LES SAINTS PROTECTEURS DU BETAIL

La Petite Gazette du 22 mars 2000

CES SAINTS PROTECTEURS DU BETAIL

Il y a quelques semaines, Monsieur Georges Hext, de Chênée, faisait appel à vous pour parfaire ses connaissances à propos des saints guérisseurs de bétail. Comme d’habitude, vous avez été prompts à lui répondre et il me serait impossible de publier tout ce que j’ai reçu pour lui. Aussi vais-je me borner à vous en donner un aperçu seulement.

Madame Marcelle Cornet, de Hotchamps,  nous a encore fait le plaisir de plonger dans sa belle collection pour en extraire ceci :

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     « En l’église de Deigné, il y a une belle statue de Ste-Brigitte. Il n’y a pas bien longtemps encore, le 1er février de chaque année, une messe était célébrée en son honneur. Les paroissiens et ceux des villages avoisinants y assistaient nombreux. Après la messe, une grande bassine remplie d’eau était bénite et chacun pouvait en emporter chez soi un flacon ou une petite cruche. Vous pouvez lire la prière que l’on distribuait ce jour-là. La légende veut que sainte Brigitte possédait une vache. Un jour, de nombreuses personnes se trouvaient chez elle et la sainte se présenta, à plusieurs reprises, sous la vache et, chaque fois, put tirer du lait et ainsi rassasier ses nombreux convives. »

Monsieur Balthasar Guissart, de Fraiture Tinlot, a également tenu à nous confier ce qu’il savait de cette sainte Brigitte :

« Avant la guerre de 40, il existait à Fraiture-Tinlot un pèlerinage à sainte Brigitte, le 1er lundi de mai. En son honneur,  monsieur le curé célébrait une messe à 10h. et une foule nombreuse y assistait. Je viens de retrouver, dans un vieux missel, la prière qui était récitée en son honneur. « Glorieuse sainte Brigitte, vous avez reçu le don de dieu de préserver le bétail de tout accident et maladie contagieuse ; daignez, nous vous en prions, intercéder pour nous afin que notre bétail reste sain et sauf et, qu’un jour, nous puissions, avec vous dans le ciel, glorifier dieu et le louer dignement toute l’éternité. Ainsi soit-il ! »

Tous les assistants déposaient leur offrande à la collecte, qui était importante, et achetaient des médailles de la sainte à la sortie de l’église, pour les mettre dans les étables.

Sainte Brigitte est une mystique suédoise qui vécut de 1302 à 1373. Mère de sainte Catherine de Suède, sa statue se trouve, à droite, dans l’église de Fraiture. En dessous, il y avait un tronc toujours bien approvisionné ; maintenant il n’existe plus, de toute façon, il serait dépouillé ! Depuis longtemps, le pèlerinage n’existe plus.

Je me souviens d’une anecdote : un jour, monsieur le curé, sortant de l’église après la messe, vit arriver une pauvre vieille ayant l’air minable et triste. Elle accoste le prêtre et lui demande : « Mossieu l’curé, wisse esse t’elle, li sinte qu’on preie po lès bièsses, mi pôve gate èst si malade ?» « La troisième statue à droite, Madame. » « merci, mossieu l’curé, dju dirè one bone pryère po vos ». Il partit, après remercié, mais tout en riant de se sentir désormais bien classé. »

Mon correspondant poursuit son courrier en signalant que « on priait aussi saint Hubert, le 3 novembre, et ce jour-là, le prêtre bénissait les pains qu’on distribuait aux animaux. On priait aussi saint Antoine l’Ermite, accompagné de son petit cochon, le 17 janvier.

Aujourd’hui, plus de pèlerinage aux saints guérisseurs, ni pour les gens, ni pour les animaux. Plus de prêtres pour célébrer les offices. La science a remplacé la prière ; maintenant, les médecins et les vétérinaires sont assez nombreux pour guérir toutes les maladies, mais à coups de billets. »

Le folklore lié à ces saints guérisseurs du bétail et aux lieux où ils sont invoqués a également ses « musts ». Jugez plutôt ce que me transmet cette correspondante de Dolembreux.

« Le curé (ou le doyen) de la paroisse de Nassogne, en faisant visiter son église à notre groupe de pensionnés, nous a montré la statue de saint Monon.  A son sujet, il nous a conté l’anecdote suivante. Un brave paysan vient à l’église faire ses décotions et demande au curé : « Wisse esse ti, Moncheu l’curé, li sint qu’on preie po lès bièsses ? » Alors lui désignant saint Monon, il lui dit : « C’èst ci là vèye Madame »  « Vos esté bin binamé, Moncheu l’Curé, dji li va dire ine priyire por vos ! » et ma correspondante de préciser que cette anecdote est authentique et, en effet, je ne doute pas un seul instant que cette plaisante histoire est racontée en de nombreux lieux.

Un grand merci à mes correspondants pour les précieux renseignements qu’ils nous communiquent, mais aussi pour les documents et les anecdotes qui les accompagnent. Nous y reviendrons encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 29 mars 2000

LES SAINTS GUERISSEURS DU BETAIL

     L’appel de Monsieur Georges Hext, nous l’avons déjà constaté, a généré de bien intéressants courriers. Cette semaine nous partirons à la rencontre de la contribution de Madame Virginie Dussart, du Syndicat d’Initiative et de Tourisme d’Erezée, qui a eu la bonne idée d’extraire quelques passages de « L’Almanach des vieux Ardennais, Traditions et Saints de l’automne », édité par le musée en Piconrue, à Bastogne et d’autres documents relatifs au culte de Saint-Monon. Il y est, bien évidemment question des célèbres « remuages »

« Pendant la procession, les agriculteurs, qui y assistent, arrachent des branches aux arbres qui longent le chemin suivi par les reliques. Lorsque la châsse passe, ils y frottent les feuillages. Ils les ramènent chez eux pour les donner à manger à leurs animaux ou les pendre dans les étables. A Beausaint, on les garde pour en faire une infusion qui est donnée à boire aux veaux atteints de diarrhée.(…)

Protecteur des cochons, Monon est devenu le patron des bovins et des animaux de ferme.

A Marcourt, on recommande de l’invoquer tout spécialement lors des vêlages. A Noirefontaine, sur une bannière des années  1900, Monon est dit Assurance contre (la) mortalité (des) animaux. »

Monsieur Etienne Compère, de Remouchamps, m’a remis un article qu’il a signé dans la revue « Glain et Salm Haute Ardenne » (numéro 46, de juin 1997). Il y a recopié fidèlement, en respectant la forme et l’orthographe de l’auteur, de nombreux remèdes à destination des hommes ou des animaux puisés dans le « livre de raison » de Jean Mathieu Paquay (1797 – 1887), charretier à Vielsalm. A titre d’exemples, je vous livre ceux-ci :

« Remède pour une entors a une personne ous a un chevals

   Il faut metre le pies une demis lieux dans laux.

   Recette pour une vache qui hurine du sang

   Il faut prendre un blanc merte de chien et le mettre cuire dans un litre de bon lai et le donné  a la bete a jeun.

   Recette pour un vache qui a la maladie de poumon

    2 poinies de sel – une demis litre aux – une demis litre vinaigre de pomme. Il faut lui donne cette beuvage 4 jours et tous le jours il faut lui lavez la bouche avec un linge ataché a un bois avec le même beuvage. A pres les 4 jours il faut un demis livrs sel dangleterre – un jagtte drène de lains – 2 litre et demis aux et le metre bouir ensembre ; a près cela il faut lui donne le premier beuverage 8 jours et luis lavee la bouche et luis metrte une jenette a la bouche avec un gros noeque pandant un heurs.

    Recette pour faire aller le vage a toros

    Il fait prandre de bolet de cerf pour 3 sous et leire faire manger avec du buveage a plus jeurs fois. Cette recette peut servirs pour empaicher un cochon de venir en choleurs, il faut prandre de bolet de cerf pour 3 sous et leurs donner tout le 8 jours seur leurs mange peut a la fois.

    Remède pour un chevals forbus

    Il faut le faire saigne et puis le metre dans laux jusquas aux jenoux pandans une demie lieux. »

    Monsieur Compère en a ainsi répertorié plus de cinquante ! Pour ceux que cela intéresse, vous avez les références de la publication qui accueillit cet article.

    A nouveau à un grand merci à mes correspondants pour la qualité des réponses apportées à Monsieur Hext, qui me charge de les remercier chaleureusement.

QUAND UN OUTIL INSOLITE NOUS CONDUIT AU FAUCHAGE MANUEL

La Petite Gazette du 7 mars 2001

OBJET MYSTERE… OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE

Cette rubrique rencontre toujours un admirable succès auprès de vous toutes et de vous tous et vous mettez toujours votre point d’honneur à identifier tous ces objets curieux dont j’aime à vous soumettre les photographies. En sera-t-il encore de même cette fois-ci avec cet objet dont Mme Léonard, de Comblain-au-Pont, m’a envoyé le cliché ci-après ?

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Ma correspondante s’interroge sur cet outil dont elle ignore et l’usage et le nom : « le manche de bois de cet outil mesure un mètre de long, 1,5 cm d’épaisseur et 3 cm de largeur avant de s’élargir à son extrémité et de se terminer en pointe de flèche ; l’outil de fer à l’autre extrémité a une longueur de 25 cm. Est-ce que l’encoche présente dans le manche, au vu de son étroitesse, n’était pas destinée à une main féminine ? » Comme d’habitude, vous savez que tout ce que vous savez à propos de cet outil nous intéresse ; j’espère que vous aurez la gentillesse de nous écrire à son propos et je vous en remercie d’ores et déjà.

 

La Petite Gazette du 21 mars 2001

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE… OBJET MYSTERE…

Il y a peu, vous avez découvert ce dessin représentant un objet qui constituait un mystère pour Madame Léonard, de Comblain-au-Pont. Vous êtes vraiment formidables car, déjà nous savons de quoi il s’agit.

Grâce à des courriers de Messieurs Mieler, de Comblain-au-Pont, et de Monsieur Marcel Kelmer, de Marche-en-Famenne, cet objet est déjà identifié : il s’agit d’un instrument utilisé par les faucheurs du temps passé. La semaine prochaine, je vous donnerai tous les détails recueillis et vous proposerai plusieurs dessins les illustrant. A suivre donc…

La Petite Gazette du 28 mars 2003

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE … OBJET MYSTERE…

Monsieur Stéphane Mieler, de Mont Comblain, me dit que, s’il ne connaît pas le nom de cet objet, il en connaît fort bien l’usage.

« Avant les années 1950, on utilisait encore, principalement dans les Flandres, la « squèye », petite faux que l’on tenait d’une main pour couper les céréales (froment, avoine, orge) au temps de la moisson.

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L’encoche, dans l’outil dont le dessin était proposé, servait à y introduire la lame de la « squèye » pour la transporter durant les déplacements d’un champ à l’autre, en tenant la pointe du « crochet », le tout posé sur l’épaule. Lors du retour à la ferme, un emballage s’imposait (un vieux sac, par exemple, noué sur le manche du crochet).

Ce petit croquis permet de mieux comprendre comment on pratiquait alors.

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L’avantage de cette façon de faucher résidait dans le fait que le faucheur faisait les gerbes d’une main et fauchait de l’autre. Il convenait d’encore faire le lien par la suite. En Wallonie, à l’époque, le faucheur fauchait des deux mains et ne faisait pas de gerbes. Le « tchè », sorte de grand peigne, assurait le ramassage après la coupe. »

Monsieur Marcel Kelmer, de Marche-en-Famenne, a fouillé le dictionnaire liégeois de Jean Haust et en a extrait les informations suivantes :

« En certains endroits du Nord et du Nord Ouest de Liège, on fauche les céréales au moyen de la sape ou faux flamande appelée « fâcèye » (Argenteau, Glons) « skèye » (Vottem, Hognoul, Bergilers). La main droite du faucheur tient le « pâmè » (manche de la sape) ; la main gauche manie un crochet appelé « croc’ » (Argenteau), « crokmin » (Jupille), « graw’tê » (Glons). »

Mon correspondant poursuit notre information en nous disant que « un monsieur, âgé de plus de 80 ans, m’a signalé que le trou dans le manche servait à y passer la lame de la faucille pour rendre plus aisé le transport des outils. Ce vieux monsieur a encore vu employer ces ustensiles agricoles. Son frère dispose toujours de cet outil qu’il garde en souvenir. »

Un immense merci à Messieurs Mieler et Kelmer pour leurs précieuses, et précises, informations ! J’imagine que Mme Léonard doit être bien contente de tout savoir, aujourd’hui, sur cet objet qui l’intriguait.

La Petite Gazette du 4 avril 2001

ENCORE A PROPOS DE CET OBJET MYSTERIEUX

D’autres informations me sont venues à propos de cet objet et, vous allez le constater, toutes confirment ce qui en a été dit :

Je remercie M. F. Moreau, de Neupré, qui, comme M. Kelmer, a eu l’excellente idée de consulter le dictionnaire de J. Haust.

Monsieur R. L., de Tinlot, signale que cet objet s’appelle un « pic ». « jadis, les moissonneurs s’en servaient avec une sape (petite faux à manche court). Le pic attirait le grain fauché par la sape pour en faire une gerbe. Dans le manche du pic, la petite encoche sert seulement pour pousser la lame de la sape pour un transport plus aisé des deux outils. »

Monsieur Georges Pineur, de Bois Borsu, nous dit que cet objet est  appelé « pick » et qu’il servait lors du fauchage des blés. « je m’en suis servi pendant la guerre de 1940. De la main gauche, armé de ce crochet, on rassemblait une bonne poignée de blé et de la main droite, avec une petite faux montée en forme de S, d’un coup sec, on tranchait le blé. On renouvelait cette opération cinq ou six fois jusqu’à en avoir assez pour former une gerbe. On fauchait pour tracer un passage à la lisière du champ à moissonner pour y passer avec la moissonneuse-lieuse tractée par deux ou trois chevaux. Ce travail était surtout assumé par Flamands, qui venaient faire les moissons en Wallonie. Quant à l’encoche qui intrigue Mme Léonard, elle servait tout simplement à loger la lame de la faux pour le transport de l’outil. »

Monsieur Marcel Peters, de Gouvy, confirme également qu’il s’agit bien d’un outil destiné à ramasser le blé, l’orge, le froment, l’avoine… en vue d’en faire des gerbes. « Le gerbeur porte cet outil à la ceinture au moyen de la fente allongée et ce avec le crochet en fer tourné vers le bas. Il ramasse les céréales, les redresse en bottes contre son corps et les ligature en gerbes . L’outil reste toujours attaché à la ceinture. La mesure de la longueur de cet outil est variable ; elle est fixée en fonction de la taille de celui qui l’utilise. Parfois, elle ne dépasse pas 85 cm. pour permettre aux enfants de faire le travail. On en trouve encore régulièrement dans les vieilles fermes de notre région. »

La Petite Gazette du 23 avril 2001

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE… OBJET MYSTERE

Dans le prolongement de tout ce que nous avons déjà publié au sujet de cet objet curieux que nous avait soumis Madame Léonard, de Comblain-au-Pont, j’aime à signaler que les membres du Cercle d’Histoire et Musée de Marchin-Vyle se penchent sur le contenu de La Petite Gazette lors de leur réunion mensuelle. C’est ainsi que M. Léon Colson, de Huccorgne, m’a fait parvenir un intéressant courrier dont il a puisé la substance dans le dictionnaire liégeois de Jean Haust.  Ces informations nous étant déjà parvenues par ailleurs, nous ne les republierons pas, mais nous ouvrirons néanmoins nos colonnes à la reproduction qu’il a faite de l’illustration présente dans cet extraordinaire ouvrage de référence.

