LA LEGION WALLONIE A TUE ENTRE GRANDHAN ET MELREUX

La Petite Gazette du 28 décembre 2011

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Monsieur François Soyeur évoque un fait tragique de la seconde guerre Mondiale et se demande si vous en savez davantage sur ce fait de guerre.

Ce fait divers, dont je suis sûr plus personne ne parle, fut tragique. Un jour fin de l’hiver 1944, deux jeunes gens entrèrent dans le café pour boire un verre, tout en discutant entre eux, l’un deux me demande si j’ai déjà entendu la nouvelle…

Quelle nouvelle? Il y a un homme et sa petite fille qui remontaient le bois de  Melreux-Grandhan et qui ont été tués.

Non je ne sais pas! Ensuite ils me racontent qu’ils rentrent de Tcherkassy (Ukraine) et qu’ils avaient envie de tuer, J’ai fait semblant que cela ne m’intéressait pas tout en souhaitant qu’ils partent le plus vite possible.

Quand ils sortirent ; par curiosité, je les ai suivis pour voir où ils allaient et ils ont pris la route d’Eneille. Quelques minutes plus tard, les membres de la gestapo, venant de Marche, arrivèrent comme des fous, l’officier parlait très bien le français,

« N’avez vous pas vu deux hommes ? Par où sont-ils partis? »

« Ils ont pris la route à droite ! »

Ces jeunes ont été rattrapés alors qu’ils montaient le Stoqueu de Noiseux.

Était-ce une simple coïncidence avec l’assassinat des deux personnes tuées entre Melreux et Grand-Han ? Madeleine  Dujardin, âgée de 13 ans et Walter Dony 40 ans.

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Madeleine Dujardin reconduisait Monsieur Dony à la gare de Melreux… D’après certaines personnes Madeleine fut tuée en dernier lieu!

p1020240Auriez vous peut être plus de renseignements à ce sujet ?  Merci.

La Petite Gazette du 10 janvier 2012

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Monsieur Jean-Michel Bodelet revient sur cet épisode dramatique évoqué par M. Francois Soyeur paru il y a peu. Mon correspondant connaît très bien les faits car il les a étudiés en profondeur durant ses études universitaires en histoire.

« Ayant pour mon mémoire de licence travaillé sur le sujet, D. Walthère, réfractaire liégeois et M. Dujardin ont été abattus, en avril 44, par quatre SS wallons. Ces derniers étaient tous des déserteurs. Leurs identités sont connues. Je ne peux cependant vous les donner. Sachez qu’aucun n’est issu de la province de Luxembourg. Cette affaire sera évoquée au Conseil de Guerre d’Arlon en mars 1948.

Ce ne sont pas des faits uniques. En août 44, à Herbeumont, des membres de la légion Wallonie ont surpris un certain Lanoy, maquisard originaire de Forest. Ce dernier a été abattu.

On retrouve également des membres -deux frères d’origine liégeoise- de la légion Wallonie à Marcourt. Non dans le massacre des civils mais dans le martyre de Jules Daco « Cyprien » dans le MNB, torturé et exécuté après la prise du maquis de Mierchamps (La Roche-en-Ardenne). »

Un grand merci pour ces précisions.

La Petite Gazette du 18 janvier 2012

ILS ONT ÉTÉ TUES ENTRE MELREUX ET GRAND-HAN

Le sujet a été initié par M. Francois Soyeur puis développé par Monsieur Jean-Michel Bodelet et il a suscité l’émotion…

Madame Mireille Dujardin, de Melreux, m’écrit avoir été « toute remuée » par la lecture de ces souvenirs tragiques et elle nous explique pourquoi :

« Pensez que j’ai vécu ces événements familiaux de très près. Madeleine Dujardin est ma cousine germaine ; nous sommes filles de deux frères : Maurice pour Madeleine et René Dujardin pour moi.

D’après mon oncle Maurice et son fils Jean, il semblerait que ces fameux SS venaient d’Eneille et se dirigeaient vers Grandhan qu’ils traversèrent. Arrivés au croisement, ils se dirigèrent vers Petithan ; ils bifurquèrent soudain et revinrent vers le bois de Grandhan Melreux.

Il faut dire qu’il y avait eu une alerte pour signaler ces soldats, toujours d’après mon oncle et mon cousin, ces SS étaient quatre. D’après les constatations d’usage, il y avait deux soldats de chaque côté de la route (analyse des impacts). Quand l’alerte fut passée, les hommes et les réfractaires revinrent à Granhan et environs. Seul l’un d’entre eux, Walter Dony, fit un crochet vers la gare de Melreux¸ pour dire au revoir à sa sœur ; malheureusement le train venait de partir. Il rattrapa Madeleine dans le bois… Vous connaissez une partie de l’assassinat…

Le premier arrivé sur les lieux fut le Docteur Cravatte qui, voyant le tableau et reconnaissant les personnes gisant à terre, s’en vint chercher mon cousin Jean Dujardin, le frère de Madeleine, en lui disant : « Viens un peu et prends deux couvertures, il y a un drame dans le bois. »

Après avoir averti les Allemands, ils purent ramener les corps à Granhan ; ces Allemands ont dit à mon oncle et à la famille qu’ils allaient rattraper ces voyous et les envoyer sur le front russe. Je ne vous dis pas ce que vécurent les parents de Madeleine et les familles, ce fut une véritable tragédie.

Les Allemands avaient mis deux soldats de faction de chaque côté de la porte d’entrée de Maurice Dujardin qui faisaient peur aux personnes venues rendre visite à la mortuaire. Pour rappel, c’est mon oncle Maurice qui a fait le cercueil de sa fille.

A la fin de la guerre, le procès a eu lieu et il y a eu du grabuge. »

Monsieur François Soyeur a, quant à lui, recueilli le  témoignage de Madame Marie-Thérèse Lizen, épouse de Georges Dawance, de Melreux.

« Voici ce dont je me souviens  de ce jour tragique qui a arraché la vie de ma copine, nous étions de la classe de Monsieur Jacquemard, de Grandhan. Madeleine et moi, nous avions toutes deux le même âge. J’étais domiciliée à la ferme du chène-a-han. Le vingt-deux avril 1944, vers 19 heures, avec ma maman, Fanny Laboulle (épouse Lizen) nous étions occupées à divers travaux de laiterie, lorsque quatre hommes descendirent le bois du tilleul vers la ferme, ils entrèrent dans la cour. Trois étaient âgés entre vingt et vingt-quatre ans, le quatrième,  plus âgé, était le chef du quatuor. Ils étaient complètement habillés en uniforme allemand et bien armés.

L’ainé demanda à maman pour dormir dans le foin du fenil de l’étable. Pendant la soirée, notre ouvrier feu Monsieur Robert Laffut rendit visite à ses parents à Somme-leuze. En rentrant à la maison, il dit à maman avec un air très étonné que les gars du fenil  dialoguaient en wallon. Ils  se dirent que c’étaient des rexistes.

Le 23, à leur lever vers 10 heures, ils obligèrent ma chère maman à leur faire une fameuse fricassée, après s’être régalés ils partirent a travers les prairies vers le lieu dit le ry bouillon, J’ignore comment ils ont traversé l’Ourthe, ont-ils changé de chemin ou emprunté la barque de Monsieur Léon Magis.

De là, ils se dirigèrent par les bois, vers la route reliant Grandhan à Melreux, à gauche et à trois cent mètres de la Reine Pédauque. C’est à cet endroit qu’ils croisèrent leurs deux victimes. Ils tuèrent d’abord Monsieur Dony, puis notre jeune Madeleine, afin que le silence soit complet sur cette tragédie. A 12h30, maman fut prévenue par un appel téléphonique de Madame Jeanne Quétin, employée au bureau des téléphones de Somme-Leuze.

Dans le courant de l’après-midi, ils furent arrêtés dans les bois de Noiseux vers Baillonville. Maman dû aller  les reconnaitre à la Kommandatur de Marche-en-Famenne. »

La Petite Gazette du 29 février 2012

TOUJOURS A PROPOS DE L’ASSASSINAT DE MADELEINE DUJARDIN ET DE WALTER DONY.

Il n’est pas rare que des sujets vous touchent davantage que d’autres et l’évocation de ce double assassinat fait partie de cette catégorie si j’en juge par les diverses réactions enregistrées à son propos. Ainsi, Monsieur François  Soyeur a encore recueilli ce souvenir.

Monsieur Martin Adolphe, de Barvaux,  raconte : «  Le jour de l’assassinat des deux personnes citées, j’étais chez moi a Noiseux avec mon père et ma maman. A ce moment, le docteur Cravate, de Noiseux, est venu nous dire qu’il y avait eu un assassinat de deux personnes dans le bois de Grandhan. Il nous a demandé de l’accompagner sur les lieux. Quand nous sommes arrivés, les corps n’étaient plus visibles, seule une tache de sang assez importante était visible sur la chaussée..

Nous somme rentrés chez nous, mais le docteur nous demanda de le suivre sur le Stoqueu sans doute pour aller à la recherche des assassins. Mon père lui demanda de ne pas y aller de peur des certaines représailles. »

La semaine prochaine, je reviendrai encore sur le sujet et sur ses conséquences grâce à de nouvelles communications que je viens de recevoir. Merci de confier vos souvenirs à La Petite Gazette afin d’en assurer la pérennité.

La Petite Gazette du 7 mars 2012

A PROPOS DE L’ARRESTATION DE JULES DACO APRES LA PRISE DU MAQUIS DE MIERCHAMPS

Monsieur Edgard Orban, de Gênes, revient, avec la complicité d’une plume bien connue des lecteurs des Annonces puisqu’il s’agit de Louis Vieuxtemps, sur cet épisode dramatique évoqué dernièrement dans La Petite Gazette.

«J’aurais voulu apporter quelques précisions à propos des faits qui se sont passés lors de l’arrestation de Monsieur Jules Daco étant donné que je suis certainement une des dernières personnes à l’avoir vu vivant.

Je me souviens que le jour où les Allemands avaient « ramassé » les hommes des villages de Trinal, Werpin, Melines, Wy et Soy, deux camions allemands étaient garés dans la cour de la maison de mes parents.

Jules Daco était assis à l’arrière d’un des véhicules et, à côté de lui, il y avait un homme d’origine liégeoise vêtu d’un uniforme allemand. Mon voisin, Joseph Houssa, secrétaire communal à l’époque, n’était pas concerné par les arrestations vu son âge. Il s’approcha et interrogea Jules Daco au sujet de sa détention.

Un officier allemand, qui se trouvait à proximité et qui parlait français, l’interpela pour savoir s’il le connaissait et s’il voulait l’accompagner dans le camion. Joseph Houssa, qui ignorait tout, répondit négativement et dit qu’il ne l’avait jamais vu.

Un peu plus tard, Jules Daco demanda à ma maman, qui était dans la cour, qu’elle lui donne un verre d’eau ; mais l’officier allemand intervint à nouveau en lui disant : « Non, madame, pas à cet homme ! »

Peu de temps après le départ des camions, un deuxième membre de la légion wallonne vint s’installer à côté du Liégeois et ils parlèrent ensemble en wallon.

Il est fort probable que ce sont les deux frères qui auraient torturé et exécuté Jules Daco et à qui Jean-Michel Bodelet fait allusion dans son évocation dans l’édition de la deuxième semaine de janvier dernier. »

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

La Petite Gazette du 3 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Monsieur Guy Stassin, de Flostoy, n’est pas un inconnu pour les lecteurs de La Petite Gazette. En effet, il nous a déjà gratifiés de quelques articles témoignant de la passion que porte ce commandant de cavalerie en retraite à notre histoire militaire. C’est ce qu’il fait encore en débutant ce jour une très intéressante série qui nous plongera dans les premiers jours de la dernière guerre mondiale.

« Le 10 mai 1940, pour la seconde fois en vingt-cinq ans, notre pays, pourtant neutre, est envahi par la puissante armée allemande. Dès l’aube, un commando transporté par planeurs atterrit, par surprise, sur les superstructures du fort d’Eben-Emael. Fort moderne, de construction récente, EbeEmael a été érigé à la jonction du canal Albert  et de la Meuse, face à la languette du Limbourg hollandais, qui dissimule à notre observation tout mouvement allemand. Surpris par cette tactique inattendue, le fort est rapidement réduit au silence.

Dans la foulée, des chars des 3e et 4e panzerdivizione traversent les ponts du canal Albert, à Veldwezelt et Vroenhoven,  conquis par des commandos aéroportés, et foncent vers Tongres, qu’ils atteindront le 11 mai.

Le gouvernement belge a fait appel à la France et au Royaume Uni, garants de notre neutralité, et le généralissime français Gamelin a déclenché la manœuvre « Dyle ». Cette dernière consiste à faire progresser les Franco-britanniques en Belgique pur les aligner sur la position « Dyle » où ils tendront la main, dans la région de Louvain, à l’armée belge qui doit se replier sur la position KW, fortifiée dès le temps de paix, entre Anvers et Wavre, par des fortins et des obstacles anti-chars.

La position « Dyle » est prolongée le long de la Meuse, en Belgique et en France, à partir de Namur.

La majeure partie de nos dix-huit divisions d’infanterie sont initialement étirées le long du canal Albert, entre Anvers et Liège, et le long de la Meuse, jusqu’à Namur.

Le corps de cavalerie, grande unité motorisée et très mobile, possédant sa propre infanterie (carabiniers cyclistes) et articulé en deux divisions et une brigade portée, aurait dû être gardé en réserve, prêt à intervenir en tout point menacé du front, mais, par manque de troupes pour occuper l’entièreté de la position, il a été morcelé en divers éléments imbriqués dans le dispositif.

Dès le début de l’attaque allemande, on devra donc « récupérer » des unités motocyclistes affectées aux Ardennes (groupement K) pour tenter d’enrayer la percée sur Tongres.

Pour couvrir le repli de nos divisions d’infanterie vers la position KW, la cavalerie, dont c’est l’une des missions, s’affairera à regrouper une partie de ses unités motocyclistes et cyclistes sur la position de recueil de la Gette, à hauteur de Tirlemont.

Les six régiments motocyclistes du corps de cavalerie (CC) sont des régiments d’active (1, 2 et3 Lanciers, 1 et 2 Chasseurs à Cheval et 1 Guides), composés de miliciens sous les armes, commandés par du cadre d’Active et de réserve. Les régiments sont articulés en deux groupes, commandés par un major, et comprenant chacun deux escadrons motocyclistes et un escadron d’engins armés de canons anti-chars et de mitrailleuses. Un septième escadron, régimentaire, est blindé et équipé de chenillettes T13 (canon de 47 mm.) et T15 (canon de 13,2 mm.).

