UN HALIFAX S’ECRASE A FRONVILLE EN

                                          La Petite Gazette du 25  novembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Durant les prochaines semaines, Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, va nous entretenir de cet avion dont un monument rappelle la fin. A la lecture du récit qu’il fait de cet épisode de la dernière guerre, vous pourrez prendre la mesure de l’ampleur de la recherche qu’il a menée et dont il nous livre le résultat. Je l’en remercie chaleureusement.

« Dans l’enceinte du domaine militaire (en donc, malheureusement, non accessible aux visiteurs) à Marche-en-Famenne, un monument est inauguré le 30 septembre 1997, on peut y lire les mots suivants : « Ici, en 1943, un Halifax anglais s’est écrase. Six morts. Un seul rescapé. Passant souviens-toi ». Voici le récit.
Monument_Hal_LL125_-_3

Dans la nuit du 20 au 21 décembre 1943, le Bomber Command britannique allait de nouveau frapper dur sur l’Allemagne nazie, mais aussi le payer cher en vies humaines et en avions.

C’est la ville de Frankfurt-am-Main qui était choisie comme cible principale. 650 bombardiers (390 Lancaster, 257 Halifax, et 3 Mosquito) décollèrent de plusieurs aéroports en Angleterre. La météo avait prévu un ciel peu couvert.
Mais aussitôt que les bombardiers eurent passé les côtes anglaises, les Allemands purent les identifier sur leurs écrans radars et ils les suivirent tout le long de leur itinéraire jusqu’à Frankfort. Résultat: les Allemands s’étant préparés à réserver un accueil des plus chauds aux Britanniques, la formation de bombardiers allait subir des contre-attaques de la Luftwaffe sur tout son parcours ; les canons anti-aériens se tenaient prêts. Afin de leurrer les bombardiers, les Allemands  avaient également allumé des feux à quelques 8 Km au sud-est de Frankfort. Une partie des bombes tombèrent autour de ces feux de diversion et un certain nombre tombèrent même sur Mainz à quelques 17 Km à l’ouest de Frankfort car, contrairement aux prévisions météo, le ciel au-dessus de l’objectif fut couvert à 80% par les nuages et l’identification correcte de l’objectif principal fut fort perturbée. Malgré tout, une surface importante de Frankfort, le long du Rhin et dans les districts au sud, était touchée et détruite. Les Anglais encaissaient une pénible perte: 6,3% de la force ou 41 bombardiers (27 Halifax et 14 Lancaster) n’allaient pas rentrer.
Les Anglais avaient aussi leur plan de détournement: une attaque simultanée fut lancée contre Mannheim comme objectif secondaire avec 44 Lancaster et 10 Mosquito. Ce raid n’allait malgré tout pas détourner beaucoup de chasseurs de l’objectif principal Frankfort, et la majeure partie des bombes tombèrent malheureusement à l’extérieur de Mannheim suite à une mauvaise visibilité. Ici, aucun bombardier ne fut perdu.
Cette même nuit, Liège aussi figurait sur la liste des objectifs secondaires et ses usines d’armement recevaient la visite de 8 Lancaster et 8 Mosquito. Mais les marquages effectués par ces derniers n’étaient pas visibles à travers la couche épaisse de nuages et les bombes ne furent pas larguées. Cette attaque se solda par la perte d’un Lancaster.
D’autres raids secondaires visaient Rheinhausen et Leverkusen avec respectivement 6 et 5 Mosquito sans subir de pertes, tandis que 23 bombardiers Stirling déposaient des mines dans les eaux de Friesland. Un Stirling allait s’écraser en mer.
Le bombardier qui tomba à Fronville était un quadrimoteur Handley Page « Halifax » LL125 du 77 Squadron, et qui portait le code KN-K sur son fuselage. L’équipage avait survécu aux 18 missions précédentes. Ce 20 décembre 1943, leur avion avait décollé d’Elvington (un petit village à 11 Km de York) à 16h.30 avec sept hommes à bord. Il faisait partie de l’effort principal dirigé contre Frankfort. Au dessus de l’objectif, la première vague de bombardiers se trouva dans un véritable guêpier, les phares jaunes illuminaient les bombardiers sur leur parcours et les chasseurs de la Luftwaffe piquaient sur la formation. Le bombardier LL125 se trouvait dans la deuxième vague à 7000 mètres d’altitude. Bien qu’il fût très secoué par les tirs anti-aériens, il atteignait le but sans dégâts. Après avoir largué ses bombes sur Frankfort, l’avion retournait pleins gaz direction l’Angleterre et la sécurité. »

La Petite Gazette du 2 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, le récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O.

  1. La catastrophe : Tout allait bien pendant une heure, mais cela n’allait pas durer … Terry Bolter, un des survivants, nous raconte: « A 20h.43 précises, le LL125 fut pris comme cible par un Me-110 qui avait approché   par derrière et était resté inaperçu.  La première rafale touchait le moteur intérieur à tribord qui prenait feu immédiatement. Le pilote avertissait l’équipage qu’il allait piquer l’avion pour essayer d’éteindre le feu. Cette manœuvre était  vaine. Le pilote voyait que le feu se propageait dans les réservoirs d’essence et que bombardier allait exploser, et il donna l’ordre de sauter immédiatement. J’étais en train deme tourner vers la trappe de secours lorsque l’avion entama un piqué incontrôlé. Nous fûmes rabattus sur le plancher par le phénomène de la gravité. Ma main gauche sur les yeux et ma main droite serrant inconsciemment la cordelette d’ouverture de mon parachute, j’attendais que la terre se rapproche, et j’étais persuadé que c’était la fin. Soudain, le nez en perspex commença à se fendre devant moi s’ouvrant suffisamment large pour que je puisse me libérer et sauter dans le vide. Regardant le ciel, je vis le bombardier en feu au-dessus de moi. J’ai tiré la cordelette et la calotte de soie s’ouvrit; j’allais survivre ! Des morceaux de métal tombaient autour de moi alors que notre avion se disloquait dans sa dernière descente. Puis, il s’écrasait et les nuages se teintaient de rouge alors que je les traversais. J’ai atterri à quelques cinq Km à l’ouest de l’endroit où l’avion brûlait dans l’obscurité. J’ai enlevé la boue autour des débris de l’avion. Malgré que j’aie perdu une de mes bottes en sautant en parachute, je me suis mis à marcher. Je suis arrivé devant  un petit hangar abandonné où j’ai passé la nuit ».

Terry_Bolter_(Halifax_Fronville) TERRY BOLTER   

Deux hommes ont pu quitter l’avion à temps : F/Lt Frank. G. Shaw et F/O Terence « Terry » Frank Bolter. Les cinq autres ont péri avec le bombardier. (Une erreur a été commise sur le monument érigé à Marche: il n’y avait pas six, mais cinq victimes !). Ces cinq victimes sont enterrées au Hotton War Cimetery, pelouse V-5, sépultures 1 à 5 : Squadron Leader Herbert F. Bickerdike (21ans, pilote), F/O Robert W. Pendergrest (navigateur), Sgt R. F. Walter (21  ans, mitrailleur), Sgt William A. Cockburn (23 ans, mitrailleur), et F/O Gordon L. Hills (20 ans, mitrailleur).

René Gilet, de Melreux, avait 15 ans quand il fut témoin des faits. Voici son récit :

« Nous étions devant notre porte dans la rue de la gare quand nous aperçûmes un avion en flammes piquer vers Fronville. Le lendemain, au lieu d’aller à la gare pour rejoindre l’école à Marche, j’ai décidé de faire l’école buissonnière et de me rendre au lieu du crash. Les débris encore fumants se trouvaient à l’extrémité du vivier. La feldgendarmerie était sur place. Les Allemands autorisèrent les gens à s’approcher et même à emporter des morceaux de mica qui allaient servir à  fabriquer des bagues et des petites croix. En ce qui me concerne, j’ai trouvé une pipe d’un membre de l’équipage. Quelqu’un m’a dit qu’une paire de lunettes d’aviateur avait été trouvée dans un hangar non loin de la route de Grand-Han. J’ai décidé alors de partir à la recherche d’éventuels survivants. Dans un champ labouré, j’ai remarqué des traces qui me conduisaient vers un monticule de terre. Imaginez mon émotion quand j’ai découvert un parachute et un harnais. Je comprenais immédiatement qu’un survivant devait se cacher tout près. Mais, malgré mes efforts, je ne l’ai pas trouvé. Je suis rentré chez moi avec le parachute que les voisins sont venus admirer. Mais la soie allait vite connaître un nouveau futur ; elle a servi à confectionner des vêtements pour toute la famille. Quant au harnais, il était relégué au grenier.Je me souviens qu’il portait le nom Terry Bolter. » 

La Petite Gazette du 9 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, le récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O. Rappelons que cette recherche a pour point de départ un monument présent dans le domaine militaire de Marche-en-Famenne.

«3. L’évasion de Terry Bolter : F/Lt Frank. G. Shaw et F/O Terence « Terry » Frank Bolter ont pu quitter l’avion, mais les deux survivants n’allaient plus se rencontrer. La ligne secrète d’échappement de la Résistance s’occupera d’eux. Mais cela finira mal malgré tout pour Frank G. Shaw. Le 6 juillet 1944, quatre aviateurs partent de Mettet dans un camion guidé par M. Paul Frappier, « passeur » de Comète. Un contrôle d’une patrouille routière allemande à hauteur de Spontin tournera mal et ils finiront leur périple comme prisonniers de guerre.

Terry Bolter aura plus de chance. Reprenons son récit de l’évasion.

« Le lendemain (21 décembre donc) j’ai vérifié mon équipement d’échappement à l’intérieur de ma tenue de survie dans la grange. J’avais du chocolat, de l’argent belge et français, une carte en soie, des  pilules de  purification d’eau et  une bouillotte.  La nuit          tombe vite en décembre, il fallait agir rapidement et je me suis mis à marcher dans la campagne. J’ai arrêté un cycliste qui venait dans ma direction et qui a manqué de tomber de sa bicyclette d’étonnement».
C’était à hauteur de la route de Melreux vers Grand-Han que T. Bolter entendit des gens parler en français et qu’il décida de demander de l’aide. Vers 17h.30, il accoste un fermier qui passe à vélo et lui demande de la nourriture et des souliers. L’homme à vélo était Camille Marchal qui rejoignait son domicile à Somme-Leuze. Camille ne comprenait pas ce qu’on lui disait, mais ayant connaissance qu’un avion allié était tombé dans les bois, il en déduisit que l’homme devait être un aviateur et il décida de d’aider. Camille retourna chez son père à Melreux et en revint avec une paire de souliers, puis il transporta l’Anglais sur le cadre de son vélo jusqu’à Somme-Leuze. Cependant, par mesure de sécurité, l’Anglais continuera à pied loin derrière le vélo à l’approche du patelin. Arrivé au château de Stasse, il a caché l’aviateur dans un meule de paille, puis, il est allé raconter son histoire à M. Paul Laffut, un lieutenant dans le Résistance. Après avoir identifié l’homme comme un vrai aviateur anglais, on l’a soigné et nourri au château, puis, il restera quelques jours avec la famille Marchal avant que son extradition ne soit organisée par la ligne d’échappement « Comète ».
En janvier 44, après avoir été interrogé et identifié par le réseau « Vic », Terry Bolter, accompagné d’un Résistant sûr du réseau « Zéro », est évacué en train sur Bruxelles où il sera logé (caché) jusqu’au printemps. Un jour, il échappera de justesse à un contrôle de la Gestapo, et devra changer de refuge. En mai 44, il est évacué par la Résistance avec d’autres aviateurs, des Américains, sur Paris. Ils resteront cachés chez Philippe d’Albert-Lake, le grand chef de la ligne « Comète » à Paris, (dont l’épouse (Virginia) sera plus tard arrêtée, lors d’une autre extradition secrète d’aviateurs, et envoyée au camp de concentration de Ravensbrück, mais elle survivra). L’extradition de Terry Bolter se poursuivra en plusieurs étapes avec des arrêts à Bordeaux et Bayonne. De là, accompagné de « Hugo-le-Fraudeur », un passeur expérimenté de la Résistance, il reste encore 40 Km à parcourir à vélo, des montagnes à grimper la nuit, une petite rivière qui sépare la France et l’Espagne est à traverser, mais il faut avant tout échapper aux sentinelles allemandes postées à intervalles de 50 mètres le long de la rivière. Mais ils réussiront la traversée sans encombres. Et puis, c’est la liberté.

Terry Bolter traversera toute l’Espagne, du Pays Basque jusqu’à Gibraltar, où l’Ambassade britannique le rapatriera en avion vers Whitchurch (Bristol) dans la nuit du 24 au 25 juin 44.
Après la guerre, Terry Bolter publiera le récit de son évasion « Escape from Enemy Occupied Europe« , et il retournera à plusieurs reprises visiter Camille Marchal en Belgique. »

La Petite Gazette du 16 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, la fin du récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O ; je sais que sa lecture vous a passionnés et je le remercie encore pour l’ampleur de la recherche qu’il a menée et qu’il a partagée avec nous tous.

« 4. La Luftwaffe défend son territoire
Découvrons maintenant la Luftwaffe défendant son territoire.
La vague de bombardiers fut identifiée dès qu’elle passa la côte anglaise en direction de l’estuaire de l’Escaut. Les premiers bombardiers franchirent la côte hollandaise à 18h.00. Etant donné que la visibilité était bonne, la chasse de nuit fut alertée et les premiers éléments du 3JD furent dirigés par radar vers la vague de bombardiers.
En plus de cela, quelques 80 chasseurs de nuit étaient déjà opérationnels et patrouillaient au-dessus de la Hollande et la Belgique.
Le 1er Jagdkorps « scrambled » comptait 177 chasseurs de nuit Me-110 et constitua deux forces. La première, commandée par la 1e Jagddivision, se rassembla au-dessus des radiobalises « Philipp » (région de Paderborn) et « Otto » (région de Frankfort), tandis que la deuxième force, sous commandement de la 2e Jagddivision, se dirigea vers l’ouest de Berlin. Il fut vite établi que la vague de bombardiers progressait dans la direction sud-est, mais les Allemands n’avaient, à ce moment, pas de certitude sur l’objectif de la RAF. Ils prenaient donc leurs précautions contre un éventuel bombardement lourd sur leur capitale.

La Luftwaffe eut son premier contact avec les bombardiers à 18h.19  au sud des Pays-bas et quelque 30 interceptions furent rapportées entre Gilze-Rijen et Frankfort.  Dix bombardiers furent détruits.  Entre-temps,          les contrôleurs radar firent rejoindre les chasseurs de « Philipp » vers la balise « Otto » au nord-est de Frankfort. A 19h.24 précises, des marqueurs furent largués sur Frankfort, et les bombes tombèrent sur la ville  de 19h.24 à 20h.05. Mannheim fut bombardée 4 minutes avant le raid sur Frankfort ce qui fit croire aux Allemands que deux cibles principales allaient subir un bombardement simultané. Mais il s’avéra assez vite que Mannheim ne constituait qu’une attaque de diversion et quelques chasseurs seulement y furent envoyés.
Le premier combat au dessus de Frankfort eut lieu à 19h.37, treize minutes après le début du bombardement. Seize engagements eurent lieu et se soldèrent par la perte sept bombardiers de la RAF. A ce moment, les chasseurs de « Philipp » arrivèrent au dessus de « Otto » et les combats firent rage jusque sur Koblenz (sur le chemin de retour de Bomber Command). Quand la flotte eut atteint de nouveau la côte des Pays-Bas, quelques 50 interceptions avaient eu lieu, provoquant la perte de 25 bombardiers.
Revenons-en aux 80 chasseurs de nuit Me-110 patrouillant au-dessus de la Belgique et des Pays-Bas. Eux n’ont pu descendre qu’un seul bombardier retournant de Frankfort. C’est celui que Oblt Wilhelm Henseler du 4/NJG1 intercepta à 20h.43  à une altitude de 5000 mètres dans le secteur « Murmeltier » (cela veut dire Marmotte), et qui alla s’écraser à Fronville (Hotton) près de l’ancien vivier. Oberleutnant Wilhelm Henseler du 4/NJG1 marqua ici sa 4ème victoire (il en aura 11 à la fin de la guerre) en abattant le Halifax LL125.