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Monsieur René Toussaint, de Harzé, revient quant à lui sur des propos tenus à propos de cet outil. « S’il est possible que le graw’tê ait été utilisé dans les Flandres avant 1950, je me souviens très bien m’en être servi, quand j’avais 13 ans, en 1943, à la ferme des Floxhes, à Anthisnes. C’est en recourant à ces outils que l’on fauchait autour des champs de froment, d’avoine ou d’orge pour ménager le passage nécessaire aux trois chevaux tractant la faucheuse lieuse. »

Monsieur Georges Riollay, de Neupré, apporte un éclairage nouveau au sujet de cet objet : « En Gascogne, les ouvriers gemmeurs (résiniers) se servaient et se servent encore de ce genre d’outil appelé « crampon » pour récolter la résine des pins. Je suppose, poursuit mon correspondant, qu’en Ardenne il en était de même. Le travail des gemmeurs consistait à enlever une petite partie d’écorce et, avec la pointe de cet outil, faire une entaille dans l’arbre. Ensuite, ils plaçaient, en dessous, un récipient dénommé « crot » afin d’y recevoir la résine ou gemme. Ce métier de gemmeur est appelé à disparaître car la production industrielle supplante cette manière de procéder. »

Merci à tous pour ces témoignages et ces informations.

La Petite Gazette du 27 juin 2001

REVENONS UN MOMENT SUR L’USAGE DU GRÂV’TÈ

La Petite Gazette  a publié de nombreuses réactions déjà à propos de cet objet dont Mme Léonard, de Comblain-au-Pont, nous avait proposé le dessin, mais il nous a semblé intéressant d’y revenir à nouveau.

Monsieur Léon Mathot, de Haillot, m’avait écrit au sujet de ce grâv’tè et son témoignage apporte quelques précisions au sujet de cet outil :

« Ce type de faux a été utilisé pour la première fois dans ma région (Andenne) dans les années 1942 – 1943, au grand étonnement des agriculteurs du coin. C’est effectivement un agriculteur flamand (il venait de faire l’acquisition d’une ferme dans le village) qui l’utilisait et la maniait avec beaucoup d’adresse. Ce qui était important, c’était l’usage simultané du bâton muni d’un crochet (grâv’tè sur le croquis paru le 27 avril). En effet, le faucheur retenait le blé coupé dans le crochet et déposait ainsi de petites gerbes sur le sol au fur et à mesure de sa progression.

Je n’ai jamais vu, poursuit M. Mathot, un seul agriculteur du coin se servir de cet engin. A noter que la position de travail, très courbée, était fatigante ; ce type de faux ne devait convenir qu’aux personnes de petite taille !

Enfin, conclut mon correspondant, je reste perplexe à propos de l’information communiquée par M. Riollay. Je ne vois pas comment la « facèye » puisse servir à faire des entailles dans les troncs d’arbre ; la lame ne pourrait résister longtemps à ce genre d’usage. Je me demande s’il n’y a pas confusion avec une sorte de courbet à manche long dont se servaient les forestiers pour élaguer les arbres ou pour dégager les jeunes plants qui grandissent au milieu des buissons. Ce type de courbet peut effectivement servir à faire des entailles dans les troncs. »

Merci pour toutes ces précisions.

La Petite Gazette du 23 janvier 2002

AU TEMPS DU FAUCHAGE MANUEL

Madame Henard-Cornet, de Hives, a eu l’excellente idée de m’écrire pour me confier les souvenirs qu’elle conserve du temps où son papa fauchait à la main.

« Si mes souvenirs sont bons, mon père fit ses derniers fauchages manuels dans les années 1924-1925. Il partait de grand matin, au premier chant des oiseaux, avec sa grande faux sans oublier le coffin, « li coirny » attaché derrière le dos et dans lequel pn mettait la pierre à faux, trempée dans de l’eau vinaigrée et qui servait des dizaines e fois à aiguiser la lame de sa petite chansonnette.

Le lendemain, munis de fourches, on allait « disonner », éparpiller l’herbe et la retourner deux ou trois jours après, pour enfin en faire de gros melons, que l’on retournait le jour du charriage pour reprendre l’humidité pompée dans le sol.

Alors on arrivait avec le gros lourd chariot tiré par les deux chevaux de trait avec les grosses roues en bois ferrées par de beaux bandages forgés par notre bon maréchal ferrant. On ne devait pas oublier la perche et les deux fourches, surtout la grande qui servait à soulever les dernières « croyées ».

Il restait alors deux opérations : le peignage, en prenant le petit râteau en bois afin de faire descendre le foin qui aurait pu se perdre sur le chemin du retour. Il fallait alors soulever la perche attachée devant par une grand chaîne et également à l’arrière car celle-ci rattachée au « tir dial » qui, maille par maille, pressait fortement le foin. Il arrivait, mais très rarement, dans les terrains fort accidentés, que le foin « vêle » et il fallait recommencer tout le travail.

Pour nous, les enfants, la fenaison n’était pas terminée. En hiver, défense de monter sur les tas, mais nous devions tirer le foin mèche par mèche à l’aide d’un gros crochet en fer, dont je possède toujours un spécimen, afin de rationner le bétail jusqu’au printemps. »

Un grand merci pour ces souvenirs qui, on le ressent très fort, vivent toujours intensément dans la mémoire de ma correspondante.

La Petite Gazette du 28 août 2013

EN HAUTE ARDENNE, ON FAUCHAIT BIEN PLUS TARD…

Comme toujours quand il s’agit d’évoquer la Haute-Ardenne, c’est vers notre envoyé spécial dans le passé des hauts plateaux, M. Joseph Gavroye, que nous nous tournons :

« En juin, on fauche dans le bon pays. En Haute Ardenne, région pauvre et froide, c’était fin juin ou début juillet. A l’époque et cela se passait encore entre les deux guerres, de nombreux paysans ardennais partaient faucher dans le pays de Herve, région herbagère par excellence, avec une croissance de l’herbe bien plus hâtive. Ils y allaient, munis de leur faux, par groupes rassemblant le père et les fils, au moyen du train et du tram et arrivaient sur les lieux où ils étaient attendus d’année en année. Les coupes terminées, ils regagnaient le haut pays pour y entreprendre ensuite la même besogne.

Mon père, né en 1876, était lui aussi un maniaque de la faux. Comme le racontait si bien Monsieur Bolland, dans son évocation du mois de juin, mon père, levé très tôt le matin et assis sur un sac de jute devant l’enclumette, battait sa faux. Cela se passait dans les environs immédiats de la ferme et tant pis pour les lève-tard, dérangés par les coups répétés du marteau sur la lame d’acier. Ce travail terminé et sans trop s’attarder à table, à l’aube naissante, il se dirigeait vers le pré à faucher. Mon père avait comme habitude de s’équiper d’un parapluie qu’il rangeait à côté de la faux sur une épaule. Certains le raillaient lui reprochant, qu’équipé de la sorte, il allait faire pleuvoir. Il répondait avec humour que, lorsqu’il avait son parapluie, il ne pleuvait jamais… c’était son sentiment.

Une petite anecdote personnelle me revient à l’esprit. Papa et moi avions 53 ans de différence d’âge ; un jour qu’il était équipé de sa faux, je l’accompagnais avec le cheval tirant la faucheuse mécanique. Comme nous arrivions en face du pré à faucher, Papa constata qu’il s’agissait d’un pré d’une contenance d’environ 50 ares d’un jeune trèfle bien droit sur pied. Dans son orgueil du travail bien fait, il me donna l’ordre de déposer la machine à l’ombre d’un chêne et de détacher le cheval avant de rentrer à la ferme. A mon âge, j’avais alors 16 ou 17 ans, une autre génération donc, la chose me choqua mais je m’exécutai sans pouvoir émettre de commentaires, la décision venant du paternel !

Tout l’après-midi, le père Gavroye, faucheur émérite, s’adonna à faucher un chemin tout autour du terrain afin d’éviter que le cheval ne piétine ce magnifique trèfle. C’était un peu exagéré, mais il avait la fierté du travail bien fait, ce qui prévalait à l’époque.

Actuellement cette façon de faire est dépassée. Tout est fait à la grande échelle. Une partie du foin est abandonnée à la nature. Des machines de plus en plus sophistiquées sont utilisées, le temps presse ainsi que la rentabilité. La faux à main est rangée aux oubliettes ou déposée dans un musée. Finis les battements et l’aiguisage de la lame en acier pourtant si appréciés des anciens. »

BERGERS ET BERGERES DE NOS CONTREES

Petite remarque préliminaire : Les illustrations de ce chapitre sont loin d’être d’une qualité irréprochable, c’est parce qu’elle date d’une époque où mes chroniques étaient transmises au journal sans le support technique du numérique. La plupart des illustrations que me fournissaient les correspondants de la Petite Gazette étaient alors de simples photocopies. Il me semblait utile de le rappeler.

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

A LA RENCONTRE DU BERGER DE PETIT-BOMAL

Madame Christine Gillet, de Jemelle, ne reçoit pas Les Annonces, car elle habite en dehors du triple secteur de distribution ; cela ne l’empêche cependant pas d’en être une lectrice assidue et attentive grâce à une de ses amies de Chéoux, qui lui envoie régulièrement ses journaux. Mme Gillet est née, en 1922, à Bomal, elle a quitté le village dix ans plus tard, mais en emportant avec de merveilleux souvenirs d’enfance. Elle se souvient notamment d’un personnage qui, il y a quelques années, tint la vedette de La petite Gazette : le berger de Petit-Bomal.

« Nous allions, de temps en temps, nous promener à la ferme ; il y avait une dame qui s’appelait Rachelle. Ce que nous adorions voir par dessus tout, c’étaient les moutons, quand ils rentraient de Saint-Rahy. Nous attendions pour les regarder rentrer. Le berger dormait alors dans la bergerie ; j’ai encore son image devant les yeux. Il est là devant moi avec sa houppelande… »

J’imagine que ma correspondante n’est pas la seule, parmi les lecteurs et les lectrices de La Petite Gazette, a avoir conservé des souvenirs, peut-être même aussi des photos, des derniers bergers de nos régions. Comme nous l’avons fait avec d’autres professions disparues ou menacées, j’aimerais beaucoup que cette rubrique s’ouvre aux souvenirs relatifs aux bergers de nos régions, aux craintes que leurs connaissances faisaient naître, à leur vie, aux horaires auxquels ils étaient soumis…J’espère surtout en recevoir des photographies, que ce soient celles de ces vieux bergers du début du siècle ou celles de ces nombreux enfants qui, il n’y a pas si longtemps, ont surveillé ou gardé les petits troupeaux des grandes fermes de chez nous. Qui sera le premier a faire revivre cette profession si importante hier encore.

La Petite Gazette du 13 septembre 2000

LES BERGERS DE NOS BELLES CONTREES

Les hasards du contenu de vos correspondances m’ont mis sur la piste des bergers et des bergères qui, jadis, faisaient paître petits et grands troupeaux le long de nos chemins, dans les bois ou sur les terrains communaux. Comme vous êtes réellement formidables, il m’a suffit d’en parler une seule fois pour recevoir vos premiers commentaires et, surtout, vos premiers documents.

Ainsi, j’ai l’immense plaisir de vous proposer une première photographie illustrant cette nouvelle rubrique ; elle provient des collections de Monsieur Freddy Lemaire, d’Aywaille.

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« Ce berger a été photographié, pour les éditions LUMA, d’Aywaille, avant 1940, dans la région de Harre-Burnontige. »  Mais nous ne savons rien de l’identité de ce berger qui fait paître son maigre troupeau ; était-il vraiment berger ou l’a-t-il été le temps de prendre cette photo dont la légende nous dit qu’il s’agit de Bellem ? Grâce à vous, nous en saurons certainement davantage très bientôt. Dans nos prochaines éditions, nous retrouverons d’autres bergers et bergères de nos contrées, mais je vous engage à m’envoyer photos, documents et souvenirs que vous avez conservés de ces étonnants personnages d’hier.

La Petite Gazette du 20 septembre 2000

LES BERGERES ET LES BERGERS DE NOS REGIONS

Il n’y a pas que l’illustre Bellem qui garda les moutons de nos vallées et de nos plateaux…

Monsieur Louis Vieuxtemps, collaborateur régulier du journal Les Annonces, m’a confié cette jolie photographie d’une bergère, encore active avant la dernière guerre mondiale, Léocadie Hanozet

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Mon correspondant apporte quelques renseignements intéressants sur ce personnage : « La famille Hanozet s’installe sur la ferme de Petit-Bomal en mai 1909 et y restera jusqu’en 1946. 14 enfants sont nés dans cette famille dont Jean-Baptiste Hanozet, (11 mars 1873 – 11 janvier 1963), l’aîné des quatre garçons qui sera le dernier berger de Saint-Rahy, pâturages dominant la ferme en direction d’Izier.

Léocadie Hanozet, (21 juillet 1867- décédée fin 1944) était une des dix filles de la famille. A l’occasion, elle relayait Jean-Baptiste, mais tout porte à croire qu’elle fut bergère avant lui et, de ce fait, fut l’avant-dernière bergère de Saint-Rahy. »

Vous aussi, certainement, vous avez des souvenirs de ces bergers d’hier, du mystère qui entourait leurs connaissances, de leurs pouvoirs supposés… Nous en parlerez-vous ? J’attends avec beaucoup d’impatience tout ce que vous pourrez nous dire à ce propos.

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

LES BERGERES ET LES BERGERS DE NOS REGIONS

C’est encore à Monsieur Louis Vieuxtemps que nous devons ces deux très jolies photographies du dernier berger de Saint-Rahy, pâturages relevant de l’ancienne seigneurie de Petit-Bomal, à quelques centaines de mètres d’où se construit votre hebdomadaire préféré ! On y voit Jean-Baptiste Hanozet, le frère de Léocadie dont vous avez fait la connaissance la semaine dernière.

003« Sur ce cliché, nous dit M. Vieuxtemps, Jean-Baptiste Hanozet est âgé de près de 70 ans (nous sommes en 1942), on le voit quittant la magnifique ferme de Petit-Bomal pour se rendre vers le mont Saint-Rahy, comme il le fit durant 37 ans.

 

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Cette autre photographie date de la même époque, elle aurait été prise quelques semaines après la précédente, nous précise notre correspondant. Il semble bien que c’est alors le printemps, les fleurs éclairent les pâturages de leurs jolies couleurs et le berger est là, pensif mais attentif, son chien à ses pieds et sa canne à la main. »

Si vous avez connu ce berger ou si vous en avez connu d’autres, ce serait particulièrement intéressant que vous nous confiez vos souvenirs, vos anecdotes, vos documents pour faire revivre cette vieille profession de nos régions.

