Les bornes anti-chars de la position Fortifiée de Liège

La Petite Gazette du 15 juin 2011

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE CES BORNES ?

Monsieur Jean-Pierre Beaufays est toujours très prompt à répondre à vos questions relatives aux véhicules anciens que ce soient des motos ou des automobiles. Aujourd’hui, c’est d’une question qu’il est porteur. J’espère que vous aurez à cœur de l’aider dans sa recherche et vous en remercie en son nom.

« Dans le cadre de la rubrique « objets insolites du passé », je me permets d’interroger les lecteurs sur la nature et l’usage de ces bornes dont il reste quelques exemplaires le long de nos routes.

Borne01

 

 

 

 

 

Celles-ci ont été photographiées à Jupille mais il y en a également à Streupas et je pense en avoir déjà vu également dans la vallée de l’Ourthe.

Borne02

 

 

Elles sont en fonte et toujours au nombre de deux distantes d’environ 2 mètres; leur hauteur étant d’à peu près 80 centimètres. La partie supérieure qui fut probablement mobile est percée de part en part d’un trou permettant d’y introduire un levier destiné à la faire tourner. Elles sont en général adossées à une colline, en bordure de route, à proximité d’un cours d’eau et d’une voie ferrée et, parfois, non loin d’anciens ouvrages militaires.

Ceci m’amène donc à me demander si elles sont d’origine routière, ferroviaire, fluviale ou même militaire. Je ne doute pas qu’un des lecteurs fournira, comme d’habitude,  une description détaillée de leur usage et, d’ores et déjà, l’en remercie. »

La Petite Gazette du 29 juin 2011

VOUS CONNAISSEZ, EVIDEMMENT, CES BORNES

Suite à la question posée par Monsieur Jean-Pierre Beaufays à propos des étranges bornes qu’il a remarquées à Jupille, Monsieur Jean Hourman et M. le Dr Paul Maquet, d’Aywaille, se sont très rapidement manifestés pour m’expliquer qu’il s’agissait de défense antichars supportant des câbles et complétées par d’imposantes barrières sur rouleau (barrières Cointet du nom du général qui les imagina). Ils m’ont situé pareilles bornes à Trooz, à Wandre, à Moulin sous-Fléron, Streupas…

A son tour, Monsieur Eric Simon, de Liège, nous fait parvenir de précieuses informations : « Il s’agit de bornes à câbles, matériel militaire largement utilisé dans la fortification des positions fortifiées et spécialement dans la défense de la Position fortifiée de Liège. Ces bornes ont été installées entre 1933 et 1934, généralement à proximité d’abris anti-irruption (IR) qui sont des bunkers équipés au minimum d’un canon antichar, d’une mitrailleuse et d’un projecteur.

2 Bornes ..

 

 

 

 

 

Le rôle de ces bornes est double: 1. empêcher si possible une irruption soudaine d’engins motorisés, 2. ralentir suffisamment cette irruption pour donner le temps au personnel de l’abri d’entre en action avec ses armes.

Un barrage de câble est normalement assuré par un groupe de quatre bornes installées deux par deux de chaque côté de la route à défendre. Les câbles sont tendus légèrement en oblique, ainsi que le montre la reconstitution ci-dessous.

1 Barrage..

Ces barrages de câbles sont installés devant chaque abri IR, du côté ennemi, respectivement à 25 m et à 100 m de l’abri. Ultérieurement, l’Etat-major belge décidera de renforcer la défense des abris IR et cela de trois manières possibles:

– soit en ajoutant une barrière antichar (barrière Cointet) entre l’abri et le premier barrage de câbles et dans ce cas deux bornes Cointet supplémentaires sont nécessaires;

– soit en remplaçant un câble par une barrière antichar et dans ce cas deux bornes à câble sont modifiées en bornes Cointet par l’adjonction de corselets d’acier soudés autour des bornes;

– soit en transformant une seule borne à câble en borne Cointet et en construisant une seule nouvelle borne Cointet juste à l’opposé.

3 Borne Cointet

 

 

 

 

 

 

 

Borne Cointet classique »

 

4+Borne+à..

 

 

 

 

 

 

Borne à câble transformée en borne Cointet 

 

On trouve encore aujourd’hui des bornes à câbles un peu partout en Province de Liège, notamment à Jupille, Embourg, Renory-Kinkempois, le long de l’Ourthe près de Colonster, le long de la Vesdre à Chaudfontaine, etc. »

Mon correspondant précise que les explications et illustrations qu’il nous apporte sont en grande partie tirées du livre de ses amis Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006.