Bilan de ce 20/21 décembre 43: La Luftwaffe avait perdu neuf chasseurs dont seulement deux au combat, et six autres dus à des problèmes mécaniques ou à un manque de carburant. Après évaluation, la Luftwaffe fut créditée de 43 victoires confirmées et de 6 probables. Ceci était légèrement surestimé car la RAF ne perdit, en réalité, que 42 bombardiers (27 Halifax et 14 Lancaster au dessus du Continent, et 1 Stirling en mer). Mais il faut augmenter ce bilan de 16 autres bombardiers qui ont réussi à rejoindre l’Angleterre, malgré des dégâts très sévères, et qui alourdiront le bilan final.
Ce 20 décembre 1943, six bombardiers se sont écrasés en Belgique: deux Halifax dont un à Rodenbos (frontière belgo-allemande) et l’autre à Sint-Truiden; et quatre Lancaster : un à Fouron-Saint-Pierre à 19h.10 abattu par Oblt Werner Baake, un à Baugnez (Malmédy) abattu à 19h.22  par Hauptmann Hans-Karl Kamp, un à Merbes-le-Château (Liège) à 20h.29 descendu par Hauptmann Kurt Fladrich, et un près de Diest qui fut malencontreusement touché par les mitrailleurs d’un autre Lancaster. »

Tombes_crash_FronvilleLES  TOMBES DE CES AVIATEURS

Maintenant que nous en avons terminé avec l’évocation de cette bataille aérienne et de ses conséquences, nous allons pouvoir évoquer la genèse du monument commémoratif élevé dans le domaine militaire de Marche-en-Famenne. En effet, je viens de recevoir une communication très détaillée de celui qui est l’instigateur de l’érection de ce monument, M. Michel Lecarme, de Marche-en-Famenne. Grâce à lui, nous pourrons compléter les précieuses informations fournies ces dernières semaines grâce à l’enquête minutieuse de M. Verhelle.

VOUS ETES VRAIMENT DES LECTEURS TRES ATTENTIFS…

Monsieur Michel Leduc revient, avec beaucoup d’à-propos  sur l’épisode 2 du récit de M. Verhelle car il est, m’écrit-il, «  resté en arrêt devant la photo de l’aviateur, car elle était inversée… (N.D.L.R. Il avait tout à fait raison, cette erreur avait été commise au montage de la page car je n’ai jamais eu que le cliché paru ci-dessus et donc à l’endroit !)

Cela se remarque aisément à l’aile (unique, donc pas un pilote), qui se porte sur le côté gauche de la poitrine. De même les barrettes des médailles. Comme ce navigant est tout de même titulaire de la Distinguished Flying Cross (représentée par les diagonales pourpres), je pense que c’est la moindre des choses de lui rendre son aspect initial.

En Grande-Bretagne, cette distinction, réservée au personnel de la Royal Air Force et assimilés, pour acte de courage à l’ennemi, était attribuée dès le grade de Warrant Officer (Adjudant). Cette distinction, comme d’autres, donne le droit de faire figurer les initiales DFC à la suite de son nom. Ce dont les britanniques ne se privent pas…

DFC

1.100 ont été décernées lors de la Grande Guerre. 20.354 DFC ont été attribuées pendant la Seconde Guerre Mondiale. 964 à des personnels hors Commonwealth dont un certain nombre de Belges. Malgré une recherche (sommaire), je ne suis pas en mesure de vous dire combien. Toutefois, le premier aviateur à la recevoir fut Jean Offenberg dit Piker, le Peïke de Bruxelles à la sauce (à la menthe) anglaise, dont je joins une photo souriante dans son Spit au 609 Squadron.

Jean_0ffenberg_dit_Piker

Les Belges ont eu deux squadrons dédiés, le 349 et le 350 (le premier chiffre 3 étant réservé dans la RAF aux squadrons étrangers homogènes) mais un certain nombre de nos pilotes ont préféré être intégrés dans d’autres unités pour des raisons qui leur appartenaient.

La devise du 609 était « TALLY HO », en bon français « Taïaut », tout un programme…
Jean Offenberg, un des « Few » n’a pas survécu au conflit.

Si cette distinction a été créée en 1918, il a fallu attendre 2008 pour que la première femme, la Flight Lieutenant Michelle Goodman, soit ainsi honorée. »

Merci pour ce légitime souci de précision.

La Petite Gazette du 23 décembre 2009

L’HISTOIRE DE CE MONUMENT

En voir la photographie avec le premier volet de cette série d’articles.

Comme promis, je vous livre maintenant les renseignements qui viennent compléter les résultats de l’enquête menée par M. Verhele au sujet de ce monument élevé au cœur du camp militaire de Marche-en-Famenne. J’ai, en effet, pu compter sur la précieuse collaboration de M. Michel Lecarme, l’instigateur de sa construction. M. Lecarme est arrivé au camp de Marche en 1975 avec le grade de 1er Sgt et y a été pensionné, en 1997, au grade d’adjudant-chef. Durant toutes ces années, il occupa la même fonction : chef de peloton plaine.

« Les bois de la croix sont deux poutres en chêne provenant d’une ferme démolie de Focagne, un hameau de quatre ou cinq fermes exproprié dans les années septante car intégré dans le domaine militaire. Sur cette croix, il y a un crucifix qui provient du grenier de ma grand-mère et que j’ai récupéré lors de son décès. Le Christ provenait du cercueil de mon grand-père que je n’ai pas connu car il a été tué en 1935 ; ma grand-mère l’avait toujours gardé !

Le bloc de granit vient de la carrière de Marenne qui en avait fait cadeau. La plaque de fer a été peinte, avec les lettres, par le CLC Gailey du peloton plaine de l’unité Camp Marche.

Les pierres au pied de la croix ont été récupérées du pont situé sur le chemin de la ferme du Bois à Baillonville (Haie du cerf). Lors de la construction de la Tanktrack, le Génie a construit un nouveau pont, donc l’ancien a été démonté et le matériel récupéré par le peloton plaine et stocké.

En 1992, lors d’une rencontre près de cet endroit avec le responsable des Eaux et Forêts, M. Piret, de Fronville, en parlant de choses et d’autres, il m’appris qu’il y avait là un Christ et une plaque de fer rappelant qu’un Halifax était tombé là en 1943.

A l’aide d’un détecteur de métaux, j’ai retrouvé une partie du Christ et la plaque de fer, j’étais donc au bon endroit. Il ne me restait plus qu’à demander l’autorisation à mon chef de corps de l’époque de reconstruire un monument rappelant les faits. Le Major me dit qu’on y penserait peut-être plus tard et donc, de temps en temps, je lui rappelais mon idée. En 1997, il marqua son accord pour que débutent les travaux. Mes fonctions me donnaient le matériel et le personnel nécessaires et, bénéficiant de la carte blanche donnée par mon chef, le monument put être construit comme je l’avais imaginé. Il fut bien inauguré, en 1997, en même temps qu’un stand de tir. »

Voilà que, grâce à la Petite Gazette, nous avons reconstitué toute l’histoire de ce monument et de ce qu’il rappelle. Un grand merci à M. Lecarme.

 

 

LA BATELLERIE SUR L’OURTHE

La Petite Gazette du 10 mars 2010

AU SUJET DES EDITIONS BICHEROUX A ESNEUX ET DE LA BATELLERIE

Monsieur Philippe Hamoir, d’Esneux, est un passionné du passé de sa commune et il aime à partager largement ses connaissances. Il a mené une enquête minutieuse à propos des Editions Bicheroux. Il vous en livre les résultats en les illustrant de documents vraiment exceptionnels par leur qualité et leur rareté. Je l’en remercie tout spécialement.

« Aucune de mes listes de noms sur Esneux (matrice du plan Popp, liste électorale de 1907…) ne comporte le nom de Bicheroux, ce qui peut s’expliquer s’ils (ou semble-t-il, elles) n’étaient pas propriétaires ou, tout simplement, n’avaient pas droit de vote en tant que femmes.

Cependant je me suis entretemps souvenu des éléments que je décris brièvement ci-après et que j’ai exploités lors de l’exposition sur la batellerie que j’avais organisée en octobre 2008 à Hony, dans le cadre de Wallonie Week-end Bienvenue.

Manifestement les Soeurs Bicheroux ont tenu à Esneux un commerce de papeterie à la fin du 19e et probablement tout début du 20e siècle. En témoignent les nombreuses cartes postales éditées à leur nom (Bicheroux à Esneux, Editeur Bicheroux à Esneux ou Edit. Bicheroux Soeurs à Esneux), toutes antérieures à 1905, date jusqu’à laquelle le dos des cartes était exclusivement réservé pour y indiquer l’adresse du destinataire.

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Cette carte postale éditée à leur nom (Editeur Bicheroux à Esneux) représente le sommet du vieux Thier et la place de l’église; on y distingue le sommet de la fontaine à trois vasques en pierre, initialement édifiée face à l’ancien hôtel Cobus. Or, pour permettre l’aménagement de la place, cette belle fontaine a été supprimée en 1890 en même temps que la suppression de la « basse » (mare) se trouvant devant l’ancien hôtel des Familles (administration communale actuelle). On pourrait donc en conclure que l’éditeur Bicheroux existait déjà avant cette date. Evidemment, tient à préciser mon correspondant, cette carte pourrait avoir été rééditée au début du 20e siècle, même si le cliché date d’avant 1890. Car pourquoi aurait-on précisé « ancienne église », et pas « église » tout court? Probablement la nouvelle était-elle déjà construite (1901), ou en cours de construction (1899-1900), ou l’ancienne en cours de démolition (avril 1899).

En illustration de leur commerce de papeterie et d’imprimerie, je  joins la note d’envoi des Etablissements Gordinne & Fils à Liège, relative à des fournitures de rames de papier et de buvard qui leur sont destinées. Cette expédition date du 9 juin 1899 et a été effectuée par la Barque de l’Ourthe, nom donné au hernà Cornélie du batelier Joseph Pahaut de Tilff.

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Joseph Pahaut assurait un service de messagerie entre Liège (quai de l’Université) et Douxflamme à Comblain. Il avait d’ailleurs fait imprimer par les Soeurs Bicheroux un feuillet réclame (photo ci-jointe) mentionnant les horaires et les lieux desservis.

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A partir de fin 1899, Joseph Pahaut assure cette messagerie avec son nouveau hernà, La Maria, construit en métal par les Etablissements Jabon & Frères à Ombret, et toujours surnommé La Barque de L’Ourthe. Ci-joint une très belle photo du Maria accosté à Douxflamme.

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Ces documents m’ont été communiqués par la fille du batelier Joseph Pahaut, que je remercie encore de conserver ces témoignages historiques. » A ces remerciements, j’ajoute les miens, ces documents sont vraiment exceptionnels.

         La Petite Gazette du 2 avril 2014         

LES MIGNOLES ET LES HERNAS DE L’OURTHE…

Monsieur J-P Gailliez est l’heureux propriétaire d’un bateau qui a navigué sur l’Ourthe et son canal. Aujourd’hui, ce bateau, entièrement restauré et en ordre de navigation, propose des chambres d’hôtes. Il est actuellement amarré au port de Seneffe et porte le nom d’Amélie.

Son heureux propriétaire nous en donne des nouvelles :

« Voici quelques nouvelles de mes recherches concernant la mignole restaurée après plus de 10 années de travail acharné. Dans l’espoir de découvrir l’histoire du bateau, je me suis mis à la recherche de toute piste susceptible de retrouver ses origines. Construit au chantier Jabon à Ombret en 1917, il a d’abord porté le nom d’ HUBERT.

J’ai retrouvé une partie des archives du chantier auprès de l’IHOES (Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale) à Seraing. Quelle chance : le listing des bateaux construits pendant la guerre y est présent. La Mignole HUBERT y a été construite simultanément à la mignole ANTOINETTE sur commande de Monsieur Hubert Maréchal, de Méry.

Quelques semaines plus tard, j’ai trouvé chez Delcampe une carte postale représentant un concert sous le pont d’Esneux organisé à bord de deux mignoles amarrées l’une à l’autre. Le pont d’Esneux est situé à proximité immédiate de Méry…  Les deux bateaux ressemblent fortement à l’AMELIE ex HUBERT.  Ce serait incroyable que ce soient précisément les 2 bateaux construits pour Maréchal en 1917. »

pont d'esneux

 

 

 

 

 

 

N.D.L.R. Ici, il est intéressant d’apporter directement la réponse à cette question. J’en laisse le soin à M. Philippe Hamoir, de l’asbl « Le vieil Esneux » :

« Quant à la carte postale représentant un orchestre jouant sur l’Ourthe, sur deux hernàs jumelés, je pense qu’il s’agit probablement de deux pontons (sans roof central), alors que le Hubert et l’Antoinette devaient certainement comporter de base un tel roof. Et que c’étaient des bateaux en bois de bateliers locaux, Esneux et Hony étaient également des fiefs de bateliers à l’époque. A proximité immédiate de ce lieu sont d’ailleurs visibles sur certaines cartes et photos des hernàs ou pontons en cale sèche. »

Monsieur Gailliez poursuit : « Il est étonnant que ce Monsieur Hubert Maréchal ait décidé d’investir en pleine occupation allemande dans la construction non pas d’une, mais de deux mignoles !  Cela m’interpelle… Quel était son projet ?  Assurer le passage de l’Ourthe et / ou de la Meuse suite à la destruction de nombreux ponts pendant l’offensive allemande ?

J’ai repris la lecture du livre de DALEM et NELISSEN, 1000 ans de navigation sur l’Ourthe, j’étais arrivé à la page 169… et quel hasard !!  page 171, les auteurs y font mention d’un herna dénommé ANTOINETTE et d’un remorqueur qui appartenait à M. van Bossuyt Maréchal de Méry ! »

Et Philippe Hamoir de répondre avec la précision qu’on lui connaît :

« Concernant Hubert Maréchal, qui a fait construire ces deux hernàs, voici les renseignements que j’ai glanés:

Maréchal Hubert Georges, né à Tilff, le 3 novembre 1861, fils de Eugène Maurice et de Gilman Marie-Jeanne Félicie. Il exerce la profession de maître batelier et habitait à Méry, avenue d’Esneux n° 55. Il a épousé à Esneux, le 3 décembre 1898, Halleux Marie Antoinette, née à Esneux le 22 avril 1863. Ils ont eu une fille Nelly Marie Joséphine, née à Tilff le 27 octobre 1901. Cette dernière a épousé le 2 mai 1922 à Tilff, Van Bossuyt Richard Henri, né à Pepinghem (Brabant) le 4 février 1896. Il exerçait la profession d’instituteur et habitait à Méry, rue de l’église, n° 2. Mais Richard Van Bossuyt a préféré reprendre et poursuivre la profession de son beau-père. Il a d’ailleurs été le dernier batelier sur l’Ourthe, jusqu’à 1950.

Les noms des bateaux reflètent bien les prénoms du couple Maréchal et de leur fille Nelly.

Il est probable qu’Hubert Maréchal a lui-même poursuivi l’activité de son beau-père, Eugène Maurice Gilman, dont c’est vraisemblablement le père, Lambert Joseph, qui est répertorié comme batelier dans la matrice du plan Popp de Tilff, dressé avant 1866. Ces Gilman disposaient des parcelles, dont la parcelle 160b sur laquelle a été construite la grange batelière comportant une ancre gravée sur la clef de voûte datée 1879 (dont je joins la photo). Je devrais néanmoins vérifier ces dernières suppositions. »

grange batellière

Aborder pareil sujet dans La Petite Gazette est toujours un régal car il permet de se remémorer une réalité régionale absolument passionnante et dont les vestiges, toujours bien  visibles le long de l’Ourthe et du canal de l’Ourthe, méritent d’être mieux connus encore pour être bien protégés.

 La Petite Gazette du 16 avril 2014

UNE PRECISION SUR LES DERNIERS BATELIERS DE L’OURTHE

Notre récent article sur le sujet a suscité commentaires, questions et réflexions parmi ceux que le sujet passionne. Merci pour les précisions apportées par Mme Anne-Marie Halleux et MM. Paul Natalis et Philippe Hamoir.

La question qui s’est posée concerne le prénom du dernier batelier de l’Ourthe, à savoir un certain Van Bossuyt.  Philippe Hamoir nous a parlé de Richard (il m’a entretemps signalé qu’il avait répondu un peu vite…). Monsieur Natalis, lecteur très attentif de la Petite Gazette, lui a fait remarquer que cela ne correspond pas au prénom que lui donne son ami et poète wallon Marcel Bouchat dans un poème lui dédié et intitulé  « Li bat’lî » avec en-tête  « A m’ camarâde René Van Bossuyt, li dièrin bat’lî d’ Oûte ».

René est en fait le fils de Richard Van Bossuyt.

Madame Halleux apporte les précisions suivantes : « Richard Van Bossuyt est décédé en 1942 et est enterré au cimetière de Tilff (av. Laboulle) dans un caveau familial.

Ce même Richard Van Bossuyt avait épousé Nelly Maréchal et ils ont eu deux enfants : René et Lucy. Quand Richard est mort, René avait 15 ans, ce sont sa maman et sa soeur qui ont repris l’exploitation de la péniche. Puis, à l’âge de 17 ans, c’est René qui a pris la relève seul. Le bateau appartenait avant à un certain Monsieur Hubert Maréchal.