La Petite Gazette du 18 octobre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

Grâce à la précieuse collaboration de plusieurs collectionneurs de vues anciennes de nos contrées, j’ai eu l’immense plaisir de vous présenter plusieurs clichés de bergers ou de bergères de nos régions ; et les photographies parues ont suscité, à leur tour, d’intéressantes réactions.

Aujourd’hui, c’est Monsieur Freddy Rixhon, de Ferrières, qui nous apporte de précieux renseignements relatifs au berger présent sur la carte postale que nous avait confiée M. Freddy Lemaire, d’Aywaille. (Voir l’article du 13 septembre 2000)

« Le berger présent sur cette photographie n’est autre que Monsieur François Mahieu, de Burnontige, mieux connu encore sous le nom de « François d’al Creû » explique mon correspondant. Voici ce que dit de lui Maurice Capitaine dans Temps et cendres de mes jeunes années, le numéro 11 de la très belle collection « Au rythme de Ferrières »

 « François Mahieu, habitant le lieu-dit Al Creû, sur le chemin de Saint-Antoine. Une grave maladie, le typhus, contractée dans son jeune âge, avait laissé quelques séquelles dans son comportement. Oh rien de bien grave ! C’est ainsi qu’il avait vingt, parfois trente, chèvres auxquelles il s’adressait sur un ton doctrinal châtié. Les chèvres qui ne comprenaient évidemment rien à cet éloquent laïus avaient pris l’habitude de s’assembler autour de lui, paraissant  prêter une oreille attentive à ses propos. Les enfants qui passaient par-là pour se rendre au catéchisme en avaient fait un sujet de curiosité. Ils s’arrêtaient pour voir et entendre notre ami pérorer, parfois pour s’en moquer, mais fort rarement, car François était un homme doux, gentil, malin qui n’aurait pas fait de tort à une mouche. »

Monsieur Rixhon, en collectionneur averti qu’il est, me signale qu’il existe au moins quatre autres cartes postales, d’autant d’éditeurs différents, immortalisant ce berger ! Je le remercie chaleureusement pour toutes ses informations.

Une personne de Werbomont, qui a très bien connu Jean-Baptiste Hanozet, le dernier berger de Petit-Bomal, a eu l’extrême gentillesse de nous contacter pour nous narrer quelques souvenirs :

« Je veux bien croire que j’ai bien connu ce berger, me dit-elle, car c’est mon mari, malheureusement décédé aujourd’hui, qui, au moment de l’Offensive, lui a racheté son troupeau. La famille Hanozet se préparait à quitter la ferme de Petit-Bomal et Jean-Baptiste proposa à mon époux de reprendre le troupeau. Mon mari a toujours élevé des moutons, il le faisait pour la viande, pour l’élevage… Il fut d’ailleurs le premier à avoir fait venir des moutons d’Angleterre ! Mon époux et le berger se connaissaient évidemment et, pendant les années de guerre, ils s’étaient notamment aidés pour répondre aux réquisitions allemandes. Quand mon mari a accepté la proposition du berger de reprendre ses bêtes, s’est posée la question du transport de celles-ci. Comment les moutons allaient-ils aller de Petit-Bomal à Bois Saint-Jean ? En marchant, tout simplement ! Jean-Baptiste Hanozet souhaita que ce soit mon mari qui l’accompagne pour cette longue promenade et c’est ce qui se fit. Quand les bêtes furent arrivées sur place, j’ai vu le vieux berger pleurer de joie ; il se disait très heureux de constater que ses moutons seraient mieux encore.

Au sujet du berger de Petit-Bomal, je me rappelle une anecdote qu’il racontait. Souvent, nous disait-il, il lui arrivait de se disputer avec son frère, mais toujours pour la même raison : la nuit, Jean-Baptiste se relevait pour aller chiper le bon foin que son frère gardait pour ses chevaux ! »

Un immense merci à cette lectrice qui nous a réservé ces quelques souvenirs de première main.

La Petite Gazette du 31 octobre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

C’est toujours avec beaucoup d’impatience que j’attends que vous me confiez vos souvenirs des rencontres que vous avez sans doute faites avec ces étonnants personnes de nos régions. En effet, les bergers et les bergères ont toujours bénéficié d’une aura de mystère auprès de toutes les personnes qui ne possédaient pas leurs connaissances des choses de la nature. En espérant que vous aurez la gentillesse de nous parler de ces personnages extraordinaires, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter deux nouvelles cartes postales anciennes ayant pour sujet principal le berger de Burnontige, François Mahieu.

Monsieur F. Rixhon, de Ferrières, qui avait reconnu ce berger sur une photo prêtée par Monsieur Lemaire, d’Aywaille, m’a remis quatre cartes postales différentes présentant ce berger ; vous en découvrirez deux aujourd’hui.

005

 Carte postale des éditions Goblet, Source de Harre à Burnontige portant en légende « Harre : un berger ardennais dans les environs de la Source de Harre » avec, en plus, la mention « Touristes, visitez la Source de Harre »

 006

 carte postale des éditions Léon Vanderhoven, à Liège, portant en légende : « Burnontige – Le chèvrier. Un coin pittoresque de nos environs » Avec, en plus, la mention : « Pension de Famille Gaiemet-Mignolet Burnontige – Werbomont. Téléphone : 70 Werbomont »

 

La Petite Gazette du 8 novembre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES, DES PERSONNAGES ETONNANTS …

Toujours avec le seul désir de vous voir me communiquer les souvenirs que vous avez conservés de vos rencontres avec ces personnages étonnants qu’étaient les bergers et les bergères de nos contrées, j’ai l’immense plaisir de vous faire découvrir les deux dernières cartes postales représentant le berger de Burnontige que m’a, si gentiment, prêtées Monsieur Rixhon, de Ferrières.

007

 Carte postale éditée par Photo Gonay, Moulin Harre

008

Editeur Hôtel Colin

Mon correspondant a indiqué que cette vue daterait de 1935

Si vous possédez, vous aussi, des photos de bergers ou de bergères de nos villages ; pensez que nombreux sont les lecteurs et les lectrices qui prendraient plaisir à les découvrir. Vos souvenirs sont, bien entendu, les bienvenus. Merci d’avance.

La Petite Gazette du 15 novembre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

Monsieur J. Paquay, de Nadrin, nous a déjà fait le plaisir de partager avec nous les jolies photographie de sa collection ; aujourd’hui, il nous propose cette jolie carte postale du château Saint-Jean, aux environs de la Baraque Fraiture, plus précisément à Samrée.

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« Cette carte postale a été postée le 22 juin 1913, me précise M. Paquay. Cette photographie nous fait découvrir un berger bien habillé, gardant son troupeau près de la façade arrière de l’imposant château de « Bois Saint-Jean ». Il est aidé dans sa tâche par un garçon et deux chiens.

Le recto de la carte atteste du reçu par un certain Victor Vincent, à Bihain, de la somme de deux cent treize francs et cinquante centimes, à l’adresse de François Chabat, négociant en laines à Comblain-la-Tour.  Qui était le dénommé Victor Vincent ? Etait-il le propriétaire des moutons ou le régisseur du château ?

En ce qui concerne le château construit au XIXème siècle par le Comte de Limburg Stirum, il avait alors, avec son impression donjon et sa tour ronde, des allures de petite forteresse. Ayant été réquisitionné par les Allemands pour y établir le quartier-général de Von Manteuffel à la fin de la guerre, il fut bombardé et incendié par les Alliés, fin 1944. Reconstruit après la guerre, il a perdu les allures médiévales de son caractère d’antan. »

Merci pour toutes ces informations ; j’espère que l’un ou l’autre lecteur pourra répondre à votre question relative à Monsieur Victor Vincent.  Votre question j’ajoute la mienne, qui nous parlera de ce négociant en laines de Comblain-la-Tour ? J’imagine que parmi les lecteurs de l’excellente revue « Les Echos de Comblain », il s’en trouvera un qui possède des renseignements à propos de ce négociant ; peut-être nous fera-t-il le plaisir de les partager avec nous ?

Monsieur Freddy Rixhon, grâce à qui nous avons pu faire la connaissance du berger de Burnontige,  m’a écrit à nouveau pour me demander de rectifier le nom de ce berger : « depuis toujours, j’ai entendu les gens du cru parler de F. Mathieu, pour désigner ce berger ardennais ; le livre de M. Capitaine, qui est une référence pour moi, m’a conduit à corriger le Mathieu en Mahieu :  ce fut une erreur. Ce Mathieu, source confirmée par une nonagénaire, en pleine forme, de Burnontige, a eu une fille mariée à un Mahieu, d’où probablement la confusion. »

Merci à M. Rixhon pour son souci du détail et de la précision.

La Petite Gazette du 20 décembre 2000

BERGERS ET BERGERES DE NOS REGIONS

La photo parue, il y a un mois, dans La Petite Gazette et nous présentant le berger du château de Bois St-Jean, a fait réagir un lecteur heureux cette photo et tout aussi heureux de partager ses souvenirs avec nous

« Le berger Victor Vincent, que l’on voit sur cette photo, était le cousin germain de mon père, Camille Vincent. Il exploitait, en tant que locataire et avec ses parents, ses frères et ses sœurs, la ferme du Bois St-Jean, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Son père, Lambert Vincent, était le frère jumeau de mon grand-père paternel ; il est décédé au Bois St-Jean et repose au cimetière de Bérismenil. Mon père parlait assez souvent de ses cousins et cousines du Bois St-Jean et, particulièrement, de Victor qui s’occupait d’un grand troupeau de moutons, dont ils étaient les propriétaires. »

Merci M. Vincent d’avoir, pour La Petite Gazette, ressuscité les souvenirs de votre papa.

La Petite Gazette du 10 janvier 2001

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

Après la parution de la jolie photographie et des informations relatives au berger du domaine de Bois Saint-Jean, M. J. Paquay, de Nadrin, a glané de nouvelles informations qu’il a tenu à partager avec nous.

Madame J. Renard-Cornet, de Hives, dont le papa était garde-chasse à Saint-Jean, a bien connu Victor Vincent. « Il était fermier au domaine de Bois Saint-Jean ; je me souviens bien qu’il faisait aussi, à la demande, le tour des fermes des villages voisins pour châtrer les jeunes taureaux et en faire des bœufs destinés à l’engraissement. »

010 Carte-vue montrant la façade avant du château, avant 1903 (carte-vue extraite des collections de M. J. Paquay)

 

 

 

Madame P. Petit-Rappe lui a également confirmé que Victor Vincent était bien le fermier de Saint-Jean : « je l’ai d’autant bien connu qu’il était un frère de ma maman ; il était aussi marchand de bestiaux. A cette époque, le troupeau de moutons se composait d’un millier de têtes appartenant au fermier. Ceci explique le reçu attestant une transaction personnelle de V. Vincent, pour une fourniture de laine à M. Chabat. La production herbeuse sur ce plateau froid, sur des terres acides, dans un îlot agricole souvent noyé dans le brouillard et entouré de grandes forêts, était très aléatoire. De plus, les moutons devaient chaque jour partager leur herbage avec le gibier : cervidés et surtout sangliers laboureurs. La concurrence était très vive. C’est d’ailleurs cette raison qui motiva V . Vincent à quitter le domaine dans les années 20 – 25 pour émigrer à Ortho, puis à aller finir ses jours à Bastogne. Il fut remplacé à Saint-Jean par la famille Désert, qui continua l’exploitation ovine jusque dans les années 70. Le troupeau de moutons d’Alphonse Désert se composait lui aussi d’un millier de têtes. »

Monsieur Louis de Fisenne, de Fisenne, a également réagi suite à la parution de la photo du berger de Bois Saint-Jean : « Dans mon jeune âge, j’allais passer une partie de mes vacances au château de Bois Saint-Jean. J’y ai dès lors connu, bien qu’il soit déjà très âgé, l’ancien propriétaire, le Comte de Limburg, qui n’avait pas d’enfant. Je connaissais bien son fils adoptif, Charles, avec qui j’entretenais d’excellentes relations. Je possède la même carte postale que celle publiée dans La Petite Gazette et je puis vous affirmer que le berger avec ses moutons est bien le propriétaire du troupeau et non le régisseur du château. Le gamin qui l’accompagne est son neveu, Léon Dumont, mon cousin. En effet, la maman de Léon et la mienne étaient les sœurs de Victor, qui, avec  sa maman, et d’autres sœurs et  frères, occupait les bâtiments de la ferme. Je suis né en 1911 et je me souviens  très bien que nous allions, à Pâques, récolter les œufs que les cloches avaient déposés dans le parc du château. C’était encore la bonne époque. Je suis déjà retourné souvent à Bois Saint-Jean pour revivre un peu de ma jeunesse. »

011Photo de la cour de la ferme de Bois Saint-Jean dans les années 1920. A l’arrière-plan : le château (document extrait des collections de M. J. Paquay)

Monsieur Paquay a également conservé des souvenirs du début de sa carrière de garde forestier quand, plus d’une fois, il a retrouvé des animaux égarés, ou en fugue, dans les bois communaux de Samrée, dont j’ai la garde et qui jouxtent le domaine de Saint-Jean Les moutons quitteront définitivement Saint-Jean après la retraite de M. A. Désert. Après un intermède de bétail indigène, ils sont remplacés, depuis quelques années, par des animaux plus imposants, venant d’outre-Atlantique : des bisons canadiens. Nos cervidés et autres sangliers ardennais ne font plus le poids face à ces mastodontes américains : la concurrence est devenue déloyale, ils doivent désormais s’alimenter en forêt uniquement. »

Un immense merci

La Petite Gazette du 27 novembre 2013

LES MOUTONS ET LES BERGERS DE LA COMMUNE DE FERRIERES

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, a entrepris une intéressante recherche sur les troupeaux et les bergers de Ferrières au début du XIXe siècle. Il nous en livre le résultat :

« Nous  avons  remarqué  que  le  relevé géographique  de  Philippe Vandermaelen établi  en  1831 précisait  que  la  commune  de  Ferrières  comptait autrefois  8  troupeaux  de  moutons. Les  relevés  de  population  de  la  commune  ont  commencé  à  être  tenus  à  partir  de  1846. Nous  devrions  donc  y  retrouver  la  trace  de  plusieurs  de  ces  bergers. Le  résultat  de  cette  recherche  donne :

Stiennon Gilles, 67  ans, né  à  Esneux,  il  habite  Lognoul.

Dubois  Lambert, 32  ans, né à Hamoir.

Dengis  Julien, né  à  Villers  Ste-Gertrude  le  15  mars  1830.

Maréchal Gilles, né  à  Louveigné  le  13 mars 1802.

Maon Gérard, né 15  janvier 1792, il  habite  le  Thier  de  Ferrières.

Bodson Gilles, né  à  Bra, 23 ans, il  habite  St-Roch.

Abraham Servais, 47 ans, né  à  My, il  habite  Rouge Minière.

Gosset  Théodore Joseph, berger  né  à  Heid  le  9 octobre  1825.

Le  relevé  suivant, celui  de  1866, en  cite  encore :

Maréchal Gilles  Joseph, né  à  Louveigné  le  13  mars 1802, il  meurt  le  27  avril 1868. Berger  à  Thiers, maison nr 4.

Maon Gérard, né  à  Ferrières  le  15 janvier 1792, il  meurt  le  6  juin 1869, il  habitait  à  Thiers.

Dangis  Julien, né  à  Ferrières  le  3  septembre 1808, berger  à  Burnontige.

