UN LANCASTER ABATTU A WERBOMONT LE 13 AOÛT 1944

La Petite Gazette du 12 novembre 2008

UN AVION ABATTU A WERBOMONT LE 13 AOÛT 1944

Monsieur Jean-Pierre Beaufays a questionné La Petite Gazette au sujet d’un autre avion, tombé à Werbomont celui-là : « Je me suis rendu à Werbomont entre deux averses et j’ai photographié le monument en question.

monument04

Il apparaît que les occupants de l’avion abattu étaient de nationalité britannique comme en atteste la devise de la monarchie britannique « Dieu et mon droit » qui figure sur ce monument.

Suit l’inscription  » En reconnaissance aux héros de la RAF tombés ici Le 13 août 1944  » surmontée de la silhouette du bombardier (un bimoteur). On trouve ensuite les noms des victimes : Holledge. Morgan. Urkuhart. Pedrazini. Henderson. Ross. Darlant med.

Plusieurs questions peuvent se poser:

Tous les occupants ont-ils été tués ou y a-t-il eu des survivants ?

De quel type d’avion s’agissait-il ? Si la sculpture correspond à la réalité, il s’agissait d’un bombardier léger car il n’était équipé que de deux moteurs au lieu de 4  sur les bombardiers lourds. Que faisait un médecin (Darlant) à bord de cet appareil ? »

J’ai, évidemment, transmis cette demande à M. Rik Verhelle, de Bomal, un des spécialistes es aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale de la Petite Gazette qui a mené son enquête :

« Je suis allé voir ce petit monument à la sortie est du village, sur la N66 direction Trois-Ponts, et on y voit effectivement un bimoteur. Or, il ne s’agit que d’une expression figurative car le bombardier tombé là-bas était un quadrimoteur lourd du type Avro Lancaster et, en effet, de provenance britannique (Bomber Command).

A Lancaster in flight

Un Lancaster en vol, mais mon correspondant précise qu’il ne s’agit pas de celui tombé à Werbomont

Il a fallu creuser beaucoup et loin dans les archives pour réunir les informations suivantes :

Dans la nuit du 12 au 13 août 1944, le bombardier quadrimoteur lourd du type Avro Lancaster, immatriculé ND694 (squadron code F2-R sur l’empennage arrière) et appartenant au 635e Squadron, Nr 8 Group du Bomber Command de la Royal Air Force, revenait de sa mission de bombardement de nuit sur Russelheim, quelque 350 Km au sud-ouest de Cologne. L’habitude était que les Britanniques effectuaient les bombardements de nuits tandis que les Américains prenaient les missions de jour pour leur compte.
Peu après une heure de la nuit, l’avion britannique fut intercepté par un chasseur de nuit allemand, un Messerschmitt 110  équipé de radar et piloté par le major Heinz Wolfgang Schnaufer.

Heinz Wolfgang Schnaufer

 

 

 

 

 

Le major Heinz Wolfgang Schnaufer

Un témoin (M. Jean Bodson de Trois-Ponts) raconte avoir vu le Lancaster en rase motte et en flammes illuminant toute la campagne. Il signale aussi que l’avion perdait des morceaux de tôle et autres objets. Le bombardier passait par Chevron, fit demi-tour pour aller s’écraser sur l’actuelle route N66. Le témoin est allé voir les débris le matin du 14 août et signale que le lieu était gardé par une sentinelle allemande débonnaire. Il se souvient d’avoir observé des moteurs plantés dans le sol ainsi que trois corps non brûlés mais disloqués, et puis d’autres corps isolés mais complètement carbonisés.
A bord du bombardier se trouvaient sept membres d’équipage: le Lieutenant George S. Henderson, 28 ans, pilote, le Sgt Angus V. Urquhart, ingénieur de bord, le Warrant Officer Alwyn T. Till d’origine australienne, 21 ans, le Sgt John H.C. Ross, 21 ans, opérateur radio et mitrailleur, le Sgt John H. Morgan, 20 ans, mitrailleur, le Sgt Francis R. Holledge, 21 ans, mitrailleur, et le Warrant Officer Richard Pedrazzini, 30 ans, navigateur-bombardier. A. T. Till est le seul à survivre le crash, mais il succombera une semaine plus tard, le 21 août. Tous ont été enterrés à Werbomont et, plus tard, ils ont été exhumés et transférés au cimetière militaire britannique de Hotton dans le secteur VII, A-1 jusque A-7.

