CROQUEMITAINES ET MAKRALES

La Petite Gazette du 18 janvier 2012

LE GAMIN ET LI SPES TINS

C’est avec beaucoup de plaisir que je puis vous proposer ce magnifique souvenir d’un croquemitaine de chez nous, évoqué par Monsieur René Dosogne, de Modave.

« Dans ma jeunesse, 1925-1940, les légendes et croyances populaires alimentaient souvent les longues soirées d’hiver.

A la tombée du jour, il n’était pas rare d’entendre dire, pour faire rentrer les enfants avant la nuit : « Voci li spès tins », sous-entendu « la nuit noire ».

Dans la région vivait un monsieur âgé qui n’avait pas été gâté par la nature et qui avait l’habitude de rendre visite à ses cousins à la nuit tombante. Un soir, il tomba nez à nez avec un gamin de 8 ans, qui avait pour habitude de traîner en rue. Surpris, le gosse rentre en catastrophe chez ses grands-parents, blanc de peur… La grand-mère, intriguée, demande « Qu’avez-vous ? » Et le gamin de répondre : « J’ai vu li spès tins !» et Bobonne de vérifier avec le sourire…

Ce monsieur était un voisin, d’une gentillesse admirable, à qui je rendais visite chaque jour. Depuis, bien des années ont passé et, 70 ans après son décès, il m’est agréable de rendre hommage à Fernand B., un vrai brave homme ! »

Merci M. Dosogne, j’adore ce genre de témoignage faisant revivre de façon si naturelle les croyances de jadis. Si vous aussi vous avez de ces anecdotes mettant en scène les divers croquemitaines qui peuplaient nos contrées – li spès tins, Pépé Crotchet, li Bâbou, li neûr ome, lu rodje-bètch…) n’hésitez surtout pas à nous les conter.

La Petite Gazette du 28 mars 2012

LES CROQUEMITAINES DE NOTRE ENFANCE…

Il y a deux mois, La Petite Gazette faisait revivre, grâce aux souvenirs de Monsieur René Dossogne, de Modave, un des plus fameux croquemitaines de nos contrées, li spès tins. Monsieur Robert Rahier, d’Embourg, n’a jamais oublié, ainsi qu’il me l’écrit, ces « nombreux personnages effrayants qui hantaient mon imaginaire d’enfant. Je m’en suis souvenu et j’en ai rassemblé une brochette dans un écrit intitulé « Mès sognes d’èfant » tiré de mon recueil « èl Rôye d’èrére »

Mès sognes d’èfant

Avez-v’oyou « Moncheû Dåvint »

Divint lès cohes dèl vîle mèlêye ?

I nos ramonne si måssî timp

Èn-ine cabasse di calinerèyes

 

Avez-v’ vèyou « l’ome ås rodjes dints »

Å grés dèl cåve, dizos l’montèye ?

È li spèheûr, mi dji l’ètind

Dji sin s’sofla come dèl djalèye

 

« Li neûr Djèrå » c’èst-ine lêde bièsse

Vos v’ritrovez, sins qu’i n’èl dèye,

Li trô dè cou inte lès deûs fèsses

Ou bin l’tchièsse int lès deûs orèyes.

 

Qwant fêt neûr nut’ « li Maflou » tind.

Il a bin l’toûr di v-s-assètchî.

Mins n’a pé qu’lu, c’èst « li spès tins »

I v’s-aval’reût sins v’kihagnî.

 

« li gate di fiér » èt « l’neûre makrale »

C’èst d’vins lès bouh’nisses qu’èles si t’nêt

Lès p’tits-èfants, c’è-st-on règal

Èles ènnè fêt dè matoufèt.

 

Si v’n’èstez nin dès pus djintis,

« li blanke houp’rale » a sès marotes,

Avou sès coûtès èrunis

Èle vis côp’rè l’filet dèl trote.

 

Li cîsse qui m’fêt todi l’pus sogne

C’èst « l’mwète bètchowe » qui lès-a totes

Si n’a nouk po l’tini a gogne

On n’vis r’veûrè pus qu’a fribotes.

 

Di sint houbêrt, si v’fez l’luskète,

Lès clokes vis toûn’ront a posteûre ;

« hanscroufe » tot neûr èt s’grande baguète

Trimpèye è vinègue li pus seûr.

 

« li trô dèl gate », sint Nicolèy,

Nos-s’î avans crèyou lontins

C’èsteût les bons moumins dès vèye.

Dji m’veût co avou m’bleû vantrin.

La Petite Gazette du 11 avril 2012

JE VOYAIS SURGIR UN DIABLE TERRIFIANT…

Madame Claire Delhez, de Marchin, par la petite anecdote qu’elle nous conte, rappelle que, jadis, il n’était pas toujours nécessaire d’évoquer les terribles croquemitaines de chez nous pour que la peur s’empare d’un enfant…

« Mon grand-papa Ulysse était un brave homme, le ventre rond sous un gilet gis, boutonné, la moustache touffue sans oublier l’éternelle pipe fumante entre les dents.

Un personnage, un bon vivant, bien de notre charmant Condroz… Quand on frappait à la porte de sa petite ferme blottie sur une pente douce, il criait, d’un ton amusé, « Intrez si c’n’est nin l’diâle ! ». Cette phrase au parfum de soufre me figeait sur place. Je voyais surgir un terrifiant diable noir, cornu et entouré de flammes pointues.

Entrait alors un ami de la famille, venu en cachette boire une bonne petite goutte, ou une voisine pressée d’apporter nouvelles et potins du jour.

Dans le regard bleu de grand-papa, je voyais bien cette petite lueur taquine qui le trahissait.

Délicieux souvenir que je partage avec vous qui lisez ces lignes… »

La Petite Gazette du 3 octobre 2012

NOUS VIVONS ENTOURES DE SORCIERES…

Voici un magnifique témoignage que me transmet une charmante lectrice d’Ourthe-Amblève et dans lequel elle évoque ces êtres qui peuplent la tradition orale locale.

« Un jour, une dame de mon voisinage m’avoue avoir entendu des voix, des voix de femmes, un homme peut-être… Elle ne comprend pas leur langage ! Dès qu’elle rentre dans sa maison, elle n’entend plus rien. « Que se passe-t-il ? Sont-ce des troubles dus à mon âge ? »

Un après-midi de soleil, nous étions dans les premiers jours d’avril, je déménage, côté sud, le petit salon jardin au bord du ruisseau qui traverse ma propriété, pour un agréable moment de lecture.

A mon tour, j’entends également des voix, des voix de femmes, plusieurs… Je ne comprends rien, mais elles sont joyeuses, bavardes, remplies d’entrain… Je pense que c’est une visite qui s’annonce et je vais voir… Personne ! Cela se passait à un endroit où dernièrement s’est créé un chantoir et cela a manifestement son importance !

En soirée, je vais chez mon amie qui décide de téléphoner à un voyant de notre connaissance qui a toute notre confiance. Je m’attendais bien peu à la réponse qu’il nous donna.

« Durant la première quinzaine d’avril, c’est le grand rassemblement des sorcières pour le sabbat qui se passe là-bas, sur les hauteurs ! »

Il faisait noir, je devais rentrer chez moi, à pied, et là j’ai eu un peu peur.

Quelque temps après, je parle de cette histoire à une autre amie qui se met aussitôt à rire. « Tu vois, tu te moques de moi ! » « Mais non, réplique-t-elle, vous me faites rire à avoir peur de choses qui ont toujours existé ! »

Elle me raconta alors l’histoire vécue par son père qui se promenait un soir dans le champ des Macralles, plateau non loin de Remouchamps, à droite de la route menant à Louveigné. Il emprunta alors le chemin qui fait à peu près face au chantoir de Sécheval, lieu de rendez-vous pour le sabbat de Satan !

Le père de mon amie a raconté avoir entendu des voix et des rires, mais il n’y avait personne ! C’étaient elles ! Pareille manifestation se remarque notamment à partir de l’éclosion des premiers bourgeons de lilas et jusqu’à ce que leurs fleurs viennent à maturité. Il paraît d’ailleurs qu’il convient d’avoir un lilas chez soi. J’en ai un qui a bien repris dans le talus, là derrière ma maison. Ces étranges manifestations surviennent également aux équinoxes et aux solstices et une petite recherche sur internet m’apprend qu’elles ne sont pas rares à la veille des fêtes chrétiennes. Mon aventure se déroulait justement à la veille de pâques. Je serai attentive aux prochains solstices et aux équinoxes à venir. Quelle belle histoire !

J’aimais à rapporter cela car si jamais ma petite-fille venait habiter ici un jour, je ne voudrais pas qu’elle ait peur ! Il ne faut pas craindre ce monde parallèle qui est bien là , à côté de nous… Il faut vivre avec !

Mon amie de Remouchamps m’a dit : « Toujours bien dire bonjour aux sorcières… Bonjour Mesdames ! »

La dame qui avait entendu les voix avant moi m’a rappelé l’histoire de Bellem, sorcier d’Ardenne, en insistant sur ce qu’il fallait en retenir : « ne jamais se moquer des sorciers et des sorcières et toujours leur dire bonjour ! ». Et ma correspondante de conclure : ma terre aussi, c’est une terre de légendes ! »

La Petite Gazette du 7 novembre 2012

ENCORE LES SORCIERES …

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, a questionné autour d’elle pour en apprendre davantage sur les sorcières de chez nous…

« Au cours des Journées du Patrimoine, quelqu’un m’a demandé « Que sais-tu des macrales ? » Absolument rien ou bien peu de choses… Par après, en creusant un peu, je me suis souvenue d’un vieux livre incomplet « L’Ardenne mystérieuse », un livre à moitié déchiré où un conteur (N.D.L.R. Louis Banneux) rapportaient des histoires de sorcières qui se passaient dans toute l’Ardenne. Dans les pages qui me restent, j’ai appris que Burnontige, Fays, la Cherhalle avaient aussi leurs macrales.

Puis j’ai interrogé les anciens, Nestor Bodson, de Werbomont, nonante ans, m’a rappelé qu’à l’autre côté du monument dédié à la mémoire des aviateurs anglais tombés à cet endroit, un petit chemin monte à l’hesse d’el tchapelle ; c’est là que les macrales étaient censées aller faire leurs danses. Et la chapelle… a-t-elle vraiment existé ? Mystère…

Marie Jacquemin, son épouse, m’a dit qu’un jour des scouts catholiques de Liège avaient choisi de venir à l’hesse d’el tchapelle pour faire leur promesse. Pour recevoir ces dites promesses, un aumônier les accompagnait. Deux représentants de la Fédération faisaient aussi partie du groupe. D’autre part, j’apprends que certaines mamans, d’un temps pas si lointain, recommandaient à leurs enfants de ne pas s’arrêter en passant près de l’arbre parce que c’était l’arbre aux macrales… D’un côté des petites filles qui priaient auprès de l’arbre et, à d’autres moments, des enfants s’encourant… Danger ? Bien bizarre tout cela !

Pour l’anecdote, maman me disait quand j’avais, par mégarde, mis mon gilet à l’envers : « Ti k’tchèsse lès macrales ? » C’est bien possible car je n’en ai jamais vu…  « mins saqwante’ côps dja vèyou l’djâle ! »

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

A PROPOS DES MACRALES

Monsieur J. Burton, de Bomal s/O, partage avec nous tous ces extraordinaires anecdotes.

« Voilà une histoire que nous raconta jadis ma maman lorsque nous étions encore tous en famille. Dans son village natal, à Commanster, commune de Vielsalm actuellement, vivait, encore dans l’entre-deux-guerres, une macrale notoire et toujours très active.

Par un bel après-midi d’été, ma grand-mère part se promener dans le village avec sa petite-fille, encore bébé, née en 1924 et qui, bien plus tard, deviendra ma marraine. Passant devant la maison de la macrale, celle-ci s’avança sur la route pour voir le bébé et lui caresser la joue. A peine était-elle rentrée chez elle avec le bébé que celui-ci se mit à pleurer et tous les moyens utilisés pour arrêter ses pleurs furent vains. Finalement, elle fit appel au curé du village qui vint bénir le bébé, prononçant quelques paroles, mains jointes. Avant de sortir, le prêtre recommanda à ma grand-mère de ne plus se laisser approcher par la macrale et de faire un signe de croix en s’éloignant d’elle si elle la voyait.

Un fermier chassait ses cochons sur la route, quand, arrivés devant la maison de la macrale, les animaux refusèrent d’avancer ou de reculer. Voyant la macrale debout sur son seuil, le fermier lui cria : « C’est encore toi vieille macrale !» et il lui lança son bâton. La vieille n’insista pas et rentra. Aussitôt, les cochons continuèrent leur chemin, normalement.

Une autre fois, un fermier avec son cheval attelé à un tombereau passait à proximité de la maison de la macrale et voilà, cette fois, que c’est le cheval qui ne veut plus avancer. Il vit la macrale qui regardait par sa fenêtre et l’entendit crier « scie un rayon d’une roue de ton tombereau et le cheval avancera ! » Le fermier s’exécuta et le cheval put continuer sa route.

Il s’agit là d’histoires vécues il y a moins d’un siècle. Cette sorcière est morte quelques années avant la guerre et les gens du village disaient qu’elle avait hérité des livres de sorcellerie de sa vieille tante… » Un merci tout spécial pour ce remarquable témoignage.

La Petite Gazette du 10 octobre 2007

PAS POILU… MAIS PIOTTE !

 
Monsieur Jean d’Olne, de Sendrogne, fait une intéressante et judicieuse remarque :  
J’ai sursauté en lisant dans un de vos billets « Mme Arlette Deblond est la nièce d’un poilu de la Grande Guerre ». En effet, le mot « poilu » désigne un soldat français de la 1ère Guerre Mondiale, pour reprendre la définition du Petit Larousse. Si j’ai bonne mémoire, les soldats belges étaient surnommés « piottes« . J’ai aussi le mot « jass » en mémoire, mais il est peut-être d’usage plus restreint (équipe nationale militaire de football), cfr http://www.mil.be Édition 11 du 15/11/2000  
L’équipe nationale militaire de football en Amérique du sud Épatants, les Jass ! (Merci Google.be…)  
Quant aux « piottes« , je trouve, toujours sur Google, ce document qui cite le terme, Médecins de la Grande Guerre, par le Dr. Patrick Loodts (Au hasard …) « Les piottes belges soumis à un travail harassant depuis plusieurs jours se trouvent donc couchés à même le sol (…) le nouveau poste de secours se remplit aussitôt de piottes et de feldgrauen blessés (…) Et aussitôt les piottes entonnent spontanément la Brabançonne et viennent serrer les mains de leur chef. » Il y a deux autres documents, qui ne citent le terme qu’une seule fois, toujours au sujet de soldats belges… (Encore Google.be, évidemment…)  
Il serait intéressant de chercher des compléments d’information auprès des lecteurs, les réponses instructives ne manqueront pas!

La Petite Gazette du 24 octobre 2007

 

Piotte, piot, jass, jas ou …poilu belge !

Voici quelques compléments d’information pour M. Jean d’Olne, de Sendrogne, à propos du surnom des soldats belges de 1914-1918. Ils ont été rassemblés et transmis par M. Alain Canneel, de Lesterny.

JASS

On trouve dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque royale de Belgique (http://opac.kbr.be/fbb1.htm) au moins deux ouvrages concernant les jass:

J’ai vu ! Les misères de nos jass au front, A. Van Dijck, sans date de publication ni mention de l’éditeur.

Notre jass de 1914. Le soldat belge, par un officier de troupe, Général Remes, Bruxelles, Imprimerie des Travaux publics, sans date de publication.

Ce dernier ouvrage, qui est partiellement accessible sur l’Internet (http://www.greatwardifferent.com), se retrouve aussi dans le catalogue en ligne d’un autre service public, le Centre d’Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines ou CEGES (http://www.cegesoma.be/index.php?option=com_wrapper&Itemid=55), avec en outre le périodique suivant:

Enfants de Jass, sous la direction de M. Gossieaux, Fédération Nationale des Amicales d’Enfants de Combattants, Bruxelles, Cahier trimestriel.

De plus, dans la photothèque du CEGES, à la rubrique Entrée et présence des troupes alliées en Belgique, se trouve une photo (n° 448) dont la légende est Nos Jass examinent avec intérêt les armes magnifiques des Tommies et qui date de …mai 1940 !

PIOTTE ou PIOT

Dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque royale de Belgique, on trouve entre autres les deux ouvrages suivants:

A la gloire du piotte, Louis Piérard, Leyde, A. W. Sijthoff, 1916.

Ceux du front. Organe intermittent des anciens du 19e régiment de Piottes, Soignies, Secrétariat M. Maurice Chauviaux, 1924.

Et dans le catalogue en ligne du CEGES, on trouve en outre cet ouvrage qui traite lui de la guerre 1940-1945:

Bij den troep. Belevenissen van een piot. Kamp van Beverlo, Mobilisatie, Achttiendaagse veldtocht, 1938-1940, René VUGHT, Leuven, 1992.

POILU BELGE – BELGISCHE PIOTTE

En ce qui concerne les dictionnaires, il convient de souligner que le Petit Larousse – par exemple, le Larousse du XXe siècle en six volumes publiés de 1928 à 1933, qui donne la même définition de poilu – est un dictionnaire français.  Cela peut expliquer une référence aux seuls soldats français.  Le Petit Robert est néanmoins plus scrupuleux bien qu’aussi français: pour lui le substantif poilu désigne un «soldat combattant de la guerre de 1914-1918, dans le langage des civils», sans précision de nationalité.  Par ailleurs, ces dictionnaires ignorent nos jass et piotte ou piot.

Il y a plus.  Les quatre frères de mon grand-père paternel ont été combattants en 1914-1918: Jules-Marie Canneel (né en 1881) et Jean Canneel (né en 1889) ont été mobilisés, Georges Canneel (né en 1887) et Jean Canneel (né en 1894) ont été volontaires de guerre.  Dans La Petite Gazette des 15, 22 et 29 janvier 2004, j’ai évoqué plus particulièrement l’aîné d’entre eux, «vieux soldat» de trente-trois ans des «troupes de forteresse», à propos du camp de Harderwijk aux Pays-Bas où il a été interné, avec beaucoup d’autres soldats belges, après la chute d’Anvers et la retraite aux Pays-Bas restés neutres.  Comme je l’écrivais alors, Jules-Marie Canneel illustra régulièrement la revue bilingue Inter Nos, organe bimensuel des internés belges de Harderwijk de 1916 à 1918.  Il dessina notamment les illustrations de couverture des 61 numéros publiés.  J’ai récemment reçu des photocopies de ces couvertures.  Celle du numéro 52 (1er juin 1918) intéressera M. Jean d’Olne.  Son sujet en effet n’est autre qu’«un poilu belge – een Belgische piotte» !  Voyez la reproduction ci-jointe. »

POILU-PIOTTE.jpg

Nous suivrons cette brillante démonstration, la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 30 octobre 2007

Piotte, piot, jass, jas ou …poilu belge !

Voici quelques compléments d’information initialement destinés à M. Jean d’Olne, de Sendrogne, à propos du surnom des soldats belges de 1914-1918. Cependant, l’intérêt de cette documentation m’a poussé à vous la proposer à tous. Tous ces renseignements ont été rassemblés et transmis par M. Alain Canneel, de Lesterny.

