VIENT DE PARAÎTRE : STANISLAS VA REVENIR de JEAN-MARC HAVELANGE

STANISLAS VA REVENIR !

L’HISTOIRE D’UN SOLDAT VOLONTAIRE DE LA GRANDE GUERRE

En 1914, la vie est paisible à Harzé (Commune d’Aywaille). Le printemps succède à l’hiver et voilà bien vite la saison des moissons. Les récoltes s’annoncent prometteuses. Stanislas et ses amis participent à la vie du village quand, suite à l’assassinat de l’Archiduc d’Autriche, l’instabilité politique créée, mène au déclenchement de la première guerre mondiale.

La Belgique est envahie le 4 août et déjà Stanislas participe à la résistance. L’aîné de l’honorable famille Flohimont n’y tient plus et décide de s’engager. Son statut d’universitaire lui confère un poste d’instructeur mais il s’impatiente d’être retenu, trop longtemps à son gré, loin de ce qu’il appelle « la place d’honneur que tout Belge devrait occuper, c’est-à-dire les tranchées de l’Yser » : « Oh ! Quand je pourrai m’y rendre, quelle joie ! Hélas ! Il faut bien se soumettre : l’obéissance, n’est-elle pas la première vertu du soldat ? »

Sa famille, ses sœurs et, plus particulièrement sa chère maman s’inquiètent. Il aura pour elles ces mots : « Vous m’écrivez que maman pleure quand elle entend le canon. Oh ! Maman, n’aimez-vous pas mieux savoir votre fils où il doit être, plutôt que là où il aurait honte plus tard d’être resté ! Je le sais, la vie est dure, la guerre est longue, la séparation bien pénible ; mais qu’est-ce donc tout cela, quand, plus tard, nous pourrons goûter le bonheur de nous revoir, avec la satisfaction du devoir accompli ! 
Quand allons-nous revenir victorieux de cette grande tragédie ? Enfin, n’y pensons pas trop et continuons, en attendant à faire simplement notre devoir de soldat et peut-être un jour en serons-nous largement récompensés soit par une mort glorieuse au front ou par une vie meilleure plus tard

Cette histoire est aussi illustrée de plus de 100 documents, lettres et photos d’époque, toujours empreints d’émotion, rattachés de très près à la vie de Stanislas et le faisant revenir eux aussi.

Stanislas, jeune homme, érudit, étudiant en philosophie et lettres à l’Université de Liège et fils aimant, n’a de cesse, au grand dam de sa famille, de vouloir s’engager pour défendre son pays sur fond d’ardent patriotisme. Au péril de sa vie et en compagnie d’autres amis du pays, il déjoue la surveillance de l’occupant ennemi et engage la lutte.

Sur la photo de ces volontaires wallons de 1915, Stanislas se trouve au deuxième rang en partant du bas, le deuxième à compter de la gauche avec sa pipe en bouche.

Découvrez au travers de ce livre récit-mémoire, premier ouvrage de Jean-Marc HAVELANGE, Licencié en communication sociale et Chef de bureau à l’Administration communale d’Aywaille, l’aventure extraordinaire parsemée d’embûches, d’esprit de camaraderie et de moments remplis d’émotion qu’a vécue Stanislas dès le moment où il a décidé de rejoindre l’armée belge en quittant clandestinement le pays.

Ce livre (290 pages) est sorti, il y a peu, des presses des éditions Dricot (Liège-Bressoux)

Découvrez, au travers de ce livre récit-mémoire illustré par de nombreux documents inédits, l’histoire magnifique et peu banale suivie de son dénouement, de ce patriote, simple héros au cœur noble et généreux, engagé soldat volontaire de la Grande Guerre.

Pour recevoir cet ouvrage, il vous suffit de verser la somme de 25€, frais d’emballage et de port compris, sur le compte n°BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille. Votre ouvrage vous sera envoyé dès réception de votre versement.

UN TEMOIGNAGE DE LA BATAILLE DES ARDENNES EN DIRECT DES U.S.A.

La Petite Gazette du 13 février 2008

UN TEMOIGNAGE DE LA BATAILLE DES ARDENNES EN DIRECT DES U.S.A.

Monsieur André Dethier, de Méan, me fait parvenir, à votre intention, un témoignage qu’il reçoit directement des Etats-Unis. Ce témoignage que je publierai en deux épisodes nous conduira, la semaine prochaine, fort loin des lieux habituellement évoqués dans cette chronique ; si j’ai néanmoins choisi  de vous faire découvrir cet historique c’est en raison de la demande de recherche qui suit cette évocation… Vous comprendrez mieux en la lisant…

« Un de mes correspondants aux U.S.A., ancien combattant de la Bataille des Ardennes, soldat dans la 75e Division d’Infanterie, m’a envoyé une page du journal des anciens combattants le « Bulgebuster », je l’ai traduite pour les lecteurs de La Petite Gazette.

La 75e Division d’Infanterie,

La 75e Division d’Infanterie finit son entraînement au camp Breckinridge au Kentucky, le 15 octobre 1944, et après avoir quitté le camp Shanks, dans l’état de New York, le 22, quitta le port de New York et arriva en Angleterre le 13 novembre 1944. Elle débarqua au Havre et à Rouen, en France, le 13 décembre 1944, elle bivouaqua à Yvelot le 14. La 75e était supposée rejoindre la 9e Armée, mais, quand la contre-offensive commença dans les Ardennes, le 16 décembre 1944, la division fut envoyée en hâte au front et prit position le long de l’Ourthe, vers l’Est de la Belgique, le 23 décembre 1944.

L’initiation au combat de la 75e fut, à la fois, une sanglante et cruelle expérience. Elle prit Grand-Menil le 26 décembre 1944 contre une dure résistance ; les tempêtes de neige aveuglante et les amoncellements de neige augmentaient les difficultés du terrain. Souvent les congères emplissaient les ravins et les rendaient invisibles, jusqu’à ce que les hommes et l’équipement disparaissent de la vue ! La nuit, le mouvement était spécialement rude et, sous la neige, les champs de mines étaient particulièrement difficiles à détecter.

Entre le 27 décembre 1944 et le 1er janvier 1945, le 289e et le 290e régiments d’Infanterie furent rattachés à la 3e Division blindée. Une partie de la 12e Panzer Division SS s’infiltra entre les unités de la 3e Division blindée et pénétra dans Sadzot avant d’être stoppée par une forte contre-attaque : les pertes furent considérables des deux côtés. Alors, le 3 janvier 1945, la ère Armée américaine commença une dure offensive sur le flanc nord du « Bulge » pour rejeter les Allemands et la 75e avança vers l’Aisne, le 5 janvier. Elle atteignit la Salm où elle releva l’héroïque 82e division aéroportée, le 8 janvier 1945. Sous un froid cruel, la 75e renforça ses positions défensives jusqu’au 15 janvier ; quand elle repartit à l’offensive, le premier jour de cette attaque, le 15 janvier, fut un jour extrêmement sanglant. En fait, il fut le jour le plus coûteux de la guerre pour la 75e Division. Les unités ennemies opposées étaient la 62e et la 326e Volksgrenadier Division. La 75e nettoya Salmchâteau et Bechet aida à prendre l’important bastion de Vielsalm après de sévères combats. Le 22 janvier, elle avait nettoyé les « Grands Bois » et prit Aldringen. Le 24 janvier, après avoir atteint Saint-Vith, la 75e fut retirée des lignes pour un court repos.

En un mois de sévères combats dans la Bataille des Ardennes, la 75e déplora la perte de 465 hommes tués en action et comptait 1707 blessés. Le froid intense avait été un aussi sérieux antagoniste que les Allemands : pieds, mains et doigts gelés et toute sorte de dommages corporels causés par le froid ont fait que les pertes comptaient 2633 hommes en plus. En dépit de tout cela, la 75e était maintenant devenue une division de combattants endurcis qui avaient saigné dans la neige, les collines, les villages et les forêts des Ardennes. (…) A suivre.

 

La Petite Gazette du 20 février 2008

UN TEMOIGNAGE DE LA BATAILLE DES ARDENNES EN DIRECT DES U.S.A.

Monsieur André Dethier, de Méan, m’a fait parvenir, à votre intention, un témoignage qu’il reçoit directement des Etats-Unis. Nous en avons découvert le début la semaine dernière quand la 75e Division d’infanterie U.S. faisait le compte de ses pertes après la bataille des Ardennes.

« Après la 75e fut envoyée, par chemin de fer, prendre part à la bataille de la poche de Colmar, dans le centre est de l’Alsace. Plusieurs divisions américaines furent retirées d’autres fronts et envoyées là-bas pour aider la 1ère armée française à éliminer cette fâcheuse aire que les allemands tenaient encore à l’ouest du Rhin, la 75e en était ! La bataille fut dure et sanglante. La 19e armée allemande avait eu beaucoup de temps pour mettre en place une très forte défense. La neige épaisse allait jusqu’aux genoux avec des congères considérables ; de plus, les Allemands avaient disposé de nombreuses mines.

La principale mission de la 75e était de couvrir le flanc droit de la 3e Division d’infanterie et ses attaques sud-est vers le Rhin. Après l’assaut initial commencé le 22 janvier 1945, la 75e rejoint la bataille le 1er février et prend Horbourg et Andolsheim lors de féroces combats de maison en maison. A Horbourg, des snipers (tireurs d’élite) installés dans le clocher de l’église furent éliminés par la destruction du clocher au bazooka. Les allemands contre-attaquèrent, mais furent repoussés.

Le 2 février 1945, la 75e surmonta l’opiniâtre opposition dans la forêt de Colmar et, le 5, prenait Wolfgantzen et Appenwihr. Poussant sud-est, la 75e traversa le canal Rhône-Rhin sans résistance, le 7 février. Le 10, la bataille était finie, excepté quelques actions de nettoyage. Les allemands avaient perdu la dernière forteresse est sur le Rhin en Alsace et souffraient d’une perte d’environ 30 000 hommes lors de cette bataille. Parmi les autres pertes, cette bataille de la poche de Colmar coûta la vie à 150 hommes de la 75e.

Après un court repos à Luneville, en Lorraine, la 75e Division d’infanterie fut envoyée loin vers le nord et retourna au combat. La division relevait la 6e Division aéroportée anglaise, sur un front s’étendant le long de la Meuse, près de Roermond, au sud est de la Hollande.

Le 21 février, des reconnaissances et de nombreuses actions de patrouille furent conduites. La 75e fut l’objet de lourds feux d’artillerie. Le 291e régiment d’infanterie combattit à Assenberg du 7 au 9 mars. Alors, comme les Américains se frayaient un chemin vers le Rhin, la 75e patrouillait dans le secteur de Wesel à Homburg et releva la 35e division d’infanterie entre le 13 et le 23 mars 1945. La nuit, les hommes de la 75e sondaient les défenses allemandes. A ce moment-là, la 75e relevait de la 9e Armée.

Le 24 mars, la 290e division d’infanterie traversa le Rhin dans le sillage des 30e et 79e Divisions d’infanterie, suivies par le reste de la 75e. Le 30 mars, les 289e et 290e Divisions d’infanterie attaquaient, sous la protection de la 8e division blindée, et atteignaient le canal Dortmund-Ems, près de Datteln, le 1er avril.

Pendant les deux semaines suivantes, la 75e combattit dans la poche de la Ruhr contre une forte résistance de la part de quatre divisions allemandes : les 180e et 190e d’infanterie, la 116e Panzer et la 2e Parachutiste reconstituée. Ces formations, quoique affaiblies, étaient encore parmi les meilleures que les Allemands avaient laissées. La 75e nettoya la forêt de Haard, le 1er avril et traversa le canal Dortmund-Ems à Waltrop le 4 avril, renforcée par la 320e Regiment de la 35e Division d’infanterie. Deux camps de « travail forcé » furent libérés, ils contenaient 3000 prisonniers. La 75e entra alors dans de furieux et longs combats dans la portion nord de l’immense poche du Rhin, combattant sur des terrains difficiles dans le voisinage de la ville de Dortmund. Ce fut là l’une des plus rudes résistances rencontrées par les combattants U.S. durant la grande bataille. Maintenant, la 75e contrôlait Dortmund et combattait encore pour prendre la petite ville de Witten, juste au sud. La 75e était fort occupée avec, le 6 avril, un jour particulièrement difficile. Après plusieurs jours de combats sévères, une très grande « task force » combattait à l’est pour se connecter avec la division en difficulté et la  soutenir. Cette puissante force incluait un régiment de la 17e Division aéroportée et la 8e Division blindée, les 79e et 95e Divisions et le 15e groupe de cavalerie. Un état-major de la gestapo fut détruit par la 75e à Annen et, le 12 avril, les Allemands tombèrent au sud de la rivière Ruhr.