Tombes Hotton - Henderson et UrquhartLeur Lancaster ne totalisait que 132 heures d’activité depuis sa sortie de l’usine. » A suivre la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 19 novembre 2008

LE LANCASTER DE WERBOMONT

Retrouvons, comme promis, la suite des renseignements rassemblés par M. Rik Verhelle, de Bomal s/O

« La chasse de nuit allemande faisait des ravages et les pertes britanniques étaient effrayantes. Ainsi, en moyenne un peu plus de 4% de bombardiers étaient perdus à chaque mission. Le Bomber Command était, statistiquement parlant, l’unité où l’on avait le moins de chances de finir la guerre vivant. Cette nuit du 12/13 août 1944, le Bomber Command avait attaqué Russelheim avec 297 avions (191 bombardiers Lancaster, 96 bombardiers Halifax, et 10 Mosquitos). Avec 6,7% de pertes le bilan était très lourd (10 Lancaster et 7 Halifax). L’usine des moteurs Opel qui était l’objectif n’avait subi que très peu de dégâts car la plupart des bombes tombaient dans les terrains ouverts adjacents.
Le 635ème Squadron était basé sur Downham Market (Norfolk) en Angleterre. Sa devise était « Nos Demicus Ceteri Secunter » ce qui veut dire « Nous guidons, les autres suivent ». Il fut formé le 20 mars 1944 en amalgamant B-Flight du 35th Squadron et le C-Flight du 97th Squadron et il volera toujours sur le quadrimoteur Lancaster jusqu’au 01 septembre 1945, date à laquelle il finira d’exister. La 635th Squadron effectuera sa dernière mission opérationnelle le 25 avril 1945 avec le bombardement de l’île Wangerooge (en Hollande) et Berchtesgaden (en Allemagne).
Schnaufer 2

 

 

 

 

Schnaufer et la queue de son avion

 

 

Mais qui était donc le pilote allemand qui avait abattu le Lancaster ND694 ? Son nom était Heinz Wolfgang Schnaufer, né en février 1922 à Calw près de Württemberg et qui entra en service à la Luftwaffe le 15 novembre 1939 (à 17 ans !). Puisqu’il disposait d’une vision de nuit absolument exceptionnelle et une condition physique superbe il était entraîné pour la chasse de nuit sur Messerscmitt 110. Lieutenant au début, Schnaufer  était déjà Major au 01 décembre 1944 à 22 ans à peine. Il était le plus jeune Major que l’armée allemande ait connu. Schnaufer a totalisé 1133 heures de vol pendant 2300 décollages dont 164 missions de combat de nuit. Il a atteint un score extraordinaire de 121 avions abattus dont 114 bombardiers quadrimoteurs britanniques. La victoire du 13 août 1944, le Lancaster de Werbomont donc, était sa 91e victoire.

Le 24 mai 1944, il a descendu cinq bombardiers en seulement 14 minutes et sa meilleure nuit fut celle du 01 février 1945 où il a détruit pas moins de neuf bombardiers Lancaster !…  H. W. Schnaufer était connu par ses collègues comme un jeune homme intelligent, courageux et fort sympa. Schnaufer a obtenu des mains d’Hitler la plus haute distinction honorifique et il figure parmi les 27 militaires allemands les plus médaillés de la Seconde Guerre mondiale. L’empennage de son Me-110 se trouve toujours au British Museum à Londres.
Schnaufer était aussi connu comme « le fantôme de St-Trond » car c’est en décollant de cette base aérienne qu’il a accompli la plupart de ses triomphes.
Le 8 mai 1945, Schnaufer se rendit aux forces britanniques comme prisonnier de guerre. A cause de ses performances exceptionnelles et de sa jeunesse il était apprécié par les Anglais comme un brillant héros et traité avec beaucoup de respect. Il retrouva déjà sa liberté après moins d’un an de détention. Schnaufer a ensuite repris les affaires de son père (mort durant la guerre).
Le 15 juillet 1950, Heinz Wolfgang Schnaufer connaîtra une mort tragique dans un accident de voiture près de Lyon. Un camion français roulait sur le mauvais côté de la route, entrait en collision avec la voiture de Schnaufer, et perdait sa cargaison sur la voiture. Après avoir survécu aux multiples périls de la guerre, il mourut simplement sur la route alors qu’il avait à peine 28 ans !… »

