UN HALIFAX TOMBE A MARCHE-EN-FAMENNE LE 4.11.1944

La Petite Gazette du 14 septembre 2016

UN HALIFAX EN FEU SURVOLE MARCHE-EN-FAMENNE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur Michel Lecarme, de Marche, se souvient et raconte :

« Le 4 novembre 1944, un Halifax en feu, piloté par le Captain Berry, survole Marche-en-Famenne. Le capitaine ordonne à son équipage de sauter, il y aura deux survivants ; lui, a décidé de rester aux commandes et de tenter un atterrissage sur ce qu’il pense être une belle prairie. Cependant, au centre de celle-ci, coule le ruisseau de la Folie… qui aboutit à la propriété des frères franciscains.

Cet endroit s’appelait « les promenades de saint Antoine », il était très connu et très fréquenté par les Marchois.

L’avion, stoppé par les terres molles des berges, s’enfonce et brûle complètement. Les débris créent un bouchon sur le ru et, quelques années plus tard, ceux de ma génération ont bien connu « l’Etang de l’Avion » !

Les corps calcinés de ces Anglais ont pu être récupérés, ils sont tous ensterrés ensemble au cimetière anglais de Menil Favay, près de Hotton.

Après la guerre, des ferrailleurs ont récupéré tous les débris de cet Halifax mais, d’après la rumeur, ils n’auraient pu sortir, de l’étang qui s’était alors formé à cet endroit, tous les moteurs…

Pour moi, ce pilote est un héros car, s’il avait abandonné l’avion, celui-ci serait tombé en flammes sur notre ville causant peut-être des victimes civiles en plus…

Le 4 novembre 2004, exactement 60 ans après ce crash, nous sommes allés, le frère du pilote et moi-même, sur les tombes de cet équipage, jamais je n’oublierai !

La commune de Marche a bien changé depuis cette date fatidique : le ruisseau a été canalisé et passe désormais sous la Nationale 4, le zoning a été construit et, dernièrement, un parking pour poids lourds a été aménagé à l’endroit exact de ces faits.

J’ai toujours pensé que nous devions notre liberté à tous ces soldats alliés qui ont donné notre vie pour nous. Je pense tout simplement que les autorités communales pourraient ériger une stèle ou donner un nom à ce parking afin de rappeler à tous le sacrifice de cet équipage, surtout pour empêcher l’oubli ! »

Avez-vous, vous aussi le souvenir de ce spectaculaire atterrissage d’un Halifax en flammes ? Nous confierez-vous vos souvenirs ? Existe-t-il des photos des débris calcinés de cet avion ? Nous les montrerez-nous ? J’exprime le vif souhait de pouvoir compléter cet intéressant témoignage grâce à vos souvenirs ou documents. Merci d’avance de bien vouloir nous les confier.

La Petite Gazette du 28 septembre 2016

A PROPOS DE CE HALIFAX TOMBE A MARCHE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur José Paquet, de Bourdon, s’est passionné pour ce sujet évoqué par M. Lecarme, il m’écrit avoir passé deux journées formidables à chercher, dans les archives accessibles grâce à internet et sur le terrain, et à … trouver.

« Cet Halifax III est le MZ933, code MH-W de la 51e escadrille.

Son équipage comptait sept membres:

Berry L./Burrows D.E./Cantle A.B./Davis J./Gunning E.C./Hinchcliffe P.C./Williams N.
Tous décédés suivant la base de donnée http://www.aircrewremembered.com/homepage.html Ce qui est faux car Davis J. et Hinchcliffe P. ont survécu! Ils ne sont pas dans la base de donnée du Commonwealth War Graves Commission http://www.cwgc.org/
Mon correspondant s’est ensuite rendu au cimetière du Commonwealth à Hotton où, dans la rangée II/E de 8 à 12, il a photographié les cinq tombes que vous découvrirez ci-dessous.

tombe-william-halifaxtombe-pilote-halifax-marche

 

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Monsieur Paquet a poursuivi ses recherches et, s’il n’a pas découvert de traces relatives à  Davis J., il a pu trouver un témoignage écrit par  Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A). Je vous propose de découvrir ce témoignage dans sa version originale :

Written by Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A) – Published on September 15, 2006 10:10 AM

Peter Hinchliffe introduces the rightfully famous Peter Hinchliffe.

Hes quite a man, this Peter Hinchliffe. How about this for a list of achievements?

* Navigator on Halifax bombers during the war. Bailed out after being shot down over Belgium on his 15th mission. Returned to UK and went on another 22 missions.

* Author and translator of military biographies and histories. His books are appreciated world-wide.

* Peace-time fighter controller in the RAF.

* Worked for the British Military Government in Berlin after the war.

* Diplomatic work.

* School teacher.

No wonder he was awarded the Order of the British Empire!

Allow me now to set the record straight. I am not writing about myself. I am not the Peter Hinchliffe with the distinguished military record, the author, diplomat, and teacher.

I’m Peter Hinchliffe the journalist, a chap whose achievements are all too modest when set beside those of THE Peter Hinchliffe who lives near Rye in East Sussex.

Recently I have received e-mails from people who mistook me for that Peter Hinchliffe, the author/translator of such books as Betrayed Ideals: Memories of a Luftwaffe Fighter Ace, The Other Battle: Luftwaffe Night Aces versus Bomber Command and Enemy in the Dark – The Story of a Night Fighter Pilot.

Time, I thought, for a telephone chat with the worthily well-known Peter Hinchliffe.

Peter Hinchliffe, now in his late 70s, was amused to receive an unexpected call from Peter Hinchliffe.

And would you believe, he has connections with the town where I live, Huddersfield in Yorkshire. What else would you expect of a man with a surname associated with the Holme Valley in written records dating back to 1307.

Peters father, James, was born in Holmfirth and was badly wounded at Gallipoli during World War One. His wife died in a flu outbreak following the war.

James re-married and Peters mother was from Nottingham. The family moved to Merseyside where Peter won a scholarship to Wirral Grammar School. Huddersfields own Harold Wilson, three-term Labour Prime Minister, was head boy at Wirral GS while Peter was a pupil.

Peter was a member of 51 Squadron based at Snaith in Yorkshire during the war. He was a navigator on Halifaxes, flying on bombing missions to Germany, France and Holland.

In November, 1944, his plane was shot down over Belgium while returning from a raid on Bochum near Essen. Five of the crew were killed but Peter and another airman managed to bail out. Fortunately they landed in a section of Belgium which had been retaken by American troops and were soon repatriated to UK.

Peter stayed on in the RAF after the war, flying airlift relief missions to Berlin during the Cold War days when the Russians were blockading the city.

He left the Air Force in 1948, studied to be a teacher, then lived and taught in Dewsbury.

He was on the staff of Thornhill Secondary Modern School. I was a pupil at that school for one year – but that was four years before Peter arrived.

A snotty-nosed 11-year-old and a teacher, both called Peter Hinchliffe, would have made for some jolly confusion.

Peter eventually re-joined the Air Force with the rank of Flight Lieutenant to be an air traffic controller in Germany.

Because of his fluency in German he was eventually offered the chance to work in the British Military Headquarters in Berlin, then later to join the Foreign Office staff and undertake diplomatic work up to his retirement.

Having been shot down by a German night fighter it would not be surprising if Peter had born a life-long resentment against the Luftwaffe. Just the opposite. He has a respect for the skill and bravery of enemy aircrew caught up in a conflict that was not of their making.

He has translated the reminiscences of Luftwaffe pilots and turned them into books, the most recent being The Lent Papers.

Peter wrote a biography of Heinz-Wolfgang Schnaufer, the most brilliant German air ace in World War Two. In 164 sorties Schnaufer shot down 121 Allied aircraft.

In 1945 he destroyed nine RAF bombers in a single day.

Flight Lieutenant Peter Hinchliffe of East Sussex is the author/translator of highly readable books. Check them out on www.amazon.co.uk

Leading Aircraftsman (National Service) Hinchliffe P is yours truly.

Vous aurez compris que le Peter Hinchliffe qui a rédigé ce texte n’est pas le Peter Hinchliffe qui appartenait à l’équipage de ce Halifax qui est tombé à Marche, mais un journaliste portant le même nom que ce pilote de la R.A.F. durant la Seconde Guerre Mondiale. Mon ami Jean s’est chargé de la traduction de la partie de ce texte qui nous intéresse le plus.

« Peter faisait partie, pendant la guerre, du 51e escadron basé à Snaith dans le Yorshire. Il était pilote sur Halifax, effectuant des missions de bombardement sur l’Allemagne, la France et la Hollande.

En novembre 1944, son avion fut abattu au-dessus de la Belgique lors du retour d’un raid sur Bochum près d’Essen. Cinq membres d’équipage furent tués mais Peter ainsi qu’un autre aviateur réussirent à s’éjecter de l’avion. Par chance, ils ont atterri dans une partie de la Belgique qui avait été reconquise par les troupes américaines et furent très vite rapatriés en Angleterre.

Peter resta à la RAF après la guerre, effectuant des missions de sauvetage à Berlin pendant la guerre froide quand les Russes bloquèrent la ville. Il quitta la Force aérienne en 1948, étudia pour devenir professeur, ensuite vécu et enseigna à Dewsbury (…)

Peter a finalement rejoint l’armée de l’air avec le rang de Lieutenant pour devenir contrôleur aérien en Allemagne.

Grâce à sa maîtrise de l’allemand il lui a été donné la chance de travailler au QG à Berlin ; ensuite, de rejoindre le personnel du Ministère des affaires étrangères et de travailler dans la diplomatie jusqu’à  sa retraite. 

Ayant été abattu par un chasseur de nuit allemand il n’aurait pas été surprenant que Peter ait entretenu un ressentiment perpétuel contre la  Luftwaffe. Tout au contraire, il manifestait un respect pour l’habileté et le courage avec lequel un équipage ennemi rattrapait le retard dans un conflit qui n’était « pas leur fabrication » (their making ?)

Il a traduit les réminiscences de pilotes Luftwaffe et les a rapportées dans des livres, le plus récent étant « les Papiers prêtés ».

Peter a écrit une bibliographie de Heinz-Wolfgang Schnauffer, l’as allemand le plus brillant de la Seconde Guerre Mondiale. En 164 sorties, Schnauffer a abattu 121 avions alliés.

En 1945, il détruisit 9 appareils de la RAF en une seule journée.

Le Lieutenant Peter Hinchliffe du Sussex est l’auteur et le traducteur de livres trèsaccessibles.

Consultez- les sur www.amazon.co.uk »

 

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, s’est également manifesté car vous connaissez sa passion pour pareil sujet :

« Bien sûr je connais le cas de la chute de ce bombardier tombé le 4 novembre 44 à Marche-en-Famenne.
Il s’agit d’un quadrimoteur britannique du 51 Squadron, immatriculé MZ.933. Il était un de 720 bombardiers expédiés vers Bochum (une ville industrielle importante dans Ruhrgebiet en Allemagne) et dont 28 appareils n’allaient plus revenir.

Ce crash au rond-point de « La Pirire » à Marche-en-Famenne se solda par la mort de 5 hommes (enterrés à Hotton), et deux rescapés, dont un deviendra enseignant, écrivain et même diplomate.

Je suis heureux d’avoir croisé Monsieur Michel Lecarme qui m’a fourni des infos importantes. Ensuite, j’ai analysé les faits, et les ai consignés dans un article de 12 pages (photos y comprises), qui sera publié dans les annales du Cercle Historique de Marche-en-Famenne-Rendeux-Hotton dont la publication est annoncée pour la mi-décembre 2016. »

Nous reviendrons alors sur le sujet après l’édition de cette excellente publication annuelle, dont La Petite Gazette se fait régulièrement l’écho.

 

COMMENT FAIRE DU SIROP DE BETTERAVE?

La Petite Gazette du 6 décembre 2000

QUI CONNAIT LA RECETTTE DU SIROP DE BETTERAVE SUCRIERE ?

   Monsieur Jean Leroy, de Marchin, voudrait retrouver la recette du sirop de betterave que confectionnait sa maman, c’est pourquoi il f       ait appel à vous :

« J’habitais alors Chokier et, en 1940, j’avais 8 ans. Je me souviens que je lavais les betteraves à la Meuse, dans le bassin de Chokier, car il fallait beaucoup d’eau pour les décrotter à l’aide d’une brosse en chiendent. Ensuite, à la maison, nous les râpions en nous écorchant le bout des doigts. Ensuite, nous mettions les cossettes à chauffer avec de l’eau dans le stérilisateur. Je ne me souviens ni du temps de cuisson ni ce que maman ajoutait au jus pour en éliminer certaines substances nocives. Finalement, elle faisait épaissir le jus dans la bassine à confiture. Quelqu’un possède-t-il encore cette recette ? »

Si quelqu’un en possède le « secret », aura-t-il la gentillesse de le communiquer à monsieur Leroy ?  Confiant en la solidarité exemplaire qui unit les lecteurs de La Petite Gazette, il vous remercie chaleureusement de l’aider à retrouver les saveurs de sa jeunesse.

La Petite Gazette du 27 décembre 2000

LA RECETTE DU SIROP DE BETTERAVE

Il n’aura pas fallu attendre longtemps afin que certaines d’entre vous se manifestent au sujet de l’appel lancé par Monsieur Jean Leroy, de Marchin, au sujet de la recette du sirop de betteraves que sa maman faisait pendant la guerre. En effet, deux lectrices attentives m’ont déjà écrit pour me communiquer la recette qu’elles détenaient ; vous allez voir qu’il s’agit bien de recettes tout à fait différentes :

Madame Jeanne Douhard, de Modave, nous confie un procédé des plus simples : « Vous lavez et brossez bien les betteraves. Vous les évidez, vous mettez dedans du sucre candi et vous placez la betterave près d’une source de chaleur, le sucre fond et vous buvez le sirop. J’ai aujourd’hui 76 ans, me dit ma correspondante, mais je me souviens très bien en avoir bu durant mon enfance. »

Mme L. Deward-Alexandre, de Chêne-al’Pierre, a puisé cette recette dans son cours de l’Ecole Ménagère de Heyd. « Elle est, m’écrit-elle, telle que les élèves l’ont expérimentée en 1942. Je cite le texte dicté par Mme Comblain, de Villers-ste-Gertrude.

Lavez soigneusement des betteraves sucrières à la brosse dure. Les couper en morceaux ou les hacher, les couvrir d’eau (à hauteur des betteraves). Laisser cuire trois heures à partir du premier bouillon, à découvert. Recueillir le jus puis celui des betteraves pressées. Remettre le jus à feu doux en mélangeant souvent. Il est préférable d’utiliser une casserole en cuivre. Bien surveiller la fin de la cuisson jusqu’à ce que le sirop ait la consistance voulue. La quantité de sirop équivaut environ à un dixième du poids des betteraves.

Remarque : il est recommandé d’ajouter des pommes et des poires aux betteraves.

Mais, insiste ma correspondante, ce que je n’ai pas noté et dont je me souviens parfaitement, c’est qu’il faut ajouter un peu de chaux aux betteraves et c’est là le « secret » que recherche M. Leroy. Malheureusement, je n’ai noté ni la quantité de chaux à ajouter ni à quel moment de la cuisson il faut procéder à l ‘opération. Peut-être que l’une des anciennes élèves de cette l’école ménagère s’en souviendra et vous en fera part. »

C’est évidemment ce que je souhaite, mais, en attendant que vos anciennes condisciples se manifestent, permettez-moi de vous remercier chaleureusement au nom de M. Leroy, vous et Mme Douhard.

La Petite Gazette du 3 janvier 2001

LA RECETTE DU SIROP DE BETTERAVE

Vous avez découvert, il y a une semaine, les premières recettes qui me sont parvenues suite à l’appel lancé par Monsieur Leroy, de Marchin. Dans cette édition, j’ai le plaisir de vous faire partager le contenu de deux nouveaux envois relatifs au même sujet.

Madame Flore Crevin, de Hargimont, nous confie ce dont elle se souvient à ce propos :

Gelée ou sirop de betteraves. Le choix des betteraves est important, il faut utiliser si possible des betteraves sucrières, car avec des demi-sucrières il faut laisser cuire beaucoup plus longtemps et on obtient beaucoup moins de sirop. Les fourragères ne conviennent pas car elles contiennent beaucoup trop peu de sucre.

Manière de procéder. Choisir des betteraves en bonne santé, les laver à grande eau jusqu’à ce qu’il ne reste aucune trace de terre, enlever le collet, les petites racines et les radicelles. Quand elles sont bien propres, hacher les betteraves plus ou moins finement (chez M. Leroy, on était plus courageux que chez nous puisqu’on y râpait les betteraves !). Récolter le jus qui, déjà, colle aux mains. Mettre le tout dans une grande marmite, en cuivre si on en possède une, et couvrir d’eau. Faire bouillir jusqu’à ce que les betteraves tournent à compote et laisser tiédir. Bien égoutter le tout et filtrer le jus. Le remettre dans la marmite et le faire cuire (cûre èt dèscûre  comme on disait) pour que l’eau s’évapore. C’est ici qu’il faut faire preuve de patience. Quand le jus commence à épaissir, après des heures parfois, il faut mélanger sans arrêt pour que le fond ne colle pas à la marmite ce qui, immanquablement, donnerait un goût de brûlé. Quand on juge que le sirop est assez épais, c’est fini. Le jus, assez peu attrayant au début, a pris progressivement une belle couleur.