Maintenant la 95e Division d’infanterie était sur le flanc gauche de la 75e et la 79e était sur la droite. L’attaque continua sur un terrain difficile et vallonné, plusieurs petits villages furent pris par la 75e et, finalement, la 95e division d’infanterie surgit et prit Dortmund ; après avoir pris Herdecke,  la 75e fut envoyée à Brambauer pour réhabilitation et repos.

Le 22 avril, la 75e releva la 5e Division d’infanterie au sud de la Rhur. Alors la 75e fut assignée à la sécurité en Wesphalie. Le jour V, le 8 mai 1945, la 75e était à Lütgen et, peu après, établit les quartiers généraux d’occupation à Werdohl. La division quitta l’Allemagne pour l’Amérique en novembre 1945. Submitted by Harold Charles H.Q.291 »

LA 106Th U.S. DIVISION A NEUPRE ET AILLEURS…

La Petite Gazette du 24 août 2011

QUELLES ETAIENT LES UNITES AMERICAINES QUI STATIONNAIENT A NEUPRE EN 1944 ?

Il y a quelque temps je vous soumettais la question de Monsieur Philippe Dejasse de Herstal qui aurait souhaité savoir avec précision quelles étaient les troupes américaines qui stationnaient à  l’école catholique à Neupré ainsi qu’au château Englebermont en 1944. Pour vous aider dans votre recherche, Monsieur Dejasse précise que ces troupes étaient là à la mi-décembre.

« D’après mon papa, précise mon correspondant, il y avait alors un hôpital de campagne et l’écusson des soldats aurait été un rond jaune orange cerclé de bleu et présentant, en son centre, une tête de tigre. » Rappelons que si mon correspondant s’intéresse de près à ces troupes c’est parce que, à l’époque, douze de ces hommes ont logé chez ses grands-parents.

Pourrez-vous lui apporter les précisions souhaitées ?

La Petite Gazette du 7 septembre 2011

QUELLES ETAIENT LES UNITES AMERICAINES QUI STATIONNAIENT A NEUPRE EN 1944 ?

Monsieur Philippe Dejasse, de Herstal, qui recherche ces informations, vous indiquait le souvenir de son papa au sujet de l’écusson que portaient ces soldats. Cette indication a suffi à M. Armand F. Collin pour lui apporter bien des renseignements :

« Le badge dont question est celui de la 106th Infantry Division US. Cette division ‘verte’ (n’ayant pas encore connu le feu) venait de se faire étriller dans la Schnee Eifel (près de St-Vith)

Le 17 décembre 44, la région Anthisnes, Hody et alentours fut utilisée comme zone de regroupement et de refonte de cette unité. Les diverses composantes furent réparties dans la région (dans le sens large). Le château de Hody hébergea une unité médicale. Un camp avait été dressé dans les prés le long de la route qui monte vers les Stepennes. Après avoir reçu des renforts, la 106th repartit au front vers le 15 janvier 1945. Des habitants possèdent encore des badges de la 106th. D’autres unités stationnèrent aussi dans la région, notamment le 148th Eng.Bat. »

La Petite Gazette du 14 septembre 2011

LES UNITES AMERICAINES A NEUPRE EN 1944

La question posée par Monsieur Dejasse, de Herstal, vous a conduits à mener quelques recherches :

Monsieur Jean Collin, de Hamoir, tout d’abord précise :

« Si je ne me trompe l’insigne dont parle  M. Dejasse était celui de la  106 ME division d’infanterie   » Golden Lion », il ne s’agissait donc pas d’un tigre mais bien d’une tête de lion sur fond jaune or.

Cette unité  récemment débarquée des USA avait été envoyée vers St-Vith où elle fut réellement décimée par des troupes allemandes aguerries avant d’être envoyée en repos à Plainevaux – Rotheux. »

Monsieur G. Lorquet, d’Abée, est un ancien sous-officier de la police militaire belge et, comme nombre d’entre vous, passionné par l’histoire militaire de nos régions. Il partage l’avis de M. Collin :

« J’ai fouillé ma documentation et me suis référé à l’historien américain des armées Charles B. Mac Donald qui dans son ouvrage « Noël 44, la bataille d’Ardenne » (page 118), ce badge appartenait à la 106e division d’Infanterie que commandait le général de brigade Edward Walter Jones. Cette unité, en raison justement de son badge, était appelée « Golden Lion » ; venant de St-Vith, elle a été engagée, en décembre 1944, au front entre Manderfeld et la trouée de Loshein. »

Un grand merci pour vos recherches.

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

A PROPOS DE LA 106TH DIVISION U.S. PRESENTE A NEUPRE EN 1944

Monsieur Michel Pirotton, de Sougné-Remouchamps, apporte de précieux renseignements sur cette unité américaine qui intéresse tant Monsieur Dejasse, de Herstal. Il précise utilement que ces informations ont été puisées dans le livre de Robin Cross Chantecler, Le dernier espoir d’Hitler :

« Il s’agit bien de la 106th Infanterie Division dont voici le badge.

Badge de la 106th division dite « golden lions’ »

Cette division, dont le général major était Alan W. Jones n’avait aucune expérience du combat quand elle monta en ligne le 2 décembre dans la région Schnee Eifel ; elle y subit une lourde perte en hommes. Elle fut ensuite envoyée en renfort à Saint-Vith où le 18 septembre elle dut subir une terrible épreuve contre la 18e Div. de volksgrenadiers qui l’attaqua en quatre endroits, en forme de fer à cheval. Le 19 décembre, ces défenseurs furent soulagés par l’arrivée du 112e régiment d’Infanterie. Le soir du 20 décembre, des groupes d’Allemands avaient enfoncé les lignes américaines et attaqué des postes de commandement. Les américains tentèrent alors d’échapper au pire. La 106e division sortit quasiment décimée par ces combats (elle ne comptait plus alors que 106 hommes) et se retrouva au carrefour de la Baraque de Fraiture où, avec le soutien du 589e Bataillon d’artillerie, elle occupa ce nœud routier. Après plusieurs attaques menées par la 2e Division blindée SS Das Reich, le soir du 22 décembre, les troupes américaines reçurent le renfort de la 87e compagnie blindée ainsi que de deux canons d’assaut motorisés de la Task Force Karre 3e Division blindée. C’est ensuite que la 106th Division fut relevée et mise au repos à Neupré jusqu’aux environs du 15 janvier 1945. »

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

DES PRECISIONS UTILES AU SUJET DE LA 106Tth US INFANTERY DIVISION

Monsieur Guy Blockmans lit la Petite Gazette à Bruxelles, il connaît bien notre région car, sa carrière professionnelle à « Wallonie-Bruxelles Tourisme » l’a conduit progressivement à devenir un spécialiste de la Bataille des Ardennes. Il est l’auteur d’une intéressante publication sur le sujet qui conduit le lecteur attentif de villes en villages, de stèles en monuments, de musées en sites ou cimetières militaires rappelant cet épisode essentiel du dernier conflit mondial. Aussi tenait-il à vous faire part de ses commentaires au sujet de cette unité américaine évoquée dans nos colonnes à propos de son passage à Neupré, en 1944 :

« Je me permets de rectifier quelque peu ce qui a été publié ; cette unité n’a pas été décimée, mais ses 422nd et 423rd Infantry Regiments ont été encerclés et faits prisonniers, soit environ 7000 hommes.

En effet, la 106th ID, avec ses 422nd, 423rd et 424th Inf. Reg., ainsi que ses 589, 590, 591 et 592 Field Artillery Battalions, deux Tank Battalions et trois Anti Aircraft Artillery Battalions, plus quelques autres unités telles que Engineer, Reconnaissance, medical… faisant partie du VIIIe Corps avaient reçu l’ordre de relever la 2nd US Infantry Division dans le Schnee Eifel.

La 106th, sur un front de plus ou moins 27 Km, allait occuper une position avancée de défense de Saint-Vith, à partir du 13 décembre 1944. Mais, suite à la progression rapide des troupes allemandes, par le nord et par le sud, la ville de Saint-Vith allait devenir un « saillant américain » dans l’avance allemande. Malgré une résistance acharnée, les 422 et 423 Inf. Reg. Allaient se retrouver coupés de tout ravitaillement et, finalement, encerclés. Les deux régiments se rendirent dans l’après-midi du 19 décembre et furent ainsi faits prisonniers. Quant au 424th Inf. Reg., il continuera à participer à la défense de Saint-Vith. Toutefois, craignant l’encerclement des 20 000 défenseurs du « saillant de Saint-Vith », le 22 décembre, la maréchal Montgomery, commandant le 21 st british Army Group sur le flanc nord, ordonna le repli des troupes sur de nouvelles positions défensives, derrière la rivière Salm.

Les 24, 25 et 26 décembre, les bombardements alliés réduisaient Saint-Vith à l’état de ruines.

 

saint-vith

Une stèle dédiée à la 106th US Infantry Division « Golden Lions » située Kloosterstrasse à Saint-Vith rappelle la bravoure des GI’s »

La Petite Gazette du 30 novembre 2011

A NOUVEAU LA 106TH U.S. DIVISION

Ce n’est pas une surprise pour moi, vous êtes réellement passionnés par l’histoire de l’Offensive des Ardennes et, dans ce domaine également, votre souci de précision est tout simplement remarquable…

Monsieur Fernand Albert, de La Gleize, souhaite revenir sur de récents articles parus à propos de cette division et, notamment, sur une phrase de M. Guy Blockmans qui écrivait qu’après la capture de deux régiments de la division, le troisième, à savoir le 424tt « continuera à participer à la défense de Saint-Vith. » M. Albert pense qu’il serait plus indiqué de dire « participa à la reprise du nœud routier de Saint-Vith » et il explique pourquoi :

« Après la perte de deux de ses régiments dans l’Eifel, la 106e Division d’Infanterie U.S. fut recomposée et sa formation de combat se composa d’éléments disparates, à savoir :

Le 424e Régiment d’Infanterie (le seul appartenant encore à la 106e) renforcé par la compagnie A du 81e génie.

Les 1er et 3e bataillons du 517e Régiment de parachutistes plus la compagnie C du 596e Génie aéroporté, (Le 517e remplace le 112e Régiment d’Infanterie initialement prévu mais déjà en action) commandé par le colonel Graves.

Le 460e bataillon d’artillerie en soutien du 517e P.I.R. (Lieutenant Colonel Cato)

Le 591e bataillon d’artillerie en soutien du 424e R.I. et soutien général.

Deux pelotons des compagnies C et D du 740e bataillon de tanks.

Une compagnie du 643e bataillon de tanks-destroyers ;

Elle est commandée par le général Perrin. Le rôle qu’elle devra jouer dans le secteur de Stavelot est assez limité dans le temps car elle se retirera des combats aussitôt ses objectifs atteints.

Ceux-ci sont les suivants :

Pour le 517e P.I.R. : Franchir l’Amblève à Stavelot et établir une tête de pont.

Le Stockeu et la route du Vieux Château

Bûtai, Vaux-Renard et Lodomez.

Pour le 424e R.I     : Somagne et Hénumont

La vaux, Crête du Faix du Diable, La Coulée, Logbiermé.

Les opérations de ces unités dans le secteur de Stavelot étant trop nombreuses pour être détaillées dans cet article, nous nous contenterons de les résumer très succinctement.

Le 11 janvier, le 517 PIR franchit l’Amblève à Stavelot, établit une tête de pont.

Le 13, la route du Vieux Château et le Stockeu sont nettoyés et l’attaque se poursuit vers La Bergerie, la maison de la Belle Femme, Bûtay, et les lisières sud de Lodomez. La Vaux-renard est dégagée et l’entrée du hameau de Lodomez est atteinte.

Le 15, Refat est atteint, de même que Francheville, puis le château de Houvegné est occupé.

Le 17, les parachutistes atteignent la route de Poteau-Petit-Thier.

Le 424e R.I., qui a relevé le 112e à Wanne, Spineux et Aisomont, attaque vers La Vaux et en direction de Somagne et d’Hénumont. Il reçoit la mission d’investir la colline de Coquaimont pour poursuivre ensuite vers Ennal et R’méster.

