UN ESPION A ORTHO EN 1941

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

UN HURRICANE SE POSE A ORTHO, SON PILOTE EST TOUT SAUF UN HEROS !

Monsieur Jean Englebert, de Tohogne, m’a fait parvenir la copie d’un passionnant article extrait d’un récent numéro du mensuel « Le Fana de l’aviation » (n° 417 – août 2004), dû aux plumes de Richard Chapman et Roy Nesbit et traduit par Michel Bénichou. Cet article suit, pas à pas, l’enquête minutieuse des auteurs qui découvrirent progressivement une étonnante réalité. Voici ce que j’en ai retenu :

Le 18 septembre 1941, un Hurricane de la R.A.F. se pose à Ortho, dans une prairie marécageuse, non loin d’un aérodrome allemand. Un ouvrier agricole, témoin de la scène, cherche quelqu’un pouvant s’exprimer en anglais. Le pilote, grâce à l’intervention de patriotes Amand Durand et Léon Charlier, reçut des vêtements civils et de la nourriture ; puis il trouva refuge dans les bois voisins. Le lendemain, vers 5 heures, il se rendit à une patrouille allemande. Il dénonça les civils qui l’avaient aidé : Amand Durand et Léon Charlier furent fusillés, la femme de ce dernier et un certain Antoine furent, quant à eux, emprisonnés. A Ortho, une rue perpétue le souvenir d’Amand Durand.

Qui était donc ce pilote pour agir de la sorte ? Le remarquable travail de recherches des auteurs de l’article porté en référence a permis de l’apprendre.

Augustin Preucil est né le 3 juillet 1914 en Tchécoslovaquie. Il est breveté pilote de la Force aérienne tchécoslovaque où il devient instructeur. Quand l’armée allemande envahit son pays, loin d’être abattu, il demande son incorporation dans la Luftwaffe ! Cela lui est refusé car il n’est pas né allemand. Il est arrêté, en été 1939, parce qu’il essaie de quitter le protectorat allemand ; la gestapo le convainc de devenir un de ses agents. Commence alors un étonnant périple qui le mènera  en Angleterre vraisemblablement via la Pologne, la France où il s’engage dans la Légion étrangère et est affecté en Algérie. Devant l’imminence du conflit, il rejoint la métropole et on retrouve sa trace au centre d’instruction de Chartres. La France est défaite et, comme les autres pilotes tchécoslovaques, il arrive en Angleterre où il connaît diverses affectations dont la base d’Usworth, comme moniteur dans une unité opérationnelle. C’est de là qu’il disparaît le 18 septembre 1941, laissant croire à son élève, dans l’avion qui l’accompagnait, que son appareil s’est abîmé dans la Mer du Nord. Il avait réussi sa mission : livrer à l’occupant un Hurricane de la nouvelle génération.

Sa traîtrise lui rapporta 10 000 Reichmark de récompense. Il poursuivit ses sombres activités au sein de la Gestapo, il était notamment mêlé, dans les camps, aux résistants tchécoslovaques dont il rapportait les confidences…Il fut arrêté par les Alliés en mai 1945, son procès eut lieu en 1947 et, dans le respect de la sentence prononcée, Preucil fut pendu, à Prague, le 14 avril 1947.

Les auteurs de cette remarquable enquête ont vu en ce renégat un des rares espions ayant réussi à infiltrer la R.A.F.

Avez-vous d’autres informations sur cet espion ou sur la façon avec laquelle il livra un hurricane à l’ennemi ? Si oui, vous comprendrez immédiatement l’intérêt de tenir La Petite Gazette informée. Un immense merci.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Monsieur Jacques Bastin,  de Heyd, est un véritable passionné d’histoire militaire et c’est avec énormément de rigueur qu’il mène des recherches, qui le conduisent souvent bien loin des sentiers battus par la pensée unique… Aujourd’hui, il nous livre souvenirs et réflexions à propos de ce Hurricane qui s’est posé à Ortho, durant la dernière guerre.

« Les compléments historiques qui suivent sont le fruit de confidences que j’ai jadis reçues, en cercle intime, de grands pilotes belges qui, au cours de la dernière guerre, avaient décidé de rejoindre les rangs de la RAF afin de continuer le combat contre les Forces de l’Axe.

Disons d’emblée qu’un des tout grands soucis des Anglais, voyant alors venir une multitude d’étrangers se réfugier chez eux, était d’assurer un fonctionnement parfait de leurs services de contre-espionnage. Si, en effet, ils avaient bel et bien besoin de toutes les bonnes volontés possibles et imaginables pour résister aux attaques de la machine nazie, il leur fallait néanmoins continuellement veiller à bien séparer le bon grain de l’ivraie. Et ainsi, une de leurs préoccupations majeures se situait justement, indéniablement, au niveau du recrutement de leurs pilotes qui devaient absolument, pour les raisons qu’on devine aisément, être des éléments au-dessus de tout soupçon.

Voici, à ce sujet, un petit extrait d’article que j’ai écrit, en 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin des hostilités, lequel montrera assez bien l’incessante angoisse des Autorités anglaises de l’époque à ce sujet :

   Sait-on qu’un des plus fameux, sinon le meilleur, des pilotes de chasse en Angleterre, en 1941, était le Belge Jan Offenberg (dit « Le Peiker ») ? Ce pilote d’avant la guerre avait rejoint par bateau, en partant de Casablanca, les Iles Britanniques où il avait décidé de continuer le combat. Il fut d’ailleurs le premier Belge à recevoir la Distinguished Flying Cross (DFC). Mon vieil ami Raymond Lallemant (DFC, ayant plus de 500 missions de guerre) dit d’ailleurs ce qui suit, en un de ses ouvrages, en parlant de ce grand pilote qui, bravement, contrairement à ce que les apparences pouvaient laisser croire, avouait aller au combat en ayant peur : « « Offenberg connaissait les risques. Il les évaluait ; les cernait puis agissait lucidement. Peter Nash me dit un jour : « Je préfère aller au-dessus de Saint-Omer avec le Peiker que de voler derrière certains de nos pilotes au-dessus du Kent. » …

   Offenberg avait une qualité extraordinaire : celle d’être toujours présent où il fallait. Il avait une vue d’oiseau de proie. Il pressentait l’événement. » »

   Sait-on bien encore, en Belgique, qu’un jour de 1941, alors qu’il faisait les essais d’un tout nouveau prototype de Spitfire, il prit à Offenberg, las de ses évolutions acrobatiques dans le ciel d’Angleterre, l’idée de pousser soudainement une petite pointe en France, dans la région de Cherbourg. Les Autorités anglaises crurent même un instant, véritablement sidérées, qu’elles avaient affaire à un étranger passant brusquement à l’ennemi avec un de leurs tout nouveaux appareils. Offenberg, au cours de cette rapide escapade en solitaire, détruisit, en vol, quatre avions de chasse allemands qu’il rencontra tout fortuitement !

   Ce grand chasseur devait, hélas ! quelques mois plus tard, bien malheureusement périr aux commandes de son avion, dans un stupide accident au sol provoqué par un pilote incroyablement distrait lors de sa phase finale d’atterrissage.

Ce court extrait montre à suffisance, je crois, quelle tension pouvait bien sans cesse régner au sein des Services anglais de contre-espionnage dans le domaine qui nous occupe. Le cas évoqué dans la « Petite Gazette » est, au plan opérationnel, toutefois beaucoup moins dramatique pour les Anglais car le Hurricane, avion certes fort robuste mais datant néanmoins des années 1936-37, traînait déjà un peu la patte, lors de la Bataille d’Angleterre (13 août-31 octobre 1940), face aux chasseurs alle­mands [les Focke-Wulf 190 (Fw 190) et Messersmitt (ME 109)]. Il était donc devenu un rien vieillot en septembre 1941 lors de l’escapade évoquée. » A suivre…

La Petite Gazette du 1é janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Retrouvons les souvenirs de M. Jacques Bastin, de Heyd :

« Maintenant, je vais tenter de vous montrer jusqu’où les affaires, au cours du dernier conflit mondial,  ont pu, parfois, aller, de manière totalement inattendue de la part des malfaiteurs. Pour illustrer ceci, voici une histoire entendue de la bouche même de Raymond Lallemant ( héros belge distingué par la Distinguished Flying Cross et ayant, à son actif, plus de 500 missions de guerre).

« Un de ses amis, pilote anglais, doit sauter en parachute au-dessus de la Belgique. Arrivé au sol, il entend du bruit et, selon les consignes reçues, il demeure étendu sur le sol en faisant le mort. Des gens s’approchent et sans s’occuper le moins du monde de son état, ils lui volent froidement son chronomètre et ses bottes fourrées avant de se sauver dare-dare. Peu après, le pilote est enfin recueilli par des patriotes belges auxquels il conte sa mésaventure et qui le font rentrer en Angleterre par une filière éprouvée.

Le territoire à peine libéré en 1944, les Services spécialisés étaient déjà chez les fameux voleurs pour leur demander des comptes. »

Enfin, dernière histoire véritablement rocambolesque mais toutefois absolument authentique qui va, je crois, donner une assez bonne idée de la complexité que peut parfois revêtir le problème :

Lors de la guerre civile espagnole s’étalant de 1936 à 1939, un adjudant pilote belge déserte pour rejoindre les « Brigades internationales » opposées au Caudillo Franco ouvertement soutenu par Hitler et Mussolini. Cette guerre civile, comme chacun le sait, allait se terminer le 1er avril 1939 par la victoire du Général félon Franco. La défaite du « Front populaire » devenant de plus en plus inéluctable, lesdites « Brigades » furent alors instamment invitées par ce dernier à quitter, dès le 28 octobre 1938, le territoire espagnol tant qu’il en était encore possible de le faire pour elles dans de bonnes conditions de sécurité. Notre fameux adjudant s’en va donc ainsi Dieu seul sait où. Ce que l’on sait, c’est que dès 1940, alors que l’Angleterre est seule aux abois, notre homme se manifeste sur le sol anglais où il fait les démarches nécessaires pour s’engager immédiatement comme pilote dans la RAF qui a alors un très urgent besoin d’hommes chevronnés.

En dépit de la situation critique que connaît la RAF, notre homme, apparemment anti­nazi jusqu’aux bords de l’âme, ne parviendra cependant jamais à s’y faire engager. Il va ainsi végéter sur le sol anglais durant toute la guerre. Les Belges présents en Angleterre ne parviendront pas à comprendre alors les raisons de cette fameuse mise à l’écart. Après la guerre, notre déserteur incompris rentre en Belgique. Peu de temps après, on vient l’arrêter chez lui. Il sera traduit devant le Conseil de guerre, condamné à mort et passé par les armes.

C’était en fait un homme qui, de longue date, était à la solde des nazis et avait été chargé par ceux-ci de ramener en leurs lignes un SPITFIRE : avion ayant toujours fait rêver les pilotes allemands de l’époque.

En voilà une histoire rocambolesque, n’est-ce pas ? Tout bonnement incroyable !

Maintenant, bonne question avant de conclure : « Comment ce pilote espion tchécoslovaque (le pilote du Hurricane qui se posa à Ortho) a-t-il bien pu, lui, passer ainsi entre les mailles, pourtant ténues, du réseau tendu par le « Counter-Intelligence Service » anglais ? Ici, mystère total ! » « Errare humanum est » ou cela est-il peut-être tout simplement dû à un relâchement de la vigilance portée sur le Hurricane qui était alors, comme nous l’avons vu, déjà un peu vieux comme modèle pouvant encore vivement intéresser l’ennemi ? »

Un immense merci à M. Bastin pour ses précieux éclaircissements.

La Petite Gazette du 23 septembre 2005

A PROPOS DE CET AVION QUI SE POSA A ORTHO…

   Nous en avons parlé au mois de décembre dernier et, depuis, je suis en possession d’un passionnant courrier de M. Jean-Michel Bodelet, de La Roche-en-Ardenne, qui me transmettait alors une copie d’un article paru dans le n° 123 du « Brussels Air Museum Magazine ». A l’époque, l’abondance de sujets m’avait contraint de laisser de côté cette communication… Heureusement, à La Petite Gazette rien ne se perd. Avec toutes mes excuses pour le retard, je vous engage à découvrir l’article en question.

« un HURRICANE TRÈS SPÉCIAL

   Lors d’une vérification de notre base de données des avions perdus pendant la 2ième Guerre Mondiale, mon attention fut attirée par un Hurricane de la RAF ayant fait un atterrissage forcé près de Laroche ( à Ortho précisément) le 18 septembre 1941. En effet, un Hurricane qui a volé jusqu’à Laroche n’a plus suffisamment d’essence pour retourner en Angleterre ! J’ai pris contact avec Jean-Michel Bodelet, licencié en histoire et historien de la ville de Laroche, qui m’a raconté en quelques minutes l’aventure de ce mystérieux Hurricane. Je ne suis pas le premier à avoir découvert l’histoire de Laroche, car Jean-Louis Roba a, déjà publié en 1997, un très bon article dans le n° 7 de la revue « Contact » Roy Nesbit et Richard Chapman ont également publié un article extrêmement bien documenté dans l’édition de juin 2003 de la revue « Aéroplane ». Jean-Michel Bodelet, à son tour, a inséré un résumé de cette aventure dans « La Province de Luxembourg » du 25.08.2003. Il me semble malgré tout intéressant de rappeler quelques-uns des événements qui n’ont jamais reçu une réponse complète, d’aucune source que ce soit.

   Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie, le pilote militaire Tchèque Augustin Preucil s’est porté volontaire pour la Lufwaffe, mais sa candidature fut rejetée à cause de sa nationalité. En essayant d’atteindre le Brésil pour devenir pilote de ligne, il fut arrêté par l’occupant et persuadé de devenir un agent de la Gestapo. Preucil rejoignit la France en 1939 et fut incorporé au Centre d’Instruction de la Chasse à Chartres. Il rejoignit ensuite l’Angleterre et fut incorporé dans la Royal Air Force Voluntary Reserve, notamment à la 55 Operational Training Unit.

   Le 18 septembre 1941, Preucil reçut l’ordre de son «contact» en Angleterre d’amener son appareil aussi loin que possible en territoire occupé. A court d’essence au-dessus des Ardennes, il se posa à Ortho à 18hl5. Il fut immédiatement pris en charge par les habitants du village et, pourvu de vêtements civils, il disparut dans les bois. Dans le rapport du service de Renseignements « Clarence » ( une inépuisable source de renseignements à caractère historique,) du 30 septembre 1941 et adressé au capitaine Page du War Office nous pouvons lire: «Le lendemain, 19, à 5 heures (Greenwich), le garde-champêtre prévient les Allemands qui envoient cinquante hommes, lesquels fouillent en vain toute la région. Peu avant leur départ, le pilote sort du bois voisin, se dirige vers les Allemands et fraternise aussitôt avec eux. Il dénonce immédiatement ceux qui lui ont donné les vêtements, indiquant même la composition de la famille. Arrestation immédiate de quatre personnes: les parents et les deux filles ».         

   Dans un rapport ultérieur de « Clarence », une précision est apportée au sujet des personnes arrêtées: il s’agit de Léon Charlier, garde-chasse, de son épouse de Amand Durand, maréchal-ferrant et d’un jeune homme étranger à la localité. Charlier et Durand furent condamnés à mort et fusillés au Tir National le 21 septembre 1942, L’épouse Charlier le jeune homme ( un  certain Antoine ) furent condamnés à des peines de prison.

   Preucil rejoignit Prague, sa ville natale, et reprit du service à la Gestapo locale. Il fut arrêté le 19 mai 1945, condamné à mort et pendu le 14 avril 1947. Quant à son avion, il fut transporté en Allemagne et exposé dans un musée à Berlin. Ce dernier fut bombardé et personne ne semble savoir ce que le Hurricane est devenu.

Lt Col d’Avi bre Jules MUSYCK »

UNE TRES ANCIENNE TRADITION, LE CHARIVARI ou PELETEDJE

La Petite Gazette du 9 septembre 2005

CHARIVARI OU PELETEDJE

Mme Françoise Schroder-Closjans, de Louveigné, nous confie un souvenir de jeunesse :

«En juillet 1936, la sœur aînée de maman, âgée de 48 ans et toujours célibataire, épousait l’instituteur de Pery, veuf et de 10 ans son aîné. La surprise fut grande pour la famille et le mariage fut célébré dans la plus stricte intimité, seuls étaient présents les mariés et leurs témoins.

La veille du mariage, un frère de maman, très farceur et très taquin, est arrivé à la maison avec ses fils et a demandé à maman des casseroles et des pêlètes , des ustensiles pour faire beaucoup de bruit. Il annonça alors : « on va pêleter Marie ». Maman hésitait beaucoup… ne voulant pas peiner sa sœur, mais son frère insistait car c’était la coutume disait-il !

Enfin, à la tombée de la nuit, avec oncle André, mon frère et mes cousins, nous sommes allés pêleter derrière la fermette de grand-papa, située en retrait de la route. On a fait du tintamarre pendant quelques minutes, on s’est amusé comme des fous – mon oncle y compris. Alors âgée de 7 ans, j’étais la plus jeune de la bande et je suis la seule encore en vie. Personne n’ en a jamais parlé et moi-même je ne savais pas que c’était interdit. »

Un grand merci pour ce merveilleux témoignage d’une tradition qui semble bien à jamais perdue. Avez-vous vous aussi des souvenirs de charivari ou de pêletèdje ? Nous les raconterez-vous également ? Je suis loin d’être le seul à l’espérer vivement.

La Petite Gazette du 23 septembre 2005

LE CHARIVARI OU PELETAGE.

Répondant à mon appel, M. Henri Boudlet, d’Izier, nous fait le grand plaisir d’évoquer cette très ancienne coutume disparue :

« Le charivari, m’écrit-il, était aussi dans les coutumes à  Izier.

   Qu ‘est-ce qu’un charivari ?    C’est l’action par laquelle plusieurs personnes munies de chaudrons, casseroles, poêlons, etc… jouant sur des instruments discordants (sifflets, trompes, cornets, etc.) ou poussant des cris, manifestent par des bruits injurieux leur opposition à certains actes ou tournent en ridicule certaines personnes. Au point de vue ordre public , il est classé, comme les bruits et tapages nocturnes parmi les attroupements capables d’entraîner du désordre et les forces de l’ordre ont pour mission de les dissiper d’office. Au point de vue pénal, si le charivari se donne la nuit, ce qui était souvent le cas, les auteurs pourraient être poursuivis à la fois pour bruits ou tapage nocturnes, et pour injures si plainte de la personne offensée.

