AVANT LE FRIGO, LA GLACIERE…

La Petite Gazette du 2 mars 2011

QUI SE SOUVIENT DES GLACIERS ?

Monsieur F. Petit, de Petit-Houmart, qui vous pose la question ne s’intéresse pas aux marchands de crème glacée mais à ceux qui apportaient, dans de grands sacs de toile de jute, de grands morceaux de glace destinés à rafraîchir les étals des bouchers par exemple.

Mon correspondant aimerait que vous lui parliez de ces livreurs de glace. D’où venaient-ils ? Qui livraient-ils ? Comment la glace était-elle transportée ? Jusqu’à quand leur commerce connut-il des débouchés ? Quand et qui fit appel à eux dans nos régions ? Y a-t-il eu chez nous des fabriques de glace à rafraîchir ? Comme d’habitude, tout nous intéresse et j’espère que vous aurez à cœur de nous renseigner sur ce sujet.

La Petite Gazette du 16 mars 2011

AU SUJET DES GLACIERES D’HIER

Monsieur R Wautriche, Comblain la Tour, se souvient très bien de l’ère des glacières et a l’amabilité de partager ses souvenirs avec La Petite Gazette. Je sais que cela fera très plaisir à Monsieur F. Petit, de Petit-Houmart, qui a sollicité vos souvenirs sur le sujet.

« Mes parents ont tenu une crémerie, rue St-Léonard à Liège de 1936 à 1972, ce magasin sous la pression des grandes surfaces devint petit à petit un magasin d’alimentation générale.
Le magasin fut équipé jusque vers 1965 d’une armoire frigo d’environ 2m sur 2 et de 60 cm de profondeur. Elle était constituée de 4 compartiments (75 cm sur 100) répartis sur 2 étages de part et d’autre d’une armoire centrale (200 cm sur 50) dont l’intérieur était recouvert de zinc.
Ce compartiment central était destiné à recevoir des blocs de glace qui avaient la forme d’un parallélépipède de 25X20X100 cm environ. (N.D.L.R. Je retrouve bien là toute la précision de mon ancien professeur de mathématique…)

Un livreur, qui se fournissait à Seraing passait quotidiennement proposer la glace. La consommation allait d’un bloc tous les deux jours en saison froide à un ou deux blocs en été. L’eau de fonte de la glace allait directement dans le système d’évacuation des eaux usées du bâtiment. Toutes les parois de l’armoire avaient environ 10 cm d’épaisseur et contenaient un isolant dont j’ignore la nature. Le prix du bloc de glace était de 14 Fb dans les années 60.

Le frigo contenait le beurre, la margarine, certains fromages, des boissons et les denrées du ménage. L’armoire fut remplacée par un réfrigérateur électrique et je peux l’avouer, puisqu’il y a maintenant prescription, finit sa vie en pièces détachées dans la Meuse voisine.

Pour l’anecdote j’ajoute encore que j’avais apporté en 64 pour un cours de physique à l’Athénée Liège 2 un morceau de bloc de glace pour faire l’expérience de la glace coupée par un fil métallique et qui regèle immédiatement après le passage du fil. »

Monsieur Christian Godard, de Nandrin, a lui aussi des souvenirs précis. Il les évoque pour nous en nous transportant dans un commerce tout différent : la brasserie :

 « Mon grand-père Henri Godard, né en 1905, et mon père Eugène, né en 1923, ont repris, en 1947, un commerce de bières à Andenne, ils sont devenus à cette époque <<Dépositaires pour la Brasserie Piedboeuf >>  Quant à moi, je suis né en 1949 et j’ai également exercé ce métier de 1968 à 1978. J’en reviens maintenant à ce qui nous intéresse soit : les glaciers.

A l’époque où j’étais gamin (il y a quelques semaines à peine !), on ne connaissait pas encore les refroidisseurs à boissons électriques transportables. Il en existait déjà, je me souviens en effet de la marque << SEM >> mais ceux-ci étaient très lourds et étaient placés uniquement dans les cafés ; chez les cafetiers bien sûr qui avaient les moyens financiers de les acheter et ceux qui également croyaient que peut-être <<c’était l’avenir >>

De nombreux cafetiers possédaient donc des glacières souvent en zinc, dans ou à proximité de leur comptoir, qui quelquefois comportaient deux cuves séparées par une paroi, dans une des cuves, on  plaçait les bouteilles à refroidir et dans l’autre des blocs de glace, la paroi métallique laissait passer le froid mais empêchait la glace d’entrer en contact avec les bouteilles pour ne pas mouiller celles-ci lorsqu’elle fondait; ce réservoir à glace comportait également un petit robinet de vidange pour évacuer la glace fondue.

Pour les cafetiers qui débitaient déjà la bière à la pression et qui ne possédaient pas non plus de refroidisseur électrique, il existait des glacières dans lesquelles se trouvaient au fond 1 ou 2 serpentins en fonction du nombre de pompes, qui étaient à l’époque en étain et on plaçait sur ces serpentins des blocs de glace pour refroidir la bière.

Quant à la fabrication de ces blocs de glace, dans les années 50 et 60, il y avait à Namur la   << Brasserie Delforge >> qui a depuis disparu, qui était un gros dépôt de la Brasserie Artois de Louvain. La brasserie Delforge disposait d’une très grande installation pour la fabrication de blocs de glace qui étaient stockés à la sortie de fabrication dans de très grandes chambres froides. Cette brasserie Delforge possédait également un petit dépôt de vente de boissons à Andenne ainsi qu’une chambre froide où étaient stockés les blocs de glace ramenés de Namur dans une glacière placée sur un petit camion. J’ignore combien de blocs pouvait contenir cette glacière mais elle était quand même relativement grande car elle occupait la largeur du camion soit plus ou moins 2 mètres et devait mesurer plus d’un mètre de côté et de hauteur. Je me souviens du livreur de chez Delforge prénommé Alex qui faisait sa tournée tôt le matin pour livrer les blocs de glace chez les cafetiers (peut-être aussi chez les bouchers ou d’autres commerçants mais de cela, je ne m’en souviens pas)

De notre côté, en qualité de négociants en bières, nous possédions des glacières et pompes volantes (c’est-à-dire transportables, mais les pompes étaient lourdes !) utilisées dans les différentes festivités de notre région d’Andenne et nous allions donc acheter nos blocs de glace au dépôt Delforge à Andenne. »

Un immense merci pour ces premiers témoignages, je puis, d’ores et déjà, vous en annoncer d’autres.

La Petite Gazette du 30 mars 2011

LES GLACIERES… VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Madame Jeannine Xhenseval, d’Aywaille, a conservé le souvenir d’une petite anecdote liée à ces glacières d’hier :

« Je sais que la « fabrique » de glace se trouvait rue des Pitteurs à Liège et qu’elle a fonctionné jusque dans les années 1960. Elle produisait les blocs de glace qui étaient ensuite fournis aux bouchers et dans les cafés notamment. Lorsqu’on a opéré ma petite sœur des amygdales, on m’a envoyée chercher de la glace chez le boucher pour la lui faire sucer. »

Madame Marie Grignet, d’Esneux, se souvient du frère de son grand-père qui était marchand de blocs de glace :

« Je me souviens très bien de l’un de ces marchands de glace : le frère de mon grand-père Henri Cerfontaine. Nous le rencontrions régulièrement rue Haute Sauvenière, rue très commerçante dans les années 1930. Il s’appelait Martin Cerfontaine et ne manquait jamais de me donner une pièce de 25 centimes pour aller m’acheter une chique. Je ne l’ai jamais oublié. Il faisait partie d’une famille de onze enfants, neuf garçons et deux filles. Si ma mémoire de 87 ans ne me fait pas défaut, il transportait de gros et lourds blocs de glace d’environ 50cm X 30 cm X 30cm, enveloppés dans une rude toile de sac ; il les prenait sur une charrette couverte tirée par un cheval et les transportait sur son épaule. Ses parents avaient élevé leur famille du côté de Ste-Foy, où le père était cordonnier. Ils avaient aussi de la famille à Dalem. Mon grand-père, quant à lui, était ouvrier tourneur à la S.N.C.B.

Il y a quelques années, lors de Journées du Patrimoine je pense, on nous a montré d’anciens trous ou fosses profondes et maçonnées qui servaient à stocker la glace ou la neige en hiver. Quelqu’un pourra-t-il me dire si cela a un rapport avec le commerce de glace ? »

Monsieur Lucien Sadzot, de Noiseux, se souvient d’un glacier à Marche-en-Famenne qui fabriquait des blocs de glace (100 cm X 20 cm X 20 cm) et qui était installé rue des Tanneurs. Selon mon correspondant, c’est dans les années 1958 ou 1959 que le commerce disparut, victime des frigos ! Ce marchand de glace, Felix Larondelle, desservait principalement les cafés et son installation serait toujours en place.

La Petite Gazette du 6 avril 2011

ENCORE A PROPOS DES MARCHANDS DE BLOCS DE GLACE

Quelques précisions m’ont été apportées par des lecteurs soucieux de les partager avec vous. Monsieur Christian Godard précise ce qu’il nous a déjà appris :

« Monsieur Wautriche, de Comblain-laTour, parle d’une armoire frigo utilisée dans la crèmerie de ses parents rue St-Léonard à Liège. Je reviens sur les propos que je vous ai transmis concernant les glacières de brasseries, l’isolant à cette époque était du liège (en tout cas dans les glacières que nous utilisions). »

Madame Marie Depret, quant à elle, informe les lecteurs désireux de compléter leurs informations, qu’elle a découvert sur internet  un petit historique sur les activités de la brasserie Delforge de Namur.

Voici l’adresse du site :users.skynet.be/artemisia/brie17eme7.htm

Monsieur Jean Nivarlet, Secrétaire communal honoraire de Clavier, évoque, quant à lui la remarquable glacière du château d’Ochain et me transmet la copie d’un intéressant article de Vers l’Avenir daté du 15.09.1992 rappelant que cette année-là, à l’occasion des Journées du Patrimoine, on procéda à l’inauguration de l’ancienne glacière, entièrement restaurée.

Cette glacière, qui sera classée le 22 janvier 1993, est remarquable à plus d’un point. Elle n’est pas située, comme c’est souvent le cas, dans les sous-sols du château mais à quelques centaines de mètres de là, à flanc de coteau, et à proximité d’un étang. Elle couverte d’une remarquable et étonnante toiture mixte constituée d’une voûte recouverte d’argile et protégée par une toiture octogonale.

Abandonnée pendant plus d’un demi-siècle, cette glacière a fait l’objet d’une totale restauration. E. Chefneux, dans son remarquable « Ochain, les vies d’un château » (1998) nous apprend que : « A Ochain, dès les premières gelées, les bûcherons du château venaient sur l’étang gelé et débitaient, à l’aide de scies à grandes dents, des blocs de glace qui étaient transportés et empilés dans la glacière, ensuite arrosés ce qui permettait d’homogénéiser les stocks (environ 200 m³). »

Le dernier coupeur de glace du château d’Ochain, M. A Duchesne, de Clavier, confiait, en 1995, qu’il avait effectué cette tâche jusque dans les années 1930 et qu’il se souvenait d’une épaisseur de glace sur l’étang pouvant aller jusqu’à vingt centimètres !

Un grand merci à vous tous qui prenez la peine de répondre aux questions qui vous sont adressées et qui, de cette façon, transmettez un savoir précieux.

Très prochainement, j’évoquerai, grâce à un passionnant envoi de M. Robert Nizet, de Vielsalm, la glacière de Hermannmont à Vielsalm.

La Petite Gazette du 13 avril 2011

LA GLACIERE DE HERMANMONT

Comme promis la semaine dernière, voici quelques précieuses informations sur la glacière de la propriété de Rosée à Hermanmont, Vielsalm. Merci à Monsieur Robert Nizet grâce à qui je puis vous transmettre ces informations que, tout d’abord, je puise dans une étude rédigée par M. Charles Legros à l’occasion de l’inauguration de la glacière restaurée lors des Journées du Patrimoine en septembre 1995.

« La cuve de la glacière de Hermanmont est assez particulière. Elle est cylindrique, ce qui est inhabituel, mais le fond n’est que partiellement maçonné : après un rétrécissement du pourtour, nous trouvons simplement de la terre battue, sans aucun aménagement. Le plafond de la cuve est formé de voussettes de briques soutenues par des poutrelles d’acier. Le mur cylindrique est en moellons de schiste salmien et les briques ont été façonnées à Rencheux : des matériaux typiquement locaux.

La hauteur totale est de cinq mètres, le plafond se situant à 2,5 m. au-dessus du seuil de la porte. La capacité totale est de 55m³ dont 25 sous le seuil de la porte.

(…) la glace à conserver était prélevée sur les étangs de la vaste propriété de Hermanmont. Elle était découpée avec de grandes scies. D’après des témoignages oraux, l’étang du Tiennemesse était le plus exploité : il est peu profond (à peine plus d’un mètre) ; le fond en est garni de « jetées » parallèles de gros moellons qui le traversent de part en part (…) De tradition, ce sont les gens de Ville-du-Bois qui assuraient le transport par tombereau )à cheval.

La glace était utilisée pour rafraîchir des préparations diverses. Elle n’était toutefois pas mélangée directement aux boissons, par exemple. N’oublions pas que c’était l’eau d’un étang ! Parfois, un Salmien malade, pour atténuer ses souffrances, recevait des glaçons : on m’a cité un cas de péritonite soulagé de cette manière. La meilleure « procédure » était de « demander à Madame la Baronne ». Cet épisode se passait en 1920. »

Monsieur Nizet dans un article intitulé « La propriété de Rosée à Hermanmont (Vielsalm) : grandeur et décadence » publié in Glain et Salm, Haute Ardenne n°35, nous apprend que : « Le principe de la glacière était simple et on en trouvait presque partout en Belgique, en général à proximité des châteaux ou, comme à Spa, des hôtels. Il s’agit d’une construction, enterrée et isolée le mieux possible. Dans le fond, un système d’évacuation des eaux vers un puits perdu permet de conserver la glace prélevée aux étangs voisins jusqu’en été. La glacière permettait de présenter à table glaces, sorbets ou autres préparations et se montrait utile pour l’élaboration de compresses médications diverses.

La Baronne de Rosée écrivait le 6 août 1914 : « J’ai été interrompue par les dames Beaupain qui venaient voir si j’avais encore un peu de glace pour une pauvre dame qui vient d’avoir une attaque d’apoplexie » L’auteur rapporte que cette glacière a été prise pour une chapelle par des Allemands qu’on y vit s’agenouiller et y prier en 1918… Un grand merci à Monsieur Nizet.

ET CELLE DE MARCHE …

Monsieur Francis Roufosse, quant à lui, évoque, d’après un texte de M. Jacques Rossignon, la glacière de Marche-en-Famenne.

« Dans la rue des Tanneurs à Marche-en-Famenne (ancienne rue des 3 Bombes), on peut encore apercevoir aujourd’hui un ancien bâtiment en briques portant sur sa façade une inscription à moitié effacée : « aplatisseur d’avoine ». Cet ancien moulin à eau fut vendu en 1929 à M. Rouffin, lequel le transforma en glacière, y fabriquant des blocs de glace de trente kilos qui étaient ensuite utilisés par des restaurateurs, bouchers, poissonniers, cafetiers, fermiers, marchands ambulants de crème glacée pour assurer la bonne conservation de leurs produits. A la mort de M. Rouffin en 1939, la succession de l’entreprise fut assurée par M. Déom, propriétaire de l’Hôtel de la Cloche. Après la seconde guerre mondiale, Félix Larondelle et son épouse, surnommée « la petite Maria », vont reprendre la glacière et la moderniser.

glace 1

C’était devenu une véritable petite industrie, équipée d’un gros compresseur à ammoniac des Ets Lebrun de Nimy, mû par un puissant moteur électrique. Le gaz obtenu était amené par des tuyaux vers un grand bac métallique rempli de saumure qui était ainsi maintenue à une température de -18°C. De grands moules en métal épais, hauts d’un mètre et remplis d’eau, étaient amenés dans le bac de saumure grâce à un palan accroché à un rail, lequel pouvait transporter huit moules à la fois. La cuve de saumure recevait ainsi 150 moules qui y trempaient pendant une douzaine d’heures. Deux démoulages étaient opérés chaque jour : à 5 heures du matin et dans l’après-midi à 17 heures. Les blocs étaient alors transportés sur l’épaule, emballés dans de la jute, jusqu’à la camionnette de Félix qui les attendait pour entreprendre sa tournée. Selon leurs besoins, les clients achetaient plusieurs blocs, mais souvent aussi un demi-bloc. Un pic permettait de couper la glace pour l’amener à la dimension souhaitée. Félix Larondelle s’était constitué une très belle clientèle. Au volant de sa camionnette, il livrait de nombreux commerçants marchois, mais également de Jemelle, Saint-Hubert, de toute la vallée de l’Ourthe, de Barvaux à Houffalize et à Bastogne, dont la laiterie consommait régulièrement de 60 à 70 blocs. Toutes les petites laiteries de la région comptaient d’ailleurs parmi sa clientèle. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes… Et puis, vers 1963, avec l’arrivée sur le marché des frigidaires et autres appareils électriques de refroidissement, Félix Larondelle sentit le vent tourner et, en bon visionnaire, il prit la décision de cesser son activité « avant d’y perdre ses culottes » !

Et les années sont passées, mais encore aujourd’hui, tous se souviennent de « la petite Maria » qui tenait une petite épicerie derrière l’Hôtel de Ville. Son rayon friandises était en permanence assailli par des bandes de galopins en manque de bonbons et de « chiques » ou encore de « babeluttes ».

glace 2Et toujours, Maria les accueillait avec sa bonne humeur et sa verve légendaire… » Vous en souvenez-vous ? Merci à vous de si bien nous renseigner sur ces réalités d’hier.

 

 

 

 

La Petite Gazette du 20 avril 2011

ENCORE QUELQUES INFORMATIONS SUR LA GLACIERE DE LA RUE DES PITTEURS

Madame Maryse Schillings, de Poulseur, se souvient de la glacière de la rue de Pitteurs à Liège : jusqu’en 1988, elle et son époux étaient membres actifs de la confrérie des Vignerons du Petit Bourgogne à Sclessin. Cette confrérie organisait toutes les années à Pâques un grand week-end gastronomique dans les locaux du château de Slessin. Pour conserver les huîtres au frais, on avait besoin de gros blocs de glaces fournis dans les années 80 par cette glacière qui fonctionnait toujours.