Pour information, René est né le 11/07/1927 et est décédé le 04/11/2007. »

C’est donc René, le fils de Richard Van Bossuyt, qui a poursuivi l’exploitation de son père Richard, décédé en 1942. Il n’avait que 23 ans lorsqu’il en arrêta définitivement l’exploitation.

La Petite Gazette du 30 avril 2014

SUR LE CANAL DE L’OURTHE

Monsieur Jean-Pierre Beaufays, pour donner bonne suite aux récentes communications sur les bateaux ayant circulé sur l’Ourthe, me fait parvenir cette très belle photographie :

hernaPHOTO DU HERNA

« Cette photo a été prise à l’écluse de la Mâle Eau à Tilff le 03-11-1935, on y reconnaît mon oncle René Beaufays (environ 1910-1980) prenant la pose sur une de ces embarcations. Autant qu’on puisse en juger, le barreur devait être musclé.

D’après l’ouvrage de Robert Dalem et André Nelissen, Mille de navigation sur l’Ourthe et ses affluents, pages 167 et suivantes, les historiens ne s’entendent pas sur l’appellation de ces barques. Mignolle, ponton ou herna.

Ce dernier terme m’étonne car, autant que je me rappelle, on désignait sous ce nom les filets de tenderie utilisés jadis pour capturer les petits oiseaux. Rien à voir donc avec la batellerie. »

Sur le même sujet encore, Monsieur Luc Nollomont, secrétaire-trésorier du cercle d’Histoire et d’Archéologie SEGNIA, rappelle que le Hors-série n°6 de ce cercle (publié en juin 2012) présente un article de B. Marnette qui devrait intéresser les passionnés de l’histoire de l’Ourthe, notamment en ce qui concerne le batelier Van Bossuyt.

A propos des lignes vicinales dans nos régions

La Petite Gazette du 17 janvier 2001

LES TRAMWAYS VICINAUX EN OURTHE-AMBLEVE

Prochainement, du 15 avril au 21 août 2001, le Musée communal Ourthe-Amblève, de Comblain-au-Pont, consacrera une exposition sur ce thème. Y sera retracée l’histoire des lignes vicinales Clavier-Comblain-au-Pont, Manhay-Comblain-la-Tour et Trooz-Poulseur. Le Musée lance un appel à tous ceux qui pourraient aider, grâce à leurs documents (archives, photographies, journaux…) ou leurs souvenirs et anecdotes, à la réalisation de cette exposition. Les personnes qui voudraient répondre à cet appel sont invitées à se manifester au Musée afin d’envisager les modalités de la collaboration possible. J’ose espérer que le Musée réservera quelques-uns des clichés reçus et quelques anecdotes enregistrées pour les lecteurs de La Petite Gazette afin d’en faire profiter le public le plus large possible.

A propos de la ligne Trooz-Poulseur, Monsieur A. Forthomme, de Nonceveux, m’a transmis cette intéressante reproduction d’une ancienne carte postale montrant l’arrêt du vicinal à Louveigné. Il souhaite obtenir des informations sur cette ligne, j’imagine dès lors qu’il visitera attentivement l’exposition du Musée de Comblain-au-Pont, mais, en attendant, il pourra consulter avec intérêt le merveilleux ouvrage « Tramways au Pays de Liège » édité par le G.T.F ou compter sur la collaboration des lecteurs de La Petite Gazette.

vicinal1

    Madame Ninie Dehossay, de Comblain-au-Pont, me parle, elle, de la ligne Comblain-au-Pont-Clavier :

« Notre tram, moderne à l’époque, fit son premier trajet Comblain-au-Pont-Clavier après la construction du pont en 1896. Il fut longtemps le centre d’attraction de notre village même si, à deux reprises, il allait semer la panique, suivant les cas parmi le personnel roulant ou la population.

Mon père, Jean Dehossay, fut « machiniste » dès la mise en fonction de la ligne. En 1898, il épousa ma mère et vint s’installer définitivement à Comblain. En 1911, un accident, que je vais vous détailler, aurait pu lui être fatal. Dans une carrière d’Anthisnes, il était occupé à accrocher au convoi des wagons de pierres pour les acheminer vers la gare de Comblain. Le maître de carrière vint le prier de bien vouloir ajouter deux wagons supplémentaires. Connaissant les limites de résistance de « sa mécanique », mon père lui opposa un non catégorique. C’était sans compter sur l’intervention du chef de train qui accéda au désir du maître carrier. En nette surcharge, le convoi ne put maîtriser sa vitesse malgré le sablage qui s’écoulait sur les rails, pour affermir l’adhérence en évitant, théoriquement, le patinage. Rien n’y fit ! En désespoir de cause, mon père cria au chauffeur : « Saute et descends le talus pour aller actionner l’aiguillage qui nous mènera sur la voie de détresse ! » Le chauffeur arriva à temps mais le convoi n’en pulvérisa pas moins les butoirs de secours pour venir percuter le mur à l’entrée du village. Le premier wagon s’encastra dans la locomotive jusqu’à la chaudière. Resté à son poste, le chauffeur n’aurait pu échapper à la mort. En lui intimant l’ordre de sauter pour aller actionner l’excentrique, papa lui sauva involontairement la vie. Mon père, le miraculé, en fut quitte pour la peur.

Dix ans plus tard, le même accident se produisit mais je ne puis préciser s’il s’agissait encore d’une surcharge ou d’une défaillance mécanique. Victor Paulus, qui lui aussi venait du Condroz, était machiniste (ou conducteur). Secoué par la course folle du convoi en perdition, il se fit éjecter de la locomotive. L’excentrique n’avait pu être actionné ; le chauffeur, qui lui aussi avait dévalé le talus, étant arrivé trop tard pour manœuvrer l’aiguillage de secours. Dépourvu de ses deux assistants, la locomotive, accélérée par le poids du convoi, traversa comme une balle la grand-place, le pont et alla emboutir des wagons en stationnement, tous freins serrés, deux cents mètres plus loin que le dépôt. Tout finit par une immobilisation complète des percutants et des percutés ! Victor Paulus fut grièvement blessé. Alphonse Dalem, le boulanger, le conduisit, avec sa charrette et son cheval, à l’hôpital d’Esneux. Détail navrant, Victor fut congédié sans la moindre solde pour avoir abandonné le convoi. Qu’en pouvait-il, le pauvre, éjecté contre sa propre volonté ? Il est vrai, qu’à l’époque, les syndicats étaient inexistants ! Heureusement la course folle du convoi ne fit aucune victime parmi la population, bien que ce mastodonte de fer et de pierres traversa le village à une vitesse infernale. »

                         La Petite Gazette du 24 janvier 2001

EN MARGE DE L’HISTOIRE DU VICINAL DANS NOS REGIONS

   Monsieur Pierre Paulis, de Ferrières, est un passionné chercheur taquiné même par la découverte du plus petit détail lui permettant de mieux connaître l’histoire des lieux où il vit. Lui aussi fait appel à vous, voici l’objet de sa demande :

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REPRODUCTION DE LA PUBLICITE DE L’HOTEL DE LA STATION

 

 

« Le tortillard reliant, à partir de 1912, Comblain-la-Tour à Manhay-Melreux a vu, le long de son parcours, s’ouvrir des restaurants, des cafés, des hôtels. Parmi ceux-ci, cet « Hôtel de la Station » à Ferrières. Il était, croit mon correspondant, l’arrêt de Lognoûle. Qui pourrait dire où s’élevait cet établissement. S’il fut construit pour profiter du passage du tram ou si c’était une maison transformée à cet effet ? Qui en étaient les tenanciers ? Où se trouvait le téléphone public ? Quand l’hôtel a-t-il fermé ses portes ? Assez tôt, semble-t-il, puisqu’il semble n’avoir laissé aucune trace dans la mémoire des Ferrusiens ! »

La Petite Gazette du 6 juin 2001

LES CHEMINS DE FER VICINAUX DE NOS REGIONS

En marge de la très intéressante exposition consacrée aux lignes vicinales de nos régions et visible au Musée communal de Comblain-au-pont, j’ai le plaisir de vous donner copie d’un lecteur passionné par le sujet. Je sais qu’il n’est pas le seul et que, parmi vous, certains possèdent d’extraordinaires collections de documents divers sur ces lignes vicinales de chez nous. Monsieur G. Dulion, d’Erezée, fait partie de ceux-là et il vous propose cette magnifique photographie de cette étonnante machine.

vicinal3

« Il s’agit d’une locomotive articulée, système Beyer – Garatt, qui, en fait, se compose de deux locomotives, tête-bêche, réunies par la chaudière qui, supportée par des pivots, alimente en vapeur les deux groupes moteurs. Le plan suivant permet de comprendre le principe de cet engin, très puissant, qui malgré sa longueur peut s’inscrire dans des courbes de très petit rayon. »

vicinal4PLAN DE LA LOCOMOTIVE

« Je sais, poursuit M. Dulion, que seuls deux exemplaires de cette machines ont été construits, mais là se militent mes connaissances au sujet de cette étonnante machine. Un lecteur pourra-t-il m’apprendre d’autres choses ? Quand et où cette locomotive a-t-elle circulé ? Peut-on identifier le lieu où cette photographie a été prise ? Un grand merci à tous. »

La Petite Gazette du 27 juin 2001

LES CHEMINS DE FER VICINAUX DE NOS REGIONS

Monsieur Dulion, d’Erezée, vous lançait il y a quelques semaines un appel relatif à cette étonnante machine dont il nous présentait et la photo et le plan.

Monsieur Yves Albrek, dit Ducet, mais également MM. Michel Alexandre, de Ohey, Louis Mossay, de Neuville-en-Condroz, et Didier Libion, d’Andenne n’ont pas été longs à réagir et, très gentiment apportent de nombreux renseignements que j’ai rassemblés ci-dessous.

« Les locomotives du type 23, communément appelées « Garratt » furent construites en deux seuls exemplaires, dans les Ateliers Saint-Léonard, à Liège, en 1928 et 1929. Ce furent les deux dernières locomotives à vapeur commandées par la SNCV, elles portaient les numéros 850 et 851. La première fut présentée à l’Exposition Universelle de Liège en 1930. L’une fut affectée au dépôt d’Oreye et l’autre à Lanaken, elles circulaient sur les lignes Ans – St-Trond et Tongres – Maeseyck. Elles servirent également au trafic marchandise : dans le Limbourg, pour la pierre à chaux ; en Hesbaye liégeoise, pour les betteraves ; dans la vallée du Geer, pour la carrière de Boirs. Ces machines avaient un poids à vide de 49,7 tonnes et de 60 tonnes avec leur chargement d’eau et de charbon. Elles pouvaient remorquer des trains de 350 tonnes sur des rampes de 2% à 20Km/h

J’ai trouvé pratiquement le même cliché, précise M. Dulion, dans « Les Tramways au Pays de Liège », composé du même train et des mêmes personnages, mais pris d’un angle différent. C’était à Bassenge, sur la ligne Glons – Kanne – Maastricht. Par contre, le bâtiment en arrière-plan laisse supposer qu’il s’agit du dépôt de Lanaeken. En supposant que ces deux photos ont été prises le même jour, dont une à Bassenge, on peut en déduire qu’elles datent d’avant 1940. Les Garratt n’ont plus circulé à Bassenge après la seconde Guerre Mondiale et l’on constate que les phares ne sont pas munis du dispositif d’occultation de rigueur durant le conflit. Ces photos ont donc été prises entre 1930 et 1940. Les Garratt furent détruites en 1954. »

Monsieur Mossay ajoute que « Le prof. L. Wiener, spécialiste incontesté de la locomotive articulée, en donne quelques caractéristiques techniques à la page 627 de son ouvrage « Articulated Locomotives  », Kalmbach Publ. Co (USA) 1930/1970. »

Monsieur Didier Libion a, lui aussi, mené des investigations jusque dans son grenier ! Il y a découvert la même photo, reproduite dans la revue d’entreprise de la SNCV, n°117, juillet-août 1965., avec les informations suivantes :

« (…) la photo ci-contre montre la Garratt au lieu-dit Lanaken Tourne-bride. Devant la machine, coiffé d’un chapeau de paille, le chef de service M. Masset. Assis sur le tender, à l’avant, M. Dreesen, devenu contrôleur il y a de nombreuses années et toujours en service. Sur la machine, le poing sur la hanche, le machiniste Vincke (N.D.L.R. le propriétaire de la photo originale) ; à droite, son chauffeur, M. Rummens ; il est probable que le chef de train était M. Stouten.

  1. Vincke nous a déclaré que, pendant la guerre 1940 – 45, il a fait de nombreux services de nuit entre Vroenhoven et St-Trond avec des chargements de betteraves, de craie ou de charbon. (…)

Le châssis supportant la chaudière de ces locomotives repose, par l’intermédiaire d’appuis articulés, sur deux trucks constitués chacun d’un ensemble moteur à deux cylindres entraînant trois essieux couplés. (…) La surface de la grille était de 2,07 m2. La surface de chauffe totale de la chaudière, qui est timbrée à 14 kg/cm2, atteint 103,62 m2. Dans cette dernière était comprise une surface de surchauffe de20,22 m2. La surchauffe se justifiait pleinement sur ces machines spécialisées pour la traction des trains lourds avec longs parcours. L’écartement des groupes d’essieux de chaque truck était de 2 mètres et l’écartement des essieux extrêmes de 10,560 mètres. La longueur totale de la machine était de 14,984 mètres. »

Un immense merci pour tous ces renseignements.

La Petite Gazette du 4 juillet 2001

DES LOUPS SUR LE RAIL, HIER…

   La Petite Gazette a eu le plaisir de vous présenter, au fil des années, de magnifiques ou d’étonnantes photographies prises sur les lignes de chemin de fer de nos aïeux. Aujourd’hui, grâce à la complicité de Monsieur Edmond Leroy, de Nassogne, c’est d’une péripétie, impossible de nos jours, qu’il sera question. Mon correspondant a, en effet, ouvert sa documentation pour me permettre d’évoquer un extraordinaire fait-divers qui nous conduit en janvier 1867, sur une ligne ardennaise. (Réf. L’Echo du Luxembourg, journal d’Arlon, et « La Ligne du Luxembourg » édité en 1997 par le Club Ferroviaire Froidmont Locomotion de Rixensart.

« Le train n°67 composé de 9 wagons de minerai et de 3 wagons à claire-voie contenait des bœufs et des moutons plus un fourgon était parti à l’heure habituelle (train de nuit).

     Déjà dans les environs de Marbehan , il avait éprouvé de grandes difficultés par suite de la neige qui recouvrait les rails.

     Entre Libramont et  Poix-Saint-Hubert, la neige était tellement forte qu’elle menaçait d’éteindre les feux. On dut s’arrêter et le garde-frein Schnoken fut dépêché vers Poix pour demander du secours. Les hommes du train et le douanier Dube étaient occupés à enlever la neige qui se trouvait sous la locomotive lorsqu’ils entendirent à quelques distances d’eux une sorte de rauquement sourd. Le doute n’était pas possible, c’étaient des loups attirés par l’odeur des moutons. Il y en avait 5 assis en demi-cercle et guettant. La conjecture était critique.

     A part les tisonniers, les pelles, les assiégés n’avaient pas d’armes et ne pouvaient attendre du secours avant 3 heures au moins.

     Que faire ? Le chauffeur ouvrit les jets de vapeur et le sifflet de la locomotive dans l’espoir d’effrayer les maudites bêtes ; on agite les lanternes dans tous les sens, rien n’y fait.

     On décida donc de battre en retraite vers le fourgon. Les quatre hommes se glissaient le long du train suivis des loups.

    Arrivés sans encombre au pied du fourgon, les trois premiers entraient dans le fourgon, le dernier était déjà sur le marchepied quand un des fauves s’élance sur lui et lui arrache un pan de sa capote.

    C’était le signal de l’assaut

    L’attaque est vigoureusement repoussée, un loup atteint à la tête d’un coup de tisonnier dégringole pour ne plus se relever ; la porte du fourgon roule sur ses gonds et les hommes sont à l’abri.

    Pendant quelques minutes le silence le plus profond règne dans la campagne ; mais bientôt, il est rompu par les cris d’épouvante des bestiaux affolés par la terreur dans leurs wagons attaqués avec rage.

    Cette scène épouvantable dura plus de deux heures et ne prit fin qu’à l’arrivée des 20 ouvriers que ramenait le garde-frein pour débloquer la voie.

    Après une heure de travail, le train put reprendre sa marche, emportant le cadavre du carnassier. Ni les bœufs ni les moutons n’ont été atteints mais les claires-voies des wagons témoignent amplement des rudes attaques qu’elles ont eu à subir.

