MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

La Petite Gazette du 19 juillet 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Monsieur Victor Collignon, de Manhay, a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive. Ses écrits ont donné lieu à une publication grâce à l’administration communale à l’occasion du 60e anniversaire de cette terrible bataille. Il donne à La Petite Gazette l’autorisation d’en publier des extraits. Je sais que cette époque passionne nombre d’entre vous ; aussi, en votre nom, je remercie vivement M. Colligon.

« Nous sommes en décembre 44, le samedi 16, vers midi. De l’Est nous parvient une rumeur ; un bruit court, vole de bouche en bouche : « Ils ont percé les lignes ! » ‘Ils’, ce sont les Allemands, les nazis, les SS, les boches !

Le 17, la rumeur s’amplifie, le tonnerre des canons gronde, de rougeâtres lueurs flashent les nuages, à l’Est toujours.

Au carrefour de Manhay affluent les premiers réfugiés de la direction de Villettes, Trois-Ponts, Stavelot… : vélos surchargés, véhicules hippomobiles de toutes sortes, voitures d’enfants, brouettes, femmes, enfants, vieillards…

Le 18, la panique s’installe : par bribes et morceaux, on capte des nouvelles terri­fiantes : « Ils fusillent les prisonniers ! Ils massacrent les civils ! Ils incendient tout sur leur passage ! » On discute, on évalue les risques, on décide de la meilleure attitude à adopter. On prépare vêtements et provende.

La plupart des hommes valides et les jeunes gens, en particulier ceux ayant eu un contact avec la Résistance ou ayant refusé le Service au Travail Obligatoire en Allemagne sont les premiers invités à quitter nos villages.

Le 19, enfin, c’est la débâcle : Peiper et la lère SS sont à Trois-Ponts, à La Gleize, à Stoumont, à Neumoulin.

Le 20, la 116ème Panzer entre à Houffalize, à Nadrin, à Samrée. Des éléments de la 560ème Volksgrenadiere ont été repérés dans les bois de la Cedrogne, puis à Les Tailles, aux lisières de la Baraque de Fraiture et en fin de journée, à Dochamps. L’horreur, l’enfer s’annon­cent tout proches. Alors, contraints et forcés, la grande majorité des habitants de Manhay et Grandmenil recommencent leur exode vers l’Ouest, le Nord, l’inconnu, la misère.

Les Américains se doivent de réagir fort et vite. Vont-ils le pouvoir ? Oui, mais très pro­gressivement et avec peu de moyens.

La nationale 15, Bastogne-Liège, était alors placée sous la protection de la 3rd Armored Division américaine (3èmc Division Blindée) du général Rose; celle-ci déjà écartelée à l’extrême : ses Combat-Commands A et B étant engagés sur l’Amblève contre Peiper, le 3ème Combat-Command (plus ou moins 2000 hommes), le CCR, se voyait attribuer la défense de la ligne Hotton-Manhay sur environ 22 kilomètres. La défense de ce dernier village ne pouvait plus être assurée que le long du tracé Sud de la route N.15.

A l’aube du 20 décembre, on relevait d’abord, à la Baraque de Fraiture, une défense « en hérisson » orchestrée par le major d’artillerie Parker, rescapé de l’encerclement du Schnee Eifel avec trois obusiers et divers éléments blindés dont quelques Sherman et half-tracks anti­aériens.

Par la suite et plus au Nord, une petite Task-Force (barrage routier) commandée par le major Brewster ira se fixer dans la clairière de Belle-Haie. Elle comprenait un peloton de chars moyens (plus ou moins sept) et un autre d’infanterie blindée, complétés plus tard par d’autres petits groupes disparates, dont quelques paras.

Cette force allait jouer un rôle essentiel dans la suite des opérations. En effet, l’étroitesse de la nationale – environ six mètres – enchâssée dans la forêt ne permettait le passage que d’un seul Panzer à la fois. Dès la destruction du premier char, les autres ne pouvaient ni continuer, ni se déployer.

A Manhay même, une garnison assistée de quelques chars et half-tracks comprenant une compagnie de fantassins (environ 200 hommes) et commandée par le colonel Richardson (3ème D.B.) devait assurer la défense du village. Ce faible groupement tactique allait  cependant recevoir peu à peu le renfort du CCA de la 7ème D.B. retiré de la poche de Saint-Vith ainsi que, à l’Est de la N., celui de la 82ème Aéroportée, progressivement dégagée des combats contre Peiper. »

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 Après la retraite de St-Vith, la 7ème D.B. du général Hasbrouck est venue s’installer dans les villages de Fays – La Fange – Chêne-al-Pierre et Harre. Ph. US Army

La Petite Gazette du 9 aoüt 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le 23 décembre, la défense de la Baraque de Fraiture, déjà harcelée depuis deux jours par divers éléments ennemis, fit tout à coup l’objet d’une attaque violente de la 2ème SS Panzer Division. En quelques heures, le carrefour fut investi au prix d’un carnage inouï. Cette terrible division SS «Das Reich», forte de 18000 SS, en panne sèche depuis vingt-quatre heures dans la région de Houffalize, réapprovisionnée au matin du 23, constituait pour Manhay la véritable menace. Son objectif, totalement ignoré des Américains, était de s’y emparer du carrefour, le sécuriser, ensuite de tourner vers Grandmenil, Erezée pour aller franchir l’Ourthe aux alen­tours de Barvaux-Durbuy. Comme le transit par Belle-Haie lui était devenu impossible (Road-Block de Brewster), la division se scinda en deux colonnes; l’une se dirigeant vers Malempré, l’autre vers Odeigne afin de contourner le barrage.

002 A Odeigne. Les troupes de la 2ème Pz. SS « Das Reich » ont occupé le village au soir du 23 décembre 44 jusqu’au 6 janvier 45 soit durant 14 jours ! Elles en seront chassées le 6/1/45 par les troupes américaines de la 2ème D.B. et 84ème D.I. Au carrefour « Sur le Ri », c’est le deuil et la désolation !   Ph. LUMA F. Lemaire

Le 24 décembre, veille de Noël, après avoir défait la petite force d’Odeigne, un bataillon de reconnaissance de cette 2ème Panzer SS se prépara à faire route vers Manhay.

Entre-temps, deux nouveaux éléments intervinrent dans la défense du village : averti de la présence de l’ennemi à Malempré et à Odeigne, le colonel Rosebaum envoya deux pelotons de chars moyens accompagnés d’infanterie, l’un au Fond de la justice (carrefour d’Odeigne à Malempré), l’autre au-delà de la ferme de Bellaire où les chars et les fantassins s’enterrèrent. Le second élément comportait un ordre du généralissime Montgomery imposant, à 23 heures précises, un repli total des armées américaines afin de raccourcir un front Nord exagérément étendu. Les troupes allaient désormais s’installer défensivement sur la ligne Nord de la route Trois-Ponts – Manhay – Hotton. Pour Manhay, la ligne fut fixée à la crête de Mon Bihin, Mon Derieux, des bois de Hazale et de So Plinmont.

A présent, le décor est planté. C’est la nuit de Noël 44, une nuit noire, profonde, humide. Au Fond de la Justice, les Gl’s, dans leurs foxholes (trous de renards) sont aux aguets. Durement éprouvés par les combats acharnés qu’ils viennent de livrer durant six jours et six nuits dans la poche de Saint-Vith, retirés du front, transbahutés dans des camions non bâchés, réengagés aussitôt dans un affrontement inégal, ces malheureux soldats en ont assez !

A 21 heures, un ronflement de puissants moteurs monta de la route d’Odeigne. Amis ou ennemis ? Lorsque la colonne de chars approcha, celui de tête était manifestement un Sherman : même silhouette, même fumée d’échappement bleutée. Les Gl’s rassurés, crurent à cet instant qu’il s’agissait du groupe des leurs, en poste à Odeigne et qui entamait déjà son repli. Mais, dans la pâleur lunaire, ce furent soudain des hordes de Panzergrenadiere qui déferlèrent brutalement au travers de leurs foxholes. Leurs panzerfaust mirent quatre Sherman hors de combat et en endommagèrent deux autres. Le seul resté intact s’enfuit vers Manhay, abandonnant à leur sort les fantassins blindés. Ceux-ci s’égaillèrent alors dans un désordre indescriptible, fonçant à travers tout, qui à pied, qui en jeep ou en camion, laissant sur place un matériel considérable.

Parmi les assaillants, le sergent SS Barkmann commandait le Panther n° 401. Dans la confusion générale, lui et son char furent séparés des autres et s’engagèrent sur la N.15, vers Manhay, au milieu des groupes de fuyards. Chemin faisant, il détruisit un Sherman stationné sur un bas-côté et arriva bientôt dans la perspective du village de Malempré. Sur sa droite s’ouvrait une prairie comptant neuf chars à moitiés enterrés qui orientèrent leur tourelle dans sa direction mais aucun ne tira.

Pleins gaz, Barkmann s’élança alors dans la descente de Bellaire où il vit des Gl’s se. jeter des deux côtés de celle-ci, jurant comme seuls savent le faire les fantassins quand ils se voient obligés de sauter dans des fossés remplis d’eau ! Et tout à coup, il se trouva dans Manhay, au milieu d’un charroi et d’une pagaille invraisemblables. Les Américains abandon­naient, et le carrefour, et le village, dans un désordre total, fuyant à travers tout. Au carrefour, devant un café, il estima qu’il s’agissait d’un poste de commandement en raison de l’intense activité qui y régnait. Barkmann voulut tourner à gauche, vers Grandmenil mais, voyant s’ap­procher trois Sherman, il décida de continuer seul, tout droit, en direction de Liège.

Dans l’épaisseur de la nuit, personne n’avait encore fait attention à lui ; personne ne l’avait encore remarqué quand, croisant un char américain après l’autre, quelques-uns se ren­dirent compte qu’il s’agissait d’un Allemand. Les équipages firent alors pivoter leurs tourelles mais, comme ils étaient en colonne, chaque char obstruait le champ de visée d’un autre et aucun tir ne se produisit. Barkmann lança quelques grenades fumigènes sur la route pour aveugler davantage ses éventuels poursuivants. »

La Petite Gazette du 23 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« En face d’un bâtiment élevé, peut-être la gare, une jeep arrivait, lui enjoignant de s’arrêter. «Ecrase !» s’écria Barkmann. Le choc de l’écra­sement projeta son Panther contre un blindé, les chenilles s’emmêlèrent et le moteur se bloqua. Il était moins une. A tout instant, un obus pouvait lui fracasser l’arrière et l’im­mobiliser à jamais. Après plu­sieurs tentatives, le moteur reprit et le Panther se déga­gea.

Plusieurs Sherman arri­vaient. Faisant pivoter la tou­relle de 180°, le canon du Panther tira, incendiant le pre­mier blindé et, par ce fait, obs­trua la grand-route. Quelques centaines de mètres plus loin, après une dernière côte, Barkmann vit sur sa gauche un chemin encaissé et ordonna au chauffeur d’aller s’y camou­fler. De cette position, dissi­mulant le char derrière des branchages, Barkmann auto­risa enfin ses hommes à sortir prendre l’air pendant que sur la nationale voisine, le charroi américain fuyait vers Chêne-al-Pierre. A cet instant, sur la route de Bellaire, la 2ème Panzer SS dévalait la côte, toutes che­nilles déchaînées, ne trouvant finalement plus devant elle qu’un village quasi vide de ses défenseurs.

En cette nuit de Noël, brumeuse et terrible, le village de Manhay illumina un ciel lugubre par les incendies de ses maisons et des véhicules alliés. Dans ces lueurs d’enfer, le char de Barkmann quitta sa cachette et, prudemment, redescendit la côte pour rejoindre, au carrefour, la colonne SS qui avait viré à gauche et atteignait les premières habitations de Grandmenil. »

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A Bellaire : D’autres Sherman et une compagnie de GI’s de la 7ème D.B. enterrés dans cette prairie furent surpris et détruits par les chars de la « Das Reich » utilisant un Sherman-leurre en tête de colonne et de puissantes fusées aveuglantes. Ph. US Army

La Petite Gazette du 30 août 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Nos GI’s stoppent définitivement l’offensive

Dans le bois du Pays, route d’Erezée, au «Trou du Loup», (dans le virage au fond de la déviation), dans la nuit du 25 décembre, un exploit du caporal R.F.Wiegandt, (Cie. K, 3ème Bn.,289ème Rgt.d’Inf., 75ème Div.d’Inf.) immobilisa d’un coup de bazooka le 1er Panther de la colonne blindée. Celle-ci comptait 23 chars lourds ainsi que des véhicules de logistique mais, par ce coup d’éclat, fut bloquée à un endroit où l’étroitesse de la route bordée d’un talus et d’un ravin empêchait tout dépassement. Le second char tenta, sans succès, de pousser le pre­mier de côté et, dans l’obscurité, les chars reculèrent puis firent demi-tour. Quelque temps plus tard, ils se remirent en route vers Grandmenil pour y rassembler leurs forces, laissant le bois du Pays aux mains des Gis (des bleus !) de la 75ème Division d’Infanterie.

004 Au  « Trou du loup ». C’est à cet endroit qu’un jeune GI de la 75ème  D.I.  stoppa, d’un coup de bazooka, la colonne blindée allemande, fonçant vers Erezée et les ponts de l’Ourthe.   Ph. LUMA F. Lemaire 

Dans le sauve-qui-peut général ayant vu les task-force Kane, Brewster, Richardson, Rosebaum… abandonner en pagaille les villages de Manhay, Grandmenil et environs, les premières forces à se ressaisir furent incontes­tablement celles de Mac George (Gr.A. 3ème D.B.) dont la majorité des élé­ments, après leurs com­bats victorieux contre Peiper, avaient fait retraite par la vallée de l’Amante, pour se reformer dans la vallée de l’Aisne.

Le   mardi   26  dé­cembre, dès 6.30 H, cette même T.F. Mac George, renforcée par une compagnie de chars du 32ème Régiment Blindé du CCR (3ème D.B.) remontant cette même vallée de l’Amante fut d’abord prise pour cible par un essaim de Lightnings (chasseurs US à double queue) ce qui coûta la vie à 30 GI’s, officiers et soldats. Ensuite, combinant ses efforts à ceux du 289ème  r.i. 75 D.I., cette Task-Force prit en tenailles le village de Grandmenil, y fixant les éléments avancés : panzers et infanterie de la 2ème SS. L’artillerie U.S. commença dès lors son œuvre de pilonnage, assistée durant la jour­née du 26 par des nuées de chasseurs-bombardiers, omniprésents.

Au soir du 26, le village de Grandmenil, totalement sinistré revenait progressivement aux forces alliées : au-delà des 20 incendies de septembre, 23 maisons furent à nouveau détruites à 100 %. Dans ce village martyr, criblé de cratères fumants, de murs squelettiques et de brandons incandescents, aucun civil n’assista à la reconquête amie et à l’écrasement de l’arrogance nazie : tous ses habitants avaient quitté ce chaudron d’enfer.

Sur la nationale 15, l’envahisseur fut également arrêté par deux barrages routiers réa­lisés, dans leur retraite, par des éléments de la 7ème D.B. Ces deux road-blocks se situaient après le sommet de la côte menant vers Chêne-al-Pierre. Sitôt le repli allié terminé un impor­tant abattis d’arbres fut empilé par le génie empêchant tout passage de blindés En réalité cette route de Liège ne constituait aucun objectif stratégique pour la 2ème  SS Pz mais cela les Américains l’ignoraient !

Enfin, pour être complet, le 26 décembre, une attaque allemande fut lancée à partir de la lisière des bois du Sud du village de Vaux-Chavanne. Les Panzergrenadiere SS occupèrent la partie supérieure de la localité, et ce, pour quelques instants seulement, avant d’être repous­sés par l’assaut du 325ème Régiment Plané (Glider 82ème  A.D.) »

La Petite Gazette du 6 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons maintenant M. Victor Collignon, de Manhay,  racontant les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Le front se stabilise; nos villages sont occupés

Dès le 25 décembre, les troupes américaines furent repositionnées sur un front plus court fixé au Nord de la route Villettes – Bra – Vaux-Chavanne – Manhay – Grandmenil -Erezée. Il s’agissait principalement de la 82ème Aéroportée, la 7ème D.B., la 3ème D.B. et la 75ème D.l.

Dans l’après-midi du 25, des éléments de la 7ème D.B. (CCB) et le 424ème Régiment d’Infanterie de la 106ème D.l. reçurent l’ordre de contre-attaquer en direction du carrefour de Manhay mais ils échouèrent dans leur tentative et se retirèrent sur les hauteurs après avoir subi de lourdes pertes. L’état-major US décida alors d’impliquer le 517ème Para dans cet objec­tif considéré comme vital pour la protection de la direction de Liège. Ce régiment aguerri, sous les ordres du colonel Boyle, associé aux éléments du CCB / 7ème D.B., reprit la contre-offen­sive dans la soirée du 26. La nuit entière fut consacrée à la reprise, maison par maison, de ce carrefour stratégique : à la grenade, au corps à corps, de porte en fenêtre, de cave en grenier…

Au matin du mercredi 27, les paras étaient maîtres de la situation, mais à quel prix ! Dans l’une des compagnies, les hommes commencèrent les combats à 120 ; à l’aube, on y comptait 13 survivants !… Plus de 80 véhicules divers jonchaient, carbonisés, les rues du village, et environ 300 SS y avaient perdu la vie.

005« ICI FUT ARRETE L’ENVAHISSEUR »

En légende : Manhay, à l’entrée du quartier « En Pierreux », le long de la nationale, on remarque cette stèle portant un Panzer stylisé, le canon pointé vers le sol, humilié, défait. Ce monument est l’un des 26 du même type installés après enquête minutieuse aux points-limites de l’avance allemande.  (Ph. V. Collignon)

Dès lors, le reste des 3ème et 4ème Panzergrenadiere de la 2ème SS commencèrent à se replier vers le Sud, vers Bellaire, Malempré, Odeigne… Tandis que les Paras s’abritaient dans les ruines, les jeunes GI’s du 289ème R.I. (75ème D.l.) s’installaient dans d’autres ruines : celles de Grandmenil.

Alors se déchaîna l’artillerie US : sur les chemins, sur les forêts, sur les villages où se cantonnèrent désormais les Allemands à partir du 27. Pour les civils, nos concitoyens, restés attachés à leurs terres, à leurs racines, la véritable épreuve commençait. Le gel intense du jour de Noël se transforma le jeudi 28 en jours de neige et ces conditions climatiques deviendront progressivement plus rigoureuses : jusqu’à – 20° et plus de 40 cm de neige !

Nos villages, à l’écart du front, serviront ainsi de cantonnement pour abriter l’occupant ennemi. Comme celui-ci, dès le départ de l’offensive, avait reçu l’ordre de répandre la terreur sur son passage, de mitrailler façades, portes et fenêtres, là où apparaîtraient des civils, de se servir en tout et partout pour ses besoins propres, on assista à de véritables pillages.

D’abord, les habitants durent vider les lieux, corps de logis surtout, pour se réfugier dans les abris les plus inconfortables -. caves (voûtées de préférence), étables, granges, four­nils. Pendant ce temps, l’Allemand vidait les saloirs, car en décembre chacun ou presque avait déjà « tué le cochon », les garde-manger pleins de conserves (les wecks !) de l’été -. légumes, fruits, œufs…

Les draps de lit servirent de camouflage aux combattants et à leurs véhicules ; les meubles furent éclatés afin de servir de combustible ; les garde-robes complètement vidées… et, sans cesse, ils réclameront du schnaps ! Certaines sacristies de nos églises furent même dépouillées de leurs vêtements sacerdotaux.

Dans les caves les plus solides, les familles tentaient de se regrouper afin de mieux se réconforter : à Odeigne, chez Toussaint, on compta jusqu’à 92 personnes. On y dormait sur les provisions de pommes de terre, on s’éclairait à la bougie… quand on en avait ! Pas d’eau cou­rante : il fallait, au risque de sa vie, courir jusqu’à la «pompe»; pas de chauffage, sinon quel­quefois au moyen d’un poêle-colonne dont l’évacuation s’avérait hasardeuse; plus de méde­cin, de soins, d’hygiène, de toilettes… Et cette odeur nauséabonde ! Et les pneumonies ! Et la gale ! Et la dysenterie… On y naissait ! On y mourait aussi… !

Les portes devaient rester closes sans quoi on risquait de voir dégringoler une grenade; par crainte des scrapnels, les soupiraux avaient été bouchés au moyen de tas de bois ou de fumier… L’air y devenait irrespirable.

Pour tenir le coup, on récitait le chapelet ou plutôt des dizaines de chapelets, que l’on criait au ciel dans un appel tragique. Et les vœux d’aller en pèlerinage si… A l’extérieur pleuvaient les obus US; les incendies se déclaraient.- il fallait alors évacuer en toute hâte les caves menacées et surtout retrouver ailleurs une place de plus en plus problématique : le nombre d’abris diminuant au fil du temps.

Ainsi vécurent nos populations dans le plus misérable des dénuements, sans aucune nouvelle du front, ni des membres de leurs familles dispersées, ni du nombre des disparus, des civils tués ou blessés, amis et voisins.

De leurs tombeaux, elles écoutaient le bruit de la guerre : les explosions, le sifflement des bombes et des obus, le piqué des avions, le crépitement des incendies, le hurlement des blessés, l’agonie des animaux enchaînés… Et par-dessus tout, la peur, l’angoisse, le déses­poir, l’inconnu. »

La Petite Gazette du 13 septembre 2006

MANHAY, DECEMBRE 44 – JANVIER 45, DES SENTIERS DU DESESPOIR AUX CHEMINS DE L’ESPERANCE

Retrouvons, pour la dernière fois dans le cadre de ce feuilleton d’été, M. Victor Collignon, de Manhay,  qui nous a raconté les événements qui marquèrent la commune de Manhay durant l’Offensive.

« Et se leva l’aube du 3 janvier 45 : la reconquête

Depuis le jour de Noël, les alliés avaient regroupé leurs forces, méthodiquement, mas­sivement. La date du 3 janvier avait été choisie comme celle de la contre-offensive sur toute la largeur du front Nord.

La nationale 15 délimitait deux forces de l’armée US qui allaient se déployer ; à gauche de cette route devaient progresser les 3ème D.B. et 83ème D.I., à droite les 2ème D.B. et 84ème D.l., chaque division étant elle-même scindée en « Combat Command » En face de ce Vllème Corps se trouvait le gros de la 2ème SS ainsi que la 12ème Volksgrenadiere Div. devant Malempré et le 560ème V.G.Div. devant Odeigne.

Et le 3 janvier, précédée par un déluge de feu, l’armée US s’ébranla à partir des lisières Nord du front. Dès cet instant, l’ennemi se fit menaçant envers les civils, les invitant à évacuer les villages, en dépit de la neige et du froid, du trafic intense, des balles, des mines, des obus. On vit ainsi, le long des chemins, se traîner vers le Sud des dizaines de nos vieillards, de nos femmes et de nos enfants, par­fois déchaussés ou à peine vêtus, pataugeant dans trente ou quarante centimètres de neige par un froid glacial de -20°, à bout de forces, à bout de tout.

En ces journées de com­bats, au plus profond du déses­poir de  nos concitoyens,  une étincelle, pourtant, va jaillir, une petite étoile naissante va s’élever timidement d’abord, pour aller rejoindre celles des bannières alliées se profilant sur les versants de nos collines.

La marche en avant était déclenchée : une vague déferlante de jeunes héros, les GI’s, allait bousculer impitoyablement la « glorieuse », l’arrogante « Das Reich » et ses divisions d’assistance. Au mépris de tout danger, ces soldats vont faire de leurs corps des instruments de victoire à force de courage, de volonté et d’abnégation.

Cependant, ces combats seront très violents. Les Allemands, en particulier les SS, humiliés dans leur impuissance appréhendant déjà pour eux la fin du rêve, vont mener une lutte sans merci, retardatrice de leur défaite, de maisons en hameaux, de forêts en villages, de collines en vallées. Gare aux civils qui croiseront leur retraite, leur hallali ! Beaucoup d’entre eux y laisseront la vie.

Ce fut le bataillon Kraag (Reconnaissance) de la 2ème SS qui se replia le dernier des envi­rons du Fond de la justice, pressés par les T.F. de Hogan, Lovelady et Mac George, vers les hau­teurs de Fraiture le samedi 5 janvier alors que Malempré avait été libéré le 3. Lamormenil sera libre le 6, tout comme Odeigne d’ailleurs où l’on découvrira toute l’horreur d’une tragédie qui enlevait à la tendresse des leurs, 32 victimes civiles et dont le mémorial révèle à jamais le sta­tut de village martyr. Enfin, le 7, Dochamps verra poindre l’aurore de sa délivrance.

Le bilan s’avérait, pour la plupart de nos villages, littéralement catastrophique : outre les morts, les blessés, les disparus, les prisonniers, la plupart des maisons étaient inhabi­tables et souvent, on y aménageait une seule pièce de séjour à grand renfort de planches, de cartons ou de tôles ondulées; des chemins impraticables criblés de cratères d’obus ou de bombes, remblayés grossièrement au moyen de carcasses de jeeps, douilles, bovins et même… de corps de soldats allemands !

Des mines sournoises dissimulées tous azimuts : sur les cadavres, dans les champs et les chemins, contre des arbres, dans des véhicules abandonnés.

Et toujours l’artillerie, allemande maintenant, continuait de pilonner les dernières mai­sons restées debout.

007Sur cette plaque commémorative, on peut lire : « En hommage aux soldats du 3e bataillon du 517e Régiment d’infanterie parachutiste qui, sous les tirs de l’artillerie et dans un combat héroïque, ont repris Manhay dans la nuit du 26 au 27 décembre 1944. »

Heureusement, des communes amies, tant flamandes que wallonnes, firent la preuve de leur solidarité en nous envoyant du mobilier, des vêtements ou des vivres.

Finalement, la vie reprit son cours timidement, progressivement. Obstinément, l’Ardennais se mit à reconstruire. L’arc-en-ciel s’était levé ; désormais, il rayonnait sur nos villages. Nos sentiers de désespoir, sous les couleurs des « Stars and Stripes » s’étaient mués en force d’Espérance. Et de notre Liberté ! »

Un immense merci à M. Victor Collignon et  à l’Administration communale de Manhay.

UN B-17 S’ECRASE A ROTHEUX, LE GENERAL CASTLE ETAIT A BORD…

La Petite Gazette du 24 septembre 2008

ENCORE UNE FORTERESSE VOLANTE, A ROTHEUX CETTE FOIS

C’est Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, qui l’évoque et je l’en remercie.

«On a déjà beaucoup écrit sur les forteresses volantes de Ramelot et de Yernée. Jusqu’à présent, à ma connaissance, personne n’a encore évoqué l’histoire du B17 qui s’est écrasé dans le bois du Trixhosdin, à Rotheux. En 1944, j’étais un tout jeune gamin et j’habitais dans une villa située à côté du château de la famille de Schaetzen, au bout de Rotheux, plus précisément au hameau du Trixhosdin. L’avion américain s’est écrasé une nuit de 1944 (j’ignore la date exacte) à moins de deux kilomètres de chez nous, en pleine forêt. Je pense qu’aucun membre de l’équipage n’a survécu.

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Voici une photo de l’un des quatre moteurs qui s’est arraché de l’aile suite à la violence de l’impact.

Ce cliché a été pris 2 ou 3 jours après le crash. Il me serait agréable que l’un de vos lecteurs m’en apprenne plus sur cet événement qui a marqué mon enfance en endeuillant l’aviation US. »

Aux spécialistes, amateurs et témoins des faits de jouer maintenant…

La Petite Gazette du 1er octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Monsieur Rik Verelle, de Bomal s/O, est, vous l’avez déjà constaté, un véritable passionné de l’aviation de la Seconde Guerre Mondiale. Il n’a pas traîné pour mener des recherches afin de répondre à la question posée par Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, à propos de ce B-17 qui s’est écrasé à Rotheux. C’est donc au Musée de l’Armée au Cinquantenaire à Bruxelles qu’il a mené sa minutieuse et fructueuse enquête. Durant deux semaines, nous allons découvrir ses passionnantes découvertes et tous les documents qu’il a pu rassembler.

« Le matin du dimanche 24 décembre 1944, les Alliés envoyèrent leur plus grande armada volante de toute la Seconde Guerre mondiale contre l’Allemagne. La mission 760 ne comptait pas moins de 2034 bombardiers lourds américains, 376 bombardiers moyens américains, 1157 chasseurs-bombardiers américains, 1100 chasseurs-bombardiers britanniques et 853 chasseurs d’escorte américains. L’objectif fut constitué par  les aéroports et les systèmes d’approvisionnement des Nazis et avait comme but de briser l’offensive Von Rundstedt dans les Ardennes.

487-gp-en-formation  Le 487 GP en formation

En Belgique le ciel était clair et illuminé par une couche de neige de quelque 40 cm d’épaisseur. L’Angleterre était, elle, enveloppée par un brouillard épais. Quant à l’objectif en Allemagne, il était couvert par les nuages.gen-castle-en-nov-1944 Le Général Castle en 1944

Le Général Frederick W. Castle, commandant de cette formation gigantesque, avait pris place dans le 1er avion qui était le bombardier surnommé « Treble Four ». Il s’installa à droite du Lieutenant Robert W. Harriman qui pilota le bombardier. « Treble Four », l’avion de tête donc (Pathfinder) qui avait la responsabilité de maintenir l’itinéraire, de trouver et de marquer l’objectif avant que la masse ne lâche ses bombes.

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1Lt Robert Harriman 

 

« Treble Four », une forteresse volante du type B-17G américain avec le N° de série 44-8444, appartenait au 836 Squadron du 487 Bomb Group de la 8 US Army Air Force. Ce 487 Bomb Group était basé en Angleterre à Lavenham Airbase depuis le 5 avril 1944. Le « Treble Four » était un bombardier tout neuf qui  partait pour sa première mission de combat.
La 487 Bomb Group, qui fut intégré dans l’offensive du 24 décembre 1944, décolla de Lavenham à 9 heures pour se retrouver au-dessus d’Ostende (check point 2) vers 11.30 h., toujours en train de grimper. A 12.23 h. la formation arriva au check point 3 à son altitude opérationnelle de 22.000 pieds, alors il se scinda en trois sous-groupes pour se diriger vers trois objectifs différents.

Les chasseurs escorteurs américains n’avaient malheureusement pas encore rejoint l’armada des bombardiers, les laissant par conséquent sans protection rapprochée.
Vers 12.29 h. l’avion « Treble Four » constata une fuite d’huile au moteur n° 1 et une forte diminution de sa puissance. Le Général Castle décida alors de remettre le commandement à son député et de quitter la formation puisque le bombardier ne savait plus suivre. Le pilote glissa l’appareil vers la gauche et le bas et l’offensive continua sans le « Treble Four ».
A 12.30 h. trois chasseurs-intercepteurs allemands du type FW-190 attaquèrent la formation sur le flanc gauche. Suite à cet incident et malgré les difficultés techniques le Général décida d’essayer de continuer quand même de rattraper la formation et d’en reprendre le commandement. En vain car « Treble Four » manqua de puissance et il s’éloignait de plus en plus de la formation. Comme tous les bombardiers isolés de leur formation, il devint une proie facile pour la chasse allemande. » A suivre…

La Petite Gazette du 8 octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Comme promis, retrouvons la suite du récit de la chute de cet avion à Rotheux que Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, a pu établir grâce à ses recherches minutieuses.

A 12.32 h., au-dessus d’Amay et toujours à 22.000 pieds d’altitude, le « Treble Four » subit d’abord une attaque d’un chasseur isolé qui blessa le 1Lt Procopio, navigateur, puis de nouveau par trois autres FW-190 venant de droite.

Avec les moteurs N° 1 et 2 en feu l’appareil était condamné et le pilote 1Lt Harriman ordonna à l’équipage de sauter, ce qu’il fit à 12.36 h. Le 1Lt Harriman assisté par le Général Castle restèrent à bord et s’efforcèrent de diriger le bombardier vers un champ ouvert dans l’espoir d’épargner les troupes alliées et la population en dessous d’eux. C’est d’ailleurs pour la même raison que les bombes ne furent pas larguées malgré que l’avion ait pris feu. A 12.37 h., à quelque 12.000 pieds d’altitude, un réservoir de carburant éclata et arracha l’aile droite. C’est à ce moment que l’avion partit en vrille violente (une chute en spirale qui le rend totalement incontrôlable).

