EREZEE

Les Annonces du 23 avril 2015

EREZEE ET L’INDUSTRIE METALLURGIQUE

Si l’histoire d’Erezée, de ses villages et de ses hameaux, ouvre de nombreuses et intéressantes perspectives à tout qui s’intéresse au riche passé de notre région, il est indubitablement un sujet passionnant, expliquant à la fois la riche architecture locale et la renommée que ces lieux ont acquise dans le monde économique des Temps Modernes (du XVe au XVIIe siècle) : une industrie métallurgique particulièrement florissante.

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Outre les nombreux dépôts de scories qui s’offrent encore aux yeux des promeneurs avertis, la toponymie de la commune d’Erezée atteste toujours de l’importance de cette industrie locale : « Lès Fôdjes », « La Forge-sous-Mormont », « Li Pré dè Martê » (à Fanzel). La présence d’un sous-sol riche en minerai de fer conjuguée à la présence de bois en abondance permit le développement de cette activité qui devint très prospère. Parmi d’autres lieux encore, l’exploitation  de minières est attestée à Clerheyd, à Hoursinne, à Mormont.

A l’époque qui nous intéresse, les territoires de l’actuelle commune d’Erezée relèvent de la Terre de Durbuy. Conscients de l’importante source de revenus que la métallurgie pouvait générer, les seigneurs successifs se montrèrent très attentifs au bon fonctionnement de la Cour des Terres et Minières, institution dont les archives sont riches d’enseignements.

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L’histoire de l’exploitation des forges locales nous mène au XVe siècle. En 1400 déjà, un marteau est en activité à Fanzel ; en 1468, nous savons qu’une forge est active à Mormont. L’ampleur de l’activité est consignée dans les archives qui nous apprennent que, pour les années 1477-1478, le fourneau de Fanzel connut 19 semaines de « fondage », celui de Mormont 20 semaines et celui de Blier 26 semaines, faisant ainsi de ce fourneau, dès ce moment, le fournisseur le plus important de toute la Terre de Durbuy.

L’essor que connaît alors cette métallurgie locale est, sans conteste possible, la conséquence de la destruction, en 1476, des usines métallurgiques de Franchimont au Pays de Liège, par les troupes de Charles le Téméraire, le tout puissant Duc de Bourgogne. Dès lors, c’est vers les terres liégeoises que s’écoulèrent l’essentiel de la production locale de fer et de bois.

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Le développement des techniques montre qu’à la même époque, chaque fourneau voit s’ériger, dans son voisinage proche, un marteau d’affinage. Le siècle suivant, entre 1547 et 1567, voit cette industrie prendre davantage d’ampleur encore comme l’indiquent les créations de nouvelles usines à Mormont et à Blier. Tous les villages vivent au rythme des marteaux de forge et les populations locales trouvent du travail à profusion : les uns sont bûcherons ou fauldeurs quand les autres sont occupés dans les mines, dans les forges ou dans le transport du charbon de bois, du minerai ou des produits finis.

Les guerres qui ravagent la région à la fin du XVIe siècle laissent, ainsi que le mentionnent les archives du temps, « les fourneaux en ruines ».

Le premier quart du XVIIe siècle verra un dernier sursaut de l’activité liée à l’industrie du fer, mais il ne concernera alors que la seule exploitation des matières premières que sont le charbon  de bois et le minerai. Cependant les guerres incessantes et leur cortège de pillages, d’impositions et de réquisitions auxquelles s’ajoutent de régulières et très meurtrières épidémies de maladies très contagieuses, notamment la grande épidémie de peste de 1636, sonneront définitivement le glas de l’exploitation du fer à Erezée et environs.

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UN INCROYABLE DESTIN

A Blier vivait, à la fin du XVIe siècle, une famille dont quatre fils firent une carrière militaire au sein des armées des Pays-Bas espagnols. Trois d’entre eux perdirent la vie au champ d’honneur, l’un avec le grade de capitaine des cuirassiers mais le quatrième, Nicolas, connut une destinée tout auréolée de gloire et d’honneurs. Entré comme simple soldat dans la cavalerie espagnole, il gagnera le grade de cornette (sous-lieutenant, porte-étendard) avant d’être nommé lieutenant puis capitaine d’arquebusiers à cheval et, sept ans plus tard, capitaine des cuirassiers. On connait grâce à des lettres patentes signées des Archiducs Albert et Isabelle les remarquables qualités mises en œuvre par ce soldat : « toujours se distingue par son sang-froid, son courage et sa prudence même dans les plus grands périls, les guerres, les expéditions (…) montre toujours la plus constante fidélité pour son drapeau comme la valeur la plus intrépide » Il est remarqué sur tous les champs de bataille et lors de tous les sièges 25 ans durant. Il est à Cambrais, à Anvers, à Bois-le-Duc, à Ostende ; il bataille en France, en Allemagne, dans les Flandres, en Hollande… Là, il est présenté comme ayant pris, au péril de sa vie, un château ennemi « après avoir taillé en pièces la cavalerie et l’infanterie ennemies » ; ailleurs, à lui seul, il résiste et conserve un poste pendant deux heures alors que la plupart des hommes de sa compagnie ont été tués et qu’il est lui-même gravement blessé.

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En reconnaissance de ces actes de bravoure et en remerciement de son indéfectible fidélité, les Archiducs Albert et Isabelle ont érigé, le 19 novembre 1611,  en seigneurie foncière les villages de Blier et de Hazeilles au profit de Nicolas Blier à qui les nouveaux seigneurs de Durbuy ont également confié, outre la mission de relancer le travail des forges, la Prévôté de la Terre de Durbuy. Le 20 juillet 1618, les Archiducs anoblissent leur Prévôt et toute sa descendance « en légal mariage » et, le 28 janvier 1626, Nicolas de Blier se voit promu Lieutenant-Général des bandes d’ordonnances aux armées de l’Infante Isabelle.

C’est à ce Nicolas de Blier que l’on doit la construction du château de Blier, dont le porche présente les armoiries attribuées par l’Infante Isabelle et la devise familiale « VIRTUTE ET FORTUNA », résumant en deux mots la carrière militaire de ce grand officier.

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Merci à l’asbl « Cercle historique d’Erezée » pour les informations transmises.

BEAUFAYS – EMBOURG

En plus de La Petite Gazette et des Vertiges du Passé, j’ai rédigé pour les diverses éditions de Les Annonces plusieurs dossiers historiques consacrés aux communes, villages ou quartiers de la triple zone de distribution postale de cet hebdomadaire distribué gratuitement depuis des décennies en Ardenne, en Condroz, en Famenne et en Ourthe-Amblève. Je vous propose de redécouvrir ces textes…

Les Annonces du 15 juillet 2015

AMBIORIX A EMBOURG ?

Si l’on doit en croire Théodose Bouille, un religieux carme qui publia une Histoire de Liège durant la première moitié du XVIIIe siècle, Embourg serait le célèbre Atuatua dont parle Jules César dans ses « Commentaires de la Guerre des Gaules ». Cette affirmation, souvent reprise par la suite notamment par le Dr Bovy dans ses célèbres « Promenades historiques dans le Pays de Liège » ou encore par Charles Comhaire, le fondateur de la société « Le Vieux-Liège » qui écrit que ce serait là «en 57 avant notre ère, le fameux camp des Aduatiques des bords de Meuse, puissant poste militaire ». Puis il rappelle que « le Conquérant des Gaules parle aussi d’un « Castellum Aduatica », où trois ans plus tard, en 54, deux de ses légions commandées par Sabinus et Cotta, se laissèrent surprendre par Ambiorix et furent exterminées. » Toujours dans ses « Environs de Liège, 60… et quelques promenades » (1921), Comhaire évoque les vestiges de la « Fontaine d’Ambiorix » démolie, « sottement » écrit-il, en 1916 alors que c’était là le seul souvenir tangible du séjour du chef des Eburons en ces lieux.

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Dans les illustrissimes « Délices du Pays de Liège », il est rapporté à propos de ce Castellum Aduatica que des fouilles menées à la « Hazette » auraient permis la découverte de murs ayant appartenu à un ancien fort et dont la dureté du ciment en rendit la démolition presque impossible.

Ces affirmations montreraient dès lors l’antiquité de l’occupation  d’Embourg. L’évêque Monulphe, à la demande du châtelain de Chèvremont, y aurait consacré, à la fin du Vie siècle, une église dédiée à Saint-Jean-Baptiste.

DE BELLUM FAGETUM A BEAUFAYS

Beaufays appartenait au Domaine Roayl de Jupille et, ainsi, voit son territoire lié au nom prestigieux de Pépin le Bref, à celui de son père, Charles Martel, et, évidemment, à celui de son fils, Charlemagne, avec lequel le domaine devint « Impérial ».

En 1008, l’Empereur Henri II  donne ce territoire à l’Evêque de Verdun, dans les possessions duquel il restera jusqu’en 1266, date à laquelle il entrera dans les biens du chapitre de la cathédrale Saint-Lambert. En 1123, Henri, Evêque de Verdun, donne une propriété de 12 bonniers, environ 17 hectares, à un certain Robert, sans doute un moine de l’ordre de Saint-Augustin. En ce lieu appelé « Belle Fontaine », il le charge d’installer un oratoire et un « hospice », soit un hôpital, pour y accueillir les indigents, sur le « Chemin Royal » partant de Jupille.

Le moine Robert y établira bien le refuge pour les pauvres à côté d’un corps d’habitation pour ses compagnons. Peu de temps après, les moines de Beaufays seront rejoints par une communauté de religieuses, des augustines qui, elles aussi, se consacrent aux mêmes œuvres.

En 1215, l’Evêque de Verdun agrandit les propriétés des religieux en leur faisant donation du bois voisin, une belle hêtraie dite « Bellum Fagetum » qui donnera son nom au monastère et à son domaine.

Le monastère deviendra vite le moteur du développement du village ; en effet, les moines feront venir des paysans pour cultiver leurs terres alors que les alentours du monastère attireront une population ouvrière, attirée par la présence de minerais de fer dont l’exploitation n’attendait que la main-d’œuvre nécessaire à son extraction et à sa transformation, notamment au Bois le Comte.

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L’abbaye est dite double puisqu’y cohabitent des moines et des religieuses. En 1235, le prieur Renier estime que cette cohabitation nuit à la spiritualité du monastère et, rapidement, le Prince-Evêque Jean d’Eppes décide que, désormais, les religieuses séjourneraient à Vivegnis, dans une autre propriété du monastère. Cette décision fut, vous vous en doutez, rapportée avec retenue certes, mais en laissant planer les sous-entendus scabreux par les historiens qui abordèrent le sujet. Il est vrai, à leur décharge, que nombre d’entre eux, à l’instar de Grandgagnage qui, en 1845, publia les lignes qui suivent dans ses « Wallonnades », connaissaient également ces documents d’archives qui consignent l’inconduite notoire des moines de Beaufays au XVIe. En effet, en 1545, l’Official, le Tribunal du Chapitre chargé de juger les suppôts, « condamnait à un pèlerinage expiatoire à Notre-Dame de Paris, Jean Tamyn, religieux de Beaufays, convaincu de fornication incestueuse. Sa complice, qui avait été la concubine du prieur défunt, Georges de Thier, oncle de Tamyn, fut condamnée à faire le pèlerinage de Notre-Dame de Hal, après avoir participé, pieds nus et le cierge en main, à la procession de la Pentecôte. Quelques jours plus tard, le prieur en exercice, Louis Charlier, prêtre, comparaissait devant l’official ; il avoua avoir entretenu des relations coupables à l’intérieur même du couvent. Il dut promettre de s’amender et fut envoyé, en expiation, à Notre-Dame de Cambrai. Le 23 décembre 1547, un profès prêtre, (un prêtre qui a fait sa profession) Christian de Hersey, était condamné à une peine semblable pour une fréquentation suspecte qui faisait scandale depuis plusieurs années. Enfin, le 5 janvier 1548, un autre profès prêtre, accusé de mœurs douteuses, Jean Ludovici, se voyait puni d’un pèlerinage à Notre-Dame d’Aix. »

En 1652, le Prince-Evêque dépêche encore deux chanoines tréfonciers pour visiter le prieuré de Beaufays et y supprimer les abus s’il y en a…

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BEAUFAYS ET EMBOURG BRULENT AU XIVe SIECLE

Le Pays de Liège, en raison de sa situation géographique, fut souvent transformé en champ de bataille dont les premières victimes furent toujours les populations civiles.

Ainsi, l’année 1318 fut marquée par une lutte particulière que se livrèrent, sans jamais se rencontrer, les gens d’armes de Jean, Roi de Bohême et Comte de Luxembourg, et ceux du Prince-Evêque de Liège, Adolphe de La Marck.

Parce que les Luxembourgeois étaient venus rançonner les habitants de ses terres du Condroz, les Liégeois, en guise de représailles, envahissent les terres du comté de Luxembourg avec pour mission d’y détruire et d’y enlever dix fois autant. Les troupes liégeoises, sous le commandement du bailli du Condroz, après y avoir fait butin, brûla Marche-en-Famenne et six villages voisins. L’apprenant, le Roi de Bohême, fit rassembler une troupe forte de 500 cavaliers qui s’avança, dévastant tout sur son passage, jusqu’à Chênée et qui, au retour, ravagea puis brûla Embourg, Beaufraipont, Tilff, Méry et Beaufays. Suite à quoi une expédition punitive liégeoise fut mise sur pied et ce chassé-croisé aurait pu durer longtemps encore sans la médiation du Duc de Brabant qui fit conclure une trêve aux deux camps.

