Vient de sortir… IL FALLAIT FAIRE QUELQUE CHOSE! Une étude de Maurice Petit

LES AGENTS DE RENSEIGNEMENT ET D’ACTION SORTIS DE L’OMBRE

MAURICE PETIT – IL FALLAIT FAIRE QUELQUE CHOSE ! »

Sensibilisé par le rôle trop méconnu encore des Agents de Renseignement et d’Action durant la seconde Guerre Mondiale alors qu’il menait son excellente recherche, publiée en 2016, sur l’abbé Paul Désirant, Maurice Petit s’est alors lancé dans un extraordinaire et minutieux travail de mémoire pour mettre en lumière ces résistants de l’ombre.

Avec une rigueur digne d’un historien confirmé, Maurice Petit s’est attelé à la recherche, à l’étude et à l’analyse, selon les stricts critères de la critique historique, de très nombreux documents conservés dans divers dépôts : les Archives de la Sûreté de l’Etat, celles relatives aux nombreux groupements de résistance actifs en Belgique qu’a rassemblées le GEGES, Centre d’Etude et de documentation – Guerres et Sociétés contemporaines, mais également les documents du Notariat du Ministère de la Défense nationale, ceux de la Direction générale Victimes de guerre du SPF Sécurité sociale, ceux du Centre de documentation historique des Forces armées et du Musée royal de l’Armée, tout comme les archives détenues par le Service de la Matricule de la Police fédérale et celles de l’Evêché de Namur. Pour compléter son information, puisée aux sources les plus fiables, Maurice Petit eut de nombreux entretiens avec ces agents toujours en vie ou avec leurs descendants. En outre, l’auteur consulta une impressionnante liste d’ouvrages et de publications, dont La Petite Gazette, ayant traité de la résistance en nos régions.

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Suivant une démarche et une méthode de travail qu’il explicite utilement, Maurice Petit vous guide à la rencontre de 20 femmes et de 100 hommes ayant été officiellement reconnus ARA, Agent de Renseignement et d’Action, dans les communes De Hotton, La Roche-en-Ardenne, Marche-en-Famenne et Rendeux. Cette reconnaissance a été accordée à 18716 Belges, dont 1817 à titre posthume, au terme d’une longue, près de 10 ans, et minutieuse enquête menée par un des services de la Sûreté de l’Etat. Avec son « Il fallait faire quelque chose ! », Maurice Petit présente ces femmes et ces hommes, apparemment ordinaires, sous un éclairage spécifique, personnalisé et très humaniste qui suscite la réflexion personnelle : « Dans pareilles situations, qu’aurai-je fait ? ». Il fait sortir de l’ombre ceux qui, le plus souvent, y restèrent même après la guerre après avoir courageusement risqué leur vie durant le conflit. Ils ont été d’un extraordinaire secours, à la portée inestimable, dans le travail mené conjointement par le Gouvernement belge et les Etats majors alliés. Sans jamais se considérer comme des héros, en restant discrets même lors des réjouissances de la Libération, ces femmes et ces hommes ont « simplement » fait ce qu’ils estimaient devoir faire que nos libertés fondamentales soient recouvrées. Leurs témoignages sont révélateurs du regard humble qu’ils portent sur leurs actions : « Je notais seulement la composition des trains qui passaient… Je repérais les insignes sur les uniformes des soldats allemands que je croisais… J’ai transmis le plan que j’avais dressé du dépôt de munitions voisin… J’ai acheminé quelques courriers que je cachais dans le cadre de mon vélo…» Rien que des actions illégales aux yeux de l’occupant et qui leur faisaient risquer une arrestation, l’emprisonnement, la torture, la déportation ou la mort.

Alors que la plupart des ouvrages consacrés à la Résistance dans notre pays mettent en exergue les chefs de divers réseaux ou groupements, ce travail de Maurice Petit est radicalement différent : sans l’habituelle hiérarchisation, entre les groupements de la Résistance, il vous plonge dans le quotidien hors du commun de ces messieurs et mesdames « tout le monde » dont l’action force, à la fois, le respect et la reconnaissance.

Ce bel et très intéressant ouvrage, que je vous recommande chaleureusement, est édité par LuxNam et le FAM, Famenne & Art Museum ; il vous est proposé dans un grand format, 23 X 27 cm, relié et cartonné, il compte 352 pages, très élégamment présentées. Vous pouvez vous le procurer par un versement de 30 €, frais d’emballage et de port compris, sur le compte BE52 0011 4088 5809 de RUSRA LUXNAM à 5100 Wépion.

LE DYNAMISME DES CERCLES HISTORIQUES DE CHEZ NOUS ET LEURS NOUVELLES PUBLICATIONS

La Petite Gazette du 3 janvier 2018

LES ANNALES 2017 DU CERCLE HISTORIQUE MARCHE-EN-FAMENNE, HOTTON, RENDEUX

La Petite Gazette débute cette année 2018 avec la ferme intention d’encore vous faire découvrir de nouvelles facettes de notre riche passé régional et de son patrimoine sous tous ses aspects, du plus monumental ou plus discret. Pour rencontrer cet ambitieux  objectif, votre collaboration est encore et toujours indispensable; plus que jamais le partage de vos incroyables connaissances permettra de compléter la formidable collection de contributions rassemblées dans cette chronique depuis bientôt 20 ans. Merci pour votre indéfectible intérêt et merci pour votre implication.

Je désirais, en ces premiers jours de l’année nouvelle, rendre un hommage vibrant à l’extraordinaire dynamisme des cercles d’histoire locale de chez nous; aujourd’hui, je vous présenterai la nouvelle et magnifique publication du Cercle historique Marche-en-Famenne, Hotton, Rendeux asbl, célébrant 40 années d’histoire locale au travers de 124 pages très richement illustrées, aussi en quadrichromie, et idéalement mises en page. Les « plumes » habituelles, dont certaines sont bien connues des lecteurs de La Petite Gazette, proposent des articles admirablement documentés et vous menant vers d’étonnants horizons.

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Gilbert Vanbelle s’est penché sur l’histoire de Roy, de Lignières et de Grimbiémont, et de leurs églises et chapelle; dessins, plans et photographies viennent utilement soutenir un texte précis apportant d’intéressantes anecdotes. Avec l’étude de Philippe Annaert, c’est au coeur du duché de Luxembourg au XVIIe siècle que vous serez plongés à la rencontre des principaux pèlerinages évoqués dans les archives ardennaises. A cette époque, la promotion du culte est assurée par les nombreux témoignages des faits miraculeux relevés dans les sanctuaires et chapelles du duché. L’auteur s’attache principalement au site du monument du Saint-Sépulcre à Marche-en-Famenne grâce à un dossier, particulièrement riche en information, qu’a rédigé, en 1678, une commission diocésaine constituée alors par l’évêque de Liège. Vous glisserez ainsi vos pas dans ceux des pèlerins du ardennais du XVIIe siècle, simplement passionnant.

Jean-Louis Schmitz explore un autre aspect de la vie marchoise au XVIIe siècle en nous proposant de feuilleter avec lui un livre de raison soit une chronique familiale rédigée vers 1619 par le notaire Toussaint Gouffart (1573-1648) et donnant de bien intéressantes informations sur le quotidien à Marche-en-Famenne à la charnière des XVIe et XVIIe siècles que l’auteur a la judicieuse idée de replacer dans leur contexte historique général pour une compréhension optimale. Maurice Petit, quant à lui, nous livre une étude sur les prêtres de Hodister et de Gênes. Bien loin des simples listes que proposaient jadis les monographies villageoises, Maurice Petit nous donne une foule de détails sur ces desservants, leurs qualités certes mais surtout leurs petits « travers » ou habitudes étonnantes vu leur fonction… et cela va vraiment dans tous les sens. Etonnant et très intéressant.

André Collard et André Haquin vous plongent dans les premières semaines de la Seconde Guerre Mondiale à Marche-en-Famenne en suivant le « journal » tenu par Madame Julia Fisenne-Lecocq qui le commence par ces mots : « Mon journal pour mes enfants au cas où je ne les reverrais plus. 1940. Jeudi 9 mai. » Ce journal rédigé au crayon dans un agenda couvre 110 pages et aborde toutes les réalités quotidiennes des premières semaines de guerre, depuis l’exode vers la France d’une partie de sa famille jusqu’à leur retour le 20 juillet. Ce journal constitue une chronique locale très précise rendant de façon très humaine l’état d’esprit de ces temps troublés. Les Annales 2017 se complètent des rubriques habituelles : récit de l’excursion du Cercle, « De cent ans en cent ans, les années ’17 » et la remarquable contribution d’Erika Berger « Nous avons lu pour vous » vous présentant par le détail les nombreuses publications reçues par le Cercle.