Il faut donc cuire longtemps pour évaporer toute l’eau, maman disait qu’il fallait 24 heures pour cuire le sirop. La légende voulait que, dans les grosses familles, chacun tourne dans la marmite autant de fois qu’il avait d’années d’âge et tant mieux s’il y avait des grands-parents ! Et chez les autres ?

Moi, j’aimais bien être la dernière à touiller parce que ça sentait bon. A peine fini, on mangeait une tartine couverte de sirop encore chaud tellement c’était bon. Quand on avait des poires et des pommes, on les lavait les coupait en quartiers qu’on ajoutait aux betteraves. On disait que le goût était meilleur, mais je ne le crois pas. D’ailleurs, si nous avons fait du sirop de betteraves pendant la guerre par manque de sucre, nous avons continué ensuite, par goût, et aussi longtemps que nous avons eu des betteraves.

Es walon, on louméve ça : dol méchtrole, do clape à gngno, do bure di coche                         ou tot simplumint dol sirôpe. » (N.D.L.R. sauf erreur de transcription de ma part).

Un immense merci à Mme Crevin pour  la précision de ses souvenirs, auxquels se mêlent tradition et folklore.

Mademoiselle de Villers, de Miécret, a recopié pour M. Leroy et pour nous tous, une recette qu’elle tient de ses grands-parents :

« Bien laver les betteraves et les râper finement. Verser de l’eau dessus, jusqu’à ce que la pulpe soit sous eau et laisser ainsi toute une nuit. Le lendemain, mettre au feu et bien laisser cuire, jusqu’au moment où la pulpe devient bien tendre. Ensuite, égoutter la pulpe et ne conserver que le jus. Remettre le jus au feu après y avoir ajouté 20 grammes de sucre par litre de jus (ceci pour favoriser la formation du sirop). Lorsque la décoction a acquis la consistance de sirop, enlever du feu et laisser refroidir avant de mettre en bocaux. Il arrive quelquefois qu’après quelques semaines, le sirop devienne plus liquide ; dans ce cas, il faut de nouveau le mettre à cuire pour lui rendre sa consistance. »

Et voici encore un sujet qui, grâce à la gentillesse dont vous faites preuve, semaine après semaine, nous aura permis de rassembler divers témoignages qui, j’en suis persuadé, auront ravi de nombreux lecteurs. Un grand merci à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à l’aboutissement de cette recherche.

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous propose de découvre, au fil des semaines à venir la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« La région que l’on pourrait appeler « Haute Ardenne » aurait, en principe, ses limites naturelles entre l’Ourthe, l’Amblève, le Glain et la Salm. Toutes ces rivières sont alimentées par une multitude de ruisselets et de ruisseaux coulant dans les nombreuses vallées et de toutes les directions.

Les plus hautes cimes des « montagnes ardennaises » sont situées sur le plateau des Tailles. La Baraque de Fraiture est le point le plus haut (le troisième de Belgique) culminant à 652 mètres d’altitude. Afin de marquer l’endroit avec précision, une borne y a été implantée en son temps. Aussi, avant la fameuse bataille du saillant des Ardennes en 1944-1945, une petite pyramide y était installée. Du sommet de celle-ci, on pouvait découvrir tout un panorama à des kilomètres à la ronde. Cette construction sera détruite lors des événements guerriers et ne sera pas remplacé par la suite. baraque1

Quel en fut le motif ? Cela pourrait bien être l’installation, dans les parages immédiats, des radars de l’O.T.A.N. C’est peut-être là une des raisons plausibles. Actuellement, avec l’espoir d’une paix durable en Europe, les choses ont bien changé. Ces radars sont-ils encore d’une grande nécessité ? A la rigueur, ne pourrait-on pas pouvoir disposer d’un de ces éléments pour venir remplacer la défunte pyramide ? C’est aux autorités locales de suivre cette affaire. Il se peut aussi que personne ne se soit posé la question… Le public local et les touristes disposeraient à nouveau d’une vue panoramique splendide sur toute la région. Il faut bien dire que, depuis quelques décennies, la Haute Ardenne est de plus en plus visitée et appréciée tant par les citadins que par bon nombre d’étrangers.

Il y a hélas aussi que, voulant profiter du relief élevé du terrain, une haute tour en béton aura été érigée afin d’y installer le relais des ondes de la R.T.B.F. et de desservir toute la contrée … service public oblige ! »

La Petite Gazette du 8 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Déjà vers le milieu du XIXe siècle, la construction des routes nationales Vielsalm-Laroche et Houffalize-Manhay les firent se croiser à cet endroit, donnant ainsi naissance au toponyme. En effet, un habitant du village de Fraiture, voisin des lieux, désira profiter de la présence de nombreux ouvriers occupés à cette entreprise et, comme le lieu était un « désert », y installa une baraque pour y débiter à boire et à manger à tout ce monde. Par la suite, l’affaire prit une certaine ampleur vu l’importance du passage en tous sens. La motorisation des déplacements ira, elle aussi en se développant à ce croisement de routes. baraque2

Le carrefour aura également une réelle importance dans la stratégie militaire. Le plus bel exemple sera celui des combats qui y seront livrés durant plusieurs jours en décembre 1944. Les Américains, y ayant vécu une tragédie, ont voulu le rebaptiser « Parkers Crossroad », soit « carrefour Parkers », du nom du major qui commanda la défense à l’époque.

Une certaine hôtellerie s’y développera au fil du temps. Toutefois, « l’Auberge du Carrefour » occupa les lieux depuis bien longtemps et cela suite à l’expansion de la fameuse « baraque » citée plus avant. Cet établissement, dont la renommée n’est plus à faire, est tenu depuis des générations par la même famille, et cela augure bien pour la descendance.

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D’autres bâtiments commerciaux viendront s’y ajouter progressivement. Cependant, il y aura lieu de veiller au grain, car tout peut se produire, en bien comme en mal, et cela dans tous les domaines. A cet effet, le nom de cet endroit, si prestigieux, faillit bien être usurpé à l’aide de certaines enseignes commerciales. Heureusement, l’erreur sera bien vite rectifiée et tout rentrera dans le bon ordre des choses. Par contre, un point noir restera à déplorer, c’est celui de l’installation, il y a quelques années, d’une boulangerie industrielle. Cette dernière fera tache dans ce coin pittoresque. Actuellement, les vilains bâtiments, abandonnés après cessation de toute activité, ne sont pas là pour embellir ; bien au contraire. Qui saurait dire si, plus tard, d’autres cas similaires n’y verront pas le jour ? Il y a bien sûr l’économie qu’il ne faut pas négliger, mais faut-il vraiment tout sacrifier pour cela et continuer à détruire une belle nature en y installant n’importe quoi et n’importe où ? L’exemple cité devrait servir de leçon et donner à réfléchir aux responsables pour l’avenir. » A suivre.

La Petite Gazette du 15 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

   « Par ailleurs, une piste de ski de l’A.D.E.P.S., nichée dans un repli de terrain bien exposé au nord, connaîtra un succès en période hivernale. Il faut aussi reconnaître qu’à certains moments de l’année, le froid et la neige ne manquent pas sur les hauts plateaux ardennais.

En d’autres endroits, des sentiers balisés commencent à voir le jour. Certains seront équipés de caillebotis pour faciliter les passages humides. A l’aide de ce système, on peut admirer des étendues de fanges sauvages et naturelles. baraque4

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi la présence de l’autoroute internationale E25 à quelques encablures à l’ouest du carrefour avec sa sortie n° 50 . Cette nouvelle infrastructure aura apporté un plus à la région, tout en facilitant les déplacements aussi bien des autochtones que des touristes.

Ce sont bien là les temps modernes et l’évolution doit faire son œuvre. Cependant il faudra toujours rester vigilant dans le futur en vue de préserver certaines choses existantes et qui ont toujours eu leur place dans cette belle nature.

Mais la Haute Ardenne comptera d’abord ses plateaux fangeux. Les nombreuses sources donneront naissance à une multitude de ruisselets. Ces derniers formeront à leur tour des ruisseaux qui couleront par les vallées vers les rivières les plus importantes. Ne dit-on pas que les petits ruisseaux font les grandes rivières ? »

La Petite Gazette du 22 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Nous pourrions faire le tour du point culminant de la Baraque de Fraiture en utilisant simplement les quatre points culminants.

En partant du sud, nous trouvons le « Neur Ru » qui prend sa source dans les fanges de Les Tailles. Ce ruisselet coule d’abord par l’ouest vers le « Laid Bois ». après un certain parcours, il oblique au sud en suivant une profonde vallée entre le village de Les Tailles et le hameau de Chabrehez, où je suis né en 1929. A partir de là, il changera de nom en « Martin moulin » pour aboutir, après des kilomètres, dans « l’Ourthe Orientale » entre Houffalize et Laroche.

   En nous dirigeant à l’ouest, nous découvrons l’ « Aisne », dont les sources se situent près du village d’Odeigne, le ruisseau coule par les nombreuses vallées, où il est grossi en cours de route par de multiples affluents. Il se jette, en fin de parcours, dans l’Ourthe à Bomal.

   Plus vers le nord, nous abordons le village de Fraiture et ses nombreuses sources. Celles-ci donnent naissance aux ruisseaux « la Gehe » et « le Groumant » qui, eux, couleront par les vallées vers le village de Lansival. Toujours vers le nord, dans les villages de Regné et d’Hébronval, on découvre de nombreuses sources qui forment des ruisselets qui se réunissent dans la vallée très encaissée des  Gueules et créent alors le ruisseau de La Lienne. Ce cours d’eau, après être passé dans les parages du village de Lierneux et, avoir parcouru beaucoup de méandres, sera alors augmenté des ruisseaux, déjà cités, en provenance de Fraiture et qui se sont, eux aussi, réunis au préalable. A partir de cet endroit, une vraie rivière est formée et celle-ci suivra la vallée qui porte son nom, la Lienne avant de se jeter dans l’Amblève à Targon. baraque5

   En allant vers l’est, on y trouve des fanges, dont celle de Bihain d’abord, soit plus ou moins 220 hectares. Un ruisselet y prend source portant les noms de « Saint-Martin » ou de « Bihain » et coule d’ouest en est. Ensuite, un peu plus au sud-est, on aborde une autre fange, plus petite, près du hameau de la Pisserotte. Là aussi, un ruisselet prend sa source et porte les noms de « Rolaye » ou de « Langlier ». Les deux cours d’eau précités se rejoignent après quelques lieues et forment alors le ruisseau de la « Ronce ». Ce dernier coule vers l’est et débouchera dans le ruisseau du  Glain , lequel se confondra avec la Salm. Cette dernière rivière se jettera finalement dans l’Amblève à Trois-Ponts.

Et voilà passés en revue les principaux ruisseaux et rivières de ce haut pays et de ses alentours. Un grand nombre d’autres ruisselets coulent de ses collines, mais il serait fastidieux de tous les citer. » A suivre.

La Petite Gazette du 29 décembre 2004

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« A côté de tous ces ruisseaux et rivières, il convient également de citer la présence d’une nappe d’eau souterraine très présente partout. De nombreuses sources et fontaines y sont dénombrées. Il faut noter que ces points d’eau auront servi longtemps à l’utilisation domestique locale. De nombreux puits seront creusés afin d’assurer l’alimentation en eau potable. Bon nombre de sources seront captées pour desservir toute une population.

Les ruisseaux et les rivières auront aidé à faire tourner les roues à aubes des moulins à grains. Hélas, ce système est pour ainsi dire abandonné de nos jours.

En général, le paysage de la Haute Ardenne est constitué par des collines moyennes. Parmi celles-ci, on pourrait citer « Rolanhan »  qui culmine à 565 mètres et domine une large cuvette vers le sud. Les villages d’Hébronval et de Regné y sont blottis. Etant donné la configuration du terrain en lui-même et vu son espace assez large, cette région servira, pendant les années 1930, à un centre de vol à voile. Les vents ascendants et descendants permettaient ce genre de sport aérien à cet endroit. Cette cuvette est ceinturée au sud par une élévation, le Thier de Regné, avec 580 mètres d’altitude, en profil allongé, s’étirant d’ouest en est sur une longue distance.

baraque6      Dans certaines de ces collines, on exploita, pendant des décennies, voire pendant des siècles, le fameux coticule (pierre à rasoir ou à aiguiser) unique au monde. Du manganèse y sera également extrait. Plus vers l’est, dans la région de Vielsalm, on trouvait des ardoisières. Hélas, toutes ces exploitations du sous-sol auront connu leurs heures de gloire et elles subiront leur coup d’arrêt définitif après les deux conflits mondiaux du XXe siècle. Des produits de substitution et la forte concurrence étrangère en seront, en bonne partie, les causes.

De tous les côtés, la Haute Ardenne est bien couverte par les forêts, dont une grande partie de résineux. Toutes ces surfaces boisées sont plantées et suivies de près jusqu’à leur coupe définitive. Ce matériau donnera une certaine valeur au sol ainsi exploité. De grandes étendues seront remarquées par leur vert très foncé. Il y restera quelques beaux carrés de feuillus (chênes, hêtres…) ; ceux-ci seront, en principe, exploités surtout pour donner du bois de chauffage. Il fut un temps où les Ardennais trouvaient de la tourbe dans les fanges et ils s’en servaient comme combustible. Ce produit sera abandonné dès l’arrivée des produits plus pratiques à l’usage. » A suivre.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

   A l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, je vous engage à poursuivre la découverte de la situation géographique de la Haute Ardenne, son point culminant et son environnement.

« Les villages du haut pays, souvent blottis à flanc des collines, comptent une faible densité de population, essentiellement composée d’agriculteurs, de bûcherons ou d’autres professions limitées aux besoins locaux. Il faut dire que de vastes surfaces de terrain sont réservées à l’usage agricole. De côté-là aussi, dès la mise sur pied du Marché commun, les choses auront bien changé. Les nombreuses petites entreprises seront muées en de plus grandes exploitations. La culture céréalière sera presque abandonnée au profit de l’élevage bovin, d’où plus de prairies. Les campagnes, à cause de ces mutations, seront métamorphosées et changeront d’aspect. Aussi, de nombreuses terres seront regroupées en de grands ensembles, afin de faciliter le travail en lui-même. Faisant suite à toute cette évolution, de nouveaux types de bâtiments, plus vastes, seront construits. A cause de cela, de nombreuses fermettes seront mise en vente et, souvent, elles seront achetées par des citadins ou des étrangers, des Hollandais la plupart du temps. Le bon air, le calme de la Haute Ardenne attirent bon nombre de ces investisseurs.

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A titre de conclusion, on pourrait en déduire, sans devoir trop se tromper, que tout ce développement serait dû à la modernisation. La construction de l’autoroute internationale E25 passant par la Haute Ardenne y serait pour une bonne part. Que de facilités pour l’accès, ainsi que pour les déplacements dans cette région qui a conservé, malgré tout, son charme naturel. Déjà le réseau routier existant avait été amélioré, il est praticable durant  toutes les saisons. Les grands axes sont sous surveillance constante en période hivernale, allant jusqu’à prévoir les intempéries. Ce système permet d’agir avec rapidité et efficacité. Il y a aussi les moyens de locomotion modernes qui ont pris une extension formidable en quelques décennies. Toutes ces facilités permettent à la Haute Ardenne de vivre avec son temps tout en conservant ses sites merveilleux ainsi que son prestige et son attrait.

Souhaitons que les responsables veilleront au respect de cette belle région et qu’ils sauront lui éviter trop de gâchis pour l’avenir. »

La Petite Gazette du 12 janvier 2005

VOYAGE EN HAUTE ARDENNE

    Nous avons, durant plusieurs semaines et à l’invitation de Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, découvert la Haute Ardenne. Il était, dès lors, plus que temps de savoir pourquoi ce lecteur porte tant d’intérêt à cette magnifique région.

« Je suis né sur les hauts plateaux ardennais, fin des années 1920, dans le petit hameau de Chabrehez, non loin de la Baraque de Fraiture. A l’âge de 3 ans ½, je traversais le carrefour d’ouest en est en compagnie de mes parents, ceux-ci ayant pris en location une métairie au village de Regné. De là, je pouvais découvrir de larges horizons. J’y vivrai mon enfance, mon adolescence, ainsi que ma jeunesse. Après l’école primaire, à l’âge de 14 ans, je serai astreint  à aider dans l’exploitation familiale. A l’âge de 18 ans, je serai orphelin de mon père et je devrai prendre en mains les rênes pour continuer l’entreprise. Dans l’immédiat, je serai émancipé juridiquement, devenant ainsi majeur. Tout en m’occupant des travaux agricoles, j’entreprendrai, en même temps, des études, par correspondance, de comptabilité et passerai devant un jury pour obtenir un diplôme adéquat. Jusqu’à l’âge de 24 ans, je serai toujours resté aux côtés de ma mère.