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A LA BOUXHE, 15 MAISONS DONT 12 OU 13 ABRITENT UN CAFE

A la sortie de la commune, le quartier de La Bouxhe, rassemblé autour du château d’eau, a manifestement dû son développement économique à la présence de cet important carrefour où vous devez choisir d’emprunter la route vous menant vers Louveigné ou celle conduisant à Sprimont.

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Au lendemain de la Grande Guerre encore, les lieux se montraient particulièrement propices pour faire une halte, sinon une étape. La tentation est grande de passer un moment dans l’un des 12 ou 13 débits de boisson ouverts dans la quinzaine de maisons que comptait le hameau…

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IL Y AURA BIENTÔT 25 ANS QUE LE FLEURON PATRIMONIAL DE BEAUFAYS A ETE SAUVE

A l’automne 1991, la très belle église Saint-Jean l’Evangéliste a été rendue au culte après une longue, coûteuse mais indispensable restauration. Construite en 1701, ainsi que le rappelle une inscription visible au plafond du chœur, pour remplacer la chapelle primitive du monastère.

Cette église a été édifiée selon les plans du frère Guillaume Cramion: bâtiment classique à nef unique divisé en six travées, elle possède une flèche et un clocher bulbeux sur une tour carrée et recèle quelques véritables œuvres d’art dont un maître-autel en bois peint, un jubé en chêne sculpté et les célèbres orgues de Le Picard.

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Son classement en janvier 1936 ne protégera pas sa tour qui, jugée dangereuse par l’armée, qui estimait qu’elle aurait pu devenir un point de repère pour l’ennemi, sera abattue au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Le tremblement de terre qui secoua la région liégeoise en 1984 porta un coup fatal à l’église et, devant les risques d’effondrement, son accès est interdit. Quand la restauration commença, les responsables des travaux découvrirent encore un nouvel ennemi à anéantir : la mérule s’attaquant à la charpente de l’édifice.

Menés à bien, ces travaux sont une véritable réussite.

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LE FORT D’EMBOURG

Construit en 1888 selon la volonté du lieutenant-général Brialmont, à qui l’on doit les fortifications de Liège, le fort d’Embourg a la particularité de n’être distant de son voisin de Chaudfontaine que de 1900 mètres. Les autres forts liégeois étaient généralement séparés de 4 Km.

Sans aucune modernisation ni amélioration, que ce soit à leurs superstructures ou à leur armement, ces forts n’étaient pas à même de supporter l’assaut de la puissante artillerie allemande.

Celui d’Embourg sera transformé en 1928, sa mission consistait, en complément des forts de Boncelles et de Chaudfontaine, à défendre la vallée de l’Ourthe. Les hommes qui y combattirent avaient fait leur la devise suivante : « S’ensevelir sous les ruines du fort plutôt que se rendre ».

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Lors des deux guerres, l’action des hommes du fort d’Embourg est mise en exergue et cité à l’ordre du jour de l’armée :

  • Le 4 août 1919 « pour avoir opposé aux attaques de l’ennemi une défense énergique au cours de laquelle tous ses occupants, tant artilleurs que fantassins ont fait preuve de bravoure, de ténacité et d’abnégation. »
  • Le 12 mai 1948 « Le fort d’Embourg a résisté vaillamment, avec un moral élevé, à une puissante attaque de l’ennemi et n’a succombé qu’après la destruction des coupoles par l’artillerie et l’aviation ennemies, au cours d’un siège de cinq jours. »

 

 

COMMENT PREVENIR LES CONVULSIONS?

La Petite Gazette du 18 octobre 2000

OU PEUT-ON SE PROCURER LE SCAPULAIRE PREVENANT LES CONVULSIONS ?

Voilà la question que vous posait, il y a très peu de temps, Madame Solange Godfroid, de Poulseur, et  j’ai presque envie de dire que, comme d’habitude, la réponse m’est déjà parvenue. En effet, Madame Anne-Marie Anciaux, de Hargimont, Madame Marie Orban, de Hampteau,  Madame Lincé, de Havelange signalent que l’adresse et le nom recherchés par cette lectrice de Poulseur sont : Madame la Baronne de Fontbarré, château de Fumal à Fumal. Un grand merci à toutes les trois.

Dans le prolongement de cette demande, je vous demandais de me parler de tous les remèdes ou de tous les moyens préventifs que vous connaissiez à propos des convulsions ; permettez-moi d’insister sur ce souhait, car je sais qu’il y a des tas et des tas de choses à apprendre à ce sujet.

 La Petite Gazette du 31 octobre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

Ainsi que je le supposais bien, vous êtes nombreux à réagir au sujet des convulsions et du moyen de les prévenir. Il s’agit évidemment d’un sujet qui a intrigué, qui intrigue encore, de très nombreux parents.

C’est ainsi que j’ai eu l’immense plaisir d’enregistrer les réactions de M. le Professeur émérite Docteur Yvan Lebrun, de Champlon-Famenne, qui, lui aussi, s’est passionné pour ce sujet :

« Je crois pouvoir apporter des éléments de réponse à la question relative aux remèdes contre les convulsions et plus généralement contre l’épilepsie. Jadis, le sang était censé aider les épileptiques à guérir. C’est pourquoi, chez les Romains, les épileptiques étaient autorisés à boire le sang des gladiateurs morts dans l’arène. Au moyen âge, pour se protéger de l’épilepsie, on portait sur soi un morceau de parchemin sur lequel on avait écrit, avec du sang, le nom d’un des saints souvent invoqués contre la maladie.

Parmi les saints que l’on priait pour être guéri ou se prémunir de l’épilepsie figurait saint Leu ( ou Loup) dont il a été plusieurs fois fait mention dans La Petite Gazette.

Comme l’épilepsie passait – à tort – pour être une maladie contagieuse, les Romains avaient pour habitude de planter un morceau de fer à l’endroit où un épileptique venait d’avoir une crise . Le métal était censé fixer la maladie au sol et l’empêcher d’atteindre d’autres personnes. Souvent aussi, on crachait sur les épileptiques pour éviter la contagion. L’épileptique était, pour cette raison, appelée, en latin, morbus insputatus, (= la maladie sur laquelle on crache).

Les rois d’Angleterre passaient pour posséder un certain pouvoir contre l’épilepsie (tout comme les rois de France étaient censés pouvoir guérir les écrouelles le jour de leur sacre). Le vendredi saint, le roi d’Angleterre bénissait des anneaux qui étaient ensuite portés par ceux qui souffraient d’épilepsie ou cherchaient à s’en protéger. Ces anneaux portaient le nom de cramp rings, littéralement « anneaux à crampes », le mot « crampes » étant souvent utilisé, au moyen âge, pour désigner les convulsions. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre correspondant si bien documenté pour découvrir la suite de ses informations sur le sujet.

Suite à la demande formulée dans ces colonnes par Mme Godefroid, de Poulseur, j’ai encore reçu les courriers de Monsieur Gaston Remacle, d’Ocquier, et de Monsieur Georges Collard, de Flostoy, qui ont la gentillesse de confirmer l’adresse de Madame la Baronne de Fontbaré, thier Moson, 4 à 4260 Fumal et de préciser qu’il convient de joindre   à toute demande une enveloppe timbrée et pré-adressée. Madame Edmée Kerfs, de Havelange, a fait de même, mais, en plus, elle signale l’existence d’un autre scapulaire qui, m’écrit-elle, « pourrait venir en aide à d’autres mamans ».

Elle joint à son courrier tout ce qu’elle a réuni sur le sujet :

Oraison de Charlemagne

   Cette prière, s’il faut en croire une antique tradition, a été trouvée dans le sépulcre même de Notre Seigneur Jésus-Christ, et envoyée en l’an 902 par le pape Léon III à l’empereur Charlemagne, quand il partit avec son armée pour combattre ses ennemis. Elle était écrite sur parchemin en lettres d’or, et longtemps, elle fut conservée précieusement à l’abbaye Saint-Michel de France. Peut-être l’y retrouverait-on encore !

   Quiconque lit cette prière, l’entend lire, ou la porte sur lui, ne mourra pas subitement, ne se noiera ni ne se brûlera, aucun venin ne l’empoisonnera, il ne tombera pas entre les mains de ses ennemis et il ne sera pas vaincu par eux dans les batailles.

   Quand une femme se trouve dans les douleurs de l’enfantement, qu’elle dise cette prière, ou qu’elle l’entende lire, ou qu’elle la porte sur elle, elle se trouvera promptement délivrée et sera toujours tendre mère.

Dès que l’enfant sera né, posez cette prière sur son côté droit et il sera préservé de beaucoup de maux.

   Celui qui porte cette prière sur lui, ne sera pas atteint de l’épilepsie. Quand vous verrez tomber dans la rue une personne atteinte de ce mal, posez cette prière sur son côté droit et elle se relèvera joyeuse.

   Cette prière posée dans une maison protège de la foudre.

Celui qui lira cette prière ou se la fera lire tous les jours, sera prévenu par un signe trois jours avant sa mort.

   Celui qui écrit cette prière pour lui ou pour d’autres, « je le bénirai,  dit le seigneur, celui qui s’en moque ou la méprise sera puni.

Après ces utiles précisions, voici maintenant le texte même de cette prière que ma correspondant préconise de recopier à la main, sur une feuille que l’on replie ensuite dans un petit linge que l’on glisse enfin sous le bébé. 

«O Dieu tout puissant, vous qui avez subi la mort sur l’arbre patibulaire de la croix pour expier tous mes péchés.

     O Sainte-Croix de Jésus-Chrsit, soyez toujours avec moi.

     O Sainte-Croix de jésus-Christ, repoussez de moi toute arme tranchante.

     O Sainte-Croix de Jésus-Christ, préservez de moi tout accident corporel.

     O Sainte-Croix de Jésus-Christ, détournez de moi tout le mal.

     O Sainte-Croix de jésus-Christ, versez en moi tout bien afin que je puisse sauver mon âme.

     O Sainte-Croix de Jésus-Christ, éloignez de moi toute crainte de la mort et accordez-moi la vie éternelle.

     O Sainte-croix de Jésus-Christ, gardez-moi et faites que les esprits malins, tant visibles qu’invisibles, fuient devant moi, dès aujourd’hui et dans tous les siècles des siècles.

      Aussi vrai que jésus est né le jour de Noël, aussi vrai que Jésus a été circoncis, aussi vrai que Jésus a reçu les offrandes des trois Rois Mages, aussi vrai que Jésus a été crucifié le vendredi saint, aussi vrai que Joseph et Nicodème ont ôté Jésus de la croix et l’ont mis dans le sépulcre, aussi vrai que jésus est monté au ciel, de même qu‘il soit aussi vrai que Jésus me préserve et me préservera de tout attentat de mes ennemis, tant visibles qu’invisibles, dès aujourd’hui et dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il !

      O Dieu tout puissant, sous la protection de + Jésus, Maria, Joachim, + Jésus, Maria, Anna, + Jésus, Maria, Joseph, je me remets entre vos mains. Ainsi soit-il !

      O seigneur, par l’amertume que vous avez soufferte pour moi sur la Sainte-Croix, principalement lorsque votre âme s’est séparée de votre corps, ayez pitié de mon âme, quand elle sera séparée de ce monde. Ainsi soit-il ! »

    Un grand merci à ma correspondante pour cet intéressant document mêlant, à la fois, piété populaire et folklore médical.  La semaine prochaine, grâce à une lectrice de Goesnes, je pourrai vous mentionner un autre moyen de se préserver des convulsions. En attendant, si vous possédez des informations sur ce sujet et, surtout, sur les moyens traditionnellement employés pour préserver les enfants de ce mal ; n’hésitez pas à m’écrire pour en faire profiter tout le monde. D’avance, un grand merci. 

La Petite Gazette du 8 novembre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Comme promis lors de notre précédente édition, je vous propose de découvrir la suite des informations recueillies à ce jour sur ce sujet. Tout d’abord, un intéressant renseignement que nous donne Madame Marguerite Pirsoul, de Goesnes. Je m’étonnais à ce propos que personne ne m’avait encore rappelé le culte à saint Ghislain, si populaire dans le cas des convulsions dans toute la Wallonie. Pour s’en convaincre, il suffit de constater le nombre de Ghislain ou Ghislaine déclarés à l’état-civil de nos communes, que ce soit d’ailleurs comme premier, deuxième ou troisième prénom. Ma correspondante signale qu’il est possible de s’adresser à Monsieur le curé de Saint-Ghislain, rue des martyrs, 3 à 7330 Saint-Ghislain chez qui il est possible de se procurer soit une médaille, soit un collier ; il est d’autres moyens préventifs, mais il est préférable de s’adresser à cette adresse, n’oubliez de joindre un timbre à toute demande.

Retrouvons maintenant la suite du très intéressant courrier que m’a transmis, à votre intention, Monsieur le Professeur émérite docteur Yvan Lebrun, de Champlon-Famenne.

« Jadis, le Gaillet jaune ou caille – lait avait la réputation d’être efficace contre l’épilepsie. On l’utilisait notamment à Tain-L’hermitage, petite localité de la vallée du Rhône, entre Lyon et Valence, où l’on préparait une potion appelée Le grand Remède et qu’il fallait absorber par une nuit de pleine lune. L’épilepsie était en effet souvent associée à la lune (si bien que le mot « lunatique » était plus d’une fois employé avec le sens d’épileptique !)

