Les scieurs de long

La Petite Gazette du 3 août 2011

 

Ce métier m’a toujours fasciné… un de mes aïeuls l’a exercé. Je me souviens encore des explications que mon grand-père m’en donnait et d’une anecdote qui, entendue durant mon adolescence, m’avait réellement abasourdi.

Cet aïeul travaillait au fin fond des bois, suivant les bûcherons. Il partait parfois, à la bonne saison, pour plusieurs semaines et se nourrissait de ce que lui offrait la nature : baies et fruits sauvages, champignons… mais aussi petit gibier piégé dont des écureuils et des hérissons ! Un jour, durant une période caniculaire, les scieurs de long s’étaient débarrassés de leurs vêtements et travaillaient le torse nu. Des gendarmes à cheval vinrent à passer et ces représentants de la loi obligèrent les ouvriers à se revêtir car ils les avaient trouvés indécents, là-bas, seuls au fond des bois…

Monsieur V. Clavier me donne l’occasion de vous présenter ce splendide document, évocateur d’un métier aujourd’hui disparu de nos contrées : scieur de long.

 

scieurs de long

 

« Il s’agit d’une photographie des deux scieurs de long de la famille Wenin, de Septon, me précise mon correspondant. Narcisse était né en 1858 et Henri en 1860. Cette famille comptait également trois autres fils Léon, né en 1863, Hippolyte, né en 1867 et qui deviendra maçon, et enfin Eugène, né en 1870 et qui sera agent S.N.C.B. »

Ce magnifique document, mieux que n’importe laquelle des descriptions, nous renseigne sur ce difficile métier de jadis. Les scieurs de long suivaient les bûcherons dans les bois pour y débiter sur place les grumes en madriers et autres planches. Ils restaient parfois plusieurs semaines dans la forêt se nourrissant de ce qu’ils y trouvaient. Mon arrière-arrière grand-père était également scieur de long à la même époque que les frères Wenin. C’était un Antoine, Joseph pense se souvenir mon papa, qui ne l’a pas connu, il était originaire de Terwagne.

Un immense merci à Monsieur Clavier pour ce superbe document.

 

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

DANS LE PAYS DE LIEGE, LES SCIEURS DE LONG AVAIENT LEUR CORPORATION

Monsieur Charles Cornet, de Stoumont, évoque l’organisation des corporations dans la Principauté de Liège.

« La photo de M. Clavier, parue en août dernier m’a rappelé bien des souvenirs personnels. Intéressé par l’histoire régionale, instituteur retraité, j’ai pu, grâce à de nombreux documents, découvrir en 1980, année du millénaire de la Principauté de Liège, quelques aspects des 32 Bons Métiers (les corporations) de la cité de Liège. C’est à ce titre que cette photo m’a intéressé.

Les scieurs de long ou soyeurs de long (numéro 17 ou 18 dans la série des 32) avaient comme blason une scie d’or sur fond de gueules (rouge).

scieurs de long blason

Voici le blason du bon métier des scieurs de long tel qu’il est visible sur la façade du palais provincial à Liège

Ils vénéraient la Vierge marie dans l’église des frères mineurs. Leur maison se trouvait au début de Feronstrée, à l’enseigne de la Couronne d’Or.

La photo publiée est suffisamment précise pour comprendre comment ils procédaient.

Un règlement de 1546 interdisait aux compagnons, les membres d’une même corporation, de s’unir en vue de refuser de travailler pour les mairniers (les marchands de bois, n°19, du wallon mairin bois de construction en général) ou toute autre personne en dessous d’un prix convenu. En contrepartie, les mêmes statuts protégeaient l’ouvrier contre le chômage. Ce règlement imposait, entre autres, aux maîtres soyeurs de congédier leurs hommes seulement le vendredi avant midi et l’ouvrier ne pouvait quitter son patron qu’une semaine avant ou après un djama, mot wallon signifiant deux jours fériés consécutifs, (N.D.L.R. il y en avait quatre par an : Noël, Pâques, Pentecôte et Assomption) car en ce moment sa présence à l’atelier est plus que jamais indispensable.

Des conflits ont éclaté entre soyeurs et vendeurs de bois de construction ; ils étaient, dans la mesure du possible, réglés par deux arbitres désignés par chacun des deux  Métiers.

Il est quasiment imposables de parler des soyeurs sans parler des mairniers. Eux seuls pouvaient vendre « denrées de bois, soit rond, soit carré, soit fendu. Comme ce matériau était employé en grandes quantités pour la construction des bâtiments, charpentes, poutres, planchers… ce Métier a une grande influence économique. Liège était un grand centre du commerce du bois venant de l’Ardenne par l’Ourthe navigable. On trouve encore des traces d’écluses, à Hamoir notamment. Les bateaux, à cause de leur proue relevée, étaient appelés des bètchètes.

Les achats de bois ne pouvaient se faire qu’à partir du moment où les troncs étaient arrivés aux rivages de l’Ourthe (Longdoz) ou de la Meuse (Sclessin). Les chantiers des mairniers étaient groupés au quai Sur Meuse.

En 1481, un procès opposa les mairniers et les naiveurs (18) qui, gênés par des tas de madriers, ne pouvaient plus faire haler leurs bateaux (depuis les quais de halage). Le jugement imposa aux mairniers de laisser une berge libre sur une largeur d’environ 5 mètres. De kleur côté, les soyeurs, seuls autorisés à scier des planches, entrèrent plusieurs fois en conflit avec les mairniers en vue d’obtenir de meilleurs salaires.

Les 32 Bons Métiers de liège sont présentés par ordre de préséance depuis le XIVe siècle. Le n°1 est celui des fèbvres (artisans travaillant les métaux sauf l’or et l’argent travaillés, eux, par les orfèvres, n°32). L’ordre des soyeurs et des naiveurs est parfois interverti selon les sources consultées.

Voilà quelques souvenirs d’un cours d’histoire qui m’a fait découvrir Liège et qui a passionné mes élèves et … leurs parents. »

Mon aimable correspondant précise qu’il a puisé ses informations dans un travail réalisé par des étudiants de l’Ecole normale Jonfosse, dans l’ouvrage de Daniel Bovy, Les XXXII Bons Vieux Métiers de Liège et dans « Richesses du Millénaire de l’enseignement communal liégeois »

 La Petite Gazette du 22 janvier 2014

MAGNIFIQUE CHANSON SUR LES SCIEURS DE LONG

Merci à Mme Mariette Liégeois, de Vaux-sous-Chèvremont, de nous transmettre cette chanson évoquant ce métier disparu.

Les sieurs de long

Y’a rien d’aussi habile.

Refrain

Congré, lon la, barbagnat,

Berdingué, réponds : crrré.

Couplet

Y’ a rien d’aussi habile

Que nos scieurs de long.

  1. Quand ils sont sur leurs pièces

En sciant du chevron.

  1. Le maître vient les voir

Courage, mes garçons.

  1. Quand l’ouvrag’ sera faite

Bouteille nous boirons.

  1. Nous irons voir nos femmes

Tous ceux qui en auront.

  1. Y’ a plus l’petit Pierre

Mais nous le marierons.

  1. A la petit’ Jeannette

La fille du patron.

  1. La fill’ n’est pas bien belle

Mais les oignons sont bons.


Les informations fournies par mon aimable correspondante précisent qu’il s’agit d’une ronde.

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