Je me souviens de deux charivaris dans les années 30 dont un connut des péripéties invraisemblables. Celui de Joseph Haot dit < Haot dès forni > il avait précédemment habité dans un fournil en ruine.! Il était veuf avec trois enfants dont les deux plus jeunes : Fernand et Louisa , étaient placés à l’orphelinat des Sœurs à Durbuy.. Il habitait à l’endroit appelé alors   < è 1′ cwène dès bwè > (rue du Bois ), dans une baraque construite et mise à sa disposition par la commune d’Izier. Sa profession : colporteur ; il allait de village en village pour vendre des petites marchandises : bobines de fil, lacets, cirage, allumettes, savon … qu’il transportait dans un grand panier en osier soutenu par un bâton sur son épaule. Il connaissait et utilisait tous les sentiers de la région. Ainsi au moment de la cueillette des myrtilles il repérait les endroits favorables et pouvait ainsi renseigner ainsi les cueilleuses .

Son rayon d’action était très étendu ! Jugez-en ! Au cours de ses tournées à  Lamormenil, il fit connaissance d’une femme beaucoup plus jeune que lui, surnommée « li rossette Nonore ». Elle ne tarda pas à venir vivre maritalement avec lui à Izier. C’était à l’époque un cas à sanctionner et les pèleteus se mirent en action. Ils venaient chaque soir et se répartissaient autour la baraque. Nonore était une personne qui avait du caractère. Parfois, elle ouvrait la porte d’entrée de la baraque pour lancer des bouteilles vides sur les participants. Une intervention des gendarmes de la brigade de Barvaux vint ralentir le rythme. Le jour du mariage ce fut l’apothéose! Ils se marièrent un jour à 19h30 ; le jour était tombé. Tout le dispositif bruyant était en place . Il y eut le mariage civil à la maison communale puis le couple (seul, pas d’invité) se rendit à pied à l’église proche de la maison communale; jusque là aucun bruit. Les mariés allaient passer leur nuit de noces chez un cousin de Haot à Ville-My. Une voiture avec chauffeur les attendait devant l’église. Il y eut connivence entre des participants et le chauffeur. Il fut convenu que la voiture roulerait à allure réduite, ferait des arrêts jusqu’à la sortie du village. A leur sortie de l’église, les participants déclenchèrent le vacarme et suivirent la voiture. Pendant le dernier arrêt certains attachèrent des ustensiles propres à faire du bruit tels que casseroles, couvercles, cruches à lait, etc. au pare-choc arrière de la voiture. Ainsi le charivari continua pendant le reste du trajet vers Ville, mais c’était sans  pèleteus  ! »

Un immense merci pour ce remarquable souvenir de charivari, nous retrouverons d’autres témoignages d ès la prochaine édition. Vous aussi, si vous avez le souvenir d’un pèletage, je vous engage vivement à le confier à La Petite Gazette, afin que nous puissions, au moins, assurer la survivance de cette coutume dans la mémoire collective. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 30 septembre 2005

LE CHARIVARI OU   PELETAGE.

Répondant à mon appel, M. Henri Boudlet, d’Izier, nous fait le grand plaisir d’évoquer cette très ancienne coutume disparue :

« Le deuxième charivari dont j’ai eu à connaître concernait Gabrielle Gavray surnom : < Li gavrette >. Elle était originaire d’Ougrée et en avait conservé l’accent.. Elle était mariée avec un ouvrier mineur. Ils avaient 2 enfants. Le couple était mal assorti l’époux était calme et peu bavard tandis qu’elle c’était un réservoir d’énergie et une langue bien pendue. Les séparations étaient fréquentes; ils finirent par se séparer définitivement. Elle était trayeuse dans une ferme. A cette époque, il n’y avait pas des machines à traire, la traite se faisait manuellement le matin et le soir parfois à midi pour les vaches fraîchement vêlées. Elle avait aussi d’autres activités saisonnières, liées aux coutumes en usage à cette époque, en équipe avec une autre femme du village, Elise Coulée.

Elles allaient ramasser le bois mort, assemblé en long fagot, elles le rapportait sur leur dos. (C’était un droit d’usage mais on ne pouvait prendre que le bois sec et gisant par terre. Pour les arbres sur pied entièrement secs il fallait demander la délivrance (code forestier))

A la saison des myrtilles, elles étaient parmi les cueilleuses assidues et habiles. Après la cueillette, elles devaient les nettoyer, c’est-à-dire les séparer des feuilles et des brindilles. avant de les porter pour la vente. Il y avait deux marchands de myrtilles à Izier, Jules Zeug et Louis Guillaume qui se rendaient tous les jours à Liège pour le marché matinal. Parfois, la vente se faisait directement aux boulangers-pâtissiers

Elles étaient aussi glaneuses ; les épis ramassés servaient à la nourriture des poules.(Le glanage , dans les lieux où l’usage en est reçu, ne peut être pratiqué que par les vieillards, les infirmes, les femmes et les enfants âgés de moins de douze ans et seulement sur le territoire de leur commune, dans les champs non clos entièrement dépouillés et vidés de leur récoltes et à partir du lever jusqu’au coucher du soleil. Le glanage ne peut se faire qu’à la main, (code rural)).

Etant libérée de son époux, elle commença par séduire un domestique de la ferme où elle était trayeuse. Ensuite ce fut un villageois beaucoup plus jeune qu’elle. C’est le frère de ce jeune amant qui avait initié le charivari qui fut dissipé par les gendarmes.

Pour camoufler ses errements, elle contraignit sa fille, très jeune, à épouser l’amant. Ainsi, son honneur était sauf!

II y a enfin, conclut M. Boudlet, un charivari qui m’a été raconté ; c’était pendant la guerre 1914-1918. La personne concernée était le bourgmestre f.f. d’Izier, désigné par l’occupant. Je ne me souviens plus du motif du charivari. Je sais qu’il avait épousé une fille de la ferme où il était domestique..

Il faut d’abord se souvenir qu’en 14-18 la partie occupée de la Belgique était sous administration allemande. Ainsi, devant la progression allemande la gendarmerie s’est retirée, dans la partie du pays restée libre et sur le front.   La police est assurée par la feldgendarmerie allemande qui a une brigade à Izier. C’est cette feldgendarmerie, renforcée, qui sur demande du bourgmestre f.f. intervient pour disperser les participants au charivari. Ce fut une intervention musclée, sommations par coups de feu, charge sabre au clair. Ce fut la débâcle. L’offensé habitait rue grande (actuellement rue de l’Argoté) où la marge de manœuvre était étroite pour les deux camps. Il y eu un blessé du côté allemand dans les circonstances suivantes : un participant avait pour instrument une «faux », un feldgendarme tenta de la prendre mais il la saisit par le côté tranchant ce qui lui occasionna une blessure grave à la main. Un groupe prit la direction de Villers et se réfugia sous le pont de L’Amante. Un participant, pourtant considéré comme intrépide, qui était de ce groupe avait avoué < avoir fait dans sa culotte >. Un autre groupe, n’ayant pas d’autre issue, s’enfuit vers la rue El Va . En traversant le Pahy, cette grande prairie de la ferme de la Rue Elva dans laquelle paissait du bétail, ils durent fuirent un autre poursuivant tout aussi dangereux que les feldgendarmes allemands ; c’était un « taureau ! »

Vous aussi, si vous avez le souvenir d’un pèletage, je vous engage vivement à le confier à La Petite Gazette, afin que nous puissions, au moins, assurer la survivance de cette coutume dans la mémoire collective. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 7 octobre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est un passionné d’archives et un fidèle lecteur de La Petite Gazette ; dans son dernier envoi, il associe ses deux centres d’intérêt. En effet, il vous propose de découvrir le contenu d’un article paru dans le Bulletin du Dictionnaire Wallon, 16e année 1927-31, n° 1 – 4. L’indéniable intérêt de cette communication m’a poussé à vous le présenter in-extenso.

« Chanson de charivari

Le charivari est le vacarme désapprobateur dont le bon peuple gratine les mariages qui lui déplaisent. On le nomme en wallon liégeois pêletèdje. en ardennais pêletadje, de pèle qui est la poêle à frire. C’est l’instrument de musique dont tout le monde sait jouer; il existe dans tous les ménages : on n’a qu’à le décrocher; il suffit de frapper dessus à tour de bras avec une ferraille quelconque. Imaginez un orchestre d’une cinquantaine d’exécutants poursuivant le cortège des mariés, continuant la sérénade autour de la maison après la cérémonie jusque bien tard et quelquefois toute la nuit.. On y ajoutait des cris d’animaux, des huées, des projectiles et des chansons. J’ai noté jadis, en 1889 ou 1890. sous la dictée de ma mère, originaire de La Roche, une de ces chansons de pêletadje. Elle l’intitulait Pasquêye su V sièrvante d’à Dèwalle di Viyé. Il s’y agit donc du mariage d’une servante avec son vieux maître. Viyé. officiellement Villers, est un hameau situé à vingt mi­nutes de La Roche. C’est la servante qui est censée parler : elle se moque du vacarme en énumérant naïvement ce qu’elle gagne à ce mariage. Cette fille était une paysanne de quelque village des environs. Les gens de Laroche qui ont fait, la chanson essayaient d’imiter son langage. Il y a donc, au point de vue phonétique, quelques formes qui ne sont pas du patois citadin de  La Roche.   Mais  cette  pasquille  fournit quelques mots au dictionnaire, sans compter ce qu’elle offre d’inté­ressant au chapitre des mœurs.

Avou vos pèles et vos pêlètes,

èt  vos tchaudrons èt vos cramiètes,

vola qwinze djoûs qui dj’ n’ave co rin.

et âdjoûrdu dj’ai on bê bin !

 

Dj’a deûs vatches è m’ sitaminèye

èt s’a-dje po-z-acheter dès livrèyes;

mi mére ârè on noû abit,

et m’ père dès solés a sès pis :

 

mès sours âront dès gôrjulètes ;

mès cousines âront dès atètches ;

— Dji   n’roûvèyerê   nin   lès   brâvès   djins

qui âdjoûrdu n’ mi pêletèt nin ! —

 

Po fé on pô dès nwaces qui vaye

dji vindré on p’tit bokèt .d’ haye,

po p’leur fé brâvemint dès gatôs

èt mête, on bokèt d’ tchâr o pot.

On me cite encore un couplet, mais il renferme des mots déjà employés dans les autres : c’est plutôt une variante qu’un couplet à enchâsser dans la chanson. Nous le donnons à cause d’un détail de toilette qui peut servir à dater cet échantillon de la muse populaire :

D’ja d’dja on tchapé a loukètes.

i   m’  fâreût co one gôrjulète ;

i m » fâreût co on nou abit.

et on bonèt a mile plis.

TRADUCTION ET NOTES

En dépit de vos poêles et de vos poêlons, de vos chaudrons et de vos crochets, voilà quinze jours que je n’avais rien encore et aujourd’hui j’ai un beau bien. — J’ai deux vaches dans mon étable et s’ai-je pour acheter des livrées : ma mère aura un costume neuf, et mon père des souliers aux pieds. — Mes sœurs auront des colle­rettes, mes cousines auront des épingles. Je n’oublierai pas les braves gens qui aujourd’hui ne me huent pas ! — Pour faire un peu des noces qui vaillent, je vendrai un petit coin de bois, pour pouvoir faire beau­coup de gâteaux et mettre un morceau de viande au pot. — — J’ai déjà un chapeau à jours, il me manque encore une collerette ; il me faudrait aussi un habit neuf et un bonnet à mille plis.

Tchaudrons : on tambourinait donc aussi sur des chaudrons. La cramiète est citée ici comme percuteur. C’est un usten­sile de cuisine composé d:une poignée et de deux crochets pour dépendre les marmites du feu.

Staminèye : étable des vaches. Le nom est tiré des stamons (poteaux) qui séparent la place de chaque bête. Terme inusité à La Roche, où il n’aurait pas eu d’ailleurs la finale èy brève. Vers 7-8. A défaut de poésie, ce rappel de la misère fami­liale ne manque pas de méchanceté ! Gôrjulète : à La Roche on disait colèrète. Atètches : les petits cadeaux qu’on nomme en français des « épingles ».

Vers 11-12. «Je n’oublierai pas les cadeaux aux braves gens… ».

Nwaces, de *nôptias ; l’o ouvert entravé devient wa comme dans pwate porte, -mwate morte, fwace force, pwartchî porcher, dwart dort.

Haye, au sens premier de « bois » et non de « haie ». Tchape a loukètes, Loukètc vient de louker regarder.   One loukète est une embrasure par laquelle on peut regarder ou encore une éclaircie dans un ciel nuageux. Nous traduisons par « chapeau à jours ». garni de dentelle ajourée.

Bonèt a mile plis. Petit bonnet à bords godronnés ou tuyau­tés, introduit de Liège à La Roche entre 1845 et 1850. et qui y fut alors le nec plus ultra de l’élégance. Ces mots donnent la date de la chanson. F. »

La Petite Gazette du 12 octobre 2005

 CHARIVARI ET PELETAGE

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, je vous l’avais annoncé, a découvert, dans les archives, d’intéressants documents relatifs au charivari.

« De nombreuses ordonnances, à Stavelot-Malmédy, sous l’ancien régime, concernent cette ancienne pratique populaire. Citons celles du 21 février 1705, du 8 février 1707, du 3 juillet 1728, du 13 février 1732, du 30 janvier 1738, du 18 septembre 1752 et du 5 mars 1773 dont je vous adresse la copie :

« Mandement renouvelant les défenses antérieures de s’attrouper et de donner des charivaris l’occasion des mariages, et comminant une amende de vingt florins d’or contre les contraventeurs.

5 mars 1773, à Stavelot.

   jacques, par la grâce de Dieu, abbé des monastères de Stavelot et Malmédy, prince du Saint-Empire, comte de Logne, etc., à tous ceux qui ces présentes verront, salut..

   Étant informé que. malgré notre mandement du 2 mars 1772 et ceux des princes nos prédécesseurs, les désordres continueroient dans notre bourg de Stavelot, comme il est encore arrivé la nuit dernière, en s’attroupant et faisant des charivaris avec pelles, cornes et autres instruments, nous avons trouvé à propos, pour le bien et la tranquillité publique, de renouveler; encore ces mandements, et défendre, comme nous défendons par les présentes, ces sortes d’attroupements, bruits et charivaris, à peine de vingt florins d’or d’amende exécutable promptement ou autres peines arbitraires contre chaque contraventeur, et de quelle amende les pères et mères seront responsables pour leurs enfants, et les maîtres et maîtresses pour leurs dômestiques; ordonnant à notre officier de Stavelot de veiller à l’exacte observance des présentes, et de les faire publier incessamment, pour la connoissance d’un chacun.

Donné à Stavelot, le 5 mars 1773.

Signé jacques, et plus bas : Par Son Altesse, otte, secrétaire.

(Archives de Stavelot, à Dusseldorf, -15, D, p. 45.)

La Petite Gazette du 19 octobre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE… UN BON CONSEIL

Il nous vient de M. Jacques Bastin, de Heyd : « Si certains des lecteurs de La Petite Gazette, en ces temps où l’on ne sait plus ce que Rire de très bon cœur veut dire, désirent en savoir un peu plus sur le sujet et ce, de façon hautement humo­ristique, je les engage alors, vivement, à lire le chapitre intitulé « Pailter » dans « Les Ceux de chez nous » : cet immortel chef-d’œuvre du grand Marcel Remy (Livre édité jadis par l’Imprimerie Bénard de LIEGE et qui a été réédité depuis).

Marcel Remy (1865-1906) est ce correspondant de presse, fort apprécié des jour­naux belges, qui travailla tout d’abord à PARIS puis ensuite à BERLIN, où il allait mourir victime d’une épidémie de méningite infectieuse. Il avait vu le jour et passé sa jeunesse dans une ferme des immédiats environs de Bois-de-Breux. Peu après son installation à Berlin, il se mit à souffrir d’ennui (Mal du Pays ?) et, pour tuer le temps, se décida à écrire cet impayable chef-d’œuvre, dont il est ici question, en une tout aussi impayable langue composite mâtinée de français et de wallon, tel le jargon employé, à la fin du XXe  siècle, par une bonne partie de la classe relativement aisée vivant dans le terroir circonscrivant Bois-de-Breux, Beyne-Heusay et Fléron. »

Evidemment, je vous engage à suivre ce judicieux conseil, vous n’aurez pas à le regretter.

La Petite Gazette du 26 octobre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE

A l’instar d’autres lecteurs, Monsieur Jean-Michel Bodelet, de Hives, m’a fait parvenir le compte rendu d’un charivari remarquable qui eut pour décor le La Roche du XIXe siècle. Il précise que ce texte est extrait de Nouvelles et Souvenirs, de Eugène Gens, édité à Bruxelles en 1876 par la Librairie polytechnique Decq et Duhent.

Le texte est éminemment intéressant, mais un peu long pour le faire paraître en une seule fois, aussi ai-je dû le scinder en deux parties. La suite vous sera, bien évidemment, proposée la semaine prochaine.

« I.A   FEMME AUX QUAT’  MARIS.

Une femme du Faubourg, âgée de quarante-cinq ans, avait épousé en quatrièmes noces un garçon de vingt-trois ans.

La femme était laide, même elle n’avait jamais dû être belle. Elle n’avait d’autre fortune que la chau­mière qu’elle habitait. Cette chaumière et son cœur, c’était évidemment tout ce que son épouseur lui avait demandé, et il en avait été de même de ses trois pré­décesseurs. Le jeune homme était un fort et frais gaillard que plus d’une jolie fille avait dû guigner du coin de l’œil. L’amour a des mystères qu’une sagesse-vulgaire ne saurait pénétrer.

J’étais à La Roche lors de ce mémorable mariage, lequel devint l’occasion d’une scie qui finit par ne plus m’amuser du tout.

Pépée avait donné le branle en régalant l’intrépide couple, à sa sortie de l’église, du plus formidable engueulement qui ait jamais terminé une bénédiction nuptiale.

La jeunesse de La Roche organisa un charivari. Un poète du lieu avait composé pour la circonstance un de ces vaudevilles qui, d’abord simple couplet, s’allongent  et   deviennent   un   chapelet. Je ne me rappelle que le refrain :

Donnez, donnez des charivaris !

C’est pour la femme aux quat’ maris !

La maison des nouveaux époux étant voisine de l’hôtel Tacheny, le charivari se donnait sous nos fenêtres. J’eus ainsi l’avantage de n’en pas perdre une note.

Une grande jeune fille, à la voix assez belle, faisait l’office de coryphée (N.D.L.R. = chef de chœur dans les pièces de théâtre antique). Montée sur un rocher qui domine la route, elle chantait seule et, après chaque couplet, l’assistance reprenait en chœur le refrain avec accompagnement de cris, de huées, de sifflets, de grognements, et de tous les instruments de musique infernale que La Roche et Beausaint réunis avaient pu produire. Quand le tintamarre avait assez duré, la chanteuse entamait un nouveau couplet. On écoutait religieusement, en silence, pour reprendre haleine, et au refrain, nouvelle explosion de vacarme. Cela dura de neuf heures jusque près de dix heures et demie.