Il ne serait peut-être pas inutile d’armer dorénavant de carabines les hommes des trains de bestiaux qui doivent passer les Ardennes pendant les nuits d’hiver. »

Etonnant n’est-ce pas ? Personnellement, ce qui me rend le plus perplexe à la lecture de cet article de presse de 1867, c’est, tout simplement, son style… Ne dirait-on pas que celui qui rédigea ce compte rendu se trouvait lui-même sur les lieux ? C’est en tout cas la seule explication plausible à son style haché, sans la moindre recherche, à la ponctuation hésitante… c’est cela, il devait être là et la peur le tenaillait encore au moment de sa rédaction.

    Quoi qu’il en soit, si la mémoire collective de votre famille a conservé des histoires de loups en nos contrées, c’est avec éminemment de plaisir que je les accueillerais. Merci de penser à les confier à La Petite Gazette.  

Les sources dites miraculeuses

Prolongeons les propos de La Petite Gazette du 1er juin 2016

LES SOURCES MIRACULEUSES OU PRETENDUES TELLES

Répondant à l’appel que je vous lançais, Monsieur Thomas Gaspar, d’Embourg, m’a fait parvenir une copie d’un magistral article qu’il a publié dans Marchin Bia Viyèdje, n°19 (l’édition du 40e anniversaire de cette publication du Cercle d’histoire et de folklore).

Dans cette étude, « D’Arbrefontaine à Chaudfontaine, petit détour par Marchin : Histoires d’Eaux sur la Planète Bleue », Thomas Gaspard consacre une annexe spécifique aux sources dites miraculeuses et il m’a autorisé à y puiser de quoi alimenter La Petite Gazette. Je l’en remercie chaleureusement. Voici ce passionnant article.

« Les sources dites miraculeuses

Entre Odimont et Arbrefontaine, au pont dit de Maissoet, j’ai connu la chapelle Gisbrand, détruite après avoir subi les affres de la guerre 40-45. Je ne sais à qui elle était dédiée ni qui on y venait prier, mais les gens du village la fréquentaient en tout cas tout autant pour la ‘source miraculeuse’ qui la joignait en contrebas. Chacun venait se laver les yeux et les guérir d’infections bien courantes le siècle dernier. Il s’agissait en fait d’une mare en dépression par rapport au ru voisin (venant de Gossaimont) qui l’alimentait, à partir des hauteurs marécageuses (anciennes tourbières ayant subi depuis lors le même sort que celles des Hautes Fagnes de Belgique, c’est-à-dire une plantation abusive d’épicéas anéantissant des réserves d’eau naturelles). Les effets ‘miraculeux’ seraient dus simplement à l’acidité de l’eau et aux antibiotiques et/ou des antiseptiques naturels relâchés par les sphaignes des tourbières. Les tourbières elles-mêmes doivent précisément leur constitution -accumulation d’éléments végétaux non dégradés- à ces antibiotiques. Une légende rapporte que certaines mains ‘souées’ (littéralement séchées) trempées en cette source, et guéries ainsi, auraient donné le nom (‘Maissoet’) à l’endroit. La nature a repris ses droits à l’emplacement de la chapelle et de la source miraculeuse (qui aurait peu de chance de l’être encore) dont peu se souviennent.

A Spa, aussi non loin de certaines fagnes, on attribue au « Pouhon Pierre le Grand », source gazeuse et légèrement sulfureuse, la guérison de personnalités célèbres, dont le tsar du même nom…

A Solières-Ben Ahin, entité de Huy, se dresse à l’orée du bois de Chefaïd, entourée de hêtres centenaires, accessible par un sentier traversant une pâture, une petite chapelle construite jadis en hommage à saint Eutrope, que certains appellent saint Zoïto. En patois, saint Eutrope est en effet prononcé « sint-z-oït-to » (intint tot, d’où encore « saint entend-tout »). Toute proche, une petite fontaine, pourtant restaurée aux frais de la Région wallonne, mais qui n’est pas entretenue, ne laisse plus couler qu’un mince filet d’eau ferrugineuse. La source fut, en fait, captée dans les années 30-40 pour la distribution d’eau du village. On raconte que le mayeur de l’époque devint sourd et qu’il y vit une vengeance de saint Eutrope. Saint Eutrope (qui aurait été évêque et martyr) est en effet invoqué contre la surdité et les maux d’oreilles. La légende raconte encore que saint Eutrope réalisa son premier miracle en 1283, guérissant un jeune homme sourd et muet de naissance. L’eau claire, qui coulait au pied de la chapelle, constituait au temps des druides, une fontaine sacrée, source de jouvence, d’où la fréquentation par de nombreux pèlerins à l’époque.

Des générations de Stratois (habitants de Strée), d’usagers de la route Huy-Hamoir, comme aussi les dévots à sainte Geneviève, se souviennent de ce site typique où étaient réunies, à quelques pas l’une de l’autre, l’antique église de Saint-Nicolas, la chapelle et la fontaine Sainte-Geneviève. Chapelle et fontaine ont été mutilées à la suite de divers accidents, mais ont été restaurées, au moins partiellement grâce à l’asbl « Qualité Village », dans le cadre de la protection du patrimoine architectural wallon. En contrebas de la maison qui cache en partie l’église, une source réputée thérapeutique, flanquée d’une pompe à bras et d’une vasque en fonte, est placée sous la protection de sainte Geneviève : son eau guérissait les personnes atteintes des maux (éruptions cutanées) du même nom, appelés « Må d’sint’ Djen’vîre ». Grande thaumaturge, la sainte patronne de Paris est encore priée pour que soient soulagés les enfants atteints de la ‘fièvre lente’ (lu five-linne), voire pour la guérisson de la jaunisse, comme l’indique Auguste Hock dans son recueil de « Croyances et Remèdes populaires au Pays de Liège ». Autrefois la chapelle contenait de nombreux ex-voto exprimant la reconnaissance des pèlerins. Dans l’église St-Nicolas, on a découvert une stèle votive romaine du IIe siècle dédiée à la déesse Viradechtis, dont le culte fut sans doute lié à l’existence de la source proche réputée thérapeutique.

Mais voilà, lors de la reprise du réseau de distribution de l’eau par la CILE, la compagnie liégeoise devait procéder à l’analyse des diverses sources communales. C’est ainsi qu’on finit par constater, au grand désarroi de nombreux habitués, que l’eau du puits Sainte-Geneviève de Strée n’était pas (plus) potable !

L’eau « miraculeuse » de la région la plus connue, même au-delà de nos frontières, est sans doute celle de Catherine Seret ou Catherine Langlois, son vrai nom, (1828-1915) de Sur-le-Bois, hameau de Saint-Georges-sur-Meuse, mais c’est une préparation, au même titre que ses pommades, remèdes efficaces encore utilisés de nos jours contre l’infection (gangrène, furoncles, panaris) ainsi que pour les maux d’estomac et d’intestins.

Ouf ! Banneux et Lourdes ne sont pas sur nos communes. Pour les trois premières sources miraculeuses ci-dessus, je vous laisse donc dans l’expectative entre action biologique, foi et psychosomatique.

Tchantchès me demande le dernier mot : « Ton Cercle d’Histoire est aussi de Folklore ? Alors, tu as oublié les eaux-de-vie et les ‘houyeûs’ (houilleurs) ; moi, avec eux, je ne survis dans mon « Djus-d’la Moûse » (république libre d’Outre-Meuse) qu’avec mon ‘plat-cou’ (verre à goutte spécial) quotidien de ‘fris pèkèt’ ! »

 

Thomas GASPAR

Décembre 2008 – janvier 2009

Ce 31 mai 2016 dans la Dh

Nos chapelles dans la Dh

Ce livre se décline en 25 chapitres consacrés à de nombreuses chapelles d’Ardenne, du Condroz, de Famenne et d’Ourthe-Amblève  et à la petite comme à la grande histoire de ces lieux. Vous retrouverez notamment l’histoire, grande et petite, des chapelles de Tancrémont, Ferrières, Bomal, Juzaine, Tilff, Xhos, Erezée, Marcourt, Manhay, Nassogne, Hamois, Harzé, La Gleize, Marche-en-Famenne, Nandrin, La Roche, Lavacherie…

Vous pouvez réclamer ce livre à votre libraire en précisant qu’il est édité par la maison liégeoise Dricot ou le commander par un versement de 20€ (frais de port compris) sur le compte n° BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille. Vous recevrez alors votre livre dans les délais les plus brefs.

 

FAITS DE RESISTANCE A FERRIERES

La Petite Gazette du 5 novembre 2008

QUI SE SOUVIENT ENCORE DES FUSILLES DE FERRIERES ?

Madame Flore Duchesne, de Havelange, fut une de mes toutes premières correspondantes quand, il y a bientôt dix ans, je repris les commandes de La Petite Gazette et, depuis lors, elle nous confie régulièrement ses souvenirs. Comme vous, j’en suis ravi.

Aujourd’hui, elle se fait particulièrement grave et, profitant du fait qu’elle trie des tas de vieux documents, elle partage l’avis d’un autre correspondant qui insistait il y a quelques semaines sur la nécessité de témoigner.

« Les anciens, comme moi, écrit-elle, nous devons mieux assumer notre devoir de mémoire. J’espère que des lectrices et des lecteurs se manifesteront sur ce sujet que j’évoque afin de faire prendre conscience aux gens qui n’ont pas connu cette époque du bonheur qu’il y a à vivre dans un havre de paix et de quiétude, à l’abri de la terreur, de la destruction et de la mort et cela depuis si longtemps ! »

« Ils étaient plus d’une douzaine. Leur âge ? de plus ou moins 18 à 25 ou 30 ans. J’en ai connu un, natif d’Ocquier, il était le fils de Marie Marlair et de Joseph Pauly, un cousin de papa. Déporté en France par les Allemands pour travailler, dans des conditions épouvantables, à la construction du Mur de l’Atlantique, Edgard Pauly avait réussi à s’évader et à regagner la Belgique où il avait pris le maquis et où il était devenu membre actif de la Résistance. A la veille de la Libération, chargé de mission avec tout un groupe de résistants, talonnés par un ennemi aux abois, ils sont tombés dans une embuscade. Avec un autre volontaire, Edgard a fait front, permettant à ses camarades de s’échapper, les sauvant ainsi d’une mort certaine. Faits prisonniers, ils ont été ramenés à Ferrières où, avant de s’enfuir, leurs geôliers les ont lâchement assassinés au mépris de toutes les règles de la guerre et ce en compagnie d’autres jeunes venus d’horizons divers. C’était le 2 septembre 1944 ; à la veille de la Liberté ! (Oquier où j’habitais alors a été libérée le 8 septembre.)

Par un raffinement de cruauté, leurs bourreaux, avant de les exécuter, ont brûlé tous leurs papiers d’identité et leur ont enlevé tous leurs objets personnels.

Ferrières1

Quand on les a retrouvés (des gens de Ferrières j’imagine) ce n’étaient plus que des morts tristement anonymes ; le seul moyen pour permettre de les identifier a été de les aligner côte à côte et de les prendre en photo après les avoir numérotés, numéro qui allait être repris sur leur cercueil.

 

Mon Dieu ! Peut-on imaginer la tragédie vécue par leurs familles ; ces gens à la recherche d’un fils, d’un mari, d’un frère ou d’un fiancé n’ont disposé, pour retrouver un être cher plein de vie et de jeunesse que de mauvaises photos d’amateur jointes à un simple numéro… Que de larmes, de désespoir et de rage Ferrières2ont dû couler sur ces humbles bouts de carton ! »

 

SOUVENIR DE DECES D’EDGARD PAULY

 

 

La semaine prochaine, nous retrouverons Mme Duchesne et l’évocation d’une autre victime des ces crimes de guerre à Ferrières. Si vous pouvez développer ce sujet, n’hésitez pas une seconde et répondez s’il vous plaît  à l’appel de ma correspondante.

 

La Petite Gazette du 12 novembre 2008

QUI SE SOUVIENT ENCORE DES FUSILLES DE FERRIERES ?

Madame Flore Duchesne, de Havelange, s’est souvenue, en triant de vieux papiers, de cet épisode tragique de septembre 1944. La semaine dernière, elle rappelait le souvenir d’Edgard Pauly, aujourd’hui, elle nous parle d’une autre victime :

« Quelques années plus tard, j’ai connu, à titre posthume, un autre de ces suppliciés : c’était un cousin de mon mari, il s’appelait Maurice Lecomte et habitait Ciney. Le jeune Maurice (il n’avait pas 19 ans, Edgard, lui, en avait 21) avait été massacré, lui aussi, à Ferrières… Même date, même endroit et, comme je l’ai appris de la bouche de sa maman, deux photos et un numéro comme seuls signes de reconnaissance.  Edgard, 21 ans, Maurice, 19 ans, mais  les autres … qui étaient-ils ? Des résistants, bien sûr, mais aussi, sans doute, des otages, peut-être même des habitants des environs ; peut-être aussi a-t-on érigé un monument à leur mémoire ? J’avoue que je n’en sais rien et que je n’ai jamais cherché à savoir… Pourquoi ?

J’avais 16 ans, on retrouvait des morts partout ; submergés d’horreurs, on n’arrivait plus à suivre. En s’enfuyant, les débris de l’armée du grand Reich jonchaient les routes de cadavres et pourtant, pour nous, allait suivre l’Offensive des Ardennes, puis la découverte des camps d’extermination. Après, les gosses de mon âge ne voulaient qu’une chose : vivre comme tout le monde, dans la paix, la joie et la sécurité et oublier surtout que cela avait pu exister.

On essaie de gommer son passé, les cauchemars de son adolescence, mais on n’y arrive pas vraiment… La preuve, c’est qu’au soir de ma vie, tous ces jeunes disparus depuis si longtemps reviennent parfois hanter ma mémoire. C’est pourquoi j’aimerais savoir qui se souvient encore de ces fusillés de Ferrières. Qui étaient-ils ? Quelle était leur histoire ? Comment se sont-ils retrouvés là pour cet ultime rendez-vous ? Y aura-t-il, parmi les lecteurs, quelqu’un qui pourra m’expliquer qui étaient les autres petits gars de Ferrières ? »

J’imagine que oui et j’attends vos réactions avec impatience

 La Petite Gazette du 26 novembre 2008

A FERRIERES, LES DRAMES DE LA GUERRE

Monsieur Armand F Collin, du C.L.H.A.M. (Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaires) profite de l’évocation d’un drame de guerre à Ferrières pour nous communiquer des renseignements recueillis lors d’une recherche qu’il a menée dernièrement sur les diverses stèles et monuments de l’entité : « Dernièrement, m’écrit-il, j’ai fait une recherche sur Ferrières  et pris les photos des divers stèles et monuments de  l’entité.

1.Kersten Léon. 21 ans. Fils d’un fermier de St-Roch.Le lundi (26.04.43) de Pâques, des soldats allemands de la  Wehrmacht effectuent un contrôle à Ferrières. Kersten fait mine de quitter la place du Bati (devenue Chablis), fait demi-tour et se dirige vers le chef du détachement. Ce dernier crie en  français ‘Halte, vos papiers’ Kersten crie  ‘Non’ L’allemand lui donne un coup de matraque  et Kersten réplique par un coup de poing puis veut fuir. Un soldat allemand l’abat.

Ferrières3

2. Lahaye Gilbert. Etudiant. Ferrières 02.02.1925. Arrêté le 01.09.1944.Ancion Joseph. Cultivateur. La Gleize 22.05.1921. Sabotages, transport d’armes. Thiry Pierre. Verlaine 11.05.1917. Depuis le 15.08.1944,  guide pour les réfractaires.Ancion et Thiry arrêtés à la ferme Jacot à Izier. Font partie de l’A.S. Zone V. Secteur 4. Sous-secteur Byl. Ils sont abattus le 02.09.1944 à l’endroit du monument leur dédié.

Ferrières4

Dès la semaine prochaine, nous retrouvons M. Collin face à d’autres monuments de Ferrières. 

   La Petite Gazette du 3 décembre 2008

A FERRIERES LES DRAMES DE LA GUERRE

Monsieur André Rixhon, de Ferrières, apporte à Mme Duchesne les précisions qu’elle souhaitait obtenir. Il m’a, en effet, fait parvenir ce qu’a écrit sur le sujet M. Alfred Dubru (Le sous-secteur Byl Secteur 4 – Zone V, Arlon, 1984 pages 53 et 54). Après avoir remercié chaleureusement mon correspondant, je vous livre l’intéressant récit qu’il nous a communiqué :

« Samedi 2 septembre 1944.

