LA BATELLERIE SUR L’OURTHE

La Petite Gazette du 10 mars 2010

AU SUJET DES EDITIONS BICHEROUX A ESNEUX ET DE LA BATELLERIE

Monsieur Philippe Hamoir, d’Esneux, est un passionné du passé de sa commune et il aime à partager largement ses connaissances. Il a mené une enquête minutieuse à propos des Editions Bicheroux. Il vous en livre les résultats en les illustrant de documents vraiment exceptionnels par leur qualité et leur rareté. Je l’en remercie tout spécialement.

« Aucune de mes listes de noms sur Esneux (matrice du plan Popp, liste électorale de 1907…) ne comporte le nom de Bicheroux, ce qui peut s’expliquer s’ils (ou semble-t-il, elles) n’étaient pas propriétaires ou, tout simplement, n’avaient pas droit de vote en tant que femmes.

Cependant je me suis entretemps souvenu des éléments que je décris brièvement ci-après et que j’ai exploités lors de l’exposition sur la batellerie que j’avais organisée en octobre 2008 à Hony, dans le cadre de Wallonie Week-end Bienvenue.

Manifestement les Soeurs Bicheroux ont tenu à Esneux un commerce de papeterie à la fin du 19e et probablement tout début du 20e siècle. En témoignent les nombreuses cartes postales éditées à leur nom (Bicheroux à Esneux, Editeur Bicheroux à Esneux ou Edit. Bicheroux Soeurs à Esneux), toutes antérieures à 1905, date jusqu’à laquelle le dos des cartes était exclusivement réservé pour y indiquer l’adresse du destinataire.

Place_de_..

Cette carte postale éditée à leur nom (Editeur Bicheroux à Esneux) représente le sommet du vieux Thier et la place de l’église; on y distingue le sommet de la fontaine à trois vasques en pierre, initialement édifiée face à l’ancien hôtel Cobus. Or, pour permettre l’aménagement de la place, cette belle fontaine a été supprimée en 1890 en même temps que la suppression de la « basse » (mare) se trouvant devant l’ancien hôtel des Familles (administration communale actuelle). On pourrait donc en conclure que l’éditeur Bicheroux existait déjà avant cette date. Evidemment, tient à préciser mon correspondant, cette carte pourrait avoir été rééditée au début du 20e siècle, même si le cliché date d’avant 1890. Car pourquoi aurait-on précisé « ancienne église », et pas « église » tout court? Probablement la nouvelle était-elle déjà construite (1901), ou en cours de construction (1899-1900), ou l’ancienne en cours de démolition (avril 1899).

En illustration de leur commerce de papeterie et d’imprimerie, je  joins la note d’envoi des Etablissements Gordinne & Fils à Liège, relative à des fournitures de rames de papier et de buvard qui leur sont destinées. Cette expédition date du 9 juin 1899 et a été effectuée par la Barque de l’Ourthe, nom donné au hernà Cornélie du batelier Joseph Pahaut de Tilff.

Bordereau_Bicheroux130

Joseph Pahaut assurait un service de messagerie entre Liège (quai de l’Université) et Douxflamme à Comblain. Il avait d’ailleurs fait imprimer par les Soeurs Bicheroux un feuillet réclame (photo ci-jointe) mentionnant les horaires et les lieux desservis.

Horaire_barque_de_l'Ourthe137

A partir de fin 1899, Joseph Pahaut assure cette messagerie avec son nouveau hernà, La Maria, construit en métal par les Etablissements Jabon & Frères à Ombret, et toujours surnommé La Barque de L’Ourthe. Ci-joint une très belle photo du Maria accosté à Douxflamme.

Maria+à+C..

Ces documents m’ont été communiqués par la fille du batelier Joseph Pahaut, que je remercie encore de conserver ces témoignages historiques. » A ces remerciements, j’ajoute les miens, ces documents sont vraiment exceptionnels.

         La Petite Gazette du 2 avril 2014         

LES MIGNOLES ET LES HERNAS DE L’OURTHE…

Monsieur J-P Gailliez est l’heureux propriétaire d’un bateau qui a navigué sur l’Ourthe et son canal. Aujourd’hui, ce bateau, entièrement restauré et en ordre de navigation, propose des chambres d’hôtes. Il est actuellement amarré au port de Seneffe et porte le nom d’Amélie.