Le lendemain, à la même heure, on recommença,  et le surlendemain, et ainsi de suite pendant neuf jours. Il paraît qu’on avait voué une neuvaine. Seule­ment, dès le second jour, cela avait cessé d’être amu­sant, et le troisième je les aurais volontiers lapidés. Au bout de quelques jours cependant, une variante s’introduisit dans le programme de la soirée. Après le vaudeville de la femme aux quat’ maris, la chan­teuse entonna la guitare de Castibelza, qu’elle chanta aux applaudissements de l’assemblée. Cette année-là, toute l’Ardenne chanta Castibelza. Les petits pâtres le chantaient en gardant les vaches; les rouliers en sifflaient l’air en cheminant à côté de leurs che­vaux. D’abord, je fus charmé de cette diversion, mais, comme chaque couplet était suivi d’un inter­mède charivarique, cela ne servait qu’à prolonger la scie, et je finis par envoyer à tous les diables l’Homme à la carabine. » La suite au prochain numéro…

La Petite Gazette du 2 novembre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE

Vous avez découvert, la semaine dernière, le début du récit d’un mémorable charivari que La Roche connut au XIXe siècle. Je vous rappelle que c’est grâce à  Monsieur Jean-Michel Bodelet, de Hives, que je puis vous livrer ce texte qu’il a extrait de Nouvelles et Souvenirs, de Eugène Gens, édité à Bruxelles en 1876 par la Librairie polytechnique Decq et Duhent.  Voici donc cette suite attendue, je le sais.

« L’instrument dominant de cet interminable chari­vari était une trompe en fer-blanc, d’un mètre et demi de hauteur. Le modèle paraissait en avoir été pris sur la fameuse trompe d’Uri, que l’on conserve à l’arsenal de Lucerne, et qui, à la bataille de Sempach, jeta l’épouvante parmi les soldats de Char­les le Téméraire. Elle avait des sons caverneux, lugu­bres, qui faisaient songer aux beuglements sinistres du taureau d’airain de Phalaris. Cette trompe avait son histoire.

Quelques année, auparavant, un incendie avait détruit tout un côté de la principale rue de La Roche et, entre autres, un édifice fort vieux qui servait autrefois de demeure aux baillis du château. Le bourgmestre, voulant prévenir désormais le retour d’une semblable calamité, eut une idée lumineuse : il fit faire cette trompe.

Avec cet instrument, les incendies devenaient im­possibles.

Il fit venir le garde-champêtre et, moyennant une légère gratification qu’il lui promit sur le budget de la commune, il lui offrit de cumuler avec ses fonc­tions celle de veilleur de nuit. Il lui remit la trompe et lui enjoignit d’en jouer de demi-heure en demi-heure, à tous les carrefours, depuis dix heures du soir jusqu’à trois heures du matin, afin d’éveiller les habitants pour leur dire qu’ils pouvaient dormir en paix, qu’il veillait sur eux, qu’il ne voyait nulle part de trace de feu.

Que s’il en voyait, il devait sonner encore plus fort, afin de les prévenir que, cette fois, il les éveillait pour qu’ils cessassent de dormir et courussent éteindre le feu. Au bout de quinze jours, les plaintes des habitants, troublés régulièrement dans leur sommeil, étaient devenues si vives, que le bourgmestre ne savait plus où donner de la tête. En vain, il représentait à ses administrés que, depuis que la machine fonctionnait, il n’y avait pas eu à La Roche le moindre incendie; ils répondaient obstinément que la trompe ne faisait rien à l’affaire, qu’on pouvait très bien les veiller sans trompe, et qu’enfin ils voulaient dormir. L’un d’eux alla jusqu’à le menacer de lui intenter un pro­cès pour tapage nocturne.

L’affaire en était là quand, un matin, le bourg­mestre vit entrer chez lui le veilleur qui lui rapportait sa trompe, lui déclarant qu’il n’en pouvait plus; qu’il avait les poumons attaqués; que s’il continuait à souffler dans cette buse au lieu de ronfler dans son lit, il était un homme mort. En conséquence, il priait le bourgmestre d’agréer sa démission.

A cause de la surexcitation des esprits, on ne trouva personne qui voulut le remplacer. L’office fut supprimé, car le bourgmestre avait tenu bon : pas de trompe, pas de veilleur. La trompe fut reléguée au grenier de la maison de ville, où les charivariseurs étaient allés la dénicher.

Je revis, l’année suivante, la femme aux quat’ maris (on ne la désignait plus autrement). Elle revenait des champs portant sur la tète une gerbe de trèfles. Elle marchait d’un pas ferme, une main campée sur sa hanche, maintenant son fardeau de l’autre. A trois pas en arrière, son mari suivait, courbé sous le poids d’un fagot d’épines sèches, emblème de sa destinée. On me dit qu’ils ne faisaient pas trop bon ménage; les voisins entendaient souvent des querelles. Lui disait-elle alors, comme Madame Lucrèce à son époux : « Ah ! prenez garde à vous, don Alphonse d’Est, mon quatrième mari ? »

Le pauvre diable avait l’air fort penaud. »

Je remercie encore une fois M. Bodelet, de Hives, pour vous avoir donné l’occasion de découvrir le souvenir de cet étonnant charivari. Pour être tout à fait complet sur cet épisode, M. Bodelet me charge de vous informer que dans un récent numéro de l’excellente revue « Ségnia » M. Luc Nollomont a consacré une étude à cette « femme aux quat’ maris ». Avis aux amateurs.

La Petite Gazette du 28 décembre 2005

EN MARGE DES CHARIVARIS DE NOS AIEUX…

Monsieur Grun, de Bomal, nous livre le fruit de ses réflexions et recherches au sujet du charivari.

« Que Caribaria ! me souffle le professeur de latin. Le latin du Bourgeois Gentilhomme, « ce latin parle bien » selon Molière, Jean-Baptiste Poquelin.

Charivari avec René Henry… et encore, bruit discordant, tapage et, parfois désordre ! J’en ai mal à la tête rien que d’y penser.

Dans l’ombre de l’ami Pickart et de son Val de Somme auquel je me réfère encore souvent avec admiration, considération, émotion, plaisir et bonheur, pour soutenir ma mémoire défaillante. J’ai retrouvé une allusion courte, mais précise en une autre façon d’aborder le sujet.

Les souvenirs, traditions et modes de vie me renvoient à mes parents, des contemporains disparus… Charivari… Comment l’appréhender ? Approbation, désapprobation, désaveu. Trop d’années ont passé… Qu’aurions-nous fait ? Le monde a changé, a évolué. Juger c’est aimer et comprendre.

Défunt charivari, certaine coutume, mais coutume certaine, pour la femme qui avait fui ou la fille qui avait fugué. Le soir, le village venait « pelleter », un charivari donc avec ustensiles de cuisine et autres instruments bruyants, à en casser les oreilles. Les guerres, la fée Electricité et le gendarme mirent fin à ces débordements. Autres temps, autres mœurs. »

La Petite Gazette du 18 janvier 2006

UN SOUVENIR D’UN PELETAGE TRES RECENT

Mme Grignet, d’Esneux, me dit avoir « le souvenir, dans les années cinquante, après 1952, (alors qu’elle habitait le village de Fraiture, sur la colline de Comblain-au-Pont) d’un peletage très bruyant venant de la colline en face et donc du village d’Oneux. C’était, a-t-on raconté à l’époque, pour une femme infidèle. » Quelqu’un a-t-il un souvenir plus précis ? Evidemment, ce sont les circonstances de ce charivari qui m’intéresse et non d’identifier cette femme… Avez-vous, vous aussi souvenir de cette manifestation pittoresque de jugement populaire, aujourd’hui complètement disparue ? En parlerez-vous ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 1er février 2006

BRIBES DE PELETAGE et LES PÊLÉS PÅRINS…

Les évocations de quelques peletages de jadis ont rappelé à M. Houlmont, de Boncelles, qu’il avait participé à cette ancestrale coutume, alors qu’il n’avait que 7 ans.

« A l’insu de mes parents et pour être un « grand », je décidai de pèleter. Je connaissais le trajet emprunté par les remariés. Je me protégeai par un mur et une haie épaisse, j’avais pris le soin de me ménager un chemin de fuite ; je m’étais doté d’armes terribles : deux gros couvercles de casserole en émaillé récupérés sur une décharge publique, alors autorisée. Me croyant aussi en toute sécurité, lorsque le cortège s’avança ; je me tenais prêt un couvercle dans la main gauche et l’autre dans la droite. Et bien, le croirez-vous, c’est moi qui fus la cible de toutes sortes de projectiles … Plus jamais de pèletage.

Un autre coutume de l’époque me laisse de plus agréables souvenirs, ce sont les baptêmes. A Ombret, en 1946, nous, la dizaine de gamins formant notre groupe, savions quand il y avait un baptême. Dès la sortie de l’église, nous suivions le cortège pédestre qui ramenait le baptisé à son domicile. Nous remontions à Ombret, au lieu-dit ‘Sur-les-croupets’ . dans le cortège, le parrain et la marraine avaient intérêt à avoir les poches bien remplies de ‘clouches’ (ces petites pièces de 5 et de 10 centimes trouées). Nous hurlions tout le long du trajet : « Pêlé pårin, pêlèye mårène » pour les inciter à lancer leurs clouches, ce qu’ils faisaient à plusieurs reprises. Nous nous précipitions alors pour les ramasser, telle une basse-cour picorant !

Je récoltais ainsi un petit capital, variant entre 1 et 4 francs de l’époque. Maman tolérait que j’en dispose à mon gré. Qu’en faisais-je alors ? Si vous pensez que je les dilapidais en achat de chiques et autre poudre citrique, vous vous trompez ! J’en ai rêvé, je l’ai voulu et j’ai eu mon petit vélo ! En réalité, j’ai détourné le problème… J’avais un petit camarade qui avait un vélo au lieu-dit « le chemin des oiseaux » et, contre quelques clouches, il me permettait de faire mes tours à vélo ! Evidemment, après je n’avais plus mes sous, mais j’avais en moi le virus du vélo… J’ai encore détourné le problème : quand papa travaillait et que maman était aux courses, j’empruntais le grand et lourd vélo d’un soldat allemand  récupéré par papa. Je me positionnais à la droite de la machine, pied gauche à travers le cadre sur la pédale gauche et hop mon droite sur l’autre pédale et c’était parti !

Si j’avais encore 7 ans aujourd’hui, j’aurais mon petit vélo, presque intact, contre trois euros seulement chez un ferrailleur. De cette époque révolue, ne puis-je pas dire : Ne vit-on pas bien de nos jours ? »

 La Petite Gazette du 8 mars 2006

UN PELETAGE A ONEUX EN 1952

Monsieur René Toussaint, de Harzé, se souvient très bien d’un « peletage » qui eut pour décor Oneux (Comblain) en 1952.

« J’avais alors 22 ans et c’est la population d’Oneux qui prévint la gendarmerie de Comblain du tapage infernal qui troublait la sérénité du village jusqu’à 1h. ou 2h. du matin. On en entendait même le bruit jusqu’à Fraiture. La gendarmerie arrêta Emile C. qui revenait de son travail ; pris de peur, il donna les noms de tous ceux qui composaient la petite troupe et révéla où se trouvait tout notre matériel qui, bien sûr, fut emporté par les forces de l’ordre.

Nous avons tous été entendus et, après quelques mois, nous fûmes convoqués au tribunal correctionnel. Quel ne fut pas notre surprise de voir tous ces objets se trouvant auprès du juge. Chacun à notre tour, nous passâmes au banc des accusés. Le juge nous demanda alors si nous reconnaissions ces instruments et nous demanda de lui montrer comment nous nous en servions… Le charivari recommença ! Tous, nous avons été condamnés à 1000 francs d’amende.   Nous sommes repartis avec nos instruments et, à la sortie du tribunal, le charivari recommença. Tout se termina dans un café proche du palais de justice. »

La Petite Gazette du 22 mars 2006

ENCORE AU SUJET DU PELETAGE

   Monsieur Marcel Courtoy se souvient aussi et nous l’en remercions chaleureusement :

« Ces quelques personnes d’Oneux ont sans doute été les dernières à avoir pèleté à Awan .

A une date qui correspondrait assez bien à leur aventure au tribunal, ils sont venus donner aubade à une jeune femme du village dont ils n’appréciaient pas le comportement vis-à-vis de son mari qui était de leur concitoyen.

Sans doute, instruits par leur expérience précédente, ils ont quitté les lieux tôt assez pour éviter la visite de la maréchaussée qui, à l’époque, aurait dû venir d’Aywaille … .à vélo ! »

LES AUTOMOBILES SPRINGUEL A HUY

CONNAISSEZ-VOUS CES SOMPTUEUSES VOITURES CONSTRUITES A HUY AVANT 1914 ?

Monsieur Henri Delgoffe, de Villers-le-Bouillet, s’adresse à vous dans l’espoir de réunir des informations pouvant contribuer à la concrétisation d’un ambitieux projet. Il vous explique :

« Nous sommes une association d’amateur de voitures anciennes regroupés au sein de l’ASBL Autoretromosan et, avec des membres de la famille du constructeur et quelques historiens, nous avons comme projet de reconstruire une automobile Springuel (modèle de course).

Springuel 1912

Springuel 1912

Ces voitures, aussi bien sportives que luxueuses, ont été construites à Huy entre 1907 et 1914. Les sportives ont remporté de nombreuses courses comme la course de côte de Huy, le GP d’Ostende, le GP de Spa ou le Grand prix de Rosario en Argentine. Quant aux véhicules de luxe, ils ont fait le bonheur, entre autres, du Notaire Schoguel de Ciney, du notaire Kleiderman de Liège, du bourgmestre de Blankenberghe, du Baron de Garcia de la Vega, de Namur, du Comte d’Aspremont de Barvaux, du Baron de Radtzytsky d’Ouffet, de  la famille Zurstrassen de Verviers, de la famille Delloye de Huy, de la famille de Lamine de Herve, de la famille de Pierpont, du baron Poswick et d’autres, en Angleterre, en France, en Argentine etc. L’Ecole des Arts et Métiers de Bruxelles en possédait une également.

Au début de la guerre 14-18, Jules Springuel (le constructeur) a refusé de collaborer avec l’occupant. Les Allemands se sont alors emparés de toutes les voitures finies, de celles en cours de construction, des pièces détachées, des plans etc. et les ont envoyés en Allemagne par chemin de fer pour une destination qui nous est inconnue.

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A notre connaissance, des plus de 1000 voitures construites, il ne reste aucun exemplaire. C’est pour cela que nous faisons appel aux lecteurs de La Petite Gazette pour que, s’ils possédaient le moindre document, la moindre pièce, la moindre photo, la moindre information ils nous en fassent partager la connaissance. »

Plus d’informations sur les voitures sur le site: http://www.springuel.be

Mon correspondant précise que « la Gazette de Huy, qui a été la propriété d’Eugène Godin autre grand industriel de Huy, racontait tous les évènements de la ville de Huy et a probablement relaté le sac des usine Springuel par les Allemands et l’embarquement du patrimoine Springuel dans le train pour l’Allemagne. Cet épisode nous intéresse particulièrement pour connaître la destination du train. » Si l’un ou l’autre lecteur lisant ces lignes possèdent des exemplaires de ce journal, il serait vraiment précieux qu’il puisse vérifier si les documents en sa possession ne mentionnent pas des informations qui pourraient se révéler capitales pour la suite du projet évoqué par Monsieur Henri Delgoffe.

Voici encore une remarquable occasion de rappeler l’extraordinaire passé industriel de nos régions ; si vous le pouvez, n’hésitez surtout pas à y contribuer.

 

Je me suis évidemment plongé dans les archives de La Petite Gazette car je savais que le sujet y avait déjà été abordé. Voici ce que j’y ai retrouvé…

Dans La Petite Gazette du 26 août 2005, Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, avait présenté une photographie de la berline Imperia de son arrière-grand-père, Edouard Huwart.

La voiture, précisait mon correspondant, avait été carrossée par les frères Gamette, de Liège ; puis il ajoutait que « son fils aîné, Maurice, ayant épousé une hutoise, devint actionnaire des Automobiles Springuel, qui fusionnèrent avec Impéria après 1911. Je possède le catalogue de l’époque et l’avance technique des autos Springuel était impressionnante. Je crois qu’elles ont gagné une belle liste de compétitions.

 La Petite Gazette du 16 septembre 2005

AU SUJET DES AUTOMOBILES SPRINGUEL

C’est M. Huwart, de Ville-au-Bois, qui a récemment évoqué cette marque ; M. Hervé Springuel, un descendant de cette famille de constructeurs, apporte quelques éléments et fait, à son tour, appel à vous et à votre documentation et à vos connaissances.

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« Je fais partie de la famille des constructeurs et suis évidemment intéressé par toute documentation concernant ces voitures.

Malheureusement, à ma connaissance, il n’existe plus de châssis visible.

Les voitures Springuel ont effectivement gagné de très nombreuses courses.

Pour le plaisir des lecteurs, je joins ces photographies extraites d’un catalogue de l’année 1913 prouvant ces succès.

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 Lamarche sur 12 HP Springuel, classé premier dans toutes les épreuves d’Ostende, Calais, Boulogne et Le Touquet. Gagnant de la Coupe de l’Automobile Club de Boulogne.

La Société des Automobiles Springuel, absorbée par l’exécution de commandes importantes dont la livraison ne souffrait aucun retard, ainsi que par l’installation et l’organisation de nouveaux ateliers, ne put prendre part à aucune course en 1912. Il faut toutefois remarquer que les temps et rendements établis par les voitures Springuel en 1911 ne furent pas battus en 1912 et l’on peut en conclure que si ces voitures avaient pris part aux courses cette année-là, elles auraient triomphé comme les années précédentes, ce qui est d’ailleurs confirmé par leurs brillantes victoires de 1913. springuel 3

Coupe de la Meuse 1913. L’équipe des 3 voitures Springuel victorieuses. Au centre, Durtal, 1er du classement général (Course), à droite, Gallis, 2e du classement général (Course), à gauche, Klinkhamers, 1er du classement général (Sport)

En 1913,

Meeting de Huy : 6 premières places. Une 12 HP Springuel (75 X 120) atteint la vitesse de 122 Km. à l’heure.

Rallye Automobile d’Ostende : une seule voiture engagée se classe première du classement général des voitures de course et obtient le meilleur rendement de la journée.

Meeting d’Ostende :  3 premières places.

Course de Béthane : Coupe de la Meuse, voitures de course. Classement général : 1er Durtal sur 12 HP Springuel, qui gagne la Coupe de la Meuse en escalandant la terrible côte de la Baraque Michel à plus de 93 Km. à l’heure et obtient un rendement de 200 points (record). 2e Gallis sur 12 HP Springuel, à 9O,5 Km. à l’heure et obtient 193,6 points. Le concurrent classé immédiatement après obtient 165 points.