Pour recevoir les publications du Cercle historique Marche-en-Famenne, Hotton, Rendeux, asbl, il suffit d’adhérer à l’association comme simple membre adhérent par le versement d’une cotisation de 20€ à verser sur le compte BE48 1420 6513 5727 du Cercle historique de Marche-en-Famenne, Hotton, Rendeux. Cette cotisation vous donne droit à la un exemplaire des Annales de l’année en cours. Pour acquérir les publications des années antérieures, il vous suffira de consulter le site http://cercle-historique.marche.be

 

La Petite Gazette du 10 janvier 2018

LE NOUVEL  ARCHEO-CONTACT DU VIEIL ESNEUX EST ARRIVE …

Dans notre dernière édition, j’évoquais, tout en m’en réjouissant, la vivacité de nos cercles historiques régionaux et, cette semaine, c’est avec plaisir que je vous présente le contenu du n°51 de « Archéo-Contact », le bulletin du Cercle Archéo-Historique « Le Vieil Esneux – Ardenne-Condroz ASBL ». Les passionnés qui animent ce cercle et dont les recherches et les travaux remplissent les pages de ses bulletins vous emmènent à leur suite dans l’histoire locale, survolant allègrement les siècles.

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Ce numéro ne fait pas exception : Harald Delaitte vous plonge dans nos paysages à l’époque du Paléolithique à la rencontre des Homo-Erectus et des Néandertaliens dont il nous présente les caractéristiques, quelques-uns de leurs outils découverts chez nous et d’autres traces locales de leur époque. Le même auteur, rejoint par Joseph Graftiau cette fois, aborde l’âge de la pierre polie, le néolithique, à Lincé et environ, en passant en revue les nombreuses découvertes de trois chercheurs de chez nous, Harald Delaitte, Gaston Lawarrée et André Nélissen. Cet article passionnant revient aussi sur les fouilles menées dans les années 80 au « Château de Fays » et lance une intrigante réflexion sur l’orientation de la chapelle de cette place fortifiée qui, manifestement, est une construction liée aux solstices… Bien plus proche de notre temps, c’est la distribution d’eau à Esneux qu’a étudiée André Baltia qui nous entraîne à l’époque des pompes à bras et des bornes-fontaines en illustrant ses propos de très jolies anciennes vues. Pol Walhain, quant à lui, se penche sur le crash d’un bombardier bi-moteur U.S., à la Noël 1944, à Colonster. Philippe Hamoir nous fait assister à la spectaculaire résurrection du Christ des Ruelles. Ce bulletin contient évidemment ses rubriques habituelles assurées par « l’archiviste de service » mais aussi quelques textes en wallon, un rappel par l’image du succès rencontré lors des Journées du Patrimoine…

Toutes celles et tous ceux s’intéressant à l’histoire de notre région trouveront plaisir et intérêt à lire cette nouvelle publication. Le Vieil Esneux en édite deux par an que vous recevrez simplement en devenant membre de l’asbl par un versement de 15€ pour les Esneutois, 20€ pour tous les autres (la différence représente les frais d’affranchissement des bulletins) à verser sur le compte BE90 6528 4546 6432 du Vieil Esneux asbl.

 

LE POU DU CIEL A MARCHE-EN-FAMENNE

La Petite Gazette du 2 février 2011

LE POU DU CIEL A MARCHE

Monsieur Jean-Claude Michel, secrétaire de l’Harmonie communale de Marche, aimerait être renseigné sur l’origine du site du ‘’Pou du Ciel’’, actuellement Tour de la Famenne. Il a, m’écrit-il, reçu une explication – celle d’un petit avion –  mais il aimerait, bien sûr, en savoir davantage. Voudrez-vous bien le renseigner ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 16 février 2011

LE POU DU CIEL…

« Tout a démarré, nous explique un précieux et régulier correspondant de nos colonnes, Monsieur Francis Roufosse, avec Monsieur Albert de Haan, né à Schaerbeek le 13 février 1916.
Pourvu d’un solide esprit d’entreprise, cet homme dynamique va venir s’installer en Famenne et construire dans les années 50, sur la route de Namur à 3km de Marche, un café-restaurant-motel « Le Pou du Ciel » (avec plaine de jeux, mini-zoo et… la première piscine de la région !).
Il va baptiser son établissement du nom d’un curieux petit avion monoplace qu’il a construit de ses propres mains, d’après les plans d’un français passionné d’aéronautique : Henri Mignet. Ce dernier avait d’ailleurs largement diffusé dans les revues spécialisées les plans « pour permettre à un bricoleur moyennement doué de construire lui-même son propre Pou du Ciel, dans un esprit de simplicité, de sécurité et de faible coût ! ». Celui d’Albert de Haan était un modèle HM-290 dessiné par Mignet en 1946.

Mignet

 

Avec son fuselage minimum, le Pou du ciel possédait deux ailes décalées en tandem et de faible allongement ; le manche à balai (unique commande) faisait osciller l’aile avant dans son ensemble ; l’engin était d’ailleurs qualifié d’« aéronef sans queue, à aile vivante ».

Si j’ai bonne mémoire, un article, signé Jean Englebert avec photo d’un certain Monsieur Jules Delvaux de Barvaux, parlait déjà du « Pou du Ciel » de Marche ; il était paru dans les Annonces de l’Ourthe fin 2003 (avec la double photo ci-dessous).

pou_du_cielToujours dans le même esprit, signalons qu’Albert de Haan avait déposé le 20 juin 1951 auprès du Ministère des Communications, une autorisation d’exploitation d’un aérodrome particulier à  Aye-lez-Marche, en bordure de la route Namur-Marche. Sa destination était pour l’usage particulier de l’exploitant et de ses invités. La piste ferait 600m x 40m et serait orientée S-O – N-E. D’après le texte, on y notera que « l’herbe ne pouvait y dépasser à aucun moment 10 cm de hauteur ; un cercle blanc de 10m de rayon devait être tracé au centre de la piste ; les vols acrobatiques ne pourraient s’effectuer que dans un ciel absolument libre d’aéronefs et à plus de 600m de hauteur ; un manche à air serait placé à un endroit dégagé et visible du sol… En aucune manière l’aérodrome ne pourrait être ouvert à la circulation aérienne internationale (!). Les atterrissages forcés venant de l’étranger devraient être signalés immédiatement aux autorités compétentes… etc. ».

Signalons encore qu’on devait à Monsieur de Haan la « Tour de la Famenne », construite sur la N4 dans les années 70 ainsi que le dancing «Las Vegas », le long de l’ancienne nationale 4.
C’est d’ailleurs là qu’il est décédé le 17 décembre 2004. »

Madame Myriam Dossogne-Maréchal, de Aye, confirme ce qui précède, précise que l’article paru l’a été le 19 mai 2005 alors qu’elle préparait un voyage à Malte et qu’elle avait eu son attention attirée par ce qu’elle lisait dans le guide « Le routard » de Malte, 2004-2005 à propos d’un musée de l’Aviation qu’elle se proposait de visiter à La Valette : »Le clou du musée, c’est ce Spitfire de la Royal Air Force qui veillait sur le ciel maltais pendant la Seconde Guerre mondiale, en compagnie du fameux Hurricane.  Plus comique cette fois, le « Pou du ciel », un petit aéroplane amateur construit par un allumé français, Henri Mignat (orthographe différente ici), et qui volait avec un moteur de 2 CV. »Cette tour qui se voit de bien loin nous annonce que la dynamique ville de Marche n’est plus bien loin.  Maintenant, pourquoi une tour restaurant?  Je présume que ce Monsieur de Haan, fou d’aviation, ne pouvait que construire une tour qui s’élève dans le ciel, à l’image de son petit avion qui osait défier certaines lois physiques… » Merci pour vos renseignements précis et vos avis. La semaine prochaine, nous découvrirons d’autres documents liés à ce « Pou du ciel ».

La Petite Gazette du 9 mars 2011

ENCORE LE POU DU CIEL

Monsieur Prignon, de Hotton, a des souvenirs très précis de ce pou du ciel :

« Le nom de l’établissement installé le long de la N4 à Marche vient évidemment du petit avion inventé par l’ingénieur français Henri Mignet et appelé « Pou-du-ciel » en raison de sa petite taille (L. 3,50 m. Envergure : 6m ; Poids 140 kg) ; on pouvait facilement le tracter, ailes repliées, avec une moto.

Mon correspondant a pensé à joindre ce schéma qui nous permet effectivement de bien nous rendre compte de la simplicité de l’engin.

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Le propriétaire de l’établissement, dont il est question, en possédait un et avait donné à son restaurant le nom de l’avion. Une piste d’atterrissage avait été aménagée à l’arrière du bâtiment.

Henri Mignet voulait que l’aviation soit à la portée de tous ; c’est pourquoi il avait conçu et mis au point cet avion, dont on pouvait acheter les plans et que l’on construisait dans son atelier à moindres frais.

Beaucoup d’exemplaires ont vu le jour. On en construit encore aujourd’hui mais en carbone et avec des moteurs plus performants.

Dans les années 1950, lorsque j’étais à l’école gardienne chez les sœurs, à l’école libre du village de Soy, je me souviens avoir vu plusieurs fois passer, très bas et venant de Marche, ce petit avion qui survolait l’école puis atterrissait dans les champs. Il était assez souvent en panne de moteur !