Pour le maquis de Ferrières, c’est un jour à marquer d’une pierre noire. Dans la nuit du 1 au 2, une patrouille de 5 hommes s’en va au ravitaillement. Mission : tuer une vache et la ramener au camp. En cours de route, elle rencontre les Allemands; une fusillade éclate: Roukens Maurice, Ronvaux René et Lecompte Maurice sont tués. (MEMORANDUM, p.81)

Ce n’est malheureusement pas terminé. Suite à un coup de feu malencontreux tiré à la lisière Sud du camp, une colonne alleman­de qui passait sur la grand-route Ferrières-Werbomont, fait demi-tour et attaque le camp. Maurice Nicolay, chef du VI° groupement raconte : « Le 2.9.44, à Ferrières, dans la matinée, les troupes allemandes, averties de l’existence de notre camp de refuge, l’investissent avec des forces importantes. Bielen Nestor, officier de réserve, qui partage avec moi la direction du camp, sollicite la direction des hommes armés et attaque immédiatement l’agresseur; sa couverture me permet de rassembler les hommes non armés et plus ou moins affolés par le tir de l’ennemi. Après avoir établi une deuxième ligne de soutien dotée de FM (Cdt Théo), j ‘ évacue le personnel dans une région plus sereine.  J’envoie ensuite mes derniers hommes armés pour faire établir, jusqu’à la ligne de feu, un service de ravitaillement en munitions (Capt Massart et Lt Crotteux). L’ennemi .bloqué, se  retire après 35 minutes de combat au cours duquel il s’est servi d’armes automatiques, grenades et artillerie légère d’infanterie. Les ravitailleurs, pour assurer leur mission, ont  traversé, à plusieurs reprises, des terrains découverts fortement battus par le feu de l’infanterie adverse. » (UFAS. Maurice Nicolay)

Henri Frédéric fut gravement blessé au cours de la mission, de ravitaillement en munitions.

Cornu Louis, Dupont Hubert, Hermant Charles, Huard René, Lens Théodore, Maris René et Pluem Christian furent tués au cours du combat.

Du côté ennemi, une septantaine d’attaquants, dont le comman­dant de la colonne auraient été tués. (MEMORANDUM, p.86) Après le combat, le camp fut déménagé et installé dans les bois de Fays. Et comme si le tribut payé par le VI » groupement n’avait pas été assez lourd, il fallut que la journée s’achevât par le massa­cre de Burnontige. Comme déjà dit, l’hôtel Gaiemet servait d’hôpital au Sous-Secteur BYL. Toute la famille Gaiemet  avait été arrêtée le 2.3.44. Le père et la fille furent déportés la mère, gravement malade, avait été libérée: elle rejoignit son hôtel et continua à accor­der l’hospitalité aux blessés et aux malades.

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L’Hôtel Gaiemet (photo 2008)

 

Que s’est-il passé le 2 septembre ? D’après Philippe, sur dénon­ciation, les P.O.A. se rendirent à l’hôtel, croyant le capturer. Ils y trouvèrent quelques personnes dont trois infirmières ainsi qu’Omer Sellier, Huguette Moise et la propriétaire. Ils tuèrent les trois infirmières : Suzanne Boscheron, Josette Petit et Hortense Swinnen, enfermèrent Mme Gaiemet dans la cave et mirent le feu à l’établissement. Omer Sellier et Huguette Moise (à cette époque, Mademoiselle Jamotte) furent relâchés après un interro­gatoire de cinq heures.

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Monument élevé à la mémoire des trois infirmières.

C’est Modeste Servasy qui découvrit le drame dans toute son hor­reur, le lendemain, en venant ravitailler le maquis. »

Les photos qui m’ont servi à illustrer cet article m’ont été transmises par Monsieur Armand F Collin, du C.L.H.A.M. (Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaires) qui, dernièrement a mené une recherche sur les diverses stèles et monuments de l’entité de Ferrières.

La Petite Gazette du 10 décembre 2008

ENCORE AU SUJET DES FUSILLES DE FERRIERES

Monsieur Jacques Jöbses revient sur le sujet avec une question précise : « Mon père faisait partie de l’AS-groupe BYL durant la dernière guerre et, dernièrement, je l’ai brièvement remplacé lors du pèlerinage annuel de son groupe.

Une commémoration avait précisément lieu au carrefour de My en mémoire de résistants qui ont été fusillés à Ferrières à la fin de l’occupation allemande. Il y a deux stèles de part et d’autre du carrefour. Venant de Werbomont, la première se trouve à droite avant le carrefour et la seconde, à droite aussi, mais après le carrefour, en direction de Huy . Mon père m’a aussi parlé du fait que des gens avaient été fusillés près de l’église.

Cela étant, je profite de l’occasion pour lancer un appel à la mémoire des lecteurs dans l’espoir d’obtenir un renseignement qui ferait un grand plaisir à mon père.

Je vous ai dit que mon père, originaire de Liège, se trouvait du côté de Harre en 1944. Les 27 et 28 1944 ont eu lieu deux largages de containers par l’aviation alliée. Mon père faisait partie du groupe chargé de les récupérer.

Il se souvient très nettement des champs entourés de bois ainsi que de l’ambiance nocturne et des containers accrochés à leurs parachutes (spectacle enchanteur à son âge !), du bruit des containers qui touchent le sol et des parachutes qui descendent lentement, mais il ne se souvient plus des endroits exacts (endroits qui lui ont paru magnifiques à l’époque, il avait 19 ans) qui devaient se situer aux alentours de Harre/Manhay. En réalité le premier largage était prévu le 25 août 1944 mais les avions chargés de l’opération avaient été pris en chasse par l’aviation allemande et l’opération avait été reportée.

Les noms de code des opérations étaient « Périclès » et « Tulipier » puis a été modifié en « Thémistocle », avec comme mot de passe « Thémistocle avait un bâton convaincant ».

Est-ce que cela dit quelque chose à quelqu’un ?

Evidemment, les membres de l’opération n’était pas nombreux… Quelqu’un pourrait-il préciser où se trouvaient ces terrains de largage ? Un immense merci de la part de mon papa. »

Si vous avez des précisions sur ces opérations, ne manquez pas de nous les communiquer, vos renseignements intéresseront bien d’autres personnes…

La Petite Gazette du 28 janvier 2009

FERRIERES… EMOTION

Il y a plusieurs semaines, à la demande de Mme Flore Duchesne, de Havelange, vous m’avez permis d’évoquer divers drames qui secouèrent Ferrières durant le dernier conflit mondial. L’une des relations qui avaient été faites alors a été envoyée directement à Mme Duchesne et cette relation est d’importance, jugez plutôt.

« Je tiens à témoigner car j’ai vécu à la date du 2 septembre 1944 une triste histoire de très près, écrit Mme Marie-Louise Lahaye, de Vieuxville. Une des victimes était mon grand frère, il n’avait pas 20 ans, c’était un brillant étudiant. Nous étions fin août, c’est en se rendant chez son ami Jules Sépul, où une cachette avait été aménagée pour eux, qu’il fut arrêté avant d’être emprisonné à la maison Gaiemet où les Allemands assassinèrent Mme Gaiemet et trois infirmières avant d’incendier la maison !

Ensuite, il fut transféré à la ferme Jacot, à Izier, où d’autres jeunes étaient prisonniers, des malheureux innocents qui ont eu la malchance de se trouver sur le passage de ces bourreaux ! Parmi eux se trouvait un traître parlant allemand qui, sans les connaître et pour sauver sa peau, les dénonça comme des terroristes.

C’est le 1er septembre que nous avons appris l’arrestation de Gilbert, la nuit fut longue, papa, ma sœur et moi avons prié et supplié le Seigneur de nous garder Gilbert, notre rayon de soleil ; maman était décédée depuis quatre ans.

Le samedi 2 septembre, nous sommes partis, mon père et moi, par le bois, rejoindre le village d’Izier, les Allemands se préparaient à partir car les alliés avançaient. Je me souviens du bruit de leurs bottes martelant les pavés de la cour, ils étaient comme fous, criant et hurlant, une vraie débandade. J’étais terrorisée !

Les prisonniers sortirent de la cave où ils étaient enfermés, je me précipitai vers mon frère, le tirant par le bras : « Viens Gilbert, viens ! ». Le soldat eut un instant d’hésitation, mais il me repoussa violemment, quand j’y repense c’était hardi, mais, à douze ans, on ne mesure pas le danger !

Le convoi se forma, les camions étaient en avant, suivis par ces beaux jeunes, les mains derrière le dos, entourés de quatre soldats. Il s’agit de Pierre Thiry, de Verlaine, Joseph Ancion, de Ferrières, Gilbert Lahaye, de Ferrières. A une vingtaine de mètres suivaient deux papas, dont un tenant par la main sa petite fille !

Ce fut une longue marche sous une pluie fine de septembre, parfois les Allemands se retournaient pointant leurs armes vers nous et nous ordonnaient de partir. Nous avons continué, traversant le village d’Izier, suivant la route vers Burnontige.

Le père Ancion nous quitta et prit un raccourci pour rentrer chez lui au thier de Ferrières. Arrivés au sentier qui mène vers le bois de Raumont, mon frère tourna la tête vers la gauche car, de là, il aperçut notre maison, il nous fit un signe d’adieu de la main et c’est la dernière image que je garde de lui.

Quelques minutes plus tard, des coups de feu retentirent dans le bois et là… j’ai compris ! Papa ne réalisait pas et ne voulait pas y croire. Le lendemain, c’est un homme du village qui découvrit le triste spectacle.

Les jours et les mois qui suivirent furent très douloureux pour nous trois, je vivais comme je pouvais entre l’école et les tristes soirées, soutenant de mon mieux mon papa et ma soeur.

Bien qu’il y ait plus de 64 ans de cela, ma mémoire est intacte et pas un jour ne passe sans que je ne revive ce tragique épisode.

A Burnontige, trois monuments furent érigés à la mémoire de ces disparus, un principal où sont inscrits les noms des victimes de la guerre 40-44. Un autre en retrait en souvenir des trois infirmières assassinées et un dans le bois de Raumont.

Depuis, chaque année, à la date du 10 mai, du 2 septembre et le 11 novembre, les anciens combattants et les autorités communales de Ferrières rendent hommage et déposent des fleurs à ces monuments. »

Un immense merci pour ce poignant témoignage.

 

 

POURREZ-VOUS LOCALISER CES LIEUX?

Ardenne-Lieu à identifier--1945001

PHOTO AERIENNE A LOCALISER

Voici la demande de M. Jules Paquay: « Une fois encore , je me permets de solliciter la sagacité légendaire des lecteurs de La Petite Gazette afin d’identifier le lieu dévoilé par une photo aérienne. Cette photo présente une dizaine de bâtiments à proximité d’un autre ayant plus de caractère et qu’on pourrait assimiler à un château. Une mention manuscrite figure au dos de la photo indique « Les cherras – Houffalize. » Or il ne s’agit pas du tout de ce lieu que je connais très bien pour être situé à 10km de chez moi.

Je possède une autre photo aérienne de même facture acquise récemment et qui présente justement la propriété du château des Cheras à Houffalize. La mention manuscrite figurant au dos de ce document propose « Harzé », ce qui est aussi une erreur.Afin d’essayer de résoudre cette énigme et supputant un possible échange de description de paysage, j’ai via Google map visité en vue aérienne le château de Harzé et ses alentours. Je suis hélas resté sur ma faim, car il n’y a aucune ressemblance avec la photo-mystère.

J’espère qu’au moins un  lecteur pourra élucider l’énigme en reconnaissant le paysage révélé par cette photo et l’en remercie déjà.

UN SAINT PARTICULIER : SAINT LOUP

Se plonger dans l’évocation de nos saints populaires, c’est immanquablement rappeler la christianisation de nos régions à l’époque mérovingienne,  étudier les efforts réalisés par les premiers moines évangélisateurs pour lutter contre les antiques pratiques de la religion celtique, culte rendu aux sources, aux rochers… toujours en usage chez nous et, enfin, constater la christianisation de ces lieux. Pour en savoir davantage sur cette période, je vous renvoie à l’introduction de mon dernier ouvrage en date : « Les Vertiges du Passé – Nos Chapelles », mais ce qui suit, paru il y a bien des années déjà dans La Petite Gazette, devrait également vous passionner.

La Petite Gazette du 1er septembre 1999

LES SAINTS DU CONDROZ ET D’AILLEURS, UN SAINT BIEN PARTICULIER, SAINT LOUP

Max-Léon Jadoul, m’écrit d’Arlon mais aime à rappeler qu’il est originaire du Condroz. Il souhaite évoquer un saint que G. Pire dans « Tihange, racines et identités » qualifie de « bien particulier » : saint Loup.

« La légende remonte à 1704, les hivers étaient particulièrement longs et rigoureux, plus que le froid, les habitants de Strée craignaient les loups en raison des grands ravages causés dans les bergeries mais aussi parmi les voyageurs égarés. L’un d’eux, perdu à proximité de la ferme Collard, se vit refuser l’hospitalité. Une croix rappellera sa mort.

Ici mourut tragiquement

Leloup-Dubois

le 22 janvier 1704.

Priez pour lui.

   Il avait décliné son nom patronymique bien difficle à porter !

Les loups continuaient à tuer les moutons de Strée. Le curé de la paroisse décida de rétablir le culte de saint Loup. Il replaça une statue dans l’église et invita ses fidèles à prier pour éloigner les tueurs de brebis. On vit même implorer le saint pour soigner les enfants boulimiques atteints « d’une faim de loup ». On apportait des petits pains au pied de la statue. Au fil des années, ceux de Strée affirmèrent que, à l’origine, saint Loup était un vrai loup revêtu d’un habit d’évêque et qu’il était mort au bord d’une route de Strée !

A un jet de pierre du hameau des Communes de Strée, en bordure du bois de Tihange, dans le parc du château de Gée, une petite chapelle abrite une statue de saint Loup ayant fait l’objet d’une vénération toute particulière et ancienne. On l’invoquait non seulement contre la boulimie, comme à Strée, mais aussi contre l’horrible « lupus » (affection cutanée de nature tuberculeuse attaquant surtout le visage). Le tout se terminait, paraît-il, par des ablutions avec l’eau de la célèbre source située jadis dans le fond du parc. L’édicule abritant cette source aurait été détruit. »

Passionnant, étonnant et extraordianire récit. Qui le prolongera ? Qui nous procurera une représentation de ce saint ? A suivre donc…

 La Petite Gazette du 13 octobre 1999

LES SAINTS DU CONDROZ ET D’AILLEURS

   La présence de saint Loup dans La Petite Gazette, il y a quelques semaines, n’est pas passée inaperçue. Monsieur Jean-Pierre Dumont, de Clavier, s’étonne néanmoins que les lecteurs ne furent pas plus nombreux à réagir :

« Je pensais, m’écrit-il, que la question que vous posiez concernant saint Loup allait susciter une réponse rapide et un courrier abondant. Après plusieurs semaines sans réponse, je me permets de vous communiquer mon avis, car la réponse me semble évidente : saint Loup n’a jamais existé. Après la conquête romaine, l’ancienne religion celtique (donc gauloise et condruze) a subsisté pendant des siècles. Lors de la christianisation de nos régions, les missionnaires ont « récupéré » l’ancienne religion celtique : récupération des fêtes (voir par exemple les « orientations » de la basilique de Saint-Hubert), des lieux sacrés de pèlerinages (sources, pierres…) et aussi des dieux. Un des plus grands dieux celtiques est le dieu Lug, vénéré alors dans toute l’Europe et dont on retrouve la trace dans de nombreux toponymes dont le nom de la ville de Lyon (Lug-Dunum). Saint Loup n’est donc, à mon avis, que la récupération chrétienne du grand dieu Lug. »

Passionnant et enrichissant sont certainement les qualificatifs qui s’accordent le mieux à cet avis communiqué par M. Dumont.

Il n’a pas été le seul à se manifester… Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, a lui aussi réuni les informations qu’il possédait sur saint Loup. Les renseignements hagiographiques et folkloriques qu’il nous propose sont respectivement extraits de « Vies des saints pour tous les jours de l’année », ouvrage en 4 volumes de l’abbé E. Daras et du « Calendrier populaire wallon » de Rodolphe de Warsage.

A propos de saint Loup, Monsieur Gabriel signale que l’abbé Daras mentionne deux saints dénommés Loup ou Leu, l’un fêté le 29 juillet et l’autre le 1er septembre. Rodolphe de Warsage fixe la fête de saint Loup ou Leu au 25 septembre.

Daras précise que le saint honoré le 29 juillet est issu d’une noble famille de Toul. Marié durant 7 ans, il se sépara de son épouse et distribua tous ses biens aux pauvres avant d’entrer au monastère de Lérins. Devenu évêque de Troyes, il aurait délivré sa région du joug des armées d’Attila. Il mourut en 478, après 52 ans d’épiscopat et après avoir mérité le titre de « Père des pères » ou « Evêque des évêques ».