Ajoutons  qu’un  dénombrement  établi  en  1822  dans  la  commune  mentionnait :

165 vaches  et  395 moutons  à  Burnontige, 44 chefs  de  famille.

143 vaches  et   32 moutons  à  Houpet  et  Malacord, 47 cf.

109 vaches et  227 moutons  à  Ferrières  et  Lognoul, 43 cf.

69 vaches  et  62 moutons  à  Rouge Minière, 29 cf.

Soit un total : 486 vaches  et  716  moutons  pour  163 chefs  de  famille. »

 

 

MEDECINE POPULAIRE – GUERISSEURS ET PRIERES

Tout ce qui touche à la médecine populaire, ses pratiques, les guérisseurs, les remèdes… a toujours suscité un énorme intérêt parmi les lecteurs de La Petite Gazette et cela sans jamais faiblir au fil des années. Cela m’a permis de réunir une incroyable collection de remèdes mais aussi d’informations précieuses sur les différents types de guérisseurs et leurs façons de procéder. Aussi ai-je, en 2012, décidé de rassembler dans un ouvrage toutes ces contributions et témoignages transmis par les lecteurs. . Ce livre de près de 300 pages présente, dans sa première partie, de nombreux guérisseurs de nos contrées et, dans la seconde, les centaines de remèdes que, depuis des années, vous m’avez communiqués en réponse aux appels lancés par les lecteurs.

001

Ce livre, « Les Pratiques de la médecine populaires »,
est toujours disponible  au prix de 19€ (port postal offert) à verser sur le compte bancaire BE29 0682 0895 1464 de P.A.C Aywaille à 4920 Aywaille

 La Petite Gazette du 30 janvier 2008

A PROPOS DE MEDECINE POPULAIRE

Dans nos contrées, au temps jadis, les médecins étaient rares et surtout trop chers pour que les villageois s’adressent régulièrement à eux. Aussi a-t-on jalousement conservé bien des remèdes de famille, transmis de génération en génération. Le plus souvent, ils appartiennent à la tradition orale, mais ils étaient quelquefois consignés dans de petits carnets. La seule « autorité » en matière de médecine dont on sollicitait alors les conseils était souvent la sage femme, ainsi que nous l’avons déjà évoqué grâce à vos passionnants témoignages. A ses côtés interviennent régulièrement des guérisseurs (sègneûs et r’bouteûdésignés ainsi selon les procédures qu’ils mettent en œuvre).

Vos communications régulières à propos de remèdes anciens montre, s’il en était encore besoin, combien certaines de ces traditions sont restées particulièrement vivaces dans les esprits et dans les usages. Il ne faudrait cependant pas que ces secrets de famille et ces traditions ancestrales disparaissent alors qu’elles ont été précieusement conservées beaucoup des siècles et des siècles.

Nous l’avons souvent constaté quand nous abordons ce sujet, la connaissance des vertus des plantes se mêle souvent de pratiques aux frontières de la religion et de la magie. C’est pourquoi, il était communément admis que la date de naissance de quelqu’un pouvait lui accorder des pouvoirs spécifiques. Avez-vous connaissance de ces dates particulière (jours de fêtes religieuses ou jour particulier d’équinoxe ou de solstice par exemple) ?

On pensait la même chose dans les cas, pourtant fréquents, de naissances présentant des particularités remarquables : naissance par le siège, enfant né « coiffé », Xe enfant du même sexe dans la même famille ou enfant posthume. Parfois c’est la maman qui donne naissance à des enfants multiples (jumeaux, triplés…) qui se trouvait considérée comme détentrice de pouvoirs spéciaux. Avez-vous retenu au sein de votre famille des anecdotes liées à ces pouvoirs issus de naissance particulière ?

On a même pensé (c’est du moins ce que certains qui menèrent des études sérieuses  sur le sujet ont prétendu) qu’il était possible de conférer à quelqu’un des dons de guérisseur en le soumettant à diverses épreuves durant sa jeunesse Il était également généralement admis que celui qui était le descendant de plusieurs générations d’un même métier (meunier, maréchal-ferrant, berger…) se trouvait investi du don de guérir. En avez-vous déjà entendu parler ? Avez-vous des exemples précis ?

J’espère que vous pourrez apporter l’une ou l’autre réponse à ces questions afin de me permettre de développer ces sujets avec vous. Je vous remercie chaleureusement de me confier vos souvenirs.

La Petite Gazette du 27 février 2008

MEDECINE POPULAIRE… LES DONS LIÉS Á LA DATE DE NAISSANCE

Monsieur Roger Detry nous transmet une passionnante communication sur les dons de guérisseurs liés à une date de naissance particulière :

« Il faut y voir un rapport avec le saint du jour.

25/1 confère l’aptitude de soigner les envenimations (morsures de serpents, insectes etc.) et leurs conséquences éventuelles: dartres, furoncles, panaris.

1/2 Egalement don de passer le venin (Sainte Viridiane qui repoussait les serpents)

29/6  Idem- ce sont Saint Pierre et Saint Paul qui d’après l’anecdote citée dans l’acte des apôtres étaient maîtres des serpents

23:/7  peut guérir zona et dartres.

1/8  morsures de serpents et empoisonnements divers- c’est en référence à Saint Eleazar qui refusa de s’empoisonner en mangeant de la viande de porc qui lui aurait fait transgresser la sainte loi.

10/8  Saint Laurent guérit les brûlures.

18/8  Saint Augustin  guérit les verrues

25/8 Saint Louis( le roi) : brûlures, zona, eczéma, certaines mycoses.

21/9 une personne née à cette date (Saint Mathieu) peut intervenir sur les effets des venins.

25/12   idem

31/12 redresse les membres (rebouteux) »

Mon correspondant poursuit en établissant une liste des dons puisés dans les circonstances de la naissance:

Peut avoir des dons pour guérir certains cas l’enfant qui n’aurait pas connu son père

Ce dernier point est évidemment relatif à des contextes et modes de liaisons d’une autre époque.

Un enfant né les pieds devant peut réduire les entorses.

Idem pour les personnes venues au monde par le siège.

Une mère qui met au monde des jumeaux pourrait intervenir dans les cas de luxation.

Les cinquième-septième-neuvième enfants d’une même famille et de même sexe auraient également des pouvoirs, surtout pour  soigner des cas importants de peau.

Le cinquième, lui, peut en outre traiter les rhumatismes. »

Ces propos évoquent-ils quelque chose pour vous ? Etes-vous dans un de ces cas ? Avez-vous constaté ces dons ? Dites-nous tout, le sujet est réellement passionnant. Un immense merci à M. Detry.

La Petite Gazette du 19 mars 2008

A PROPOS DES DONS DES GUERISSEURS

Un sympathique lecteur de Neupré a souhaité intervenir au sujet des dons de guérisseurs liés à la date de naissance. « Dans mon cas, m’écrit-il, il s’agit du fait que je n’ai pas connu mon père, celui-ci étant décédé accidentellement en mai 1946 et je suis né en septembre. Il m’a toujours été dit par ma maman et ma grand-mère que je possédais certains dons de guérison, pour ce faire il me suffisait d’imposer les mains sur la partie du corps à guérir et de réciter la prière appropriée au cas.
Par deux fois dans ma jeunesse, j’ai usé de ces « dons » mais sans pouvoir dire si vraiment ils ont changé quelque chose dans la guérison qui est intervenue.La première fois, c’était pour soigner une brûlure qu’une jeune fille du voisinage s’était occasionnée en renversant de l’huile de friture (ou de l’eau bouillante je ne sais plus très bien) sur la jambe. Il est vrai que la brûlure s’est soignée assez rapidement et n’a pas
provoqué de cicatrice comme l’on voit sur les personnes brûlées mais les parents avaient quand même emmené leur fille chez le médecin qui avait prescrit des soins, ai-je participé à une guérison plus rapide ? Je ne sais pas !La deuxième fois, c’était sur ma propre personne donc je ne serais pas très objectif dans ce cas mais je le raconte malgré tout.A cette époque j’habitais Trois-Ponts et j’allais à l’école technique de Verviers, en internat.
Le jeudi (je m’en souviens encore) j’avais cours de gymnastique et je me suis foulé la cheville lors d’un exercice. La douleur était telle qu’il m’était impossible de mettre le pied par terre et les responsables de l’école m’ont fait garder la chambre jusqu’au samedi jour de retour au foyer.
Pour aller de l’internat à la gare de Verviers et de la gare de Trois-Ponts à mon domicile, c’est un ami qui a dû me porter sur son dos car il m’était toujours impossible de marcher.
L’après-midi ma maman m’a fait réciter la prière adéquate mais a aussi préparé un cataplasme de pommes de terre cuites avec l’épluchure, elle les a écrasées et placées dans un linge qu’elle a appliqué très chaud  sur ma cheville. Le lendemain, je marchais normalement ! Était-ce la prière, le cataplasme ou aussi la pommade que le médecin avait prescrite ? Je ne peux le dire. »Pour compléter son sobre témoignage, ce lecteur vous propose de découvrir les prières qui furent récitent lors de ces deux épisodes :

Pour les brûlures :

Brûlure retire ta fureur tout comme Judas perdit sa rageur quand il trahit Notre Seigneur au jardin des oliviers (le répéter trois fois)

Trois Pater, trois Avé – Maria et faire le signe de la croix.

Pour la mespassure (entorse) :

Marche sur ton pied tout comme l’âne de Saint Joseph marcha sur les siens en portant Marie et Jésus en Egypte.

Cinq Pater, cinq Avé – Maria et faire le signe de la croix.

La semaine prochaine, je vous indiquerai quelles autres prières sont connues par ce monsieur que je remercie tout particulièrement pour cet intéressant témoignage.

La Petite Gazette du 26 mars 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Comme promis, retrouvons, cette semaine, une première série de prières communiquées par ce monsieur de Neupré qui aurait certains dons de guérisseurs puisqu’il s’agit d’un enfant posthume.

Pour arrêter le sang  (1) :

Sang je t’arrête au nom de Jésus de Nazareth arrête, arrête, arrête.

Trois Pater et trois Ave-Maria et faire un signe de croix.

Pour arrêter le sang (2) :

Sur mon chemin faisant, trois jeunes j’ai rencontré,

L’une dit, je vois du sang,

L’autre dit, je perds du sang,

La troisième dit qu’elle n’en perdait pas plus que les cinq plaies de Notre Seigneur.

Cinq Pater, cinq Avé – Maria et faire trois fois le signe de la croix.

Pour la foulure :

Soit passure ou mespassure (entorse)  au nom de Dieu et de Saint Eloi, je te conjure,

Faire le signe de la croix du genou au boulet, un deuxième du boulet au sabot et un troisième sur le sabot.

Trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour les coliques :

Saint Pierre et Saint Jean s’en allant parmi les champs firent rencontre du mal de flanc.

Mal de flanc où va-tu ? je vais tourmenter le cœur  de (dire le nom de la personne).

Mal de flanc retourne parce que les vêpres et les mâtines sont serrées. Pour toi tout est fait et défait, faire le signe de la croix.

Trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour faire sortir une épine :

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit est tiesse.

Trois Pater et trois Avé – Maria.

Passionnant n’est-ce pas ? Je vous en promets d’autres pour la semaine prochaine. Un immense merci à ce lecteur qui nous a communiqué ces trésors de médecine populaire. Si vous pouvez compléter cette intéressante collection, ne vous en privez surtout pas.

La Petite Gazette du 2 avril 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Comme promis, retrouvons, cette semaine, une première série de prières communiquées par ce monsieur de Neupré qui aurait certains dons de guérisseurs puisqu’il s’agit d’un enfant posthume.

Prière à la sainte goutte :

Prière à la Sainte Goutte par votre puissante intercession auprès de Dieu aspiré moi une guérison s’il vous plait. Trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour le mal de dents :

Sainte Appoline était assise sur la pierre de marbre, Notre Seigneur vint a passer par là, lui demanda Appoline que fait-tu là ?

Je suis ici pour mon sang pour mon chef et pour mon mal de dents.

Appoline retourne si c’est un ver il périra et si c’est une goutte de sang elle tombera.

Faire le signe de la croix et réciter trois Pater et trois Avé – Maria.

Pour les yeux :

En l’honneur de Dieu et de la Vierge (signe de croix, Pater, Avé)

En l’honneur de Saint Benoît et de Saint Bernard (signe de croix, Pater, Avé)

En l’honneur de la Sainte Trinité et de l’incarnation du fils de Dieu en un seul Dieu en trois personnes, le Père, le Fils, le Saint Esprit (signe de la croix, Pater, Avé)

La Petite Gazette du 9 avril 2008

A PROPOS DE CE MONSIEUR QUI A UN DON DE GUERISSEUR

Mme Edith Muller-Massin, de Vielsalm, a réagi à cette communication concernant le don de guérisseur. « Il est dommage, m’écrit-elle, que votre correspondant n’ait pas pratiqué ce don qui est très précieux, il faut savoir que cela « marche », beaucoup de personnes font appel à ces personnes qui « signent » (c’est le terme utilisé) et malheureusement il y en a de moins en moins. Mon papa « signait pour les orgelets et les coliques; mon oncle pour les brûlures. Je peux dire à votre correspondant que si la jeune fille en question n’a gardé aucune cicatrice et si la brûlure s’est très bien soignée et rapidement c’est grâce à lui. Il faut évidemment avoir recours à un médecin ensuite et utiliser les traitements prescrits mais, disaient toujours mon oncle et mes parents, il faut se faire signer avant qu’un médecin ne soigne. J’ai souvent fait appel à ces personnes qui mettent leur don au service des gens, je dis « au service des gens » car certaines personnes se font rémunérer!Comme je le dis il y a de moins en moins de ces « guérisseurs », ils décèdent sans avoir pris le temps de passer ce don ce qui a été le cas de papa et mon oncle. »

 La Petite Gazette du 16 avril 2008

AU SUJET DES PRIERES QUI GUERISSENT…

Madame Céline Bayer nous transmet un intéressant témoignage :

« Concernant les prières qui guérissent, je peux vous affirmer que deux dont le monsieur parle font leurs effets. Il s’agit de celles relatives aux brûlures et aux saignements de nez. J’ai 82 ans et je les applique encore maintenant quand l’occasion se présente.Pour les brûlures, je signe avec les mêmes mots mais sans les prières pour terminer, je tiens cette formulation d’une dame qui avait eu de graves brûlures.L’autre prière, je la connais grâce à mon père qui nous en avait parlé quand j’étais enfant, mes soeurs n’y ont pas fait attention, mais moi je l’ai retenue et m’en suis souvent servie quand je travaillais. J’avais une collègue qui ne croyait pas à tout cela et, chaque fois, que je m’apercevais d’un début de saignement de nez ou quand je le pressentais, je disais la prière et cela s’arrêtait et elle le reconnaissait malgré un petit sourire mitigé. Mon père tenait cette prière de ses grands-parents fagnards. ».Merci pour cet intéressant témoignage. Si, comme Mme Bayer, vous avez utilisé de pareilles prières pour soigner, si vous les utilisez encore, si vous en connaissez d’autres, j’espère que vous aurez la gentillesse de nous communiquer vos souvenirs et connaissances.