Les blocs étaient transportés dans des bassines (Des « tines » … vous savez, celles-là mêmes dans lesquelles on se lavait, enfants, au coin de la cuisinière à charbon) et livrés par le propriétaire de la glacière, M. Robert Coolman, qui aujourd’hui est toujours en pleine forme. Il faut croire que le froid conserve !

La cour de cette glacière est rebaptisée chaque année « Place du Tertre » à l’occasion des fêtes du 15 août en Outremeuse.

La Petite Gazette du 27 avril 2011

AU TEMPS DES MARCHANDS DE BLOCS DE GLACE

Monsieur Alain Charlier me transmet cette photographie qui illustre parfaitement plusieurs souvenirs réunis à propos de ces marchands de glace d’hier… et plus spécifiquement de cette glacière, maintes fois évoquée, de la rue des Pitteurs à Liège.

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Il m’indique simplement : « cette photo d’époque prouve, s’il en était besoin, que le métier existait déjà du temps du transport hippomobile… »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

IL ACHETAIT DES BLOCS DE GLACE ET VENDAIT DE LA CREME GLACEE…

Les différentes interventions sur les glacières d’un jadis encore très proche ont poussé M. D. Libert, de Hony, a nous parler de son papa et à nous présenter cette jolie photo.

« Avant la guerre de 1940, j’ai bien connu le marchand de blocs de glace que l’on appelait Monsieur Glacemaker. Mon père, Georges Libert, fabriquait de la glace, de la crème glacée, selon la recette d’un ancien glacier italien de Liège. Il allait la vendre dans Hony et à Fèchereux, dans les campings. Comme le montre cette photo, prise, avant-guerre, au barrage de Hony. Papa attachait sa charrette à glace à son vélo pour faire la tournée des campings.

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Pour faire sa crème glacée, à l’époque, mon père avait fabriqué l’ancêtre du frigo. C’était une petite pièce carrée, avec un bac en briques pour y déposer les blocs de glace apportés de Liège. L’intérieur de ce bac en briques était tapissé de liège, le couvercle également, afin de bien conserver les blocs de glace. Une cuve en métal servait pour faire la crème glacée à l’intérieur même de ce bac.

Après la guerre, M. Dessart, de Liège, nous installera une « glaçonnière » frigidaire pour garder la charcuterie et le fromage vendus dans le magasin. »

Un merveilleux produit : la Solvine

La Petite Gazette du 30 décembre 2009

CONNAISSEZ-VOUS LA SOLVINE ?

Monsieur Jean-Pierre Corvers, de Rouvreux, est un lecteur fidèle de La Petite Gazette. Aujourd’hui, il fait appel à vos souvenirs dans l’espoir d’apprendre un maximum de choses sur ce petit objet du quotidien de sa grand-mère.

« J’ai retrouvé cette boîte chez ma grand-mère, à Tilff, il y a bien longtemps ; elle, en effet, est décédée en 1977.

solvine

Sur cette petite boîte, je lis : Ets Louis Jamart, Esneux, Belgique. Sur le bord: registre de commerce 26759 (ou 69, chiffre partiellement effacé). Sur le dessous: Evite gerçures, engelures, crevasses, boutons, etc.

Les lecteurs voudront-ils mener l’enquête et nous donner de plus amples informations sur ce produit conçu chez nous ? Je l’espère vivement et me réjouis de prendre connaissance des renseignements qu’ils voudront bien m’apporter. »

La Petite Gazette du 6 janvier 2010

PARLONS UN PEU DE LA SOLVINE

« Il me semble pouvoir affirmer, écrit Monsieur  Pierre Bartholomé, encore un lecteur fidèle de La Petite Gazette, que ce produit était élaboré au départ du suint de la laine de mouton. Cet animal figure d’ailleurs sur la boite.

A mon sens, poursuit mon correspondant, il provient du nom d’une société verviétoise, sise à la sortie de Verviers en direction d’Eupen et portant le nom de : » Le Solvant Belge ».

Cette ancienne firme était spécialisée dans le traitement des laines en
provenance du monde entier et principalement d’Australie. Le traitement dans les dernières années consistait au lavage de la laine et, entre autres, on en retirait le suint  (sorte de graisse) qui imprègne la laine de mouton. Cette graisse était traitée et purifiée pour de nombreux usages dont des produits pharmaceutiques. A ce propos, Monsieur Jean d’Olne, (que je salue cordialement) de Sprimont, grand spécialiste en textile pourrait nous en apprendre beaucoup à ce sujet et ajouter des détails qui me sont méconnus.

Il semblerait donc que le négociant d’Esneux commercialisait sous sa propre marque et son conditionnement cette graisse, qui en fait était « un déchet », en provenance du Solvant Belge verviétois.

Personnellement, lors de mon adolescence, sujet à de fréquentes crises de furonculose , j’ai très souvent utilisé cette graisse en pansement pour faire « mûrir » ces clous ou  furoncles très douloureux. Ce fut toujours avec succès et conseillé d’ailleurs par le pharmacien du coin pour extraire toute inflammation. Donc, en résumé, me référant à Solvine et Solvant Belge d’une part ainsi qu’à la reproduction d’un mouton sur la boite, je pense être dans le vrai en vous contant ces souvenirs. »

Que de renseignements ! un tout grand merci. Et vous avez-vous utilisé de la Solvine ?

 La Petite Gazette du 20 janvier 2010

LA SOLVINE A PRESENT

Voilà un produit qui aura laissé bien des souvenirs également dans la mémoire des lecteurs : Monsieur Jean d’Olne saisit la balle au bond :

«Monsieur  Pierre Bartholomé m’envoie gentiment « la patate chaude »… je demande donc à Google:

Solvent  Belge

« Aujourd’hui usine Traitex, en activité. C’est une usine de traitement de la laine, nettoyage et dégraissement.  Dans l’ancien atelier, trois machines à vapeur et une machine d’extraction pour le suint. L’entreprise « Solvent Belge » y fabriquait la Solventine. »

C’est donc confirmé. J’ai trouvé dans le même  article la photo de l’atelier de production:

solvine 2

 

Le suint produit par les moutons peut être comparé au sébum secrété par la peau humaine. C’est une matière onctueuse qui est récupérée après le lavage ou le solventage de la laine (lavage = à l’eau; solventage … au solvent).

 

Cette matière, judicieusement traitée après récupération, fournit la lanoline, dont chacun connaît le nom, utilisée en cosmétique, en pharmacie, et, c’est moins connu, pour la production d’antirouille.

Mon premier emploi a été dans la seule usine de production de lanoline en Belgique, Croda Belge, qui était établie à Verviers, et qui traitait la lanoline brute provenant des lavoirs de laine.

Avant la mise au point des méthodes de récupération de la lanoline, elle était rejetée avec l’eau de lavage. À Verviers, elle formait une  gangue épaisse qui couvrait les rochers et le fond de la Vesdre. À Bradford, en Angleterre,  la lanoline brute rejetée dans la rivière (l’Aire, qui a donné les chiens airedale) dégageait du gaz, que les gamins s’amusaient à enflammer, provoquant de longues traînées de feu sur la rivière… La disparition des entreprises de lavage de laine et la sévérité du contrôle des rejets industriels ont mit fin à ces pollutions dans les deux villes.

Un dernier mot sur la  lanoline: il s’agit d’une cire, et pas d’une graisse. Elle n’est pas sujette au rancissement, ce qui en fait l’importance pour la stabilité des onguents en tous genres où on l’utilise. » Merci pour ces précisions.

Madame Godefroid, de Trooz, m’a également parlé de « Solventine » « issue du suint du mouton, mes parents, fermiers à Chaineux, l’utilisaient, pendant la guerre, pour soigner les animaux, principalement les mamelles blessées. Elle était fabriquée dans la région verviétoise. »

Madame Christiane Laureys-Horicks, arrière-grand-mère de Bande, se souvient et confirme : « La « solvine » ou en tout cas une petite boîte contenant du suint de mouton ( beurk que cela sentait mauvais !), je me souviens très bien l’avoir appliquée sur le bout de mes tétons parce que j’avais des crevasses qui me faisaient beaucoup souffrir lors de l’allaitement de mes bébés. Pommade souveraine dans mon cas et qui m’avait été conseillée et fournie par un grand ami de la famille. Pommade difficile à trouver et qui de plus perdait assez rapidement son élasticité, d’où la difficulté de l’appliquer sur des endroits super sensibles… Mais il y a longtemps de cela et nous habitions alors Bruxelles ! »

Monsieur Roger Ninane, de Barvaux-en-Condroz, nous dit que la « solvine » est « une pommade contre les gerçures etc. elle était fabriquée à  base de suif de laine de mouton. Dans les années 1950, mes parents étaient cultivateurs et l’utilisaient pour mettre sur les mamelles des vaches qui avaient soit des gerçures ou qui avaient été mordues par des hérissons. Nous l’utilisions aussi pour nous. »

Monsieur Oster Tassigny, de Grand Menil nous en parle aussi : « La solvine existait en boîte de 250 grammes et la solventine en boîte de 500 grammes. Elles étaient vendues par Jamart à Esneux et cette graisse était dans toutes les fermes de Wallonie. Jamart passait deux fois par an, mon père l’appelait « Jamart » mais, pour ma mère, c’était « Solventine ». Cette graisse était bonne pour tout, il y en avait une boîte dans l’étable pour les mamelles gercées ou autre bobo pour les jeunes veaux d’un an qui étaient allés en prairie et qui avaient des varrons à chaque côté de l’échine, cela les soulageait. Elle soignait aussi les plaies au collier du cheval ou graissait les mamelles de la truie. Il y avait une boîte pour les besoins de la famille, gerçures, engelures, cors au pied et même pour les maux de ventre. Cette graisse était comestible et pour le prouver, j’ai vu Jamart en manger une noisette. »

La Petite Gazette du 27 janvier 2010

ENCORE DES SOUVENIRS DE LA SOLVINE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, se souvient et confirme :

« La graisse de laine de mouton Solvine provenait certainement de la région de Verviers. Une fois ou deux par an, jusque dans les années 60/70, peut-être encore plus tard, un Monsieur, toujours très bien habillé, portant un cache-poussière bleu pâle, roulant en Mercedes, toujours un gros cigare aux lèvres, passait dans toutes les fermes (ma région Engreux-Mabompré) en demandant souvent en wallon de Verviers : « Nu v’fâ-t-i nin dèl crârre du lin-ne ? »

Je me rappelle très bien ces boîtes jaunes. Cette graisse servait surtout pour soigner les crevasses aux mamelles des vaches, de même elle se montrait très efficace pour les crevasses aux mains. Je suis certain que d’autres lecteurs se souviennent de ce vendeur ambulant et même, peut-être de son nom. »

Alors, vous vous en souvenez ? Vous nous le direz ?

La Petite Gazette du 24 février 2010

ENCORE LA SOLVINE

Un lecteur de Ham Esneux nous apporte la confirmation par le document suivant :

jamart_solvine

Il s’agit d’une facture  de Louis Jamart sur laquelle on lire qu’il habitait le village de Ham Esneux dans les années 50 (la  » Villa Blanche « ). Il avait épousé une fille du village de Ham. Son atelier / dépôt se trouvait route de Liège à Esneux (les lieux ont abrité quelques années plus tard une menuiserie).

Sa graisse « Solvine »était très réputée dans les fermes et le monsieur décrit par un lecteur : cache-poussière et gros cigare… c’était lui ! »

UN TRANSPORT EXCEPTIONNEL EN 1921

La Petite Gazette du 9 novembre 2011

UNE PHOTO EXCEPTIONNELLE PRISE A REMOUCHAMPS IL Y A PLUS DE 90 ANS

Monsieur Freddy Lawarrée me demande de vous questionner au sujet de cette magnifique photographie prise, le 22 février 1921, par le photographe Weber, à Remouchamps, sans doute à la gare. Il est vraisemblable qu’il n’y a plus guère de témoins directs de ce transport exceptionnel, mais je pense que son caractère d’exception justement aura laissé des traces dans les mémoires et aura peut-être conduit les témoins d’alors à en parler longtemps après encore…

photo weber

Questionné par mes soins, Monsieur Michel Bartholomé, d’Aywaille, avance d’emblée quelques très intéressantes pistes de réflexion. Alors que je lui demandais si l’énorme cylindre attelé à ce magnifique tracteur ne serait pas un élément de concasseur, il me répondit :

« Pour moi, il s’agit d’une chaudière à vapeur industrielle.

Aurait-elle été fabriquée dans la région (vallée de la Vesdre) puis amenée en gare de Remouchamps pour expédition ou plutôt, amenée à Remouchamps pour être montée dans les installations de la carrière de la Falize par exemple.

Il y avait sur la route du halage une petite centrale électrique dont il ne reste plus que des ruines actuellement, c’est peut-être là qu’elle a été installée ou encore au concasseur qui se trouvait en face de l’école Saint-Raphaël. Il faudrait pouvoir connaître l’identité du personnage qui est à l’extrême droite sur la photo. »

photo weber(1)Reconnaitra-t-on ce monsieur fumant le cigare ou le chef de gare afin de confirmer que c’est bien à Remouchamps que la photo a été prise ?

En effet, un concasseur a bien été installé en face de l’institut Saint-Raphaël et il était alimenté grâce au chemin de fer aérien qui le reliait à la carrière de la Falize, mais on n’en parle que durant l’été 1922 et ce n’est qu’en mars 1923 que l’Arrêté Royal l’autorisant est signé par le Ministre de l’Industrie et du Travail, Moyersoen. Il est fort peu probable que la machinerie ait été commandée et livrée deux ans plus tôt… Par contre, il serait intéressant de savoir quand a été équipée ou rénovée la petite centrale électrique le long du halage… j’espère que vous vous passionnerez pour cette recherche.

 La Petite Gazette du 23 novembre 2011

A REMOUCHAMPS, IL Y A PLUS DE NONANTE ANS…

Vous vous souvenez sans doute de cette merveilleuse photographie nous présentée par Monsieur Freddy Lawarrée, d’Aywaille et présentant un convoi exceptionnel prêt à prendre la route devant, vraisemblablement, la gare de Remouchamps. L’enquête avance progressivement…

Messieurs Michel Bartholomé et Geogeo Weber, d’Aywaille, ont mené une minutieuse enquête qui leur a permis de réunir quelques intéressantes informations :

« En zoomant sur l’affiche présente sur la chaudière, G. Weber a pu y lire « Pirson ». Il a ensuite tapé « Pirson » dans google et a pris contact avec cette firme de Seraing qui existe depuis 1905 et qui est spécialisée, non pas dans la fabrication des chaudières, mais dans leur installation sur site.

Voici la réponse qu’il a obtenue du secrétariat :

« Il s’agit d’une chaudière fabriquée aux Chaudronneries Piedboeuf. Elle était destinée à une carrière pour y faire de la vapeur. Ce sont les seules infos dont dispose Emile Pirson (qui est né en 1920 et dont le grand-père se trouve à droite de la photo avec un chapeau) »

Une recherche menée sur Google à propos de la «  Chaudronnerie Piedboeuf » a apporté ce résultat :

« Avenue Louis Piedboeuf, de l’avenue du Parc, en boucle (a.c. Embourg). Elle fait partie du lotissement des Parcs. Son nom rappelle le souvenir des anciens propriétaires du château et de son vaste domaine. A l’origine de la famille, Jacques Pascal Piedboeuf, né en 1783, à Jupille, y installa une chaudronnerie vers 1812.

De son côté, Jacques Piedboeuf créa en Allemagne, en 1833, une fabrique d’appareils à vapeur. Plus tard, la chaudronnerie, spécialité belge, sera transférée à Aix-la-Chapelle (cf. Hans Seeling – Les Wallons pionniers de l’industrie allemande. Wahle, 1983).

Louis Piedboeuf-Lovens, constructeur, notamment de matériel pour brasserie, apparaît à Embourg en 1914. Il y acquiert la belle maison « Piedboeuf » située rue de Grady. Il y demeure un certain temps avant d’acheter et d’habiter le château construit en 1878 par Adrien Dawans-Closset. Louis Piedboeuf constitue ensuite, pièce par pièce, le très vaste domaine qui sera appelé par la suite les « Parc d’Embourg ». On accédait au château par l’actuelle « avenue Ambiorix » mais, détruit par un incendie en 1944, il ne fut jamais reconstruit.