Quant au saint fêté le 1er septembre, l’abbé Daras nous apprend que, lui aussi, était issu d’une famille illustre du diocèse d’Orléans, alliée aux rois mérovingiens. Il devint archevêque de Sens et mourut le 1er septembre 603.

Rodolphe de Warsage enfin évoque un saint Loup, évêque de Lyon et mort en 642. Invoqué pour les enfants souffrant de boulimie (la faim de loup), on le prie également à Strée-en-Condroz contre certains maux rongeurs qui détruisent la chair et la dévorent, comme le ferait un loup, jusqu’à l’os. En offrande, on déposait des « tortès », petits gâteaux de forme triangulaire. »

Merci M. Gabriel pour ces informations qui, malgré qu’elles aient une tout autre origine et une tout autre teneur que celles transmises par M. Dumont, ne les contredisent pas nécessairement. En effet, les lecteurs attentifs auront remarqué l’origine lointaine et peu précise des différents saints mentionnés, la présence de la ville de Lyon au rang des villes ayant accueilli le siège de son évêché présumé…

Quoi qu’il en soit, ce sujet, comme de nombreux autres, ne vous laisse pas indifférents et il m’étonnerait vraiment que ce qui précède ne fasse pas réagir d’autres lecteurs. Evoquant des époques aussi lointaines, qu’il est rarissime de pouvoir citer des documents attestant des affirmations présentes dans les vies des saints, mais il est passionnant de constater combien les interactions sont nombreuses entre hagiographie, traditions populaires et, certainement, réalité historique.

La Petite Gazette du 10 novembre 1999

LES SAINTS DU CONDROZ ET D’AILLEURS : SAINT LOUP

   Quand M. Jean-Pierre Dumont, de Clavier, nous écrivait qu’à son avis saint Loup n’avait jamais existé, joignant à son propos une intéressante argumentation relative au dieu Lug de la religion celtique ; je m’attendais à recevoir d’autres courriers. Mon attente ne fut pas très longue. Découvrons ce que M. Scheer, de Marche-en-Famenne, me transmet :

« Je possède le dernier dictionnaire hagiographique « Dix mille noms de saints » rédigé par les bénédictions de Ramsgate. Voici ce que je relève au sujet de saint Loup : saint Loup de Chalon (évêque vers 610), il reste une lettre lui adressée par saint Grégoire le Grand. Saint Loup de Troyes, évêque 384 – 478 ( ?), il réussit à sauver Troyes d’une mise à sac par Attila en 453. Saint Loup, martyr, il était esclave. Saint Loup de Sens (évêque en 623), saint Loup de Lyon, archevêque en 542, saint Loup de Soissons (évêque en 540) neveu de saint Remi de Reims, il assiste au concile d’Orléans en 511, saint Loup de Bayeux (évêque vers 465), saint Loup de Verone (évêque).

C’est difficile de dire après une liste comme celle-ci qu’il n’y a pas eu de saint Loup ! constate M. Scheer qui, dans l’ouvrage qu’il a consulté, relève encore ceci :

« Saint Jacques le Majeur, frère de saint Jean l’Evangéliste, fut le premier apôtre à subir le martyre sous Hérode Agrippa, en 44. Une légende fait de lui l’apôtre de l’Espagne, au IXe siècle, on prétendit que son corps était enchâssé à Compostelle. C’est une légende qui se répandit en Europe sous l’influence de Cluny et qui a créé le fameux pèlerinage qui dure toujours. »

Quelque chose me dit que nous entendrons encore parler de saint Loup. Nous n’essayerons pas de donner raison raison à l’une ou l’autre des thèses en présence, mais bien de rassembler un maximum d’informations historiques, hagiographiques ou folkloriques sur le sujet.

La Petite Gazette du 17 novembre 1999

LES SAINTS DU CONDROZ OU D’AILLEURS : SAINT LOUP

Je vous l’écrivais encore la semaine dernière, je savais en lançant pareil sujet, à la limite entre religion et folklore, que j’allais recevoir des courriers en sens divers, voire franchement opposés. Evidemment, ce que je pressentais est arrivé :

Quand M. H. Dumont, de Clavier, prétendait que, à son avis, saint Loup n’avait jamais existé, plusieurs lecteurs sursautaient à la lecture de ses propos. La semaine dernière, vous avez lu la réaction de M. Scheer, de Marche, et, cette semaine, c’est au tour de M. Jacques Bastin, de Heyd, de se manifester.

« Il est parfois impérieux, m’écrit-il, tout en se gardant de verser dans la polémique, de souplement rectifier certaines affirmations.

Attention à ne pas commettre de confusion terminologique entre « Dieu » et « saint ». Si, dans une religion monothéiste « Dieu » est l’ « Être suprême », un « saint » est un « élu canonisé » par l’Eglise. Dans les religions polythéistes, par contre, la notion de « saint » se confond effectivement avec celle de « dieu ». Romulus, le fondateur de Rome, a été lui vénéré après sa mort en tant que Dieu Quirinus.

Quand on affirme que saint Loup n’a jamais existé, on y va tout de même un peu fort car on trouve bel et bien dans le « Catalogue romain des Saints » (lequel renferme quelque 35 000 noms !) très exaxtement quatorze saints prénommés Loup. Parmi ceux-ci, le plus célèbre est, sans conteste, l’ancien évêque de Troyes (398 – 479) (N.D.L.R. notons au passage que ces dates diffèrent quelque peu de celles mentionnées dernièrement par M. Scheer). Ce saint Loup a connu un épiscopat de 52 années, il est fêté le 29 juillet. Viennent ensuite saint Loup (Leu), évêque de Lyon de 523 à 542, fêté le 25 septembre et saint Loup (Leu) , l’archevêque de Sens, mort non point en  603 comme erronément signalé dans La Petite Gazette, mais en 643, il est fêté le 1er septembre. »

Merci à M. Jacques Bastin pour ces précisions et pour nous avoir transmis son avis à propos de saint Loup.

Vous l’avez remarqué, La Petite Gazette s’est fait l’écho de divergences d’avis au sujet de saint Loup, mais, j’insiste, il ne s’agit nullement d’alimenter une quelconque polémique sur quelque sujet que ce soit ! Si vous pouviez nous faire parvenir des informations relavant de médecine populaire ou de folklore traditionnel au sujet de saint Loup, je crois qu’elles seraient susceptibles d’intéresser un grand nombre de lecteurs.

La Petite Gazette du 5 janvier 2000

SAINT LOUP, UN SAINT DONT IL Y A TANT A DIRE

Plusieurs courriers, à la fois passionnés et passionnants, ont déjà rappelé ou interprété le souvenir des saints dénommés Loup. Ils continuent à nous parvenir. J’aime à insister sur mon souhait de ne jamais entrer dans une polémique, aussi stérile qu’ennuyeuse, sur l’existence ou non de ces saints toujours populaires, mais j’insiste de même sur l’intérêt évident qu’il y a à rassembler un maximum d’informations sur l’hagiographie populaire de ces saints.

Monsieur Dumont,  de Clavier, a repris la plume pour nous dire que « c’est avec beaucoup d’intérêt qu’il a lu les informations publiées à propos de saint Loup. » Il ajoute que si l’existence de plusieurs saints répondant au nom de Loup est attestée, il ne voit en cela qu’une confirmation de son interprétation première, à savoir que si ces personnages (des VIe et VIIe  siècles pour la plupart, donc à une époque où la langue et la religion celtiques étaient profondément ancrée dans la population) ont choisi de s’appeler « Loup », c’est pour jouer sur une prononciation identique à celle qui permettait d’invoquer le grand dieu celte Lug. Pour apporter un poids supplémentaire à ses propos, Monsieur Dumont, insiste sur un fait bien connu de notre passé :

« De même, l’Eglise substitua-t-elle les fêtes religieuses aux fêtes païennes ; sacralisa-t-elle les anciens lieux sacrés comme les sources et les pierres ; construisit-elle ses premiers sanctuaires sur des lieux de cultes anciens après avoir brisé les idoles. Remarquons tout de même que certaines pierres, au lieu d’être sacralisées, ont été diabolisées, je pense ici à ce dolmen de Wéris appelé Lit du Diable ».

Je sais déjà que toute cette démonstration ne suffira pas à convaincre tout le monde, mais je sais de même que là n’est point le vœu de mon correspondant.

Monsieur Jos. René Vanderheyden-Grillet, de Grimbergen mais en seconde résidence à Somme-Leuze, s’est également penché sur ce sujet.

« Du Dictionnaire pour choisir un prénom (Ed. du Livre d’or, 1978), j’extrais les renseignements suivants : Loup,  symbole : la mandragore.

Nom expressif d’après l’animal, signifie « homme farouche », usité au Ve siècle, ainsi que Leu qui était une forme régionale. On emploie plus souvent la forme composée Jean-Loup.

Saints patrons : Trois « saint-Loup » ou « leu » illustrant ce prénom dont

  • un évêque de Troyes, otage du terrible Attila, libéré contre la « rançon de ses prières », mort en 429, il est fêté le 29 juillet.
  • un évêque de Sens qui reçut, alors qu’il disait la messe, une pierre précieuse tombée du ciel. Il est fêté le 1er septembre et est invoqué contre l’épilepsie.
  • un évêque de Bayeux, au Ve siècle, qui fit disparaître un loup féroce en lui tendant son manteau. Il est fêté le 25 octobre.

Variantes :

Leud : de l’hébreu, signifiant Grand, nom du fils de Lem.

Leu – Loupien (fêté le 17 février)

Wolf : de l’allemand (fêté le 21 octobre). »

Prochainement, nous suivrons M. Vanderheyden-Grillet, dans sa recherche dans un dictionnaire néerlandais ; passionnant !

Cette investigation dans les dictionnaires des prénoms me permet de revenir sur un intéressant courrier de Monsieur Jacques Bastin, de Heyd,  qui éclairera certainement de nombreux lecteurs :

« Ayant eu un ami d’enfance prénommé « Louis » et que sa mère appelait toujours « Loulou », j’ai longuement cru que « Loup » (prénom que je n’avais jamais vu orthographié) n’était pas un vrai prénom mais simplement le diminutif de Louis. Je suis  donc ainsi resté dans l’erreur jusqu’au jour où j’ai enfin vu le prénom « Jean-Loup », lequel reste d’ailleurs pratiquement la seule et rare façon française de voir employer « Loup » en tant que prénom.

Dans ma vie professionnelle, j’ai eu l’occasion de rencontrer un homme qui portait le prénom de « Loupvenant ». Ne comprenant absolument rien à ce prénom, je lui ai demandé des éclaircissements à son sujet ; il m’a alors confié que ce prénom était également celui de son grand-père paternel, en fait son parrain. Le plus extraordinaire est encore que cet homme s’appelait Dubois ; cela donnait l’ensemble  très officiel, extrêmement curieux et insolite de sergent « Loupvenant Dubois ». C’est incroyable mais absolument authentique. »

Voici comment un patronyme nous mène réellement aux frontières de l’insolite ; n’est-ce pas, tout compte fait, normal dans La Petite gazette de l’anecdote et de l’insolite ?

Un grand merci à vous tous qui alimentez cette rubrique…

La Petite Gazette du 19 janvier 2000

SAINT LOUP, UN SAINT DONT IL Y A TANT A DIRE…

Nous avions suivi M. Jos. René Vanderheyden-Grillet, de Grimbergen, dans la recherche qu’il avait menée dans les dictionnaires des prénoms ; nous le retrouvons, aujourd’hui, avec les renseignements puisés dans l’ouvrage néerlandais « De mooiste voornaam  kiezen ».

« Wolbert      : avec diminutif Wolbrecht, signifie Loup magnifique.

Wolf           : avec diminutif Wulf, signifie Loup.

Wolfbrand  : avec diminutif Wolbrand, signifie Loup brillant et magnifique.

Wolfgang   : sans diminutif, est surtout utilisé en Allemagne. Il signifie la voie         du loup ou encore sur le chemin de la guerre.

Wolfram    : sans diminutif qui signifie Loup et corbeau (wolfen en anaf) »

Merci beaucoup à mon correspondant pour ses précieuses précisions.

La Petite Gazette du 9 février 2000

TOUJOURS SAINT LOUP

Est-ce réellement une surprise que la première photographie d’une représentation de saint Loup me soit envoyée par un fidèle d’entre les fidèles, à savoir Monsieur Max-Léon Jadoul, d’Arlon.

saint-loup

 

 

« J’ai découvert, m’écrit mon correspondant, cette très belle statue dans la chapelle du château de Lamotte en Gée, propriété privée et cadenassée. Son accès est un peu malaisé : elle se trouve à l’intérieur de la chapelle, dans une loge au-dessus de la porte d’entrée, à une certaine hauteur. Il a fallu le secours du télé-objectif pour distinguer les détails fort intéressants. Il est certain que, pour des connaisseurs, l’interprétation de ces détails permettrait une connaissance plus approfondie de notre fameux saint condruzien. En tout cas, il semble terrasser un loup calmé. Pour rappel, une vénération ancienne de saint Loup concernait la boulimie des enfants, mais aussi l’horrible « lupus », affection cutanée, de nature tuberculeuse,  attaquant surtout le visage. Ablutions à l’eau de la source située jadis dans le fond du parc dont l’édicule a été détruit. (source : G. Pire, Tihange, racines et identités.) »

Merci pour tous ces détails et surtout pour cette photographie. Grâce à M. Jadoul, nous aurons l’occasion d’en découvrir d’autres dans les éditions à venir.

La Petite Gazette du 1er mars 2000

LES SAINTS DU CONDROZ… REVOICI SAINT LOUP

Il y avait longtemps que j’attendais une communication de Monsieur Maurice Fanon, de Bomal à ce propos, car j’avais du mal à imaginer que son extraordinaire documentation ne recelait rien à ce propos. Ma patience vient d’être récompensée et j’en remercie mon correspondant.

« J’ai été très intéressé par les propos de M. Jadoul et la photographie qui les accompagnait ; le rappel de la vénération ancienne concernant l’horrible lupus, affection cutanée de nature tuberculeuse attaquant surtout le visage m’a également passionné.

Ce détail me rappelle le « loup », lésion copiant par sa forme la morsure du loup, mais aussi les « loups » qui identifient les ulcères aux jambes (lat. ulcus ceris) et également les « loupes » synonymes de kystes.

J’aime aussi à rappeler le poète satirique Mathurin Régnier (1573 – 1613), aventureux, imitateur de la satire antique, au style imaginé, licencieux et parfois cruel pour ses « amis ( !) – ennemis » ; à preuve, ce quatrain :

« Si des maux qui vous font la guerre

Vous voulez guérir désormais,

Il faut aller en Angleterre

Où les loups ne viennent jamais. »

Monsieur Fanon signale, en outre, que l’auteur de ce quatrain souffrait d’une affection évoquée ci-dessus.

Les loups d’Angleterre y étaient donc particulièrement rares, déjà au XVIe siècle ! N’est-ce pas une question à creuser ?

Quid ita ? de la raréfaction précoce du carnassier ? Un début de documentation nous vient d’un certain La Rouvraye dans l’hebdomadaire « Le Patriote Illustré » de 1903 (page 260). Il confirme par les proverbes : « Ceux de l’Angleterre abondent en renards, en chiens et en chats. Les loups, dont les Anglais ont depuis longtemps débarrassé leurs îles, sont encore nombreux en France aussi ils reviennent souvent dans les proverbes français. » Les Anglais ont-ils mieux « travaillé » que les luparii de Charlemagne, les louvetiers de l’ancien régime ou les grands veneurs de l’empire ?

Est-ce l’insularité seule qui explique… ou la méthode d’éradication ? Un lecteur averti pourrait-il nous éclairer ? »

J’espère, de tout cœur, recevoir des réponses ou des éléments de réponse à cette question, mais aussi des informations complémentaires sur les affections évoquées par mon correspondant et faisant référence au loup. Je compte sur vous.

La Petite Gazette du 15 mars 2000

LES SAINTS DE CHEZ NOUS : SAINT LOUP ET TOUS LES AUTRES

Madame Bouvy, de Grand-Halleux, collectionne les statuettes religieuses et elle les connaît fort bien. Dans « La fleur des saints », elle a puisé les renseignements suivants sur Saint Loup.