La Petite Gazette du 26 novembre 2008

AU SUJET DES AVIONS TOMBES SUR NOTRE SOL

Monsieur Jean D’Olne nous fait part de son intérêt et de ses recherches :

« J’ai lu avec intérêt  (N.D.L.R. Comme vous avez été nombreux à le faire à me le faire savoir) les informations envoyées par M. Verhelle à propos du Lancaster tombé à Werbomont.J’ai eu la curiosité d’aller voir Downham Market (là où l’appareil était basé) avec Google Earth. Le terrain a été rendu à l’agriculture. On ne voit pratiquement plus rien des pistes d’envol, à peine discernables avec beaucoup de bonne volonté. Mais, bizarrement, on y trouve une photo du corps de garde, qui est utilisé par un artisan local. »

La Petite Gazette du 17 décembre 2008

A PROPOS DES AVIONS ABATTUS DANS NOS REGIONS

Je reçois une intéressante communication de M. Jacques Bastin, officier e.r ; de la Force aérienne et passionné d’histoire militaire. Je vous propose d’en découvrir la première partie cette semaine :

« Je crois qu’il est tout de même sage de souligner ici, pour bien fixer les idées, que le combat entre un bombardier et un avion de chasse est fort analogue à ce que serait un match de boxe entre un poids moyen amateur et un poids lourd professionnel. Quant à l’homologation des victoires, il est bon de préciser que chez les Anglais, donc à la RAF, toutes les armes de bord étaient équipées de caméras enregistrant les tirs. L’homologation des victoires étaient donc ainsi faites, tout à fait objectivement, par des équipes spécialisées qui, directement après le vol, déclaraient les victoires revendiquées comme réelles, comme probables ou encore comme non acquises. Chez les chasseurs allemands par contre, ainsi que chez les mitrailleurs de bord américains d’ailleurs, on se fiait uniquement aux déclarations faites, après la mission, par les aviateurs eux-mêmes; ce qui, le plus souvent, donnait lieu, tout à fait de bonne foi, comme l’a reconnu plus tard le grand as de la Chasse allemande, le Général Adolf Galland à des aberrations plus que renversantes (un peu du genre histoires de pêcheurs). Ainsi un jour, au-dessus de Lille, au cours d’un affrontement entre forteresses volantes US et chasseurs Me 101 allemands, 2 de ces derniers appareils furent réellement abattus. Les Américains, pour leur part, annoncèrent, selon les déclarations de leurs aviateurs, avoir alors descendu 102 chasseurs ennemis (Excusez du peu : presque tous les mitrailleurs avaient, ainsi, réussi à abattre un ou deux chasseurs allemands !)

Il est toutefois parfaitement exact que certains combats, entre formations de chasseurs allemands et bombardiers alliés, furent parfois extrêmement redoutables. Tel celui du 14 octobre 1943, lors de la mission USAF contre la ville de Schweinfurth, où, sur les quelque 200 quadrimoteurs envolés pour cette mission, 25 appareils seulement revinrent indemnes, 140 furent endommagés et 61 abattus. De leur côté, les Allemands reconnurent avoir alors perdu, ce jour-là, 35 chasseurs dans la mêlée. Disons encore, à titre d’exemple, qu’à la fin de l’année 1943, les Autorités américaines reconnaissaient officiellement avoir bel et bien perdu 727 bombardiers  au total, quadrimoteurs pour la plupart.

En ce qui concerne la stricte homologation des victoires, mon vieil ami Raymond Lallemant (1919 – ), grand pilote de guerre et redoutable chasseur de chars sur Typhoon (Jabo ; en d’autres termes : abréviation allemande pour chasseur-bombardier)), m’a un jour affirmé que les 33 victoires dont se targuait le tout grand chasseur français de la dernière guerre (Français de la France Libre – Groupe ALSACE), Pierre Clostermann (1921-2006), auteur du best-seller d’après guerre « Le Grand Cirque », n’avaient, au grand jamais, été officiellement confirmées par la RAF. » A suivre.