Les épileptiques étaient souvent aussi considérés comme possédés d’un démon. Les Evangiles racontent que le Christ guérit un garçon épileptique en l’exorcisant, c’est-à-dire en chassant de son corps l’esprit malfaisant qui l’occupait. Plusieurs saints sont censés avoir imité le Christ et avoir guéri des épileptiques par exorcisme.

On pourrait encore ajouter bien des détails relatifs à l’épilepsie et à son traitement, mais je craindrais d’être trop long, et c’est pourquoi j’arrêterai ici ma lettre, quitte à revenir sur le sujet, si d’aventure des lecteurs de la Petite Gazette souhaitaient davantage d’informations. »

Vous savez dès lors, toutes et tous, ce qu’il vous reste à faire si vous voulez en savoir davantage et profiter ainsi des connaissances de notre correspondant si bien documenté sur le sujet. Je me permets de préciser que tout ce qui touche à ce sujet intéresse M. le dr Lebrun et qu’il ne désespère pas, grâce à vos témoignages, de rassembler des renseignements qu’il ne possède pas encore. Alors, si vous savez quelque chose sur le sujet et les vieux remèdes mis en œuvre pour combattre cette maladie, à vos plumes s’il vous plaît.

La Petite Gazette du 22 novembre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Monsieur Roger Detry, de Marche-en-Famenne, nous convie à partager les résultats de la petite recherche qu’il a menée à ce sujet :

« Contre l’épilepsie, appelée aussi  « mal caduc » ou « haut mal », voici les remèdes populaires qui, selon les auteurs consultés (des médecins) ont donné des résultats. Quand il n’y a pas eu guérison, il y eut de très longues rémissions.

Remèdes de la Russie profonde appliquée par des guérisseuses :

  1. Elles versaient de l’eau dans un bol, prenaient du charbon de bois dans le four, soufflaient la suie du charbon de bois dans l’eau ainsi qu’un peu de ce charbon. Tournées vers une icône, elles récitaient avec foi la « prière du seigneur ». Immédiatement après, le patient était prié d’avaler trois gorgées de cette eau. Après onze jours de cette pratique, le douzième, elles recommençaient. La première séance arrêtait les crises, les autres étaient supposées apporter la guérison totale.
  2. Autre méthode populaire russe, mais qui, curieusement, se retrouve en France :

(en résumé) boire une eau vibrée au contact corporel d’une personne sujette à une grande peur. Exemple : la personne en question doit aller chercher une bouteille d’eau (eau quelconque) cachée dans ce but, dans un cimetière. Elle doit obligatoirement y aller seule et en pleine nuit. Il faut donc une personne qui aura peur. Il y a plusieurs variantes à ce procédé que l’on appelle « l’eau de frayeur ». »

La semaine prochaine, nous retrouverons ce correspondant et d’autres remèdes collectés.

En attendant, je vous engage à découvrir ce que m’a écrit à ce même sujet Madame Habsch, de Liège.

« Je n’habite pas là où Les Annonces sont distribuées, mais une personne aimable me les passe régulièrement, car La Petite Gazette m’intéresse beaucoup. C’est ainsi que je réponds à votre demande concernant les convulsions. Ma grand-mère paternelle, habitante de Septroux, un hameau d’Aywaille, faisait une neuvaine de prière à Notre Dame de Dieupart, église entre Aywaille et Sougné-Remouchamps, et demandait de présenter l’enfant à l’église, le dernier jour de la neuvaine. J’y ai eu recours pour mon aînée et ai été exaucée. Ma petite-fille n’a pas récidivé. « les prières ne vont pas au bois » dit le dicton populaire, cela ne coûte rien d’essayer. »

Il est toujours très intéressant de pouvoir compter sur des témoignages basés sur des expériences vécues et, pour cela, je remercie vivement madame Habsch.

La Petite Gazette du 29 novembre 2000

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Comme promis dans notre dernière édition, j’ai le plaisir de vous livrer la suite du courrier de Monsieur Roger Detry, de Marche-en-Famenne, qui a eu l’excellente idée de rechercher pour nous divers remèdes populaires destinés à guérir ou à espacer les crises de convulsion.

« Toujours en Russie, voici deux autres façon en usage :

  1. En cas de crise d’épilepsie, si la personne est étendue sur le sol, marcher sur un de ses auriculaires arrêterait la crise. Il y a peut-être là un rapport avec un méridien… ?
  2. Manger beaucoup d’oignons et, surtout, en boire le jus espaceraient les crises et les rendraient moins fortes.

En France, en médecine populaire, il existe notamment ceci en matière de mesure préventive contre les convulsions des petits enfants : on prend deux tubes contenant du mercure ; le plus grand (5 cm environ) est pendu au cou de la mère lorsque l’enfant commence à avoir les gencives agacées et le plus petit (3 cm environ) est à mettre au cou du bébé. L’un et l’autre resteront en place jusqu’au moment où l’enfant aura sa dernière dent de lait. »

Merci pour ces remèdes traditionnels de Russie et de France ; qui évoquera pour nous ce qui se pratiquait en nos contrées ? Quels étaient les remèdes en vigueur, les prières prononcées, les rituels respectés pour protéger ou pour soulager les enfants ?

Madame Olga Dessart Demonceau, de Neuville-en-Condroz, a consulté, dans sa bibliothèque, un ancien livre qui connut un phénoménal succès il y a quelques décennies : « Le Médecin des Pauvres » ; voici ce qu’elle y a relevé au sujet des convulsions et de l’épilepsie.

« Traitement spécial : pendant au moins un mois, faire prendre au malade, trois et même quatre fois par jour, une tasse de valériane additionnée d’une cuillerée à bouche de sédatif calmant anti-nerveux. Après chaque repas, une tasse de thé Peyronnet.

Le matin, au saut du lit, des graines de longue vie (N.D.L.R. déjà évoquée dans La Petite Gazette) . Prix de chaque boîte avec instructions : 2fr50. Le sédatif calmant anti-nerveux coûte franco 4fr75. Mandat ou timbres à MM. Féron et Beauvilard, directeurs-propriétaires de l’ancienne maison Peyronnet, 21 rue de Lyon et 32 rue Crémieux à Paris.

Traitement général :  1° Les repas doivent être simples et sans exitants. 2° Les légumes devront être très cuits. 3° Les petits repas intercalés devront être radicalement supprimés. Comme boisson, du vin blanc, léger, avec moitié eau, de la bière ou du lait ; pas de thé, pas de café.

Autre traitement spécial : Des milliers de personnes lui doivent leur guérison. Outre ce qui précède, avant chaque repas, boire un verre à Bordeaux de vin que l’on prépare avec le mélange tonique dans lequel on aura soin d’ajouter une cuillère à bouche de liqueur péruvienne. Dans les cas de grande surexcitation nerveuse, donner, matin et soir, une ou deux cuillerées à bouche de sédatif calmant anti-nerveux.

Nous expédions volontiers ces produits à toutes personnes qui veulent bien nous les demander. Prix : mélange tonique, franco 2fr75. Liqueur péruvienne, le flacon franco en gare : 3fr75. Sédatif calmant anti-nerveux, franco en gare 4fr75. A l’adresse déjà citée ci-dessus » Rappelons, c’est important, que ces informations proviennent d’un ouvrage en vogue au début du siècle !

Ma correspondante termine son courrier en interrogeant le docteur Lebrun et tous les lecteurs au sujet de la Nucléosine des Chartreux. Qui a déjà entendu parler de ce produit recommandé pour être fort et robuste ? J’attends vos réponses avec impatience.

La Petite Gazette du 20 décembre 2000

LES CONVULSIONS ET LES MOYENS DE S’EN PRESERVER

   Sous ce titre, nous avons, grâce à vous, récolté déjà de bien intéressantes informations. Vous vous passionnez pour ce sujet et vous vous montrez prolixes ; ne changez rien à cette excellente habitude.

Une aimable lectrice de Vielsalm vient compléter notre collection de remèdes :

« Contre les convulsions, on peut obtenir les colliers de l’enfant Jésus de Prague chez les religieuses de Tongres (rue du château d’eau à 3700 Tongres). Ce collier est mis au bébé à la naissance (nouer long !) et ne doit jamais être enlevé. L’enfant perdra ce collier tout seul. La petite fille de ma voisine l’a perdu à l’âge de quatre ans, on n’a jamais su où ! Il faut verser une petite contribution aux religieuses, il y a huit ans c’était 60F. J’ignore combien c’est aujourd’hui ! »

Merci Madame pour votre renseignement qui sera certainement utile à plus d’une lectrice et plus d’un lecteur.

Ma lectrice, qui nous a expliqué, il y a quelques mois, avoir des dons pour guérir, a, bien entendu, voulu contribuer à l’appel lancé dans cette rubrique ; voici ce qu’elle nous propose :

« Pour les convulsions, dans le temps passé, on mettait un petit sachet contenant du camphre sous l’oreiller de l’enfant ; on en épinglait également un à sa chemise. Pour ma part, poursuit-elle, quand je soigne un enfant nerveux, je fais des prières à saint Gilles, à sainte Ghislaine, sainte Geneviève et sainte Julienne. Il existe aussi un cordon qui est donné par des Sœurs en France ; je ne puis malheureusement remettre la main sur l’adresse où il faut s’adresser. »

Peut-être que quelqu’un, en lisant ces lignes, se rappellera posséder cette fameuse adresse…

Un grand merci à mes correspondantes pour leur utile contribution. Bientôt, dans ces colonnes, nous envisagerons les vertus du saindoux, employé en médecine populaire. Merci également à Mme Mathilde Verdin, de Verlaine Tohogne, et à M. Joseph Tonka pour la communication du remède recherché par Mme Habsch.

La Petite Gazette du 3 janvier 2001

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

   Ainsi que je le pressentais, ce sujet fait partie de ceux qui vous passionnent et à propos desquels vous souhaitez obtenir un maximum d’informations. Monsieur le Professeur émérite docteur Yvan Lebrun, de Champlon, a fait le même constat et nous ouvre, à nouveau, sa riche documentation sur le sujet :

« En plus du gaillet jaune ou caille-lait, mentionné dans ma précédente intervention, on avait recours jadis à une série d’autres plantes censées guérir ou prévenir l’épilepsie. Ainsi l’on utilisait des branches et feuilles de gui ; pour qu’elles fussent réellement efficaces, il fallait, disait-on, qu’elles aient été coupées sur un chêne à la nouvelle lune et qu’elles n’aient pas touché le sol avant leur utilisation.

Pour éviter les convulsions, on recommandait aussi les infusions de fleurs de la passion, de fleurs de thym serpolet ou de racines séchées de pétasite.

Depuis l’Antiquité, les décoctions de racines de pivoine passaient pour posséder des vertus anti-épileptiques. Afin de prévenir les convulsions, certains parents faisaient porter à leurs enfants un collier fait de graines ou de racines de pivoine. Celles-ci devaient avoir été récoltées par une nuit sans lune.

Comme ces traitements par les plantes n’apportaient, au mieux, qu’une amélioration passagère, les croyants priaient les saints pour obtenir une guérison définitive. En Wallonie, on implorait tout spécialement saint Ghislain. Dans le nord du pays, on demandait plus particulièrement l’intercession ou la protection de saint Corneille. Dans la Forêt de Soignes, près de Bruxelles, existe encore une petite chapelle dédiée à ce saint (en néerlandais : Cornelius). Un écriteau placé sur le devant de la chapelle dit : « st Corneille, pape et martyr, protecteur contre les crampes, la paralysie, l’épilepsie. »

convulsion

En attendant de découvrir d’autres informations dues à la plume experte du Dr Lebrun, je me fais son interprète pour vous demander de me faire parvenir, à son intention, tout ce que vous savez sur les multiples appellations dont on se servait, dans les divers patois de Wallonie, pour désigner le mal caduc ou la male passion ou encore le mal sacré, c’est-à-dire l’épilepsie.

La Petite Gazette du 10 janvier 2001

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR

    Comme promis dans notre édition précédente, nous nous plongerons dans les propos de M. le professeur émérite Dr Yvan Lebrun, de Champlon, qui a la gentillesse de nous ouvrir largement sa documentation relative aux convulsions et à l’épilepsie ;

« On avait aussi recours à l’hellebore. Il semble que cette plante ait surtout été utilisée comme vomitif ou purgatif. On cherchait par ce moyen à débarrasser le malade d’un excès de phelgme, que l’on tenait pour responsable des crises d’épilepsie. Le phlegme était, dans la pensée médiévale, l’une des quatre humeurs ou fluides essentiels du corps humain. Ces humeurs devaient être présentes dans des proportions bien définies. Tout excès de l’une d’elles risquait d’entraîner des maladies. Une quantité anormalement élevée de phlegme provoquait, croyait-on, les crises d’épilepsie.

Au Grand duché de Luxembourg, et plus spécialement à Echternach, on invoquait saint Wilibrord, un moine irlandais qui avait fondé le monastère que nous connaissons encore. Dans certaines régions de France, on implorait saint Jean ; l’épilepsie y était d’ailleurs souvent appelée « mal (de) Saint-Jean ». Mon éminent correspondant conclut son courrier en vous lançant un appel : « J’aimerais beaucoup savoir, m’écrit-il, de quelles appellations on se servait, dans les divers patois de Wallonie, pour désigner le mal caduc ou la male passion ou encore le mal sacré, c’est-à-dire l’épilepsie. En fin, je ne connais malheureusement pas la nucléosine des Chartreux à propos de laquelle Mme Dessart Demonceau aimerait obtenir des indications. »

J’espère de tout cœur que les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette (je pense particulièrement à M. Lamborelle et à ses collaborateurs) pourront venir en aide à  M. le Dr Lebrun.