Voitures de sport, classement général : 1er Klinkhamers sur 12 HP Springuel, à une vitesse de 83 Km. à l’heure, avec un poids de plus de 1200 kilos et qui obtient 179,6 points et gagne la Coupe de l’Automibile Club Verviétois. Le concurrent classé immédiatement après obtient 143,2 points.

Toutes les informations peuvent m’être communiquées par mail springuel.expert@skynet.be »

Les réquisitions durant la guerre 1940-1945

La Petite Gazette du 7 janvier 2009

AU SUJET DES REQUISITIONS DURANT LA GUERRE

Monsieur René Dossogne, de Modave, partage ses souvenirs avec les lecteurs de La Petite Gazette :

« En 1942, j’étais âgé de 14 ans et nous habitions une petite maison isolée du centre par des petits chemins sans grand entretien, donc assez difficile d’accès. Nous possédions une vache et nous devions livrer chaque année un certain quota de viande – on se débrouillait. Un cultivateur avait, près de chez nous, quelques vaches dont une n’était pas déclarée. Elle donna un veau mort-né et son propriétaire chercha un moyen de s’en défaire discrètement. Comme notre vache était en attente d’un heureux évènement, le voisin dit à notre mère qu’elle n’avait qu’à déclarer que notre vache avait vêlé et présenter aux autorités la dépouille du veau mort-né. « Ce n’est pas pour quinze jours à l’avance, cela passera ! »

Chose faite on attendit la naissance du veau, dans l’espoir que la laiterie ne passerait pas… Où cela s’est corsé c’est quand ma mère s’est rendu compte qu’elle s’était trompée d’un mois. Le veau qui était censé mort grandissait, toujours bien vivant, dans le ventre de notre vache…

Je vous laisse imaginer ma mère dans les transes et l’inquiétude chaque fois qu’elle voyait un étranger s’approcher de notre maison. Heureusement, tout se passa bien et le veau, le bon, échappa à l’exportation. Après la guerre, on en a bien ri, mais si les fritzs étaient venus… »

Merci pour ce témoignage, nous en confierez-vous d’autres ? Il m’a déjà été rapporté que dans le cas de la naissance d’un animal mort-né, sa dépouille servait à plusieurs reprises, permettant ainsi à autant d’animaux vivants d’échapper à la réquisition. M’en parlerez-vous ? Je l’espère et vous en remercie.

La Petite Gazette du 21 janvier 2009

POUR EVITER LES REQUISITIONS

Répondant à mon souhait, c’est Monsieur Jean Colla, de Cielle, qui évoque des souvenirs confiés par son papa :

« Je voudrais apporter mon témoignage à propos des veaux mort-nés… Je confirme que, pour éviter les réquisitions lors de la dernière guerre les veaux mort-nés pouvaient servir plusieurs fois : après la visite du contrôleur, le veau allait se faire contrôler dans une autre ferme, jusqu’à trois fermes différentes m’a raconté mon père… Mais comment ?

Et bien tout simplement la nuit, avec le vélo. C’est là que mon père était savoureux : « j’ai essayé plusieurs fois, disait-il, de le fixer sur le porte-bagages du vélo avec des liens de veaux (évidemment ! Pas d’élastiques, ni de sangles à cette époque) c’est impossible à tenir : c’est grand et raide un veau –mort » et de m’expliquer que la bonne méthode était de le pendre au cadre du vélo, il y avait encore moyen, disait-il, de s’asseoir sur la barre dans les descentes.
Il paraît que les contrôleurs n’y voyaient que du feu et les éleveurs étaient d’autant plus fiers que le risque encouru lors de ces escapades nocturnes était grand ! »

Viendrez-vous, à votre tour, partager vos souvenirs sur ce sujet ? D’avance, merci.

La Petite Gazette du 11 février 2009

POUR ECHAPPER AUX REQUISITIONS

Monsieur Victor Clavier, de Bomal s/O, revient, pour mon plus grand plaisir et je suppose le vôtre, sur ce sujet :

« Je puis témoigner quelque peu des astuces des Communes visant à livrer le moins possible à l’ennemi de 1940 à 1944. Les fermiers devaient  présenter régulièrement à l’occupant un certain cheptel à Barvaux. Mais la commune de Bende-Jenneret, à dessein, était systématiquement très attardée, ce qui énervait l’officier allemand à chaque réquisition : « Commune de Bande, toujours en retard ! »

Cette attitude leur permettait parfois de ne rien livrer.

Au point de vue administratif, mon père, secrétaire communal, délivrait de fausses pièces d’identité pour les jeunes en situation d’être envoyés en Allemagne au travail obligatoire. Il faisait de même pour des familles juives.

A sa demande, et pour varier les écritures, avec ma plume « Ballon », j’ai moi-même, à onze ans, rempli quelques cartes d’identité avec de faux noms !

Autre souvenir de cette époque, relevant celui-ci davantage de l’humour… Mon père recevait les « administrés » le soir si, dans le courant de la journée, il leur était impossible de se présenter au bureau communal ouvert de 9h. à 12h. Un certain soir, A (que ne je citerai pas) se présente chez nous pour une déclaration d’emblavures gelées en cet hiver 1942 particulièrement rigoureux. La superficie gelée était, si pas systématiquement doublée, largement augmentée pour livrer un minimum à l’ennemi et éviter les contrôles en cas d’abus. A., non satisfait de la proposition, dit à mon père, mi sérieux, mi-blagueur, « Secrétaire, tu es pire que les Boches ; après la guerre, on te pendra ! »

Quand on sait les risques qu’il prenait, au point d’échapper de justesse à la déportation, c’était honteux ! Ma mère qui tricotait à côté de la cuisinière lui répondit du tac au tac : « Vous saurez, A., que lorsqu’on arrivera à Isidore, il y aura longtemps qu’il n’y aura plus de corde ! » Il en resta bouche bée et ne se permit plus aucune maladresse du genre. »

Un grand merci à M. Clavier qui rappelle, fort utilement, le rôle précieux joué par de très nombreux secrétaires communaux de nos régions (et, bien sûr, d’autres fonctionnaires patriotes et foncièrement humains) pour préserver au mieux et protéger efficacement les habitants de leurs communes face aux exigences de l’occupant.

Un merveilleux produit : la Solvine

La Petite Gazette du 30 décembre 2009

CONNAISSEZ-VOUS LA SOLVINE ?

Monsieur Jean-Pierre Corvers, de Rouvreux, est un lecteur fidèle de La Petite Gazette. Aujourd’hui, il fait appel à vos souvenirs dans l’espoir d’apprendre un maximum de choses sur ce petit objet du quotidien de sa grand-mère.

« J’ai retrouvé cette boîte chez ma grand-mère, à Tilff, il y a bien longtemps ; elle, en effet, est décédée en 1977.

solvine

Sur cette petite boîte, je lis : Ets Louis Jamart, Esneux, Belgique. Sur le bord: registre de commerce 26759 (ou 69, chiffre partiellement effacé). Sur le dessous: Evite gerçures, engelures, crevasses, boutons, etc.

Les lecteurs voudront-ils mener l’enquête et nous donner de plus amples informations sur ce produit conçu chez nous ? Je l’espère vivement et me réjouis de prendre connaissance des renseignements qu’ils voudront bien m’apporter. »

La Petite Gazette du 6 janvier 2010

PARLONS UN PEU DE LA SOLVINE

« Il me semble pouvoir affirmer, écrit Monsieur  Pierre Bartholomé, encore un lecteur fidèle de La Petite Gazette, que ce produit était élaboré au départ du suint de la laine de mouton. Cet animal figure d’ailleurs sur la boite.

A mon sens, poursuit mon correspondant, il provient du nom d’une société verviétoise, sise à la sortie de Verviers en direction d’Eupen et portant le nom de : » Le Solvant Belge ».

Cette ancienne firme était spécialisée dans le traitement des laines en
provenance du monde entier et principalement d’Australie. Le traitement dans les dernières années consistait au lavage de la laine et, entre autres, on en retirait le suint  (sorte de graisse) qui imprègne la laine de mouton. Cette graisse était traitée et purifiée pour de nombreux usages dont des produits pharmaceutiques. A ce propos, Monsieur Jean d’Olne, (que je salue cordialement) de Sprimont, grand spécialiste en textile pourrait nous en apprendre beaucoup à ce sujet et ajouter des détails qui me sont méconnus.

Il semblerait donc que le négociant d’Esneux commercialisait sous sa propre marque et son conditionnement cette graisse, qui en fait était « un déchet », en provenance du Solvant Belge verviétois.

Personnellement, lors de mon adolescence, sujet à de fréquentes crises de furonculose , j’ai très souvent utilisé cette graisse en pansement pour faire « mûrir » ces clous ou  furoncles très douloureux. Ce fut toujours avec succès et conseillé d’ailleurs par le pharmacien du coin pour extraire toute inflammation. Donc, en résumé, me référant à Solvine et Solvant Belge d’une part ainsi qu’à la reproduction d’un mouton sur la boite, je pense être dans le vrai en vous contant ces souvenirs. »

Que de renseignements ! un tout grand merci. Et vous avez-vous utilisé de la Solvine ?

 La Petite Gazette du 20 janvier 2010

LA SOLVINE A PRESENT

Voilà un produit qui aura laissé bien des souvenirs également dans la mémoire des lecteurs : Monsieur Jean d’Olne saisit la balle au bond :

«Monsieur  Pierre Bartholomé m’envoie gentiment « la patate chaude »… je demande donc à Google:

Solvent  Belge

« Aujourd’hui usine Traitex, en activité. C’est une usine de traitement de la laine, nettoyage et dégraissement.  Dans l’ancien atelier, trois machines à vapeur et une machine d’extraction pour le suint. L’entreprise « Solvent Belge » y fabriquait la Solventine. »

C’est donc confirmé. J’ai trouvé dans le même  article la photo de l’atelier de production:

solvine 2

 

Le suint produit par les moutons peut être comparé au sébum secrété par la peau humaine. C’est une matière onctueuse qui est récupérée après le lavage ou le solventage de la laine (lavage = à l’eau; solventage … au solvent).

 

Cette matière, judicieusement traitée après récupération, fournit la lanoline, dont chacun connaît le nom, utilisée en cosmétique, en pharmacie, et, c’est moins connu, pour la production d’antirouille.

Mon premier emploi a été dans la seule usine de production de lanoline en Belgique, Croda Belge, qui était établie à Verviers, et qui traitait la lanoline brute provenant des lavoirs de laine.

Avant la mise au point des méthodes de récupération de la lanoline, elle était rejetée avec l’eau de lavage. À Verviers, elle formait une  gangue épaisse qui couvrait les rochers et le fond de la Vesdre. À Bradford, en Angleterre,  la lanoline brute rejetée dans la rivière (l’Aire, qui a donné les chiens airedale) dégageait du gaz, que les gamins s’amusaient à enflammer, provoquant de longues traînées de feu sur la rivière… La disparition des entreprises de lavage de laine et la sévérité du contrôle des rejets industriels ont mit fin à ces pollutions dans les deux villes.

Un dernier mot sur la  lanoline: il s’agit d’une cire, et pas d’une graisse. Elle n’est pas sujette au rancissement, ce qui en fait l’importance pour la stabilité des onguents en tous genres où on l’utilise. » Merci pour ces précisions.

Madame Godefroid, de Trooz, m’a également parlé de « Solventine » « issue du suint du mouton, mes parents, fermiers à Chaineux, l’utilisaient, pendant la guerre, pour soigner les animaux, principalement les mamelles blessées. Elle était fabriquée dans la région verviétoise. »

Madame Christiane Laureys-Horicks, arrière-grand-mère de Bande, se souvient et confirme : « La « solvine » ou en tout cas une petite boîte contenant du suint de mouton ( beurk que cela sentait mauvais !), je me souviens très bien l’avoir appliquée sur le bout de mes tétons parce que j’avais des crevasses qui me faisaient beaucoup souffrir lors de l’allaitement de mes bébés. Pommade souveraine dans mon cas et qui m’avait été conseillée et fournie par un grand ami de la famille. Pommade difficile à trouver et qui de plus perdait assez rapidement son élasticité, d’où la difficulté de l’appliquer sur des endroits super sensibles… Mais il y a longtemps de cela et nous habitions alors Bruxelles ! »

Monsieur Roger Ninane, de Barvaux-en-Condroz, nous dit que la « solvine » est « une pommade contre les gerçures etc. elle était fabriquée à  base de suif de laine de mouton. Dans les années 1950, mes parents étaient cultivateurs et l’utilisaient pour mettre sur les mamelles des vaches qui avaient soit des gerçures ou qui avaient été mordues par des hérissons. Nous l’utilisions aussi pour nous. »

Monsieur Oster Tassigny, de Grand Menil nous en parle aussi : « La solvine existait en boîte de 250 grammes et la solventine en boîte de 500 grammes. Elles étaient vendues par Jamart à Esneux et cette graisse était dans toutes les fermes de Wallonie. Jamart passait deux fois par an, mon père l’appelait « Jamart » mais, pour ma mère, c’était « Solventine ». Cette graisse était bonne pour tout, il y en avait une boîte dans l’étable pour les mamelles gercées ou autre bobo pour les jeunes veaux d’un an qui étaient allés en prairie et qui avaient des varrons à chaque côté de l’échine, cela les soulageait. Elle soignait aussi les plaies au collier du cheval ou graissait les mamelles de la truie. Il y avait une boîte pour les besoins de la famille, gerçures, engelures, cors au pied et même pour les maux de ventre. Cette graisse était comestible et pour le prouver, j’ai vu Jamart en manger une noisette. »

La Petite Gazette du 27 janvier 2010

ENCORE DES SOUVENIRS DE LA SOLVINE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, se souvient et confirme :

« La graisse de laine de mouton Solvine provenait certainement de la région de Verviers. Une fois ou deux par an, jusque dans les années 60/70, peut-être encore plus tard, un Monsieur, toujours très bien habillé, portant un cache-poussière bleu pâle, roulant en Mercedes, toujours un gros cigare aux lèvres, passait dans toutes les fermes (ma région Engreux-Mabompré) en demandant souvent en wallon de Verviers : « Nu v’fâ-t-i nin dèl crârre du lin-ne ? »

Je me rappelle très bien ces boîtes jaunes. Cette graisse servait surtout pour soigner les crevasses aux mamelles des vaches, de même elle se montrait très efficace pour les crevasses aux mains. Je suis certain que d’autres lecteurs se souviennent de ce vendeur ambulant et même, peut-être de son nom. »

Alors, vous vous en souvenez ? Vous nous le direz ?

La Petite Gazette du 24 février 2010

ENCORE LA SOLVINE

Un lecteur de Ham Esneux nous apporte la confirmation par le document suivant :

jamart_solvine

Il s’agit d’une facture  de Louis Jamart sur laquelle on lire qu’il habitait le village de Ham Esneux dans les années 50 (la  » Villa Blanche « ). Il avait épousé une fille du village de Ham. Son atelier / dépôt se trouvait route de Liège à Esneux (les lieux ont abrité quelques années plus tard une menuiserie).

Sa graisse « Solvine »était très réputée dans les fermes et le monsieur décrit par un lecteur : cache-poussière et gros cigare… c’était lui ! »

ALLONS SÎZER…

Les soirées d’hiver dans nos villages donnaient, jadis, lieu à de sympathiques rassemblements que justifiaient diverses réalités d’alors. Tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, des voisins se réunissaient pour sîzer, pour passer la soirée ensemble. Cela permettait d’économiser du bois de chauffage, un peu de pétrole lampant ou quelques bouts de chandelle mais, surtout, cela encourageait les échanges et la transmission d’un savoir ancestral. Aller al sîse c’était aussi aller hoûter lès novèles, partager quelques potins du village ou des environs. Très souvent également, lors de ces soirées passées au coin du feu, les légendes locales, les contes traditionnels étaient racontés et donc transmis.

La Petite Gazette, au fil de ces très nombreux épisodes, a permis d’en sauver quelques exemplaires représentatifs. En voici un premier échantillon.

La Petite Gazette du 5 janvier 2000

MA GRAND-MERE ME RACONTAIT DES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES

Monsieur Max-Léon Jadoul a fait l’effort, agréable me semble-t-il, de se souvenir des histoires que lui racontait Célina , sa grand-mère et marraine.

« Le vert-bok : un pauvre petit cultivateur se lamentait dans sa clairière sur les difficultés de subsister. Son épouse ne manquait pas de lui reprocher qu’il devait vivre sous une hutte de branchages et qu’il n’était pas capable de leur construire une petite maison. A bout de larmes, il soupira un jour : « il n’y a plus que le diable qui puisse m’aider ! »

A cet instant, dans un nuage de fumée, lui apparut un être fantastique : pieds fourchus, corps d’homme, tête et cornes de bouc, avec une grande barbiche. Il reconnut immédiatement le vert-bok ricanant. C’était le diable en personne. « Que puis-je faire pour toi ? » Se souvenant des reproches de sa femme, il exposa ses difficultés. « Je fais un pacte avec toi : je te place dans ta clairière, les matériaux nécessaires ; tu construiras une maison de deux pièces et, quand tu auras terminé, je viendrai prendre livraison de ton âme et de tes os. »

Forcé d’accepter le marché, le pauvre se résigne et, sur-le-champ, se met à l’œuvre. Sa femme s’inquiète pour savoir d’où viennent ces matériaux providentiels. Le pauvre homme finit par avouer : il a vendu corps et âme et, dès le travail terminé, il quittera la vie.

Ce n’est rien, lui dit-elle : « quand le diable viendra, je l’embobinerai ». Effectivement, un jour, le vert-bok  vint pour réceptionner les travaux. Il s’en dit très satisfait. « Maintenant, dit-il, je t’emporte aux enfers. »

« Monseigneur, dit la femme, ne croyez-vous pas qu’une annexe plus grande et plus belle pourrait vous servir de salle du trône, mieux digne de vous ? »

« Tout à fait d’accord, dit le diable, la main-d’œuvre ne me coûte rien. Je reviendrai quand la salle du trône sera construite. »

Les matériaux ne tardèrent guère à affluer et la salle du trône se construisit. Un beau jour, il fallut bien se rendre à l’évidence et recevoir Belzébuth. « Ce n’est rien, dit la femme, fais comme moi, j’en fais mon affaire. Monseigneur, prenez possession de votre palais ; installez-vous dans ce coin . »

A ce moment, mari et femme se jettent sur le Malin, le ligotent et l’attachent à un solide crampon fixé dans le trône. Le vert-bok a beau se débattre, jeter tous ses feux, hurler ses pires imprécations ; il n’y a rien à faire, il reste rivé à la muraille dont il a fourni lui-même les pierres. Les heures passent… mais que voulez-vous faire d’un bouc stérile ? Tous trois conviennent d’un pacte et  les époux le laissent s’enfuir pour ne jamais revenir. Le Malin dut conclure que plus rusé que le vert-bok, c’est toujours une femme ! »

Que pensez-vous de ces histoires racontées à la veillée, il y a plus de 70 ans ? Si, comme M. Jadoul, vous avez des souvenirs de ces personnages et êtres merveilleux qui hantèrent votre enfance, faites-les revivre dans La Petite Gazette. Je suis certain que vous ferez des tas d’heureux. D’avance merci.