L’attaque d’Ennal débute à l’aube du 15 et se poursuit toute la journée. Ce régiment ayant échoué devant Hénumont et à La Coulée, l’Etat-Major de la 106e fait intervenir le 517 P.I.R.

Son 1er bataillon investit Hénumont puis prend la direction de Logbiermé via La Bouhaye et Hoppont. Le village de Logniermé est le théâtre de violents combats. Après la conquête du village, la progression se poursuit le 16 janvier vers la région de Poteau et de Recht.

Lodomez tombe également aux mains des parachutistes qui poursuivent leur progression vers Beaumont.

Le 18 janvier, la 106e Division, qui a atteint ses objectifs est retirée des opérations.

Le 424e régiment part en repos à Trois-Ponts et Stavelot tandis que le 517e R.I.P., rattaché à la 30e Division d’Infanterie, reste sur ses positions et supporte l’offensive de la 75e D.I. pour, finalement, rattachée à la 82e division aéroportée, revenir au bivouac à Stavelot. »

Mon correspondant précise qu’il puise ces renseignements dans l’ouvrage de Serge Fontaine (+), La contre-attaque américaine dans la région de Stavelot, Trois-Ponts et Wanne en janvier 1945.

La Petite Gazette du 10 octobre 2007

PAS POILU… MAIS PIOTTE !

 
Monsieur Jean d’Olne, de Sendrogne, fait une intéressante et judicieuse remarque :  
J’ai sursauté en lisant dans un de vos billets « Mme Arlette Deblond est la nièce d’un poilu de la Grande Guerre ». En effet, le mot « poilu » désigne un soldat français de la 1ère Guerre Mondiale, pour reprendre la définition du Petit Larousse. Si j’ai bonne mémoire, les soldats belges étaient surnommés « piottes« . J’ai aussi le mot « jass » en mémoire, mais il est peut-être d’usage plus restreint (équipe nationale militaire de football), cfr http://www.mil.be Édition 11 du 15/11/2000  
L’équipe nationale militaire de football en Amérique du sud Épatants, les Jass ! (Merci Google.be…)  
Quant aux « piottes« , je trouve, toujours sur Google, ce document qui cite le terme, Médecins de la Grande Guerre, par le Dr. Patrick Loodts (Au hasard …) « Les piottes belges soumis à un travail harassant depuis plusieurs jours se trouvent donc couchés à même le sol (…) le nouveau poste de secours se remplit aussitôt de piottes et de feldgrauen blessés (…) Et aussitôt les piottes entonnent spontanément la Brabançonne et viennent serrer les mains de leur chef. » Il y a deux autres documents, qui ne citent le terme qu’une seule fois, toujours au sujet de soldats belges… (Encore Google.be, évidemment…)  
Il serait intéressant de chercher des compléments d’information auprès des lecteurs, les réponses instructives ne manqueront pas!

La Petite Gazette du 24 octobre 2007

 

Piotte, piot, jass, jas ou …poilu belge !

Voici quelques compléments d’information pour M. Jean d’Olne, de Sendrogne, à propos du surnom des soldats belges de 1914-1918. Ils ont été rassemblés et transmis par M. Alain Canneel, de Lesterny.

JASS

On trouve dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque royale de Belgique (http://opac.kbr.be/fbb1.htm) au moins deux ouvrages concernant les jass:

J’ai vu ! Les misères de nos jass au front, A. Van Dijck, sans date de publication ni mention de l’éditeur.

Notre jass de 1914. Le soldat belge, par un officier de troupe, Général Remes, Bruxelles, Imprimerie des Travaux publics, sans date de publication.

Ce dernier ouvrage, qui est partiellement accessible sur l’Internet (http://www.greatwardifferent.com), se retrouve aussi dans le catalogue en ligne d’un autre service public, le Centre d’Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines ou CEGES (http://www.cegesoma.be/index.php?option=com_wrapper&Itemid=55), avec en outre le périodique suivant:

Enfants de Jass, sous la direction de M. Gossieaux, Fédération Nationale des Amicales d’Enfants de Combattants, Bruxelles, Cahier trimestriel.

De plus, dans la photothèque du CEGES, à la rubrique Entrée et présence des troupes alliées en Belgique, se trouve une photo (n° 448) dont la légende est Nos Jass examinent avec intérêt les armes magnifiques des Tommies et qui date de …mai 1940 !

PIOTTE ou PIOT

Dans le catalogue en ligne de la Bibliothèque royale de Belgique, on trouve entre autres les deux ouvrages suivants:

A la gloire du piotte, Louis Piérard, Leyde, A. W. Sijthoff, 1916.

Ceux du front. Organe intermittent des anciens du 19e régiment de Piottes, Soignies, Secrétariat M. Maurice Chauviaux, 1924.

Et dans le catalogue en ligne du CEGES, on trouve en outre cet ouvrage qui traite lui de la guerre 1940-1945:

Bij den troep. Belevenissen van een piot. Kamp van Beverlo, Mobilisatie, Achttiendaagse veldtocht, 1938-1940, René VUGHT, Leuven, 1992.

POILU BELGE – BELGISCHE PIOTTE

En ce qui concerne les dictionnaires, il convient de souligner que le Petit Larousse – par exemple, le Larousse du XXe siècle en six volumes publiés de 1928 à 1933, qui donne la même définition de poilu – est un dictionnaire français.  Cela peut expliquer une référence aux seuls soldats français.  Le Petit Robert est néanmoins plus scrupuleux bien qu’aussi français: pour lui le substantif poilu désigne un «soldat combattant de la guerre de 1914-1918, dans le langage des civils», sans précision de nationalité.  Par ailleurs, ces dictionnaires ignorent nos jass et piotte ou piot.

Il y a plus.  Les quatre frères de mon grand-père paternel ont été combattants en 1914-1918: Jules-Marie Canneel (né en 1881) et Jean Canneel (né en 1889) ont été mobilisés, Georges Canneel (né en 1887) et Jean Canneel (né en 1894) ont été volontaires de guerre.  Dans La Petite Gazette des 15, 22 et 29 janvier 2004, j’ai évoqué plus particulièrement l’aîné d’entre eux, «vieux soldat» de trente-trois ans des «troupes de forteresse», à propos du camp de Harderwijk aux Pays-Bas où il a été interné, avec beaucoup d’autres soldats belges, après la chute d’Anvers et la retraite aux Pays-Bas restés neutres.  Comme je l’écrivais alors, Jules-Marie Canneel illustra régulièrement la revue bilingue Inter Nos, organe bimensuel des internés belges de Harderwijk de 1916 à 1918.  Il dessina notamment les illustrations de couverture des 61 numéros publiés.  J’ai récemment reçu des photocopies de ces couvertures.  Celle du numéro 52 (1er juin 1918) intéressera M. Jean d’Olne.  Son sujet en effet n’est autre qu’«un poilu belge – een Belgische piotte» !  Voyez la reproduction ci-jointe. »

POILU-PIOTTE.jpg

Nous suivrons cette brillante démonstration, la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 30 octobre 2007

Piotte, piot, jass, jas ou …poilu belge !

Voici quelques compléments d’information initialement destinés à M. Jean d’Olne, de Sendrogne, à propos du surnom des soldats belges de 1914-1918. Cependant, l’intérêt de cette documentation m’a poussé à vous la proposer à tous. Tous ces renseignements ont été rassemblés et transmis par M. Alain Canneel, de Lesterny.

« Consultons les dictionnaires non pas français mais néerlandais.  Je n’ai sous la main que le Frans Woordenboek de C.R.C. Herckenrath, J.B. Wolters, Groningen, mais il m’apprend déjà que een piot signifie un pioupiou, un troupier.  Vous aurez d’ailleurs noté que le seul ouvrage en langue néerlandaise cité la semaine dernière use dans son titre du terme piot (pluriel: piotten), à la différence des ouvrages en langue française qui utilisent un piotte et des piottes.  Pour être correct, il aurait sans doute fallu écrire sur la couverture du numéro 52 d’Inter Nos «een Belgische piot»…

Il vous reste à lancer votre moteur de recherche favori sur l’Internet avec comme mots clés soit een piot, soit piotten associé à 1914, pour trouver une abondance de textes en néerlandais à propos des troupiers de 1914.  Si vous associez piot ou piotten à 1940, par exemple, vous aurez la confirmation de ce que suggère la mention ci-dessus à propos de l’ouvrage en langue néerlandaise concernant la guerre de 1940-1945, à savoir que les appellations piot ou piotten ne sont pas plus spécifiques de la «Grande Guerre» que jass.  A la différence de poilu ?  Enfin, mon Frans Woordenboek ignore le(s) jass.

Quant au poilu belge, je peux aussi mentionner une carte postale qui, selon sa légende, représente «Le 14 juillet à Paris en 1916 – Les Poilus Belges devant le Grand Palais». 001

Et une autre, qui montre, selon sa légende, «La Grande Guerre 1914-1916En Belgique – La Reine des Belges accompagnée du Général de Conninck écoutant dans les tranchées un poilu mélomane» (jouant du violon).

 

JASS ou JAS

Last but not least, Jules-Marie Canneel signait ses illustrations de couverture pour la revue Inter Nos du camp d’internement de Harderwijk en faisant parfois suivre son nom par une qualification de son état de soldat belge interné.  Ainsi, signa-t-il la couverture du numéro 40 (1er janvier 1918) j.m. canneel soldat belge, celle du numéro 49 (15 mai 1918) qui est un autoportrait j.m. canneel Belgian soldier by himself ou celle du numéro 61 (novembre 1918) j.m. canneel soldat interné belge.  Mais ce sont ses signatures des couvertures des numéros 45 (15 mars 1918) et 59 (15 octobre 1918) qui doivent intéresser les lecteurs de la Petite Gazette –soit respectivement j.m.canneel piotte et j.m. canneel jas.  Voyez les reproductions ci-après.

Toutefois, l’élément le plus éclairant à propos de jass et jas provient d’un monument situé devant l’hôtel de ville d’Arlon. Voyez la reproduction de cette carte postale.

002

Cette statue en bronze de 2,30 mètres de haut, œuvre de Jean-Marie Gaspar (1861-1931) inaugurée le 3 octobre 1920 suite à une souscription publique, a pour nom «Le Jass». Elle représente un soldat de la Grande Guerre et a été érigée à la mémoire des combattants et des déportés belges, ainsi que des fusillés arlonais morts au cours de la guerre 1914-1918.  J’ai puisé ces informations sur l’Internet, à l’adresse http://www.arlon-is-on.be/fr/autres.html où sont détaillés les monuments de la ville d’Arlon.  On y lit de surcroît cette précision: le nom Jass vient du mot flamand jas qui désigne la capote portée par les soldats en hiver (een jas, dans son sens courant, c’est une veste, un veston).  Ainsi, quand piotte vient du mot flamand piot, jass vient du mot flamand jas (qui se prononce ‘yass’ comme dans yeux et tasse).  Nous sommes bien en Belgique !

Aussi, pour faire bonne mesure, vous trouverez ci-joint une carte postale de Bruxelles montrant «Manneken-pis en costume de Jass – Manneken-pis in Jass»…

manneken-pis-en-jass

Un immense merci pour cette recherche, sa précision et sa documentation

La Petite Gazette du 14 novembre 2007

Piotte, jass, jas ou poilu belge ! petit erratum et nouveaux déverloppements

Alain Canneel, de Lesterny, me demande de faire la petite correction suivante :

« On m’a fait remarquer une erreur de distraction que j’ai commise dans le texte qui a été publié dans La Petite Gazette du 25 octobre dernier.  Le plus jeune des quatre frères de mon grand-père se prénommait en effet Marcel et non Jean.  Il faut donc lire:

Jules-Marie Canneel (né en 1881) et Jean Canneel (né en 1889) ont été mobilisés, Georges Canneel (né en 1887) et Marcel Canneel (né en 1894) ont été volontaires de guerre. Mon correspondant en profite pour nous présenter un autre document intéressant :

les-poilus-belges-devant-le-grand-palais-14-7-1916

Des soldats belges ont défilé à la fête du 14 juillet 1916 à Paris. La légende de cette carte postale peut éclairer sur l’utilisation faite à cette époque de l’appellation « poilus« , par les Français eux-mêmes. Comme celui de la carte du « poilu mélomane », l’éditeur de cette carte des « poilus belges » à Paris est français. »

Monsieur Guy Stassin, de Flostoy, nous apporte quelques commentaires intéressants :

« Comme dans beaucoup d’autres familles, mon père et mon oncle maternel ont participé, comme jeunes volontaires de 16 ans, à la Première Guerre mondiale. Mon oncle maternel, plus âgé, s’est engagé dès 1915 pour servir au 12e de Ligne, où il a terminé la guerre, blessé, comme sous-Lieutenant auxiliaire tandis que mon père, plus jeune, s’est engagé en 1917 pour venir au 4e d’Artillerie, où il a terminé la guerre comme Brigadier-téléphoniste. Tous les deux participeront à la guerre de 1940 comme officiers de réserve.