La Petite Gazette du 23 décembre 2008

A PROPOS DES VICTOIRES LORS DES COMBATS AERIENS

Nous retrouvons, comme promis, la suite et la fin des très intéressants commentaires que nous a adressés M. Jacques Bastin, de Heyd, commandant e.r. de la Force aérienne :  » Il convient encore de signaler que le théâtre d’opérations occidental (Iles britanniques et le Continent européen incluant tout le territoire allemand)  était nettement beaucoup « plus chaud », en ce qui concerne les opérations aériennes, que d’autres. Ainsi, la situation des Belges qui se sont battus au-dessus de nos têtes était certes moins enviable que celle des Belges qui se trouvaient en Afrique du Sud. De même, les pilotes allemands du Front soviétique (tel Hans Rudel) étaient nettement plus à l’aise que ceux qui devaient se battre au-dessus de l’Europe occidentale (Tel Walter Novotny). Novotny était, en fait, le plus grand as de la chasse allemande; les Services d’intelligence alliés eux-mêmes lui attribuaient 60 victoires sur le Front occidental et plus de 100 victoires sur le Front russe. Ce très jeune lieutenant-colonel de 22 ans, titulaire de la plus haute distinction honorifique allemande, soit la Croix de fer avec épées croisées, diamants et feuilles de chêne en or, dirigeait en fin de compte, nonobstant son fort jeune âge, le 52. Jagd Geschwader (52e Escadre de chasse) laquelle comptait quelque 400 appareils de combat (dont 100 Me 262, soit les tout premiers appareils à réaction au monde). Son escadre occupait ainsi 8 aérodromes militaires, tous placés sous son commandement exclusif. Novotny allait finir ses jours lors de la phase finale d’un atterrissage, effectué sous intense protection de la FLAK, comme suite des coups tirés (par un Tempest de la RAF ayant soudainement piqué à mort et miraculeusement réussi à traverser le fort intense barrage antiaérien) sur son tout nouveau Me 262 à réaction qui alla ainsi terminer sa course en feu à la lisière de cette base d’atterrissage. Ce tout grand as de la chasse,  Novotny, grièvement brûlé, fut transporté de toute urgence à l’hôpital d’Osnabrueck où il devait mourir deux jours plus tard. Nous dirons encore, pour la petite histoire, que Novotny avait personnellement adressé une vive protestation à Adolf Hitler lui-même quand celui-ci décida de faire fusiller les 47 pilotes alliés prisonniers qui avaient tenté de s’évader de leur camp d’internement.

J’ai également eu l’insigne privilège de pouvoir m’entretenir quelques rares fois, naguère, lors de mon long séjour passé au HQ/2ATAF de Rheindhalen, entre 1970 et 1975, avec le grand Général RAF Bob Martin, individu extrêmement sympathique et chaleureux, commandant cet Etat-Major interallié, qui s’est battu, comme un vrai diable, durant toute la guerre au-dessus de l’Europe occidentale, et son Chef d’Etat-Major, le Général aviateur allemand Krupinski, être assez cassant, méprisant et glacial, qui avait combattu sur le Front soviétique (Disons encore, en passant, que Krupinski parlait l’anglais avec un accent guttural fort prononcé qui trahissait immédiatement ses origines germaniques). J’ai pu, ainsi, un peu mieux me rendre compte des mentalités ayant pu prévaloir, à l’époque, sur les deux théâtres d’opérations en question.

« A beau mentir qui  vient de loin » nous dit la sagesse populaire. Il en est de même quand on en arrive à parler de victoires au combat en matière aérienne sans avoir d’appareils de contrôle objectif installés à bord des avions. N’oublions jamais que le Docteur Joseph Goebbels, le très sinistre ministre de la propagande nazie, après avoir superbement chanté, sans cesse, à la radio nombre de retentissantes victoires, toutes aussi imaginaires les unes que les autres, des troupes allemandes, n’a cessé de vociférer, jusqu’à l’écrasement total du 3e Reich, que : « L’Allemagne gagnerait finalement la guerre grâce à une arme miracle ». Ceci faisait jaser bon nombre de commères allemandes, qui ne croyant plus du tout en ce fameux Goebbels, ironisaient, en voyant chaque soir défiler les rangs de la Volksturm (c-à-d : la milice populaire du 3e Reich, créée en 1944 et composée alors d’hommes, non mobilisés, âgés de 17 à 60 ans et même plus parfois), entre elles, à voix basse, bien sûr (car le climat politique était alors devenu extrêmement malsain en Allemagne nazie et la délation y était devenue plus que monnaie courante) : « Eh bien ! La voilà donc l’arme miracle grâce à laquelle nous allons enfin gagner la guerre ! »

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