Mme Mathieu-Dessart, de Modave, vient de me contacter à nouveau pour m’apporter quelques éléments précisant le moyen d’obtenir le cordon préservant les enfants des convulsions et dont elle nous parlait il y a quelque temps. Il suffirait d’écrire, de la part de Mme Warnotte, de Miécret, à cette fin à l’adresse suivante : aux Sœurs de l’Hospice des Hauts Buts, 08800 France. (N.D.L.R. J’aimerais néanmoins, si c’était possible, que quelqu’un me confirme cette adresse qui me semble incomplète).

La Petite Gazette du 7 février 2001

A PROPOS DES CONVULSIONS ET DU MOYEN DE LES PREVENIR…

    Grâce à vous, nous avons établi une ébauche d’inventaire de  moyens curatifs ou préventifs mis en œuvre en cas de convulsions ; nous avons également beaucoup parlé d’épilepsie. Parmi les renseignements glanés, certains étaient incomplets et, là encre, vous avez cherché à nous aider au mieux en essayant de découvrir les informations manquantes. Monsieur Michel Riga, d’Aywaille, vient au secours de Mme Mathieu-Dessart : « Je me suis renseigné sur place à l’Hospice des Hauts Butés, dans les Ardennes françaises. L’adresse exacte se trouve être :

Hospice des Hauts Butés

Les Hauts Butés

F – 08800 Monthermé

   Malheureusement les sœurs ont quitté l’établissement qui est, actuellement, une maison de retraite privée. »

J’avais, par ailleurs, reçu, précisément de Mme Mathieu-Dessart, le numéro de téléphone de l’établissement, mais au vu de ce qui précède, il ne me semble pas utile de le mentionner dans ces colonnes. D’autant plus que M. Riga me signale qu’il a laissé ses coordonnées sur place et que s’il  reçoit la nouvelle adresse de ces Sœurs, il ne manquera pas d’en tenir informés les lecteurs de La Petite Gazette. Un grand merci pour tous ces efforts consentis. Selon les renseignements obtenus par Mme Mathieu-Dessart auprès de Mme Warnotte, de Miécret, les Sœurs qui s’occupaient, autrefois, de cet hospice étaient des Sœurs de l’Assomption.

    Dans un domaine très proche, il vous avait été demandé de nous aider à recenser les appellations wallonnes utilisées pour désigner l’épilepsie. Monsieur Lamborelle n’a pas été long à répondre à cette question. Il est vrai qu’elle est tout à fait dans ses cordes !

« A Bastogne et à Houffalize, on dit « toumer dins on mâ » ou « toumer dins l’mâ di sint djîle » ; dans le Namurois, on utilise les expressions suivantes : « tchaîr dins on mau » ou « tchaîr dins on saqwè » ou encore « awè li mau sint djîle ». A Liège, on dirait plutôt : « toumer d’on mâ » ou « toumer di grand mâ » ou « toumer di mâ d’sint » ou encore « toumer d’on mâ » ou enfin « toumer di s’maclote ».

LES METS OUBLIES…

La Petite Gazette du 2 mai 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… ET VOUS ?

   Monsieur Roland Meuprez, de Gouvy, m’écrit pour évoquer un mets qui lui a été proposé il y a bien longtemps : « J’ai souvenir d’avoir mangé un « bèt » plutôt proche d’un flan donc je pense qu’il était préparé cuit avec des œufs. Jean Haust, dans son Dictionnaire liégeois, définit ce mot ainsi « bèt ou  : m. terme rural. – premier lait de la vache qui vient de vêler ;

– espèce de mets que l’on fait en cuisant, avec du sucre, ce lait (ou ordinairement celui de la deuxième ou troisième traite) {dérivé de l’ancien français beter (se figer) comme l’ancien français bet, d’où le français béton}. L’un ou l’autre lecteur possède-t-il des souvenirs à ce sujet ? Existe-t-il des recettes précises du bèt ? » A ces questions de M. Meuprez, j’ajouterai les miennes : quelles vertus accordait-on à ce mets ? A qui le destinait-on ?

La Petite Gazette du 16 mai 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… ET VOUS ?

   Il y a quinze jours, M. Roland Meuprez, de Gouvy, vous interpellait à propos du « bèt » ou «  », plat qu’il se souvenait avoir mangé avec plaisir il y a bien longtemps et, très vite, son appel a fait réagir Mme Léona Biet, d’Awan-Aywaille, que je remercie chaleureusement pour sa régulière collaboration à La Petite Gazette.

« Je me souviens, étant jeune, d’avoir mangé du « bê ». Quand une vache était prête à vêler, une de nos voisines demandait à mes parents de lui garder la deuxième traite, que d’habitude on jetait. Elle disait que c’était pour faire du «  ». Elle attribuait à cet aliment de hautes qualités énergétiques et disait qu’il n’y avait rien de pareil pour avoir une bonne santé. Un jour, maman a gardé une partie du lait afin de goûter ce met inhabituel. Elle a vidé le lait dans un casserole qu’elle a déposée sur la plate-buse du poêle pour faire cailler le lait. Le lendemain, il était caillé  et, dans le fond du récipient, se trouvait un dépôt ressemblant très fort à du flan. On a vidé le liquide qui surnageait et recueilli le «  » dont nous avons garni nos tartines que nous avons saupoudrées de sucre fin. Cela n’a pas été très apprécié et l’expérience n’a pas été renouvelée. »

D’autres lecteurs nous feront-ils le plaisir de nous conter les souvenirs qu’ils ont conservés de ce plat oublié ?

La Petite Gazette du 22 mai 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… ET VOUS ?

   C’est au tour, aujourd’hui, de Mme Marie-Jeanne Renard-Cornet, de Hives, de nous communiquer ses souvenirs à propos du « bèt ».

« Je me rappelle que, dans mon enfance, notre voisine âgée possédait une vache. A chaque naissance d’un veau, c’était pour elle une fête que de confectionner le bèt. Le deuxième jour, elle prenait le lait rosé et gluant ajoutait un peu de farine et de sucre ce qui formait une espèce de flan. Elle avait invité notre instituteur au goûter. Celui-ci était très nåreûs , comme on disait en patois, c’est-à-dire qu’il était vite dégoûté. Quand il y eut termine, « C’était bien bon Marie ! » « Savez-vous ce que vous avez mangé ?  et bien, c’était du bèt ! » Il s’est lancé dehors et a remis tout son repas en disant que, jamais, il ne mangerait plus du bèt. »

Un grand merci à cette aimable lectrice pour cette plaisante anecdote.

Je n’ai pas encore reçu la moindre information pour ce lecteur à la recherche de la marche à suivre pour produire une boisson pétillante à base de sève de bouleau… Qui viendra à son aise ? Comme d’habitude, je compte sur votre gentillesse et votre propension à rendre service ou à faire plaisir et vous en remercie d’avance.

La Petite Gazette du 6 juin 2001

DES LECTEURS SE SOUVIENNENT DE METS OUBLIES… et vous ?

L’eau de bouleau

   Enfin, grâce à une communication de Monsieur Louis Langen, de Haute-Bodeux, voici des informations sur l’eau de bouleau :

« Pour conserver l’eau de bouleau, outre le moyen moderne de congélation (poche à glaçons par exemple), l’adjonction de quatre à cinq clous de girofle par litre de ce liquide se montre efficace. » Mon correspondant poursuit son courrier par une très utile recommandation « par reconnaissance respectueuse et pour ne pas commettre de délit forestier, bouchon donc le trou d’écoulement après récolte de l’eau de bouleau (cheville, silicone…) ».

Merci à Monsieur Langen pour ses bons conseils, j’espère, avec lui, qu’ils seront strictement observés.

Le « bê »

Vous avez encore été nombreux à me communiquer vos souvenirs relatifs au «  » et la confrontation de vos témoignages  se montre particulièrement intéressante.

Madame Adèle Hubin, d’Embourg, m’écrit qu’elle s’est décidée à nous parler du «  » qu’elle connaît très bien et depuis longtemps (elle est octogénaire). « mes parents étaient ardennais, ils habitaient Rondu (Remagne). Mon père s’appelait Hubert Hubin et ma mère Céline Goergette, ils tenaient une petite ferme. J’étais toute petite, mais je me rappelle qu’ils faisaient du «  » et que l’on mettait cela sur nos tartines. Nous étions neuf enfants à la maison, le «  » ressemblait beaucoup au flan comme goût et nous aimions tous cela. »

Monsieur Raoul Rutten, de Romsée, nous parle de ce « plat, savoureux s’il en est. Le «  » est un plat réalisé au départ du troisième lait de la vache vêlée. Ce lait est additionné de sucre et de vanille. Il est ensuite mis au four tel quel dans un plat en grès émaillé, où sa cuisson fera durcir le colostrum qu’il contient. On peut y ajouter un œuf si la quantité de colostrum est plus faible (un lait moins riche par exemple ou une quatrième traite). (…) En ce moment encore, les éleveurs plus âgés préparent ce met savoureux d’une part mais également très nourrissant, si l’on sait qu’il est consommé au moment des vêlages, soit, le plus souvent, durant les mois d’hiver. On disait « avec un pot de bê, on peut aller contre le vent du Nord ». J’en ai personnellement consommé de manière régulière et j’invite les lecteurs à en faire de même. »

Monsieur Norbert Minguet, de Kin, m’écrit à propos de « cette merveille qu’on appelle le «  » fait, par sa maman, avec le lait de la deuxième traite après le vêlage. Il faut mettre le lait à tiédir dans une terrine avec du sucre, de la vanille, de la cannelle (bâton). Mélanger de temps en temps pour que le lait soit bien homogène. Le mélange est ensuite mis au four légèrement chauffé ; le lait s’épaissit et prend l’aspect d’un flan, le dessus en est doré. Il se déguste chaud ou froid. »

Madame Irène Baum, de Vielsalm, nous communique la recette de sa maman ; vous allez constater qu’elle est tout à fait différente de celles parues jusqu’alors : « On prend le deuxième lait d’une vache fraîchement vêlée, le troisième si le précédent est encore trop rouge. Ce lait, le colostrum, sert à purger l’organisme du bébé, bête ou homme. Il paraît que le «  » est plein de vitamines. Passer le lait dans une étamine car il est souvent sale. Le mettre à cuire au bain marie avec du sel, du poivre, des feuilles de laurier. Mélanger un peu au début, puis laisser cuire jusqu’à obtention d’une consistance très épaisse. Manger froid. Pour moi, c’est délicieux… j’ignore si sucré c’est aussi bon. »

Un immense merci à toutes et à tous.

La Petite Gazette du 13 juin 2001

DES METS OUBLIES… L’EAU DE BOULEAU

   Une lectrice  Tenneville, correspondante depuis longtemps de La Petite Gazette, nous confie des recettes qu’elle a extraites, notamment, de l’ouvrage de Jean Valnet, La phytothérapie .

« Au printemps, on scie une branche de bonne taille pour fournir 4 à 5 litres par jour. Mise en bouteilles, elle devient pétillante. On peut y ajouter 5 clous de girofle par litre et du sucre (facultatif). »

Dans un autre ouvrage (Jean Palaiseul, Nos grand-mères savaient) : « Avant le développement des feuilles, on perce un trou avec une petite vrille dans le tronc des jeunes arbres en pleine croissance et on y enfonce une paille par laquelle s’écoule la sève recueillie dans un récipient couvert d’un linge pour filtrer. Pour ne pas épuiser l’arbre, on ne récolte que quelques jours, deux ou trois. Puis on rebouche avec une cheville en bois. Le liquide se conserve soit en le stérilisant ou en y ajoutant 6 clous de girofle et un peu de cannelle. 4 à 6 cuillerées par jour.

Pour le vin pétillant et sucré : en mettant la sève dans un récipient, on y ajoute du miel, des raisins secs plus de la sauge et du thym. Après un mois, mettre en bouteilles. On obtient les mêmes résultats en employant les feuilles au printemps. »

Monsieur G. De Meyer, de Boncelles, nous a également transmis son mode opératoire.

« Au printemps, attendre que les feuilles se forment et placer les tuyaux à plus ou moins 1,50 mètre du sol, c’est, paraît-il, l’endroit par lequel l’arbre « saigne » le plus fort. C’est pendant la nuit que la sève redescend et elle abondante par temps chaud. Lors de la récolte, mettre la sève en tourie dans un endroit frais pour éviter la fermentation (une cave par exemple). Lorsque la tourie est pleine, la monter dans un local où la température est plus élevée pour provoquer la fermentation (garage ou véranda par exemple), mais veillez à abriter la tourie du soleil. Mettre 16 litres de sève dans une tourie de 20 litres. Ajouter 2 kg de sucre cristallisé fondu dans 3 litres d’eau et le verser dans la tourie lorsqu’il est refroidi. Ajouter le jus d’un kilo de pommes Golden (extrait à la centrifugeuse). Lorsque la tourie est remplie jusqu’au goulot, placer le barboteur. Nettoyer les impuretés plusieurs fois par jour suivant la densité de fermentation jusqu’au moment où les impuretés restent au fond de la tourie. Mise en bouteilles : prendre des bouteilles à champagne, attendre que la fermentation diminue. Rincer les bouteilles qui doivent être humides lors du remplissage. Laisser 4 à 5 cm. du bord du goulot, les bouchonner et mettre un fil de fer car la pression peut atteindre 36 kilos ! mettre les bouteilles en cave, le goulot légèrement relevé. Attendre 6 mois avant de déguster, mais le boire dans l’année. Je vous souhaite pleine réussite. »

Un grand merci à cette lectrice et à ce lecteur pour leurs précieux conseils qui, j’en suis persuadé, viendront bien à point non seulement à Monsieur Jean  Laurent, de Les Tailles, mais aussi à beaucoup d’autres.