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Alors vint le moment où, pour des raisons familiales, je dus réfléchir sérieusement à mon avenir. Tout à coup, je courtisai une fille de mon village. En 1953, nous décidons de nous marier et de quitter la Haute Ardenne pour la région liégeoise où j’avais décroché une place, comme employé de bureau, dans l’industrie du pneu. A cette époque, les moyens de locomotion n’étaient guère développés et nos retours au « pays » étaient bien rares, et, à chaque fois, cela me donnait un vrai cafard.

Malheureusement, la Haute Ardenne n’offrait pas de débouchés suffisants pour occuper tous ses jeunes éléments. Il faudra s’adapter à vivre sous d’autres cieux, ainsi qu’avec d’autres mentalités. Les années passèrent, le boulot ne manquait pas et notre jeune foyer avait vu naître cinq enfants à élever le plus dignement possible. Sur ces entrefaites, les retours au « pays » étaient toujours plus attendus et appréciés par tous.

L’âge de la retraite étant arrivé, je retrouvai davantage de liberté et, surtout, de disponibilité. ; je ne ratais jamais d’un retour aux sources. Je recherchai des origines les plus lointaines  possibles pour en dresser l’arbre généalogique et j’arrivai à écrire mes mémoires. Je prendrai aussi le temps de rédiger trois ouvrages, tous centrés sur ma Haute Ardenne, en tenant compte surtout des événements vécus pendant l’hiver 1944-1945, pour la partie civile.baraque8

 

 

L’Auberge du Carrefour à la Baraque de Fraiture après la Bataille des Ardennes en janvier 1945

 

    Je voudrais aussi coucher sur papier, un peu de l’histoire et de l’évolution au XXe siècle du haut pays ardennais. Tout cela pour avouer franchement qu’une bonne partie de mon cœur restera toujours tournée vers cette région où je vis le jour, où j’aurai vécu les plus jeunes années de ma vie et où je compte toujours de la parenté et de nombreux amis. »

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Tout ceci vous aura permis, j’en suis persuadé, de mieux comprendre l’attachement de M. Joseph Gavroye à sa Haute Ardenne. D’aucuns d’ailleurs le présentèrent comme le chantre de ce haut pays.

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE LE 15 JANVIER 1940, PENDANT LA DRÔLE DE GUERRE?

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

Une lectrice d’Andenne, mais originaire de La Barrière, à quatre kilomètres de Basse-Bodeux et à cinq de Neufmoulin, m’écrit à propos d’un dramatique épisode de la mobilisation, car elle voudrait savoir si quelqu’un pourrait l’aider à comprendre ce qui s’est passé ce jour-là.

« A la mobilisation, il y a eu un malheureux incendie dans les baraquements aménagés en dortoirs pour les soldats mobilisés. Il y a eu beaucoup de soldats atteints de graves brûlures, d’autres ont été brûlés vifs, d’autres encore sont morts plus tard des suite de leurs blessures.

Pendant la mobilisation, les soldats étaient soumis à des exercices d’alerte. J’habitais alors avec mes parents le long de la route provinciale n°23, celle-ci était minée de part et d’autre. En cas d’alerte, quatre soldats gardaient la route, prêts à déclencher les mines.

La nuit de l’incendie, vers deux heures du matin, mes parents ont été réveillés par un soldat, celui qui gardait le deuxième point miné et qui leur demandait à téléphoner puisque la ligne militaire était coupée !

Je me souviens que les ambulances transportant les brûlés vers Liège ont eu des accidents en tombant dans les trous ouverts dans la route. Quelle catastrophe !

On connaissait beaucoup de ces mobilisés, le baraquement abritait beaucoup d’infirmiers, mais aussi des Chasseurs ardennais.

Je crois bien qu’il y a eu trois morts dans l’incendie et 30 ou 40 blessés, que sont-ils devenus ? J’aimerais le savoir »

Quelqu’un pourra-t-il nous apporter des précisions sur ce drame survenu peu de temps avant le 10 mai 40 ? Tous les renseignements ou souvenirs en votre possession nous intéressent au plus haut point. D’avance, je vous remercie chaleureusement de bien vouloir nous les communiquer.

La Petite Gazette du 28 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

En réponse à la lectrice d’Andenne qui vous questionnait à ce propos il y a trois semaines, Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, qui possède une documentation manifestement fort bien classée, m’a transmis quelques renseignements intéressants :

« Les Annonces d’Ourthe-Amblève du 9 septembre 1998 ont évoqué ce dramatique événement survenu à Basse-Bodeux, dans la nuit du 15 janvier 1940, et au cours duquel quatre soldats belges périrent carbonisés, dans l’incendie de leurs baraquements militaires, installés, à l’époque, à l’entrée du village, entre les maisons Hourand et Vauchel, brasier provoqué par du charbon incandescent tombé d’un poêle. Une quinzaine d’autres soldats furent gravement brûlés.

Ce douloureux épisode de la phase D de la mobilisation (qui avait débuté le 14 janvier, pour se terminer le 10 mai 1940, par la phase E, c’est-à-dire la mobilisation générale) fut rappelé naguère, poursuit mon correspondant, par « Le Jour/ le Courrier » du 22 mai 1999. Ce quotidien précisait que des braises échappées d’un poêle mirent le feu à de la paille qui servait de matelas à certains soldats et que, en quelques instants, une centaine d’hommes se ruèrent vers l’unique sortie du baraquement, une porte qui ne s’ouvrait que vers l’intérieur ! Encore heureux, ajoute le journal verviétois, que d’autres soldats aient eu la présence d’esprit d’écarter du lieu du sinistre un camion chargé d’explosifs ».

Grâce aux archives de M. Jacquemin, nous avons déjà quelques indications sur la version « officielle » de la tragédie, mais, insistant sur la demande de ma lectrice d’Andenne, mais originaire de La barrière, entre Basse-Bodeux et Neufmoulin, j’aimerais beaucoup, si c’est possible, recueillir le témoignage de ceux qui ont vécu cet événement tragique. Mon vœu sera-t-il exaucé ?

La Petite Gazette du 23 août 2000

QUE S’EST – IL PASSE A LA BARRIERE ?

   De très intéressantes communications me sont parvenues suite à la parution de la version officielle de ce drame de la mobilisation.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, fait tout d’abord la précision suivante : « Il ne s’est rien passé à « La Barrière » qui est un lieu-dit à environ 4 km de l’endroit (Basse-Bodeux, grand-route) où se sont déroulés les tristes événements relatés.

Habitant à une quinzaine de mètres des portes d’entrée des baraquements militaires en question, j’ai eu le triste privilège d’assister au déroulement complet de toute cette tragédie. Vers 4H30, ce 15 janvier 1940, nous avons été, mes parents et moi-même, éveillés en sursaut par de nombreux cris. Plusieurs soldats se trouvaient déjà près de la maison, certains en pyjama, d’autres pieds nus ; or, il faisait très froid. Les plus démunis sont entrés dans la maison. Très vite, les flammes ont embrasé toute la toiture, le feu s’étant propagé à une vitesse incroyable, bien alimenté par la paille qui couvrait le sol et attisé par l’ouverture des lucarnes tenant lieu de fenêtres. Comble de paradoxe, les portes du sas de sortie s’ouvraient vers l’intérieur. Venant du brasier, on entendait des cris de terreur, accompagnés par une fusillade ininterrompue ; les cartouches qui éclataient ajoutaient encore au côté sinistre du drame.

Entretemps, les premiers blessés étaient sortis et étendus ; pour les plus graves, dans notre hall d’entrée ; ils ont été transportés ensuite à la clinique de Trois-Ponts et à l’hôpital militaire de Liège. Pendant que se déroulaient ces péripéties dans un affolement indescriptible, un soldat blessé sérieusement a réussi à éloigner un camion d’explosifs stationné près du premier baraquement en feu. Il fut d’ailleurs décoré pour son acte de bravoure. Malheureusement, quatre hommes étaient restés dans les flammes et on eut à déplorer une quinzaine de blessés sérieux. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, vient compléter ce récit :

« Mon père qui était militaire de carrière au 3e Chasseurs Ardennais était ce jour-là dans le baraquement. Il avait son logement chez M. et Mme Dahmen, près du magasin Vauchel. Il était chauffeur et faisait des missions qui, parfois, l’amenait à rentrer tard et, pour ne pas déranger ses hôtes, il dormait alors dans le baraquement. Le jour du drame, il était rentré vers minuit et tout était calme. Je sais qu’il disait qu’il était sorti dans les premiers, parce que tout habillé, pas bien endormi et près de la porte. Le camion, un G.M.C., bâché et chargé de munitions, était le sien, il l’a aussitôt éloigné sachant le danger qu’il représentait. »

Lors d’une prochaine édition, nous suivrons ces correspondants et Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, dans l’analyse des causes de ce drame qui, selon eux, n’a absolument rien à voir avec la version officielle. A suivre donc…

La Petite Gazette du 30 août 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

   Après avoir suivi mes correspondants dans la relation des faits survenus ce 15 janvier 1940, nous parcourons, aujourd’hui, leur analyse des causes qui, vous allez vous en rendre compte est bien différente de l’analyse officielle des autorités.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, voisin des baraquements abritant les soldats en 1940, nous dit que : « selon la version officielle, le feu a été provoqué par un charbon ardent tombé d’un poêle ; à partir de maintenant, j’emploierai le conditionnel, car il m’est impossible d’apporter la moindre preuve à ce qui va suivre. Les faits que je citerai nous ont été rapportés par des soldats que nous avons hébergés pendant les mois qui ont suivi. Il s’agirait d’un incendie criminel ; le feu aurait été mis par un soldat originaire des cantons de l’Est, qui occupait un nid de mitrailleuse se trouvant sur la butte de la route du moulin. A l’inventaire du stock de matériel de ce poste, on aurait découvert qu’il manquait cinq mètres de « mèche lente ». Ce soldat aurait été arrêté au mois de mars, incarcéré à Anvers, probablement à Breendonk, et traduit en Conseil de Guerre. Les versions sur la suite divergent, car n’oublions pas que nous vivions à ce moment une « drôle de guerre ». Nous étions neutres et on évitait de heurter l’ennemi qui était à nos portes. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, fils d’un des soldats présents dans le baraquement, nous rapporte ce qu’en disait son papa :

« Pour mon père, l’incendie était d’origine criminelle. Ce point reste cependant très vague dans ma mémoire, mais je me souviens des grandes lignes. Il y aurait déjà eu un incident quelques jours avant ; déjà une histoire de feu… Il y avait des coïncidences, des comportements étranges où il était question d’un ou deux soldats de Saint-Vith ou des environs. »

Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, est , lui aussi, le fils d’un soldat qui fut hébergé dans la maison juste en face du baraquement (non loin donc de chez M. Hourand). Il se souvient que, bien après le retour de captivité de son papa, peut-être en 1955 ou 1956, il l’accompagna en visite chez ses hôtes.

« J’ai souvenance qu’à l’époque, le propriétaire nous parla de cette tragédie. Il nous confia que des enquêteurs vinrent chez lui pour obtenir certains renseignements car l’incendie paraissait suspect. Il les informa qu’il avait remarqué des allées et venues d’un autre régiment, le jour avant l’incendie et que cette attitude lui avait paru bizarre. Selon ce témoin, le soldat fut identifié et était déjà connu pour ses prises de position anti-belges. Il nia tout en bloc, mais les autorités militaires, soupçonneuses, le changèrent d’unité, mirent à ses côtés ce qu’il est convenu d’appeler un « mouton » qui se vanta lui aussi d’avoir fait des actions en faveur des autorités allemandes de l’époque. C’est ainsi qu’il se confia à celui qu’il croyait être son nouvel ami. Pendant que les soldats dormaient dans le baraquement, sur de la paille, il aurait jeté du pétrole ou de l’essence sur le poêle et aux alentours. Il fut condamné à mort et exécuté. Ceci est la version qui me fut donnée par le voisin le plus proche, qui nous assura avoir été marqué pour toujours par cette nuit d’épouvante. Ce brave témoin est, malheureusement, décédé. »

Encore une fois, grâce aux lecteurs de La Petite Gazette, la question posée par Madame Lydie Mathieu, d’Andenne, aura permis de rassembler bien des renseignements qui, s’ils n’apportent pas une réponse définitive sur cette tragédie, permettent néanmoins de l’appréhender sous un jour bien éloigné de ce qu’il convient d’appeler la version officielle, peut-être rendue nécessaire par les circonstances du moment.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

D’AUTRES PERIODIQUES VANTENT LES MERITES DE LA PETITE GAZETTE !

Les recherches que vous avez la gentillesse de mener à la demande des lectrices et des lecteurs de La Petite Gazette permettent de sauvegarder de nombreux témoignages qui, sans vous, auraient été irrémédiablement perdus. Cette démarche, mise en place par feu René Mladina, est également profitable à diverses associations ; elles le signalent et remercient…

C’est le cas de la Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais qui, dans les pages de sa revue trimestrielle « Le chasseur ardennais » (N° 202, 3ème trimestre 2000), fait largement l’écho des témoignages réunis dans La Petite Gazette au sujet de l’incendie du baraquement qui abritait de nombreux soldats, à Basse-Bodeux, en janvier 1940. « Nous avons reçu plusieurs réponses ainsi que l’aide inattendue de l’intéressante rubrique de l’historien René Henry dans trois éditions successives de l’hebdomadaire « Ourthe-Amblève ».

C’est bien sûr à vous toutes et à vous tous que s’adressent les remerciements de ces deux respectables associations.

EN TRAM DE CLAVIER A MELREUX, VIA SOMME-LEUZE

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

QUAND LE TRAM DEVAIT PASSER A SOMME-LEUZE

Monsieur Jean-Luc Fourneau, d’Ohey, rappelle un projet d’établissement de  ligne vicinale puis fait appel à vous, à votre connaissance de la région, pour recenser les vestiges de cette entreprise avortée.

« Il y a 100 ans maintenant, il  a existé un projet qui prenait forme et qui visait à l’installation d’une ligne de tram passant à Somme-Leuze. Le projet a été  abandonné à cause de la Première Guerre Mondiale. Cependant, il en reste des vestiges mais il faut connaitre la région pour les localiser et les découvrir. Serait-il possible de rassembler, grâce à La Petite Gazette, les localisations de ces vestiges et toutes les informations disponibles sur ce projet ?

Un grand merci à tout qui pourra contribuer à l’inventaire des renseignements et traces de ce projet. »

La Petite Gazette du 14 décembre 2011

LE TRAM DEVAIT PASSER A SOMME-LEUZE…

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, pour répondre à M. Jean-Luc Fourneau, d’Ohey, m’a fait parvenir une passionnante étude sur ce projet de ligne vicinale qui devait passer par Somme-Leuze.

« Il faut d’abord rappeler brièvement que dans cette région, aux confins des provinces de Liège, de Namur et du Luxembourg, la première ligne créée par la S.N.C.V. reliait Melreux à La Roche et que le tronçon entre la gare de Melreux et Hotton fut ouvert au trafic dès le 9 octobre 1886.

Le 20 janvier 1890, c’est une ligne de 25,3 Km entre le Val Saint-Lambert et Clavier qui est mise en service, suivie, le 1er octobre 1894 par la section Clavier – Ouffet et d’une relation qui aboutira à Comblain-au-Pont deux ans plus tard.

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Autorail du service voyageur manoeuvrant en gare de Clavier qui aurait pu devenir un nœud vicinal important…

 

Un échange de courrier, daté de septembre 1902, entre la S.N.C.V. et le Gouverneur de la Province de Liège, évoque l’utilité d’établir une jonction entre ces différentes lignes grâce à une liaison Clavier – Melreux, passant par Somme-Leuze.

Le 15 mars 1903, c’est la section Marloie-Marche, d’une ligne en provenance de Bastogne, qui est livrée à l’exploitation. Dès lors, le projet qui nous intéresse est complété par l’adjonction d’un embranchement vers Marche.

Afin de mieux comprendre la situation, voici ci-dessous, une carte de la région où figurent : en trait plein, les lignes vicinales à écartement métrique effectivement construites ;en trait interrompu, les lignes en projet dont question dans mon intervention.

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Le 22 juin de la même année, le Gouvernement accorde la prise en considération provisoire du projet de la ligne Clavier – Melreux avec embranchement vers Marche.