Je me rappelle leurs discussions animées et amicales au sujet de la guerre 14 – 18. Mon père traitait mon oncle de « Piot » pour se voir traité en retour de « Verdomme artilleur », terme utilisé vis-à-vis de l’artillerie quand elle tirait trop court et dans ses propres lignes !

A mon avis, le terme « poilu » est typique des fantassins de l’armée française et, parfois, employé par extension à ceux de l’armée belge.

Le terme « Jass » ne désigne pas, à proprement parler, un fantassin des tranchées, mais un homme du rang, un simple soldat. Ce terme était encore, parfois, utilisé quand j’étais encore en service actif ; je suis retraité depuis 1983. (N.D.L.R. Pour rappel, mon correspondant était Commandant de Cavalerie).

Le terme « Piot » ou « Piotte » est différent et désigne l’infanterie par rapport aux autres armes.

C’est devenu un terme péjoratif par lequel les armes montées, artillerie et cavalerie » désignent les fantassins, quel que soit leur grade ; il y a donc même des généraux « Piots » ! N’oublions pas qu’à l’infanterie il y a des caporaux et des sergents alors que, dans les armes montées, on parle de brigadiers et de maréchaux des logis.

Cependant, ce dédain des armes montées s’est estompé pas à pas quand les fantassins, qui se déplaçaient encore à pied dans les années 50, ont progressivement été montés sur Half-Tracks, puis sur véhicules blindés de transport d’infanterie, pour collaborer sur le terrain avec les unités de cavalerie montées sur chars.

Il est intéressant de signaler que, en 1914 – 1918, les gendarmes chargés d’appréhender, sur les arrières, les fuyards et déserteurs avaient été baptisés du terme péjoratif de « piottepakker » ! »

Mon correspondant conclut de façon quelque peu amère : « Je ne suis plus témoin de la situation actuelle où l’on ne sert plus dans un régiment comme autrefois, mais où on travaille dans une entreprise nommé Défense. »

Merci pour ces renseignements qui complètent utilement les informations de M. Canneel.

La Petite Gazette du 5 décembre 2007

Poilu belge, jass, jas, piotte, piot ou… Pioupiou ?

Monsieur Alain Canneel poursuit sa passionnante enquête et coordonne les recherches :

« En la personne de Monsieur Guy Stassin, de Flostoy, nous avons l’avantage de disposer d’un témoin pour un point mineur, mais non dénué d’intérêt: comment les francophones prononçaient-ils à l’époque le j de jass ?  Nous pouvons supposer que ce n’est pas à l’anglaise, comme dans jazz.  Mais est-ce à la française, comme dans jaseur ou jatte ?  Ou, vu l’origine du mot, à la flamande comme le y dans yankee ou yaourt ?

Voici encore, poursuit M. Canneel, quelques informations faisant suite à la remarque de M. Jean d’Olne, de Sendrogne, à propos du surnom des soldats belges de 1914-1918.

Dans son livre «Au pays des braves gens», un récit de ce que fut la vie de ses parents (Editions La Dryade, Vieux-Virton, 1966 pour la 2e édition que j’ai utilisée), Omer Habaru, né vers 1893 à Saint-Mard, décédé vers 1977 et qui fut lieutenant dans l’armée belge, utilise à trois reprises le terme piottes pour désigner de jeunes soldats belges:

-p. 86 et 87, dans le contexte des dernières années du XIXe siècle (l’auteur n’a pas encore 6 ans), ce qui suggère que cette appellation est antérieure à la guerre 1914-1918,

-p. 142, dans une opposition, en août 1914, des piottes belges aux feldgrau allemands (désignés d’après la couleur gris-vert de leur uniforme), ce qui permet de supposer que l’appellation piottes pourrait ne pas désigner que des fantassins belges.

Nous avons d’ailleurs vu qu’en néerlandais een piot signifie un pioupiou.

Dans son ouvrage «Les années douloureuses, Journal d’un encerclé (1914, 1915, 1916)» (Picard-Ballon Ed., Namur, 1919), Victor Enclin (1873-1949), curé de Tellin dès 1912, note à la date du samedi 8 août 1914: «Durant toute la journée, mais par intermittences, les pioupiou français défilent avec un peu d’artillerie.  Les villageois les acclament, leur offrent, au passage, café, cigares, bière, pain.».  Et la carte postale ci-jointe, expression de l’admiration des Français pour les Belges qui réussirent en octobre-novembre 1914 à bloquer l’avance des puissantes troupes allemandes sur le front de l’Yser, reproduit un dessin de Georges Scott publié dans l’Illustration qui montre «le pioupiou de France» offrant un bouquet de roses rouges unies par deux rubans tricolores, l’un bleu-blanc-rouge et l’autre noir-jaune-rouge, «à S.M. la Reine des Belges pour sa fête, 19 novembre 1914», jour de «La Sainte Elisabeth».

003

 

 

 

 

 

 

Reste à trouver dans un document la mention de pioupiou belges ou de piottes français… !

 

La Petite Gazette du 3 janvier 2008

AU-DELA DES PIOTTES ET DES POILUS

Grâce à vos diverses interventions, dans les derniers mois de l’année 2007, nous avons eu un large aperçu des différents sobriquets dont étaient affublés (ou que se donnaient eux-mêmes) les soldats de la Grande Guerre.

Monsieur José Marquet, de Sprimont, a eu l’excellente idée de fouiller les mémoires de volontaire de guerre (1914 – 1918 évidemment) de Maurice Flagothier, de Lincé-Sprimont, à la recherche de termes de l’argot militaire alors utilisé. L’auteur de ces mémoires en donnait aussi la définition :

« Piotte ou Lignard : soldat belge d’infanterie de ligne.

Poilu : soldat français.

Jampot : soldat anglais.

Plouk : simple soldat.

Piottepak : gendarme

Plakpotte : soldat malpropre et débraillé.

Ménapien : Flamand.

Cabot : caporal.

Premier bidon : 1er sergent-major.

Adjupette, capiston et colon : adjudant, capitaine et colonel.

Carapate : carabinier.

Flingot : fusil.

Rabat de col : mauvais morceau de viande.

Chapeau boule ou pot de chambre : casque.

Vîs paletots : soldats non armés des vieilles classes qui avaient gardé leurs anciennes tenues sombres datant de l’avant-guerre et ce jusqu’en 1917. Ils étaient affectés à certains travaux.

Compagnie sans floche : compagnie de réhabilitation formée de soldats condamnés par les conseils de guerre et dont le bonnet de police était dépourvu de gland. »

Merci à M. Marquet pour cette recherche.

La Petite Gazette du 16 janvier 2008

ENCORE UN PEU D’ARGOT MILITAIRE

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, vient, de façon bien agréable, compléter la liste dressée dernièrement pas M. Marquet.

« Pioupiou  s’employait encore, naguère, pour désigner un jeune soldat. Le Médecin (le Docteur) se désignera soit par Doc soit par Toubib. Chez les Anglais, on parlera plutôt de Bone(s), soit : «os ou des os » en  français. Ainsi : «Has the Bone(s) already come, today ?» voudra tout simplement dire «Est-ce que le docteur est déjà passé, aujourd’hui

L’Infirmier ou le Garde-malade  seront désignés, en Belgique, par le terme Pilule.

Le Chef d’une petite unité, d’une certaine importance toutefois, y sera souvent appelé le Boss (Terme anglo-saxon)

A la Force navale belge, le commandant du navire sera appelé soit le Singe soit le Vieux quand on ne parlera pas tout simplement du Con (sans qu’il l’entende bien entendu!).

L’Adjudant, quant à lui, sera, en Belgique et en France, assez fréquemment appelé le Juteux (Ici aussi, il ne doit rien du tout entendre, surtout si l’expression vient d’un inférieur!).

Pour ce qui est de la bouffe, le Singe désignera, en Belgique, le corned-beef tandis que, chez les Américains, pour désigner le «Canapé de bœuf à la béchamel», on ne manquera pas de parler de «Shit on a Shingle» (soit en français : «de la merde sur un bout de planchette»). »

La Petite Gazette du 23 janvier 2008

QUAND LES PIOTTES SE RAPPROCHENT DES PAJOTS

Monsieur Armand Collin, de Hody, nous explique pourquoi il revient sur ce sujet :« Après avoir lu vos articles sur le sujet « Piotte » je me suis souvenu avoir un dépliant du Musée du Tram à Schepdaal, dans lequel on trouvait une explication sur l’origine de ce nom. Cela vaut ce que cela vaut, mais ce n’est pas plus mal que d’autres. » Voici donc ce passage du document en question :« D’où vient le nom « Pajottenland » ?A la fin de l’occupation autrichienne (1790), il y avait en Brabant des soldats mercenaires qui portaient le nom de « pajot » (prononciation païot ») vraisemblablement des fantassins.Jusqu’en 1939, on appelait encore les soldats de l’infanterie des « piottes ». Le mot « pajottenland » est utilisé depuis plus d’un siècle et demi par des étudiants. Les intellectuels et les étudiants, en provenance de la région, se sont transmis le mot de génération en génération. Avec la démocratisation des études, le mot s’est introduit dans le peuple.Actuellement, cette expression « contrôlée » désigne la partie du Brabant occidental circonscrite approximativement par les localités suivantes : Anderlecht – Gaasbeek – Lennik – Grooik – Enghien – Ninove – Lombeek Notre dame – Ternat et Asse. »Extrait du dépliant de la Visite du Musée de Schepdaal et de la région où il est établi, le « Pajottenland » organisée par le Musée des Transports en Commun du Pays de Liège, le 21 avril 2007.

La Petite Gazette du 6 février 2008

ENCORE UN PEU D’ARGOT MILITAIRE

Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, est lieutenant de Vaisseau de 1ère classe (e.r.) ; il souhaite revenir sur l’argot de marine.

« J’ai servi plus de 30 ans à la Force navale, de 1950 à 1982, et je n’ai pas souvenance que, à bord, on appelait le Comandant, soit le « singe » soit le « c… ». Il exact qu’on le surnommait souvent « le vieux », comme c’est le cas dans notre marine marchande, car pas mal de mes camarades de promotion avaient suivi les cours à l’Ecole de Navigation d’Anvers. Par contre, mes collègues formés à l’Ecole navale de Brest utilisaient l’expression « le Pacha » pour désigner leur commandant, comme il est d’usage à la Marine Nationale. J’ai eu l’honneur d’exercer, à plusieurs reprises, un commandement à la mer. A la passerelle, on regardait droit devant et on n’écoutait pas vers l’arrière… Voilà pour ce qui était de la Force Navale ; quant à la Force Terrestre, je ne sais pas. »

Merci d’avoir apporté votre contribution à la constitution de ce petit lexique.

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

La Petite Gazette du 19 juillet 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Monsieur Victor Collignon, de Manhay, a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive. Ses écrits ont donné lieu à une publication grâce à l’administration communale à l’occasion du 60e anniversaire de cette terrible bataille. Il donne à La Petite Gazette l’autorisation d’en publier des extraits. Je sais que cette époque passionne nombre d’entre vous ; aussi, en votre nom, je remercie vivement M. Colligon.

« Nous sommes en décembre 44, le samedi 16, vers midi. De l’Est nous parvient une rumeur ; un bruit court, vole de bouche en bouche : « Ils ont percé les lignes ! » ‘Ils’, ce sont les Allemands, les nazis, les SS, les boches !

Le 17, la rumeur s’amplifie, le tonnerre des canons gronde, de rougeâtres lueurs flashent les nuages, à l’Est toujours.

Au carrefour de Manhay affluent les premiers réfugiés de la direction de Villettes, Trois-Ponts, Stavelot… : vélos surchargés, véhicules hippomobiles de toutes sortes, voitures d’enfants, brouettes, femmes, enfants, vieillards…

Le 18, la panique s’installe : par bribes et morceaux, on capte des nouvelles terri­fiantes : « Ils fusillent les prisonniers ! Ils massacrent les civils ! Ils incendient tout sur leur passage ! » On discute, on évalue les risques, on décide de la meilleure attitude à adopter. On prépare vêtements et provende.