Les régiments cyclistes sont articulés à deux bataillons, commandés par un major, et comprenant chacun deux compagnies cyclistes et une compagnie d’engins armés de même de canons anti-chars et de mitrailleuses.

Les 1er et 2e Cyclistes sont d’Active, les 3e et 4e, de Réserve et formés par des militaires rappelés, commandés par un petit noyau d’Active et du cadre de réserve. » A suivre…

La Petite Gazette du 10 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons l’étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r.

« 10 mai 1940

C’est le quartier général (QG) de la 2e division de cavalerie (2DC), aux ordres du général Beernaert, et dont le poste de commandement (PC) est installé à Louvain, qui est responsable de la position de recueil de la Gette. Comme troupes, le 10 mai au matin, la 2DC ne dispose que du 4e lanciers (4L), du 2e Cyclistes (2Cy), et de l’Etat-Major, fort réduit, de la brigade de Cavaliers Portés, dont le second régiment, le 2e Guides (2G) est détaché dans le Limbourg.

Le 4L est un régiment de réserve, dont les deux groupes sont transportés par camions, tandis que le 2Cy, régiment d’active, se déplace à vélo, comme son nom l’indique.

L’appui de feu est fourni par le 18e d’Artillerie (18A), régiment motorisé issu de l’artillerie à cheval (ACH).

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Initialement, le 4L est installé en avant de la Gette, avec son IIe groupe à cheval sur la route de Saint-Trond, le long du chemin de fer, et son Ier groupe entre Bost et Womerson, le long de la Gette.

Le 7e Escadron, escadron motocycliste, surveille les points de passage de la Gette.

A gauche du 4L, le 2Cy étire ses deux bataillons, le long de la Gette, de Grimde à Haelen. Un groupe du 18A est en appui de chacun des deux régiments. Le 3e Lanciers (3L), qui avait une mission de surveillance à la frontière française, dans la région de Binche, neutralité oblige, est rameuté de la frontière pour renforcer la 2DC. Il est envoyé sur Hannut où il arrive vers 20h00 et bloque les différents accès du village.

Il assure à Crehen (prononcez Crehin) la liaison avec le 12e cuirassiers (12cuir) français, régiment du corps de cavalerie du général français Prioux,  chargé de protéger la mise en place de la 1er Armée française sur la position Dyle.

Transmissions :

Il est utile de rappeler que, en 1940, la majeure partie des transmissions s’effectuait par le réseau civil des téléphones et télégraphes. Un fonctionnaire des PTT (Postes, Téléphone, Télégraphes), au courant des réseaux téléphoniques et télégraphiques, était attaché à chaque Etat-Major. C’était, souvent, un officier de réserve, mobilisé dans sa fonction.

A l’époque, les ordres, toujours écrits, étaient transmis par estafette ou officier de liaison, suivant le cas. La radio en était encore à ses balbutiements.

Peu avant la guerre, les régiments motocyclistes seront dotés d’un peloton de transmissions possédant des side-cars radio et un Ford Marmon aerrington blindé pour les transmissions vers l’arrière.

Le morse est utilisé, de préférence à la phonie, mais le réflexe radio n’est pas encore dans les mœurs alors qu’un oberst (colonel) allemand est déjà en liaison par phonie avec tous ses commandants d’escadron. » A suivre

La Petite Gazette du 17 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons l’étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r. :

« 11 mai 1940 – Situation générale

A 06h.00, la 4e Panzer (4PZ) passe à l’attaque dans le secteur du Ier Corps d’armée (ICA) en utilisant les ponts de Veldwazelt et Vroenhoven, conquis par surprise, et enfonce rapidement les positions de notre 7e division d’infanterie (7DI).

Le ICA, dont les débris refluent vers l’Ouest, tente d’enrayer la percée ennemie en direction de Tongres, en établissant une bretelle sur l’alignement Bilsen-Tongres, vallée du Geer. Le corps de cavalerie couvre son flanc droit en constituant une bretelle à hauteur de Cortessem.

Le Groupement « K », en position dans les Ardennes, est sollicité pour envoyer, d’abord un régiment motocycliste, le 2e Lanciers, le groupement Goffinet ensuite, 2e Chasseurs à cheval et 1er Guides, au secours du Ier Corps d’Armée. Le soir, le Grand Quartier Général (GQG) donne l’ordre d’abandonner le canal Albert jusqu’à Curange (Kuringen). Les divisions d’infanterie (DI) amorcent progressivement un repli en direction de la position KW, tandis que le Groupement K abandonne graduellement les Ardennes.

La 2e Division de cavalerie (2DC) sur la Gette :

La 2DC, aux ordres du général Beenaert, est installée sur la Gette avec le 2e cycliste (2Cy) au nord, de Haelen à Grimde et la brigade de cavaliers portés (BCP) au sud, de part et d’autre de Tirlemont, avec le seul 4e Lanciers (4L).

Vers 12h.00, le 1er cyclistes (1Cy), en repli des canaux frontière du Limbourg, informe la 2DC qu’il occupe Saint-Trond, pour y constituer un centre anti-chars.

A midi également, le GQG donne ordre à la 2DC de poster le 3e Lanciers au nord de Tirlemont et du 4L. Les escadrons quittent Hannut vers 13h.00, attaqués par la Luftwaffe (aviation allemande) et se rendent à Hoelderen, où le colonel BEM Serlez, commandant de la BCP, donne des ordres détaillés de son PC de Cumptich.

Les états-majors du régiment et du Ier groupe s’installent à Oplinter avec le 1er escadron. Le 2e escadron prend position à Nerlinter. L’état-major du IIe groupe s’installe à Drieslintier, avec le 4e escadron. Le 5e escadron est en réserve à Vissenaken, avec l’escadron Auto-blindées à la disposition du commandant de brigade.

Les moyens des deux escadrons engins, canons de 47 mm. et mitrailleuses, ont été répartis entre les escadrons motocyclistes.

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 chenillette T15 armée d’une mitrailleuse de 13,2 mm.

 

 

A partir de 14h.00, et pendant près de deux heures, des stukas (avions allemands de bombardement en piqué) bombardent la gare de Tirlemont.

Vers 16h.00, le 2e escadron du 1er Lanciers (2/1L), qui était en renfort du Ier Corps d’Armée, arrive à Grimde avec un seul peloton et  son peloton état-major, tout ce qu’il reste de l’escadron après son engagement aux côtés de la 7DI. Le colonel Jooris, commandant du 4L, le met en renfort de son IIe Groupe qu’il installe au passage à niveau de Tirlemont.

Vers 19h.30, le 7e escadron Motos du 4L, renforcé par un peloton blindé du 3L (AB), occupe le chemin de fer entre Bost  et Esemael, où il assure la liaison avec la 3DLM française (3e division légère motorisée).

Durant l’après-midi et une partie de la nuit, des réfugiés civils et des militaires en retraite du ICA traversent les ponts de la Gette. Il faut noter la présence sur les positions de la 2DC, d’autos blindées du 12th royal Lancers britannique, chargées de protéger la mise en place de la British Expeditionary Force (BEF) entre Louvain et Wavre. » A suivre

La Petite Gazette du 24 juin 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons la précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r. :

« 12 mai 1940 – Situation générale :

Dimanche de Pentecôte, sous un soleil radieux ; la position KW (Koningshooikt à Wavre) s’organise lentement. Le Ve corps d’Armée (VCA) est déjà en place au nord de la position fortifiée d’Anvers (PFA) avec ses 12e et 13e divisions d’infanterie (12DI et 13DI).

Le IVe Corps d’Armée (IVCA) de même, avec sa 17DI à l’embouchure du canal Albert et sa 13DI qui n’a qu’à se rabattre sur Lierre.

Au IIe Corps d’Armée (IICA), la 11DI, qui était en période d’entraînement au camp de Beverloo, a rejoint pour s’installer au sud de Lierre et la 2DI arrive de Liège par chemin de fer.

Au Ive Corps d’Armée (IVCA), la 10Di est installée à Louvain.

Une conférence interalliée, réunie à Casteau, confie au général français Billotte, commandant du Groupe d’Armées n°1 (7e Armée, BEF, 1ère Armée, 9e Armée, 2e Armée) la coordination des troupes françaises, britanniques et belges.

La Position de recueil de la Gette :

La bretelle de Cortessem, tenue par le 1er cyclistes (1Cy) et le 2e Guides (2G), avec des renforts d’infanterie, aux ordres du général d’infanterie De Droog, a entamé la retraite à partir de 00h.00, sous la protection d’une arrière-garde du 1er Chasseurs à cheval (1ChCh) et l’escadron Motos du 2e guides (2G).

La 1èrer Division d’infanterie (1DI) se replie derrière la Gette, tandis que la 14DI fait pivoter son aile droite pour constituer la bretelle de Lummen et raccrocher la position de la Gette au canal Albert.

La Gette, proprement dite, est occupée par la 2e division de cavalerie (2DC), dont le PC s’est fixé à Kerbeek-Miskom. La position est occupée par le 2e Cyclistes (2cy), de Haelen à Léau, de Léau à Grimde par le 3e Lanciers (3L), et à Tirlemont par le 4L. ces deux dernières unités constituant la brigade de cavaliers portés du colonel Serlez, dont le PC est installé à Pepinusfort (Boeslinter).

Le 4L est en liaison au sud avec le 14e Cuirassiers français, aile gauche du corps de cavalerie du général Prioux. La liaison est assurée par l’escadron Motos du 4L, avec l’appui d’un peloton blindé du 3L. Peu après 07h.00, le 5e escadron du 3L (5/3L), en réserve à Boeslinter, lui est envoyé en renfort, avec deux T13 et infanterie égarée, et récupérée sur place ; il établit son PC à Gossoncourt.

Dès le matin, le général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie (CC), dont le QG est installé à Lubbeck, reçoit l’ordre suivant du GQG : « Vous prenez le commandement de la position Gette, de la position du canal Albert (de la Nethe à la bretelle de Lummen), et de la bretelle de Lummen. Vous réunissez sur cette position toutes les troupes légères que vous trouverez, n’importe où, ainsi que les artilleries du Corps et des divisions de cavalerie. »

Aussitôt, des officiers du QG du Corps de cavalerie sont envoyés dans toutes les directions, pour récupérer des unités.

Le 2e Chasseurs à cheval (2ChCh), régiment fort éprouvé après son engagement au profit du Ier Corps d’Armée (ICA), reçoit l’ordre de se mettre aux ordres de la brigade de cavaliers portés du colonel Serlez.

Le 1er Guides (1G), regroupé au sud de Hamme-Mille, doit se rendre à Cappellen, entre Tirlemont  et  Diest, pour y constituer la réserve du Corps de cavalerie.

A 14h.15, le 2e Guides et le 1er cyclistes, en repli de Cortessem, sont mis à la disposition du CC/2DC (titre kilométrique du commandant de la cavalerie de la 2e division de cavalerie, en fait, général major, commandant en second de la 2DC) pour renforcer au canal Albert les positions abandonnées par la 6DI, dans le secteur du IIe Corps d’Armée (IICA).

E groupement Ninitte (CC/2DC) doit établir son PC à Oxelaer et prendre à ses ordres les escadrons cyclistes des 6Di et 9DI, qui sont sur place.

A chaque DI (division d’infanterie) était affecté un escadron ou un groupe cycliste de réserve, formé de militaires rappelés, issus de la cavalerie. Il s’agit ici des escadrons cyclistes des 6e et 9e divisions d’infanterie.

Vers 10h.00, la 1DI, en repli de Hasselt, repasse à l’ouest de la Gette et, vers 11h.00, son artillerie et les 3e et 24e de Ligne (3Li et 24Li), sont mis à la disposition de la 2DC.

Le général Beernaert, commandant la 2DC, place le 3Li en second échelon derrière le sous-secteur Sud tenu par le 3L, et le 24Li en second échelon derrière le sous-secteur Nord, tenu par le 2Cy. Il confie le commandement du sous-secteur Nord, au général major Dedroog, CI/1DI (commandant l’infanterie de la 1ère division d’infanterie).

A 12h.25, comme la menace ennemie se rapproche, le commandant du Corps de cavalerie donne l’ordre de faire sauter tous les ponts de la Gette. » A suivre…

La Petite Gazette du 1er juillet 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons la précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r.:

« 12 mai 1940. Après-midi du dimanche de Pentecôte.

A partir de 14h.00, le IVe Armée Korps (IVAK) allemand entre en contact avec le front de la position de la Gette. Ce sont les avant-gardes des 31e, 7e et 18e infanterie division (3, 7 et 18 ID) qui tâtent, successivement, le dispositif au pont de Rummen, à Budingen, Neerlinter, Drieslinter et Grimde.

A 15h.00, le commandant du Corps de cavalerie attire l’attention de la 2e division de cavalerie (2DC) sur la vulnérabilité de son flanc droit et met à sa disposition, à Roosbeek, l’escadron blindé du 2e Lanciers (EscAB/2L), coupé de son régiment.

Le 1er guides (1G), qui était en réserve à Cappellen, lui est envoyé en renfort à Kerkom.

A 17h.00, il est signalé que les Français du corps de cavalerie du général Prioux se battent à Hannut.

A la même heure, l’escadron Motos du 4e lanciers, au contact avec l’ennemi sur la voie de chemin de fer, est forcé au repli.

A 18h.00, le commandant de la 2e division de cavalerie (2DC) insiste pour que les sept groupes d’artillerie, mis à sa disposition, soient rapidement déployés : il s’agit des Ier et IIe groupes du 18A, des Ier et IIe groupes du 19A et des trois groupes du 1A, qui fournirent, ultérieurement, un appui de feu précis et appréciable.

A 18h.00 également, selon les ordres reçus, le 2e Chasseurs à cheval (2hCh), réduit à deux demi-groupes, arrive à Oirbeek et est mis aux ordres de la brigade de Cavaliers portés (BCP) du colonel Serlez. Il est affecté au flanc droit de la position de la Gette, en liaison avec le 12e Cuirassiers français, mais ces derniers se replièrent vers 19h.00, en arrière de Gossoncourt, ne laissant dans l’agglomération que quelques chars, qui se replièrent également à 23h.00.

