Les réquisitions durant la guerre 1940-1945

La Petite Gazette du 7 janvier 2009

AU SUJET DES REQUISITIONS DURANT LA GUERRE

Monsieur René Dossogne, de Modave, partage ses souvenirs avec les lecteurs de La Petite Gazette :

« En 1942, j’étais âgé de 14 ans et nous habitions une petite maison isolée du centre par des petits chemins sans grand entretien, donc assez difficile d’accès. Nous possédions une vache et nous devions livrer chaque année un certain quota de viande – on se débrouillait. Un cultivateur avait, près de chez nous, quelques vaches dont une n’était pas déclarée. Elle donna un veau mort-né et son propriétaire chercha un moyen de s’en défaire discrètement. Comme notre vache était en attente d’un heureux évènement, le voisin dit à notre mère qu’elle n’avait qu’à déclarer que notre vache avait vêlé et présenter aux autorités la dépouille du veau mort-né. « Ce n’est pas pour quinze jours à l’avance, cela passera ! »

Chose faite on attendit la naissance du veau, dans l’espoir que la laiterie ne passerait pas… Où cela s’est corsé c’est quand ma mère s’est rendu compte qu’elle s’était trompée d’un mois. Le veau qui était censé mort grandissait, toujours bien vivant, dans le ventre de notre vache…

Je vous laisse imaginer ma mère dans les transes et l’inquiétude chaque fois qu’elle voyait un étranger s’approcher de notre maison. Heureusement, tout se passa bien et le veau, le bon, échappa à l’exportation. Après la guerre, on en a bien ri, mais si les fritzs étaient venus… »

Merci pour ce témoignage, nous en confierez-vous d’autres ? Il m’a déjà été rapporté que dans le cas de la naissance d’un animal mort-né, sa dépouille servait à plusieurs reprises, permettant ainsi à autant d’animaux vivants d’échapper à la réquisition. M’en parlerez-vous ? Je l’espère et vous en remercie.

La Petite Gazette du 21 janvier 2009

POUR EVITER LES REQUISITIONS

Répondant à mon souhait, c’est Monsieur Jean Colla, de Cielle, qui évoque des souvenirs confiés par son papa :

« Je voudrais apporter mon témoignage à propos des veaux mort-nés… Je confirme que, pour éviter les réquisitions lors de la dernière guerre les veaux mort-nés pouvaient servir plusieurs fois : après la visite du contrôleur, le veau allait se faire contrôler dans une autre ferme, jusqu’à trois fermes différentes m’a raconté mon père… Mais comment ?

Et bien tout simplement la nuit, avec le vélo. C’est là que mon père était savoureux : « j’ai essayé plusieurs fois, disait-il, de le fixer sur le porte-bagages du vélo avec des liens de veaux (évidemment ! Pas d’élastiques, ni de sangles à cette époque) c’est impossible à tenir : c’est grand et raide un veau –mort » et de m’expliquer que la bonne méthode était de le pendre au cadre du vélo, il y avait encore moyen, disait-il, de s’asseoir sur la barre dans les descentes.
Il paraît que les contrôleurs n’y voyaient que du feu et les éleveurs étaient d’autant plus fiers que le risque encouru lors de ces escapades nocturnes était grand ! »

Viendrez-vous, à votre tour, partager vos souvenirs sur ce sujet ? D’avance, merci.

La Petite Gazette du 11 février 2009

POUR ECHAPPER AUX REQUISITIONS

Monsieur Victor Clavier, de Bomal s/O, revient, pour mon plus grand plaisir et je suppose le vôtre, sur ce sujet :

« Je puis témoigner quelque peu des astuces des Communes visant à livrer le moins possible à l’ennemi de 1940 à 1944. Les fermiers devaient  présenter régulièrement à l’occupant un certain cheptel à Barvaux. Mais la commune de Bende-Jenneret, à dessein, était systématiquement très attardée, ce qui énervait l’officier allemand à chaque réquisition : « Commune de Bande, toujours en retard ! »

Cette attitude leur permettait parfois de ne rien livrer.

Au point de vue administratif, mon père, secrétaire communal, délivrait de fausses pièces d’identité pour les jeunes en situation d’être envoyés en Allemagne au travail obligatoire. Il faisait de même pour des familles juives.

A sa demande, et pour varier les écritures, avec ma plume « Ballon », j’ai moi-même, à onze ans, rempli quelques cartes d’identité avec de faux noms !

Autre souvenir de cette époque, relevant celui-ci davantage de l’humour… Mon père recevait les « administrés » le soir si, dans le courant de la journée, il leur était impossible de se présenter au bureau communal ouvert de 9h. à 12h. Un certain soir, A (que ne je citerai pas) se présente chez nous pour une déclaration d’emblavures gelées en cet hiver 1942 particulièrement rigoureux. La superficie gelée était, si pas systématiquement doublée, largement augmentée pour livrer un minimum à l’ennemi et éviter les contrôles en cas d’abus. A., non satisfait de la proposition, dit à mon père, mi sérieux, mi-blagueur, « Secrétaire, tu es pire que les Boches ; après la guerre, on te pendra ! »

Quand on sait les risques qu’il prenait, au point d’échapper de justesse à la déportation, c’était honteux ! Ma mère qui tricotait à côté de la cuisinière lui répondit du tac au tac : « Vous saurez, A., que lorsqu’on arrivera à Isidore, il y aura longtemps qu’il n’y aura plus de corde ! » Il en resta bouche bée et ne se permit plus aucune maladresse du genre. »

Un grand merci à M. Clavier qui rappelle, fort utilement, le rôle précieux joué par de très nombreux secrétaires communaux de nos régions (et, bien sûr, d’autres fonctionnaires patriotes et foncièrement humains) pour préserver au mieux et protéger efficacement les habitants de leurs communes face aux exigences de l’occupant.

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