Quelques idées pour les prochaines Journées du Patrimoine (9 -10 et 11 septembre 2016)

Durant ce deuxième weekend de septembre, vous ne saurez où donner de la tête tant les propositions de découvertes sont nombreuses. Ci-dessous quelques idées d’activités en Ourthe-Amblève où nous pourrons nous retrouver.

A N-D de Dieupart, à Aywaille, le vendredi 9 septembre, dès 19h3O pour le vernissage d’une exposition qui précèdera la conférence qui j’y donnerai et la présentation de la dernière publication de mon ami Etienne Compère.

Le samedi à 10h30 et à 14h30, je vous accueillerai en cette même église pour vous la faire visiter et vous permettre d’y découvrir les multiples facettes, secrets et traces étonnantes de son riche passé.

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Le samedi 10 septembre, je vous attends, à 20h., au château de Rahier (Stoumont) pour vous proposer un exposé consacré à la petite histoire des églises et des chapelles du Pays de saint Remacle. Vous pourrez attendre cette conférence en dégustant une bonne fricassée (sur réservation, voir ci-dessous).

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Enfin, le dimanche 11 septembre, à 15h., c’est en l’église de Trou de Bra (Lierneux) que je serai heureux de vous entretenir de l’histoire des églises et de la piété populaire de jadis dans les villages de la commune de Lierneux.

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C’est avec impatience que je me réjouis de vous rencontrer lors de ce weekend où notre patrimoine est en fête.

René Henry

UN HÔPITAL DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE (MAI 1944- JUILLET 1945)

La Petite Gazette du 5 décembre 2012

L’HOPITAL DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE EN JUIN 1945

Monsieur Francis Roufosse, de Marche-en-Famenne, est également un de ces lecteurs n’hésitant jamais à partager ses découvertes avec La Petite Gazette. Aujourd’hui, il nous présente un témoignage relatif à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

« Je me permets de vous présenter un petit recueil de photos trouvé sur une brocante.

La couverture porte le titre suivant, imprimé en rouge : « Croix Rouge de Belgique – Hôpital Auxiliaire n° 13 – Marche-en-Famenne 1945 » ; il est daté du 16 juin 1945 et contient une douzaine de grandes  photographies collées montrant des vues intérieures de l’établissement hospitalier. En effet, à partir du 23 mai 1944, au lendemain du bombardement catastrophique du train de munitions à Marloie, la Croix Rouge a occupé les locaux de l’Institut Notre-Dame de Marche, et ce jusqu’à fin juillet 1945.

La couverture du livret porte des signatures à l’encre, dont certaines plus lisibles que d’autres : Reine Glasmacker, A. Brasseur, Collin Albert, G. Charlier, Doppagne, M. Roufosse (le même patronyme que le mien ; c’est ce qui m’a interpellé).

hôpital marche

Sur une photo de groupe d’une soixantaine de personnes, j’ai cru reconnaître, au centre, l’ancien docteur Ledoux (surnommé le médecin des pauvres et père du docteur Philippe Ledoux, décédé dernièrement).

hôpital marche 2

Sur une autre vue, on distingue un tableau où sont inscrits à la craie des noms (malheureusement en partie cachés par les têtes des infirmières) : « Salle n°1 : Melle Glasmaker, Minette Jacquemin, Pola Fontaine, Van der Stappen, Roufosse… Salle n°2 : Mme Dormal, Melle Bodart, Melle Rondeau, Verbrugge, Gillet… Econome : Melle de Villermont. Salle d’opération : Dr Duckerts, Dr Gillet, Dr Van Dooren, Dr Cohrs, Melle de Geyter… » etc.

hôpital marche 3

Si ces noms ou ces photographies pouvaient éveiller quelques anciens souvenirs auprès de « survivants » ou de leurs descendants, ce serait magnifique ! » D’avance, un grand merci

La Petite Gazette du 9 janvier 2013

A PROPOS DE CET HOPITAL  DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE EN JUIN 1945

Monsieur Francis Roufosse, de Marche-en-Famenne, nous en a parlé dernièrement en illustrant son propos d’intéressantes photographies. Aujourd’hui, il revient sur le sujet avec un témoignage qu’il a récolté grâce à l’évocation publiée dans La Petite Gazette.

« Dernièrement, m’écrit-il,  j’ai eu un entretien téléphonique très intéressant avec Monsieur C. d’Aisne qui m’a dit avoir séjourné dix semaines en 1945 dans cet hôpital de fortune.

croix rouge marche

Voici ce qu’il m’a relaté : «J’avais 10 ans à l’époque. Suite à l’explosion d’un détonateur,  j’avais eu la main gauche arrachée et comme les hôpitaux des alentours étaient tous surpeuplés,  j’ai été dirigé vers l’hôpital de Marche et ensuite vers celui du pensionnat des sœurs de Notre-Dame.

Il y avait environ 160 lits, le tout disposé sur les trois étages de l’établissement. Moi-même, je  séjournais  au dernier étage «à côté de la gouttière». Je me souviens que la grande salle était partagée en deux (les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, comme à la messe), le tout séparé par une grande tenture qui vraisemblablement était le grand rideau de la salle de spectacle. Je me souviens aussi d’un certain docteur Duckerts.

croix rouge marche 2

Les religieuses qui s’occupaient de l’hôpital étaient très gentilles et, du fait que j’étais plein de vitalité, elles tâchaient de m’occuper comme elles le pouvaient ; par exemple en me faisant découper de grandes bandes de gaze que je repliais pour les transformer en pansements. Ceux-ci étaient ensuite stérilisés par les infirmières.

Lorsqu’il faisait bon, le personnel infirmier sortait tous les brancards à l’extérieur pour faire profiter les malades de la chaleur bienfaisante du soleil. Ma distraction préférée était aussi de voir les  pompiers de Marche venir nettoyer leurs camions et remplir leurs citernes à l’aide de grands tuyaux qu’ils plongeaient dans la Marchette.

On n’allait pas se promener du côté du Fond des Vaulx, mais en face de l’hôpital, en passant devant un grand crucifix, on empruntait souvent un petit sentier qui grimpait le long du talus jusqu’à la ligne de chemin de fer.

Beaucoup de blessés arrivaient de tous les coins. Même du côté de Malmedy ou de Saint-Vith. Et comme beaucoup ne parlaient que l’allemand et… le wallon (!), les infirmières m’appelaient alors et c’est moi qui servais d’interprète ! »

 

AVANT LE FRIGO, LA GLACIERE…

La Petite Gazette du 2 mars 2011

QUI SE SOUVIENT DES GLACIERS ?

Monsieur F. Petit, de Petit-Houmart, qui vous pose la question ne s’intéresse pas aux marchands de crème glacée mais à ceux qui apportaient, dans de grands sacs de toile de jute, de grands morceaux de glace destinés à rafraîchir les étals des bouchers par exemple.

Mon correspondant aimerait que vous lui parliez de ces livreurs de glace. D’où venaient-ils ? Qui livraient-ils ? Comment la glace était-elle transportée ? Jusqu’à quand leur commerce connut-il des débouchés ? Quand et qui fit appel à eux dans nos régions ? Y a-t-il eu chez nous des fabriques de glace à rafraîchir ? Comme d’habitude, tout nous intéresse et j’espère que vous aurez à cœur de nous renseigner sur ce sujet.

La Petite Gazette du 16 mars 2011

AU SUJET DES GLACIERES D’HIER

Monsieur R Wautriche, Comblain la Tour, se souvient très bien de l’ère des glacières et a l’amabilité de partager ses souvenirs avec La Petite Gazette. Je sais que cela fera très plaisir à Monsieur F. Petit, de Petit-Houmart, qui a sollicité vos souvenirs sur le sujet.

« Mes parents ont tenu une crémerie, rue St-Léonard à Liège de 1936 à 1972, ce magasin sous la pression des grandes surfaces devint petit à petit un magasin d’alimentation générale.
Le magasin fut équipé jusque vers 1965 d’une armoire frigo d’environ 2m sur 2 et de 60 cm de profondeur. Elle était constituée de 4 compartiments (75 cm sur 100) répartis sur 2 étages de part et d’autre d’une armoire centrale (200 cm sur 50) dont l’intérieur était recouvert de zinc.
Ce compartiment central était destiné à recevoir des blocs de glace qui avaient la forme d’un parallélépipède de 25X20X100 cm environ. (N.D.L.R. Je retrouve bien là toute la précision de mon ancien professeur de mathématique…)

Un livreur, qui se fournissait à Seraing passait quotidiennement proposer la glace. La consommation allait d’un bloc tous les deux jours en saison froide à un ou deux blocs en été. L’eau de fonte de la glace allait directement dans le système d’évacuation des eaux usées du bâtiment. Toutes les parois de l’armoire avaient environ 10 cm d’épaisseur et contenaient un isolant dont j’ignore la nature. Le prix du bloc de glace était de 14 Fb dans les années 60.

Le frigo contenait le beurre, la margarine, certains fromages, des boissons et les denrées du ménage. L’armoire fut remplacée par un réfrigérateur électrique et je peux l’avouer, puisqu’il y a maintenant prescription, finit sa vie en pièces détachées dans la Meuse voisine.

Pour l’anecdote j’ajoute encore que j’avais apporté en 64 pour un cours de physique à l’Athénée Liège 2 un morceau de bloc de glace pour faire l’expérience de la glace coupée par un fil métallique et qui regèle immédiatement après le passage du fil. »

Monsieur Christian Godard, de Nandrin, a lui aussi des souvenirs précis. Il les évoque pour nous en nous transportant dans un commerce tout différent : la brasserie :

 « Mon grand-père Henri Godard, né en 1905, et mon père Eugène, né en 1923, ont repris, en 1947, un commerce de bières à Andenne, ils sont devenus à cette époque <<Dépositaires pour la Brasserie Piedboeuf >>  Quant à moi, je suis né en 1949 et j’ai également exercé ce métier de 1968 à 1978. J’en reviens maintenant à ce qui nous intéresse soit : les glaciers.

A l’époque où j’étais gamin (il y a quelques semaines à peine !), on ne connaissait pas encore les refroidisseurs à boissons électriques transportables. Il en existait déjà, je me souviens en effet de la marque << SEM >> mais ceux-ci étaient très lourds et étaient placés uniquement dans les cafés ; chez les cafetiers bien sûr qui avaient les moyens financiers de les acheter et ceux qui également croyaient que peut-être <<c’était l’avenir >>

De nombreux cafetiers possédaient donc des glacières souvent en zinc, dans ou à proximité de leur comptoir, qui quelquefois comportaient deux cuves séparées par une paroi, dans une des cuves, on  plaçait les bouteilles à refroidir et dans l’autre des blocs de glace, la paroi métallique laissait passer le froid mais empêchait la glace d’entrer en contact avec les bouteilles pour ne pas mouiller celles-ci lorsqu’elle fondait; ce réservoir à glace comportait également un petit robinet de vidange pour évacuer la glace fondue.

Pour les cafetiers qui débitaient déjà la bière à la pression et qui ne possédaient pas non plus de refroidisseur électrique, il existait des glacières dans lesquelles se trouvaient au fond 1 ou 2 serpentins en fonction du nombre de pompes, qui étaient à l’époque en étain et on plaçait sur ces serpentins des blocs de glace pour refroidir la bière.

Quant à la fabrication de ces blocs de glace, dans les années 50 et 60, il y avait à Namur la   << Brasserie Delforge >> qui a depuis disparu, qui était un gros dépôt de la Brasserie Artois de Louvain. La brasserie Delforge disposait d’une très grande installation pour la fabrication de blocs de glace qui étaient stockés à la sortie de fabrication dans de très grandes chambres froides. Cette brasserie Delforge possédait également un petit dépôt de vente de boissons à Andenne ainsi qu’une chambre froide où étaient stockés les blocs de glace ramenés de Namur dans une glacière placée sur un petit camion. J’ignore combien de blocs pouvait contenir cette glacière mais elle était quand même relativement grande car elle occupait la largeur du camion soit plus ou moins 2 mètres et devait mesurer plus d’un mètre de côté et de hauteur. Je me souviens du livreur de chez Delforge prénommé Alex qui faisait sa tournée tôt le matin pour livrer les blocs de glace chez les cafetiers (peut-être aussi chez les bouchers ou d’autres commerçants mais de cela, je ne m’en souviens pas)

De notre côté, en qualité de négociants en bières, nous possédions des glacières et pompes volantes (c’est-à-dire transportables, mais les pompes étaient lourdes !) utilisées dans les différentes festivités de notre région d’Andenne et nous allions donc acheter nos blocs de glace au dépôt Delforge à Andenne. »

Un immense merci pour ces premiers témoignages, je puis, d’ores et déjà, vous en annoncer d’autres.