A 18h.30, le 1er Lanciers (1L), qui était aux ordres du IIIe Corps d’Armée (IIICA) et se trouve à Sommeville, est mis également aux ordres de la 2DC (2e division de cavalerie), qui lui ordonne de se rendre à Becquevoort où il doit être mis en réserve de la division, mais il ne rejoindra que le lendemain matin.

A 19h.30, les allemands attaquent en vain le pont du chemin de fer de Drieslinter, à la limite entre les secteurs du 2Cy et du 3L.

Vers 20h.00, le commandant du 2e cyclistes (2Cy) fait savoir qu’il désirerait voir disparaître le 24e de ligne (24L) de ses positions car ses militaires rappelés, de classes anciennes, causent des désordres par leur indiscipline. Le commandant de la 2e division de cavalerie envisage de les remplacer par le 1er guides (1G).

Vers 20h. 00, le flanc gauche étant menacé, l’escadron blindé du 2L (EscAB/2L), renforcé par l’escadron cycliste de la 1DI, est envoyé sur le front Zelk-Diest, pour rétablir la situation.

Entre 18h.00 et 20h.00, le 2e guides, inclus dans le groupement du général Ninitte, arrive au canal Albert dans le secteur abandonné par la 6e division d’infanterie. Après avoir débarqué de leurs camions, les cavaliers portés commencent leur installation dans la région de Tessenderloo et Kleine Vorst. Les débris des escadrons cyclistes des 6 et 9DI sont imbriqués dans le dispositif, mais le 1er Cyclistes (1Cy) n’a pas rejoint.

A 21h.00, sur ordre du GQG, la 14e division d’infanterie, qui occupait la bretelle de Lummen, reçoit l’ordre de repli derrière le canal de Willebroeck.

A 22h.00, le 1er Chasseurs à cheval (1ChCh), installé à Waenrode, après avoir couvert le repli de la bretelle de Cortessem, reçoit l’ordre d’occuper le Demer, face au Nord et à l’est, entre Aerschot et Haelen. Il reçoit, en renfort, l’escadron AB du 2e lanciers (EscAB/2L) et l’escadron cycliste de la 1DI.

Aux environs de 22h.30, le général Ninitte, installé à Tessenderloo avec le 2e Guides (2G), où il a été rejoint par le 1er Carabiniers, reçoit l’ordre d’occuper, le lendemain matin, la position, de Winterbeek, sur laquelle le 1er cyclistes (1Cy) doit se porter immédiatement.

Durant la nuit, les artilleries sont fort actives, de part et d’autre, mais les allemands ne tentent pas de percée et regroupent leurs moyens. » A suivre…

A PROPOS DE LA BATAILLE DE LA GETTE

Concernant la bataille de la Gette, Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, explique :

«  Le 11 mai 1940 mon père le Lt. Charles Huwart (4 L.) a été blessé, une bombe
de Stuka est tombée juste derrière le mur du PC de son escadron et l’a soufflé.  C’est l’ordonnance de mon père, Odon ??? qui s’est précipité le premier pour le dégager des gravats. em_4_l_tirlemont

Photo des cadres du 4ème Lanciers lors de sa constitution à Tirlemont en 1939.A gauche de l’étendard : Le colonel Joris, Chef de Corps.Mon père est juste à gauche de la plaque « dégustez etc » et à droite du civil en arrière-plan.

Il était paralysé. Je ne crois pas qu’il ait reçu un éclat comme l’a raconté M.David dans le livre « Raconte-moi ».  On l’a transporté au QG du régiment (couvent) où les sœurs l’ont plâtré après l’avoir arqué entre deux tables du réfectoire. Il a ensuite été évacué à Berck-plage.  A la capitulation de la poche de Dunkerque, il est tombé aux mains des Allemands, qui, vu son état, l’ont catalogué comme paralysé définitif. Cela lui a évité la captivité, et un train sanitaire l’a  ramené à Bruxelles (Hopital Brugman) où ma mère a pu le récupérer. Je n’ai pas encore pu déterminer combien de mois il est resté paralysé, mais il entré dans l’A.S. dès 1941. »

La Petite Gazette du 8 juillet 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous retrouvons la précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r.:

« Mardi 13 mai 1940.

A 00h.00, le Corps de cavalerie (CC), dont le Q est toujours à Lubbeck, informe la 2e division de cavalerie (2DC) : « La 1DI, moins le 1A et le 3Li, qui restent à votre disposition, se repliera de nuit au nord de Louvain. » Le 2e Cyclistes sera donc débarrassé du 24e de Ligne, indiscipliné.

Le groupement du général major Ninitte, CC/2DC, occupe la bretelle de Winterbeek avec le 2e Guides (2G) et le 1er cyclistes (1Cy), en liaison au Sud avec le 1er Chasseurs à cheval (1ChCh), qui  flanc-garde  la 2e division de cavalerie (2DC) sur le Demer, avec l’escadron blindé du 2e Lanciers (2L) en renfort.

La position de la Gette est occupée par la 2e division de cavalerie (2DC) dont le PC se trouve toujours à Kerbeek-Miskom.

Suite au départ de la 1DI du général De Droog, la 2DC prend le dispositif suivant sur la position de la Gette :

Sous-secteur nord (SSN) aux ordres du colonel BEM Morel de Westgaver, commandant le 1er guides (1G).

  • 2e cyclistes (2Cy) en premier échelon
  • 1er guides (1G) en second échelon
  • Flanc-garde du flanc Nord, jusqu’à Aerschot, par le 1er Chasseurs à cheval (1ChCh), l’escadron cycliste de la 1DI (EscCy1DI), le groupe cycliste de la 14DI (GpCy14DI) et l’escadron blindé du 2e Lanciers (EscAB2L)

Sous-secteur Sud (SSS) aux ordres du colonel BEM Serlez, commandant la brigade de Cavaliers portés (BCP)

  • 4e Lanciers (4L) et 3e Lanciers (3L) en premier échelon
  • 3e de ligne (3Li) en second échelon
  • 2e chasseurs à cheval (2ChCh) en flanc-garde du flanc Sud

Le 1er Lanciers (1L) est en réserve de la 2DC à Becquevoort, où il arrive vers 08h.00.

Des éléments du IIe groupe du 2e Lanciers (II/2L) sont installés en « bouchon » à Roosbeek, aux ordres de la 2DC.

A 07h.30, les Allemands attaquent en direction de Haelen, mais ne parviennent pas à percer.

Vers 10h.45, les Français abandonnent le hameau de Meer, découvrant ainsi le flanc droit de la 2DC. Le Corps de cavalerie fait appel aux Britanniques, mais reçoit une réponse négative. C’est finalement le IVe Corps d’Armée qui enverra l’escadron cycliste et la compagnie anti-chars T13 de la 10e division d’infanterie (10DI) en renfort.

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Vers 14h.00, le général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie (CC), envoie l’ordre d’avertissement suivant :

« Les troupes du Corps de cavalerie résisteront sur leurs positions jusqu’à la tombée du jour, moment où commencera le repli ; garder soigneusement les débouchés de Haelen et de Diest.

La 2DC se repliera sur Thildonck et Wijgmael, et plus à l’ouest ; le 3Li rejoindra sa division vers Pont-Brûlé. »  

Peu après 15h.00, Haelen est attaquée en force, mais le 2Cy et le 1G tiennent bon. L’artillerie intervient énergiquement.

Vers 18h.30, les Français abandonnent Hoegaerde, sur le flanc droit, qui doit être regarni par les renforts de la 10DI.

Vers 20h.00, les positions d’artillerie su sous-secteur Nord sont bombardées par la Luftwaffe et l’ennemi tente à nouveau une percée sur Haelen, mais échoue. Les allemands devenant menaçants en direction de Diest, le 1er Cyclistes (1Cy) prépare une contre-attaque. C’est dans ce contexte que le GQG, avisé du retrait des Français, envoie, vers 20h.00, l’ordre de repli.

Le général De Neve transmet cet ordre, peu après, aux délégués d’unités, convoqués à son PC : les ordres verbaux sont accompagnés d’un calque donnant les itinéraires.

Timing du repli : 21h.30 : formation logistiques et médicales

23h.30 : artillerie et troupes combattantes

02h.30 : arrière-garde

Des arrière-gardes fixes, appuyées par de l’artillerie, seront postées aux points cruciaux, à Diest, Haelen, Geet-Betz, Drieslinter et Tirlemont, et seront relevées par des arrière-gardes mobiles à base de motocyclistes et de blindés, qui décrocheront à 03h.00. Le 3Li sera transporté par camions.

Quatre itinéraires sont prévus, un au nord et trois au sud par la route de Louvain ; mais, après reconnaissance effectuée par un officier du Corps de cavalerie, ils se réduisent à deux, les Britanniques ayant fait sauter prématurément les ponts de Wygmael et Rotselaer.

Durant la soirée, la pression ennemie, accompagnée de nombreuses infiltrations, s’accentuera en direction de Haelen, Drieslinter et Tirlemont.

Le 3e de ligne (3Li), après une courte étape à pied jusqu’à Winghe-Saint-Georges, sera véhiculé par le Corps de transport sur Cappelle au bois » A suivre…

La Petite Gazette du 15 juillet 2009

LA BATAILLE DE LA GETTE, UN COMBAT OUBLIE

Nous découvrirons aujourd’hui la suite et la fin de cette précise et passionnante étude menée par M. Guy Stassin, commandant de cavalerie e.r., qui aime à rappeler que « cette série d’articles, écrits à partir des journaux de campagne des diverses unités, a été motivée par un devoir de mémoire » :

« Mardi 14 mai 1940 – le repli du Corps de cavalerie

Selon les ordres du général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie (CC), diffusés la veille à 13h.30, le repli de la position de la Gette s’effectue à la faveur de la nuit.

Le QG du Corps de cavalerie quitte Lubbeck vers 01h.00.

A 01h.00, les arrière-gardes fixes sont relevées par les arrière-gardes mobiles et se replient avec leur artillerie d’appui.

Les arrière-gardes motorisées se replièrent à 03h.00. La nuit est d’encre et la colonne s’ébranle lentement, tous feux éteints, avec les véhicules distants de seulement un mètre et qui s’emboutissent à de multiples reprises.

Le major de Maere d’Aertrijk, aide de camp du prince Charles, qui s’exprime correctement en anglais, est envoyé en mission au QG des Britanniques à Louvain, pour les mettre au courant du repli des Belges à travers leurs lignes. Mais les incidents se multiplient avec l’artillerie anglaise qui ouvre le feu, un escadron du 2e Lanciers est accueilli à coups de mitrailleuses…

Une colonne d’artillerie du Corps de cavalerie traverse un champ de mines britanniques non balisé ; deux caissons explosent : sept tués !

Des quatre itinéraires prévus, deux sont inutilisables, car la majorité des ponts sur le canal Louvain-Malines ont été détruits prématurément : en effet, les ponts de Wilsele, Wygmael et Tildonck ont déjà sauté ; seul le pont « over de Vaartg » est encore intact.

Sur la route Louvain-Malines, les embouteillages sont évités grâce à la vigilance des officiers de liaison… et de l’aumônier ! L’aviation allemande est agressive, dès le lever du jour, et l’aviation alliée, pourtant sollicitée, ne se montre pas.

Vers 10h.00, le QG du Corps de cavalerie s’installe au château d’Eppeghem. Le Corps de cavalerie reçoit l’ordre de se regrouper dans la région d’Eppeghem et de la Senne, pour servir de réserve d’armée. Les 1A et 3Li rejoignent la 1DI à Cappelle au Bois.

Vers 11h.00, le général de Neve de Rooden, commandant le Corps de cavalerie, est convoqué chez Sa Majesté le Roi, qui le félicite pour la belle tenue des troupes, qui seront citées à l’Ordre du Jour de l’Armée :

« Chargé de défendre, les 13 et 14 mai 1940, la position de recueil et d’arrière-garde cde la Gette, a exécuté sa mission avec un courage et une ténacité dignes d’être cités en exemple, opposant une résistance farouche aux attaques en front et en flanc d’un adversaire orgueilleux de ses succès antérieurs. Ne s’est replié, avec calme et méthode, qu’après en avoir reçu l’ordre formel, sa mission étant intégralement accomplie. »

Cette citation sera inscrite en lettres d’or sur les étendards, drapeaux et fanions des 1er, 2e, 3e et 4e Lanciers, 1er Guides, 1er et 2e Chasseurs à cheval, 1er et 2e cyclistes, 18e et 19e d’Artillerie à cheval, 1er d’Artillerie, 3e de Ligne et autres services ayant participé au combat.

Les Cavaliers et Artilleurs ont un étendard, l’Infanterie, un drapeau et les carabiniers cyclistes un fanion. »

Un immense merci au Commandant de Cavalerie e.r.  Guy Stassin pour nous avoir fait bénéficier des fruits de sa patiente recherche.

ATTERRISSAGE FORCE D’UN THUNDERBOLT P-47D A OUFFET

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

A OUFFET DURANT LE DERNIER CONFLIT MONDIAL

Le sympathique lecteur qui m’a confié cette photographie m’explique qu’il est natif d’Ouffet, où il vit le jour en 1936.

« Je ne sais plus si cette photo a été prise en 1943 ou en 1944, je crois que c’était en hiver (d’ailleurs les arbres sont dépourvus de feuilles, cependant il ne doit pas faire très froid vu la tenue des personnes photographiées). Un chasseur américain s’était abîmé dans un petit bois face à la ferme Baudoin d’Ouffet. J’étais gamin à l’époque et ravi d’aller, avec les amis, la famille et les voisins, voir la carcasse de cet appareil. Nous sommes montés dessus et nous avons été photographiés tous ensemble. Quel souvenir… »

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Reconnaîtrez-vous quelqu’un sur ce cliché ? Vous souvenez-vous de cet atterrissage forcé de cet appareil ? Pourrez-vous nous en préciser les circonstances ? En avez-vous d’autres photos ? Bref, tout ce que vous pourrez nous apprendre en marge de ce document nous intéresse.