Après le décès de ses fondateurs, le domaine fut mis en lotissement en 1958. Quelques arbres remarquables, proches de l’ancien château, y sont encore visibles actuellement. »

 

FENAISON ET MOISSONS DE JADIS

La Petite Gazette du 11 juin 2008

AU TEMPS DES MOISSONS ET DE LA FENAISON

Cette jolie photographie d’une ancienne faucheuse devrait vous rappeler bien des souvenirs des jours d’été de jadis quand des familles entières se rendaient dans les campagnes pour procéder aux travaux de fenaison et des récoltes. C’était l’époque des meules, des charretées de foin ramenées à la ferme par une armée d’ouvriers armés de faux, de grands râteaux et de fourches. Tout le monde apportait son aide, du plus jeune au plus âgé, le repas se prenait souvent dans les champs… Me raconterez-vous ces souvenirs, les anecdotes qui émaillèrent ces chaudes et longues journées de travail, remplacées aujourd’hui par la mise en œuvre d’engins exceptionnels mis en œuvre par des sociétés spécialisées qui, au nom de l’efficacité et de la rentabilité ( ?), ont gommé la magie de ces journées vouées à la solidarité des travailleurs de la terre…

faucheuse

La Petite Gazette du 25 juin 2008

LES MOISSONS D’AUTREFOIS

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, a été le premier à répondre à l’appel que je vous lançais il n’y a guère, mais j’espère que son exemple sera suivi de bien d’autres … Me raconterez-vous vos souvenirs, les anecdotes qui émaillèrent ces chaudes et longues journées de travail, remplacées aujourd’hui par la mise en œuvre d’engins exceptionnels qui, au nom de l’efficacité et de la rentabilité ( ?), ont gommé la magie de ces journées vouées à la solidarité des travailleurs de la terre…

« Il faut avoir connu cette époque de la moisson avant l’invasion actuelle outrancière, tous azimuts, de la machine pour bien se rendre compte de ce qu’on a irrémédiablement perdu en grégarisme, convivialité, voire en camaraderie, regrette M. Bastin. On peut brièvement schématiser l’évolution de la situation en question au moyen de deux toutes simples mais fort éloquentes images : Hier, sur le terrain, une foule bigarrée d’acteurs divers, dynamiques, joyeux, heureux, volontaires, s’activant de fort bon cœur à longueur de journée. Aujourd’hui, un homme (bien) seul, véritablement un isolé (j’allais presque écrire un abandonné, un naufragé) en son champ, aux commandes d’un monstrueux engin, énorme telle une cathédrale, chargé de remplacer seul, à jamais, cette belle foule empressée d’autrefois. Je laisserai cependant le soin à d’autres de parler plus en détail de ces ineffables moments, passés alors au service de la Terre, à cette belle époque, bien révolue hélas !, où les saisons étaient nettement bien tranchées : étés ensoleillés et chauds ; hivers froids et enneigés. Actuellement, on en viendrait presque, comme Villon, à se demander  « Mais, où sont les neiges d’antan ». En ce qui me concerne, je vais plutôt, en lieu et place, vous parler d’un fait nettement plus insolite qui, à cette époque (fin des années 1930 et années 1940), m’a marqué de manière véritablement indélébile. Le voici brièvement exposé :

attelage

A cette époque,  les clos d’équarrissage n’existant point encore, on n’avait pour seule solution que d’enterrer simplement, çà et là, les bêtes crevées ; et ce, le plus souvent,  trop peu profondément. Ce faisant, les vers dévorant toutes ces charognes finissaient par rapidement  remonter à la surface et ainsi y contaminer les diverses plantes sauvages à l’air libre. Les insectes volants, en se posant sur ces plantes contaminées, véhiculaient donc, inéluctablement, ainsi de très dangereuses bactéries. Ils allaient ensuite, le plus souvent, se poser et piquer des ouvriers de la moisson ; et certaines de ces personnes piquées en arrivaient à rapidement développer ainsi le charbon (Maladie, nommée anthrax chez les Anglo-Saxons, ayant soudainement réapparue, à la suite des attaques aériennes terroristes contre les USA, en septembre 2001).

A Ouffet, au moment de la moisson, c’est surtout l’apparition de cette affection, fort fréquemment mortelle, engendrant une indicible psychose dans le monde agricole, qui m’a le plus impressionné. Les personnes atteintes n’avaient plus alors, comme seule et unique ressource valable, que de sauter bien vite sur leur bicyclette et d’aller sans délai, portées par tout un voisinage compatissant, rendre immédiatement visite, à Durbuy-Vieille Ville, à cette bonne Demoiselle Magis qui, si magistralement, soignait, tout bénévolement, cette terrible affection au moyen de son célèbre onguent, nommé « Crâhe di Dèrbu », qu’elle fabriquait régulièrement, dans le secret le plus total, selon la formule familiale reçue, à la fin du 18e siècle, d’un médecin militaire blessé appartenant aux troupes autrichiennes alors  de passage à Durbuy. ».

La Petite Gazette du 9 juillet 2008

LA VUE D’UNE FAUCHEUSE ET LES SOUVENIRS RESSURGISSENT…

Madame Viviane Bultot, épouse Granhenry, est originaire de Nadrin, mais habite aujourd’hui à Dolembreux, elle a vu, en découvrant cette photographie d’une ancienne faucheuse, se réveiller en elle une histoire qui a véritablement marqué sa petite enfance.

faucheuse Henry

N.D.L.R. Je n’ai pu résister au plaisir de vous proposer cette photographie de la faucheuse prise à Limont-Tavier durant la guerre et autour de laquelle est réunie toute ma famille paternelle. Mon grand-père, Jules Henry, tient le cheval, mon papa Maurice Henry (qui va fêter ses 93  ans) tient la faux, ensuite viennent la cousine Georgette, ma grand-mère Coralie, le cousin Joseph et mon oncle Lucien.

« Je suis née en 1951 et, alors que je devais avoir cinq ou six ans, je revois encore mes parents partir aux champs par une très belle journée en plein mois d’août. Ils étaient accompagnés de mon frère de deux ans mon aîné et de mon oncle Gilbert, assis sur le siège de la faucheuse tirée par Mouton, notre cheval de trait gris. Maman portait une jolie robe bleue de coton,  boutonnée sur le devant et froncée à la taille. Ses beaux cheveux châtains bouclés étaient retenus par un petit foulard noué dans la nuque. Il lui servait aussi pour se protéger du soleil brûlant à cette époque de l’année. Papa, en culotte longue et grise de travail, portait une chemise beige à manches longues retournées jusqu’aux coudes, une casquette légère, de grosse bottines en cuir et la faux sur l’épaule. Maman portait les râteaux en bois.

Il faut savoir que, à cette époque, le premier tour du champ de blé à couper était réalisé à la main avec la faux, pour faciliter ensuite le passage du cheval et de la faucheuse. C’étaient les femmes qui, le plus souvent, ramassaient, par grosses brassées, les épis coupés, les liaient avec un lien en épis. Ensuite, ceux-ci étaient dressés par groupe de dix à douze et un dernier était plié en deux et étalé sur le groupe en guise de protection contre les intempéries. Ainsi rassemblés, ils étaient appelés les « soldats ».

Boby, notre compagnon chien de ferme, noir et tout bouclé, suivait toujours la faucheuse en balançant la queue. Régulièrement, il se reposait à l’ombre des soldats en tirant une langue toute rosée et humide et qui me paraissait énorme à l’époque.

Une grande prairie précédait le champ de blé, elle était traversée par un joli petit ruisseau dans lequel mon frère plaçait des bouteilles en verre trouées pour y piéger des chabots, pour la pêche du soir. A un endroit très précis, une minuscule cascade se formait et nous permettait de nous rafraîchir. C’est là que nous déposions nos gourdes d’eau et les bouteilles de bière de table, de la Piedboeuf, pour la journée.

Le champ était assez éloigné et il n’était pas question de perdre un temps précieux pour revenir prendre le repas de midi à la ferme. Je me souviens très bien avoir aidé ma grand-mère Florentine à préparer, dans un grand seau émaillé vert à petits points blancs, des haricots cuits au lard fumé accompagnés de pommes de terre, le tout arrosé d’une succulente sauce blanche, de la béchamel.  Un essuie de vaisselle à carreaux rouges et noué maintenait la bonne température du repas. Les assiettes, verres et couverts étaient dans un petit panier en osier.

Notre arrivée était très attendue et aurait dû être un superbe moment ! Mais que s’est-il passé pour Boby ? A-t-il été distrait ?  Il s’est retrouvé juste devant la lame de la faucheuse…

Mon oncle a hurlé et tout fait pour retenir Mouton qui, élancé, avait aussi, mais trop tard, vu le danger. La faucheuse, dans sa course folle, est venue couper radicalement les quatre pattes de Toby. L’horreur absolue…

Trop loin pour courir chez un vétérinaire, pas de voiture à proximité, que faire ? Devant cette évidence qu’il n’y avait rien d’autre à faire, j’ai vu papa courir vers la clôture la plus proche, y arracher, de toutes ses forces et très vite, un gros piquet de chêne qu’il a abattu d’un seul coup, fatal, sur la tête de Boby, mettant ainsi fin à ses énormes souffrances.

Nous étions là, consternés, des larmes coulaient dans un silence rare, tellement tristes de la perte dramatique de notre compagnon. Nous l’avons recouvert d’épis, papa et mon oncle sont retournés l’enterrer le soir

Papa a beaucoup hurlé sur le pauvre Mouton qui n’en pouvait rien et qui semblait tellement partager notre peine et la fin atroce de son compagnon de tous les jours.

Moi, je me souviens de ma grand-mère qui me maintenait le visage contre sa poitrine pour m’éviter de voir l’horreur de la situation. Le repas s’est pris dans un affreux silence, sans appétit, et le travail a repris péniblement.

A l’heure actuelle, lorsque je croise un cheval de trait, ce douloureux souvenir me revient encore en mémoire. Je me permets de le partager avec vous. »

La Petite Gazette du 16 juillet 2008

MOISSONS ET FENAISONS D’HIER

Madame N. Lèbre, de Sougné-Remouchamps, sait de quoi elle parle quand elle évoque la fenaison et vous allez vite vous en rendre compte En effet, elle est fille, épouse et mère de fermier ! Elle débute son courrier par cette citation de Mme de Sévigné :

« Savez-vous ce que c’est de faner ? C’est très amusant. C’est batifoler dans un pré en remuant du foin ! »

« La réalité n’est pas aussi jolie, corrige d’emblée ma correspondante. Je vais avoir 70 ans et ai bien connu toute l’évolution de l’agriculture depuis l’après-guerre.

Chez mes parents, nous étions quatre enfants. Tout le monde travaillait à la ferme, pas question de travailler au dehors ! A part une faucheuse, comme sur la photo parue dans La Petite Gazette, tout se faisait à la main. Croyez-moi, quand on a 8, 10 ou 12 ans, je ne sais plus à quel âge on commençait mais c’était très jeune, se retrouver dans un grand pré avec un râteau en main, pour toute une longue journée, ce n’était pas toujours gai. Quand ce n’était pas pour rien parce qu’il avait plu sur le foin à peine ratissé et qu’il fallait recommencer le lendemain ! Un travail nous déplaisait particulièrement : faire des « mulots » (je ne connais pas le mot français).  Il s’agissait de petits tas de foin que l’on devait défaire le lendemain ! Notre père était adepte de ces petits tas stupides ; on râlait, mais il fallait obéir !

Bien sûr, tout n’était pas noir et, souvent, on s’amusait bien tous ensemble et, certains jours, quand on avait rentré trois ou quatre chars de foin dans la même journée, nous étions très fiers ; on avait alors entre 15 et 25 ans.

Après 1955-1960, la mécanisation est arrivée : les jeeps, tracteurs et beaucoup de nouvelles machines qui ont simplifié le travail, mais, parallèlement, la main-d’œuvre a disparu et les époux se retrouvaient seuls avec bien des difficultés pour trouver quelqu’un qui voulait bien aider pour ce lourd travail.

Le plus pénible, c’était d’entasser le foin dans les fenils surchauffés et étouffants. Là encore, les enfants étaient mis à  rude contribution pour tasser, c’est-à-dire qu’il devait marcher sur le tas de foin de long en large et se couler en dessous des toits.

Quand on a eu des presses à ballots, on ne devait plus tasser, mais je ne crois pas que vous trouverez beaucoup de personnes aimant décharger les chars de foin !

Quand, il y a 10 ou 15 ans, j’ai vu apparaître chez mon fils ces énormes machines qui ramassent en une heure ce que l’on mettait trois jours à faire, je me souviens avoir pensé et dit « Quelle merveille, on n’a qu’à regarder ! »

Croyez-moi, je ne regrette absolument pas ma vie de travail, mais je n’ai non plus aucune nostalgie de cette magie et de  cette vie soi-disant belle et bucolique. Vive le progrès ! En conclusion, malgré toutes leurs machines, ils ne font pratiquement plus rien à la main, les jeunes fermiers de maintenant ont une vie encore plus harassante que nous. Là où nous avions 30 vaches, ils doivent en tenir 80 et, bien entendu, récolter le fourrage qui va avec. Vous les voyez avec une fourche et un râteau ? »

 

A son tour, Monsieur Louis Daems, d’Ougrée, me donne l’occasion de vous présenter cette photographie du temps des fenaisons.

foin

 

Il s’agit, me précise-t-il, du dernier char de la fenaison (1945 ou 1946) à Hierlot (Lierneux).

« C’est ce qui explique que l’on ait chargé jusqu’au dernier brin d’herbe, sans rien en laisser et sans « peigner » l’ensemble qui apparaît, il est vrai, bien peu ordonné.

On pourrait aussi s’étonner de la présence de deux chevaux dans une exploitation modeste comme ici ; En fait, le poulain de l’année précédente était aguerri devant sa mère avant d’être vendu.

Pour l’anecdote, c’est la fratrie Baiwir, deux frères et trois sœurs, qui exploitait cette petite ferme à cet endroit. On en aperçoit la toiture, à gauche sur ce cliché. Leur grand-père, Lambert Baiwir, fut bourgmestre de Lierneux de 1912 à 1941, année de son décès.

Pour les anciens du cru, et les autres, les faneurs sont ici d’avant en arrière, Georges Baiwir, qui s’exilera à Bourcy, près de Bastogne ; un pensionnaire de l’institut surnommé Joker, Louise Baiwir, plus tard épouse de Victor Léonard à la Falize, ma grand-tante « Lisa » veuve en secondes noces du « Mayeur » et Georgette, plus tard épouse de Marcel Denis à La Vaux.

Le frère Joseph fut, quant à lui, prisonnier de guerre 40 – 45 et sa sœur Henriette (plus tard épouse de Léon Cheffert à Villettes) déportée politique en 1944.. »

La Petite Gazette du 22 octobre 2008

EVOLUTION DU TRAVAIL AU CHAMP

Madame V. Bultot, de Dolembreux, qui, vous vous en souviendrez, avait évoqué la triste fin de son chien Bobby lors de travaux de fenaison, nous parle aujourd’hui de l’évolution des machines agricole et conte quelques anecdotes s’y rattachant :

« Après la faucheuse, très vite est apparue la lieuse. Elle ne passait pas inaperçue avec ses grandes lattes horizontales qui tournaient inlassablement toute la durée du travail .Deux chevaux étaient nécessaires pour la tracter.

Chaque latte rabattait le blé sur les lames et celui-ci ressortait en gerbes liées avec de la corde. Quelle évolution ! Il suffisait dès lors de les ramasser et de confectionner les « soldats ». Le travail était plus rapide et nécessitait beaucoup moins de main-d’oeuvre. Après quelques semaines, les gerbes étaient ramassées sur un « char » tiré par des chevaux ou par un tracteur que les plus riches propriétaires avaient pu acquérir.

Sur le « char » les gerbes étaient maintenues par une perche fixée par une chaîne tendue à l’aide d’un tire-fort. Ce tire-fort appelé « tire djâle » était une barre métallique de plus ou moins 50cm à laquelle étaient fixées trois chaînes à crochet. Les mouvements verticaux permettaient de tendre la perche pour fixer au mieux la charretée afin d’éviter le «vêlage » (le chargement se couchait sur le flanc). Pour les enfants, revenir au-dessus du char était un réel bonheur ; mais cela pouvait se révéler particulièrement dangereux en cas de vèlage.

Personnellement je n’ai pas vécu ce problème mais beaucoup de fermiers le subissaient, il leur fallait alors bien du courage et de la force, voire l’aide des voisins, pour remettre le char en bonne position et recommencer la charretée.

De retour à la ferme, une meule géante était construite. Sa base circulaire comprenait d’abord une épaisseur de fagots de bois de plus ou moins un mètre, elle favorisait l’aération de la récolte. Cette meule diminuait en hauteur et un toit en fagots lui servait de protection pour l’hiver jusqu’au battage (le but du battage consistait à séparer les graines de leurs épis.)

Enfant, j’adorais ce jour, cette bonne ambiance ; les chats aussi, ils y délogeaient une grande quantité de souris venues y faire leurs nichées.

Cette journée très éprouvante pour les adultes  rassemblait les voisins et les membres d’une même famille.

Peu de personnes disposaient d’une batteuse à cette époque, il fallait attendre son tour, et, surtout jouir d’une journée sans pluie. Dans notre belle région nadrinoise, nous dépendions tous de celle de monsieur Ernest Georges, habitant La Petite Mormont (commune de Wibrin).

Cette énorme machine était actionnée par un système de courroies reliées au tracteur .Son bruit était assourdissant, la poussière dégagée aveuglante et étouffante .Il fallait deux personnes sur la meule pour jeter les gerbes et une sur la batteuse qui coupait les cordes et étalait le blé afin de le faire glisser dans les plateaux. Ceux-ci exerçaient un mouvement de va-et-vient et séparait ainsi les grains de la récolte et la paille. Les grains récoltés arrivaient dans les sacs de jute par un tuyau métallique. Ces sacs étaient alors transportés sur le dos dans les greniers (un véritable travail d’athlète). Il y avait souvent plus de cent sacs.

Cette journée de gros labeur méritait bien un bon repas préparé la veille par la fermière. L’ambiance y était très cordiale C’étaient des journées très dures mais aussi très saines .Le petit pêket y trouvait une place de choix.

J’ai probablement sauté involontairement des étapes, il y a eu l’époque du tarare (diale volant), je ne l’ai pas vu fonctionner, d’ autres personnes un peu plus âgées que moi pourraient nous l’expliquer ! Il faudrait encore beaucoup de pages pour arriver à la moissonneuse-batteuse que nous connaissons tous aujourd’hui, je laisse le soin à d’autre le plaisir de nous raconter.

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Sur la photo : de gauche à droite nous trouvons Gisèle Bastin et Léonie Calbert. Sur la batteuse mon oncle Gilbert Jardon (et oui le même oncle dont je parlais déjà dans l’histoire du pauvre Bobby avec la faucheuse). »

 

La Petite Gazette du 19 novembre 2008

LES TRAVAUX AGRICOLES JADIS, LE TARARE

Monsieur Serge Fontaine, de Stavelot, a beaucoup apprécié l’évocation du battage des céréales par Mme Bultot ; il apporte des précisions sur le tarare.

« Permettez-moi de préciser que, pendant la guerre 40-45, nous battions nos céréales avec une batteuse bien plus rustique que celle citée, « one machine a bate » qui utilisait aussi bien la force électrique que le tracteur ; mais les grains n’y étaient pas triés, ils tombaient à terre avec les balles (enveloppe de la graine) et les petits déchets. Tandis que deux ouvriers au moins s’occupaient à lier les pailles « lès strins » en gros « bôrêts » avec un lien de longue paille de seigle réservé à cet effet, au moins six personnes étaient nécessaires avec cette batteuse. On était tout noir de poussière.

Venons-en maintenant au tarare ou « djâle volant » utilisé pour le vannage après l’égrenage mécanique des grains qui gisaient en tas sur le sol. Le tarare, espèce de volumineuse caisse de bois, était actionné à la main avec une manivelle qui entraînait un gros moulin à vent dont le souffle terminait de séparer les graines des balles et des poussières à travers une série de cribles, tout en calibrant les graines. Ce travail se nommait le vannage.