La plupart des hommes valides et les jeunes gens, en particulier ceux ayant eu un contact avec la Résistance ou ayant refusé le Service au Travail Obligatoire en Allemagne sont les premiers invités à quitter nos villages.

Le 19, enfin, c’est la débâcle : Peiper et la lère SS sont à Trois-Ponts, à La Gleize, à Stoumont, à Neumoulin.

Le 20, la 116ème Panzer entre à Houffalize, à Nadrin, à Samrée. Des éléments de la 560ème Volksgrenadiere ont été repérés dans les bois de la Cedrogne, puis à Les Tailles, aux lisières de la Baraque de Fraiture et en fin de journée, à Dochamps. L’horreur, l’enfer s’annon­cent tout proches. Alors, contraints et forcés, la grande majorité des habitants de Manhay et Grandmenil recommencent leur exode vers l’Ouest, le Nord, l’inconnu, la misère.

Les Américains se doivent de réagir fort et vite. Vont-ils le pouvoir ? Oui, mais très pro­gressivement et avec peu de moyens.

La nationale 15, Bastogne-Liège, était alors placée sous la protection de la 3rd Armored Division américaine (3èmc Division Blindée) du général Rose; celle-ci déjà écartelée à l’extrême : ses Combat-Commands A et B étant engagés sur l’Amblève contre Peiper, le 3ème Combat-Command (plus ou moins 2000 hommes), le CCR, se voyait attribuer la défense de la ligne Hotton-Manhay sur environ 22 kilomètres. La défense de ce dernier village ne pouvait plus être assurée que le long du tracé Sud de la route N.15.

A l’aube du 20 décembre, on relevait d’abord, à la Baraque de Fraiture, une défense « en hérisson » orchestrée par le major d’artillerie Parker, rescapé de l’encerclement du Schnee Eifel avec trois obusiers et divers éléments blindés dont quelques Sherman et half-tracks anti­aériens.

Par la suite et plus au Nord, une petite Task-Force (barrage routier) commandée par le major Brewster ira se fixer dans la clairière de Belle-Haie. Elle comprenait un peloton de chars moyens (plus ou moins sept) et un autre d’infanterie blindée, complétés plus tard par d’autres petits groupes disparates, dont quelques paras.

Cette force allait jouer un rôle essentiel dans la suite des opérations. En effet, l’étroitesse de la nationale – environ six mètres – enchâssée dans la forêt ne permettait le passage que d’un seul Panzer à la fois. Dès la destruction du premier char, les autres ne pouvaient ni continuer, ni se déployer.

A Manhay même, une garnison assistée de quelques chars et half-tracks comprenant une compagnie de fantassins (environ 200 hommes) et commandée par le colonel Richardson (3ème D.B.) devait assurer la défense du village. Ce faible groupement tactique allait  cependant recevoir peu à peu le renfort du CCA de la 7ème D.B. retiré de la poche de Saint-Vith ainsi que, à l’Est de la N., celui de la 82ème Aéroportée, progressivement dégagée des combats contre Peiper. »

001

 Après la retraite de St-Vith, la 7ème D.B. du général Hasbrouck est venue s’installer dans les villages de Fays – La Fange – Chêne-al-Pierre et Harre. Ph. US Army

La Petite Gazette du 9 aoüt 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le 23 décembre, la défense de la Baraque de Fraiture, déjà harcelée depuis deux jours par divers éléments ennemis, fit tout à coup l’objet d’une attaque violente de la 2ème SS Panzer Division. En quelques heures, le carrefour fut investi au prix d’un carnage inouï. Cette terrible division SS «Das Reich», forte de 18000 SS, en panne sèche depuis vingt-quatre heures dans la région de Houffalize, réapprovisionnée au matin du 23, constituait pour Manhay la véritable menace. Son objectif, totalement ignoré des Américains, était de s’y emparer du carrefour, le sécuriser, ensuite de tourner vers Grandmenil, Erezée pour aller franchir l’Ourthe aux alen­tours de Barvaux-Durbuy. Comme le transit par Belle-Haie lui était devenu impossible (Road-Block de Brewster), la division se scinda en deux colonnes; l’une se dirigeant vers Malempré, l’autre vers Odeigne afin de contourner le barrage.

002 A Odeigne. Les troupes de la 2ème Pz. SS « Das Reich » ont occupé le village au soir du 23 décembre 44 jusqu’au 6 janvier 45 soit durant 14 jours ! Elles en seront chassées le 6/1/45 par les troupes américaines de la 2ème D.B. et 84ème D.I. Au carrefour « Sur le Ri », c’est le deuil et la désolation !   Ph. LUMA F. Lemaire

Le 24 décembre, veille de Noël, après avoir défait la petite force d’Odeigne, un bataillon de reconnaissance de cette 2ème Panzer SS se prépara à faire route vers Manhay.

Entre-temps, deux nouveaux éléments intervinrent dans la défense du village : averti de la présence de l’ennemi à Malempré et à Odeigne, le colonel Rosebaum envoya deux pelotons de chars moyens accompagnés d’infanterie, l’un au Fond de la justice (carrefour d’Odeigne à Malempré), l’autre au-delà de la ferme de Bellaire où les chars et les fantassins s’enterrèrent. Le second élément comportait un ordre du généralissime Montgomery imposant, à 23 heures précises, un repli total des armées américaines afin de raccourcir un front Nord exagérément étendu. Les troupes allaient désormais s’installer défensivement sur la ligne Nord de la route Trois-Ponts – Manhay – Hotton. Pour Manhay, la ligne fut fixée à la crête de Mon Bihin, Mon Derieux, des bois de Hazale et de So Plinmont.

A présent, le décor est planté. C’est la nuit de Noël 44, une nuit noire, profonde, humide. Au Fond de la Justice, les Gl’s, dans leurs foxholes (trous de renards) sont aux aguets. Durement éprouvés par les combats acharnés qu’ils viennent de livrer durant six jours et six nuits dans la poche de Saint-Vith, retirés du front, transbahutés dans des camions non bâchés, réengagés aussitôt dans un affrontement inégal, ces malheureux soldats en ont assez !

A 21 heures, un ronflement de puissants moteurs monta de la route d’Odeigne. Amis ou ennemis ? Lorsque la colonne de chars approcha, celui de tête était manifestement un Sherman : même silhouette, même fumée d’échappement bleutée. Les Gl’s rassurés, crurent à cet instant qu’il s’agissait du groupe des leurs, en poste à Odeigne et qui entamait déjà son repli. Mais, dans la pâleur lunaire, ce furent soudain des hordes de Panzergrenadiere qui déferlèrent brutalement au travers de leurs foxholes. Leurs panzerfaust mirent quatre Sherman hors de combat et en endommagèrent deux autres. Le seul resté intact s’enfuit vers Manhay, abandonnant à leur sort les fantassins blindés. Ceux-ci s’égaillèrent alors dans un désordre indescriptible, fonçant à travers tout, qui à pied, qui en jeep ou en camion, laissant sur place un matériel considérable.

Parmi les assaillants, le sergent SS Barkmann commandait le Panther n° 401. Dans la confusion générale, lui et son char furent séparés des autres et s’engagèrent sur la N.15, vers Manhay, au milieu des groupes de fuyards. Chemin faisant, il détruisit un Sherman stationné sur un bas-côté et arriva bientôt dans la perspective du village de Malempré. Sur sa droite s’ouvrait une prairie comptant neuf chars à moitiés enterrés qui orientèrent leur tourelle dans sa direction mais aucun ne tira.

Pleins gaz, Barkmann s’élança alors dans la descente de Bellaire où il vit des Gl’s se. jeter des deux côtés de celle-ci, jurant comme seuls savent le faire les fantassins quand ils se voient obligés de sauter dans des fossés remplis d’eau ! Et tout à coup, il se trouva dans Manhay, au milieu d’un charroi et d’une pagaille invraisemblables. Les Américains abandon­naient, et le carrefour, et le village, dans un désordre total, fuyant à travers tout. Au carrefour, devant un café, il estima qu’il s’agissait d’un poste de commandement en raison de l’intense activité qui y régnait. Barkmann voulut tourner à gauche, vers Grandmenil mais, voyant s’ap­procher trois Sherman, il décida de continuer seul, tout droit, en direction de Liège.

Dans l’épaisseur de la nuit, personne n’avait encore fait attention à lui ; personne ne l’avait encore remarqué quand, croisant un char américain après l’autre, quelques-uns se ren­dirent compte qu’il s’agissait d’un Allemand. Les équipages firent alors pivoter leurs tourelles mais, comme ils étaient en colonne, chaque char obstruait le champ de visée d’un autre et aucun tir ne se produisit. Barkmann lança quelques grenades fumigènes sur la route pour aveugler davantage ses éventuels poursuivants. »

La Petite Gazette du 23 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« En face d’un bâtiment élevé, peut-être la gare, une jeep arrivait, lui enjoignant de s’arrêter. «Ecrase !» s’écria Barkmann. Le choc de l’écra­sement projeta son Panther contre un blindé, les chenilles s’emmêlèrent et le moteur se bloqua. Il était moins une. A tout instant, un obus pouvait lui fracasser l’arrière et l’im­mobiliser à jamais. Après plu­sieurs tentatives, le moteur reprit et le Panther se déga­gea.

Plusieurs Sherman arri­vaient. Faisant pivoter la tou­relle de 180°, le canon du Panther tira, incendiant le pre­mier blindé et, par ce fait, obs­trua la grand-route. Quelques centaines de mètres plus loin, après une dernière côte, Barkmann vit sur sa gauche un chemin encaissé et ordonna au chauffeur d’aller s’y camou­fler. De cette position, dissi­mulant le char derrière des branchages, Barkmann auto­risa enfin ses hommes à sortir prendre l’air pendant que sur la nationale voisine, le charroi américain fuyait vers Chêne-al-Pierre. A cet instant, sur la route de Bellaire, la 2ème Panzer SS dévalait la côte, toutes che­nilles déchaînées, ne trouvant finalement plus devant elle qu’un village quasi vide de ses défenseurs.

En cette nuit de Noël, brumeuse et terrible, le village de Manhay illumina un ciel lugubre par les incendies de ses maisons et des véhicules alliés. Dans ces lueurs d’enfer, le char de Barkmann quitta sa cachette et, prudemment, redescendit la côte pour rejoindre, au carrefour, la colonne SS qui avait viré à gauche et atteignait les premières habitations de Grandmenil. »

003

A Bellaire : D’autres Sherman et une compagnie de GI’s de la 7ème D.B. enterrés dans cette prairie furent surpris et détruits par les chars de la « Das Reich » utilisant un Sherman-leurre en tête de colonne et de puissantes fusées aveuglantes. Ph. US Army

La Petite Gazette du 30 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Nos GI’s stoppent définitivement l’offensive

Dans le bois du Pays, route d’Erezée, au «Trou du Loup», (dans le virage au fond de la déviation), dans la nuit du 25 décembre, un exploit du caporal R.F.Wiegandt, (Cie. K, 3ème Bn.,289ème Rgt.d’Inf., 75ème Div.d’Inf.) immobilisa d’un coup de bazooka le 1er Panther de la colonne blindée. Celle-ci comptait 23 chars lourds ainsi que des véhicules de logistique mais, par ce coup d’éclat, fut bloquée à un endroit où l’étroitesse de la route bordée d’un talus et d’un ravin empêchait tout dépassement. Le second char tenta, sans succès, de pousser le pre­mier de côté et, dans l’obscurité, les chars reculèrent puis firent demi-tour. Quelque temps plus tard, ils se remirent en route vers Grandmenil pour y rassembler leurs forces, laissant le bois du Pays aux mains des Gis (des bleus !) de la 75ème Division d’Infanterie.

004 Au  « Trou du loup ». C’est à cet endroit qu’un jeune GI de la 75ème  D.I.  stoppa, d’un coup de bazooka, la colonne blindée allemande, fonçant vers Erezée et les ponts de l’Ourthe.   Ph. LUMA F. Lemaire 

Dans le sauve-qui-peut général ayant vu les task-force Kane, Brewster, Richardson, Rosebaum… abandonner en pagaille les villages de Manhay, Grandmenil et environs, les premières forces à se ressaisir furent incontes­tablement celles de Mac George (Gr.A. 3ème D.B.) dont la majorité des élé­ments, après leurs com­bats victorieux contre Peiper, avaient fait retraite par la vallée de l’Amante, pour se reformer dans la vallée de l’Aisne.