La Petite Gazette du 12 octobre 2011

CET AVION A OUFFET

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, est allé voir les décombres de cet avion dont je vous avais proposé cette photo. Il se souvient de ce qu’il y a vu :

« A l’époque de l’incident, j’étais un réfugié liégeois vivant chez ses grands-parents paternels à Ouffet et ai encore relativement bien en mémoire cet incident que l’on peut, certes, qualifier de fort marquant. Toutefois, considérant que tout cela s‘est passé, il y a  maintenant plus de soixante ans, certaines petites imprécisions ou erreurs de ma part restent toutefois fort possibles. Voici :

Disons d’emblée que l’avion reproduit dans « La Petite Gazette » est un chasseur Thunderbolt (monoplace américain d’une puissance de 2000 CV, d’une envergure de 12,50 mètres et armé de 8 mitrailleuses). Etant en difficulté au-dessus d’Ouffet, il a donc tenté et réussi un atterrissage de fortune  dans la partie SUD de cette localité. Selon mes souvenirs, les faits doivent s’être produits dans le courant d’octobre ou au tout début de novembre 1944. Il faisait alors très beau et doux et nul ne s’attendait à la terrible vague froid qui allait bientôt s’abattre sur nos contrées en décembre et janvier suivants, lors de la fameuse Offensive von Rundstedt.

M’étant rendu, en compagnie d’amis, sur les lieux de cet atterrissage forcé situés à un petit kilomètre de la Grand-Place d’Ouffet ; soit à la cote 260 d’un petit bosquet de feuillus garnissant le sommet d’une petite colline située entre la route (N638) reliant Ouffet à Hamoir via Néblon-le-Pierreux et le chemin reliant Ouffet au Château d’Himbe, j’ai donc pu voir et grimper tout à mon aise sur ledit chasseur lequel ne semblait pas, comme le montre bien la photo de  «La Petite Gazette», avoir tellement souffert lors de son passage ultime à travers le réseau des nombreux arbustes environnants.

Selon les dires de certains, le pilote aurait directement sauté, indemne, hors de son cockpit, le colt au poing, car ne sachant nullement s’il était en territoire ami ou ennemi.

La chose dont je me souviens particulièrement bien, c’est que le réservoir d’essence, situé juste après l’hélice (ici complètement tordue), était béant. On pouvait donc aisément voir qu’il contenait encore une assez grande quantité de carburant qui suintait lentement de l’épave. Vu le nombre appréciable de curieux sur les lieux, c’est, pour moi, un véritable  miracle qu’aucun incendie (aux conséquences humaines incalculables !), ne se soit alors produit. »

Monsieur Rik Verhelle s’est, bien entendu, intéressé au sujet :

« L’avion sur la photo est un chasseur-bombardier du type Republic « Thunderbolt » P-47D. Le codage « A6-B » nous dévoile qu’il dépendait du 389th Squadron du 366 Fighter Group (9 USAF). Venant de Laon en France, cette unité avait sa base à Asse (Limbourg en Flandre) depuis le 19 novembre 1944.

Sur la photo, l’enfant debout sur la dérive verticale cache le numéro de série de cet avion, mais j’ai malgré tout réussi à le retrouver dans les archives. C’est en fait le 42-27216. »

La semaine prochaine, il nous en dira davantage sur cet avion et le pourquoi de son atterrissage forcé à Ouffet.

La Petite Gazette du 19 octobre 2011

ATTERRISSAGE FORCE D’UN P-47D A OUFFET
Rik Verhelle complète notre information sur la présence de cet appareil dans le ciel puis sur le sol d’Ouffet :

« Ce chasseur a été endommagé par des tirs anti-aériens, et il a dû effectuer un atterrissage en catastrophe, le 27 décembre 1944 à 11.15 hr. L’avion s’est posé près de « Bois Canard » qui se situe à environ 1 Km au sud d’Ouffet. Son pilote, le Lieutenant George W Pinkerton Jr,  matricule 0-767358, est resté indemne et il a rejoint son unité.
Ce 27 décembre 1944, la Bataille des Ardennes faisait rage. L’anticyclone avait rendu toute opération aérienne quasi impossible car un brouillard épais les clouait au sol. Mais le 23 décembre, cet anticyclone avait glissé vers l’Ouest, offrant quelques jours de meilleur temps permettant aux forces aériennes de déchainer les enfers. Ainsi, la 366th était une des unités qui assuraient l’appui tactique des troupes au sol. Leurs missions furent surtout le « armed recce » (reconnaissance armée) pendant lesquelles des locomotives, ponts, dépôts, positions de transmission et d’artillerie, convois, chars, concentrations de troupes, … étaient systématiquement pris pour cibles. L’opposition de la Luftwaffe était devenue relativement faible et sporadique, mais surtout les mitrailleurs anti-aériens allemands étaient des obstacles redoutables et souvent des pièges mortels pour les chasseurs-bombardiers opérant à basse altitude. Ainsi, le pilote d’un avion touché à basse altitude n’avait pas la possibilité de se sauver en parachute, et s’il n’arrivait pas à se poser en catastrophe il s’écrasait avec son avion.
Aussi, ce 27 décembre 1944, la 366th Fighter Group perdra deux de ses pilotes lors de la même mission : le Lieutenant Elmer Peterson fut touché par une batterie anti-aérienne et s’écrasa avec son avion, et le Lieutenant Bernard Steinfeld fut abattu lors d’un combat aérien.

Et mon correspondant de nous soumettre cette autre photographie du même appareil.

foto-2

 

Attention : ce P-47D 42-27216 ne devrait pas être confondu avec un autre P-47D immatriculé 44-20473 (du 354 Fighter Group) qui a également effectué un atterrissage forcé à Ouffet, le 17 ou 18 décembre, et qui se serait posé au lieu-dit « Sur Pierreuse » près de la ferme du Bout (et que je situe à 2 Km au sud-ouest d’Ouffet, près de la route N 638 vers Durbuy, non ?)

Appel aux témoins pour en apprendre plus sur ces deux P-47D. A vos plumes ! »

Martin Huwart, de ville-au-Bois, s’est aussi intéressé à cet appareil et il confirme :

« L’avion sur la photo prise à Ouffet est sans conteste un P-47 « Thunderbolt ».

Ce cliché à été pris en 1944, car ce modèle était visiblement équipé de la verrière « bulle », copiée du Hawker « Tempest « anglais.

Cette modification de production n’est intervenue qu’en fin 1943, afin d’offrir une meilleure visibilité arrière en cas d’attaque ennemie,  suite aux mauvaises expériences sur  « l’angle mort » arrière que les  P-47 avaient  expérimenté en 1943 dans leurs missions  d’escorte des forteresses volantes sur l’Allemagne.

p-47-thunderbolt

Pour le P-47 d’Ouffet, je vous envoie ci-joint la silhouette des deux modèles :

En haut, le P-47 première version opérationnelle en 1943,

En bas, la version 1944 avec cockpit « bulle », qui est celui d’Ouffet. »

Un grand merci pour ces précisions, mais je suis tout de même assez surpris que seuls les « spécialistes » de l’aviation aient réagi… Personne ne m’a parlé des personnes présentes sur la photo présentée…

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

JE SUIS ALLEE VOIR CET AVION A OUFFET

Madame Georgette Guffens, d’Ouffet, a, elle aussi, vu cette carcasse d’avion de très près. Elle nous raconte en quelle circonstance.

« J’étais jeune à l’époque, mais je me souviens que tout le monde parlait de cet avion. Nous ne savions pas si le pilote était un militaire ni s’il était toujours vivant, ce qui nous intéressait, c’était l’avion. Je faisais alors partie du Patro et, en ce temps-là, les jeunes filles se réunissaient le dimanche après-midi pour des occupations, jeux, promenades… avec un responsable. C’est avec ce groupe que nous sommes allées voir les débris de l’avion. C’était à la sortie du village vers Jeneret. C’est ce jour-là qu’a été prise cette photographie et, quand je la compare à la photographie parue dans La Petite Gazette, je me rends compte qu’elle a été prise non sur l’aile de l’appareil mais sur l’empennage. Je l’ai toujours conservée en souvenir.

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Je puis même vous donner les noms des filles dont je me souviens :

En haut, les responsables du Patro :  ?  , Lucie Reginster et le curé Dehalleux.

Un peu plus bas : Marcelle Perilleux, Jeanne Ribourdouille, Yvonne Gerday

Le rang plus bas : Mady Terwagne, Lisette Ligot, Maggy Dome, Juliette Mathieu, ma sœur Nelly et   ?

Assisses sur l’empennage : Jenny Vilenne, Marie-Claire Salmon, Maggy Vilenne, Irène Hercot, Milou Harzimont, Josette Badoux et ?

Moi-même, suis la seule jeune fille, debout devant les autres.

Peut-être que certaines de mes amies se souviendront de cette excursion et auront des souvenirs à partager. » J’espère de tout cœur que l’une ou l’autre répondra à l’invitation de Madame Georgette Guffens.

La Petite Gazette du 2 novembre 2011

LES PERSONNES PHOTOGRAPHIEES PRES DU THUNDERBOLD D’OUFFET SONT RECONNUES…

Monsieur Jacques Bastin habite Heyd mais a vécu de douces années à Ouffet d’où est originaire une partie de sa famille. Il a dès lors pu identifier certaine personnes présentes sur cette photo :

002« Les personnes photographiées proviennent toutes de deux familles, extrêmement connues, voisines et habitant en plein centre d’Ouffet, soit les Villers et les Reginster. Disons encore que deux des enfants présents sur la photo en question, soit les nommés Fernand Villers et Michel Reginster, seront ordonnés prêtres à la fin des années 1950 ou au début des années 1960. Ils rejoindront ainsi, tous deux ensemble, Aywaille à la fin des années 1970, en vue de succéder ainsi au Doyen Aimont appelé alors à rejoindre, en tant que chanoine, le Chapitre de la Cathédrale de  Liège, sous l’épiscopat de Monseigneur Van Zuylen.

Michel Reginster arrivait donc ainsi à Aywaille, en venant de Tavier, lieu où il avait servi près de (sinon plus de) vingt ans. Fernand Villers allait donc alors s’occuper, en tant que doyen, des églises d’Aywaille (Dieupart et St-Pierre) en étant secondé par Michel Reginster qui, lui, allait également être en charge de l’église d’Awan. Ces deux prêtres résidaient toutefois, pratiquement en permanence, en l’énorme presbytère s’élevant à Dieupart.

Michel Reginster est né en 1933, tandis que Fernand Villers, un rien plus jeune, doit être né en 1936. »

Monsieur Jacques Bastin, au terme d’une minutieuse enquête, se livre maintenant à l’identification des personnes présentes sur ce cliché.

Nous partons de l’extrême droite où nous voyons un garçon, debout, appuyé contre la gouverne de direction (autrement dit : la queue de l’appareil). Il s’agit de Jacques Reginster. A sa droite immédiate, deux autres garçons, également en position debout. En costume foncé : Arthur Villers, l’aîné des enfants Villers et, à son côté, en veston plus clair : Michel Reginster qui deviendra prêtre à Tavier puis à Aywaille. Maintenant, assis à la droite dudit Michel, son frère Léon et, également assis à la droite de Léon, on trouve Paul Villers qui, plus tard, dirigera la fort renommée institution régionale d’enseignement moyen baptisée St- Roch. Assis à la droite de son frère Paul, voici Fernand Villers, lequel officiera, un jour, en qualité de doyen à Aywaille où il servira ainsi, assisté de Michel Reginster. A droite, tout contre Fernand Villers, on trouve également assis Albert (ou Jean ?) Reginster. Directement après, apparaissent deux petites filles ; la première, en vêtements foncés, est Bernadette Reginster et la seconde, en vêtements clairs, est Marie-Thérèse Villers. Progressant vers le nez de l’appareil, on trouve ensuite, debout, appuyée tout contre le fuselage, la maman Reginster (née Henkinbrant, à Seny en 1906, cette bien brave dame, toute faite de discrétion, a quitté ce bas monde, en 1996, à l’âge de nonante ans, après avoir tout de même donné le jour à douze enfants : générosité et prouesse physique hautement  remarquables !) ; de l’autre côté du fuselage, apparaît, en buste,  André Reginster. A la droite de Madame Reginster, on peut voir sa fille Anne-Marie tenant en ses bras sa petite sœur Marie-Antoinette (dite Marinette).

Enfin, debout sur l’aile gauche, se tenant par le bras, l’oncle Jules Reginster, de passage à Ouffet, et sa nièce Lucie Reginster. »

Monsieur Bastin a d’abord cru que cette photo avait été prise le papa de Fernand Villers qui était un instituteur fort prisé de l’Ecole catholique d’Ouffet, mais sa recherche lui a appris qu’il n’aurait jamais pris la moindre photographie de toute sa vie… Parce qu’il pensait, à juste titre d’ailleurs, que le  « sympathique lecteur, né un jour de 1936 à Ouffet », qui avait transmis la fameuse photo à La Petite Gazette était plus que vraisemblablement Fernand Villers,  lui-même, Monsieur Bastin l’a contacté pour tenté de savoir qui avait fixé ce moment sur la pellicule. Selon Fernand Villers, bien que n’étant point du tout formel, ladite photo doit avoir été prise par Monsieur Léon Reginster,  père de la plupart des enfants fixés sur celle-ci. »

Un tout grand merci à Monsieur Bastin pour cette recherche, précise et minutieuse.

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

La Petite Gazette du 19 juillet 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Monsieur Victor Collignon, de Manhay, a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive. Ses écrits ont donné lieu à une publication grâce à l’administration communale à l’occasion du 60e anniversaire de cette terrible bataille. Il donne à La Petite Gazette l’autorisation d’en publier des extraits. Je sais que cette époque passionne nombre d’entre vous ; aussi, en votre nom, je remercie vivement M. Colligon.

« Nous sommes en décembre 44, le samedi 16, vers midi. De l’Est nous parvient une rumeur ; un bruit court, vole de bouche en bouche : « Ils ont percé les lignes ! » ‘Ils’, ce sont les Allemands, les nazis, les SS, les boches !

Le 17, la rumeur s’amplifie, le tonnerre des canons gronde, de rougeâtres lueurs flashent les nuages, à l’Est toujours.

Au carrefour de Manhay affluent les premiers réfugiés de la direction de Villettes, Trois-Ponts, Stavelot… : vélos surchargés, véhicules hippomobiles de toutes sortes, voitures d’enfants, brouettes, femmes, enfants, vieillards…

Le 18, la panique s’installe : par bribes et morceaux, on capte des nouvelles terri­fiantes : « Ils fusillent les prisonniers ! Ils massacrent les civils ! Ils incendient tout sur leur passage ! » On discute, on évalue les risques, on décide de la meilleure attitude à adopter. On prépare vêtements et provende.