La Petite Gazette du 19 janvier 2000

A LA VEILLEE AVEC GRAND-MERE

   Grâce à Monsieur Max-Léon Jadoul, d’Arlon, nous avons le plaisir de renouer avec les sizes du temps jadis.

« Ma grand-mère s’appelait Célina Lejeune, épouse de Maximilien Deward.  Elle a habité longtemps à Nandrin, parmi les hameaux aux noms si pittoresques Croix André (Criandrie), Croix claire (Cayèt-Bwès)… Jeune veuve, elle dirigeait fermement sa nichée de garçons complétée par deux filles. Dans les années 1925 – 1930, j’eus le plaisir de vivre en sa compagnie ; quels jours heureux et que de petites joies ! Cette femme exceptionnelle, bourrée d’expérience et de joie, possédait de plus un don de conteuse hors du commun. C’était une fameuse comédienne et, pour le concours de grimaces, sans rire, elle était imbattable. Voici un des personnages qu’elle aimait mettre en scène : Li Neûre Poye.

Un pauvre paysan avait une très jolie jeune femme, trop jolie disaient les mauvaises langues ! Ils s’aimaient d’amour… et, cependant, le pauvre mari éprouvait quelques doutes. En effet, chaque vendredi soir, après les effusions légitimes, mais bien avant minuit, la belle disparaissait sans bruit. La confiance régnait certes, mais tout de même !

Il avait surpris des éclairs de malice dans les yeux des charitables voisines. Un vendredi soir, il se résolut à tirer l’affaire au clair. A minuit, il se mit en route vers le bois de Rognac, en direction du vieux Chêne-Madame, endroit réputé pour les manifestations du  Malin. Venant de Rotheux, il aperçut une lueur verdâtre ; se rapprochant encore, il put voir un énorme bouc noir assis sur une souche et, tout autour de lui, une profusion d’animaux de basse-cour : poules, canes, oies, dindons qui tournaient en procession autour du chêne, en se dandinant et en barbotant dans leur langage respectif C’était vraiment très étrange. Ce qui le surprit le plus, c’est la très forte odeur de soufre et d’urine que dégageait le monstre et cela sans que la chose ne semble impressionner ses fidèles.

Le brave garçon en avait vu assez et il rentra au plus vite au logis. Il y parvint juste avant le chant du coq ; à temps pour apercevoir, toutes plumes dehors, une poule noire qui plongeait dans la trappe du poulailler. Vivement, le brave homme referma la trappe et retourna se coucher.

Le jour bien levé, il entre dans le poulailler et voit une belle poule noire qu’il ne connaît pas et qui le regarde avec effronterie.

« Ah ! la belle poulette qui va me pondre de beaux œufs ! »

Mais point d’œuf, ni ce jour, ni le lendemain.

«  Oh ! dit le fermier, une petite poule qui ne pond pas des œufs… Je vais lui tordre le cou. »

C’est à cet instant qu’il entendit une sorte de râle où il crut comprendre « Pardon ! ». La lumière était faite : il savait que sa femme était allée au sabbat du Bois de Rognac. Il se rappela que la meilleure façon de désenvouter quelqu’un, c’est de lui flanquer sur le croupion un très grand coup de « banette », cette grande pelle en bois servant à défourner les pains. Ce qu’il fit avec la vigueur du mari outragé. Une grande fumée… et voilà que réapparaît sa petite femme tout en pleurs, qui avoue n’être qu’une macrale débutante, qu’elle regrettait en promettant de ne plus pratiquer toutes ces choses.

Elle tint parole, mais le mari vit quelquefois de singuliers éclairs moqueurs dans le regard de quelques voisines, ce qui ne l’impressionnait nullement. Ils furent heureux, ils eurent beaucoup d’enfants, mais elle ne révéla jamais les formules magiques à ses filles.

Li neûre poye, c’est bien fini… Encore que : ma grand-mère affirmait qu’il faut se méfier d’une poule noire qui traverse la route. Ce sont peut-être des bêtises… mais on ne sait jamais. »

 

Voici un bien beau conte populaire qui nous replonge directement dans l’ambiance de ces veillées de nombre d’entre vous n’ont pas oubliées et qui étaient faites de témoignages d’une tradition orale souvent multi-séculaire.

Grâce à Monsieur Jadoul donc, nous avons réveillé quelques êtres étranges et merveilleux qui sommeillaient au plus profond de nombreuses lectrices et de nombreux lecteurs. Madame Peeters, de Louveigné, fait partie de ces personnes dont l’enfance fut jalonnée des manifestations des croque-mitaines de nos régions.

« Jamais, m’écrit-elle, je n’aurais imaginé un jour écrire au sujet des frayeurs de mon enfance… Comme vous avez réclamé des anecdotes relatives au « Babô », voici un petit épisode qui a marqué ma prime enfance :

Nous étions trois enfants, de 9 ans, 7 ans et demi et 4 ans. J’étais la plus jeune. Nous habitions une maison bourgeoise, un long couloir s’ouvrait sur la cage d’escalier avec une première volée de marches, puis un entre-palier et une deuxième volée de marches qui menait au premier étage.

Mon frère et ma sœur s’arrangeaient pour me faire monter la première, la lumière était allumée au rez-de-chaussée et au premier, sur le palier. Ils me suivaient très lentement. Dès que j’arrivais à la deuxième rangée d’escaliers, ils descendaient à toute vitesse, éteignaient les lumières, sauf celle du premier couloir, qui était plus éloigné.

Une fois en bas, ils commençaient à agiter les mains entre les fuseaux, ce qui faisaient des ombres. Ils criaient « Voilà Babô ! » et émettaient des sons sinistres. Je vous assure que j’en ai gardé une image indélébile.

Aujourd’hui, septante ans plus tard, j’en rie, mais la peur a duré des années. Comme quoi les enfants sont loin de réaliser les conséquences de leurs farces. En vous envoyant ce courrier, je réussirai, peut-être, à me libérer à jamais du sort de Babô ! »

Je vous le souhaite Mme Peeters, mais je tiens à vous rappeler que si, bien sûr, les enfants ne peuvent mesurer les conséquences de tous leurs actes et que si vos frère et sœur vous taquinaient avec le Babô, ce sont bien les parents qui faisaient intervenir ces êtres inquiétants pour protéger leur progéniture des endroits dangereux. Sans vous l’avouer, votre frère et votre sœur devaient, sans doute et de cette façon, exorciser leur propre peur ; ils n’avaient pas encore La Petite Gazette, eux ! Un tout grand merci pour votre collaboration à  cette rubrique.

La Petite Gazette du 26 janvier 2000

A LA VEILLEE AVEC GRAND-MERE CELINA

C’est avec beaucoup de plaisir que, une nouvelle fois, nous retrouvons Monsieur Max-Léon Jadoul, d’Arlon, qui, avec émotion, se souvient des sizes animées par les contes et les histoires de sa grand-mère et marraine.

Aujourd’hui, c’est de sorcières qu’il sera question.

« Ce n’était pas un sujet permanent de conversation, mais, de temps en temps, dans les circonstances les plus anodines, se glissait une allusion à peine effleurée, mais toujours avec un air très entendu.

Je demandais : « Marraine, as-tu connu des macrales ? où vivent-elles ? » Les réponses étaient très évasives, mais elle en avait tout de même connu une ou deux !

Et moi-même, en ai-je connu ? En réfléchissant bien, peut-être l’une ou l’autre. C’est oui ou c’est non ? « Ptêt-bin qu’oui, ptêt-bin qu’non. »

Une pauvre vieille femme solitaire, un peu simplette, faisait quelquefois l’affaire. D’autre part, certaines de ces créatures s’arrangeaient pour donner l’impression d’être de commerce avec le diable. Vivant modestement dans une petite maisonnette, voire même une hutte de bûcheron, elles s’entouraient d’animaux « emblématiques » : le gros rouquin marcou (qui venait toujours faire des jeunes à notre petite minette), un vieux chien borgne, hargneux et sans race, une chouette familière (elle s’apprivoise très bien) et, surtout, un affreux bouc puant (le vert bouc) qui assurait à la macrale un revenu régulier, car il revenait à l’animal de présenter ses hommages à toutes les biquettes du canton ! C’est qu’il mettait du cœur à la besogne le gaillard ! et, surtout, il n’y en avait guère dans les villages, car un bouc cela sent et cela ne donne pas de lait…

Ces pseudo-sorcières détenaient de lourds secrets et des remèdes familiers que l’on venait solliciter de loin. J’entendis souvent parler d’un de ceux-ci mis en œuvre pour soulager de graves maladies infantiles. Il consistait en l’application, sur la poitrine de l’enfant, d’un pigeon ouvert en deux vivant !

La version masculine était le macraî et, pour ceux ayant acquis un grade supérieur « li macraî r’créyou » . Il ne passait pas son temps dans de folles broutilles de femmes, mais pouvait devenir redoutable, car il se déplaçait beaucoup. Les macraîs exerçaient de petits métiers solitaires et, dans mes recherches généalogiques, j’ai relevé notamment : faiseur de manches, faiseurs de trappes-souris (pièges à rats et à souris), faiseur de dents de râteaux, faiseur de haies.

Tout ceci pour vous dire que sorcière ou sorcier, à force d’y croire, on peut en avoir l’aspect ou le comportement. Mais il ne faut pas en rire… on ne sait jamais, comme disait ma grand-mère, qui en connaissait un bout sur la question ! »

Vous aussi, vous avez des souvenirs de ces histoires de sorcières ou d’êtres  et d’animaux merveilleux dont on parlait lors des veillées de jadis ; m’en parlerez-vous ? Déjà quelques très jolis récits me sont parvenus, au fil des chroniques à paraître, nous retrouverons les contes dont s’est souvenus Mary Bertosi.

Voici encore une rubrique qui nous promet de bien agréables surprises ; merci pour votre précieuse collaboration.

 La Petite Gazette du 2 février 2000

A LA VEILLEE AVEC GRAND-MERE

      Comme annoncé, voici le premier des contes que m’a adressés Mary Bertosi. Il s’agit de la retranscription de récits entendus durant son enfance. Elle tient à préciser que certains ont été remis sur papier au départ de quelques souvenirs seulement.

« La grande Fifine.

Notre Ardenne d’autrefois comprenait des tas de choses et de personnes incroyables de nos jours : des nutons, des loups-garous, des rebouteux, des sorciers, des fées, etc. Tous ces personnages ont disparu  maintenant, il paraît que c’est depuis qu’on récite l’Evangile de St-Jean.

Je vais vous conter, aujourd’hui, une histoire réelle de sorcière.

La grande Fifine était, comme son surnom l’indique, plus grande que la moyenne des Ardennais qui ne dépassaient guère, en ce temps-là, plus de 1 m. 60. Maigre, les cheveux grisonnants, personne ne savait son âge. Elle vivait dans une petite ville, au bord d’une rue en pente qui menait dans les forêts et au cimetière. Dans sa pauvre chaumière, elle vivait de peu, faisant des ménages ou des lessives, fabriquant des fagots, louant ses bras, comme on disait à l’époque.

Elle avait la réputation d’être sorcière, car elle était bien différente des autres femmes du bourg (il est à remarquer ici que les femmes étaient, plus souvent que les hommes, accusées de sorcellerie). Fifine connaissait les plantes et, l’été, on la voyait herboriser à droite ou à gauche, cueillant les simples et toutes les plantes utiles à ses remèdes, qu’elle faisait sécher sous sa toiture. Les gens la consultaient pour toutes sortes de maux et de maladies, aussi bien que pour les animaux.

Fifine avait un voisin, l’Emile, qu’elle n’aimait pas beaucoup et qui le lui rendait bien. Les discussions étaient fréquentes, pour toutes sortes de raison : les poules de l’un avaient gratté un carré du jardin de l’autre, l’un avait ramassé les pommes tombées du côté de son pré alors que le pommier appartenait à l’autre et toutes sortes de petites querelles pareilles.

C’était lui, l’Emile, qui contribuait à entretenir la réputation de sorcière de la grande Fifine, en la traitant sans arrêt de « Vî macrale » . Elle lui répondait toujours : « Attin, dji t’aurai ». A la longue, on se méfia de Fifine, qui était pourtant brave femme, et, lorsque quelqu’un allait chez elle pour quelque remède, il ne manquait jamais de se signer avant d’entrer.

En réalité, Emile était jaloux car Fifine, malgré tout, avait des amis, en particulier Joseph. Celui-ci passait tous les jours devant chez elle avec son cheval Bijou, pour aller travailler dans les bois. Joseph entrait et buvait sa petite goutte, parfois plusieurs et sortait, quelquefois, assez éméché. Il remontait sur sa charrette et Fifine sortait toujours pour caresser Bijou et lui flatter la crinière. Emile enrageait, il alla même jusqu’à asperger le seuil de sa porte avec de l’eau bénite pour se prémunir du mauvais sort.

Joseph possédait un autre cheval qui ne servait qu’à tirer le corbillard lors des enterrements. L’Emile vint à mourir, après les veillées bien arrosées, comme il était d’usage à l’époque, les prières et les galettes, vint le jour de l’enterrement. Le cheval qui tirait d’habitude le corbillard étant malade, Joseph attela Bijou pour le remplacer ; Tout se passa bien jusqu’à ce qu’ils arrivent à la hauteur de la maison de Fifine, où le cheval s’arrêta net. On dut caler le corbillard avec des pierres, pour l’empêcher de reculer. Ni les paroles, ni les « hue » et les « ho », ni les poussées des gens, rien ne fit redémarrer le cheval, qui avait l’air cloué sur place. Rien à faire !

Au bout d’une heure, il était toujours là, sous un soleil de plomb. Dans la foule, on commençait à jaser ; c’est sûrement à cause de Fifine. Ils étaient tellement ennemis avec l’Emile, qu’elle a mis à exécution sa promesse et, jusqu’après la mort,  elle le fait enrager en ensorcelant le cheval. Voilà ce qu’on entendait. Quelqu’un vint même asperger Bijou avec de l’eau bénite, rien n’y fit ; on récita une dizaine de chapelets, toujours rien ! Que faire ? On ne pouvait pas rester là ad vitam eternam !

Joseph eut alors une idée, il entra chez Fifine et lui demanda de venir ; celle-ci s’approcha de Bijou, le flatta, lui parla tout bas, le caressa et, d’un seul coup, le cheval reprit son élan et monta jusqu’au cimetière, d’une seule traite. Voilà la réputation de sorcière de Fifine bien assise à des lieux à la ronde… et pourtant !

Chaque fois que Joseph s’arrêtait chez Fifine pour boire sa petite goutte, celle-ci sortait pour caresser le cheval et lui donner un morceau de sucre. Habitué à cette pratique, Bijou s’était arrêté le jour de l’enterrement et attendait, tout simplement, son sucre.

Voilà comment on devient sorcière ! »

Très joli récit, n’est-ce pas ! Faites-moi savoir ce que vous en pensez, il y en a d’autres, de la même veine. Un grand merci à Mary Bertosi.

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

LE  LOUP-GAROU

Mary Bertosi, de Tenneville,  a gardé des souvenirs émus des contes entendus durant son enfance ; aujourd’hui, cette magie de l’histoire lue ou entendue, elle la restitue aux enfants, pour la plus grande joie de ceux-ci. Elle a couché sur papier certaines de ses histoires faites de propres souvenirs, de poésie et de féerie. Je vous propose de partir à la rencontre du loup-garou.

« Lorsque grand-mère était enfant, souvent, à la veillée, on racontait des histoires pas toujours amusantes ; des histoires qui faisaient peur aux enfants soit de l’eau, des forêts pour qu’ils ne s’y aventurent pas seuls, soit des puits et autres dangers à droite et à gauche. Les grandes personnes elles-mêmes n’étaient pas toujours rassurées car les Ardennais ont toujours été superstitieux et croyaient beaucoup aux nutons, aux sorcières jeteuses de sorts ou au laid méchant homme.

Aujourd’hui, je vais vous parler des loups-garous ; ces animaux mystérieux qui venaient on ne sait d’où et repartaient de même après avoir fait quelques dégâts dans les bêtes le plus souvent, mais, parfois, ils s’attaquaient aux gens.

Le loup-garou est une personne ensorcelée, métamorphosée en loup enragé, affamé, assoiffé de sang, par un sorcier très puissant et inconnu, dont le charme ne périt jamais. La transformation s’effectue le plus souvent les soirs de pleine lune où il est préférable de verrouiller portes et fenêtres, ainsi que les portes des étables. Parfois, la transformation pouvait durer plusieurs jours.

Dans une famille normale, il peut y avoir un loup-garou que personne ne connaît car le reste du temps, il est comme vous et moi. »

Dans notre prochaine édition, nous suivrons Mary Bertosi au cœur d’une de ces familles d’Ardenne au sein de laquelle il se passa de bien étranges choses…

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

LE LOUP-GAROU

J’imagine que vous êtes, toutes et tous, curieux de retrouver l’atmosphère désuète de l’univers imaginaire de Mary Bertosi, de Tenneville ! Lors de notre précédente édition, après nous avoir expliqué en quelques mots ce qu’était un loup-garou, notre conteuse nous inquiétait quelque peu en affirmant qu’il était possible qu’il en existe, sans que personne ne s’en rende compte, dans des familles qu’elle qualifiait de « normales ».

« Marie-Josèphe Jeuniot avait l’habitude de porter à dîner à son mari, lorsque celui-ci travaillait aux champs, chose courante à l’époque.

Elle attendait avec lui, en faisant la causette et se reposant un peu, le temps qu’il termine son repas et elle reprenait ses récipients vides pour le retour.

Marie-Josèphe alla dons un jour, à midi, comme d’habitude, porter le dîner à son homme. Il travaillait à plus de quatre kilomètres du foyer et Marie-Josèphe allait bon train car elle était légèrement en retard.

Il y avait, sur plus de deux kilomètres, un bois à traverser, cela ne l’effrayait pas tant elle avait l’habitude d’y passer, mais se signait toujours avant d’entamer la côte ; bien lui en prit ce jour-là !