« Consultons les dictionnaires non pas français mais néerlandais.  Je n’ai sous la main que le Frans Woordenboek de C.R.C. Herckenrath, J.B. Wolters, Groningen, mais il m’apprend déjà que een piot signifie un pioupiou, un troupier.  Vous aurez d’ailleurs noté que le seul ouvrage en langue néerlandaise cité la semaine dernière use dans son titre du terme piot (pluriel: piotten), à la différence des ouvrages en langue française qui utilisent un piotte et des piottes.  Pour être correct, il aurait sans doute fallu écrire sur la couverture du numéro 52 d’Inter Nos «een Belgische piot»…

Il vous reste à lancer votre moteur de recherche favori sur l’Internet avec comme mots clés soit een piot, soit piotten associé à 1914, pour trouver une abondance de textes en néerlandais à propos des troupiers de 1914.  Si vous associez piot ou piotten à 1940, par exemple, vous aurez la confirmation de ce que suggère la mention ci-dessus à propos de l’ouvrage en langue néerlandaise concernant la guerre de 1940-1945, à savoir que les appellations piot ou piotten ne sont pas plus spécifiques de la «Grande Guerre» que jass.  A la différence de poilu ?  Enfin, mon Frans Woordenboek ignore le(s) jass.

Quant au poilu belge, je peux aussi mentionner une carte postale qui, selon sa légende, représente «Le 14 juillet à Paris en 1916 – Les Poilus Belges devant le Grand Palais». 001

Et une autre, qui montre, selon sa légende, «La Grande Guerre 1914-1916En Belgique – La Reine des Belges accompagnée du Général de Conninck écoutant dans les tranchées un poilu mélomane» (jouant du violon).

 

JASS ou JAS

Last but not least, Jules-Marie Canneel signait ses illustrations de couverture pour la revue Inter Nos du camp d’internement de Harderwijk en faisant parfois suivre son nom par une qualification de son état de soldat belge interné.  Ainsi, signa-t-il la couverture du numéro 40 (1er janvier 1918) j.m. canneel soldat belge, celle du numéro 49 (15 mai 1918) qui est un autoportrait j.m. canneel Belgian soldier by himself ou celle du numéro 61 (novembre 1918) j.m. canneel soldat interné belge.  Mais ce sont ses signatures des couvertures des numéros 45 (15 mars 1918) et 59 (15 octobre 1918) qui doivent intéresser les lecteurs de la Petite Gazette –soit respectivement j.m.canneel piotte et j.m. canneel jas.  Voyez les reproductions ci-après.

Toutefois, l’élément le plus éclairant à propos de jass et jas provient d’un monument situé devant l’hôtel de ville d’Arlon. Voyez la reproduction de cette carte postale.

002

Cette statue en bronze de 2,30 mètres de haut, œuvre de Jean-Marie Gaspar (1861-1931) inaugurée le 3 octobre 1920 suite à une souscription publique, a pour nom «Le Jass». Elle représente un soldat de la Grande Guerre et a été érigée à la mémoire des combattants et des déportés belges, ainsi que des fusillés arlonais morts au cours de la guerre 1914-1918.  J’ai puisé ces informations sur l’Internet, à l’adresse http://www.arlon-is-on.be/fr/autres.html où sont détaillés les monuments de la ville d’Arlon.  On y lit de surcroît cette précision: le nom Jass vient du mot flamand jas qui désigne la capote portée par les soldats en hiver (een jas, dans son sens courant, c’est une veste, un veston).  Ainsi, quand piotte vient du mot flamand piot, jass vient du mot flamand jas (qui se prononce ‘yass’ comme dans yeux et tasse).  Nous sommes bien en Belgique !

Aussi, pour faire bonne mesure, vous trouverez ci-joint une carte postale de Bruxelles montrant «Manneken-pis en costume de Jass – Manneken-pis in Jass»…

manneken-pis-en-jass

Un immense merci pour cette recherche, sa précision et sa documentation

La Petite Gazette du 14 novembre 2007

Piotte, jass, jas ou poilu belge ! petit erratum et nouveaux déverloppements

Alain Canneel, de Lesterny, me demande de faire la petite correction suivante :

« On m’a fait remarquer une erreur de distraction que j’ai commise dans le texte qui a été publié dans La Petite Gazette du 25 octobre dernier.  Le plus jeune des quatre frères de mon grand-père se prénommait en effet Marcel et non Jean.  Il faut donc lire:

Jules-Marie Canneel (né en 1881) et Jean Canneel (né en 1889) ont été mobilisés, Georges Canneel (né en 1887) et Marcel Canneel (né en 1894) ont été volontaires de guerre. Mon correspondant en profite pour nous présenter un autre document intéressant :

les-poilus-belges-devant-le-grand-palais-14-7-1916

Des soldats belges ont défilé à la fête du 14 juillet 1916 à Paris. La légende de cette carte postale peut éclairer sur l’utilisation faite à cette époque de l’appellation « poilus« , par les Français eux-mêmes. Comme celui de la carte du « poilu mélomane », l’éditeur de cette carte des « poilus belges » à Paris est français. »

Monsieur Guy Stassin, de Flostoy, nous apporte quelques commentaires intéressants :

« Comme dans beaucoup d’autres familles, mon père et mon oncle maternel ont participé, comme jeunes volontaires de 16 ans, à la Première Guerre mondiale. Mon oncle maternel, plus âgé, s’est engagé dès 1915 pour servir au 12e de Ligne, où il a terminé la guerre, blessé, comme sous-Lieutenant auxiliaire tandis que mon père, plus jeune, s’est engagé en 1917 pour venir au 4e d’Artillerie, où il a terminé la guerre comme Brigadier-téléphoniste. Tous les deux participeront à la guerre de 1940 comme officiers de réserve.

Je me rappelle leurs discussions animées et amicales au sujet de la guerre 14 – 18. Mon père traitait mon oncle de « Piot » pour se voir traité en retour de « Verdomme artilleur », terme utilisé vis-à-vis de l’artillerie quand elle tirait trop court et dans ses propres lignes !

A mon avis, le terme « poilu » est typique des fantassins de l’armée française et, parfois, employé par extension à ceux de l’armée belge.

Le terme « Jass » ne désigne pas, à proprement parler, un fantassin des tranchées, mais un homme du rang, un simple soldat. Ce terme était encore, parfois, utilisé quand j’étais encore en service actif ; je suis retraité depuis 1983. (N.D.L.R. Pour rappel, mon correspondant était Commandant de Cavalerie).

Le terme « Piot » ou « Piotte » est différent et désigne l’infanterie par rapport aux autres armes.

C’est devenu un terme péjoratif par lequel les armes montées, artillerie et cavalerie » désignent les fantassins, quel que soit leur grade ; il y a donc même des généraux « Piots » ! N’oublions pas qu’à l’infanterie il y a des caporaux et des sergents alors que, dans les armes montées, on parle de brigadiers et de maréchaux des logis.

Cependant, ce dédain des armes montées s’est estompé pas à pas quand les fantassins, qui se déplaçaient encore à pied dans les années 50, ont progressivement été montés sur Half-Tracks, puis sur véhicules blindés de transport d’infanterie, pour collaborer sur le terrain avec les unités de cavalerie montées sur chars.

Il est intéressant de signaler que, en 1914 – 1918, les gendarmes chargés d’appréhender, sur les arrières, les fuyards et déserteurs avaient été baptisés du terme péjoratif de « piottepakker » ! »

Mon correspondant conclut de façon quelque peu amère : « Je ne suis plus témoin de la situation actuelle où l’on ne sert plus dans un régiment comme autrefois, mais où on travaille dans une entreprise nommé Défense. »

Merci pour ces renseignements qui complètent utilement les informations de M. Canneel.

La Petite Gazette du 5 décembre 2007

Poilu belge, jass, jas, piotte, piot ou… Pioupiou ?

Monsieur Alain Canneel poursuit sa passionnante enquête et coordonne les recherches :

« En la personne de Monsieur Guy Stassin, de Flostoy, nous avons l’avantage de disposer d’un témoin pour un point mineur, mais non dénué d’intérêt: comment les francophones prononçaient-ils à l’époque le j de jass ?  Nous pouvons supposer que ce n’est pas à l’anglaise, comme dans jazz.  Mais est-ce à la française, comme dans jaseur ou jatte ?  Ou, vu l’origine du mot, à la flamande comme le y dans yankee ou yaourt ?

Voici encore, poursuit M. Canneel, quelques informations faisant suite à la remarque de M. Jean d’Olne, de Sendrogne, à propos du surnom des soldats belges de 1914-1918.

Dans son livre «Au pays des braves gens», un récit de ce que fut la vie de ses parents (Editions La Dryade, Vieux-Virton, 1966 pour la 2e édition que j’ai utilisée), Omer Habaru, né vers 1893 à Saint-Mard, décédé vers 1977 et qui fut lieutenant dans l’armée belge, utilise à trois reprises le terme piottes pour désigner de jeunes soldats belges:

-p. 86 et 87, dans le contexte des dernières années du XIXe siècle (l’auteur n’a pas encore 6 ans), ce qui suggère que cette appellation est antérieure à la guerre 1914-1918,

-p. 142, dans une opposition, en août 1914, des piottes belges aux feldgrau allemands (désignés d’après la couleur gris-vert de leur uniforme), ce qui permet de supposer que l’appellation piottes pourrait ne pas désigner que des fantassins belges.

Nous avons d’ailleurs vu qu’en néerlandais een piot signifie un pioupiou.

Dans son ouvrage «Les années douloureuses, Journal d’un encerclé (1914, 1915, 1916)» (Picard-Ballon Ed., Namur, 1919), Victor Enclin (1873-1949), curé de Tellin dès 1912, note à la date du samedi 8 août 1914: «Durant toute la journée, mais par intermittences, les pioupiou français défilent avec un peu d’artillerie.  Les villageois les acclament, leur offrent, au passage, café, cigares, bière, pain.».  Et la carte postale ci-jointe, expression de l’admiration des Français pour les Belges qui réussirent en octobre-novembre 1914 à bloquer l’avance des puissantes troupes allemandes sur le front de l’Yser, reproduit un dessin de Georges Scott publié dans l’Illustration qui montre «le pioupiou de France» offrant un bouquet de roses rouges unies par deux rubans tricolores, l’un bleu-blanc-rouge et l’autre noir-jaune-rouge, «à S.M. la Reine des Belges pour sa fête, 19 novembre 1914», jour de «La Sainte Elisabeth».

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Reste à trouver dans un document la mention de pioupiou belges ou de piottes français… !

 

La Petite Gazette du 3 janvier 2008

AU-DELA DES PIOTTES ET DES POILUS

Grâce à vos diverses interventions, dans les derniers mois de l’année 2007, nous avons eu un large aperçu des différents sobriquets dont étaient affublés (ou que se donnaient eux-mêmes) les soldats de la Grande Guerre.

Monsieur José Marquet, de Sprimont, a eu l’excellente idée de fouiller les mémoires de volontaire de guerre (1914 – 1918 évidemment) de Maurice Flagothier, de Lincé-Sprimont, à la recherche de termes de l’argot militaire alors utilisé. L’auteur de ces mémoires en donnait aussi la définition :

« Piotte ou Lignard : soldat belge d’infanterie de ligne.

Poilu : soldat français.

Jampot : soldat anglais.

Plouk : simple soldat.

Piottepak : gendarme

Plakpotte : soldat malpropre et débraillé.

Ménapien : Flamand.

Cabot : caporal.

Premier bidon : 1er sergent-major.

Adjupette, capiston et colon : adjudant, capitaine et colonel.

Carapate : carabinier.

Flingot : fusil.

Rabat de col : mauvais morceau de viande.

Chapeau boule ou pot de chambre : casque.

Vîs paletots : soldats non armés des vieilles classes qui avaient gardé leurs anciennes tenues sombres datant de l’avant-guerre et ce jusqu’en 1917. Ils étaient affectés à certains travaux.

Compagnie sans floche : compagnie de réhabilitation formée de soldats condamnés par les conseils de guerre et dont le bonnet de police était dépourvu de gland. »

Merci à M. Marquet pour cette recherche.

La Petite Gazette du 16 janvier 2008

ENCORE UN PEU D’ARGOT MILITAIRE

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, vient, de façon bien agréable, compléter la liste dressée dernièrement pas M. Marquet.

« Pioupiou  s’employait encore, naguère, pour désigner un jeune soldat. Le Médecin (le Docteur) se désignera soit par Doc soit par Toubib. Chez les Anglais, on parlera plutôt de Bone(s), soit : «os ou des os » en  français. Ainsi : «Has the Bone(s) already come, today ?» voudra tout simplement dire «Est-ce que le docteur est déjà passé, aujourd’hui

L’Infirmier ou le Garde-malade  seront désignés, en Belgique, par le terme Pilule.

Le Chef d’une petite unité, d’une certaine importance toutefois, y sera souvent appelé le Boss (Terme anglo-saxon)

A la Force navale belge, le commandant du navire sera appelé soit le Singe soit le Vieux quand on ne parlera pas tout simplement du Con (sans qu’il l’entende bien entendu!).

L’Adjudant, quant à lui, sera, en Belgique et en France, assez fréquemment appelé le Juteux (Ici aussi, il ne doit rien du tout entendre, surtout si l’expression vient d’un inférieur!).

Pour ce qui est de la bouffe, le Singe désignera, en Belgique, le corned-beef tandis que, chez les Américains, pour désigner le «Canapé de bœuf à la béchamel», on ne manquera pas de parler de «Shit on a Shingle» (soit en français : «de la merde sur un bout de planchette»). »

La Petite Gazette du 23 janvier 2008

QUAND LES PIOTTES SE RAPPROCHENT DES PAJOTS

Monsieur Armand Collin, de Hody, nous explique pourquoi il revient sur ce sujet :« Après avoir lu vos articles sur le sujet « Piotte » je me suis souvenu avoir un dépliant du Musée du Tram à Schepdaal, dans lequel on trouvait une explication sur l’origine de ce nom. Cela vaut ce que cela vaut, mais ce n’est pas plus mal que d’autres. » Voici donc ce passage du document en question :« D’où vient le nom « Pajottenland » ?A la fin de l’occupation autrichienne (1790), il y avait en Brabant des soldats mercenaires qui portaient le nom de « pajot » (prononciation païot ») vraisemblablement des fantassins.Jusqu’en 1939, on appelait encore les soldats de l’infanterie des « piottes ». Le mot « pajottenland » est utilisé depuis plus d’un siècle et demi par des étudiants. Les intellectuels et les étudiants, en provenance de la région, se sont transmis le mot de génération en génération. Avec la démocratisation des études, le mot s’est introduit dans le peuple.Actuellement, cette expression « contrôlée » désigne la partie du Brabant occidental circonscrite approximativement par les localités suivantes : Anderlecht – Gaasbeek – Lennik – Grooik – Enghien – Ninove – Lombeek Notre dame – Ternat et Asse. »Extrait du dépliant de la Visite du Musée de Schepdaal et de la région où il est établi, le « Pajottenland » organisée par le Musée des Transports en Commun du Pays de Liège, le 21 avril 2007.

La Petite Gazette du 6 février 2008

ENCORE UN PEU D’ARGOT MILITAIRE

Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, est lieutenant de Vaisseau de 1ère classe (e.r.) ; il souhaite revenir sur l’argot de marine.

« J’ai servi plus de 30 ans à la Force navale, de 1950 à 1982, et je n’ai pas souvenance que, à bord, on appelait le Comandant, soit le « singe » soit le « c… ». Il exact qu’on le surnommait souvent « le vieux », comme c’est le cas dans notre marine marchande, car pas mal de mes camarades de promotion avaient suivi les cours à l’Ecole de Navigation d’Anvers. Par contre, mes collègues formés à l’Ecole navale de Brest utilisaient l’expression « le Pacha » pour désigner leur commandant, comme il est d’usage à la Marine Nationale. J’ai eu l’honneur d’exercer, à plusieurs reprises, un commandement à la mer. A la passerelle, on regardait droit devant et on n’écoutait pas vers l’arrière… Voilà pour ce qui était de la Force Navale ; quant à la Force Terrestre, je ne sais pas. »

Merci d’avoir apporté votre contribution à la constitution de ce petit lexique.

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

La Petite Gazette du 3 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Monsieur Guy Stassin, de Flostoy, n’est pas un inconnu pour les lecteurs de La Petite Gazette. En effet, il nous a déjà gratifiés de quelques articles témoignant de la passion que porte ce commandant de cavalerie en retraite à notre histoire militaire. C’est ce qu’il fait encore en débutant ce jour une très intéressante série qui nous plongera dans les premiers jours de la dernière guerre mondiale.

« Le 10 mai 1940, pour la seconde fois en vingt-cinq ans, notre pays, pourtant neutre, est envahi par la puissante armée allemande. Dès l’aube, un commando transporté par planeurs atterrit, par surprise, sur les superstructures du fort d’Eben-Emael. Fort moderne, de construction récente, EbeEmael a été érigé à la jonction du canal Albert  et de la Meuse, face à la languette du Limbourg hollandais, qui dissimule à notre observation tout mouvement allemand. Surpris par cette tactique inattendue, le fort est rapidement réduit au silence.

Dans la foulée, des chars des 3e et 4e panzerdivizione traversent les ponts du canal Albert, à Veldwezelt et Vroenhoven,  conquis par des commandos aéroportés, et foncent vers Tongres, qu’ils atteindront le 11 mai.

Le gouvernement belge a fait appel à la France et au Royaume Uni, garants de notre neutralité, et le généralissime français Gamelin a déclenché la manœuvre « Dyle ». Cette dernière consiste à faire progresser les Franco-britanniques en Belgique pur les aligner sur la position « Dyle » où ils tendront la main, dans la région de Louvain, à l’armée belge qui doit se replier sur la position KW, fortifiée dès le temps de paix, entre Anvers et Wavre, par des fortins et des obstacles anti-chars.

La position « Dyle » est prolongée le long de la Meuse, en Belgique et en France, à partir de Namur.

La majeure partie de nos dix-huit divisions d’infanterie sont initialement étirées le long du canal Albert, entre Anvers et Liège, et le long de la Meuse, jusqu’à Namur.

Le corps de cavalerie, grande unité motorisée et très mobile, possédant sa propre infanterie (carabiniers cyclistes) et articulé en deux divisions et une brigade portée, aurait dû être gardé en réserve, prêt à intervenir en tout point menacé du front, mais, par manque de troupes pour occuper l’entièreté de la position, il a été morcelé en divers éléments imbriqués dans le dispositif.

Dès le début de l’attaque allemande, on devra donc « récupérer » des unités motocyclistes affectées aux Ardennes (groupement K) pour tenter d’enrayer la percée sur Tongres.

Pour couvrir le repli de nos divisions d’infanterie vers la position KW, la cavalerie, dont c’est l’une des missions, s’affairera à regrouper une partie de ses unités motocyclistes et cyclistes sur la position de recueil de la Gette, à hauteur de Tirlemont.

Les six régiments motocyclistes du corps de cavalerie (CC) sont des régiments d’active (1, 2 et3 Lanciers, 1 et 2 Chasseurs à Cheval et 1 Guides), composés de miliciens sous les armes, commandés par du cadre d’Active et de réserve. Les régiments sont articulés en deux groupes, commandés par un major, et comprenant chacun deux escadrons motocyclistes et un escadron d’engins armés de canons anti-chars et de mitrailleuses. Un septième escadron, régimentaire, est blindé et équipé de chenillettes T13 (canon de 47 mm.) et T15 (canon de 13,2 mm.).