Après l’école, nous courions pour aller le voir de plus près. C’était celui du propriétaire de cet établissement de la N4. »

Monsieur Charles Gillet, de Liège, m’apporte quant à lui une très intéressante information à propos du moteur qui équipait ces petits avions, inventés par Henri Mignet avant 1930. « Certains de ces avions, m’écrit-il, étaient équipés d’un moteur Saroléa – oui, Saroléa fabriquait également des moteurs d’avion ! »

Je suis persuadé que nous en reparlerons…

La Petite Gazette du 23 mars 2011

LE POU DU CIEL

Quand il est question de moteurs de motos liégeoises, Monsieur Jean-Pierre Beaufays a toujours des choses à nous apprendre. Cette fois encore, il ne rate pas l’occasion de nous apporter de précieux renseignements :

« Pour faire suite à ce que vous a écrit mon ami Charles Gillet concernant les moteurs Saroléa ayant équipé certains de ces petits avions, je vous parlerai du lieutenant Robert Fabry qui, dès 1929, avait monté un moteur monocylindrique Gillet 500cc à culbuteurs sur une avionnette légère et avait à son bord effectué plusieurs vols de test.

Il avait également par la suite équipé cet appareil d’un moteur FN 4 cylindres de 750 cc du type M50.

Trop lourd et trop peu puissant, ce moteur ne lui a jamais permis de faire décoller l’appareil.

Je lui ai racheté ce moteur peu avant son décès dans les années 70. Il équipe maintenant une moto FN.

Une de mes connaissances, Monsieur Victor Collard, de Neupré, décédé il y a environ 2 ans, avait également construit peu après la guerre un pou du ciel suivant la licence Mignet mais quelque peu modifié par ses soins notamment en ce qui concerne les commandes.

Il l’avait équipé d’un moteur français Salmson à 5 cylindres en étoile. Il a effectué quelques vols à son bord et le film de ses « exploits » est passé à la télévision il y a quelques années. Cet avion existe toujours entre les mains d’un collectionneur.

je devrais être sous peu à même de vous en adresser des photos.

En attendant, je vous envoie une photo de l’avion à moteur Gillet du Colonel (grade auquel il a terminé sa carrière) Fabry ainsi que celle d’un moteur d’avion Saroléa.

A noter que ces moteurs Saroléa « aviation » étaient tous des bicylindres à plat à culbuteurs de cylindrées de 900, 1000 et 1100 cc , les différents modèles produits portant les noms évocateurs d’ Epervier, Vautour, Albatros et Aigle. »

Comme d’habitude, c’est absolument passionnant ; merci beaucoup.

Monsieur Michel Guillaume, de Stoumont, a lui aussi connu l’avion de Monsieur Collard; il a l’amabilité de nous en parler :

« J’ai connu dans le début des années 1960, un certain Monsieur Victor Collard qui habitait à Neuville-en-Condroz et qui possédait ce type d’appareil.

Monsieur Victor Collard exerçait la profession de contremaître à Cockerill-Ougrée Providence.

J’ai eu l’occasion de voir ce petit avion à Neuville-en-Condroz.

Il était équipé d’un moteur de 8 cylindres en étoile et il le tractait avec sa moto munie d’une boule de remorquage; les ailes étaient repliées bien sûr, la moto, je me souviens était une “lion rapide”  les garde-boue et  les roues de l’avion étaient ceux d’une Vespa.

Ce monsieur avait fait la guerre de 40-45 dans l’aviation, enfin c’est ce qu’il disait. »

La Petite Gazette du 6 avril 2011

CE MERVEILLEUX POU DU CIEL

Monsieur Alexandre Steenebrugen, de Warre-Tohogne, a vu le pou du ciel en construction…

« A travers mon beau-père, j’ai bien connu ce monsieur Victor Collard évoqué dernièrement dans La Petite Gazette. Dans les dernières années de la Seconde Guerre Mondiale, mon beau-père et lui s’étaient engagés à la Royal Air Force et, comme dit l’adage, étaient devenus copains comme cochons. Mon beau-père a gardé toute sa vie son livret militaire de la R.A.F. avec quelques photos où l’on pouvait voir ces deux joyeux lurons, fiers et fringants, dans leurs uniformes et portant le calot réglementaire de l’époque. Il faut toutefois savoir qu’ils n’étaient aucun des deux pilotes mais qu’ils travaillaient au sol.

J’ai pu voir l’avion construit par Victor Collard, il était au stade de la finition et Victor nous fit le récit de son ouvrage. Je peux dès lors confirmer les dires de M. Jean-Pierre Beaufays, il s’agissait bien d’un moteur en étoile qu’il avait fait venir de France. Quant aux commandes de l’appareil, ce qui me frappa le plus c’était le manche à balai, un tube montant du plancher et qui se terminait par une boucle fermée légèrement ovoïde. Mis à part l’absence du bouton de tir, c’était presque la réplique exacte du manche du fameux « Spitfire  anglais ». Pour fabriquer ce pou, il avait employé assez bien de bois très léger, du balsa.

Pour l’anecdote finale, cet avion fut construit dans le grenier de Victor. C’est là que je l’ai vu et, quand mon beau-père lui posa la question : « Comment vas-tu le sortir ? », Victor répondit : « S’il le faut, on démontera le toit ! ». Je n’ai jamais su s’il blaguait ou non… »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

POU DU CIEL ET VICTOR COLLARD

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous confie souvenirs et jolie photo à propos de Victor Collard, présenté ici de la façon la plus sympathique qui soit.

Victor Collard 

 « Victor Collard est photographié auprès de sa célèbre moto Lion Rapide de 1951.

La firme Lion Rapide d’Alost construisit des motos de 1923 à 1957. Sa production comprenait essentiellement des machines à moteurs 2 temps Villiers ou JLO de faible cylindrée.

Le modèle que possédait Victor, dénommé type « Sport » faisait exception car il était équipé d’un moteur FN type XIII de 350 cc à culbuteurs.

Très bien entretenue par son propriétaire, cette moto était demeurée dans un très bel état d’origine.

Notre ami Victor, qui n’en était pas à une exagération près, affirmait volontiers avoir parcouru plus d’un million de kilomètres à son guidon. Je pense; pour ma part, qu’il y avait un zéro de trop dans ce nombre…

Victor était un personnage très attachant et haut en couleurs qui aimait énoncer des théories toutes personnelles. Il disait par exemple que les végétaux se déplaçaient très lentement et qu’un arbre pouvait se mouvoir de plusieurs mètres durant son existence. C’est pourquoi il disait dangereux d’en planter le long des routes. »

La sœur de Victor Collard, Madame Jeannine Collard, de Nandrin, a fait parvenir à La Petite Gazette diverses photographies de son frère et de son Pou du ciel, dont celle-ci

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Et celle-ci qui montre bien comment Victor Collard déplaçait son petit avion. Sa sœur me précise qu’il a mis deux ans pour le construire en suivant les plans d’Henri Mignet.

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La Petite Gazette du 8 juin 2011

LE POU DU CIEL

Monsieur Charles Gillet, d’Angleur, nous apporte maintenant une foule d’informations passionnantes pour faire le lien entre la firme Saroléa et le « pou du ciel » dont nous avons largement parlé dans La Petite Gazette.

« Après la première guerre mondiale qui avait été plus que meurtrière, suivie immédiatement après d’une terrible épidémie (la « grippe espagnole ») qui fit plus de morts que la « Grande Guerre » car elle s’est attaquée à une population affaiblie par les privations, le monde n’avait qu’une seule idée : vivre et profiter de la vie. La classe ouvrière avait obtenu des avantages vu ses sacrifices et une ère nouvelle s’ouvrait. La « Der des Der » était passée et le progrès semblait s’ouvrir à tous.

Parmi ces progrès, l’aviation qui avait vraiment vu le jour durant le conflit. De « saut de puce » l’on était passé aux vrais avions. D’intrépides aventuriers s’élançaient au-dessus des océans et des continents et généraient un enthousiasme que l’on ne peut imaginer aujourd’hui.

Je ne cite qu’un exemple : avez-vous déjà vu ou revu ce film d’époque de l’arrivée de Lindberg au Bourget… C’est hallucinant de voir toute cette foule enthousiaste, que dis-je cette marée humaine impensable aujourd’hui à nos yeux blasés par tant (trop !) de technologie.

Bref, c’était les « années folles » et l’aviation faisait des progrès énormes (un peu comme aujourd’hui avec l’informatique, ce qui est neuf aujourd’hui est périmé demain !).

C’est à cette époque qu’un Français, Henri Mignet, voulut placer l’avion à la portée de tous. En 1928, il écrivit un livre « Comment j’ai construit mon avionnette » qui connut un immense succès car il décrivait par le détail (plans compris) comment la réaliser chez soi. Un simple bricoleur pouvait y arriver sans problème et, muni d’un moteur soit de moto soit prévu pour, s’envoler et parcourir les cieux. Heureux temps où la législation n’existait pas et le ciel presque vide !

Il faut tout de même préciser que ces avionnettes n’étaient prévues que pour le seul pilote. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre qu’un essai pour deux personnes verra le jour.