La plupart des hommes valides et les jeunes gens, en particulier ceux ayant eu un contact avec la Résistance ou ayant refusé le Service au Travail Obligatoire en Allemagne sont les premiers invités à quitter nos villages.

Le 19, enfin, c’est la débâcle : Peiper et la lère SS sont à Trois-Ponts, à La Gleize, à Stoumont, à Neumoulin.

Le 20, la 116ème Panzer entre à Houffalize, à Nadrin, à Samrée. Des éléments de la 560ème Volksgrenadiere ont été repérés dans les bois de la Cedrogne, puis à Les Tailles, aux lisières de la Baraque de Fraiture et en fin de journée, à Dochamps. L’horreur, l’enfer s’annon­cent tout proches. Alors, contraints et forcés, la grande majorité des habitants de Manhay et Grandmenil recommencent leur exode vers l’Ouest, le Nord, l’inconnu, la misère.

Les Américains se doivent de réagir fort et vite. Vont-ils le pouvoir ? Oui, mais très pro­gressivement et avec peu de moyens.

La nationale 15, Bastogne-Liège, était alors placée sous la protection de la 3rd Armored Division américaine (3èmc Division Blindée) du général Rose; celle-ci déjà écartelée à l’extrême : ses Combat-Commands A et B étant engagés sur l’Amblève contre Peiper, le 3ème Combat-Command (plus ou moins 2000 hommes), le CCR, se voyait attribuer la défense de la ligne Hotton-Manhay sur environ 22 kilomètres. La défense de ce dernier village ne pouvait plus être assurée que le long du tracé Sud de la route N.15.

A l’aube du 20 décembre, on relevait d’abord, à la Baraque de Fraiture, une défense « en hérisson » orchestrée par le major d’artillerie Parker, rescapé de l’encerclement du Schnee Eifel avec trois obusiers et divers éléments blindés dont quelques Sherman et half-tracks anti­aériens.

Par la suite et plus au Nord, une petite Task-Force (barrage routier) commandée par le major Brewster ira se fixer dans la clairière de Belle-Haie. Elle comprenait un peloton de chars moyens (plus ou moins sept) et un autre d’infanterie blindée, complétés plus tard par d’autres petits groupes disparates, dont quelques paras.

Cette force allait jouer un rôle essentiel dans la suite des opérations. En effet, l’étroitesse de la nationale – environ six mètres – enchâssée dans la forêt ne permettait le passage que d’un seul Panzer à la fois. Dès la destruction du premier char, les autres ne pouvaient ni continuer, ni se déployer.

A Manhay même, une garnison assistée de quelques chars et half-tracks comprenant une compagnie de fantassins (environ 200 hommes) et commandée par le colonel Richardson (3ème D.B.) devait assurer la défense du village. Ce faible groupement tactique allait  cependant recevoir peu à peu le renfort du CCA de la 7ème D.B. retiré de la poche de Saint-Vith ainsi que, à l’Est de la N., celui de la 82ème Aéroportée, progressivement dégagée des combats contre Peiper. »

001

 Après la retraite de St-Vith, la 7ème D.B. du général Hasbrouck est venue s’installer dans les villages de Fays – La Fange – Chêne-al-Pierre et Harre. Ph. US Army

La Petite Gazette du 9 aoüt 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le 23 décembre, la défense de la Baraque de Fraiture, déjà harcelée depuis deux jours par divers éléments ennemis, fit tout à coup l’objet d’une attaque violente de la 2ème SS Panzer Division. En quelques heures, le carrefour fut investi au prix d’un carnage inouï. Cette terrible division SS «Das Reich», forte de 18000 SS, en panne sèche depuis vingt-quatre heures dans la région de Houffalize, réapprovisionnée au matin du 23, constituait pour Manhay la véritable menace. Son objectif, totalement ignoré des Américains, était de s’y emparer du carrefour, le sécuriser, ensuite de tourner vers Grandmenil, Erezée pour aller franchir l’Ourthe aux alen­tours de Barvaux-Durbuy. Comme le transit par Belle-Haie lui était devenu impossible (Road-Block de Brewster), la division se scinda en deux colonnes; l’une se dirigeant vers Malempré, l’autre vers Odeigne afin de contourner le barrage.

002 A Odeigne. Les troupes de la 2ème Pz. SS « Das Reich » ont occupé le village au soir du 23 décembre 44 jusqu’au 6 janvier 45 soit durant 14 jours ! Elles en seront chassées le 6/1/45 par les troupes américaines de la 2ème D.B. et 84ème D.I. Au carrefour « Sur le Ri », c’est le deuil et la désolation !   Ph. LUMA F. Lemaire

Le 24 décembre, veille de Noël, après avoir défait la petite force d’Odeigne, un bataillon de reconnaissance de cette 2ème Panzer SS se prépara à faire route vers Manhay.

Entre-temps, deux nouveaux éléments intervinrent dans la défense du village : averti de la présence de l’ennemi à Malempré et à Odeigne, le colonel Rosebaum envoya deux pelotons de chars moyens accompagnés d’infanterie, l’un au Fond de la justice (carrefour d’Odeigne à Malempré), l’autre au-delà de la ferme de Bellaire où les chars et les fantassins s’enterrèrent. Le second élément comportait un ordre du généralissime Montgomery imposant, à 23 heures précises, un repli total des armées américaines afin de raccourcir un front Nord exagérément étendu. Les troupes allaient désormais s’installer défensivement sur la ligne Nord de la route Trois-Ponts – Manhay – Hotton. Pour Manhay, la ligne fut fixée à la crête de Mon Bihin, Mon Derieux, des bois de Hazale et de So Plinmont.

A présent, le décor est planté. C’est la nuit de Noël 44, une nuit noire, profonde, humide. Au Fond de la Justice, les Gl’s, dans leurs foxholes (trous de renards) sont aux aguets. Durement éprouvés par les combats acharnés qu’ils viennent de livrer durant six jours et six nuits dans la poche de Saint-Vith, retirés du front, transbahutés dans des camions non bâchés, réengagés aussitôt dans un affrontement inégal, ces malheureux soldats en ont assez !

A 21 heures, un ronflement de puissants moteurs monta de la route d’Odeigne. Amis ou ennemis ? Lorsque la colonne de chars approcha, celui de tête était manifestement un Sherman : même silhouette, même fumée d’échappement bleutée. Les Gl’s rassurés, crurent à cet instant qu’il s’agissait du groupe des leurs, en poste à Odeigne et qui entamait déjà son repli. Mais, dans la pâleur lunaire, ce furent soudain des hordes de Panzergrenadiere qui déferlèrent brutalement au travers de leurs foxholes. Leurs panzerfaust mirent quatre Sherman hors de combat et en endommagèrent deux autres. Le seul resté intact s’enfuit vers Manhay, abandonnant à leur sort les fantassins blindés. Ceux-ci s’égaillèrent alors dans un désordre indescriptible, fonçant à travers tout, qui à pied, qui en jeep ou en camion, laissant sur place un matériel considérable.

Parmi les assaillants, le sergent SS Barkmann commandait le Panther n° 401. Dans la confusion générale, lui et son char furent séparés des autres et s’engagèrent sur la N.15, vers Manhay, au milieu des groupes de fuyards. Chemin faisant, il détruisit un Sherman stationné sur un bas-côté et arriva bientôt dans la perspective du village de Malempré. Sur sa droite s’ouvrait une prairie comptant neuf chars à moitiés enterrés qui orientèrent leur tourelle dans sa direction mais aucun ne tira.

Pleins gaz, Barkmann s’élança alors dans la descente de Bellaire où il vit des Gl’s se. jeter des deux côtés de celle-ci, jurant comme seuls savent le faire les fantassins quand ils se voient obligés de sauter dans des fossés remplis d’eau ! Et tout à coup, il se trouva dans Manhay, au milieu d’un charroi et d’une pagaille invraisemblables. Les Américains abandon­naient, et le carrefour, et le village, dans un désordre total, fuyant à travers tout. Au carrefour, devant un café, il estima qu’il s’agissait d’un poste de commandement en raison de l’intense activité qui y régnait. Barkmann voulut tourner à gauche, vers Grandmenil mais, voyant s’ap­procher trois Sherman, il décida de continuer seul, tout droit, en direction de Liège.

Dans l’épaisseur de la nuit, personne n’avait encore fait attention à lui ; personne ne l’avait encore remarqué quand, croisant un char américain après l’autre, quelques-uns se ren­dirent compte qu’il s’agissait d’un Allemand. Les équipages firent alors pivoter leurs tourelles mais, comme ils étaient en colonne, chaque char obstruait le champ de visée d’un autre et aucun tir ne se produisit. Barkmann lança quelques grenades fumigènes sur la route pour aveugler davantage ses éventuels poursuivants. »

La Petite Gazette du 23 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« En face d’un bâtiment élevé, peut-être la gare, une jeep arrivait, lui enjoignant de s’arrêter. «Ecrase !» s’écria Barkmann. Le choc de l’écra­sement projeta son Panther contre un blindé, les chenilles s’emmêlèrent et le moteur se bloqua. Il était moins une. A tout instant, un obus pouvait lui fracasser l’arrière et l’im­mobiliser à jamais. Après plu­sieurs tentatives, le moteur reprit et le Panther se déga­gea.

Plusieurs Sherman arri­vaient. Faisant pivoter la tou­relle de 180°, le canon du Panther tira, incendiant le pre­mier blindé et, par ce fait, obs­trua la grand-route. Quelques centaines de mètres plus loin, après une dernière côte, Barkmann vit sur sa gauche un chemin encaissé et ordonna au chauffeur d’aller s’y camou­fler. De cette position, dissi­mulant le char derrière des branchages, Barkmann auto­risa enfin ses hommes à sortir prendre l’air pendant que sur la nationale voisine, le charroi américain fuyait vers Chêne-al-Pierre. A cet instant, sur la route de Bellaire, la 2ème Panzer SS dévalait la côte, toutes che­nilles déchaînées, ne trouvant finalement plus devant elle qu’un village quasi vide de ses défenseurs.

En cette nuit de Noël, brumeuse et terrible, le village de Manhay illumina un ciel lugubre par les incendies de ses maisons et des véhicules alliés. Dans ces lueurs d’enfer, le char de Barkmann quitta sa cachette et, prudemment, redescendit la côte pour rejoindre, au carrefour, la colonne SS qui avait viré à gauche et atteignait les premières habitations de Grandmenil. »

003

A Bellaire : D’autres Sherman et une compagnie de GI’s de la 7ème D.B. enterrés dans cette prairie furent surpris et détruits par les chars de la « Das Reich » utilisant un Sherman-leurre en tête de colonne et de puissantes fusées aveuglantes. Ph. US Army

La Petite Gazette du 30 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Nos GI’s stoppent définitivement l’offensive

Dans le bois du Pays, route d’Erezée, au «Trou du Loup», (dans le virage au fond de la déviation), dans la nuit du 25 décembre, un exploit du caporal R.F.Wiegandt, (Cie. K, 3ème Bn.,289ème Rgt.d’Inf., 75ème Div.d’Inf.) immobilisa d’un coup de bazooka le 1er Panther de la colonne blindée. Celle-ci comptait 23 chars lourds ainsi que des véhicules de logistique mais, par ce coup d’éclat, fut bloquée à un endroit où l’étroitesse de la route bordée d’un talus et d’un ravin empêchait tout dépassement. Le second char tenta, sans succès, de pousser le pre­mier de côté et, dans l’obscurité, les chars reculèrent puis firent demi-tour. Quelque temps plus tard, ils se remirent en route vers Grandmenil pour y rassembler leurs forces, laissant le bois du Pays aux mains des Gis (des bleus !) de la 75ème Division d’Infanterie.

004 Au  « Trou du loup ». C’est à cet endroit qu’un jeune GI de la 75ème  D.I.  stoppa, d’un coup de bazooka, la colonne blindée allemande, fonçant vers Erezée et les ponts de l’Ourthe.   Ph. LUMA F. Lemaire 

Dans le sauve-qui-peut général ayant vu les task-force Kane, Brewster, Richardson, Rosebaum… abandonner en pagaille les villages de Manhay, Grandmenil et environs, les premières forces à se ressaisir furent incontes­tablement celles de Mac George (Gr.A. 3ème D.B.) dont la majorité des élé­ments, après leurs com­bats victorieux contre Peiper, avaient fait retraite par la vallée de l’Amante, pour se reformer dans la vallée de l’Aisne.

Le   mardi   26  dé­cembre, dès 6.30 H, cette même T.F. Mac George, renforcée par une compagnie de chars du 32ème Régiment Blindé du CCR (3ème D.B.) remontant cette même vallée de l’Amante fut d’abord prise pour cible par un essaim de Lightnings (chasseurs US à double queue) ce qui coûta la vie à 30 GI’s, officiers et soldats. Ensuite, combinant ses efforts à ceux du 289ème  r.i. 75 D.I., cette Task-Force prit en tenailles le village de Grandmenil, y fixant les éléments avancés : panzers et infanterie de la 2ème SS. L’artillerie U.S. commença dès lors son œuvre de pilonnage, assistée durant la jour­née du 26 par des nuées de chasseurs-bombardiers, omniprésents.

Au soir du 26, le village de Grandmenil, totalement sinistré revenait progressivement aux forces alliées : au-delà des 20 incendies de septembre, 23 maisons furent à nouveau détruites à 100 %. Dans ce village martyr, criblé de cratères fumants, de murs squelettiques et de brandons incandescents, aucun civil n’assista à la reconquête amie et à l’écrasement de l’arrogance nazie : tous ses habitants avaient quitté ce chaudron d’enfer.

Sur la nationale 15, l’envahisseur fut également arrêté par deux barrages routiers réa­lisés, dans leur retraite, par des éléments de la 7ème D.B. Ces deux road-blocks se situaient après le sommet de la côte menant vers Chêne-al-Pierre. Sitôt le repli allié terminé un impor­tant abattis d’arbres fut empilé par le génie empêchant tout passage de blindés En réalité cette route de Liège ne constituait aucun objectif stratégique pour la 2ème  SS Pz mais cela les Américains l’ignoraient !