Les régiments cyclistes sont articulés à deux bataillons, commandés par un major, et comprenant chacun deux compagnies cyclistes et une compagnie d’engins armés de même de canons anti-chars et de mitrailleuses.

Les 1er et 2e Cyclistes sont d’Active, les 3e et 4e, de Réserve et formés par des militaires rappelés, commandés par un petit noyau d’Active et du cadre de réserve. » A suivre…

La Petite Gazette du 10 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons l’étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r.

« 10 mai 1940

C’est le quartier général (QG) de la 2e division de cavalerie (2DC), aux ordres du général Beernaert, et dont le poste de commandement (PC) est installé à Louvain, qui est responsable de la position de recueil de la Gette. Comme troupes, le 10 mai au matin, la 2DC ne dispose que du 4e lanciers (4L), du 2e Cyclistes (2Cy), et de l’Etat-Major, fort réduit, de la brigade de Cavaliers Portés, dont le second régiment, le 2e Guides (2G) est détaché dans le Limbourg.

Le 4L est un régiment de réserve, dont les deux groupes sont transportés par camions, tandis que le 2Cy, régiment d’active, se déplace à vélo, comme son nom l’indique.

L’appui de feu est fourni par le 18e d’Artillerie (18A), régiment motorisé issu de l’artillerie à cheval (ACH).

001

Initialement, le 4L est installé en avant de la Gette, avec son IIe groupe à cheval sur la route de Saint-Trond, le long du chemin de fer, et son Ier groupe entre Bost et Womerson, le long de la Gette.

Le 7e Escadron, escadron motocycliste, surveille les points de passage de la Gette.

A gauche du 4L, le 2Cy étire ses deux bataillons, le long de la Gette, de Grimde à Haelen. Un groupe du 18A est en appui de chacun des deux régiments. Le 3e Lanciers (3L), qui avait une mission de surveillance à la frontière française, dans la région de Binche, neutralité oblige, est rameuté de la frontière pour renforcer la 2DC. Il est envoyé sur Hannut où il arrive vers 20h00 et bloque les différents accès du village.

Il assure à Crehen (prononcez Crehin) la liaison avec le 12e cuirassiers (12cuir) français, régiment du corps de cavalerie du général français Prioux,  chargé de protéger la mise en place de la 1er Armée française sur la position Dyle.

Transmissions :

Il est utile de rappeler que, en 1940, la majeure partie des transmissions s’effectuait par le réseau civil des téléphones et télégraphes. Un fonctionnaire des PTT (Postes, Téléphone, Télégraphes), au courant des réseaux téléphoniques et télégraphiques, était attaché à chaque Etat-Major. C’était, souvent, un officier de réserve, mobilisé dans sa fonction.

A l’époque, les ordres, toujours écrits, étaient transmis par estafette ou officier de liaison, suivant le cas. La radio en était encore à ses balbutiements.

Peu avant la guerre, les régiments motocyclistes seront dotés d’un peloton de transmissions possédant des side-cars radio et un Ford Marmon aerrington blindé pour les transmissions vers l’arrière.

Le morse est utilisé, de préférence à la phonie, mais le réflexe radio n’est pas encore dans les mœurs alors qu’un oberst (colonel) allemand est déjà en liaison par phonie avec tous ses commandants d’escadron. » A suivre

La Petite Gazette du 17 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons l’étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r. :

« 11 mai 1940 – Situation générale

A 06h.00, la 4e Panzer (4PZ) passe à l’attaque dans le secteur du Ier Corps d’armée (ICA) en utilisant les ponts de Veldwazelt et Vroenhoven, conquis par surprise, et enfonce rapidement les positions de notre 7e division d’infanterie (7DI).

Le ICA, dont les débris refluent vers l’Ouest, tente d’enrayer la percée ennemie en direction de Tongres, en établissant une bretelle sur l’alignement Bilsen-Tongres, vallée du Geer. Le corps de cavalerie couvre son flanc droit en constituant une bretelle à hauteur de Cortessem.

Le Groupement « K », en position dans les Ardennes, est sollicité pour envoyer, d’abord un régiment motocycliste, le 2e Lanciers, le groupement Goffinet ensuite, 2e Chasseurs à cheval et 1er Guides, au secours du Ier Corps d’Armée. Le soir, le Grand Quartier Général (GQG) donne l’ordre d’abandonner le canal Albert jusqu’à Curange (Kuringen). Les divisions d’infanterie (DI) amorcent progressivement un repli en direction de la position KW, tandis que le Groupement K abandonne graduellement les Ardennes.

La 2e Division de cavalerie (2DC) sur la Gette :

La 2DC, aux ordres du général Beenaert, est installée sur la Gette avec le 2e cycliste (2Cy) au nord, de Haelen à Grimde et la brigade de cavaliers portés (BCP) au sud, de part et d’autre de Tirlemont, avec le seul 4e Lanciers (4L).

Vers 12h.00, le 1er cyclistes (1Cy), en repli des canaux frontière du Limbourg, informe la 2DC qu’il occupe Saint-Trond, pour y constituer un centre anti-chars.

A midi également, le GQG donne ordre à la 2DC de poster le 3e Lanciers au nord de Tirlemont et du 4L. Les escadrons quittent Hannut vers 13h.00, attaqués par la Luftwaffe (aviation allemande) et se rendent à Hoelderen, où le colonel BEM Serlez, commandant de la BCP, donne des ordres détaillés de son PC de Cumptich.

Les états-majors du régiment et du Ier groupe s’installent à Oplinter avec le 1er escadron. Le 2e escadron prend position à Nerlinter. L’état-major du IIe groupe s’installe à Drieslintier, avec le 4e escadron. Le 5e escadron est en réserve à Vissenaken, avec l’escadron Auto-blindées à la disposition du commandant de brigade.

Les moyens des deux escadrons engins, canons de 47 mm. et mitrailleuses, ont été répartis entre les escadrons motocyclistes.

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 chenillette T15 armée d’une mitrailleuse de 13,2 mm.

 

 

A partir de 14h.00, et pendant près de deux heures, des stukas (avions allemands de bombardement en piqué) bombardent la gare de Tirlemont.

Vers 16h.00, le 2e escadron du 1er Lanciers (2/1L), qui était en renfort du Ier Corps d’Armée, arrive à Grimde avec un seul peloton et  son peloton état-major, tout ce qu’il reste de l’escadron après son engagement aux côtés de la 7DI. Le colonel Jooris, commandant du 4L, le met en renfort de son IIe Groupe qu’il installe au passage à niveau de Tirlemont.

Vers 19h.30, le 7e escadron Motos du 4L, renforcé par un peloton blindé du 3L (AB), occupe le chemin de fer entre Bost  et Esemael, où il assure la liaison avec la 3DLM française (3e division légère motorisée).

Durant l’après-midi et une partie de la nuit, des réfugiés civils et des militaires en retraite du ICA traversent les ponts de la Gette. Il faut noter la présence sur les positions de la 2DC, d’autos blindées du 12th royal Lancers britannique, chargées de protéger la mise en place de la British Expeditionary Force (BEF) entre Louvain et Wavre. » A suivre

La Petite Gazette du 24 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons la précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r. :

« 12 mai 1940 – Situation générale :

Dimanche de Pentecôte, sous un soleil radieux ; la position KW (Koningshooikt à Wavre) s’organise lentement. Le Ve corps d’Armée (VCA) est déjà en place au nord de la position fortifiée d’Anvers (PFA) avec ses 12e et 13e divisions d’infanterie (12DI et 13DI).

Le IVe Corps d’Armée (IVCA) de même, avec sa 17DI à l’embouchure du canal Albert et sa 13DI qui n’a qu’à se rabattre sur Lierre.

Au IIe Corps d’Armée (IICA), la 11DI, qui était en période d’entraînement au camp de Beverloo, a rejoint pour s’installer au sud de Lierre et la 2DI arrive de Liège par chemin de fer.

Au Ive Corps d’Armée (IVCA), la 10Di est installée à Louvain.

Une conférence interalliée, réunie à Casteau, confie au général français Billotte, commandant du Groupe d’Armées n°1 (7e Armée, BEF, 1ère Armée, 9e Armée, 2e Armée) la coordination des troupes françaises, britanniques et belges.

La Position de recueil de la Gette :

La bretelle de Cortessem, tenue par le 1er cyclistes (1Cy) et le 2e Guides (2G), avec des renforts d’infanterie, aux ordres du général d’infanterie De Droog, a entamé la retraite à partir de 00h.00, sous la protection d’une arrière-garde du 1er Chasseurs à cheval (1ChCh) et l’escadron Motos du 2e guides (2G).

La 1èrer Division d’infanterie (1DI) se replie derrière la Gette, tandis que la 14DI fait pivoter son aile droite pour constituer la bretelle de Lummen et raccrocher la position de la Gette au canal Albert.

La Gette, proprement dite, est occupée par la 2e division de cavalerie (2DC), dont le PC s’est fixé à Kerbeek-Miskom. La position est occupée par le 2e Cyclistes (2cy), de Haelen à Léau, de Léau à Grimde par le 3e Lanciers (3L), et à Tirlemont par le 4L. ces deux dernières unités constituant la brigade de cavaliers portés du colonel Serlez, dont le PC est installé à Pepinusfort (Boeslinter).

Le 4L est en liaison au sud avec le 14e Cuirassiers français, aile gauche du corps de cavalerie du général Prioux. La liaison est assurée par l’escadron Motos du 4L, avec l’appui d’un peloton blindé du 3L. Peu après 07h.00, le 5e escadron du 3L (5/3L), en réserve à Boeslinter, lui est envoyé en renfort, avec deux T13 et infanterie égarée, et récupérée sur place ; il établit son PC à Gossoncourt.

Dès le matin, le général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie (CC), dont le QG est installé à Lubbeck, reçoit l’ordre suivant du GQG : « Vous prenez le commandement de la position Gette, de la position du canal Albert (de la Nethe à la bretelle de Lummen), et de la bretelle de Lummen. Vous réunissez sur cette position toutes les troupes légères que vous trouverez, n’importe où, ainsi que les artilleries du Corps et des divisions de cavalerie. »

Aussitôt, des officiers du QG du Corps de cavalerie sont envoyés dans toutes les directions, pour récupérer des unités.

Le 2e Chasseurs à cheval (2ChCh), régiment fort éprouvé après son engagement au profit du Ier Corps d’Armée (ICA), reçoit l’ordre de se mettre aux ordres de la brigade de cavaliers portés du colonel Serlez.

Le 1er Guides (1G), regroupé au sud de Hamme-Mille, doit se rendre à Cappellen, entre Tirlemont  et  Diest, pour y constituer la réserve du Corps de cavalerie.

A 14h.15, le 2e Guides et le 1er cyclistes, en repli de Cortessem, sont mis à la disposition du CC/2DC (titre kilométrique du commandant de la cavalerie de la 2e division de cavalerie, en fait, général major, commandant en second de la 2DC) pour renforcer au canal Albert les positions abandonnées par la 6DI, dans le secteur du IIe Corps d’Armée (IICA).

E groupement Ninitte (CC/2DC) doit établir son PC à Oxelaer et prendre à ses ordres les escadrons cyclistes des 6Di et 9DI, qui sont sur place.

A chaque DI (division d’infanterie) était affecté un escadron ou un groupe cycliste de réserve, formé de militaires rappelés, issus de la cavalerie. Il s’agit ici des escadrons cyclistes des 6e et 9e divisions d’infanterie.

Vers 10h.00, la 1DI, en repli de Hasselt, repasse à l’ouest de la Gette et, vers 11h.00, son artillerie et les 3e et 24e de Ligne (3Li et 24Li), sont mis à la disposition de la 2DC.

Le général Beernaert, commandant la 2DC, place le 3Li en second échelon derrière le sous-secteur Sud tenu par le 3L, et le 24Li en second échelon derrière le sous-secteur Nord, tenu par le 2Cy. Il confie le commandement du sous-secteur Nord, au général major Dedroog, CI/1DI (commandant l’infanterie de la 1ère division d’infanterie).

A 12h.25, comme la menace ennemie se rapproche, le commandant du Corps de cavalerie donne l’ordre de faire sauter tous les ponts de la Gette. » A suivre…

La Petite Gazette du 1er juillet 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons la précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r.:

« 12 mai 1940. Après-midi du dimanche de Pentecôte.

A partir de 14h.00, le IVe Armée Korps (IVAK) allemand entre en contact avec le front de la position de la Gette. Ce sont les avant-gardes des 31e, 7e et 18e infanterie division (3, 7 et 18 ID) qui tâtent, successivement, le dispositif au pont de Rummen, à Budingen, Neerlinter, Drieslinter et Grimde.

A 15h.00, le commandant du Corps de cavalerie attire l’attention de la 2e division de cavalerie (2DC) sur la vulnérabilité de son flanc droit et met à sa disposition, à Roosbeek, l’escadron blindé du 2e Lanciers (EscAB/2L), coupé de son régiment.

Le 1er guides (1G), qui était en réserve à Cappellen, lui est envoyé en renfort à Kerkom.

A 17h.00, il est signalé que les Français du corps de cavalerie du général Prioux se battent à Hannut.

A la même heure, l’escadron Motos du 4e lanciers, au contact avec l’ennemi sur la voie de chemin de fer, est forcé au repli.

A 18h.00, le commandant de la 2e division de cavalerie (2DC) insiste pour que les sept groupes d’artillerie, mis à sa disposition, soient rapidement déployés : il s’agit des Ier et IIe groupes du 18A, des Ier et IIe groupes du 19A et des trois groupes du 1A, qui fournirent, ultérieurement, un appui de feu précis et appréciable.

A 18h.00 également, selon les ordres reçus, le 2e Chasseurs à cheval (2hCh), réduit à deux demi-groupes, arrive à Oirbeek et est mis aux ordres de la brigade de Cavaliers portés (BCP) du colonel Serlez. Il est affecté au flanc droit de la position de la Gette, en liaison avec le 12e Cuirassiers français, mais ces derniers se replièrent vers 19h.00, en arrière de Gossoncourt, ne laissant dans l’agglomération que quelques chars, qui se replièrent également à 23h.00.

A 18h.30, le 1er Lanciers (1L), qui était aux ordres du IIIe Corps d’Armée (IIICA) et se trouve à Sommeville, est mis également aux ordres de la 2DC (2e division de cavalerie), qui lui ordonne de se rendre à Becquevoort où il doit être mis en réserve de la division, mais il ne rejoindra que le lendemain matin.

A 19h.30, les allemands attaquent en vain le pont du chemin de fer de Drieslinter, à la limite entre les secteurs du 2Cy et du 3L.

Vers 20h.00, le commandant du 2e cyclistes (2Cy) fait savoir qu’il désirerait voir disparaître le 24e de ligne (24L) de ses positions car ses militaires rappelés, de classes anciennes, causent des désordres par leur indiscipline. Le commandant de la 2e division de cavalerie envisage de les remplacer par le 1er guides (1G).

Vers 20h. 00, le flanc gauche étant menacé, l’escadron blindé du 2L (EscAB/2L), renforcé par l’escadron cycliste de la 1DI, est envoyé sur le front Zelk-Diest, pour rétablir la situation.

Entre 18h.00 et 20h.00, le 2e guides, inclus dans le groupement du général Ninitte, arrive au canal Albert dans le secteur abandonné par la 6e division d’infanterie. Après avoir débarqué de leurs camions, les cavaliers portés commencent leur installation dans la région de Tessenderloo et Kleine Vorst. Les débris des escadrons cyclistes des 6 et 9DI sont imbriqués dans le dispositif, mais le 1er Cyclistes (1Cy) n’a pas rejoint.

A 21h.00, sur ordre du GQG, la 14e division d’infanterie, qui occupait la bretelle de Lummen, reçoit l’ordre de repli derrière le canal de Willebroeck.

A 22h.00, le 1er Chasseurs à cheval (1ChCh), installé à Waenrode, après avoir couvert le repli de la bretelle de Cortessem, reçoit l’ordre d’occuper le Demer, face au Nord et à l’est, entre Aerschot et Haelen. Il reçoit, en renfort, l’escadron AB du 2e lanciers (EscAB/2L) et l’escadron cycliste de la 1DI.

Aux environs de 22h.30, le général Ninitte, installé à Tessenderloo avec le 2e Guides (2G), où il a été rejoint par le 1er Carabiniers, reçoit l’ordre d’occuper, le lendemain matin, la position, de Winterbeek, sur laquelle le 1er cyclistes (1Cy) doit se porter immédiatement.

Durant la nuit, les artilleries sont fort actives, de part et d’autre, mais les allemands ne tentent pas de percée et regroupent leurs moyens. » A suivre…

A PROPOS DE LA BATAILLE DE LA GETTE

Concernant la bataille de la Gette, Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, explique :

«  Le 11 mai 1940 mon père le Lt. Charles Huwart (4 L.) a été blessé, une bombe
de Stuka est tombée juste derrière le mur du PC de son escadron et l’a soufflé.  C’est l’ordonnance de mon père, Odon ??? qui s’est précipité le premier pour le dégager des gravats. em_4_l_tirlemont

Photo des cadres du 4ème Lanciers lors de sa constitution à Tirlemont en 1939.A gauche de l’étendard : Le colonel Joris, Chef de Corps.Mon père est juste à gauche de la plaque « dégustez etc » et à droite du civil en arrière-plan.

Il était paralysé. Je ne crois pas qu’il ait reçu un éclat comme l’a raconté M.David dans le livre « Raconte-moi ».  On l’a transporté au QG du régiment (couvent) où les sœurs l’ont plâtré après l’avoir arqué entre deux tables du réfectoire. Il a ensuite été évacué à Berck-plage.  A la capitulation de la poche de Dunkerque, il est tombé aux mains des Allemands, qui, vu son état, l’ont catalogué comme paralysé définitif. Cela lui a évité la captivité, et un train sanitaire l’a  ramené à Bruxelles (Hopital Brugman) où ma mère a pu le récupérer. Je n’ai pas encore pu déterminer combien de mois il est resté paralysé, mais il entré dans l’A.S. dès 1941. »

La Petite Gazette du 8 juillet 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons la précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r.:

« Mardi 13 mai 1940.

A 00h.00, le Corps de cavalerie (CC), dont le Q est toujours à Lubbeck, informe la 2e division de cavalerie (2DC) : « La 1DI, moins le 1A et le 3Li, qui restent à votre disposition, se repliera de nuit au nord de Louvain. » Le 2e Cyclistes sera donc débarrassé du 24e de Ligne, indiscipliné.

Le groupement du général major Ninitte, CC/2DC, occupe la bretelle de Winterbeek avec le 2e Guides (2G) et le 1er cyclistes (1Cy), en liaison au Sud avec le 1er Chasseurs à cheval (1ChCh), qui  flanc-garde  la 2e division de cavalerie (2DC) sur le Demer, avec l’escadron blindé du 2e Lanciers (2L) en renfort.

La position de la Gette est occupée par la 2e division de cavalerie (2DC) dont le PC se trouve toujours à Kerbeek-Miskom.

Suite au départ de la 1DI du général De Droog, la 2DC prend le dispositif suivant sur la position de la Gette :

Sous-secteur nord (SSN) aux ordres du colonel BEM Morel de Westgaver, commandant le 1er guides (1G).

