Les sources dites miraculeuses

Prolongeons les propos de La Petite Gazette du 1er juin 2016

LES SOURCES MIRACULEUSES OU PRETENDUES TELLES

Répondant à l’appel que je vous lançais, Monsieur Thomas Gaspar, d’Embourg, m’a fait parvenir une copie d’un magistral article qu’il a publié dans Marchin Bia Viyèdje, n°19 (l’édition du 40e anniversaire de cette publication du Cercle d’histoire et de folklore).

Dans cette étude, « D’Arbrefontaine à Chaudfontaine, petit détour par Marchin : Histoires d’Eaux sur la Planète Bleue », Thomas Gaspard consacre une annexe spécifique aux sources dites miraculeuses et il m’a autorisé à y puiser de quoi alimenter La Petite Gazette. Je l’en remercie chaleureusement. Voici ce passionnant article.

« Les sources dites miraculeuses

Entre Odimont et Arbrefontaine, au pont dit de Maissoet, j’ai connu la chapelle Gisbrand, détruite après avoir subi les affres de la guerre 40-45. Je ne sais à qui elle était dédiée ni qui on y venait prier, mais les gens du village la fréquentaient en tout cas tout autant pour la ‘source miraculeuse’ qui la joignait en contrebas. Chacun venait se laver les yeux et les guérir d’infections bien courantes le siècle dernier. Il s’agissait en fait d’une mare en dépression par rapport au ru voisin (venant de Gossaimont) qui l’alimentait, à partir des hauteurs marécageuses (anciennes tourbières ayant subi depuis lors le même sort que celles des Hautes Fagnes de Belgique, c’est-à-dire une plantation abusive d’épicéas anéantissant des réserves d’eau naturelles). Les effets ‘miraculeux’ seraient dus simplement à l’acidité de l’eau et aux antibiotiques et/ou des antiseptiques naturels relâchés par les sphaignes des tourbières. Les tourbières elles-mêmes doivent précisément leur constitution -accumulation d’éléments végétaux non dégradés- à ces antibiotiques. Une légende rapporte que certaines mains ‘souées’ (littéralement séchées) trempées en cette source, et guéries ainsi, auraient donné le nom (‘Maissoet’) à l’endroit. La nature a repris ses droits à l’emplacement de la chapelle et de la source miraculeuse (qui aurait peu de chance de l’être encore) dont peu se souviennent.

A Spa, aussi non loin de certaines fagnes, on attribue au « Pouhon Pierre le Grand », source gazeuse et légèrement sulfureuse, la guérison de personnalités célèbres, dont le tsar du même nom…

A Solières-Ben Ahin, entité de Huy, se dresse à l’orée du bois de Chefaïd, entourée de hêtres centenaires, accessible par un sentier traversant une pâture, une petite chapelle construite jadis en hommage à saint Eutrope, que certains appellent saint Zoïto. En patois, saint Eutrope est en effet prononcé « sint-z-oït-to » (intint tot, d’où encore « saint entend-tout »). Toute proche, une petite fontaine, pourtant restaurée aux frais de la Région wallonne, mais qui n’est pas entretenue, ne laisse plus couler qu’un mince filet d’eau ferrugineuse. La source fut, en fait, captée dans les années 30-40 pour la distribution d’eau du village. On raconte que le mayeur de l’époque devint sourd et qu’il y vit une vengeance de saint Eutrope. Saint Eutrope (qui aurait été évêque et martyr) est en effet invoqué contre la surdité et les maux d’oreilles. La légende raconte encore que saint Eutrope réalisa son premier miracle en 1283, guérissant un jeune homme sourd et muet de naissance. L’eau claire, qui coulait au pied de la chapelle, constituait au temps des druides, une fontaine sacrée, source de jouvence, d’où la fréquentation par de nombreux pèlerins à l’époque.

Des générations de Stratois (habitants de Strée), d’usagers de la route Huy-Hamoir, comme aussi les dévots à sainte Geneviève, se souviennent de ce site typique où étaient réunies, à quelques pas l’une de l’autre, l’antique église de Saint-Nicolas, la chapelle et la fontaine Sainte-Geneviève. Chapelle et fontaine ont été mutilées à la suite de divers accidents, mais ont été restaurées, au moins partiellement grâce à l’asbl « Qualité Village », dans le cadre de la protection du patrimoine architectural wallon. En contrebas de la maison qui cache en partie l’église, une source réputée thérapeutique, flanquée d’une pompe à bras et d’une vasque en fonte, est placée sous la protection de sainte Geneviève : son eau guérissait les personnes atteintes des maux (éruptions cutanées) du même nom, appelés « Må d’sint’ Djen’vîre ». Grande thaumaturge, la sainte patronne de Paris est encore priée pour que soient soulagés les enfants atteints de la ‘fièvre lente’ (lu five-linne), voire pour la guérisson de la jaunisse, comme l’indique Auguste Hock dans son recueil de « Croyances et Remèdes populaires au Pays de Liège ». Autrefois la chapelle contenait de nombreux ex-voto exprimant la reconnaissance des pèlerins. Dans l’église St-Nicolas, on a découvert une stèle votive romaine du IIe siècle dédiée à la déesse Viradechtis, dont le culte fut sans doute lié à l’existence de la source proche réputée thérapeutique.

Mais voilà, lors de la reprise du réseau de distribution de l’eau par la CILE, la compagnie liégeoise devait procéder à l’analyse des diverses sources communales. C’est ainsi qu’on finit par constater, au grand désarroi de nombreux habitués, que l’eau du puits Sainte-Geneviève de Strée n’était pas (plus) potable !

L’eau « miraculeuse » de la région la plus connue, même au-delà de nos frontières, est sans doute celle de Catherine Seret ou Catherine Langlois, son vrai nom, (1828-1915) de Sur-le-Bois, hameau de Saint-Georges-sur-Meuse, mais c’est une préparation, au même titre que ses pommades, remèdes efficaces encore utilisés de nos jours contre l’infection (gangrène, furoncles, panaris) ainsi que pour les maux d’estomac et d’intestins.

Ouf ! Banneux et Lourdes ne sont pas sur nos communes. Pour les trois premières sources miraculeuses ci-dessus, je vous laisse donc dans l’expectative entre action biologique, foi et psychosomatique.

Tchantchès me demande le dernier mot : « Ton Cercle d’Histoire est aussi de Folklore ? Alors, tu as oublié les eaux-de-vie et les ‘houyeûs’ (houilleurs) ; moi, avec eux, je ne survis dans mon « Djus-d’la Moûse » (république libre d’Outre-Meuse) qu’avec mon ‘plat-cou’ (verre à goutte spécial) quotidien de ‘fris pèkèt’ ! »

 

Thomas GASPAR

Décembre 2008 – janvier 2009

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