L’aviation populaire était en marche et dans les mêmes années, un jeune homme terminait ses études d’ingénieur à Liège. Il s’agissait de Nicolas Lempereur.

Nous avons bien connu cet homme au caractère bien trempé et à la voix forte. Réaliste et visionnaire, au sortir de ses études, il entre chez SAROLEA, le grand constructeur de motos belges établi à Herstal. Là, il dessine simplement au bureau d’études, mais les motos ne le passionne pas et comme l’aviation est sur toutes les lèvres, il dessine un moteur d’avion, un bicylindre à plat, type « boxer » de 1000cc… et le laisse dans ses cartons.

Mais la grande crise survient, la vente des motos chute et le directeur, Martin Fagard, un homme au caractère bien trempé lui-aussi, se souvient des plans de notre jeune ingénieur. Une diversification de l’entreprise ne pouvait être mauvaise et voilà comment SAROLEA se mit à construire des (petits) moteurs d’avion. Certes, tout était à faire et à tester.

Pour ce faire, l’on fabriqua une petite table roulante avec des tubes afin d’y placer des manettes de commande de motos. Des spécialistes en électricité, en huile et en carburation furent requis. En effet, en aéronautique les magnétos sont spéciales, dites « à rattrapage » afin d’avoir une meilleure étincelle, l’allumage doit être doublé (2 bougies par cylindre pour éviter les pannes), le refroidissement conséquent et la carburation parfaite en toutes positions.

Bref, en octobre 1934, sur le toit de l’usine SAROLEA à Herstal, la table d’essai était installée et le premier moteur testé.

004« Sur le toit de l’usine Sarolea, rue Saint-Lambert. De gauche à droite : Louis de Lamine (représentant la société de lubrifiant), Willy Chantraine (ouvrier monteur de l’usine), Nicolas Lempereur (ingénieur concepteur) et « John » Conrad (représentant des carburateurs Amal)

Il s’agissait d’un moteur type « Boxer » (deux cylindres à plats opposés) d’une cylindrée de 916cc (80,5×90), avec des cylindres en alliage spécial d’aluminium, qui délivrait une puissance de 27CV à 2750 t/m, avec graissage dans le carter, et qui répondait au joli nom « d’EPERVIER ».

Le moteur « tourna » durant 1000 heures sans interruption (je ne connais pas les réactions des voisins !) puis fut démonté pour inspection. Tout était parfait et la série pouvait commencer.

Pour avoir un moteur plus puissant, on porta l’alésage à 88m/m, ce qui en fit un 1100cc d’une puissance de 32CV et son nom devint « Le VAUTOUR ».

Ces deux moteurs « lancèrent » vraiment SAROLEA dans le monde de l’aéronautique privée. Leur vente fut un succès et bien que prévus initialement pour le « Pou du Ciel » (Henri Mignet lui-même équipa son « Pou du Ciel » d’un moteur SAROLEA) ils ne tardèrent pas à équiper également des petits avions « Typsy » qui étaient en quelque sorte des petits avions de reconnaissance monoplace.

005 « 1935 : Henri Mignet devant son Pou du Ciel et Nicolas Lempereur à côté d’un avion Autogyre »

Sûr de son succès, Nicolas Lempereur dessina un 3° moteur identique en cylindrée et en puissance au « Vautour » mais équipé d’un carter sec ce qui permettait une meilleure répartition dans le nez de l’avion et permettait une réserve d’huile plus grande sans entraver l’encombrement du moteur et en allégeant celui-ci (43Kg). Ce modèle porta le nom « d’ALBATROS ».

Mais l’infatigable ingénieur planchait déjà sur un 4° moteur, plus puissant, dénommé « L’AIGLE » qui devait donner plus de vitesse de rotation à l’hélice puisque le moyeu de celle-ci était placé sur un pignon réducteur alors que dans les trois précédents moteurs le moyeu d’hélice était monté directement sur le vilebrequin.

006 Publicité Sarolea avec vue d’une avion Typsy »

Les qualités de ces moteurs, unanimement reconnues, attirèrent l’attention de l’Etat Major de l’armée polonaise. Après bien des péripéties il fut passé commande à la firme SAROLEA de plus de 80 moteurs du type « Albatros » pour équiper des petits avions de reconnaissance. La livraison s’effectua par chemin de fer en gare de Varsovie en août 39. Quelques jours plus tard ils furent détruits dans le bombardement qui détruisit ce nœud ferroviaire important.

La guerre mit donc fin à cette belle  aventure aéronautique privée.

Je connais quelques rares collectionneurs qui possèdent encore soit un moteur soit une partie de celui-ci, mais cela est rare, et je reste à leur disposition.

Nicolas Lempereur, infatigable chercheur, fut aussi un pionnier dans la fabrication de matériaux pour l’industrie, les fameuses « plaquettes métalliques » qui équipèrent moult outils de coupe.

Une dernière anecdote pour situer l’homme : lorsque je lui posais la question de savoir combien de moteurs d’avion SAROLEA avaient été fabriqués (tous types confondus), il me répondit « environ 150 ». Oh, lui dis-je, ce n’est pas beaucoup ! Malencontreuse parole car il s’emporta aussitôt pour me répondre « Et bien, vous trouvez que faire voler 150 avions ce n’est pas beaucoup » suivi d’une tirade de jurons !

Voilà, une « tranche de vie liégeoise » de notre industrie motocycliste, qui à l’époque, était à la pointe du progrès et vitrine du savoir-faire de nos parents. »

Un immense merci pour nous avoir fait bénéficier des fruits de cette passionnante recherche. Quelle chance a La Petite Gazette de compter sur pareils collaborateurs.

MON GRAND-PERE A ETE RESISTANT

« MON GRAND-PÈRE ÉTAIT DANS LA RESISTANCE, MAIS JE NE SAIS PAS EXACTEMENT CE QU’IL A FAIT… »

Combien de fois n’entendons-nous pas, pour l’une ou l’autre personne, cette constatation teintée de regret ? Comment y remédier ?

La résistance à l’occupant lors de la Deuxième Guerre mondiale s’est manifestée de plusieurs manières, par exemple la résistance armée, la presse clandestine, les filières d’évasion ou encore les services de renseignement.

C’est à propos de cette dernière catégorie que Maurice Petit, à la suite de son livre « L’Abbé Paul Désirant Résistant inébranlable » paru en 2016, a entrepris un projet de recherche historique sur les résistants qui ont été officiellement reconnus, après la guerre, comme agents de renseignement et d’action (ARA) et cela pour les communes de Hotton, La Roche-en-Ardenne, Marche-en-Famenne et Rendeux.

Le but du travail est de reconstituer le parcours de chacun des ARA de ces communes afin d’en pérenniser la mémoire comme source de réflexion pour l’avenir.

Pour les quatre communes concernées, environ 110 résistants ont été reconnus ARA, ce qui constitue un nombre particulièrement élevé, en comparaison de la moyenne nationale.

Les réseaux auxquels ils appartenaient sont les suivants : Antoine, Bayard, Benoit, Boucle, Cato, Clarence, Comète, Cone, Conjugal, Evasion, Groupe G, Luc-Marc, Mill, PCC/PCB, Stockmans, Tégal, Tempo et Zéro.

La recherche se fait dans plusieurs dépôts d’archives. Cependant, pour donner une consistance plus humaine au récit, un appel à témoignages est lancé ici  pour recueillir des souvenirs, des photos ou des documents relatifs à cette bonne centaine de résistants. Dans la double limite indiquée ci-dessous : le résistant a été reconnu agent de renseignement et d’action et a été actif dans une des quatre communes.

Toute personne qui souhaite apporter ainsi sa contribution à ce travail de mémoire est invitée à prendre contact avec La Petite Gazette ou directement avec le chercheur à l’adresse suivante : ara4communes@gmail.com

UN HALIFAX TOMBE A MARCHE-EN-FAMENNE LE 4.11.1944

La Petite Gazette du 14 septembre 2016

UN HALIFAX EN FEU SURVOLE MARCHE-EN-FAMENNE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur Michel Lecarme, de Marche, se souvient et raconte :

« Le 4 novembre 1944, un Halifax en feu, piloté par le Captain Berry, survole Marche-en-Famenne. Le capitaine ordonne à son équipage de sauter, il y aura deux survivants ; lui, a décidé de rester aux commandes et de tenter un atterrissage sur ce qu’il pense être une belle prairie. Cependant, au centre de celle-ci, coule le ruisseau de la Folie… qui aboutit à la propriété des frères franciscains.

Cet endroit s’appelait « les promenades de saint Antoine », il était très connu et très fréquenté par les Marchois.

L’avion, stoppé par les terres molles des berges, s’enfonce et brûle complètement. Les débris créent un bouchon sur le ru et, quelques années plus tard, ceux de ma génération ont bien connu « l’Etang de l’Avion » !

Les corps calcinés de ces Anglais ont pu être récupérés, ils sont tous ensterrés ensemble au cimetière anglais de Menil Favay, près de Hotton.