« Saint Loup est né près d’Orléans (Loiret) et mort en 623. Il est fêté le 1er septembre comme saint Gilles. Saint Loup au feu de Sens est invoqué contre la peur, le mal caduc et les maux d’entrailles. Ses biographes le montrent humble, amateur de musique et surtout intrépide. »

« Je viens vous donner, m’écrit Monsieur Duchêne, de Strée, quelques détails supplémentaires suite à votre article intéressant sur les saints de chez nous. St Jean, aumônier de l’empereur Wenceslas (1330 – 1383) auquel il refusa de révéler la confession de l’impératrice, fut noyé par ordre de ce prince. On le fête le 16 mai. Il y a quelques années, lors d’un voyage en Autriche, j’ai eu la surprise, en rentrant à l’hôtel (j’en ai oublié le nom, c’était en dehors de Vienne), de trouver la même statue que celle qui existe dans le parc du château à Strée. Pendant mes études, il y a 60 ans, on parlait déjà de lui dans notre livre de religion. »

Petit à petit, grâce à vos témoignages à toutes et à tous, nous en apprenons toujours davantage sur ces saints et ces saintes invoqués dans nos régions ; continuez, c’est réellement passionnant.

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUAND IL EST A NOUVEAU QUESTION DE SAINT LOUP

« La question de Saint-Loup m’intrigue, m’écrit un lecteur averti de Clerheid Erezée. Je viens de pointer au hasard sur mes cartes provinciales les nombreux « Trou du loup » et autres toponymes en rapport apparent avec « Loup » , tels que « Louveigné ».

Mais « Loup » se dit aussi « Leu » ce qui m’amène à « Leuven » et je note ensuite les toponymes tels que « Wolverten ».

Ensuite, il y a la grande borne dite « Pierre des leus » entre Vervoz et Bende, sur l’important axe routier menant vers Cologne. Cette pierre se trouve à l’emplacement d’une borne qui ne serait pas une borne « milliaire », mais une borne « leugaire » étant donné qu’à une certaine époque le mille romain a été remplacé par la leuga gauloise. »

Mon correspondant renvoie ensuite le passionné à un article de M. Florent Ulrix, Arbres-bornes et routes romaines, paru dans le Bulletin du Centre Interdisciplinaire de recherches Aériennes, n°22, 1999 dont le contenu est riche d’enseignements.

Ce n’est pas une légende, dans les campagnes, certains profitent de la nuit pour déplacer les bornes cadastrales et aider ainsi à l’agrandissement de leurs champs ! Cette pratique n’est pas neuve, les Romains, pour la contrecarrer, ont planté des arbres à la place des bornes, le long des routes par exemple. En changeant l’essence des bois plantés, on donnait la possibilité aux voyageurs de mieux estimer les distances parcourues : après trois hêtres, ils plantaient un chêne pour marquer le quatrième mille. Quand ces arbres-bornes étaient trop vieux, ils étaient remplacés par de plus jeunes, mais de même variété. Il y en aurait encore dans nos campagnes!

La toponymie a conservé la trace de la présence de ces arbres. En Wallonie, l’auteur cite notamment « Chêneau, Chenois, Chenoy, Queniau, Quenoy, Quesnoy » descendants directs du latin « quercus » (chêne), mais encore « Rouvreux, Rouvroy » du latin « quercus robur ». Le chercheur poursuit son passionnant raisonnement en se penchant sur la présence des hêtres (en latin « fagus »), qui laissèrent les nombreux « Fays » et  leurs composés ; au départ du wallon « hes », il relève ensuite « La hestre, Hestreux… ». L’auteur conclut en se basant sur l’anthroponymie (étude des noms de famille) et signale les très nombreux « Duchêne, Dufays, Defays, Delhez, Vanhees… »

    Voilà là une fabuleuse mine à explorer. Merci à mon correspondant de Clerheid d’en avoir poussé la porte.

UN LANCASTER ABATTU A WERBOMONT LE 13 AOÛT 1944

La Petite Gazette du 12 novembre 2008

UN AVION ABATTU A WERBOMONT LE 13 AOÛT 1944

Monsieur Jean-Pierre Beaufays a questionné La Petite Gazette au sujet d’un autre avion, tombé à Werbomont celui-là : « Je me suis rendu à Werbomont entre deux averses et j’ai photographié le monument en question.

monument04

Il apparaît que les occupants de l’avion abattu étaient de nationalité britannique comme en atteste la devise de la monarchie britannique « Dieu et mon droit » qui figure sur ce monument.

Suit l’inscription  » En reconnaissance aux héros de la RAF tombés ici Le 13 août 1944  » surmontée de la silhouette du bombardier (un bimoteur). On trouve ensuite les noms des victimes : Holledge. Morgan. Urkuhart. Pedrazini. Henderson. Ross. Darlant med.

Plusieurs questions peuvent se poser:

Tous les occupants ont-ils été tués ou y a-t-il eu des survivants ?

De quel type d’avion s’agissait-il ? Si la sculpture correspond à la réalité, il s’agissait d’un bombardier léger car il n’était équipé que de deux moteurs au lieu de 4  sur les bombardiers lourds. Que faisait un médecin (Darlant) à bord de cet appareil ? »

J’ai, évidemment, transmis cette demande à M. Rik Verhelle, de Bomal, un des spécialistes es aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale de la Petite Gazette qui a mené son enquête :

« Je suis allé voir ce petit monument à la sortie est du village, sur la N66 direction Trois-Ponts, et on y voit effectivement un bimoteur. Or, il ne s’agit que d’une expression figurative car le bombardier tombé là-bas était un quadrimoteur lourd du type Avro Lancaster et, en effet, de provenance britannique (Bomber Command).

A Lancaster in flight

Un Lancaster en vol, mais mon correspondant précise qu’il ne s’agit pas de celui tombé à Werbomont

Il a fallu creuser beaucoup et loin dans les archives pour réunir les informations suivantes :

Dans la nuit du 12 au 13 août 1944, le bombardier quadrimoteur lourd du type Avro Lancaster, immatriculé ND694 (squadron code F2-R sur l’empennage arrière) et appartenant au 635e Squadron, Nr 8 Group du Bomber Command de la Royal Air Force, revenait de sa mission de bombardement de nuit sur Russelheim, quelque 350 Km au sud-ouest de Cologne. L’habitude était que les Britanniques effectuaient les bombardements de nuits tandis que les Américains prenaient les missions de jour pour leur compte.
Peu après une heure de la nuit, l’avion britannique fut intercepté par un chasseur de nuit allemand, un Messerschmitt 110  équipé de radar et piloté par le major Heinz Wolfgang Schnaufer.

Heinz Wolfgang Schnaufer

 

 

 

 

 

Le major Heinz Wolfgang Schnaufer

Un témoin (M. Jean Bodson de Trois-Ponts) raconte avoir vu le Lancaster en rase motte et en flammes illuminant toute la campagne. Il signale aussi que l’avion perdait des morceaux de tôle et autres objets. Le bombardier passait par Chevron, fit demi-tour pour aller s’écraser sur l’actuelle route N66. Le témoin est allé voir les débris le matin du 14 août et signale que le lieu était gardé par une sentinelle allemande débonnaire. Il se souvient d’avoir observé des moteurs plantés dans le sol ainsi que trois corps non brûlés mais disloqués, et puis d’autres corps isolés mais complètement carbonisés.
A bord du bombardier se trouvaient sept membres d’équipage: le Lieutenant George S. Henderson, 28 ans, pilote, le Sgt Angus V. Urquhart, ingénieur de bord, le Warrant Officer Alwyn T. Till d’origine australienne, 21 ans, le Sgt John H.C. Ross, 21 ans, opérateur radio et mitrailleur, le Sgt John H. Morgan, 20 ans, mitrailleur, le Sgt Francis R. Holledge, 21 ans, mitrailleur, et le Warrant Officer Richard Pedrazzini, 30 ans, navigateur-bombardier. A. T. Till est le seul à survivre le crash, mais il succombera une semaine plus tard, le 21 août. Tous ont été enterrés à Werbomont et, plus tard, ils ont été exhumés et transférés au cimetière militaire britannique de Hotton dans le secteur VII, A-1 jusque A-7.

Tombes Hotton - Henderson et UrquhartLeur Lancaster ne totalisait que 132 heures d’activité depuis sa sortie de l’usine. » A suivre la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 19 novembre 2008

LE LANCASTER DE WERBOMONT

Retrouvons, comme promis, la suite des renseignements rassemblés par M. Rik Verhelle, de Bomal s/O

« La chasse de nuit allemande faisait des ravages et les pertes britanniques étaient effrayantes. Ainsi, en moyenne un peu plus de 4% de bombardiers étaient perdus à chaque mission. Le Bomber Command était, statistiquement parlant, l’unité où l’on avait le moins de chances de finir la guerre vivant. Cette nuit du 12/13 août 1944, le Bomber Command avait attaqué Russelheim avec 297 avions (191 bombardiers Lancaster, 96 bombardiers Halifax, et 10 Mosquitos). Avec 6,7% de pertes le bilan était très lourd (10 Lancaster et 7 Halifax). L’usine des moteurs Opel qui était l’objectif n’avait subi que très peu de dégâts car la plupart des bombes tombaient dans les terrains ouverts adjacents.
Le 635ème Squadron était basé sur Downham Market (Norfolk) en Angleterre. Sa devise était « Nos Demicus Ceteri Secunter » ce qui veut dire « Nous guidons, les autres suivent ». Il fut formé le 20 mars 1944 en amalgamant B-Flight du 35th Squadron et le C-Flight du 97th Squadron et il volera toujours sur le quadrimoteur Lancaster jusqu’au 01 septembre 1945, date à laquelle il finira d’exister. La 635th Squadron effectuera sa dernière mission opérationnelle le 25 avril 1945 avec le bombardement de l’île Wangerooge (en Hollande) et Berchtesgaden (en Allemagne).
Schnaufer 2

 

 

 

 

Schnaufer et la queue de son avion

 

 

Mais qui était donc le pilote allemand qui avait abattu le Lancaster ND694 ? Son nom était Heinz Wolfgang Schnaufer, né en février 1922 à Calw près de Württemberg et qui entra en service à la Luftwaffe le 15 novembre 1939 (à 17 ans !). Puisqu’il disposait d’une vision de nuit absolument exceptionnelle et une condition physique superbe il était entraîné pour la chasse de nuit sur Messerscmitt 110. Lieutenant au début, Schnaufer  était déjà Major au 01 décembre 1944 à 22 ans à peine. Il était le plus jeune Major que l’armée allemande ait connu. Schnaufer a totalisé 1133 heures de vol pendant 2300 décollages dont 164 missions de combat de nuit. Il a atteint un score extraordinaire de 121 avions abattus dont 114 bombardiers quadrimoteurs britanniques. La victoire du 13 août 1944, le Lancaster de Werbomont donc, était sa 91e victoire.

Le 24 mai 1944, il a descendu cinq bombardiers en seulement 14 minutes et sa meilleure nuit fut celle du 01 février 1945 où il a détruit pas moins de neuf bombardiers Lancaster !…  H. W. Schnaufer était connu par ses collègues comme un jeune homme intelligent, courageux et fort sympa. Schnaufer a obtenu des mains d’Hitler la plus haute distinction honorifique et il figure parmi les 27 militaires allemands les plus médaillés de la Seconde Guerre mondiale. L’empennage de son Me-110 se trouve toujours au British Museum à Londres.
Schnaufer était aussi connu comme « le fantôme de St-Trond » car c’est en décollant de cette base aérienne qu’il a accompli la plupart de ses triomphes.
Le 8 mai 1945, Schnaufer se rendit aux forces britanniques comme prisonnier de guerre. A cause de ses performances exceptionnelles et de sa jeunesse il était apprécié par les Anglais comme un brillant héros et traité avec beaucoup de respect. Il retrouva déjà sa liberté après moins d’un an de détention. Schnaufer a ensuite repris les affaires de son père (mort durant la guerre).
Le 15 juillet 1950, Heinz Wolfgang Schnaufer connaîtra une mort tragique dans un accident de voiture près de Lyon. Un camion français roulait sur le mauvais côté de la route, entrait en collision avec la voiture de Schnaufer, et perdait sa cargaison sur la voiture. Après avoir survécu aux multiples périls de la guerre, il mourut simplement sur la route alors qu’il avait à peine 28 ans !… »

La Petite Gazette du 26 novembre 2008

AU SUJET DES AVIONS TOMBES SUR NOTRE SOL

Monsieur Jean D’Olne nous fait part de son intérêt et de ses recherches :

« J’ai lu avec intérêt  (N.D.L.R. Comme vous avez été nombreux à le faire à me le faire savoir) les informations envoyées par M. Verhelle à propos du Lancaster tombé à Werbomont.J’ai eu la curiosité d’aller voir Downham Market (là où l’appareil était basé) avec Google Earth. Le terrain a été rendu à l’agriculture. On ne voit pratiquement plus rien des pistes d’envol, à peine discernables avec beaucoup de bonne volonté. Mais, bizarrement, on y trouve une photo du corps de garde, qui est utilisé par un artisan local. »

La Petite Gazette du 17 décembre 2008

A PROPOS DES AVIONS ABATTUS DANS NOS REGIONS

Je reçois une intéressante communication de M. Jacques Bastin, officier e.r ; de la Force aérienne et passionné d’histoire militaire. Je vous propose d’en découvrir la première partie cette semaine :

« Je crois qu’il est tout de même sage de souligner ici, pour bien fixer les idées, que le combat entre un bombardier et un avion de chasse est fort analogue à ce que serait un match de boxe entre un poids moyen amateur et un poids lourd professionnel. Quant à l’homologation des victoires, il est bon de préciser que chez les Anglais, donc à la RAF, toutes les armes de bord étaient équipées de caméras enregistrant les tirs. L’homologation des victoires étaient donc ainsi faites, tout à fait objectivement, par des équipes spécialisées qui, directement après le vol, déclaraient les victoires revendiquées comme réelles, comme probables ou encore comme non acquises. Chez les chasseurs allemands par contre, ainsi que chez les mitrailleurs de bord américains d’ailleurs, on se fiait uniquement aux déclarations faites, après la mission, par les aviateurs eux-mêmes; ce qui, le plus souvent, donnait lieu, tout à fait de bonne foi, comme l’a reconnu plus tard le grand as de la Chasse allemande, le Général Adolf Galland à des aberrations plus que renversantes (un peu du genre histoires de pêcheurs). Ainsi un jour, au-dessus de Lille, au cours d’un affrontement entre forteresses volantes US et chasseurs Me 101 allemands, 2 de ces derniers appareils furent réellement abattus. Les Américains, pour leur part, annoncèrent, selon les déclarations de leurs aviateurs, avoir alors descendu 102 chasseurs ennemis (Excusez du peu : presque tous les mitrailleurs avaient, ainsi, réussi à abattre un ou deux chasseurs allemands !)

Il est toutefois parfaitement exact que certains combats, entre formations de chasseurs allemands et bombardiers alliés, furent parfois extrêmement redoutables. Tel celui du 14 octobre 1943, lors de la mission USAF contre la ville de Schweinfurth, où, sur les quelque 200 quadrimoteurs envolés pour cette mission, 25 appareils seulement revinrent indemnes, 140 furent endommagés et 61 abattus. De leur côté, les Allemands reconnurent avoir alors perdu, ce jour-là, 35 chasseurs dans la mêlée. Disons encore, à titre d’exemple, qu’à la fin de l’année 1943, les Autorités américaines reconnaissaient officiellement avoir bel et bien perdu 727 bombardiers  au total, quadrimoteurs pour la plupart.

En ce qui concerne la stricte homologation des victoires, mon vieil ami Raymond Lallemant (1919 – ), grand pilote de guerre et redoutable chasseur de chars sur Typhoon (Jabo ; en d’autres termes : abréviation allemande pour chasseur-bombardier)), m’a un jour affirmé que les 33 victoires dont se targuait le tout grand chasseur français de la dernière guerre (Français de la France Libre – Groupe ALSACE), Pierre Clostermann (1921-2006), auteur du best-seller d’après guerre « Le Grand Cirque », n’avaient, au grand jamais, été officiellement confirmées par la RAF. » A suivre.