  • 2e cyclistes (2Cy) en premier échelon
  • 1er guides (1G) en second échelon
  • Flanc-garde du flanc Nord, jusqu’à Aerschot, par le 1er Chasseurs à cheval (1ChCh), l’escadron cycliste de la 1DI (EscCy1DI), le groupe cycliste de la 14DI (GpCy14DI) et l’escadron blindé du 2e Lanciers (EscAB2L)

Sous-secteur Sud (SSS) aux ordres du colonel BEM Serlez, commandant la brigade de Cavaliers portés (BCP)

  • 4e Lanciers (4L) et 3e Lanciers (3L) en premier échelon
  • 3e de ligne (3Li) en second échelon
  • 2e chasseurs à cheval (2ChCh) en flanc-garde du flanc Sud

Le 1er Lanciers (1L) est en réserve de la 2DC à Becquevoort, où il arrive vers 08h.00.

Des éléments du IIe groupe du 2e Lanciers (II/2L) sont installés en « bouchon » à Roosbeek, aux ordres de la 2DC.

A 07h.30, les Allemands attaquent en direction de Haelen, mais ne parviennent pas à percer.

Vers 10h.45, les Français abandonnent le hameau de Meer, découvrant ainsi le flanc droit de la 2DC. Le Corps de cavalerie fait appel aux Britanniques, mais reçoit une réponse négative. C’est finalement le IVe Corps d’Armée qui enverra l’escadron cycliste et la compagnie anti-chars T13 de la 10e division d’infanterie (10DI) en renfort.

003

Vers 14h.00, le général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie (CC), envoie l’ordre d’avertissement suivant :

« Les troupes du Corps de cavalerie résisteront sur leurs positions jusqu’à la tombée du jour, moment où commencera le repli ; garder soigneusement les débouchés de Haelen et de Diest.

La 2DC se repliera sur Thildonck et Wijgmael, et plus à l’ouest ; le 3Li rejoindra sa division vers Pont-Brûlé. »  

Peu après 15h.00, Haelen est attaquée en force, mais le 2Cy et le 1G tiennent bon. L’artillerie intervient énergiquement.

Vers 18h.30, les Français abandonnent Hoegaerde, sur le flanc droit, qui doit être regarni par les renforts de la 10DI.

Vers 20h.00, les positions d’artillerie su sous-secteur Nord sont bombardées par la Luftwaffe et l’ennemi tente à nouveau une percée sur Haelen, mais échoue. Les allemands devenant menaçants en direction de Diest, le 1er Cyclistes (1Cy) prépare une contre-attaque. C’est dans ce contexte que le GQG, avisé du retrait des Français, envoie, vers 20h.00, l’ordre de repli.

Le général De Neve transmet cet ordre, peu après, aux délégués d’unités, convoqués à son PC : les ordres verbaux sont accompagnés d’un calque donnant les itinéraires.

Timing du repli : 21h.30 : formation logistiques et médicales

23h.30 : artillerie et troupes combattantes

02h.30 : arrière-garde

Des arrière-gardes fixes, appuyées par de l’artillerie, seront postées aux points cruciaux, à Diest, Haelen, Geet-Betz, Drieslinter et Tirlemont, et seront relevées par des arrière-gardes mobiles à base de motocyclistes et de blindés, qui décrocheront à 03h.00. Le 3Li sera transporté par camions.

Quatre itinéraires sont prévus, un au nord et trois au sud par la route de Louvain ; mais, après reconnaissance effectuée par un officier du Corps de cavalerie, ils se réduisent à deux, les Britanniques ayant fait sauter prématurément les ponts de Wygmael et Rotselaer.

Durant la soirée, la pression ennemie, accompagnée de nombreuses infiltrations, s’accentuera en direction de Haelen, Drieslinter et Tirlemont.

Le 3e de ligne (3Li), après une courte étape à pied jusqu’à Winghe-Saint-Georges, sera véhiculé par le Corps de transport sur Cappelle au bois » A suivre…

La Petite Gazette du 15 juillet 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous découvrirons aujourd’hui la suite et la fin de cette précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r., qui aime à rappeler que « cette série d’articles, écrits à partir des journaux de campagne des diverses unités, a été motivée par un devoir de mémoire » :

« Mardi 14 mai 1940 – le repli du Corps de cavalerie

Selon les ordres du général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie (CC), diffusés la veille à 13h.30, le repli de la position de la Gette s’effectue à la faveur de la nuit.

Le QG du Corps de cavalerie quitte Lubbeck vers 01h.00.

A 01h.00, les arrière-gardes fixes sont relevées par les arrière-gardes mobiles et se replient avec leur artillerie d’appui.

Les arrière-gardes motorisées se replièrent à 03h.00. La nuit est d’encre et la colonne s’ébranle lentement, tous feux éteints, avec les véhicules distants de seulement un mètre et qui s’emboutissent à de multiples reprises.

Le major de Maere d’Aertrijk, aide de camp du prince Charles, qui s’exprime correctement en anglais, est envoyé en mission au QG des Britanniques à Louvain, pour les mettre au courant du repli des Belges à travers leurs lignes. Mais les incidents se multiplient avec l’artillerie anglaise qui ouvre le feu, un escadron du 2e Lanciers est accueilli à coups de mitrailleuses…

Une colonne d’artillerie du Corps de cavalerie traverse un champ de mines britanniques non balisé ; deux caissons explosent : sept tués !

Des quatre itinéraires prévus, deux sont inutilisables, car la majorité des ponts sur le canal Louvain-Malines ont été détruits prématurément : en effet, les ponts de Wilsele, Wygmael et Tildonck ont déjà sauté ; seul le pont « over de Vaartg » est encore intact.

Sur la route Louvain-Malines, les embouteillages sont évités grâce à la vigilance des officiers de liaison… et de l’aumônier ! L’aviation allemande est agressive, dès le lever du jour, et l’aviation alliée, pourtant sollicitée, ne se montre pas.

Vers 10h.00, le QG du Corps de cavalerie s’installe au château d’Eppeghem. Le Corps de cavalerie reçoit l’ordre de se regrouper dans la région d’Eppeghem et de la Senne, pour servir de réserve d’armée. Les 1A et 3Li rejoignent la 1DI à Cappelle au Bois.

Vers 11h.00, le général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie, est convoqué chez Sa Majesté le Roi, qui le félicite pour la belle tenue des troupes, qui seront citées à l’Ordre du Jour de l’Armée :

« Chargé de défendre, les 13 et 14 mai 1940, la position de recueil et d’arrière-garde cde la Gette, a exécuté sa mission avec un courage et une ténacité dignes d’être cités en exemple, opposant une résistance farouche aux attaques en front et en flanc d’un adversaire orgueilleux de ses succès antérieurs. Ne s’est replié, avec calme et méthode, qu’après en avoir reçu l’ordre formel, sa mission étant intégralement accomplie. »

Cette citation sera inscrite en lettres d’or sur les étendards, drapeaux et fanions des 1er, 2e, 3e et 4e Lanciers, 1er Guides, 1er et 2e Chasseurs à cheval, 1er et 2e cyclistes, 18e et 19e d’Artillerie à cheval, 1er d’Artillerie, 3e de Ligne et autres services ayant participé au combat.

Les Cavaliers et Artilleurs ont un étendard, l’Infanterie, un drapeau et les carabiniers cyclistes un fanion. »

Un immense merci au Commandant de Cavalerie e.r.  Guy Stassin pour nous avoir fait bénéficier des fruits de sa patiente recherche.

LI FORTCHON

La Petite Gazette du 7 janvier 2009

A VOTRE WALLON… LI FORTCHON

Monsieur P. Natalis, d’Esneux, est à la recherche de la signification précision d’un mot wallon qu’il ne trouve pas dans les dictionnaires :

« Il s’agit du terme « fortchon », il se pourrait qu’il désigne un outil utilisé par les Ardennais qui fabriquaient du charbon de bois ; mais rien n’est moins sûr.

Ce mot est associé à un ancien lieu-dit près de Quarreux, au confluent de l’Amblève et de la Chefna.

Merci d’avance à qui pourrait m’éclairer sur le sens de ce mot wallon. »

Monsieur Simon Stasse, d’Aywaille, spécialiste s’il en est de notre langue wallonne puisqu’on lui doit un très précieux dictionnaire prolongeant et actualisant celui de Jean Haust, est, quant à lui, à la recherche des mots wallons utilisés pour désigner les ex-voto. La dévotion populaire ayant connu le succès que l’on sait et le recours aux diverses formes de remerciements pour les grâces obtenues lui font penser que des termes propres au wallon ont dû être utilisés en parallèle au vocable latin. Pourrez-vous le mettre sur la voie ?

Merci de faire progresser ces recherches si vous le pouvez.

La Petite Gazette du 28 janvier 2009

VOUS NOUS AVEZ PARLÉ DU FORTCHON…

Monsieur André Thiry, de Ben-Ahin,  a mené une recherche :

« Je me suis fait un plaisir de rechercher le mot : fortchon et pense répondre à votre appel.

Ce mot utilisé par Jean Haust aurait un lien avec « fortifier » une forteresse, un fortin ; il écrit fôrtificâcion, fortchon (renforcer les murs d’un fort, d’un fortin) fé on fortchon.

Quant à l’outil utilisé par nos amis ardennais, il pourrait aussi signifier  li fotche di drî soit la fourche de l’arrière-train d’un chariot (Jean Haust) page 223 – fig.791 du dictionnaire « français-wallon » de l’auteur…donc, également : li fortchon. »

Monsieur Edouard Triolet, de Lierneux, nous communique, fort gentiment, ce qu’il sait à ce sujet :

« Fortchon découlerait du français « fourche – fourchon ». D’après les dialectes de certaines régions, il signifierait :

  • embranchement de deux rivières, d’un arbre…
  • support dressé servant à placer la carabine pour la stabilité du tir ;
  • fourche de l’arrière-train d’un chariot « fotche di drî » dit li fortchon dans la région de Vielsalm – Bovigny – Bihain »

Monsieur José Joris, de Manhay, nous communique que « Il existe à Dochamps un lieu-dit « å fortchon dès ris ». a cet endroit deux rus de vallées distinctes se rassemblent en formant une fourche (confluent). Je pense que fortchon dérivait de « fourche » comme vôtchon signifie « amas embrouillé », peut-être que fortchon serait une fourche embrouillée. Ce n’est évidemment qu’une hypothèse. »

La Petite Gazette du 18 février 2009

A PROPOS DU FORTCHON…

Quelques spécialistes de notre toponymie régionale se sont manifestés à propos du toponyme « fortchon ». Je remercie vivement MM. Etienne Compère, de Sougné-Remouchamps,  et René Gabriel, de Roanne-Coo, qui ont fouillé leurs notes et leur documentation. Ils se sont notamment plongés dans l’incontournable « Histoire de la seigneurie d’Aywaille » du Dr Thiry pour nous donner ces quelques éclaircissements :

« Ruisseau de Chefna ou Ruisseau des faignes, appelé aussi de Ruisseau de Chefna en Quareux. Anciennement ru de Forchon (liasse Aisances de la Porallée) Il est fautif, comme le fait la carte d’EM, de l’appeler ru de la Chefna. Vox populi : li ru dè tchèm’nâ. M. Herbillon fait remarquer que ce terme dérive vraisemblablement du verbe « tchèm’ner » = tisonner. Chefna est proprement le nom du hameau dit aussi Ville-au-Bois » Thiry, op. cit. Tome IV, page 358

Monsieur Compère puise ce qui suit dans L. Remacle, Toponymie de Stoumont, B.C.R.T.D, XLVII, 1973 aux pages 147 et 148 :

« ru de Forchon, nom ancien du ru dè tchèm’nâ (v. pansîre) ; 1572 riewe de Forchon, 1577 rive de Forchon (…), 1624 aux environs du ruy que l’on appel le ruy du fond de forcoù (sic) entre le bois de froidcourt et la poralée (…) 1664 le ruy de fourchon ; 1741 le preit Magonette – joind. – au ruy de fourchon qui fait la separation du Pays de stavelot avec celuy de Luxembourg. Ce ruisseau était utilisé par le « fourneau de froidcourt », créé en 1516, qui est resté en activité jusqu’à la fin du 16e s. (cf. Georges Hansotte, Folkl. Malm. 32 117-8)

Litt. ‘ruisseau du fourchon’ : mais le sens exact de ce dernier mot échappe. »

Merci pour ces recherches qui laissent, néanmoins, pendante la question de la traduction du mot « Fortchon »…

La Petite Gazette du 15 avril 2009

ENCORE LE FORTCHON…

Monsieur Serge Fontaine, de Stavelot, nous livre quelques considérations au sujet de Fortchon et de tchèm’nâ.

« Je suis, m’écrit mon correspondant, tout à fait d’accord avec les remarques des lecteurs qui se sont manifestés. Bien qu’on ne puisse nier la parenté de fortchon, fortchou avec le français « fourche » et que ce nom fut un jour donné au ru de tchèm’nâ, il est difficle de qualifier ce ruisseau de plus fourchu qu’un autre. Ne pourrait-on trouver l’origine de ce nom dans une quelconque fourche de chemin à cet endroit ou plutôt d’une fourche (une sorte de grand brandon) plantée à l’endroit où un très ancien et très important chemin de Stoumont à Vertbuisson, et leurs au-delà, traversait le ru, ceci pour signaler aux étrangers qu’ils entraient au pays abbatial de Stavelot ?

Quant à tchèm’nâ, je pense à une autre explication que « charbonner ». Chefna alias Ville au Bois est bâtie au bord d’un chemin très ancien et le nom pourrait être le reliquat du nom celte de l’endroit. A mon avis, « tchè » veut dire «habitation et «m’nâ » est tout ce qui resterait de marécages. En résumé, l’habitation dans le marais.

D’autres lieux dans notre région font rêver. Chevron, c’est « tchèvron » composé de « tchè » et « vrone », soit la petite maison sur la colline. Chevronheid ou « tchèvroûhé », composé de « tchè », «vrone » et «  », soit la petite maison sur la colline avec «  » ajouté postérieurement. Et d’autres encore à découvrir… Pour terminer, disons un petit mot de Targon, blotti contre une butte naturelle caractéristique, un ancien verrou de l’Amblève. On sait que ce genre de butte était appelé « targoune » par les Celtes avec le sens de petite colline. Et il existe, en pleine fagne de Hockai, une haute butte rocheuse nommée ‘Rocher de Targon’. » Un immense merci pour ces réflexions passionnantes.

Mademoiselle de ces gens-là de PAUL DE RE

LU AVEC GRAND PLAISIR POUR VOUS LE NOUVEAU ROMAN DE  PAUL DE RE

MADEMOISELLE DE CES GENS-LA

Paul De Ré, pourtant entré il y a peu en littérature, est incontestablement une plume dont la renommée dépasse déjà largement le public des lecteurs des romans de notre terroir. « Mademoiselle de ces gens-là » marquera incontestablement une étape dans l’évolution de la trace littéraire qu’imprime profondément Paul De Ré. D’abord, sans rien renier de ce qui fait sa patte régionaliste fleurant bon le terroir d’Ourthe-Amblève, l’auteur nous mène dans un Liège qui ravira les nostalgiques de la Belle Epoque. Bien sûr, même si le village, Mazine en Condroz, où vit Mademoiselle est tout à fait imaginaire, vous serez nombreux à penser l’avoir reconnu, le talent d’évocation de Paul De Ré n’y est évidemment pas étranger. Son écriture précise, sa recherche du mot juste et précis, ses phrases tout empreintes de savoureuses expressions chères à la langue de chez nous nous plongent directement dans une réelle intimité avec les protagonistes de son histoire. Je ne vous en dévoilerai pas grand-chose de peur d’en déflorer l’essentiel, c’est d’ailleurs la démarche suivie par l’auteur dans les diverses présentations qu’il fit à Sprimont, à Esneux… même que les extraits lus à ces occasions auraient pu donner une idée erronée, au du moins fort éloignée, du contenu que le lecteur découvre avec un appétit grandissant au fil des pages.

Sachez simplement que vous serez immergés dans une étonnante confrontation entre des mondes aussi différents que celui de la grande bourgeoisie provinciale, bien pensante et catholique rigide, et celui des gens du voyage, « ces gens-là » et leur vie guidée par une envie de liberté se moquant des usages… Vous l’imaginez le choc est brutal et, avec beaucoup de subtilité, l’auteur vous indiquera lequel de ces mondes lui inspire le plus de respect.

Ce roman, au-delà de l’intrigue qui vous tiendra en haleine, vous invite également à réfléchir, à analyser et à comprendre, certes des mentalités d’hier mais, à bien y regarder, pas seulement… Comme moi, je suis certain que vous adorerez ce roman. (Editions Murmure des soirs, Esneux, 394 pages – 20€)

LA PETITE GAZETTE FAIT LA PART BELLE A NOS BEAUX DIALECTES

La Petite Gazette du 28 janvier 2009

UN GRAND SUCCÈS DE L’ÉPOQUE…

Monsieur André Dethier, de Méan, m’a fait parvenir, afin que vous puissiez en prendre connaissance, la partition de cette chanson qui connut un vif succès au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Je la reproduis dans le wallon approximatif dans lequel je la découvre… :

Dièrin’nmin les Anglais

Volîs fer n’surprise âs français

Li 6 djun â matin

I débarquis st’è Cotentin

Portant les al’mands, d’hi co l’djou di dvant

Qui fâreut poleur, passer houtedè meûr

Mins l’meûr di l’Atlantique

N’esteut qu’on meûr d’ine dimeye brique

 

Si fout st’on bê boucan

Quand les alliés prindis Caen

Puis n’ine maneûve a r’boûr

Prindez l’veye et l’pôrt di cherbourg

Min vola Romel, tot vért qui s’mâvel

Tot d’hant Saint-Maty, i m’el vont payis

Mâlèreus’mint por lu

I vola l’geûye dju d’on talus

 

Li gros sofflé Goering

Pé qu’on boxeu qui monte sol ring

Bréya : Dj’ârès leu song

Pasqui dj’va lacher mes V onck

Kimandez l’pondeu, po ponde les V deux

Li V treus sûrèt, puis l’V quate après

Des v dj’ènn’a st’assez

Dji va minme â double V C

 

Goebels po l’propagande

Féve des communiqués so k’mande

I d’héve qui s’n’esteut rin

Quand l’z’al’mands pièrdi dès tèrains

Si n’batant st’en r’traite, si n’est nin n’défaite

On est minme d’acwérd qui c’est ine victwére

Nos sûvans nosse tactique

Puisqui nosse front est’élastique

 

Min v’là Léon Degrelle

Qui féve… on mèting à Bruxelles

Qui brai cop é qu’on sot

Li chef di Rex c’est mi qu’el sot

Allez neûrs moussis, vi fer ahessi

Et v’batte conte les Russes, c’est po li rwè d’Prusse

Abèye saint nom di patte

Rat’néme autremin dji m’va batte

 

So s’trèvin la Hitler

Mâqua  dè voler l’panse à l’air

Ine clique di djénérâls

Aveut mètou n’bombe è s’locâl

Si fou st’on mic-mac tot avâ l’wehrmacht

Tot l’état majôr … aveut pièdou l’nôrd

Hitler n’aveut mordjène

Pièrdou qu’on bwès foû di s’fahène

 

Et l’gros Mussolini

Si dèri s’côp chal : c’est fini

D’javeus portant li r’gard

Et tote li prestance d’on César

Min nosse pitit rwè, m’a r’sètchi mi emplwê

I m’fârêt st’ovrer, qu’est-ce qui dji va fer ?

