui me verrait tenir le volant de pareil véhicule. Il y a quatre, après soixante ans d’attente, mon rêve se réalisera grâce à une connaissance de Soumagne qui me laissera, pour quelques instants, le volant de sa Jeep de 1943. »

gavroye2        Joseph Gavroye enfin  au volant d’une Jeep

 

 

HOTTON

La Petite Gazette du 16 septembre 2009

EN MARGE DE LA LIBERATION DE HOTTON

Monsieur Jean Cambron, de Clavier, se souvient : « Les Libérateurs arrivent, ils sont à Marche et se préparent à venir vers Hotton. Tous les ponts de l’Ourthe ont sauté et les Allemands vont résister. Pour ce faire, ils installent une batterie de quatre canons dans une clairière de bois, le long de la route Oppagne-Les Mignées. Et voilà la salve de quatre obus à chaque fois en envolée contre les Américains à Hotton et aux environs.

M’enhardissant, je m’aventure dans la plaine Biron-Ny pour aller, en dessous de la ligne de tir, entendre le houlement du déplacement d’air. Après un quart d’heure j’avance encore un peu et que vois-je ? Un fil de téléphone à terre. Tout de suite, je réalise que c’est l’observateur allemand qui transmet ses données indiquant où et quand tirer sur les Libérateurs. Quelle joie formidable m’est donnée, je vais pouvoir aider les Américains… Vite deux pierres que je puisse couper leur téléphone et ils ne sauront plus régler leurs tirs. Ce n’est qu’une fois les pierres en mains et alors que je me penchais pour prendre le fil que je prends conscience de la gravité de la situation. Oui, mais la rage des Allemands pourrait s’exercer sur le village… Car si talonnés qu’ils soient, ils prenaient le temps de se venger ? La rage au cœur, je n’ai pas aidé les Alliés, malgré tout, je n’aurais su faire autrement… »

 

BASSE-BODEUX

La Petite Gazette du 23 septembre 2009

SEPTEMBRE, C’EST LE MOIS DE LA COMMEMORATION DE LA LIBERATION DE 1944…

Pour nombre de lecteurs c’est une période durant laquelle resurgissent, bien légitimement, les souvenirs de ces jours tant attendus, tant espérés depuis plus de quatre ans. En nos régions, la liesse populaire générée par l’arrivée des Libérateurs fut souvent précédée par des heures terribles, atroces, durant lesquelles l’occupant en déroute commit les pires exactions.

Ainsi, Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, vous propose de découvrir les souvenirs d’Hubert  Wilkin qui avait sept ans en septembre 1944 et qui vivait à Basse-Bodeux :

« Je crois que c’était le 9 septembre 1944, à un jour près, la souffrance a été la même. A 5h00 du matin, une horde de SS, de vrais boches parlant très bien le français, sont venus frapper à la porte de la ferme. Papa s’est levé, a été bousculé et maltraité par ces soldats très méchants. En entendant le bruit, maman nous a réveillés mon frère et moi, les deux aînés, deux autres étaient restés au lit. Quand nous sommes arrivés dans la cuisine, ils se sont rués sur maman, la battant ; nous, nous pleurions, maman aussi et les suppliait de nous laisser la vie sauve. Pendant qu’ils maltraitaient maman, papa a réussi à aller chercher les deux plus jeunes qui dormaient toujours.

Papa ayant pris une petite couverture pour emballer notre sœur Anne-Marie, deux ans. Un Allemand mit son pied sur la couverture pour l’empêcher de la prendre ; à cause de cela, ma sœur est tombée. Alors que papa voulait la ramasser, un Allemand dit : « Laisse-la, on va la brûler comme otage… » Papa arriva quand même à l’arracher à ces brutes, mais le feu était déjà à l’étage, pour l’activer, ils cassaient les fenêtres.