La Petite Gazette du 7 mai 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, nous confie, à son tour, un intéressant témoignage sur ces prières qui guérissent :« Grand-maman m’avait parlé de ses gros problèmes d’allaitement à la naissance de son premier enfant, en 1908. Elle souffrait de crevasses aux seins. Son beau-père l’a conduite, avec la carriole et le cheval, en Haute Ardenne, mais j’ai oublié où précisément.Un vieux monsieur l’a fait entrer dans une pièce sur les murs de laquelle il y avait de grands cadres avec des images pieuses. Il a invité grand-mère à le suivre en s’arrêtant à chaque image où il fallait dire : « Seigneur, si vous le voulez, vous le pouvez. »Au bout d’un moment, son beau-père qui l’attendait sur le seuil a dit : « Vinè m’fèye, c’est’on rcroyou makray. », ce qui voulait dire un sorcier.Bien que très croyant et pratiquant, mon arrière-grand-père était très sceptique quant à l’issue de la démarche qu’il avait proposée à sa belle-fille ! »

La Petite Gazette du 14 mai 2008

LES PRIERES QUI GUERISSENT

Madame Ida Lengelé-Schmitz, de Tilff, se souvient :

« Dans mon village de Petit-Thier, il y avait un garçon né après la mort de son père, tué à la guerre de 40. Il avait des dons lui aussi, je l’ai vu soigner quelqu’un de la famille, nous étions sept enfants. Je crois que c’était un de mes frères qui s’était occasionné une foulure au poignet. Il a été de suite soulagé. Mes parents nous parlaient de ce que cet enfant posthume savait faire, mais j’ai oublié les détails. Nous avions des parents merveilleux, braves et courageux qui nous ont enseigné le bien et appris à suivre le bon chemin. Maman nous a donné la prière pour les brûlures, d’autres aussi. Dans la famille, nous connaissions beaucoup de prières. Je l’ai déjà utilisée sur plusieurs personnes et, même de loin, cela réussit. J’ai donné cette prières à plusieurs de mes amis et connaissances qui m’ont remerciée car,avec cette prière, il ne reste quasiment aucune trace des brûlures. Elle n’est pas tout à fait la même que celle du monsieur de Neupré, mais cela ne m’étonne pas car, en région d’Ardenne, il y a encore beaucoup de personnes qui possèdent ces secrets Je pense que ces gens devraient les donner pour assurer la continuité de ces bienfaits, mais la mentalité d’aujourd’hui le permettra-t-elle ? »

Les nombreuses réactions, communications et témoignages enregistrés par la Petite Gazette  semblent répondre que oui… Il serait intéressant que ma correspondante nous confie cette prière afin de constater ce qui la différencie de celle de ce lecteur de Neupré. En attendant  sa prochaine contribution, je la remercie vivement pour celle-ci.

La Petite Gazette du 28 mai 2008

A PROPOS DES PRIERES QUI GUERISSENT

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, nous avait parlé de la visite de sa grand-mère chez un guérisseur et du doute qui s’était emparé du beau-père de l’aïeule. A ma demande, elle a replongé dans ses souvenirs, mais ne peut pas affirmer que cette démarche avait porté ses fruits, elle l’a oublié.

« Le beau-père de ma grand-mère était si confiant dans la prière que, durant la guerre 1914-1918, il promit de faire ériger une chapelle s’il revoyait Joseph, le plus jeunes des cinq fils appelés sous les drapeaux. Il tint promesse et la petite chapelle se dresse à Grand-Trixhe, près de la vieille ferme, son bien à l’époque. Une dame qui a travaillé chez eux, Léontine Dethier, m’avait dit que mon arrière-grand-mère donnait régulièrement de l’argent à un mendiant, en ajoutant « pour faire dire une messe afin de hâter le retour de mon fils ».

Joseph revint, mais on oublia d’en parler au mendiant. Quand ce dernier se représenta, on lui annonça : « Vos sav’, Joseph est rivnou d’al guerre ! » et le bonhomme de répondre : « Vos co mî aller… » La messe est dite ! Ici, ce n’est pas sûr… Il est vrai que c’était tentant de garder l’argent des messes, surtout quand on doit sa survie à la mendicité… »

La Petite Gazette du 4 juin 2008

ENCORE DES PRIERES QUI GUERISSENT

Cette semaine, c’est Mme Jenny Hellinx, d’Esneux, qui nous transmet ces prières :

Madame sainte Anne, mère de la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ,

Dieu te bénisse et te guérisse de brûlure, de blessure, de rompure, d’entrave de toute sorte, d’infirmité quelconque.

En l’honneur de Dieu et de la Vierge Marie, faites que Dieu me guérisse par sa puissance, en l’honneur des angoisses qu’a souffert notre seigneur Jésus-Christ sur le calvaire

« Prière à réciter durant 9 jours, à jeun, avant de réciter trois Notre Père et trois Je vous salue Marie. »

Prière pour le sang

Elisabeth a enfanté Jean

Anne a enfanté Marie

Marie a enfanté Jésus-Christ

Au nom de Jésus, flux ne coule plus et quitte (préciser le nom de  la personne), humble serviteur de Dieu.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi soit-il.

« Après chaque prière, souffler et faire le signe de croix trois fois ; puis avec la main, et de droite à gauche, la faire aller pour éloigner pour ce que l’on prie.

J’ai toujours été exaucée avec ces prières, mais il faut les dire avec foi. »

Merci pour cette contribution.

La Petite Gazette du 16 juillet 2008

ENCORE UNE PRIERE POUR GUERIR

Madame Viviane Bultot, de Dolembreux, a eu l’excellente idée de me confier, afin que je vous la livre, cette prière pour arrêter les hémorragies.

« Couper deux herbes dehors et les placer en croix sur la partie qui saigne, dire :

Que toutes les plantes que Dieu a créées arrêtent ce sang.

Répéter trois fois et signer.

1 Ave et 1 Pater. »

UNE ANNEE DE SOUVENIRS, DE TRADITIONS, DE GESTES OUBLIES… NOSTALGIE ET RÊVERIE

Au gré des publications hebdomadaires de La Petite Gazette, de très nombreux lecteurs ont pris la peine de répondre aux nombreuses questions qui leur étaient posées, parfois même après avoir mené de longues recherches. Il est également arrivé, à plusieurs reprises, que certains d’entre eux retrouvent un vrai plaisir à reprendre la plume ou le stylo et se lancent dans la rédaction de textes inspirés par l’un ou l’autre des sujets abordés dans les colonnes de cette rubrique. C’est un fait tout à fait banal, la découverte d’un calendrier reçu pour marquer le début d’une année nouvelle, qui décida Monsieur Jean Bolland à coucher sur le papier, des évocations nostalgiques d’une époque révolue bien que peu lointaine… Souvenirs, traditions ancestrales, croyances populaires, faits et gestes d’hier se mêlent intimement dans ces douze textes rédigés avec une plume lerte, précise et très agréable.

La Petite Gazette du 6 février 2013

UN NOUVEAU CALENDRIER ET DES SOUVENIRS QUI RESSURGISSENT

Monsieur Jean Bolland s’est pris à rêver en découvrant les illustrations désuètes d’un calendrier qu’il a reçu, comme bien d’autres parmi vous, aux premiers jours de cette année 2013. Ces illustrations lui ont inspiré, mois après mois, quelques lignes que nous partagerons avec lui :

« Janvier

La classe est finie. Chaussés de sabots pour les uns, de bottines pour les autres, les bambins se sont échappés de l’école. Oubliés, les calculs et la grammaire!

Le chemin du retour est l’occasion de mille et une découvertes changeant au fil des saisons. Les températures polaires de ce mois de janvier ont figé l’eau des mares et des étangs. Une belle couche de glace exerce une attraction à laquelle les enfants ne résistent que difficilement. Chaque marmot se souvient, cependant, des recommandations parentales. Mais cette petite voix intérieure incitant à la prudence est bientôt mise sous l’éteignoir. La glace a l’air si épaisse !

Chacun s’avance prudemment, pose délicatement un pied sur le miroir glacé, appuie de plus en plus fort et, devant la solidité éprouvée, les bras en guise de balancier, progresse à petits pas glissés. C’est avec retenue et contrôle de soi que les patineurs sillonnent la glace, évitant les aspérités qui pourraient provoquer la chute.

Après quelques évolutions grisantes, la petite troupe prend le chemin du logis, contente d’avoir osé! Mais…chut! L es parents ne doivent rien savoir. Pas question de vendre la mèche! D’autant que l’hiver ne semble pas avoir dit son dernier mot. »

 

La Petite Gazette du 27 février 2013

ET VOICI FEVRIER

Retrouvons, maintenant le texte que le dessin de février sur le calendrier reçu a inspiré à Monsieur Jean Bolland :

« Janvier avait allongé ses jours sous une température clémente qui faisait ressembler cet hiver à un automne qui n’en finissait pas.

Vers la fin du mois, un vent du nord avait charrié de lourds nuages d’un gris jaunâtre qui laissèrent échapper des myriades de flocons. Il neigea un jour et une nuit, sans discontinuer, accumulant une couche épaisse qui amortissait les sons. Après cet épisode neigeux, une bise piquante balaya les nuages.

Pendant les journées lumineuses, le soleil dardait ses rayons glacés. Au cours des nuits, dans un ciel piqué d’étoiles, la lune accentuait le sentiment que tout était figé part le gel.

Ce froid avait ralenti l’activité des hommes. Seules, des obligations impératives poussaient les campagnards à affronter cet assaut de l’hiver. C’était le cas d’André, le garde-chasse du comte. Après s’être rassasié d’une onctueuse omelette agrémentée de deux tranches de lard maigre, il se mit en route dès le lever du jour. C’est que le temps était propice à la découverte des pas du braconnier qui prélevait du petit gibier du côté du Bois de Tave! Cependant, secrètement, le garde espérait ne jamais prendre l’homme sur le fait. Il avait bien des soupçons mais connaissait suffisamment la situation du chapardeur pour savoir que ces menus larcins servaient uniquement à améliorer l’ordinaire de cette famille dans le besoin. A son grand soulagement, à part ses propres pas de la veille, André n’en découvrit pas d’autres.
Le coeur léger, il se mit en quête de bois mort qu’il rassembla en un imposant fagot avant de dévaler le sentier enneigé qui conduisait au village. Ce soir, un bon feu crépiterait dans l’âtre.
Le garde fut bientôt en vue du hameau dont les fermettes flanquaient l’unique rue ou, plutôt, ce qui en tenait lieu : deux ornières sinueuses séparées par un terre-plein étroit. En été, les charrettes soulevaient des nuages de poussières. La boue s’accrochait aux roues à rayons aussitôt les pluies d’automne arrivées.

A travers les fenêtres de l’école, il devina les écoliers penchés sur leur ardoise. Le maître avait fort à faire au cours de l’hiver où le local était bien garni. Au contraire, à la bonne saison, nombre d’enfants désertaient la classe pour aider leurs parents dans les travaux des champs.
Des volutes de fumée s’échappant des cheminées, des filets de vapeur s’élevant des fumiers coincés entre les habitations et le chemin : seuls signes que gens et bêtes vivaient reclus pour échapper aux morsures du froid.

Au bout du village, se dressait l’église à la tour trapue, comme pour rappeler au rare étranger de passage, qu’ici, tout est retenue et simplicité.

Le cimetière dépassé, André prit une route en légère pente, longea le manoir et bifurqua vers la droite pour s’arrêter devant le bûcher de la demeure mise à sa disposition par le comte. Il ôta son couvre-chef, se pencha vers l’avant : le fagot roula et s’écrasa lourdement sur le sol de terre battue.

Arrivé sur le pas de sa porte, les narines de l’homme captèrent des effluves prometteurs : il sut, qu’en ce jour de la Chandeleur, Manon faisait sauter les crêpes pour le repas de midi. Les enfants n’allaient pas tarder à rentrer de l’école. »

 

La Petite Gazette du 13 mars 2013

NOUS AVONS VU LE PRINTEMPS…

Voici mars, aussi retrouvons-nous le texte que l’illustration du calendrier inspira à Monsieur Jean Bolland.

« – Fanchon! Javotte! Levez-vous!

Les fillettes émergèrent doucement de leur sommeil. Pendant quelques minutes, elles profitèrent encore de la douce chaleur du lit. Les oreilles aux aguets, elles devinaient les multiples tâches que leur maman accomplissait chaque matin.

Après un brin de toilette, les demoiselles s’attablèrent face à un bol de lait chaud accompagné de tartines beurrées qu’elles avalèrent en échangeant des propos ponctués de rires complices.
Rassasiées, le cartable au dos, elles prirent le chemin de l’école. Ces instants de liberté étaient l’occasion de mille et une découvertes. Le moment qu’elles appréciaient le plus était celui où elles côtoyaient ces vieux chênes tordus par les ans et les intempéries. Un long frisson de plaisir mêlé d’un zeste de crainte délicieuse s’emparait des petites lorsqu’elles frôlaient les branches difformes qu’elles imaginaient armées de fins doigts crochus prêts à les agripper au passage.
En fin d’après-midi, les deux soeurs franchirent le portail rouillé de la cour de récréation, obliquèrent à gauche pour longer le ruisseau dont le cours sinueux les ramènerait à la maison. Le trajet du retour était souvent différent de l’aller : il fallait bien varier les occasions de musarder!
En bonnes  campagnardes proches de la nature, elles se dirigèrent vers un fossé dans lequel des grenouilles avaient pondu. Les manches retroussées, elles plongèrent les mains dans les amas gélatineux. Elles s’évertuaient à les soulever mais, immanquablement, ceux-ci leur glissaient entre les doigts pour retomber dans un grand flotch!, éclaboussant les fillettes qui partaient alors d’un grand éclat de rire.

Plus loin, le chemin traversait une boulaie dont la blancheur des écorces était accentuée par les rayons du soleil. Déjà, les bourgeons des bouleaux laissaient poindre de minuscules feuilles fripées, avant-gardes de toutes celles qui, d’ici quelques jours, pareraient la forêt d’un vert tendre. Les petites s’amusaient des chatons du noisetier : d’une chiquenaude, elles libéraient le pollen qui se contorsionnait sous le souffle d’un filet d’air frais.
Alors que la maison était en vue, des cris d’oiseaux leur firent lever la tête. Presqu’imperceptibles d’abord, ils allèrent en s’amplifiant. Les gamines reconnurent les craquettements caractéristiques d’un vol de grues griffant le ciel d’un grand V qui, parfois se déformait quelque peu pour reprendre bientôt sa forme initiale.

Les grands échassiers s’éloignaient vers le nord quand Fanchon et Javotte aperçurent Vincent, leur papa, taillant son pied de vigne.

Papa! Papa! Nous avons vu le printemps! »

 

La Petite Gazette du 24 avril 2013

EN AVRIL

Monsieur Jean Bolland, inspiré par les illustrations de Georges Delaw ornant son calendrier, nous livre, mois après mois, un petit texte où se mêlent nostalgie et poésie…

« L’hiver, s’il faut en croire le calendrier, a tiré sa révérence. Malheureusement, le printemps idéal, comme notre imagination se plaît à l’évoquer, n’est pas encore là.

Pour pallier les températures encore bien basses, le poêle à charbon de l’école rurale ronfle au centre de la classe.