Dj’ir^s trover l’Négus

Qu’a mutwè mézâhe d’on gugusse.

                                       Isi Tchantchet

 La Petite Gazette du 18 mars 2009

LA PETITE GAZETTE FAIT LA PART BELLE A NOS BEAUX DIALECTES

Ils sont innombrables les textes wallons qui vous ont été présentés dans ces colonnes au cours de cette décennie. Vous les avez découverts en prose ou en vers ; textes anciens ou textes contemporains d’auteurs très connus ou plus discrets, ils auront fait votre bonheur. Pour célébrer notre belle langue wallonne, quoi de mieux qu’un texte écrit par quelqu’un de chez nous, trop tôt disparu, le Manhaydois Marcel David qui le rédigea en mars 1999.

Ine måle idèye

D’lé Houbêrt èt Marèye

C’èst tot lès djôus parèye

On-z-î djouwe å cwåedjêus,

N’a mînme dès fråwtiignêus.

 

Mins on-zî foume tîmpèsse,

Nouk ni s’fêt dès mas d’tiesse,

Li plafond èst tot nêur

Mins persone è nn’a d’kêur.

 

On bê djôu, li wèzène

Qu’înméve di fér n’copène,

I va, ‘n’après l’dîner

Po-z-aller qlawziner.

 

Èle dèrit-st-a Marèye :

« hoûte on pô mi p’tite fèye

I m’sônle qui s’sèreut bon,

Qui ti mète so t’plafond

 

Ine miyète di pîntêure

I n’fåt nin lî mèskêure

I nn’a vrèmint dandjî,

Dji vous cob in t’èdî. »

 

Marèye qui n’î tint wère :

« ci n’èst nin nécèssère,

Adon puis, çou qui n’a

L’plafond èst dja trop bas ! »

La Petite Gazette du 24 juin 2009

ENCORE A LA RECHERCHE D’UNE ANCIENNE CHANSON

Madame Jeanne Hesbois, d’Emptinne, vous avait placé sur la piste d’une ancienne chanson wallonne dont elle espérait, avec votre concours, retrouver les paroles. Monsieur André Leroy, de Ciney, s’est fort gentiment manifesté tout en réclamant votre indulgence car il ne peut garantir l’authenticité de ces paroles, que lui chanta jadis un de ses vieux amis.

On dit qu’dj’a l’boubou

  1. D’on malade d’j’n’ai nin portant l’visadge

D’jai todi fwaim, dji dwame comme on soquia 

Mais su l’bèsogne, d’j’n’ai jamais pon d’coradge

Dins mes winmes, gn’a ben, sûr do djus d’navia

A tos les saints dj’ai stï fé des nouvinmes

D’j’ai sayi totes les drogues des pharmaciens

Gna rin qu’y fé, quand c’n’est nin Djean c’es Djenne

Dj’saye co on r’méd’qui n’m’appoite pon d’candgmint

C’est todi vaici dins m’vinte qui ça m’prind

Dji n’saureuf jamais v’z’espliquer çu qu’djè r’sint.

 

 R.  On dit qu’dj’a l’boubou,(bis)

On dit qu’dj’a l’boutroule trop strwète

Dji su disbatchi, trop strwète mes amis

D’au moins trwès gros centimètres

Quand dj’esteu gamin, dj’ai stï trop sovint

Au bain sins mette mes nagettes

C’est po ça qu’dj’ai l’bou, èl’didout d’èl bou

C’est po ça qu’dj’ai l’boutroule trop strwète

Dissus l’dibout, bout.

 

  1. Gn’aurait ben rate dije ans qui dji fréquente

D’j’ai quat’ garçons, c’est m’pôrtrait tot ratchi

Avou Marie, l’dérenne feye do grand Zante

Qui vint d’èl babawe dissus les martchïs

Em commére elle mi soye les oreilles

Elle a l’timp lon,g, elle vaureu ben s’marier

Dimègne passé, comme dj’esteu co dé leye

Dj’ai dit Marie poquwè vo z’ennonder ?

Vo d’vé ben comprind’li raison

Qui po m’santé li mariadge n’est nin bon

 R.  On di… On dit…

Si ça gangneu l’cœur, witez qué malheur

Dji d’vreu n’n’aller à crossettes

Vo duvrï m’sogni, tofer sins lachi

Waitez l’mariadge qué n’planette

Pasqui dj’ai l’… Pasqui dj’ai l’…

Dissus l’dibout, bout.

 

  1. l’samwinne passée dj’ai stî vèye à bruxelles

On grand méd’cin, parait qu’i sogne li rwè

I m’a d’mandé, avo des bonnès selles

E su totes les costeurs i m’a r’tournè

Après çoula, radjustant ses bèliques

I m’dit « mi fi si vo vlè esse chapè

L’samwinne qui vint faurait v’nu è m’clinique

Absolumint vo d’vè yesse opèrè

I l’duvrait tirè li fwè, li stoumac,

Les ouchats enfin tos les boyas

 R. Ma is dji s’rai chançart, dji gangn’rai des liards

Su les dicausses è les fwères

Dji mosturrai m’cas pasqui sins ouchats

Mes pias pindront jusqu’à l’terre

Marie su l’tremplin

F’rait intrer les dgins

Dins nosse barraque quénne affaire

E po dix gros sous, vinré veuye tertous

L’homme qui a l’boutroule trop strwète

Dissu l’dibout, bout.

La Petite Gazette du 18 novembre 2009

VOUS AVEZ TROUVE « LI BOTROULE »

Monsieur M. Verboket, de Bovigny, a répondu à l’attente de M. Maquinay et nous apporte les paroles de cette chansonnette comique dont les paroles sont d’Auguste Boon et qui faisiat partie des chansons du Cabaret Wallon et du Trocadéro.

Mon correspondant, bientôt septuagénaire, chante depuis 63 ans. Il se souvient qu’il est monté pour la première fois sur scène lorsqu’il avait 7 ans, à l’occasion d’un crochet dans la salle Faber à Beho. Cette première expérience a été couronnée de succès puisque, d’abord parce qu’il était le plus jeune des candidat, ensuite parce qu’il y remporta le premier prix en chantant « La trompette en bois » Depuis, il n’a plus quitté les planches, il chante toujours, il joue au théâtre wallon dans deux troupes, celle de Ville-du-Bois et celle d’Hebronval, et joue également de l’accordéon ; bref un vrai artiste…

Au nom de M. Maquinay, je le remercie chaleureusement de nous permettre de découvrir ce texte.

On a d’ja tant fait  dès couplets

Romances ou tchansonètes

So l’vin, li  bîre, li vix pèkèt

Les båhes èt lès clignètes

On a tchanté so tos les tons

Ci qui s’nèy’ ou qui s’broûle

Et mi d’ji v’vat dire ine chanson

Po v’djaser di m’botroûle (3 fois)

 

Li ci qui vint d’èsse décoré

Rote avou l’tièsse lèvèye

Et l’d’jon-nai qui c’mince a hanté

Est fir di s’binamèye

C-chal èst fir d’èsse pârin

La qui l’a st’ine fioûle

Ine aute lu c’est di s’bè d’jardin

Mi j’so fir di m’botroûle (3 fois)

 

Es l’hivièr a câse dès crouwins

Vochal des maladèyes

On atrape mâ s’tièsse mâ sès dins

Ou minme ine porisèye

Cichal c’èst-ine bronchite qu’il a

Ine aute c’est les raivioules

Mi dji na mây’ rin d’tot çoula

Min d’ja dè mâ m’botroûle

 

En’na qui s’fêt les ch’vêts tot neûrs

Et l’moustache pol’rawète

Po bin des feumes c’est-on boneûr

Di s’chervi dèl pouslète

Elles si placardè d’rodje tél’min

Qui v’dirîs dès cognolles

En’na qui mètèt dès fâsès dints

Et mi d’ja n’vrèy’ botroûle

 

So l’tére, on veut tote sorts di djins

Des naw’s dès plein d’corèdje

Des grands, des p’tits, des èmètrins

Des bès, des laids visèdjes

En’na qu’on st’ine tiesse comme tchanchèt

Ou n’dève d’èfant qui tchoûle

Mi dji n’so nin fwer bè valet

Min d’ja st’ine bèle botroûle.

La Petite Gazette du 2 décembre 2009

ADIÈ COÛTÈS COTES !

Au travers des textes des chansons populaires d’antan, bien des faits de société resurgissent… C’est ainsi que cette chanson des années 1920 regrette l’allongement des robes ! Cette chanson, dont l’auteur original est inconnu et qui peut se chanter sur l’air du « Temps des cerises », était entonnée souvent par la maman de Joseph Dubois, d’Anthines. Mon correspondant me précise que sa maman était née en 1908. Il m’indique, en outre, que c’est son cousin, Léon Bukens, qui l’a traduite « è nosse lingadje » en septembre 2003.

Adiè coûtès cotes, vûzion amiståve.

Vos mostrîz si bin on plêhant bokèt, qui nos féve esclåves

Li noûve môde, sins coûr, nos-a fêt l’surprîse

d’ralongui lès rôbes, nos lèyans boubiès.

C’èst pokwè m’visèdje, divant cisse trêtrîse,

ralongui ossi, dji n’a pus d’agrè.

 

Èsteût-èle panê ? Èsteût-èle tchimîhe ?

C’è-st-a cåse di lêy, qui pus d’on djône tapa la sès brîhes.

Ci cwåré di stofe, c’èsteût dèl frankîse,

C’èst bin gråce a lu, qu’lès galants sèpî

Qui måy i n’årît, ine mètchante surprîse,

Tot çou qu’i mostréve, poléve-t-èsse préhî.

 

No polîs vèyî, sins corin ou risses,

Tot lès p’tits dèfôts, èt lès grands mèhins, sins pus nole mèprîse

Cwand-on djône galant vèyève si promîse

Drèssèye so dès hèsses come cèkes di tonê.

I d’héve grand mèrci a cisse môde complice

Qu’èl såvéve si bin dèl cwède è hatrê.

 

Gråce a sès longueûrs, li rôbe vièrmoleûse,

Nos catche lès måcules, nos fêt veûy bablou, c’è-st-ine toûrciveûse,

On fènè critchon v’s-avise andoûleûse,

Ca d’sos s’cotrilion, èlle a-st-on fås-cou.

Vos n’mådjinez nin, qu’on v’fêt prinde ine leûse,

Èt qu’dè long d’vosse vèye, vos sèrez nånou.

 

Bal’tez tchamarètes, tot-a vosse manîre.

Lès-omes dihèssîs, d’vos p’tits cotrilions, qu’avîz po banîres.

Mins vos distchant’rez, dji v’s-èl pou bin dîre,

Cwand tot lès moncheûs, leû r’vindje riprindront,

Avou l’vint capon, corant lès gonhîres,

Lîvront longuès cotes, sins nole pèrmission.

Et mon correspondant de joindre à son texte, fort utilement d’ailleurs, quelques explications linguistiques : amiståve : aimable ; boubiès : benêt ; agrès : énergie ; préhî : apprécié ; bal’ter : blaguer ; taper sès brîhes : faire des folies de jeunesse ; critchon : grillon ; nånou : son esclave ; vièrmoleûse : sournoise ; andoûleûse : enjôleuse ; leûse : œuf sans coquille ;  tchamarète : fille coquette ; corant lès gonhîres : courant par monts et par vaux.

ATTERRISSAGE FORCE D’UN THUNDERBOLT P-47D A OUFFET

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

A OUFFET DURANT LE DERNIER CONFLIT MONDIAL

Le sympathique lecteur qui m’a confié cette photographie m’explique qu’il est natif d’Ouffet, où il vit le jour en 1936.

« Je ne sais plus si cette photo a été prise en 1943 ou en 1944, je crois que c’était en hiver (d’ailleurs les arbres sont dépourvus de feuilles, cependant il ne doit pas faire très froid vu la tenue des personnes photographiées). Un chasseur américain s’était abîmé dans un petit bois face à la ferme Baudoin d’Ouffet. J’étais gamin à l’époque et ravi d’aller, avec les amis, la famille et les voisins, voir la carcasse de cet appareil. Nous sommes montés dessus et nous avons été photographiés tous ensemble. Quel souvenir… »

002

Reconnaîtrez-vous quelqu’un sur ce cliché ? Vous souvenez-vous de cet atterrissage forcé de cet appareil ? Pourrez-vous nous en préciser les circonstances ? En avez-vous d’autres photos ? Bref, tout ce que vous pourrez nous apprendre en marge de ce document nous intéresse.

La Petite Gazette du 12 octobre 2011

CET AVION A OUFFET

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, est allé voir les décombres de cet avion dont je vous avais proposé cette photo. Il se souvient de ce qu’il y a vu :

« A l’époque de l’incident, j’étais un réfugié liégeois vivant chez ses grands-parents paternels à Ouffet et ai encore relativement bien en mémoire cet incident que l’on peut, certes, qualifier de fort marquant. Toutefois, considérant que tout cela s‘est passé, il y a  maintenant plus de soixante ans, certaines petites imprécisions ou erreurs de ma part restent toutefois fort possibles. Voici :

Disons d’emblée que l’avion reproduit dans « La Petite Gazette » est un chasseur Thunderbolt (monoplace américain d’une puissance de 2000 CV, d’une envergure de 12,50 mètres et armé de 8 mitrailleuses). Etant en difficulté au-dessus d’Ouffet, il a donc tenté et réussi un atterrissage de fortune  dans la partie SUD de cette localité. Selon mes souvenirs, les faits doivent s’être produits dans le courant d’octobre ou au tout début de novembre 1944. Il faisait alors très beau et doux et nul ne s’attendait à la terrible vague froid qui allait bientôt s’abattre sur nos contrées en décembre et janvier suivants, lors de la fameuse Offensive von Rundstedt.

M’étant rendu, en compagnie d’amis, sur les lieux de cet atterrissage forcé situés à un petit kilomètre de la Grand-Place d’Ouffet ; soit à la cote 260 d’un petit bosquet de feuillus garnissant le sommet d’une petite colline située entre la route (N638) reliant Ouffet à Hamoir via Néblon-le-Pierreux et le chemin reliant Ouffet au Château d’Himbe, j’ai donc pu voir et grimper tout à mon aise sur ledit chasseur lequel ne semblait pas, comme le montre bien la photo de  «La Petite Gazette», avoir tellement souffert lors de son passage ultime à travers le réseau des nombreux arbustes environnants.

Selon les dires de certains, le pilote aurait directement sauté, indemne, hors de son cockpit, le colt au poing, car ne sachant nullement s’il était en territoire ami ou ennemi.

La chose dont je me souviens particulièrement bien, c’est que le réservoir d’essence, situé juste après l’hélice (ici complètement tordue), était béant. On pouvait donc aisément voir qu’il contenait encore une assez grande quantité de carburant qui suintait lentement de l’épave. Vu le nombre appréciable de curieux sur les lieux, c’est, pour moi, un véritable  miracle qu’aucun incendie (aux conséquences humaines incalculables !), ne se soit alors produit. »

Monsieur Rik Verhelle s’est, bien entendu, intéressé au sujet :

« L’avion sur la photo est un chasseur-bombardier du type Republic « Thunderbolt » P-47D. Le codage « A6-B » nous dévoile qu’il dépendait du 389th Squadron du 366 Fighter Group (9 USAF). Venant de Laon en France, cette unité avait sa base à Asse (Limbourg en Flandre) depuis le 19 novembre 1944.

Sur la photo, l’enfant debout sur la dérive verticale cache le numéro de série de cet avion, mais j’ai malgré tout réussi à le retrouver dans les archives. C’est en fait le 42-27216. »

La semaine prochaine, il nous en dira davantage sur cet avion et le pourquoi de son atterrissage forcé à Ouffet.

La Petite Gazette du 19 octobre 2011

ATTERRISSAGE FORCE D’UN P-47D A OUFFET
Rik Verhelle complète notre information sur la présence de cet appareil dans le ciel puis sur le sol d’Ouffet :

« Ce chasseur a été endommagé par des tirs anti-aériens, et il a dû effectuer un atterrissage en catastrophe, le 27 décembre 1944 à 11.15 hr. L’avion s’est posé près de « Bois Canard » qui se situe à environ 1 Km au sud d’Ouffet. Son pilote, le Lieutenant George W Pinkerton Jr,  matricule 0-767358, est resté indemne et il a rejoint son unité.
Ce 27 décembre 1944, la Bataille des Ardennes faisait rage. L’anticyclone avait rendu toute opération aérienne quasi impossible car un brouillard épais les clouait au sol. Mais le 23 décembre, cet anticyclone avait glissé vers l’Ouest, offrant quelques jours de meilleur temps permettant aux forces aériennes de déchainer les enfers. Ainsi, la 366th était une des unités qui assuraient l’appui tactique des troupes au sol. Leurs missions furent surtout le « armed recce » (reconnaissance armée) pendant lesquelles des locomotives, ponts, dépôts, positions de transmission et d’artillerie, convois, chars, concentrations de troupes, … étaient systématiquement pris pour cibles. L’opposition de la Luftwaffe était devenue relativement faible et sporadique, mais surtout les mitrailleurs anti-aériens allemands étaient des obstacles redoutables et souvent des pièges mortels pour les chasseurs-bombardiers opérant à basse altitude. Ainsi, le pilote d’un avion touché à basse altitude n’avait pas la possibilité de se sauver en parachute, et s’il n’arrivait pas à se poser en catastrophe il s’écrasait avec son avion.
Aussi, ce 27 décembre 1944, la 366th Fighter Group perdra deux de ses pilotes lors de la même mission : le Lieutenant Elmer Peterson fut touché par une batterie anti-aérienne et s’écrasa avec son avion, et le Lieutenant Bernard Steinfeld fut abattu lors d’un combat aérien.

Et mon correspondant de nous soumettre cette autre photographie du même appareil.

foto-2

 

Attention : ce P-47D 42-27216 ne devrait pas être confondu avec un autre P-47D immatriculé 44-20473 (du 354 Fighter Group) qui a également effectué un atterrissage forcé à Ouffet, le 17 ou 18 décembre, et qui se serait posé au lieu-dit « Sur Pierreuse » près de la ferme du Bout (et que je situe à 2 Km au sud-ouest d’Ouffet, près de la route N 638 vers Durbuy, non ?)

Appel aux témoins pour en apprendre plus sur ces deux P-47D. A vos plumes ! »

Martin Huwart, de ville-au-Bois, s’est aussi intéressé à cet appareil et il confirme :

« L’avion sur la photo prise à Ouffet est sans conteste un P-47 « Thunderbolt ».

Ce cliché à été pris en 1944, car ce modèle était visiblement équipé de la verrière « bulle », copiée du Hawker « Tempest « anglais.

Cette modification de production n’est intervenue qu’en fin 1943, afin d’offrir une meilleure visibilité arrière en cas d’attaque ennemie,  suite aux mauvaises expériences sur  « l’angle mort » arrière que les  P-47 avaient  expérimenté en 1943 dans leurs missions  d’escorte des forteresses volantes sur l’Allemagne.

p-47-thunderbolt

Pour le P-47 d’Ouffet, je vous envoie ci-joint la silhouette des deux modèles :

En haut, le P-47 première version opérationnelle en 1943,

En bas, la version 1944 avec cockpit « bulle », qui est celui d’Ouffet. »

Un grand merci pour ces précisions, mais je suis tout de même assez surpris que seuls les « spécialistes » de l’aviation aient réagi… Personne ne m’a parlé des personnes présentes sur la photo présentée…

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

JE SUIS ALLEE VOIR CET AVION A OUFFET

Madame Georgette Guffens, d’Ouffet, a, elle aussi, vu cette carcasse d’avion de très près. Elle nous raconte en quelle circonstance.