Selon des témoins « Treble Four » se désintégra en quatre parts durant sa chute mortelle et la partie nez cockpit toucha la terre dans une zone boisée en position inversée, ne laissant pas la moindre chance au 1Lt Harriman ni au Général Castle. Les bombes, toujours à bord, explosèrent à l’impact. Il était 12.50 h.
Lieu du crash : la partie avant de l’avion comprenant nez, carlingue, aile de gauche et soute à bombes tombèrent à 300 mètres du château d’Englebertmont et la ferme Sotrez à environ 1 Km au sud de Rotheux-Rimière et évita de toute justesse le hameau de Trix Hosdin; les débris  couvrirent une zone de quelque 200 mètres. L’aile droite fut retrouvée sur le cimetière de Nandrin, le fuselage tomba au lieu dit  La Croix André, et la queue fut retrouvée à 1 Km au sud du crash site principal.

queue-de-treble-fourQueue du Treble Four  
Des huit membres d’équipage qui avaient sauté en parachute, trois ne survivront pas: 1Lt Rowe Claude L. (co-pilote, mais mitrailleur de queue pour cette mission) fut mitraillé en plein air sous son parachute par un avion allemand.

1-lt-rowe

Le Sgt Swain Lawrence H. (opérateur radio, mitrailleur) s’écrasa près de Moulin car son parachute avait pris feu, et le 1Lt Procopio Bruno S. (navigateur radar) mourut à l’hôpital de Liège des suites de ses blessures (visage brûlé, huit balles dans la jambe droite, pied gauche fracassé).

Les cinq autres membres survivrent au désastre (Capt Auer Edmond F., navigateur – 1Lt Biri Paul L., bombardier – Mac Arty Henry P., navigateur – Sgt Hudson Lowell B., mitrailleur de flanc – Sgt Jeffers Quentin W., ingénieur mitrailleur).

Ceci confirme les témoignages des troupes américaines qui ont compté six parachutes avant la chute de l’avion, et un septième au moment où l’avion partit en vrille. Les corps des deux pilotes, le 1Lt Harriman Robert W. et le Général Castle Frederick W., furent complètement désintégrés par l’explosion, et on ne retrouva que des restes de viscères et des lambeaux de chair éparpillés parmi les morceaux de métal.
Leurs restes furent enterrés d’abord au château d’Englebertmont, et puis transférés au cimetière américain de Henry-Chapelle au Nord-Est de Liège. Le corps du Sgt Swain L. H. fut également enterré à Henry-Chapelle.

 

La perte de « Treble Four » fit l’objet du rapport  MACR N° 11552 dans les anales du 8 US Army Air Force.

Le 487 Bomb Group avec ses trois escadrons, le 836, 837 et 838, fut opérationnel du 5 avril 44 au 21 avril 45. Pendant cette période il effectuera 185 missions (6021 sorties), il larguera 14.641 tonnes d’explosifs, il perdra 57 bombardiers et 230 hommes, et il aura détruit avec certitude 22 chasseurs allemands, 6 probables, et 18 endommagés. »487-gp-en-action

 

 

 

 

Le  487 GP en action
Références :

  1. http://www.geocities.com/pmwebber/castle_treble4.htm
  2. http://www.487thbg.org/
  3. http://mighty8thaf.preller.us/

Merci pour cette formidable enquête.

Monsieur Baudouin Lejeune apporte également une information : « Suite à la demande de  M André Doppagne sur la forteresse volante de Rotheux, je signale que l’équipage a sauté sur le village de Fraiture en Condroz, un monument est érigé à la rue du Tilleul. »

UN HALIFAX TOMBE A MARCHE-EN-FAMENNE LE 4.11.1944

La Petite Gazette du 14 septembre 2016

UN HALIFAX EN FEU SURVOLE MARCHE-EN-FAMENNE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur Michel Lecarme, de Marche, se souvient et raconte :

« Le 4 novembre 1944, un Halifax en feu, piloté par le Captain Berry, survole Marche-en-Famenne. Le capitaine ordonne à son équipage de sauter, il y aura deux survivants ; lui, a décidé de rester aux commandes et de tenter un atterrissage sur ce qu’il pense être une belle prairie. Cependant, au centre de celle-ci, coule le ruisseau de la Folie… qui aboutit à la propriété des frères franciscains.

Cet endroit s’appelait « les promenades de saint Antoine », il était très connu et très fréquenté par les Marchois.

L’avion, stoppé par les terres molles des berges, s’enfonce et brûle complètement. Les débris créent un bouchon sur le ru et, quelques années plus tard, ceux de ma génération ont bien connu « l’Etang de l’Avion » !

Les corps calcinés de ces Anglais ont pu être récupérés, ils sont tous ensterrés ensemble au cimetière anglais de Menil Favay, près de Hotton.

Après la guerre, des ferrailleurs ont récupéré tous les débris de cet Halifax mais, d’après la rumeur, ils n’auraient pu sortir, de l’étang qui s’était alors formé à cet endroit, tous les moteurs…

Pour moi, ce pilote est un héros car, s’il avait abandonné l’avion, celui-ci serait tombé en flammes sur notre ville causant peut-être des victimes civiles en plus…

Le 4 novembre 2004, exactement 60 ans après ce crash, nous sommes allés, le frère du pilote et moi-même, sur les tombes de cet équipage, jamais je n’oublierai !

La commune de Marche a bien changé depuis cette date fatidique : le ruisseau a été canalisé et passe désormais sous la Nationale 4, le zoning a été construit et, dernièrement, un parking pour poids lourds a été aménagé à l’endroit exact de ces faits.

J’ai toujours pensé que nous devions notre liberté à tous ces soldats alliés qui ont donné notre vie pour nous. Je pense tout simplement que les autorités communales pourraient ériger une stèle ou donner un nom à ce parking afin de rappeler à tous le sacrifice de cet équipage, surtout pour empêcher l’oubli ! »

Avez-vous, vous aussi le souvenir de ce spectaculaire atterrissage d’un Halifax en flammes ? Nous confierez-vous vos souvenirs ? Existe-t-il des photos des débris calcinés de cet avion ? Nous les montrerez-nous ? J’exprime le vif souhait de pouvoir compléter cet intéressant témoignage grâce à vos souvenirs ou documents. Merci d’avance de bien vouloir nous les confier.

La Petite Gazette du 28 septembre 2016

A PROPOS DE CE HALIFAX TOMBE A MARCHE LE 4 NOVEMBRE 1944

Monsieur José Paquet, de Bourdon, s’est passionné pour ce sujet évoqué par M. Lecarme, il m’écrit avoir passé deux journées formidables à chercher, dans les archives accessibles grâce à internet et sur le terrain, et à … trouver.

« Cet Halifax III est le MZ933, code MH-W de la 51e escadrille.

Son équipage comptait sept membres:

Berry L./Burrows D.E./Cantle A.B./Davis J./Gunning E.C./Hinchcliffe P.C./Williams N.
Tous décédés suivant la base de donnée http://www.aircrewremembered.com/homepage.html Ce qui est faux car Davis J. et Hinchcliffe P. ont survécu! Ils ne sont pas dans la base de donnée du Commonwealth War Graves Commission http://www.cwgc.org/
Mon correspondant s’est ensuite rendu au cimetière du Commonwealth à Hotton où, dans la rangée II/E de 8 à 12, il a photographié les cinq tombes que vous découvrirez ci-dessous.

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Monsieur Paquet a poursuivi ses recherches et, s’il n’a pas découvert de traces relatives à  Davis J., il a pu trouver un témoignage écrit par  Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A). Je vous propose de découvrir ce témoignage dans sa version originale :

Written by Peter Hinchliffe (Huddersfield U3A) – Published on September 15, 2006 10:10 AM

Peter Hinchliffe introduces the rightfully famous Peter Hinchliffe.

Hes quite a man, this Peter Hinchliffe. How about this for a list of achievements?

* Navigator on Halifax bombers during the war. Bailed out after being shot down over Belgium on his 15th mission. Returned to UK and went on another 22 missions.

* Author and translator of military biographies and histories. His books are appreciated world-wide.

* Peace-time fighter controller in the RAF.

* Worked for the British Military Government in Berlin after the war.

* Diplomatic work.

* School teacher.

No wonder he was awarded the Order of the British Empire!

Allow me now to set the record straight. I am not writing about myself. I am not the Peter Hinchliffe with the distinguished military record, the author, diplomat, and teacher.

I’m Peter Hinchliffe the journalist, a chap whose achievements are all too modest when set beside those of THE Peter Hinchliffe who lives near Rye in East Sussex.

Recently I have received e-mails from people who mistook me for that Peter Hinchliffe, the author/translator of such books as Betrayed Ideals: Memories of a Luftwaffe Fighter Ace, The Other Battle: Luftwaffe Night Aces versus Bomber Command and Enemy in the Dark – The Story of a Night Fighter Pilot.

Time, I thought, for a telephone chat with the worthily well-known Peter Hinchliffe.

Peter Hinchliffe, now in his late 70s, was amused to receive an unexpected call from Peter Hinchliffe.

And would you believe, he has connections with the town where I live, Huddersfield in Yorkshire. What else would you expect of a man with a surname associated with the Holme Valley in written records dating back to 1307.

Peters father, James, was born in Holmfirth and was badly wounded at Gallipoli during World War One. His wife died in a flu outbreak following the war.

James re-married and Peters mother was from Nottingham. The family moved to Merseyside where Peter won a scholarship to Wirral Grammar School. Huddersfields own Harold Wilson, three-term Labour Prime Minister, was head boy at Wirral GS while Peter was a pupil.

Peter was a member of 51 Squadron based at Snaith in Yorkshire during the war. He was a navigator on Halifaxes, flying on bombing missions to Germany, France and Holland.

In November, 1944, his plane was shot down over Belgium while returning from a raid on Bochum near Essen. Five of the crew were killed but Peter and another airman managed to bail out. Fortunately they landed in a section of Belgium which had been retaken by American troops and were soon repatriated to UK.

Peter stayed on in the RAF after the war, flying airlift relief missions to Berlin during the Cold War days when the Russians were blockading the city.

He left the Air Force in 1948, studied to be a teacher, then lived and taught in Dewsbury.

He was on the staff of Thornhill Secondary Modern School. I was a pupil at that school for one year – but that was four years before Peter arrived.

A snotty-nosed 11-year-old and a teacher, both called Peter Hinchliffe, would have made for some jolly confusion.

Peter eventually re-joined the Air Force with the rank of Flight Lieutenant to be an air traffic controller in Germany.

Because of his fluency in German he was eventually offered the chance to work in the British Military Headquarters in Berlin, then later to join the Foreign Office staff and undertake diplomatic work up to his retirement.

Having been shot down by a German night fighter it would not be surprising if Peter had born a life-long resentment against the Luftwaffe. Just the opposite. He has a respect for the skill and bravery of enemy aircrew caught up in a conflict that was not of their making.

He has translated the reminiscences of Luftwaffe pilots and turned them into books, the most recent being The Lent Papers.

Peter wrote a biography of Heinz-Wolfgang Schnaufer, the most brilliant German air ace in World War Two. In 164 sorties Schnaufer shot down 121 Allied aircraft.

In 1945 he destroyed nine RAF bombers in a single day.

Flight Lieutenant Peter Hinchliffe of East Sussex is the author/translator of highly readable books. Check them out on www.amazon.co.uk

Leading Aircraftsman (National Service) Hinchliffe P is yours truly.

Vous aurez compris que le Peter Hinchliffe qui a rédigé ce texte n’est pas le Peter Hinchliffe qui appartenait à l’équipage de ce Halifax qui est tombé à Marche, mais un journaliste portant le même nom que ce pilote de la R.A.F. durant la Seconde Guerre Mondiale. Mon ami Jean s’est chargé de la traduction de la partie de ce texte qui nous intéresse le plus.

« Peter faisait partie, pendant la guerre, du 51e escadron basé à Snaith dans le Yorshire. Il était pilote sur Halifax, effectuant des missions de bombardement sur l’Allemagne, la France et la Hollande.

En novembre 1944, son avion fut abattu au-dessus de la Belgique lors du retour d’un raid sur Bochum près d’Essen. Cinq membres d’équipage furent tués mais Peter ainsi qu’un autre aviateur réussirent à s’éjecter de l’avion. Par chance, ils ont atterri dans une partie de la Belgique qui avait été reconquise par les troupes américaines et furent très vite rapatriés en Angleterre.

Peter resta à la RAF après la guerre, effectuant des missions de sauvetage à Berlin pendant la guerre froide quand les Russes bloquèrent la ville. Il quitta la Force aérienne en 1948, étudia pour devenir professeur, ensuite vécu et enseigna à Dewsbury (…)

Peter a finalement rejoint l’armée de l’air avec le rang de Lieutenant pour devenir contrôleur aérien en Allemagne.

Grâce à sa maîtrise de l’allemand il lui a été donné la chance de travailler au QG à Berlin ; ensuite, de rejoindre le personnel du Ministère des affaires étrangères et de travailler dans la diplomatie jusqu’à  sa retraite. 

Ayant été abattu par un chasseur de nuit allemand il n’aurait pas été surprenant que Peter ait entretenu un ressentiment perpétuel contre la  Luftwaffe. Tout au contraire, il manifestait un respect pour l’habileté et le courage avec lequel un équipage ennemi rattrapait le retard dans un conflit qui n’était « pas leur fabrication » (their making ?)

Il a traduit les réminiscences de pilotes Luftwaffe et les a rapportées dans des livres, le plus récent étant « les Papiers prêtés ».

Peter a écrit une bibliographie de Heinz-Wolfgang Schnauffer, l’as allemand le plus brillant de la Seconde Guerre Mondiale. En 164 sorties, Schnauffer a abattu 121 avions alliés.

En 1945, il détruisit 9 appareils de la RAF en une seule journée.

Le Lieutenant Peter Hinchliffe du Sussex est l’auteur et le traducteur de livres trèsaccessibles.

Consultez- les sur www.amazon.co.uk »

 

Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, s’est également manifesté car vous connaissez sa passion pour pareil sujet :

« Bien sûr je connais le cas de la chute de ce bombardier tombé le 4 novembre 44 à Marche-en-Famenne.
Il s’agit d’un quadrimoteur britannique du 51 Squadron, immatriculé MZ.933. Il était un de 720 bombardiers expédiés vers Bochum (une ville industrielle importante dans Ruhrgebiet en Allemagne) et dont 28 appareils n’allaient plus revenir.

Ce crash au rond-point de « La Pirire » à Marche-en-Famenne se solda par la mort de 5 hommes (enterrés à Hotton), et deux rescapés, dont un deviendra enseignant, écrivain et même diplomate.

Je suis heureux d’avoir croisé Monsieur Michel Lecarme qui m’a fourni des infos importantes. Ensuite, j’ai analysé les faits, et les ai consignés dans un article de 12 pages (photos y comprises), qui sera publié dans les annales du Cercle Historique de Marche-en-Famenne-Rendeux-Hotton dont la publication est annoncée pour la mi-décembre 2016. »

Nous reviendrons alors sur le sujet après l’édition de cette excellente publication annuelle, dont La Petite Gazette se fait régulièrement l’écho.

 

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE LE 15 JANVIER 1940, PENDANT LA DRÔLE DE GUERRE?

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

Une lectrice d’Andenne, mais originaire de La Barrière, à quatre kilomètres de Basse-Bodeux et à cinq de Neufmoulin, m’écrit à propos d’un dramatique épisode de la mobilisation, car elle voudrait savoir si quelqu’un pourrait l’aider à comprendre ce qui s’est passé ce jour-là.

« A la mobilisation, il y a eu un malheureux incendie dans les baraquements aménagés en dortoirs pour les soldats mobilisés. Il y a eu beaucoup de soldats atteints de graves brûlures, d’autres ont été brûlés vifs, d’autres encore sont morts plus tard des suite de leurs blessures.

Pendant la mobilisation, les soldats étaient soumis à des exercices d’alerte. J’habitais alors avec mes parents le long de la route provinciale n°23, celle-ci était minée de part et d’autre. En cas d’alerte, quatre soldats gardaient la route, prêts à déclencher les mines.

La nuit de l’incendie, vers deux heures du matin, mes parents ont été réveillés par un soldat, celui qui gardait le deuxième point miné et qui leur demandait à téléphoner puisque la ligne militaire était coupée !

Je me souviens que les ambulances transportant les brûlés vers Liège ont eu des accidents en tombant dans les trous ouverts dans la route. Quelle catastrophe !

On connaissait beaucoup de ces mobilisés, le baraquement abritait beaucoup d’infirmiers, mais aussi des Chasseurs ardennais.

Je crois bien qu’il y a eu trois morts dans l’incendie et 30 ou 40 blessés, que sont-ils devenus ? J’aimerais le savoir »

Quelqu’un pourra-t-il nous apporter des précisions sur ce drame survenu peu de temps avant le 10 mai 40 ? Tous les renseignements ou souvenirs en votre possession nous intéressent au plus haut point. D’avance, je vous remercie chaleureusement de bien vouloir nous les communiquer.

La Petite Gazette du 28 juin 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

En réponse à la lectrice d’Andenne qui vous questionnait à ce propos il y a trois semaines, Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, qui possède une documentation manifestement fort bien classée, m’a transmis quelques renseignements intéressants :

« Les Annonces d’Ourthe-Amblève du 9 septembre 1998 ont évoqué ce dramatique événement survenu à Basse-Bodeux, dans la nuit du 15 janvier 1940, et au cours duquel quatre soldats belges périrent carbonisés, dans l’incendie de leurs baraquements militaires, installés, à l’époque, à l’entrée du village, entre les maisons Hourand et Vauchel, brasier provoqué par du charbon incandescent tombé d’un poêle. Une quinzaine d’autres soldats furent gravement brûlés.

Ce douloureux épisode de la phase D de la mobilisation (qui avait débuté le 14 janvier, pour se terminer le 10 mai 1940, par la phase E, c’est-à-dire la mobilisation générale) fut rappelé naguère, poursuit mon correspondant, par « Le Jour/ le Courrier » du 22 mai 1999. Ce quotidien précisait que des braises échappées d’un poêle mirent le feu à de la paille qui servait de matelas à certains soldats et que, en quelques instants, une centaine d’hommes se ruèrent vers l’unique sortie du baraquement, une porte qui ne s’ouvrait que vers l’intérieur ! Encore heureux, ajoute le journal verviétois, que d’autres soldats aient eu la présence d’esprit d’écarter du lieu du sinistre un camion chargé d’explosifs ».

Grâce aux archives de M. Jacquemin, nous avons déjà quelques indications sur la version « officielle » de la tragédie, mais, insistant sur la demande de ma lectrice d’Andenne, mais originaire de La barrière, entre Basse-Bodeux et Neufmoulin, j’aimerais beaucoup, si c’est possible, recueillir le témoignage de ceux qui ont vécu cet événement tragique. Mon vœu sera-t-il exaucé ?

La Petite Gazette du 23 août 2000

QUE S’EST – IL PASSE A LA BARRIERE ?

   De très intéressantes communications me sont parvenues suite à la parution de la version officielle de ce drame de la mobilisation.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, fait tout d’abord la précision suivante : « Il ne s’est rien passé à « La Barrière » qui est un lieu-dit à environ 4 km de l’endroit (Basse-Bodeux, grand-route) où se sont déroulés les tristes événements relatés.

Habitant à une quinzaine de mètres des portes d’entrée des baraquements militaires en question, j’ai eu le triste privilège d’assister au déroulement complet de toute cette tragédie. Vers 4H30, ce 15 janvier 1940, nous avons été, mes parents et moi-même, éveillés en sursaut par de nombreux cris. Plusieurs soldats se trouvaient déjà près de la maison, certains en pyjama, d’autres pieds nus ; or, il faisait très froid. Les plus démunis sont entrés dans la maison. Très vite, les flammes ont embrasé toute la toiture, le feu s’étant propagé à une vitesse incroyable, bien alimenté par la paille qui couvrait le sol et attisé par l’ouverture des lucarnes tenant lieu de fenêtres. Comble de paradoxe, les portes du sas de sortie s’ouvraient vers l’intérieur. Venant du brasier, on entendait des cris de terreur, accompagnés par une fusillade ininterrompue ; les cartouches qui éclataient ajoutaient encore au côté sinistre du drame.

Entretemps, les premiers blessés étaient sortis et étendus ; pour les plus graves, dans notre hall d’entrée ; ils ont été transportés ensuite à la clinique de Trois-Ponts et à l’hôpital militaire de Liège. Pendant que se déroulaient ces péripéties dans un affolement indescriptible, un soldat blessé sérieusement a réussi à éloigner un camion d’explosifs stationné près du premier baraquement en feu. Il fut d’ailleurs décoré pour son acte de bravoure. Malheureusement, quatre hommes étaient restés dans les flammes et on eut à déplorer une quinzaine de blessés sérieux. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, vient compléter ce récit :

« Mon père qui était militaire de carrière au 3e Chasseurs Ardennais était ce jour-là dans le baraquement. Il avait son logement chez M. et Mme Dahmen, près du magasin Vauchel. Il était chauffeur et faisait des missions qui, parfois, l’amenait à rentrer tard et, pour ne pas déranger ses hôtes, il dormait alors dans le baraquement. Le jour du drame, il était rentré vers minuit et tout était calme. Je sais qu’il disait qu’il était sorti dans les premiers, parce que tout habillé, pas bien endormi et près de la porte. Le camion, un G.M.C., bâché et chargé de munitions, était le sien, il l’a aussitôt éloigné sachant le danger qu’il représentait. »

Lors d’une prochaine édition, nous suivrons ces correspondants et Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, dans l’analyse des causes de ce drame qui, selon eux, n’a absolument rien à voir avec la version officielle. A suivre donc…

La Petite Gazette du 30 août 2000

QUE S’EST-IL PASSE A LA BARRIERE PENDANT LA MOBILISATION ?

   Après avoir suivi mes correspondants dans la relation des faits survenus ce 15 janvier 1940, nous parcourons, aujourd’hui, leur analyse des causes qui, vous allez vous en rendre compte est bien différente de l’analyse officielle des autorités.

Monsieur Roger Hourand, de Basse-Bodeux, voisin des baraquements abritant les soldats en 1940, nous dit que : « selon la version officielle, le feu a été provoqué par un charbon ardent tombé d’un poêle ; à partir de maintenant, j’emploierai le conditionnel, car il m’est impossible d’apporter la moindre preuve à ce qui va suivre. Les faits que je citerai nous ont été rapportés par des soldats que nous avons hébergés pendant les mois qui ont suivi. Il s’agirait d’un incendie criminel ; le feu aurait été mis par un soldat originaire des cantons de l’Est, qui occupait un nid de mitrailleuse se trouvant sur la butte de la route du moulin. A l’inventaire du stock de matériel de ce poste, on aurait découvert qu’il manquait cinq mètres de « mèche lente ». Ce soldat aurait été arrêté au mois de mars, incarcéré à Anvers, probablement à Breendonk, et traduit en Conseil de Guerre. Les versions sur la suite divergent, car n’oublions pas que nous vivions à ce moment une « drôle de guerre ». Nous étions neutres et on évitait de heurter l’ennemi qui était à nos portes. »

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, fils d’un des soldats présents dans le baraquement, nous rapporte ce qu’en disait son papa :

« Pour mon père, l’incendie était d’origine criminelle. Ce point reste cependant très vague dans ma mémoire, mais je me souviens des grandes lignes. Il y aurait déjà eu un incident quelques jours avant ; déjà une histoire de feu… Il y avait des coïncidences, des comportements étranges où il était question d’un ou deux soldats de Saint-Vith ou des environs. »

Monsieur Gaston Lafalize, de Dochamps, est , lui aussi, le fils d’un soldat qui fut hébergé dans la maison juste en face du baraquement (non loin donc de chez M. Hourand). Il se souvient que, bien après le retour de captivité de son papa, peut-être en 1955 ou 1956, il l’accompagna en visite chez ses hôtes.

« J’ai souvenance qu’à l’époque, le propriétaire nous parla de cette tragédie. Il nous confia que des enquêteurs vinrent chez lui pour obtenir certains renseignements car l’incendie paraissait suspect. Il les informa qu’il avait remarqué des allées et venues d’un autre régiment, le jour avant l’incendie et que cette attitude lui avait paru bizarre. Selon ce témoin, le soldat fut identifié et était déjà connu pour ses prises de position anti-belges. Il nia tout en bloc, mais les autorités militaires, soupçonneuses, le changèrent d’unité, mirent à ses côtés ce qu’il est convenu d’appeler un « mouton » qui se vanta lui aussi d’avoir fait des actions en faveur des autorités allemandes de l’époque. C’est ainsi qu’il se confia à celui qu’il croyait être son nouvel ami. Pendant que les soldats dormaient dans le baraquement, sur de la paille, il aurait jeté du pétrole ou de l’essence sur le poêle et aux alentours. Il fut condamné à mort et exécuté. Ceci est la version qui me fut donnée par le voisin le plus proche, qui nous assura avoir été marqué pour toujours par cette nuit d’épouvante. Ce brave témoin est, malheureusement, décédé. »

Encore une fois, grâce aux lecteurs de La Petite Gazette, la question posée par Madame Lydie Mathieu, d’Andenne, aura permis de rassembler bien des renseignements qui, s’ils n’apportent pas une réponse définitive sur cette tragédie, permettent néanmoins de l’appréhender sous un jour bien éloigné de ce qu’il convient d’appeler la version officielle, peut-être rendue nécessaire par les circonstances du moment.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

D’AUTRES PERIODIQUES VANTENT LES MERITES DE LA PETITE GAZETTE !

Les recherches que vous avez la gentillesse de mener à la demande des lectrices et des lecteurs de La Petite Gazette permettent de sauvegarder de nombreux témoignages qui, sans vous, auraient été irrémédiablement perdus. Cette démarche, mise en place par feu René Mladina, est également profitable à diverses associations ; elles le signalent et remercient…

C’est le cas de la Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais qui, dans les pages de sa revue trimestrielle « Le chasseur ardennais » (N° 202, 3ème trimestre 2000), fait largement l’écho des témoignages réunis dans La Petite Gazette au sujet de l’incendie du baraquement qui abritait de nombreux soldats, à Basse-Bodeux, en janvier 1940. « Nous avons reçu plusieurs réponses ainsi que l’aide inattendue de l’intéressante rubrique de l’historien René Henry dans trois éditions successives de l’hebdomadaire « Ourthe-Amblève ».

C’est bien sûr à vous toutes et à vous tous que s’adressent les remerciements de ces deux respectables associations.

EMMANUEL RYCKX, LE PARACHUTISTE SANS JAMBES DE VIEUXVILLE

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

A VIEUXVILLE, UN VOISIN QUE JE N’AI PAS CONNU …

Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, évoque le passé glorieux d’un grand résistant qui résida à Vieuxville. « Un voisin que je n’ai pas connu, m’écrit-il, mais dont je connais l’histoire…

« Emmanuel Ryckx, fils du Colonel Alfred Ryckx, est né le 21 juin 1902, à Bruxelles. Il a été volontaire de carrière en qualité de sous-officier, au 4e Lanciers de 1920 à 1923.

Le 1er juin 1943, il entre dans le maquis AS Ardenne avec le grade de sous-lieutenant et sera identifié sous le nom de Lieutenant Patrick.

En septembre 1944, suite à la rencontre avec Blondeel, le lieutenant Patrick (le sergent Ryckx) et neuf résistants bien décidés à poursuivre le combat en devenant parachutistes accompagnèrent les SAS et se retrouvèrent au camp de Fairford. Huit d’entre eux reçurent une formation SAS.

Emmanuel Ryckx est breveté Para le 12 octobre 1944 avec le numéro de matricule 5774 et rejoint la compagnie Para le 27 novembre 1944. Il participe à l’opération « Régent ».

ryckxLe  10 janvier 1945, il mène une patrouille Recce dans les environs de Val de Pois, sur un sentier forestier recouvert de neige, connu pour être miné et garni de pièges « bobbytraps », trois mines actionnées par des fils tendus explosent à un mètre du sergent Ryckx, qui est projeté au sol. L’ennemi ouvre le feu à courte distance, gardant son calme, Manu rallie la patrouille, riposte, met l’ennemi en fuite et poursuit sa mission.

Le 11 janvier 1945, en compagnie d’Olivier Gendebien et de de Chagny accompagnés de deux guides civils, ils sont attachés à une unité britannique qui, de Libin, doit rejoindre Arville. Après avoir traversé la Lomme, la chenillette de tête, dans laquelle ils ont pris place, saute sur une double mine.

L’équipage britannique est tué, les guides gravement blessés, de Chagny a de multiples fractures et Manu Ryckx a les deux jambes déchiquetées et un pied arraché. Il fut transporté sur une civière par un chemin forestier, sur une distance de plus d’un kilomètre et par un temps abominable, ses couvertures recouvertes de neige, jamais il ne laissa échapper la moindre plainte ; évacué, il subit une double amputation. Il sort de l’hôpital militaire le 25 juillet 1945 et est en convalescence jusqu’au 15 avril 1946, date à laquelle il est déclaré inapte et où il rentre alors dans la vie civile.

Le pilote automobile Olivier Gendebien, qui faisait partie du groupe des dix, racontait en 1977 « Le sergent Ryckx, un spécialiste des explosifs, n’avait pas son pareil pour entrainer des jeunes résistants. »

Les anciens de Vieuxville, poursuit mon correspondant, me parlaient souvent du parachutiste sans jambes, toujours de bonne humeur, dans son fauteuil roulant, accompagné de son infirmière. A la mort de son père, en 1955, Manu rentre à Bruxelles où il reprend son activité professionnelle.

Un rapport, signé du Major Blondeel, nous confirme un autre fait d’arme à son actif. Le 5 septembre 1944, avec 50 hommes AS sous ses ordres, il capture la gare de Jemelle, malgré une résistance acharnée de la part des Allemands.

Le 6 septembre, des unités blindées « SS Adolf Hitler » reprennent la gare, durant le repli, une partie du groupe voit sa retraite coupée. Ryckx, avec cinq hommes, mène la contre-attaque malgré un feu intense des blindés ennemis, ils dégagent le groupe mais doivent déplorer la perte de trois hommes. Commentaire du rapport du Major Blondeel : « Ce sous-officier a toujours montré du courage et une aptitude au commandement digne d’éloges, ayant dû souvent faire face à de grandes difficultés, il fit toujours preuve d’une détermination inébranlable pour accomplir les missions qui lui furent confiées. »

Depuis 2008, une plaque à sa mémoire a été placée sur le monument de Vieuxville. »

La Petite Gazette du 14 novembre 2012

A PROPOS D’EMMANUEL RYCKX QUI VECUT A VIEUXVILLE

Monsieur Marcel Lardin, le président fondateur de la fraternelle Royale de l’Armée Secrète du CT9, me communique un intéressant témoignage au sujet du Sergent Ryckx :

« J’ai connu personnellement la vie de cette unité en Grande-Bretagne, m’écrit mon correspondant.
Je connaissais l’histoire de ce sergent et je suis en possession d’un document écrit par son neveu que je vous adresse bien volontiers afin de compléter les informations déjà publiées :

« Déclaration du Caporal J-C Liénart, dit Popeye :

– il était en formation au sein de la Brigade Commando en Grande-Bretagne et déclare qu’un courrier reçu de Belgique lui apprend que son oncle Manu – le Sergent Emmanuel Ryckx des S.A.S. – avait été blessé à la bataille des Ardennes et qu’il était maintenant soigné à l’hôpital belge de Leamington-Spa. (UK).