La Petite Gazette du 30 mars 2011

LES GLACIERES… VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Madame Jeannine Xhenseval, d’Aywaille, a conservé le souvenir d’une petite anecdote liée à ces glacières d’hier :

« Je sais que la « fabrique » de glace se trouvait rue des Pitteurs à Liège et qu’elle a fonctionné jusque dans les années 1960. Elle produisait les blocs de glace qui étaient ensuite fournis aux bouchers et dans les cafés notamment. Lorsqu’on a opéré ma petite sœur des amygdales, on m’a envoyée chercher de la glace chez le boucher pour la lui faire sucer. »

Madame Marie Grignet, d’Esneux, se souvient du frère de son grand-père qui était marchand de blocs de glace :

« Je me souviens très bien de l’un de ces marchands de glace : le frère de mon grand-père Henri Cerfontaine. Nous le rencontrions régulièrement rue Haute Sauvenière, rue très commerçante dans les années 1930. Il s’appelait Martin Cerfontaine et ne manquait jamais de me donner une pièce de 25 centimes pour aller m’acheter une chique. Je ne l’ai jamais oublié. Il faisait partie d’une famille de onze enfants, neuf garçons et deux filles. Si ma mémoire de 87 ans ne me fait pas défaut, il transportait de gros et lourds blocs de glace d’environ 50cm X 30 cm X 30cm, enveloppés dans une rude toile de sac ; il les prenait sur une charrette couverte tirée par un cheval et les transportait sur son épaule. Ses parents avaient élevé leur famille du côté de Ste-Foy, où le père était cordonnier. Ils avaient aussi de la famille à Dalem. Mon grand-père, quant à lui, était ouvrier tourneur à la S.N.C.B.

Il y a quelques années, lors de Journées du Patrimoine je pense, on nous a montré d’anciens trous ou fosses profondes et maçonnées qui servaient à stocker la glace ou la neige en hiver. Quelqu’un pourra-t-il me dire si cela a un rapport avec le commerce de glace ? »

Monsieur Lucien Sadzot, de Noiseux, se souvient d’un glacier à Marche-en-Famenne qui fabriquait des blocs de glace (100 cm X 20 cm X 20 cm) et qui était installé rue des Tanneurs. Selon mon correspondant, c’est dans les années 1958 ou 1959 que le commerce disparut, victime des frigos ! Ce marchand de glace, Felix Larondelle, desservait principalement les cafés et son installation serait toujours en place.

La Petite Gazette du 6 avril 2011

ENCORE A PROPOS DES MARCHANDS DE BLOCS DE GLACE

Quelques précisions m’ont été apportées par des lecteurs soucieux de les partager avec vous. Monsieur Christian Godard précise ce qu’il nous a déjà appris :

« Monsieur Wautriche, de Comblain-laTour, parle d’une armoire frigo utilisée dans la crèmerie de ses parents rue St-Léonard à Liège. Je reviens sur les propos que je vous ai transmis concernant les glacières de brasseries, l’isolant à cette époque était du liège (en tout cas dans les glacières que nous utilisions). »

Madame Marie Depret, quant à elle, informe les lecteurs désireux de compléter leurs informations, qu’elle a découvert sur internet  un petit historique sur les activités de la brasserie Delforge de Namur.

Voici l’adresse du site :users.skynet.be/artemisia/brie17eme7.htm

Monsieur Jean Nivarlet, Secrétaire communal honoraire de Clavier, évoque, quant à lui la remarquable glacière du château d’Ochain et me transmet la copie d’un intéressant article de Vers l’Avenir daté du 15.09.1992 rappelant que cette année-là, à l’occasion des Journées du Patrimoine, on procéda à l’inauguration de l’ancienne glacière, entièrement restaurée.

Cette glacière, qui sera classée le 22 janvier 1993, est remarquable à plus d’un point. Elle n’est pas située, comme c’est souvent le cas, dans les sous-sols du château mais à quelques centaines de mètres de là, à flanc de coteau, et à proximité d’un étang. Elle couverte d’une remarquable et étonnante toiture mixte constituée d’une voûte recouverte d’argile et protégée par une toiture octogonale.

Abandonnée pendant plus d’un demi-siècle, cette glacière a fait l’objet d’une totale restauration. E. Chefneux, dans son remarquable « Ochain, les vies d’un château » (1998) nous apprend que : « A Ochain, dès les premières gelées, les bûcherons du château venaient sur l’étang gelé et débitaient, à l’aide de scies à grandes dents, des blocs de glace qui étaient transportés et empilés dans la glacière, ensuite arrosés ce qui permettait d’homogénéiser les stocks (environ 200 m³). »

Le dernier coupeur de glace du château d’Ochain, M. A Duchesne, de Clavier, confiait, en 1995, qu’il avait effectué cette tâche jusque dans les années 1930 et qu’il se souvenait d’une épaisseur de glace sur l’étang pouvant aller jusqu’à vingt centimètres !

Un grand merci à vous tous qui prenez la peine de répondre aux questions qui vous sont adressées et qui, de cette façon, transmettez un savoir précieux.

Très prochainement, j’évoquerai, grâce à un passionnant envoi de M. Robert Nizet, de Vielsalm, la glacière de Hermannmont à Vielsalm.

La Petite Gazette du 13 avril 2011

LA GLACIERE DE HERMANMONT

Comme promis la semaine dernière, voici quelques précieuses informations sur la glacière de la propriété de Rosée à Hermanmont, Vielsalm. Merci à Monsieur Robert Nizet grâce à qui je puis vous transmettre ces informations que, tout d’abord, je puise dans une étude rédigée par M. Charles Legros à l’occasion de l’inauguration de la glacière restaurée lors des Journées du Patrimoine en septembre 1995.

« La cuve de la glacière de Hermanmont est assez particulière. Elle est cylindrique, ce qui est inhabituel, mais le fond n’est que partiellement maçonné : après un rétrécissement du pourtour, nous trouvons simplement de la terre battue, sans aucun aménagement. Le plafond de la cuve est formé de voussettes de briques soutenues par des poutrelles d’acier. Le mur cylindrique est en moellons de schiste salmien et les briques ont été façonnées à Rencheux : des matériaux typiquement locaux.

La hauteur totale est de cinq mètres, le plafond se situant à 2,5 m. au-dessus du seuil de la porte. La capacité totale est de 55m³ dont 25 sous le seuil de la porte.

(…) la glace à conserver était prélevée sur les étangs de la vaste propriété de Hermanmont. Elle était découpée avec de grandes scies. D’après des témoignages oraux, l’étang du Tiennemesse était le plus exploité : il est peu profond (à peine plus d’un mètre) ; le fond en est garni de « jetées » parallèles de gros moellons qui le traversent de part en part (…) De tradition, ce sont les gens de Ville-du-Bois qui assuraient le transport par tombereau )à cheval.

La glace était utilisée pour rafraîchir des préparations diverses. Elle n’était toutefois pas mélangée directement aux boissons, par exemple. N’oublions pas que c’était l’eau d’un étang ! Parfois, un Salmien malade, pour atténuer ses souffrances, recevait des glaçons : on m’a cité un cas de péritonite soulagé de cette manière. La meilleure « procédure » était de « demander à Madame la Baronne ». Cet épisode se passait en 1920. »

Monsieur Nizet dans un article intitulé « La propriété de Rosée à Hermanmont (Vielsalm) : grandeur et décadence » publié in Glain et Salm, Haute Ardenne n°35, nous apprend que : « Le principe de la glacière était simple et on en trouvait presque partout en Belgique, en général à proximité des châteaux ou, comme à Spa, des hôtels. Il s’agit d’une construction, enterrée et isolée le mieux possible. Dans le fond, un système d’évacuation des eaux vers un puits perdu permet de conserver la glace prélevée aux étangs voisins jusqu’en été. La glacière permettait de présenter à table glaces, sorbets ou autres préparations et se montrait utile pour l’élaboration de compresses médications diverses.

La Baronne de Rosée écrivait le 6 août 1914 : « J’ai été interrompue par les dames Beaupain qui venaient voir si j’avais encore un peu de glace pour une pauvre dame qui vient d’avoir une attaque d’apoplexie » L’auteur rapporte que cette glacière a été prise pour une chapelle par des Allemands qu’on y vit s’agenouiller et y prier en 1918… Un grand merci à Monsieur Nizet.

ET CELLE DE MARCHE …

Monsieur Francis Roufosse, quant à lui, évoque, d’après un texte de M. Jacques Rossignon, la glacière de Marche-en-Famenne.

« Dans la rue des Tanneurs à Marche-en-Famenne (ancienne rue des 3 Bombes), on peut encore apercevoir aujourd’hui un ancien bâtiment en briques portant sur sa façade une inscription à moitié effacée : « aplatisseur d’avoine ». Cet ancien moulin à eau fut vendu en 1929 à M. Rouffin, lequel le transforma en glacière, y fabriquant des blocs de glace de trente kilos qui étaient ensuite utilisés par des restaurateurs, bouchers, poissonniers, cafetiers, fermiers, marchands ambulants de crème glacée pour assurer la bonne conservation de leurs produits. A la mort de M. Rouffin en 1939, la succession de l’entreprise fut assurée par M. Déom, propriétaire de l’Hôtel de la Cloche. Après la seconde guerre mondiale, Félix Larondelle et son épouse, surnommée « la petite Maria », vont reprendre la glacière et la moderniser.

glace 1

C’était devenu une véritable petite industrie, équipée d’un gros compresseur à ammoniac des Ets Lebrun de Nimy, mû par un puissant moteur électrique. Le gaz obtenu était amené par des tuyaux vers un grand bac métallique rempli de saumure qui était ainsi maintenue à une température de -18°C. De grands moules en métal épais, hauts d’un mètre et remplis d’eau, étaient amenés dans le bac de saumure grâce à un palan accroché à un rail, lequel pouvait transporter huit moules à la fois. La cuve de saumure recevait ainsi 150 moules qui y trempaient pendant une douzaine d’heures. Deux démoulages étaient opérés chaque jour : à 5 heures du matin et dans l’après-midi à 17 heures. Les blocs étaient alors transportés sur l’épaule, emballés dans de la jute, jusqu’à la camionnette de Félix qui les attendait pour entreprendre sa tournée. Selon leurs besoins, les clients achetaient plusieurs blocs, mais souvent aussi un demi-bloc. Un pic permettait de couper la glace pour l’amener à la dimension souhaitée. Félix Larondelle s’était constitué une très belle clientèle. Au volant de sa camionnette, il livrait de nombreux commerçants marchois, mais également de Jemelle, Saint-Hubert, de toute la vallée de l’Ourthe, de Barvaux à Houffalize et à Bastogne, dont la laiterie consommait régulièrement de 60 à 70 blocs. Toutes les petites laiteries de la région comptaient d’ailleurs parmi sa clientèle. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes… Et puis, vers 1963, avec l’arrivée sur le marché des frigidaires et autres appareils électriques de refroidissement, Félix Larondelle sentit le vent tourner et, en bon visionnaire, il prit la décision de cesser son activité « avant d’y perdre ses culottes » !

Et les années sont passées, mais encore aujourd’hui, tous se souviennent de « la petite Maria » qui tenait une petite épicerie derrière l’Hôtel de Ville. Son rayon friandises était en permanence assailli par des bandes de galopins en manque de bonbons et de « chiques » ou encore de « babeluttes ».

glace 2Et toujours, Maria les accueillait avec sa bonne humeur et sa verve légendaire… » Vous en souvenez-vous ? Merci à vous de si bien nous renseigner sur ces réalités d’hier.

 

 

 

 

La Petite Gazette du 20 avril 2011

ENCORE QUELQUES INFORMATIONS SUR LA GLACIERE DE LA RUE DES PITTEURS

Madame Maryse Schillings, de Poulseur, se souvient de la glacière de la rue de Pitteurs à Liège : jusqu’en 1988, elle et son époux étaient membres actifs de la confrérie des Vignerons du Petit Bourgogne à Sclessin. Cette confrérie organisait toutes les années à Pâques un grand week-end gastronomique dans les locaux du château de Slessin. Pour conserver les huîtres au frais, on avait besoin de gros blocs de glaces fournis dans les années 80 par cette glacière qui fonctionnait toujours.

Les blocs étaient transportés dans des bassines (Des « tines » … vous savez, celles-là mêmes dans lesquelles on se lavait, enfants, au coin de la cuisinière à charbon) et livrés par le propriétaire de la glacière, M. Robert Coolman, qui aujourd’hui est toujours en pleine forme. Il faut croire que le froid conserve !

La cour de cette glacière est rebaptisée chaque année « Place du Tertre » à l’occasion des fêtes du 15 août en Outremeuse.

La Petite Gazette du 27 avril 2011

AU TEMPS DES MARCHANDS DE BLOCS DE GLACE

Monsieur Alain Charlier me transmet cette photographie qui illustre parfaitement plusieurs souvenirs réunis à propos de ces marchands de glace d’hier… et plus spécifiquement de cette glacière, maintes fois évoquée, de la rue des Pitteurs à Liège.

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Il m’indique simplement : « cette photo d’époque prouve, s’il en était besoin, que le métier existait déjà du temps du transport hippomobile… »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

IL ACHETAIT DES BLOCS DE GLACE ET VENDAIT DE LA CREME GLACEE…

Les différentes interventions sur les glacières d’un jadis encore très proche ont poussé M. D. Libert, de Hony, a nous parler de son papa et à nous présenter cette jolie photo.