Et pourtant, un franc soleil sème de la gaieté dans le local quelque peu austère. Cet apport de lumière semble, mais n’est-ce peut-être qu’une impression, infléchir la discipline rigoureuse imposée par l’instituteur déambulant entre les pupitres.

Bientôt, de gros nuages, d’un noir presque bleu, accourent, poussés par un vent du nord-ouest. En quelques instants, le jour baisse. Une semi-obscurité s’insinue dans les moindres recoins. Des volées de grêlons s’écrasent contre les carreaux avant de rebondir sur les bacs en bois destinés à accueillir les futurs géraniums. Le crépitement assourdissant couvre la voix du maître, l’obligeant à suspendre sa leçon. Seize paires d’yeux se tournent vers le ciel  déchaîné. Quel spectacle! Quel sentiment de sécurité et de bien-être! Dans cette lumière tamisée, à l’abri des intempéries, même le plus rétif des potaches se complaît, bercé par une douce chaleur.
Les éléments finissent par se calmer. Les nuages aux flancs lourds s’éloignent. Des rais de lumières, timides d’abord, succèdent à la pénombre, rendant couleurs et vie aux objets classiques.  La fine couche granuleuse qui masque la cour disparaît. Jusqu’à la prochaine giboulée. »

 

La Petite Gazette du 15 mai 2013

LE JOLI MOIS DE MAI

Retrouvons maintenant le texte que Monsieur Jean Bolland a écrit, inspiré par un dessin de Georges Delaw (1871-1938) imprimé sur son calendrier 2013. Ce mois-ci, c’est à la lessive que nous convie mon correspondant ; plus particulièrement la façon dont la lessive était faite à l’époque où les poudres actuelles n’existaient pas encore.

« Chaque matin, Julie se levait de bonne heure : en été, aux premières lueurs de l’aube; en hiver, lorsque le soleil pâle glissait ses rayons froids dans la chaumière, la jeune femme travaillait déjà depuis quelques heures.

Entre la traite des quelques vaches, les râteliers à garnir de foin lors de la mauvaise saison, la préparation de la pâtée pour les cochons et le grain à distribuer à la volaille, la fermière ne chômait pas.

A ces activités quotidiennes, s’ajoutaient les travaux hebdomadaires comme le pétrissage de la pâte suivi de la cuisson des pains pour la semaine, la fabrication du beurre et la lessive.

C’est précisément cette dernière tâche qui occupait la ménagère chaque lundi matin. Au chant du coq, elle craquait une allumette qui enflammait les brindilles sèches. Le feu léchait et dévorait les menus bois avant de s’attaquer aux bûches disposées sous deux chaudrons noircis par les ans et les flammes.

Le premier récipient était rempli d’eau dans lequel baignait le linge que la buandière avait soigneusement brossé pour en détacher le maximum de saletés. Une fois l’eau chauffée, Julie y déposait un sac rempli de cendres de bois ou de paille. Au préalable, elle avait évité de recueillir les cendres de chêne qui auraient bruni draps et vêtements sous l’action du tan. L’eau bouillante du second chaudron était alors puisée à l’aide d’une louche profonde armée d’un long manche puis versée sur les cendres dont la potasse faisait office de savon. Cette opération se répétait plusieurs fois. Julie laissait ensuite reposer le linge toute la journée.

Le lendemain, la lavandière sortait la lessive du chaudron et la disposait dans une brouette qu’elle poussait jusqu’à la rivière. Agenouillée sur un sac rempli de paille ou dans un garde-genoux, elle trempait le linge dans l’eau claire pour le rincer et le frappait à l’aide d’un battoir avant de l’essorer en le tordant. Quand le temps le permettait, Julie étendait les draps sur l’herbe pour qu’ils sèchent et blanchissent au soleil.

Elle se souvenait de sa grand-mère lui racontant que, de son temps, les grosses lessives s’effectuaient seulement deux ou trois fois sur l’année. »

Quel voyage dans le temps… Merci Monsieur Bolland.

 

La Petite Gazette du 12 juin 2013

EN JUIN, ON FAUCHE…

Monsieur Jean Bolland, a tourné une nouvelle page de son calendrier et son imagination fait le reste…

« Dans un large bol au décor fleuri, Auguste dispose des morceaux de pain d’épeautre qu’il arrose généreusement d’une longue rasade de crème de lait. Ce déjeuner, simple mais roboratif, accompagné d’une jatte de café noir et sucré lui fournira l’énergie nécessaire pour accomplir son travail matinal : le fauchage d’une prairie sur Saint-Hasted.

Il quitte la ferme tassée le long du coteau puis traverse Bergister qui, peu à peu, sort de son sommeil. Il retrouve bientôt d’autres agriculteurs, la faux sur l’épaule, en route vers les prairies dont ils sont locataires ou propriétaires. Tous supputent les chances d’un maintien du beau temps pour les jours à venir. Chacun y va de ses observations : la rosée abondante, les hirondelles volant haut, la lune qui brille clairement et nettement dans le ciel nocturne …
Arrivé à la sortie du village, Auguste s’engage dans la Bounir où, çà et là, traînent encore des écharpes de brume qui s’effilochent sous l’action des rayons du soleil levant. Tout à leur aise, prés et champs s’étendent dans cette vaste cuvette avec, pour seules limites, les forêts montant à l’assaut des plateaux de La Lue et de Benasse.

Le sifflement charmeur des merles qui se répondent pour mieux marquer leur territoire, le parfum suave des reines-des-prés  dressant leurs épis sur les accotements humides du chemin, la senteur délicate du chèvrefeuille qui s’entortille malicieusement dans les haies, tout concourt à donner du coeur à l’ouvrage.

Hier, assis sur un sac en jute, Auguste avait enfoncé une enclumette devant le poulailler, y avait posé et maintenu la lame.  A l’aide d’un marteau,il avait battu l’acier afin de redresser et d’affiler le tranchant.

Arrivé à destination, le fermier affûte l’instrument au moyen d’une pierre à aiguiser qu’il retire du coffin accroché à sa ceinture. L’étui oblong en bois contient de l’eau allongée d’un filet de vinaigre. Cette opération sera répétée toutes les dix minutes afin de garantir un travail efficace et performant.

L’homme balance la faux en demi-cercle, le fer maintenu parallèlement au sol. Le chuintement de l’acier couchant l’herbe et la cadence du corps guidant l’outil rythment le labeur. Le soleil brille déjà haut dans le ciel quand Auguste peut contempler les andains jonchant la prairie.

Le séchage du foin qui exhalera une odeur à nulle autre pareille, sa disposition sur des chevalets-trépieds, l’entassement sur le chariot, le déchargement à la ferme et l’engrangement dans le fenil fourniront la provende au bétail pendant les longs mois d’hiver. »

 

La Petite Gazette du 1er juillet 2013

EN JUILLET, A LA RENCONTRE DES NUTONS

Comme chaque mois, insipiré par les illustrations de son calendrier, Monsieur Jean Bolland nous invite à le suivre dans son imagination, aujourd’hui, fantastique et merveilleuse :

« L’heure d’entre chien et loup ! Le soleil s’est perdu à l’ouest.  L’horizon éclaboussé de jaune-orange est passé au rouge incandescent puis au bordeaux.

C’est le moment choisi par Arduin pour emprunter la sente herbue dégringolant de Menuheyd. Arrivé au bas de l’escarpement, il traverse le chemin se hissant vers Betaumont, se coule entre les buissons et atteint le fond de la vallée où se faufile La Lue. Il s’immobilise tout en scrutant la crête du coteau boisé qu’il vient de descendre.

Plus d’une fois, il a cru déceler sa venue. Cette fois, il en est sûr : elle arrive !  Là-haut, au faîte de la butte rocheuse, il la devine entre la cime des bouleaux : quelques éclats d’or se mouvant et grandissant au fil des minutes. Les arbres aident à cette naissance. Leurs branches, agitées par la brise vespérale, finissent par expulser celle pour qui Arduin se languit : la lune s’est enfin extraite de sa gangue forestière.

Le regard du petit bonhomme passe et repasse de sa belle-de-nuit à la surface du ruisseau. Insensiblement, le reflet de l’astre gagne l’instabilité de la piste liquide. Arduin,  fasciné par la danse endiablée de la flaque lumineuse tordue au gré des mouvements de l’onde, imite la chorégraphie de la lune. Elle, dans l’eau ; lui, sur la berge. Couple improbable qui communie au rythme de la nature et des mêmes mouvements.

Un craquement de branche sèche ! Le charme se rompt ! Arduin devine une présence humaine qui s’enfuit vers l’aval. Connaissant le caractère moqueur de bon nombre d’hommes, il ne doute pas un instant que celui qui vient de le surprendre fera un mauvais usage du spectacle auquel il vient d’assister.

Le lendemain, le danseur monte prudemment au village. Il se faufile furtivement entre chaumières et granges pour surprendre les bribes de conversations qui lui laisseraient deviner que sa danse avec la lune est devenue objet de dérision. Il termine sa quête d’informations en descendant vers le moulin d’où vient un tombereau chargé de sacs de farine. Il a juste le temps de se jeter derrière une haie pour éviter la rencontre avec le charretier et son fils commentant  la nouvelle apprise de la bouche du meunier : la veille, en vérifiant le bon état du bief, l’indélicat a surpris un Nuton se trémoussant sur la rive de La Lue.

Triste, le cœur lourd, Arduin rejoint le massif escarpé.  Son secret est éventé.

Depuis longtemps, l’entraide avait toujours prévalu entre les hommes et les Nutons. Les villageois, chargés de galoches à ressemeler, de chaudrons à rétamer et de divers outils à réparer empruntaient la route défoncée et caillouteuse qui dévale, en oblique, vers Menuheyd. Le ponceau de pierres moussues traversé, la troupe gravissait la colline boisée pour s’arrêter à l’entrée de la grotte devant laquelle les objets à restaurer étaient déposés.

A la nuit tombante, de petits êtres barbus sortaient de l’antre et s’emparaient du dépôt avant de disparaître au plus profond de la cavité. Le jour suivant, les paysans retrouvaient leurs biens remis à neuf et, en remerciement, les remplaçaient par des victuailles. Les deux peuples vivaient ainsi en parfaite symbiose.

Mais, malheur au campagnard qui aurait osé railler ces créatures farouches et discrètes. La guigne  s’abattait alors sur lui : gens et bêtes malades, mauvaises récoltes et autres contrariétés.

C’est ainsi que les nuits du meunier devinrent agitées.  Coups redoublés contre la porte, cris lugubres dans les combles, bruits de pas sur le toit, roue à aubes qui se mettait à tourner intempestivement. Le malheureux ne trouvait plus le sommeil. Pour ajouter à son désarroi, sa femme lui reprochait d’avoir ri du Nuton. Les clients se firent rares, terrifiés par l’étrangeté du phénomène touchant les lieux.

Le moulin fut vendu. Dès que le nouveau propriétaire prit possession du bâtiment, les manifestations inquiétantes cessèrent.»

 

La Petite Gazette du 7 août 2013

MONSIEUR JEAN BOLLAND EVOQUE AOUT…

« Le modeste atelier de menuiserie, ou plutôt l’appentis qui en tenait lieu, assurait la transition entre la maison et l’enclos dans lequel poussaient, au cours de la belle saison, légumes et  fleurs vivaces.

C’était le royaume du grand-père. Penché sur l’antique établi marqué par les cicatrices des ans, maniant, avec une dextérité innée, des outils rudimentaires tels le vilebrequin, les ciseaux, le rabot, la scie égoïne… il façonnait et assemblait planches, clous et vis qui devenaient objets usuels ou jeux pour ses petits-enfants. De presque rien, naissaient des merveilles.

Il travaillait posément, avec application, le dos tourné vers un insignifiant poêle à bois qui, néanmoins, réchauffait prestement le local lorsque le temps était au froid. Le crépitement des bûches, la douce chaleur, l’odeur du bois, le cliquetis de l’outillage, le martèlement des sabots au contact du béton rugueux, toutes ces sensations, Baptiste les emmagasinait en lui. Longtemps après, il s’en souviendrait encore.

Une fois l’entrée franchie, dans le coin gauche, se dressait la canne à pêche. Composée de trois éléments en bambou brun vernissé, elle ne quittait que rarement l’endroit qui lui était dévolu. Son grand-père l’utilisait pour aller taquiner la truite dans les rares moments de loisir qu’il s’accordait. Il enfourchait alors son vélo pour gagner les rives du ruisseau bordant le village au nord.

Pêcher ! Baptiste en avait envie ! Ne suffisait-il pas d’une bonne paire de bottes, d’acheter un permis, de retourner quelques pierres plates à la recherche de vers ?

C’est ainsi,  qu’équipé de pied en cap, avec l’autorisation parentale et la canne de son aïeul, le garçonnet partit pour ce qu’il pensait être la première d’une longue série de fructueuses équipées aquatiques. Fier comme Artaban, spéculant sur la quantité de poissons pêchés, il courut plus qu’il ne marcha au long des sentiers et ruelles, emprunta le chemin caillouteux des Evals, à la rencontre du futur théâtre de ses exploits.

Au bord de l’eau, il déposa le sac de toile kaki contenant le petit matériel et monta la canne. L’enthousiasme ressenti retomba d’un cran lorsqu’il voulut enfiler un ver sur l’hameçon. Non que l’opération était complexe mais l’enfant, révulsé par le pauvre annélide empalé et gigotant, découvrait un aspect de ce sport auquel il n’avait pas pensé.

Le ru bordé d’aulnes aux branches retombantes constitua un deuxième frein à l’exaltation initiale : la ligne s’accrochait aux brindilles, obligeant Baptiste à poser sa gaule pour libérer le fil. Finalement, l’appât daigna toucher le courant, dériva en bondissant entre les galets et ralentit sa course folle dans un méandre plus calme et plus profond. Là, nouveau dépit : le crochet se planta dans les racines d’un buisson surmontant l’onde de sa masse imposante. Dégoûté, l’apprenti pêcheur dut accepter des rentrées liquides dans les bottes afin de récupérer le matériel.

Oui, vraiment, la pêche n’était pas ce qu’il avait imaginé. Il comprit que le clapotis de l’eau, le vol gracieux des libellules et les multiples formes de vie explosant dans ce milieu aux confins de deux mondes suffisaient amplement à son bonheur de petit campagnard.

La canne retrouva sa place dans l’atelier et perdit, définitivement, son pouvoir de fascination. »

 

La Petite Gazette du 11 septembre 2013

SEPTEMBRE…

Retrouvons, comme chaque mois de cette année, le texte consacré à ce mois de septembre par Monsieur Jean Bolland :

« Septembre ! Chaque jour plus nombreuses, les hirondelles se rassemblent.  Un beau matin, dans un grand froufroutement d’ailes, les gracieuses demoiselles s’envolent vers des cieux plus cléments.

Au fil du mois, le soleil s’extirpe de l’horizon avec plus de difficultés. Fatigué d’un si long été, il peine à dissiper les écheveaux de brouillard noyant, dans une mer immobile, les fonds de vallées desquels émergent, çà et là, un clocher ou une poignée d’arbres.

Le temps est venu pour récolter les pommes de terre. Harnaché, Gamin a été attelé aux brancards du tombereau dans lequel Joseph a jeté une fourche, deux paniers en osier et des sacs en jute. Aurore, sa femme, l’accompagne.