Nous sommes partis en passant près de l’église puis avons pris le petit sentier qui va vers Lavaux. Vers l’étang Marenne, ma sœur a crié. A ce moment, papa a su qu’elle vivait encore, nous étions pieds nus et en pyjama : pas chaud à 5h00 du matin en septembre. Nous avons ensuite traversé le champ Léonard, puis avons continué vers la forêt entre Lavaux et le cimetière. Là, nous sommes restés assez longtemps, combien de temps exactement ? Je ne le sais plus, un jour ou plus. De là, nous voyions brûler notre ferme.

Un camarade de papa, Pol Martin, nous a-t-il trouvés ou papa est-il allé chercher du secours ? Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés chez Martin, la dernière maison de Lavaux. Nous étions dans les caves de la maison avec des Allemands partout et des véhicules dans la cour. Je me souviens aussi avoir mis des loques humides sur le nez et la bouche pour éviter les gaz car il était dit, en ce temps-là, que les Allemands reculaient leurs véhicules aux fenêtres des caves et gazaient les gens qui s’y trouvaient.

La délivrance était arrivée, tous allaient voir les Américains qui étaient à Basse-Bodeux ; on nous a dit : « Vous n’allez pas les voir ? », nous n’avons pu que répondre : « Nous n’avons pas de souliers » et, en effet, nous étions toujours les pieds nus et en pyjama.

C’est alors qu’on a su que sept hommes, dont des pères de famille, avaient été tués à Gerarwez. Cette nuit-là, la ferme, le presbytère et les écuries de la ferme à côté ont brûlé ; plusieurs familles nous ont aidés car nous n’avions plus rien… »

 

La Petite Gazette du 30 septembre 2009

DANS LES SOUVENIRS D’UN GAMIN DE 7 ANS AU MOMENT DE LA LIBERATION

Ce gamin de 7 ans en septembre 1944, c’est Hubert Winkin et c’est Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, qui lui sert d’intermédiaire pour vous donner connaissances de ces faits tragiques qui précédèrent la Libération de Basse-Bodeux.

« Pour mémoire, c’est maman, Marie-Louise Mathieu, épouse Winkin, qui est allée chercher le petit inconnu qui a été tué dans le champ Marenne, plus bas que le Ponsson, 300 mètres plus haut que chez Jacob (Carmen). Le corps a été transporté au travers du petit bois où se trouve un captage au bout du champ Deroanne, derrière le presbytère. Maman parlait d’Hubert Dhamen qui était cantonnier, il lui avait donné un coup de main pour le mettre dans un sac (sac de mélapaille, grand sac pour aliments des chevaux) et le charger sur une charrette à chien, laquelle servait à conduire les cruches de lait pour aller traire.

Avec son chien Marquis, maman a conduit ce pauvre corps à la morgue du cimetière, seule, car les hommes étaient tous cachés. Maman nous a toujours dit qu’il était très jeune et qu’il avait beaucoup souffert avant de mourir. On nous a dit qu’il était déjà attaché derrière un char attelé dans la région de Neufmoulin, ses genoux étaient en sang et ils le traînaient. » Monsieur Mathieu ajoute à ce terrible récit que « le corps de ce petit inconnu repose au cimetière de Basse-Bodeux. »

A la lecture de pareils souvenirs, on imagine aisément que la Libération ne laissa pas que des souvenirs de liesse populaire dans l’esprit de ceux qui vécurent ces heures durant lesquelles les émotions les plus contradictoires se succédèrent.

La Petite Gazette du 4 novembre 2009

SEPTEMBRE 1944, A BASSE-BODEUX

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, se rappelle très bien cette période si trouble précédant la Libération de septembre 1944.

« Il y a eu trois Allemands de la wehrmacht tués et déposés près du monument aux morts. Peut-être ont-ils été tués par des SS car il a été dit qu’ils s’étaient entretués ! Après l’arrivée des Américains, il fallait les enterrer, plein de colère et de haine, on les a chargés dans un tombereau et on les a enterrés à l’extérieur et le long du mur du cimetière entre Basse et Haute-Bodeux. Après quelque temps, la colère est retombée, ils ont été exhumés et placés à l’intérieur du cimetière.