« J’étais jeune à l’époque, mais je me souviens que tout le monde parlait de cet avion. Nous ne savions pas si le pilote était un militaire ni s’il était toujours vivant, ce qui nous intéressait, c’était l’avion. Je faisais alors partie du Patro et, en ce temps-là, les jeunes filles se réunissaient le dimanche après-midi pour des occupations, jeux, promenades… avec un responsable. C’est avec ce groupe que nous sommes allées voir les débris de l’avion. C’était à la sortie du village vers Jeneret. C’est ce jour-là qu’a été prise cette photographie et, quand je la compare à la photographie parue dans La Petite Gazette, je me rends compte qu’elle a été prise non sur l’aile de l’appareil mais sur l’empennage. Je l’ai toujours conservée en souvenir.

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Je puis même vous donner les noms des filles dont je me souviens :

En haut, les responsables du Patro :  ?  , Lucie Reginster et le curé Dehalleux.

Un peu plus bas : Marcelle Perilleux, Jeanne Ribourdouille, Yvonne Gerday

Le rang plus bas : Mady Terwagne, Lisette Ligot, Maggy Dome, Juliette Mathieu, ma sœur Nelly et   ?

Assisses sur l’empennage : Jenny Vilenne, Marie-Claire Salmon, Maggy Vilenne, Irène Hercot, Milou Harzimont, Josette Badoux et ?

Moi-même, suis la seule jeune fille, debout devant les autres.

Peut-être que certaines de mes amies se souviendront de cette excursion et auront des souvenirs à partager. » J’espère de tout cœur que l’une ou l’autre répondra à l’invitation de Madame Georgette Guffens.

La Petite Gazette du 2 novembre 2011

LES PERSONNES PHOTOGRAPHIEES PRES DU THUNDERBOLD D’OUFFET SONT RECONNUES…

Monsieur Jacques Bastin habite Heyd mais a vécu de douces années à Ouffet d’où est originaire une partie de sa famille. Il a dès lors pu identifier certaine personnes présentes sur cette photo :

002« Les personnes photographiées proviennent toutes de deux familles, extrêmement connues, voisines et habitant en plein centre d’Ouffet, soit les Villers et les Reginster. Disons encore que deux des enfants présents sur la photo en question, soit les nommés Fernand Villers et Michel Reginster, seront ordonnés prêtres à la fin des années 1950 ou au début des années 1960. Ils rejoindront ainsi, tous deux ensemble, Aywaille à la fin des années 1970, en vue de succéder ainsi au Doyen Aimont appelé alors à rejoindre, en tant que chanoine, le Chapitre de la Cathédrale de  Liège, sous l’épiscopat de Monseigneur Van Zuylen.

Michel Reginster arrivait donc ainsi à Aywaille, en venant de Tavier, lieu où il avait servi près de (sinon plus de) vingt ans. Fernand Villers allait donc alors s’occuper, en tant que doyen, des églises d’Aywaille (Dieupart et St-Pierre) en étant secondé par Michel Reginster qui, lui, allait également être en charge de l’église d’Awan. Ces deux prêtres résidaient toutefois, pratiquement en permanence, en l’énorme presbytère s’élevant à Dieupart.

Michel Reginster est né en 1933, tandis que Fernand Villers, un rien plus jeune, doit être né en 1936. »

Monsieur Jacques Bastin, au terme d’une minutieuse enquête, se livre maintenant à l’identification des personnes présentes sur ce cliché.

Nous partons de l’extrême droite où nous voyons un garçon, debout, appuyé contre la gouverne de direction (autrement dit : la queue de l’appareil). Il s’agit de Jacques Reginster. A sa droite immédiate, deux autres garçons, également en position debout. En costume foncé : Arthur Villers, l’aîné des enfants Villers et, à son côté, en veston plus clair : Michel Reginster qui deviendra prêtre à Tavier puis à Aywaille. Maintenant, assis à la droite dudit Michel, son frère Léon et, également assis à la droite de Léon, on trouve Paul Villers qui, plus tard, dirigera la fort renommée institution régionale d’enseignement moyen baptisée St- Roch. Assis à la droite de son frère Paul, voici Fernand Villers, lequel officiera, un jour, en qualité de doyen à Aywaille où il servira ainsi, assisté de Michel Reginster. A droite, tout contre Fernand Villers, on trouve également assis Albert (ou Jean ?) Reginster. Directement après, apparaissent deux petites filles ; la première, en vêtements foncés, est Bernadette Reginster et la seconde, en vêtements clairs, est Marie-Thérèse Villers. Progressant vers le nez de l’appareil, on trouve ensuite, debout, appuyée tout contre le fuselage, la maman Reginster (née Henkinbrant, à Seny en 1906, cette bien brave dame, toute faite de discrétion, a quitté ce bas monde, en 1996, à l’âge de nonante ans, après avoir tout de même donné le jour à douze enfants : générosité et prouesse physique hautement  remarquables !) ; de l’autre côté du fuselage, apparaît, en buste,  André Reginster. A la droite de Madame Reginster, on peut voir sa fille Anne-Marie tenant en ses bras sa petite sœur Marie-Antoinette (dite Marinette).

Enfin, debout sur l’aile gauche, se tenant par le bras, l’oncle Jules Reginster, de passage à Ouffet, et sa nièce Lucie Reginster. »

Monsieur Bastin a d’abord cru que cette photo avait été prise le papa de Fernand Villers qui était un instituteur fort prisé de l’Ecole catholique d’Ouffet, mais sa recherche lui a appris qu’il n’aurait jamais pris la moindre photographie de toute sa vie… Parce qu’il pensait, à juste titre d’ailleurs, que le  « sympathique lecteur, né un jour de 1936 à Ouffet », qui avait transmis la fameuse photo à La Petite Gazette était plus que vraisemblablement Fernand Villers,  lui-même, Monsieur Bastin l’a contacté pour tenté de savoir qui avait fixé ce moment sur la pellicule. Selon Fernand Villers, bien que n’étant point du tout formel, ladite photo doit avoir été prise par Monsieur Léon Reginster,  père de la plupart des enfants fixés sur celle-ci. »

Un tout grand merci à Monsieur Bastin pour cette recherche, précise et minutieuse.

LES FETES DE FIN D’ANNEE

La Petite Gazette du 5 janvier 2011

AVANT D’EN FINIR POUR UN AN AVEC LES FETES DE FIN D’ANNEE…

A Aye Madame Christine Petit se souvient très bien d’une autre tradition rappelée souvent par son grand-père à propos des cendres de la bûche de bois brûlée la nuit du réveillon de Noël.

« Il disait que certaines vertus magiques étaient attribuées aux cendres de la bûche de bois brûlée le soir du réveillon. Celles-ci étaient conservées et réparties pour protéger la maison de la foudre, pour conjurer du mauvais sort, pour éloigner les épidémies dans les bergeries et les étables et, également, pour améliorer les récoltes en les mélangeant aux semences.

Voilà une autre tradition dont pourraient nous entretenir les fidèles lectrices et lecteurs et ce sujet pourrait alors être approfondi dans les prochains numéros de La Petite Gazette. »

Il est un fait que l’origine de la tradition de la bûche de Noël doit se chercher dans l’âtre des demeures de nos aïeux et non chez les boulangers… Pourrez-vous répondre au souhait de Mme Petit et nous dire si, dans votre famille également, des traditions liées à la bûche étaient respectées à Noël ?

La petite Gazette du 19 janvier 2011

POUR EN FINIR CETTE ANNEE AVEC LES TRADITIONS DE NOEL

Madame Edith Forget, d’Aywaille, tient à apporter son témoignage sur les traditions de Noëls telles qu’elles sont respectées dans sa famille.

« Mes deux filles ont, aujourd’hui, la quarantaine et, depuis qu’elles sont toutes petites, je leur faisais la traditionnelle bûche de Noël. Elles ont pris le relais maintenant. Dans notre famille, nous n’achetons pas de bûches nous la confectionnons nous-mêmes : biscuits petit beurre et moka, enfin la tradition.

Autre tradition que nous respectons durant la nuit du réveillon, c’est celle qui consiste à mettre, à l’extérieur, sur un appui de fenêtre ou sur la terrasse, un verre d’eau, une tranche de pain et de la monnaie emballée en comptant les gens que nous aimons. Celui qui, le 25 décembre, boit de cette eau, n’aura jamais soif durant l’année ; celui qui mange un morceau de pain n’aura jamais faim et celui qui reçoit une piécette ne manquera pas d’argent l’année durant. »

Un grand merci pour cet intéressant témoignage.

La Petite Gazette du 21 décembre 2011

ON Z-A TANT BRÈT NOYÉ, QU’A L’FIN, IL ÈST V’NOU…

Et oui, Noël est déjà là, bien sûr il était annoncé par son cortège d’illuminations, ses marchés spécifiques, ses boudins et autres spécialités beaucoup plus exotiques, mais on est toujours surpris de voir, déjà, arriver la fin de l’année. Que cela passe vite ! ne cesse-t-on d’entendre…

Autrefois, quand le temps n’était pas compté, quand on ne disait pas encore que c’était de l’argent, Noël était attendu avec fébrilité.

Tos l’s, n’s-avans cwate grandès fièsses, mês, l’pus bèle, c’èst l’cisse dè Noyé.

Noël commence le 24 décembre, vigile de la fête ; ce jour était donc un jour d’abstinence, on mangeait maigre, mais on se rattrapait sur les bouquettes. Cependant, on n’oubliait pas d’en mettre une de côté pour la vierge et une autre pour l’Enfant Jésus !

La nuit, pour ne pas manquer d’argent pendant l’année suivante, on exposait (certains le font certainement encore) de la monnaie à l’extérieur de la maison. On faisait de même avec du pain et de l’eau qui, après avoir passé la nuit de Noël à l’extérieur, seraient conservés soigneusement car ils protégeraient des maladies en étant consommés à jeun.

La nuit du 25 décembre est la première du cycle des Douze Nuits. Ces nuits sont dites « enchantées » et donc propices aux maléfices… Elles font l’objet d’observations météorologiques car elles sont censées présager du temps qu’il fera durant les douze mois de l’année à venir.

Toutes ces croyances de nos aïeux, je les ai puisées dans « L’almanach de notre Terroir » que j’ai publié il y a quelques années et qui est désormais épuisé.  A toutes et à tous, je souhaite un très joyeux Noël à partager avec votre famille et tous ceux qui vous sont chers

La Petite Gazette du 19 décembre 2012

NOEL, C’EST DÉJÀ NOEL…

Durant la nuit magique du réveillon de Noël, les anciens avaient l’habitude, pour ne pas manquer d’argent durant l’année à venir, d’exposer de la monnaie à l’extérieur de la maison. Ils faisaient de même avec du pain et de l’eau qu’ils consommaient ensuite à jeun pour se protéger des maladies.

Cette grande fête qui, outre sa symbolique religieuse, marque le retour progressif du jour rognant l’obscurité est chargée d’innombrables croyances populaires et ponctuée de nombreux rituels mêlant paganisme et religiosité.

On dit, par exemple, qu’un enfant né cette nuit sera roux car Jésus l’était. Noël commence le 24 décembre, vigile de la fête ; ce jour était donc un jour d’abstinence, on mangeait maigre, mais on se rattrapait sur les bouquettes. Cependant, on n’oubliait pas d’en mettre une de côté pour la vierge et une autre pour l’Enfant Jésus !

Les douze jours qui suivent Noël font l’objet d’observations météorologiques car ils sont censés présager du temps qu’il fera durant les douze mois de l’année à venir.

A toutes et à tous, je souhaite un très joyeux Noël à partager avec votre famille et tous ceux qui vous sont chers

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

2012 S’EN VA… VIVEMENT 2013 !

Dans nos campagnes, on observera certainement le temps qu’il fera la nuit du 31 décembre car il est admis que si la nuit est tranquille, l’année sera bonne pour le campagnard ; si le vent souffle d’Est, il y aura une épidémie dans le bétail ; s’il souffle d’Ouest, il y aura une épidémie parmi les souverains régnants ; enfin, s’il souffle du Sud, on prédit que la maladie décimera la population…

Pourvu qu’il n’y ait pas de vent sera, dès lors, mon dernier souhait de 2012 !

Le premier jour de l’an est chargé de traditions que l’on respecte avec plaisir. On fait toujours des gaufres, des galets ou des galettes que l’on mange en famille et que l’on offre à ceux que l’on visite ou que l’on reçoit. Des traditions plus anciennes ont évidemment disparu… comme celle qui consistait à entourer d’une torchette de paille le tronc des arbres fruitiers puis de leur souhaiter une bonne année, à la garde de Dieu.

La tradition populaire a conservé de nombreux spots, spécifiques au premier jour de chaque année et réservés à l’échange des vœux :

Dji  v’sohête ine bone annêye, ine parfète santé et totes sorts di boneûrs.

A une belle à marier, on dira : Dji v’sohête ine bone annêye, on bê djône ome a vosse costé».

En pensant à des coutumes d’antan, certaines personnes n’ont, heureusement,  pas oublié que :

Al novèl an, on done dès strèmes, ine dringuèle, dès p’titès rik’nohances ou dès galèts.

De la façon la plus égoïste qui soit, je me souhaite, pour 2013, des lectrices et des lecteurs toujours aussi extraordinaires qui me permettront d’alimenter cette page hebdomadaire tout en lui conservant le remarquable intérêt que vous lui manifestez.

Une excellente année 2013 à vous toutes et tous.

La Petite Gazette du 18 décembre 2013

NOEL APPROCHE… SAVEZ-VOUS QUE :

Ce n’est qu’au IVe siècle, durant le règne du pape Jules 1er, qu’il fut décidé que la fête paënne du solstice d’hiver deviendrait une fête chrétienne. Si rien ne permet, en effet, de dire que le christ est né un 25 décembre, le symbole de la fête du renouveau, du retour de la clarté – symbole de vie et de fécondité – convenait parfaitement au message chrétien porté par le fils de Dieu sur terre.

Les symboles actuels de Noël, le sapin, les boules et la bûche, pour traditionnels qu’ils paraissent, ont des origines très diverses et parfois fort récentes. La bûche est certainement la tradition la plus ancienne, mais sous une forme bien différente. Il s’agissait, à l’origine, de trois véritables bûches de bois de taille considérable puisqu’elles devaient brûler douze jours, jusqu’à l’épiphanie. Elles étaient allumées avec « le feu nouveau » que l’on ramenait de la messe de minuit. Dans nos régions, il était de coutume de conserver de la cendre de ces bûches car elle avait la réputation de soigner les brûlures. Il semble que le premier gâteau conçu en forme de bûche ait été servi à la cour de France à l’aube du XVIIe siècle.

Le sapin nous vient des pays germaniques, sa verdeur y était considérée comme un symbole de fertilité. Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’on commence à le décorer de bougies exclusivement. Les boules, de verre à l’origine, n’apparaissent que vers la fin du XIXe siècle dans les familles nanties évidemment.

La lumière nouvelle était ramenée de la messe de minuit vers les maisons et servait également à allumer une chandelle de cire pure qui était conservée toute l’année pour ses vertus protectrices. On la rallumait quand l’orage grondait pour écarter la foudre, on la plaçait dans les mains d’un mourant pour lui assurer une mort paisible et on l’allumait encore lors d’un accouchement.

Quant au Père Noël, sachez qu’il nous vient d’Amérique. Il est simplement une adaption américaine de notre saint Nicolas dont la tradition avait été emportée outre océan par les colons des XVIIe et XVIIIe siècles.

La Petite Gazette du 2 janvier 2014

LES TRADITIONS DU JOUR DE L’AN

Elles sont nombreuses, variées et, surtout, méritent de ne pas sombrer dans l’oubli. Rappelons-en donc quelques-unes :

carte-nouvel-an

Le baiser qui accompagne les souhaits de l’an neuf a, sans doute, valu à cette journée le nom de « djou dès fås vidèdjes » en référence au baiser de Judas… Les vieilles formules de souhaits nous en apprennent beaucoup sur les réalités quotidiennes de jadis. Ainsi celle-ci, très ancienne : Bone annêye frèzèye ; parfète santé frèzé ; totes sôres du bonheûr frèzé voleûr.

Cette formule nous rappelle que, avant que les bienfaits des campagnes de vaccination, nombre de femmes et d’hommes de nos campagnes avaient contracté la petite vérole et présentaient un visage grelé (frèzé – frèzèye = grelé – grelée).

A Liège, on disait que la jeune fille qui recevait les premiers souhaits d’un petit garçon aurait un fiancé qui porterait le même prénom ; si, au contraire, c’était d’une vieille femme qu’elle recevait les premiers vœux de Nouvel-An, elle ne se marierait pas dans le courant de l’année.

Toujours dans la région liégeoise, une jeune fille porte malheur en vous souhaitant, la première,  une bonne année ; au contraire, les vœux d’un petit garçon sont d’un très favorable augure. Aussi, ces derniers, malins qu’ils ont toujours été, s’empressaient-ils de débiter ce petit distique à la suite de leurs souhaits :

C’est on p’tit valèt, vos-årez dè boneûr après.

C’est évidemment pour répondre à cette même croyance que, avant la Grande Guerre, les petits garçons de Neuville-en-Condroz s’en allaient présenter leurs vœux en chantant :

Strimez-m’ nosse Dame ! (Etrennez-nous Madame !)

Strimez-m’ nosse Dame !

C’è-st-oûy li prumi djoû d’l’an.nêye

carte-nouvel-an-2

Entendre le chant d’un oiseau  le premier jour de l’an neuf assure du bonheur pour toute l’année.

Dans les régions d’élevage, les anciens ne manquaient pas de commencer l’année en adressant leurs vœux à chaque de leurs bêtes. Ailleurs, ce sont les vergers qui reçoivent la visite matinale des agriculteurs venus saluer chaque arbre en lui adressant une formule rituelle :

Abe, dji t’sitreume, si ti n’pwète nin pus qu’l’an.nêye passèye, ni pwète nin mons non pus !

A Trois-Ponts, il était admis que le rêve fait durant la nuit du Nouvel-An était considéré comme la révélation de la vérité.

Dans les foyers du Condroz, on pense que le feu allumé la veille du jour de l’An couve toujours sous la cendre le lendemain, c’est un indice favorable pour l’année qui commence.

Dans le pays de Marche, le jour de l’An, on ramassait trois petites pierres et on les jetait devant soi en marchant ; ce geste rituel était censé s’assurer le bonheur pour l’année entière.

Partout, il était admis qu’il était dangereux de s’approcher des rivières au premier jour de l’An. En effet, il se disait que « Al novèl an, l’êwe pèhe voltî». L’origine de cette mise en garde est lointaine et prévient les soiffeurs du réveillon de se méfier en rentrant si leur chemin longe un cours d’eau…

1926 – LI DJOU DE NOVEL-AN

Madame Odette Dodeigne, d’Anthisnes, a sorti cette page (imprimée il y a bien longtemps  par l’imprimerie E. Cousin d’Aywaille) de son tiroir à souvenirs. La feuille a vieilli bien sûr mais son intérêt est sauf.