Arrivés dans le champ, tous deux se mettent aussitôt à l’ouvrage. Lui, dégageant les tubercules du sol. Elle, les ramassant et les déposant précautionneusement dans les paniers qui, une fois remplis, sont délestés de leur contenu à la limite du terrain où le doux soleil d’arrière-saison séchera la récolte.

En fin de journée, les sacs rebondis sont transportés à la ferme : les patates reposeront quelques jours dans la grange.

Un travail qu’il affectionne sera alors accompli par Joseph : rassembler et brûler les fanes dont la fumée âcre lui rappelle l’époque où, enfant, il aidait son père dans cette même tâche.

Lorsque le moment lui semblera opportun, le fermier disposera les pommes de terre dans la cave, sur une épaisse litière de fougères sèches.

Aurore débute ses journées par la traite des vaches qui, en cette saison, paissent encore dans les prés. L’agricultrice dépose les deux cruches dans les emplacements circulaires de la charrette à bras. L’une est coiffée d’un seau retourné. L’autre reçoit une étamine qui filtrera le lait afin de le débarrasser des impuretés qui auraient pu y tomber. Poussant la petite carriole devant elle, Aurore gagne  l’enclos où l’attendent les trois vaches. Assise sur un trépied, le seau coincé entre les genoux, la tête appuyée contre le flanc de l’animal, la fermière débute la traite.

Rentrée à la ferme, Aurore transvase le précieux liquide dans de grands plats en terre cuite. D’ici un jour ou deux, la crème, séparée du lait, sera battue et malaxée pour donner du beurre.

La traite de fin d’après-midi terminée, Aurore prépare le souper. Pendant ce temps,  Joseph s’assure que les animaux de son petit élevage ne manquent de rien. Les grains lancés aux poules provoquent un remue-ménage caquetant. Du fond de sa soue, le cochon se précipite vers la porte en bois vermoulu. Dans un concert de grognements, il se rue goulûment vers le seau cabossé débordant d’épluchures cuites.

La table dressée, Aurore perçoit enfin les pas fatigués de son mari. Le dos légèrement voûté sous le poids du labeur, vêtu d’un sarrau rapiécé, celui-ci ouvre la porte qui grince sur ses gonds, s’avance vers la table et prend place à côté du bahut contenant les pains pour la semaine. La cuisinière remplit les assiettes de pommes de terre rissolées accompagnées d’une scarole.

Le repas terminé et la table débarrassée, chacun prend place près du poêle. A la lumière d’un quinquet, Aurore tricote. La pipe vissée au coin de la bouche, Joseph laisse échapper de mouvantes volutes de fumée bleuâtre. Pensif, il parle peu. Quelques rares paroles. Chez les gens de la terre, on ne dit pas en vingt mots ce qui peut être exprimé en cinq. Chez eux, rien n’est gaspillé.

Le silence est haché par le cliquetis des aiguilles à tricoter. Par le chant plaintif et grave des bûches noueuses. Par le tic-tac de l’antique horloge qui égrène le temps. Par le mugissement des premiers vents d’automne dans la cheminée.

La sérénité de ces heures apaise et répare les corps qui ont oeuvré de l’aube au crépuscule. »

 

La Petite Gazette du 8 octobre 2013

OCTOBRE…

Retrouvons, comme chaque mois de cette année, le texte que les illustrations du calendrier de Monsieur Jean Bolland lui ont inspiré…

« Les sorcières ! Aujourd’hui, cette évocation fait délicieusement frissonner les enfants. Pour eux, ce vocable est synonyme de fête, de carnaval et d’amusement.

Autrefois, il en allait autrement. Ce nom provoquait la crainte et l’effroi. En témoigne le nombre de lieux-dits rappelant le souvenir de ces êtres qui, bien malgré eux, ont terrifié les générations des siècles passés.

La définition, qu’en donne le dictionnaire Larousse,  dit l’essentiel : « Personne qu’on croit en liaison avec le diable et qui peut opérer des maléfices. » Chaque mot a son importance.

Il est toujours dangereux de vivre et de penser autrement que le commun des mortels. De nos jours, de tels individus sont parfois regardés avec commisération ou, dans le pire des cas, mis au ban de la société.

Jadis, ces gens risquaient leur vie. A une époque où l’instruction était limitée, où la crédulité de nos ancêtres leur faisait entrevoir l’intervention de forces obscures, il ne faisait pas bon être versé dans la catégorie des originaux. Une maladie grave ou un décès inexpliqué dans la famille, une épidémie dévastatrice ou, plus simplement, une vache et son veau qui crevaient,  ne pouvaient être que le résultat  de l’action de puissances maléfiques avec lesquelles certaines personnes, pensait-on, pactisaient.

Lorsque la rumeur enflait et se concentrait sur un malheureux, celui-ci devenait le coupable, tout désigné,  à l’origine des misères affligeant la communauté. Un procès, ou plutôt un simulacre de procès, était organisé. En résultait, généralement, l’exécution de l’accusée.

Dans nos régions, les 16° et 17° siècles virent une grande chasse aux sorcières qui furent brûlées à cause du fanatisme,  de l’ignorance de la population et de ses représentants. Comble de l’abjection, les frais de l’exécution étaient réclamés à la famille du condamné : rétribution du bourreau, payement du bois utilisé et repas de ceux qui s’attribuaient le titre de juges. »

 

La Petite Gazette du 30 octobre 2013

AVEC NOVEMBRE QUI S’ANNONCE, C’EST LE RETOUR DES LONGUES SIZES

Nous retrouvons, avec grand plaisir, le texte que M. Bolland a imaginé en découvrant la nouvelle page de son calendrier…

« Fernand, Raymond et Gaston aimaient passer, ensemble, les soirées de la mauvaise saison. Réunis, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, ils discutaient des menus événements survenus dans le village, jouaient aux cartes ou évoquaient des histoires d’autrefois. Le plus souvent, c’était Fernand qui hébergeait ses compagnons.

A côté de l’âtre, lové sur une chaise basse, ronronnait un des nombreux chats de la ferme, fatigué d’avoir chassé les souris ayant élu domicile dans les moindres recoins de l’exploitation. Cette chaise lui était dévolue. Il se confondait avec elle. Pour peu, il aurait fait partie des meubles.

Combien de fois les compères ne s’étaient-ils pas rappelé le tour pendable qu’ils avaient joué à Eustache, un jeune marié. Le soir de ses noces,  les trois complices s’étaient dirigés vers la fermette de leur victime. C’était une modeste demeure adossée à un talus et dont le pied de la toiture arrière touchait le sol. Un chariot était entreposé dans le hangar accolé à la grange. Ils eurent vite fait de démonter l’engin, d’en transporter les éléments sur le robuste toit de cherbains avant de le remonter au faîte de l’habitation.

Une autre fois, ils avaient décroché et étendu, sur les buis du presbytère, le linge qu’une vieille jeune fille acariâtre avait mis à sécher au fil reliant deux pommiers de son verger.

Ces évocations étaient accompagnées de rires sonores qui allaient en s’amplifiant au fur et à mesure que la bouteille de genièvre diminuait. Difficile de dire qui était le plus farceur, tant chacun sollicitait  son imagination.

Fin novembre, Raymond et Gaston s’étaient invités à souper chez leur ami. Clotilde, l’épouse de Fernand,  mettait la dernière main aux préparatifs du repas pendant que le trio devisait joyeusement, cherchant un prochain souffre-douleur à leurs espiègleries. Le délicieux fumet qui s’échappait du chaudron suspendu à la crémaillère faisait saliver les invités.

Au moment de prendre place autour de la table, on frappa à la porte. La maîtresse de maison alla ouvrir : c’était la jeune voisine. Elle venait quérir de l’aide pour préparer le mélange de base à la fabrication du boudin noir. Clotilde se dit qu’elle souperait plus tard.

Prétextant des douleurs à l’estomac, Fernand ne fit que goûter les aliments avant de repousser son assiette. L’appétit ouvert par quelques petites gouttes, ses deux copains parlèrent peu, occupés qu’ils étaient à faire honneur aux mets. Ils relevèrent la tête lorsqu’il ne resta, au fond du plat, qu’un discret  morceau de viande et deux bouts de pommes de terre baignant dans un reliquat de sauce. Ils s’excusèrent presque de n’avoir rien laissé pour Clotilde.

Les deux hommes, rassasiés, reculèrent leur chaise, s’appuyant confortablement contre le dossier qui gémit, les jambes étendues sous la table. Il y a longtemps qu’ils n’avaient plus participé à pareil festin !

Un large sourire de satisfaction illuminait leur visage quand, soudain, Gaston donna un coup de coude nerveux à Raymond. D’un mouvement rapide de la tête, il l’invita à regarder la chaise basse dressée à côté de la cheminée :  le chat ne s’y trouvait pas ! Leur mine s’allongea. Pris de violentes nausées, ils se précipitèrent vers l’étable. »

 

La Petite Gazette du 11 décembre 2013

FEERIE DE DECEMBRE

Comme chaque mois de cette année qui s’épuise, Monsieur Jean Bolland nous baigne dans une intimité désuète, mais tellement sincère, et qui, je le sais, vous invite à la rêverie…

« Décembre est bien entamé. La Saint-Nicolas passée, une autre fête occupe peu à peu les esprits : Noël et sa féerie. Son attente donne de la couleur aux jours gris et de plus en plus courts.

Le temps d’une soirée, et elles sont longues en ce début d’hiver, l’église millénaire résonne de coups de marteaux. Des bénévoles installent, du côté droit du choeur, la structure qui hébergera les statuettes reléguées, pendant le restant de l’année, dans un coin sombre de la tour. Quelques résineux, placés en arrière-fond, donnent une touche bucolique à l’ensemble.

Après l’école, à l’aide de plâtre, les enfants  façonnent des santons qu’ils peindront avec méticulosité. Dans les jours qui précèdent la Nativité, les boîtes contenant les différentes garnitures sont  descendues du grenier et ouvertes délicatement. Les réflexions des petits fusent lors de la redécouverte des trésors fragiles qu’elles contiennent. L’un avait oublié la présence de telle boule. Un autre a des étoiles plein les yeux en retrouvant le clinquant des oiseaux qui le fascinent. Chacun rivalise d’adresse et de prudence au moment d’accrocher ces objets aux branches du sapin.  La crèche est enfin posée sur une petite table au pied de l’arbre rutilant : elle accueillera les personnages créés par les enfants. Ainsi garni, ce coin de la salle à manger, vers lequel convergeront tous les regards, ajoutera une touche de merveilleux et de bien-être.

Matinée de la veille de Noël. Le pot du poêle plate-buse est incandescent. Les deux portes émaillées du coffre ont été, au préalable, fermées afin d’y accumuler un maximum de chaleur. Sous les doigts experts de la maman, la farine, la levure, le lait, le beurre fondu, les œufs et une pincée de sel deviennent pâte qui reposera avant d’être partagée en pâtons aplatis à l’aide d’un rouleau puis étalés dans des moules à l’intérieur enduit de matière grasse. Fruits en morceaux, compote, riz… couronneront le tout. Enfournées dans le coffre du poêle pour en être retirées trois quarts d’heure après, dorées et appétissantes à souhait, les tartes prendront la direction de la cave pour y être entreposées dans un garde-manger à claies

La soirée du 24 s’annonce longue. Après le repas, les marmots sont invités à se reposer – à dormir même- pour pouvoir assister à la messe de minuit. A 23 h 45, les cloches sonnent à toute volée, emplissant l’espace de résonances claires s’interpénétrant et roulant jusqu’au fond de la vallée. La famille est en vue de l’église vers laquelle se dirigent d’autres groupes. Tout ce petit monde s’engouffre dans l’édifice. La douce chaleur, l’odeur de résine, les notes de musique dégringolant du jubé, les sourires échangés, la crèche illuminée, tout concourt à rendre l’assemblée heureuse. La magie des chants traditionnels ajoute un supplément de félicité et de surnaturel à ces instants de grâce.

L’office terminé, alors que chacun rentre chez soi, des détonations éclatent soudain et font se lever les têtes. C’est Hector, le menuisier, qui tire quelques fusées griffant les ténèbres du ciel d’éphémères traces dorées et chuintantes.

La porte close, la maisonnée prend place autour de la table pour avaler un morceau de tarte ou un cougnou « maison », le tout accompagné d’un petit verre de vin de muscat. »

Un tout grand merci à monsieur Bolland pour ces très beaux textes qui ponctuèrent fort agréablement cette année 2013.

POUR RAMONER LES CHEMINEES: LES EPLUCHURES DE POMMES DE TERRE !

La Petite Gazette du 22 décembre 2010

POUR RAMONER LES CHEMINEES ?

Il y a quelque temps de cela, une charmante dame, fidèle lectrice de cette page, m’affirmait que, dans sa jeunesse, son papa, un Ardennais de vieille et pure souche, jetait toujours dans le poêle à bois de la maison familiale les épluchures de pommes de terre car disait-il « Cela ramone la cheminée ! »

Avez-vous déjà entendu parler de cette pratique ? Qu’en pensez-vous ? Connaissez-vous un autre procédé que la bonne vieille brosse à ramoner, lestée d’un poids ou munie de manches successifs, pour l’entretien des cheminées des maisons chauffées au bois ?

J’attends vos réponses avec beaucoup de curiosité.

La Petite Gazette du 5 janvier 2011

POUR RAMONER LA CHEMINEE…

Madame Christine Petit, Aye, respecte toujours cet usage ancien :

« Tout comme l’explique votre fidèle lectrice, je mets les épluchures de pommes de terre dans le poêle à bois pour ramoner la cheminée. Je suis née en 1960 et j’ai le souvenir déjà de ma grand-mère qui mettait ses épluchures dans le poêle à bois pour nettoyer la cheminée disait-elle. »

Monsieur Jacques Bastin,  de Heyd,  se souvient lui aussi et explique :

«Cette fidèle lectrice a parfaitement raison en ce qu’elle avance au sujet des pelures de pommes de terre. En effet, quand j’habitais au quartier du Laveu à Liège, très nombreuses étaient alors les familles qui, dans les années quarante, jetaient régulièrement, sur le feu brûlant de leur cuisinière à charbon, des pelures de pommes de terre et épluchures diverses en vue d’éviter tout feu dans la cheminée. Ce truc marchait à merveille. Il venait, à la fois, d’un ancien ami de régiment de mon père, qui était devenu poêlier, et du père d’un de mes amis d’enfance qui était maçon.

Je suppose que la protection provenait du simple fait qu’en brûlant vivement toutes ces pelures  et épluchures on humidifiait, non seulement assez fortement ainsi, le conduit de la cheminée où s’était déposée la suie, mais que, quand la quantité de cette suie était devenue un rien trop importante, cette accumulation d’humidité en augmentait le poids au point qu’elle finissait  vite alors par se détacher  d’elle-même. »

Monsieur Christian Delhez, de Remouchamps, sait lui aussi que cette pratique était courante :

« Effectivement, j’ai déjà entendu parler des épluchures quand j’étais gamin, mais sans pouvoir vous parler des résultats obtenus !

Un autre « truc et astuce » brûler des morceaux de vieux zinc, morceaux venant du démontage
d’anciennes toitures. C’est sensé limiter les dépôts de goudron dans les conduits de cheminée. J’ai testé, pas sur un très long terme, mais le conduit restait bien sec. Maintenant la qualité du bois a aussi toute son importance.