Les Allemands avaient mis trois canons dans la prairie, le long de la route près de chez Joseph Mathieu, et ils tiraient en direction du carrefour sur la Lienne. Ils tiraient trop court, on l’a constaté après en découvrant les sapins déchiquetés. Ils ont alors allongé le tir, mais, au premier coup, l’obus a explosé à cinq ou six mètres de son lieu de départ, il avait très probablement percuté le fil de la ligne électrique. Il y a eu des blessés parmi eux et le temps de rassembler leur matériel, ils sont partis. »

 

La Petite Gazette du 8 septembre 2010

A GERARDWEZ, UN DES DRAMES QUI PRECEDERENT LA LIBERATION

Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, souhaite que l’on n’oublie pas… « Le monument de Gérardwez est situé aux confins des anciennes communes de Basse-Bodeux, de Bra sur Lienne et de Lierneux. Il commémore une tragédie qui s’y passa en septembre 1944.

Des soldats allemands en retraite, voulant venger un des leurs, abattu à cet endroit par l’armée secrète, s’en prirent à des habitants de Fosse et de Reharmont. Après avoir rassemblé les hommes de ces hameaux, ils en gardèrent sept qu’ils ont emmenés avec eux sur les lieux du drame. Là, ils les ont abattus froidement non sans leur avoir fait subir de cruels sévices.

Ces malheureuses victimes étaient Jean Sonnet, garde particulier, 35 ans, de Fosse ; Julien Lamsoul, domestique 30 ans, de Fosse ; Lucien Gustin, 31 ans, cultivateur, de Fosse ; Felix Mullen, 41 ans, cultivateur, de Fosse ; Louis Nélis, 31 ans, forgeron, de Basse-Bodeux ; Jules Thonon et Alphonse Bodeux, tous les deux cultivateurs, de Reharmont.

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Les bourreaux avaient étendu sur les jambes de leurs victimes une grande pancarte portant cette inscription : « Revanche pour notre camarade, tué par les terroristes, le 8 septembre 1944 à 20h30 » Ce sont nos Libérateurs, les soldats américains, qui, le lendemain, ont fait la macabre découverte dans leur progression dans la Libération du territoire. Ce monument est situé à l’étang de Gérardwez, un peu en retrait de la route de Bodeux à Villettes, depuis le déplacement de celle-ci. Il est cependant bien signalé.

Chaque année, le lundi de la fête à Bodeux, le 13 septembre cette année, à l’issue de l’office religieux, une commémoration a lieu, rehaussée par la présence de l’administration communale de Trois-Ponts et des enfants de l’école de Bodeux. »

OUFFET

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

VOUS VOUS SOUVENEZ DE LA LIBERATION D’OUFFET…

« Je me souviens, m’écrit Monsieur Jacques Bastin en évoquant ce qui, pour lui, est l’événement unique qui l’a marqué pour la vie,  que c’est par la route venant de Huy, via Warzée, que sont arrivés, le jeudi 7 septembre 1944, à Ouffet, peu après 17 heures, il faisait alors un temps absolument merveilleux, nos premiers libérateurs américains. Depuis plusieurs jours déjà, nous étions en pleine effervescence. Les troupes nazies, alors en pleine retraite, attaquées sans répit par les « Lightning » P-38 (ces fort redoutables chasseurs américains à double queue), vraiment en verve, ne savaient vraiment plus où donner de la tête.

Le jour précédent cette arrivée libératrice, une voiture nazie, se déplaçant entre Ouffet et  Hody aurait, selon les bruits qui ont alors couru, essuyé les tirs de résistants en patrouille, montés de la vallée de l’Ourthe. Deux officiers nazis auraient ainsi été tués et ridiculement laissés, sans plus, sur place. Trouvés peu après par leurs troupes, celles-ci se déchaînèrent sur Hody, premier village suivant, qu’elles martyrisèrent à titre de représailles. Si ces mêmes troupes nazies s’étaient déplacées en sens inverse, c’est alors Ouffet qui aurait subi le même sort tragique.