Après la guerre, des ferrailleurs ont récupéré tous les débris de cet Halifax mais, d’après la rumeur, ils n’auraient pu sortir, de l’étang qui s’était alors formé à cet endroit, tous les moteurs…

Pour moi, ce pilote est un héros car, s’il avait abandonné l’avion, celui-ci serait tombé en flammes sur notre ville causant peut-être des victimes civiles en plus…

Le 4 novembre 2004, exactement 60 ans après ce crash, nous sommes allés, le frère du pilote et moi-même, sur les tombes de cet équipage, jamais je n’oublierai !

La commune de Marche a bien changé depuis cette date fatidique : le ruisseau a été canalisé et passe désormais sous la Nationale 4, le zoning a été construit et, dernièrement, un parking pour poids lourds a été aménagé à l’endroit exact de ces faits.

J’ai toujours pensé que nous devions notre liberté à tous ces soldats alliés qui ont donné notre vie pour nous. Je pense tout simplement que les autorités communales pourraient ériger une stèle ou donner un nom à ce parking afin de rappeler à tous le sacrifice de cet équipage, surtout pour empêcher l’oubli ! »

Avez-vous, vous aussi le souvenir de ce spectaculaire atterrissage d’un Halifax en flammes ? Nous confierez-vous vos souvenirs ? Existe-t-il des photos des débris calcinés de cet avion ? Nous les montrerez-nous ? J’exprime le vif souhait de pouvoir compléter cet intéressant témoignage grâce à vos souvenirs ou documents. Merci d’avance de bien vouloir nous les confier.

La Petite Gazette du 28 septembre 2016

A PROPOS DE CE HALIFAX TOMBE A MARCHE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur José Paquet, de Bourdon, s’est passionné pour ce sujet évoqué par M. Lecarme, il m’écrit avoir passé deux journées formidables à chercher, dans les archives accessibles grâce à internet et sur le terrain, et à … trouver.

« Cet Halifax III est le MZ933, code MH-W de la 51e escadrille.

Son équipage comptait sept membres:

Berry L./Burrows D.E./Cantle A.B./Davis J./Gunning E.C./Hinchcliffe P.C./Williams N.
Tous décédés suivant la base de donnée http://www.aircrewremembered.com/homepage.html Ce qui est faux car Davis J. et Hinchcliffe P. ont survécu! Ils ne sont pas dans la base de donnée du Commonwealth War Graves Commission http://www.cwgc.org/
Mon correspondant s’est ensuite rendu au cimetière du Commonwealth à Hotton où, dans la rangée II/E de 8 à 12, il a photographié les cinq tombes que vous découvrirez ci-dessous.

tombe-william-halifaxtombe-pilote-halifax-marche

 

tombe-burrow-halifax

tombe-gunning-halifax

 

tombe-cantee-halifax

Monsieur Paquet a poursuivi ses recherches et, s’il n’a pas découvert de traces relatives à  Davis J., il a pu trouver un témoignage écrit par  Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A). Je vous propose de découvrir ce témoignage dans sa version originale :

Written by Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A) – Published on September 15, 2006 10:10 AM

Peter Hinchliffe introduces the rightfully famous Peter Hinchliffe.

Hes quite a man, this Peter Hinchliffe. How about this for a list of achievements?

* Navigator on Halifax bombers during the war. Bailed out after being shot down over Belgium on his 15th mission. Returned to UK and went on another 22 missions.

* Author and translator of military biographies and histories. His books are appreciated world-wide.

* Peace-time fighter controller in the RAF.

* Worked for the British Military Government in Berlin after the war.

* Diplomatic work.

* School teacher.

No wonder he was awarded the Order of the British Empire!

Allow me now to set the record straight. I am not writing about myself. I am not the Peter Hinchliffe with the distinguished military record, the author, diplomat, and teacher.

I’m Peter Hinchliffe the journalist, a chap whose achievements are all too modest when set beside those of THE Peter Hinchliffe who lives near Rye in East Sussex.

Recently I have received e-mails from people who mistook me for that Peter Hinchliffe, the author/translator of such books as Betrayed Ideals: Memories of a Luftwaffe Fighter Ace, The Other Battle: Luftwaffe Night Aces versus Bomber Command and Enemy in the Dark – The Story of a Night Fighter Pilot.

Time, I thought, for a telephone chat with the worthily well-known Peter Hinchliffe.

Peter Hinchliffe, now in his late 70s, was amused to receive an unexpected call from Peter Hinchliffe.

And would you believe, he has connections with the town where I live, Huddersfield in Yorkshire. What else would you expect of a man with a surname associated with the Holme Valley in written records dating back to 1307.

Peters father, James, was born in Holmfirth and was badly wounded at Gallipoli during World War One. His wife died in a flu outbreak following the war.

James re-married and Peters mother was from Nottingham. The family moved to Merseyside where Peter won a scholarship to Wirral Grammar School. Huddersfields own Harold Wilson, three-term Labour Prime Minister, was head boy at Wirral GS while Peter was a pupil.

Peter was a member of 51 Squadron based at Snaith in Yorkshire during the war. He was a navigator on Halifaxes, flying on bombing missions to Germany, France and Holland.

In November, 1944, his plane was shot down over Belgium while returning from a raid on Bochum near Essen. Five of the crew were killed but Peter and another airman managed to bail out. Fortunately they landed in a section of Belgium which had been retaken by American troops and were soon repatriated to UK.

Peter stayed on in the RAF after the war, flying airlift relief missions to Berlin during the Cold War days when the Russians were blockading the city.

He left the Air Force in 1948, studied to be a teacher, then lived and taught in Dewsbury.

He was on the staff of Thornhill Secondary Modern School. I was a pupil at that school for one year – but that was four years before Peter arrived.

A snotty-nosed 11-year-old and a teacher, both called Peter Hinchliffe, would have made for some jolly confusion.

Peter eventually re-joined the Air Force with the rank of Flight Lieutenant to be an air traffic controller in Germany.

Because of his fluency in German he was eventually offered the chance to work in the British Military Headquarters in Berlin, then later to join the Foreign Office staff and undertake diplomatic work up to his retirement.

Having been shot down by a German night fighter it would not be surprising if Peter had born a life-long resentment against the Luftwaffe. Just the opposite. He has a respect for the skill and bravery of enemy aircrew caught up in a conflict that was not of their making.

He has translated the reminiscences of Luftwaffe pilots and turned them into books, the most recent being The Lent Papers.

Peter wrote a biography of Heinz-Wolfgang Schnaufer, the most brilliant German air ace in World War Two. In 164 sorties Schnaufer shot down 121 Allied aircraft.

In 1945 he destroyed nine RAF bombers in a single day.

Flight Lieutenant Peter Hinchliffe of East Sussex is the author/translator of highly readable books. Check them out on www.amazon.co.uk

Leading Aircraftsman (National Service) Hinchliffe P is yours truly.

Vous aurez compris que le Peter Hinchliffe qui a rédigé ce texte n’est pas le Peter Hinchliffe qui appartenait à l’équipage de ce Halifax qui est tombé à Marche, mais un journaliste portant le même nom que ce pilote de la R.A.F. durant la Seconde Guerre Mondiale. Mon ami Jean s’est chargé de la traduction de la partie de ce texte qui nous intéresse le plus.

« Peter faisait partie, pendant la guerre, du 51e escadron basé à Snaith dans le Yorshire. Il était pilote sur Halifax, effectuant des missions de bombardement sur l’Allemagne, la France et la Hollande.

En novembre 1944, son avion fut abattu au-dessus de la Belgique lors du retour d’un raid sur Bochum près d’Essen. Cinq membres d’équipage furent tués mais Peter ainsi qu’un autre aviateur réussirent à s’éjecter de l’avion. Par chance, ils ont atterri dans une partie de la Belgique qui avait été reconquise par les troupes américaines et furent très vite rapatriés en Angleterre.

Peter resta à la RAF après la guerre, effectuant des missions de sauvetage à Berlin pendant la guerre froide quand les Russes bloquèrent la ville. Il quitta la Force aérienne en 1948, étudia pour devenir professeur, ensuite vécu et enseigna à Dewsbury (…)

Peter a finalement rejoint l’armée de l’air avec le rang de Lieutenant pour devenir contrôleur aérien en Allemagne.

Grâce à sa maîtrise de l’allemand il lui a été donné la chance de travailler au QG à Berlin ; ensuite, de rejoindre le personnel du Ministère des affaires étrangères et de travailler dans la diplomatie jusqu’à  sa retraite. 

Ayant été abattu par un chasseur de nuit allemand il n’aurait pas été surprenant que Peter ait entretenu un ressentiment perpétuel contre la  Luftwaffe. Tout au contraire, il manifestait un respect pour l’habileté et le courage avec lequel un équipage ennemi rattrapait le retard dans un conflit qui n’était « pas leur fabrication » (their making ?)

Il a traduit les réminiscences de pilotes Luftwaffe et les a rapportées dans des livres, le plus récent étant « les Papiers prêtés ».

Peter a écrit une bibliographie de Heinz-Wolfgang Schnauffer, l’as allemand le plus brillant de la Seconde Guerre Mondiale. En 164 sorties, Schnauffer a abattu 121 avions alliés.