Le capital nécessaire à la construction, répertorié sous le numéro 192, s’élève à un montant de 2.800.000 francs, pour une longueur de ligne de 46,5 Km. Initialement, l’embranchement vers Marche devait se détacher de la ligne principale à Noiseux, mais les communes intéressées préconisèrent plutôt une jonction située à Somme-Leuze. C’est donc ce dernier tracé, plus long de 2 kilomètres, qui est adopté pour un capital évalué à 3.056.000 francs. » A suivre…

La Petite Gazette du 21 décembre 2011

LE TRAM DEVAIT PASSER A SOMME-LEUZE…

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, pour répondre à M. Jean-Luc Fourneau, d’Ohey, m’a fait parvenir une passionnante étude sur ce projet de ligne vicinale qui devait passer par Somme-Leuze, je vous propose d’en découvrir la suite :

« En 1907, la S.N.C.V. rédige un mémoire descriptif dont je vous livre un extrait décrivant le parcours suivi :

« La ligne, projetée à l’écartement de 1m. entre rails, prendra son origine à la station de Clavier, empruntera la voie de la ligne de Clavier à Comblain-au-Pont jusqu’à proximité de la station de Petit-Brin et se dirigera ensuite vers Bois-Borsu en empruntant d’abord un accotement de la route de Liège à Marche, puis en s’établissant sur le siège spécial pour passer au nord de Borsu ; elle suivra en élargissement la route de Bois à Borsu, desservira l’agglomération de Borsu et d’Odet et se développera sur siège spécial pour passer entre les villages de Maffe et de Méan et atteindra la route de Havelange au Gros-Chêne, vers la 28e borne kilométrique. Après avoir traversé cette route, la ligne se dirigera (toujours en partie indépendante) vers Somme-Leuze où elle traversera la route de Liège à Marche ; elle atteindra la route de Barvaux près du moulin de Petite-Somme, et la longera ou l’empruntera jusqu’à proximité de Petit-Han ; elle longera cette agglomération sur siège spécial et reprendra ensuite la route de Barvaux près de la bifurcation de cette route avec celle de Laroche ; elle la suivra jusque Montenville où elle s’en détachera pour franchir la vallée, puis l’Ourthe sur un pont à construire en amont de Deulin ; elle passera à Fronville et Monville (tantôt en empruntant la route de Melreux, tantôt sur siège spécial) et atteindra la station vicinale de Melreux de la ligne Melreux à Laroche.

L’embranchement se détachera de la ligne principale à Somme-Leuze, se développera sur siège spécial en passant à proximité de Moressée et Heure où il empruntera la route de Feschaux à Barvaux jusqu’à proximité de Baillonville.

Il se dirigera ensuite vers Rabosée puis rejoindra la route de Marche à Liège, non loin de la 14e borne kilométrique. Il s’établira ensuite sur cette route jusqu’à Marche et aboutira à la station vicinale (ligne de Marche – Bastogne – Martelange). »vicinal3 

L’autorail-tracteur (ART. 155) destiné à la remarque des convois de marchandises. (En arrière-plan, vestiges du pignon du dépôt vicinal de Clavier, ravagé par un incendie en 1952)

 

 

Par l’arrêté royal du 4 novembre 1913, les vicinaux reçoivent la concession de la ligne et les travaux sont entamés entre 1916 et 1917. Les terrassements et les maçonneries des ouvrages d’art sont exécutés sur les sections Petit-Brin à Maffe, Somme-Leuze à Baillonville et Petit-Han à Deulin.

La construction est ensuite interrompue et, après la guerre, la S.N.C.V. ayant pour mission prioritaire de restaurer ses installations et ses voies démontées par l’occupant, ne pourra plus se préoccuper d’établir de nouvelles lignes.

En 1932, le projet est relancé mais, à cause du renchérissement des coûts liés à la construction, la S.N.C.V. propose de se limiter, en premier lieu, à l’achèvement des travaux entamés sur les sections Clavier – Maffe et Baillonville – Marche. Le capital complémentaire à ces réalisations se monte alors à 6.758.000 francs. L’Etat et la commune de Bois-Borsu refusant la souscription de leur quote-part à l’augmentation de capital, les vicinaux abandonnent leur projet.

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Comme les lignes du Condroz étaient isolées du reste du réseau vicinal,le transfert de matériel se faisait par la route. Un autorail est ici chargé sur une remorque routière appartenant à la S.N.C.V.

En août 1941, Monsieur Renard, Bourgmestre de Lavacherie, appuyé par la Conférence des Bourgmestre du Grand Liège, entreprend des démarches en vue de la reprise du projet dans le but d’assurer, en ces temps de guerre, le ravitaillement de l’agglomération liégeoise en pommes de terre en provenance du Luxembourg. Cette intervention restera, elle aussi, infructueuse.

Après la Seconde Guerre Mondiale, le service des Ponts et Chaussées avait aménagé une zone portuaire entre le Val Saint-Lambert et Ivoz.

En 1952, afin de rentabiliser au mieux ces équipements, le port Autonome de Liège projette de construire une voie de raccordement entre ce port et la ligne vicinale aboutissant au Val Saint-Lambert. Il préconise également l’achèvement de la jonction Clavier-Marche afin de pouvoir acheminer les marchandises depuis le Luxembourg et les transférer à la voie d’eau à Ivoz. Malheureusement, cette initiative est trop tardive. Le transport routier est en pleine expansion alors que les lignes vicinales sont en déclin et sont fermées les unes après les autres. Le trafic sur les lignes Val Saint-Lambert – Clavier et Marche – Bastogne cessera définitivement avant la fin des années cinquante. »

Un tout grand merci pour cette passionnante et si précise enquête.

EMMANUEL RYCKX, LE PARACHUTISTE SANS JAMBES DE VIEUXVILLE

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

A VIEUXVILLE, UN VOISIN QUE JE N’AI PAS CONNU …

Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, évoque le passé glorieux d’un grand résistant qui résida à Vieuxville. « Un voisin que je n’ai pas connu, m’écrit-il, mais dont je connais l’histoire…

« Emmanuel Ryckx, fils du Colonel Alfred Ryckx, est né le 21 juin 1902, à Bruxelles. Il a été volontaire de carrière en qualité de sous-officier, au 4e Lanciers de 1920 à 1923.

Le 1er juin 1943, il entre dans le maquis AS Ardenne avec le grade de sous-lieutenant et sera identifié sous le nom de Lieutenant Patrick.

En septembre 1944, suite à la rencontre avec Blondeel, le lieutenant Patrick (le sergent Ryckx) et neuf résistants bien décidés à poursuivre le combat en devenant parachutistes accompagnèrent les SAS et se retrouvèrent au camp de Fairford. Huit d’entre eux reçurent une formation SAS.

Emmanuel Ryckx est breveté Para le 12 octobre 1944 avec le numéro de matricule 5774 et rejoint la compagnie Para le 27 novembre 1944. Il participe à l’opération « Régent ».

ryckxLe  10 janvier 1945, il mène une patrouille Recce dans les environs de Val de Pois, sur un sentier forestier recouvert de neige, connu pour être miné et garni de pièges « bobbytraps », trois mines actionnées par des fils tendus explosent à un mètre du sergent Ryckx, qui est projeté au sol. L’ennemi ouvre le feu à courte distance, gardant son calme, Manu rallie la patrouille, riposte, met l’ennemi en fuite et poursuit sa mission.

Le 11 janvier 1945, en compagnie d’Olivier Gendebien et de de Chagny accompagnés de deux guides civils, ils sont attachés à une unité britannique qui, de Libin, doit rejoindre Arville. Après avoir traversé la Lomme, la chenillette de tête, dans laquelle ils ont pris place, saute sur une double mine.

L’équipage britannique est tué, les guides gravement blessés, de Chagny a de multiples fractures et Manu Ryckx a les deux jambes déchiquetées et un pied arraché. Il fut transporté sur une civière par un chemin forestier, sur une distance de plus d’un kilomètre et par un temps abominable, ses couvertures recouvertes de neige, jamais il ne laissa échapper la moindre plainte ; évacué, il subit une double amputation. Il sort de l’hôpital militaire le 25 juillet 1945 et est en convalescence jusqu’au 15 avril 1946, date à laquelle il est déclaré inapte et où il rentre alors dans la vie civile.

Le pilote automobile Olivier Gendebien, qui faisait partie du groupe des dix, racontait en 1977 « Le sergent Ryckx, un spécialiste des explosifs, n’avait pas son pareil pour entrainer des jeunes résistants. »

Les anciens de Vieuxville, poursuit mon correspondant, me parlaient souvent du parachutiste sans jambes, toujours de bonne humeur, dans son fauteuil roulant, accompagné de son infirmière. A la mort de son père, en 1955, Manu rentre à Bruxelles où il reprend son activité professionnelle.

Un rapport, signé du Major Blondeel, nous confirme un autre fait d’arme à son actif. Le 5 septembre 1944, avec 50 hommes AS sous ses ordres, il capture la gare de Jemelle, malgré une résistance acharnée de la part des Allemands.

Le 6 septembre, des unités blindées « SS Adolf Hitler » reprennent la gare, durant le repli, une partie du groupe voit sa retraite coupée. Ryckx, avec cinq hommes, mène la contre-attaque malgré un feu intense des blindés ennemis, ils dégagent le groupe mais doivent déplorer la perte de trois hommes. Commentaire du rapport du Major Blondeel : « Ce sous-officier a toujours montré du courage et une aptitude au commandement digne d’éloges, ayant dû souvent faire face à de grandes difficultés, il fit toujours preuve d’une détermination inébranlable pour accomplir les missions qui lui furent confiées. »

Depuis 2008, une plaque à sa mémoire a été placée sur le monument de Vieuxville. »

La Petite Gazette du 14 novembre 2012

A PROPOS D’EMMANUEL RYCKX QUI VECUT A VIEUXVILLE

Monsieur Marcel Lardin, le président fondateur de la fraternelle Royale de l’Armée Secrète du CT9, me communique un intéressant témoignage au sujet du Sergent Ryckx :

« J’ai connu personnellement la vie de cette unité en Grande-Bretagne, m’écrit mon correspondant.
Je connaissais l’histoire de ce sergent et je suis en possession d’un document écrit par son neveu que je vous adresse bien volontiers afin de compléter les informations déjà publiées :

« Déclaration du Caporal J-C Liénart, dit Popeye :

– il était en formation au sein de la Brigade Commando en Grande-Bretagne et déclare qu’un courrier reçu de Belgique lui apprend que son oncle Manu – le Sergent Emmanuel Ryckx des S.A.S. – avait été blessé à la bataille des Ardennes et qu’il était maintenant soigné à l’hôpital belge de Leamington-Spa. (UK).

– Le 31 mars 1945, j’ai obtenu une permission pour aller le voir  dit-il. Il avait, sur son scout-car, sauté sur une mine, perdu un pied, et s’était fracturé la cuisse si salement qu’on avait dû l’amputer sur place dans l’hôpital de campagne. Il avait le moral et déclarait que grâce au genou qui lui restait, il pourrait même encore jouer au golf. Transporté d’abord à l’hôpital Brugman à Bruxelles, il avait vu mes parents dont il pouvait me donner des nouvelles, puis avait été évacué sur l’Angleterre et l’hôpital belge où seul blessé présent, les troupes du Colonel Piron étant parties sur le Continent le 10 août 44, il devait être bien soigné.

– Manu, « brûlé dans la Résistance, a été enlevé par un petit avion spécial sur un terrain de fortune tenu par le maquis et s’est illico engagé dans l’unité de parachutistes belges du Capitaine Blondeel, la SAS (Special Airborne Service). Après quelques sauts, un peu d’entraînement (moins que nous !), ils avaient été expédiés sur le front des Ardennes. Là, un petit groupe était mis, à la disposition des unités de reconnaissance anglaise, comme guides supposés connaître le terrain et la langue indigène.

– Manu a atterri dans une section australienne en position dans la forêt de Saint-Hubert. C’est là qu’un jour de progression en reconnaissance motorisée, sur la foi d’un garde-forestier, la colonne s’était engagée dans un chemin du Val de Poix, soi-disant libre de mines. C’était en plein hiver, dans la neige, Manu passait de scout-car de tête en scout-car de tête, et s’asseyait sur le garde-boue avant. C’est là qu’il a été touché de plein fouet par l’explosion de la mine.

– Le 19 avril 45, j’ai pu aller le revoir juste avant de partir en opération. Il était assis sur son lit d’hôpital, au bout du lit pendait la feuille de soins sur laquelle il avait dessiné deux rondelles de saucisson. A mon regard interrogateur, il se dressa sur ses deux poings fermés, bras tendus, et me dit « Regarde, je tourne sur un très court rayon d’action… ». On lui avait amputé les deux jambes à la même hauteur. Gangrène ? Non. En prothèse il n’y avait pas de pieds articulés, rien que des jambes, alors pour la facilité on avait égalisé ! »

Merci beaucoup pour cet intéressant témoignage.

      La Petite Gazette du 5 décembre 2012

UN SOUVENIR D’EMMANUEL RYCKX…

Monsieur Rémi Delaite évoque les souvenirs qu’il a conservés au sujet d’Emmanuel Ryckx :

« Votre article sur le soldat Emmanuel Ryckx me rappelle des souvenirs lointains car j’avais 5 ans. Les Américains qui avaient délivré mon village de Redu filèrent sur Bastogne et furent remplacés par une unité anglaise qui resta plusieurs jours au village au temps des combats de Bure. Cette unité devait être assez hétéroclite  Je me souviens vaguement de deux soldats polonais interrogeant de façon assez musclée deux Allemands faits prisonniers à Tellin. Il y avait aussi quelques Français logeant chez mes grands-parents et puis un petit groupe de Belges qui faisaient de la reconnaissance. Le seul souvenir marquant pour moi fut le retour de ce petit groupe avec un blessé grave attaché sur le capot d’un véhicule, les jambes complètement déchiquetées. Serait-ce Emmanuel Ryckx ? A partir du village, cette petite unité faisait de la reconnaissance vers Saint-Hubert et Tellin-Bure.

Mon Père a parlé souvent de ce groupe où se trouvaient Olivier Gendebien et de Chagny, ceux-ci venaient chez le garde comme ils disaient (mon père étant garde-forestier).

Si ce souvenir est resté, c’est parce que Olivier Gendebien, grand chasseur, est revenu quelquefois à la maison pour dire bonjour et rappeler des souvenirs de l’époque. »

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

UN DOCUMENT INTERESSANT SIGNE EMMANUEL RYCX

Nous avons, grâce à vos souvenirs et témoignages, évoqué dernièrement la mémoire de celui que d’aucuns appelaient « le parachutiste sans jambes de Vieuxville ». Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, revient sur cette personnalité et illustre les propos parus par un document. Il s’agit d’une lettre adressée par Emmanuel Rycx, lui-même, au Ministère de la Défense Nationale, Office de la Résistance, le 30 novembre 1956. En voici la copie :

Messieurs,

En réponse à votre lettre, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je ne peux me souvenir de la date à laquelle mon dossier à la Résistance a été ouvert.

J’ai été grièvement blessé au combat, j’ai été amputé des deux jambes et on m’a enlevé le rein gauche. Tout ce qui a été fait, a été fait pendant que j’étais incapable de le faire moi-même.

Cependant, il doit y avoir un dossier puisque j’ai été honoré du brevet Eisenhower décerné aux titres de la Résistance de l’A.S. à quelques titulaires seulement.

J’ai également reçu une commission de sous-Lieutenant de l’A.S. à titre temporaire. Tout cela prouvant absolument qu’un dossier a été ouvert.

Pour aider aux recherches, voici les noms de ceux qui m’ont connu à l’A.S. et qui peuvent authentifier mes dires :

– Monsieur l’avocat Smolders, rue Montoyer

– Monsieur le Comte d’Aspremont-Lynden, chef du groupement des Ardennes.

Vous voudrez bien vous souvenir que Brumagne a été assassiné avec tous ses adjoints, que Tumelaire a été arrêté par les Allemands et libéré dans le Train-fantôme ainsi que le Docteur Recht. Que le lieutenant Bauchau a été blessé en combattant avec moi dans les Ardennes, mais que ces dernières personnes ont disparu sans mettre en ordre les dossiers dont ils étaient responsables.

Lors des combats dans les Ardennes, j’ai fait la connaissance du Colonel Blondeel, Commandant le régiment des Parachutistes S.A.S. sous le pseudonyme de Blund.

Pour reconnaître les mérites des combattants de notre groupe, il a accepté immédiatement d’enrôler sept d’entre nous dans le régiment de Parachutistes. Nous partîmes à l’entraînement en Angleterre.

Ceci explique aussi que je n’ai pu m’occuper moi-même de mon dossier de résistant.

Veuillez prendre en considération que j’ai quitté la Belgique le 10 septembre 1944, que j’ai été blessé le 12 janvier 1945, lors de l’offensive de Von Rundstedt et que ma convalescence a duré bien près de 10 mois enfin qu’il m’a fallu au moins deux ans pour pouvoir reprendre une vie active.

Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Signé : Rycx

Mon correspondant insiste sur cette réalité : « Rycx, Gendebien et de Chagny, ainsi que quatre autres A.S. ont été recrutés par le Colonel Blondeel dans nos Ardennes et enrôlés dans les parachutistes S.A.S. »

LES TCHINS D’TCHERETE

La Petite Gazette du 17 août 2011

LES TCHINS D’TCHERETE 

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous revient avec un sujet passionnant, mais d’abord, il tient à vous remercier chaleureusement pour l’intérêt que vous avez porté à sa précédente question :

« J’ai été très surpris par l’intérêt suscité par cette question. Je n’aurais jamais imaginé qu’un sujet d’apparence aussi banal puisse engendrer un tel volume de courrier de la part de lecteurs passionnés et cette question m’a entre autres valu une intéressante communication téléphonique avec le très sympathique Monsieur Louis Daems d’Ougrée.

Lors de cette conversation, nous avons évoqué les charrettes à chiens utilisées jadis pour de petits transports et il m’avait narré une amusante anecdote à ce sujet.

Il se trouve que je possède encore une de ces charrettes ainsi qu’une photo d’époque dont je lui avais promis de lui envoyer une copie. Puis je me suis dit que je pouvais également en faire profiter tous vos lecteurs.

charrette_a-chien_

Cette photo date d’immédiatement avant la première guerre mondiale car on y voit dans le charrette mon oncle René Beaufays, né aux environs de 1910.

Les personnages debout doivent être de droite à gauche mon arrière-grand-père Joseph Beaufays, son épouse, et une petite dame âgée qui était probablement une voisine.

La photo a été prise devant leur maison de Villers-aux-Tours où mon arrière grand-père que je n’ai évidemment pas connu, exerçait la profession de menuisier-charpentier.

A en croire les inscriptions au dos de la photo, le chien s’appelait Toby ( or not Toby, c’est la question….)

Ceci me rappelle une ancienne et croustillante expression wallonne que je vous livre telle que je me la rappelle en wallon phonétique  » Pôv nos autes, les tchins d’tchèrète è les grossés feumes à bicyckette…. »

Merci à Monsieur Beaufays, j’imagine, et j’espère, que je vais recevoir d’autres documents et témoignages sur ces tchins d’tchèrète si fréquents il y a peu de temps encore dans nos contrées et ailleurs. Me confierez-vous vos souvenirs et vos photographies d’aïeules crémières qui se voyaient ainsi si précieusement secondées dans leur commerce ? Vous pouvez bien sûr nous parler des chiens qui tiraient le petit chariot portant les cruches pour aller à la traite, mais aussi, parce qu’ils étaient plus rares, évoquer les chiens de forge chargés d’actionner le soufflet… Enfin vous pourriez également vous pencher sur les expressions wallonnes évoquant ces tchins d’tchèrètes car celle rappelée par M. Beaufays m’intrigue quelque peu… surtout sa chute.

 

La Petite Gazette du 21 septembre 2011

UNE HISTOIRE DE TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, évoque cette histoire qui s’est passée à Ollomont-Nadrin en 1947 ou 1948 :

« Ma cousine, en fin de grossesse, s’en allait pour la traitre du soir avec sa charrette à deux roues de vélo, contenant sans doute trois cruches, un seau et le filtre. A Ollomont, cela grimpe assez fort. Pour monter le village vers les prairies, ma cousine avait l’habitude d’accrocher une corde au collier du chien qui l’aidait assurément. Pour le retour, c’était la descente et le chien n’était plus nécessaire.

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Mais cela gênait un touriste de passage qui s’est permis de dételer le chien et de laisser le soin à la fermière de pousser la charrette seule ! Pitié pour le chien mais pas pour la future maman ! »

 

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

LES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert Nizet, oui oui il s’agit bien de l’auteur et de l’éditeur dont nous avons déjà présenté le travail dans nos colonnes, m’a fait parvenir quelques extraits d’un très bel ouvrage qu’il a signé il y a plusieurs années et qui est, malheureusement épuisé aujourd’hui : Vieilles images sur toits de Cherbins. Il y avait consacré plusieurs pages à ces chiens de charrette. J’en extraits les renseignements suivants car je sais que vous en apprécierez l’intérêt :

« L’attelage du chien dans les brancards d’une petite « charrette à chien » a été répandu jusque tard dans le vingtième siècle, dans notre région comme dans beaucoup d’autres. Le souvenir de ce moyen de transport sympathique s’estompant déjà fortement, il m’a paru intéressant d’en donner quelques illustrations et de rapporter quelques témoignages de son utilisation.

Les chiens attelés n’étaient pas d’une race déterminée : c’étaient des bâtards ou des bergers allemands ou des « chiens de vache », parfois même assez petits.

Peu à peu les autorités ont estimé que ces animaux ne disposaient pas des qualités physiques et physiologiques les rendant aptes à remplir une telle besogne et, après plusieurs restrictions, édictèrent la loi du 2 juillet 1975 sur la protection des animaux.

Suivant l’article 2 de celle-ci, est puni d’un emprisonnement de 8 jours à 1 mois et d’une amende de 26 à 500 francs ou l’une de ces peines seulement celui qui (…) se sert de chiens comme bêtes de somme ou de trait, sauf les dérogations qui pourront être accordées par le Roi.

Aucune des personnes interrogées ne partagent l’avis suivant lequel on demandait trop aux chiens attelés. Certes, comme en toute chose, il y avait de temps à autre une exagération, mais des quantités d’utilisateurs ont accompli de très longs trajets, durant de très longues années, en parfaite communion avec leur compagnon à quatre pattes qu’ils ménageaient et entretenaient comme on le fait d’un outil ou d’un auxiliaire.

Toutefois, le sort du chien attelé n’était sans doute pas enviable (par rapport au chien de garde par exemple) et s’identifiait assez bien à celui de tout travailleur (Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front), comme en témoigne l’exclamation plaintive qu’on entendait souvent : « Pô’ noz autes èt les tchins d’tchèrète ».

Qui utilisait les chiens de charrette ?

D’une part ce que j’appellerai les petits métiers, d’autre part les fermiers pour aller traire. Exceptionnellement, l’attelage pouvait être utilisé pour transporter le propriétaire lui-même. »

L’auteur présente plusieurs photos intéressantes de ces attelages d’hier et évoque tantôt un rétameur à Rogery ou un rémouleur ailleurs, tantôt un couple de pépiniéristes de Grand-Halleux ou un colporteur vendant ses fromages à Provèdroux et ailleurs. Il évoque même certains facteurs, dont un à Beho vers 1900, qui effectuaient leur tournée juché pareille charrette.

On rencontre encore, de temps à autre, ce passionnant ouvrage dans des bourses aux livres, si vous avez cette chance, ne la laissez pas passer…

 

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

 A PROPOS DES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert André, de Marcourt, me dit sa surprise de ne pas lire davantage de réactions à propos des « charrettes à chiens », aussi a-t-il décidé d’apporter sa contribution. C’était là la meilleure façon de procéder pour susciter, peut-être, d’autre réactions encore : « Voici une histoire que racontait merveilleusement Joseph Evrard, « li p’tit tayeûr » à Erezée. :

Un citoyen d’Erezée, après avoir traité une affaire à Grandmenil (Pa d’là l’bwès), descendait à pied la route sinueuse qui traverse le Bois du Pays. Le chemin, bien moins fréquenté qu’aujourd’hui, devait lui paraître bien long, quand tout à coup surgit derrière lui un attelage pittoresque. C’était Henri Pikète, colporteur ambulant, qui dévalait la pente juché sur sa carriole, tirée par un molosse impressionnant. L’homme, qui ne rechignait pas à rendre service, s’arrête près de notre voyageur et lui demande « Vouss’ vini avou mi ? » (Veux-tu venir avec moi ?) « Pokwè nin » (Pourquoi pas) dit l’autre. Et les voilà tous deux perchés tant bien que mal sur la charrette. Le chien, encouragé par les cris de son maître, descendait à belle allure, trop belle même ! Si bien que le voyageur, ballotté d’un côté à l’autre de la route (non asphaltée bien sûr), finit par prendre peur. « Dji dinreû bin cinh sous po z’èsse dju » (Je donnerais bien cinq sous pour être a bas de cette carriole) confie-t-il au colporteur. Et Henri, du tac au tac, lui répond : « Wade tès cinq sous, va, t’î sèrè tot rate po rin » (Garde tes cinq sous, va, tu y seras bientôt pour rien). »

Absolument délicieux et tout empreint de cette truculence qui caractérisait si bien nos anciens.

Vous aussi, vous connaissez sans doute des anecdotes que les lecteurs de cette page aimeraient découvrir ; il ne vous reste qu’à nous les confier.

 

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

PETIT MAGASIN ET TCHINS D’TCHERETE … QUE DE SOUVENIRS !

Monsieur A. Maréchal, de Bende, a vu ressurgir bien des souvenirs à la lecture de l’évocation du petit magasin de Buresse…

« C’est précisément dans ce petit village que nous avons été accueillis, les 12 et 13 mai 1940, lors de notre exode ; c’était dans une famille, chez Libois. C’est aussi de là que nous avons fait demi-tour…

Quant au petit magasin de village, ma grand-mère, Sidonie Dossogne, a tenu celui de Bende pendant trente ans. Je possède encore un de ses meubles avec petits tiroirs et cases car beaucoup de marchandises étaient alors vendues en vrac : café, farine et même le sirop noir.

Mon grand-père était messager et faisait la liaison avec Huy d’où il ramenait tout ce qui était nécessaire.

Maman utilisait un tchin d’chèrète pour revenir de la traite avec ses trois cruches. Il tirait, sur un chemin toujours en mauvais état, une petite charrette aux roues de fer. Un petit collier spécial avec des lanières de cuir et un petit palonnier en bois léger constituaient l’attelage. »

Merci beaucoup de vous en être souvenu pour nous.

 

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS JADIS

La Petite Gazette du 4 avril 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS SOUS L’ANCIEN REGIME

   La situation dramatique dans laquelle se débattent aujourd’hui les éleveurs de bi-ongulés n’est pas, semble-t-il due, cette fois, à une dérive étonnante des techniques mises en œuvre pour l’élevage des bêtes. Rien à voir donc avec la maladie de la vache folle qui attaque ces pauvres bêtes auxquelles on a donné à absorber leurs parents réduits en farine !

La fièvre aphteuse a, par le passé, gravement touché nos régions qui, à l’heure où j’écris ces lignes sont encore (et heureusement) à l’écart des zones touchées par l’épizootie. Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, m’a fait parvenir des extraits d’une extraordinaire chronique rédigée, il y a plusieurs siècles, par un moine malmédien ; je vous invite à découvrir ce document exceptionnel  et les commentaires de mon correspondant:

« Nos anciens croyaient que les comètes et autres manifestations de ce genre étaient présages de malheurs et de calamités. Lors de la consultation d’anciennes chroniques, il arrive fréquemment, qu’après de telles manifestations, le rédacteur évoque ces circonstances fâcheuses. Suivons  une de ces chroniques (avec respect de l’orthographe de l’époque), écrite par un moine malmédien :

« En 1682, au mois d’aoust, on vit encor une comette pendant 8 jours, mais beaucoup plus petite que le precedente.

La meme anné, il y eu une grande consternation pour lam aldie des betes à corne. Elle avoit commencé du coté de la Suisse et elle a passé d’un lieu a l’autre. Il venoit aux betes une vessie à la langue, le remede étoit d’ouvrir la vessie avec un instrument de fin argent ce pourquoi on faisoit quelques crins, comme pour scier dans une demi kopstuck monnoie d’Espagne, on ouvrit avec cela la vessie, puis on bassinoit la langue avec du vinaigre, du sel et du souffré melé ensemble jusqu’à guérison, d’autres usoient d’ail. »

Monsieur Gabriel poursuit son commentaire en nous rapportant ce que sa maman, 80 ans, lui a dit sur ce sujet : « Auparavant, on ne s’inquiétait pas outre mesure de cette maladie et on buvait le lait des bêtes. La corvée des enfants, quand la saison le permettait, était d’aller ramasser des pommes sauvages que l’on donnait à manger aux animaux. » Cette nourriture aigre n’est pas sans rappeler l’usage du vinaigre évoqué dans la chronique malmédienne remarque fort justement mon correspondant avec qui, la semaine prochaine, nous parcourrons un texte de 1762 parlant de cette maladie en France (symptômes, remèdes, précautions).

Monsieur Maurice Fanon, de Bomal, qui nous avait apporté beaucoup de renseignements fort intéressants sur les « rinnètes », avait également tenu à préciser que cette affection bénigne, connue plus largement sous le nom de « muguet », affectait également les animaux.

« Même les chevaux souffraient du muguet ou « rênète des dj’vås ». Le remède était poétique à souhait : un collier rustique de « rinnes des prés » (« pîs d’gade » à Tohogne). On le passait au col de l’animal, puis on lui faisait un bâillon. En même temps, on chargeait une pieuse vieille femme de commencer une neuvaine. A quel(le) saint(e) ? »

Une petite recherche dans ma documentation me permet d’apporter un petit élément de réponse. En consultant Le Rituel de Magie Blanche de Benjamin Manassé (éd. La diffusion scientifique, Paris, 1991), je découvre que dans les cas de muguet (chez les oiseaux et chez les gallinacés) il convient de faire une neuvaine à saint Marcou.

A la question de M. Fanon, j’ajouterai celle-ci « Pourquoi une vieille femme ? »

La Petite Gazette du 11 avril 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS SOUS L’ANCIEN REGIME

   Avec Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, retrouvons description et remèdes concernant cette maladie contagieuse qui continue à faire les gros titres de toutes les informations écrites et parlées. Après avoir consulté pour nous la chronique malmédienne évoquant l’année 1682, notre chercheur a relevé des informations intéressantes (reproduites dans le style et l’orthographe de l’époque) dans un écrit publié à Paris, en 1762, : La Nouvelle Maison Rustique, traité des choses de la campagne et particulièrement des maladies des animaux.

« La Maladie qui a attaqué les Bêtes à cornes et les chevaux dans la Généralité d’Auvergne et qui s’est introduite sur la fin du mois d’Avril 1731.

   Cette maladie se découvre par une vessie – aphte – qui paroit dessus, dessous et aux côtés de la langue de la bête malade. Cette vessie est blanche dans sa naissance, rouge ensuite, et dans un instant presque noire : elle croît et laisse après elle un ulcère chancreux qui croisse dans l’épaisseur de la langue en avançant du côté de la racine, la coupe en entier, et fait, peu de temps après, périr l’animal. Monsieur Gabriel précise que cette description, selon un vétérinaire de Trois-Ponts, est nettement exagérée. On voit, dans les vingt-quatre heures, le commencement, le progrès et la fin de cette maladie.

   Elle est d’autant plus dangereuse, qu’elle ne se manifeste par aucun symptôme extérieur et que la bête malade boit, mange et travaille à son ordinaire jusqu’à ce que la langue soit tombée.

   Il faut donc pour prévenir les suites fâcheuses de cette maladie, avoir une attention infinie à faire visiter deux ou trois fois par jour la langue de toutes les bêtes à cornes, afin de prendre le mal dans sa naissance et  sur-tout l’on ne doit point se tranquilliser sur l’éloignement de cette maladie. L’expérience vient d’apprendre que, quoi qu’elle fût à une distance raisonnable de la ville de Gannac -Auvergne-  toutes les paroisses des environs de cette ville, et à une demi-lieue à la ronde, en ont été infectées dans le même jour, sans qu’il y ait eu aucune communication d’une paroisse à l’autre.

   Le remède préservatif pour les bestiaux, qui ne sont point encore attaqués de cette maladie, est composé des drogues suivantes, pour chaque bête.

   Prenez thériaque ou orviétan, trois dragmes (précisons qu’un dragme ou drachme est la huitième partie de l’once soit 3,824 grammes) ; gingembre, girofle et canelle, un dragme ; genièvre en grains et poivre concassé, deux  dragmes de chacun ; et une muscade de moyenne grosseur, qu’il faut concasser : faites infuser le tout dans un pot couvert, pendant cinq ou six heures au moins, dans une pinte de bon vin rouge.

   Avant de donner le remède, remuez bien le tout, de manière que le marc suive l’infusion ; et ne le donnez qu’après que la bête a été cinq ou six heures sans manger.

   Ce breuvage ne peut faire que du bien aux bestiaux qui le prennent.

   Si, en visitant les bestiaux, on aperçoit une ou plusieurs vessies – aphtes – adhérentes à la langue, il faut, sur le champ, avec une cuillier ou autre pièce d’argent, crever la vessie, en enlevant la peau et racler la plaie jusqu’au sang ; ensuite continuer et la laver avec de l’eau de fontaine ; et, pour le mieux, avec du fort vinaigre dans lequel on aura mis du sel pilé, du poivre, de l’ail concassé et des herbes fortes, si on en a. Cela fait, on couvre la plaie de sel bien fin, après l’avoir bien frottée avec une pierre de vitriol Chypre.