La Petite Gazette du 6 juillet 2011

CES BORNES NE SONT PLUS DU TOUT MYSTERIEUSES

Vous avez vraiment été très nombreux à répondre à la question de Monsieur Jean-Pierre Beaufays au sujet de ces bornes qu’il est encore possible d’apercevoir çà et là dans nos contrées et, en son nom, je tenais à vous remercier très chaleureusement pour toutes les précisions apportées.

Ainsi Monsieur Frédéric Winkin, du Musée 40-45 Memories à Aywaille nous dit que « Ce sont des bornes « antichar », des obstacles militaires placés par deux et toujours décalées. Des câbles en acier reliaient les bornes d’un côte à l’autre de la route en oblique. De ce fait, les véhicules glissaient et ne pouvaient les franchir. »

Monsieur Arthur Gilles, de Beaufays, confirme : Il s’agit de bornes destinées à  recevoir des chaînes pour empêcher le passage de troupes militaires. En général elles se situent auprès  d’un fortin. A l’entrée de Chaudfontaine (lieu dit Fond des Cris) rive droite de la Vesdre, deux bornes sont toujours en place, à 40 mètres du fortin, sur l’autre côté de la route. Les deux autres ont sans doute été enlevées pour des raisons d’urbanisme.

Monsieur Joseph Delporte croit savoir que «  les bornes que l’on trouve à Streupas (et qui ne sont plus que deux actuellement) étaient au nombre de quatre (deux de chaque côté de la route). Situées à proximité du fortin, elles étaient reliées entre elles de manière à barrer la route au moyen de solides câbles d’acier. Il s’agissait d’un dispositif de défense de l’armée destiné à entraver la circulation des véhicules « ennemis » !

Monsieur Alex Docquier, de Comblain-Fairon,  nous communique les renseignements transmis par mon grand-père qui habitait Chênée. « Ces bornes étaient placées symétriquement de chaque côte de la chaussée. Elles servaient de support à de lourdes chaines qui étaient tendues en travers de la voirie afin d’entraver la circulation des véhicules militaires. Ce dispositif était amovible. Ce dispositif a été placé durant la guerre 1940-45 mais j’ignore quelle armée a inventé ce système de défense. (N.D.L.R. L’article de la semaine dernière a répondu en partie à cette question)

Monsieur Jean Collin, de Tavier, complète nos informations : « Ces bornes furent placées autour de la place forte de Liège en 1938- 1939 et, entre autres, autour du fort de Boncelles, elles servaient a attacher entres elles les barrières antichars érigées sur les routes principales. De telles barrières existaient sur la route dite de la Vecquée à Seraing.

Les Allemands arrivés en voiture venant de Plainevaux cisaillèrent les câbles reliant ces barrières  et les firent glisser sur leurs rouleaux, pour se rendre ensuite à l’Administration Communale de Seraing.

Ce modèle de Barrière  antichar étaient d’origine française et équipaient les intervalles de la célèbre « Ligne Maginot ». »

Monsieur René Lieutenant conseille la consultation du site internet http://www.clham.org/050501.htm qui donne explications et photos relatives à ces bornes.

Monsieur Christian Delhez est né à Vaux-Sous-Chêvremont, il m’explique avoir grandi et joué avec ses amis dans les forts de Chaudfontaine et d’Embourg. Il a ainsi eu l’occasion de parler avec des défenseurs de ces forts.

« Ces ouvrages d’arts étaient ceinturés de bunkers et casemates construits à des endroits stratégiques sur les voies d’accès potentielles de l’ennemi (encaissements, rétrécissements de routes etc.). Ces fameux plots étaient placés de part et d’autre de la route près de bunkers occupés par nos troupes, entre ces plots (en cas d’attaque imminente) étaient tendus des câbles d’acier ensuite recouverts de filets de camouflage. Cet ensemble était prévu pour ralentir voire stopper la progression des véhicules ennemis. Si vous neutralisez le véhicule de tête d’une colonne dans un goulot, le reste de cette colonne devient vite très vulnérable… Rem: les filets de camouflage empêchaient les tirs directs et précis sur cette défense rapprochée. »

Monsieur Jean-Louis Hennebert, de Lincé-Sprimont, a habité à Chênée où ces bornes lui ont été présentées comme étant « des supports pour des barrières à monter en travers des routes pour empêcher le cheminement de véhicules pendant la guerre et notamment les chars.