En 1945, il détruisit 9 appareils de la RAF en une seule journée.

Le Lieutenant Peter Hinchliffe du Sussex est l’auteur et le traducteur de livres trèsaccessibles.

Consultez- les sur www.amazon.co.uk »

 

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, s’est également manifesté car vous connaissez sa passion pour pareil sujet :

« Bien sûr je connais le cas de la chute de ce bombardier tombé le 4 novembre 44 à Marche-en-Famenne.
Il s’agit d’un quadrimoteur britannique du 51 Squadron, immatriculé MZ.933. Il était un de 720 bombardiers expédiés vers Bochum (une ville industrielle importante dans Ruhrgebiet en Allemagne) et dont 28 appareils n’allaient plus revenir.

Ce crash au rond-point de « La Pirire » à Marche-en-Famenne se solda par la mort de 5 hommes (enterrés à Hotton), et deux rescapés, dont un deviendra enseignant, écrivain et même diplomate.

Je suis heureux d’avoir croisé Monsieur Michel Lecarme qui m’a fourni des infos importantes. Ensuite, j’ai analysé les faits, et les ai consignés dans un article de 12 pages (photos y comprises), qui sera publié dans les annales du Cercle Historique de Marche-en-Famenne-Rendeux-Hotton dont la publication est annoncée pour la mi-décembre 2016. »

Nous reviendrons alors sur le sujet après l’édition de cette excellente publication annuelle, dont La Petite Gazette se fait régulièrement l’écho.

 

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS JADIS

La Petite Gazette du 4 avril 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS SOUS L’ANCIEN REGIME

   La situation dramatique dans laquelle se débattent aujourd’hui les éleveurs de bi-ongulés n’est pas, semble-t-il due, cette fois, à une dérive étonnante des techniques mises en œuvre pour l’élevage des bêtes. Rien à voir donc avec la maladie de la vache folle qui attaque ces pauvres bêtes auxquelles on a donné à absorber leurs parents réduits en farine !

La fièvre aphteuse a, par le passé, gravement touché nos régions qui, à l’heure où j’écris ces lignes sont encore (et heureusement) à l’écart des zones touchées par l’épizootie. Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, m’a fait parvenir des extraits d’une extraordinaire chronique rédigée, il y a plusieurs siècles, par un moine malmédien ; je vous invite à découvrir ce document exceptionnel  et les commentaires de mon correspondant:

« Nos anciens croyaient que les comètes et autres manifestations de ce genre étaient présages de malheurs et de calamités. Lors de la consultation d’anciennes chroniques, il arrive fréquemment, qu’après de telles manifestations, le rédacteur évoque ces circonstances fâcheuses. Suivons  une de ces chroniques (avec respect de l’orthographe de l’époque), écrite par un moine malmédien :

« En 1682, au mois d’aoust, on vit encor une comette pendant 8 jours, mais beaucoup plus petite que le precedente.

La meme anné, il y eu une grande consternation pour lam aldie des betes à corne. Elle avoit commencé du coté de la Suisse et elle a passé d’un lieu a l’autre. Il venoit aux betes une vessie à la langue, le remede étoit d’ouvrir la vessie avec un instrument de fin argent ce pourquoi on faisoit quelques crins, comme pour scier dans une demi kopstuck monnoie d’Espagne, on ouvrit avec cela la vessie, puis on bassinoit la langue avec du vinaigre, du sel et du souffré melé ensemble jusqu’à guérison, d’autres usoient d’ail. »

Monsieur Gabriel poursuit son commentaire en nous rapportant ce que sa maman, 80 ans, lui a dit sur ce sujet : « Auparavant, on ne s’inquiétait pas outre mesure de cette maladie et on buvait le lait des bêtes. La corvée des enfants, quand la saison le permettait, était d’aller ramasser des pommes sauvages que l’on donnait à manger aux animaux. » Cette nourriture aigre n’est pas sans rappeler l’usage du vinaigre évoqué dans la chronique malmédienne remarque fort justement mon correspondant avec qui, la semaine prochaine, nous parcourrons un texte de 1762 parlant de cette maladie en France (symptômes, remèdes, précautions).

Monsieur Maurice Fanon, de Bomal, qui nous avait apporté beaucoup de renseignements fort intéressants sur les « rinnètes », avait également tenu à préciser que cette affection bénigne, connue plus largement sous le nom de « muguet », affectait également les animaux.

« Même les chevaux souffraient du muguet ou « rênète des dj’vås ». Le remède était poétique à souhait : un collier rustique de « rinnes des prés » (« pîs d’gade » à Tohogne). On le passait au col de l’animal, puis on lui faisait un bâillon. En même temps, on chargeait une pieuse vieille femme de commencer une neuvaine. A quel(le) saint(e) ? »

Une petite recherche dans ma documentation me permet d’apporter un petit élément de réponse. En consultant Le Rituel de Magie Blanche de Benjamin Manassé (éd. La diffusion scientifique, Paris, 1991), je découvre que dans les cas de muguet (chez les oiseaux et chez les gallinacés) il convient de faire une neuvaine à saint Marcou.

A la question de M. Fanon, j’ajouterai celle-ci « Pourquoi une vieille femme ? »

La Petite Gazette du 11 avril 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS SOUS L’ANCIEN REGIME

   Avec Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, retrouvons description et remèdes concernant cette maladie contagieuse qui continue à faire les gros titres de toutes les informations écrites et parlées. Après avoir consulté pour nous la chronique malmédienne évoquant l’année 1682, notre chercheur a relevé des informations intéressantes (reproduites dans le style et l’orthographe de l’époque) dans un écrit publié à Paris, en 1762, : La Nouvelle Maison Rustique, traité des choses de la campagne et particulièrement des maladies des animaux.

« La Maladie qui a attaqué les Bêtes à cornes et les chevaux dans la Généralité d’Auvergne et qui s’est introduite sur la fin du mois d’Avril 1731.

   Cette maladie se découvre par une vessie – aphte – qui paroit dessus, dessous et aux côtés de la langue de la bête malade. Cette vessie est blanche dans sa naissance, rouge ensuite, et dans un instant presque noire : elle croît et laisse après elle un ulcère chancreux qui croisse dans l’épaisseur de la langue en avançant du côté de la racine, la coupe en entier, et fait, peu de temps après, périr l’animal. Monsieur Gabriel précise que cette description, selon un vétérinaire de Trois-Ponts, est nettement exagérée. On voit, dans les vingt-quatre heures, le commencement, le progrès et la fin de cette maladie.

   Elle est d’autant plus dangereuse, qu’elle ne se manifeste par aucun symptôme extérieur et que la bête malade boit, mange et travaille à son ordinaire jusqu’à ce que la langue soit tombée.

   Il faut donc pour prévenir les suites fâcheuses de cette maladie, avoir une attention infinie à faire visiter deux ou trois fois par jour la langue de toutes les bêtes à cornes, afin de prendre le mal dans sa naissance et  sur-tout l’on ne doit point se tranquilliser sur l’éloignement de cette maladie. L’expérience vient d’apprendre que, quoi qu’elle fût à une distance raisonnable de la ville de Gannac -Auvergne-  toutes les paroisses des environs de cette ville, et à une demi-lieue à la ronde, en ont été infectées dans le même jour, sans qu’il y ait eu aucune communication d’une paroisse à l’autre.

   Le remède préservatif pour les bestiaux, qui ne sont point encore attaqués de cette maladie, est composé des drogues suivantes, pour chaque bête.

   Prenez thériaque ou orviétan, trois dragmes (précisons qu’un dragme ou drachme est la huitième partie de l’once soit 3,824 grammes) ; gingembre, girofle et canelle, un dragme ; genièvre en grains et poivre concassé, deux  dragmes de chacun ; et une muscade de moyenne grosseur, qu’il faut concasser : faites infuser le tout dans un pot couvert, pendant cinq ou six heures au moins, dans une pinte de bon vin rouge.

   Avant de donner le remède, remuez bien le tout, de manière que le marc suive l’infusion ; et ne le donnez qu’après que la bête a été cinq ou six heures sans manger.

   Ce breuvage ne peut faire que du bien aux bestiaux qui le prennent.

   Si, en visitant les bestiaux, on aperçoit une ou plusieurs vessies – aphtes – adhérentes à la langue, il faut, sur le champ, avec une cuillier ou autre pièce d’argent, crever la vessie, en enlevant la peau et racler la plaie jusqu’au sang ; ensuite continuer et la laver avec de l’eau de fontaine ; et, pour le mieux, avec du fort vinaigre dans lequel on aura mis du sel pilé, du poivre, de l’ail concassé et des herbes fortes, si on en a. Cela fait, on couvre la plaie de sel bien fin, après l’avoir bien frottée avec une pierre de vitriol Chypre.

   Si l’on trouve l’ulcère formé, il faut usé du même remède et le réitérer, dans l’un ou l’autre cas, deux ou trois fois par jour, jusque guérison.

   On prétend que, quand la vessie se trouve sur la langue, on doit faire saigner la bête au cou.