Son heureux propriétaire nous en donne des nouvelles :

« Voici quelques nouvelles de mes recherches concernant la mignole restaurée après plus de 10 années de travail acharné. Dans l’espoir de découvrir l’histoire du bateau, je me suis mis à la recherche de toute piste susceptible de retrouver ses origines. Construit au chantier Jabon à Ombret en 1917, il a d’abord porté le nom d’ HUBERT.

J’ai retrouvé une partie des archives du chantier auprès de l’IHOES (Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale) à Seraing. Quelle chance : le listing des bateaux construits pendant la guerre y est présent. La Mignole HUBERT y a été construite simultanément à la mignole ANTOINETTE sur commande de Monsieur Hubert Maréchal, de Méry.

Quelques semaines plus tard, j’ai trouvé chez Delcampe une carte postale représentant un concert sous le pont d’Esneux organisé à bord de deux mignoles amarrées l’une à l’autre. Le pont d’Esneux est situé à proximité immédiate de Méry…  Les deux bateaux ressemblent fortement à l’AMELIE ex HUBERT.  Ce serait incroyable que ce soient précisément les 2 bateaux construits pour Maréchal en 1917. »

pont d'esneux

 

 

 

 

 

 

N.D.L.R. Ici, il est intéressant d’apporter directement la réponse à cette question. J’en laisse le soin à M. Philippe Hamoir, de l’asbl « Le vieil Esneux » :

« Quant à la carte postale représentant un orchestre jouant sur l’Ourthe, sur deux hernàs jumelés, je pense qu’il s’agit probablement de deux pontons (sans roof central), alors que le Hubert et l’Antoinette devaient certainement comporter de base un tel roof. Et que c’étaient des bateaux en bois de bateliers locaux, Esneux et Hony étaient également des fiefs de bateliers à l’époque. A proximité immédiate de ce lieu sont d’ailleurs visibles sur certaines cartes et photos des hernàs ou pontons en cale sèche. »

Monsieur Gailliez poursuit : « Il est étonnant que ce Monsieur Hubert Maréchal ait décidé d’investir en pleine occupation allemande dans la construction non pas d’une, mais de deux mignoles !  Cela m’interpelle… Quel était son projet ?  Assurer le passage de l’Ourthe et / ou de la Meuse suite à la destruction de nombreux ponts pendant l’offensive allemande ?

J’ai repris la lecture du livre de DALEM et NELISSEN, 1000 ans de navigation sur l’Ourthe, j’étais arrivé à la page 169… et quel hasard !!  page 171, les auteurs y font mention d’un herna dénommé ANTOINETTE et d’un remorqueur qui appartenait à M. van Bossuyt Maréchal de Méry ! »

Et Philippe Hamoir de répondre avec la précision qu’on lui connaît :

« Concernant Hubert Maréchal, qui a fait construire ces deux hernàs, voici les renseignements que j’ai glanés:

Maréchal Hubert Georges, né à Tilff, le 3 novembre 1861, fils de Eugène Maurice et de Gilman Marie-Jeanne Félicie. Il exerce la profession de maître batelier et habitait à Méry, avenue d’Esneux n° 55. Il a épousé à Esneux, le 3 décembre 1898, Halleux Marie Antoinette, née à Esneux le 22 avril 1863. Ils ont eu une fille Nelly Marie Joséphine, née à Tilff le 27 octobre 1901. Cette dernière a épousé le 2 mai 1922 à Tilff, Van Bossuyt Richard Henri, né à Pepinghem (Brabant) le 4 février 1896. Il exerçait la profession d’instituteur et habitait à Méry, rue de l’église, n° 2. Mais Richard Van Bossuyt a préféré reprendre et poursuivre la profession de son beau-père. Il a d’ailleurs été le dernier batelier sur l’Ourthe, jusqu’à 1950.

Les noms des bateaux reflètent bien les prénoms du couple Maréchal et de leur fille Nelly.