Le   mardi   26  dé­cembre, dès 6.30 H, cette même T.F. Mac George, renforcée par une compagnie de chars du 32ème Régiment Blindé du CCR (3ème D.B.) remontant cette même vallée de l’Amante fut d’abord prise pour cible par un essaim de Lightnings (chasseurs US à double queue) ce qui coûta la vie à 30 GI’s, officiers et soldats. Ensuite, combinant ses efforts à ceux du 289ème  r.i. 75 D.I., cette Task-Force prit en tenailles le village de Grandmenil, y fixant les éléments avancés : panzers et infanterie de la 2ème SS. L’artillerie U.S. commença dès lors son œuvre de pilonnage, assistée durant la jour­née du 26 par des nuées de chasseurs-bombardiers, omniprésents.

Au soir du 26, le village de Grandmenil, totalement sinistré revenait progressivement aux forces alliées : au-delà des 20 incendies de septembre, 23 maisons furent à nouveau détruites à 100 %. Dans ce village martyr, criblé de cratères fumants, de murs squelettiques et de brandons incandescents, aucun civil n’assista à la reconquête amie et à l’écrasement de l’arrogance nazie : tous ses habitants avaient quitté ce chaudron d’enfer.

Sur la nationale 15, l’envahisseur fut également arrêté par deux barrages routiers réa­lisés, dans leur retraite, par des éléments de la 7ème D.B. Ces deux road-blocks se situaient après le sommet de la côte menant vers Chêne-al-Pierre. Sitôt le repli allié terminé un impor­tant abattis d’arbres fut empilé par le génie empêchant tout passage de blindés En réalité cette route de Liège ne constituait aucun objectif stratégique pour la 2ème  SS Pz mais cela les Américains l’ignoraient !

Enfin, pour être complet, le 26 décembre, une attaque allemande fut lancée à partir de la lisière des bois du Sud du village de Vaux-Chavanne. Les Panzergrenadiere SS occupèrent la partie supérieure de la localité, et ce, pour quelques instants seulement, avant d’être repous­sés par l’assaut du 325ème Régiment Plané (Glider 82ème  A.D.) »

La Petite Gazette du 6 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le front se stabilise; nos villages sont occupés

Dès le 25 décembre, les troupes américaines furent repositionnées sur un front plus court fixé au Nord de la route Villettes – Bra – Vaux-Chavanne – Manhay – Grandmenil -Erezée. Il s’agissait principalement de la 82ème Aéroportée, la 7ème D.B., la 3ème D.B. et la 75ème D.l.

Dans l’après-midi du 25, des éléments de la 7ème D.B. (CCB) et le 424ème Régiment d’Infanterie de la 106ème D.l. reçurent l’ordre de contre-attaquer en direction du carrefour de Manhay mais ils échouèrent dans leur tentative et se retirèrent sur les hauteurs après avoir subi de lourdes pertes. L’état-major US décida alors d’impliquer le 517ème Para dans cet objec­tif considéré comme vital pour la protection de la direction de Liège. Ce régiment aguerri, sous les ordres du colonel Boyle, associé aux éléments du CCB / 7ème D.B., reprit la contre-offen­sive dans la soirée du 26. La nuit entière fut consacrée à la reprise, maison par maison, de ce carrefour stratégique : à la grenade, au corps à corps, de porte en fenêtre, de cave en grenier…

Au matin du mercredi 27, les paras étaient maîtres de la situation, mais à quel prix ! Dans l’une des compagnies, les hommes commencèrent les combats à 120 ; à l’aube, on y comptait 13 survivants !… Plus de 80 véhicules divers jonchaient, carbonisés, les rues du village, et environ 300 SS y avaient perdu la vie.

005« ICI FUT ARRETE L’ENVAHISSEUR »

En légende : Manhay, à l’entrée du quartier « En Pierreux », le long de la nationale, on remarque cette stèle portant un Panzer stylisé, le canon pointé vers le sol, humilié, défait. Ce monument est l’un des 26 du même type installés après enquête minutieuse aux points-limites de l’avance allemande.  (Ph. V. Collignon)

Dès lors, le reste des 3ème et 4ème Panzergrenadiere de la 2ème SS commencèrent à se replier vers le Sud, vers Bellaire, Malempré, Odeigne… Tandis que les Paras s’abritaient dans les ruines, les jeunes GI’s du 289ème R.I. (75ème D.l.) s’installaient dans d’autres ruines : celles de Grandmenil.

Alors se déchaîna l’artillerie US : sur les chemins, sur les forêts, sur les villages où se cantonnèrent désormais les Allemands à partir du 27. Pour les civils, nos concitoyens, restés attachés à leurs terres, à leurs racines, la véritable épreuve commençait. Le gel intense du jour de Noël se transforma le jeudi 28 en jours de neige et ces conditions climatiques deviendront progressivement plus rigoureuses : jusqu’à – 20° et plus de 40 cm de neige !

Nos villages, à l’écart du front, serviront ainsi de cantonnement pour abriter l’occupant ennemi. Comme celui-ci, dès le départ de l’offensive, avait reçu l’ordre de répandre la terreur sur son passage, de mitrailler façades, portes et fenêtres, là où apparaîtraient des civils, de se servir en tout et partout pour ses besoins propres, on assista à de véritables pillages.

D’abord, les habitants durent vider les lieux, corps de logis surtout, pour se réfugier dans les abris les plus inconfortables -. caves (voûtées de préférence), étables, granges, four­nils. Pendant ce temps, l’Allemand vidait les saloirs, car en décembre chacun ou presque avait déjà « tué le cochon », les garde-manger pleins de conserves (les wecks !) de l’été -. légumes, fruits, œufs…

Les draps de lit servirent de camouflage aux combattants et à leurs véhicules ; les meubles furent éclatés afin de servir de combustible ; les garde-robes complètement vidées… et, sans cesse, ils réclameront du schnaps ! Certaines sacristies de nos églises furent même dépouillées de leurs vêtements sacerdotaux.

Dans les caves les plus solides, les familles tentaient de se regrouper afin de mieux se réconforter : à Odeigne, chez Toussaint, on compta jusqu’à 92 personnes. On y dormait sur les provisions de pommes de terre, on s’éclairait à la bougie… quand on en avait ! Pas d’eau cou­rante : il fallait, au risque de sa vie, courir jusqu’à la «pompe»; pas de chauffage, sinon quel­quefois au moyen d’un poêle-colonne dont l’évacuation s’avérait hasardeuse; plus de méde­cin, de soins, d’hygiène, de toilettes… Et cette odeur nauséabonde ! Et les pneumonies ! Et la gale ! Et la dysenterie… On y naissait ! On y mourait aussi… !

Les portes devaient rester closes sans quoi on risquait de voir dégringoler une grenade; par crainte des scrapnels, les soupiraux avaient été bouchés au moyen de tas de bois ou de fumier… L’air y devenait irrespirable.

Pour tenir le coup, on récitait le chapelet ou plutôt des dizaines de chapelets, que l’on criait au ciel dans un appel tragique. Et les vœux d’aller en pèlerinage si… A l’extérieur pleuvaient les obus US; les incendies se déclaraient.- il fallait alors évacuer en toute hâte les caves menacées et surtout retrouver ailleurs une place de plus en plus problématique : le nombre d’abris diminuant au fil du temps.

Ainsi vécurent nos populations dans le plus misérable des dénuements, sans aucune nouvelle du front, ni des membres de leurs familles dispersées, ni du nombre des disparus, des civils tués ou blessés, amis et voisins.

De leurs tombeaux, elles écoutaient le bruit de la guerre : les explosions, le sifflement des bombes et des obus, le piqué des avions, le crépitement des incendies, le hurlement des blessés, l’agonie des animaux enchaînés… Et par-dessus tout, la peur, l’angoisse, le déses­poir, l’inconnu. »

La Petite Gazette du 13 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons, pour la dernière fois dans le cadre de ce feuilleton d’été, M. Victor Collignon, de Manhay,  qui nous a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Et se leva l’aube du 3 janvier 45 : la reconquête

Depuis le jour de Noël, les alliés avaient regroupé leurs forces, méthodiquement, mas­sivement. La date du 3 janvier avait été choisie comme celle de la contre-offensive sur toute la largeur du front Nord.

La nationale 15 délimitait deux forces de l’armée US qui allaient se déployer ; à gauche de cette route devaient progresser les 3ème D.B. et 83ème D.I., à droite les 2ème D.B. et 84ème D.l., chaque division étant elle-même scindée en « Combat Command » En face de ce Vllème Corps se trouvait le gros de la 2ème SS ainsi que la 12ème Volksgrenadiere Div. devant Malempré et le 560ème V.G.Div. devant Odeigne.

Et le 3 janvier, précédée par un déluge de feu, l’armée US s’ébranla à partir des lisières Nord du front. Dès cet instant, l’ennemi se fit menaçant envers les civils, les invitant à évacuer les villages, en dépit de la neige et du froid, du trafic intense, des balles, des mines, des obus. On vit ainsi, le long des chemins, se traîner vers le Sud des dizaines de nos vieillards, de nos femmes et de nos enfants, par­fois déchaussés ou à peine vêtus, pataugeant dans trente ou quarante centimètres de neige par un froid glacial de -20°, à bout de forces, à bout de tout.

En ces journées de com­bats, au plus profond du déses­poir de  nos concitoyens,  une étincelle, pourtant, va jaillir, une petite étoile naissante va s’élever timidement d’abord, pour aller rejoindre celles des bannières alliées se profilant sur les versants de nos collines.

La marche en avant était déclenchée : une vague déferlante de jeunes héros, les GI’s, allait bousculer impitoyablement la « glorieuse », l’arrogante « Das Reich » et ses divisions d’assistance. Au mépris de tout danger, ces soldats vont faire de leurs corps des instruments de victoire à force de courage, de volonté et d’abnégation.

Cependant, ces combats seront très violents. Les Allemands, en particulier les SS, humiliés dans leur impuissance appréhendant déjà pour eux la fin du rêve, vont mener une lutte sans merci, retardatrice de leur défaite, de maisons en hameaux, de forêts en villages, de collines en vallées. Gare aux civils qui croiseront leur retraite, leur hallali ! Beaucoup d’entre eux y laisseront la vie.

Ce fut le bataillon Kraag (Reconnaissance) de la 2ème SS qui se replia le dernier des envi­rons du Fond de la justice, pressés par les T.F. de Hogan, Lovelady et Mac George, vers les hau­teurs de Fraiture le samedi 5 janvier alors que Malempré avait été libéré le 3. Lamormenil sera libre le 6, tout comme Odeigne d’ailleurs où l’on découvrira toute l’horreur d’une tragédie qui enlevait à la tendresse des leurs, 32 victimes civiles et dont le mémorial révèle à jamais le sta­tut de village martyr. Enfin, le 7, Dochamps verra poindre l’aurore de sa délivrance.

Le bilan s’avérait, pour la plupart de nos villages, littéralement catastrophique : outre les morts, les blessés, les disparus, les prisonniers, la plupart des maisons étaient inhabi­tables et souvent, on y aménageait une seule pièce de séjour à grand renfort de planches, de cartons ou de tôles ondulées; des chemins impraticables criblés de cratères d’obus ou de bombes, remblayés grossièrement au moyen de carcasses de jeeps, douilles, bovins et même… de corps de soldats allemands !

Des mines sournoises dissimulées tous azimuts : sur les cadavres, dans les champs et les chemins, contre des arbres, dans des véhicules abandonnés.

Et toujours l’artillerie, allemande maintenant, continuait de pilonner les dernières mai­sons restées debout.

007Sur cette plaque commémorative, on peut lire : « En hommage aux soldats du 3e bataillon du 517e Régiment d’infanterie parachutiste qui, sous les tirs de l’artillerie et dans un combat héroïque, ont repris Manhay dans la nuit du 26 au 27 décembre 1944. »

Heureusement, des communes amies, tant flamandes que wallonnes, firent la preuve de leur solidarité en nous envoyant du mobilier, des vêtements ou des vivres.

Finalement, la vie reprit son cours timidement, progressivement. Obstinément, l’Ardennais se mit à reconstruire. L’arc-en-ciel s’était levé ; désormais, il rayonnait sur nos villages. Nos sentiers de désespoir, sous les couleurs des « Stars and Stripes » s’étaient mués en force d’Espérance. Et de notre Liberté ! »

Un immense merci à M. Victor Collignon et  à l’Administration communale de Manhay.