   Cette maladie s’est fort étendue en 1731 ; elle a attaqué aussi les chevaux. On en attribue la cause à la grande sécheresse et à la quantité prodigieuse de chenilles qu’il y a eu cette année. »

    Monsieur Gabriel fait remarquer, fort judicieusement, que ce texte, comme celui du chroniqueur, moine de Malmédy, réclame l’usage d’un objet en argent pour ouvrir la vessie ! Pour le reste, je pense, comme mon correspondant, que ce remède, s’il n’est pas salutaire, ne peut certainement faire aucun tort aux bêtes.

La Petite Gazette du 2 mai 2001

LA FIEVRE APHTEUSE DANS NOS REGIONS

   A l’heure où je rédige ces lignes, nos régions résistent toujours, et ce n’est que tant mieux, à la terrible épidémie sévissant dans quasiment tous les pays voisins. Après le regard porté, grâce aux anciens documents sur cette maladie, j’aime à vous rappeler une réalité régionale autrefois bien connue. Bien sûr, la fièvre aphteuse, appelée « cocotte » en nos contrées, est très contagieuse. Contrairement à ce que l’on entend généralement aujourd’hui, elle était considérée, hier, comme transmissible à l’homme et j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont affirmé l’avoir contractée ou connaître quelqu’un qui en a souffert. Avant la dernière guerre, on savait très bien que ce mal était endémique dans certaines régions, les polders hollandais par exemple.

La concurrence du blé américain ayant causé l’abandon de zones de culture où les rendements étaient faibles, des fermiers de chez nous ont rendu à l’élevage des superficies alors réservées à la culture. Ils ont constitué leurs cheptels avec des bêtes achetées en Hollande ; c’est alors que la fièvre aphteuse fit son apparition en Belgique où elle était quasiment inconnue. Très vite, l’épidémie prit des proportions qui obligèrent le gouvernement à prendre des mesures de mise en quarantaine des bêtes achetées hors de nos frontières. L’Ardenne échappa au fléau durant très longtemps, mais une épidémie, d’une rare violence, la toucha en 1900. Les moyens mis en œuvre pour s’en préserver ou pour limiter le nombre de bêtes atteintes étaient les suivantes : bains de pieds à la chaux, badigeonnage de la bouche des animaux au vinaigre et, bien entendu, bénédiction des étables.

Dans le Pays de Herve, la même cause provoquait les mêmes effets. On constata néanmoins qu’un fermier de Battice avait vu son troupeau tout à fait épargné ; or, la seule chose qui distinguait ce fermier de ses collègues résidait dans le fait qu’il fréquentait régulièrement l’abbaye de Val-Dieu. Aussi, quand une nouvelle épidémie toucha la région vers 1920, un grand pèlerinage fut organisé durant l’été.

A la même époque, Liège avait également ses « cocottes » (on dira par la suite ses « poules ») qui se rendaient régulièrement en Hors-Château pour prier saint Gérard dans l’espoir qu’il leur assure une nombreuse clientèle ! C’est évidemment un autre sujet.

Madame Léona Biet, d’Awan-Aywaille, s’est souvenue pour vous d’une attaque de ce mal :

« Vers 1924, chez mes parents, le bétail a eu la fièvre aphteuse. On a donc appelé le vétérinaire qui a conseillé de laver la langue des vaches avec de l’eau vinaigrée et d’étendre de la chaux devant l’entrée des étables. Deux vaches ont été atteintes par la maladie, mais le reste du bétail qui se trouvait dans la même étable, a été épargné ! Pendant cette période, nous avons continué à consommer du lait, à écrémer et à faire du beurre comme précédemment. Le rendement du lait était diminué parce que les vaches mangeaient difficilement, mais, après quelques jours, elles se nourrissaient de nouveau comme avant la maladie. »

Toutes celles et tous ceux qui ont connu ces épidémies passées sont unanimes pour déclarer ne pas comprendre pourquoi on abat, aujourd’hui, des troupeaux entiers de bêtes saines ! ce n’est évidemment pas un domaine relevant de mes compétences, mais on peut tout de même s’étonner…

La Petite Gazette du 16 mai 2001

QUAND IL EST ENCORE QUESTION DE LA COCOTTE…

Le sujet reste d’actualité et préoccupe toujours … aussi ai-je poursuivi mes recherches dans ma documentation personnelle. L’extraordinaire ouvrage de l’Abbé Joseph Bastin, Les plantes dans le parler, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, édité à Liège en 1939 m’a apporté d’intéressants renseignements que j’aime à partager avec vous :

L’auteur nous indique que lors de la « terrible épizootie de cette année 1938 » on a donné au bétail, en guise de protection, de l’Angélique Archangélique, dobe anjèlike ou rècène du Saint-Esprit.

Plus loin, à propos du thym serpolet, poyî, pouyî, il nous dit ceci : « Au dire d’éleveurs qui en font usage depuis longtemps, la plante préserve de la stomatite aphteuse (cocotte). On devrait toujours en avoir en réserve ; malheureusement elle recule peut-être plus que d’autres devant les engrais chimiques. La faire prendre dans le fourrage ou le breuvage du bétail. Elle donnera peut-être une mauvaise saveur au lait, mais la bête sera immunisée en cas d’épizootie. Soigner les bêtes atteintes avec des compresses du décocté de poyî. »

Enfin, il signale encore que « l’Egopode podagraire (herbe-aux-goutteux, pîd d’âwe, pîd d’gade, cette plante, qui déborde souvent des haies dans les potagers, où elle est difficile à extraire, s’emploie à Meiz  (N.D.L.R. entre Malmédy et Francorchamps) contre la fièvre aphteuse (l’écraser et la mettre dans le breuvage).

 

Comme souvent, et c’est bien sûr heureux et souhaité, dans La Petite Gazette, débattre d’un sujet en fait apparaître d’autres, suscite des réflexions et des prolongements. Ce sujet ne fait pas exception à cette règle.

La Petite Gazette du 11 avril 2001

PENSEES D’UN AGRICULTEUR UN PEU DESABUSE

   Monsieur A. Rulot, de Bois et Borsu, nous a, à plusieurs reprises, fait parvenir des textes et des souvenirs relatifs aux paysages de son enfance, mais aussi à tout ce qui fit les grands tourments du siècle écoulé. Aujourd’hui, un peu amer, il jette un regard sur sa profession.

« Il est bien difficile de traduire, dans nos sens en émoi, ce que nous les agriculteurs, souvent déconsidérés, mal rémunérés, nous pouvons éprouver dans nos sentiments les plus profonds, les plus nobles.

Après notre vie offerte à la plus grande action humanitaire, essentielle entre toutes, y pensons-nous ? Nos peines ont apporté sur la table de la grande famille humaine toute la nourriture issue des champs. Cette manne terrestre, fruit de nos plaines fécondes, par nos soins, n’est-elle pas élémentaire, substantielle, exclusive à la condition, à la constitution de la vie, de nous tous. Au crépuscule de notre pérégrination sur terre, nous pouvons mieux comprendre, discerner la mission élevée, primordiale qui nous était dévolue : nourrir les hommes. »

 

Un grand merci à mon correspondant pour avoir partagé avec La Petite Gazette ces pensées qui sont certainement dans l’esprit de très nombreux travailleurs de la terre en ces temps si difficiles pour eux…

 

La Petite Gazette du 22 mai 2001

A MILLE LIEUES DES DEGATS PROVOQUES PAR  LA FIEVRE APHTEUSE…

   Mary Bertosi est une conteuse ardennaise ; à quelques reprises déjà, La Petite Gazette vous a permis de découvrir quelques textes dus à sa plume ; en voici un autre échantillon :

   Jacques, le petit pâtre

   Depuis des siècles et encore jusqu’à la guerre de 1914, les Ardennais avaient une vie rude et pauvre, seuls les seigneurs menaient grand train car tout leur appartenait, les terres, les forêts, les châteaux et les pauvres maisons et même les gens étaient soumis au seigneur et devaient obéissance et travail ; moyennant quoi le seigneur les nourrissait pauvrement car la moitié des récoltes lui était due, et il devait les protéger en cas d’attaque. Quelques métayers plus riches ou quelques commerçants qui faisaient de bonnes affaires pouvaient vivre un peu mieux sans dépendre entièrement du châtelain.

   Un seigneur de La Roche qui régnait en ce temps-là était particulièrement dur et méchant. Il était craint à plusieurs lieues à la ronde et nul n’osait le défier. Il régnait en despote sur son territoire. Un de ses serfs qui avait une famille nombreuse décida de placer le plus jeune de ses enfants, qui n’avait que 8 ans, chez un riche fermier du pays de Hives, à quelques kilomètres de La Roche. Il n’était pas rare à cette époque de placer ses enfants à droite ou à gauche, ainsi au moins ils pouvaient manger tous les jours et gagner quelques sous par an.