   Si l’on trouve l’ulcère formé, il faut usé du même remède et le réitérer, dans l’un ou l’autre cas, deux ou trois fois par jour, jusque guérison.

   On prétend que, quand la vessie se trouve sur la langue, on doit faire saigner la bête au cou.

   Cette maladie s’est fort étendue en 1731 ; elle a attaqué aussi les chevaux. On en attribue la cause à la grande sécheresse et à la quantité prodigieuse de chenilles qu’il y a eu cette année. »

    Monsieur Gabriel fait remarquer, fort judicieusement, que ce texte, comme celui du chroniqueur, moine de Malmédy, réclame l’usage d’un objet en argent pour ouvrir la vessie ! Pour le reste, je pense, comme mon correspondant, que ce remède, s’il n’est pas salutaire, ne peut certainement faire aucun tort aux bêtes.

La Petite Gazette du 2 mai 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS

   A l’heure où je rédige ces lignes, nos régions résistent toujours, et ce n’est que tant mieux, à la terrible épidémie sévissant dans quasiment tous les pays voisins. Après le regard porté, grâce aux anciens documents sur cette maladie, j’aime à vous rappeler une réalité régionale autrefois bien connue. Bien sûr, la fièvre aphteuse, appelée « cocotte » en nos contrées, est très contagieuse. Contrairement à ce que l’on entend généralement aujourd’hui, elle était considérée, hier, comme transmissible à l’homme et j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont affirmé l’avoir contractée ou connaître quelqu’un qui en a souffert. Avant la dernière guerre, on savait très bien que ce mal était endémique dans certaines régions, les polders hollandais par exemple.

La concurrence du blé américain ayant causé l’abandon de zones de culture où les rendements étaient faibles, des fermiers de chez nous ont rendu à l’élevage des superficies alors réservées à la culture. Ils ont constitué leurs cheptels avec des bêtes achetées en Hollande ; c’est alors que la fièvre aphteuse fit son apparition en Belgique où elle était quasiment inconnue. Très vite, l’épidémie prit des proportions qui obligèrent le gouvernement à prendre des mesures de mise en quarantaine des bêtes achetées hors de nos frontières. L’Ardenne échappa au fléau durant très longtemps, mais une épidémie, d’une rare violence, la toucha en 1900. Les moyens mis en œuvre pour s’en préserver ou pour limiter le nombre de bêtes atteintes étaient les suivantes : bains de pieds à la chaux, badigeonnage de la bouche des animaux au vinaigre et, bien entendu, bénédiction des étables.

Dans le Pays de Herve, la même cause provoquait les mêmes effets. On constata néanmoins qu’un fermier de Battice avait vu son troupeau tout à fait épargné ; or, la seule chose qui distinguait ce fermier de ses collègues résidait dans le fait qu’il fréquentait régulièrement l’abbaye de Val-Dieu. Aussi, quand une nouvelle épidémie toucha la région vers 1920, un grand pèlerinage fut organisé durant l’été.

A la même époque, Liège avait également ses « cocottes » (on dira par la suite ses « poules ») qui se rendaient régulièrement en Hors-Château pour prier saint Gérard dans l’espoir qu’il leur assure une nombreuse clientèle ! C’est évidemment un autre sujet.

Madame Léona Biet, d’Awan-Aywaille, s’est souvenue pour vous d’une attaque de ce mal :

« Vers 1924, chez mes parents, le bétail a eu la fièvre aphteuse. On a donc appelé le vétérinaire qui a conseillé de laver la langue des vaches avec de l’eau vinaigrée et d’étendre de la chaux devant l’entrée des étables. Deux vaches ont été atteintes par la maladie, mais le reste du bétail qui se trouvait dans la même étable, a été épargné ! Pendant cette période, nous avons continué à consommer du lait, à écrémer et à faire du beurre comme précédemment. Le rendement du lait était diminué parce que les vaches mangeaient difficilement, mais, après quelques jours, elles se nourrissaient de nouveau comme avant la maladie. »

Toutes celles et tous ceux qui ont connu ces épidémies passées sont unanimes pour déclarer ne pas comprendre pourquoi on abat, aujourd’hui, des troupeaux entiers de bêtes saines ! ce n’est évidemment pas un domaine relevant de mes compétences, mais on peut tout de même s’étonner…

La Petite Gazette du 16 mai 2001

QUAND IL EST ENCORE QUESTION DE LA COCOTTE…

Le sujet reste d’actualité et préoccupe toujours … aussi ai-je poursuivi mes recherches dans ma documentation personnelle. L’extraordinaire ouvrage de l’Abbé Joseph Bastin, Les plantes dans le parler, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, édité à Liège en 1939 m’a apporté d’intéressants renseignements que j’aime à partager avec vous :

L’auteur nous indique que lors de la « terrible épizootie de cette année 1938 » on a donné au bétail, en guise de protection, de l’Angélique Archangélique, dobe anjèlike ou rècène du Saint-Esprit.

Plus loin, à propos du thym serpolet, poyî, pouyî, il nous dit ceci : « Au dire d’éleveurs qui en font usage depuis longtemps, la plante préserve de la stomatite aphteuse (cocotte). On devrait toujours en avoir en réserve ; malheureusement elle recule peut-être plus que d’autres devant les engrais chimiques. La faire prendre dans le fourrage ou le breuvage du bétail. Elle donnera peut-être une mauvaise saveur au lait, mais la bête sera immunisée en cas d’épizootie. Soigner les bêtes atteintes avec des compresses du décocté de poyî. »

Enfin, il signale encore que « l’Egopode podagraire (herbe-aux-goutteux, pîd d’âwe, pîd d’gade, cette plante, qui déborde souvent des haies dans les potagers, où elle est difficile à extraire, s’emploie à Meiz  (N.D.L.R. entre Malmédy et Francorchamps) contre la fièvre aphteuse (l’écraser et la mettre dans le breuvage).

 

Comme souvent, et c’est bien sûr heureux et souhaité, dans La Petite Gazette, débattre d’un sujet en fait apparaître d’autres, suscite des réflexions et des prolongements. Ce sujet ne fait pas exception à cette règle.

La Petite Gazette du 11 avril 2001

PENSEES D’UN AGRICULTEUR UN PEU DESABUSE

   Monsieur A. Rulot, de Bois et Borsu, nous a, à plusieurs reprises, fait parvenir des textes et des souvenirs relatifs aux paysages de son enfance, mais aussi à tout ce qui fit les grands tourments du siècle écoulé. Aujourd’hui, un peu amer, il jette un regard sur sa profession.

« Il est bien difficile de traduire, dans nos sens en émoi, ce que nous les agriculteurs, souvent déconsidérés, mal rémunérés, nous pouvons éprouver dans nos sentiments les plus profonds, les plus nobles.

Après notre vie offerte à la plus grande action humanitaire, essentielle entre toutes, y pensons-nous ? Nos peines ont apporté sur la table de la grande famille humaine toute la nourriture issue des champs. Cette manne terrestre, fruit de nos plaines fécondes, par nos soins, n’est-elle pas élémentaire, substantielle, exclusive à la condition, à la constitution de la vie, de nous tous. Au crépuscule de notre pérégrination sur terre, nous pouvons mieux comprendre, discerner la mission élevée, primordiale qui nous était dévolue : nourrir les hommes. »

 

Un grand merci à mon correspondant pour avoir partagé avec La Petite Gazette ces pensées qui sont certainement dans l’esprit de très nombreux travailleurs de la terre en ces temps si difficiles pour eux…

 

La Petite Gazette du 22 mai 2001

A MILLE LIEUES DES DEGATS PROVOQUES PAR  LA FIEVRE APHTEUSE…

   Mary Bertosi est une conteuse ardennaise ; à quelques reprises déjà, La Petite Gazette vous a permis de découvrir quelques textes dus à sa plume ; en voici un autre échantillon :

   Jacques, le petit pâtre

   Depuis des siècles et encore jusqu’à la guerre de 1914, les Ardennais avaient une vie rude et pauvre, seuls les seigneurs menaient grand train car tout leur appartenait, les terres, les forêts, les châteaux et les pauvres maisons et même les gens étaient soumis au seigneur et devaient obéissance et travail ; moyennant quoi le seigneur les nourrissait pauvrement car la moitié des récoltes lui était due, et il devait les protéger en cas d’attaque. Quelques métayers plus riches ou quelques commerçants qui faisaient de bonnes affaires pouvaient vivre un peu mieux sans dépendre entièrement du châtelain.

   Un seigneur de La Roche qui régnait en ce temps-là était particulièrement dur et méchant. Il était craint à plusieurs lieues à la ronde et nul n’osait le défier. Il régnait en despote sur son territoire. Un de ses serfs qui avait une famille nombreuse décida de placer le plus jeune de ses enfants, qui n’avait que 8 ans, chez un riche fermier du pays de Hives, à quelques kilomètres de La Roche. Il n’était pas rare à cette époque de placer ses enfants à droite ou à gauche, ainsi au moins ils pouvaient manger tous les jours et gagner quelques sous par an.

   Le petit Jacques fut donc conduit par son père chez le fermier pour y devenir pâtre, malgré ses pleurs et la douleur de la séparation d’avec sa famille. Jacques n’avait pour tous vêtements que ceux qu’ils portaient sur lui et une méchante paire de sabots déjà bien usés. La fermière, qui était brave femme, lui donna une grande cape de laine qui le protégerait des pluies et du vent ainsi qu’un magnifique canif, si beau que Jacques en fut ravi, car il n’avait jamais reçu de cadeau. Jacques, enchanté, dit à la fermière : « Maîtresse, ce canif que vous m’offrez fera un jour votre fortune. » La fermière sourit en le regardant partir avec le troupeau de moutons et se dit « Pauvre petit, le voilà bien content de peu ! » et elle n’y pensa plus. Jacques conduisait ses bêtes dans les prés aux herbes grasses qu’ils savaient les meilleures pour les brebis.

   Pendant que les moutons broutaient, bientôt il s’ennuya, son chien de berger veillait si bien qu’il ne devait presque pas s’occuper des bêtes. Alors il eut l’idée de couper une branche de coudrier et se mit à la tailler avec son beau canif et cela jour après jour. Il travailla tant et si bien qu’il en fabriqua une petite flûte et, lorsqu’il eut terminé et qu’il souffla dedans, un son merveilleux se fit entendre. Jacques, enchanté, continuait de jouer des airs qui venaient on ne sait d’où !

   Je vous propose de retrouver le petit pâtre de Mary Bertosi la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 30 mai 2001

A MILLE LIEUES DES DEGATS PROVOQUES PAR LA FIEVRE APHTEUSE…

   Comme promis, nous retrouvons Jacques, le petit pâtre de Mary Bertosi, là où nous l’avions laissé la semaine passée : auprès de ses moutons.

L’époque de l’agnelage arriva, Jacques dut s’occuper des brebis et des agneaux qui naissaient et qui restaient à l’étable quelque temps. Au printemps suivant, le troupeau avait doublé et les fermiers étaient fort contents, ils offrirent à Jacques une nouvelle paire de sabots pour le remercier de son bon travail.

   Un jour qu’il gardait ses bêtes au Pré Collin sur les terres du seigneur, celui-ci arriva avec une meute de chiens de chasse ; ses cavaliers, lancés au galop, foncèrent dans le troupeau. Beaucoup de moutons périrent et cela amusa fort le seigneur. Jacques pleura de rage et d’impuissance. Comment expliquer un tel carnage au fermier ? Que faire ? Alors il prit sa flûte et se mit à jouer un air si triste qu’on l’entendit jusqu’à La Roche. Ses larmes coulaient tout le long de la flûte ; il pleura tant et tant qu’une petite mare se fit autour de lui et se mit à couler doucement vers le ruisseau tout proche. Il joua ainsi pendant des heures et, quand le soir tomba, Jacques ne vit pas revenir le seigneur et ses cavaliers ; et ceux-ci foncèrent à vive allure à travers le ruisseau. C’est alors que l’eau monta brusquement, que la pluie se mit à tomber drue et froide, un vent glacé terrible se leva. Les chevaux restaient cloués sur place, piaffant, hennissant ; le seigneur hurlait et bientôt il fut recouvert par un torrent de boue énorme qui le noya, lui, mais aussi ses hommes, ses chevaux et ses chiens. Les éléments déchaînés s’arrêtent brusquement, le calme revint. Jacques alors joua un air plus gai et, dans le petit matin qui se levait, il eut la surprise de voir sortir du bois un troupeau de belles brebis, bien plus  grasses que celles qu’il avait perdues, avec chacune plusieurs agneaux vigoureux, ce qui était fort rare ! Il en vint tant et tant que Jacques ne sut plus les compter, il en fut si heureux qu’il joua de la flûte en dansant tout autour du troupeau en le ramenant à la ferme. Quelle surprise pour les fermiers ! Jamais on avait vu de bêtes aussi belles, aussi grasses, aussi vigoureuses. La fermière permit à Jacques de rentrer chez lui avec une bourse remplie de pièces d’un or qui ferait vivre sa famille pendant longtemps.

   Dans le pays, on raconte que chaque larme de Jacques, mêlée à chaque note de musique, s’était transformée en mouton car la flûte de Jacques était enchantée et, grâce à elle, le pays prospéra et le nouveau seigneur fut bon pour ses sujets. Malheureusement, de nos jours, on a perdu la trace de la flûte enchantée.

COMMENT PREVENIR LES CONVULSIONS?

La Petite Gazette du 18 octobre 2000

OU PEUT-ON SE PROCURER LE SCAPULAIRE PREVENANT LES CONVULSIONS ?

Voilà la question que vous posait, il y a très peu de temps, Madame Solange Godfroid, de Poulseur, et  j’ai presque envie de dire que, comme d’habitude, la réponse m’est déjà parvenue. En effet, Madame Anne-Marie Anciaux, de Hargimont, Madame Marie Orban, de Hampteau,  Madame Lincé, de Havelange signalent que l’adresse et le nom recherchés par cette lectrice de Poulseur sont : Madame la Baronne de Fontbarré, château de Fumal à Fumal. Un grand merci à toutes les trois.

Dans le prolongement de cette demande, je vous demandais de me parler de tous les remèdes ou de tous les moyens préventifs que vous connaissiez à propos des convulsions ; permettez-moi d’insister sur ce souhait, car je sais qu’il y a des tas et des tas de choses à apprendre à ce sujet.

 La Petite Gazette du 31 octobre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

Ainsi que je le supposais bien, vous êtes nombreux à réagir au sujet des convulsions et du moyen de les prévenir. Il s’agit évidemment d’un sujet qui a intrigué, qui intrigue encore, de très nombreux parents.

C’est ainsi que j’ai eu l’immense plaisir d’enregistrer les réactions de M. le Professeur émérite Docteur Yvan Lebrun, de Champlon-Famenne, qui, lui aussi, s’est passionné pour ce sujet :

« Je crois pouvoir apporter des éléments de réponse à la question relative aux remèdes contre les convulsions et plus généralement contre l’épilepsie. Jadis, le sang était censé aider les épileptiques à guérir. C’est pourquoi, chez les Romains, les épileptiques étaient autorisés à boire le sang des gladiateurs morts dans l’arène. Au moyen âge, pour se protéger de l’épilepsie, on portait sur soi un morceau de parchemin sur lequel on avait écrit, avec du sang, le nom d’un des saints souvent invoqués contre la maladie.

Parmi les saints que l’on priait pour être guéri ou se prémunir de l’épilepsie figurait saint Leu ( ou Loup) dont il a été plusieurs fois fait mention dans La Petite Gazette.

Comme l’épilepsie passait – à tort – pour être une maladie contagieuse, les Romains avaient pour habitude de planter un morceau de fer à l’endroit où un épileptique venait d’avoir une crise . Le métal était censé fixer la maladie au sol et l’empêcher d’atteindre d’autres personnes. Souvent aussi, on crachait sur les épileptiques pour éviter la contagion. L’épileptique était, pour cette raison, appelée, en latin, morbus insputatus, (= la maladie sur laquelle on crache).

Les rois d’Angleterre passaient pour posséder un certain pouvoir contre l’épilepsie (tout comme les rois de France étaient censés pouvoir guérir les écrouelles le jour de leur sacre). Le vendredi saint, le roi d’Angleterre bénissait des anneaux qui étaient ensuite portés par ceux qui souffraient d’épilepsie ou cherchaient à s’en protéger. Ces anneaux portaient le nom de cramp rings, littéralement « anneaux à crampes », le mot « crampes » étant souvent utilisé, au moyen âge, pour désigner les convulsions. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre correspondant si bien documenté pour découvrir la suite de ses informations sur le sujet.