– Le 31 mars 1945, j’ai obtenu une permission pour aller le voir  dit-il. Il avait, sur son scout-car, sauté sur une mine, perdu un pied, et s’était fracturé la cuisse si salement qu’on avait dû l’amputer sur place dans l’hôpital de campagne. Il avait le moral et déclarait que grâce au genou qui lui restait, il pourrait même encore jouer au golf. Transporté d’abord à l’hôpital Brugman à Bruxelles, il avait vu mes parents dont il pouvait me donner des nouvelles, puis avait été évacué sur l’Angleterre et l’hôpital belge où seul blessé présent, les troupes du Colonel Piron étant parties sur le Continent le 10 août 44, il devait être bien soigné.

– Manu, « brûlé dans la Résistance, a été enlevé par un petit avion spécial sur un terrain de fortune tenu par le maquis et s’est illico engagé dans l’unité de parachutistes belges du Capitaine Blondeel, la SAS (Special Airborne Service). Après quelques sauts, un peu d’entraînement (moins que nous !), ils avaient été expédiés sur le front des Ardennes. Là, un petit groupe était mis, à la disposition des unités de reconnaissance anglaise, comme guides supposés connaître le terrain et la langue indigène.

– Manu a atterri dans une section australienne en position dans la forêt de Saint-Hubert. C’est là qu’un jour de progression en reconnaissance motorisée, sur la foi d’un garde-forestier, la colonne s’était engagée dans un chemin du Val de Poix, soi-disant libre de mines. C’était en plein hiver, dans la neige, Manu passait de scout-car de tête en scout-car de tête, et s’asseyait sur le garde-boue avant. C’est là qu’il a été touché de plein fouet par l’explosion de la mine.

– Le 19 avril 45, j’ai pu aller le revoir juste avant de partir en opération. Il était assis sur son lit d’hôpital, au bout du lit pendait la feuille de soins sur laquelle il avait dessiné deux rondelles de saucisson. A mon regard interrogateur, il se dressa sur ses deux poings fermés, bras tendus, et me dit « Regarde, je tourne sur un très court rayon d’action… ». On lui avait amputé les deux jambes à la même hauteur. Gangrène ? Non. En prothèse il n’y avait pas de pieds articulés, rien que des jambes, alors pour la facilité on avait égalisé ! »

Merci beaucoup pour cet intéressant témoignage.

      La Petite Gazette du 5 décembre 2012

UN SOUVENIR D’EMMANUEL RYCKX…

Monsieur Rémi Delaite évoque les souvenirs qu’il a conservés au sujet d’Emmanuel Ryckx :

« Votre article sur le soldat Emmanuel Ryckx me rappelle des souvenirs lointains car j’avais 5 ans. Les Américains qui avaient délivré mon village de Redu filèrent sur Bastogne et furent remplacés par une unité anglaise qui resta plusieurs jours au village au temps des combats de Bure. Cette unité devait être assez hétéroclite  Je me souviens vaguement de deux soldats polonais interrogeant de façon assez musclée deux Allemands faits prisonniers à Tellin. Il y avait aussi quelques Français logeant chez mes grands-parents et puis un petit groupe de Belges qui faisaient de la reconnaissance. Le seul souvenir marquant pour moi fut le retour de ce petit groupe avec un blessé grave attaché sur le capot d’un véhicule, les jambes complètement déchiquetées. Serait-ce Emmanuel Ryckx ? A partir du village, cette petite unité faisait de la reconnaissance vers Saint-Hubert et Tellin-Bure.

Mon Père a parlé souvent de ce groupe où se trouvaient Olivier Gendebien et de Chagny, ceux-ci venaient chez le garde comme ils disaient (mon père étant garde-forestier).

Si ce souvenir est resté, c’est parce que Olivier Gendebien, grand chasseur, est revenu quelquefois à la maison pour dire bonjour et rappeler des souvenirs de l’époque. »

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

UN DOCUMENT INTERESSANT SIGNE EMMANUEL RYCX

Nous avons, grâce à vos souvenirs et témoignages, évoqué dernièrement la mémoire de celui que d’aucuns appelaient « le parachutiste sans jambes de Vieuxville ». Monsieur François Devegnée, de Vieuxville, revient sur cette personnalité et illustre les propos parus par un document. Il s’agit d’une lettre adressée par Emmanuel Rycx, lui-même, au Ministère de la Défense Nationale, Office de la Résistance, le 30 novembre 1956. En voici la copie :

Messieurs,

En réponse à votre lettre, j’ai l’honneur de vous faire savoir que je ne peux me souvenir de la date à laquelle mon dossier à la Résistance a été ouvert.

J’ai été grièvement blessé au combat, j’ai été amputé des deux jambes et on m’a enlevé le rein gauche. Tout ce qui a été fait, a été fait pendant que j’étais incapable de le faire moi-même.

Cependant, il doit y avoir un dossier puisque j’ai été honoré du brevet Eisenhower décerné aux titres de la Résistance de l’A.S. à quelques titulaires seulement.

J’ai également reçu une commission de sous-Lieutenant de l’A.S. à titre temporaire. Tout cela prouvant absolument qu’un dossier a été ouvert.

Pour aider aux recherches, voici les noms de ceux qui m’ont connu à l’A.S. et qui peuvent authentifier mes dires :

– Monsieur l’avocat Smolders, rue Montoyer

– Monsieur le Comte d’Aspremont-Lynden, chef du groupement des Ardennes.

Vous voudrez bien vous souvenir que Brumagne a été assassiné avec tous ses adjoints, que Tumelaire a été arrêté par les Allemands et libéré dans le Train-fantôme ainsi que le Docteur Recht. Que le lieutenant Bauchau a été blessé en combattant avec moi dans les Ardennes, mais que ces dernières personnes ont disparu sans mettre en ordre les dossiers dont ils étaient responsables.

Lors des combats dans les Ardennes, j’ai fait la connaissance du Colonel Blondeel, Commandant le régiment des Parachutistes S.A.S. sous le pseudonyme de Blund.

Pour reconnaître les mérites des combattants de notre groupe, il a accepté immédiatement d’enrôler sept d’entre nous dans le régiment de Parachutistes. Nous partîmes à l’entraînement en Angleterre.

Ceci explique aussi que je n’ai pu m’occuper moi-même de mon dossier de résistant.

Veuillez prendre en considération que j’ai quitté la Belgique le 10 septembre 1944, que j’ai été blessé le 12 janvier 1945, lors de l’offensive de Von Rundstedt et que ma convalescence a duré bien près de 10 mois enfin qu’il m’a fallu au moins deux ans pour pouvoir reprendre une vie active.

Veuillez agréer, Messieurs, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Signé : Rycx

Mon correspondant insiste sur cette réalité : « Rycx, Gendebien et de Chagny, ainsi que quatre autres A.S. ont été recrutés par le Colonel Blondeel dans nos Ardennes et enrôlés dans les parachutistes S.A.S. »

LA LIBERATION DE NOS VILLAGES EN SEPTEMBRE 1944

D’ores et déjà, je vous conseille de consulter cet article régulièrement car, durant les jours à venir, j’ai ajouterai des informations relatives à d’autres villages… A ce jour, vous lirez des témoignages sur la libération de Chevron-Stoumont, Harzé, la Haute-Ardenne, Hotton, Basse-Bodeux et Ouffet.

CHEVRON-STOUMONT

La Petite Gazette du 15 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, me communique un document tout à fait inédit qu’il a retrouvé dans les papiers de sa maman, Ghislaine Jamar de Bolsée, décédée fin 2009. Il s’agit d’un carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944. Comme le pense mon correspondant, je suis certain que vous serez intéressés par la lecture de ces notes :

« 2  septembre 1944

Le soir,  à 11 h. au moment où je montais pour aller me coucher, voilà que l’on frappe à la porte du perron : c’étaient 4 Allemands avec une auto qui demandaient à loger.

Dans l’après-midi, nous avons déjà eu une alerte car 2 autres étaient venus mais étaient heureusement repartis.

 

3 septembre 1944

Ce matin nouvel arrivage de troupes : nous devons, cette nuit, loger 40 hommes et dans le jardin de gros canons d’artillerie. Il y a un va-et-vient d’autos et d’autos-chenilles. Les Allemands sont grossiers, forts dépenaillés, fatigués.

Nous sommes privés de notre TSF qu’on ose plus faire aller. Pourtant on  continue à connaître les nouvelles, mais les opérations en Belgique restent secrètes où sont  exactement les Américains … Sans doute du côté de Bouillon Neufchâteau ?

 

4 septembre 1944

Ils sont toujours là et nous nous demandons quand ils repartiront.

Les alliés approchent. Clandestinement, on va avec mille précautions écouter le poste de TSF chez Alice car le nôtre est caché. La TSF annonce l’avance foudroyante des Américains.

Le 3, ils sont à Bruxelles avec des troupes belges et le 4 à Anvers qui est délivrée. C’est la joie, c’est l’attente angoissée et impatiente. Dans nos régions quand sera-ce notre tour ? Et l’attente paraît longue et les émissions sont écoutées avec plus d’attention que jamais.

Les Allemands finissent par partir après avoir volé fruits et légumes dans le jardin et des seaux et des mannes dans la buanderie. Ils laissent une crasse indescriptible et ont enlevé nos drapeaux américains et anglais qui étaient enfermés dans une armoire. J’ai retrouvé notre drapeau belge en morceaux dans une chambre.

Je rencontre le commandant William qui nous dit que l’ordre avait été donné d’attaquer à la grenade les boches installés au village donc surtout chez nous qui avions 40 hommes et 2 ou 3 officiers ! Mais devant les représailles terribles pour le village si cela se faisait, l’armée blanche ne l’a pas fait. Nous l’avons échappé miraculeusement… Pourtant est-ce tout à fait exact ? N’y a-t-il pas un peu de vantardise, de la part  du groupe de l’indépendance, ce  groupe qui opère pour le moment dans le village et en qui je n’ai pas pleinement confiance. Ils font des imprudences et sont assez inconscients. Les boches sont partis, paraît-il, parce qu’ils avaient eu vent de l’affaire. Je ne sais exactement ce qu’il faut croire. De plus j’apprends que réellement nous avons failli être attaqués dans le château par les blancs à cause des boches  qui y  étaient.

Nous apprenons ce jour l’arrestation sur la route à Neufmoulin de M. le chapelain de Trou de Bra  Franz Van Weezemael, un  courageux futur missionnaire qui avait remplacé l’œuvre de notre curé en son absence et qui s’occupait magnifiquement de l’armée blanche en tant que prêtre.

Nous le connaissions très bien, il venait donner souvent des leçons de flamand aux enfants et était des plus sympathiques et avait une  activité splendide. On ne sait pas grand-chose en ce qui concerne son arrestation. On sait qu’il a été malmené déjà au moment où on l’a arrêté. On l’a vu passer sur un camion c’est tout… En apprenant la chose  mon cœur se serre, et j’ai  de grandes craintes pour lui… Elles furent malheureusement fondées…

Le départ  des Allemands a été provoqué par mon oncle qui, ne pouvant garder le silence, dans l’intention de les faire déguerpir car ils n’avaient pas l’impression de savoir les alliés si près, leur  a dit qu’ils devaient partir  car les Américains étaient tout près. Les Allemands croyaient les alliés encore à Lille !… Les dires de  mon oncle  étaient une preuve qu’il avait une TSF. Les boches, ravis d’en avoir une, sont venus la lui chercher tout simplement et l’ont installée chez eux promettant de la laisser quand ils partiraient. Mais on connaît leurs promesses ! » A suivre…

La Petite Gazette du 22 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous reprenons la découverte de ce document tout à fait inédit que Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, nous a communiqué en précisant qu’il l’a retrouvé dans les papiers de sa maman, Ghislaine Jamar de Bolsée, décédée fin 2009. Il s’agit d’un carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944.

« Mardi 5 septembre 

Journée de nettoyage car la crasse laissée par eux  est indescriptible !

Mercredi 6 septembre

Le père Gilles  vient  le matin avec le commandant William de l’armée blanche voir si on ne pouvait pas faire du château un hôpital pour les blancs. Maman leur montre la grande salle à manger et le salon vert. Ils trouvent cela parfait, mais ne semblent pas être très organisés quant aux questions pratiques telles que cuisine, infirmiers, médecins etc.

Enfin ils demandent ceci, en cas de nécessité… La matinée se passe donc à déménager tout le mobilier qu’il y a dans la grande salle à manger et ce n’est pas peu de chose ! Mais le soir tout est en ordre propre et prêt éventuellement.

Nous croyons être un peu tranquilles, mais la dure semaine commençait.

Le soir vers 9 h alors que je venais d’achever de mettre les petits au lit, on frappe au perron : c’était William avec un autre de l’armée blanche dénommé « le neveu d’Alice» car il logeait là depuis quelques jours. Il pleuvait  à verse et tous les deux  étaient dégoulinants et ruisselants d’eau. Ils demandent  de pouvoir loger  à 50 la nuit.

Ils ont eu une escarmouche assez sérieuse à Villettes et, après de  grands détours sont arrivés ici ayant pris des camions allemands qu’ils installent dans le parc. Nous leur montrons les chambres au 2e étage.

William décide que 20 hommes pourront y dormir et ils arrivent… tout ruisselants, la pluie ne cessant de tomber. C’est une vision extraordinaire, tous ces hommes sans uniforme portant des vêtements fort usagés et porteurs de grands fusils. Une femme est avec  eux et porte au dos un énorme havresac. Dans la mi-obscurité, ils montent l’escalier et s’installent mais je suis épouvantée de leur manque organisation et de leur imprudence, ils n’occultent pas leurs fenêtres et de ce fait peuvent être repérés par les Allemands qui sont à leur poursuite… Ils ne mettent pas de sentinelle aux abords du château… C’est inimaginable, ils pensent dormir jusqu’au lendemain 8 h!

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Il y en a un  qui a faim, les autres ont du beurre et du pain qui ne savent qu’en faire. Tout cela ne donne pas grande confiance dans le groupe du commandant William…

Ayant installé les blancs en haut, nous estimons, avec maman qu’il est imprudent pour nous de rester au château au cas où les Allemands repéreraient les blancs et décidons d’aller loger chez  mon oncle et, à 10 h du soir, alors qu’il pleut toujours et fait un noir à ne pas voir à 50 cm devant soi, je pars seule avertir mon oncle de notre arrivée.

De suite Marguerite arrange notre installation pour la nuit alors que je retourne à la maison chercher les petits et tous nos bagages. Jean-Pierre et Nicole sont avec moi pour aider. Il faut réveiller les petits dans leur premier sommeil, ce n’est pas facile  de les habiller à la hâte dans l’obscurité à peu près. On met tout sur deux chariots des enfants et cahin-caha nous partons pour la Vieille Maison, c’est lugubre et angoissant.

Nous arrivons, et Marguerite a arrangé un  grand matelas dans le salon où j’installe mes trois gosses tout habillés. Gisèle  a un lit, ses enfants sont installés deux avec les miens. Yves également a un lit  et se rendort vite. Pierre et sa famille sont inquiets des événements. Pierre décide de veiller toute la nuit et a  peur des représailles pour le village.

Je retourne encore au château avec la servante rechercher des affaires. Là le « neveu d’Alice » me dit que je ne devrais pas partir que lui va dormir sur ses deux oreilles etc. Non vraiment je ne l’écoute pas car la prudence avec nos six petits garçons me dit de nous éloigner du château.

Il n’est pas loin de minuit lorsque, à mon tour, je m’allonge près des petits, bien inquiète et l’esprit en éveil et à l’écoute du moindre bruit.

Il va sans dire que je n’ai pas fermé l’œil. Vers 2 h du matin, j’ai été très effrayée en entendant le pas de deux hommes qui allaient chez Beauvois. Par après j’ai appris que c’était deux sentinelles blanches qui montaient la garde.

Ce fut long, j’ai entendu Pierre qui sortait dans la cour et marchait inquiet lui aussi. Enfin le jour se levait il n’y a rien eu. Pierre et sa famille s’en vont à Xhierfomont à pied estimant qu’il y a danger à cause des représailles de rester à Chevron. » A suivre…

La Petite Gazette du 29 février 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, maintenant, la découverte de ce document tout à fait inédit.

« Jeudi 7 septembre 

Dans la matinée, nous venons voir au château ce qui se passe. Des blancs sont partis, d’autres sont encore là. Ils ont laissé une crasse inimaginable.

Nous restons  chez Marguerite et y  dînons.  Peu avant midi, alors qu’on s’affairait autour du dîner, brusquement on entend des coups de feu assez nourris du côté de la Platte.

Un quart d’heure plus tard, nous voyons passer plusieurs personnes du village dans le jardin  en courant, ayant sous le bras un petit paquet qu’à la hâte, ils avaient pris.

Nous demandons ce qu’il en est,  et ils disent qu’on se bat  à la Platte, que 12 camions allemands se dirigent sur le village et que c’est la panique dans le village.

Nous restons calmes et très angoissés dans la cuisine chez Marguerite, nous surveillons toutes les allées et venues. Puis passent encore dans le jardin tous les blancs, fusils à la main et courant, je ne sais où. On en voit qui se postent dans la prairie entre chez  Targnion  et Beauvois, d’autres au carrefour sont même tout à découvert. Il y en a en uniforme de Chasseurs Ardennais, d’autres simplement en civil.

Cette fois nous descendons dans la cave, le danger approche, j’ai confiance dans la prière et nous la faisons de tout notre cœur.

On entend au loin la mitraillade. C’est à ce moment-là que j’ai eu le plus peur car réellement je m’attendais à tout moment à voir arriver les Allemands dans la cave  et Dieu sait ce qu’ils auraient pu faire…

À Grand Trixhe, ils ont tué  huit personnes  dont un enfant et de tous côtés des atrocités analogues se sont produites.

Encore une fois la prière pour nous fut un secours immense. Ma confiance était très grande et, malgré mes terribles appréhensions, j’étais très calme. Les petits avaient faim !

Petit à petit les coups de feu ont cessé et au bout d’une heure nous sommes remontés de la cave et l’appétit  fut quand même  bon ! Par après nous avons appris en effet qu’il y avait eu un engagement à la Platte entre l’armée blanche et les boches. Deux  sentinelles des blancs ont été tuées par les boches.

Les blancs ont riposté et ce fut la mitraillade et les boches  sont allés chercher   un tank, sur ce, les blancs se sont repliés et c’est alors que nous ne les avons vus apparaître dans le village.

Le tank allemand  a facilement balayé la route qui menait vers chez Schröder et le drame de la ferme Delhasse  se place à ce moment… Les boches ont incendié la ferme dont il ne reste rien. L’homme était caché dans la cave et heureusement n’a pas été découvert, La femme fut mise au mur  et attendait son 8e enfant et les sept petits pleuraient autour d’elle. C’est je crois que ce qui l’a sauvée. La nuit nous préférons encore loger chez Marguerite.

Suzanne et Pierre étaient partis, nous logeons cette nuit-là dans des lits mais par mesure de précaution encore habillés. Ce fut une nuit tranquille.

Vendredi 8 septembre 

On passe la matinée à la Vieille Maison et  nous dînons au château et l’après-midi nous ramenons nos bagages, espérant être un peu tranquille, quand au moment du souper arrivent les premiers SS.

Maman avance, un officier et un homme disent qu’ils veulent passer la nuit.

Maman leur montre le 2e qu’on n’a pas eu le temps de nettoyer.

Voyant la crasse, l’officier dit que c’est trop sale et part. Joie pour nous à cette idée. Pourtant plusieurs Allemands restent autour du château ayant l’air d’observer les alentours.

Je perçois dans le ciel vers chez Targnion une énorme boule de feu dans le ciel, une fusée sans doute.

Nous avions à peine quitté la salle du souper que plusieurs boches  l’envahissent disant que ça leur convenaient et qu’ils y boiraient le vin qu’ils avaient avec eux en grande quantité. Nous n’avons pas eu le temps même d’enlever la nappe, nous étions tout surpris de cet envahissement ; heureusement nous avions caché la TSF.

En un quart d’heure, le parc était de nouveau envahi par quantité d’autos qu’ils cachaient sous les arbres. Je cours chez mon oncle pour avoir quelques nouvelles mais c’est la même chose tout le village est gris de leur présence, et cette fois-ci ce sont les SS, les mauvais ; on les sent inquiets mais encore disciplinés. Cette nuit-là avons logé dans le hall installant les petits sur des fauteuils et des matelas. Dans la nuit, la lumière fut coupée nous avons dormi habillés. » A suivre…

La Petite Gazette du 7 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, cette semaine encore, la découverte de ce document tout à fait inédit.

« Samedi 9 septembre

Alors que la veille ils étaient arrivés disant qu’ils resteraient une heure, ils étaient toujours là. Le 2e étage était encore une  fois rempli et le va-et-vient de leurs grosses bottes ne cessaient pas. Ce fut partout le pillage, le vol.

Depuis la veille, onze otages avait été pris, dont le père blanc van Donceel, M. Gilson, J Squelin . On leur avait dit que s’il y a un coup de feu, ils seraient fusillés ; s’il y en avait deux, on fusillerait 10 autres otages.

La terreur régnait partout; plusieurs ont quitté leur maison qu’ils ont retrouvée pillée. Pour nous, ce fut une journée horriblement longue. Les enfants étaient énervés, je ne voulais pas qu’ils sortent. Nous hésitions à aller trouver refuge chez Jules pour nous éloigner des Allemands. Pourtant nous sommes restés mais bien angoissés.

La cuisine était bourrée de boches qui venaient y dîner, y souper, etc. Ils fouillaient partout, beaucoup de choses ont disparu.

À midi nous dînions  dans la desserte avec quatre boches qui y tapaient à la machine (charmant !). Quand un officier vient pousser son nez, voir je-ne-sais-quoi, il était passé par le hall dont la porte du jardin était malheureusement restée ouverte. C’est alors qu’ils m’ont simplement volé une  grosse lampe électrique qui était sur la table. C’est aussi ce jour-là que Targnion  a été giflé et maintenu prisonnier chez lui car il avait un fils dans l’armée blanche et Marcel, son second fils, n’était pas rentré le soir. Cela ne plaisait pas aux boches, il devait être fusillé le lendemain.

Aussi dans la nuit, il réussit à se sauver sautant par la fenêtre, sa femme fut alors menacée d’être fusillée mais grâce à l’intervention d’un Roumain moins mauvais, elle fut sauvée également, mais ils furent pillés. Le soir vint, la journée avait été fatigante, énervante, et nous avons encore logé dans le hall sur des matelas par terre, moi tout habillée, les enfants également.

Dimanche 10 septembre 

Dans la nuit vers  1 h du matin, le vacarme du va-et-vient a recommencé. Vers 4 h, plusieurs sont enfin partis ainsi que plusieurs de leurs autos mais il reste encore des officiers avec une ordonnance qui, vers 7 h du matin, arrangeait le petit-déjeuner de ses chefs dans la cuisine.

Maman qui était descendue lui demande quand ils partent et il répond qu’il n’en sait rien. Quand une demi-heure plus tard, brusquement, c’est le branle-bas de tous, le petit-déjeuner est abandonné tel que et, en vitesse, les voilà montés dans l’auto et disparus.

Joie, joie, les Américains étaient décidément tout près ! Je vais voir au village ce qu’il en est  et s’il y a messe. Là on me dit que les otages viennent d’être délivrés et que le père dira la messe ce qui fait que je ne m’en retourne et nous déjeunons dans une presque impression de liberté. Quand sonne la messe, ce fut une messe de remerciements d’être délivrés de ces horribles boches.

La matinée se passe vite quand vers midi, nous entendons une grosse explosion. Plusieurs coups de canon. C’est inquiétant aussi, rassemblant tous les petits, nous nous mettons à l’abri et dînons dans la cuisine…

Il faisait très beau malgré le calme qui était revenu, je préfère garder les petits en bas où on leur a descendu des livres et où nous nous installons  avec quelques fauteuils et  ce  en début de dimanche après-midi. » A suivre…

La Petite Gazette du 14 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous poursuivons, maintenant, la découverte de ce carnet relatant les événements de la guerre 40-45 et notamment ceux relatifs à la libération du village de Chevron (entité de Stoumont) en septembre 1944.

« Dimanche 10 septembre 

Vers 3h.  Albert Simonis, arrivant  en vélo, nous dit qu’il a appris qu’on allait faire sauter à coups de canon les ponts des Forges, de Neufmoulin et de Villettes.

Il venait voir où nous serions le mieux en sécurité et voyait en tant qu’artilleur d’où viendraient les coups. Cet avertissement que ça allait tonner fut pour moi rassurant. J’étais avertie. Nous étions tous rassemblés près du gros hêtre quand brusquement nous entendons « zuler » au-dessus de notre tête des obus ! Ce fut la course vers la cuisine mais c’était un coup isolé et sans doute pour régler le tir sur le pont de Neufmoulin. Nous restâmes dans la cuisine.

À 5h.  le père blanc est venu nous voir et a pris une tasse de café avec nous. Il nous a raconté la manière dont il avait été pris comme otage, libéré et rentré au presbytère  où il y a tout retrouvé pillé, abîmé, ses chaussettes  coupées en morceaux, enfin du vandalisme.

Vers 7 h. du soir, le canon a commencé à brutalement cracher plusieurs coups tout près de nous, nous avons été nous abriter dans la cave étançonnée et y sommes restés 1 h. Nous y avons beaucoup prié la Sainte Vierge qui nous a protégés tout le long de la terrible nuit ; par après nous avons su que le coup  entendu avait été celui qui avait frappé la maison Gilson.

Vers 8 ¼ h.  du soir, il y a eu une accalmie, aussi nous sommes sortis de la cave où vraiment les petits mais surtout les grandes personnes étaient très mal car, pliées en 2 en dessous d’une planche ! Nous  commençons à nous organiser pour la nuit que nous comptions passer dans la cuisine.

Tout à coup on sonne à la porte, c’était le père blanc qui venait avec la famille Couturier demander asile pour la nuit. Ce qui fait que nous les avons installés, Il y avait la vieille mère avec son fils Julien et sa fille, femme de prisonnier. Nous avons vite été chercher matelas, couvertures etc. Les enfants étaient assez énervés, moi j’étais fatiguée et, par le fait même, tracassée. Enfin nous avons mis Walthère, Odin, Guy, Hubert et Christian sur des matelas, installés par terre, Yves a le sien à part un peu plus loin. Gisèle est près de lui également sur un matelas. Elle est dérangée par suite de toutes ces émotions mais bien courageuse.

Maman est installée sur un fauteuil près du feu et moi sur un transatlantique près des enfants.

Les Couturier dans l’arrière-cuisine où il y a du feu qu’on gardera toute la nuit et qu’on supporte car il fait très froid. Et la nuit commence… Le bombardement a recommencé, on entend les obus « zuler »  au-dessus du château et 4 à 5 secondes après c’est le craquement sinistre et cela n’a pas arrêté de la nuit.

Vers 1h.  du matin, on frappe au volet de la cuisine et j’entends une voix qui demande s’il y a des hommes ! Gisèle dit : « les Américains » on va voir et c’est Florent Miny qui dit que la ferme Wuidar en face de chez lui a été touchée et flambe. Il commence par dire : « Le feu ! »

Aussi, de suite, je crois que c’est le feu au château, heureusement il n’en est rien mais il vient voir s’il n’y aurait pas des hommes dans la cave qui viendraient les aider à essayer de sauvegarder les fermes avoisinantes. Quand on a frappé, ma première idée était qu’on emmenait des blessés. Heureusement il n’en était rien. Les petits étaient réveillés, enfin on se réinstalle, le cœur plus serré et angoissé que jamais. Le sifflement des obus se fait sans s’arrêter maintenant. C’était une batterie de Basse Bodeux qui tirait et une autre installée à Chauveheid. Sur cette dernière, les Américains, qui étaient à Werbomont, tiraient également un tir plus court et on  reconnaissait bien les deux sons.

Chevron était visé nettement alors qu’il n’y avait encore aucun Américain. C’était un  dernier coup de griffes que ces salles boches ont voulu nous donner, n’ayant pas eu le temps d’incendier le village, ce dont ils avaient reçu l’ordre. Cela a été su par un officier allemand qui l’a dit lui-même à des gens de Werbomont qui voulaient venir se réfugier à  Chevron.

Et la nuit s’est poursuivie dans l’angoisse, la fatigue, l’appréhension d’apprendre le malheur survenu autour de nous et l’éventuelle perspective de voir tomber un obus sur notre propre maison. Le jour s’est enfin levé et avec un  nouveau courage, quand, vers ou 8 h30, Alice accourt disant : « venez, venez vite voici les Américains ! » A suivre…

La Petite Gazette du 21 mars 2012

LA LIBERATION DE CHEVRON – STOUMONT

Nous terminerons, aujourd’hui, la découverte de ce document tout à fait inédit que Monsieur Alain Jamar de Bolsée, de Chevron, nous a communiqué.

« Ce fut une parole magique, splendide, les Américains étaient là tant attendus, c’était vrai cette fois.

J’empoigne petit Guy par une main, Odin par l’autre, Walthère court et nous courons tous vers la barrière et à travers les branchages de La Fontaine,  je perçois le dernier des cinq tanks  magnifiques qui viennent  de descendre le village vers les Forges. Ils sont, majestueux, lents et sûrs de leurs mouvements, les hommes sont graves et attentifs au moindre mouvement.

C’est la joie de tous, on hurle notre joie, celle de notre délivrance après cette nuit d’horreur. Les drapeaux sortent. Près de chez mon oncle, au carrefour, il y a un petit rassemblement auquel je me joins avec les trois petits.

La nuit a été affreuse pour tous. Le clocher de l’église a été transpercé de part en part et bientôt par ce trou, apparaît le drapeau belge qui flotte joyeusement. « Hourra ! » crie-t-on  « Vive les Américains !»,  mais surtout «Vive la Belgique ! »

La maison Gilson  a été vilainement atteinte, la ferme Wuidar est complètement brûlée, il ne reste que les murs. Une ferme du Mont-de-là est transpercée de part en part par un gros obus, la ferme Leboutte  est tout ébranlée. Plus de cent obus sont tombés sur Chevron, trois dans la prairie devant chez nous, un à 20 m qui  par les éclats a  traversé 16 carreaux de la façade. Beaucoup de carreaux cassés, quelques bêtes tuées dans les prairies, mais  pas une personne tuée ni même blessée. C’est un vrai miracle sûrement une bénédiction du ciel et tous de le dire et de le reconnaître.

Je m’en retourne vers le village avec les trois petits et là nous entrons dans l’église et assistons à la messe. Plusieurs personnes y sont, on n’y sent encore l’angoisse de la nuit, mais un grand merci est dit dans tous les cœurs.

Mme Gilson y est avec ses petites-filles, toute défaite par le vilain coup qu’elle a subi et nous allons voir sa maison qui est bien tristement arrangée. Le toit tout enlevé, le plafond des chambres à coucher est percé. Elle est grelottante, je lui propose d’aller lui chercher du café chaud chez nous.

Je rencontre en y allant Julienne qui dit : « Rentrez les drapeaux, attention il y a encore des Allemands à Werbomont, c’est M. Simonis qui le fait dire. » Ce qui fut donc fait aussitôt dans une  nouvelle impression d’angoisse. Je reviens ensuite chez Gilson avec mon café chaud. En sortant de là j’entends un  bruit terrible de tanks  remontant La Fontaine.

J’étais seule devant la maison avec le père blanc et un moment avant de les voir apparaître, je crois que ce sont les boches et j’ai une vraie crainte. Je dis  au père : « Que faut-il faire ? » Mais, il n’y a rien à  faire et j’attends me disant à la grâce de Dieu ! J’ai encore le cœur serré mais ce sont encore des Américains qui remontent cette fois le village et alors je m’élance au-devant d’eux tout à la joie de les voir de près. Je hurle ma joie et ils me répondent par de gentils sourires.

Lundi 11 septembre 

L’arrivée des premiers tanks américains, c’est notre délivrance. Le drapeau belge flotte à l’église et sur le château.

Mardi 12 septembre 

Nous apprenons la mort horrible du père de Trou de Bra qui a été trouvé dans le bois entre Trois-Ponts et Stavelot  transpercé par des baïonnettes, et très défiguré par les coups de revolver. J’en suis navré car nous l’aimions beaucoup, il venait donner des leçons de flamand à Walthère et Baudouin. C’est un vrai martyr, il était le prêtre des maquisards et plein  d’un magnifique dévouement à toute épreuve. On fit un service pour lui quelques jours plus tard à Trou de Bra.