Sauf erreur de ma part, ajoute-t-il, il y en avait rue Bêchuron à Chênée et sur la route de la vallée de la Vesdre entre Vaux et Chaudfontaine. »

Monsieur Francis Leprince, de Boncelles, nous apporte lui aussi sa précieuse contribution : « Ces bornes, d’usage militaire, étaient destinées à créer un obstacle à la progression du charroi ennemi. On devait tendre un câble métallique entre une borne et une autre placée de l’autre côté de la route, le câble étant en général en oblique par rapport à la route.

Ces câbles devaient être placés par paires, donc quatre bornes, deux de chaque côté de la route. Il était essentiel de choisir un emplacement où l’obstacle ne pouvait être contourné. Pas question donc de faire tourner ces bornes!

Je pense, mais sans certitude aucune, que ces bornes ont été installées dans la fin des années ’30, lorsque la Belgique adopta sa politique de neutralité.

Je me souviens avoir vu après la guerre, enfant, de telles bornes devant la maison de mes grand-tantes, rue de la Station à Chênée, et m’en être fait expliquer l’usage par mon père, officier de carrière. »

Monsieur Jean Poumay, de Tilff, indique qu’ « il s’agit de bornes à câble, vestiges de construction militaire des années 1930, des câbles passaient de part et d’autre de la route, bloqués dans les trous de ces bornes pour empêcher des véhicules ennemis de passer, ce barrage était sous le feu d’abris bétonnés armés de mitrailleuses ou de canon antichar. Elles ne tournaient pas. »

Merci également à Monsieur J-M Stassart que m’a communiqué les références des remarquables ouvrages d’Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006. Ouvrages toujours disponibles et particulièrement complets sur le sujet. D’autres communications encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 13 juillet 2011

CES BORNES VOUS ONT INSPIRES…

Vous avez été très nombreux à répondre à l’appel que vous lançait Monsieur Jean-Pierre Beaufays et chaque réponse apporte des éléments très importants pour expliquer la présence de long de nos routes de ces vestiges à l’origine militaire. Merci à vous tous.

Madame Georgette Hubert, d’Esneux, se souvient que ces bornes ont fait leur apparition un peu partout peu avant la guerre, vers 1938 ou 1939. « Il y en avait notamment au coin de la rue Sart-Tilman, à Rénory (Ougrée) où résidaient mes grands-parents. Toujours par deux, elles se situaient des deux côtés de la route, elles devaient servir à bloquer la route en cas d’invasion. Si je me souviens bien, on les appelait « barrières anti-tanks ». Elles n’ont malheureusement pas servi, l’avancée des troupes allemandes ayant été fulgurante. Elles se trouvaient, en général, près des carrefours, des chemins de fer, des ponts et des forts, celui de Boncelles en particulier. »

Monsieur W. Etienne, de Sprimont, confirme : « d’après un ancien, je suis né en 40, ces bornes étaient placées de chaque côté de la route et, toujours, très près d’un gros fortin. Ces bornes, percées d’un trou, étaient décalées de plusieurs mètres et de gros câbles les reliaient. Les véhicules ennemis, lorsqu’ils touchaient à une certaine vitesse ces câbles, étaient projetés latéralement face au canon du fortin qui avait beaucoup plus de chances de les détruire. »

Monsieur Daniel Redoté, de Comblain-au-Pont, partage ses connaissances : « Dans le n° 25 du journal « les Annonces Ourthe-Amblève » daté du 22/06/2011, un des lecteurs s’interrogeait, dans la rubrique « objets insolites du passé », sur la présence et l’usage de bornes en béton le long de la voirie à Jupille et à Streupas. Et bien, l’explication est la suivante : ces bornes étaient en fait destinées à être reliées entre elles par des câbles tendus au travers de la chaussée afin de constituer des obstacles entravant la progression d’engins motorisés. Ces bornes étaient généralement disposées à proximité d’une casemate qui faisait elle-même partie d’un ensemble fortifié plus important, surnommé par ailleurs « PFL 3 » ou  « Position fortifiée de Liège 3 » en ce qui concerne les deux localités mentionnées précédemment. On peut d’ailleurs encore de nos jours apercevoir nombre de ces abris dans nos paysages. »

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