« Avant la guerre de 1940, j’ai bien connu le marchand de blocs de glace que l’on appelait Monsieur Glacemaker. Mon père, Georges Libert, fabriquait de la glace, de la crème glacée, selon la recette d’un ancien glacier italien de Liège. Il allait la vendre dans Hony et à Fèchereux, dans les campings. Comme le montre cette photo, prise, avant-guerre, au barrage de Hony. Papa attachait sa charrette à glace à son vélo pour faire la tournée des campings.

glace 4

Pour faire sa crème glacée, à l’époque, mon père avait fabriqué l’ancêtre du frigo. C’était une petite pièce carrée, avec un bac en briques pour y déposer les blocs de glace apportés de Liège. L’intérieur de ce bac en briques était tapissé de liège, le couvercle également, afin de bien conserver les blocs de glace. Une cuve en métal servait pour faire la crème glacée à l’intérieur même de ce bac.

Après la guerre, M. Dessart, de Liège, nous installera une « glaçonnière » frigidaire pour garder la charcuterie et le fromage vendus dans le magasin. »

LE BATTAGE DE LA FAUX

La Petite Gazette du 6 octobre 1999

LE REBATTEMENT DE LA FAUX

Ce geste traditionnel, aujourd’hui disparu, est encore chargé de souvenirs et d’émotion pour M. José Polet, de Sprimont.

« Le rebattement d’une faux avait ses rites et ses règles. Tout d’abord, le rebatteur sortait sa boîte de tabac à chiquer (li bwète al role) et il découpait une bonne chique (ine tchique) qu’il s’empressait de mettre en bouche et de mastiquer comme s’il s’agissait d’un chewing gum. Vous saurez bientôt pourquoi.

Ensuite, il choisissait une portion de sol relativement dure et sèche, afin d’éviter l’humidité du sol (li crouwin). Il pliait un sac de jute en qutre (ine bacce) qui lui servirait de siège (in’achat lisez in’acha). Enfin, il s’installait de manière à recevoir la clarté du soleil (li djoû) du côté droit.

Une fois bien installé, il plantait l’enclumeau (li bat’mint) au moyen de la penne du marteau (d’elle pène dè martê). Laissez-moi vous préciser, ajoute M. Polet, que ces deux outils étaient fabriqués par le forgeron du village et qu’ils ne servaient qu’à ce seul usage.

faux

 M. Erasme Polet, le papa de M. José Polet, occupé à « r’batte si få »

Sur la photo, précise mon correspondant, vous ne voyez pas le troisisème élément des « bat’mints ». Il s’agit d’une lanière de cuir (côrê) qui permettait d’attacher ensemble les deux autres éléments, de manière à pouvoir les porter pendants sur l’épaule.

Voyez, sur la photo, la bonne manière de maintenir la faux : bien à l’horizontale, calée entre le coude et la jambe légèrement relevée.

Le rebattement se faisait à petits coups avec la tête du marteau (li tiesse dè martê). Il fallait éviter d’échauffer (d’eschâfer) la lame, sous peine de détremper (distrimper) l’acier. Il fallait donc humecter (mouyî) la lame, sans trop changer de position. C’est à ce moment qu’intervenait la chique de role (li tchike di role), les anciens batteurs crachaient leur salive sur la faux. »

Tous mes remerciements pour ce témoignage dont la remarquable précision et la photo l’illustrant nous permettent de réellement « voir » comment s’y prenait le batteur!

La Petite Gazette du 2 février 2000

LE BATTAGE DE LA FAUX

    « Lisant avec attention, chaque semaine, La petite Gazette, je voudrais, m’écrit Monsieur Fernand Hotia, de Tinlot,  apporter une information concernant les enclumes pour le battement des faux. Par ma profession de jardinier en château, j’ai employé la faux et, inévitablement, j’ai dû la remettre en état de coupe par le battement avec l’enclume. Occupé un certain temps au Château de la Chapelle, à Limont-Tavier, j’ai côtoyé deux grands spécialistes en la matière, pour ceux qui s’en souviennent, je cite Victor et Joseph Frenay, de Limont. Avant les tondeuses actuelles, ils parvenaient à un résultat de coupe extraordinaire. Avec leurs conseils, j’ai donc appris à battre la faux avec l’enclume traditionnelle. Mais, dans les années 1946-1947, est arrivé à Xhos-Tavier, Monsieur Mathieu Thewissen , avec sa petite famille originaire du pays de Herve. Il a véritablement étonné le monde agricole de la région et apporté une nouvelle manière de faire quant à l’entretien et la conduite des pâturages qui, à son exemple, devenaient des exemples à suivre. En plus, nous l’avons beaucoup apprécié pour sa convivialité et sa philosophie de la nature.

Il apportait aussi une petite révolution dans le domaine de l’enclume. Celle-ci se caractérisait par une surface qui correspondait à la largeur qu’il fallait battre sur la faux. Je joins le dessin de cette enclume, qui m’a gentiment été prêtée par son fils, M. Noël Thewissen.

Faux 1

 

 

 

 

 

 

 

Pour ma part, poursuit Monsieur Hotia, je l’ai employée et, après quelque temps d’exercice, c’était parfait. Est-ce que cette enclume était propre au pays de Herve ? Ou était-ce le fruit d’une réflexion sur une technique de M.  Mathieu Thewissen ? En tout cas, il fallait, à mon avis, en parler. Il s’agit peut-être d’un outil démodé aujourd’hui, mais combien fut-il utile, à l’époque,  à tant de faucheurs de talent ! »

    Il est éminemment intéressant de se pencher sur ces gestes de jadis, sans le témoignage de ceux qui ont fait ces gestes, le souvenir même de leur seule existence est compromis à terme.

En son temps, Monsieur Max-Léon Jadoul nous avait fait parvenir la photographie que je vous propose maintenant, est-ce que les enclumes présentées sont les mêmes que celles dessinées par M. Hotia ?

 Faux 2

    Qui se souvient des enclumes importées du pays de Herve ?  Où furent-elles employées ? A partir de quand ? Quels étaient leurs avantages par rapport à l’enclume traditionnelle ? Tout ce que vous savez nous intéresse, partagez vos souvenirs avec nous.

 La Petite Gazette du 1er mars 2000

LE BATTAGE DE LA FAUX, UN GESTE  QUE TOUT LE MONDE N’A PAS OUBLIE !

   Les informations transmises, il y a quelques semaines, par Monsieur Hotia m’ont valu, comme je m’y attendais, pas mal de courriers vraiment très intéressants que j’ai plaisir à partager avec vous tous.

Madame Dessart-Demonceau, de Neuville-en-Condroz, me dit être « une fille de ferme du beau pays de Herve, c’était à Bolland et c’était l’usage dans le temps, dès mon plus jeune âge. »

« Mon père, m’écrit-elle, m’a appris à battre la faux sur exactement la même enclume que celle de la photo représentée dans La Petite Gazette. Pour ce faire, on enlevait la lame du manche et, de la main gauche, on tenait l’extérieur de la lame. Avec un marteau, tenu de la main droite, la lame posée le tranchant sur l’enclume, on frappait à petits coups, en finissant par l’extérieur, tout en la faisant glisser de gauche à droite et de droite à gauche jusqu’à l’obtention d’un tranchant égal à celui d’un rasoir. Si mes souvenirs sont bons, cela devait durer une bonne demi-heure.

Cette enclume était très courante au pays de Herve et comme il y avait beaucoup de fenaisons, « pays vert oblige », on remettait souvent le travail sur l’enclume. Le pays étant vallonné, le cheval tirant la faucheuse ne pouvait aller partout, c’est donc la main de l’homme qui faisait le travail. Bien des années plus tard est arrivée la jeep et, à sa suite, le tracteur, mais l’enclume servait toujours.

Pour conclure, quelqu’un pourra-t-il me dire si Monsieur Thewissen, évoqué par Monsieur Hotia, ne pro   venait pas de St-Remy ou des environs d’Aubel quand il est venu habiter Tavier ? »    Si quelqu’un détient ce renseignement, ce serait vraiment très aimable de nous le communiquer. D’avance, merci.

Monsieur Ivan Mahy, de Comblain-la-Tour, se souvient lui aussi de cette enclume servant au battage de la faux.

« J’avais six ou sept ans, après la guerre 40 – 45, et je me rappelle que Jules Godefroid, de Comblain-la-Tour, ainsi que le fermier Victor Masson, tous les deux décédés, se servaient de cette enclume pour battre leurs faux. Le marteau qui est sur la photo n’est pas assez gros, car celui dont se servaient Jules et Victor devait peser environ un kilo, il était petit et fort pansu, avec une penne d’environ un centimètre d’épaisseur.

Les anneaux, visibles sur le corps de l’enclume, servaient à la maintenir durant le travail en empêchant qu’elle ne s’enfonce dans le sol. J’ai toujours vu les deux enclumes liées ensemble par un bout de corde. Je pense que l’enclume avec la petite penne devait servir à retendre la faux. En  effet, la faux avait un bord d’une largeur de 1,5 cm côté manche et environ 1 cm du côté de la pointe de la faux ; ce bord servait à retendre la lame de la faux, car, à force de battre la lame, elle se détendait.

Enfin, je me souviens encore que celui qui battait la faux trempait régulièrement la Faux 3penne de son marteau dans un mélange d’eau et de vinaigre ; le même mélange que celui utilisé lors de l’aiguisage à la pierre. Il trempait la pierre dans un gossait, m’écrit M. Mahy,  ce petit bac en bois que le faucheur portait à la ceinture, mais qui pouvait être enfoncé dans le sol car la pointe, sous le récipient, le maintenait droit. » (N.D.L.R. Jean Haust parle quant à lui du cohî ou gohî, le coffin dans lequel le faucheur porte li pîre di fâs.)

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur José Polet, de Sprimont, qui, en octobre dernier, nous avait proposé une si belle photographie de son papa battant sa faux, tient à nous apporter de nouvelles précisions après avoir découvert l’enclumeau décrit par M. Hotia.

« Cet enclumeau doit être d’origine allemande ; lors de la débâcle après 14- 18, des Allemands firent halte à Lincé, à la ferme où mon père travaillait. Ils manquaient de pain pour eux et de pitance pour leurs chevaux faméliques. Ils déchargèrent un char de matériels divers dont il n’avait plus l’usage : beaucoup de fil barbelé, des pelles, des bêches, des haches et un lot d’outils divers, dont un enclumeau du type décrit dans La Petite Gazette.

En échange, ils exigèrent une fournée de pains pour eux-mêmes, de l’avoine et du fourrage pour leurs chevaux. De plus, ils réquisitionnèrent deux chevaux et un conducteur, ce fut mon père. D’une seule traite, ils effectuèrent le trajet de Sprimont à la frontière allemande, dans la région de Waimes.

     Voilà pourquoi, je pense que l’enclumeau dont nous parlons est de fabrication allemande. Pour l’avoir manipulé, je puis affirmer qu’il s’agissait d’un outil de très bonne facture, de type industrielle. »

Merci à vous toutes et à vous tous qui essayez de rassembler un maximum d’informations sur tous les sujets que nous abordons dans cette chronique.

La Petite Gazette du 29 mars 2000

LE BATTAGE DE LA FAUX

Presque toujours, et c’est très bien ainsi, la publication d’un témoignage ou d’un avis sur l’un des sujets évoqués est génératrice de nouveaux courriers. Suite aux explications de Mme Dessart-Demonceau au sujet de la fenaison au pays de Herve, Monsieur Lucien Bourgraff, de Gouvy, m’adresse les précisions suivantes :

« Au pays de Herve, le temps de la fenaison était en avance de plus ou moins 3 semaines sur notre région, ce qui permettait à de petits fermiers de  chez nous, bons faucheurs à la faux, d’aller gagner un peu de cet argent dont ils avaient tant besoin. Un cousin de mon père, Nicolas Lentz, et l’un de ses voisins, René Kayls, allaient ainsi, chaque année, faucher à Soiron, chez un fermier dont j’ai oublié le nom. Je ne me souviens plus s’ils emportaient enclumes et faux ou si, sur place, ces outils étaient fournis par l’employeur.

Il y avait des enclumes à tête carrée et plate. Nos faucheurs en possédaient qui n’avaient que la largeur de la batée de la faux. Le marteau utilisé devait rester bien plat et, pour cette raison, ne servait à aucun autre usage. »

Comme s’il avait voulu illustrer les propos de M. Bourgraff, Monsieur Gaston Hankard, de Aye, m’a fait parvenir une photographie de la panoplie du faucheur.

Faux 4

Cette photo nous montre, de gauche à droite, l’enclumeau (supportant un coin de hêtre destiné à recaler la faux si nécessaire), la clé de faux, la pierre à aiguiser, le coffin et le marteau à manche court. (N.D.L.R. Cette photo a été publiée dans La Petite Gazette, durant l’été 1995.)

Un grand merci à mes correspondants pour leur contribution à la sauvegarde de tous ces souvenirs.

UN AVION SUR LE MONUMENT AUX MORTS DE LOMPREZ-WELLIN…

LE MONUMENT AUX MORTS DE LOMPREZ –WELLIN

Monsieur Philippe Hamoir, d’Esneux, a été interpellé par ce qu’il a découvert sur ce monument rencontré au gré de ses pérégrinations. Naturellement, il vous interroge à ce sujet.P1170141[2]

« Taillé dans la pierre, ce monument aux morts de Lomprez (Wellin) représente un avion vraisemblablement en difficulté. Aucune inscription ne donne de précision à ce propos, pas plus que les noms des victimes et combattants inscrits sur le monument. Peut-être les lecteurs de La Petite Gazette pourront-ils éclairer ma lanterne?