Le commandant Bill en personne y était avec 30 de ses hommes, trois salves furent tirées et beaucoup pleuraient, il était unanimement aimé. Il avait été arrêté Neufmoulin le 2 septembre par les boches russes et déjà malmené et emmené ensuite à Stavelot, il y fut interrogé.

Il avait sur lui deux paquets de chocolat qu’il avait eu par le parachute et qu’il rapportait aux enfants en colonie chez lui et dont il s’occupait avec tant de dévouement. C’est le chocolat qui l’a mis dedans. Cela  prouvait qu’il avait des accointances avec les Américains.

Quand le 4 septembre, il fut emmené par quelques boches avec 2 de ses compagnons dans un bois voisin, c’est là quelques jours plus tard, on  l’a retrouvé martyrisé.

C’est aussi le mardi 12 que sont arrivés ici dix réfugiés emmenés par des Américains en camion. Ces réfugiés avaient été évacués du château de Brialmont qui venait d’être occupé par  des Américains. » FIN

 

HARZE

La Petite Gazette du 2 septembre 2009

Lors d’anniversaires particuliers, la mémoire se réactive… C’est manifestement le cas avec le 65e anniversaire de la Libération. Notons par exemple que c’est le moment choisi par la RTBF pour présenter ce remarquable montage de films d’époque, admirablement restaurés et présentés sous le titre, un peu racoleur, d’Apocalypse. Les lecteurs ne se sont pas non plus montrés indifférents à l’approche de cette date anniversaire et leurs témoignages en sont autant de preuves.

LA LIBERATION DE HARZE ET LA NUIT DES OTAGES

Dans le cadre de la commémoration du 65e anniversaire de la Libération, il se prépare une manifestation quelque peu particulière à Harzé (nous en reparlerons) car il s’agira également de se souvenir d’une nuit de terreur qui laissa des traces profondes dans la mémoire collective du village. Nous y reviendrons, mais laissons à M. Frédéric Winkin le soin de rappeler les faits :

« La libération, ce n’est pas seulement des drapeaux, des chewing-gums et des embrassades. C’est la guerre !

Nous descendants des otages de Harzé, nous allons l’évoquer, avant tout, sur base des récits de Fernand Brévers et du Curé Léon Sneepers. Ce dernier, devenu otage volontaire, exerça une influence réconfortante pour les détenus et leur famille et apaisante entre l’occupant et les personnes concernées.

Le 9 septembre 1944, vers 17h30, les soldats américains du 60e régiment d’infanterie (60e  régiment de la 9e division)  s’emparent du pont d’Aywaille. Ils manquent de carburant et se contentent d’implanter une petite tête de pont.

Leur font face les Allemands de la 2e division blindée SS  » Das Reich ». De juin à août 1944, en France, elle a fusillé des centaines de civils, brûlé des centaines de maisons ou d’autre bâtiments. Depuis septembre, en Belgique, c’est par dizaines.

Harzé et son château servent de gîte d’étape aux Allemands en retraite. En cette fin d’après-midi, le plus clair de la population a fui le centre du village. Alors que la nuit va tomber, les SS pénètrent dans les maisons et s’emparent de 41 hommes qu’ils enferment comme otages à l’école des garçons. Le commandant de la place s’est installé dans la maison du notaire. Il s’y fait amener le curé et le tient pour responsable de tout Allemand abattu par le maquis: dix otages seront exécutés pour un Allemand. L’Abbé Sneepers se porte garant de ses paroissiens, mais il est consigné dans l’étude notariale.

Il est aussi tenu à aller chercher, en voiture et avec un officier, un médecin des environs, mais pas à Aywaille dont les villageois ignorent qu’elle a été libérée; ce sera le Docteur Amand de Xhoris. Avec l’infirmière Louisa Lecrompe, ils sont requis de soigner des blessés allemands, dont plusieurs le sont grièvement. Ils seront tous évacués, même deux déclarés intransportables. Le soir est tombé. Tandis que les Américains entrent dans leurs sacs de couchage sur la place Thiry, commence la nuit blanche des otages. Sévèrement gardés, ils sont parqués dans la classe des garçons. Bousculant les sentinelles, Joséphine Leroy leur apporte un confort matériel indispensable, notamment des seaux hygiéniques. Le curé s’est aperçu que la garde a disparu à la maison notariale. A son tour, il brave les SS pour apporter un réconfort moral aux otages.

Liste  des otages arrêtés par les SS et enfermés à l’école communale du 9 au 10 septembre 1944

Amand René, Bainini Aurélio, Boclinvile Camille, Bonfond Raymond, Bonfond Joseph, Brevers Fernand, Cornet Armand, Deleuze Léopold, Dessoy Léon, Farine Emile, Farine Maurice Farnir Albert, Gaspard Alphonse, Gillard Alphonse, Godet Jules, Godet Marcel, Grolet Camille, Hougardy Armand, Lecrompe Fernand, Marquet Désiré, Meurice Edouard, Meurice Jules, Meurice Emile, Mors Raymond, Polet Georges, Radelet Ovide, Renard Arsène,  Renard Joseph, Rixhon Auguste, Rixhon Robert, Saroléa Jules, Scholsem Oscar, Simon Léo, Simon Pol, Toussaint Joseph, Van Brabant Armand, Willem Alfred, Wuidar Arthur, Wuidar Maurille, Wuidar René, Wuidar Lucien.

Liste des jeunes filles arrachées à leur famille pour servir de boucliers vivants sur les véhicules allemands en retraite

Amand Andrée, Amand Ghislaine, Godet Denise, Godet Lucie, Perot Christiane, Perot Colette, Rixhon Pauline. Auxquelles il convient d’ajouter Monsieur Cuvelier  et Monsieur le Curé Léon Sneepers. » A suivre…

La Petite Gazette du 9 septembre 2009

LA LIBERATION DE HARZE ET LA NUIT DES OTAGES

«En plein milieu de la nuit, le curé Sneepers ira donner de leurs nouvelles aux familles et poussera jusqu’à Pavillonchamps pour inciter les réfugiés à se disperser. Les otages épient tous les bruits extérieurs, les claquements des mitrailleuses, les duels d’artillerie. Des canons allemands postés à Houssonloge échangent des tirs avec les Américains et les otages essaient d’interpréter ces déflagrations. Beaucoup prient avec une ferveur inhabituelle et tous se réconfortent les uns les autres. L’un deux Albert Farnir, sans enfant, se déclare volontaire pour remplacer un père de famille en cas d’exécution d’otage. L’abbé Sneepers l’apprenant, prend lui aussi le même engagement. A 4 heures du matin, le curé, rompu de fatigue, s’est enfin jeté dans son lit. A 5 heures, il en est tiré: les SS pénètrent dans les maisons à la recherche de jeunes filles, les réveillent. Certaines n’ont pas le temps de s’habiller et demeurent en robe de nuit. Sept jeunes filles sont ainsi arrachées à leur famille, de même qu’un homme: ils doivent servir de boucliers vivants sur les véhicules militaires. Ils seront supprimés en cas d’échange de coups de feu avec le maquis. Le curé calme les parents, parlemente avec le chef des Allemands, arrache la promesse qu’ils seront libérés en temps voulu et obtient l’autorisation de les accompagner. A six heures, la colonne s’ébranle, descend  jusqu’à Ville, puis remonte pour s’arrêter à Rahier. A l’aube, les Allemands quittent leurs positions autour d’Aywaille et dans la vallée de l’Ourthe pour se replier derrière la route Liège-Bastogne. Les otages entendent passer le charroi sous les fenêtres de l’école. Des fuyards excités apprennent leur existence, ils pressent les sentinelles de jeter des grenades dans la classe. Les gardiens s’y refusent; l’ordre doit émaner d’un officier. Aucun ne se présentera. Le trafic finira par s’arrêter, il ne reste plus que les traînards à pied ou en vélo. Par Pavillonchamps et Priestet, ils remontent vers Havelange et Lorcé. Par les fenêtres, les otages voient monter dans le ciel des fumées d’incendie. Sur la grand-route, à hauteur de l’école, les SS avaient dressé un barrage sommaire, ils boutent le feu à une charretée de foin et brûlent, de part et d’autre, les maisons Godet et Renard. Il est midi et demi. Enfin ravitaillés, les Américains se sont ébranlés d’Aywaille, une compagnie a pris la route de Marche, une autre celle de Harzé. Elles ont rendez-vous avec un groupe de cavalerie blindée monté de La Roche pour s’emparer du carrefour stratégique fortifié de Werbomont. Autour de l’école, les gardiens disparaissent, il ne reste plus que deux jeunes SS pour garder les otages.

Il est temps pour eux de se replier. L’un deux veut jeter ses grenades dans la classe, l’autre s’y oppose. Il s’attarde après le départ de son compagnon et lance un message aux otages: « Pas bouger, Sammies bientôt arriver« . Mais les Américains pour libérer les otages ont violé leur consigne de contourner les points de résistance? Ils déclenchent une opération éclair. Les deux jeunes SS sont tués en contrebas de la route, un incendiaire est blessé et fait prisonnier.

Les otages de l’école sont saufs.

A Rahier, le Curé Sneepers, nous sommes un dimanche, est autorisé à dire la messe, sous bonne garde, pour ses concitoyens. A midi, les otages sont libérés à Rahier. Grand marcheur, le curé connaît parfaitement la région, il conduit ses ouailles par des chemins forestiers. Tout à la joie, les jeunes filles, égratignées par les ronces, ne protestent pas. On atteint la maison de Victor Dachouffe à Chession et la troupe arrive rapidement à Havelange. Des traînards ennemis rôdent encore dans le secteur; il y a eu des coups de feu échangés avec les Américains et un habitant du hameau a été blessé ce matin par un retardataire. Harzé est-il libéré? A Havelange, on a entendu sonner la petite cloche de l’église. C’est bon signe. Le curé emprunte un vélo, descend jusqu’au Petit-Mont. La voie est libre et une jeep va récupérer la troupe de l’abbé.

Dans le village c’est la liesse: drapeaux, chewing-gums et embrassades. Le pire a été évité: un blessé léger, deux maisons incendiées, plusieurs autres pillées et saccagées, mais 50 Harzéennes et Harzéens, menacés de mort par des SS qui ne plaisantent pas, sont vivants. Un habitant sur vingt a échappé à une mort prévisible et brutale. Si l’hécatombe  avait eu lieu, plusieurs d’entre nous n’auraient pas vu le jour.

Le curé met fin aux effusions, invite ses paroissiens à un « Te Deum ». L’église est bondée d’une foule non encore remise de ses émotions. Des officiers américains prennent place dans les stalles à l’église et se diront très impressionnés. »

La Petite Gazette du 23 septembre 2009

A HARZE, ON SE SOUVIENT EGALEMENT

Nous avons suivi, en début de mois, les heures terribles vécues par les Harzéens juste avant la Libération. Grâce au récit qu’en a fait M. Frédéric Winkin au départ des nombreux témoignages qu’il a patiemment glanés auprès de ceux qui tremblèrent durant ces heures terribles, nous avons pu prendre la mesure de la terreur vécue par tout un village.

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Le prochain week-end, Harzé se souviendra de ces heures et une plaque commémorative en perpétuera le souvenir. Cette plaque sera inaugurée le samedi 26 septembre 2009 à l’ancienne école et administration communale au centre du village (actuellement la bibliothèque) à 15h30. Cette petite cérémonie sera suivie du verre de l’amitié qui sera servi au musée « 40-45 Memories »,  route des Ardennes 54 à Aywaille. A cette occasion, vous pourrez découvrir les collections de ce musée, certes petit mais riche de pièces et documents très intéressants et accessibles au public chaque dimanche après-midi, de 14h00 à 18h00, pour un modeste prix d’entrée.

LA HAUTE ARDENNE

La Petite Gazette du 11 septembre 2009

EN HAUTE ARDENNE, UNE PREMIERE LIBERATION, UNE JEEP

Monsieur Joseph Gavroye se souvient également de la Libération des hauts plateaux ardennais…

« Après avoir passé quatre longues années sous le joug allemand, du nouveau allait se passer dans un proche avenir. Jours et nuits, des formations de bombardiers alliés volaient au-dessus de nos têtes pour aller saccager l’Allemagne nazie. Ce n’était bien là que le juste retour des choses. Que n’avaient-ils pas fait avec nous en 1940 ?

A certains moments, soit de jour ou de nuit, on entendait comme un grondement dans le ciel et qui allait en s’amplifiant et cela pendant de longues minutes pour ne pas dire des heures. C’était bien le ronronnement des moteurs d’avions se déplaçant à une certaine altitude.

Parfois des avions de chasse allemands venaient à leur rencontre. Des combats aériens étaient alors engagés avec les avions de chasse alliés. C’étaient des moments dangereux car la mitraille était alors dispersée « tout azimut ». Aussi, dans certains endroits, des batteries de D.C.A. entraient en action. De loin, la nuit, on pouvait apercevoir, dans le ciel, des rayons de lumière émis par de puissants phares cherchant la présence de ces avions en déplacement. Afin de tromper le repérage, les avions alliés lançaient dans les airs des petites bandes argentées lesquelles restaient quelque temps en suspend avant d’atterrir. Finalement le bruit des moteurs s’estompait et le tout s’éloignait.

Comme à cette époque, je n’habitais pas très loin de la frontière belgo-allemande (à environ 30 Km à vol d’oiseau), on entendait le fracas des bombes lancées sur des objectifs pas trop éloignés en germanie. Au fil du temps, on s’habituait à tous ces bruits. (…)

Le 6 juin 1944, ce fut la grande aventure qui commencera en Normandie. De furieux combats auront lieu car il fallait percer ce fameux Mur de l’Atlantique installé par les Allemands. Finalement et malgré d’énormes pertes des deux côtés, les Américains prendront le dessus. Les renforts arrivaient et la tête de pont allait en s’élargissant. Il faudra encore trois mois de bataille avant d’atteindre la frontière franco-belge.

Enfin, en septembre, les Germains regagnaient au plus vite leur mère patrie. Les alliés continuaient leur avance sans trop connaître de résistance. En Haute Ardenne, des accrochages de plus en plus nombreux se passaient entre le maquis et les fuyards.

Une première libération de ce coin de Belgique aura lieu le 10 septembre 1944, c’était un dimanche. Des Panzers de l’arrière-garde prussienne défilaient vers l’Est. Leurs équipages avaient mauvaise mine. Il fallut prendre certaines dispositions d’urgence.

Un jeune voisin, âgé de 22 ans et qui s’était soustrait au travail obligatoire en Allemagne, et moi-même, alors âgé de quinze ans, irons nous cacher dans un abri construit au préalable par le papa du voisin précité, un maçon de profession. Nous étions dissimulés dans une ancienne carrière éloignée de la route nationale. Un calme relatif régnait sauf que, de temps en temps, un obus arrivait de je ne sais où et éclatait dans les parages.

Vers 15 heures, nous entendîmes un bruit continu de moteurs en provenance de l’Ouest. Nos oreilles étaient bien tendues quand nous perçûmes au loin, en provenance du village, des cris de « Vivent les Alliés ». Il devait se passer du nouveau. Tout à coup, nous fûmes hélés par deux de mes sœurs nous invitant à sortir de notre cachette. Les libérateurs étaient arrivés. Nous resterons quelques instants perplexes et hésitions à reprendre le chemin du retour. A peine avions-nous marché quelques mètres dans un chemin creux que nous aperçûmes à un carrefour deux soldats équipés d’un casque que nous ne connaissions pas. Voyant cela, nous hésitions à avancer et nous devions bien vite nous tapir dans des fourrés. Alors mes deux sœurs revinrent à la charge pour nous faire comprendre qu’il s’agissait bien de vrais Américains. Il s’agissait de deux éclaireurs observant les alentours avec de fortes jumelles.

Au fur et à mesure de notre avance, nous découvrîmes toute une armada U.S., d’où les bruits de moteurs… Une chose me surprit, c’était le déplacement tout terrain d’une Jeep. Du jamais vu ! Quel engin était-ce là ? J’étais captivé par ce mystérieux matériel.

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Dans la jeep U.S. ont pris place quatre filles Gavroye et trois volontaires de guerre français accompagnant les Américains avec des missions de liaison et de traduction. Casqué, c’est le gamin…

Pendant longtemps j’ai aspiré au jour qui me verrait tenir le volant de pareil véhicule. Il y a quatre, après soixante ans d’attente, mon rêve se réalisera grâce à une connaissance de Soumagne qui me laissera, pour quelques instants, le volant de sa Jeep de 1943. »

gavroye2        Joseph Gavroye enfin  au volant d’une Jeep

 

 

HOTTON

La Petite Gazette du 16 septembre 2009

EN MARGE DE LA LIBERATION DE HOTTON

Monsieur Jean Cambron, de Clavier, se souvient : « Les Libérateurs arrivent, ils sont à Marche et se préparent à venir vers Hotton. Tous les ponts de l’Ourthe ont sauté et les Allemands vont résister. Pour ce faire, ils installent une batterie de quatre canons dans une clairière de bois, le long de la route Oppagne-Les Mignées. Et voilà la salve de quatre obus à chaque fois en envolée contre les Américains à Hotton et aux environs.

M’enhardissant, je m’aventure dans la plaine Biron-Ny pour aller, en dessous de la ligne de tir, entendre le houlement du déplacement d’air. Après un quart d’heure j’avance encore un peu et que vois-je ? Un fil de téléphone à terre. Tout de suite, je réalise que c’est l’observateur allemand qui transmet ses données indiquant où et quand tirer sur les Libérateurs. Quelle joie formidable m’est donnée, je vais pouvoir aider les Américains… Vite deux pierres que je puisse couper leur téléphone et ils ne sauront plus régler leurs tirs. Ce n’est qu’une fois les pierres en mains et alors que je me penchais pour prendre le fil que je prends conscience de la gravité de la situation. Oui, mais la rage des Allemands pourrait s’exercer sur le village… Car si talonnés qu’ils soient, ils prenaient le temps de se venger ? La rage au cœur, je n’ai pas aidé les Alliés, malgré tout, je n’aurais su faire autrement… »

 

BASSE-BODEUX

La Petite Gazette du 23 septembre 2009

SEPTEMBRE, C’EST LE MOIS DE LA COMMEMORATION DE LA LIBERATION DE 1944…

Pour nombre de lecteurs c’est une période durant laquelle resurgissent, bien légitimement, les souvenirs de ces jours tant attendus, tant espérés depuis plus de quatre ans. En nos régions, la liesse populaire générée par l’arrivée des Libérateurs fut souvent précédée par des heures terribles, atroces, durant lesquelles l’occupant en déroute commit les pires exactions.

Ainsi, Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, vous propose de découvrir les souvenirs d’Hubert  Wilkin qui avait sept ans en septembre 1944 et qui vivait à Basse-Bodeux :

« Je crois que c’était le 9 septembre 1944, à un jour près, la souffrance a été la même. A 5h00 du matin, une horde de SS, de vrais boches parlant très bien le français, sont venus frapper à la porte de la ferme. Papa s’est levé, a été bousculé et maltraité par ces soldats très méchants. En entendant le bruit, maman nous a réveillés mon frère et moi, les deux aînés, deux autres étaient restés au lit. Quand nous sommes arrivés dans la cuisine, ils se sont rués sur maman, la battant ; nous, nous pleurions, maman aussi et les suppliait de nous laisser la vie sauve. Pendant qu’ils maltraitaient maman, papa a réussi à aller chercher les deux plus jeunes qui dormaient toujours.

Papa ayant pris une petite couverture pour emballer notre sœur Anne-Marie, deux ans. Un Allemand mit son pied sur la couverture pour l’empêcher de la prendre ; à cause de cela, ma sœur est tombée. Alors que papa voulait la ramasser, un Allemand dit : « Laisse-la, on va la brûler comme otage… » Papa arriva quand même à l’arracher à ces brutes, mais le feu était déjà à l’étage, pour l’activer, ils cassaient les fenêtres.

Nous sommes partis en passant près de l’église puis avons pris le petit sentier qui va vers Lavaux. Vers l’étang Marenne, ma sœur a crié. A ce moment, papa a su qu’elle vivait encore, nous étions pieds nus et en pyjama : pas chaud à 5h00 du matin en septembre. Nous avons ensuite traversé le champ Léonard, puis avons continué vers la forêt entre Lavaux et le cimetière. Là, nous sommes restés assez longtemps, combien de temps exactement ? Je ne le sais plus, un jour ou plus. De là, nous voyions brûler notre ferme.

Un camarade de papa, Pol Martin, nous a-t-il trouvés ou papa est-il allé chercher du secours ? Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés chez Martin, la dernière maison de Lavaux. Nous étions dans les caves de la maison avec des Allemands partout et des véhicules dans la cour. Je me souviens aussi avoir mis des loques humides sur le nez et la bouche pour éviter les gaz car il était dit, en ce temps-là, que les Allemands reculaient leurs véhicules aux fenêtres des caves et gazaient les gens qui s’y trouvaient.

La délivrance était arrivée, tous allaient voir les Américains qui étaient à Basse-Bodeux ; on nous a dit : « Vous n’allez pas les voir ? », nous n’avons pu que répondre : « Nous n’avons pas de souliers » et, en effet, nous étions toujours les pieds nus et en pyjama.

C’est alors qu’on a su que sept hommes, dont des pères de famille, avaient été tués à Gerarwez. Cette nuit-là, la ferme, le presbytère et les écuries de la ferme à côté ont brûlé ; plusieurs familles nous ont aidés car nous n’avions plus rien… »

 

La Petite Gazette du 30 septembre 2009

DANS LES SOUVENIRS D’UN GAMIN DE 7 ANS AU MOMENT DE LA LIBERATION

Ce gamin de 7 ans en septembre 1944, c’est Hubert Winkin et c’est Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, qui lui sert d’intermédiaire pour vous donner connaissances de ces faits tragiques qui précédèrent la Libération de Basse-Bodeux.

« Pour mémoire, c’est maman, Marie-Louise Mathieu, épouse Winkin, qui est allée chercher le petit inconnu qui a été tué dans le champ Marenne, plus bas que le Ponsson, 300 mètres plus haut que chez Jacob (Carmen). Le corps a été transporté au travers du petit bois où se trouve un captage au bout du champ Deroanne, derrière le presbytère. Maman parlait d’Hubert Dhamen qui était cantonnier, il lui avait donné un coup de main pour le mettre dans un sac (sac de mélapaille, grand sac pour aliments des chevaux) et le charger sur une charrette à chien, laquelle servait à conduire les cruches de lait pour aller traire.

Avec son chien Marquis, maman a conduit ce pauvre corps à la morgue du cimetière, seule, car les hommes étaient tous cachés. Maman nous a toujours dit qu’il était très jeune et qu’il avait beaucoup souffert avant de mourir. On nous a dit qu’il était déjà attaché derrière un char attelé dans la région de Neufmoulin, ses genoux étaient en sang et ils le traînaient. » Monsieur Mathieu ajoute à ce terrible récit que « le corps de ce petit inconnu repose au cimetière de Basse-Bodeux. »

A la lecture de pareils souvenirs, on imagine aisément que la Libération ne laissa pas que des souvenirs de liesse populaire dans l’esprit de ceux qui vécurent ces heures durant lesquelles les émotions les plus contradictoires se succédèrent.

La Petite Gazette du 4 novembre 2009

SEPTEMBRE 1944, A BASSE-BODEUX

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, se rappelle très bien cette période si trouble précédant la Libération de septembre 1944.

« Il y a eu trois Allemands de la wehrmacht tués et déposés près du monument aux morts. Peut-être ont-ils été tués par des SS car il a été dit qu’ils s’étaient entretués ! Après l’arrivée des Américains, il fallait les enterrer, plein de colère et de haine, on les a chargés dans un tombereau et on les a enterrés à l’extérieur et le long du mur du cimetière entre Basse et Haute-Bodeux. Après quelque temps, la colère est retombée, ils ont été exhumés et placés à l’intérieur du cimetière.

Les Allemands avaient mis trois canons dans la prairie, le long de la route près de chez Joseph Mathieu, et ils tiraient en direction du carrefour sur la Lienne. Ils tiraient trop court, on l’a constaté après en découvrant les sapins déchiquetés. Ils ont alors allongé le tir, mais, au premier coup, l’obus a explosé à cinq ou six mètres de son lieu de départ, il avait très probablement percuté le fil de la ligne électrique. Il y a eu des blessés parmi eux et le temps de rassembler leur matériel, ils sont partis. »

 

La Petite Gazette du 8 septembre 2010

A GERARDWEZ, UN DES DRAMES QUI PRECEDERENT LA LIBERATION

Monsieur Jacques Mathieu, de Coo, souhaite que l’on n’oublie pas… « Le monument de Gérardwez est situé aux confins des anciennes communes de Basse-Bodeux, de Bra sur Lienne et de Lierneux. Il commémore une tragédie qui s’y passa en septembre 1944.

Des soldats allemands en retraite, voulant venger un des leurs, abattu à cet endroit par l’armée secrète, s’en prirent à des habitants de Fosse et de Reharmont. Après avoir rassemblé les hommes de ces hameaux, ils en gardèrent sept qu’ils ont emmenés avec eux sur les lieux du drame. Là, ils les ont abattus froidement non sans leur avoir fait subir de cruels sévices.

Ces malheureuses victimes étaient Jean Sonnet, garde particulier, 35 ans, de Fosse ; Julien Lamsoul, domestique 30 ans, de Fosse ; Lucien Gustin, 31 ans, cultivateur, de Fosse ; Felix Mullen, 41 ans, cultivateur, de Fosse ; Louis Nélis, 31 ans, forgeron, de Basse-Bodeux ; Jules Thonon et Alphonse Bodeux, tous les deux cultivateurs, de Reharmont.

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Les bourreaux avaient étendu sur les jambes de leurs victimes une grande pancarte portant cette inscription : « Revanche pour notre camarade, tué par les terroristes, le 8 septembre 1944 à 20h30 » Ce sont nos Libérateurs, les soldats américains, qui, le lendemain, ont fait la macabre découverte dans leur progression dans la Libération du territoire. Ce monument est situé à l’étang de Gérardwez, un peu en retrait de la route de Bodeux à Villettes, depuis le déplacement de celle-ci. Il est cependant bien signalé.

Chaque année, le lundi de la fête à Bodeux, le 13 septembre cette année, à l’issue de l’office religieux, une commémoration a lieu, rehaussée par la présence de l’administration communale de Trois-Ponts et des enfants de l’école de Bodeux. »

OUFFET

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

VOUS VOUS SOUVENEZ DE LA LIBERATION D’OUFFET…

« Je me souviens, m’écrit Monsieur Jacques Bastin en évoquant ce qui, pour lui, est l’événement unique qui l’a marqué pour la vie,  que c’est par la route venant de Huy, via Warzée, que sont arrivés, le jeudi 7 septembre 1944, à Ouffet, peu après 17 heures, il faisait alors un temps absolument merveilleux, nos premiers libérateurs américains. Depuis plusieurs jours déjà, nous étions en pleine effervescence. Les troupes nazies, alors en pleine retraite, attaquées sans répit par les « Lightning » P-38 (ces fort redoutables chasseurs américains à double queue), vraiment en verve, ne savaient vraiment plus où donner de la tête.

Le jour précédent cette arrivée libératrice, une voiture nazie, se déplaçant entre Ouffet et  Hody aurait, selon les bruits qui ont alors couru, essuyé les tirs de résistants en patrouille, montés de la vallée de l’Ourthe. Deux officiers nazis auraient ainsi été tués et ridiculement laissés, sans plus, sur place. Trouvés peu après par leurs troupes, celles-ci se déchaînèrent sur Hody, premier village suivant, qu’elles martyrisèrent à titre de représailles. Si ces mêmes troupes nazies s’étaient déplacées en sens inverse, c’est alors Ouffet qui aurait subi le même sort tragique.

Disons encore que le matin du 7 septembre 1944, des troupes de SS, également en retraite, mais, apparemment très résolues, avaient pris position pour combattre à Ouffet. Il s’agissait de troupes d’élite, toutes à la solde inconditionnelle d’Hitler, leur véritable Dieu. Elles semblaient terriblement déterminées à résister, à Ouffet,  à … l’irrésistible avance alliée. En début d’après-midi toutefois, au grand soulagement de la population qui, ipso facto, l’échappait ainsi réellement belle, elles se décidèrent à plier bagage sans combattre. Ouf !!!

Ce même jour, en fin d’après-midi, une véritable marée d’Ouffetois convergea vers la route de Warzée, dans la ligne droite conduisant au cimetière. En effet, depuis de très longues minutes déjà, chacun pouvait voir un petit avion de type « Piper-cub » approchant dudit village. Il s’agissait, en fait, de l’appareil survolant la pointe de l’avant-garde de nos libérateurs américains pour les renseigner sur tout éventuel danger pouvant provenir des forces nazies en pleine retraite. Ces très attendus libérateurs apparurent, enfin, au sommet de la petite côte aboutissant près du cimetière. Le soleil éclatant commençant déjà à descendre à l’horizon, nous pûmes donc ainsi les voir venir à contre-jour. Ils marchaient de chaque côté de la route, à la file indienne. Entre les deux files progressaient, l’un derrière l’autre, au milieu de la route, des tanks du type « Sherman ». Nous doutions de notre vrai bonheur ; nous n’osions trop nous hasarder car, dans le contre-jour, on ne voyait, en fait, que des silhouettes humaines sombres et il était ainsi très malaisé de pouvoir discerner, avec certitude. Nous ne savions donc pas très bien alors si nous avions affaire à des militaires américains ou allemands ; en effet, ils étaient vêtus en vert kaki et, leurs casques, vus de loin, étaient à peine différents de celui des Allemands. » A suivre.

La Petite Gazette du 23 novembre 2011

LA LIBERATION D’OUFFET

Retrouvons, comme promis, la suite des souvenirs de Monsieur Jacques Bastin au sujet  de la Libération d’Ouffet :

« Quand nous avons été vraiment certains, grâce au badge très caractéristique que chacun portait à l’épaule, que c’étaient bien des Américains (des membres de la 3ème Armée blindée du fameux Général Patton), nous avons tous alors – la foule étant à ce moment extrêmement nombreuse – explosé d’une joie tout bonnement indicible. Pour se faire une idée relativement  précise de ce que j’ai ressenti à ce moment précis – moment ineffablement sublime ! – je pense qu’il faut se reporter à l’ouverture « 1812 » de Tchaïkovski à l’endroit où, dans la partie finale, après ces mouvements de cordes descendants plutôt interminables, éclate le Tutti avec ses sons de cloches, ses coups de canon, ses accords aux grandes orgues. Ces instruments saluent alors, de façon tout bonnement extraordinaire, le fait que les Français napoléoniens sont boutés, pour toujours, hors de la Grande Russie. Nous étions ainsi soudainement comme débarrassés d’une véritable Peste, comparable à celle évoquée par Camus en sa magistrale fiction.

Enfin libérés, après tant d’années d’attente, de privations et de souffrance, nous pouvions enfin arborer, sans crainte de représailles, tous ces drapeaux alliés que chacun avait, en catimini, au cours des semaines précédentes, très  patiemment confectionné, avec tant d’amour (Quel travail pour réaliser cet étendard américain avec, à l’époque, ses 48 étoiles!) au moyen de la toile des quelques rares draps de lit qui nous restaient !

Voilà ce que je tenais vraiment à dire au sujet de l’arrivée, à Ouffet, en 1944, de ces braves libérateurs américains. Evénement,  unique dans une vie,  qui marque, à jamais, de manière totalement indélébile. »

Et on le constate, à la lecture de ces lignes, le souvenir est toujours bien présent dans le souvenir de Monsieur Bastin…

La Petite Gazette du 14 décembre 2011

LIBERATION D’OUFFET

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, m’écrit pour me signaler une petite erreur dans son évocation de la Libération d’Ouffet : « C’est bien erronément que j’ai donné le jeudi 7 septembre 1944 au lieu du vendredi 8 comme date de libération d’Ouffet. Il s’agit en fait, après quelque 67 années, d’une erreur de quelques heures » sans conséquences, en effet,quant au rappel de l’état de liesse dan lequel la population a vécu ces heures.