En effet, à peine avait-elle fait le signe de croix, qu’un énorme loup-garou sortit du bois avec fureur et attaqua la malheureuse. Elle se défendit tant qu’elle le put avec son gourdin, en invoquant le nom de tous les saints qui lui passaient par la tête : « Tiens sur la tête au nom de saint Joseph, vlan dans les côtes pour saint Mathieu, et voilà pour saint Antoine… »

La femme se battit plus d’une demi-heure avec cette bête enragée qui l’avait mise en lambeaux, ses jupons étaient réduits à quelques loques ; le sang lui venant sur les bras et les jambes et, même, au visage. Le loup-garou vit qu’il avait affaire à forte partie et se découragea, se sauva dans les bois tout courbaturé de coups de bâton.

Marie-Josèphe se pressa d’aller retrouver son homme ; elle le trouva en nage, assis, blessé à la tête et dans les côtes. Que s’est-il passé ? dit-elle en le voyant en sueur, oubliant du coup sa propre aventure.

« Rien qui vaille la peine, dit-il, allez, sers-moi à manger ! »

Marie-Josèphe servit la soupe, mais son mari ne voulait pas manger devant elle et se retourna. Mais qu’as-tu  donc aujourd’hui ? lui dit-elle et elle s’approcha plus près ; c’est alors qu’elle vit, dans les dents de son mari, des lambeaux de tissu de sa robe, de son jupon, qui étaient restés accrochés dans sa denture.

« Ah ! mon Dieu ! dit-elle, le loup-garou c’était toi et tu m’as attaquée sur le chemin ! »

Alors le mari se tourna vers sa femme en pleurant et lui demanda « Débarrasse-moi de ce sortilège, tiens prends ce poignard bénit et perces-en mon cœur en une seule fois. C’est le seul moyen de détruire la bête qui est en moi ».

Marie-Josèphe prit le poignard, récita quelques Paters, fit un grand signe de croix et traversa la poitrine de son mari d’un seul coup, à cet instant, un hurlement de loup se fit entendre dans le lointain, mais l’homme avait retrouvé le calme sur son visage sans vie, tourmenté quelques instants auparavant.

Marie-Josèphe le déclara mort, tué par des brigands, pour qu’il puisse avoir une sépulture chrétienne, qui aurait été refusée si l’on avait connu sa métamorphose. »

Terrible et surprenant n’est-ce pas ! J’espère de tout cœur que cette histoire ne viendra pas perturber vos nuits que je vous souhaite paisibles et agréables.

 

LEON PIRLOT, de HOTTON, CHASSEUR ARDENNAIS 1940-1945

La Petite Gazette du 9 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Les années passent et ils sont toujours moins nombreux à pouvoir évoquer les grands bouleversements, que le monde a connus au vingtième siècle et dont ils ont été les acteurs ou les témoins directs.

Monsieur Léon Pirlot, de Hotton, a pris soin de consigner ses souvenirs et de rassembler des documents pour les illustrer. Ensemble, durant tout cet été, nous feuilletterons son album…

« Je suis entré à l’armée le 16 octobre 1939. J’ai fait mon instruction à la caserne Prince Baudouin, à Bruxelles, place Dailly, au 2e Chasseurs Ardennais.

Lors de la création du bataillon moto des Chasseurs Ardennais, on a demandé des volontaires. Personne ne s’étant présenté, on a pris d’office ceux qui avaient déjà été punis… j’étais du nombre.

Nous avons quitté Bruxelles vers la mi-janvier pour Ernage – un dépôt de l’armée – où nous sommes arrivés le 23 février 1940. Chaque jour, nous allions à la sucrerie de Gembloux, où le lieutenant Leblanc nous initiait à la conduite des engins. Nous y sommes restés un mois et demi.

L’instruction terminée, nous sommes venus en cantonnement à Fisenne. Je faisais partie de la 3e Compagnie Engins, tandis que Louis Bresmal appartenait à la 1ère Compagnie. Ma sœur et une tante de Louis sont venues nous rendre visite un dimanche. Un jour, nous avons également eu la visite de deux braves sœurs. Je les ai vues, mais je n’ai pas parlé avec elles. Elles auraient fait partie de la 5e Colonne  – on me l’a appris par après –  mais trop tard, hélas.

Pirlot 1  Je montais de garde, suivant mon tour, sur le versant où l’on découvrait le village d’Erezée et son pont au pied de la colline. Ayant bénéficié d’un congé de 10 jours en qualité de fermier, j’étais chez moi le 10 mai. »

 

 

 

 

 

Nous retrouverons notre soldat, au matin du déclenchement du conflit, dès la prochaine édition.

 

La Petite Gazette du 16 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous sommes le 10 mai 1940 et le soldat Pirlot, Léon, Bon.Moto Chasseurs Ardennais 3e Cie Engins N° matricule : 296 1401 est chez lui, bénéficiant d’une permission de 10 jours.

« Ce jour-là, j’ai été réveillé vers 4 heures par des bruits anormaux d’avions. M’étant levé un peu plus tard, je suis allé voir : de nombreux avions sillonnaient le ciel à très haute altitude, laissant derrière eux des traînées de condensation, ce qui ne se voyait jamais à l’époque. Avant mon lever, j’ai aussi entendu des déflagrations. C’était la gare de Jemelle qui était bombardée. Germaine Dehez qui m’aperçoit dans la cour me crie : « C’est la guerre ! Les soldats doivent rentrer, on l’annonce à la radio. » J’allume mon poste et, en effet, le journaliste de service répète ce que la voisine vient de me dire, annonçant l’envahissement de la Belgique par les Allemands et le bombardement de Jemelle et d’Evere.

C’est ainsi que, vers 7h30, je pars à vélo pour Fisenne, pour la captivité… pour 5 ans… Je rejoins mes camarades qui occupaient les positions dans les bois. Certains tiraient inutilement sur les avions qui continuaient toujours à passer haut dans le ciel. »

Dès la semaine prochaine, nous retrouverons notre soldat au début de sa campagne des Dix-huit jours.

La Petite Gazette du 23 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

La guerre vient d’être déclarée par l’envahissement de la Belgique par les troupes allemandes et le soldat Léon Pirlot vient de rejoindre ses camarades dans les bois de Fisenne.

« A minuit, nous nous replions vers Fraiture, on incendie les bâtiments au préalable. Le soldat André Albert se serait tué en dévalant la pente boisée, après le pont d’Erezée, direction Fisenne, en ayant raté un virage dans l’obscurité ? Des camarades m’ont raconté qu’au pont d’Erezée, ils avaient vu des Allemands transporter des madriers pour réparer le pont sauté et que, quelques semaines auparavant, un civil les avait commandés à la scierie Dory, qui se trouve à peu de distance de là.

A 5h., nouveau repli vers Temploux. J’omets cependant de dire qu’au cours de la retraite vers Oppagne, au cours d’une halte, j’ai revu Robert Delacolette, lieutenant, et mon voisin Alexandre Guissart, du 3e Chasseurs Ardennais. Il m’a raconté avoir déjà combattu à Chabrehez, où l’ennemi a été arrêté pendant plusieurs heures, et que les Allemands avaient tué des civils. Il avait l’air assez excité. Nous étions déjà mêlés aux évacués, qui encombraient les routes. Ils m’ont dire venir de Vielsalm.

A Temploux donc, le dimanche 12 vers 15h., une vague de bombardiers arrive, lançant des chapelets de bombes. J’en vois tomber sur les maisons, partout. Cela dura jusque vers 20h. Heureusement, nous étions bien camouflés dans un bois et ils ne nous on pas aperçus. Sur les hauteurs, des baraquements militaires étaient en feu et Temploux détruit.

Pour atteindre cette localité, nous sommes passés par Huy où le pont miné allait sauter aussitôt notre passage effectué. Les artificiers se démenaient, criant : « Passez vite, vite, le pont va sauter ! » En effet, à peine suis-je passé que j’entends la déflagration. Des soldats isolés d’autres unités n’ont pu passer !

A 9h., le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Perwez pour y défendre l’obstacle antichar Cointet (appelé du nom de son inventeur cet obstacle était constitué de grilles d’acier montées sur rouleau, hautes de 3 m et larges de 5, pesant 1300 kg, uniquement sur route. Les rouleaux servaient à les déplacer pour le passage éventuel de véhicules. Les autres grilles étaient fixes.) Pour nous y rendre, nous roulons dans un chemin agricole encaissé et étroit. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre soldat à la défense de cet ouvrage.

 La Petite Gazette du 30 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, chargé de défendre un obstacle antichar Cointet à Perwez. « Arrivés sur les lieux de défense, nous prenons position dans un chemin creux à une certaine distance de la barrière antichar s’étendant sur des kilomètres, des kilomètres…

Un officier du bataillon nous renseigne sur notre mission : « il va y avoir une bataille, des chars allemands vont vous attaquer. Votre mission est de défendre l’obstacle Cointet . » Fusils contre tanks ! Heureusement, les Chleuhs ont accompli leurs exploits dans une autre zone de combat. A 11h., bombardement de la ville.

Le 13 (mai) à Perwez, je me souviens, nous étions sur la place du village. Les balles nous sifflaient aux oreilles ; les Marocains, impassibles, avaient posé des mines sans nous avertir, ce qui rendait tout déplacement dangereux.

A un Marocain qui fumait tout près d’une mine : « Que ferais-tu si les Allemands arrivaient ? » « Je déposerais ma cigarette sur la mine » répondit-il, stoïque. Par après arriva près de moi une ambulance dont l’arrière avait reçu une rafale de mitrailleuse. Je reconnais le chauffeur, Gaston Hébrant, de Verdenne, que je n’avais plus vu depuis plusieurs années. Des bombes tombaient à 20 m. et me glaçaient le sang. Puis vint la nuit, une nuit noire : on n’y voyait pas.

Dans cette nuit terrible, le sergent m’avait ordonné de porter l’ordre de repli à quelques camarades qui auraient dû se trouver dans les parages. Je n’ai pu les avertir : je ne les ai pas trouvés. Pendant le jour, certains ont commencé à piller les magasins. Nous ne recevions rien à manger : on tirait son plan comme on le pouvait. Je n’ai reçu qu’une fois à manger durant les quinze jours de guerre et je n’ai vu la roulante qu’une fois.

En conséquence on ne mangeait que ce que les civils voulaient bien nous offrir, quand civils il y avait sur les lieux. Sinon, il fallait voler dans les magasins pour survivre !

J’étais sorti d’une épicerie avec un camarade ou deux. J’avais en main un paquet de biscuits genre ‘Petit-Beurre’, quand une voisine nous prend à partie et nous crie : « Vous êtes encore pires que les Allemands ! » Sans doute ignorait-elle notre détresse, je lui répondis : « Les Boches vous mangeront Madame ! » Puis, nous sommes partis vers notre triste destinée, rejoindre nos side-cars.

Nous avons reçu chacun, comme vivres de guerre, des biscuits très durs qui, trempés dans l’eau, augmentaient de volume et étaient excellents, surtout la faim aidant. Ils étaient contenus dans une boîte d’aluminium, d’environ 15 cm X 10cm X 10 cm, avec défense formelle de les manger sans en avoir reçu l’ordre. Je suis toujours en possession de la boîte, mais pas des biscuits… »

La Petite Gazette du 7 juillet 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, dans la région de Perwez, le 14 mai 1940 :  « Le 14, repos après avoir effectué un repli jusque la Hutte, près de Genappe, pendant le nuit. Journée du 15, nouveau repli à 0h15 pour Huysingen. Repli, repli… toujours repli. Nous y rencontrons les premiers Anglais. Nous les avons salués et applaudis. Ils avaient placé un canon D.C.A. sur une butte . Quand, vers 9h arrivèrent plusieurs avions, nous nous sommes cachés, mais les Anglais, assis sur l’affût, ont commencé à tirer sur les avions malgré la mitraille. Un Heinkel prit feu et tomba dans les parages du bataillon. Les cinq hommes de l’équipage furent conduits auprès du commandant Krémer, qui les remit aux Anglais après interrogatoire, ils étaient tous très jeunes.

Au cours de ces différents replis, il fallait rouler parmi les réfugiés qui encombraient les routes de façon indescriptible : de pauvres gens se déplaçant à vélo, en charrette, en voiture, à pied… On était tellement fatigué que je m’endormis quelques secondes sur la machine. En plus, on avait faim. Je me rappelle aussi les fils téléphoniques cassés ou tendus qui étaient de véritables pièges, blessant et tuant.

Vers 17h30, départ pour Iderghem, puis pour Hofstade. Félicitations par le Roi au bataillon Moto pour ses missions périlleuses accomplies.

Le vendredi 17 mai, nouveau repli à 8h30 pour Slotendries, au nord de Gand. Nous sommes arrivés à minuit et, là, nous recevons des side-cars, des motos et des tricars neufs. Samedi 18, départ à 10h. vers St-Gilles-Waas.

Le 19 mai, nous occupons un bras de l’Escaut entre Doel et Anvers. Repli vers 10h. du soir pour nous rendre en Hollande. On voit de la fumée qui s’élève au loin, à l’horizon, le drapeau rouge à croix gammée flotte sur la tour de la cathédrale d’Anvers. Des camarades ont capturé un side-car ennemi.

Le lundi 20, nous effectuons des travaux de campagne. Le jour, nous creusons des trous pour nous cacher de la vue des avions et, la nuit, nous nous replions conformément aux ordres donnés. Les Allemands avaient malheureusement la maîtrise du ciel, pas un seul avion ami n’a été aperçu jusqu’à présent. Où sont-ils ? Que font-ils ?

Je me souviens d’un acte héroïque, mais je ne sais plus ni la date ni le lieu exacts, la scène se passait dans la courbe d’un village. Des servants d’un 4,7 Chasseurs Ardennais (petit canon antichar très efficace) stoppaient l’avance des soldats ennemis. Pour ce faire, ils tiraient au moyen d’obus fusants (je crois que le terme est exact) qui sont des obus qui éclatent presque à la sortie du tube aussitôt tirés. Ils tiraient à bout portant. Imaginez le carnage ! Mais il n’a pas duré longtemps : des stukas sont arrivés et, après un ou deux passages, il ne restait plus rien que des débris… Nous sommes passés à cet endroit un quart d’heure après… »

La Petite Gazette du 20 juillet 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, ayant perdu sa colonne et ne sachant pas où se trouvent les ennemis… : « Après avoir roulé quelque temps en pleine campagne, nous voyons une maison dont une fenêtre est éclairée. Nous nous y rendons, c’est une fermette typiquement flamande, sans étage, très basse. Nous frappâmes à la porte et un vieux couple vint nous ouvrir. Ces deux vieilles personnes avaient l’air apeuré, sans doute à la vue de nos grands casques motocyclistes en liège (à ce propos, il nous avait été conseillé de ne plus nous en coiffer car, les Anglais, la nuit, nous confondaient avec les Allemands). Il ne fut pas possible d’obtenir de ces gens le moindre renseignement, nous ne comprenions pas. Que faire ? Dans quelle direction se rendre ?

Nous avons roulé une partie de la nuit sans savoir où nous étions ni où nous allions. Nous craignions de nous jeter dans les lignes ennemies. Nous avons continué de rouler une partie de la matinée du samedi 25, à la recherche de notre bataillon.

J’oublie de dire qu’avant ces incidents nous étions passés par Ypres avec arrêt près du monument 14 – 18. Là, j’ai revu Joseph Henrotin, de Marenne. Le 10 mai, les travailleurs du rail avaient été mobilisés comme nous, les militaires. Ils se repliaient aussi devant l’armée allemande. Après la capitulation, Joseph était rentré à Marenne et avait rendu compte de notre rencontre à mes parents. Il paraît que j’étais méconnaissable !

Vers 2h., par hasard, nous retrouvons la deuxième compagnie à un carrefour. Le lieutenant Renard, qui remplaçait le lieutenant Gérard tué avec trois soldats lors d’une patrouille le 23 à Oycke, nous lance « Tirez-vous de mon chemin, tirez-vous de mon chemin ! ». Bon, il faut bien continuer et, finalement, nous retrouvons nos camarades. Je comprends que, dans certaines circonstances,  on peut être énervé, mais quand même ! Nous tombons sur le commandant Reyntens de la 1ère compagnie, père jésuite et homme de grand cœur. Il nous apprend le maniement d’une grenade car, jamais, on ne nous en avait montré une ! Pour une troupe d’élite, ce n’est pas croyable ! La MI10 (mitrailleuse Maxim) que nous avions datait de 1916 ; on nous fait prendre position le long du chemin de fer qui se trouvait à proximité.

Tout est calme. Soudain, un civil pressé traverse les voies. Je lui demande s’il n’a pas vu les Allemands, il me répond que non et continue son chemin à travers tout. A l’heure actuelle, je me demande toujours si ce n’était pas un espion et me repens de ne pas l’avoir arrêté pour vérification d’identité.

Quelques minutes après, nous entendons des cris au-delà du chemin de fer. Le talus nous empêche de voir ce qui se passe. Les cris se rapprochent. A l’endroit où nous étions,  un chemin empierré avec un passage à niveau non gardé traversait la ligne. Un petit aqueduc la traversait également et je me rappelle avoir entendu les Boches patauger dans l’eau, sans les voir. »

La Petite Gazette du 11 août 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

    Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord de la Belgique, à quelques mètres ce l’ennemi… : « Nous avions abandonné les engins à une centaine de mètres, dans une prairie. Tout à coup, j’aperçois Narcisse Lemauvais, de Fronville, qui marchait dans la direction des motos, tout en tirant. Il me demande si je n’avais pas vu Louis Bresmal (ces deux camarades appartiennent à la 1ère Cie) . Je lui réponds que non et lui crie : « Mais ne tire pas comme ça, cache-toi ! » Mais, pour cela, il aurait dû venir près de nous… Tels furent nos derniers mots… le malheureux tomba raide mort. Honneur à ce brave ! Je pardonne, mais n’oublierai jamais. Mon père était aussi un ancien combattant…

Les Allemands franchissent la ligne de chemin de fer et, debout, tout en tirant, hurlaient comme des lions. On nous a appris après qu’ils nous demandaient de nous rendre. A chaque coup de fusil que je tire, ils répondent par une rafale de mitraillette. Nous sommes obligés de sauter dans le fossé longeant le chemin, parce qu’ils nous prennent en enfilade. J’ai de l’eau boueuse presque jusqu’aux genoux ; je vois les balles, c’est-à-dire leurs impacts qui font jaillir la terre à un mètre de moi. Ensuite, ils sautent dans la prairie.

La mitrailleuse, qui n’a plus que trois pieds, j’ignore dans quelles circonstances elle avait perdu le dernier, n’a pas tiré. Les servants ont été blessés de même que le sergent qui la commandait. Je n’ai rien vu de la scène avant que celui-ci ne soit étendu dans le fossé. Grâce à Dieu, il a dû se rétablir étant donné que son nom n’a pas été repris dans la liste des tués du Bn.Moto. J’ai remarqué que le caporal avait pris sa place.