Enfin, pour être complet, le 26 décembre, une attaque allemande fut lancée à partir de la lisière des bois du Sud du village de Vaux-Chavanne. Les Panzergrenadiere SS occupèrent la partie supérieure de la localité, et ce, pour quelques instants seulement, avant d’être repous­sés par l’assaut du 325ème Régiment Plané (Glider 82ème  A.D.) »

La Petite Gazette du 6 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le front se stabilise; nos villages sont occupés

Dès le 25 décembre, les troupes américaines furent repositionnées sur un front plus court fixé au Nord de la route Villettes – Bra – Vaux-Chavanne – Manhay – Grandmenil -Erezée. Il s’agissait principalement de la 82ème Aéroportée, la 7ème D.B., la 3ème D.B. et la 75ème D.l.

Dans l’après-midi du 25, des éléments de la 7ème D.B. (CCB) et le 424ème Régiment d’Infanterie de la 106ème D.l. reçurent l’ordre de contre-attaquer en direction du carrefour de Manhay mais ils échouèrent dans leur tentative et se retirèrent sur les hauteurs après avoir subi de lourdes pertes. L’état-major US décida alors d’impliquer le 517ème Para dans cet objec­tif considéré comme vital pour la protection de la direction de Liège. Ce régiment aguerri, sous les ordres du colonel Boyle, associé aux éléments du CCB / 7ème D.B., reprit la contre-offen­sive dans la soirée du 26. La nuit entière fut consacrée à la reprise, maison par maison, de ce carrefour stratégique : à la grenade, au corps à corps, de porte en fenêtre, de cave en grenier…

Au matin du mercredi 27, les paras étaient maîtres de la situation, mais à quel prix ! Dans l’une des compagnies, les hommes commencèrent les combats à 120 ; à l’aube, on y comptait 13 survivants !… Plus de 80 véhicules divers jonchaient, carbonisés, les rues du village, et environ 300 SS y avaient perdu la vie.

005« ICI FUT ARRETE L’ENVAHISSEUR »

En légende : Manhay, à l’entrée du quartier « En Pierreux », le long de la nationale, on remarque cette stèle portant un Panzer stylisé, le canon pointé vers le sol, humilié, défait. Ce monument est l’un des 26 du même type installés après enquête minutieuse aux points-limites de l’avance allemande.  (Ph. V. Collignon)

Dès lors, le reste des 3ème et 4ème Panzergrenadiere de la 2ème SS commencèrent à se replier vers le Sud, vers Bellaire, Malempré, Odeigne… Tandis que les Paras s’abritaient dans les ruines, les jeunes GI’s du 289ème R.I. (75ème D.l.) s’installaient dans d’autres ruines : celles de Grandmenil.

Alors se déchaîna l’artillerie US : sur les chemins, sur les forêts, sur les villages où se cantonnèrent désormais les Allemands à partir du 27. Pour les civils, nos concitoyens, restés attachés à leurs terres, à leurs racines, la véritable épreuve commençait. Le gel intense du jour de Noël se transforma le jeudi 28 en jours de neige et ces conditions climatiques deviendront progressivement plus rigoureuses : jusqu’à – 20° et plus de 40 cm de neige !

Nos villages, à l’écart du front, serviront ainsi de cantonnement pour abriter l’occupant ennemi. Comme celui-ci, dès le départ de l’offensive, avait reçu l’ordre de répandre la terreur sur son passage, de mitrailler façades, portes et fenêtres, là où apparaîtraient des civils, de se servir en tout et partout pour ses besoins propres, on assista à de véritables pillages.

D’abord, les habitants durent vider les lieux, corps de logis surtout, pour se réfugier dans les abris les plus inconfortables -. caves (voûtées de préférence), étables, granges, four­nils. Pendant ce temps, l’Allemand vidait les saloirs, car en décembre chacun ou presque avait déjà « tué le cochon », les garde-manger pleins de conserves (les wecks !) de l’été -. légumes, fruits, œufs…

Les draps de lit servirent de camouflage aux combattants et à leurs véhicules ; les meubles furent éclatés afin de servir de combustible ; les garde-robes complètement vidées… et, sans cesse, ils réclameront du schnaps ! Certaines sacristies de nos églises furent même dépouillées de leurs vêtements sacerdotaux.

Dans les caves les plus solides, les familles tentaient de se regrouper afin de mieux se réconforter : à Odeigne, chez Toussaint, on compta jusqu’à 92 personnes. On y dormait sur les provisions de pommes de terre, on s’éclairait à la bougie… quand on en avait ! Pas d’eau cou­rante : il fallait, au risque de sa vie, courir jusqu’à la «pompe»; pas de chauffage, sinon quel­quefois au moyen d’un poêle-colonne dont l’évacuation s’avérait hasardeuse; plus de méde­cin, de soins, d’hygiène, de toilettes… Et cette odeur nauséabonde ! Et les pneumonies ! Et la gale ! Et la dysenterie… On y naissait ! On y mourait aussi… !

Les portes devaient rester closes sans quoi on risquait de voir dégringoler une grenade; par crainte des scrapnels, les soupiraux avaient été bouchés au moyen de tas de bois ou de fumier… L’air y devenait irrespirable.

Pour tenir le coup, on récitait le chapelet ou plutôt des dizaines de chapelets, que l’on criait au ciel dans un appel tragique. Et les vœux d’aller en pèlerinage si… A l’extérieur pleuvaient les obus US; les incendies se déclaraient.- il fallait alors évacuer en toute hâte les caves menacées et surtout retrouver ailleurs une place de plus en plus problématique : le nombre d’abris diminuant au fil du temps.

Ainsi vécurent nos populations dans le plus misérable des dénuements, sans aucune nouvelle du front, ni des membres de leurs familles dispersées, ni du nombre des disparus, des civils tués ou blessés, amis et voisins.

De leurs tombeaux, elles écoutaient le bruit de la guerre : les explosions, le sifflement des bombes et des obus, le piqué des avions, le crépitement des incendies, le hurlement des blessés, l’agonie des animaux enchaînés… Et par-dessus tout, la peur, l’angoisse, le déses­poir, l’inconnu. »

La Petite Gazette du 13 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons, pour la dernière fois dans le cadre de ce feuilleton d’été, M. Victor Collignon, de Manhay,  qui nous a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Et se leva l’aube du 3 janvier 45 : la reconquête

Depuis le jour de Noël, les alliés avaient regroupé leurs forces, méthodiquement, mas­sivement. La date du 3 janvier avait été choisie comme celle de la contre-offensive sur toute la largeur du front Nord.

La nationale 15 délimitait deux forces de l’armée US qui allaient se déployer ; à gauche de cette route devaient progresser les 3ème D.B. et 83ème D.I., à droite les 2ème D.B. et 84ème D.l., chaque division étant elle-même scindée en « Combat Command » En face de ce Vllème Corps se trouvait le gros de la 2ème SS ainsi que la 12ème Volksgrenadiere Div. devant Malempré et le 560ème V.G.Div. devant Odeigne.

Et le 3 janvier, précédée par un déluge de feu, l’armée US s’ébranla à partir des lisières Nord du front. Dès cet instant, l’ennemi se fit menaçant envers les civils, les invitant à évacuer les villages, en dépit de la neige et du froid, du trafic intense, des balles, des mines, des obus. On vit ainsi, le long des chemins, se traîner vers le Sud des dizaines de nos vieillards, de nos femmes et de nos enfants, par­fois déchaussés ou à peine vêtus, pataugeant dans trente ou quarante centimètres de neige par un froid glacial de -20°, à bout de forces, à bout de tout.

En ces journées de com­bats, au plus profond du déses­poir de  nos concitoyens,  une étincelle, pourtant, va jaillir, une petite étoile naissante va s’élever timidement d’abord, pour aller rejoindre celles des bannières alliées se profilant sur les versants de nos collines.

La marche en avant était déclenchée : une vague déferlante de jeunes héros, les GI’s, allait bousculer impitoyablement la « glorieuse », l’arrogante « Das Reich » et ses divisions d’assistance. Au mépris de tout danger, ces soldats vont faire de leurs corps des instruments de victoire à force de courage, de volonté et d’abnégation.

Cependant, ces combats seront très violents. Les Allemands, en particulier les SS, humiliés dans leur impuissance appréhendant déjà pour eux la fin du rêve, vont mener une lutte sans merci, retardatrice de leur défaite, de maisons en hameaux, de forêts en villages, de collines en vallées. Gare aux civils qui croiseront leur retraite, leur hallali ! Beaucoup d’entre eux y laisseront la vie.

Ce fut le bataillon Kraag (Reconnaissance) de la 2ème SS qui se replia le dernier des envi­rons du Fond de la justice, pressés par les T.F. de Hogan, Lovelady et Mac George, vers les hau­teurs de Fraiture le samedi 5 janvier alors que Malempré avait été libéré le 3. Lamormenil sera libre le 6, tout comme Odeigne d’ailleurs où l’on découvrira toute l’horreur d’une tragédie qui enlevait à la tendresse des leurs, 32 victimes civiles et dont le mémorial révèle à jamais le sta­tut de village martyr. Enfin, le 7, Dochamps verra poindre l’aurore de sa délivrance.

Le bilan s’avérait, pour la plupart de nos villages, littéralement catastrophique : outre les morts, les blessés, les disparus, les prisonniers, la plupart des maisons étaient inhabi­tables et souvent, on y aménageait une seule pièce de séjour à grand renfort de planches, de cartons ou de tôles ondulées; des chemins impraticables criblés de cratères d’obus ou de bombes, remblayés grossièrement au moyen de carcasses de jeeps, douilles, bovins et même… de corps de soldats allemands !

Des mines sournoises dissimulées tous azimuts : sur les cadavres, dans les champs et les chemins, contre des arbres, dans des véhicules abandonnés.

Et toujours l’artillerie, allemande maintenant, continuait de pilonner les dernières mai­sons restées debout.

007Sur cette plaque commémorative, on peut lire : « En hommage aux soldats du 3e bataillon du 517e Régiment d’infanterie parachutiste qui, sous les tirs de l’artillerie et dans un combat héroïque, ont repris Manhay dans la nuit du 26 au 27 décembre 1944. »

Heureusement, des communes amies, tant flamandes que wallonnes, firent la preuve de leur solidarité en nous envoyant du mobilier, des vêtements ou des vivres.

Finalement, la vie reprit son cours timidement, progressivement. Obstinément, l’Ardennais se mit à reconstruire. L’arc-en-ciel s’était levé ; désormais, il rayonnait sur nos villages. Nos sentiers de désespoir, sous les couleurs des « Stars and Stripes » s’étaient mués en force d’Espérance. Et de notre Liberté ! »

Un immense merci à M. Victor Collignon et  à l’Administration communale de Manhay.

UN B-17 S’ECRASE A ROTHEUX, LE GENERAL CASTLE ETAIT A BORD…

La Petite Gazette du 24 septembre 2008

ENCORE UNE FORTERESSE VOLANTE, A ROTHEUX CETTE FOIS

C’est Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, qui l’évoque et je l’en remercie.

«On a déjà beaucoup écrit sur les forteresses volantes de Ramelot et de Yernée. Jusqu’à présent, à ma connaissance, personne n’a encore évoqué l’histoire du B17 qui s’est écrasé dans le bois du Trixhosdin, à Rotheux. En 1944, j’étais un tout jeune gamin et j’habitais dans une villa située à côté du château de la famille de Schaetzen, au bout de Rotheux, plus précisément au hameau du Trixhosdin. L’avion américain s’est écrasé une nuit de 1944 (j’ignore la date exacte) à moins de deux kilomètres de chez nous, en pleine forêt. Je pense qu’aucun membre de l’équipage n’a survécu.

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Voici une photo de l’un des quatre moteurs qui s’est arraché de l’aile suite à la violence de l’impact.

Ce cliché a été pris 2 ou 3 jours après le crash. Il me serait agréable que l’un de vos lecteurs m’en apprenne plus sur cet événement qui a marqué mon enfance en endeuillant l’aviation US. »

Aux spécialistes, amateurs et témoins des faits de jouer maintenant…

La Petite Gazette du 1er octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Monsieur Rik Verelle, de Bomal s/O, est, vous l’avez déjà constaté, un véritable passionné de l’aviation de la Seconde Guerre Mondiale. Il n’a pas traîné pour mener des recherches afin de répondre à la question posée par Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, à propos de ce B-17 qui s’est écrasé à Rotheux. C’est donc au Musée de l’Armée au Cinquantenaire à Bruxelles qu’il a mené sa minutieuse et fructueuse enquête. Durant deux semaines, nous allons découvrir ses passionnantes découvertes et tous les documents qu’il a pu rassembler.

« Le matin du dimanche 24 décembre 1944, les Alliés envoyèrent leur plus grande armada volante de toute la Seconde Guerre mondiale contre l’Allemagne. La mission 760 ne comptait pas moins de 2034 bombardiers lourds américains, 376 bombardiers moyens américains, 1157 chasseurs-bombardiers américains, 1100 chasseurs-bombardiers britanniques et 853 chasseurs d’escorte américains. L’objectif fut constitué par  les aéroports et les systèmes d’approvisionnement des Nazis et avait comme but de briser l’offensive Von Rundstedt dans les Ardennes.

487-gp-en-formation  Le 487 GP en formation

En Belgique le ciel était clair et illuminé par une couche de neige de quelque 40 cm d’épaisseur. L’Angleterre était, elle, enveloppée par un brouillard épais. Quant à l’objectif en Allemagne, il était couvert par les nuages.gen-castle-en-nov-1944 Le Général Castle en 1944

Le Général Frederick W. Castle, commandant de cette formation gigantesque, avait pris place dans le 1er avion qui était le bombardier surnommé « Treble Four ». Il s’installa à droite du Lieutenant Robert W. Harriman qui pilota le bombardier. « Treble Four », l’avion de tête donc (Pathfinder) qui avait la responsabilité de maintenir l’itinéraire, de trouver et de marquer l’objectif avant que la masse ne lâche ses bombes.

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1Lt Robert Harriman 

 

« Treble Four », une forteresse volante du type B-17G américain avec le N° de série 44-8444, appartenait au 836 Squadron du 487 Bomb Group de la 8 US Army Air Force. Ce 487 Bomb Group était basé en Angleterre à Lavenham Airbase depuis le 5 avril 1944. Le « Treble Four » était un bombardier tout neuf qui  partait pour sa première mission de combat.
La 487 Bomb Group, qui fut intégré dans l’offensive du 24 décembre 1944, décolla de Lavenham à 9 heures pour se retrouver au-dessus d’Ostende (check point 2) vers 11.30 h., toujours en train de grimper. A 12.23 h. la formation arriva au check point 3 à son altitude opérationnelle de 22.000 pieds, alors il se scinda en trois sous-groupes pour se diriger vers trois objectifs différents.