Monsieur Armand F. Collin, dont on connaît la publication « Hody, 6 septembre 44 » apporte des précisions. Il m’indique qu’il les puise dans le RAA ‘Report after action US Army » et les témoignages de plus de vingt-cinq personnes de Hody ayant personnellement vécu cette période.

« Les troupes américaines arrivent à Ouffet le vendredi 8 septembre 1944 à 16h.00 et non le jeudi 7. En fait c’est le mardi 5 vers 15h00 qu’une voiture venant d’Ouffet, occupée par quatre hommes, un chauffeur et trois officiers, dont un déjà blessé grièvement au ventre arrive à Hody. Les soi-disant résistants tirent et en blessent deux. Le blessé grave va de porte en porte et finalement est embarqué à bord d’un camion vers le poste de secours des partisans au château d’Ouhar. Les deux autres blessés et le chauffeur s’enfuient.

Ouffet est libéré le 8 vers 1600h par le 3rd Bn de la 39th Rgt d’Inf de la 9th division US, ils n’ont pas de tank M4 Sherman, mais des M5 plus petits. Des éléments de la 3rd Arm. Div venant en appui. Le 39th Rgt (Fighting Falcons) est le seul de l’US Army à arborer des lettres sur les pare-chocs de ses véhicules. « AAA-O » Anything – Anywhere – Anytime – Nothing, soit : N’importe quoi, partout, toujours, rien.

Le 7, la Task Force « Hogan » de la 3th div. Blindée venant de Marchin et se dirige vers Esneux, via St-Severin, Nandrin, Berleur et Hoûte-si-Plou. Arrivée à Esneux à 17h.20. Ces deux divisions faisaient partie du VIIth Corps de la 1st Army US et n’étaient pas sous les ordres de George S. Patton (3rd Army) mais sous ceux de Courtney H Hodges depuis le mois d’août.

Ce même 7, les SS de la 2. Pz. Div ‘Das Reich‘ étaient regroupées dans le triangle Ouffet – Fraiture – Nandrin. But, retrait vers Liège. Manœuvre empêchée par l’avance rapide de la 3rd div blindée US, d’où repli vers l’Ourthe.

Passages de véhicules allemands à Hody.

Lundi 4 septembre entre 15h.00 et 16h.00, une voiture VW Kubelwagen en direction d’Ouffet.

Idem.    18h.30-19h.00 voiture civile Ford bleue vers Ouffet. Un soldat allemand tué et un mortellement blessé. Soldats âgés de 45/50 ans. Probablement de la 347. Inf Div qui devait prendre position le long de l’Ourthe entre Comblain-au-Pont et Esneux.

Idem.   Vers  20h.00, voiture allemande vers Ouffet.

Idem.  23h.00/23h.30.Kubelwagen, probablement SS vers Ouffet.

Mardi 5 septembre, vers  15h.00, Kubelwagen venant d’Ouffet. (Cf supra)

Mercredi 6 septembre 1944. Peu après 0900h, entrée à Hody des SS venant d’Ouffet. Départ vers 14h.00. Retour des SS vers 16h.00. »

 

V1 – BOMBES VOLANTES – ROBOTS

Parmi les sujets largement commentés dans les colonnes de La Petite Gazette, les « robots »,  ces bombes volantes identifiées également V1, ont occupé une place de choix puisque c’est durant plus d’une année que les témoignages me sont parvenus. Je vous les ai rassemblés ici.

La Petite Gazette du 12 mars 2003

QUAND ON VIVAIT DANS LA PEUR DES ROBOTS

   C’est grâce à Monsieur Houlmont, de Boncelles, que nous avons l’occasion d’évoquer cet aspect si particulier du quotidien de la dernière guerre.

« Pour les citadins, pendant la guerre, le problème numéro un était de trouver de la nourriture. C’est ainsi que mon papa sillonnait, à vélo, l’Ardenne et le Condroz en quête de ravitaillement.

C’était le temps des robots, ces avions sans pilote équipés, déjà, d’un moteur à réaction installé sur leur queue. Le bruit de ce moteur était effrayant et, en plus, il en sortait des flammes.

Lorsque le moteur se coupait par manque de carburant, cet engin de mort, bourré d’explosifs, en perdant de l’altitude, continuait tel un planeur silencieux vers son objectif.

Un jour, mon papa, en rase campagne à Neuville en Condroz, roulait paisiblement. Il me raconta : « Me voilà tout d’un coup parti à gauche puis à droite ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Je n’ai pourtant pas bu ! Deux à trois secondes plus tard,   BOUM »

Ce n’est qu’alors qu’il réalisa que c’était le robot, passant si près et au-dessus de lui, qui l’avait fait tituber. Ce jour-là, il l’a échappé belle. »

001

un robot (V1) tombe sur le Condroz en 1944

Photo appartenant à mon papa, Maurice Henry.

Pour en avoir entendu raconter d’autres dans mon entourage, j’imagine qu’il subsiste, dans les familles, bon nombre de souvenirs de ce type. Aura-t-on la chance de voir l’une ou l’autre photographie de ces robots ? Je compte sur votre habituelle et bienveillante collaboration pour développer ce sujet et, d’ores et déjà, vous en remercie chaleureusement.

La Petite Gazette du 16 avril 2003

 PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Alors que je me trouvais à la Foire aux livres de Poulseur, il y a quinze jours, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de nombreux lecteurs de La Petite Gazette qui avaient répondu à l’invitation que je leur avais lancée. J’ai eu ainsi l’occasion de discuter fort agréablement avec des correspondants qui, aujourd’hui, ne sont plus que des signatures mais également des visages. Merci pour toute la sympathie que vous m’avez manifestée.

Parmi les visiteurs de ce jour, Monsieur Léon Gabriel, de Sprimont, m’a remis le texte d’une ancienne chanson dite d’actualité au moment de sa parution, elle a été composée le 21 mars 1945 : « Les robots » paroles de Firmin Vancrutsen (de Seraing). La feuille était imprimée par la maison Martino de Seraing et vendue 5 francs ! La chanson, qui ne compte pas moins de six couplets et six refrains, peut se chanter sur l’air « Mi voyêdge ou les plaisirs di l’evacuation ». Je vous en livre quelques extraits :

1er couplet

Voici plusieurs semaines

Que les concitoyens

Attrapent la migraine

A cause des fridolins

C’est une arme nouvelle

Qu’ils viennent lancer sur nous

Une arme très cruelle

Nous en deviendrons fous !

1er refrain

Et quand on entend le V1

On se cache, un à un,

Dans la cave ou dans les abris

Malgré tous nos soucis

On entend la détonation

Même dans son pantalon !

Puis, alors, quand il est passé

Vite…, on va respirer

2e couplet

Le jour comme la nuit

Il en passe sans arrêt

Ça fait beaucoup de bruit

On n’sait plus où l’on est

Quand on les voit venir

Avec le feu derrière

Dans un profond soupir

 L’on dit une prière !

 2e refrain

Nous deviendrons neurasthéniques

Si ça n’peut pas s’calmer

Il n’y a qu’un moyen pratique

C’est de s’encourager

Et s’ils nous lançaient des V2

On s’rait quand même joyeux

Malgré la haine des hitlériens

Car nous sommes Sérésiens !

(…)

5e couplet

A présent, c’est fini

Nous sommes habitués

Car le régime nazi

Commence à s’effondrer

Et malgré cet hiver

Nous ne sommes pas changés

Car on dit que Hitler

Et mort et enterré

5e refrain

Hitler a été enterré

Dans l’trou fait par un V

Sur sa tombe, on écrit ces mots :

« Pour le roi des robots » !

C’est d’ailleurs pour ça qu’à Seraing

Nous n’avons plus d’chagrins

Et que vous chanterez en chœur

Ce refrain plein d’ardeur.

Continuez à m’envoyer vos souvenirs ou documents relatifs aux robots, les courriers reçus manifestent beaucoup d’intérêt pour cette rubrique.

La Petite Gazette du 29 avril 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Comme je l’espérais, cette rubrique est génératrice d’intéressants courriers, mais, et ce n’est peut-être pas étonnant, je ne reçois guère d’illustrations… Je sais qu’il existe peu de photographies de ces machines infernales en vol, mais je pense qu’il existe sans doute des photographies prises là où s’étaient écrasées ces armes terribles. Avec votre collaboration, nous pourrions les présenter à la grande famille des lecteurs de la Petite Gazette.

Monsieur Guillaume Claessen, de Tinlot, se souvient lui aussi :

« A l’époque, j’habitais à Herstal, rue des Vergers. Le jeudi, j’avais l’habitude de dîner chez André Lejeune à proximité de chez moi, rue Petite Foxhalle. Un jeudi, j’ai refusé, pour un motif oublié depuis, de m’arrêter. A peine rue des Vergers, le robot est arrivé, la pétarade du moteur s’est arrêtée. Sans savoir comment, je me suis trouvé le nez dans la rigole… Une énorme explosion, un terrible nuage de poussière s’est élevé. Des briques et des gravas s’abattaient tout autour. Peu après, j’appris, qu’André avait été victime de cet engin de mort. Je l’avais échappé belle ! »

Madame Laroche, de Marchin, vous interroge au sujet de ces « robots »

« C’est la première fois que j’entends ce terme de « robots ». S’agit-il de V1 ou de V2 ou était-ce encore avant car il me semble que les V1 et les V2 étaient mieux dirigés sur des cibles, Londres notamment. Merci des réponses que vous m’apporterez. »

Bientôt, je reviendrai sur le sujet en puisant d’intéressantes informations dans les écrits de M. Grailet qui s’intéressa à ce sujet avant de se pencher sur l’or des Gaulois en Ardenne…

La Petite Gazette du 7 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Monsieur René Lardinois, de Mabonpré, ne mâche pas ses mots :

« La photo du V1 tombant sur le Condroz est fausse ! Jamais le V1 n’a eu des ailes pareilles. Il n’y a pas sur cette photo la tuyère d’échappement raccordée à la chambre de compression à éclatement ce qui provoquait ce bruit de pétarade ressemblant à une suite d’explosion (…)

Pour moi, poursuit M. Lardinois, il s’agit d’une maquette téléguidée ( ?) comme il y en a eu dans certains aéroclubs de modélisme où l’on a fabriqué des tas de maquettes volantes. Certaines très réussies. Sur la photo du journal, on peut voir des insignes : sur les V1, on ne mettait aucun insigne. » Et mon correspondant de m’envoyer le copie de cette photographie à titre de comparaison…

002       Monsieur Jean Ninane, d’Esneux, me dit que, bien souvent, à la lecture de La Petite Gazette, il a envie de m’écrire pour partager ses souvenirs avec vous, mais qu’il remet sans cesse son projet. Je crois que vous êtes nombreux dans cette situation, alors prenez exemple sur M. Ninane qui, cette fois, a pris la plume : « Cette fois, je saute sur les V1 et les V2, les terribles « Buzz Bomb » dont avaient peur nos amis américains.

Je me trouvais au collège Saint-Louis, lorsque j’ai vu ma première bombe volante… son bruit et sa flamme caractéristiques. On ne les craignait pas encore mais après l’explosion de celle-ci, nous avons repris le chemin d’Angleur (les trains d’Ourthe-Amblève ne passaient plus le pont du Val-Benoît) en nous cachant derrière les murs chaque fois que nous en entendions.

Je me rappelle au moins six impacts précis à Esneux :  quatre chutes firent des victimes – une dame rue de Poulseur, un ami, Charles Arnould, dans les bois de Crévecoeur, les deux autres touchèrent des membres de la famille Lambin, à la ferme du château du même Crévecoeur et de la famille de Geradon, à Méry.

Plusieurs soldats américains furent blessés dans des maisons de l’avenue Montéfiore, non par l’explosion d’une bombe volante qui s’abattit dans l’Ourthe auprès du pont, mais par les vitres et portes des habitations.

Le restaurant de mes cousins Donis, à Houte-si-Plou, (la « Coccinelle » actuelle) fut ravagé ; la véranda de droite (rebâtie en dur depuis cet événement) se retrouvait en miettes). »

Mme Maria Lambotte, de Werbomont, se souvient elle aussi :

« J’étais alors chez mon grand-père. La porte de la cuisine s’ouvrit brusquement laissant une large place à l’obscurité d’un soir comme tant d’autres. Sur le pas de la vieille demeure Tante Marie était blême. Ses traits décomposés laissaient présager une grande frayeur, mais elle put articuler :

Il y a un robot arrêté au-dessus de chez Sylvestre !

Sa sœur aînée me poussa dans la pièce voisine, le semblable de la salle à manger qu’à la campagne on nommait communément ‘la chambre’.

Couche-toi sous la table ! me dit-elle en s’alignant à mon côté, tout comme sa sœur. J’éprouvais une grande fierté d’être au cœur d’un événement au même titre que les grands.

Il y eut un silence – oh pas bien long – puis un bruit sourd. Le robot avait terminé sa course dans la forêt. Grand-père esquissa un mouvement circulaire sur le pavé de la pointe de sa canne pour aider son genou défaillant à se relever. Il reprit place dans le fauteuil. Mes tantes reprirent leurs occupations du soir, je me remis à mes jeux. On s’était presque habitué à la guerre ! »

Nous confierez-vous, à votre tour, les souvenirs que vous avez conservés de l’emploi de ces armes terribles qu’étaient les robots ?

La Petite Gazette du 14 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Surprise cette semaine dans mon courrier en découvrant l’envoi de M. Francis Delmelle, de Nandrin. Il me transmettait une copie de la photo du V1 « tombant sur le Condroz », rigoureusement identique à celle que m’avait confiée mon papa ! Si c’est réellement un faux ( !) je constate simplement que le cliché, dans sa version originale, existe en plus d’un exemplaire ! Cela va rassurer mon papa, tant mieux.

« Je dispose du même cliché en version originale provenant de parents éloignés. La photo est identique, mais la légende diffère « V1 ou robot tombant sur Bierset – septembre 1944 » » Bien entendu, mon correspondant souhaite des précisions… Malheureusement, je ne puis être très précis, j’ai à nouveau questionné papa sur l’origine de cette photo. Il ne sait plus du tout comment elle est entrée en possession de la famille. Elle se trouvait dans le carton à photographies de mon grand-père, décédé il y a trente ans maintenant ! Il se souvient seulement l’avoir vue dès la fin de la guerre, en 1945 donc… Est-il possible qu’elle existe encore en d’autres exemplaires ? Si oui, faites-le-moi savoir s’il vous plaît.

Pour les passionnés par ce sujet, je ne puis que recommander l’excellente revue « Les cahiers de jadis » éditée par l’A.S.B.L. « Mémoire de Neupré » et dont le numéro 32, 8ème série 2002-2003, consacre un très intéressant article sur les bombes volantes. Les renseignements qu’il contient sont extraits du dossier pédagogique réalisé par l’Enseignement de la Province de Liège en 1994 et le texte très largement inspiré d’une conférence donnée par M. Eugène Buchet.  On y aborde l’historique de ces armes de représailles, mais aussi les aspects techniques de ces avions sans pilote. Schémas techniques, vues de robots en vol et surtout carte des points d’impact des bombes volantes autour de Liège, d’Esneux à Fexhe et de Bierset à Fléron complètent de façon très utile l’exposé.

Il est possible de s’abonner à cette publication s’intéressant au passé de Neupré, mais qui aborde également des sujets d’intérêt plus général, en versant une modique cotisation annuelle (4 publications annuelles). Questionnez La Petite Gazette pour les renseignements pratiques.

 La Petite Gazette du 21 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Monsieur Robert Noltinck, de Marche-en-Famenne mais originaire de Liège, a eu l’excellente idée de me transmettre  un petit fascicule intitulé « Liège sous les V » dont je vous propose de découvrir le dessin de couverture.

003     « Ce petit livret ne présente aucune photographie de ces bombes volantes, mais le dessin de couverture est réaliste. »

Ce livre contient la liste complète des victimes et leur état-civil, mais aussi six pages de documents photographiques montrant les dégâts occasionnés à Liège et la façon adoptée par la population pour se protéger. On y trouve en outre un plan de l’agglomération liégeoise émaillés des points d’impact des robots. Il y en eu 936  faisant 1035 morts et plus de 2000 blessés hospitalisés. L’offensive par « V » se divise en deux périodes distinctes. La première du 20 novembre au 3 décembre 1944, la seconde du 16 décembre 1944 au 31 janvier 1945.

Mon correspondant se souvient :

« Les V1 volaient à quelques centaines de mètres d’altitude ce qui permettait de les entendre arriver. Ils étaient propulsés par une série discontinue de petites explosions s’échappant d’une tuyère surmontant la bombe qui tombait lorsque le moteur s’arrêtait. La précision était faible, la bombe tombait sur la ville au petit bonheur la malchance !    Par moments, il en arrivait une toutes les cinq minutes, nuit en jour, de novembre à janvier. Comme je devais étudier, j’avais alors presque vingt ans, j’avais trouvé logique d’installer mon bureau d’études dans … la cave.

Le V2 était une véritable fusée balistique qui montait dans la stratosphère et qui retombait, elle aussi, sans grande précision, mais, elle, sans faire de bruit. En effet, puisqu’elle était supersonique, le bruit de la traversée dans l’air ne s’entendait qu’après l’explosion ! Je crois qu’un seul V2 est tombé sur Liège, mais qu’ils furent plus nombreux sur Anvers. » Merci pour ces passionnantes précisions.

Monsieur Marcel Ska, de Cherain, se souvient aussi de cette époque : « Pendant l’Offensive, je m’étais réfugié à la ferme Grogna, à Ouffet. Un jour, trois hommes de Grand-Halleux sont venus passer une nuit à la ferme, mais le lendemain matin, ils partaient déjà car il passait trop de robots. Ils en avaient compté 28 durant la nuit !

En 1944, il en est tombé un non loin d’où j’habite actuellement et je sais que, dans les débris, on retrouvait de la mitraille de toutes sortes : des fers à gaufres, des fers à repasser…

En 1944 toujours, la Résistance avait fait dérailler un train transportant des V1 au lieu-dit « Les prâlles » à la sortie de Gouvy. Deux n’avaient pas été rechargés. Un peu plus tard, les Allemands ont installé une rampe de lancement à la sortie de Sterpigny. Un matin, en sortant pour me rendre à la messe, j’ai entendu un terrible vacarme. J’ai regardé dans la direction d’où cela venait et j’ai vu le départ d’un V1 à environ deux kilomètres de chez nous. Quelque temps plus tard, en regardant à nouveau dans la même direction, j’ai vu le départ d’un deuxième. Je m’en souviens encore comme si on était toujours ce jour-là, je pourrai encore vous en indiquer l’emplacement exact. »

Merci pour ces renseignements partagés avec toutes celles et tous ceux qui se passionnent pour ce sujet. Nous confierez-vous, à votre tour, les souvenirs que vous avez conservés de l’emploi de ces armes terribles qu’étaient les robots ?

 La Petite Gazette du 27 mai 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Vous êtes nombreux à suivre le conseil que je vous donnais, à savoir de m’écrire pour conter vos souvenirs, mais aussi pour apporter des informations sur le sujet.

Ainsi, la photo confiée par mon papa continue à faire couler beaucoup d’encre et ce n’est que tant mieux. Monsieur Raymond Delcommune, de Champlon, m’adresse un courrier extrêmement intéressant et qu’il consacre exclusivement à cette photo.

« Parmi les photos de V1 pris en vol, celle-ci figure, selon moi, parmi les plus reproduites.

004

 

 

 

 

Le dessin de la page de couverture d’un petit livre intitulé « Gemarteld Antwerpen »,édité en 1945, s’en inspire très certainement. On peut y voir en arrière-plan la cathédrale d’Anvers et le Boerentoren.

Dans une autre revue flamande, on signale que ce robot aérien s’est abattu en 1944 sur une base américaine à Elewijt. Le photographe fut tué par l’explosion. Sa « dernière photo » (probablement imprimée à de nombreux exemplaires) fut vendue sur place pour aider sa famille (zijn foto werd ter plaatse verkocht ter ondersteunig van zijn nabestaanden).

Ensuite cette photo va faire une carrière presque internationale. Ce V1 tombera bizarrement  dans de nombreux endroits et même à Bruxelles. En février dernier, sur internet, cette photo était vendue comme « rare original photo of a german V-1 Buzz Bomb coming down. U.S. soldier snapped the picture as it was coming down in Britain!

Patteet raconte, à la page 165 de son livre “160 dagen terreur van Vliegende Vg », édité en 1994, que, selon un témoin local qui possédait cette photo, que le robot a été abattu par la D.T.C.A. à Lemputten op Berlaar-Heikant et a été photographié par un soldat de la batterie. C’était le 9 janvier 1945 vers 17h. Le rapport du P.L.B. (Passieve Luchtbescherming) mentionnera deux morts, quatre blessés graves et six blessés légers ainsi que des dégâts matériels importants.

005

Un lecteur signale « jamais le V1 n’a eu des ailes pareilles ». S’agit-il d’un trucage photographique ? Je trouve la remarque de ce lecteur pertinente. Dieter Hölsken, dans son livre « V-Missiles of the third reich the V1 and V2” parle aussi de cette photo à la page 310 de son ouvrage.

 

 

 

Il y soulève la question des ailes coniques et du nez court ce qui est inhabituel pour ces engins aériens. Il pense avec réserve qu’il s’agit d’une nouvelle version de V1 plus rapide. Il est exact que ces engins ne portaient jamais de cocarde ou insignes nazis. Il y avait de petites inscriptions et chiffres destinés uniquement aux techniciens et manipulateurs de ces bombes volantes.

006Anthony Young, auteur de « The flying Bomb”, montre une photo très surprenante d’un V1 prise par un photographe amateur. On y voit des ailes coniques et un nez court. L’auteur précise qu’il s’agit d’une photo non retouchée.

 

Enfin, M. Delcommune conclut son courrier en m’interpellant : « Cher Monsieur, croyez-vous possible de trouver le négatif de la photo de votre papa ? »

Comme je vous le disais dernièrement, papa ne sait plus comment cette photo est entrée dans les collections familiales, avant la fin de la guerre ou dès la fin de celle-ci…

Monsieur Laurent, de Fairon, est également en possession de cette fameuse photographie.

« A 17 ans, j’ai travaillé quelque temps chez le photographe Dickenscheid, à Ougrée, rue de Boncelles. On y développait les films et, en faisant un tirage, on aperçut ce V1 qui tombait… Monsieur Dickenscheid en profita pour en faire plusieurs photos pour offrir aux amis. Voilà comment j’en ai reçu une. Derrière, il est mentionné 43 (?). Il n’y a aucune inscription sur les ailes, ce sont comme des ombres… Cela a dû être photographié dans le haut d’Ougrée, on voit des toits et des arbres. »

Chacun pourra, grâce à ces témoignages et à ces informations, se rendre compte de l’intérêt de pareille recherche. Merci à toutes et à tous pour votre précieuse et si utile collaboration.

 La Petite Gazette du 4 juin 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Vous êtes nombreux à suivre le conseil que je vous donnais, à savoir de m’écrire pour conter vos souvenirs, mais aussi pour apporter des informations sur le sujet.

   Monsieur Eloi Balthasar, de Rouvreux, apporte, à son tour, son témoignage sur les robots :    « Chacun sait donc que le robot ne devenait menaçant que quand son moteur s’arrêtait, la durée et la distance parcourue en planant étant aléatoire. Or donc, un jour de l’hiver 44 – 45, nous étions arrêtés avec nos traîneaux devant la maison paternelle, rue vieille chera à Florzé-Sprimont, quand nous entendîmes un robot arriver. Cela ne nous inquiéta pas d’emblée puisque le moteur pétaradait !

Il arrivait naturellement de l’Est et la maison nous le cachait. Après quelques secondes, le bruit fut si effrayant que nous nous jetâmes quand même à terre contre la façade. Il frôla les toits dans un fracas assourdissant, le moteur tournant toujours à plein régime et il alla, à pleine vitesse, s’encastrer et exploser dans la colline qui constitue le versant nord de la rue du Houmier (faisant la liaison entre Florzé et Rouvreux). Il n’y eut que des dégâts matériel car cette rue était alors peu bâtie. Ma maison actuelle vit son toit se soulever et ses tuiles retomber une latte plus bas : il fallut le refaire.

Pour une raison que j’ignore, ce robot s’était donc retrouvé à une altitude anormalement basse, lui faisant rencontrer un obstacle avant l’épuisement du carburant.

A la même époque, la ligne de bus Liège-Remouchamps, qui avait repris ses activités après la Libération, exploitait plusieurs véhicules d’avant-guerre avec moteur extérieur et un autre plus moderne avec moteur intérieur, dont le tuyau d’échappement se trouvait à l’arrière à hauteur du toit. N’étant pas mécanicien, je ne sais si ces détails sont liés, mais ce bus imitait remarquablement le bruit des V1 (avant l’arrêt du moteur naturellement !) Vu la vieille coutume campagnarde de rebaptiser toute personne ou toute chose, on appela donc ce bus « le robot » et on s’enquérait le plus naturellement du monde : Est-ce que le robot est déjà passé ?» Peut-être les membres les plus anciens de cette société de transport auraient-ils des souvenirs et des renseignements plus précis sur le sujet ? »

Cela serait effectivement intéressant, merci de répondre aux questions soulevées par M. Balthasar.

Monsieur Arsène Mormont, de Braibant-Ciney, contribue lui aussi à cette rubrique en me faisant parvenir cette photo.

007

« J’ai pris cette photo près du grand bunker de Ouistreham plage. Ce V1 a été prélevé sur sa rampe de lancement et ramené à Ouistreham à titre de souvenir. » Merci à M. Mormont pour cette excellente initiative. Vu le nombre de témoignages reçus, je puis vous annoncer que nous poursuivrons cette enquête dans les semaines à venir.

La Petite Gazette du 11 juin 2003

 PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Comme promis, nous retrouvons cette semaine encore, de nouveaux témoignages relatifs à cette période, qui, à la fin de la guerre, faisait dresser une oreille attentive à tout qui vivait en nos contrées. Mme Marcelle Renquin, de Tenneville,  se souvient elle aussi :

« En ce temps-là, je devais avoir treize ou quatorze ans et je me rappelle que quand j’habitais aux Cristalleries du Val Saint-Lambert, il y avait eu un enterrement dans la cour du Val. On attendait Monsieur le Curé et ses acolytes. C’est un robot qui est arrivé… Le moteur s’est arrêté et l’engin de mort est tombé sur les personnes rassemblées. Il y eut de nombreuses victimes et figurez-vous qu’on ne retrouvait pas, sous les gravas, la vieille dame décédée ni son cercueil. On les retrouva en dessous d’un bac à eau qui se trouvait à près de 15 mètres de la maison ! Tout qui était à l’enterrement était réellement méconnaissable… » Pour illustrer son propos, ma correspondante a joint ces photos extraites de l’ouvrage : « La Seconde Guerre Mondiale – Le débarquement de Normandie » Je me dois également de signaler que M. Gilbert Brilot, de Chapois-Ciney, a eu la même excellente idée.

008  009M. Boudlet, d’Anthisnes, a tenu à participer également à cette rubrique en nous confiant souvenirs et photo :    « A cette époque, nous dormions dans la cave, ma sœur avec maman et moi avec ma grand-mère. Il fallait, en prévision des poussières qui allaient envahir les lieux, un seau d’eau et une provision de morceaux de linge. Chaque fois qu’un V1 passait, ma grand-maman ramassait le linge sur ma figure tellement j’avais peur. J’avais alors six ans… »

010

Un V1 survole le carrefour de la rue de la Station à Ans, en décembre 44 Document extrait de :Paul BIRON Mon Mononke et la Libération, Bressoux, éditions DRICOT

La Petite Gazette du 18 juin 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Cette rubrique connaît un véritable succès et je m’en réjouis car elle nous aura permis de passer en revue de très nombreux témoignages et documents fort intéressants sur un sujet vieux de presque soixante ans aujourd’hui. Aujourd’hui, nous suivrons les souvenirs de Mme Godefroid-Collard, de Neupré :

« Ce que je vais vous raconter se passait alors que j’avais dix ou douze ans. J’habitais Tilff (rue des Ploppes) à l’époque des robots. J’ai entendu un bruit anormal, je suis allée sur le seuil de la maison et j’ai vu un robot. Moteur arrêté, il a traversé le village ; comme celui-ci est un fond, il fit demi-tour et son moteur reprit. Il revint vers notre maison et, une nouvelle fois, le moteur s’arrêta ; puis il s’est retourné pour la deuxième fois en partant pour de bon. Je ne sais pas où ce robot est tombé.

Comme cela m’amusait, je suis allée, une autre fois, voir un robot qui était tombé derrière chez moi, dans les champs qui appartenaient au château de Brialmont. J’ai eu la surprise de voir à l’intérieur, des casseroles, des fils barbelés, des cafetières, des boîtes à conserve vides… C’est alors que j’ai compris le bruit que faisaient les robots ! »

Ce passage du récit de Mme Godefroid-Collard fera certainement réagir une nouvelle M. Etienne Libert, de Bruxelles, qui m’expliqua que, à sa connaissance (et il s’est beaucoup renseigné), il est impossible que les V1 aient été chargés de mitraille ou de ferraille quelconque. Pour rappel, nous avons déjà communiqué un autre témoignage expliquant que les robots étaient chargés de vieux fers à gaufres et d’autres ustensiles métalliques.

011 Document aimablement transmis par M. José Giot, de Villers-le-Temple

   Entendions-nous bien, il ne m’appartient pas de dire qui a raison ou tort, mais bien d’essayer de comprendre pourquoi les souvenirs peuvent être différents… En effet, quand on étudie le plan d’un robot, on est en droit de se demander où on pouvait loger ces objets, mais comment expliquer alors le nombre de témoignages (j’en ai reçu bien d’autres encore) attestant de la présence de ces étonnantes ferrailles dans les débris des robots. M’aiderez-vous à y voir plus clair ? Comme d’habitude, je compte sur votre précieuse collaboration.

« A ce moment-là, poursuit ma correspondante, j’allais à l’école Ste-Marie (toujours à Tilff) et je faisais ma dernière année. Pour me protéger des robots, je me glissais sous la table. Il se fait que je les entendais venir de loin, mais quand je le disais on ne me croyait pas ! Un jour, j’étais sous la table et j’écrivais ce que Madame dictait. Elle vint me trouver et me demanda de me réinstaller correctement. Evidemment je refusai et je lui fis signe de se taire et c’est alors qu’elle comprit qu’un robot arrivait. Elle ne m’a plus jamais fait de remarque à ce sujet et j’ai continué à me mettre sous la table au moment où j’en entendais un. C’était l’alerte ! »

Monsieur JP Craps, d’Aywaille, se souvient lui aussi :    « En 1944, j’avis douze et nous habitions Liège, mes parents et moi. Nous venions de temps en temps à Aywaille pour nous y reposer entre deux « bombardements ». C’était une époque fatigante en ce sens qu’il fallait souvent descendre dans la cave quand l’alerte (les sirènes) se faisait entendre et je n’aimais pas être réveillé en pleine nuit.

Quand vint la période des V1 lancés sur Anvers et Liège, mon père m’apprit vite à me jeter couché sur le trottoir sitôt qu’un « robot » arrivait. On savait que lorsque son moteur s’arrêtait, il tombait. Le V1 mû par un pulsoréacteur (sorte de turbine à clapet) pétaradait et émettait un bruit de petite moto Gillet (ou Saroléa) 125 cc et vous dégringolait donc dessus quand il était à court de carburant.

Il me revient une anecdote. Un soir, chez nous, place Foch à Liège, mon Papa projetait un vieux film de cinéma. Avec le bruit, nous n’avons pas entendu d’alerte et, soudain, nos fenêtres ont volé en éclats, projetant mon gros chat sur moi. Un V1 venait de tomber sur un café de la place du Marché, près de l’église St-André. L’immeuble s’effondra sur un client qui n’avait pas voulu descendre à la cave car « il en avait vu d’autres ! » comme racontait le tenancier rescapé. Le client était un sergent américain ! »

012

 

 

 

Document aimablement confié par M. José Giot, de Villers-le-Temple

Merci pour ces renseignements partagés avec toutes celles et tous ceux qui se passionnent pour ce sujet.