Sous le nombre, nous avons dû nous rendre. Ils nous ont fait sortir du fossé puis nous ont alignés, j’ai cru qu’ils allaient nous fusiller. Ils ont brisé nos fusils puis, à coups de pied, nous ont font avancer.    Déjà, les sanitaires pansaient les blessés allemands.

Lorsque nous passions près d’un cadavre, ils nous injuriaient et nous menaçaient. Un gradé nous a demandé pourquoi nous nous battions : « Vous êtes wallons ? Nous savions où le front n’était pas fort défendu ! »    Ils nous ont rassemblés dans la cour d’une ferme. Nous ne pouvions communiquer entre nous. J’y ai revu Louis Bresmal auquel j’ai dit : « Tu es déjà là ! »

La Petite Gazette du 25 août 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

    Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord du pays, prisonnier des Allemands : « Ils nous ont rassemblés dans une cour de ferme, entourée de barbelés. Je vois, à quelque distance, des soldats allemands qui déchargent du pain d’un camion. A tout hasard, je m’avance jusqu’aux barbelés et dis au soldat le plus proche : « Geben brot, brot ! ». Il est allé me chercher un pain de l’armée. Il était dur mais, malgré tout, il a été vite mangé. Je me suis dit qu’il y avait quand même de bons soldats chez eux…

Pour la nuit, ils nous ont fait monter au fenil. Là, j’ai revu beaucoup de mes camarades. Des blessés aussi , parmi eux, le petit Volvert, mais la plupart étaient restés dans la grange. Pendant la nuit, j’ai entendu Volvert gémir et crier « water, wasser », il provenait de la frontière allemande et était engagé volontaire. Il n’avait que 18 ans : c’est un des plus jeunes Chasseurs Ardennais morts pour la patrie. Il n’était pas possible de lui porter secours, nous ne pouvions même pas nous parler… Le matin, lorsque nous sommes partis, je l’ai vu… mort !

J’ai noté dans mon petit agenda, à la date du 2 juin : « Départ de Hasselt, vers 14h., pour Maastricht, nuit passée sur les bords du canal Albert – Attaque de l’aviation alliée. »

   J’ignore l’heure et le nombre d’avions canadiens – on distinguait très bien la feuille d’érable dessinée sur la carlingue et les ailes. Après différentes étapes pédestres, la colonne de prisonniers était arrivée à Vroenoven, où le fameux pont sur le canal Albert était tombé intact entre les mains allemandes, par surprise et trahison.

Les sentinelles nous avaient ordonné de nous coucher sur le pont pour y passer la nuit, quand, tout à coup, des avions canadiens nous ont mitraillés. Ça a été le sauve-qui-peut général, surtout chez les Allemands. J’en ris encore ! Je n’ai pas eu connaissance de mort ou de blessé parmi nous. Sans doute tiraient-ils mal ! »

La Petite Gazette du 1er septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot

Pirlot 2

 

 

 

 

 

 

Pirlot 3

Pirlot 4

« Aucun prisonnier n’a reçu pareille demande… L’action se passe en février 1945, ce jour-là, j’étais seul avec une petite servante de 17 ans qui avait l’air bien malheureuse le fermier, sa femme, le fils et la fiancée d’un autre fils tombé à Stalingrad (le 11.11.1942) étaient invités à une cérémonie d’hommage organisée par les nazis. J’ignore dans quelle localité. Deux autres fils de la ferme ont été tués en Russie et un quatrième était à l’armée.

Je suppose que l’autre servante et le Russe avaient bénéficié d’un jour de congé. Le travail de Frieda consistait à confectionner de petits fagots avec les branchettes des arbres que l’on avait ramenés entiers dans la cour, par temps de neige. Moi, je fendais des bûches.

A 10h., comme d’habitude, je vais manger un bout, c’était un quart d’heure de perdu. Je demande si elle ne vient pas, elle me répond par la négative, mais quitte son travail et va dans sa chambre. Après avoir pris mon temps et bien mastiqué ma tartine, je retourne à mon travail. Frieda fait de même, mais vient me trouver et, me tendant sa petite hachette, me demande de lui couper le doigt… parce qu’elle ne voulait plus travailler à la ferme. Sous le régime nazi, on ne quitte pas son emploi sans motif sérieux, que cela vous plaise ou pas.

Cet incident me tracassait, j’avais peur qu’elle ne dise : « C’est le Belge qui l’a sectionné » Qui aurait-on cru ? Toucher à l’intégrité physique d’une jeune Allemande était punissable soit de la peine de mort soit d’un long séjour à Rawa-Ruschka. Il était strictement défendu d’adresser la parole à une femme allemande.

Dès que j’ai entendu le pas des chevaux, j’ai couru vers le landau et le fermier m’a demandé « Où est Frieda ? » Je ne l’ai plus revue… »

La Petite Gazette du 8 septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot et partageons avec lui quelques frayeurs :

Pirlot 5

Nous étions au début de mars 1945, il faisait encore bien froid. Après avoir dîné, je vois dans la cour (c’était une ferme bâtie en carré, avec une grande cour au centre) trois ou quatre Russes, prisonniers de guerre, sur le fumier situé face à la porte de l’étable. Ils ramassaient des épluchures de pommes de terre jetées par l’une des servantes.

Je regarde vers la grande grange et vois d’autres Russes, ainsi qu’à l’intérieur… Quand étaient-ils arrivés ? Ils étaient plus d’une centaine. Pauvres malheureux ! J’aurais pu prendre un pain ou tout au moins trois ou quatre tranches pour leur donner, c’était beaucoup trop peu pour les rassasier. Je pense aux choux raves dans la cave… En les coupant pour les vaches, j’en mangeais quelques tranches, à vrai dire ce n’était pas mauvais ; en plus, je me disais que crus ils contenaient des vitamines.

Pirlot 6    Je décide que, le lendemain, j’avalerai vite mon dîner, m’emparerai d’une manne et irai dans la cave dont l’entrée est située sur le côté de la cour-cave creusée dans les roches de sable. Après avoir rempli la manne le plus possible et parce que je ne connais pas le russe, je fais signe avec les mains à quelques prisonniers près de la grange. Mais c’est au moins une vingtaine de Russes qui accourent, me bousculant, criant et me faisant tomber. Voilà les choux qui roulent partout, puis, subitement, les Russes lâchent prise, je parviens à me relever et que vois-je ? Un soldat allemand, un fefdwébel, pistolet au poing qui se lance sur moi en criant : « Sie wissen was das Wort, Russe bedeubet ! » D’où sortait-il cet animal ? J’avais eu chaud, bien qu’il fasse froid, et très peur.

Le lendemain, à midi, les malheureux étaient partis, où ? Quand j’ai eu dîné, je vais, comme d’habitude, dans la grange chercher de la paille hachée. Je pose la manne par terre et veux la remplir en poussant la paille avec les mains. Tout d’un coup, je saisis, avec les mains, un soulier avec un pied, puis une jambe, alors là, quelle frayeur à nouveau ! Je ne m’attendais pas à une pareille découverte. J’ai averti le fermier, on a retrouvé cinq ou six morts, on les a enterrés derrière la ferme. »

Pirlot 7

La Petite Gazette du 15 septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, poursuivons la découverte de l’environnement  que le prisonnier Pirlot connut jusqu’à sa libération.

Pirlot 8

« Le 8 mai 1945, la sentinelle, très tôt le matin, nous avertit que nous sommes libres et que nous pourrons partir après avoir dîné. Quelle joie ! Quelle joie ! J’en fais part en rentrant.

La fermière et une servante préparaient la pâte pour le pain. A la ferme se trouvait une femme, évacuée avec deux jeunes filles. Je ne sais d’où elles venaient, mais elles ne m’adressaient jamais la parole. C’étaient de pures nazies, sales bêtes !    Voilà que la mère dit : « Ce n’est pas parce que Hitler a perdu la guerre que je ne serai plus nazie ! » Crève avec ton Hitler, ai-je pensé, mais personne n’a répondu.

Pirlot 9

Dans un village où à chaque maison pendait un morceau d’étoffe blanche en signe de reddition, un gros monsieur nous déclare pouvoir nous reconduire en Belgique avec son camion, des vivres et du carburant (gazogène). Dans la benne se trouve des caisses, on nous défendit de les ouvrir, tant pis. Ce qui comptait pour nous, c’était le retour. Nous nous installons sur le camion avec les pieds pendant au dehors de la benne. Le gros Allemand avait un chauffeur, il faisait bon, celui-ci conduisait torse nu. Nous arrivons à Karlsbad, nous y rencontrons les premiers Américains. Ils voient un civil avec nous, font arrêter le camion, s’emparent du gros malgré ses protestations puis nous laissent passer ; sans doute prenaient-ils le chauffeur pour un prisonnier. »

Pirlot 10

Après d’étonnantes aventures qui émaillèrent ce voyage de retour, après avoir été menacé un Russe tout à fait saoul grâce à une bouteille de whisky américain d’une contenance de 3 litres, après avoir vu apparaître une étonnante blonde engagée de force dans la Wehrmacht, le groupe de prisonniers belges dont faisait partie Léon Pirlot fut pris en charge par les Américains qui les ramenèrent. Quelle épopée, malheureusement vécue par tant d’autres jeunes gens qui avaient la malchance d’avoir 20 ans en 1940.

Merci à Monsieur Léon Pirlot d’avoir pu vous la faire revivre, afin que cette époque ne sombre pas dans l’oubli faute de témoins…

 

Paru ce 19 juillet 2016 dans la Lettre d’information du Diocèse de Namur

René Henry raconte les chapelles de nos régions…

Qui n’est jamais tombé sous le charme d’une petite chapelle perdue au milieu de nulle part? Une chapelle, c’est bien souvent l’endroit d’une communion intime entre soi et le divin. Mais c’est aussi le témoin de la piété de nos aïeux, le reflet de l’histoire d’un village ou d’une région. Dans son dernier ouvrage, René Henry nous emmène précisément à la découverte de  »Nos chapelles »…
À 58 ans, René Henry est enseignant. Il donne des cours de spécialisation en grammaire et en orthographe à de futurs logopèdes. C’est aussi un vrai passionné d’histoire, celle d’Aywaille – sa commune – et plus largement celle du Condroz, de Famenne, d’Ourthe-Amblève et d’Ardenne Septentrionale. Il tient d’ailleurs à ce sujet, depuis 20 ans, une chronique dans les éditions Vlan de ces régions:  »La petite gazette de l’anecdote et de l’insolite ». Il y parle métiers, outils, folklore…
Que ce soit au sein du mouvement d’éducation permanente qu’il anime ou à travers les visites qu’il propose lors des Journées du Patrimoine, son objectif est toujours le même: mettre en avant les patrimoines de nos régions.  »Nous vivons dans un environnement extraordinaire, riche en histoire et en traditions… », souligne-t-il.  »Et pourtant combien sommes-nous à le savoir? Chaque fois que je fais visiter telle église ou telle petite place de village, les paroissiens ou les habitants me disent avoir appris des choses… Ce que j’aime, c’est sensibiliser les gens à leur histoire, à partir des petites choses de leur quotidien. »

Les chapelles et l’histoire
Au cours des siècles, les croyances ont joué un rôle crucial dans le développement de nos régions. Quand, dans un précédent ouvrage, René Henry s’est penché sur les pratiques de la médecine populaire, il a bien évidemment fait allusion au culte des saints ou aux pèlerinages entrepris afin d’obtenir telle ou telle guérison.
Les innombrables chapelles de nos provinces sont là pour nous rappeler, elles aussi, l’influence prépondérante de l’Eglise dans le quotidien des populations rurales.  »Ces oratoires se sont parfois dressés très tôt auprès de sources ou de fontaines faisant l’objet de vieilles vénérations. D’autres sont apparus progressivement. Charlemagne a joué un rôle important dans le développement des chapelles, de même que les grands monastères ardennais… », explique encore René Henry.
Un sujet inépuisable que ce passionné d’histoire a choisi pour son onzième livre. Un ouvrage de 180 pages, intitulé tout naturellement  »Nos chapelles » et qui se décline en 25 chapitres. Chaque partie traite d’un thème particulier. Les chapelles dédiées à un même saint – Roch, Martin, Donat, Remacle… – sont regroupées dans un même chapitre. De même que celles construites durant la Seconde Guerre mondiale. Un autre chapitre nous éclaire encore sur ces chapelles minuscules, élevées par des familles en remerciement d’une grâce. De nombreuses autres thématiques sont abordées.

Des témoins de la piété de nos ancêtres
Dans notre diocèse, l’auteur nous emmène à la découverte des chapelles de Hamois, Erezée, Marcourt, Manhay, Nassogne, Lavacherie… Il en dresse l’historique, raconte les rites du village, parle architecture, explique pourquoi un saint est plus  »en état de grâce » à tel ou tel endroit…
Parmi les chapelles les plus insolites de nos provinces, celle de Bomal, dans le doyenné de Barvaux-sur-Ourthe. Une chapelle consacrée à saint Rahy.  »Il s’agit d’un saint imaginaire », explique René Henry.  »Un saint fictif qui a pourtant attiré la toute grande foule. D’où l’apparition d’une foire à proximité de l’oratoire et une rentrée d’argent pour le propriétaire de l’endroit. Les curés du lieu ont joué le jeu entre les 11ème et 17ème siècles. » Les chapelles des régions d’Hamois ou d’Erezée sont remarquables, elles aussi, de par leur grand nombre.  »Les fidèles de la région en ont eu assez des trop grandes distances pour satisfaire à leurs obligations religieuses. Ils ont réclamé des conditions plus favorables et donc des chapelles de proximité. Ce qui explique leur grosse concentration à certains endroits. »
On l’a compris, c’est la grande et la petite histoire qui se racontent au fil des 180 pages de ce livre. Un livre illustré de nombreuses cartes postales anciennes que René Henry collectionne par ailleurs et dont il apprécie le charme désuet.

Alain Savatte

Vous pouvez réclamer ce livre à votre libraire en précisant qu’il est édité par la maison liégeoise Dricot ou le commander par un versement de 20 € (frais de port compris) sur le compte n° BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille. Vous recevrez alors votre livre dans les délais les plus brefs.
Si vous souhaitez inviter René Henry, dans votre paroisse ou votre doyenné, pour une conférence sur le sujet de cet ouvrage, n’hésitez pas à le contacter: henry-rene@hotmail.com. Retrouvez également l’auteur dans sa petite gazette sur le web: www.lapetitegazette.net.

Les bornes anti-chars de la position Fortifiée de Liège

La Petite Gazette du 15 juin 2011

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE CES BORNES ?

Monsieur Jean-Pierre Beaufays est toujours très prompt à répondre à vos questions relatives aux véhicules anciens que ce soient des motos ou des automobiles. Aujourd’hui, c’est d’une question qu’il est porteur. J’espère que vous aurez à cœur de l’aider dans sa recherche et vous en remercie en son nom.

« Dans le cadre de la rubrique « objets insolites du passé », je me permets d’interroger les lecteurs sur la nature et l’usage de ces bornes dont il reste quelques exemplaires le long de nos routes.

Borne01

 

 

 

 

 

Celles-ci ont été photographiées à Jupille mais il y en a également à Streupas et je pense en avoir déjà vu également dans la vallée de l’Ourthe.

Borne02

 

 

Elles sont en fonte et toujours au nombre de deux distantes d’environ 2 mètres; leur hauteur étant d’à peu près 80 centimètres. La partie supérieure qui fut probablement mobile est percée de part en part d’un trou permettant d’y introduire un levier destiné à la faire tourner. Elles sont en général adossées à une colline, en bordure de route, à proximité d’un cours d’eau et d’une voie ferrée et, parfois, non loin d’anciens ouvrages militaires.

Ceci m’amène donc à me demander si elles sont d’origine routière, ferroviaire, fluviale ou même militaire. Je ne doute pas qu’un des lecteurs fournira, comme d’habitude,  une description détaillée de leur usage et, d’ores et déjà, l’en remercie. »

La Petite Gazette du 29 juin 2011

VOUS CONNAISSEZ, EVIDEMMENT, CES BORNES

Suite à la question posée par Monsieur Jean-Pierre Beaufays à propos des étranges bornes qu’il a remarquées à Jupille, Monsieur Jean Hourman et M. le Dr Paul Maquet, d’Aywaille, se sont très rapidement manifestés pour m’expliquer qu’il s’agissait de défense antichars supportant des câbles et complétées par d’imposantes barrières sur rouleau (barrières Cointet du nom du général qui les imagina). Ils m’ont situé pareilles bornes à Trooz, à Wandre, à Moulin sous-Fléron, Streupas…

A son tour, Monsieur Eric Simon, de Liège, nous fait parvenir de précieuses informations : « Il s’agit de bornes à câbles, matériel militaire largement utilisé dans la fortification des positions fortifiées et spécialement dans la défense de la Position fortifiée de Liège. Ces bornes ont été installées entre 1933 et 1934, généralement à proximité d’abris anti-irruption (IR) qui sont des bunkers équipés au minimum d’un canon antichar, d’une mitrailleuse et d’un projecteur.

2 Bornes ..

 

 

 

 

 

Le rôle de ces bornes est double: 1. empêcher si possible une irruption soudaine d’engins motorisés, 2. ralentir suffisamment cette irruption pour donner le temps au personnel de l’abri d’entre en action avec ses armes.

Un barrage de câble est normalement assuré par un groupe de quatre bornes installées deux par deux de chaque côté de la route à défendre. Les câbles sont tendus légèrement en oblique, ainsi que le montre la reconstitution ci-dessous.

1 Barrage..

Ces barrages de câbles sont installés devant chaque abri IR, du côté ennemi, respectivement à 25 m et à 100 m de l’abri. Ultérieurement, l’Etat-major belge décidera de renforcer la défense des abris IR et cela de trois manières possibles:

– soit en ajoutant une barrière antichar (barrière Cointet) entre l’abri et le premier barrage de câbles et dans ce cas deux bornes Cointet supplémentaires sont nécessaires;

– soit en remplaçant un câble par une barrière antichar et dans ce cas deux bornes à câble sont modifiées en bornes Cointet par l’adjonction de corselets d’acier soudés autour des bornes;

– soit en transformant une seule borne à câble en borne Cointet et en construisant une seule nouvelle borne Cointet juste à l’opposé.

3 Borne Cointet

 

 

 

 

 

 

 

Borne Cointet classique »

 

4+Borne+à..

 

 

 

 

 

 

Borne à câble transformée en borne Cointet 

 

On trouve encore aujourd’hui des bornes à câbles un peu partout en Province de Liège, notamment à Jupille, Embourg, Renory-Kinkempois, le long de l’Ourthe près de Colonster, le long de la Vesdre à Chaudfontaine, etc. »

Mon correspondant précise que les explications et illustrations qu’il nous apporte sont en grande partie tirées du livre de ses amis Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006.