Suite à la demande formulée dans ces colonnes par Mme Godefroid, de Poulseur, j’ai encore reçu les courriers de Monsieur Gaston Remacle, d’Ocquier, et de Monsieur Georges Collard, de Flostoy, qui ont la gentillesse de confirmer l’adresse de Madame la Baronne de Fontbaré, thier Moson, 4 à 4260 Fumal et de préciser qu’il convient de joindre   à toute demande une enveloppe timbrée et pré-adressée. Madame Edmée Kerfs, de Havelange, a fait de même, mais, en plus, elle signale l’existence d’un autre scapulaire qui, m’écrit-elle, « pourrait venir en aide à d’autres mamans ».

Elle joint à son courrier tout ce qu’elle a réuni sur le sujet :

Oraison de Charlemagne

   Cette prière, s’il faut en croire une antique tradition, a été trouvée dans le sépulcre même de Notre Seigneur Jésus-Christ, et envoyée en l’an 902 par le pape Léon III à l’empereur Charlemagne, quand il partit avec son armée pour combattre ses ennemis. Elle était écrite sur parchemin en lettres d’or, et longtemps, elle fut conservée précieusement à l’abbaye Saint-Michel de France. Peut-être l’y retrouverait-on encore !

   Quiconque lit cette prière, l’entend lire, ou la porte sur lui, ne mourra pas subitement, ne se noiera ni ne se brûlera, aucun venin ne l’empoisonnera, il ne tombera pas entre les mains de ses ennemis et il ne sera pas vaincu par eux dans les batailles.

   Quand une femme se trouve dans les douleurs de l’enfantement, qu’elle dise cette prière, ou qu’elle l’entende lire, ou qu’elle la porte sur elle, elle se trouvera promptement délivrée et sera toujours tendre mère.

Dès que l’enfant sera né, posez cette prière sur son côté droit et il sera préservé de beaucoup de maux.

   Celui qui porte cette prière sur lui, ne sera pas atteint de l’épilepsie. Quand vous verrez tomber dans la rue une personne atteinte de ce mal, posez cette prière sur son côté droit et elle se relèvera joyeuse.

   Cette prière posée dans une maison protège de la foudre.

Celui qui lira cette prière ou se la fera lire tous les jours, sera prévenu par un signe trois jours avant sa mort.

   Celui qui écrit cette prière pour lui ou pour d’autres, « je le bénirai,  dit le seigneur, celui qui s’en moque ou la méprise sera puni.

Après ces utiles précisions, voici maintenant le texte même de cette prière que ma correspondant préconise de recopier à la main, sur une feuille que l’on replie ensuite dans un petit linge que l’on glisse enfin sous le bébé. 

«O Dieu tout puissant, vous qui avez subi la mort sur l’arbre patibulaire de la croix pour expier tous mes péchés.

     O Sainte-Croix de Jésus-Chrsit, soyez toujours avec moi.

     O Sainte-Croix de jésus-Christ, repoussez de moi toute arme tranchante.

     O Sainte-Croix de Jésus-Christ, préservez de moi tout accident corporel.

     O Sainte-Croix de Jésus-Christ, détournez de moi tout le mal.

     O Sainte-Croix de jésus-Christ, versez en moi tout bien afin que je puisse sauver mon âme.

     O Sainte-Croix de Jésus-Christ, éloignez de moi toute crainte de la mort et accordez-moi la vie éternelle.

     O Sainte-croix de Jésus-Christ, gardez-moi et faites que les esprits malins, tant visibles qu’invisibles, fuient devant moi, dès aujourd’hui et dans tous les siècles des siècles.

      Aussi vrai que jésus est né le jour de Noël, aussi vrai que Jésus a été circoncis, aussi vrai que Jésus a reçu les offrandes des trois Rois Mages, aussi vrai que Jésus a été crucifié le vendredi saint, aussi vrai que Joseph et Nicodème ont ôté Jésus de la croix et l’ont mis dans le sépulcre, aussi vrai que jésus est monté au ciel, de même qu‘il soit aussi vrai que Jésus me préserve et me préservera de tout attentat de mes ennemis, tant visibles qu’invisibles, dès aujourd’hui et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

      O Dieu tout puissant, sous la protection de + Jésus, Maria, Joachim, + Jésus, Maria, Anna, + Jésus, Maria, Joseph, je me remets entre vos mains. Ainsi soit-il !

      O seigneur, par l’amertume que vous avez soufferte pour moi sur la Sainte-Croix, principalement lorsque votre âme s’est séparée de votre corps, ayez pitié de mon âme, quand elle sera séparée de ce monde. Ainsi soit-il ! »

    Un grand merci à ma correspondante pour cet intéressant document mêlant, à la fois, piété populaire et folklore médical.  La semaine prochaine, grâce à une lectrice de Goesnes, je pourrai vous mentionner un autre moyen de se préserver des convulsions. En attendant, si vous possédez des informations sur ce sujet et, surtout, sur les moyens traditionnellement employés pour préserver les enfants de ce mal ; n’hésitez pas à m’écrire pour en faire profiter tout le monde. D’avance, un grand merci. 

La Petite Gazette du 8 novembre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Comme promis lors de notre précédente édition, je vous propose de découvrir la suite des informations recueillies à ce jour sur ce sujet. Tout d’abord, un intéressant renseignement que nous donne Madame Marguerite Pirsoul, de Goesnes. Je m’étonnais à ce propos que personne ne m’avait encore rappelé le culte à saint Ghislain, si populaire dans le cas des convulsions dans toute la Wallonie. Pour s’en convaincre, il suffit de constater le nombre de Ghislain ou Ghislaine déclarés à l’état-civil de nos communes, que ce soit d’ailleurs comme premier, deuxième ou troisième prénom. Ma correspondante signale qu’il est possible de s’adresser à Monsieur le curé de Saint-Ghislain, rue des martyrs, 3 à 7330 Saint-Ghislain chez qui il est possible de se procurer soit une médaille, soit un collier ; il est d’autres moyens préventifs, mais il est préférable de s’adresser à cette adresse, n’oubliez de joindre un timbre à toute demande.

Retrouvons maintenant la suite du très intéressant courrier que m’a transmis, à votre intention, Monsieur le Professeur émérite docteur Yvan Lebrun, de Champlon-Famenne.

« Jadis, le Gaillet jaune ou caille – lait avait la réputation d’être efficace contre l’épilepsie. On l’utilisait notamment à Tain-L’hermitage, petite localité de la vallée du Rhône, entre Lyon et Valence, où l’on préparait une potion appelée Le grand Remède et qu’il fallait absorber par une nuit de pleine lune. L’épilepsie était en effet souvent associée à la lune (si bien que le mot « lunatique » était plus d’une fois employé avec le sens d’épileptique !)

Les épileptiques étaient souvent aussi considérés comme possédés d’un démon. Les Evangiles racontent que le Christ guérit un garçon épileptique en l’exorcisant, c’est-à-dire en chassant de son corps l’esprit malfaisant qui l’occupait. Plusieurs saints sont censés avoir imité le Christ et avoir guéri des épileptiques par exorcisme.

On pourrait encore ajouter bien des détails relatifs à l’épilepsie et à son traitement, mais je craindrais d’être trop long, et c’est pourquoi j’arrêterai ici ma lettre, quitte à revenir sur le sujet, si d’aventure des lecteurs de la Petite Gazette souhaitaient davantage d’informations. »

Vous savez dès lors, toutes et tous, ce qu’il vous reste à faire si vous voulez en savoir davantage et profiter ainsi des connaissances de notre correspondant si bien documenté sur le sujet. Je me permets de préciser que tout ce qui touche à ce sujet intéresse M. le dr Lebrun et qu’il ne désespère pas, grâce à vos témoignages, de rassembler des renseignements qu’il ne possède pas encore. Alors, si vous savez quelque chose sur le sujet et les vieux remèdes mis en œuvre pour combattre cette maladie, à vos plumes s’il vous plaît.

La Petite Gazette du 22 novembre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Monsieur Roger Detry, de Marche-en-Famenne, nous convie à partager les résultats de la petite recherche qu’il a menée à ce sujet :

« Contre l’épilepsie, appelée aussi  « mal caduc » ou « haut mal », voici les remèdes populaires qui, selon les auteurs consultés (des médecins) ont donné des résultats. Quand il n’y a pas eu guérison, il y eut de très longues rémissions.

Remèdes de la Russie profonde appliquée par des guérisseuses :

  1. Elles versaient de l’eau dans un bol, prenaient du charbon de bois dans le four, soufflaient la suie du charbon de bois dans l’eau ainsi qu’un peu de ce charbon. Tournées vers une icône, elles récitaient avec foi la « prière du seigneur ». Immédiatement après, le patient était prié d’avaler trois gorgées de cette eau. Après onze jours de cette pratique, le douzième, elles recommençaient. La première séance arrêtait les crises, les autres étaient supposées apporter la guérison totale.
  2. Autre méthode populaire russe, mais qui, curieusement, se retrouve en France :

(en résumé) boire une eau vibrée au contact corporel d’une personne sujette à une grande peur. Exemple : la personne en question doit aller chercher une bouteille d’eau (eau quelconque) cachée dans ce but, dans un cimetière. Elle doit obligatoirement y aller seule et en pleine nuit. Il faut donc une personne qui aura peur. Il y a plusieurs variantes à ce procédé que l’on appelle « l’eau de frayeur ». »

La semaine prochaine, nous retrouverons ce correspondant et d’autres remèdes collectés.

En attendant, je vous engage à découvrir ce que m’a écrit à ce même sujet Madame Habsch, de Liège.

« Je n’habite pas là où Les Annonces sont distribuées, mais une personne aimable me les passe régulièrement, car La Petite Gazette m’intéresse beaucoup. C’est ainsi que je réponds à votre demande concernant les convulsions. Ma grand-mère paternelle, habitante de Septroux, un hameau d’Aywaille, faisait une neuvaine de prière à Notre Dame de Dieupart, église entre Aywaille et Sougné-Remouchamps, et demandait de présenter l’enfant à l’église, le dernier jour de la neuvaine. J’y ai eu recours pour mon aînée et ai été exaucée. Ma petite-fille n’a pas récidivé. « les prières ne vont pas au bois » dit le dicton populaire, cela ne coûte rien d’essayer. »

Il est toujours très intéressant de pouvoir compter sur des témoignages basés sur des expériences vécues et, pour cela, je remercie vivement madame Habsch.

La Petite Gazette du 29 novembre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Comme promis dans notre dernière édition, j’ai le plaisir de vous livrer la suite du courrier de Monsieur Roger Detry, de Marche-en-Famenne, qui a eu l’excellente idée de rechercher pour nous divers remèdes populaires destinés à guérir ou à espacer les crises de convulsion.

« Toujours en Russie, voici deux autres façon en usage :

  1. En cas de crise d’épilepsie, si la personne est étendue sur le sol, marcher sur un de ses auriculaires arrêterait la crise. Il y a peut-être là un rapport avec un méridien… ?
  2. Manger beaucoup d’oignons et, surtout, en boire le jus espaceraient les crises et les rendraient moins fortes.

En France, en médecine populaire, il existe notamment ceci en matière de mesure préventive contre les convulsions des petits enfants : on prend deux tubes contenant du mercure ; le plus grand (5 cm environ) est pendu au cou de la mère lorsque l’enfant commence à avoir les gencives agacées et le plus petit (3 cm environ) est à mettre au cou du bébé. L’un et l’autre resteront en place jusqu’au moment où l’enfant aura sa dernière dent de lait. »

Merci pour ces remèdes traditionnels de Russie et de France ; qui évoquera pour nous ce qui se pratiquait en nos contrées ? Quels étaient les remèdes en vigueur, les prières prononcées, les rituels respectés pour protéger ou pour soulager les enfants ?

Madame Olga Dessart Demonceau, de Neuville-en-Condroz, a consulté, dans sa bibliothèque, un ancien livre qui connut un phénoménal succès il y a quelques décennies : « Le Médecin des Pauvres » ; voici ce qu’elle y a relevé au sujet des convulsions et de l’épilepsie.

« Traitement spécial : pendant au moins un mois, faire prendre au malade, trois et même quatre fois par jour, une tasse de valériane additionnée d’une cuillerée à bouche de sédatif calmant anti-nerveux. Après chaque repas, une tasse de thé Peyronnet.

Le matin, au saut du lit, des graines de longue vie (N.D.L.R. déjà évoquée dans La Petite Gazette) . Prix de chaque boîte avec instructions : 2fr50. Le sédatif calmant anti-nerveux coûte franco 4fr75. Mandat ou timbres à MM. Féron et Beauvilard, directeurs-propriétaires de l’ancienne maison Peyronnet, 21 rue de Lyon et 32 rue Crémieux à Paris.

Traitement général :  1° Les repas doivent être simples et sans exitants. 2° Les légumes devront être très cuits. 3° Les petits repas intercalés devront être radicalement supprimés. Comme boisson, du vin blanc, léger, avec moitié eau, de la bière ou du lait ; pas de thé, pas de café.

Autre traitement spécial : Des milliers de personnes lui doivent leur guérison. Outre ce qui précède, avant chaque repas, boire un verre à Bordeaux de vin que l’on prépare avec le mélange tonique dans lequel on aura soin d’ajouter une cuillère à bouche de liqueur péruvienne. Dans les cas de grande surexcitation nerveuse, donner, matin et soir, une ou deux cuillerées à bouche de sédatif calmant anti-nerveux.

Nous expédions volontiers ces produits à toutes personnes qui veulent bien nous les demander. Prix : mélange tonique, franco 2fr75. Liqueur péruvienne, le flacon franco en gare : 3fr75. Sédatif calmant anti-nerveux, franco en gare 4fr75. A l’adresse déjà citée ci-dessus » Rappelons, c’est important, que ces informations proviennent d’un ouvrage en vogue au début du siècle !

Ma correspondante termine son courrier en interrogeant le docteur Lebrun et tous les lecteurs au sujet de la Nucléosine des Chartreux. Qui a déjà entendu parler de ce produit recommandé pour être fort et robuste ? J’attends vos réponses avec impatience.

La Petite Gazette du 20 décembre 2000

LES CONVULSIONS ET LES MOYENS DE S’EN PRESERVER

   Sous ce titre, nous avons, grâce à vous, récolté déjà de bien intéressantes informations. Vous vous passionnez pour ce sujet et vous vous montrez prolixes ; ne changez rien à cette excellente habitude.

Une aimable lectrice de Vielsalm vient compléter notre collection de remèdes :

« Contre les convulsions, on peut obtenir les colliers de l’enfant Jésus de Prague chez les religieuses de Tongres (rue du château d’eau à 3700 Tongres). Ce collier est mis au bébé à la naissance (nouer long !) et ne doit jamais être enlevé. L’enfant perdra ce collier tout seul. La petite fille de ma voisine l’a perdu à l’âge de quatre ans, on n’a jamais su où ! Il faut verser une petite contribution aux religieuses, il y a huit ans c’était 60F. J’ignore combien c’est aujourd’hui ! »

Merci Madame pour votre renseignement qui sera certainement utile à plus d’une lectrice et plus d’un lecteur.

Ma lectrice, qui nous a expliqué, il y a quelques mois, avoir des dons pour guérir, a, bien entendu, voulu contribuer à l’appel lancé dans cette rubrique ; voici ce qu’elle nous propose :

« Pour les convulsions, dans le temps passé, on mettait un petit sachet contenant du camphre sous l’oreiller de l’enfant ; on en épinglait également un à sa chemise. Pour ma part, poursuit-elle, quand je soigne un enfant nerveux, je fais des prières à saint Gilles, à sainte Ghislaine, sainte Geneviève et sainte Julienne. Il existe aussi un cordon qui est donné par des Sœurs en France ; je ne puis malheureusement remettre la main sur l’adresse où il faut s’adresser. »

Peut-être que quelqu’un, en lisant ces lignes, se rappellera posséder cette fameuse adresse…

Un grand merci à mes correspondantes pour leur utile contribution. Bientôt, dans ces colonnes, nous envisagerons les vertus du saindoux, employé en médecine populaire. Merci également à Mme Mathilde Verdin, de Verlaine Tohogne, et à M. Joseph Tonka pour la communication du remède recherché par Mme Habsch.

La Petite Gazette du 3 janvier 2001

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Ainsi que je le pressentais, ce sujet fait partie de ceux qui vous passionnent et à propos desquels vous souhaitez obtenir un maximum d’informations. Monsieur le Professeur émérite docteur Yvan Lebrun, de Champlon, a fait le même constat et nous ouvre, à nouveau, sa riche documentation sur le sujet :

« En plus du gaillet jaune ou caille-lait, mentionné dans ma précédente intervention, on avait recours jadis à une série d’autres plantes censées guérir ou prévenir l’épilepsie. Ainsi l’on utilisait des branches et feuilles de gui ; pour qu’elles fussent réellement efficaces, il fallait, disait-on, qu’elles aient été coupées sur un chêne à la nouvelle lune et qu’elles n’aient pas touché le sol avant leur utilisation.