Les chasseurs escorteurs américains n’avaient malheureusement pas encore rejoint l’armada des bombardiers, les laissant par conséquent sans protection rapprochée.
Vers 12.29 h. l’avion « Treble Four » constata une fuite d’huile au moteur n° 1 et une forte diminution de sa puissance. Le Général Castle décida alors de remettre le commandement à son député et de quitter la formation puisque le bombardier ne savait plus suivre. Le pilote glissa l’appareil vers la gauche et le bas et l’offensive continua sans le « Treble Four ».
A 12.30 h. trois chasseurs-intercepteurs allemands du type FW-190 attaquèrent la formation sur le flanc gauche. Suite à cet incident et malgré les difficultés techniques le Général décida d’essayer de continuer quand même de rattraper la formation et d’en reprendre le commandement. En vain car « Treble Four » manqua de puissance et il s’éloignait de plus en plus de la formation. Comme tous les bombardiers isolés de leur formation, il devint une proie facile pour la chasse allemande. » A suivre…

La Petite Gazette du 8 octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Comme promis, retrouvons la suite du récit de la chute de cet avion à Rotheux que Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, a pu établir grâce à ses recherches minutieuses.

A 12.32 h., au-dessus d’Amay et toujours à 22.000 pieds d’altitude, le « Treble Four » subit d’abord une attaque d’un chasseur isolé qui blessa le 1Lt Procopio, navigateur, puis de nouveau par trois autres FW-190 venant de droite.

Avec les moteurs N° 1 et 2 en feu l’appareil était condamné et le pilote 1Lt Harriman ordonna à l’équipage de sauter, ce qu’il fit à 12.36 h. Le 1Lt Harriman assisté par le Général Castle restèrent à bord et s’efforcèrent de diriger le bombardier vers un champ ouvert dans l’espoir d’épargner les troupes alliées et la population en dessous d’eux. C’est d’ailleurs pour la même raison que les bombes ne furent pas larguées malgré que l’avion ait pris feu. A 12.37 h., à quelque 12.000 pieds d’altitude, un réservoir de carburant éclata et arracha l’aile droite. C’est à ce moment que l’avion partit en vrille violente (une chute en spirale qui le rend totalement incontrôlable).

Selon des témoins « Treble Four » se désintégra en quatre parts durant sa chute mortelle et la partie nez cockpit toucha la terre dans une zone boisée en position inversée, ne laissant pas la moindre chance au 1Lt Harriman ni au Général Castle. Les bombes, toujours à bord, explosèrent à l’impact. Il était 12.50 h.
Lieu du crash : la partie avant de l’avion comprenant nez, carlingue, aile de gauche et soute à bombes tombèrent à 300 mètres du château d’Englebertmont et la ferme Sotrez à environ 1 Km au sud de Rotheux-Rimière et évita de toute justesse le hameau de Trix Hosdin; les débris  couvrirent une zone de quelque 200 mètres. L’aile droite fut retrouvée sur le cimetière de Nandrin, le fuselage tomba au lieu dit  La Croix André, et la queue fut retrouvée à 1 Km au sud du crash site principal.

queue-de-treble-fourQueue du Treble Four  
Des huit membres d’équipage qui avaient sauté en parachute, trois ne survivront pas: 1Lt Rowe Claude L. (co-pilote, mais mitrailleur de queue pour cette mission) fut mitraillé en plein air sous son parachute par un avion allemand.

1-lt-rowe

Le Sgt Swain Lawrence H. (opérateur radio, mitrailleur) s’écrasa près de Moulin car son parachute avait pris feu, et le 1Lt Procopio Bruno S. (navigateur radar) mourut à l’hôpital de Liège des suites de ses blessures (visage brûlé, huit balles dans la jambe droite, pied gauche fracassé).

Les cinq autres membres survivrent au désastre (Capt Auer Edmond F., navigateur – 1Lt Biri Paul L., bombardier – Mac Arty Henry P., navigateur – Sgt Hudson Lowell B., mitrailleur de flanc – Sgt Jeffers Quentin W., ingénieur mitrailleur).

Ceci confirme les témoignages des troupes américaines qui ont compté six parachutes avant la chute de l’avion, et un septième au moment où l’avion partit en vrille. Les corps des deux pilotes, le 1Lt Harriman Robert W. et le Général Castle Frederick W., furent complètement désintégrés par l’explosion, et on ne retrouva que des restes de viscères et des lambeaux de chair éparpillés parmi les morceaux de métal.
Leurs restes furent enterrés d’abord au château d’Englebertmont, et puis transférés au cimetière américain de Henry-Chapelle au Nord-Est de Liège. Le corps du Sgt Swain L. H. fut également enterré à Henry-Chapelle.

 

La perte de « Treble Four » fit l’objet du rapport  MACR N° 11552 dans les anales du 8 US Army Air Force.

Le 487 Bomb Group avec ses trois escadrons, le 836, 837 et 838, fut opérationnel du 5 avril 44 au 21 avril 45. Pendant cette période il effectuera 185 missions (6021 sorties), il larguera 14.641 tonnes d’explosifs, il perdra 57 bombardiers et 230 hommes, et il aura détruit avec certitude 22 chasseurs allemands, 6 probables, et 18 endommagés. »487-gp-en-action

 

 

 

 

Le  487 GP en action
Références :

  1. http://www.geocities.com/pmwebber/castle_treble4.htm
  2. http://www.487thbg.org/
  3. http://mighty8thaf.preller.us/

Merci pour cette formidable enquête.

Monsieur Baudouin Lejeune apporte également une information : « Suite à la demande de  M André Doppagne sur la forteresse volante de Rotheux, je signale que l’équipage a sauté sur le village de Fraiture en Condroz, un monument est érigé à la rue du Tilleul. »

UN HALIFAX TOMBE A MARCHE-EN-FAMENNE LE 4.11.1944

La Petite Gazette du 14 septembre 2016

UN HALIFAX EN FEU SURVOLE MARCHE-EN-FAMENNE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur Michel Lecarme, de Marche, se souvient et raconte :

« Le 4 novembre 1944, un Halifax en feu, piloté par le Captain Berry, survole Marche-en-Famenne. Le capitaine ordonne à son équipage de sauter, il y aura deux survivants ; lui, a décidé de rester aux commandes et de tenter un atterrissage sur ce qu’il pense être une belle prairie. Cependant, au centre de celle-ci, coule le ruisseau de la Folie… qui aboutit à la propriété des frères franciscains.

Cet endroit s’appelait « les promenades de saint Antoine », il était très connu et très fréquenté par les Marchois.

L’avion, stoppé par les terres molles des berges, s’enfonce et brûle complètement. Les débris créent un bouchon sur le ru et, quelques années plus tard, ceux de ma génération ont bien connu « l’Etang de l’Avion » !

Les corps calcinés de ces Anglais ont pu être récupérés, ils sont tous ensterrés ensemble au cimetière anglais de Menil Favay, près de Hotton.

Après la guerre, des ferrailleurs ont récupéré tous les débris de cet Halifax mais, d’après la rumeur, ils n’auraient pu sortir, de l’étang qui s’était alors formé à cet endroit, tous les moteurs…

Pour moi, ce pilote est un héros car, s’il avait abandonné l’avion, celui-ci serait tombé en flammes sur notre ville causant peut-être des victimes civiles en plus…

Le 4 novembre 2004, exactement 60 ans après ce crash, nous sommes allés, le frère du pilote et moi-même, sur les tombes de cet équipage, jamais je n’oublierai !

La commune de Marche a bien changé depuis cette date fatidique : le ruisseau a été canalisé et passe désormais sous la Nationale 4, le zoning a été construit et, dernièrement, un parking pour poids lourds a été aménagé à l’endroit exact de ces faits.

J’ai toujours pensé que nous devions notre liberté à tous ces soldats alliés qui ont donné notre vie pour nous. Je pense tout simplement que les autorités communales pourraient ériger une stèle ou donner un nom à ce parking afin de rappeler à tous le sacrifice de cet équipage, surtout pour empêcher l’oubli ! »

Avez-vous, vous aussi le souvenir de ce spectaculaire atterrissage d’un Halifax en flammes ? Nous confierez-vous vos souvenirs ? Existe-t-il des photos des débris calcinés de cet avion ? Nous les montrerez-nous ? J’exprime le vif souhait de pouvoir compléter cet intéressant témoignage grâce à vos souvenirs ou documents. Merci d’avance de bien vouloir nous les confier.

La Petite Gazette du 28 septembre 2016

A PROPOS DE CE HALIFAX TOMBE A MARCHE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur José Paquet, de Bourdon, s’est passionné pour ce sujet évoqué par M. Lecarme, il m’écrit avoir passé deux journées formidables à chercher, dans les archives accessibles grâce à internet et sur le terrain, et à … trouver.

« Cet Halifax III est le MZ933, code MH-W de la 51e escadrille.

Son équipage comptait sept membres:

Berry L./Burrows D.E./Cantle A.B./Davis J./Gunning E.C./Hinchcliffe P.C./Williams N.
Tous décédés suivant la base de donnée http://www.aircrewremembered.com/homepage.html Ce qui est faux car Davis J. et Hinchcliffe P. ont survécu! Ils ne sont pas dans la base de donnée du Commonwealth War Graves Commission http://www.cwgc.org/
Mon correspondant s’est ensuite rendu au cimetière du Commonwealth à Hotton où, dans la rangée II/E de 8 à 12, il a photographié les cinq tombes que vous découvrirez ci-dessous.

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Monsieur Paquet a poursuivi ses recherches et, s’il n’a pas découvert de traces relatives à  Davis J., il a pu trouver un témoignage écrit par  Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A). Je vous propose de découvrir ce témoignage dans sa version originale :

Written by Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A) – Published on September 15, 2006 10:10 AM

Peter Hinchliffe introduces the rightfully famous Peter Hinchliffe.

Hes quite a man, this Peter Hinchliffe. How about this for a list of achievements?

* Navigator on Halifax bombers during the war. Bailed out after being shot down over Belgium on his 15th mission. Returned to UK and went on another 22 missions.

* Author and translator of military biographies and histories. His books are appreciated world-wide.

* Peace-time fighter controller in the RAF.

* Worked for the British Military Government in Berlin after the war.

* Diplomatic work.

* School teacher.

No wonder he was awarded the Order of the British Empire!

Allow me now to set the record straight. I am not writing about myself. I am not the Peter Hinchliffe with the distinguished military record, the author, diplomat, and teacher.

I’m Peter Hinchliffe the journalist, a chap whose achievements are all too modest when set beside those of THE Peter Hinchliffe who lives near Rye in East Sussex.

Recently I have received e-mails from people who mistook me for that Peter Hinchliffe, the author/translator of such books as Betrayed Ideals: Memories of a Luftwaffe Fighter Ace, The Other Battle: Luftwaffe Night Aces versus Bomber Command and Enemy in the Dark – The Story of a Night Fighter Pilot.

Time, I thought, for a telephone chat with the worthily well-known Peter Hinchliffe.

Peter Hinchliffe, now in his late 70s, was amused to receive an unexpected call from Peter Hinchliffe.

And would you believe, he has connections with the town where I live, Huddersfield in Yorkshire. What else would you expect of a man with a surname associated with the Holme Valley in written records dating back to 1307.

Peters father, James, was born in Holmfirth and was badly wounded at Gallipoli during World War One. His wife died in a flu outbreak following the war.

James re-married and Peters mother was from Nottingham. The family moved to Merseyside where Peter won a scholarship to Wirral Grammar School. Huddersfields own Harold Wilson, three-term Labour Prime Minister, was head boy at Wirral GS while Peter was a pupil.

Peter was a member of 51 Squadron based at Snaith in Yorkshire during the war. He was a navigator on Halifaxes, flying on bombing missions to Germany, France and Holland.

In November, 1944, his plane was shot down over Belgium while returning from a raid on Bochum near Essen. Five of the crew were killed but Peter and another airman managed to bail out. Fortunately they landed in a section of Belgium which had been retaken by American troops and were soon repatriated to UK.

Peter stayed on in the RAF after the war, flying airlift relief missions to Berlin during the Cold War days when the Russians were blockading the city.

He left the Air Force in 1948, studied to be a teacher, then lived and taught in Dewsbury.

He was on the staff of Thornhill Secondary Modern School. I was a pupil at that school for one year – but that was four years before Peter arrived.

A snotty-nosed 11-year-old and a teacher, both called Peter Hinchliffe, would have made for some jolly confusion.

Peter eventually re-joined the Air Force with the rank of Flight Lieutenant to be an air traffic controller in Germany.

Because of his fluency in German he was eventually offered the chance to work in the British Military Headquarters in Berlin, then later to join the Foreign Office staff and undertake diplomatic work up to his retirement.

Having been shot down by a German night fighter it would not be surprising if Peter had born a life-long resentment against the Luftwaffe. Just the opposite. He has a respect for the skill and bravery of enemy aircrew caught up in a conflict that was not of their making.

He has translated the reminiscences of Luftwaffe pilots and turned them into books, the most recent being The Lent Papers.

Peter wrote a biography of Heinz-Wolfgang Schnaufer, the most brilliant German air ace in World War Two. In 164 sorties Schnaufer shot down 121 Allied aircraft.

In 1945 he destroyed nine RAF bombers in a single day.

Flight Lieutenant Peter Hinchliffe of East Sussex is the author/translator of highly readable books. Check them out on www.amazon.co.uk

Leading Aircraftsman (National Service) Hinchliffe P is yours truly.

Vous aurez compris que le Peter Hinchliffe qui a rédigé ce texte n’est pas le Peter Hinchliffe qui appartenait à l’équipage de ce Halifax qui est tombé à Marche, mais un journaliste portant le même nom que ce pilote de la R.A.F. durant la Seconde Guerre Mondiale. Mon ami Jean s’est chargé de la traduction de la partie de ce texte qui nous intéresse le plus.

« Peter faisait partie, pendant la guerre, du 51e escadron basé à Snaith dans le Yorshire. Il était pilote sur Halifax, effectuant des missions de bombardement sur l’Allemagne, la France et la Hollande.