La Petite Gazette du 23 décembre 2008

A PROPOS DES VICTOIRES LORS DES COMBATS AERIENS

Nous retrouvons, comme promis, la suite et la fin des très intéressants commentaires que nous a adressés M. Jacques Bastin, de Heyd, commandant e.r. de la Force aérienne :  » Il convient encore de signaler que le théâtre d’opérations occidental (Iles britanniques et le Continent européen incluant tout le territoire allemand)  était nettement beaucoup « plus chaud », en ce qui concerne les opérations aériennes, que d’autres. Ainsi, la situation des Belges qui se sont battus au-dessus de nos têtes était certes moins enviable que celle des Belges qui se trouvaient en Afrique du Sud. De même, les pilotes allemands du Front soviétique (tel Hans Rudel) étaient nettement plus à l’aise que ceux qui devaient se battre au-dessus de l’Europe occidentale (Tel Walter Novotny). Novotny était, en fait, le plus grand as de la chasse allemande; les Services d’intelligence alliés eux-mêmes lui attribuaient 60 victoires sur le Front occidental et plus de 100 victoires sur le Front russe. Ce très jeune lieutenant-colonel de 22 ans, titulaire de la plus haute distinction honorifique allemande, soit la Croix de fer avec épées croisées, diamants et feuilles de chêne en or, dirigeait en fin de compte, nonobstant son fort jeune âge, le 52. Jagd Geschwader (52e Escadre de chasse) laquelle comptait quelque 400 appareils de combat (dont 100 Me 262, soit les tout premiers appareils à réaction au monde). Son escadre occupait ainsi 8 aérodromes militaires, tous placés sous son commandement exclusif. Novotny allait finir ses jours lors de la phase finale d’un atterrissage, effectué sous intense protection de la FLAK, comme suite des coups tirés (par un Tempest de la RAF ayant soudainement piqué à mort et miraculeusement réussi à traverser le fort intense barrage antiaérien) sur son tout nouveau Me 262 à réaction qui alla ainsi terminer sa course en feu à la lisière de cette base d’atterrissage. Ce tout grand as de la chasse,  Novotny, grièvement brûlé, fut transporté de toute urgence à l’hôpital d’Osnabrueck où il devait mourir deux jours plus tard. Nous dirons encore, pour la petite histoire, que Novotny avait personnellement adressé une vive protestation à Adolf Hitler lui-même quand celui-ci décida de faire fusiller les 47 pilotes alliés prisonniers qui avaient tenté de s’évader de leur camp d’internement.

J’ai également eu l’insigne privilège de pouvoir m’entretenir quelques rares fois, naguère, lors de mon long séjour passé au HQ/2ATAF de Rheindhalen, entre 1970 et 1975, avec le grand Général RAF Bob Martin, individu extrêmement sympathique et chaleureux, commandant cet Etat-Major interallié, qui s’est battu, comme un vrai diable, durant toute la guerre au-dessus de l’Europe occidentale, et son Chef d’Etat-Major, le Général aviateur allemand Krupinski, être assez cassant, méprisant et glacial, qui avait combattu sur le Front soviétique (Disons encore, en passant, que Krupinski parlait l’anglais avec un accent guttural fort prononcé qui trahissait immédiatement ses origines germaniques). J’ai pu, ainsi, un peu mieux me rendre compte des mentalités ayant pu prévaloir, à l’époque, sur les deux théâtres d’opérations en question.

« A beau mentir qui  vient de loin » nous dit la sagesse populaire. Il en est de même quand on en arrive à parler de victoires au combat en matière aérienne sans avoir d’appareils de contrôle objectif installés à bord des avions. N’oublions jamais que le Docteur Joseph Goebbels, le très sinistre ministre de la propagande nazie, après avoir superbement chanté, sans cesse, à la radio nombre de retentissantes victoires, toutes aussi imaginaires les unes que les autres, des troupes allemandes, n’a cessé de vociférer, jusqu’à l’écrasement total du 3e Reich, que : « L’Allemagne gagnerait finalement la guerre grâce à une arme miracle ». Ceci faisait jaser bon nombre de commères allemandes, qui ne croyant plus du tout en ce fameux Goebbels, ironisaient, en voyant chaque soir défiler les rangs de la Volksturm (c-à-d : la milice populaire du 3e Reich, créée en 1944 et composée alors d’hommes, non mobilisés, âgés de 17 à 60 ans et même plus parfois), entre elles, à voix basse, bien sûr (car le climat politique était alors devenu extrêmement malsain en Allemagne nazie et la délation y était devenue plus que monnaie courante) : « Eh bien ! La voilà donc l’arme miracle grâce à laquelle nous allons enfin gagner la guerre ! »

QUAND ON TUAIT LE COCHON

La Petite Gazette du 25 mars 2009

UN GESTE TRADITIONNEL, L’ABATTAGE DU COCHON

C’était l’usage dans bien des familles de nos villages, on élevait deux cochons, parfois plus, chaque année et, le jour de la mise à mort de l’animal était l’objet de rituels particuliers.

Monsieur Maurice Kelner, de Marche-en-Famenne, raconte.

« Le porc dont les photos illustrent l’abattage avait été élevé dans la famille d’Olivier Houba et était, ce jour-là, tué en fraude derrière la maison, durant la guerre. Le risque d’avoir des ennuis était assez minime car les Allemands se montraient fort rarement dans le village. La bête est égorgée par Léopold Kelner, mon papa, qui incite son cocker de chasse à la curée…

Abattage du cochon

Vous remarquerez sur ce cliché que le sacrificateur porte un chapeau improvisé, il a simplement noué les coins de son mouchoir.

Abattage du cochon 2

Sur cette photo, une autre étape incontournable de l’abattage, on brûle les soies avec des torchettes de paille. On distingue nettement l’outil de l’assistant du sacrificateur : la brosse et on devine le brosseur en attente alors que toute la famille assiste, curieuse, au sacrifice. »

N.D.L.R. J’espère de tout cœur que ces documents vous conduiront à me raconter vos souvenirs de ces journées particulières durant lesquelles on tuait le cochon. C’est en effet un sujet que j’aime bien car, moi aussi, j’ai  entendu de nombreux récits du genre pour la simple raison que, durant la guerre et encore un peu après, mon papa était tueur de cochon. J’ai d’ailleurs consacré un chapitre à ce sujet dans mon tome 1 de Hier en Ourthe-Amblève, Réalités et Mystères, toujours disponible (Vous pouvez le commander en versant  12€, frais de port compris, au compte BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille à 4920 Aywaille).

J’attends vos souvenirs avec beaucoup d’intérêt et d’impatience.

La Petite Gazette du 6 mai 2009

L’ABATTAGE DU COCHON

Cette semaine, ce sont les souvenirs de M. Henri Preudhomme, de Neupré, que nous évoquerons. Cette fois encore, ils nous conduisent durant la période de guerre :

« A cette époque, j’habitais Les Trixhes, à Flémalle-Haute, et, en 1940, j’avais 5 ans. Mon père était boucher-charcutier de métier, comme son père et son frère, mais il travaillait alors aux Tubes de la Meuse.

Quand j’avais 6 ans, j’ai accompagné mon père ; nous partions à vélo, moi sur le cadre, c’était plus facile pour transporter les outils d’abattage et pour passer les contrôles allemands. Nous avions besoin de trois ou quatre jours pour faire les allers-retours entre notre maison et les endroits d’abattage. La première chose que mon père vérifiait était de voir si le cochon était méchant et s’il mordait. Mon père n’aimait pas que l’on tienne le cochon par les pattes arrières, sinon le cochon hurlait, sentait la mort et attirait l’attention autour de l’endroit où nous étions. Mon père entrait dans l’étable, sa « makète » tenue à une main, appuyée sur son épaule, calmait le cochon pendant deux ou trois minutes. Quand le cochon était rassuré, il l’abattait d’un coup de makète et récupérait le sang pour faire le boudin noir.

La paille était préparée dans la cour, par le propriétaire, on y plaçait le cochon, on le recouvrait de paille, puis on y mettait le feu. Pendant qu’il brûlait, mon père préparait de l’eau chaude, son couteau pour le raser et sa brosse dure. Après ce nettoyage, il vidait le cochon : les boyaux séparés pour le boudin, la vessie récupérée pour faire des blagues à tabac. Le lendemain, il découpait le cochon suivant la demande, salait le tout, terminait par les boudins et la tête pressée.

Il tuait aussi les moutons, les chèvres, les lapins… Dans cette période difficile, mon père a eu beaucoup de chance de ne pas être dénoncé. Je possède toujours un hachoir de cette époque, outil qu’il fabriquait lui-même à l’usine. » Un immense merci pour ce témoignage très précis.

La Petite Gazette du 13 mai 2009

L’ABATTAGE DU COCHON

Madame Viviane Bultot nous confie, à son tour, ses souvenirs de l’abattage du cochon :

« Je me souviens très bien avoir assisté à plusieurs reprises à l’abattage du ou des cochons. Enfant, ces journées particulières m’ont assez marquée.

Chaque année, à la même époque (mars –avril), un cochon était tué, il avait été désigné dès le début de l’hiver et soigneusement engraissé, avec toutes les bonnes choses de la ferme et surtout la superbe (cabolêye).  C’était mon grand oncle Alphonse qui était recruté dans tout le village pour cet événement. Je le vois encore, comme si c’était hier, arriver tôt le matin en bleu de travail, la casquette sur le côté, son doux sourire aux lèvres. Il portait au dos un sac en cuir dans lequel étaient disposés couteaux, scies et l’aiguiseur qu’il utilisait à tout moment. Son arrivée était toujours très attendue car comme il passait de maison en maison il savait toutes les nouvelles qu’il racontait en ajoutant sa petite note humoristique. Son grand bonheur était de faire «chachler» rire les gens. La première épreuve était d’amener la bête au bon endroit. S’il se trouvait à l’étable, il fallait le tirer  par les oreilles, un autre lui tordait la queue (pauvre bête !) un troisième le poussait dehors. S’il était dans la prairie, il fallait l’encercler, le  lier par une patte et l’amener au bon endroit. Visiblement intrigué, il comprenait rapidement qu’on ne lui voulait pas que du bien, il hurlait à pleins poumons. On pouvait l’entendre dans tout le village, on savait chez qui on tuait. Il se débattait et fonçait parfois comme un véritable bulldozer. L’ennui était que s’il courait trop la viande était échauffée et devenait vite moins bonne à la conservation et à consommation.

Enfin la pauvre bête, malgré tous ses efforts, était amenée près de son bourreau qui lui administrait un grand coup de mahotte ou du dos de la cognée au milieu du front pour l’assommer. Profitant de son étourdissement, mon grand oncle le stitchait, il lui enfonçait  son grand couteau effilé dans la gorge et lui sectionnait ainsi la carotide. Il ne fallait pas rater son coup ! Le sang coulait abondement, il était directement récolté dans un seau et mélangé à du gros sel pour empêcher la coagulation. Je revois ma grand-mère Florentine puis maman, leurs  mains toute rouges, mélangeant ce sang tout chaud .C’était une curiosité à l’époque d’assister à pareil événement. Ensuite on passait au feu pour brûler les poils comme nous l’a raconté  Monsieur Kelner, la bête était alors toute noire. Puis on la lavait en frottant avec une brosse dure et on la grattait avec un couteau. Le cochon était ensuite  vidé de ses tripes, cœur, poumons etc… puis coupé en deux.  Il était ensuite déposé dans un endroit frais sur de la paille fraîche en attendant la découpe du lendemain. Chez un de nos voisins, il était suspendu dans le  fenil.

A l’époque, l’abattage du cochon se faisait tout simplement. Que dirait mon grand-oncle s’il revenait en voyant tout le « tra-la-la » qui entoure cet évènement  à l’heure actuelle (autorisation, vétérinaire, abattoir etc.?) »

Un grand merci, la semaine prochaine ma correspondante vous entretiendra de la découpe du cochon.

La Petite Gazette du 20 mai 2009

LA DECOUPE DU COCHON

Madame Viviane Bultot nous explique ce qui se passait une fois le cochon abattu :

« Dans le cochon tout est bon » c’est bien vrai. Le porc était découpé en morceaux, lard et viande sauf les jambons qu’on laissait entier. Tout était récupéré, les tripes étaient soigneusement chavées (raclées) à l’aide du dos du petit pêleu (couteau) sur une planche en prenant toutes les précautions pour ne pas les trouer.  Elles étaient lavées plusieurs fois à l’eau salée. Le plus terrible était de les souffler à la bouche pour être vérifiées. Une personne était à un bout et tordait la pointe, pendant que l’autre soufflait. On avait ainsi un regard correct sur l’état de la tripe, qui parfois nécessitait encore un dernier petit grattage .Tous les abats : cœur, poumons, foie… étaient cuits à l’eau salée puis moulus pour entrer dans la confection des succulentes charcuterie. Boudin, saucisse, pâté, tête pressée.  En écrivant tout ceci, je ressens encore toutes ces odeurs, cette saveur jamais égalée en boucherie. Toutes ces bonnes recettes étaient transmises de mère en fille, certaines courageuses en réalisent  encore  je pense à l’occasion d’une fête de famille. La viande, le lard et les jambons étaient enduits de gros sel et placés dans le saloir (endroit prévu souvent dans les caves des fermes). Les jambons étaient placés dans le fond puis la viande et enfin le lard.

Une semaine plus tard on enlevait le lard et, 15 jours, après suivait  la viande. Je pense que les jambons restaient minimum 6 semaines. Le tout était suspendu dans un endroit sec et chauffé pour y sécher (souvent la cuisine, seule pièce de la maison chauffée à cette époque). Après quelques semaines les jambons passaient au fumoir. Ils étaient pendus dans la cheminée au grenier pour une durée de 15 jours à 3 semaines. Il fallait prendre  toutes les précautions, les bois brûlés étaient triés, il ne fallait ni sapin ni hêtre. Ah ! les bonnes odeurs, les belles couleurs ! Dès leur sortie, ils étaient placés dans de jolis  tissus à carreaux multicolores et, à nouveau, suspendus dans une pièce sèche et bien aérée.

Pas de congélateur à cette époque, je revois encore ma grand-mère Florentine cuire les côtelettes par 3  ou 4 et les stériliser dans des grands bocaux, les remiser dans la cave sur une grande étagère.

Les bons pâtés étaient réalisés et cuits au four, recouverts d’une jolie voilette (membrane qui se trouve autour de l’appareil digestif du porc), elle  leur donnait cet aspect si croustillant bien doré, un ravissement pour les yeux, une odeur incomparable et une saveur inimaginable à l’heure actuelle. Petite fille je voyais dans le dessin formé une véritable carte de géographie. Maman utilisait un vieux fer à tricoter pour vérifier la cuisson qui se faisait à température élevée. « Il fallait faire un bon feu !».J’ai tourné à la main plus d’une fois la machine à moudre la viande, je joins sa photographie.

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A- t-elle un nom particulier ? Connaissez-vous encore toutes ces bonnes recettes ? »

EN MARGE DE L’ABATTAGE DU COCHON

Madame Monique Charlier nous présente sa collection de hache et précise :

« J’ai lu le témoignage de M. Preudhomme concernant l’abattage des cochons. A ce propos, je possède une collection de haches dont deux ont servi à l’abattage.  Elles sont aisément identifiables, ce sont celles qui ont un ergot au dos de l’outil. La plus grande à servi à l’abattage des cochons, quant à la plus petite, ainsi qu’aux autres, me diriez-vous leur usage ? Merci »

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La Petite Gazette 27 mai 2009

« ALLER AUX TRIPES »

Madame Viviane Bultot poursuit l’évocation de ses appétissants souvenirs :

« C’était la coutume, quand on tuait le cochon,  le dimanche suivant, on invitait toute la famille pour un repas de fête. On allait « aux tripes »  comme on disait à l’époque. Tout le monde revêtait «son bel habit du dimanche » et la famille se réunissait pour un repas où on pouvait  déguster toutes les bonnes choses  tirées du cochon. La maîtresse de maison sortait la « bonne vaisselle » et installait une « très belle table »

Les succulentes préparations  étaient servies en abondance. Souvent le repas commençait par un  bon bouillon de poule. Ensuite commençait le défilé de viande : le merveilleux boudin maison, les saucisses, les côtelettes et les délicieuses « plates côtes ». Une telle débauche de calories ferait hurler nos diététiciens (Bonjour le cholestérol !). Le repas se passait dans une chaude ambiance festive. Il y avait toujours un oncle ou une tante  qui mettait l’ambiance  en narrant l’une ou l’autre anecdote  croustillante, et, surtout qui entamait les bonnes vieilles  chansons que tous reprenaient en chœur.

Le repas se terminait  toujours par le délicieux gâteau moka réalisé maison (des couches de petits-beurre et de  crème moka) Les hommes, quant à eux,  terminaient la fête avec la traditionnelle goutte de « péket », pendant que les femmes se retranchaient dans  la cuisine pour laver l’imposante vaisselle. Une fois la fête terminée, chacun s’en retournait en emportant en prime un morceau de cochon.

On peut se demander ce qui restait  du cochon à la famille organisatrice. Pourquoi inviter tant de monde alors que la vie était déjà si dure ? Je pense que c’était là une des rares occasions de se retrouver  et de faire la fête sans compter. C’était un grand bonheur d’ouvrir sa table et de recevoir ses proches. Dès qu’un autre membre de la famille tuait le cochon, il invitait aussi « aux tripes » et la fête recommençait.

Je garde un merveilleux souvenir de ces repas de fête .Les rires, les embrassades, le bonheur d’être tout simplement ensemble. »