Disons encore que le matin du 7 septembre 1944, des troupes de SS, également en retraite, mais, apparemment très résolues, avaient pris position pour combattre à Ouffet. Il s’agissait de troupes d’élite, toutes à la solde inconditionnelle d’Hitler, leur véritable Dieu. Elles semblaient terriblement déterminées à résister, à Ouffet,  à … l’irrésistible avance alliée. En début d’après-midi toutefois, au grand soulagement de la population qui, ipso facto, l’échappait ainsi réellement belle, elles se décidèrent à plier bagage sans combattre. Ouf !!!

Ce même jour, en fin d’après-midi, une véritable marée d’Ouffetois convergea vers la route de Warzée, dans la ligne droite conduisant au cimetière. En effet, depuis de très longues minutes déjà, chacun pouvait voir un petit avion de type « Piper-cub » approchant dudit village. Il s’agissait, en fait, de l’appareil survolant la pointe de l’avant-garde de nos libérateurs américains pour les renseigner sur tout éventuel danger pouvant provenir des forces nazies en pleine retraite. Ces très attendus libérateurs apparurent, enfin, au sommet de la petite côte aboutissant près du cimetière. Le soleil éclatant commençant déjà à descendre à l’horizon, nous pûmes donc ainsi les voir venir à contre-jour. Ils marchaient de chaque côté de la route, à la file indienne. Entre les deux files progressaient, l’un derrière l’autre, au milieu de la route, des tanks du type « Sherman ». Nous doutions de notre vrai bonheur ; nous n’osions trop nous hasarder car, dans le contre-jour, on ne voyait, en fait, que des silhouettes humaines sombres et il était ainsi très malaisé de pouvoir discerner, avec certitude. Nous ne savions donc pas très bien alors si nous avions affaire à des militaires américains ou allemands ; en effet, ils étaient vêtus en vert kaki et, leurs casques, vus de loin, étaient à peine différents de celui des Allemands. » A suivre.

La Petite Gazette du 23 novembre 2011

LA LIBERATION D’OUFFET

Retrouvons, comme promis, la suite des souvenirs de Monsieur Jacques Bastin au sujet  de la Libération d’Ouffet :

« Quand nous avons été vraiment certains, grâce au badge très caractéristique que chacun portait à l’épaule, que c’étaient bien des Américains (des membres de la 3ème Armée blindée du fameux Général Patton), nous avons tous alors – la foule étant à ce moment extrêmement nombreuse – explosé d’une joie tout bonnement indicible. Pour se faire une idée relativement  précise de ce que j’ai ressenti à ce moment précis – moment ineffablement sublime ! – je pense qu’il faut se reporter à l’ouverture « 1812 » de Tchaïkovski à l’endroit où, dans la partie finale, après ces mouvements de cordes descendants plutôt interminables, éclate le Tutti avec ses sons de cloches, ses coups de canon, ses accords aux grandes orgues. Ces instruments saluent alors, de façon tout bonnement extraordinaire, le fait que les Français napoléoniens sont boutés, pour toujours, hors de la Grande Russie. Nous étions ainsi soudainement comme débarrassés d’une véritable Peste, comparable à celle évoquée par Camus en sa magistrale fiction.

Enfin libérés, après tant d’années d’attente, de privations et de souffrance, nous pouvions enfin arborer, sans crainte de représailles, tous ces drapeaux alliés que chacun avait, en catimini, au cours des semaines précédentes, très  patiemment confectionné, avec tant d’amour (Quel travail pour réaliser cet étendard américain avec, à l’époque, ses 48 étoiles!) au moyen de la toile des quelques rares draps de lit qui nous restaient !