    La Petite Gazette du 2 juillet 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Revenons donc sur ce sujet qui semble vous passionner si j’en juge par le nombre de courriers reçus !    Suivons cette semaine les souvenirs de M. J. Claessens, de Neupré.

   « Cette période du 20 décembre 1944 au 30 janvier 1945 a certainement été la période la plus noire pour les Liégeois et les habitants de la périphérie ! Alors qu’un soir, nous nous trouvions toute la famille dans la cuisine, mon frère quitta sa place pour se rendre dans la cour intérieure.  C’est alors qu’il vit arriver, du fond du jardin et à toute vitesse, notre chat « Poussy » qui se précipita dans la cave, dont la porte restait continuellement ouverte.

Mon frère appela toute la famille et nous obligea à descendre dans la cave à notre tour. Peu de temps après,  un robot tomba près de notre maison. Tout le plâtras des places tomba et les vitres furent cassées ! Un livre que mon frère était en train de lire et qui se trouvait sur la table de la cuisine fut transpercé, sur une centaine de pages, par des morceaux de carreaux. Grâce au chat et à la décision de mon frère, nous avions eu une fameuse chance !

Je joins (entre autres documents) un dessin d’un certain G. Nollomont (N.D.L.R. amateur de talent qui s’est spécialisé dans les dessins et peintures représentant l’ancien Seraing) montrant un V1 survolant les baraquements de la Chatqueue. »

013

Un tout grand merci à M. Claessens.

Monsieur René Lardinois, de Houffalize, m’a transmis un très abondant courrier sur le sujet dont j’extrais, cette semaine, ce document original et étonnant.

014

« Dessin d’un V réalisé par un écolier, Jan Scholiers, après que pareil engin se soit abattu sans dommage, dans une prairie marécageuse, au lieu dit « De moeras weide, van den oude moolen » à 2 Km d’Alost. Ce dessin est l’original, il a été réalisé sur un papier cartonné provenant d’une petite bible de poche. Cette bible était censée éloigner les démons ! Ce sont les Anglais qui emmenèrent l’engin, mais où ? »

Merci pour ce document inédit.

Une précision attendue par Mme Laroche, de Marchin, mais qui passionnera également M. René Lardinois, de Houffalize, nous est parvenue sous la plume avertie de Monsieur Jacques Bastin, de Heyd. La première citée interrogeait quant à l’origine du terme « robot », le deuxième m’écrivait dernièrement que « jamais les bombes volantes n’avaient été présentées sous la dénomination de robots ! »

« Le terme de départ employé chez nous, avant l’appellation « robot » était « bombe volante ». « Robot » est un mot qui vient en fait du tchèque « robota » et qui fut créé par l’écrivain Karel Capeck pour désigner, dans une de ses pièces de théâtre des années 1920, un automate d’aspect humain capable d’accomplir toute une série de travaux normalement exécutés par un être humain. De là, le mot « robot » a fini par s’appliquer à TOUT appareil capable d’agir de façon automatique pour emplir une fonction donnée ; et, entre autres, à nos sinistres V1. »

Voilà qui sera complet quand j’aurai ajouté que M. Bastin signale également une troisième appellation en usage alors, celle « d’Avion Sans Pilote ». Un grand merci pour ces éclaircissements bien utiles.

015

Document confié par M. J. Claessens, de Neupré, avec comme précision : V1 au-dessus de Liège, photo Istase.

 

Dès la prochaine édition, je vous proposerai le témoignage très intéressant de M. Marcel Lallemand, d’Esneux, le premier démineur belge à qui il fut donné de neutraliser un V1 non explosé.

La Petite Gazette du 9 juillet 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

Vos témoignages se succèdent, et c’est tant mieux, nous pouvons ainsi donner un aperçu très concret de cette période qui vit les habitants e nos régions se réfugier dans les caves et surveiller les moindres sons venant du ciel.

Monsieur Serge Legros, de Tilff, nous confie son vécu :    « J’habitais alors Hamoir et étais étudiant à Liège. Vu les difficultés des transports, devenus presque inexistants, nous avions été accueillis, ma sœur et moi, dans une famille amie, rue du Palais à Liège. Ce soir-là, réunis autour de la table, on tend l’oreille à chaque passage de V1.

Tout à coup… encore un, le bruit du moteur s’interrompt, un seul regard et nous nous retrouvons, à quatre, blottis sous la table de la cuisine.    L’instant d’après, c’est l’explosion, les vitres volent en éclat, nous sortons, hébétés, de dessous notre abri dans un nuage de gravas et de poussière, mais nous sommes indemnes ! L’engin avait explosé à moins de cent mètres, place du Marché et avait fait plusieurs victimes. »

Comme promis, nous aborderons aujourd’hui le témoignage de M. Marcel Lallemand, d’Esneux, (92 ans à ce jour !). Ce monsieur est le plus ancien démineur encore en vie dans notre pays, « tant en âge qu’en ancienneté de service » tient-il à préciser Son palmarès est éloquent : 766 bombes d’avion (de 50 à 1000 kg. Et plus de 2000 autres engins de toutes natures.

« Je me suis engagé au S.E.D.E.E. (Service d’Enlèvement et de Destruction des Engins Explosifs) placé sous la houlette du Commissariat à la restauration du Pays. Je fus le premier démineur belge à qui il fut donné de neutraliser un V1 non explosé, c’était le samedi 15 janvier 1945 et l’engin était tombé à Flémalle-Haute, dans un labouré durci par le gel. Accompagné du sergent René Dage, tout comme moi issu du 3° Génie, nous auscultions du regard cette saloperie dont nous ignorions tout du fonctionnement. Nous avons parcouru les 150 m. qui nous séparaient de l’engin avec la peur au ventre. Arrivés à hauteur de l’engin, nous constatons que deux systèmes de mise à feu sont placés sur la face plane à l’avant ; nous les enlevâmes sans difficulté. Par contre, sur le ventre de l’engin, se trouvent deux orifices fermés par un plastic transparent laissant apparaître des mouvements d’horlogerie. Pour les enlever, pas d’autre solution que le marteau et le burin. Les coups donnés remettent en marche le mouvement d’horlogerie. Fuir fut notre premier réflexe, puis nous optâmes pour le blocage du mouvement à l’aide d’un quart de crayon fendu sur la longueur. Ce fut la bonne solution. Nous pûmes alors extraire ces horloges sataniques. Nous sûmes plus tard qu’elles servaient à réguler le temps de vol en agissant sur les palonniers, tout comme pour un avion. Avec beaucoup moins d’appréhension, je neutralisai encore un V1 à Sart-lez-Spa. »

Toujours selon mon correspondant, cette photo, que je reproduis ci-dessous et que vous avez découverte dans l’édition de la dernière semaine de mai, serait un faux « il s’agit d’un trucage, la tuyère est mal placée ! »

Comme s’il répondait à l’avance à la question posée dernièrement, M. Lallemand indique que : « La croyance populaire prétendait qu’un V1 était bourré de mitraille : grave erreur ! »

Je prends acte, mais qui m’expliquera alors tous ces témoignages affirmant le contraire ? Où réside donc l’origine de ce mythe, si mythe il y a ?

Par contre, toujours sur le même sujet, Monsieur Jean Gabriel, de Sprimont, m’a exposé une intéressante explication qui justifierait la présence de cette mitraille hétéroclite dans certains V1.

« C’est il y a au moins trente ans que j’ai lu dans une revue, Historia si je me souviens bien, une démonstration, apparaissant comme indubitable, affirmant que chaque fois que dix V1 étaient envoyés vers leurs objectifs, les Allemands en propulsait un d’un type un peu particulier. En effet, il aurait été équipé d’un système, assez sophistiqué pour l’époque, permettant de localiser à distance l’endroit de son impact. Comme ce système était plus léger que l’explosif contenu dans les autres engins, il était lesté avec la mitraille dont il a été question. »

Voilà qui est passionnant… Qui a déjà entendu parler de ce type d’équipement ? Qui nous aidera à voir clair dans cette intéressante questions ? Merci de votre précieuse collaboration.

La Petite Gazette du 16 juillet 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

A son tour, Norbert Lagasse, de Liège, nous confie ses souvenirs … Je l’en remercie chaleureusement : « Originaire de Remouchamps, le 24 mai 1940, lors du premier bombardement de Poperinghe par l’aviation allemande, je me retrouve avec la cuisse droite sérieusement entaillée. Blessure horrible qui me laisse peu de chances de survivre ! L’amputation de la jambe est même envisagée, mais elle n’est pas réalisable ; s’ensuivent gangrène, tétanos…

Le 2 avril 1941, alors que cette blessure est encore bien loin d’être cicatrisée, j’entame une carrière d’employé à Liège, dans les bureaux de l’A.L.E. Au fil des mois, les trajets deviennent de plus en plus pénibles, mon père me trouve un logement à Liège chez une de ses cousines. Je rentre seulement à Remouchamps le week-end.

Depuis quelques semaines, je dispose du vélo de mon oncle Alphonse Lagasse que les Allemands ont arrêté le 19 juillet 1944 et envoyé en Allemagne d’où, malheureusement, il ne reviendra jamais…

Le lundi 13 novembre, la pluie retarde quelque peu mon retour vers Liège et il est 9h30 quand j’arrive au pied de la côte des Forges, à proximité de l’église de Gomzé-Andoumont pour entamer la descente vers Trooz où je prends le trolley 31 (le vélo, pour lui éviter les infâmes pavés de la vallée de la Vesdre, étant entreposé jusqu’au samedi dans une cabine grâce à la complaisance d’un collègue.

De Gomzé-Andoumont jusqu’à l’entrée de Trooz, la route est bétonnée, hormis quelques tronçons constitués de petits pavés rappelant les endroits où le vicinal Poulseur-Louveigné-Trooz coupait naguère la chaussée.

016 Le V1 photographié ici par M. Jacques Bastin a été saisi, en 1945, en Allemagne, par les troupes américaines d’occupation et remonté ensuite d’une façon « décorative » à la base de Lackland au Texas. En effet, afin de lui donner un aspect moins sinistre, les soldats l’ont repeint d’originale façon.

J’arrive dans le Rys de Mosbeux où, à proximité d’une entreprise de menuiserie, j’ai pour habitude de ralentir car le secteur pavé, sous lequel passe d’ailleurs un ruisseau, est assez long. Brusquement, j’entends la pétarade sinistre d’un robot. Puis… plus rien ! Affaire de secondes et je suis aussitôt flanqué, comme un fétu de paille contre le parapet du pont. Seulement quelques éraflures !

S’étalant devant moi : quel décor lamentable ! Poteaux et fils électriques encombrent la route. Vélo à la main, je fais cinquante mètres pour me retrouver devant un tas de briques. C’est tout ce qui reste du logement de Monsieur Biet. Dès cet instant, je vais vivre des minutes terribles. A une centaine de mètres de ce qui était son habitation, M. Biet dirige une marbrerie d’où il a évidemment perçu la déflagration. Le hasard a voulu qu’il se préparait à aller à un enterrement et qu’il avait revêtu ses « vêtements du dimanche ». Il court dans ma direction, se débarrasse de son veston et crie sa douleur. « Et ma femme et ma fille qui sont dans la maison… »

La bombe volante est tombée exactement devant sa maison, dans un pré avec une dénivellation de trois mètres environ par rapport à la route. M. Biet et moi déplaçons quelques briques entre lesquelles s’échappe un peu de fumée provenant ( ?) d’un foyer. Bientôt arrivent une dizaine de soldats canadiens en renfort. Je ne m’attarde pas davantage sur les lieux de ce drame. Retour sur Remouchamps et consultation chez le médecin : huit jours de repos pour commotion légère.

Je suis convaincu que si le vicinal Poulseur-Trooz n’avait pas existé, je n’aurais pas eu le bonheur de fêter mon 84e anniversaire, ce 24 juin. J’apprendrai que Mme Biet a été tuée et que sa fille a été gravement blessée et sortie des décombres avec énormément de difficultés. »

017V1 : 5,30 m d’envergure. 8,40 m de long. Poids : 2 tonnes dont 600 kg d’explosifs et 1000 kg de carburant (pétrole) ; Portée 400 km. Vitesse : environ 650 Km/h ; Altitude : entre 500 et 1000 mètres. (Document transmis par Mme Edmée Kerfs, de Havelange, mais née à Tilleur.)

 

La Petite Gazette du 6 août 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS…

La question posée au sujet du contenu des V1 vous a incités à m’écrire encore très nombreux à ce propos et, vous le constaterez au fil des prochaines éditions, les réponses sont loin d’aller toutes dans le même sens !

Voyons ce que nous raconte aujourd’hui Monsieur Alphonse Henrard, de Hotton.

« Je suis natif de Grâce-Berleur et pendant la guerre j’habitais cette commune. J’avais seize ans à l’époque, mais mes souvenirs sont encore intacts et complets. Nous avions constatés qu’il y avait deux « types » de V1 :  les hauts et les bas. Nous pensions que les hauts étaient pour Anvers et les bas pour nous, pour Liège. Beaucoup de jeunes, en ce temps-là, étaient férus d’aviation et de tout ce qui volait. Avec un ami nous avions été interpellés par les racontars concernant le « contenu » des V1 et nous avions décidé d’aller constater de visu.

Un jour, vers 7 heures du matin, un V1 était tombé au lieu dit « Ciseleux » au Berleur. Avec mon ami et de suite, nous avions foncé sur l’endroit et nous avions contrôlé par nous-mêmes que les restes de ce V1 ne contenait absolument rien de ce que l’on prétendait qu’il devait receler. »

La Petite Gazette du 20 août 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOT

Cette rubrique connaît toujours le même succès et vous êtes très nombreux à me dire l’intérêt que vous y portez. Merci.

018

 

 

 

Monsieur le Dr A. Labay, de Comblain-au-Pont, a visité, au début du mois de juillet dernier, le Blochaus d’Eperlecques (Pas-de-Calais, France) où une base de lancement de V1 a été reconstituée (45 mètres de long). Mon correspondant a eu l’excellente idée de photographier le site.

 

Un tout grand merci pour cette intéressante initiative.

Monsieur Jean-Pierre Beaufays, de Méry, revient sur la présence ou l’absence de mitraille dans les robots : « Mes parents et mes grands-parents, qui ont vécu à l’époque, m’ont, en effet, toujours dit (N.D.L.R. Les miens aussi !) qu’un nombre important d’objets hétéroclites étaient retrouvés à l’endroit d’impact de ces engins.

De plus, il paraît que des mitrailles ont également été retrouvées au cours d’assez récentes fouilles effectuées sur le point de chute d’un V1 au lieu dit « le Boubou » à Méry. Dans ces récits, il est toujours fait état de fers à repasser. Ne pourrait-on pas raisonnablement supposer que les éléments constituant la mécanique anti-conventionnelle de ces engins puissent passer pour des mitrailles et qu’un des éléments constitutifs de cette mécanique ait, à s’y méprendre, l’aspect d’un fer à repasser ? » La question est posée, mais trouvera-t-elle une réponse ?

Monsieur Raymond Delcommune, de Champlon-Ardenne, nous apporte quelques éléments de réponses. Il nous transmet des documents extraits de rapports secrets destinés à la deuxième Direction du Ministère de la Défense Nationale.

« Extrait d’un rapport d’observateurs de ‘passage de bombes volantes’ secteur de Sprimont : chute d’un V1 le 14 novembre 1944 à 21h28 au sud de Sprimont : « l’engin était farci de vieilles ferrailles, fer à repasser, ressorts de lit, etc. »

Un extrait d’un rapport de gendarmerie (brigade d’Olne) signale la chute d’un explosif genre V1, le 24 novembre 1944 à 23h58 au lieu-dit « Rafhay » commune d’Olne. Parmi les débris on remarque des « manches de grenades allemandes dans un rayon de deux cents mètres »

Dans un bulletin de renseignements daté du 27 novembre 1944, on lit « d’après les renseignements fournis par différentes personnes, il a été constaté très souvent au point de chute des bombes volantes la présence de mitrailles telles que : vieilles ferrailles ; fer à repasser, cadres de vélo, morceaux de vieux lits en fer, lames de rasoir, etc. »

Un autre bulletin de renseignements daté du 11 décembre 1944 rapporte « des agents signalent que certaines bombes tombées aux environs de Liège devaient contenir des morceaux de verre épais, des lames de rasoir, des morceaux de vieille ferraille. Ces objets ont été trouvés après l’explosion et ne proviennent pas des immeubles détruits par l’explosion. »

Un autre document parle du témoignage en Allemagne d’un témoin oculaire. « L’intéressé a vu remplir une carlingue de V1 de toutes sortes de mitraille de plomb, de fer, etc. mélangées à du phosphore en poudre et à des matières incendiaires. »

019

Selon moi, poursuit M. Delcommune, l’endroit de la charge explosive enclavée dans une cellule complètement fermée entre le gyro-compas et le réservoir à essence est le seul emplacement possible pour ces pièces insolites (voir photo). Il y était prévu environ 830 kilos d’explosif très puissant, dans un volume d’environ 540 dm3 . Une petite partie de l’explosif pouvait être amputée au profit de pièces métalliques de dimensions réduites. La consistance de l’explosif était proche de celle du mastic du vitrier, cette opération ne devait rencontrer d’énormes difficultés. Je crois que ce remplissage ne pouvait se faire qu’à l’usine. Evidemment les détonateurs ne se plaçaient que peu avant le catapultage. Aujourd’hui, l’actualité nous montre certains kamikazes qui utilisent du plastic explosif mélangé à des clous qui deviennent des projectiles meurtriers au moment de l’explosion. »

Merci pour ce témoignage, ces renseignements et cette tentative d’explication.  A votre tour, nous aiderez-vous à tenter de résoudre cette question ?

La Petite Gazette du 27 août 2003

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS…

   Cette rubrique m’a encore valu de nombreux courriers montrant à suffisance l’intérêt que vous portez à ce sujet. Pour beaucoup de lectrices et de lecteurs, il aurait été l’occasion de se remémorer des souvenirs douloureux … ou plus légers.

Monsieur Raymond Delcommune, de Champlon-Ardenne, nous apporte de bien intéressants renseignements : « Dès octobre 1944, la Belgique recevra quotidiennement des V1 jusqu’au 30 mars 1945. A cette époque, les rampes de lancement sont situées en Hollande et en Allemagne. Les responsables de ces bases devaient recevoir très régulièrement du Haut commandement Allemand les « objectifs du jour ». Nombre de villes belges recevaient un numéro d’objectif, ainsi Liège avait le numéro 0103, Antwerpen 0304, Hasselt 0301, Mons 0109, etc.

De nombreux réglages précédaient le catapultage du robot aérien. Des instruments étaient réglés sur la base de paramètres obtenus sur une fiche de calcul. Ainsi il était tenu compte des informations météorologiques et géographiques. De l’exactitude de ces renseignements dépendait la précision du tir. Les gyroscopes du pilote-automatique réagissaient mal en cas de fort vent latéral. La précision moyenne des tirs variait d’environ 10 Km pour des tirs d’environ 250 Km. La tactique aérienne pour le lancement des robots n’était efficace que dans l’optique de l’envoi de « tir groupé ».

020

 

Un V1 sur 10 ( ?) était muni d’un petit poste émetteur situé juste avant l’empennage arrière (voir dessin)

 

A environ 50 Km de l’objectif, l’émetteur était alimenté et une antenne traînante d’environ 50 m. était expulsée à l’extrémité arrière du V1. pendant environ cinq minutes un signal convenu sur une fréquence connue dans la bande des 200 à 500 Khz était émis pour être détecté par des récepteurs allemands. Les manipulateurs déterminaient par radiogoniométrie le trajet parcouru et le lieu de l’impact au sol. L’écart entre le point de chute réel et théorique permettait de réajuster certains réglages.  Une série de bombes volantes pouvait ainsi être envoyée jusqu’à une nouvelle initialisation des paramètres par l’envoi d’un autre V1 avec un poste émetteur. Ainsi pour toute la journée du 16 décembre 1944 (premier jour de la Bataille des Ardennes), les représentants de l’ordre (Gendarmerie, Police, Bourgmestres…) signaleront au Ministère de la Défense Nationale 36 chutes de V1 dans toute la province de Liège. 29 tomberont sur Liège dans un rayon de 10 Km !

021    Mon précieux correspondant conclut son envoi en revenant sur la présence ou l’absence de mitraille dans les V1 : « Je crois utile de préciser, m’écrit-il, que les cas d’objets insolites trouvés dans les robots sont très rares. A défaut de recherche statistique, les cas de mitraille trouvée dans les torpilles volantes ne devraient pas excéder 1% du total des V1 envoyés sur Liège. »

Merci pour tous ces renseignements, dès la semaine prochaine, nous retrouverons d’autres souvenirs liés à cette époque particulière de la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

La Petite Gazette du 3 septembre 2003

QUAND TOMBAIENT LES ROBOTS…

   J’ai encore reçu plusieurs courriers concernant ce sujet qui vous intéresse grandement, vous interpelle ou vous émeut. Aujourd’hui, je vous propose de vous pencher sur les souvenirs de Madame Henriette Vranken-Fischer, de Sy.

« Je serais bien de l’avis de Monsieur Gabriel, de Stoumont, (voir l’édition du 9 juillet). A cette époque, j’habitais Liège, rue Ste-Julienne, endroit assez recherché, hélas, par les V1. Peut-être par sa situation au pied du Thier de Robermont et de la rue Cornillon, anciennes voies militaires vers l’Allemagne par Berneau ? Ou par certains courants d’air favorisés par le pied de la colline ? Tout ceci pour en arriver à la fréquence de ces robots. Notre famille s’était organisée, les jeunes surtout, frères, sœurs, cousins, de surcroît sportifs (basket) accouraient au plus vite quand un V1 tombait à proximité. Voici qu’un robot « spécial » tombe rue de Jupille, près de l’ancienne caserne de l’Intendance. Nous apprenons qu’il était lesté de toute une panoplie d’objets divers, batteries de cuisine, vieux fers de toutes les sortes, même des fils de fer barbelés. Les commentaires allaient bon train – bon signe – c’était la fin des Allemands !  … Après n’avons-nous pas appris que des collectes de récupération de ferreux et non ferreux étaient organisées pour soutenir l’effort de guerre et que ménagères et dames patronnesses inspirées vidaient caves et greniers. »

Merci pour ces souvenirs.

La Petite Gazette du 10 septembre 2003

PENDANT QUE TOMBAIENT LES ROBOTS

Monsieur L. Disy habite Liège, mais, grâce à ses enfants établis à Burnontige, il lit régulièrement La Petite Gazette.

« Les souvenirs concernant les robots me rappellent bien les moments tragiques, mais aussi, parfois, amusants. En cette fin 1944, j’habitais rue des Vennes à Liège et, à cinq minutes de chez moi, rue de Wetzlaer, résidait mon copain. Je passais chez lui une grande partie de la journée car le Collège était fermé. En raison du danger, tous les habitants de ces maisons de quatre étages vivaient dans les caves. Tous, sauf un, le brave Monsieur Limet ! Durant toute la guerre, ses voisins savaient s’il venait de passer car il fumait des feuilles de marronniers…

Parfois, un sourire était difficile à réprimer quand il nous relatait les conversations qu’il avait dans la garde-robe avec l’esprit de sa femme, morte avant la guerre !

En relation avec les esprits, il ne craignait rien, restant nuit et jour dans son troisième étage.  Un soir, cependant, nous le vîmes arriver dans la cave avec sa couverture. Comme nous étions étonnés, il nous expliqua que, sur un bâtiment proche, les mauvais esprits venaient d’apparaître et qu’il était très soucieux. Il fut, cette fois, très difficile de ne pas extérioriser nos rires.    La nuit suivante, un robot rasa le bâtiment en question !    Fini de rire. Dès lors, nous étions anxieux de connaître les confidences des esprits.

Pour vivre dans les caves, les gens s’étaient organisés. Ils avaient descendu les matelas, quelques provisions et un poêle dont on faisait sortir la buse par le soupirail. Comme on le disait, les gamins de m… s’amusaient en faisant pipi dans les buses tout en se réjouissant de l’effet produit un mètre plus bas.

Dans les caves, à huit ménages plus les amis, on discutait, on s’informait et on jouait à la belote des heures durant à un demi-centime le point.

A 23 heures arrivaient trois robots, de direction différente sans toujours tomber sur Liège. Par bravade, je disais : « Je retourne par le robot d’onze heures » ce que je faisais chaque soir.

022

 

 

 

 

 

 

Base de lancement de V1 au blochaus d’Eperlecques (Pas-de-Calais)

Photo réalisée par M. Le Dr A. Labay

 

Un soir, le père de mon copain me dit, vers 22h30, « Louis, tu devrais peut-être retourner plus tôt aujourd’hui » Je l’écoutai.    En arrivant chez moi, je descendis à la cave pour souhaiter une bonne nuit à mes parents et grands-parents avant de souper et de regagner ma chambre. J’y étais à peine qu’un V1 tombait presque en face de la maison. La porte avait été défoncée par une bille de chemin de fer venant de je ne sais où.

A quelques maisons de chez nous habitait la famille Verspelt. De leur porte, il ne restait que la partie inférieure, sous la serrure. M. Verspelt, en pyjama, devant son restant de porte, me dit : Maintenant, il ne me reste plus qu’à faire Meuhh !

Un autre de mes voisins trouva, dans sa chambre, un paquet de tabac et un briquet venant d’ailleurs car il n’y avait pas de fumeur chez lui ! Dans notre cuisine, le hareng prêt pour mon souper était constellé de morceaux de verre.    Dès cette soirée, j’ai dormi dans la cave, comme le restant de ma famille. Ce soir-là, le pressentiment de M. Lavigne m’avait vraisemblablement sauvé la vie.

La Petite Gazette du 1er octobre 2003

AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS…

   Alors que d’autres témoignages me sont encore parvenus dernièrement, je vous livre aujourd’hui le contenu d’un courrier reçu il y a bientôt quatre mois…

« J’ai lu avec intérêt, me dit M. Jean-Jacques Brock, de Vielsalm, le récit de Mme Godefroid. A l’époque des faits qu’elle relate, j’étais tilffois moi aussi et j’habitais au fond de la rue de Louvetain, sur les hauteurs de Cortil, vers les 7 collines. Les gosses que nous étions disposaient là d’un observatoire privilégié pour regarder tomber les « bombes volantes » ; Cortil se trouve, en effet, sur la rive droite de l’Ourthe, à l’est de celle-ci. Or les robots qui nous survolaient, venant d’Allemagne, étaient destinés au complexe industriel de Seraing, situé à l’ouest, et leur charge de carburant était calculée en fonction de la météo (vent essentiellement) pour être épuisée en vue de l’objectif de sorte qu’ils s’abattent dessus, faute de propulsion.

Ce système rudimentaire aujourd’hui remplacé, par l’électronique et le guidage par satellite, était fort imprécis et il était fréquent que ces engins tombent trop court ou trop long. Leur chute était d’ailleurs annoncée par l’arrêt soudain de leur moteur et de son bruit. Compte tenu de la configuration de la vallée dont la crête ouest dominait la Meuse et Seraing, presque tous les robots qui tombaient trop court s’écrasèrent donc sur cette colline, face à la nôtre, en rive gauche de l’Ourthe et nommée « Sur le Mont ». Rares sont ceux qui tombèrent de notre côté et sur le village de Tilff bien à l’abri dans le fond de la vallée. Je pense qu’il y en a eu environ 360 dans la commune. Je n’ai pas de souvenir qu’ils contenaient de la ferraille (il n’y avait pas de compartiment pour une telle charge inoffensive qui eût, en outre, nécessité un surcroît de carburant inutile et dispendieux), mais leur explosion les réduisait bien entendu à cet état ce qui peut avoir entretenu la confusion. Je ne pense pas non plus que leur système de vol leur aurait permis de faire demi-tour car leur système de guidage était très rudimentaire et n’aurait pas permis de correction aussi forte. Je sais par contre par un ami qui fut pilote dans la R.A.F. que de tels engins furent souvent détournés de leurs cibles anglaises par les Spitfires qui les poussaient de l’aile. »

D’autres témoignages viendront encore, prochainement, compléter cette intéressante collection de récits consacrés aux bombes volantes. Merci de votre précieuse collaboration.

 La Petite Gazette du 8 octobre 2003

AU TEMPS OU TOMBAIENT LES ROBOTS

   Cette rubrique attire toujours autant de courriers et je m’en réjouis. Il me faut cependant réclamer un peu de patience à tous ceux qui m’ont écrit pour l’alimenter, je ne puis tout publier d’un coup ! Il y a déjà de longues semaines que M. Van Craywinkel, d’Evelette, nous a fait parvenir son témoignage.

« Oui, j’ai connu la période de guerre aux passages des V1 dans notre contrée… Un jour, en matinée, alors qu’il y avait un brouillard très opaque, j’entends le bruit caractéristique fait par ces engins. Tout à coup, le bruit cesse et, comme tout le monde, je crains une catastrophe. Le V1 est tombé dans le petit hameau d’Ossogne, Havelange, il a explosé dans une prairie proche des maisons. Je me suis rendu de suite sur les lieux et j’y ai constaté l’effet de cet engin qui avait éparpillé toutes sortes de ferrailles. Deux jeunes filles avaient été blessées à la figure, mais, heureusement, ce n’était pas très grave.

Quelques jours après, je suis allé à Haillot où un V2, à ce que l’on a dit, est tombé et a explosé en plein centre de la route principale. Il a creusé un cratère de cinq à six mètres de profondeur et causé des dégâts aux bâtiments proches. Heureusement, il n’y eut pas de victime, mais la peur se lisait sur tous les visages. »

Monsieur Willy Hendrix, de Neblon le Pierreux, vous conseille la lecture de l’ouvrage de souvenirs dû à la plume de Mme Marie-Thérèse Hanot, édité en 1994 par les éditions Dricot de Bressoux (il y est toujours disponible). Illustrant les propos de l’auteur, vous y découvrirez de nombreuses photographies montrant les dégâts causés par ces engins à Liège, les familles vivant dans les caves, les rues dans lesquelles les cheminées des poêles sortaient des soupiraux…

Monsieur René Franquet, de Barvaux, se souvient lui aussi :    « Nous habitions alors à Herstal, non loin de la F.N. et, à cause de cette usine, c’était un endroit très dangereux car les robots, ces machines infernales, avaient toujours tendance à tomber en panne de carburant dans les alentours immédiats.

Mon souvenir le plus précis, c’est notre cave : papa en avait fait un genre de galerie de mine, étançonnée par de grosses poutres de bois reliées entre-elles. Maman dormait à côté de moi et papa, lui, dans un hamac accroché à ces gros bois. Je revois aussi mon petit tableau noir et des craies de couleur, et aussi une étagère garnie de linges et de cruches d’eau. Vu l’inconscience de mon jeune âge, je trouvais même cela amusant.

Au petit matin du 26 septembre 1944, rien ne laissait imaginer le pire, sans le bruit caractéristique du robot, sans alerte… Il y eut soudain une énorme explosion. Je me souviens des vitres brisées, de cette poussière de plâtras, des cris du voisinage. Je revois maman se précipiter deux rues plus bas où habitait toute sa famille. Au-delà des mots, quelle horreur à ses yeux… La rue Adrien Cartier était transformée en un tas de ruines au milieu desquelles un cratère géant fumait encore. Ce jour-là, j’ai perdu mes grands-parents, un oncle, une tante, en tout il y eut 17 victimes.

Autant de dégâts pour un V1, ce n’était pas possible ! Nous ne le savions pas, mais cet engin sournois, puissant, silencieux était une fusée V2, la première tombée à Herstal ; il y en aura bien d’autres par la suite.