Les agriculteurs qui ne possédaient pas de tarare vannaient leurs grains avec un van ou « rèdje », sorte de grande caisse en bois dont le fond servait de crible. Il était suspendu par une chaîne à une solive et par un va-et-vient balancé le vanneur faisait voyager les grains qui, petit à petit, passaient au travers du crible. Les pailles et les déchets restaient dans le van.

Avant la mise au point de la batteuse mécanique, on égrenait les gerbes manuellement avec un fléau, « on floyê ». On tapait sur les gerbes avec une sorte de masse en bois pendue à un long manche. On battait ainsi les gerbes en cadence et à plusieurs.

D’autres utilisaient un « bata » ou « spiyeû », sorte d’échelle en bois aux rayons serrés sur lesquels on frappait les gerbes portées à bout de bras. Travail harassant que je faisais avec mon père.

Pour l’avoine, on grattait les gerbes sur un « riveû », une planche garnie de grands clous dressée contre un mur. Cette façon de « river » l’avoine permettait de récolter les balles ou glumes qui étaient très utilisées dans les matelas et coussins des bébés et des petits enfants. Je pense que nous avons tous passé nos premières années sur un matelas de paille d’avoine, si moelleux et renouvelé, au moins, à chaque nouvelle récolte. »

Un immense merci pour la précision de ces explications.

Monsieur Oster Tassigny, de Grand Menil, a, lui aussi, été charmé par les souvenirs de Mme Bultot, il apporte, à son tour, sa petite contribution :

faucheuse et chevaux

 

« Cette photographie date de 1952 et elle montre ce qui faisait alors la fierté de l’agriculteur : une faucheuse lieuse et deux chevaux. Finies les courbatures, la roue porteuse de la faucheuse est pneumatique alors qu’auparavant, elle était en fer…»

 

La Petite Gazette du 26 novembre 2008

D’INTERESSANTES PRECISIONS A PROPOS DU TARARE

Monsieur Raymond Gillet est un passionné d’objets et d’outils anciens, l’évocation du tarare la conduit à se plonger dans ses intéressants ouvrages de référence…

« Cela a fait « tilt » en lisant l’article concernant le diâle volant, publié récemment et, réaction habituelle; j’ouvre le vieux dictionnaire Larousse de 1922, à la rubrique « tarare ». Etonné et surpris de constater que le mot provient d’une localité française; d’où ma réaction : en faire profiter les lecteurs de La Petite Gazette ». Quelle bonne idée :

Le Tarare_NEW

Monsieur Albert Delzandre, de Bomal s/O, nous apprend que dans les années 50, il a, lui aussi, tourné la manivelle du tarare :

« La manivelle entraîne le moulin, avec ses quatre pales en bois ; à l’autre bout de l’axe, une grande roue en métal sert de contrepoids pour aussi un peu réguler le va-et-vient du caisson où sont placés les deux tamis.

Dans les années 60, mon père a placé un moteur électrique pour entraîner la grande roue avec une courroie ; plus de manivelle ! Dès ce moment, le débit de l’air pulsé et le mouvement de va-et-vient sont devenus totalement réguliers, ce qui a permis de produire de belles semences.

On place les grains dans la trémie, on ouvre la porte de la trémie, juste assez pour que les grains avancent en une fine couche, tombent en cascade sur le premier tamis placé à l’horizontale ; pendant la chute, la vent traverse et chasse toutes les parties les plus légères, les paillettes, les barbes et les poussières.

Ce tamis a des alvéoles un peu plus grandes que les grains, ceux-ci tombent au travers du premier tamis, restent seulement sur le tamis les morceaux d’épis, les bouts de paille, les fleurs de chardon qui glissent sur le tamis, avec le va-et-vient et le vent. Ils sortent au bout du tamis et sont éliminés. Les grains tombent ensuite sur le deuxième tamis, placé en pente, les alvéoles sont plus petites que les bons grains. Il laisse donc traverser les fines semences, moutarde, grains cassés. Les bons grains restent sur le tamis, avec la pente, ils s’écoulent dans une gouttière, puis dans le sac. Il existe des tamis avec différentes grandeurs d’alvéoles pour les différentes sortes de grains.

Ayant une moissonneuse-batteuse, je semais un hectare de sélection dans chaque sorte de grain, escourgeon (orge d’hiver, froment, épeautre, avoine). A la moisson, je battais cette semence de sélection à part, puis, en septembre-octobre, je triais toutes les semences nécessaires, pour le semis de tous les autres hectares, en remettant un hectare de sélection de chaque sorte pour l’année suivante.

J’ai fait toute ma carrière d’agriculteur avec ce fidèle tarare qui a servi jusqu’en 2000 ; il est d’ailleurs toujours opérationnel. »

Un grand merci pour la précision de ce témoignage.

 

 

UN HALIFAX S’ECRASE A FRONVILLE EN

                                          La Petite Gazette du 25  novembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Durant les prochaines semaines, Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, va nous entretenir de cet avion dont un monument rappelle la fin. A la lecture du récit qu’il fait de cet épisode de la dernière guerre, vous pourrez prendre la mesure de l’ampleur de la recherche qu’il a menée et dont il nous livre le résultat. Je l’en remercie chaleureusement.

« Dans l’enceinte du domaine militaire (en donc, malheureusement, non accessible aux visiteurs) à Marche-en-Famenne, un monument est inauguré le 30 septembre 1997, on peut y lire les mots suivants : « Ici, en 1943, un Halifax anglais s’est écrase. Six morts. Un seul rescapé. Passant souviens-toi ». Voici le récit.
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Dans la nuit du 20 au 21 décembre 1943, le Bomber Command britannique allait de nouveau frapper dur sur l’Allemagne nazie, mais aussi le payer cher en vies humaines et en avions.

C’est la ville de Frankfurt-am-Main qui était choisie comme cible principale. 650 bombardiers (390 Lancaster, 257 Halifax, et 3 Mosquito) décollèrent de plusieurs aéroports en Angleterre. La météo avait prévu un ciel peu couvert.
Mais aussitôt que les bombardiers eurent passé les côtes anglaises, les Allemands purent les identifier sur leurs écrans radars et ils les suivirent tout le long de leur itinéraire jusqu’à Frankfort. Résultat: les Allemands s’étant préparés à réserver un accueil des plus chauds aux Britanniques, la formation de bombardiers allait subir des contre-attaques de la Luftwaffe sur tout son parcours ; les canons anti-aériens se tenaient prêts. Afin de leurrer les bombardiers, les Allemands  avaient également allumé des feux à quelques 8 Km au sud-est de Frankfort. Une partie des bombes tombèrent autour de ces feux de diversion et un certain nombre tombèrent même sur Mainz à quelques 17 Km à l’ouest de Frankfort car, contrairement aux prévisions météo, le ciel au-dessus de l’objectif fut couvert à 80% par les nuages et l’identification correcte de l’objectif principal fut fort perturbée. Malgré tout, une surface importante de Frankfort, le long du Rhin et dans les districts au sud, était touchée et détruite. Les Anglais encaissaient une pénible perte: 6,3% de la force ou 41 bombardiers (27 Halifax et 14 Lancaster) n’allaient pas rentrer.
Les Anglais avaient aussi leur plan de détournement: une attaque simultanée fut lancée contre Mannheim comme objectif secondaire avec 44 Lancaster et 10 Mosquito. Ce raid n’allait malgré tout pas détourner beaucoup de chasseurs de l’objectif principal Frankfort, et la majeure partie des bombes tombèrent malheureusement à l’extérieur de Mannheim suite à une mauvaise visibilité. Ici, aucun bombardier ne fut perdu.
Cette même nuit, Liège aussi figurait sur la liste des objectifs secondaires et ses usines d’armement recevaient la visite de 8 Lancaster et 8 Mosquito. Mais les marquages effectués par ces derniers n’étaient pas visibles à travers la couche épaisse de nuages et les bombes ne furent pas larguées. Cette attaque se solda par la perte d’un Lancaster.
D’autres raids secondaires visaient Rheinhausen et Leverkusen avec respectivement 6 et 5 Mosquito sans subir de pertes, tandis que 23 bombardiers Stirling déposaient des mines dans les eaux de Friesland. Un Stirling allait s’écraser en mer.
Le bombardier qui tomba à Fronville était un quadrimoteur Handley Page « Halifax » LL125 du 77 Squadron, et qui portait le code KN-K sur son fuselage. L’équipage avait survécu aux 18 missions précédentes. Ce 20 décembre 1943, leur avion avait décollé d’Elvington (un petit village à 11 Km de York) à 16h.30 avec sept hommes à bord. Il faisait partie de l’effort principal dirigé contre Frankfort. Au dessus de l’objectif, la première vague de bombardiers se trouva dans un véritable guêpier, les phares jaunes illuminaient les bombardiers sur leur parcours et les chasseurs de la Luftwaffe piquaient sur la formation. Le bombardier LL125 se trouvait dans la deuxième vague à 7000 mètres d’altitude. Bien qu’il fût très secoué par les tirs anti-aériens, il atteignait le but sans dégâts. Après avoir largué ses bombes sur Frankfort, l’avion retournait pleins gaz direction l’Angleterre et la sécurité. »

La Petite Gazette du 2 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, le récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O.

  1. La catastrophe : Tout allait bien pendant une heure, mais cela n’allait pas durer … Terry Bolter, un des survivants, nous raconte: « A 20h.43 précises, le LL125 fut pris comme cible par un Me-110 qui avait approché   par derrière et était resté inaperçu.  La première rafale touchait le moteur intérieur à tribord qui prenait feu immédiatement. Le pilote avertissait l’équipage qu’il allait piquer l’avion pour essayer d’éteindre le feu. Cette manœuvre était  vaine. Le pilote voyait que le feu se propageait dans les réservoirs d’essence et que bombardier allait exploser, et il donna l’ordre de sauter immédiatement. J’étais en train deme tourner vers la trappe de secours lorsque l’avion entama un piqué incontrôlé. Nous fûmes rabattus sur le plancher par le phénomène de la gravité. Ma main gauche sur les yeux et ma main droite serrant inconsciemment la cordelette d’ouverture de mon parachute, j’attendais que la terre se rapproche, et j’étais persuadé que c’était la fin. Soudain, le nez en perspex commença à se fendre devant moi s’ouvrant suffisamment large pour que je puisse me libérer et sauter dans le vide. Regardant le ciel, je vis le bombardier en feu au-dessus de moi. J’ai tiré la cordelette et la calotte de soie s’ouvrit; j’allais survivre ! Des morceaux de métal tombaient autour de moi alors que notre avion se disloquait dans sa dernière descente. Puis, il s’écrasait et les nuages se teintaient de rouge alors que je les traversais. J’ai atterri à quelques cinq Km à l’ouest de l’endroit où l’avion brûlait dans l’obscurité. J’ai enlevé la boue autour des débris de l’avion. Malgré que j’aie perdu une de mes bottes en sautant en parachute, je me suis mis à marcher. Je suis arrivé devant  un petit hangar abandonné où j’ai passé la nuit ».

Terry_Bolter_(Halifax_Fronville) TERRY BOLTER   

Deux hommes ont pu quitter l’avion à temps : F/Lt Frank. G. Shaw et F/O Terence « Terry » Frank Bolter. Les cinq autres ont péri avec le bombardier. (Une erreur a été commise sur le monument érigé à Marche: il n’y avait pas six, mais cinq victimes !). Ces cinq victimes sont enterrées au Hotton War Cimetery, pelouse V-5, sépultures 1 à 5 : Squadron Leader Herbert F. Bickerdike (21ans, pilote), F/O Robert W. Pendergrest (navigateur), Sgt R. F. Walter (21  ans, mitrailleur), Sgt William A. Cockburn (23 ans, mitrailleur), et F/O Gordon L. Hills (20 ans, mitrailleur).

René Gilet, de Melreux, avait 15 ans quand il fut témoin des faits. Voici son récit :

« Nous étions devant notre porte dans la rue de la gare quand nous aperçûmes un avion en flammes piquer vers Fronville. Le lendemain, au lieu d’aller à la gare pour rejoindre l’école à Marche, j’ai décidé de faire l’école buissonnière et de me rendre au lieu du crash. Les débris encore fumants se trouvaient à l’extrémité du vivier. La feldgendarmerie était sur place. Les Allemands autorisèrent les gens à s’approcher et même à emporter des morceaux de mica qui allaient servir à  fabriquer des bagues et des petites croix. En ce qui me concerne, j’ai trouvé une pipe d’un membre de l’équipage. Quelqu’un m’a dit qu’une paire de lunettes d’aviateur avait été trouvée dans un hangar non loin de la route de Grand-Han. J’ai décidé alors de partir à la recherche d’éventuels survivants. Dans un champ labouré, j’ai remarqué des traces qui me conduisaient vers un monticule de terre. Imaginez mon émotion quand j’ai découvert un parachute et un harnais. Je comprenais immédiatement qu’un survivant devait se cacher tout près. Mais, malgré mes efforts, je ne l’ai pas trouvé. Je suis rentré chez moi avec le parachute que les voisins sont venus admirer. Mais la soie allait vite connaître un nouveau futur ; elle a servi à confectionner des vêtements pour toute la famille. Quant au harnais, il était relégué au grenier.Je me souviens qu’il portait le nom Terry Bolter. » 

La Petite Gazette du 9 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, le récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O. Rappelons que cette recherche a pour point de départ un monument présent dans le domaine militaire de Marche-en-Famenne.

«3. L’évasion de Terry Bolter : F/Lt Frank. G. Shaw et F/O Terence « Terry » Frank Bolter ont pu quitter l’avion, mais les deux survivants n’allaient plus se rencontrer. La ligne secrète d’échappement de la Résistance s’occupera d’eux. Mais cela finira mal malgré tout pour Frank G. Shaw. Le 6 juillet 1944, quatre aviateurs partent de Mettet dans un camion guidé par M. Paul Frappier, « passeur » de Comète. Un contrôle d’une patrouille routière allemande à hauteur de Spontin tournera mal et ils finiront leur périple comme prisonniers de guerre.

Terry Bolter aura plus de chance. Reprenons son récit de l’évasion.

« Le lendemain (21 décembre donc) j’ai vérifié mon équipement d’échappement à l’intérieur de ma tenue de survie dans la grange. J’avais du chocolat, de l’argent belge et français, une carte en soie, des  pilules de  purification d’eau et  une bouillotte.  La nuit          tombe vite en décembre, il fallait agir rapidement et je me suis mis à marcher dans la campagne. J’ai arrêté un cycliste qui venait dans ma direction et qui a manqué de tomber de sa bicyclette d’étonnement».
C’était à hauteur de la route de Melreux vers Grand-Han que T. Bolter entendit des gens parler en français et qu’il décida de demander de l’aide. Vers 17h.30, il accoste un fermier qui passe à vélo et lui demande de la nourriture et des souliers. L’homme à vélo était Camille Marchal qui rejoignait son domicile à Somme-Leuze. Camille ne comprenait pas ce qu’on lui disait, mais ayant connaissance qu’un avion allié était tombé dans les bois, il en déduisit que l’homme devait être un aviateur et il décida de d’aider. Camille retourna chez son père à Melreux et en revint avec une paire de souliers, puis il transporta l’Anglais sur le cadre de son vélo jusqu’à Somme-Leuze. Cependant, par mesure de sécurité, l’Anglais continuera à pied loin derrière le vélo à l’approche du patelin. Arrivé au château de Stasse, il a caché l’aviateur dans un meule de paille, puis, il est allé raconter son histoire à M. Paul Laffut, un lieutenant dans le Résistance. Après avoir identifié l’homme comme un vrai aviateur anglais, on l’a soigné et nourri au château, puis, il restera quelques jours avec la famille Marchal avant que son extradition ne soit organisée par la ligne d’échappement « Comète ».
En janvier 44, après avoir été interrogé et identifié par le réseau « Vic », Terry Bolter, accompagné d’un Résistant sûr du réseau « Zéro », est évacué en train sur Bruxelles où il sera logé (caché) jusqu’au printemps. Un jour, il échappera de justesse à un contrôle de la Gestapo, et devra changer de refuge. En mai 44, il est évacué par la Résistance avec d’autres aviateurs, des Américains, sur Paris. Ils resteront cachés chez Philippe d’Albert-Lake, le grand chef de la ligne « Comète » à Paris, (dont l’épouse (Virginia) sera plus tard arrêtée, lors d’une autre extradition secrète d’aviateurs, et envoyée au camp de concentration de Ravensbrück, mais elle survivra). L’extradition de Terry Bolter se poursuivra en plusieurs étapes avec des arrêts à Bordeaux et Bayonne. De là, accompagné de « Hugo-le-Fraudeur », un passeur expérimenté de la Résistance, il reste encore 40 Km à parcourir à vélo, des montagnes à grimper la nuit, une petite rivière qui sépare la France et l’Espagne est à traverser, mais il faut avant tout échapper aux sentinelles allemandes postées à intervalles de 50 mètres le long de la rivière. Mais ils réussiront la traversée sans encombres. Et puis, c’est la liberté.

Terry Bolter traversera toute l’Espagne, du Pays Basque jusqu’à Gibraltar, où l’Ambassade britannique le rapatriera en avion vers Whitchurch (Bristol) dans la nuit du 24 au 25 juin 44.
Après la guerre, Terry Bolter publiera le récit de son évasion « Escape from Enemy Occupied Europe« , et il retournera à plusieurs reprises visiter Camille Marchal en Belgique. »

La Petite Gazette du 16 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, la fin du récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O ; je sais que sa lecture vous a passionnés et je le remercie encore pour l’ampleur de la recherche qu’il a menée et qu’il a partagée avec nous tous.

« 4. La Luftwaffe défend son territoire
Découvrons maintenant la Luftwaffe défendant son territoire.
La vague de bombardiers fut identifiée dès qu’elle passa la côte anglaise en direction de l’estuaire de l’Escaut. Les premiers bombardiers franchirent la côte hollandaise à 18h.00. Etant donné que la visibilité était bonne, la chasse de nuit fut alertée et les premiers éléments du 3JD furent dirigés par radar vers la vague de bombardiers.
En plus de cela, quelques 80 chasseurs de nuit étaient déjà opérationnels et patrouillaient au-dessus de la Hollande et la Belgique.
Le 1er Jagdkorps « scrambled » comptait 177 chasseurs de nuit Me-110 et constitua deux forces. La première, commandée par la 1e Jagddivision, se rassembla au-dessus des radiobalises « Philipp » (région de Paderborn) et « Otto » (région de Frankfort), tandis que la deuxième force, sous commandement de la 2e Jagddivision, se dirigea vers l’ouest de Berlin. Il fut vite établi que la vague de bombardiers progressait dans la direction sud-est, mais les Allemands n’avaient, à ce moment, pas de certitude sur l’objectif de la RAF. Ils prenaient donc leurs précautions contre un éventuel bombardement lourd sur leur capitale.