J’ai choisi de vous la présenter ainsi qu’elle fut rédigée, dans une langue étonnante… En effet, ce n’est ni du français, ni du wallon, mais la mise par écrit du parler villageois usuel, mêlant les termes des deux langues et écrite dans une orthographe vraiment fantaisiste. La voici :

Pasqueie composeie et t’chanteie à l’Novèl-An 1926 par les Djoyeux Plankets dè l’Carrire dè Trô dè Mont (Mont, hamtai dè l’commeune di Comblain-â-Pont)

 

RESPLEUS

So l’air du tra dèri dèra,

So l’air du tra dèri dèra,

So l’air du tra dèri dèra.

1er COPLET

N’sestant n’bande di lurons,

Chal è noss trô dè Mont,

Li ci qu’a l’pus belle voèx

C’est Dj’han l’Luxembourgeoès,

Qwand i t’chante li veie t’chir

Ou les rutabagas

Fat qu’on s’tinse so n’t’chèyir

Po n’nin toumer pu bas.

2e COPLET

Nos avans l’grand Philippin,

Li magneus d’inglitins,

I m’dit l’grand forsolé

Qui l’crolé n’sé t’chanter

Min mi dj’li restampa

Sins fer baicop d’racha

Va a concert è Mont

T’arè bon d’ètinde Jean.

3e COPLET

Li gros Twenne d’a p’tit Bwès

C’est on drole di valet.

On d’jase qui s’va ruiné

A todi tant t’chiquer

C’est ine vreie punition

D’falleur t’chergi ses moëllons

C’est ine vreie punition

D’falleur t’chergi ses moëllons

Fareut on drap d’mohon

Po r’souwé ses rot’chons.

4e COPLET

L’accapareur Bulthot

Cila s’nè nin on sot

Avou les meie qui là

I fait d’ses imbarras

Actionnaire à Raideut

C’est dedja onk qu’est reud.

Tant que l’beurre ne baisse pas,

Chez lui, on n’sen fait pas.

5e COPLET

Astheur li blond dè Mont

Y nè nin mon plaihant

Po ine gotte di pèket

I s’laireut pinde ma foè,

In si sareut passé

Est çoula q’dès ping’ter

Si va amon Lambion

Fat qui beuie on hufion.

6e COPLET

Nos avans l’gros d’Josef

Qui n’si fait nou ma d’tiesse,

C’est lu què Commandant

Po t’chergi les wagons

Avou noss machineu

Qu’c’est portant in agneu

Il a tot d’minme trové

Si p’tite feume po s’marier.

7e COPLET

N’savant Armand d’Gilson

C’est on vix céliba

On gaillard qu’a d’juré

Dè d’moré come çoula

I s’dit qui sin kpagnèe

I d’hirèt svikareie

Divins les longs pameis

Il a sogne d’es rifeit.

8e COPLET

Li grand Maurice Djoris

C’est l’home à rinde chervice

Dispoye qu’la stu taxé

On n’fait pu qu’dè l’balter

Po ses septante hut francs

I fait s’ton laid minton

C’est qui po les gwangni

I fat tant travaï.

9e COPLET

Si nè nin baicop mi

Avou noss maiss ovri

Qu’a l’nez todi d’loffré

Télmint qui n’fait qu’dè pen’ter

Quwand c’est qui prind n’pèneie

Ennè prind dès quaqueies

Qu’on s’dimande bin sovint

Qu’mint qui s’narène ni hière nin

10e COPLET

N’savans Alfred Collard

C’est on drole di gaillard

I tomreut minme dès s’tran

Qui n’seuye è trô dè Mont

Avou l’grand Vandenpeer

Onk qu’a des laides airs

E l’nèveu d’a Chartier

Qui n’jase maIe qui d’furter

11e COPLET

Nosse compagnon Raymond

C’est y ewèration

Dispôye qui l’est marié

In fait qu’di stourmèté

Portant s’nest nin l’richesse

J’y v’zassure qu’el kichesse

Mins c’est si p’tit poïon

Qui n’a co no  rjèton.

12e COPLET

Noss grand maiss Olivier

Si fait sovint r’marquer si v’zav’ des bai boquets

V’zester sur qui pass’rais

Min si vos n’navez nin

I n’sèret nin contint

Y passret out di vo

Magré

Qu’on s’arredge tot.

13e COPLET

Mes amis cisse pasqueie

A s’tu faite ax euraies

Avousmes compagnons

Tot magnant noss crostant

Ossi po r’merçimint

E noss sètche braves d’gins

Tapez, tapez frankmint

Disqu’à tant qui seuye plein.

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La Petite Gazette du 28 décembre 2016

LI BOUKETE EMACRALEYE

Madame Mariette Liégeois, de Vaux-sous-Chèvremont est très attachée à notre belle langue wallonne et à toutes nos traditions régionales. Elle a pensé, et a eu bien raison, que le moment était judicieux de se remettre en mémoire ce célèbre texte de Georges Ista.

Ma correspondante rappelle aux lecteurs de la Petite Gazette que ce prolifique auteur wallon a vécu à Sy durant la Grande Guerre.

C’esteût  l’nut’ dè Noyé.  Li mame fève dès boûkètes

Et  tos les p’tits- èfants rasson-nés dilé l’feû,

Rin qu’a houmer l’odeûr qui montéve dèl pêlète

Si  sintîs  l’êwe  al boque  èt raletchît  lès deûts

Qwand on costé dèl påsse  esteût djusse  a l’îdèye

Li mame prindéve li pêle  èl hoyéve en p’tit pô

Et pwis houp ! li boukète è l’air féve  ine dimèye

Et d’vins l’mitan dèl pêle ritouméve  cou-zå-haut

– Lèyiz-m on pô  sayi ! brèya li p’tite Madjène

Dji wadje dèl ritoûrner d’adreût dè prumî côp

Vos-alez vèyî, mame !… Et volà nosse glawène

Qui prind l’pêle a deûs mains et  qui  s’abahe on p’tit pô,

Et rouf !di totes  sès fwèces elle  èvole  li boûkète…

Ele  l’èvola  si bin qu’èle n’a måy ritoumé

On qwèra tos  costés : so  l’årmå, po-dri  l’pwète

On n’ritrova måy rin. Wice aveût-èle passé?

Tot  l’monde  s’èl dimandéve èt  les k’méres dè vinåve

Si racontit tot bas,  l’al nute  åtoû dè feû

Qui  c’èsteût  sûr  li diâle qu’èsteût  catchî d’zos  l’tåve

Et  qui  1’aveût magnî  sin fé ni eune ni deûs.

 

L’iviér passa. L’osté ramina les vèrdeûres

Et  lès fièsses di porotche  ås djoyeûs  cråmignons

Tot  l’monde aveût dèdja roûvî ciste avinteûre

Qwand li mére d’a Madjène fat r’blanki  sès plafonds

Volà don l’bwègne Colas, blankiheû  sin parèy,

Qu’arive  avou sès breûsses, ses håles et  sès  sèyès

I k’minça dè bodjî  lès ptitès bardah’rèyes

Qu’èstit  avå l’manèdje; i wèsta lès tåvlês

Qui pindît  so  lès meûrs; pwis, montant   so  s’halète

I d’pinda 1’grand mureû qui hågnîve  so  l’dgîvå

Et c’èst po-drî  l’mureû qu’on r’trova nosse  boûkète

Qu’esteût  la d’pôy  sî meûs, co pus deûre  qu’on vî clå

Neûre  come on cou d’tchapê, reûde èco pé qu’ine bèye

Frèzèye  come  ine vèye  catche, èt, d’zeûr di tot  çoula

Tote coviète di  strons d’mohe, èt tél’min tchamossèye

Qu’èle aveût  dès poyèdjes, co pé qu’in-angora

                                                Georges  ISTA (1874 – 1939)

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

La Petite Gazette du 19 juillet 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Monsieur Victor Collignon, de Manhay, a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive. Ses écrits ont donné lieu à une publication grâce à l’administration communale à l’occasion du 60e anniversaire de cette terrible bataille. Il donne à La Petite Gazette l’autorisation d’en publier des extraits. Je sais que cette époque passionne nombre d’entre vous ; aussi, en votre nom, je remercie vivement M. Colligon.

« Nous sommes en décembre 44, le samedi 16, vers midi. De l’Est nous parvient une rumeur ; un bruit court, vole de bouche en bouche : « Ils ont percé les lignes ! » ‘Ils’, ce sont les Allemands, les nazis, les SS, les boches !

Le 17, la rumeur s’amplifie, le tonnerre des canons gronde, de rougeâtres lueurs flashent les nuages, à l’Est toujours.

Au carrefour de Manhay affluent les premiers réfugiés de la direction de Villettes, Trois-Ponts, Stavelot… : vélos surchargés, véhicules hippomobiles de toutes sortes, voitures d’enfants, brouettes, femmes, enfants, vieillards…

Le 18, la panique s’installe : par bribes et morceaux, on capte des nouvelles terri­fiantes : « Ils fusillent les prisonniers ! Ils massacrent les civils ! Ils incendient tout sur leur passage ! » On discute, on évalue les risques, on décide de la meilleure attitude à adopter. On prépare vêtements et provende.

La plupart des hommes valides et les jeunes gens, en particulier ceux ayant eu un contact avec la Résistance ou ayant refusé le Service au Travail Obligatoire en Allemagne sont les premiers invités à quitter nos villages.

Le 19, enfin, c’est la débâcle : Peiper et la lère SS sont à Trois-Ponts, à La Gleize, à Stoumont, à Neumoulin.

Le 20, la 116ème Panzer entre à Houffalize, à Nadrin, à Samrée. Des éléments de la 560ème Volksgrenadiere ont été repérés dans les bois de la Cedrogne, puis à Les Tailles, aux lisières de la Baraque de Fraiture et en fin de journée, à Dochamps. L’horreur, l’enfer s’annon­cent tout proches. Alors, contraints et forcés, la grande majorité des habitants de Manhay et Grandmenil recommencent leur exode vers l’Ouest, le Nord, l’inconnu, la misère.

Les Américains se doivent de réagir fort et vite. Vont-ils le pouvoir ? Oui, mais très pro­gressivement et avec peu de moyens.

La nationale 15, Bastogne-Liège, était alors placée sous la protection de la 3rd Armored Division américaine (3èmc Division Blindée) du général Rose; celle-ci déjà écartelée à l’extrême : ses Combat-Commands A et B étant engagés sur l’Amblève contre Peiper, le 3ème Combat-Command (plus ou moins 2000 hommes), le CCR, se voyait attribuer la défense de la ligne Hotton-Manhay sur environ 22 kilomètres. La défense de ce dernier village ne pouvait plus être assurée que le long du tracé Sud de la route N.15.

A l’aube du 20 décembre, on relevait d’abord, à la Baraque de Fraiture, une défense « en hérisson » orchestrée par le major d’artillerie Parker, rescapé de l’encerclement du Schnee Eifel avec trois obusiers et divers éléments blindés dont quelques Sherman et half-tracks anti­aériens.

Par la suite et plus au Nord, une petite Task-Force (barrage routier) commandée par le major Brewster ira se fixer dans la clairière de Belle-Haie. Elle comprenait un peloton de chars moyens (plus ou moins sept) et un autre d’infanterie blindée, complétés plus tard par d’autres petits groupes disparates, dont quelques paras.

Cette force allait jouer un rôle essentiel dans la suite des opérations. En effet, l’étroitesse de la nationale – environ six mètres – enchâssée dans la forêt ne permettait le passage que d’un seul Panzer à la fois. Dès la destruction du premier char, les autres ne pouvaient ni continuer, ni se déployer.

A Manhay même, une garnison assistée de quelques chars et half-tracks comprenant une compagnie de fantassins (environ 200 hommes) et commandée par le colonel Richardson (3ème D.B.) devait assurer la défense du village. Ce faible groupement tactique allait  cependant recevoir peu à peu le renfort du CCA de la 7ème D.B. retiré de la poche de Saint-Vith ainsi que, à l’Est de la N., celui de la 82ème Aéroportée, progressivement dégagée des combats contre Peiper. »

001

 Après la retraite de St-Vith, la 7ème D.B. du général Hasbrouck est venue s’installer dans les villages de Fays – La Fange – Chêne-al-Pierre et Harre. Ph. US Army

La Petite Gazette du 9 aoüt 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le 23 décembre, la défense de la Baraque de Fraiture, déjà harcelée depuis deux jours par divers éléments ennemis, fit tout à coup l’objet d’une attaque violente de la 2ème SS Panzer Division. En quelques heures, le carrefour fut investi au prix d’un carnage inouï. Cette terrible division SS «Das Reich», forte de 18000 SS, en panne sèche depuis vingt-quatre heures dans la région de Houffalize, réapprovisionnée au matin du 23, constituait pour Manhay la véritable menace. Son objectif, totalement ignoré des Américains, était de s’y emparer du carrefour, le sécuriser, ensuite de tourner vers Grandmenil, Erezée pour aller franchir l’Ourthe aux alen­tours de Barvaux-Durbuy. Comme le transit par Belle-Haie lui était devenu impossible (Road-Block de Brewster), la division se scinda en deux colonnes; l’une se dirigeant vers Malempré, l’autre vers Odeigne afin de contourner le barrage.

002 A Odeigne. Les troupes de la 2ème Pz. SS « Das Reich » ont occupé le village au soir du 23 décembre 44 jusqu’au 6 janvier 45 soit durant 14 jours ! Elles en seront chassées le 6/1/45 par les troupes américaines de la 2ème D.B. et 84ème D.I. Au carrefour « Sur le Ri », c’est le deuil et la désolation !   Ph. LUMA F. Lemaire

Le 24 décembre, veille de Noël, après avoir défait la petite force d’Odeigne, un bataillon de reconnaissance de cette 2ème Panzer SS se prépara à faire route vers Manhay.

Entre-temps, deux nouveaux éléments intervinrent dans la défense du village : averti de la présence de l’ennemi à Malempré et à Odeigne, le colonel Rosebaum envoya deux pelotons de chars moyens accompagnés d’infanterie, l’un au Fond de la justice (carrefour d’Odeigne à Malempré), l’autre au-delà de la ferme de Bellaire où les chars et les fantassins s’enterrèrent. Le second élément comportait un ordre du généralissime Montgomery imposant, à 23 heures précises, un repli total des armées américaines afin de raccourcir un front Nord exagérément étendu. Les troupes allaient désormais s’installer défensivement sur la ligne Nord de la route Trois-Ponts – Manhay – Hotton. Pour Manhay, la ligne fut fixée à la crête de Mon Bihin, Mon Derieux, des bois de Hazale et de So Plinmont.

A présent, le décor est planté. C’est la nuit de Noël 44, une nuit noire, profonde, humide. Au Fond de la Justice, les Gl’s, dans leurs foxholes (trous de renards) sont aux aguets. Durement éprouvés par les combats acharnés qu’ils viennent de livrer durant six jours et six nuits dans la poche de Saint-Vith, retirés du front, transbahutés dans des camions non bâchés, réengagés aussitôt dans un affrontement inégal, ces malheureux soldats en ont assez !

A 21 heures, un ronflement de puissants moteurs monta de la route d’Odeigne. Amis ou ennemis ? Lorsque la colonne de chars approcha, celui de tête était manifestement un Sherman : même silhouette, même fumée d’échappement bleutée. Les Gl’s rassurés, crurent à cet instant qu’il s’agissait du groupe des leurs, en poste à Odeigne et qui entamait déjà son repli. Mais, dans la pâleur lunaire, ce furent soudain des hordes de Panzergrenadiere qui déferlèrent brutalement au travers de leurs foxholes. Leurs panzerfaust mirent quatre Sherman hors de combat et en endommagèrent deux autres. Le seul resté intact s’enfuit vers Manhay, abandonnant à leur sort les fantassins blindés. Ceux-ci s’égaillèrent alors dans un désordre indescriptible, fonçant à travers tout, qui à pied, qui en jeep ou en camion, laissant sur place un matériel considérable.

Parmi les assaillants, le sergent SS Barkmann commandait le Panther n° 401. Dans la confusion générale, lui et son char furent séparés des autres et s’engagèrent sur la N.15, vers Manhay, au milieu des groupes de fuyards. Chemin faisant, il détruisit un Sherman stationné sur un bas-côté et arriva bientôt dans la perspective du village de Malempré. Sur sa droite s’ouvrait une prairie comptant neuf chars à moitiés enterrés qui orientèrent leur tourelle dans sa direction mais aucun ne tira.

Pleins gaz, Barkmann s’élança alors dans la descente de Bellaire où il vit des Gl’s se. jeter des deux côtés de celle-ci, jurant comme seuls savent le faire les fantassins quand ils se voient obligés de sauter dans des fossés remplis d’eau ! Et tout à coup, il se trouva dans Manhay, au milieu d’un charroi et d’une pagaille invraisemblables. Les Américains abandon­naient, et le carrefour, et le village, dans un désordre total, fuyant à travers tout. Au carrefour, devant un café, il estima qu’il s’agissait d’un poste de commandement en raison de l’intense activité qui y régnait. Barkmann voulut tourner à gauche, vers Grandmenil mais, voyant s’ap­procher trois Sherman, il décida de continuer seul, tout droit, en direction de Liège.

Dans l’épaisseur de la nuit, personne n’avait encore fait attention à lui ; personne ne l’avait encore remarqué quand, croisant un char américain après l’autre, quelques-uns se ren­dirent compte qu’il s’agissait d’un Allemand. Les équipages firent alors pivoter leurs tourelles mais, comme ils étaient en colonne, chaque char obstruait le champ de visée d’un autre et aucun tir ne se produisit. Barkmann lança quelques grenades fumigènes sur la route pour aveugler davantage ses éventuels poursuivants. »

La Petite Gazette du 23 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« En face d’un bâtiment élevé, peut-être la gare, une jeep arrivait, lui enjoignant de s’arrêter. «Ecrase !» s’écria Barkmann. Le choc de l’écra­sement projeta son Panther contre un blindé, les chenilles s’emmêlèrent et le moteur se bloqua. Il était moins une. A tout instant, un obus pouvait lui fracasser l’arrière et l’im­mobiliser à jamais. Après plu­sieurs tentatives, le moteur reprit et le Panther se déga­gea.

Plusieurs Sherman arri­vaient. Faisant pivoter la tou­relle de 180°, le canon du Panther tira, incendiant le pre­mier blindé et, par ce fait, obs­trua la grand-route. Quelques centaines de mètres plus loin, après une dernière côte, Barkmann vit sur sa gauche un chemin encaissé et ordonna au chauffeur d’aller s’y camou­fler. De cette position, dissi­mulant le char derrière des branchages, Barkmann auto­risa enfin ses hommes à sortir prendre l’air pendant que sur la nationale voisine, le charroi américain fuyait vers Chêne-al-Pierre. A cet instant, sur la route de Bellaire, la 2ème Panzer SS dévalait la côte, toutes che­nilles déchaînées, ne trouvant finalement plus devant elle qu’un village quasi vide de ses défenseurs.