DES SOUVENIRS DE LA GRANDE GUERRE

La Petite Gazette du 8 novembre 2000

COMMEMORATION DE L’ARMISTICE…  UN TRES JOLI TEXTE ET UN EXTRAORDINAIRE DOCUMENT !

Les années passent, le souvenir demeure ! Cette année encore, et c’est heureux, les monuments seront fleuris, les discours seront prononcés et, en de nombreux lieux, les anciens, leurs enfants et petits-enfants  se réuniront pour célébrer l’Armistice du 11 novembre 1918. Depuis de très nombreuses années, des banquets réunissent celles et ceux qui trouvent là l’occasion de raviver le souvenir de ces héroïques combattants de la Grande Guerre. C’est le cas notamment à Sougné-Remouchamps, où, il y a deux ans, Madame Aline Neuforge-Wislez s’est adressé aux convives en ces termes :

« Chers Combattants ! Mesdames, Messieurs et mes chers amis,

   Djåzans walon ! Oûy dji-v’va djåzer d’ine saqwè qui m’tint a coûr… di m’viyèdje ! nosse bê viyèdje ! Dji l’inme pacequi, por mi, c’è-st-onk dès pus bês di tote li Walon’rèye.

   Loûkî’l’ come i s’sitind tot fîr inte li hé Marèye, li bwès d’Hènumont èt l’hé dès gattes. L’Ambléve qu’ad’hind dèl cascåde di Cô tot rôlant sès-èwes inte lès gros cawyês dè Fond d’Quåreûs, vint bagnî lès pîds dèl Rèfe, adonpwis, dit bondjoû å vî pont d’Sougné èt a si p’tit banc, tot come è rèspleû qu’Edg­­ård gruzinèye tos l’s-ans ­­ å banquèt dès combatants.

   Riloûkîz-l’ bin nosse viyèdje, come il èst bê ! N’è-st-i nin adawiant qwand, par on djoû d’osté, li solo riglatihe so l’clokî d’nosse vîle èglihe, lèye qu’a tant vèyou nosse binamé m­årli traf’ter a tos lès tins ! Qwand lès clokes rèsdondihèt, totes sôres di sov’nances m’apotchèt-st- å coûr ! Dji creû co ètinde li marihå dèl Falise qui raw’hèye lès mårtês ou bin lès-ustèyes dès-ovris qui bouhèt so lès pîres di grès. I m’sonle qui dè long d’l’èwe, dji r’veû lès spåmeûs wice qui lès glawènes dè viyèdje avît bon di s’rèscontrer li londi ­­ å matin po fé leû bouwèye, tandis quéquès-ôtes, moussèyes avou leû long cotrê, ènn’alît-st- å galoche cwèri dès fahènes qu’èle raminit so’ne bèrwète.

   Mins, ni roûvians nin li djowion di nosse viyèdje… li grote, qu’èst k’nohowe l­­ådje èt long ! Di totes lès cwènes di nosse payîs èt minme d’an d’foû, on-z-acoûrt po lè v’nî åd’mirer !

   Dè tins dè vî Bon Dju tot l’monde s’êdîve. Aprè’ne deûre djournèye, on s’rapoûléve turtos so l’pavèye avou lès vîlès djins po djåzer di traze èt quatwaze ! C’èsteût l’bon vî tins… målèreûs’mint, c’èst l’passé èt on n’såreût rin i candji !

   Nosse viyèdje nos-a tofér rèstchåfés d’vins sès brès’, ossu, n’åyans nin sogne dè fé on pas, ou deûs, èt minme treûs si èl fåt, po qui d’meûre come il a tofér sitou… av’nant èt rimpli d’tcholeûr !

   Vos-èstez sûrmint d’ackwér avou mi èt d’ackwér dè dîre qu’il èst d’manou patriotique, ca, loûkiz, oûy nos-èstans co tot plin po fièsti l’årmistice. »  (11 novembre 1998)

 Madame Neuforge-Wislez, fidèle lectrice de La Petite Gazette, a eu l’excellente idée de me transmettre ce très joli texte peignant son village, Sougné-Remouchamps, au bon vieux temps. Je veux parier qu’elle rencontra un fort joli succès quand elle le déclama… et je la remercie chaleureusement de vous avoir permis de le découvrir à votre tour.

Le temps est propice au souvenir … Monsieur Arthur Rulot, de Odet, me dit « avoir       retrouvé dans ses « reliques » une photographie très émouvante réveillant de douloureux souvenirs de la Grande Guerre. Mon père et mon oncle Godefroid, volontaires de guerre, ont parcouru et subi toutes les péripéties de cette affreuse tragédie. Pendant mon enfance, c’est bien loin tout ça, j’écoutais en toutes occasions le récit des terribles épreuves qu’ils avaient endurées tout au long de la guerre abjecte et criminelle engendrée par la meute cruelle du grand reich. Par leurs récits, je connaissais à peu près tous les noms des villages où la ligne de feu sévissait. Aussi je pourrais écrire à peu près tous ces noms où tout n’était plus que mort, haine, ruine et désolation »

001

Sur le front de l’Yser en 1916.

 Identifiés par deux petites croix, vous retrouverez, à gauche, Godefroid Rulot (l’oncle de mon correspondant) et à droite Léon Braibant, un sourire si doux de Bel-Air Marchin.

Cet extraordinaire document qui nous plonge directement dans la réalité de ce terrible conflit a inspiré ces lignes à Monsieur Rulot :

« Vous ne pouvez la voir sur ce cliché, en face d’eux, derrière la ligne meurtrière, la grande armée félonne de Guillaume II était l’expression même de la férocité. La ligne du front belge s’étendait de l’ouest, depuis Nieuport, jusqu’à la mer du Nord, en passant par Dixmude pétrifiée, jusqu’au-delà de la forêt d’Hauthulst et Poelkapelle à l’est. Sur la ligne du front dévasté, des villages en ruines disséminés : Klerken, Woumen, Ramskapelle, Pervyse, Kaaskerke, Schoorbakke et autres ; sans oublier Oud-Stuyvekenskerke, au nom imprononçable qui signifie, paraît-il, la vieille église de la petite fleur bleue. Voilà bien un nom de toute beauté… N’est–elle pas émouvante cette petite église effondrée pour l’honneur de la Belgique ? Puissions-nous ne jamais oublier, nous souvenir de ces cités anéanties et des soldats martyrs qui les ont défendues.

Beaucoup, parmi nos jeunes gens sur la ligne du feu, nos héros de l’Yser, ont versé leur sang, jusqu’à l’abnégation librement consentie, pour garder inviolé l’ultime lambeau de notre patrie aux abois, soumise mais non asservie.

La maman, le visage alangui, flétri, les cheveux gris, mutilée, tourmentée, attendra en vain son grand fils, perdu, gisant dans la terre dévastée. La jolie fiancée, les paupières cernées, les yeux embués de larmes, le cœur meurtri, ne gardera de l’être chéri qu’une peine indicible, un souvenir éperdu en âme. Tout bien est fruit de sacrifice : la gloire du pays, la mort du pauvre soldat. »

La Petite Gazette du 17 décembre 2003

UN EPISODE MECONNU DE LA GUERRE 1914 – 1918

Et c’est M. Maurice Petit, de Wavre, qui l’évoque pour nous :

« Il s’agit d’un épisode historique vécu par mon grand-père, Joseph Petit, né à Gênes, en 1881 et y décédé en 1942. Il était agriculteur et fut échevin de la commune de Hodister pendant 24 ans.

«Quand Anvers tombe aux mains des Allemands, le 10 octobre 1914, le groupe chargé de la couverture du gros de l’armée belge, qui se replie vers la côte, n’a d’autre solution que de passer aux Pays-Bas pour éviter la capture. Mais les Hollandais veulent assurer leur neutralité et ils décident d’interner les 33 500 soldats belges interceptés à la frontière. 13 000 d’entre eux sont dirigés vers Harderwijk où ils seront détenus dans des baraquements pendant toute la durée de la guerre. On imagine sans peine leur condition « d’hébergement » : vie monotone, promiscuité, gel et pluie dans les baraques, absence de soins, maladies infectieuses et autres. Pour l’ensemble des camps, plus de 500 soldats belges perdront la vie aux Pays-Bas. Ce n’est qu’en décembre 1918 que des trains ramèneront les internés en Belgique, certains avec ordre de rejoindre l’armée belge… pour y accomplir leur service militaire !

Peut-être, espère M. Petit, se trouvera-t-il certains lecteurs qui ont entendu parler de cela ou, mieux encore, y aura-t-il quelqu’un qui possède l’un ou l’autre souvenir de cette dure période ?»

Si vous êtes dans le cas, vous savez dès lors ce qu’il vous reste à faire. Merci de répondre à cet appel.

La Petite Gazette du 14 janvier 2004

UN EPISODE MECONNU DE LA GUERRE 1914 – 1918

Et c’est M. Maurice Petit, de Wavre, qui vous questionnait à ce sujet. M. Alain Canneel, de Lesterny, m’a adressé, en guise de réponse, un extraordinaire courriel illustré de documents passionnants.

« C’est avec beaucoup d’attention et une certaine émotion que j’ai pris connaissance de l’évocation du camp de Harderwijk. Ce nom m’était, en effet, bien connu car un de mes grands-oncles, Jules-Marie Canneel (Bruxelles 21.04.1881  –  Bruxelles 24.09.1953), y fut interné. Il avait d’ailleurs le même âge que le grand-père de M. Petit.

Comme il était artiste-peintre, dessinateur, caricaturiste, homme de théâtre et même écrivain à ses heures (cela le conduira plus tard à être longtemps chroniqueur judiciaire au Pourquoi Pas ?, il en a laissé quelques durables souvenirs de nature à intéresser M. Petit.

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Première page d’une lettre de jules-Marie Canneel qu’il a datée « Camp d’Harderwijk 14-02-15 » et illustrée de son portrait par lui-même, en prisonnier du camp.

« Jules-Marie Canneel : milicien de 1901, rappelé sous les armes le 1er août 1914, au 2e de Ligne de Forteresse. Lors de la retraite d’Anvers, il franchit la frontière hollando-belge à Koewacht (Zélande), et est interné au camp d’Harderwijk où il organise un théâtre, illustre régulièrement le journal Inter Nos et participe à la création d’une « Ecole de Travail » bientôt agréée par la ville de Bruxelles. Est ensuite dirigé vers le camp de Scheveningen où il restera jusqu’à l’Armistice tout en collaborant à divers journaux hollandais. Trois de ses frères : Georges, Jean et Marcel, tous artistes, servaient aussi dans l’Armée belge. Jules-Marie Canneel réalisa en 1914 et 1915, une suite de 25 dessins rehaussés représentant les types militaires » cf. Musée royal de l’armée et d’histoire militaire, « 14-18 Regards d’artistes », catalogue de l’exposition organisée à l’occasion du 75e anniversaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, 11/11/1993  – 31/01/1994. »

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DESSIN DE L’ARMEE EN RETRAITE

Reproduction de ce qui doit être une aquarelle illustrant la retraite de l’armée belge après la chute d’Anvers, signée Jules-M. Canneel 1914.

 

 A suivre…

 La Petite Gazette du 21 janvier 2004

UN EPISODE MECONNU DE LA GUERRE 1914 – 1918

Monsieur Alain Canneel, de Lesterny, m’a adressé, en guise de réponse à M. Maurice Petit, de Wavre, qui vous questionnait à ce sujet, un extraordinaire courriel illustré de documents passionnants, retrouvons-le :

« Jules-Marie Canneel avait hérité des malheurs de la Grande Guerre des ennuis pulmonaires, un souffle court. Cette guerre, il l’avait faite courageusement, au 2e de Ligne : « J’étais un vieux soldat, confiait-il, j’avais trente-trois ans… » Il fit de nombreux croquis des champs de bataille, qui sont conservés au Musée de l’armée et au cabinet des estampes. Il avait d’ailleurs quitté les feux de la rampe (il était régisseur chez le père Fonson, au théâtre des galeries, de 1908 à 1913) pour les feux de la guerre. Il garda des mois où il protégea, avec ses compagnons, la retraite d’Anvers, et des années d’internement au camp d’Harderwijk (Pays-Bas) des souvenirs tragiques » cf. Paul Caso, « Le centenaire de la naissance de J-M Canneel fait resurgir le vieux Mont-des-Arts », Le Soir, dimanche 30 et lundi 31 août 1981.