Aujourd’hui, je ne me pose même pas la question concernant ces histoires de casseroles, fers à gaufres ou autres ustensiles… Imaginez-vous les ingénieurs allemands capables de transporter une tonne d’explosif grâce à son pulsoréacteur, ou de créer le Messerschmitt bimoteur à réaction qui surclassait tous les appareils alliés, qui prenaient la fuite rien qu’à sa vue, ou encore d’inventer cette fusée V2 qui inspirera plus tard la N.A.S.A. qui en testera bien des répliques ; s’occuper de casseroles ? Ils en rougiraient de honte ! »

La Petite Gazette du 22 octobre 2003

AU TEMPS OU TOMBAIENT LES ROBOTS…

J’ai toujours, dans mon bac à courriers, divers témoignages relatifs à ces engins qui semèrent la terreur en nos contrées dans les derniers moments de la guerre 39 –45. Aujourd’hui, j’en extrais le récit que m’a fait parvenir Mme Flore Duchesne, de Havelange.

« N’en déplaise à vos correspondants qui affirment le contraire, je pense, comme bien d’autres, qu’il y avait bel et bien des débris hétéroclites à bord de ces engins de malheur, ou du moins de certains. Je vous en donne d’ailleurs quelques témoignages assez probants.

A Ocquier, en 1944 vivaient des réfugiés de Liège, rescapés des robots. Tous évoquaient un chargement de mitraille, comme ils disaient,  dispersé lors de l’explosion :  morceaux de couvercle ou de boîtes de conserves, un tas d’objets pointus ou coupants destinés à tuer et qui ont fait beaucoup de victimes.

Les principales cibles visées par les V1 étant Liège et Anvers, l’écrivain Léon Caris, habitant cette dernière ville, avait mis à l’abri sa petite famille à Ocquier, où il revenait régulièrement. Grand ami de mon père, il venait souvent à la maison et parlait des robots comme de véritables machines à tuer, chargées d’objets métalliques, tranchants pour la plupart, ou alors très lourds ; il y avait même des boulons et des grands clous.

Les robots manquaient parfois leur cible. C’est ainsi qu’il en est tombé deux ou trois dans la campagne avoisinant notre village et je me souviens, lorsqu’ils s’arrêtaient, de la panique indescriptible qui s’emparait des gens. Cela ne durait que quelques secondes, mais si on savait que cet engin était en train de tomber, par contre… on ne savait pas où… et cela pouvait être sur votre tête ! Quel ouf de soulagement, quand on entendait l’explosion. Le plus proche est tombé à un kilomètre du village et, à Ocquier, il y a eu des vitres cassées, entre autres une des grandes vitrines de la quincaillerie (chez Camille Walhin actuellement chez le docteur Legrand) qui fut fendue de bas en haut ! Avec des amis, papa est allé voir le lieu de l’impact. Lui aussi évoquait des débris divers, parmi lesquels il avait retrouvé  – il était formel –  des restes de réveil-matin, mais peut-être étaient-ce là les rouages et les ressorts du mouvement d’horlogerie dont parlait M. Lallemand ?

Merci pour ces nouveaux témoignages. Il est vraisemblable que nous ne vous mettrons pas tous d’accord sur la présence ou non d’objets métalliques transportés par les robots, mais là n’est pas non plus l’objet de la publication de pareils témoignages… Grâce à vous, nous pouvons faire revivre le quotidien de cette époque, avec ses craintes, les précautions prises et, parfois, les joies, tout de même, surtout celles vécues par les enfants d’alors dont, heureusement, l’insouciance pouvait prendre le dessus sur la peur.

La Petite Gazette du 29 octobre 2003

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS…

    Décidément, cette rubrique connaît un succès qui dépasse et de loin toutes mes prévisions… En effet, chaque semaine m’apporte de nouveaux témoignages et de nouveaux souvenirs. Au risque de me répéter, je me félicite de cette abondance de courriers et je vous en remercie.

Madame Sornin, de Modave, m’écrit ceci : « J’habitais Saint-Nicolas, dans « le fond des rues », j’ai aussi connu les robots et je trouvais cela amusant, comme M. René Franquet, d’aller chez un copain, qui demeurait cinq maisons plus loin, et cela en passant par des ouvertures pratiquées dans les caves et permettant de passer de l’une à l’autre.

Je logeais chez ma tante, on avait installé, avec des tréteaux, un plancher au-dessus des pommes de terre et nous dormions, côte à côte, bercés par le ronflement du poêle dont la buse sortait par le soupirail. La cave était aussi étançonnée par de grosses poutres, comme au charbonnage, pour la rendre plus sûre. En plus, on n’allait plus à l’école !

J’avais, à cette époque, une souris blanche que j’emmenais partout avec moi, dans mes excursions. On mettait une couverture sur le coke et elle se promenait dessus. Elle devait cependant faire souvent sa toilette !

Une après-midi, on entendit le bruit caractéristique du robot. Vite, tout le monde à la cave, moi y compris ! Soudain, je pense à ma souris restée en haut… Je remonte pour aller la chercher sous les cris de « Non, reviens ici ! » J’attrape ma Belle et je redescends vers la cave. Tout à coup, le robot tombe derrière la maison en tuant une maman et ses trois enfants. L’escalier sur lequel je me trouvais se détache alors du mur et tombe dans le fond, dans une incroyable poussière. J’entends encore ma grand-maman s’écrier « Nom di Dju, èlle èst touwèye ! » Et moi de répondre : « Non, Grand-maman, elle vit encore ! » Bien sûr, je parlais de Belle… »

La Petite Gazette du 19 novembre 2003

AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS…

   Il y a déjà cinq mois que j’ai reçu le témoignage de M. V. Lambion, de Comblain-la-Tour, seule l’abondance des courriers reçus sur le sujet explique cette parution si tardive ; il paraît que là réside la réalité du succès…

« J’avais alors 20 ans et je commençais les premiers labours d’automne à la ferme Ch. Defechereux, à Sparmont (Comblain-Fairon). Tout à coup, j’ai vu arriver, de la direction Comblain-la-Tour – Xhoris, mon premier V1, qui correspondait très bien aux photos que vous avez publiées. J’étais ahuri par le bruit assourdissant qu’il émettait, puis arrêt du moteur et chute de l’engin sur le pont roulant de la carrière de granit de Ouhar (Anthisnes). Comme j’étais sur une hauteur, j’ai eu le loisir de bien regarder le tout.

Huit à dix jours plus tard, j’étais toujours aux labours, au lieu dit ‘Banc des menteurs ‘,en face de la ferme de Houp-le-loup. Soudain, nouveau bruit infernal, mes trois chevaux se sont cabrés sur leurs pattes arrières en hennissant, puis Boum ! Je dois vous avouer, qu’avec une dame de La Rock, Anthisnes, venue ramasser du bois mort, nous avons eu la trouille de notre vie en voyant le V1 foncer sur nous. Heureusement au dernier moment, le moteur s’est arrêté et il est tombé juste en face de nous, dans le vallon creusé entre les deux fermes précitées. Nous avons été couverts de petits déchets de zinc et de ferraille et plusieurs carreaux des deux fermes ont volé en éclats.

Une quinzaine de jours plus tard, j’étais parti me faire opérer à la clinique Sainte-Rosalie et, après une dizaine de jours, j’étais sortant. Dans cette matinée, le premier robot que j’ai connu sur Liège est tombé dans le quartier de l’église des Oblats. On avait déjà eu peur quand un deuxième arriva sur Don Bosco dans le quartier du Laveu. Là ce fut plus grave pour l’hôpital. Beaucoup de vitres se brisèrent et les infirmières couraient d’un étage à l’autre pour tenter de calfeutrer les fenêtres en empêchant les courants d’air qui faisaient frissonner tous les patients. Les scènes de panique auxquelles j’ai assisté seront trop longues à vous expliquer.

Comme j’étais sortant, j’attendais la petite camionnette au charbon de bois de Michel Perello. Comme cela faisait aussi beaucoup de bruit et qu’il me fallait le temps de régler mes factures, les malades dans les chambres de la façade hurlaient de peur en entendant ce moteur. Nous avons quitté l’hôpital et avons même traversé les pelouses du Boulevard d’Avroy pour passer sur le seul pont de bateaux gonflables érigé par le Génie américain. C’était vraiment la pagaille dans tous les coins de la ville. Vu l’étroitesse de la camionnette, nous avons pu traverser l’Ourthe sur la passerelle réservée aux piétons, à hauteur du Pont des Grosses Battes, qui, lui, avait été dynamité. Quand nous sommes arrivés « Au fortin », rue de Tilff, il en est encore tombé un sur l’Hôtel du Bon Accueil en face du point d’arrêt de Streupas. »

    Un immense merci pour ce témoignage si vivant.

La Petite Gazette du 26 novembre 2003

LES V1 SONT AUSSI TOMBES SUR BRUXELLES…

Monsieur Willy Orins, de Petit Houmart, enfant, habitait à Forest. « J’avais huit ans et j’habitais, à Forest, rue de la Soierie, près de la gare de formation (arrière-gare de Bruxelles Midi) . En pleine nuit, un V1, dans sa chute malencontreuse, détruisit plusieurs habitations rue Bollinckx en faisant plusieurs victimes.

Pendant un court instant, alors que j’étais presque à un kilomètre de l’impact, je pouvais lire mon journal de classe tant l’amplitude lumineuse de l’explosion était importante. Les Allemands ratèrent la gare, mais pas les civils !

La crainte des V1 naissait du bruit spécifique de leur tuyère. On les entendait de loin, mais quand le bruit cessait on savait l’imminence de la chute. On ne savait où ils tomberaient car, en chutant, il changeait souvent de direction. »

ILS ONT AUSSI DECOLLE DE NOTRE ARDENNE !

Un courrier me venant de Tavigny et signé Mme Sulhant-Maréchal (si je lis bien) évoque également cette réalité de la peur née du bruit de ces engins, mais ce courrier rapporte aussi que l’Ardenne vit décoller ces engins de mort.

« J’ai beaucoup de plaisir à lire ces histoires qui me rappellent beaucoup de souvenirs. Un beau matin, en allant faire du feu pour la ‘cabolèye’ des cochons ; un bruit formidable se fit entendre au-dessus de moi. C’était comme si trois circulaires à bois fonctionnaient en même temps. J’ai couru dans le fenil à côté où je me suis abritée, toute tremblante de peur. Je ne l’ai pas vu, mais je l’ai bien entendu ! Il paraît que c’était un V1 et qu’il est tombé sur Paris. Il aurait été fabriqué dans notre Ardenne, du côté de Les Tailles, dans les bois… et je le crois volontiers. Je n’ai jamais oublié ce fameux bruit ni la frousse qu’il m’avait fichue. »

La Petite Gazette du 3 décembre 2003

AU TEMPS OU VOLAIENT LES ROBOTS…

Encore un témoignage sur ce sujet qui, manifestement, ne vous lasse pas et vous inspire toujours autant. La particularité du témoignage de Monsieur Michel Donnay, d’Alleur, vous apparaîtra dès sa première ligne.

« Je n’étais pas en Belgique à ce moment-là, j’étais alors contraint au travail obligatoire près de Berlin. Il me semble toutefois qu’il faudrait ajouter à cette saga, qu’en Allemagne, la propagande de Goebels vantait leur puissance de destruction. Chacune de ces armes de représailles, affirmait alors cette propagande, détruisait 800 constructions lors de son explosion.

Je crois aussi, comme cela a été dit dans ces colonnes, que le terme « avion sans moteur » (« sans pilote ? ») s’appliquait à une arme expérimentée avant les V1 et les V2.    D’après ce que j’ai vu et entendu, c’était une carlingue d’avion de chasse sans moteur. Bourrée d’explosifs, elle devait être remorquée et larguée sur l’objectif, mais je n’ai jamais lu que les Allemands s’en soient servis.

Au sujet de l’origine du nom « robot », il s’agit, en effet comme d’autres l’ont signalé, d’un mot slave qui signifie ‘travail’. »

Merci pour ces intéressantes précisions. Nous retrouverons, prochainement, M. Donnay qui évoquera pour nous un étonnant souvenir de son retour en Belgique après la libération de Berlin par l’Armée Rouge.

La Petite Gazette du 10 décembre 2003

UN V1 A DETRUIT NOTRE MAISON A ANGLEUR.

Encore un passionnant souvenir illustré que nous devons à M. Houlmont, de Boncelles.

« Un robot est tombé sur notre maison et celles voisines, rue Verhaeren, à Angleur. Le robot est tombé entre les numéros 41 et 43, côté Est donc à l’arrière et en contrebas.

Les conséquences : au 45, un peu de dégâts. Les maisons aux n° 41 et 43 furent rasées. Il n’y eut, heureusement, aucune victime ! Au n°43, personne n’était présent, au n°41 (chez les Bernimolin) tout le monde était terré dans la seule cave qui ait tenu le coup. Ils furent sortis par le soupirail et d’autres brèches ouvertes dans les décombres grâce aux secours de l’époque. En plus, le feu ravageait les ruines.

Chez nous, au n°39, mes parents avaient heureusement décidé, sept jours auparavant, d’évacuer vers la campagne car c’était quand même plus sûr. Après plusieurs déménagements, nous nous sommes fixés à Ombret, village dont je vous parlerai encore.

Dans notre maison, bien avant qu’on ne parle de V1, papa avait étançonné toutes les caves avec des piquets d’acacia installés tous les quatre-vingts centimètres. C’était amusant, tout comme le palais des glaces de la Foire de Liège, sans les glaces bien sûr.

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Voici ce qu’il restait de notre maison après le passage du robot

Chez nous, inutile de vous dire, vous le voyez vous-mêmes, que papa a dû démolir avant de reconstruire. Quelle catastrophe, la maison venait juste d’être payée !

Avant les V1, se souvient ma sœur Laure Houlmont, elle aussi de Boncelles, (j’étais trop petit alors pour m’en souvenir moi-même), il y avait eu les bombardements/ On vivait alors portes semi-ouvertes, jour et nuit. Voici ce qu’elle m’a raconté.

Chaque fois qu’il y avait une alerte nocturne (sirènes), papa et moi nous bousculions dans l’escalier pour aller nous mettre à l’abri dans les caves « blindées ». J’ai alors questionné ma sœur, « Et maman alors? » Maman raisonnait autrement, elle disait : « dj’inme ostan d’èsse touwée d’on cô qui di morri êtèrèe ! » C’était défendable. En entendant ce récit, il me vient encore une question que j’adresse à ma sœur : « Et moi alors, le tout petit gamin, qu’est-ce que je devenais ? » Réponse ironique de Laure : « Toi, on te laissait dormir avec maman ! »

Autant vous dire que je ne suis pas très content de leurs réactions… Enfin, je suis vivant et en bons termes avec ma sœur. »

La Petite Gazette du 23 décembre 2003

AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS…

   C’est réellement un anthologie de témoignages et de souvenirs que la Petite Gazette aura réalisé sur ce sujet. La régularité, l’abondance et l’intérêt de vos courriers relatifs aux V1 qui tombèrent sur nos villages et nos villes confirment, si besoin en était encore, combien ce sujet vous passionne. Cette semaine, c’est Monsieur Jean-Marie Goffart, de Neupré, qui se souvient.

« Comme je suis né en 1934, j’ai connu, bien sûr, le temps des robots. Mes parents habitaient la rue Mandeville, à Liège ; nous avons d’abord expérimenté les bombardements de 1943, les Américains étant venu bombarder la gare des Guillemins.

Hélas, un vent défavorable soufflait et toutes les bombes tombèrent rue Mandeville, tuant un certain nombre de civils et détruisant pas mal de maisons. Celle de mes parents étant devenue inhabitable, nous nous relogeâmes au centre ville, rue de l’Official, sur le côté de l’ancien Sarma, au second étage. Ce détail a son importance, car les robots, lorsque leur moteur s’arrêtait, vous donnaient encore de 8 à 15 secondes avant d’arriver au sol. Comme, pour descendre à la cave, il y avait trois étages, bien souvent, l’explosion survenait avant que je ne sois dans la cave. Il m’est arrivé aussi, dans ma précipitation, d’arriver au bas de l’escalier, cul par dessus tête. Heureusement, j’étais mince et léger, je ne me suis jamais rien cassé.

Aussi, après un certain temps, nous nous contentions de nous abriter sous la table pour éviter d’éventuels débris. Je dois dire que, contrairement à certains de vos correspondants, j’avais très peur de ces machines infernales comme j’ai vu également des soldats américains dans le même état d’esprit !

A l’école, en effet, les cours ne furent pas suspendus tout de suite, quand l’instituteur entendait le bruit d’un robot, il arrêtait de parler. Si le moteur s’arrêtait, les 25 enfants disparaissaient sous leur banc, dans cris, sans panique. L’instituteur restait à son bureau, en apparence impassible et, après l’explosion, le cours reprenait parfois sans le moindre commentaire.

Quant aux ferrailles trouvées dans ces engins, il semble bien, en effet, que certains en contenaient. Ce qui est assez logique, ces débris augmentaient le danger que ces machines infernales représentaient pour les civils qui constituaient leurs cibles.

Je vous félicite pour cette série d’articles, les acteurs de cette époque deviennent en effet assez vieux et je pense que c’est un témoignage intéressant pour les jeunes.

Au sujet de la poussière dégagée lors des bombardements, c’est effectivement un des dangers connus et, à l’époque, nous avions un seau d’eau et des morceaux de tissu qui, imbibés de cette eau, constituaient un filtre assez efficace contre la poussière. »

Vous l’aurez constaté, depuis des mois, rares sont mes chroniques hebdomadaires ne comptant pas un ou plusieurs témoignages concernant les robots. Il me semble maintenant que nous avons fait le tour de la question et que nous n’apprendrons plus rien d’inédit sur ces engins de mort. Vos réactions ont été quasiment unanimes pour apprécier cette longue série et, bien entendu, je vous permettrai de découvrir tout ce que j’ai reçu à ce jour sur le sujet. Je ne serais cependant pas honnête en ne signalant pas que l’un ou l’autre parmi vous m’ont demandé d’arrêter de publier des témoignages évoquant des périodes aussi sinistres que celles des guerres. Enfin, un lecteur de Mabonpré-Houffalize m’a littéralement inondé de courriers dénonçant l’appellation même de « robot » qui, selon lui n’a jamais été employée à l’époque des bombes volantes. Le but de La Petite Gazette n’est certainement  pas de polémiquer, mais simplement de vous permettre de communiquer souvenirs, témoignages et récits du temps passé. Je choisirai cependant, parmi les nombreuses photocopies de documents transmises par ce lecteur, de vous proposer cette photo dont je ne puis, malheureusement, vous dire de quel ouvrage elle est extraite.

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Une des rares photos présentant Werner von Braun.

 

Monsieur Raymond Boland, d’Anthisnes, m’a, quant à lui confié ce document extrait d’une revue abandonnée par un soldat américain et qu’il a recueillie alors qu’il n’avait que quatorze ans.

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La Petite Gazette du 30 décembre 2003

UN ROBOT TOMBÉ  À LIÈGE EST À L’ORIGINE DE LA CONSTRUCTION D’UNE CHAPELLE À PETITE-SOMME

 M. Jean Courtois, de Somme-Leuze, nous conte cette étrange histoire. « A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un robot tombe sur le couvent des Sœurs de la Charité de Cointe. Ce couvent avait pour Mère supérieure la fille du comte Charles de Vaux, propriétaire d’un château à Petite-Somme. Le couvent étant très endommagé, les Sœurs vinrent s’installer au château accompagnée d’un aumônier, l’abbé Francois Willem.

En 1944, lors de la retraite allemande, une charrette, tirée par un cheval, venait de Somme-Leuze en direction de Petite-Somme, elle était remplie de soldats allemands (des SS de triste réputation. A l’église, ils commencent à monter la route du village. Il y avait alors un nid très important de résistants à la ferme des Basses, exploitée à l’époque par Emile Piron. Une rencontre entre les Allemands et les résistants aurait été catastrophique.

L’abbé Willem, accoudé à une fenêtre du château, imaginant le nombre de victimes que ferait pareille rencontre, fit la promesse de faire bâtir une chapelle en l’honneur de N-D de Lourdes si tout se passait sans casse. L’abbé avait vraisemblablement une bonne cote auprès du Très-Haut car, à mi-côte, les Allemands firent demi-tour pour se diriger vers Septon. Là, ils rencontrèrent des maquisards et  bien des morts et des blessés restèrent sur le terrain.

En 1946 –1947, sous l’impulsion de l’abbé, les habitants de Petite-Somme se mirent au travail. Les pierres furent amenées du Bois des Roches, au lieu dit Sur Ourmont, avec un tombereau et un cheval.

Joseph Courtois mit, gracieusement, à disposition le terrain pour bâtir la chapelle. Aidé par son frère Louis, ils retroussèrent leurs manches et, en quelques semaines, la chapelle était bâtie.

Elle fut inaugurée, en grande pompe, à l’occasion d’une grand-messe dite par l’abbé lui-même. La bénédiction fut suivie d’une réception réunissant les autorités communales et paroissiales, mais aussi la fanfare et les personnes qui avaient participé à cet événement. C’est avec émotion que je vous fais ce récit car, âgé de dix-sept ans alors, j’ai vécu ces faits. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui entretiennent ce lieu béni. »

La Petite Gazette du 7 janvier 2004

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS

    Comme annoncé, je poursuis la publication des informations et témoignages en ma possession au sujet des V1 et des V2 . Monsieur Pierre Paulis, de Ferrières, intervient à son tour : « Madame Sulhant-Maréchal, de Tavigny, dans l’édition du 26 novembre, suggère que des V1 « fabriqués du côté des Tailles » soient tombés sur Paris. Oui et non. Oui pour Paris et notre Ardenne, non pour le V1. Le formidable bruit qui a terrorisé cette dame est celui d’un V2 lors de son lancement. Celui-ci a bel et bien été testé en Ardenne belge, dans la région de la Baraque de Fraiture.

Mon fils, Pierre-Emmanuel, que la chose passionne, a écrit une synthèse des diverses études faites sur le sujet. Elle est trop longue que pour être publiée dans La Petite Gazette, mais elle doit paraître prochainement dans la revue « Espace  Magazine ». Quoi qu’il en soit, il est bien prouvé aujourd’hui que Les Tailles et Sterpigny ont été les lieux d’essais des tout premiers V2 inventés par W. von Braun.

Ce premier V2, fabriqué en Allemagne et lancé, depuis un chemin creux de Sterpigny, le 8 septembre 1944 à 11 heures, tomba sur Maisons-Alford, près de Paris à 11h05 où il tua 7 personnes et en blessa 40. Un premier essai, le 6 septembre, sur le plateau des Tailles avait échoué. En tout, quatre V2 ont été amenés sur le sol ardennais, mais un seul a gagné les airs, heureusement !

Ne confondons pas V1 et V2. S’ils ont en commun la volonté de tuer et de détruire et, finalement, de donner la victoire à l’Allemagne – en visant, le premier, les régions proches (18000 V1 ont été lancés, et le second les régions lointaines (plus de 3000 V2 ont pris leur envol), leur constitution est totalement différente. Leur destinée le fut aussi d’ailleurs. Le V1 disparut avec la capitulation du Reich et le V2 donna naissance à l’ère spatiale.

Le V1, dit « bombe volante » est un petit avion à réaction, sans pilote, propulsé à l’aide d’une rampe de lancement (45 mètres). Son rayon d’action est assez limité et son altitude faible. Les premiers furent lancés la nuit du 12 au 13 juin 1944.

  1. 7,73 m, envergure : 5,18 m, poids : 2,2 tonnes

Le V2 est une lourde fusée supersonique (13 tonnes) s’élevant verticalement dans un bruit énorme jusqu’à 100 Km d’altitude. Lorsque le carburant est épuisé, après 350 Km environ, la fusée plongeait, silencieuse, vers la terre où explosait sa charge d’une tonne.

  1. 13 m., D. 1,70 m., puissance 600 000 ch., vitesse 5000 Km/h

Ainsi donc, il y aura bientôt 60 ans que s’envolaient les premières fusées. C’est le début de l’astronautique moderne. Depuis lors, grâce à la fusée de plus en plus puissante, l’homme est allé sur la Lune, il vient de commencer la visite de Mars ; de nombreux satellites nous entourent et l’on peut admirer, tous les soirs clairs, la station spatiale habitée traverser notre ciel (toutes les 90 minutes) ; un satellite a quitté notre système solaire…

Et ce sont bien nos bois wallons qui, vu leur discrétion, ont été, involontairement sans doute, les premiers collaborateurs de cette fabuleuse aventure qu’est devenue la conquête spatiale. »

La Petite Gazette du 14 janvier 2004

ALORS QUE LES ROBOTS TOMBAIENT SUR LE PAYS

   Mme F. Gilsoul Legrand, de Méry-Esneux, se souvient également de cette époque noire de notre histoire : « A ce temps-là, j’habitais Hayen et j’avais 13 ans. La chute des robots m’a fort marquée et le souvenir m’est resté très précisément. J’aimerais rectifier certains petits détails. Un jour, en fin d’après-midi, un robot s’arrêta au dessus du village de Hayen. Il piqua sur un chêne et éclata en se désagrégeant. Il éparpilla toutes ses ferrailles y compris de vieux fers à repasser et bien d’autres objets qui, en retombant au sol, blessèrent mon oncle Lambert et tuèrent son fils Charles, donc M. Arnould. Cela s’est passé au lieu dit ‘Le troisième four à chaux’, sur un petit chemin qui mène vers le village de Hayen, sur la route du Laveu. Les deux victimes y travaillaient à faire du bois de chauffage. »

Ce témoignage fait, une nouvelle fois, état de la présence d’objets étonnants dans les débris de ce robot. Nous l’avons vu, à de multiples reprises, de nombreux témoins affirment avoir vu ces objets alors que les informations plus rigoureuses et l’étude des plans semblent rendre impossible pareille présence. Nous n’aurons donc pas pu faire la lumière de façon définitive sur ce sujet, mais nous aurons, du moins, eu l’occasion de constituer une très importante anthologie de témoignages. Merci à toutes et à tous pour votre collaboration.

La Petite Gazette du 21 janvier 2004

AU TEMPS OÙ TOMBAIENT LES ROBOTS…

Je poursuis, comme convenu, la publication des témoignages et récits qui m’étaient parvenus avant que je ne vous demande de réserver vos envois à d’autres sujets, tout aussi passionnants et moins traités dans nos colonnes.

Je me suis néanmoins résolu à déroger à cette règle que je m’étais fixée en découvrant le contenu de l’envoi de M. Pierre André, de Liège, car je suis persuadé qu’il remettra beaucoup de choses en place dans l’esprit de bien des lecteurs.

« Je vous envoie un extrait du ROBERT, Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d’Alain Rey, – première édition 1992, trois tomes, 4304 pages – qui note à la définition ‘robot’ : (…) dès 1944, dans le français régional de Liège, pour désigner les V1 (…)

Voilà qui éclaircit bien des positions, un grand merci à M. André.

UN OBJET MYSTERIEUX APPARTENANT PEUT-ETRE A UNE BOMBE VOLANTE

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Monsieur Renato Lardinois, de Houffalize, m’a beaucoup écrit au sujet des bombes volantes, il m’a notamment dessiné cet objet qui l’intrigue et qu’il a découvert dans un « trou de bombe volante à Anvers. J’ai retrouvé le même, poursuit-il, dans un bois à Foy Noville, sous quarante centimètres de terre On s’est battu dans ce bois, précise-t-il utilement. » Il se demande s’il ne s’agirait pas du palonnier à câbles qui faisait fonctionner les ailerons arrières des V1, mais, poursuit-il, « à Foy, on ne parle pas de chute de V1 ! Qu’est-ce donc ? »

Cette lectrice, dont nous lirons les souvenirs cette semaine, habite maintenant Bomal s/O, mais ses souvenirs nous mènent tout droit à Kinkempois.

« Les bombardements ont détruit notre maison en mai 1944, nous avons évacué et loué une maison, rue des écoles. Le 16 décembre, un V1 est tombé à proximité des ateliers de la gare et un deuxième rue des écoles. L’arrière-cuisine et l’angle arrière de la maison ainsi que tout l’arrière de la maison voisine se sont effondrés. Nos voisins étaient dans leur cave.

En quelques minutes, des soldats américains de la 741e B engineen company sont arrivés sur les lieux, ont dégagé les décombres et sorti nos voisins de leur inconfortable situation. Maman était fâchée parce qu’on riait d’entendre notre voisine qui refusait qu’un soldat touche ses jambes pour la porter et la sortir du trou.

Je me souviens très bien d’un réservoir  d’environ 1,5 m. et de 75 à 80 cm. De haut. Il y avait aussi ce que tout le monde appelle un fer à repasser. Une sorte de poignée avec deux trous à l’arrière. Un fer de forme ovale d’où sortaient deux fils assez épais. Un Américain a photographié cet objet avant de l’emporter avec d’autres débris.

Je pense que les Allemands souhaitaient détruire les ateliers de réparations des locomotives. Après la chute de certains V1, les américains captaient des émissions radio donnant les positions d’impact. Un émetteur a été découvert à la gare d’Ougrée où, à proximité, un homme a été arrêté.

Ma correspondante tient à préciser qu’elle n’a jamais utilisé l’appellation G.I. qui, pour elle, ne signifie pas un homme. En outre, elle se rappelle avoir ri quand les civils disaient que les vantards étaient tous ingénieurs. »

 La Petite Gazette du 3 mars 2004

UN V1 EST TOMBE A COO

Monsieur René Gabriel, de Roanne Coo, est un infatigable chercheur (et c’est un chercheur qui trouve…) Il vient de publier la première partie d’une étude consacrée à Coo. Ce premier tome évoque la période s’étendant de 1107 à 1842 et le second est en préparation. Son auteur nous permet d’en découvrir, en exclusivité, une des pages. « Le curé de l’époque, l’abbé Alfred Corman, avait consigné, dans un petit carnet, les événements de la fin de guerre. Voici ce qu’il écrit à la date du 20 décembre 1944 :

Mercredi 20 décembre

   Je sors vers onze heures, personne sur les chemins. Je vais chez Louis Philippe, de là je vois passer en direction de Roanne-Coo quelques véhicules allemands suivis d’infanterie.

(Louis Philippe était le père de Georges Philippe, lui-même père de Colette Philippe, il habitait une demeure proche de l’actuel hôtel-pension de Philippe Constant, son arrière-petit-fils)

Vers deux heures, je monte à Grand-Coo, la bataille fait rage, toute la population de Grand-Coo est dehors, rafales de mitrailleuses, la bataille se rapproche.

   Vers trois heures, des tanks remontent, allemands ? Je redescends.

   Vers trois heures et demi, les gens de Grand-Coo descendent, d’autres tanks remontent, ce sont des américains, victoire, ils viennent de Moulin-du-Ruy.

   A leur suite, je vais jusqu’à la halte, heures affreuses passées dans la cave par les Philippe, chez les Thonon, Croix Rouge américaine, deux allemands gravement blessés, un catholique conscient bien disposé, je lui donne l’absolution, il gisait dehors sur une civière, il demande à boire puis à rentrer car il a froid, on accède à ses désirs. A l’intérieur, un autre blessé protestant était soigné par les Américains, je lui donne l’absolution, sous condition.

   (Roger Colinet, alors âgé de quatre ans, se souvient avoir vu le blessé sur une civière maculée de sang).

N allemand blotti en contrebas sur la ligne du chemin de fer est fait prisonnier, la maison Th. L… (maison Thonon ?) avait été touchée. (…)

   Vingt minutes avant dix heures, un V1 s’écrase sur la montagne à l’arrière de Grand-Coo, des carreaux tombent, cinq. »

Ayant questionné plusieurs personnes du village, j’ai finalement rencontré, c’est toujours M. Gabriel qui s’exprime, M. Georges Delvaux, de Petit-Coo, qui m’a déclaré bien se souvenir de l’endroit où le V1 était tombé.

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« Nous avions d’ailleurs fait une photographie où je posais devant les débris du V1 qui n’avait pas complètement explosé. » La photo a été prise par Fernand Philippe et elle a été retrouvée. Le document montre M. Georges Delvaux appuyé contre la tête de l’engin.La photo a été prise en 1949, cinq années après la chute, mais l’endroit était resté désert. Plus tard, un ferrailleur averti profita de l’occasion et enleva les débris. »

 La Petite Gazette du 31 mars 2004

POUR LA ÈNIÈME FOIS … AU TEMPS OÙ VOLAIENT LES ROBOTS

    D’emblée, signalons qu’il ne s’agit pas de revenir sur un sujet aussi largement traité, les redites seraient certainement inévitables et, disons-le, certainement insupportables. Si j’y reviens néanmoins, c’est parce qu’un lecteur attentif, Serge,  a découvert cette étonnante photographie dans une revue de l’aéronautique mondiale intitulée « Inter Avia » et datée de mai 1946.