Néanmoins, conclut-il avec prudence, tout cela ne remplace pas un ramonage correct. »

C’est toujours un plaisir que de vous questionner… Vos réponses sont toujours si intéressantes !

La Petite Gazette du 19 janvier 2011

ENCORE LE RAMONAGE DES CHEMINEES

Madame Lamette, de Waha, aime à confirmer ce qui a été dit sur l’usage des épluchures de pomme de terre à des fins de ramonage.

« J’ai 73 ans et, depuis ma plus tendre enfance, je me souviens de mes grands-parents et de maman, que j’ai encore le bonheur d’avoir auprès de nous, qui confiaient au feu les épluchures de pomme de terre.

Etant jeune, j’en riais un peu mais, un jour, un feu de cheminée s’est déclaré chez des voisins. Les pompiers marchois sont intervenus avec de l’eau et il y a eu des dégâts… Un pompier, parmi les plus âgés, a alors parlé des épluchures…

Depuis des années, je sèche légèrement les épluchures et, toutes les deux semaines, je ramone ma cheminée avec un bon sachet d’épluchures de pomme de terre, quand il y a un bon feu de bois. Chaque fois, je pense que nos anciens avaient de bonnes idées et étaient de bons conseils. »

La Petite Gazette du 26 janvier 2011

ENCORE LE RAMONAGE DES CHEMINEES

Cette fois, c’est Mme Marie Wirtz, de Somme-Leuze, qui confirme ce qui a été dit jusqu’à présent :

« Je confirme bien la pratique de jeter les épluchures de pommes de terre dans le poêle pour le bon entretien de la cheminée. J’ai toujours vu ma belle-mère, qui aujourd’hui serait âgée de 97 ans, agir de cette façon dans la région arlonnaise. Il est vraisemblable que tout le monde ne faisait pas comme cela, je pense notamment aux personnes qui élevaient un cochon et qui lui réservaient dès lors les épluchures des pommes de terre. »

Un grand merci pour cette communication.

 La Petite Gazette du 2 février 2011

UNE EXPLICATION AU RAMONAGE PAR LES EPLUCHURES

Un très aimable lecteur nous explique en quoi les épluchures de pommes de terre peuvent effectivement avoir une vertu « ramoneuse » :

« Il est tout à fait plausible, m’écrit-il, que les épluchures de pomme de terre puissent avoir un effet sur l’élimination des suies dans les conduits de cheminées. Le zinc est un des composants utilisé dans les bûches ramoneuses qu’on trouve de nos jours dans divers magasins ; en effet, le zinc présent également dans les épluchures de pomme de terre soumises à de hautes température s’évapore sous forme d’oxyde et décroche avec efficacité les suies…cqfd. »

Ah ! ces merveilleux trucs de grand-mère…

La Petite Gazette du 9 février 2011

CONFIRMATION : LES EPLUCHURES DE POMMES DE TERRE RAMONENT…

Monsieur Jacques Petit, de Sprimont, apporte une nouvelle confirmation à ce qui a été publié sur le sujet : « Ce procédé est efficace et, d’ailleurs, il y a quelques années, un technicien de la firme Eifel l’a préconisé lors d’une émission télévisée.

La pomme de terre est un tubercule à forte teneur d’amidon. C’est l’amidon qui doit imbiber les suies qui collent dans la cheminée. Ces suies qui sont normalement grasses sont asséchées par l’amidon contenu dans les fumées. Nous constatons que cette suie asséchée et devenue craquante tombe toute seule dans la cheminée. Après un ramonage sommaire, on la retrouve au pied de cette cheminée. Il suffit alors de la récolter à la main afin de l’évacuer.

Cependant, pour plus de tranquillité, nous ramonons par le dessus et nous constatons que la cheminée s’est ramonée toute seule. Seule, un petit résidu tombe au pied de la cheminée.

Avant de mettre les épluchures dans le feu, nous les laissons sécher pour éliminer l’eau qui ne ferait qu’encrasser davantage la cheminée. »

Monsieur Marcel Pestiaux, de Marche-en-Famenne, a également tenu à vous faire savoir que ses « grands-parents paternels utilisaient eux aussi cette vertu des épluchures de pommes de terre. Ils ont élevé douze enfants, dont neuf sont restés très longtemps en vie, mon papa était l’aîné. Une fois par semaine, on attendait un feu bien flambant pour y introduire une portion d’épluchures mi-séchées. Jamais ils ne connurent d’incendie… »

La Petite Gazette du 23 février 2011

ENCORE A PROPOS DU RAMONAGE DES CHEMINEES

Monsieur R. Lecomte, de Clavier, apporte lui aussi sa confirmation :

« Oui, les épluchures de pommes de terre ramonent ! » Il poursuit son envoi en donnant d’autres moyens d’arriver au même but : « Si vous avez chaque jour des capsules senséo, jetez au feu ce marc de café. Il est aussi un autre moyen bon marché et très efficace, un bon vieux morceau de zinc glissé entre deux bûches flambantes, le morceau fondra très vite et la fumée fera son effet salutaire. » Mon correspondant précise qu’il n’a pas consulté Monsieur van Ypersele, le célèbre climatologue belge, pour connaître l’impact environnemental de ce procédé… »

L’IMPORTANCE DE L’ACTIVITE LIEE A L’EXTRACTION DU MINERAI DE FER A FERRIERES A LA FIN DU XVIIIe SIECLE

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est, vous le savez bien, un inlassable chercheur, passionné par les réalités passées de sa région. Il ne se fatigue de fouiller et de déchiffrer les archives que nous ont laissées les siècles écoulés et il aime à partager ses intéressantes découvertes. Il revient sur l’évocation de l’importante activité que générait, encore à la fin du XVIIIe, l’extraction du minerai de fer.Voic, avec l’orthographe de l’époque, le fruit de ses découvertes:

Liste  des  minéraux  tirez  au  Comté  de  Logne  sur  le  bien  des  Seigneurs  du  Chapitre  de  Stavelot  depuis  le  Noel 1781  jusqu’au  Noel 1782.

1781.

Le  28  Xbre (décembre)  mesuré  à  L. Sylvestre  et  consors 18  chars  mine  tirez  sur  le  bien  des  Seigneurs  du  Chapitre  de  Stavelot  deriere  leur  cense  à  Feriere  lesquels  sont  vendus  à  la  Delle veuve  Xhardez  à  9 florins  le  char, vient  auxdits  Sgr  pour  propriété   la  dime  déduite  25  sous  par  char, ici : 20,9,1 florins.

Le  28  Xbre  mesuré  à  Martin  Paulus et  à  G. J. Sylvestre  12  chars  mine  tirez  sur  le  même  bien  que  dessus  audit  lieu  lesquels  sont  vendus  aux  Mrs Boumalle  à  9  florins  le  char,  vient  auxdits  Sgrs  pour  propriété  25  sous  par  char  la  dime  déduite, icy  13,12,3 florins.

Le  28  Xbre  mesuré  à  Antoine  Sylvestre  de  Feriere  6  chars  mine  tirez  sur  le  même  bien  que  dessus  audit  lieu  lesquels  sont  vendus  au  Sr Henry  Lambert   à  9  florins  le  char, vient  auxdits  Sgrs  pour  propriété  25  sous  par  char  la  dime  déduite, icy  6,16,2 florins. 

1782.

Le  2  janvier  mesuré  audit  Sylvestre  15 ½  chars  mine  tirez  sur  ledit  bien  audit  lieu et  sont  vendus  au  Sr  H. Lambert  à  9 florins  le  char,  vient  auxdits  Sgrs  pour  propriété  25  sous  par  char  la  dime  déduite, icy  17,1,0 florins.

Le  2  janvier  mesuré  à  Martin  Paulus et  à  G. J. Sylvestre  25 ½ chars  mine  tirez  sur  ledit  bien  et  sont  vendus  aux  Mrs  de  Boumal  à  9  florins  de  char, vient  pour  propriété  auxdits  Sgrs  25  sous  par  char la dime  déduite, icy  28,8,1 florins.

Le  15  avril  mesuré  à  H. Roucelle  et  consors  11  chars  mine  venante  du  bien  des  Sgrs  du  Chapitre  de  Stavelot  et  tirée  par  le  bien  du  Sr Biron  à  Filot, icy  aux  Sgrs  1  florin  par  char  la  dime  déduite, 10 florins.

Le  19  avril  mesuré  à  J. J. Charlier  et  consors  59  chars  mine  tirez  sur  le  bien  des  Sgrs  du  Chapitre  de  Stavelot  aux  Aguesses  et  sont  vendus  au  Sr J. P. Hubin à  4,15 florins  le  char, icy  auxdits  Sgr  le  4 eme  la  dime  déduite  ou  63,13,3 florins.

Le  20  dito  mesuré  à  Henry Seret et  consors 18  chars  mine  tirez  sur  le  bien  audit  lieu  et  sont  vendus  au  même  à  3  florins  le  char, icy  auxdits  Sgrs le  4 eme  la  dime  déduite  ou  12,5,1 florins.

Le  23  dito  mesuré  audit  Seret 10 ½ chars et  1  mesure  grosse  mine  tirez  sur  ledit  bien audit  lieu  et  sont  vendus  au  même  à  3  florins  le  char, icy  aux  Sgrs le  4 eme la  dime  déduite, 7,3,3 florins.

Le  23  avril  mesuré  à  J. J. Charlier et  consors  21  chars  et  2  mesures  grosse  mine  tirez  sur  le  même  bien  que  dessus  audit  lieu  et  sont  vendus  au  Sr mayeur Lembrée  à  3  florins le  char,  icy  auxdits  Sgrs  le  4 eme  la  dime  déduite, 14,7,2 florins.

Le  5  juillet et  suivants  mesuré à  Seny  et  consors 149 ½ chars mine  tirez  sur  le  bien  des  Sgrs  du  Chapitre  de  Stavelot  à  la  heid  des  Cheins  à  Filot  et  sont  vendus  aux  Mrs Hauzeur  à  5 florins  le  char, icy  auxdits  Sgrs 1 florin  par  char  la  dime  déduite, 135,18,1 florins.

Le  5  juillet  mesuré  à  H. Roucelle et  consors  72 ½ chars  mine  tirez  sur  le  même  bien, vient  auxdits  Sgrs  1  florin  par  char  la  dime  déduite, 65,18,1 florins.

Le  9  juillet mesuré  à  M. Bonjean et  consors  13  chars  mine  tirez  par  le  bien G. Bonjean  venante  de  dessous  le  chemin  à  Feriere et  sont  vendus  au  Sr M. Wathelet  à  7,5 florins  le  char, icy auxdits  Sgrs  le  10 eme pour  terrage  la  dime  déduite, 8,0,1 florins.

Le  9 dito mesuré  à  G. Masset  et  consors 13  chars  mine  tirez  par  le  bien  G. Bonjean  venante  de  dessous  le  chemin  à  Feriere  et  sont  vendus  aux  Mrs Boumalle  à  7,5 florins  le  char, icy  aux  Sgrs du  Chapitre  le  10 eme pour  terrage  la  dime  déduite, 8,0,1 florins.

Le  19  juillet  mesuré  à D. Brialmont  46  chars  mine  tirez  sur  le  bien  des  Sgrs  aux  Aguesses  et  sont  vendus  à  la  Delle  veuve  Xhardez  à  4,5 florins  le  char, ici  aux  Sgrs le  4eme  la  dime  déduite, 44,8,2 florins.

Le  19  juillet  mesuré  à J. C. Hubin  46  chars  mine  tirez  sur  le  même  lieu  et  sont  vendus  à  J. P. Hubin  à  4,10 florins  le  char, icy  auxdits  Sgrs le  4eme  la  dime  déduite, 47,0,3 florins.

Le  19 dito  mesuré  à  F. Marechal  46  chars  mine  tirez  sur  le  même  lieu et  ont  vendus au  Sr  maieur  Lembrée  à  4,10 florins le  char, icy auxdits  Sgrs le  4eme  la  dime  déduite, 31,7,1 florins.

Le  20  août  mesuré à  Henry  le  Kaye  et  consors  100 chars  mine  tirez  sur  ledit  bien  audit  lieu et  sont  vendus  au  même  à  3  florins  le  char, icy  aux  Sgrs la  4 eme  la  dime  déduite, 68,3,2 florins.  

Le  4 7bre mesuré  à  J.P. Hubin et  consors  94  chars  mine  tirez  sur  ledit  bien  audit  lieu  dont  la  dime  se  paie  à  3  florins  le  char, icy  aux  Sgrs le  4eme  la  dime  déduite, 64,1,3 florins.

Item  aussi  estimé  audit  Hubin  9 ½ chars  mine  venantes  du  bien  Joseph  Guillaume  et  tirée  par  celui  des  Sgrs  du  Chapitre  de  Stavelot  audit  lieu  dont  la  dime  se  paie  à  3  florins  le  char, icy  auxdits  Sgrs le  30 eme  la  dime  déduite, 0,18,3 florins.

Le  6 9bre mesuré  à  J.C. Hubin et  consors  101 chars  mine  tirez  sur  le  bien  des  Sgrs  audit  lieu  et  sont  vendus au  Sr maieur  Lembré  à  3  florins  le  char, icy  aux  Sgrs le  4eme la  dime  déduite, 68,17,1 florins.

Le  8  dito mesuré à  J.F. Brialmont  et  consors  127  chars  mine  tirez  sur  le  même  bien  que  dessus  audit  lieu  et  sont  vendus  au  même  à  3  florins  le char, icy  aux  Sgrs le  4eme  la  dime  déduits, 86,1,3 florins.

Les  postes  de la  veuve  Xhardez  portent : 64,17,3 florins.

Les  postes  de  Mrs  Boumalle  portent : 50,1,1 florins.

Ceux  du  Sr H. Lambert  portent 23,17,2 florins.

Ceux  de  Herman Roucelle  portent : 17,18,1 florins.

Ceux  de  J.P. Hubin  portent : 193,4,0 florins.

Ceux  du  Sr maieur  Lembrée  portent : 268,17,1 florins.

Celui  de  Mrs Haueur  porte : 135,18,1 florins.

Celui  du  Sr Wathelet  porte : 8,0,1 florins.

Total : 822,14,2 florins.

Le  Sr Henry  Lambert  at  quitté  le  poste  le  28  mars  1785 portant  40,12,1 florins  par  une  étuve  quarrée  qu’il  at  livré  auxdits  Sgrs  du  Chapitre  de  Stavelot  à  leur  cense  de  Ferière.

B. Gisbrant.

Mon correspondant commente : « Plus de 1.000 chars, 1.011 exactement, ont été extraits des terres des Seigneurs du Chapitre de l’abbaye de Stavelot à Ferrières durant cette seule année ! remarquons qu’ils sont vendus à des prix différents et que plusieurs taux d’imposition existent. Retenons également qu’ils sont désignés « char mine » ou « grosse mine » ; il semble ainsi que le minerai soit de qualité différente suivant les endroits d’extraction. »

N.D.L.R. J’attire également votre attention sur le fait que c’est bien la dîme, l’impôt religieux, qui s’applique puisqu’il s’agit d’une ressource du sous-sol, cet impôt ne concerne donc pas que les carottes, les navets ou les pommes de terre…