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Mon correspondant précise : « Cette photo d’un groupe de 13 prisonniers a été prise à Harderwijk. Jules-Marie Canneel est assis au premier rang, une pipe à la main. Le verso de la photo a été imprimé en carte postale. Jules-Marie Canneel a envoyé cette carte à son frère Eugène, mon grand-père, qui, lui, avait été réformé. Il a daté son envoi « Hardewijk 27-12-14 » et écrit notamment ce qui suit « J’ai reçu ta carte ce matin et la belle carte de Jacques, mais pas encore les colis annoncés. Les camarades de la photo sont de jeunes et vieux universitaires. Quelques-uns ont été blessés au feu… Je t’embrasse toi et tous mille fois. A quand ? »

   Je vous l’annonçais, j’ai reçu plusieurs courriers très intéressants sur ce sujet et je vous proposerai de les découvrir dans les semaines qui suivent dans ces mêmes colonnes.

La Petite Gazette du 28 janvier 2004

LES SOUVENIRS LOINTAINS DE 14 –18

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En légende : Reproduction noir et blanc de ce qui doit être une aquarelle représentant  un soldat belge désarmé et récemment interné à Hardewijk, avec la mention signature « Soldat Jules-M. Canneel 1914 Harderwijk » Publiée dans De Weekbode-La Dépêche du jeudi 28 janvier 1915 avec la légende : « Belgische soldaat in het interneeringskamp te Harderwijk » (Merci à M. Alain Canneel de nous avoir confié ce document)

 

Monsieur Henri Boudlet, d’Izier, a lui aussi eu un oncle qui fut interné dans un camp en Hollande, il s’agissait pour lui du camp d’Oldebroek.

« Mon oncle, David Boudlet, était né à Izier le 1er avril 1882, il décèdera en 1944. Le 11 juin 1902, il est incorporé comme milicien de 1902, matricule 19735 – province de Luxembourg 13e canton, commune d’Izier – n°480 du tirage. Le 19 octobre 1902, il est appelé au service actif au 3e bataillon du 14e Régiment de Ligne de Forteresse, caserné à Liège, pour une durée de 2 ans.

Le 1er août 1914, il est rappelé au 5e Bataillon du 14e Régiment de Ligne et se rend à Liège. Il participe aux combats pour la défense de la ville. Il a vécu cette tragique méprise à Boncelles quand son unité et un autre régiment belge, le 12e de Ligne, ont échangé des coups de feu. Le 9 août, c’est la retraite vers l’armée sur la Gette où les défenseurs de Liège furent réorganisés en une division. A partir du 20 août, l’armée belge de campagne assure la défense de la position fortifiée d’Anvers. »

A ce moment de son récit, mon correspondant puise dans Henri Pirenne, Histoire de Belgique, Tome IV, Livre V chapitre II, ce qui explique l’origine et les circonstances de la déroute de 35 000 hommes isolés de leur unité :

« Le 7 octobre, le Roi Albert 1er donnait l’ordre d’évacuer la place par la rive gauche de l’Escaut. Couverte par un corps français envoyé à la hâte à l’Est de Gand, la retraite réussit malgré les difficultés que lui imposait l’étroitesse de ses débouchés entre l’ennemi et la frontière hollandaise. A part 35 000 hommes obligés de se réfugier en Hollande où ils furent internés jusqu’à la fin de la guerre, le gros des forces parvint à rallier Ostende. »

La Petite Gazette du 18 février 2004

LE CAMP D’HARDEWIJK – EPISODE MECONNU DE LA GRANDE GUERRE

En réponse à l’appel de M. Petit, de Wavre, des courriers d’une incroyable richesse me sont parvenus et notamment celui de M. Léon Pirlot, de Marenne, fils d’un ancien combattant de 14-18 interné en Hollande.

« J’ai oublié la date de sa mobilisation, mais je sais qu’à Hamoir il a déjà rencontré des Allemands. Sans doute portait-il des habits civils car il est bien parvenu à Liège, sa destination. Il a déjà combattu avant d’arriver à Anvers. Là, ils ont été encerclés et, ne pouvant s’échapper, les officiers ont crié : « Sauve qui peut ! »

Les soldats ont brisé leurs armes et, pour ne pas être prisonniers des Boches, ont traversé la frontière, c’est alors qu’ils ont été internés, dans les baraquements dont il a déjà été question. Mon père aussi a séjourné à Harderwijk. Ils étaient trois de la commune de Marenne : Maurice Prignon, de Verdenne, Eudore Claude, de Bourdon, et mon père.

La nourriture n’était ni très bonne, ni variée : du lard gras et des haricots. Ils en étaient dégoûtés, sauf peut-être Maurice Prignon qui mangeait les rations de ses camarades. Le séjour là-bas lui a été très pénible et mon père y a beaucoup souffert de rhumatismes dont les douleurs se manifestèrent encore bien après son retour au pays.

Je possède encore un coffre en bois de couleur noire, avec inscrits sur une des faces son nom et son adresse, dans lequel il mettait ses affaires personnelles : un petit coffret également en bois, un napperon en fils kaki orné de rosaces aux couleurs belges et françaises, un cahier d’exercices d’arithmétique dont je joins la copie de la page de couverture.

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Pour meubler le temps libre des hommes, des officiers donnaient des cours à ceux que cela intéressait. A son retour, mon père écrivait sans faute et savait résoudre des problèmes de fraction et de robinet ! » A suivre…

La Petite Gazette du 25 février 2004

LE CAMP D’HARDEWIJK – EPISODE MECONNU DE LA GRANDE GUERRE

En réponse à l’appel de M. Petit, de Wavre, des courriers d’une incroyable richesse me sont parvenus, nous retrouvons aujourd’hui l’essentiel du contenu de celui de M. Léon Pirlot, de Marenne.

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« Le beau-frère de mon père, Joseph Dethienne, fut lui aussi interné en Hollande, mais dans une autre localité ; lui habitait Champlon-Famenne.

L’abbé Dernivy, curé à Marenne et vicaire à Champlon, avait été, dans le courant du mois d’août 1914, emprisonné au château de Verdenne avec d’autres personnes du village pour ne pas avoir livré aux Boches de vieux fusils Lebel qui se trouvaient à la maison communale et qui servaient lors de représentations théâtrales. Le vieux Bourgmestre de l’époque, Emile Gilles, ne savait comment réagir face à l’arrogance des officiers du bandit Guillaume II qui avaient reçu l’ordre de terroriser la population belge pour mieux l’asservir. Deux de mes oncles, poursuit mon correspondant, ont été déportés en 1916, ils ont été battus et affamés pour avoir refusé de travailler pour les Boches et, finalement, ils furent renvoyés chez eux. Le curé fit fonction de Bourgmestre. Tous les détenus, après un jugement sommaire, ont été condamnés à mort. C’est alors que l’abbé fit un vœu : s’il était libéré, il se rendrait pendant la guerre à Lourdes. Tous furent rendus à la liberté !

Il passa, en fraude, par la Hollande et rendit visite à ses paroissiens, il leur remit des lettres clandestines, non censurées par les Allemands, puis il prit le bateau pour l’Angleterre et, enfin, Lourdes.

Ma mère a rendu une visite à mon papa interné, elle fut bien accueillie chez un habitant où elle résida quelques jours. Ma tante, l’épouse de Joseph Dethienne, s’y rendit deux fois. Quelle joie, s’exclame alors M. Pirlot, si j’avais pu accueillir un proche durant ma captivité !

Les bonnes choses ont toujours une fin, dit-on, les mauvaises aussi… C’est ainsi que les trois détenus sont rentrés chez eux, après les hostilités, ils avaient laissé un peu de leur santé en Hollande. »

La Petite Gazette du 21 janvier 2004

ET LES CHANSONS DE 14 –18

C’est M. Jules Lejeune, de Salmchâteau, qui nous permet de découvert ces textes extraits  d’un vieux carnet de son arrière-grand-oncle , Léopold Evrard.

Sur l’air de « Sous les ponts de Paris »

En allant vers la Seine

Guillaume II s’était dit

Cela ne vaut pas la peine

De passer par Longwy

Battons Albert qu’on dit de fer

Cela prouvera que je tiens la tête

Battons, tuons et fusillons

Cela nous mettra le cœur en fête.

Refrain

Il avait oublié

Quand passant par Verviers

Il attraperait une forte indigestion

En arrivant au petit fort de Fléron

Il fut surtout surpris

Lorsque pendant la nuit

Toute son armée fut détruite d’un seul coup

Par nos petits lampious

En allant vers la France

Avec leurs bataillons

Ils firent avec violence

Tonner leurs gros canons

Sur leur chemin, n’épargnant rien

Ils eurent une conduite atroce

Mais ce n’est rien, on le savait bien

Ce ne sont que des bêtes féroces

Refrain

Depuis qu’ils sont entrés

Ce n’est que brutalité

Ils pillent et brûlent les villes de ce pays

Pour arriver à la ville de Paris

Mais ils se sont trompés

Parce que les alliés

Vous les repoussent toujours bien tranquillement

En vous les fracassant.

Refrain

Nous croyons que la guerre

Sera bientôt finie

Et aussi nos frontières

Débarrassées de l’ennemi

Nous espérons et nous croyons

Que notre victoire est proche

Que les Français, Russes et Anglais

Envahiront ce pays d’Albosch

Refrain

Maintenant que les alliés

Toujours les font reculer

Ils avaient dit si souvent autrefois

Que n’avions que des soldats de chocolat

Mais ils savent avouer

Qu’ils ne peuvent résister

Qu’ils ne possèdent que des soldats de biscuit

Dans leur fameux pays.

2/2 – 1915

La Petite Gazette du 28 janvier 2004

ENCORE UNE CHANSON DE 14 – 18

C’est M. Jules Lejeune, de Salmchâteau, qui nous permet de découvert ces textes extraits d’un vieux carnet de son arrière-grand-oncle, le facteur des postes Léopold Evrard.

La chute de l’empereur d’Allemagne

L’Allemand dit un jour à notre Roi Albert

Il me faudrait laisser passer par la Belgique

Absolument je dois traverser vos frontières

J’ai déclaré la guerre à la grande République

Je paierai tous les dégâts sur votre terre

Notre bon Roi répondit au vieux Kaiser

                 Non, non, je ne peux pas

                Mon peuple ne voudrait pas

                Et puis j’ai des soldats

 

Refrain

Les voyez-vous les lanciers, les pioupious en armes

Ils sont debout contre la Prusse, ils lèvent les armes

Les artilleurs, grenadiers, pontonniers, gendarmes

S’ils sont vainqueurs, l’aigle noir versera des larmes.

 

Mais l’ambition de l’Allemagne furieuse de haine

De force voulut violer notre terre pacifique

De peur que la France ne prenne L’Alsace-Lorraine

Elle sacrifie tous les Uhlans, quelle panique

Carabiniers, guides et chasseurs et trompettes

Il y a du sang sur les lances et les baïonnettes

Comme les Franchimontois , nous défendrons nos droits

Et on ne nous vaincra pas.

 

Mais nous avons l’appui de la France et l’Angleterre

Et la Russie qui se montre très énergique

Après les horreurs de cette terrible guerre

Je vois venir une union très magnifique

Flamands, Wallons ayons du cœur et du courage

Ne tremblons pas devant la douleur et le carnage

S’il faut risquer sa peau pour défendre son drapeau

Nous en serons les héros.

 

Félicitons de tous nos cœurs les volontaires

Parce qu’au secours de notre chère Patrie

Ambulanciers, ambulancières, nos sœurs, nos frères

Morts ou blessés des quatre nations unies

Nous travaillons pour assurer la paix du monde

L’Allemand pour toujours au fond porte la honte

         La plus grande cruauté

        C’est d’avoir violé

        Notre neutralité

 

Le monde entier se montre contre l’aigle noir

L’empereur brutal et le peuple allemand furent supprimés

Les soldats belges, partout on les couvre de gloire

Malheur à toi car nous saurons t’exterminer

Comme nos vieux nous défendrons notre territoire

Plutôt mourir que de capituler

Belges, Français, Anglais, Russes, unis pour la paix

Et on ne nous vaincra jamais.

 

Le plan allemand était de passer par la France

Au nord en venant par Liège, Visé, Namur, Longwy

Mais à présent, ils ne peuvent plus compter leurs morts

Liège imprenable veut mourir pour son pays

Monsieur Poincaré Président

L’homme d’honneur

Car tous nos  vaillants cœurs

On montré leur ardeur

Pour en être les vainqueurs.

 

Refrain

23 février 1916