LI FORTCHON

La Petite Gazette du 7 janvier 2009

A VOTRE WALLON… LI FORTCHON

Monsieur P. Natalis, d’Esneux, est à la recherche de la signification précision d’un mot wallon qu’il ne trouve pas dans les dictionnaires :

« Il s’agit du terme « fortchon », il se pourrait qu’il désigne un outil utilisé par les Ardennais qui fabriquaient du charbon de bois ; mais rien n’est moins sûr.

Ce mot est associé à un ancien lieu-dit près de Quarreux, au confluent de l’Amblève et de la Chefna.

Merci d’avance à qui pourrait m’éclairer sur le sens de ce mot wallon. »

Monsieur Simon Stasse, d’Aywaille, spécialiste s’il en est de notre langue wallonne puisqu’on lui doit un très précieux dictionnaire prolongeant et actualisant celui de Jean Haust, est, quant à lui, à la recherche des mots wallons utilisés pour désigner les ex-voto. La dévotion populaire ayant connu le succès que l’on sait et le recours aux diverses formes de remerciements pour les grâces obtenues lui font penser que des termes propres au wallon ont dû être utilisés en parallèle au vocable latin. Pourrez-vous le mettre sur la voie ?

Merci de faire progresser ces recherches si vous le pouvez.

La Petite Gazette du 28 janvier 2009

VOUS NOUS AVEZ PARLÉ DU FORTCHON…

Monsieur André Thiry, de Ben-Ahin,  a mené une recherche :

« Je me suis fait un plaisir de rechercher le mot : fortchon et pense répondre à votre appel.

Ce mot utilisé par Jean Haust aurait un lien avec « fortifier » une forteresse, un fortin ; il écrit fôrtificâcion, fortchon (renforcer les murs d’un fort, d’un fortin) fé on fortchon.

Quant à l’outil utilisé par nos amis ardennais, il pourrait aussi signifier  li fotche di drî soit la fourche de l’arrière-train d’un chariot (Jean Haust) page 223 – fig.791 du dictionnaire « français-wallon » de l’auteur…donc, également : li fortchon. »

Monsieur Edouard Triolet, de Lierneux, nous communique, fort gentiment, ce qu’il sait à ce sujet :

« Fortchon découlerait du français « fourche – fourchon ». D’après les dialectes de certaines régions, il signifierait :

  • embranchement de deux rivières, d’un arbre…
  • support dressé servant à placer la carabine pour la stabilité du tir ;
  • fourche de l’arrière-train d’un chariot « fotche di drî » dit li fortchon dans la région de Vielsalm – Bovigny – Bihain »

Monsieur José Joris, de Manhay, nous communique que « Il existe à Dochamps un lieu-dit « å fortchon dès ris ». a cet endroit deux rus de vallées distinctes se rassemblent en formant une fourche (confluent). Je pense que fortchon dérivait de « fourche » comme vôtchon signifie « amas embrouillé », peut-être que fortchon serait une fourche embrouillée. Ce n’est évidemment qu’une hypothèse. »

La Petite Gazette du 18 février 2009

A PROPOS DU FORTCHON…

Quelques spécialistes de notre toponymie régionale se sont manifestés à propos du toponyme « fortchon ». Je remercie vivement MM. Etienne Compère, de Sougné-Remouchamps,  et René Gabriel, de Roanne-Coo, qui ont fouillé leurs notes et leur documentation. Ils se sont notamment plongés dans l’incontournable « Histoire de la seigneurie d’Aywaille » du Dr Thiry pour nous donner ces quelques éclaircissements :

« Ruisseau de Chefna ou Ruisseau des faignes, appelé aussi de Ruisseau de Chefna en Quareux. Anciennement ru de Forchon (liasse Aisances de la Porallée) Il est fautif, comme le fait la carte d’EM, de l’appeler ru de la Chefna. Vox populi : li ru dè tchèm’nâ. M. Herbillon fait remarquer que ce terme dérive vraisemblablement du verbe « tchèm’ner » = tisonner. Chefna est proprement le nom du hameau dit aussi Ville-au-Bois » Thiry, op. cit. Tome IV, page 358

Monsieur Compère puise ce qui suit dans L. Remacle, Toponymie de Stoumont, B.C.R.T.D, XLVII, 1973 aux pages 147 et 148 :

« ru de Forchon, nom ancien du ru dè tchèm’nâ (v. pansîre) ; 1572 riewe de Forchon, 1577 rive de Forchon (…), 1624 aux environs du ruy que l’on appel le ruy du fond de forcoù (sic) entre le bois de froidcourt et la poralée (…) 1664 le ruy de fourchon ; 1741 le preit Magonette – joind. – au ruy de fourchon qui fait la separation du Pays de stavelot avec celuy de Luxembourg. Ce ruisseau était utilisé par le « fourneau de froidcourt », créé en 1516, qui est resté en activité jusqu’à la fin du 16e s. (cf. Georges Hansotte, Folkl. Malm. 32 117-8)

Litt. ‘ruisseau du fourchon’ : mais le sens exact de ce dernier mot échappe. »

Merci pour ces recherches qui laissent, néanmoins, pendante la question de la traduction du mot « Fortchon »…

La Petite Gazette du 15 avril 2009

ENCORE LE FORTCHON…

Monsieur Serge Fontaine, de Stavelot, nous livre quelques considérations au sujet de Fortchon et de tchèm’nâ.

« Je suis, m’écrit mon correspondant, tout à fait d’accord avec les remarques des lecteurs qui se sont manifestés. Bien qu’on ne puisse nier la parenté de fortchon, fortchou avec le français « fourche » et que ce nom fut un jour donné au ru de tchèm’nâ, il est difficle de qualifier ce ruisseau de plus fourchu qu’un autre. Ne pourrait-on trouver l’origine de ce nom dans une quelconque fourche de chemin à cet endroit ou plutôt d’une fourche (une sorte de grand brandon) plantée à l’endroit où un très ancien et très important chemin de Stoumont à Vertbuisson, et leurs au-delà, traversait le ru, ceci pour signaler aux étrangers qu’ils entraient au pays abbatial de Stavelot ?

Quant à tchèm’nâ, je pense à une autre explication que « charbonner ». Chefna alias Ville au Bois est bâtie au bord d’un chemin très ancien et le nom pourrait être le reliquat du nom celte de l’endroit. A mon avis, « tchè » veut dire «habitation et «m’nâ » est tout ce qui resterait de marécages. En résumé, l’habitation dans le marais.

D’autres lieux dans notre région font rêver. Chevron, c’est « tchèvron » composé de « tchè » et « vrone », soit la petite maison sur la colline. Chevronheid ou « tchèvroûhé », composé de « tchè », «vrone » et «  », soit la petite maison sur la colline avec «  » ajouté postérieurement. Et d’autres encore à découvrir… Pour terminer, disons un petit mot de Targon, blotti contre une butte naturelle caractéristique, un ancien verrou de l’Amblève. On sait que ce genre de butte était appelé « targoune » par les Celtes avec le sens de petite colline. Et il existe, en pleine fagne de Hockai, une haute butte rocheuse nommée ‘Rocher de Targon’. » Un immense merci pour ces réflexions passionnantes.

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