Pour éviter les convulsions, on recommandait aussi les infusions de fleurs de la passion, de fleurs de thym serpolet ou de racines séchées de pétasite.

Depuis l’Antiquité, les décoctions de racines de pivoine passaient pour posséder des vertus anti-épileptiques. Afin de prévenir les convulsions, certains parents faisaient porter à leurs enfants un collier fait de graines ou de racines de pivoine. Celles-ci devaient avoir été récoltées par une nuit sans lune.

Comme ces traitements par les plantes n’apportaient, au mieux, qu’une amélioration passagère, les croyants priaient les saints pour obtenir une guérison définitive. En Wallonie, on implorait tout spécialement saint Ghislain. Dans le nord du pays, on demandait plus particulièrement l’intercession ou la protection de saint Corneille. Dans la Forêt de Soignes, près de Bruxelles, existe encore une petite chapelle dédiée à ce saint (en néerlandais : Cornelius). Un écriteau placé sur le devant de la chapelle dit : « st Corneille, pape et martyr, protecteur contre les crampes, la paralysie, l’épilepsie. »

convulsion

En attendant de découvrir d’autres informations dues à la plume experte du Dr Lebrun, je me fais son interprète pour vous demander de me faire parvenir, à son intention, tout ce que vous savez sur les multiples appellations dont on se servait, dans les divers patois de Wallonie, pour désigner le mal caduc ou la male passion ou encore le mal sacré, c’est-à-dire l’épilepsie.

La Petite Gazette du 10 janvier 2001

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

    Comme promis dans notre édition précédente, nous nous plongerons dans les propos de M. le professeur émérite Dr Yvan Lebrun, de Champlon, qui a la gentillesse de nous ouvrir largement sa documentation relative aux convulsions et à l’épilepsie ;

« On avait aussi recours à l’hellebore. Il semble que cette plante ait surtout été utilisée comme vomitif ou purgatif. On cherchait par ce moyen à débarrasser le malade d’un excès de phelgme, que l’on tenait pour responsable des crises d’épilepsie. Le phlegme était, dans la pensée médiévale, l’une des quatre humeurs ou fluides essentiels du corps humain. Ces humeurs devaient être présentes dans des proportions bien définies. Tout excès de l’une d’elles risquait d’entraîner des maladies. Une quantité anormalement élevée de phlegme provoquait, croyait-on, les crises d’épilepsie.

Au Grand duché de Luxembourg, et plus spécialement à Echternach, on invoquait saint Wilibrord, un moine irlandais qui avait fondé le monastère que nous connaissons encore. Dans certaines régions de France, on implorait saint Jean ; l’épilepsie y était d’ailleurs souvent appelée « mal (de) Saint-Jean ». Mon éminent correspondant conclut son courrier en vous lançant un appel : « J’aimerais beaucoup savoir, m’écrit-il, de quelles appellations on se servait, dans les divers patois de Wallonie, pour désigner le mal caduc ou la male passion ou encore le mal sacré, c’est-à-dire l’épilepsie. En fin, je ne connais malheureusement pas la nucléosine des Chartreux à propos de laquelle Mme Dessart Demonceau aimerait obtenir des indications. »

J’espère de tout cœur que les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette (je pense particulièrement à M. Lamborelle et à ses collaborateurs) pourront venir en aide à  M. le Dr Lebrun.

Mme Mathieu-Dessart, de Modave, vient de me contacter à nouveau pour m’apporter quelques éléments précisant le moyen d’obtenir le cordon préservant les enfants des convulsions et dont elle nous parlait il y a quelque temps. Il suffirait d’écrire, de la part de Mme Warnotte, de Miécret, à cette fin à l’adresse suivante : aux Sœurs de l’Hospice des Hauts Buts, 08800 France. (N.D.L.R. J’aimerais néanmoins, si c’était possible, que quelqu’un me confirme cette adresse qui me semble incomplète).

La Petite Gazette du 7 février 2001

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR…

    Grâce à vous, nous avons établi une ébauche d’inventaire de  moyens curatifs ou préventifs mis en œuvre en cas de convulsions ; nous avons également beaucoup parlé d’épilepsie. Parmi les renseignements glanés, certains étaient incomplets et, là encre, vous avez cherché à nous aider au mieux en essayant de découvrir les informations manquantes. Monsieur Michel Riga, d’Aywaille, vient au secours de Mme Mathieu-Dessart : « Je me suis renseigné sur place à l’Hospice des Hauts Butés, dans les Ardennes françaises. L’adresse exacte se trouve être :

Hospice des Hauts Butés

Les Hauts Butés

F – 08800 Monthermé

   Malheureusement les sœurs ont quitté l’établissement qui est, actuellement, une maison de retraite privée. »

J’avais, par ailleurs, reçu, précisément de Mme Mathieu-Dessart, le numéro de téléphone de l’établissement, mais au vu de ce qui précède, il ne me semble pas utile de le mentionner dans ces colonnes. D’autant plus que M. Riga me signale qu’il a laissé ses coordonnées sur place et que s’il  reçoit la nouvelle adresse de ces Sœurs, il ne manquera pas d’en tenir informés les lecteurs de La Petite Gazette. Un grand merci pour tous ces efforts consentis. Selon les renseignements obtenus par Mme Mathieu-Dessart auprès de Mme Warnotte, de Miécret, les Sœurs qui s’occupaient, autrefois, de cet hospice étaient des Sœurs de l’Assomption.

    Dans un domaine très proche, il vous avait été demandé de nous aider à recenser les appellations wallonnes utilisées pour désigner l’épilepsie. Monsieur Lamborelle n’a pas été long à répondre à cette question. Il est vrai qu’elle est tout à fait dans ses cordes !

« A Bastogne et à Houffalize, on dit « toumer dins on mâ » ou « toumer dins l’mâ di sint djîle » ; dans le Namurois, on utilise les expressions suivantes : « tchaîr dins on mau » ou « tchaîr dins on saqwè » ou encore « awè li mau sint djîle ». A Liège, on dirait plutôt : « toumer d’on mâ » ou « toumer di grand mâ » ou « toumer di mâ d’sint » ou encore « toumer d’on mâ » ou enfin « toumer di s’maclote ».

LES METS OUBLIES…

La Petite Gazette du 2 mai 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… ET VOUS ?

   Monsieur Roland Meuprez, de Gouvy, m’écrit pour évoquer un mets qui lui a été proposé il y a bien longtemps : « J’ai souvenir d’avoir mangé un « bèt » plutôt proche d’un flan donc je pense qu’il était préparé cuit avec des œufs. Jean Haust, dans son Dictionnaire liégeois, définit ce mot ainsi « bèt ou  : m. terme rural. – premier lait de la vache qui vient de vêler ;

– espèce de mets que l’on fait en cuisant, avec du sucre, ce lait (ou ordinairement celui de la deuxième ou troisième traite) {dérivé de l’ancien français beter (se figer) comme l’ancien français bet, d’où le français béton}. L’un ou l’autre lecteur possède-t-il des souvenirs à ce sujet ? Existe-t-il des recettes précises du bèt ? » A ces questions de M. Meuprez, j’ajouterai les miennes : quelles vertus accordait-on à ce mets ? A qui le destinait-on ?

La Petite Gazette du 16 mai 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… ET VOUS ?

   Il y a quinze jours, M. Roland Meuprez, de Gouvy, vous interpellait à propos du « bèt » ou «  », plat qu’il se souvenait avoir mangé avec plaisir il y a bien longtemps et, très vite, son appel a fait réagir Mme Léona Biet, d’Awan-Aywaille, que je remercie chaleureusement pour sa régulière collaboration à La Petite Gazette.

« Je me souviens, étant jeune, d’avoir mangé du « bê ». Quand une vache était prête à vêler, une de nos voisines demandait à mes parents de lui garder la deuxième traite, que d’habitude on jetait. Elle disait que c’était pour faire du «  ». Elle attribuait à cet aliment de hautes qualités énergétiques et disait qu’il n’y avait rien de pareil pour avoir une bonne santé. Un jour, maman a gardé une partie du lait afin de goûter ce met inhabituel. Elle a vidé le lait dans un casserole qu’elle a déposée sur la plate-buse du poêle pour faire cailler le lait. Le lendemain, il était caillé  et, dans le fond du récipient, se trouvait un dépôt ressemblant très fort à du flan. On a vidé le liquide qui surnageait et recueilli le «  » dont nous avons garni nos tartines que nous avons saupoudrées de sucre fin. Cela n’a pas été très apprécié et l’expérience n’a pas été renouvelée. »

D’autres lecteurs nous feront-ils le plaisir de nous conter les souvenirs qu’ils ont conservés de ce plat oublié ?

La Petite Gazette du 22 mai 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… ET VOUS ?

   C’est au tour, aujourd’hui, de Mme Marie-Jeanne Renard-Cornet, de Hives, de nous communiquer ses souvenirs à propos du « bèt ».

« Je me rappelle que, dans mon enfance, notre voisine âgée possédait une vache. A chaque naissance d’un veau, c’était pour elle une fête que de confectionner le bèt. Le deuxième jour, elle prenait le lait rosé et gluant ajoutait un peu de farine et de sucre ce qui formait une espèce de flan. Elle avait invité notre instituteur au goûter. Celui-ci était très nåreûs , comme on disait en patois, c’est-à-dire qu’il était vite dégoûté. Quand il y eut termine, « C’était bien bon Marie ! » « Savez-vous ce que vous avez mangé ?  et bien, c’était du bèt ! » Il s’est lancé dehors et a remis tout son repas en disant que, jamais, il ne mangerait plus du bèt. »

Un grand merci à cette aimable lectrice pour cette plaisante anecdote.

Je n’ai pas encore reçu la moindre information pour ce lecteur à la recherche de la marche à suivre pour produire une boisson pétillante à base de sève de bouleau… Qui viendra à son aise ? Comme d’habitude, je compte sur votre gentillesse et votre propension à rendre service ou à faire plaisir et vous en remercie d’avance.

La Petite Gazette du 6 juin 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… et vous ?

L’eau de bouleau

   Enfin, grâce à une communication de Monsieur Louis Langen, de Haute-Bodeux, voici des informations sur l’eau de bouleau :

« Pour conserver l’eau de bouleau, outre le moyen moderne de congélation (poche à glaçons par exemple), l’adjonction de quatre à cinq clous de girofle par litre de ce liquide se montre efficace. » Mon correspondant poursuit son courrier par une très utile recommandation « par reconnaissance respectueuse et pour ne pas commettre de délit forestier, bouchon donc le trou d’écoulement après récolte de l’eau de bouleau (cheville, silicone…) ».

Merci à Monsieur Langen pour ses bons conseils, j’espère, avec lui, qu’ils seront strictement observés.

Le « bê »

Vous avez encore été nombreux à me communiquer vos souvenirs relatifs au «  » et la confrontation de vos témoignages  se montre particulièrement intéressante.

Madame Adèle Hubin, d’Embourg, m’écrit qu’elle s’est décidée à nous parler du «  » qu’elle connaît très bien et depuis longtemps (elle est octogénaire). « mes parents étaient ardennais, ils habitaient Rondu (Remagne). Mon père s’appelait Hubert Hubin et ma mère Céline Goergette, ils tenaient une petite ferme. J’étais toute petite, mais je me rappelle qu’ils faisaient du «  » et que l’on mettait cela sur nos tartines. Nous étions neuf enfants à la maison, le «  » ressemblait beaucoup au flan comme goût et nous aimions tous cela. »

Monsieur Raoul Rutten, de Romsée, nous parle de ce « plat, savoureux s’il en est. Le «  » est un plat réalisé au départ du troisième lait de la vache vêlée. Ce lait est additionné de sucre et de vanille. Il est ensuite mis au four tel quel dans un plat en grès émaillé, où sa cuisson fera durcir le colostrum qu’il contient. On peut y ajouter un œuf si la quantité de colostrum est plus faible (un lait moins riche par exemple ou une quatrième traite). (…) En ce moment encore, les éleveurs plus âgés préparent ce met savoureux d’une part mais également très nourrissant, si l’on sait qu’il est consommé au moment des vêlages, soit, le plus souvent, durant les mois d’hiver. On disait « avec un pot de bê, on peut aller contre le vent du Nord ». J’en ai personnellement consommé de manière régulière et j’invite les lecteurs à en faire de même. »

Monsieur Norbert Minguet, de Kin, m’écrit à propos de « cette merveille qu’on appelle le «  » fait, par sa maman, avec le lait de la deuxième traite après le vêlage. Il faut mettre le lait à tiédir dans une terrine avec du sucre, de la vanille, de la cannelle (bâton). Mélanger de temps en temps pour que le lait soit bien homogène. Le mélange est ensuite mis au four légèrement chauffé ; le lait s’épaissit et prend l’aspect d’un flan, le dessus en est doré. Il se déguste chaud ou froid. »

Madame Irène Baum, de Vielsalm, nous communique la recette de sa maman ; vous allez constater qu’elle est tout à fait différente de celles parues jusqu’alors : « On prend le deuxième lait d’une vache fraîchement vêlée, le troisième si le précédent est encore trop rouge. Ce lait, le colostrum, sert à purger l’organisme du bébé, bête ou homme. Il paraît que le «  » est plein de vitamines. Passer le lait dans une étamine car il est souvent sale. Le mettre à cuire au bain marie avec du sel, du poivre, des feuilles de laurier. Mélanger un peu au début, puis laisser cuire jusqu’à obtention d’une consistance très épaisse. Manger froid. Pour moi, c’est délicieux… j’ignore si sucré c’est aussi bon. »

Un immense merci à toutes et à tous.

La Petite Gazette du 13 juin 2001

DES METS OUBLIES… L’EAU DE BOULEAU

   Une lectrice  Tenneville, correspondante depuis longtemps de La Petite Gazette, nous confie des recettes qu’elle a extraites, notamment, de l’ouvrage de Jean Valnet, La phytothérapie .

« Au printemps, on scie une branche de bonne taille pour fournir 4 à 5 litres par jour. Mise en bouteilles, elle devient pétillante. On peut y ajouter 5 clous de girofle par litre et du sucre (facultatif). »

Dans un autre ouvrage (Jean Palaiseul, Nos grand-mères savaient) : « Avant le développement des feuilles, on perce un trou avec une petite vrille dans le tronc des jeunes arbres en pleine croissance et on y enfonce une paille par laquelle s’écoule la sève recueillie dans un récipient couvert d’un linge pour filtrer. Pour ne pas épuiser l’arbre, on ne récolte que quelques jours, deux ou trois. Puis on rebouche avec une cheville en bois. Le liquide se conserve soit en le stérilisant ou en y ajoutant 6 clous de girofle et un peu de cannelle. 4 à 6 cuillerées par jour.

Pour le vin pétillant et sucré : en mettant la sève dans un récipient, on y ajoute du miel, des raisins secs plus de la sauge et du thym. Après un mois, mettre en bouteilles. On obtient les mêmes résultats en employant les feuilles au printemps. »

Monsieur G. De Meyer, de Boncelles, nous a également transmis son mode opératoire.

« Au printemps, attendre que les feuilles se forment et placer les tuyaux à plus ou moins 1,50 mètre du sol, c’est, paraît-il, l’endroit par lequel l’arbre « saigne » le plus fort. C’est pendant la nuit que la sève redescend et elle abondante par temps chaud. Lors de la récolte, mettre la sève en tourie dans un endroit frais pour éviter la fermentation (une cave par exemple). Lorsque la tourie est pleine, la monter dans un local où la température est plus élevée pour provoquer la fermentation (garage ou véranda par exemple), mais veillez à abriter la tourie du soleil. Mettre 16 litres de sève dans une tourie de 20 litres. Ajouter 2 kg de sucre cristallisé fondu dans 3 litres d’eau et le verser dans la tourie lorsqu’il est refroidi. Ajouter le jus d’un kilo de pommes Golden (extrait à la centrifugeuse). Lorsque la tourie est remplie jusqu’au goulot, placer le barboteur. Nettoyer les impuretés plusieurs fois par jour suivant la densité de fermentation jusqu’au moment où les impuretés restent au fond de la tourie. Mise en bouteilles : prendre des bouteilles à champagne, attendre que la fermentation diminue. Rincer les bouteilles qui doivent être humides lors du remplissage. Laisser 4 à 5 cm. du bord du goulot, les bouchonner et mettre un fil de fer car la pression peut atteindre 36 kilos ! mettre les bouteilles en cave, le goulot légèrement relevé. Attendre 6 mois avant de déguster, mais le boire dans l’année. Je vous souhaite pleine réussite. »

Un grand merci à cette lectrice et à ce lecteur pour leurs précieux conseils qui, j’en suis persuadé, viendront bien à point non seulement à Monsieur Jean  Laurent, de Les Tailles, mais aussi à beaucoup d’autres.