Dès la réception de cette demande, j’ai interrogé un des grands spécialistes de l’aviation militaire de la seconde Guerre Mondiale, monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, qui, immédiatement, a entamé une recherche dont il nous livre les résultats :

« Le monument de Lomprez-Wellin, avec dans en centre le bas-relief d’un avion en difficulté, nous rappelle en effet un événement dramatique qui s’est produit dans la nuit du 16 au 17 avril 1943. Non seulement quatre aviateurs y ont perdu la vie, mais aussi quelques villageois ont payé de leur vie le fait d’avoir hébergé clandestinement le seul aviateur survivant de cet équipage de cinq hommes.

Dans le centre de Lomprez (commune de Wellin) on trouvera un monument patriotique avec dans son centre un avion monomoteur en piqué. Ce bas-relief commémore le souvenir des quatre aviateurs, victimes de la chasse allemande, tombés en avril 1943 à Froid-Lieu/Sohier.

420 RCAF Sqn badge

Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 avril 1943, le Bomber Command la Royal Air Force avait une double mission à accomplir. D’une part 327 bombardiers étaient expédiés vers les usines de Skoda armements à Pilzen enTchécoslovaquie. En parallèle, Mannheim, une grande agglomération industrielle au bord du Rhin, était l’objectif de 271 autres bombardiers. En même temps, 11 bombardiers larguaient des tracts au-dessus de la France. L’effort britannique se soldait par la perte de 54 bombardiers sur les 609 engagés, soit 8.9 % des forces engagés, un niveau de pertes dramatiquement élevé et jamais atteint jusqu’à ce jour.

Un de ces bombardiers s’est écrasé entre Froid-Lieu et Sohier (communes de Wellin). Il s’agit du bombardier bimoteur Vickers Wellington, immatriculé HE682 (PT-T), appartenant au 420 « Snowy Owl » Squadron canadien de la Royal Air Force. Le seul survivant a été fait prisonnier de guerre, tandis que les quatre autres membres d’équipage y ont trouvé la mort. Trois de ces hommes reposent à Heverlee, tandis que le 4e repose au petit cimetière communal de Froid-Lieu.

Bombardier Vickers Wellington

A 21hr14, (heure locale britannique, donc 22hr15 chez nous), ce bombardier avait décollé de sa base aérienne à Middleton-St-Georges en Angleterre. Il était un des appareils de l’armada de 271 bombardiers qui avait Mannheim en Allemagne nazie comme objectif, mais ce bombardier n’a jamais atteint son objectif. En effet, à peine 45 minutes après son envol, et environ au-dessus de la frontière franco-belge, le bombardier a été intercepté par l’ennemi. Un Messerschmitt Bf-110 piloté par Oberfeldwebel Erich Rahner du 3./NJG4 (Staffel 3 du Nachtjagdgeschwader 4, basé à Florennes) a attaqué le Wellington de front à 4500 mètres d’altitude. En quelques secondes, le nez de l’avion se transformait en un fourneau incandescent. Les flammes se propageaient le long du fuselage et les ailes. Soudainement, une aile se détachait et l’avion se retournait, descendant en spirale vers le sol. Dans sa chute, le bombardier a aussi perdu son deuxième moteur. Le bombardier s’est écrasé au lieu-dit « Fagne », entre Sohier et Froid-Lieu, mettant en feu un petit bois de résineux. Il était à ce moment 23 hr, heure locale.
Rapidement, une centaine de villageois se sont précipités vers le lieu du drame, mais une légère explosion et la chaleur du feu les empêchait de s’approcher plus encore de l’épave et ils durent se mettre à l’abri. Heureusement par eux, car une deuxième déflagration, beaucoup plus importante, projetait des débris dans un périmètre de 200 mètres autour de l’épave, tout en laissant un important cratère. Ces explosions s’expliquent par le fait que l’avion n’avait pas atteint sa cible et que tous les explosifs se trouvaient encore dans sa soute à bombes.
Le lendemain, tôt au matin, les Allemands sont arrivés et, très vite, ils ont hermétiquement bouclé tout le secteur du crash. Le pilote allemand est lui aussi descendu sur place pour confirmer et revendiquer son « kill ». Les villageois ont reçu la mission de rechercher les dépouilles des aviateurs, mais ils n’en ont découvert que trois. Le corps de la 4e victime a été projeté bien loin de l’épave lors de la 2e grosse déflagration de bombes et sa dépouille n’a été découverte par des villageois que plusieurs jours après les faits.Un menuisier de Wellin lui a fabriqué un cercueil et le corps a par la suite été enseveli au cimetière communal, contrairement aux trois autres qui avaient déjà été enterrés à Saint-Trond.
Les Allemands ont enlevé les bombes et les munitions qui n’avaient pas encore explosé. Ensuite, ils scrupuleusement rassemblé tout ce qui restait du bombardier britannique. Les débris ont été chargés sur un wagon de chemin de fer à Rochefort et, par la suite, évacués vers une décharge (« Beutekamp ») à Nanterre où les métaux étaient triés, fondus et recyclés. Le cratère a été rebouché et nivelé, mais une légère dépression est longtemps restée perceptible.
Sgt Kenneth T.P. Allan, un Canadien, mitrailleur de la tourelle de queue, a réussi à s’extraire de l’avion en parachute et il futle seul à survivre. Il doit sa survie au fait qu’il se trouvait dans la queue de l’avion au moment de l’attaque frontale du chasseur de nuit de la Luftwaffe. Il a réussi à s’évader et il a été hébergé, pendant 7 semaines, dans une famille à Baronville (Beauraing). Lors de sa prise en charge par des agents de la résistance pour préparer son extradition vers l’Angleterre, il a été dupé par un agent double (un espion allemand infiltré dans les réseaux clandestins) et la Gestapo l’a arrêté à Charleroi. Il a passé le reste de la guerre comme prisonnier de guerre au Stalag 357. Il a survécu à sa captivité et il est retourné en Ontario après la guerre.

La famille qui avait discrètement hébergé l’aviateur allié a payé le prix fort : arrêtés le 7 juin par la Gestapo, les parents ont été emprisonnés, interrogés sous la torture et condamnés à mort. Le père ainsi qu’un de ses amis et un agent secret ont été fusillés au stand du Tir National de Bruxelles. La mère a péri dans le camp de concentration de Ravensbrück. Leurs deux fils adolescents ont été incarcérés dans un institut disciplinaire en Allemagne jusqu’à leur libération en 1945 par les Alliés.
Les quatre membres d’équipage morts dans le crash sont:
Flight Sgt Lawrence Melville  Horahan, R/127784, pilote, 23 ans, un Canadien de Toronto.
Flight Sgt James EarlIsaacs, R/124524, navigateur, 35 ans, un Canadien de Burin/Newfoundland.
Sgt Horace Stanley PullenRadford, 1206438, opérateur radio, 34 ans, un Anglais de Hounslow.
Initialement enterrés à Saint-Trond, ces trois hommes reposent désormais au cimetière communal de Heverlee.

Tombe Froid-Lieu (3)Sgt Lester Kenneth Plank, R/113191, navigateur, 21 ans, un Canadien de Bluffton/Alberta. Il repose au cimetière communal de Froid-Lieu (Sohier, commune de Wellin). Son corps a été retrouvé plusieurs jours après et bien loin du lieu du drame puisqu’il avait été projeté loin de l’épave par l’explosion. Un menuisier de Wellin lui a fabriqué  un cercueil et le corps du Canadien a par la suite été enseveli au cimetière communal. Voilà la raison pour laquelle le Sgt Lester Plank ne repose pas à Heverlee à côté des autres victimes du crash.

Le livret de bord du Sgt Plank montrait qu’il n’avait que trois mois de service opérationnel avant son décès, et seulement 15 heures de vol dont 8 heures de nuit. Avant sa mission fatidique du 16/17 avril 1943, il avait participé et accompli trois missions : Kiel le 4 avril, Frankfort le 10 avril, Stuttgart le 14 avril, et il trouva la mort lors de sa 4e mission.

A Froid-Lieu, dans la Rue Alphonse Detal, et non loin de l’église, on tombe sur un monument en pierre naturelle sur lequel est fixée une plaque commémorative portant l’inscription « Tombe de Guerre du Commonwealth-Commonwealth War Grave ». Ce petit mémorial renseigne les passants sur la présence de la sépulture du Sgt Plank dans le cimetière communal.

Infos complémentaires :
1. Ofw Erich Rahner a totalisé un score de six avions abattus durant la guerre. Son grade, Oberfeldwebel, était le plus haut rang du sous-officier allemand.
2. Stalag (« Stammlager ») 357 était un camp de prisonniers de guerre, situé près de Bad-Fallingbostel, une ville d’Allemagne du Basse-Saxe situé entre Hambourg et Hanovre

 

Recherche et synthèse réalisées, avec la précieuse contribution du Musée de l’Air au Cinquantenaire, Bruxelles, par Rik Verhelle, à 6941 Bomal-sur-Ourthe       

LA SOCIETE D’AUTOBUS BURNAY-COMBES A FORRIERES

Un chercheur britannique, Mr John Smith, fait appel à vos souvenirs et à vos documents pour compléter une recherche qu’il mène sur cette société d’autobus de Forrières.

Avec MM. Alain Canneel et David Ullens, deux fidèles de La Petite Gazette, Mr John Smith a dressé un historique succinct de cette société:

« La gare de Forrières fut ouverte en 1858.  A la même époque, les communes d’Ambly et de Nassogne furent reliées à Forrières par une malle-poste, exploitée par la famille Pellegrin, propriétaire de l’hôtel du même nom face de la gare de Forrières.

Au début de 1923, un service régulier d’autobus Forrières – Ambly-Nassogne fut confié par la commune à Maurice Burnay, originaire de Fauvilliers. Ce service, une des premières lignes d’autobus en Belgique,  remplaça la malle-poste. Maurice Burnay épousa Anna Pellegrin, avec qui il prit plus tard la gestion de l’Hôtel Pellegrin.  Il commença aussi un service d’autobus Forrières–Jemelle et d’autres lignes plus tard pour le compte de la SNCB.

nassogne bus

Cette photo de l’arrêt de l’autobus à Nassogne date approximativement de 1925.

En 1934, Maurice Burnay et ses frères ont gagné une grosse somme à la Loterie coloniale.  Maurice  a utilisé sa part pour acheter son premier autocar. Deux hangars pour autobus et autocars furent construits à droite de l‘Hôtel Pellegrin.

A l’exode de 1940, Maurice, sa femme et leur fille unique, Marie-Thérèse, ont fui avec au moins un des bus vers un village près de Montpellier, y exploitant même une ligne locale.  Pendant leur séjour en France, Marie-Thérèse rencontra un Français, André Combes et l’épousa. Lors leur retour en Belgique, après la libération, André seconda son beau-père Maurice dans son entreprise, puis lui succéda.

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Forrières – place de la gare – vers 1960

La firme conserva la dénomination Burnay-Combes jusqu’à sa reprise en 1991 par la s.a. Lambert-Bozet de Neufchâteau (Groupe Penning).  Cette dernière a toujours un dépôt à On, y exploitant des services liés par contrat à la TEC. »

Pour compléter et illustrer son travail, Mr John Smith est à la recherche de photographies des autobus et autocars de cette firme durant la période 1930 – 1970. Pourrez-vous l’aider ? D’ores et déjà, ce correspondant britannique vous remercie de votre précieuse contribution à sa recherche.

Voici le document transmis par M. J. Paquet  (voir commentaire ci-dessous)

NASSOGNE TICKET

La parution de cet appel aux lecteurs dans l’édition « papier » de La Petite Gazette du 17 août 2016 a attiré l’attention de Monsieur Luc Gabriel. Ce lecteur me permet de vous proposer de découvrir les documents ci-dessous:

En effet, m’écrit-il :« Je connais cette société car mon père en a été le gérant durant de nombreuses années, j’espère que ces documents pourront enrichir quelque peu les recherches de Mr Smith et, si jamais je fais d’autres trouvailles, je vous les ferai parvenir.

Bus burnay 1

Bus Burnay 2

Bus Burnay 3

Bus Burnay 5

Bus Burnay 4

Monsieur Maurice Trembloy, de Hargimont, a eu l’extrême gentillesse d’extraire de son incroyable collection de cartes postales de Nassogne, les deux intéressants documents que je puis vous présenter aujourd’hui.

cartes

 En outre, mon correspondant nous communique cette information :

« J‘ai connu quatre chauffeurs des bus BURNAY, dans les années 1960.

Il s’agit d’André Combe, de nationalité française, de Charles Dermience (décédé), de Florent Bouchat (décédé), de Joseph Gabriel (décédé) et de François Hardenne
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Monsieur Maurice Trembloy m’a également raconté cette anecdote qu’il tient de son beau-père, qui fut sabotier.

« Au lendemain de la guerre, quand un bus Burnay ramenait au village un prisonnier de guerre qui rentrait via la gare de Forrières, le chauffeur indiquait la présence du soldat dans son bus en accrochant un drapeau aux couleurs nationales à son pare-choc.

Un habitant du village grimpait dans le clocher de l’église pour appréhender le plus rapidement possible l’arrivée du bus et de son passager tant attendu. Dès qu’il apercevait le drapeau, il faisait alors résonner les cloches de l’église afin que la population se rassemble pour accueillir l’enfant du pays qui rentrait après sa longue captivité. »

Un grand merci à M. Trembloy pour ses précieuses informations et ses intéressants documents.