La Luftwaffe eut son premier contact avec les bombardiers à 18h.19  au sud des Pays-bas et quelque 30 interceptions furent rapportées entre Gilze-Rijen et Frankfort.  Dix bombardiers furent détruits.  Entre-temps,          les contrôleurs radar firent rejoindre les chasseurs de « Philipp » vers la balise « Otto » au nord-est de Frankfort. A 19h.24 précises, des marqueurs furent largués sur Frankfort, et les bombes tombèrent sur la ville  de 19h.24 à 20h.05. Mannheim fut bombardée 4 minutes avant le raid sur Frankfort ce qui fit croire aux Allemands que deux cibles principales allaient subir un bombardement simultané. Mais il s’avéra assez vite que Mannheim ne constituait qu’une attaque de diversion et quelques chasseurs seulement y furent envoyés.
Le premier combat au dessus de Frankfort eut lieu à 19h.37, treize minutes après le début du bombardement. Seize engagements eurent lieu et se soldèrent par la perte sept bombardiers de la RAF. A ce moment, les chasseurs de « Philipp » arrivèrent au dessus de « Otto » et les combats firent rage jusque sur Koblenz (sur le chemin de retour de Bomber Command). Quand la flotte eut atteint de nouveau la côte des Pays-Bas, quelques 50 interceptions avaient eu lieu, provoquant la perte de 25 bombardiers.
Revenons-en aux 80 chasseurs de nuit Me-110 patrouillant au-dessus de la Belgique et des Pays-Bas. Eux n’ont pu descendre qu’un seul bombardier retournant de Frankfort. C’est celui que Oblt Wilhelm Henseler du 4/NJG1 intercepta à 20h.43  à une altitude de 5000 mètres dans le secteur « Murmeltier » (cela veut dire Marmotte), et qui alla s’écraser à Fronville (Hotton) près de l’ancien vivier. Oberleutnant Wilhelm Henseler du 4/NJG1 marqua ici sa 4ème victoire (il en aura 11 à la fin de la guerre) en abattant le Halifax LL125.

Bilan de ce 20/21 décembre 43: La Luftwaffe avait perdu neuf chasseurs dont seulement deux au combat, et six autres dus à des problèmes mécaniques ou à un manque de carburant. Après évaluation, la Luftwaffe fut créditée de 43 victoires confirmées et de 6 probables. Ceci était légèrement surestimé car la RAF ne perdit, en réalité, que 42 bombardiers (27 Halifax et 14 Lancaster au dessus du Continent, et 1 Stirling en mer). Mais il faut augmenter ce bilan de 16 autres bombardiers qui ont réussi à rejoindre l’Angleterre, malgré des dégâts très sévères, et qui alourdiront le bilan final.
Ce 20 décembre 1943, six bombardiers se sont écrasés en Belgique: deux Halifax dont un à Rodenbos (frontière belgo-allemande) et l’autre à Sint-Truiden; et quatre Lancaster : un à Fouron-Saint-Pierre à 19h.10 abattu par Oblt Werner Baake, un à Baugnez (Malmédy) abattu à 19h.22  par Hauptmann Hans-Karl Kamp, un à Merbes-le-Château (Liège) à 20h.29 descendu par Hauptmann Kurt Fladrich, et un près de Diest qui fut malencontreusement touché par les mitrailleurs d’un autre Lancaster. »

Tombes_crash_FronvilleLES  TOMBES DE CES AVIATEURS

Maintenant que nous en avons terminé avec l’évocation de cette bataille aérienne et de ses conséquences, nous allons pouvoir évoquer la genèse du monument commémoratif élevé dans le domaine militaire de Marche-en-Famenne. En effet, je viens de recevoir une communication très détaillée de celui qui est l’instigateur de l’érection de ce monument, M. Michel Lecarme, de Marche-en-Famenne. Grâce à lui, nous pourrons compléter les précieuses informations fournies ces dernières semaines grâce à l’enquête minutieuse de M. Verhelle.

VOUS ETES VRAIMENT DES LECTEURS TRES ATTENTIFS…

Monsieur Michel Leduc revient, avec beaucoup d’à-propos  sur l’épisode 2 du récit de M. Verhelle car il est, m’écrit-il, «  resté en arrêt devant la photo de l’aviateur, car elle était inversée… (N.D.L.R. Il avait tout à fait raison, cette erreur avait été commise au montage de la page car je n’ai jamais eu que le cliché paru ci-dessus et donc à l’endroit !)

Cela se remarque aisément à l’aile (unique, donc pas un pilote), qui se porte sur le côté gauche de la poitrine. De même les barrettes des médailles. Comme ce navigant est tout de même titulaire de la Distinguished Flying Cross (représentée par les diagonales pourpres), je pense que c’est la moindre des choses de lui rendre son aspect initial.

En Grande-Bretagne, cette distinction, réservée au personnel de la Royal Air Force et assimilés, pour acte de courage à l’ennemi, était attribuée dès le grade de Warrant Officer (Adjudant). Cette distinction, comme d’autres, donne le droit de faire figurer les initiales DFC à la suite de son nom. Ce dont les britanniques ne se privent pas…

DFC

1.100 ont été décernées lors de la Grande Guerre. 20.354 DFC ont été attribuées pendant la Seconde Guerre Mondiale. 964 à des personnels hors Commonwealth dont un certain nombre de Belges. Malgré une recherche (sommaire), je ne suis pas en mesure de vous dire combien. Toutefois, le premier aviateur à la recevoir fut Jean Offenberg dit Piker, le Peïke de Bruxelles à la sauce (à la menthe) anglaise, dont je joins une photo souriante dans son Spit au 609 Squadron.

Jean_0ffenberg_dit_Piker

Les Belges ont eu deux squadrons dédiés, le 349 et le 350 (le premier chiffre 3 étant réservé dans la RAF aux squadrons étrangers homogènes) mais un certain nombre de nos pilotes ont préféré être intégrés dans d’autres unités pour des raisons qui leur appartenaient.

La devise du 609 était « TALLY HO », en bon français « Taïaut », tout un programme…
Jean Offenberg, un des « Few » n’a pas survécu au conflit.

Si cette distinction a été créée en 1918, il a fallu attendre 2008 pour que la première femme, la Flight Lieutenant Michelle Goodman, soit ainsi honorée. »

Merci pour ce légitime souci de précision.

La Petite Gazette du 23 décembre 2009

L’HISTOIRE DE CE MONUMENT

En voir la photographie avec le premier volet de cette série d’articles.

Comme promis, je vous livre maintenant les renseignements qui viennent compléter les résultats de l’enquête menée par M. Verhele au sujet de ce monument élevé au cœur du camp militaire de Marche-en-Famenne. J’ai, en effet, pu compter sur la précieuse collaboration de M. Michel Lecarme, l’instigateur de sa construction. M. Lecarme est arrivé au camp de Marche en 1975 avec le grade de 1er Sgt et y a été pensionné, en 1997, au grade d’adjudant-chef. Durant toutes ces années, il occupa la même fonction : chef de peloton plaine.

« Les bois de la croix sont deux poutres en chêne provenant d’une ferme démolie de Focagne, un hameau de quatre ou cinq fermes exproprié dans les années septante car intégré dans le domaine militaire. Sur cette croix, il y a un crucifix qui provient du grenier de ma grand-mère et que j’ai récupéré lors de son décès. Le Christ provenait du cercueil de mon grand-père que je n’ai pas connu car il a été tué en 1935 ; ma grand-mère l’avait toujours gardé !

Le bloc de granit vient de la carrière de Marenne qui en avait fait cadeau. La plaque de fer a été peinte, avec les lettres, par le CLC Gailey du peloton plaine de l’unité Camp Marche.

Les pierres au pied de la croix ont été récupérées du pont situé sur le chemin de la ferme du Bois à Baillonville (Haie du cerf). Lors de la construction de la Tanktrack, le Génie a construit un nouveau pont, donc l’ancien a été démonté et le matériel récupéré par le peloton plaine et stocké.

En 1992, lors d’une rencontre près de cet endroit avec le responsable des Eaux et Forêts, M. Piret, de Fronville, en parlant de choses et d’autres, il m’appris qu’il y avait là un Christ et une plaque de fer rappelant qu’un Halifax était tombé là en 1943.

A l’aide d’un détecteur de métaux, j’ai retrouvé une partie du Christ et la plaque de fer, j’étais donc au bon endroit. Il ne me restait plus qu’à demander l’autorisation à mon chef de corps de l’époque de reconstruire un monument rappelant les faits. Le Major me dit qu’on y penserait peut-être plus tard et donc, de temps en temps, je lui rappelais mon idée. En 1997, il marqua son accord pour que débutent les travaux. Mes fonctions me donnaient le matériel et le personnel nécessaires et, bénéficiant de la carte blanche donnée par mon chef, le monument put être construit comme je l’avais imaginé. Il fut bien inauguré, en 1997, en même temps qu’un stand de tir. »

Voilà que, grâce à la Petite Gazette, nous avons reconstitué toute l’histoire de ce monument et de ce qu’il rappelle. Un grand merci à M. Lecarme.

 

 

LA LOCOMOTIVE DE LA CARRIERE DE GRAND-HEID A AYWAILLE

La Petite Gazette du 21 mai 2008

CETTE LOCOMOTIVE CIRCULA ENTRE AYWAILLE ET GRAND-HEID

Monsieur Lucien Wilkin, de Hotton, m’a confié cette très jolie photographie de la locomotive qui, pense-t-il, reliait, sur une voie privée industrielle, la gare d’Aywaille à la carrière de Grand-Heid, qui n’existe plus depuis longtemps précise-t-il. Il aimerait que vous l’aidiez, si cela est possible, à identifier les personnes présentes sur la photographie. Il sera peut-être ainsi possible également de la dater approximativement.

Loco Grand Heid (2)

Dans mon livre « Aywaille, Chronique illustrée du XXe siècle, éditions Dricot, 2006, j’ai évoqué cette ligne de chemin de fer industriel dont l’autorisation d’exploitation et les modalités spécifiques, au nombre de 21, ont été précisées, le 30 juin 1900, par Monsieur le Ministre des finances et des Travaux Publics. J’aime à en extraire les quelques articles qui suivent.

Précisons encore qu’il s’agissait là d’une ligne à grande section qui circulait, en suivant d’abord l’accotement de droite, puis, après avoir traversé la chaussée, l’accotement de gauche, des actuelles rues Nicolas Lambercy et du chalet. La traversée de la chaussée sera de telle sorte que le passage, précise le document en question, « ne pourra pas être interrompu plus de deux minutes. Ce passage devra être gardé, au besoin. »

« 14° – La vitesse des trains ne pourra pas être supérieure à dix kilomètres à l’heure. En cas d’encombrement de la route ou à l’ap­proche des attelages, bêtes de charge ou de monture donnant des signes de frayeur, le mou­vement devra être ralenti ou même arrêté; au besoin la locomotive ne marchera qu’au pas de l’homme et sera précédée d’un ouvrier intelli­gent aux frais de l’impétrant.

15: – Le conducteur du train devra signaler l’approche du train à l’aide d’une trompe, d’un sifflet ou autre instrument de ce genre. La vi­tesse et la composition des trains seront réglées de telle manière que l’arrêt de ceux-ci puisse être obtenu sur un espace de 30 mètres au maxi­mum au moyen des seuls freins manœuvrés par le mécanicien.

16e – Les trains ne pourront circuler sur la voie ferrée comprise sur la route ni avant le le­ver ou après le coucher du soleil. »

Tous vos souvenirs et photographies liés à cette ligne sont évidemment les bienvenus.

 

La Petite Gazette du 4 juin 2008

A PROPOS DE LA LOCOMOTIVE DE GRAND HEID

Monsieur Paul Houssonloge, d’Awan-Aywaille, se souvient :

« Né à Niaster-Aywaille, j’ai bien connu la loco de la carrière de Grand-Heid dont la photo a été présentée. Elle était mise au rancard dans son garage, appelé « la centrale », pendant la guerre, vu bien sûr le manque de charbon. Je me rappelle qu’elle portait, à l’avant, une plaque en cuivre avec, gravé, le prénom « Mathilde ». Dès la fin de la guerre, elle fut remplacée par une machine plus grosse, genre de ce qui roulait sur les grandes lignes en Belgique. Celle-ci portait aussi une plaque de cuivre à l’avant avec, cette fois, le prénom « Barbe » (probablement parce que sainte Barbe, fêtée le 4 décembre, était la patronne des carriers.)

Les machinistes que j’ai connus à l’époque étaient M. Jules Mercy, qui habitait rue L. Libert à Aywaille, et M. Demblon, habitant, je pense, à Florzé. Ensuite, et je pense jusqu’à la fin de l’exploitation, c’étaient toujours M. Mercy et M. Hyacinthe Wuidar, habitant, quant à lui, en face de la carrière, 1 route de Marche.

Mon grand-père, qui était monteur de voies pour les petits wagonnets dans la carrière, me racontait avoir conduit, lui aussi, avec MM. Mercy et Demblon, la loco « Mathilde ». Ceci se passait bien avant ma naissance (je suis de 1936) et mon grand-père s’appelait Léopold Dogniez.

Je pense que la photo présentée a été prise à la gare d’Aywaille, le talus derrière est bien sûr le début de la rue Préfond. »

Merci pour toutes ces informations. Qui nous parlera encore de cette ligne longeant les maisons d’habitation depuis la gare jusqu’à la carrière ?

 

La Petite Gazette du 18 juin 2008

LA LOCOMOTIVE DE GRAND HEID

Madame Berthe Renard, de Harzé, nous précise, fort utilement, que son papa, Arsène Renard, de Harzé, a conduit cette machine durant les années de guerre et, peut-être, encore deux années après. Elle se souvient qu’il a effectivement travaillé avec Hyacinthe Wuidar.

 

 La Petite Gazette du 25 juin 2008

LA LOCOMOTIVE DE GRAND HEID

A propos de cette liaison industrielle, M. Marcel Courtoy m’a communiqué le document suivant :

« AYWAILLE

GRAVE ACCIDENT . – On sait que la carrière de Grand Heid est reliée à la gare d’Aywaille. Cette voie ferrée débouche à un tournant de la rue du Chalet, devant les derniers magasins de la rue, pour longer ensuite la voie carrossable jusqu’à la carrière.

Une locomotive avait quitté la gare d’Aywaille et arrivait au débouché de la rue, lorsque, un gamin d’une dizaine d’années, nommé H…, sortant d’un magasin, se hasarda sur la voie. Le malheur voulut que celui-ci trébucha et tomba sur le rail. Malgré les efforts faits par le machiniste pour serrer ses freins, il ne put arrêter à temps et broya une jambe de la malheureuse victime. Relevé et transporté dans une maison voisine, il reçut les premiers soins de M. le docteur Thiry, qui décida son transport d’urgence à l’hôpital.

La douleur des parents est indescriptible. »

Et mon correspondant de commenter :

« Les anciens se souviendront de Fernand Hougardy, tailleur de son état, à Aywaille. Cette personne, unijambiste, ayant été victime d’un accident lors du passage de la locomotive du Grand Heid dans la rue du chalet.

Cette  coupure de journal date de 1922 et relate cet accident.

J’ai connu ce petit train  et, dans les années 46-49,  il arrivait que, lorsque arrêté sous le pont des Cretalles qui surplombait le raccordement, de vilains gamins ( pas moi ) jetaient des pierres dans la cheminée au grand dam du mécanicien qui était alors Maurice Dehalleux, d’ Awan . »

Merci pour ce document et ces souvenirs.

 

Le jeu de quilles ou Li djeû d’bèyes

La Petite Gazette du 14 juillet 1999

Les jeux d’antan… Le jeu de quilles

C’est Monsieur Emile Van Craywinkel, d’Evelette, qui évoque ses souvenirs pour vous :

« De 1934 au début de 1940, on a pratiqué le jeu de quilles, chez nous, à Libois, où c’était un café. Tous les dimanches après-midi, une vingtaine d’amateurs se réunissaient pour, pendant quelques heures, jouer aux quilles.

Mon père, très attentif à ce jeu, organisait deux concours par année ; il y avait de nombreux lots : vélos, radios, boîtes de cigares, chocolat et divers. Beaucoup de professionnels y assistaient, les mises étaient de 20 francs pour participer à ce jeu.

C’est le plus grand nombre de quilles renversées qui désignait le gagnant, à moins d’un ex aequo, car alors ils devaient à nouveau s’affronter pour la première place et, peut-être, remporter le beau vélo.

Les autres dimanches, c’étaient surtout les habitués de la commune qui venaient. Ces jours-là, les mises variaient de 1 à 5 francs. Quand il y avait un ex aequo,  les joueurs perdants devaient mettre un supplément pour continuer la partie. Il arrivait parfois que la somme en jeu soit importante.

C’était moi, se souvient M. Emile Van Craywinkel, qui faisait la relève des quilles. Chaque joueur gagnant me donnant 10% de la somme gagnée ; cela me rapportait assez bien d’argent… quilles 1

Le joueur peut faire déplacer trois quilles d’un demi-centimètres ; soit écarter un peu la première, ouvrir légèrement la deuxième, la « fourche », ou la troisième, la « dame ». Cela donne un bon résultat mais cela demande quand même une bonne technique de la part du joueur qui doit encastrer le boulet entre ces trois quilles.»

 

La Petite Gazette du 8 septembre 1999

Le jeu de quilles

Monsieur Simon André, de neufchâteau, se souvient également :

« La relation de M. Van Craywinkel sur le jeu de quilles m’a aussi rappelé des souvenirs. C’est que, comme lui, j’ai souvent été appelé à relever les quilles après la messe et entre les vêpres et le salut du dimanche. Il est vrai que le jeu était tenu par les habitants de la maison jouxtant la nôtre.

A la lecture, j’ai remarqué que le règlement différait quelque peu, malgré la distance assez courte qui sépare les deux localités, comte tenu des moyens de transport actuels bien entendu.