Il est probable qu’Hubert Maréchal a lui-même poursuivi l’activité de son beau-père, Eugène Maurice Gilman, dont c’est vraisemblablement le père, Lambert Joseph, qui est répertorié comme batelier dans la matrice du plan Popp de Tilff, dressé avant 1866. Ces Gilman disposaient des parcelles, dont la parcelle 160b sur laquelle a été construite la grange batelière comportant une ancre gravée sur la clef de voûte datée 1879 (dont je joins la photo). Je devrais néanmoins vérifier ces dernières suppositions. »

grange batellière

Aborder pareil sujet dans La Petite Gazette est toujours un régal car il permet de se remémorer une réalité régionale absolument passionnante et dont les vestiges, toujours bien  visibles le long de l’Ourthe et du canal de l’Ourthe, méritent d’être mieux connus encore pour être bien protégés.

 La Petite Gazette du 16 avril 2014

UNE PRECISION SUR LES DERNIERS BATELIERS DE L’OURTHE

Notre récent article sur le sujet a suscité commentaires, questions et réflexions parmi ceux que le sujet passionne. Merci pour les précisions apportées par Mme Anne-Marie Halleux et MM. Paul Natalis et Philippe Hamoir.

La question qui s’est posée concerne le prénom du dernier batelier de l’Ourthe, à savoir un certain Van Bossuyt.  Philippe Hamoir nous a parlé de Richard (il m’a entretemps signalé qu’il avait répondu un peu vite…). Monsieur Natalis, lecteur très attentif de la Petite Gazette, lui a fait remarquer que cela ne correspond pas au prénom que lui donne son ami et poète wallon Marcel Bouchat dans un poème lui dédié et intitulé  « Li bat’lî » avec en-tête  « A m’ camarâde René Van Bossuyt, li dièrin bat’lî d’ Oûte ».

René est en fait le fils de Richard Van Bossuyt.

Madame Halleux apporte les précisions suivantes : « Richard Van Bossuyt est décédé en 1942 et est enterré au cimetière de Tilff (av. Laboulle) dans un caveau familial.

Ce même Richard Van Bossuyt avait épousé Nelly Maréchal et ils ont eu deux enfants : René et Lucy. Quand Richard est mort, René avait 15 ans, ce sont sa maman et sa soeur qui ont repris l’exploitation de la péniche. Puis, à l’âge de 17 ans, c’est René qui a pris la relève seul. Le bateau appartenait avant à un certain Monsieur Hubert Maréchal.

Pour information, René est né le 11/07/1927 et est décédé le 04/11/2007. »

C’est donc René, le fils de Richard Van Bossuyt, qui a poursuivi l’exploitation de son père Richard, décédé en 1942. Il n’avait que 23 ans lorsqu’il en arrêta définitivement l’exploitation.

La Petite Gazette du 30 avril 2014

SUR LE CANAL DE L’OURTHE

Monsieur Jean-Pierre Beaufays, pour donner bonne suite aux récentes communications sur les bateaux ayant circulé sur l’Ourthe, me fait parvenir cette très belle photographie :

hernaPHOTO DU HERNA

« Cette photo a été prise à l’écluse de la Mâle Eau à Tilff le 03-11-1935, on y reconnaît mon oncle René Beaufays (environ 1910-1980) prenant la pose sur une de ces embarcations. Autant qu’on puisse en juger, le barreur devait être musclé.

D’après l’ouvrage de Robert Dalem et André Nelissen, Mille de navigation sur l’Ourthe et ses affluents, pages 167 et suivantes, les historiens ne s’entendent pas sur l’appellation de ces barques. Mignolle, ponton ou herna.

Ce dernier terme m’étonne car, autant que je me rappelle, on désignait sous ce nom les filets de tenderie utilisés jadis pour capturer les petits oiseaux. Rien à voir donc avec la batellerie. »

Sur le même sujet encore, Monsieur Luc Nollomont, secrétaire-trésorier du cercle d’Histoire et d’Archéologie SEGNIA, rappelle que le Hors-série n°6 de ce cercle (publié en juin 2012) présente un article de B. Marnette qui devrait intéresser les passionnés de l’histoire de l’Ourthe, notamment en ce qui concerne le batelier Van Bossuyt.

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