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Remarquez le petit cockpit, à gauche du buste se détachant du fuselage.  Cette photo était accompagnée du texte suivant :

« On s’est parfois demandé, non sans raison, s’il fallait considérer l’arme à longue portée V1, propulsée par réaction et à téléguidage, comme un avion ou comme un obus. Une réponse à cette question nous est fournie par le V1 à pilote, quoiqu’il ne s’agisse là que d’un engin expérimental. Dans les premières V1 sans équipage, des vibrations s’étaient produites qui, plusieurs fois, avaient provoqué une rupture d’aile et la chute. La source de ces vibrations, le moteur travaillant par à-coups, ne pouvait être modifiée ; il fallait donc déterminer par des vols d’essais à quelles vitesses ces phénomènes de résonance ne se produisaient pas. Rappelons que les vols d’essais du V1 qui, du fait du peu de confiance qu’inspirait « cet avion » pouvaient bien effrayer le pilote le plus résolu, ont été exécutés par une femme, Hanna Reitsch, pilote de planeur. »

La Petite Gazette du 28 avril 2004

POUR COMPLETER LA COLLECTION DE DOCUMENTS SUR LES ROBOTS

   Madame Solange Bral Lamer, de Terwagne, me transmet la photo que vous découvrez ci-après. Elle a été prise lors d’un voyage effectué par le Dr et Mme Louis Meys en promenade dans le Pas de Calais, à St-Omer. Il y ont vu un robot sur base de lancement à destination de l’Angleterre. Sur la photo transmise, vous aurez, comme moi, la surprise de distinguer, fort nettement cette fois, l’espèce de cockpit juste sous la tuyère.

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UN HÔPITAL DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE (MAI 1944- JUILLET 1945)

La Petite Gazette du 5 décembre 2012

L’HOPITAL DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE EN JUIN 1945

Monsieur Francis Roufosse, de Marche-en-Famenne, est également un de ces lecteurs n’hésitant jamais à partager ses découvertes avec La Petite Gazette. Aujourd’hui, il nous présente un témoignage relatif à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

« Je me permets de vous présenter un petit recueil de photos trouvé sur une brocante.

La couverture porte le titre suivant, imprimé en rouge : « Croix Rouge de Belgique – Hôpital Auxiliaire n° 13 – Marche-en-Famenne 1945 » ; il est daté du 16 juin 1945 et contient une douzaine de grandes  photographies collées montrant des vues intérieures de l’établissement hospitalier. En effet, à partir du 23 mai 1944, au lendemain du bombardement catastrophique du train de munitions à Marloie, la Croix Rouge a occupé les locaux de l’Institut Notre-Dame de Marche, et ce jusqu’à fin juillet 1945.

La couverture du livret porte des signatures à l’encre, dont certaines plus lisibles que d’autres : Reine Glasmacker, A. Brasseur, Collin Albert, G. Charlier, Doppagne, M. Roufosse (le même patronyme que le mien ; c’est ce qui m’a interpellé).

hôpital marche

Sur une photo de groupe d’une soixantaine de personnes, j’ai cru reconnaître, au centre, l’ancien docteur Ledoux (surnommé le médecin des pauvres et père du docteur Philippe Ledoux, décédé dernièrement).

hôpital marche 2

Sur une autre vue, on distingue un tableau où sont inscrits à la craie des noms (malheureusement en partie cachés par les têtes des infirmières) : « Salle n°1 : Melle Glasmaker, Minette Jacquemin, Pola Fontaine, Van der Stappen, Roufosse… Salle n°2 : Mme Dormal, Melle Bodart, Melle Rondeau, Verbrugge, Gillet… Econome : Melle de Villermont. Salle d’opération : Dr Duckerts, Dr Gillet, Dr Van Dooren, Dr Cohrs, Melle de Geyter… » etc.

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Si ces noms ou ces photographies pouvaient éveiller quelques anciens souvenirs auprès de « survivants » ou de leurs descendants, ce serait magnifique ! » D’avance, un grand merci

La Petite Gazette du 9 janvier 2013

A PROPOS DE CET HOPITAL  DE LA CROIX ROUGE A MARCHE-EN-FAMENNE EN JUIN 1945

Monsieur Francis Roufosse, de Marche-en-Famenne, nous en a parlé dernièrement en illustrant son propos d’intéressantes photographies. Aujourd’hui, il revient sur le sujet avec un témoignage qu’il a récolté grâce à l’évocation publiée dans La Petite Gazette.

« Dernièrement, m’écrit-il,  j’ai eu un entretien téléphonique très intéressant avec Monsieur C. d’Aisne qui m’a dit avoir séjourné dix semaines en 1945 dans cet hôpital de fortune.

croix rouge marche

Voici ce qu’il m’a relaté : «J’avais 10 ans à l’époque. Suite à l’explosion d’un détonateur,  j’avais eu la main gauche arrachée et comme les hôpitaux des alentours étaient tous surpeuplés,  j’ai été dirigé vers l’hôpital de Marche et ensuite vers celui du pensionnat des sœurs de Notre-Dame.

Il y avait environ 160 lits, le tout disposé sur les trois étages de l’établissement. Moi-même, je  séjournais  au dernier étage «à côté de la gouttière». Je me souviens que la grande salle était partagée en deux (les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, comme à la messe), le tout séparé par une grande tenture qui vraisemblablement était le grand rideau de la salle de spectacle. Je me souviens aussi d’un certain docteur Duckerts.

croix rouge marche 2

Les religieuses qui s’occupaient de l’hôpital étaient très gentilles et, du fait que j’étais plein de vitalité, elles tâchaient de m’occuper comme elles le pouvaient ; par exemple en me faisant découper de grandes bandes de gaze que je repliais pour les transformer en pansements. Ceux-ci étaient ensuite stérilisés par les infirmières.

Lorsqu’il faisait bon, le personnel infirmier sortait tous les brancards à l’extérieur pour faire profiter les malades de la chaleur bienfaisante du soleil. Ma distraction préférée était aussi de voir les  pompiers de Marche venir nettoyer leurs camions et remplir leurs citernes à l’aide de grands tuyaux qu’ils plongeaient dans la Marchette.

On n’allait pas se promener du côté du Fond des Vaulx, mais en face de l’hôpital, en passant devant un grand crucifix, on empruntait souvent un petit sentier qui grimpait le long du talus jusqu’à la ligne de chemin de fer.

Beaucoup de blessés arrivaient de tous les coins. Même du côté de Malmedy ou de Saint-Vith. Et comme beaucoup ne parlaient que l’allemand et… le wallon (!), les infirmières m’appelaient alors et c’est moi qui servais d’interprète ! »

 

UN AVION SUR LE MONUMENT AUX MORTS DE LOMPREZ-WELLIN…

LE MONUMENT AUX MORTS DE LOMPREZ –WELLIN

Monsieur Philippe Hamoir, d’Esneux, a été interpellé par ce qu’il a découvert sur ce monument rencontré au gré de ses pérégrinations. Naturellement, il vous interroge à ce sujet.P1170141[2]

« Taillé dans la pierre, ce monument aux morts de Lomprez (Wellin) représente un avion vraisemblablement en difficulté. Aucune inscription ne donne de précision à ce propos, pas plus que les noms des victimes et combattants inscrits sur le monument. Peut-être les lecteurs de La Petite Gazette pourront-ils éclairer ma lanterne?

Dès la réception de cette demande, j’ai interrogé un des grands spécialistes de l’aviation militaire de la seconde Guerre Mondiale, monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, qui, immédiatement, a entamé une recherche dont il nous livre les résultats :

« Le monument de Lomprez-Wellin, avec dans en centre le bas-relief d’un avion en difficulté, nous rappelle en effet un événement dramatique qui s’est produit dans la nuit du 16 au 17 avril 1943. Non seulement quatre aviateurs y ont perdu la vie, mais aussi quelques villageois ont payé de leur vie le fait d’avoir hébergé clandestinement le seul aviateur survivant de cet équipage de cinq hommes.

Dans le centre de Lomprez (commune de Wellin) on trouvera un monument patriotique avec dans son centre un avion monomoteur en piqué. Ce bas-relief commémore le souvenir des quatre aviateurs, victimes de la chasse allemande, tombés en avril 1943 à Froid-Lieu/Sohier.

420 RCAF Sqn badge

Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 avril 1943, le Bomber Command la Royal Air Force avait une double mission à accomplir. D’une part 327 bombardiers étaient expédiés vers les usines de Skoda armements à Pilzen enTchécoslovaquie. En parallèle, Mannheim, une grande agglomération industrielle au bord du Rhin, était l’objectif de 271 autres bombardiers. En même temps, 11 bombardiers larguaient des tracts au-dessus de la France. L’effort britannique se soldait par la perte de 54 bombardiers sur les 609 engagés, soit 8.9 % des forces engagés, un niveau de pertes dramatiquement élevé et jamais atteint jusqu’à ce jour.

Un de ces bombardiers s’est écrasé entre Froid-Lieu et Sohier (communes de Wellin). Il s’agit du bombardier bimoteur Vickers Wellington, immatriculé HE682 (PT-T), appartenant au 420 « Snowy Owl » Squadron canadien de la Royal Air Force. Le seul survivant a été fait prisonnier de guerre, tandis que les quatre autres membres d’équipage y ont trouvé la mort. Trois de ces hommes reposent à Heverlee, tandis que le 4e repose au petit cimetière communal de Froid-Lieu.

Bombardier Vickers Wellington

A 21hr14, (heure locale britannique, donc 22hr15 chez nous), ce bombardier avait décollé de sa base aérienne à Middleton-St-Georges en Angleterre. Il était un des appareils de l’armada de 271 bombardiers qui avait Mannheim en Allemagne nazie comme objectif, mais ce bombardier n’a jamais atteint son objectif. En effet, à peine 45 minutes après son envol, et environ au-dessus de la frontière franco-belge, le bombardier a été intercepté par l’ennemi. Un Messerschmitt Bf-110 piloté par Oberfeldwebel Erich Rahner du 3./NJG4 (Staffel 3 du Nachtjagdgeschwader 4, basé à Florennes) a attaqué le Wellington de front à 4500 mètres d’altitude. En quelques secondes, le nez de l’avion se transformait en un fourneau incandescent. Les flammes se propageaient le long du fuselage et les ailes. Soudainement, une aile se détachait et l’avion se retournait, descendant en spirale vers le sol. Dans sa chute, le bombardier a aussi perdu son deuxième moteur. Le bombardier s’est écrasé au lieu-dit « Fagne », entre Sohier et Froid-Lieu, mettant en feu un petit bois de résineux. Il était à ce moment 23 hr, heure locale.
Rapidement, une centaine de villageois se sont précipités vers le lieu du drame, mais une légère explosion et la chaleur du feu les empêchait de s’approcher plus encore de l’épave et ils durent se mettre à l’abri. Heureusement par eux, car une deuxième déflagration, beaucoup plus importante, projetait des débris dans un périmètre de 200 mètres autour de l’épave, tout en laissant un important cratère. Ces explosions s’expliquent par le fait que l’avion n’avait pas atteint sa cible et que tous les explosifs se trouvaient encore dans sa soute à bombes.
Le lendemain, tôt au matin, les Allemands sont arrivés et, très vite, ils ont hermétiquement bouclé tout le secteur du crash. Le pilote allemand est lui aussi descendu sur place pour confirmer et revendiquer son « kill ». Les villageois ont reçu la mission de rechercher les dépouilles des aviateurs, mais ils n’en ont découvert que trois. Le corps de la 4e victime a été projeté bien loin de l’épave lors de la 2e grosse déflagration de bombes et sa dépouille n’a été découverte par des villageois que plusieurs jours après les faits.Un menuisier de Wellin lui a fabriqué un cercueil et le corps a par la suite été enseveli au cimetière communal, contrairement aux trois autres qui avaient déjà été enterrés à Saint-Trond.
Les Allemands ont enlevé les bombes et les munitions qui n’avaient pas encore explosé. Ensuite, ils scrupuleusement rassemblé tout ce qui restait du bombardier britannique. Les débris ont été chargés sur un wagon de chemin de fer à Rochefort et, par la suite, évacués vers une décharge (« Beutekamp ») à Nanterre où les métaux étaient triés, fondus et recyclés. Le cratère a été rebouché et nivelé, mais une légère dépression est longtemps restée perceptible.
Sgt Kenneth T.P. Allan, un Canadien, mitrailleur de la tourelle de queue, a réussi à s’extraire de l’avion en parachute et il futle seul à survivre. Il doit sa survie au fait qu’il se trouvait dans la queue de l’avion au moment de l’attaque frontale du chasseur de nuit de la Luftwaffe. Il a réussi à s’évader et il a été hébergé, pendant 7 semaines, dans une famille à Baronville (Beauraing). Lors de sa prise en charge par des agents de la résistance pour préparer son extradition vers l’Angleterre, il a été dupé par un agent double (un espion allemand infiltré dans les réseaux clandestins) et la Gestapo l’a arrêté à Charleroi. Il a passé le reste de la guerre comme prisonnier de guerre au Stalag 357. Il a survécu à sa captivité et il est retourné en Ontario après la guerre.

La famille qui avait discrètement hébergé l’aviateur allié a payé le prix fort : arrêtés le 7 juin par la Gestapo, les parents ont été emprisonnés, interrogés sous la torture et condamnés à mort. Le père ainsi qu’un de ses amis et un agent secret ont été fusillés au stand du Tir National de Bruxelles. La mère a péri dans le camp de concentration de Ravensbrück. Leurs deux fils adolescents ont été incarcérés dans un institut disciplinaire en Allemagne jusqu’à leur libération en 1945 par les Alliés.
Les quatre membres d’équipage morts dans le crash sont:
Flight Sgt Lawrence Melville  Horahan, R/127784, pilote, 23 ans, un Canadien de Toronto.
Flight Sgt James EarlIsaacs, R/124524, navigateur, 35 ans, un Canadien de Burin/Newfoundland.
Sgt Horace Stanley PullenRadford, 1206438, opérateur radio, 34 ans, un Anglais de Hounslow.
Initialement enterrés à Saint-Trond, ces trois hommes reposent désormais au cimetière communal de Heverlee.

Tombe Froid-Lieu (3)Sgt Lester Kenneth Plank, R/113191, navigateur, 21 ans, un Canadien de Bluffton/Alberta. Il repose au cimetière communal de Froid-Lieu (Sohier, commune de Wellin). Son corps a été retrouvé plusieurs jours après et bien loin du lieu du drame puisqu’il avait été projeté loin de l’épave par l’explosion. Un menuisier de Wellin lui a fabriqué  un cercueil et le corps du Canadien a par la suite été enseveli au cimetière communal. Voilà la raison pour laquelle le Sgt Lester Plank ne repose pas à Heverlee à côté des autres victimes du crash.

Le livret de bord du Sgt Plank montrait qu’il n’avait que trois mois de service opérationnel avant son décès, et seulement 15 heures de vol dont 8 heures de nuit. Avant sa mission fatidique du 16/17 avril 1943, il avait participé et accompli trois missions : Kiel le 4 avril, Frankfort le 10 avril, Stuttgart le 14 avril, et il trouva la mort lors de sa 4e mission.

A Froid-Lieu, dans la Rue Alphonse Detal, et non loin de l’église, on tombe sur un monument en pierre naturelle sur lequel est fixée une plaque commémorative portant l’inscription « Tombe de Guerre du Commonwealth-Commonwealth War Grave ». Ce petit mémorial renseigne les passants sur la présence de la sépulture du Sgt Plank dans le cimetière communal.

Infos complémentaires :
1. Ofw Erich Rahner a totalisé un score de six avions abattus durant la guerre. Son grade, Oberfeldwebel, était le plus haut rang du sous-officier allemand.
2. Stalag (« Stammlager ») 357 était un camp de prisonniers de guerre, situé près de Bad-Fallingbostel, une ville d’Allemagne du Basse-Saxe situé entre Hambourg et Hanovre

 

Recherche et synthèse réalisées, avec la précieuse contribution du Musée de l’Air au Cinquantenaire, Bruxelles, par Rik Verhelle, à 6941 Bomal-sur-Ourthe       

UN ESPION A ORTHO EN 1941

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

UN HURRICANE SE POSE A ORTHO, SON PILOTE EST TOUT SAUF UN HEROS !

Monsieur Jean Englebert, de Tohogne, m’a fait parvenir la copie d’un passionnant article extrait d’un récent numéro du mensuel « Le Fana de l’aviation » (n° 417 – août 2004), dû aux plumes de Richard Chapman et Roy Nesbit et traduit par Michel Bénichou. Cet article suit, pas à pas, l’enquête minutieuse des auteurs qui découvrirent progressivement une étonnante réalité. Voici ce que j’en ai retenu :

Le 18 septembre 1941, un Hurricane de la R.A.F. se pose à Ortho, dans une prairie marécageuse, non loin d’un aérodrome allemand. Un ouvrier agricole, témoin de la scène, cherche quelqu’un pouvant s’exprimer en anglais. Le pilote, grâce à l’intervention de patriotes Amand Durand et Léon Charlier, reçut des vêtements civils et de la nourriture ; puis il trouva refuge dans les bois voisins. Le lendemain, vers 5 heures, il se rendit à une patrouille allemande. Il dénonça les civils qui l’avaient aidé : Amand Durand et Léon Charlier furent fusillés, la femme de ce dernier et un certain Antoine furent, quant à eux, emprisonnés. A Ortho, une rue perpétue le souvenir d’Amand Durand.

Qui était donc ce pilote pour agir de la sorte ? Le remarquable travail de recherches des auteurs de l’article porté en référence a permis de l’apprendre.

Augustin Preucil est né le 3 juillet 1914 en Tchécoslovaquie. Il est breveté pilote de la Force aérienne tchécoslovaque où il devient instructeur. Quand l’armée allemande envahit son pays, loin d’être abattu, il demande son incorporation dans la Luftwaffe ! Cela lui est refusé car il n’est pas né allemand. Il est arrêté, en été 1939, parce qu’il essaie de quitter le protectorat allemand ; la gestapo le convainc de devenir un de ses agents. Commence alors un étonnant périple qui le mènera  en Angleterre vraisemblablement via la Pologne, la France où il s’engage dans la Légion étrangère et est affecté en Algérie. Devant l’imminence du conflit, il rejoint la métropole et on retrouve sa trace au centre d’instruction de Chartres. La France est défaite et, comme les autres pilotes tchécoslovaques, il arrive en Angleterre où il connaît diverses affectations dont la base d’Usworth, comme moniteur dans une unité opérationnelle. C’est de là qu’il disparaît le 18 septembre 1941, laissant croire à son élève, dans l’avion qui l’accompagnait, que son appareil s’est abîmé dans la Mer du Nord. Il avait réussi sa mission : livrer à l’occupant un Hurricane de la nouvelle génération.

Sa traîtrise lui rapporta 10 000 Reichmark de récompense. Il poursuivit ses sombres activités au sein de la Gestapo, il était notamment mêlé, dans les camps, aux résistants tchécoslovaques dont il rapportait les confidences…Il fut arrêté par les Alliés en mai 1945, son procès eut lieu en 1947 et, dans le respect de la sentence prononcée, Preucil fut pendu, à Prague, le 14 avril 1947.

Les auteurs de cette remarquable enquête ont vu en ce renégat un des rares espions ayant réussi à infiltrer la R.A.F.

Avez-vous d’autres informations sur cet espion ou sur la façon avec laquelle il livra un hurricane à l’ennemi ? Si oui, vous comprendrez immédiatement l’intérêt de tenir La Petite Gazette informée. Un immense merci.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Monsieur Jacques Bastin,  de Heyd, est un véritable passionné d’histoire militaire et c’est avec énormément de rigueur qu’il mène des recherches, qui le conduisent souvent bien loin des sentiers battus par la pensée unique… Aujourd’hui, il nous livre souvenirs et réflexions à propos de ce Hurricane qui s’est posé à Ortho, durant la dernière guerre.

« Les compléments historiques qui suivent sont le fruit de confidences que j’ai jadis reçues, en cercle intime, de grands pilotes belges qui, au cours de la dernière guerre, avaient décidé de rejoindre les rangs de la RAF afin de continuer le combat contre les Forces de l’Axe.

Disons d’emblée qu’un des tout grands soucis des Anglais, voyant alors venir une multitude d’étrangers se réfugier chez eux, était d’assurer un fonctionnement parfait de leurs services de contre-espionnage. Si, en effet, ils avaient bel et bien besoin de toutes les bonnes volontés possibles et imaginables pour résister aux attaques de la machine nazie, il leur fallait néanmoins continuellement veiller à bien séparer le bon grain de l’ivraie. Et ainsi, une de leurs préoccupations majeures se situait justement, indéniablement, au niveau du recrutement de leurs pilotes qui devaient absolument, pour les raisons qu’on devine aisément, être des éléments au-dessus de tout soupçon.

Voici, à ce sujet, un petit extrait d’article que j’ai écrit, en 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin des hostilités, lequel montrera assez bien l’incessante angoisse des Autorités anglaises de l’époque à ce sujet :

   Sait-on qu’un des plus fameux, sinon le meilleur, des pilotes de chasse en Angleterre, en 1941, était le Belge Jan Offenberg (dit « Le Peiker ») ? Ce pilote d’avant la guerre avait rejoint par bateau, en partant de Casablanca, les Iles Britanniques où il avait décidé de continuer le combat. Il fut d’ailleurs le premier Belge à recevoir la Distinguished Flying Cross (DFC). Mon vieil ami Raymond Lallemant (DFC, ayant plus de 500 missions de guerre) dit d’ailleurs ce qui suit, en un de ses ouvrages, en parlant de ce grand pilote qui, bravement, contrairement à ce que les apparences pouvaient laisser croire, avouait aller au combat en ayant peur : « « Offenberg connaissait les risques. Il les évaluait ; les cernait puis agissait lucidement. Peter Nash me dit un jour : « Je préfère aller au-dessus de Saint-Omer avec le Peiker que de voler derrière certains de nos pilotes au-dessus du Kent. » …

   Offenberg avait une qualité extraordinaire : celle d’être toujours présent où il fallait. Il avait une vue d’oiseau de proie. Il pressentait l’événement. » »

   Sait-on bien encore, en Belgique, qu’un jour de 1941, alors qu’il faisait les essais d’un tout nouveau prototype de Spitfire, il prit à Offenberg, las de ses évolutions acrobatiques dans le ciel d’Angleterre, l’idée de pousser soudainement une petite pointe en France, dans la région de Cherbourg. Les Autorités anglaises crurent même un instant, véritablement sidérées, qu’elles avaient affaire à un étranger passant brusquement à l’ennemi avec un de leurs tout nouveaux appareils. Offenberg, au cours de cette rapide escapade en solitaire, détruisit, en vol, quatre avions de chasse allemands qu’il rencontra tout fortuitement !

   Ce grand chasseur devait, hélas ! quelques mois plus tard, bien malheureusement périr aux commandes de son avion, dans un stupide accident au sol provoqué par un pilote incroyablement distrait lors de sa phase finale d’atterrissage.

Ce court extrait montre à suffisance, je crois, quelle tension pouvait bien sans cesse régner au sein des Services anglais de contre-espionnage dans le domaine qui nous occupe. Le cas évoqué dans la « Petite Gazette » est, au plan opérationnel, toutefois beaucoup moins dramatique pour les Anglais car le Hurricane, avion certes fort robuste mais datant néanmoins des années 1936-37, traînait déjà un peu la patte, lors de la Bataille d’Angleterre (13 août-31 octobre 1940), face aux chasseurs alle­mands [les Focke-Wulf 190 (Fw 190) et Messersmitt (ME 109)]. Il était donc devenu un rien vieillot en septembre 1941 lors de l’escapade évoquée. » A suivre…

La Petite Gazette du 1é janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Retrouvons les souvenirs de M. Jacques Bastin, de Heyd :

« Maintenant, je vais tenter de vous montrer jusqu’où les affaires, au cours du dernier conflit mondial,  ont pu, parfois, aller, de manière totalement inattendue de la part des malfaiteurs. Pour illustrer ceci, voici une histoire entendue de la bouche même de Raymond Lallemant ( héros belge distingué par la Distinguished Flying Cross et ayant, à son actif, plus de 500 missions de guerre).

« Un de ses amis, pilote anglais, doit sauter en parachute au-dessus de la Belgique. Arrivé au sol, il entend du bruit et, selon les consignes reçues, il demeure étendu sur le sol en faisant le mort. Des gens s’approchent et sans s’occuper le moins du monde de son état, ils lui volent froidement son chronomètre et ses bottes fourrées avant de se sauver dare-dare. Peu après, le pilote est enfin recueilli par des patriotes belges auxquels il conte sa mésaventure et qui le font rentrer en Angleterre par une filière éprouvée.

Le territoire à peine libéré en 1944, les Services spécialisés étaient déjà chez les fameux voleurs pour leur demander des comptes. »

Enfin, dernière histoire véritablement rocambolesque mais toutefois absolument authentique qui va, je crois, donner une assez bonne idée de la complexité que peut parfois revêtir le problème :

Lors de la guerre civile espagnole s’étalant de 1936 à 1939, un adjudant pilote belge déserte pour rejoindre les « Brigades internationales » opposées au Caudillo Franco ouvertement soutenu par Hitler et Mussolini. Cette guerre civile, comme chacun le sait, allait se terminer le 1er avril 1939 par la victoire du Général félon Franco. La défaite du « Front populaire » devenant de plus en plus inéluctable, lesdites « Brigades » furent alors instamment invitées par ce dernier à quitter, dès le 28 octobre 1938, le territoire espagnol tant qu’il en était encore possible de le faire pour elles dans de bonnes conditions de sécurité. Notre fameux adjudant s’en va donc ainsi Dieu seul sait où. Ce que l’on sait, c’est que dès 1940, alors que l’Angleterre est seule aux abois, notre homme se manifeste sur le sol anglais où il fait les démarches nécessaires pour s’engager immédiatement comme pilote dans la RAF qui a alors un très urgent besoin d’hommes chevronnés.

En dépit de la situation critique que connaît la RAF, notre homme, apparemment anti­nazi jusqu’aux bords de l’âme, ne parviendra cependant jamais à s’y faire engager. Il va ainsi végéter sur le sol anglais durant toute la guerre. Les Belges présents en Angleterre ne parviendront pas à comprendre alors les raisons de cette fameuse mise à l’écart. Après la guerre, notre déserteur incompris rentre en Belgique. Peu de temps après, on vient l’arrêter chez lui. Il sera traduit devant le Conseil de guerre, condamné à mort et passé par les armes.

C’était en fait un homme qui, de longue date, était à la solde des nazis et avait été chargé par ceux-ci de ramener en leurs lignes un SPITFIRE : avion ayant toujours fait rêver les pilotes allemands de l’époque.

En voilà une histoire rocambolesque, n’est-ce pas ? Tout bonnement incroyable !

Maintenant, bonne question avant de conclure : « Comment ce pilote espion tchécoslovaque (le pilote du Hurricane qui se posa à Ortho) a-t-il bien pu, lui, passer ainsi entre les mailles, pourtant ténues, du réseau tendu par le « Counter-Intelligence Service » anglais ? Ici, mystère total ! » « Errare humanum est » ou cela est-il peut-être tout simplement dû à un relâchement de la vigilance portée sur le Hurricane qui était alors, comme nous l’avons vu, déjà un peu vieux comme modèle pouvant encore vivement intéresser l’ennemi ? »

Un immense merci à M. Bastin pour ses précieux éclaircissements.

La Petite Gazette du 23 septembre 2005

A PROPOS DE CET AVION QUI SE POSA A ORTHO…

   Nous en avons parlé au mois de décembre dernier et, depuis, je suis en possession d’un passionnant courrier de M. Jean-Michel Bodelet, de La Roche-en-Ardenne, qui me transmettait alors une copie d’un article paru dans le n° 123 du « Brussels Air Museum Magazine ». A l’époque, l’abondance de sujets m’avait contraint de laisser de côté cette communication… Heureusement, à La Petite Gazette rien ne se perd. Avec toutes mes excuses pour le retard, je vous engage à découvrir l’article en question.

« un HURRICANE TRÈS SPÉCIAL

   Lors d’une vérification de notre base de données des avions perdus pendant la 2ième Guerre Mondiale, mon attention fut attirée par un Hurricane de la RAF ayant fait un atterrissage forcé près de Laroche ( à Ortho précisément) le 18 septembre 1941. En effet, un Hurricane qui a volé jusqu’à Laroche n’a plus suffisamment d’essence pour retourner en Angleterre ! J’ai pris contact avec Jean-Michel Bodelet, licencié en histoire et historien de la ville de Laroche, qui m’a raconté en quelques minutes l’aventure de ce mystérieux Hurricane. Je ne suis pas le premier à avoir découvert l’histoire de Laroche, car Jean-Louis Roba a, déjà publié en 1997, un très bon article dans le n° 7 de la revue « Contact » Roy Nesbit et Richard Chapman ont également publié un article extrêmement bien documenté dans l’édition de juin 2003 de la revue « Aéroplane ». Jean-Michel Bodelet, à son tour, a inséré un résumé de cette aventure dans « La Province de Luxembourg » du 25.08.2003. Il me semble malgré tout intéressant de rappeler quelques-uns des événements qui n’ont jamais reçu une réponse complète, d’aucune source que ce soit.

   Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie, le pilote militaire Tchèque Augustin Preucil s’est porté volontaire pour la Lufwaffe, mais sa candidature fut rejetée à cause de sa nationalité. En essayant d’atteindre le Brésil pour devenir pilote de ligne, il fut arrêté par l’occupant et persuadé de devenir un agent de la Gestapo. Preucil rejoignit la France en 1939 et fut incorporé au Centre d’Instruction de la Chasse à Chartres. Il rejoignit ensuite l’Angleterre et fut incorporé dans la Royal Air Force Voluntary Reserve, notamment à la 55 Operational Training Unit.

   Le 18 septembre 1941, Preucil reçut l’ordre de son «contact» en Angleterre d’amener son appareil aussi loin que possible en territoire occupé. A court d’essence au-dessus des Ardennes, il se posa à Ortho à 18hl5. Il fut immédiatement pris en charge par les habitants du village et, pourvu de vêtements civils, il disparut dans les bois. Dans le rapport du service de Renseignements « Clarence » ( une inépuisable source de renseignements à caractère historique,) du 30 septembre 1941 et adressé au capitaine Page du War Office nous pouvons lire: «Le lendemain, 19, à 5 heures (Greenwich), le garde-champêtre prévient les Allemands qui envoient cinquante hommes, lesquels fouillent en vain toute la région. Peu avant leur départ, le pilote sort du bois voisin, se dirige vers les Allemands et fraternise aussitôt avec eux. Il dénonce immédiatement ceux qui lui ont donné les vêtements, indiquant même la composition de la famille. Arrestation immédiate de quatre personnes: les parents et les deux filles ».         

   Dans un rapport ultérieur de « Clarence », une précision est apportée au sujet des personnes arrêtées: il s’agit de Léon Charlier, garde-chasse, de son épouse de Amand Durand, maréchal-ferrant et d’un jeune homme étranger à la localité. Charlier et Durand furent condamnés à mort et fusillés au Tir National le 21 septembre 1942, L’épouse Charlier le jeune homme ( un  certain Antoine ) furent condamnés à des peines de prison.

   Preucil rejoignit Prague, sa ville natale, et reprit du service à la Gestapo locale. Il fut arrêté le 19 mai 1945, condamné à mort et pendu le 14 avril 1947. Quant à son avion, il fut transporté en Allemagne et exposé dans un musée à Berlin. Ce dernier fut bombardé et personne ne semble savoir ce que le Hurricane est devenu.

Lt Col d’Avi bre Jules MUSYCK »