Chez nous :

– les fourches étaient déplacées au gré du joueur (il n’était pas question de millimètres !) ;

– la dame restait en place ;

– le boulet était seulement percé de trois trous et n’était pas recouvert de tôle métallique percé.

Personnellement, j’ai connu trois jeux de quilles différents :

  1. En cendrée : la poutrelle était remplacée par des cendres de charbon. Un bout de poutrelle existait au début du jeu et devait être touchée par le boulet lors du lancement.
  2. Le même que celui représenté par le croquis de Monsieur Van Craywinkel.
  3. En béton : sur celui-ci il était préférable –et toujours bénéfique- de donner un mouvement de rotation au boulet, de façon à ce qu’il arrive dans les quilles en tournant.

Que de fois ai-je entendu : « Hé, m’fi toûne on pô l’prumîre. Droûve li fotche va, nin ciçale, lôte. Li èrin-ne n’èst nin ès-s’plèce ! » avec, en plus, les quolibets lancés à l’adresse du joueur qui manquait de réussite.

Le jeu de quilles était, en somme, le grand amusement hebdomadaire des hommes et des jeunes gens d’alors, toujours, le pèkèt aidant parfois, empreint de bonne humeur.

Avant la dernière guerre, conclut Monsieur André, un jeu en béton existait à Bonsin, chez Georges Dujardin, et un autre à Chardeneux, chez Louis Wathelet.

Madame Bury-Lecron, de Hamoir, m’écrit :

« Il y a chez nous une ancienne piste de jeu de quilles terminées par une pierre de taille bleue, marquée des neuf emplacements de quilles. Bien que la piste ait été refaite en ciment, il reste un vestige, très usé, de la piste en bois.

La maison est très ancienne et, dans le temps, c’était une auberge-café et marchand de charbon, l’écurie qui abritait le cheval existe encore. C’était la maison Grailet-Godfroid. Les personnes vivant à Hamoir depuis longtemps s’en souviennent certainement. »

 

La Petite Gazette du 15 septembre 1999

Encore le jeu de quilles

Monsieur G. Carlier, d’Andoumont, apporte également une petite précision sur le sujet :

« A Jupille, où j’ai habité trente ans, il y avait, près de la place de Meuse, un café qui possédait une piste de quilles. Le vieil homme qui m’en a parlé me disait que l’on jouait gros jeu et que les joueurs de quilles se reconnaissaient au fait qu’ils entassaient les billets, en vue, dans leur poche. »

 La Petite Gazette du 16 juin 2010

LES JEUX DE QUILLES DE NOS VILLAGES

S’il est bien un jeu populaire qui connut un succès et un engouement extraordinaires en nos régions, c’est bien le jeu de quilles. Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, mène actuellement une recherche sur ce sujet passionnant et, bien sûr, il a besoin de vos souvenirs et de vos connaissances en la matière.

« Je recherche les anciens jeux de quilles présents dans nos villages au siècle passé. J’ai déjà contacté plusieurs de nos aînés et ai recueilli, grâce à eux, des précisions très intéressantes. Des jeux existaient pratiquement dans tous nos villages,  ainsi on en a retrouvé quatre à Rahier, à des époques différentes. Mon inventaire s’étoffe mais ne demande qu’à se compléter encore.

Je me suis rendu au Musée de la Vie Wallonne, où j’ai été très bien reçu et où j’ai pu découvrir des photographies généralement prises entre 1890 et 1930. Je possède maintenant une vingtaine de reproductions localisées. Parmi celles-ci, une photographie me pose un problème de localisation et j’espère que les lecteurs de La Petite Gazette pourront m’aider. Le document ci-dessous porte simplement comme indication « 1910. Rahier ? La Gleize ? » et je ne suis pas parvenu à situer l’endroit dans une de ces deux localités… Le pourrez-vous ?

quilles 2

Parmi les personnes que j’ai interrogées, plusieurs ont « bill’té » (N.D.L.R. Ailleurs, on aurait dit « bèyeter ou biyeter ») lorsqu’ils étaient jeunes. « Bill’ter » ou « repiquer » signifiait remettre ou redresser les quilles (les bèyes). Le « bill’teur » recevait une petite rémunération de la part des gagnants, plus ou moins 5% des gains.

Certains de mes contacts m’ont signalé des mises exorbitantes, en période de guerre notamment, se soldant parfois par la perte de bétail… Plus généralement, on jouait pour une tournée, un jambon…

Il est probable que de nombreux lecteurs pourraient nous donner des informations sur ce délassement pratiqué le dimanche, souvent après la messe, et lors des fêtes locales. Pourvu que ces personnes communiquent leurs souvenirs, leurs photos à La Petite Gazette. D’avance, je les en remercie chaleureusement.

J’espère sincèrement que vous répondrez à cet appel en nous communiquant vos souvenirs, vos anecdotes liées à la pratique de ce jeu si populaire jadis en nos contrées. Puissiez-vous nous en décrire le déroulement précis, combien de joueurs ? Durée d’une partie ? Règles et usages à respecter ? Noms des différents gestes spécifiques ? Rôles de chacun ? Qui prenait et conservait les mises ?… Bref tout ce qui touche à l’organisation même d’une partie, mais aussi les lieux où étaient installés ces jeux (à l’extérieur, à l’intérieur), les moments auxquels on y jouait… Les anecdotes liées aux mises et aux prix et le pourquoi de la disparition de ce jeu nous intéressent tout autant. Merci de nous communiquer tout ce que vous savez sur le sujet, cela devrait nous valoir des récits savoureux à présenter prochainement dans cette page…

 

La Petite Gazette du 23 juin 2010

 LES JEUX DE QUILLES DE NOS REGIONS

Madame Marie Deselliers, de Qualité-Village-Wallonie, n’est certes pas une inconnue pour les lecteurs attentifs que vous êtes. Avec son intervention de ce jour, elle nous montre qu’elle peut tout aussi bien répondre aux appels lancés qu’en susciter d’autres…

« Concernant les jeux de quilles, m’écrit-elle, il y en a encore un dans le village de Géromont (Comblain-au-Pont) avec sa rampe en bois et ses quilles en bois. Ils le sortent encore lors de certaines fêtes de village.
Il y en avait également un à la salle d’Awan (Aywaille), on le voit sur de vieilles photos. (N.D.L.R. Quelqu’un nous permettra-t-il de les présenter aux lecteurs de la Petite Gazette ? D’avance, je remercie cette personne) »

Monsieur D. Montanus a lui aussi réagi rapidement à l’appel lancé par M. Gabriel.

« J’espère, m’écrit-il,  que M. GABRIEL appréciera la photo en annexe. Ce jeu se situait à l’entrée du village de Humain, devant un établissement  faisant tout et ce en 1912. L’établissement est devenu un immeuble de logements et des transformations de voirie ont changé les lieux.quilles3

Fortement envahi par la végétation  actuellement, à côté de la salle du village  dans les années 50 un « boulodrome » avait été installé et a fonctionné jusque les années 90, j’ai vu il n’y a pas si longtemps une boule et des quilles dans la cave de cette salle qui doit incessamment être rasée pour faire place à une nouvelle. »

Un très grand merci à mes correspondants. Vous aussi, vous avez certainement des souvenirs liés à ce jeu si populaire jadis en nos villages, j’espère de tout cœur que vous les partagerez avec nous… Puissiez-vous nous en décrire le déroulement précis, combien de joueurs ? Durée d’une partie ? Règles et usages à respecter ? Noms des différents gestes spécifiques ? Rôles de chacun ? Qui prenait et conservait les mises ?… Bref tout ce qui touche à l’organisation même d’une partie, mais aussi les lieux où étaient installés ces jeux (à l’extérieur, à l’intérieur), les moments auxquels on y jouait… Les anecdotes liées aux mises et aux prix et le pourquoi de la disparition de ce jeu nous intéressent tout autant. Merci de nous communiquer tout ce que vous savez sur le sujet, cela devrait nous valoir des récits savoureux à présenter prochainement dans cette page…

La Petite Gazette du 14 juillet 2010

LES QUILLES DE MON ENFANCE…

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, est une correspondante fidèle et prolixe, personne ne s’en plaindra, elle ne rate jamais une occasion de partager ses souvenirs avec La Petite Gazette.

« Qui n’a pas reçu, à l’époque, un jeu de quilles pour la Saint-Nicolas ?

Je me souviens avoir accompagné papa après la grand-messe de 10h30, à Ernonheid, au café tenu par Adolphe Bodson (maison qu’habitent aujourd’hui Maurice et Liliane Lahaye). Maman, quant à elle, allait à la messe basse de 8h. à Bosson.

J’étais prise par le sérieux qui entourait les joueurs.

On relevait li dame, li fotche…

Il est vrai que les mises devaient être bien contrôlées pour que tout se passe de façon équitable. Une fois grandis, nous rentrions de la messe, tous à vélo. Papa rentrait bon dernier, maman n’était pas ravie, le dîner traînait. Un dimanche, il est rentré un peu plus tard, un peu trop tard…

Puis, en février 1953, papa offrit à maman, pour ses 40 ans, un gaufrier électrique. Peu après, maman me dit, toute confuse : « Tu sais, le dimanche où j’ai grondé papa, il avait fait une grosse part aux quilles et il avait gardé les sous pour mon anniversaire ! » Ce n’est pas beau cela ? »

 La Petite Gazette du 25 août 2010

LE JEU DE QUILLES DE VILLERS-LE-TEMPLE, « E MON DAVIN »

Monsieur A. Mathelot, de Poulseur, a gardé en mémoire quelques souvenirs liés au jeu de quilles installé à Villers-le-Temple è mon Davin. Il a eu l’excellente idée de les partager avec nous tous et, pour la clarté de ses explications, a joint les illustrations suivantes. A ses explications s’ajoutent celles transmises par Monsieur Marcel Grégoire, de Gouvy

quilles 4Monsieur Grégoire précise d’emblée que, à sa connaissance, « il existait trois jeux de quilles différents : à 9, à 7 et à 5 quilles. »

« Nous étions à la fin de la guerre et j’avais 10 ans, se souvient M. Mathelot. Le jeu était installé derrière la porte cochère visible sur le dessin.

 

Explication des légendes de ce plan.quilles 5

  1. Mur extérieur de la maison.
  2. Banc réservé aux joueurs (à la hauteur d’un tabouret de bar)
  3. Deux planches en « V » disposées sur un plan incliné passant sous le banc des joueurs pour ramener le boulet à son point de départ.
  4. Dalle en béton portant l’emplacement des quilles.

5 et 6. Deux des neuf quilles disposées sur la dalle. Quilles en bois avec cercle en fer à la base. Ici, M. Grégoire apporte d’utiles précisions : « Une quille mesure 30 cm de hauteur, elle se compose d’un cylindre de 15 cm puis part en cône sur 15 cm. Sur la jeu, la première quille a un diamètre de 12 à 14 cm, les deux suivantes (les dames) font 10 à 12 cm de diamètre et les autres 9 à 10, les deux quilles extérieures s’appellent les valets. Toutes sont façonnées dans du bouleau »

A noter, poursuit M. Mathelot, que le diamètre des circonférences marquées sur la dalle était  légèrement supérieur à celui des bases des quilles, ce qui permettait un léger ajustement dans la position de celles-ci. le joueur pouvait demander à déplacer légèrement les quilles 5 ou 6 vers l’intérieur du jeu (Serrez li fotche à dreute ou à gauche) soit vers l’extérieur (Drôvî li fotche).

  1. Piste, en très fines cendres, ratissée très régulièrement dès que le besoin s’en faisait sentir. M. Grégoire quant à lui n’évoque pas une piste mais une planche « où l’on fait rouler le boulet et mesurant10 à 12 mètres de long sur 15 à 20 cm de large. »
  2. Planches enfoncées verticalement délimitant l’aire de jeu.
  3. Les horottes. La piste en cendrée ayant une forme trapézoïdale, les horottes étaient les deux évidements ainsi formés. Quand un boulet mal lancé finissait el horotte, il s’en allait lamentablement terminer sa course à côté de la dalle en béton. Le commentaire le plus expressif, autant que laconique, concernant le malheureux joueur était « Y l’a fè bèrwète».
  4. planche de départ (je suis quasiment certain, indique M. Mathelot, que cette planche portait un nom typiquement wallon mais pas moyen de m’en souvenir…) Quand le joueur lance li boulèt, celui-ci doit impérativement toucher la planche de départ avant de poursuivre sa course sur la piste en cendrées. Si le boulet commence directement sa course sans toucher la planche de départ, le joueur a fè hovlète et le coup est nul.

Il n’y a pas grand-chose à dire à propos du boulèt si ce n’est qu’il était en bois, mais j’ignore quelle essence il fallait utiliser. » M. Grégoire vient donc à son secours : « Le boulet est fait dans du hêtre ou du charme. Il a un diamètre de 18 à 20 cm et pèse 4 à 5 kg. Pour le tenir, il y a un trou où placer le pouce et une encoche pour glisser les quatre autres doigts. »

La semaine prochaine nous suivrons les explications de mes correspondants sur le déroulement des parties.

 La petite Gazette du 1er septembre 2010

 LE JEU DE QUILLES DANS NOS REGIONS

Comme promis, nous retrouvons les témoignages de MM. A. Mathelot, de Poulseur, et M. Grégoire, de Gouvy, qui évoquent pour nous le déroulement d’une partie de jeu de quilles.

Le premier raconte que « la partie pouvait accueillir un nombre illimité de joueurs. La mise de départ s’arrêtait de commun accord entre les joueurs, de 5 francs, ine pèce, à 10 ou 20 francs. Après dépôt des mises à même le sol, on commençait le premier tour. Quand chaque joueur avait tenté sa chance, deux cas de figure pouvaient se présenter. Soit un seul joueur avait obtenu un score supérieur à tous les autres, il empochait alors les mises et la partie était terminée (on pouvait en commencer une autre) ; soit plusieurs joueurs avaient atteint le même score supérieur à celui des autres, on disait alors que «  li pârt èst bouf ». Alors recommençait un autre tour auquel participaient gratuitement les joueurs détenteurs du meilleur score au premier tour, mais tous les autres, s’ils voulaient continuer la partie, devaient doubler leur mise initiale. Il en allait de même jusqu’à ce qu’un joueur mette tout le monde d’accord en surclassant ses adversaires.

Avec 10 ou 15 joueurs, il n’était pas rare de voir les parties s’éterniser à force d’être « bouf »… il ne faut pas perdre de vue que, pour continuer la partie, les « perdants » devaient débourser des sommes de plus en plus importantes (de 5 francs au départ, ils misaient ensuite 10 francs, puis 20, 40 et ainsi de suite).

Un joueur pouvait néanmoins quitter la partie à tout moment, il arrêtait alors de miser mais perdait évidemment ce qu’il avait déjà déposé !

Au sujet des gains, j’ai conservé le souvenir d’une anecdote. Un samedi soir, mon père emporte finalement une partie qui avait été « bouf » je ne sais combien de fois ; il avait ainsi empoché un beau pactole. Une semaine plus tard, le dimanche, nous « remontions » fièrement au village, mon père avec un nouveau pardessus et moi, tout fier, dans mon nouveau paletot, un peu trop grand il est vrai.

Je ne sais plus dans quelles circonstances a disparu le jeu de quilles de Villers-le-Temple car il faut savoir qu’au-dessus du jeu de quilles se trouvait la salle de bal et, assez tôt, j’ai gravi l’escalier qui menait vers un autre monde… »

Monsieur Grégoire explique à son tour : « Les joueurs sont en nombre illimité et la mise va de 5 à 1000 francs, aujourd’hui c’est évidemment en euros. Ainsi s’il y a dix joueurs à 100F., il y a 1000F. sur la table. Tous jouent une fois et on retient le plus grand nombre de quilles tombées (il faut obligatoirement avoir la première). Si 5 joueurs ont eu 4 quilles, on dit qu’ils sont « barres » et ils peuvent jouer au deuxième tour. Si les autres veulent continuer la partie, ils doivent remettre de l’argent (la somme qu’il y a sur la table divisée par le nombre de barrants) ; ainsi dans l’exemple cité 1000F. que l’on divise par 5 soit 200F. et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul joueur.  Le gagnant « lève » la part et donne un pourcentage de ses gains (généralement 5%) à celui qui tient la table et à celui qui relève les quilles et renvoie le boulet.

Dans certains villages, le dimanche de la kermesse, un jambon est joué. C’est un jambon à l’os fumé pesant 6 à 8Kg. Le responsable du jeu vend des cartes à 100F./pièce jusqu’à concurrence au moins du prix du jambon. Une carte donne droit, selon les villages, à un ou à deux coups de boulet. Au premier tour, il faut au moins 3 quilles pour être « barre » et recevoir une carte d’un autre jeu (pour ne pas mélanger le premier avec le deuxième tour). Le responsable distribue les cartes dans l’ordre suivant : cœur, carreau, trèfle, pique et, dans chaque série, as, roi, dame, etc. Ensuite, il appelle les joueurs  par la dernière carte distribuée, donc le dernier « barrant » à jouer sera le détenteur de la carte « as de cœur ».

Aux tours suivants, les barres sont à ceux qui feront tomber le plus de quilles. Les tours s’enchaînent jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul joueur qui gagne le jambon et, généralement, qui paie un verre aux autres joueurs.

Ce dimanche 1er août, un jambon a été joué à la kermesse de Courtil-Bouvigny, lors d’un jeu à 9 quilles. Cette tradition est entretenue dans d’autres villages encore. »

Un immense merci pour ces témoignages précis. L’un des joueurs ou des spectateurs de ces jeux de quilles nous procurera-t-il des photos de ces rencontres ? Je l’espère vivement car je sais qu’elles intéresseraient bien des lecteurs.

La semaine prochaine, nous vous donnerons connaissance des souvenirs d’un autre lecteur encore.

La Petite Gazette du 8 septembre 2010

 LES JEUX DE QUILLES DE NOS VILLAGES…

Je savais que ce sujet vous passionnerait et je ne suis pas déçu ! Aujourd’hui, je puis vous donner connaissance du contenu de l’intéressant envoi de M. Henri Preudhomme, de Neupré.

« En 1949, à Ivoz-Ramet, j’ai souvent participé à ce jeu comme releveur de quilles. On y jouait « à la partie » autorisée par la loi. Chaque joueur payait 5 francs pour participer. Le gagnant étant celui qui faisait tomber le plus de quilles. S’il y avait des ex aequo, la partie continuait jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul joueur qui empochait la mise.