En cette nuit de Noël, brumeuse et terrible, le village de Manhay illumina un ciel lugubre par les incendies de ses maisons et des véhicules alliés. Dans ces lueurs d’enfer, le char de Barkmann quitta sa cachette et, prudemment, redescendit la côte pour rejoindre, au carrefour, la colonne SS qui avait viré à gauche et atteignait les premières habitations de Grandmenil. »

003

A Bellaire : D’autres Sherman et une compagnie de GI’s de la 7ème D.B. enterrés dans cette prairie furent surpris et détruits par les chars de la « Das Reich » utilisant un Sherman-leurre en tête de colonne et de puissantes fusées aveuglantes. Ph. US Army

La Petite Gazette du 30 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Nos GI’s stoppent définitivement l’offensive

Dans le bois du Pays, route d’Erezée, au «Trou du Loup», (dans le virage au fond de la déviation), dans la nuit du 25 décembre, un exploit du caporal R.F.Wiegandt, (Cie. K, 3ème Bn.,289ème Rgt.d’Inf., 75ème Div.d’Inf.) immobilisa d’un coup de bazooka le 1er Panther de la colonne blindée. Celle-ci comptait 23 chars lourds ainsi que des véhicules de logistique mais, par ce coup d’éclat, fut bloquée à un endroit où l’étroitesse de la route bordée d’un talus et d’un ravin empêchait tout dépassement. Le second char tenta, sans succès, de pousser le pre­mier de côté et, dans l’obscurité, les chars reculèrent puis firent demi-tour. Quelque temps plus tard, ils se remirent en route vers Grandmenil pour y rassembler leurs forces, laissant le bois du Pays aux mains des Gis (des bleus !) de la 75ème Division d’Infanterie.

004 Au  « Trou du loup ». C’est à cet endroit qu’un jeune GI de la 75ème  D.I.  stoppa, d’un coup de bazooka, la colonne blindée allemande, fonçant vers Erezée et les ponts de l’Ourthe.   Ph. LUMA F. Lemaire 

Dans le sauve-qui-peut général ayant vu les task-force Kane, Brewster, Richardson, Rosebaum… abandonner en pagaille les villages de Manhay, Grandmenil et environs, les premières forces à se ressaisir furent incontes­tablement celles de Mac George (Gr.A. 3ème D.B.) dont la majorité des élé­ments, après leurs com­bats victorieux contre Peiper, avaient fait retraite par la vallée de l’Amante, pour se reformer dans la vallée de l’Aisne.

Le   mardi   26  dé­cembre, dès 6.30 H, cette même T.F. Mac George, renforcée par une compagnie de chars du 32ème Régiment Blindé du CCR (3ème D.B.) remontant cette même vallée de l’Amante fut d’abord prise pour cible par un essaim de Lightnings (chasseurs US à double queue) ce qui coûta la vie à 30 GI’s, officiers et soldats. Ensuite, combinant ses efforts à ceux du 289ème  r.i. 75 D.I., cette Task-Force prit en tenailles le village de Grandmenil, y fixant les éléments avancés : panzers et infanterie de la 2ème SS. L’artillerie U.S. commença dès lors son œuvre de pilonnage, assistée durant la jour­née du 26 par des nuées de chasseurs-bombardiers, omniprésents.

Au soir du 26, le village de Grandmenil, totalement sinistré revenait progressivement aux forces alliées : au-delà des 20 incendies de septembre, 23 maisons furent à nouveau détruites à 100 %. Dans ce village martyr, criblé de cratères fumants, de murs squelettiques et de brandons incandescents, aucun civil n’assista à la reconquête amie et à l’écrasement de l’arrogance nazie : tous ses habitants avaient quitté ce chaudron d’enfer.

Sur la nationale 15, l’envahisseur fut également arrêté par deux barrages routiers réa­lisés, dans leur retraite, par des éléments de la 7ème D.B. Ces deux road-blocks se situaient après le sommet de la côte menant vers Chêne-al-Pierre. Sitôt le repli allié terminé un impor­tant abattis d’arbres fut empilé par le génie empêchant tout passage de blindés En réalité cette route de Liège ne constituait aucun objectif stratégique pour la 2ème  SS Pz mais cela les Américains l’ignoraient !

Enfin, pour être complet, le 26 décembre, une attaque allemande fut lancée à partir de la lisière des bois du Sud du village de Vaux-Chavanne. Les Panzergrenadiere SS occupèrent la partie supérieure de la localité, et ce, pour quelques instants seulement, avant d’être repous­sés par l’assaut du 325ème Régiment Plané (Glider 82ème  A.D.) »

La Petite Gazette du 6 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le front se stabilise; nos villages sont occupés

Dès le 25 décembre, les troupes américaines furent repositionnées sur un front plus court fixé au Nord de la route Villettes – Bra – Vaux-Chavanne – Manhay – Grandmenil -Erezée. Il s’agissait principalement de la 82ème Aéroportée, la 7ème D.B., la 3ème D.B. et la 75ème D.l.

Dans l’après-midi du 25, des éléments de la 7ème D.B. (CCB) et le 424ème Régiment d’Infanterie de la 106ème D.l. reçurent l’ordre de contre-attaquer en direction du carrefour de Manhay mais ils échouèrent dans leur tentative et se retirèrent sur les hauteurs après avoir subi de lourdes pertes. L’état-major US décida alors d’impliquer le 517ème Para dans cet objec­tif considéré comme vital pour la protection de la direction de Liège. Ce régiment aguerri, sous les ordres du colonel Boyle, associé aux éléments du CCB / 7ème D.B., reprit la contre-offen­sive dans la soirée du 26. La nuit entière fut consacrée à la reprise, maison par maison, de ce carrefour stratégique : à la grenade, au corps à corps, de porte en fenêtre, de cave en grenier…

Au matin du mercredi 27, les paras étaient maîtres de la situation, mais à quel prix ! Dans l’une des compagnies, les hommes commencèrent les combats à 120 ; à l’aube, on y comptait 13 survivants !… Plus de 80 véhicules divers jonchaient, carbonisés, les rues du village, et environ 300 SS y avaient perdu la vie.

005« ICI FUT ARRETE L’ENVAHISSEUR »

En légende : Manhay, à l’entrée du quartier « En Pierreux », le long de la nationale, on remarque cette stèle portant un Panzer stylisé, le canon pointé vers le sol, humilié, défait. Ce monument est l’un des 26 du même type installés après enquête minutieuse aux points-limites de l’avance allemande.  (Ph. V. Collignon)

Dès lors, le reste des 3ème et 4ème Panzergrenadiere de la 2ème SS commencèrent à se replier vers le Sud, vers Bellaire, Malempré, Odeigne… Tandis que les Paras s’abritaient dans les ruines, les jeunes GI’s du 289ème R.I. (75ème D.l.) s’installaient dans d’autres ruines : celles de Grandmenil.

Alors se déchaîna l’artillerie US : sur les chemins, sur les forêts, sur les villages où se cantonnèrent désormais les Allemands à partir du 27. Pour les civils, nos concitoyens, restés attachés à leurs terres, à leurs racines, la véritable épreuve commençait. Le gel intense du jour de Noël se transforma le jeudi 28 en jours de neige et ces conditions climatiques deviendront progressivement plus rigoureuses : jusqu’à – 20° et plus de 40 cm de neige !

Nos villages, à l’écart du front, serviront ainsi de cantonnement pour abriter l’occupant ennemi. Comme celui-ci, dès le départ de l’offensive, avait reçu l’ordre de répandre la terreur sur son passage, de mitrailler façades, portes et fenêtres, là où apparaîtraient des civils, de se servir en tout et partout pour ses besoins propres, on assista à de véritables pillages.

D’abord, les habitants durent vider les lieux, corps de logis surtout, pour se réfugier dans les abris les plus inconfortables -. caves (voûtées de préférence), étables, granges, four­nils. Pendant ce temps, l’Allemand vidait les saloirs, car en décembre chacun ou presque avait déjà « tué le cochon », les garde-manger pleins de conserves (les wecks !) de l’été -. légumes, fruits, œufs…

Les draps de lit servirent de camouflage aux combattants et à leurs véhicules ; les meubles furent éclatés afin de servir de combustible ; les garde-robes complètement vidées… et, sans cesse, ils réclameront du schnaps ! Certaines sacristies de nos églises furent même dépouillées de leurs vêtements sacerdotaux.

Dans les caves les plus solides, les familles tentaient de se regrouper afin de mieux se réconforter : à Odeigne, chez Toussaint, on compta jusqu’à 92 personnes. On y dormait sur les provisions de pommes de terre, on s’éclairait à la bougie… quand on en avait ! Pas d’eau cou­rante : il fallait, au risque de sa vie, courir jusqu’à la «pompe»; pas de chauffage, sinon quel­quefois au moyen d’un poêle-colonne dont l’évacuation s’avérait hasardeuse; plus de méde­cin, de soins, d’hygiène, de toilettes… Et cette odeur nauséabonde ! Et les pneumonies ! Et la gale ! Et la dysenterie… On y naissait ! On y mourait aussi… !

Les portes devaient rester closes sans quoi on risquait de voir dégringoler une grenade; par crainte des scrapnels, les soupiraux avaient été bouchés au moyen de tas de bois ou de fumier… L’air y devenait irrespirable.

Pour tenir le coup, on récitait le chapelet ou plutôt des dizaines de chapelets, que l’on criait au ciel dans un appel tragique. Et les vœux d’aller en pèlerinage si… A l’extérieur pleuvaient les obus US; les incendies se déclaraient.- il fallait alors évacuer en toute hâte les caves menacées et surtout retrouver ailleurs une place de plus en plus problématique : le nombre d’abris diminuant au fil du temps.

Ainsi vécurent nos populations dans le plus misérable des dénuements, sans aucune nouvelle du front, ni des membres de leurs familles dispersées, ni du nombre des disparus, des civils tués ou blessés, amis et voisins.

De leurs tombeaux, elles écoutaient le bruit de la guerre : les explosions, le sifflement des bombes et des obus, le piqué des avions, le crépitement des incendies, le hurlement des blessés, l’agonie des animaux enchaînés… Et par-dessus tout, la peur, l’angoisse, le déses­poir, l’inconnu. »

La Petite Gazette du 13 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons, pour la dernière fois dans le cadre de ce feuilleton d’été, M. Victor Collignon, de Manhay,  qui nous a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Et se leva l’aube du 3 janvier 45 : la reconquête

Depuis le jour de Noël, les alliés avaient regroupé leurs forces, méthodiquement, mas­sivement. La date du 3 janvier avait été choisie comme celle de la contre-offensive sur toute la largeur du front Nord.

La nationale 15 délimitait deux forces de l’armée US qui allaient se déployer ; à gauche de cette route devaient progresser les 3ème D.B. et 83ème D.I., à droite les 2ème D.B. et 84ème D.l., chaque division étant elle-même scindée en « Combat Command » En face de ce Vllème Corps se trouvait le gros de la 2ème SS ainsi que la 12ème Volksgrenadiere Div. devant Malempré et le 560ème V.G.Div. devant Odeigne.

Et le 3 janvier, précédée par un déluge de feu, l’armée US s’ébranla à partir des lisières Nord du front. Dès cet instant, l’ennemi se fit menaçant envers les civils, les invitant à évacuer les villages, en dépit de la neige et du froid, du trafic intense, des balles, des mines, des obus. On vit ainsi, le long des chemins, se traîner vers le Sud des dizaines de nos vieillards, de nos femmes et de nos enfants, par­fois déchaussés ou à peine vêtus, pataugeant dans trente ou quarante centimètres de neige par un froid glacial de -20°, à bout de forces, à bout de tout.

En ces journées de com­bats, au plus profond du déses­poir de  nos concitoyens,  une étincelle, pourtant, va jaillir, une petite étoile naissante va s’élever timidement d’abord, pour aller rejoindre celles des bannières alliées se profilant sur les versants de nos collines.

La marche en avant était déclenchée : une vague déferlante de jeunes héros, les GI’s, allait bousculer impitoyablement la « glorieuse », l’arrogante « Das Reich » et ses divisions d’assistance. Au mépris de tout danger, ces soldats vont faire de leurs corps des instruments de victoire à force de courage, de volonté et d’abnégation.

Cependant, ces combats seront très violents. Les Allemands, en particulier les SS, humiliés dans leur impuissance appréhendant déjà pour eux la fin du rêve, vont mener une lutte sans merci, retardatrice de leur défaite, de maisons en hameaux, de forêts en villages, de collines en vallées. Gare aux civils qui croiseront leur retraite, leur hallali ! Beaucoup d’entre eux y laisseront la vie.

Ce fut le bataillon Kraag (Reconnaissance) de la 2ème SS qui se replia le dernier des envi­rons du Fond de la justice, pressés par les T.F. de Hogan, Lovelady et Mac George, vers les hau­teurs de Fraiture le samedi 5 janvier alors que Malempré avait été libéré le 3. Lamormenil sera libre le 6, tout comme Odeigne d’ailleurs où l’on découvrira toute l’horreur d’une tragédie qui enlevait à la tendresse des leurs, 32 victimes civiles et dont le mémorial révèle à jamais le sta­tut de village martyr. Enfin, le 7, Dochamps verra poindre l’aurore de sa délivrance.

Le bilan s’avérait, pour la plupart de nos villages, littéralement catastrophique : outre les morts, les blessés, les disparus, les prisonniers, la plupart des maisons étaient inhabi­tables et souvent, on y aménageait une seule pièce de séjour à grand renfort de planches, de cartons ou de tôles ondulées; des chemins impraticables criblés de cratères d’obus ou de bombes, remblayés grossièrement au moyen de carcasses de jeeps, douilles, bovins et même… de corps de soldats allemands !

Des mines sournoises dissimulées tous azimuts : sur les cadavres, dans les champs et les chemins, contre des arbres, dans des véhicules abandonnés.

Et toujours l’artillerie, allemande maintenant, continuait de pilonner les dernières mai­sons restées debout.

007Sur cette plaque commémorative, on peut lire : « En hommage aux soldats du 3e bataillon du 517e Régiment d’infanterie parachutiste qui, sous les tirs de l’artillerie et dans un combat héroïque, ont repris Manhay dans la nuit du 26 au 27 décembre 1944. »

Heureusement, des communes amies, tant flamandes que wallonnes, firent la preuve de leur solidarité en nous envoyant du mobilier, des vêtements ou des vivres.

Finalement, la vie reprit son cours timidement, progressivement. Obstinément, l’Ardennais se mit à reconstruire. L’arc-en-ciel s’était levé ; désormais, il rayonnait sur nos villages. Nos sentiers de désespoir, sous les couleurs des « Stars and Stripes » s’étaient mués en force d’Espérance. Et de notre Liberté ! »

Un immense merci à M. Victor Collignon et  à l’Administration communale de Manhay.

WEEKEND DES 9,10 et 11 DECEMBRE: deux occasions de voyager dans le passé régional avec René HENRY

CE VENDREDI 9 DECEMBRE, A 19H30, LE CERCLE HISTORIQUE D’EREZEE VOUS EMMENE AU SABBAT DES SORCIERES, A MORMONT

Pour vous y conduire, le Cercle Historique d’Erezée a fait appel à René Henry, le chroniqueur historique bien connu des lecteurs des Annonces de l’Ourthe. Il viendra vous entretenir d’un sujet qui, toujours interpelle, la présence des sorcières dans nos régions et la chasse impitoyable qui leur a été faite durant les XVIe et XVIIe siècles. Cette rencontre à laquelle vous êtes toutes et tous chaleureusement conviés aura lieu ce vendredi 9 décembre, à 19h30, en la salle de Mormont.

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Illustration de Michèle Mertens extraite de René Henry, Hier en Ourthe-Amblève, Mythes et Réalités

Pour vous, René Henry expliquera pourquoi nos contrées, comme un grande partie de l’Europe occidentale, ont connu cette longue période de traque des disciples de Satan, ainsi qu’étaient désignées les sorcières. Il en profitera pour définir ce qu’est la sorcellerie et montrer comment les autorités religieuses, qu’elles soient catholiques ou protestantes, ont désigné le diable en tant que responsable de toutes les calamités qui touchaient les hommes. Bien sûr, il sera question de la procédure judiciaire de l’ancien régime et le conférencier viendra montrer combien souvent il est difficile d’établir les limites entre la législation civile et la législation religieuse, il exposera la façon d’enquêter d’alors dans le respect des impositions des plus grands, Charles Quint notamment, et des raisons qui poussaient au recours quasi systématique à de nombreuses formes de torture.

René Henry se propose ensuite de dresser le portrait « sociologique » de la sorcière de chez nous en tentant de montrer pourquoi il est plus souvent question de sorcières que de sorciers. Ensuite, il analysera avec vous les étonnantes révélations que contiennent les très nombreux procès de sorcellerie que recèlent les archives de nos anciennes seigneuries. L’étude des « aveux » arrachés sous la torture est édifiante car elle fait la part belle aux fantasmes de l’époque, principalement en matière culinaire… Enormément de choses sont à apprendre au travers de ces archives de procès dont l’issue ne faisait guère de doute… et pourtant l’orateur du jour vous montrera que même cette règle-là a connu ses exceptions.

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Aborder pareil sujet donnera aussi l’occasion au conférencier de passer en revue ce que la tradition populaire a conservé des drames qui se sont joués chez nous pendant ces terribles décennies : spots et proverbes, croyances populaires, toponymie, défiance, méfiance et protections. Il parlera, à coup sûr, de chat noir et de bouc mais aussi de celles qui ne voulaient pas que l’on remarque qu’elles avaient des poils sous les pieds…

Ce vendredi 9 décembre c’est à un voyage vraiment fantastique que vous êtes invités à Mormont.

 

ARTISANAT, MUSIQUE, TRADITIONS ET, SURTOUT, CONVIVIALITE AU PAYS DES DOBES DEMONS, A NONCEVEUX, CE DIMANCHE 11 DECEMBRE

Ce dimanche 11 décembre, dès 11 heures du matin, à l’école, le comité Dobes Démons de Nonceveux vous propose une manifestation festive et conviviale à laquelle vous êtes toutes et tous chaleureusement conviés. De quoi s’agit-il ? Simplement de créer une occasion de se rencontrer, de se parler, bref de se connaître en partageant un verre de vin chaud et en découvrant l’une ou l’autre spécialité culinaire au milieu des productions des artisans du village et dans l’ambiance que créeront les musiciens du cru.

A la bonne franquette et bon enfant sont les maîtres-mots de la journée qui permettra de tailler une petite bavette tout en mangeant un petit bout et en buvant un petit coup…

Dès le tout début de l’après-midi, ce sont les talents musicaux du village qui se verront offrir une scène pour partager leur passion. Entre deux prestations, nous avons demandé à nonceveux, lui aussi habitant de notre village, d’évoquer les traditions bien de chez nous, de nous expliquer pourquoi les habitants de Nonceveux sont appelés les Dobes Démons » et ce que représente la Saint-Antoine, qui se fête à la mi-janvier, de nous rappeler comment se fêtait traditionnellement Noël avant l’arrivée des modes culinaires et autres véhiculées par les exigences commerciales, de nous dire ce que sont les Hèyeus… En résumé, nous lui avons demandé de dresser un petit panorama des véritables réalités et traditions locales ; nous gageons que vous serez nombreux à venir y apprendre énormément de choses sur votre lieu de vie.

Dès que l’obscurité s’emparera du village, une marche aux flambeaux rassemblera jeunes et anciens, petits et grands, dans une ambiance chaleureuse le temps d’un tour du village. Une très belle journée en perspective, ne la manquez pas.

Le comité Dobes Démons