En novembre 1944, son avion fut abattu au-dessus de la Belgique lors du retour d’un raid sur Bochum près d’Essen. Cinq membres d’équipage furent tués mais Peter ainsi qu’un autre aviateur réussirent à s’éjecter de l’avion. Par chance, ils ont atterri dans une partie de la Belgique qui avait été reconquise par les troupes américaines et furent très vite rapatriés en Angleterre.

Peter resta à la RAF après la guerre, effectuant des missions de sauvetage à Berlin pendant la guerre froide quand les Russes bloquèrent la ville. Il quitta la Force aérienne en 1948, étudia pour devenir professeur, ensuite vécu et enseigna à Dewsbury (…)

Peter a finalement rejoint l’armée de l’air avec le rang de Lieutenant pour devenir contrôleur aérien en Allemagne.

Grâce à sa maîtrise de l’allemand il lui a été donné la chance de travailler au QG à Berlin ; ensuite, de rejoindre le personnel du Ministère des affaires étrangères et de travailler dans la diplomatie jusqu’à  sa retraite. 

Ayant été abattu par un chasseur de nuit allemand il n’aurait pas été surprenant que Peter ait entretenu un ressentiment perpétuel contre la  Luftwaffe. Tout au contraire, il manifestait un respect pour l’habileté et le courage avec lequel un équipage ennemi rattrapait le retard dans un conflit qui n’était « pas leur fabrication » (their making ?)

Il a traduit les réminiscences de pilotes Luftwaffe et les a rapportées dans des livres, le plus récent étant « les Papiers prêtés ».

Peter a écrit une bibliographie de Heinz-Wolfgang Schnauffer, l’as allemand le plus brillant de la Seconde Guerre Mondiale. En 164 sorties, Schnauffer a abattu 121 avions alliés.

En 1945, il détruisit 9 appareils de la RAF en une seule journée.

Le Lieutenant Peter Hinchliffe du Sussex est l’auteur et le traducteur de livres trèsaccessibles.

Consultez- les sur www.amazon.co.uk »

 

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, s’est également manifesté car vous connaissez sa passion pour pareil sujet :

« Bien sûr je connais le cas de la chute de ce bombardier tombé le 4 novembre 44 à Marche-en-Famenne.
Il s’agit d’un quadrimoteur britannique du 51 Squadron, immatriculé MZ.933. Il était un de 720 bombardiers expédiés vers Bochum (une ville industrielle importante dans Ruhrgebiet en Allemagne) et dont 28 appareils n’allaient plus revenir.

Ce crash au rond-point de « La Pirire » à Marche-en-Famenne se solda par la mort de 5 hommes (enterrés à Hotton), et deux rescapés, dont un deviendra enseignant, écrivain et même diplomate.

Je suis heureux d’avoir croisé Monsieur Michel Lecarme qui m’a fourni des infos importantes. Ensuite, j’ai analysé les faits, et les ai consignés dans un article de 12 pages (photos y comprises), qui sera publié dans les annales du Cercle Historique de Marche-en-Famenne-Rendeux-Hotton dont la publication est annoncée pour la mi-décembre 2016. »

Nous reviendrons alors sur le sujet après l’édition de cette excellente publication annuelle, dont La Petite Gazette se fait régulièrement l’écho.

 

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE LE 15 JANVIER 1940, PENDANT LA DRÔLE DE GUERRE?

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

Une lectrice d’Andenne, mais originaire de La Barrière, à quatre kilomètres de Basse-Bodeux et à cinq de Neufmoulin, m’écrit à propos d’un dramatique épisode de la mobilisation, car elle voudrait savoir si quelqu’un pourrait l’aider à comprendre ce qui s’est passé ce jour-là.

« A la mobilisation, il y a eu un malheureux incendie dans les baraquements aménagés en dortoirs pour les soldats mobilisés. Il y a eu beaucoup de soldats atteints de graves brûlures, d’autres ont été brûlés vifs, d’autres encore sont morts plus tard des suite de leurs blessures.

Pendant la mobilisation, les soldats étaient soumis à des exercices d’alerte. J’habitais alors avec mes parents le long de la route provinciale n°23, celle-ci était minée de part et d’autre. En cas d’alerte, quatre soldats gardaient la route, prêts à déclencher les mines.

La nuit de l’incendie, vers deux heures du matin, mes parents ont été réveillés par un soldat, celui qui gardait le deuxième point miné et qui leur demandait à téléphoner puisque la ligne militaire était coupée !

Je me souviens que les ambulances transportant les brûlés vers Liège ont eu des accidents en tombant dans les trous ouverts dans la route. Quelle catastrophe !

On connaissait beaucoup de ces mobilisés, le baraquement abritait beaucoup d’infirmiers, mais aussi des Chasseurs ardennais.

Je crois bien qu’il y a eu trois morts dans l’incendie et 30 ou 40 blessés, que sont-ils devenus ? J’aimerais le savoir »

Quelqu’un pourra-t-il nous apporter des précisions sur ce drame survenu peu de temps avant le 10 mai 40 ? Tous les renseignements ou souvenirs en votre possession nous intéressent au plus haut point. D’avance, je vous remercie chaleureusement de bien vouloir nous les communiquer.

La Petite Gazette du 28 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

En réponse à la lectrice d’Andenne qui vous questionnait à ce propos il y a trois semaines, Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, qui possède une documentation manifestement fort bien classée, m’a transmis quelques renseignements intéressants :

« Les Annonces d’Ourthe-Amblève du 9 septembre 1998 ont évoqué ce dramatique événement survenu à Basse-Bodeux, dans la nuit du 15 janvier 1940, et au cours duquel quatre soldats belges périrent carbonisés, dans l’incendie de leurs baraquements militaires, installés, à l’époque, à l’entrée du village, entre les maisons Hourand et Vauchel, brasier provoqué par du charbon incandescent tombé d’un poêle. Une quinzaine d’autres soldats furent gravement brûlés.

Ce douloureux épisode de la phase D de la mobilisation (qui avait débuté le 14 janvier, pour se terminer le 10 mai 1940, par la phase E, c’est-à-dire la mobilisation générale) fut rappelé naguère, poursuit mon correspondant, par « Le Jour/ le Courrier » du 22 mai 1999. Ce quotidien précisait que des braises échappées d’un poêle mirent le feu à de la paille qui servait de matelas à certains soldats et que, en quelques instants, une centaine d’hommes se ruèrent vers l’unique sortie du baraquement, une porte qui ne s’ouvrait que vers l’intérieur ! Encore heureux, ajoute le journal verviétois, que d’autres soldats aient eu la présence d’esprit d’écarter du lieu du sinistre un camion chargé d’explosifs ».

Grâce aux archives de M. Jacquemin, nous avons déjà quelques indications sur la version « officielle » de la tragédie, mais, insistant sur la demande de ma lectrice d’Andenne, mais originaire de La barrière, entre Basse-Bodeux et Neufmoulin, j’aimerais beaucoup, si c’est possible, recueillir le témoignage de ceux qui ont vécu cet événement tragique. Mon vœu sera-t-il exaucé ?

La Petite Gazette du 23 août 2000

QUE S’EST – IL PASSE A LA BARRIERE ?

   De très intéressantes communications me sont parvenues suite à la parution de la version officielle de ce drame de la mobilisation.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, fait tout d’abord la précision suivante : « Il ne s’est rien passé à « La Barrière » qui est un lieu-dit à environ 4 km de l’endroit (Basse-Bodeux, grand-route) où se sont déroulés les tristes événements relatés.

Habitant à une quinzaine de mètres des portes d’entrée des baraquements militaires en question, j’ai eu le triste privilège d’assister au déroulement complet de toute cette tragédie. Vers 4H30, ce 15 janvier 1940, nous avons été, mes parents et moi-même, éveillés en sursaut par de nombreux cris. Plusieurs soldats se trouvaient déjà près de la maison, certains en pyjama, d’autres pieds nus ; or, il faisait très froid. Les plus démunis sont entrés dans la maison. Très vite, les flammes ont embrasé toute la toiture, le feu s’étant propagé à une vitesse incroyable, bien alimenté par la paille qui couvrait le sol et attisé par l’ouverture des lucarnes tenant lieu de fenêtres. Comble de paradoxe, les portes du sas de sortie s’ouvraient vers l’intérieur. Venant du brasier, on entendait des cris de terreur, accompagnés par une fusillade ininterrompue ; les cartouches qui éclataient ajoutaient encore au côté sinistre du drame.

Entretemps, les premiers blessés étaient sortis et étendus ; pour les plus graves, dans notre hall d’entrée ; ils ont été transportés ensuite à la clinique de Trois-Ponts et à l’hôpital militaire de Liège. Pendant que se déroulaient ces péripéties dans un affolement indescriptible, un soldat blessé sérieusement a réussi à éloigner un camion d’explosifs stationné près du premier baraquement en feu. Il fut d’ailleurs décoré pour son acte de bravoure. Malheureusement, quatre hommes étaient restés dans les flammes et on eut à déplorer une quinzaine de blessés sérieux. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, vient compléter ce récit :

« Mon père qui était militaire de carrière au 3e Chasseurs Ardennais était ce jour-là dans le baraquement. Il avait son logement chez M. et Mme Dahmen, près du magasin Vauchel. Il était chauffeur et faisait des missions qui, parfois, l’amenait à rentrer tard et, pour ne pas déranger ses hôtes, il dormait alors dans le baraquement. Le jour du drame, il était rentré vers minuit et tout était calme. Je sais qu’il disait qu’il était sorti dans les premiers, parce que tout habillé, pas bien endormi et près de la porte. Le camion, un G.M.C., bâché et chargé de munitions, était le sien, il l’a aussitôt éloigné sachant le danger qu’il représentait. »

Lors d’une prochaine édition, nous suivrons ces correspondants et Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, dans l’analyse des causes de ce drame qui, selon eux, n’a absolument rien à voir avec la version officielle. A suivre donc…

La Petite Gazette du 30 août 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

   Après avoir suivi mes correspondants dans la relation des faits survenus ce 15 janvier 1940, nous parcourons, aujourd’hui, leur analyse des causes qui, vous allez vous en rendre compte est bien différente de l’analyse officielle des autorités.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, voisin des baraquements abritant les soldats en 1940, nous dit que : « selon la version officielle, le feu a été provoqué par un charbon ardent tombé d’un poêle ; à partir de maintenant, j’emploierai le conditionnel, car il m’est impossible d’apporter la moindre preuve à ce qui va suivre. Les faits que je citerai nous ont été rapportés par des soldats que nous avons hébergés pendant les mois qui ont suivi. Il s’agirait d’un incendie criminel ; le feu aurait été mis par un soldat originaire des cantons de l’Est, qui occupait un nid de mitrailleuse se trouvant sur la butte de la route du moulin. A l’inventaire du stock de matériel de ce poste, on aurait découvert qu’il manquait cinq mètres de « mèche lente ». Ce soldat aurait été arrêté au mois de mars, incarcéré à Anvers, probablement à Breendonk, et traduit en Conseil de Guerre. Les versions sur la suite divergent, car n’oublions pas que nous vivions à ce moment une « drôle de guerre ». Nous étions neutres et on évitait de heurter l’ennemi qui était à nos portes. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, fils d’un des soldats présents dans le baraquement, nous rapporte ce qu’en disait son papa :

« Pour mon père, l’incendie était d’origine criminelle. Ce point reste cependant très vague dans ma mémoire, mais je me souviens des grandes lignes. Il y aurait déjà eu un incident quelques jours avant ; déjà une histoire de feu… Il y avait des coïncidences, des comportements étranges où il était question d’un ou deux soldats de Saint-Vith ou des environs. »

Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, est , lui aussi, le fils d’un soldat qui fut hébergé dans la maison juste en face du baraquement (non loin donc de chez M. Hourand). Il se souvient que, bien après le retour de captivité de son papa, peut-être en 1955 ou 1956, il l’accompagna en visite chez ses hôtes.

« J’ai souvenance qu’à l’époque, le propriétaire nous parla de cette tragédie. Il nous confia que des enquêteurs vinrent chez lui pour obtenir certains renseignements car l’incendie paraissait suspect. Il les informa qu’il avait remarqué des allées et venues d’un autre régiment, le jour avant l’incendie et que cette attitude lui avait paru bizarre. Selon ce témoin, le soldat fut identifié et était déjà connu pour ses prises de position anti-belges. Il nia tout en bloc, mais les autorités militaires, soupçonneuses, le changèrent d’unité, mirent à ses côtés ce qu’il est convenu d’appeler un « mouton » qui se vanta lui aussi d’avoir fait des actions en faveur des autorités allemandes de l’époque. C’est ainsi qu’il se confia à celui qu’il croyait être son nouvel ami. Pendant que les soldats dormaient dans le baraquement, sur de la paille, il aurait jeté du pétrole ou de l’essence sur le poêle et aux alentours. Il fut condamné à mort et exécuté. Ceci est la version qui me fut donnée par le voisin le plus proche, qui nous assura avoir été marqué pour toujours par cette nuit d’épouvante. Ce brave témoin est, malheureusement, décédé. »

Encore une fois, grâce aux lecteurs de La Petite Gazette, la question posée par Madame Lydie Mathieu, d’Andenne, aura permis de rassembler bien des renseignements qui, s’ils n’apportent pas une réponse définitive sur cette tragédie, permettent néanmoins de l’appréhender sous un jour bien éloigné de ce qu’il convient d’appeler la version officielle, peut-être rendue nécessaire par les circonstances du moment.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

D’AUTRES PERIODIQUES VANTENT LES MERITES DE LA PETITE GAZETTE !

Les recherches que vous avez la gentillesse de mener à la demande des lectrices et des lecteurs de La Petite Gazette permettent de sauvegarder de nombreux témoignages qui, sans vous, auraient été irrémédiablement perdus. Cette démarche, mise en place par feu René Mladina, est également profitable à diverses associations ; elles le signalent et remercient…

C’est le cas de la Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais qui, dans les pages de sa revue trimestrielle « Le chasseur ardennais » (N° 202, 3ème trimestre 2000), fait largement l’écho des témoignages réunis dans La Petite Gazette au sujet de l’incendie du baraquement qui abritait de nombreux soldats, à Basse-Bodeux, en janvier 1940. « Nous avons reçu plusieurs réponses ainsi que l’aide inattendue de l’intéressante rubrique de l’historien René Henry dans trois éditions successives de l’hebdomadaire « Ourthe-Amblève ».

C’est bien sûr à vous toutes et à vous tous que s’adressent les remerciements de ces deux respectables associations.