Comme releveur, je notais sur un tableau les points des participants. Au gagnant, je notais le nombre de coups de boulet de la partie. Chaque gagnant devait me payer 25 centimes par coup de boulet joué. Cela se passait le samedi soir et le dimanche de 14 à 22 heures. Le samedi, je gagnais 250 à 300 francs et le dimanche de 400 à 500 francs. Un jour de fêt m’a même rapporté 750 francs. A Seraing, il y avait d’autres jeux de quilles sur lesquels on pariait sur un nombre impair de quilles que le joueur allait faire tomber. Ce genre de pari était interdit par la loi ! Des collègues de travail me racontaient qu’ils pouvaient perdre ou gagner 4000 à 5000 francs par soirée ! C’était presque un mois de salaire…quilles 6

Le jeu de quilles, c’est une piste de 7m ; de long, 60 cm de large, pour arriver au carré des quilles à 90 cm ; Les quilles sont posées sur une tôle en forme de triangle. Au début de la piste, il y avait une table qui séparait la piste d’élan et sous laquelle les boulets étaient lancés vers les quilles.

L’argent devait être déposé sur la table, à la vue de tous les joueurs. La technique du bon joueur consistait à frapper entre les deux premières quilles qui constituaient ce qu’on appelait la fourche. A droite pour un droitier, à gauche pour un gaucher. Une quille mesurait 30 cm de haut avec un diamètre de plus ou moins 9 cm. Le boulet, quant à lui, avait un diamètre d’environ 22 cm et présentait trois trous de 30 à 50 mm de profondeur. »

J’espère toujours de tout cœur recevoir des photos montrant les joueurs en action.

 

 

 

 

 

La Petite Gazette du 22 septembre 2009

UN BIEN BELLE PHOTOGRAPHIE D’UN JEU DE QUILLES

Monsieur Lucien Leruth, un très fidèle lecteur de La Petite Gazette, a suivi un conseil que je vous répète souvent et a fouillé ses albums aux vieilles photos pour en extraire celle-ci.

quilles 7

« J’ai lu avec intérêt les articles relatifs au jeu de quilles et, dans l’album de vieilles photos hérité de mon oncle Arsène Leruth je trouve cette photo de 1916 montrant le passe-temps des habitants.

Au dos, j’y trouve la liste des noms des personnes photographiées, elles sont  citées à droite de bas vers le haut: Victoire Schonne, Joseph Leruth, Nelly Collet, Paul Gilles, Arsène Leruth, Odon Hebrant, Jules Henkard, Henri Henrotin, Hervé Gaillard, Honoré Schonne, François Gilles, Marcel Gaillard (et des gamins). »

La Petite Gazette du 20 octobre 2010

 LE JEU DE QUILLES A BOURDON

Monsieur Patrick Remy, de Jambes, me signale qu’il « possède aussi cette photo (NDLR il s’agit de la photo présentée il y a quelques semaines sous le titre « Une bien belle photo d’un jeu de quilles ») sur laquelle figure mon arrière-grand-père Honoré Schonne et sa soeur Victoire. Grâce à M. Leruth, je peux enfin mettre un nom sur chaque personnage présent. Je n’ai pas pensé à regarder cette photo de plus près lorsqu’un de vos lecteurs avait lancé une recherche sur les jeux de quilles. Ma grand-mère, Andrée Schonne confirme qu’il y avait bien un jeu à cet emplacement.

Ci-dessous la reproduction d’une carte postale figurant la même rue mais dans le sens « inverse ». »
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Le Docteur Comte Albert Guérisse

La Petite Gazette du 27 janvier 2010

ENCORE A PROPOS DES AS BELGES DE L’AVIATION
Cette fois, c’est Monsieur Rik Goyens, Capitaine-Commandant TSM e.r. de Chevron, qui réagit et complète :
« Aux officiers belges Charles Roman et Florent Van Rolleghem que Jacques Bastin cite parmi les détenteurs de la prestigieuse distinction honorifique britannique Distinguished Service Order, il convient d’ajouter le Médecin Général-major Albert Guérisse, l’officier belge, le plus décoré de la deuxième guerre mondiale. Il reçut 35 décorations de différents pays, dont la D.S.O. (Distinguished Service Order), la G.C. (George Cross) et la K.B.E. (Knight Commander of the British Empire).DSO

Le Dr Guérisse (1911-1989) créa dès le début 1941 sous le pseudonyme de Pat O’Leary un réseau d’évasion de pilotes alliés. Durant les années 1941 et 1942, cette filière rapatria plus de 600 réfugiés vers l’Angleterre en passant par l’Espagne. Le 2 mars 1943, le Dr Guérisse fut arrêté à Toulouse et torturé dans différentes prisons en France; il passa dans les camps de concentration les plus réputés, pour atterrir en 1944 à Dachau. Il y est torturé à nouveau et condamné à mort, mais avec son ami, Arthur Haulot, il y organise la résistance et prend le commandement du camp lors de la libération par les Américains (29 avril 1945).
Après la guerre, le médecin militaire, Albert Guérisse rejoint l’armée belge. En avril 1951, lors de la guerre de Corée, le Major Médecin Guérisse se distingue particulièrement par sa bravoure en tant que médecin.
Le 1er juillet 1970, le Dr Albert Guérisse termina sa carrière militaire avec le grade de Médecin Général-major, en tant que Directeur Général du Service de Santé Interforces.
Le 26 mars 1989, le Comte Albert Guérisse meurt à Waterloo à l’âge de 77 ans, avec pour dernière requête que sa mort ne soit rendue publique qu’après son enterrement, ne souhaitant pas que l’on fasse trop de bruit autour d’un homme « qui avait simplement fait son devoir ». »
Pareil personnage méritait bien que ses éminents mérites soient rappelés !

La Petite Gazette du 10 février 2010

LE DOCTEUR GUERISSE
Madame Marie-Paule Schutz-Adam, de On, me dit tout le plaisir qu’elle a eu à découvrir l’évocation de ce personnage dans les colonnes de La Petite Gazette et elle voudrait nous apporter quelques précisions concernant Pat O’Leary.
J’ai eu la chance de rencontrer ce grand personnage fin des années 70 et début des années 80.
Je voudrais d’abord signaler que la famille Guérisse est originaire de Saint-Hubert où un mémorial à sa mémoire a été inauguré en 1991.
Albert Guérisse voit le jour le 5 avril 1911 à Bruxelles. Il est médecin militaire et agent secret.
Deux livres racontent ses aventures. En 1980 il m’a d’ailleurs offert et dédicacé le second « l’histoire de Pat O’Leary » qui a été écrit par Vincent Brome (écrivain anglais 1910-2004) à qui Pat a raconté ses mémoires. Ce livre a d’abord été traduit en anglais et est paru en français dans une collection de Pierre Mac Orlan « Visages de l’aventure », Livre contemporain Amiot-Dumont. J’ai mis plus de 20 ans à trouver le premier livre « HMS Fidelity » (bateau mystère) bateau « Le Rhin » qui a été rebaptisé « HMS Fidelity », on parle aussi parfois de la dénommination « Le Rhône ». Ce livre a été écrit par Marcel Jullian. (Pour ceux que cela intéresse je signale qu’on peut trouver ces livres dans des brocantes militaria.)
Le réseau Pat O’Leary a permis de rapatrier 600 réfugiés mais principalement des aviateurs vers l’Angleterre. Il a pris le commandement du réseau Pat O’Leary, réseau appelé aussi Pat Line en décembre 1941, quand Ian Garrow, un officier écossais du SOE (Special Operations Executive) a été arrêté.
Après l’arrestation du Dr Guérisse en octobre 1943, c’est une dame, Marie-Louise Drissart alias Françoise, qui en prend le commandement et le réseau devient alors le réseau Françoise.
Après son arrestation il a connu les camps : Sarrebruck, Monthausen, Natzweiler et Dachau. Dans ce dernier, il cache son identité de médecin et travaille comme infirmier avec Arthur Haulot, journaliste qui deviendra Commissaire au Tourisme. Ils échappent au typhus.
Ils créent un Comité International des Prisonniers, avec Arthur Haulot président pour les Belges et Pat président pour les Anglais. Ils sauvent la vie de 5000 déportés.
En 1951, il part en Corée comme volontaire en tant que médecin-major attaché à la 29e brigade britannique. Il a été, pendant les 25 dernières années de sa vie, président du Comité International de Dachau et s’est battu pour la création d’un mémorial pour que les futures générations n’oublient pas ce qui s’est passé. »

La Petite Gazette du 24 février 2010

LE DOCTEUR GUERISSE
Monsieur Claude Grandelet, de Somme-Leuze, revient sur le sujet pour apporter quelques précisions supplémentaires :
« Je pense qu’en ces temps de perte de confiance généralisée, il n’est pas mauvais de montrer que notre société sait encore reconnaître les mérites de gens exceptionnels qui l’ont servie d’une manière désintéressée. Du moins, elle savait encore le faire il y a peu d’années! C’est avec grand plaisir que j’ai lu dans une récente Petite Gazette l’éloge du Dr Guérisse, rédigé par Mme Schutz-Adam. Il ne me paraîtrait peut-être pas superflu d’ajouter que son courage, son énergie, ses qualités de chef, d’organisateur et surtout sa grande noblesse de coeur ont été largement reconnus par ses contemporains, chez nos Alliés peut-être encore plus qu’en Belgique.
Honoré de multiples hautes décorations, telles que la Plaque de Grand Officier de l’Ordre de Léopold (Belgique), de la George Cross et de la DSO britanniques, Officier de la Légion d’Honneur française, etc., il a bénéficié de l’estime générale et a passé le reste de sa vie entouré de collaborateurs dévoués, d’admirateurs et d’amis sincères. Il a terminé sa carrière à l’Armée Belge comme Général et Chef du Service de Santé, qu’il a d’ailleurs remarquablement réorganisé.
Il a été anobli successivement par la Reine d’Angleterre qui lui a donné le titre de Knight Commander of the British Empire et ensuite par le Roi Baudouin qui l’a fait Comte en 1986. »

La Petite Gazette du 2 juin 2010

A PROPOS DU GENERAL GUERISSE
Nous avons déjà évoqué cette figure, quasi légendaire, de l’Armée belge et sa brillante carrière intéresse bien des lecteurs. Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois aimerait que lui soient précisés certains détails.
« A propos du Général Guérisse, je m’interroge sur sa carrière, surtout ses affectations. Je pense qu’il a pu servir au 1er Lanciers à Spa, entre 1931 et 1939 ce qui expliquerait que mon père (Charles Huwart) le connaissait apparemment très bien.
Pat O’leary, son surnom de guerre, semble avoir été connu de ma mère, laquelle faisait partie d’une filière d’évasion d’aviateurs, dirigée par un Anglais ( ?).
La maison forestière de Ville-au-bois était un des relais. La seule chose que maman a bien voulu me raconter, c’est un épisode cocasse de 1943 (?).
Une patrouille allemande s’est présentée un jour d’été, alors que la maison était pleine d’une dizaine d’aviateurs. Parlant couramment allemand, anglais et néerlandais, Maman a intercepté les Allemands sur le devant de la maison, pendant que les aviateurs fichaient le camp par derrière. Elle leur expliquait l’importance des pommes de pin spéciales que ses parents lui avaient apportées d’Anvers, et qui lui servaient soi-disant de baromètres.
Je n’ai rencontré son « officier traitant » britannique qu’une seule fois en Provence, à Antibes. Il sortait d’un très beau yacht (30 m) et est passé devant nous qui prenions l’apéritif.
« What a surprise » dit-il, et ma mère de répondre « indeed », et ce fut tout… il continua son chemin !
Questionnée, elle me dit que si c’était à refaire, elle ne voulait donner aucune information sur ses contacts. Nous étions alors en pleine guerre froide.
Le comique, c’est que Papa, officier de l’AS, n’a jamais pu obtenir de maman des informations sur son activité, en dehors de l’anecdote de la pomme de pin.»

La Petite Gazette du 9 juin 2010

OUI LE DR GUERISSE EST BIEN PASSÉ PAR LE Ier LANCIERS A SPA
Ainsi que le supposait bien M. Martin Huwart, le Dr Albert Guérisse est bien passé par le Ier Lanciers à Spa. La confirmation m’en est venue du Dr Paul Maquet, d’Aywaille, qui ajoute pour tous ceux qui s’intéressent à cet illustre et remarquable personnage que :
« deux livres ont été écrits sur le Général Albert Guérisse sous les ordres duquel j’ai servi en Allemagne lors de l’occupation:
1. Marcel JULLIAN. H.M.S. Fidelity, bateau mystère, Bibliothèque Amiot-Dumont, 1956.
2. Vincent BROME, préfacé par Pierre Mac Orlan de l’académie Goncourt, L’histoire de Pat O’Leary, Le Livre contemporain Amiot-Dumont, 1957 »
Je suis certain que vous serez nombreux dans les semaines à venir à fouiller les bacs des bouquinistes à la recherche de ces deux ouvrages.
Un immense merci à M. Maquet pour sa fidélité à La Petite Gazette et pour sa promptitude à répondre aux questions qui vous sont soumises.

La Petite Gazette du 16 juin 2010

ENCORE A PROPOS DU GENERAL GUERISSE
Madame Marie-Paule Schutz-Adam de On, qui nous a déjà communiqué de bien précieux renseignements sur cet extraordinaire personnage, confirme que le docteur Guérisse faisait partie du 1er Lanciers, que le 10 mai 40 il se trouvait à la frontière allemande et que son régiment a été rappelé au Nord de Liège suite à la percée allemande sur le Canal Albert.
Monsieur Rik Goyens, Capitaine-Commandant TSM e.r., de Chevron, s’est également manifesté sur le sujet :
« Je voudrais confirmer, m’écrit-il, la présence au Régiment des 1er Lanciers à Spa du Lieutenant Médecin Albert Guérisse. En effet, ce régiment (créé en 1814 en tant que régiment de cavalerie légère) s’est installé dans la toute nouvelle caserne de Spa, en 1931. Le 10 mai 1940, le 1er Lanciers se trouva sur la frontière allemande et le lendemain, il fut rappelé au nord de Liège (Juprelle) pour défendre la position fortifiée, menacée par la percée allemande sur le Canal Albert. Attaqué durement par les Stukas, le régiment subit ses premières pertes, ce qui permit à Albert Guérisse de faire preuve de ses qualités d’officier et de médecin. »
Le Cdt Dourte, Offr Opérations 1/3L, s’est également manifesté : « Suite à votre article dans les Annonces de l’Ourthe de début juin, notre Offr patrimoine, le Lt Tinel (par ailleurs historien) a recherché rapidement la trace de la présence du général Guérisse au sein du 1 Lanciers. Il apparaît qu’il a été affecté au 1° Lanciers à Spa de 1937 à 1940 et également après guerre. Vous trouverez ci-dessous un document attestant de ses décorations ainsi qu’une copie d’un discours prononcé lors de ses funérailles.
« Notre « Général » est mort
« Mon Cher ami, que de souvenirs vous évoquez » m’écrivait le Général Guérisse, en réponse à mes vœux de meilleurs santé pour 1989. Le dimanche 26 mars, il décédait, sans éclat, après avoir exprimé la volonté que son décès ne soit connu qu’après ses funérailles. Hélas, ce ne pouvait passer inaperçu !
Deux livres ont à peine suffi pour retracer cinq années de ce médecin militaire, devenu Pat Lieutenant commander de la Royal Navy, puis agent parachutiste, chef de réseau d’espionnage et de récupération ; sa vie entière, suite à son décès, a fait l’objet d’articles dans les journaux.
« – Et ensuite, après 1945, qu’avez-vous fait ?
– Rien
– Demandez-lui ce qu’il est allé faire en Corée, fit sa femme Sylvia ; Pat éclata de rire : « Le bataillon des volontaires belges avait besoin d’un médecin.. ; j’étais médecin, j’étais belge » (in « l’histoire de Pat O’ Leary » par Vincent Brome).
Etait-ce si peu d’être volontaire, d’avoir été rechercher un blessé à moins de 150 mètres des lignes ennemies, sous une grêle de balles, puis de rejoindre le bataillon, immédiatement, en hélicoptère ? (N.D.L.R. Le même fait m’a été raconté par le Dr Paul Maquet, d’Aywaille, qui se manifestait dans notre dernière édition)
Je n’évoquerai que nos relations personnelles, l’homme.
En 1938, alors que tous les Spadois de ma génération vivaient au rythme du 1er régiment des Lanciers, milicien à Liège, la maladie m’empêchait de rejoindre le régiment. Mon « parrain militaire », l’aumônier Gielen me l’envoya. Nous ignorions, qu’en 1964, nous devrions tous deux unir nos efforts pour lutter contre l’injustice qui s’acharnait contre mon protecteur de jadis (cité comme l’un des premiers résistants et qui mourut, abandonné de tous, à Bayonne, en 1974).
Le 8 avril 1951, le Commandant Guérisse, bientôt Major, m’arrivait à Tokyo, logeant avec moi à la Mission. Nous nous promenions dans Tokyo et ses environs, passions une soirée mémorable (défiant l’alcooltest !), avant son départ pour la Corée, où il rejoignit son ami Poswick. Il revint en permission, après le combat de l’Imjin, préférant vivre parmi les combattants et visiter les hôpitaux.
Il parlait très peu de la grande guerre, un souvenir douloureux le liait à Spa, il ne fréquentait guère les hautes autorités. Le hasard le fit rencontrer le commandant des Forces du Commonwealth, Sir Robertson, d’habitude impassible, stupéfait devant les rubans des G.C. –B.S.O. – K.B.E. sur un uniforme belge !
Le 21 août 1951, nous étions heureux de nous retrouver au camp d’Inchon, où 450 hommes attendaient leur rapatriement. Vint le soir, « je m’ennuie, impossible de sortir du camp, pas de véhicule », une solution, utiliser ma Jeep pour lui et le commandant Nicodème ; mais, si tard, Inchon se révélait un désert. « Les Grecs vont venir, si nous voulons prendre un verre, il faut rentrer, mais… il n’y a pas de glace pour le wisky, si nous allions en chercher à la morgue ? »… elle était fermée ! Au camp, fête des adieux, les officiers grecs chantaient sur les tables et le Major Guérisse voulait leur apprendre les cramignons liégeois !
Nous ne pensions guère nous revoir cependant, en 1968, nous appartenions au QG des F.B.A. en Allemagne, il soignait ma famille et nous égrenions nos souvenirs. C’était pour nous retrouver dans son bureau, proche du mien, au ministère de la défense Nationale, lui devenu Général, Directeur du service de la Santé, pour prendre le café. Nous n’étions pas loin de la retraite mais il n’avait jamais perdu sa combativité : « J’améliore la situation, mais j’enrage, trop de papiers, peu de fonds pour arriver à mes fins.»
C’est à tout cela que je pensais, ce 3 avril, en me rendant au crematorium de Bruxelles, mais sa volonté avait été respectée, il ne restait que des cendres, je ne pus assister à leur dispersion sur la pelouse.
Ainsi finissait UN GRAND HOMME »
Le Commandant Dourte a, en effet, joint une copie de l’avis nécrologique mentionnant les illustres décorations décernées au
Général-Major Médecin Comte Albert Guérisse, alias Pat O’Leary :
Lt Commander Royal Navy
Chef du réseau d’évasions « Pat »
Médecin volontaire du Bataillon Belge en Corée
Président du Comité International de Dachau

– Georges Cross (G.C.)
– Knight Commander of the British Empire (K.B.E)
-Compagnion of the Distinguished Service Order (D.S.O.)
-Grand-Officier des ordres de léopold et de la Couronne
– Commandeur de l’Ordre de Léopold II avec Palmes
– Croix de guerre 1940 – 1945 avec Palmes
-Officier de la Légion d’Honneur
– Croix de guerre Française avec Palmes et Etoile de vermeil
– Officier de la legion of Merit
– Medal of Freedom with Golden Palms
– Croix d’Honneur et de Mérite Militaire en Vermeil avec Palmes
– Chungniu Distinguished Military service Medal with Silver Star

Assurément un Grand Homme… La Petite Gazette est heureuse d’avoir, grâce à vos contributions, participer à cultiver son souvenir.