   Le petit Jacques fut donc conduit par son père chez le fermier pour y devenir pâtre, malgré ses pleurs et la douleur de la séparation d’avec sa famille. Jacques n’avait pour tous vêtements que ceux qu’ils portaient sur lui et une méchante paire de sabots déjà bien usés. La fermière, qui était brave femme, lui donna une grande cape de laine qui le protégerait des pluies et du vent ainsi qu’un magnifique canif, si beau que Jacques en fut ravi, car il n’avait jamais reçu de cadeau. Jacques, enchanté, dit à la fermière : « Maîtresse, ce canif que vous m’offrez fera un jour votre fortune. » La fermière sourit en le regardant partir avec le troupeau de moutons et se dit « Pauvre petit, le voilà bien content de peu ! » et elle n’y pensa plus. Jacques conduisait ses bêtes dans les prés aux herbes grasses qu’ils savaient les meilleures pour les brebis.

   Pendant que les moutons broutaient, bientôt il s’ennuya, son chien de berger veillait si bien qu’il ne devait presque pas s’occuper des bêtes. Alors il eut l’idée de couper une branche de coudrier et se mit à la tailler avec son beau canif et cela jour après jour. Il travailla tant et si bien qu’il en fabriqua une petite flûte et, lorsqu’il eut terminé et qu’il souffla dedans, un son merveilleux se fit entendre. Jacques, enchanté, continuait de jouer des airs qui venaient on ne sait d’où !

   Je vous propose de retrouver le petit pâtre de Mary Bertosi la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 30 mai 2001

A MILLE LIEUES DES DEGATS PROVOQUES PAR LA FIEVRE APHTEUSE…

   Comme promis, nous retrouvons Jacques, le petit pâtre de Mary Bertosi, là où nous l’avions laissé la semaine passée : auprès de ses moutons.

L’époque de l’agnelage arriva, Jacques dut s’occuper des brebis et des agneaux qui naissaient et qui restaient à l’étable quelque temps. Au printemps suivant, le troupeau avait doublé et les fermiers étaient fort contents, ils offrirent à Jacques une nouvelle paire de sabots pour le remercier de son bon travail.

   Un jour qu’il gardait ses bêtes au Pré Collin sur les terres du seigneur, celui-ci arriva avec une meute de chiens de chasse ; ses cavaliers, lancés au galop, foncèrent dans le troupeau. Beaucoup de moutons périrent et cela amusa fort le seigneur. Jacques pleura de rage et d’impuissance. Comment expliquer un tel carnage au fermier ? Que faire ? Alors il prit sa flûte et se mit à jouer un air si triste qu’on l’entendit jusqu’à La Roche. Ses larmes coulaient tout le long de la flûte ; il pleura tant et tant qu’une petite mare se fit autour de lui et se mit à couler doucement vers le ruisseau tout proche. Il joua ainsi pendant des heures et, quand le soir tomba, Jacques ne vit pas revenir le seigneur et ses cavaliers ; et ceux-ci foncèrent à vive allure à travers le ruisseau. C’est alors que l’eau monta brusquement, que la pluie se mit à tomber drue et froide, un vent glacé terrible se leva. Les chevaux restaient cloués sur place, piaffant, hennissant ; le seigneur hurlait et bientôt il fut recouvert par un torrent de boue énorme qui le noya, lui, mais aussi ses hommes, ses chevaux et ses chiens. Les éléments déchaînés s’arrêtent brusquement, le calme revint. Jacques alors joua un air plus gai et, dans le petit matin qui se levait, il eut la surprise de voir sortir du bois un troupeau de belles brebis, bien plus  grasses que celles qu’il avait perdues, avec chacune plusieurs agneaux vigoureux, ce qui était fort rare ! Il en vint tant et tant que Jacques ne sut plus les compter, il en fut si heureux qu’il joua de la flûte en dansant tout autour du troupeau en le ramenant à la ferme. Quelle surprise pour les fermiers ! Jamais on avait vu de bêtes aussi belles, aussi grasses, aussi vigoureuses. La fermière permit à Jacques de rentrer chez lui avec une bourse remplie de pièces d’un or qui ferait vivre sa famille pendant longtemps.

   Dans le pays, on raconte que chaque larme de Jacques, mêlée à chaque note de musique, s’était transformée en mouton car la flûte de Jacques était enchantée et, grâce à elle, le pays prospéra et le nouveau seigneur fut bon pour ses sujets. Malheureusement, de nos jours, on a perdu la trace de la flûte enchantée.

UN HÔPITAL DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE (MAI 1944- JUILLET 1945)

La Petite Gazette du 5 décembre 2012

L’HOPITAL DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE EN JUIN 1945

Monsieur Francis Roufosse, de Marche-en-Famenne, est également un de ces lecteurs n’hésitant jamais à partager ses découvertes avec La Petite Gazette. Aujourd’hui, il nous présente un témoignage relatif à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

« Je me permets de vous présenter un petit recueil de photos trouvé sur une brocante.

La couverture porte le titre suivant, imprimé en rouge : « Croix Rouge de Belgique – Hôpital Auxiliaire n° 13 – Marche-en-Famenne 1945 » ; il est daté du 16 juin 1945 et contient une douzaine de grandes  photographies collées montrant des vues intérieures de l’établissement hospitalier. En effet, à partir du 23 mai 1944, au lendemain du bombardement catastrophique du train de munitions à Marloie, la Croix Rouge a occupé les locaux de l’Institut Notre-Dame de Marche, et ce jusqu’à fin juillet 1945.

La couverture du livret porte des signatures à l’encre, dont certaines plus lisibles que d’autres : Reine Glasmacker, A. Brasseur, Collin Albert, G. Charlier, Doppagne, M. Roufosse (le même patronyme que le mien ; c’est ce qui m’a interpellé).

hôpital marche

Sur une photo de groupe d’une soixantaine de personnes, j’ai cru reconnaître, au centre, l’ancien docteur Ledoux (surnommé le médecin des pauvres et père du docteur Philippe Ledoux, décédé dernièrement).

hôpital marche 2

Sur une autre vue, on distingue un tableau où sont inscrits à la craie des noms (malheureusement en partie cachés par les têtes des infirmières) : « Salle n°1 : Melle Glasmaker, Minette Jacquemin, Pola Fontaine, Van der Stappen, Roufosse… Salle n°2 : Mme Dormal, Melle Bodart, Melle Rondeau, Verbrugge, Gillet… Econome : Melle de Villermont. Salle d’opération : Dr Duckerts, Dr Gillet, Dr Van Dooren, Dr Cohrs, Melle de Geyter… » etc.

hôpital marche 3

Si ces noms ou ces photographies pouvaient éveiller quelques anciens souvenirs auprès de « survivants » ou de leurs descendants, ce serait magnifique ! » D’avance, un grand merci

La Petite Gazette du 9 janvier 2013

A PROPOS DE CET HOPITAL  DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE EN JUIN 1945

Monsieur Francis Roufosse, de Marche-en-Famenne, nous en a parlé dernièrement en illustrant son propos d’intéressantes photographies. Aujourd’hui, il revient sur le sujet avec un témoignage qu’il a récolté grâce à l’évocation publiée dans La Petite Gazette.

« Dernièrement, m’écrit-il,  j’ai eu un entretien téléphonique très intéressant avec Monsieur C. d’Aisne qui m’a dit avoir séjourné dix semaines en 1945 dans cet hôpital de fortune.

croix rouge marche

Voici ce qu’il m’a relaté : «J’avais 10 ans à l’époque. Suite à l’explosion d’un détonateur,  j’avais eu la main gauche arrachée et comme les hôpitaux des alentours étaient tous surpeuplés,  j’ai été dirigé vers l’hôpital de Marche et ensuite vers celui du pensionnat des sœurs de Notre-Dame.

Il y avait environ 160 lits, le tout disposé sur les trois étages de l’établissement. Moi-même, je  séjournais  au dernier étage «à côté de la gouttière». Je me souviens que la grande salle était partagée en deux (les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, comme à la messe), le tout séparé par une grande tenture qui vraisemblablement était le grand rideau de la salle de spectacle. Je me souviens aussi d’un certain docteur Duckerts.

croix rouge marche 2

Les religieuses qui s’occupaient de l’hôpital étaient très gentilles et, du fait que j’étais plein de vitalité, elles tâchaient de m’occuper comme elles le pouvaient ; par exemple en me faisant découper de grandes bandes de gaze que je repliais pour les transformer en pansements. Ceux-ci étaient ensuite stérilisés par les infirmières.

Lorsqu’il faisait bon, le personnel infirmier sortait tous les brancards à l’extérieur pour faire profiter les malades de la chaleur bienfaisante du soleil. Ma distraction préférée était aussi de voir les  pompiers de Marche venir nettoyer leurs camions et remplir leurs citernes à l’aide de grands tuyaux qu’ils plongeaient dans la Marchette.

On n’allait pas se promener du côté du Fond des Vaulx, mais en face de l’hôpital, en passant devant un grand crucifix, on empruntait souvent un petit sentier qui grimpait le long du talus jusqu’à la ligne de chemin de fer.

Beaucoup de blessés arrivaient de tous les coins. Même du côté de Malmedy ou de Saint-Vith. Et comme beaucoup ne parlaient que l’allemand et… le wallon (!), les infirmières m’appelaient alors et c’est moi qui servais d’interprète ! »