La Petite Gazette du 6 juillet 2011

CES BORNES NE SONT PLUS DU TOUT MYSTERIEUSES

Vous avez vraiment été très nombreux à répondre à la question de Monsieur Jean-Pierre Beaufays au sujet de ces bornes qu’il est encore possible d’apercevoir çà et là dans nos contrées et, en son nom, je tenais à vous remercier très chaleureusement pour toutes les précisions apportées.

Ainsi Monsieur Frédéric Winkin, du Musée 40-45 Memories à Aywaille nous dit que « Ce sont des bornes « antichar », des obstacles militaires placés par deux et toujours décalées. Des câbles en acier reliaient les bornes d’un côte à l’autre de la route en oblique. De ce fait, les véhicules glissaient et ne pouvaient les franchir. »

Monsieur Arthur Gilles, de Beaufays, confirme : Il s’agit de bornes destinées à  recevoir des chaînes pour empêcher le passage de troupes militaires. En général elles se situent auprès  d’un fortin. A l’entrée de Chaudfontaine (lieu dit Fond des Cris) rive droite de la Vesdre, deux bornes sont toujours en place, à 40 mètres du fortin, sur l’autre côté de la route. Les deux autres ont sans doute été enlevées pour des raisons d’urbanisme.

Monsieur Joseph Delporte croit savoir que «  les bornes que l’on trouve à Streupas (et qui ne sont plus que deux actuellement) étaient au nombre de quatre (deux de chaque côté de la route). Situées à proximité du fortin, elles étaient reliées entre elles de manière à barrer la route au moyen de solides câbles d’acier. Il s’agissait d’un dispositif de défense de l’armée destiné à entraver la circulation des véhicules « ennemis » !

Monsieur Alex Docquier, de Comblain-Fairon,  nous communique les renseignements transmis par mon grand-père qui habitait Chênée. « Ces bornes étaient placées symétriquement de chaque côte de la chaussée. Elles servaient de support à de lourdes chaines qui étaient tendues en travers de la voirie afin d’entraver la circulation des véhicules militaires. Ce dispositif était amovible. Ce dispositif a été placé durant la guerre 1940-45 mais j’ignore quelle armée a inventé ce système de défense. (N.D.L.R. L’article de la semaine dernière a répondu en partie à cette question)

Monsieur Jean Collin, de Tavier, complète nos informations : « Ces bornes furent placées autour de la place forte de Liège en 1938- 1939 et, entre autres, autour du fort de Boncelles, elles servaient a attacher entres elles les barrières antichars érigées sur les routes principales. De telles barrières existaient sur la route dite de la Vecquée à Seraing.

Les Allemands arrivés en voiture venant de Plainevaux cisaillèrent les câbles reliant ces barrières  et les firent glisser sur leurs rouleaux, pour se rendre ensuite à l’Administration Communale de Seraing.

Ce modèle de Barrière  antichar étaient d’origine française et équipaient les intervalles de la célèbre « Ligne Maginot ». »

Monsieur René Lieutenant conseille la consultation du site internet http://www.clham.org/050501.htm qui donne explications et photos relatives à ces bornes.

Monsieur Christian Delhez est né à Vaux-Sous-Chêvremont, il m’explique avoir grandi et joué avec ses amis dans les forts de Chaudfontaine et d’Embourg. Il a ainsi eu l’occasion de parler avec des défenseurs de ces forts.

« Ces ouvrages d’arts étaient ceinturés de bunkers et casemates construits à des endroits stratégiques sur les voies d’accès potentielles de l’ennemi (encaissements, rétrécissements de routes etc.). Ces fameux plots étaient placés de part et d’autre de la route près de bunkers occupés par nos troupes, entre ces plots (en cas d’attaque imminente) étaient tendus des câbles d’acier ensuite recouverts de filets de camouflage. Cet ensemble était prévu pour ralentir voire stopper la progression des véhicules ennemis. Si vous neutralisez le véhicule de tête d’une colonne dans un goulot, le reste de cette colonne devient vite très vulnérable… Rem: les filets de camouflage empêchaient les tirs directs et précis sur cette défense rapprochée. »

Monsieur Jean-Louis Hennebert, de Lincé-Sprimont, a habité à Chênée où ces bornes lui ont été présentées comme étant « des supports pour des barrières à monter en travers des routes pour empêcher le cheminement de véhicules pendant la guerre et notamment les chars.

Sauf erreur de ma part, ajoute-t-il, il y en avait rue Bêchuron à Chênée et sur la route de la vallée de la Vesdre entre Vaux et Chaudfontaine. »

Monsieur Francis Leprince, de Boncelles, nous apporte lui aussi sa précieuse contribution : « Ces bornes, d’usage militaire, étaient destinées à créer un obstacle à la progression du charroi ennemi. On devait tendre un câble métallique entre une borne et une autre placée de l’autre côté de la route, le câble étant en général en oblique par rapport à la route.

Ces câbles devaient être placés par paires, donc quatre bornes, deux de chaque côté de la route. Il était essentiel de choisir un emplacement où l’obstacle ne pouvait être contourné. Pas question donc de faire tourner ces bornes!

Je pense, mais sans certitude aucune, que ces bornes ont été installées dans la fin des années ’30, lorsque la Belgique adopta sa politique de neutralité.

Je me souviens avoir vu après la guerre, enfant, de telles bornes devant la maison de mes grand-tantes, rue de la Station à Chênée, et m’en être fait expliquer l’usage par mon père, officier de carrière. »

Monsieur Jean Poumay, de Tilff, indique qu’ « il s’agit de bornes à câble, vestiges de construction militaire des années 1930, des câbles passaient de part et d’autre de la route, bloqués dans les trous de ces bornes pour empêcher des véhicules ennemis de passer, ce barrage était sous le feu d’abris bétonnés armés de mitrailleuses ou de canon antichar. Elles ne tournaient pas. »

Merci également à Monsieur J-M Stassart que m’a communiqué les références des remarquables ouvrages d’Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006. Ouvrages toujours disponibles et particulièrement complets sur le sujet. D’autres communications encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 13 juillet 2011

CES BORNES VOUS ONT INSPIRES…

Vous avez été très nombreux à répondre à l’appel que vous lançait Monsieur Jean-Pierre Beaufays et chaque réponse apporte des éléments très importants pour expliquer la présence de long de nos routes de ces vestiges à l’origine militaire. Merci à vous tous.

Madame Georgette Hubert, d’Esneux, se souvient que ces bornes ont fait leur apparition un peu partout peu avant la guerre, vers 1938 ou 1939. « Il y en avait notamment au coin de la rue Sart-Tilman, à Rénory (Ougrée) où résidaient mes grands-parents. Toujours par deux, elles se situaient des deux côtés de la route, elles devaient servir à bloquer la route en cas d’invasion. Si je me souviens bien, on les appelait « barrières anti-tanks ». Elles n’ont malheureusement pas servi, l’avancée des troupes allemandes ayant été fulgurante. Elles se trouvaient, en général, près des carrefours, des chemins de fer, des ponts et des forts, celui de Boncelles en particulier. »

Monsieur W. Etienne, de Sprimont, confirme : « d’après un ancien, je suis né en 40, ces bornes étaient placées de chaque côté de la route et, toujours, très près d’un gros fortin. Ces bornes, percées d’un trou, étaient décalées de plusieurs mètres et de gros câbles les reliaient. Les véhicules ennemis, lorsqu’ils touchaient à une certaine vitesse ces câbles, étaient projetés latéralement face au canon du fortin qui avait beaucoup plus de chances de les détruire. »

Monsieur Daniel Redoté, de Comblain-au-Pont, partage ses connaissances : « Dans le n° 25 du journal « les Annonces Ourthe-Amblève » daté du 22/06/2011, un des lecteurs s’interrogeait, dans la rubrique « objets insolites du passé », sur la présence et l’usage de bornes en béton le long de la voirie à Jupille et à Streupas. Et bien, l’explication est la suivante : ces bornes étaient en fait destinées à être reliées entre elles par des câbles tendus au travers de la chaussée afin de constituer des obstacles entravant la progression d’engins motorisés. Ces bornes étaient généralement disposées à proximité d’une casemate qui faisait elle-même partie d’un ensemble fortifié plus important, surnommé par ailleurs « PFL 3 » ou  « Position fortifiée de Liège 3 » en ce qui concerne les deux localités mentionnées précédemment. On peut d’ailleurs encore de nos jours apercevoir nombre de ces abris dans nos paysages. »

UNE LIGNE VICINALE QUI N’A JAMAIS EXISTE!

La Petite Gazette du 4 mai 2011

LA LIGNE VICINALE QUI N’A PAS EXISTE … ENTRE CHENEE ET SPRIMONT

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, me communique une très intéressante étude sur une ligne vicinale qui n’a pas vu le jour et qui devait relier Chênée à Sprimont.

«Rappelons, m’écrit-il, que la Société Nationale des Chemins de fer Vicinaux (S.N.C.V.) a été fondée en 1885 et que sa mission était de désenclaver certaines contrées non encore desservies par le « grand » chemin de fer (qui deviendra la S.N.C.B. en 1926). En province de Liège, la première exploitation concerne une liaison de 9 kilomètres entre Poulseur et Damré Sprimont.

Bien que la plupart des voies vicinales étaient établies à écartement métrique, on préféra pour cette ligne l’écartement normal (1,435 mètre) des grands réseaux. Ce choix fut dicté par la possibilité de transporter les produits pondéreux provenant des carrières, sans devoir procéder à un coûteux transbordement en gare de Poulseur.

La ligne fut ouverte au trafic des marchandises en décembre 1887, en traction vapeur. Elle fut ultérieurement prolongée vers Trooz via Louveigné. Dès 1888, à l’instigation de la commune de Beaufays, la S.N.C.V. établit un projet d’une ligne à voie métrique reliant Chênée à Sprimont, là aussi en faisant usage du seul mode de traction de l’époque : la vapeur.

Le 30 novembre de cette même année, les vicinaux obtiennent du Gouvernement la prise en considération du projet, permettant la poursuite des études. Un tracé est arrêté. Il doit débuter au pont sur la Vesdre à Chênée, traverser le quartier de la station, puis la ligne devait s’élever en rampe douce vers Embourg. Le tracé se serait développé en contrebas de la grand-route pour aboutir à hauteur de l’actuel collège du Sartay, où une boucle aurait ramené la ligne vers le centre de la localité afin de longer la route nationale en direction du fort d’Embourg.

Après avoir contourné celui-ci par l’est, c’est à travers les prairies situées dans le bas de l’actuel quartier des Grands Champs que la ligne se serait progressivement hissée sur le plateau, pour rejoindre la route principale, en face des nouveaux bâtiments de la zone de police récemment inaugurés. La ligne aurait alors traversé Beaufays en suivant les voiries, puis à hauteur de l’autoroute, l’itinéraire se serait incurvé vers l’Ouest afin de desservir, aussi près que possible, le centre du village de Dolembreux. La grand-route aurait été rejointe au carrefour de la Heid des Chênes et suivie sur environ un kilomètre et demi. Afin d’éviter la pente trop raide du Thier du Hornay, le tracé aurait bifurqué pour gagner Noidré et s’établir sur le coteau surplombant le vallon du Tultay. Par une ultime boucle, la ligne aurait rejoint, à hauteur de Damré, celle venant de Poulseur, déjà en exploitation. »

Nous retrouverons, la semaine prochaine, cette remarquable présentation de cette ligne vicinale qui n’a pas vu le jour…

Cependant, grâce à une précieuse information de M. Prégaldien, je puis vous préciser que les fameuses publications du G.T.F. que nous avons évoquées dernièrement dans les colonnes de La Petite Gazette et entièrement consacrées aux « Tramways du Pays de Liège » sont toujours disponibles au Musée des Transports, rue Richard Heintz à Liège. Pour les passionnés du sujet, ces ouvrages sont absolument incontournables pour leur précision et la richesse de leurs illustrations.

La Petite Gazette du 11 mai 2011

LA LIGNE VICINALE QUI N’A PAS EXISTE … ENTRE CHENEE ET SPRIMONT

Retrouvons la passionnante étude que Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, a consacrée à cette ligne vicinale qui n’a pas vu le jour et qui devait relier Chênée à Sprimont.

“Les conseils communaux de Gomzé-Andoumont et de Sprimont n’ayant pas pris de décision favorable, le dossier est resté bloqué durant plusieurs années.

En 1905, un autre projet voit le jour. Il émane de M. A. Jamme, de Liège, qui propose un tramway électrique d’un développement de 28 Km prenant son départ à Liège (Longdoz) pour rallier Aywaille via Sprimont. La S.N.C.V. s’insurge contre ce dessein qui, finalement, ne donnera lieu à aucune concrétisation.

En 1908, la S.N.C.V. revoit sa copie et propose, cette fois, la réalisation d’une ligne à voie normale et à traction électrique. Elle rédige un mémoire descriptif et estime le capital nécessaire à 1.660.000 francs.

Le choix de la voie normale était dicté par la possibilité de jonction à Sprimont avec la ligne Poulseur-Sprimont-Trooz et, à Chênée, avec le tramway de la société Est-Ouest (E.O) relaiant Chênée (Grands Prés) à la Place St-Lambert par le centre de Grivegnée, la Bonne Femme et le quartier d’Outremeuse.

Une convention est même établie entre ma S.N.C.V. et l’E.O. de telle façon que les convois en provenance de Sprimont puissent emprunter, à partir de Chênée, les voies de cette dernière société, moyennant compensation financière, afin de rejoindre le centre ville.”

La Petite Gazette du 18 mai 2011

LA LIGNE VICINALE QUI N’A PAS EXISTE … ENTRE CHENEE ET SPRIMONT

« Ce projet fit l’objet d’une prise en considération définitive le 9 juin 1908 mais, ensuite, se heurte de nouveau à la réticence de certaines communes traversées. Chênée voudrait être tête de ligne et, tout comme Embourg, elle réclame l’organisation d’un trafic marchandise. La S.N.C.V. estime que, dans ce cas, les installations électriques devraient être renforcées et cela pour un faible rendement à espérer. Le projet est de nouveau à l’arrêt. »

tram

 

 

 

 

Monsieur Prégaldien, qui a mené ses fructueuses recherches dans les archives provinciales, sait combien vous appréciez les articles illustrés aussi vous propose-t-il de découvrir cett photographie, prise devant le dépôt vicinal de Poulseur, montrant une locomotive à vapeur à voie normale ayant desservi la ligne de Sprimont. Il précise utilement que, si le projet de 1908 avait été réalisé, on aurait peut-être pu apercevoir ce type d’engin en service marchandise entre Chênée et Sprimont.

« C’est alors qu’éclate la première Guerre Mondiale, poursuit mon correspondant.

Après les années d’occupation, le réseau de la S.N.C.V. se trouvait très délabré et la société s’occupa, en priorité, de le restaurer. Elle ne pouvait plus, à ce moment se soucier de construire de nouvelles relations.

Dans l’entrefaite, une initiative privée due à Monsieur Robert Huyttens de Terbecq permit de créer un service de transport de voyageurs et de petites messageries par autobus entre Liège et Sprimont.C’est ainsi que naquit, le 6 septembre 1919, la « Compagnie Liégeoise d’Autobus » dont le siège se trouvait rue de Fragnée à Liège.

Il faut signaler que Monsieur Huyttens de Terbecq avait été échevin de la commune d’Embourg entre 1912 et 1914 et que, à ce titre, il avait été impliqué dans le projet d’établissement du vicinal Chênée – Sprimont, en participant à plusieurs réunions préparatoires.

Par arrêté royal du 26 novembre 1921, la compagnie obtient la concession de la ligne d’autobus pour une durée de 20 ans. Il s’agit d’une des toutes premières exploitations par autobus en province de Liège.

Le 14 juin 1922, la société anonyme « Compagnie des Autobus liégeois », que nous connaissons encore de nos jours, se substitue à la société coopérative précédente en reprenant ses activités.

Le 5 novembre 1928, une réunion entre des représentants de la S.N.C.V. et des différentes communes se tient au palais provincial afin de relancer le projet. On y débat de l’opportunité de réaliser une ligne vicinale de 22 Km entre Chênée-Sprimont et Remouchamps, pour un capital estimé à 18 millions de francs ou de créer un service d’autobus sur le même parcours pour un capital de 700.000 francs. Trois communes donnent une préférence marquée au tram électrique, les autres se rallient à l’idée d’un service d’autobus. Au vu des chiffres précédents, la différence d’investissement plaide pour l’autobus et la S.N.C.V. rédige un mémoire descriptif en ce sens, en février 1929.

C’est ainsi qu’après 40 ans d’atermoiements, le projet de voie ferrée est définitivement enterré. En mars 1929, les autobus Liégeois introduisent une demande en vue de prolonger leur ligne Liège-Sprimont jusqu’à Remouchamps. Le service débute peu après avec l’assentiment des communes traversées. L’autorisation officielle sera accordée par l’A.R. du 20 janvier 1931.

Comme la ligne d’autobus envisagée par la S.N.C.V. double totalement celle déjà desservie par la compagnie des Autobus Liégeois, le projet ne peut être pris en considération par le Ministère des Transports et la liaison Liège-Remouchamps restera l’apanage de cette dernière société, à titre de ligne privée jusqu’au 3 février 1949 puis en tant que fermier de la S.N.C.V. mais arrêtons-nous là car la suite relève davantage de l’historique des autobus liégeois. »

Monsieur Félix Brahy, d’Embourg, vététiste passionné s’interroge et, dans la foulée, vous interroge : « C’est très intéressant cette page d’histoire pour les passionnés que nous sommes ; cependant sauf documents d’époque, et tout le respect pour votre correspondant M Prégaldien : le tracé décrit ne serait pas faisable après +/- Sauheid  vers le Sartay, la déclivité du ruisseau (- la Lèche) est trop importante pour les moyens de l’époque. Ce serait l’actuelle très fréquentée rue Pierre Henvard,  et ligne d’autobus N°30 ; jadis desservie par un trolleybus, car seule le moteur électrique pouvait gravir de telles côtes [vers Cointe, vers Burenville ou le Thier-à-Liège. Mais où je veux en venir, et avec mon VTT sur le terrain : démarrons au pied du Rocher du Bout du Monde, admirons  la frayère,  suivez le chemin communal , dépassez un pavillon d’été : le sentier en pente douce, devenu propriété privée,  présente une assise parfaite avec courbes et contre-courbe sur 1.300 m environ, pour aboutir à hauteur « du Tank » , au pied du fort d’Embourg… et contourner celui-ci par l’ouest en amont de la ferme de l’Angle et les Sept Collines.

Question : pour  qui et à quoi servaient ces courbes ? Cela aurait-il pu être le tracé du tram vicinal à vapeur ?