La Petite Gazette 23 juin 2010

DOCTEUR GUERISSE : UNE CONFIRMATION ET UNE PRECISION
Monsieur J. Schoonbroodt, de Spa, a lui aussi tenu à témoigner :
« Je vous confirme que le général Guérisse a été affecté au 1er lanciers à Spa, avant la guerre de 1940. A cette époque, il était officier médecin.
En mai 1939, il a accouché mon épouse d’un garçon dont le père, policier spadois et résistant, est décédé en avril 1945 dans le camp d’extermination de Flossenberg. »

La Petite Gazette du 14 juillet 2010

LE DOCTEUR GUERISSE… ENCORE
Monsieur Claude Billiet, de Lierneux, est un ancien combattant de la Guerre de Corée, il a la gentillesse de nous transmettre cette photo de la maison qu’occupa Albert Guérisse à Spa et sur laquelle a été apposée une plaque commémorative.

docteur guérisse maison

 Maison où résidait le comte Médecin Général Albert Guérisse à Spa. Il est un des plus grands bienfaiteurs pour la cause des volontaires pour la Corée en même temps que le colonel Cdo Para Jean Militis.

(Document Revue de la fraternelle des anciens de Corée, section province Luxembourg)

Le temps des Rogations

La Petite Gazette du 24 mai 2000
LE TEMPS DES ROGATIONS
Monsieur Maurice Grün s’est souvenu qu’il était revenu le temps des Rogations, ces processions qui parcouraient champs et prairies au mois de mai.
« Les trépidations de la vie moderne en pleine évolution –ou révolution – ont supprimé les Rogations, ces cortèges solennels qui jalonnaient villages et campagnes. C’étaient des prières publiques accompagnées de processions, pendant les trois jours qui précèdent immédiatement l’Ascension. Elles étaient destinées à attirer la bénédiction divine sur le bétail, les récoltes et les travaux des champs.
Les archives de l’abbé Hacherelle, curé de Somme-Leuze de 1905 à 1930, laissent le souvenir de ces pratiques. Ces processions étaient suivies avec ferveur par de nombreux fidèles. J’y ai souvent participé, accompagnant le prêtre, précise mon correspondant. Le bon temps n’était pas souvent de la partie (vent, pluie, froidure, crachin, brouillard…)
Il est encore une croix en fer installée au croisement du chemin de Coquaimont et de la route de Liège, en face du chemin du Montet. Cette croix des Rogations a été élevée, à la demande de l’abbé Hacherelle, par la famille Burette sur leur domaine.

La Petite Gazette du 8 août 2001
DE NOUVELLES PRECISIONS A PROPOS DES ROGATIONS
« Je crois comprendre, m’écrit M. Pierre Paulis, de Ferrières, que vos lecteurs attendent des renseignements concernant les rogations, appelées également « lès Creûs » ; voici, à leur intention, ce que j’ai recueilli :
Après la messe matinale, le prêtre, revêtu du surplis blanc et de l’étole mauve – rite de pénitence – accompagné du chantre, terminait la procession dont la tête était la croix portée par l’acolyte en robe rouge. La croix était de bois et légère, hampe noire et croix dorée avec, en écharpe, un ruban mauve. Elle était appelée « croix pour rogations ou croix pour les longs chemins » (une autre, plus lourde, servait aux enterrements et aux processions.)
Suivaient, sur deux rangs, les enfants et les enseignants, les dames, puis les hommes. Les fidèles étaient surtout constitués de ceux « qui vivent de la terre ». Partie de l’église au milieu des litanies des saints : après « Sancta Maria », la procession se terminait à l’église. Il n’y avait pas de décorations spéciales dans le village si ce n’est aux croix et aux chapelles devant lesquelles la procession faisait halte. Elles étaient nettoyées, repeintes, fleuries… Il n’y avait pas d’arrêt aux potales. Sur le parcours, chapelets, litanies, chants extraits de l’Hosanna. J’ai en mémoire les innombrables « ora pro nobis » et les « te rogamus audi nos » répercutés par l ‘écho ou étouffés par les frondaisons, les « ave » concurrençant les chants d’oiseaux, la forte rosée aspergeant nos mollets ou alourdissant le bas des robes… les haltes silencieuses des jeunes attendant, avec condescendance, au haut des « gripètes » l’effort essoufflé des plus âgés…
Je suppose que les acolytes, ils étaient trois en tout, transportaient aussi l’eau bénite et le goupillon !
Selon la date de Pâques, les Rogations se célébraient entre la fin avril et le début juin. C’est donc l’époque dite des « Saints de glace ». Le premier jour était consacré à la protection des foins ; le deuxième à celle des moissons ; le troisième jour, on priait principalement pour la protection des pommes de terre et des betteraves. On s’était dirigé vers les quatre points cardinaux : le lundi au nord, le mardi à l’est et le mercredi à l’ouest et au sud.
En 1966, les rogations ont eu lieu le soir. Elles cesseront en 1970 par une mini-procession autour de l’église. Les prévisions météorologiques et les engrais ont pris le relais ! »
D’autres informations à ce sujet dans notre prochaine édition. Un grand merci à Monsieur Paulis.

La Petite Gazette du 29 août 2001
D’UTILES PRECISIONS SUR LES ROGATIONS

Monsieur l’abbé Jean Voz, de Mormont, est un fidèle lecteur de cette chronique et il ne manque jamais une occasion de nous éclairer sur divers sujets, je l’en remercie vivement. Voici ce qu’il a glané comme indications précises à propos des Rogations dont nous avions quelque peu reparlé il n’y a guère.
« Rogation : du mot latin rogatio (objet d’une demande).
Il s’agit d’une procession comprenant le chant des litanies des saints et, après, une messe spéciale.
Elle fut instituée en 470 par saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné, pour demander la fin d’un tremblement de terre et d’autres calamités. Elle se déroulait pendant les trois jours précédant l’Ascension.
En 511, le premier Concile d’Orléans l’étendit à toutes les églises de Gaule et c’est alors qu’elle prit le nom de Rogation.
Léon III (pape de 795 à 816) introduisit les Rogations à Rome et on les appelait « litanies mineures » pour les distinguer de la litanie majeure qui se faisait le 25 avril (jour de la saint-Marc, mais sans aucune référence à cette fête d’ailleurs instituée plus tard). La litanie majeure fut établie pour remplacer la procession païenne des Robigalia.
Dans nos régions, je pense, poursuit notre abbé, on faisait moins la litanie majeure que les litanies mineures : ainsi, on faisait, par exemple, la litanie majeure à Malempré, mais pas à Mormont.
Il y a quarante ans, la réforme liturgique issue du Concile Vatican II n’a pas supprimé ces litanies, mais a laissé le soin d’en fixer les dates et les modalités aux conférences épiscopales : les rogations étant des cérémonies de pénitence, il ne convenait guère de les faire au temps pascal, un temps de joie. »

La Petite Gazette du 27 avril 2011
LA CROIX DE MONT-COMBLAIN ET LES ROGATIONS
L’ASBL Chapelle de Mont, associée à Qualité-Village-Wallonie, travaille à la réalisation d’un inventaire du petit patrimoine sacré de la commune de Comblain-au-Pont et vous interrogeait à ce titre au sujet de la chapelle de Mont.
Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, « un ancien de Qualité-Village Moulin du Ruy » précise-t-il, se souvenait que cette chapelle avait déjà été évoquée dans La Petite Gazette. Il a fouillé ses archives et a retrouvé ce passage dans l’édition du 29 juin 1995. C’était Mme Jeanne Donis-Dawant (82 ans à l’époque) qui précisait alors :
« Je l’ai toujours vue là, près de la chapelle. Jusqu’il y a deux ans, durant le mois de mai, une fois la semaine, on y récitait le chapelet. Nous étions comme cela une demi-douzaine de femmes de Mont. Du temps déjà lointains des rogations, la procession, curé de Comblain en tête, s’arrêtait à la croix qui avait été garnie pour l’occasion. Mais je n’ai pas de renseignements sur l’âge de la croix, ni sur le pourquoi de son édification ».
Voilà que sont évoquées les Rogations, processions champêtres qui, au mois de mai, parcouraient les campagnes pour bénir champs et pâturages afin de s’assurer de bonnes récoltes.
Je me suis replongé dans mon Almanach de notre Terroir (éditions Dricot,1999) pour en extraire quelques renseignements sur ces Rogations.
Saint Mamer premier des saints de glace fêté le 11 mai), en 474, fait adopter par l’Eglise, le rite des Rogations, qui était déjà connu des Romains, sous le nom d’Ambarvalia, qui voulaient protéger leurs récoltes.
Les lundi, mardi et mercredi précédant l’Ascension, on organisait, sur le territoire des paroisses, de longues processions pérégrinant au travers des prés et des champs afin de les bénir et de s’assurer une bonne récolte. Ce sont les Rogations, autrement appelées « lès Creûx »
On disait alors : « Qui n’a pas semé aux croix, pour un grain en mettra trois »
Le beurre battu le deuxième jour des Rogations soigne les brûlures et la croûte de lait.
Vous pouvez évidemment confier à la Petite Gazette vos témoignages liés aux Rogations et nous aider à conserver le souvenir de toutes les traditions, croyances populaires et coutumes qui y étaient attachées.

Les scieurs de long

La Petite Gazette du 3 août 2011

 

Ce métier m’a toujours fasciné… un de mes aïeuls l’a exercé. Je me souviens encore des explications que mon grand-père m’en donnait et d’une anecdote qui, entendue durant mon adolescence, m’avait réellement abasourdi.

Cet aïeul travaillait au fin fond des bois, suivant les bûcherons. Il partait parfois, à la bonne saison, pour plusieurs semaines et se nourrissait de ce que lui offrait la nature : baies et fruits sauvages, champignons… mais aussi petit gibier piégé dont des écureuils et des hérissons ! Un jour, durant une période caniculaire, les scieurs de long s’étaient débarrassés de leurs vêtements et travaillaient le torse nu. Des gendarmes à cheval vinrent à passer et ces représentants de la loi obligèrent les ouvriers à se revêtir car ils les avaient trouvés indécents, là-bas, seuls au fond des bois…

Monsieur V. Clavier me donne l’occasion de vous présenter ce splendide document, évocateur d’un métier aujourd’hui disparu de nos contrées : scieur de long.

 

scieurs de long

 

« Il s’agit d’une photographie des deux scieurs de long de la famille Wenin, de Septon, me précise mon correspondant. Narcisse était né en 1858 et Henri en 1860. Cette famille comptait également trois autres fils Léon, né en 1863, Hippolyte, né en 1867 et qui deviendra maçon, et enfin Eugène, né en 1870 et qui sera agent S.N.C.B. »

Ce magnifique document, mieux que n’importe laquelle des descriptions, nous renseigne sur ce difficile métier de jadis. Les scieurs de long suivaient les bûcherons dans les bois pour y débiter sur place les grumes en madriers et autres planches. Ils restaient parfois plusieurs semaines dans la forêt se nourrissant de ce qu’ils y trouvaient. Mon arrière-arrière grand-père était également scieur de long à la même époque que les frères Wenin. C’était un Antoine, Joseph pense se souvenir mon papa, qui ne l’a pas connu, il était originaire de Terwagne.

Un immense merci à Monsieur Clavier pour ce superbe document.

 

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

DANS LE PAYS DE LIEGE, LES SCIEURS DE LONG AVAIENT LEUR CORPORATION

Monsieur Charles Cornet, de Stoumont, évoque l’organisation des corporations dans la Principauté de Liège.

« La photo de M. Clavier, parue en août dernier m’a rappelé bien des souvenirs personnels. Intéressé par l’histoire régionale, instituteur retraité, j’ai pu, grâce à de nombreux documents, découvrir en 1980, année du millénaire de la Principauté de Liège, quelques aspects des 32 Bons Métiers (les corporations) de la cité de Liège. C’est à ce titre que cette photo m’a intéressé.

Les scieurs de long ou soyeurs de long (numéro 17 ou 18 dans la série des 32) avaient comme blason une scie d’or sur fond de gueules (rouge).

scieurs de long blason

Voici le blason du bon métier des scieurs de long tel qu’il est visible sur la façade du palais provincial à Liège

Ils vénéraient la Vierge marie dans l’église des frères mineurs. Leur maison se trouvait au début de Feronstrée, à l’enseigne de la Couronne d’Or.

La photo publiée est suffisamment précise pour comprendre comment ils procédaient.

Un règlement de 1546 interdisait aux compagnons, les membres d’une même corporation, de s’unir en vue de refuser de travailler pour les mairniers (les marchands de bois, n°19, du wallon mairin bois de construction en général) ou toute autre personne en dessous d’un prix convenu. En contrepartie, les mêmes statuts protégeaient l’ouvrier contre le chômage. Ce règlement imposait, entre autres, aux maîtres soyeurs de congédier leurs hommes seulement le vendredi avant midi et l’ouvrier ne pouvait quitter son patron qu’une semaine avant ou après un djama, mot wallon signifiant deux jours fériés consécutifs, (N.D.L.R. il y en avait quatre par an : Noël, Pâques, Pentecôte et Assomption) car en ce moment sa présence à l’atelier est plus que jamais indispensable.

Des conflits ont éclaté entre soyeurs et vendeurs de bois de construction ; ils étaient, dans la mesure du possible, réglés par deux arbitres désignés par chacun des deux  Métiers.

Il est quasiment imposables de parler des soyeurs sans parler des mairniers. Eux seuls pouvaient vendre « denrées de bois, soit rond, soit carré, soit fendu. Comme ce matériau était employé en grandes quantités pour la construction des bâtiments, charpentes, poutres, planchers… ce Métier a une grande influence économique. Liège était un grand centre du commerce du bois venant de l’Ardenne par l’Ourthe navigable. On trouve encore des traces d’écluses, à Hamoir notamment. Les bateaux, à cause de leur proue relevée, étaient appelés des bètchètes.

Les achats de bois ne pouvaient se faire qu’à partir du moment où les troncs étaient arrivés aux rivages de l’Ourthe (Longdoz) ou de la Meuse (Sclessin). Les chantiers des mairniers étaient groupés au quai Sur Meuse.

En 1481, un procès opposa les mairniers et les naiveurs (18) qui, gênés par des tas de madriers, ne pouvaient plus faire haler leurs bateaux (depuis les quais de halage). Le jugement imposa aux mairniers de laisser une berge libre sur une largeur d’environ 5 mètres. De kleur côté, les soyeurs, seuls autorisés à scier des planches, entrèrent plusieurs fois en conflit avec les mairniers en vue d’obtenir de meilleurs salaires.

Les 32 Bons Métiers de liège sont présentés par ordre de préséance depuis le XIVe siècle. Le n°1 est celui des fèbvres (artisans travaillant les métaux sauf l’or et l’argent travaillés, eux, par les orfèvres, n°32). L’ordre des soyeurs et des naiveurs est parfois interverti selon les sources consultées.

Voilà quelques souvenirs d’un cours d’histoire qui m’a fait découvrir Liège et qui a passionné mes élèves et … leurs parents. »

Mon aimable correspondant précise qu’il a puisé ses informations dans un travail réalisé par des étudiants de l’Ecole normale Jonfosse, dans l’ouvrage de Daniel Bovy, Les XXXII Bons Vieux Métiers de Liège et dans « Richesses du Millénaire de l’enseignement communal liégeois »

 La Petite Gazette du 22 janvier 2014

MAGNIFIQUE CHANSON SUR LES SCIEURS DE LONG

Merci à Mme Mariette Liégeois, de Vaux-sous-Chèvremont, de nous transmettre cette chanson évoquant ce métier disparu.

Les sieurs de long

Y’a rien d’aussi habile.

Refrain

Congré, lon la, barbagnat,

Berdingué, réponds : crrré.

Couplet

Y’ a rien d’aussi habile

Que nos scieurs de long.

  1. Quand ils sont sur leurs pièces

En sciant du chevron.

  1. Le maître vient les voir

Courage, mes garçons.

  1. Quand l’ouvrag’ sera faite

Bouteille nous boirons.

  1. Nous irons voir nos femmes

Tous ceux qui en auront.

  1. Y’ a plus l’petit Pierre

Mais nous le marierons.

  1. A la petit’ Jeannette

La fille du patron.

  1. La fill’ n’est pas bien belle

Mais les oignons sont bons.


Les informations fournies par mon aimable correspondante précisent qu’il s’agit d’une ronde.