Voilà ce que je tenais vraiment à dire au sujet de l’arrivée, à Ouffet, en 1944, de ces braves libérateurs américains. Evénement,  unique dans une vie,  qui marque, à jamais, de manière totalement indélébile. »

Et on le constate, à la lecture de ces lignes, le souvenir est toujours bien présent dans le souvenir de Monsieur Bastin…

La Petite Gazette du 14 décembre 2011

LIBERATION D’OUFFET

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, m’écrit pour me signaler une petite erreur dans son évocation de la Libération d’Ouffet : « C’est bien erronément que j’ai donné le jeudi 7 septembre 1944 au lieu du vendredi 8 comme date de libération d’Ouffet. Il s’agit en fait, après quelque 67 années, d’une erreur de quelques heures » sans conséquences, en effet,quant au rappel de l’état de liesse dan lequel la population a vécu ces heures.

Monsieur Armand F. Collin, dont on connaît la publication « Hody, 6 septembre 44 » apporte des précisions. Il m’indique qu’il les puise dans le RAA ‘Report after action US Army » et les témoignages de plus de vingt-cinq personnes de Hody ayant personnellement vécu cette période.

« Les troupes américaines arrivent à Ouffet le vendredi 8 septembre 1944 à 16h.00 et non le jeudi 7. En fait c’est le mardi 5 vers 15h00 qu’une voiture venant d’Ouffet, occupée par quatre hommes, un chauffeur et trois officiers, dont un déjà blessé grièvement au ventre arrive à Hody. Les soi-disant résistants tirent et en blessent deux. Le blessé grave va de porte en porte et finalement est embarqué à bord d’un camion vers le poste de secours des partisans au château d’Ouhar. Les deux autres blessés et le chauffeur s’enfuient.

Ouffet est libéré le 8 vers 1600h par le 3rd Bn de la 39th Rgt d’Inf de la 9th division US, ils n’ont pas de tank M4 Sherman, mais des M5 plus petits. Des éléments de la 3rd Arm. Div venant en appui. Le 39th Rgt (Fighting Falcons) est le seul de l’US Army à arborer des lettres sur les pare-chocs de ses véhicules. « AAA-O » Anything – Anywhere – Anytime – Nothing, soit : N’importe quoi, partout, toujours, rien.

Le 7, la Task Force « Hogan » de la 3th div. Blindée venant de Marchin et se dirige vers Esneux, via St-Severin, Nandrin, Berleur et Hoûte-si-Plou. Arrivée à Esneux à 17h.20. Ces deux divisions faisaient partie du VIIth Corps de la 1st Army US et n’étaient pas sous les ordres de George S. Patton (3rd Army) mais sous ceux de Courtney H Hodges depuis le mois d’août.

Ce même 7, les SS de la 2. Pz. Div ‘Das Reich‘ étaient regroupées dans le triangle Ouffet – Fraiture – Nandrin. But, retrait vers Liège. Manœuvre empêchée par l’avance rapide de la 3rd div blindée US, d’où repli vers l’Ourthe.

Passages de véhicules allemands à Hody.

Lundi 4 septembre entre 15h.00 et 16h.00, une voiture VW Kubelwagen en direction d’Ouffet.

Idem.    18h.30-19h.00 voiture civile Ford bleue vers Ouffet. Un soldat allemand tué et un mortellement blessé. Soldats âgés de 45/50 ans. Probablement de la 347. Inf Div qui devait prendre position le long de l’Ourthe entre Comblain-au-Pont et Esneux.

Idem.   Vers  20h.00, voiture allemande vers Ouffet.

Idem.  23h.00/23h.30.Kubelwagen, probablement SS vers Ouffet.

Mardi 5 septembre, vers  15h.00, Kubelwagen venant d’Ouffet. (Cf supra)

Mercredi 6 septembre 1944. Peu après 0900h, entrée à Hody des SS venant d’Ouffet. Départ vers 14h.00. Retour des SS vers 16h.00. »

 

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