UN B-17 S’ECRASE A ROTHEUX, LE GENERAL CASTLE ETAIT A BORD…

La Petite Gazette du 24 septembre 2008

ENCORE UNE FORTERESSE VOLANTE, A ROTHEUX CETTE FOIS

C’est Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, qui l’évoque et je l’en remercie.

«On a déjà beaucoup écrit sur les forteresses volantes de Ramelot et de Yernée. Jusqu’à présent, à ma connaissance, personne n’a encore évoqué l’histoire du B17 qui s’est écrasé dans le bois du Trixhosdin, à Rotheux. En 1944, j’étais un tout jeune gamin et j’habitais dans une villa située à côté du château de la famille de Schaetzen, au bout de Rotheux, plus précisément au hameau du Trixhosdin. L’avion américain s’est écrasé une nuit de 1944 (j’ignore la date exacte) à moins de deux kilomètres de chez nous, en pleine forêt. Je pense qu’aucun membre de l’équipage n’a survécu.

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Voici une photo de l’un des quatre moteurs qui s’est arraché de l’aile suite à la violence de l’impact.

Ce cliché a été pris 2 ou 3 jours après le crash. Il me serait agréable que l’un de vos lecteurs m’en apprenne plus sur cet événement qui a marqué mon enfance en endeuillant l’aviation US. »

Aux spécialistes, amateurs et témoins des faits de jouer maintenant…

La Petite Gazette du 1er octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Monsieur Rik Verelle, de Bomal s/O, est, vous l’avez déjà constaté, un véritable passionné de l’aviation de la Seconde Guerre Mondiale. Il n’a pas traîné pour mener des recherches afin de répondre à la question posée par Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, à propos de ce B-17 qui s’est écrasé à Rotheux. C’est donc au Musée de l’Armée au Cinquantenaire à Bruxelles qu’il a mené sa minutieuse et fructueuse enquête. Durant deux semaines, nous allons découvrir ses passionnantes découvertes et tous les documents qu’il a pu rassembler.

« Le matin du dimanche 24 décembre 1944, les Alliés envoyèrent leur plus grande armada volante de toute la Seconde Guerre mondiale contre l’Allemagne. La mission 760 ne comptait pas moins de 2034 bombardiers lourds américains, 376 bombardiers moyens américains, 1157 chasseurs-bombardiers américains, 1100 chasseurs-bombardiers britanniques et 853 chasseurs d’escorte américains. L’objectif fut constitué par  les aéroports et les systèmes d’approvisionnement des Nazis et avait comme but de briser l’offensive Von Rundstedt dans les Ardennes.

487-gp-en-formation  Le 487 GP en formation

En Belgique le ciel était clair et illuminé par une couche de neige de quelque 40 cm d’épaisseur. L’Angleterre était, elle, enveloppée par un brouillard épais. Quant à l’objectif en Allemagne, il était couvert par les nuages.gen-castle-en-nov-1944 Le Général Castle en 1944

Le Général Frederick W. Castle, commandant de cette formation gigantesque, avait pris place dans le 1er avion qui était le bombardier surnommé « Treble Four ». Il s’installa à droite du Lieutenant Robert W. Harriman qui pilota le bombardier. « Treble Four », l’avion de tête donc (Pathfinder) qui avait la responsabilité de maintenir l’itinéraire, de trouver et de marquer l’objectif avant que la masse ne lâche ses bombes.

robert-harriman-pilot-treble-four-24dec44

 

 

 

 

1Lt Robert Harriman 

 

« Treble Four », une forteresse volante du type B-17G américain avec le N° de série 44-8444, appartenait au 836 Squadron du 487 Bomb Group de la 8 US Army Air Force. Ce 487 Bomb Group était basé en Angleterre à Lavenham Airbase depuis le 5 avril 1944. Le « Treble Four » était un bombardier tout neuf qui  partait pour sa première mission de combat.
La 487 Bomb Group, qui fut intégré dans l’offensive du 24 décembre 1944, décolla de Lavenham à 9 heures pour se retrouver au-dessus d’Ostende (check point 2) vers 11.30 h., toujours en train de grimper. A 12.23 h. la formation arriva au check point 3 à son altitude opérationnelle de 22.000 pieds, alors il se scinda en trois sous-groupes pour se diriger vers trois objectifs différents.

Les chasseurs escorteurs américains n’avaient malheureusement pas encore rejoint l’armada des bombardiers, les laissant par conséquent sans protection rapprochée.
Vers 12.29 h. l’avion « Treble Four » constata une fuite d’huile au moteur n° 1 et une forte diminution de sa puissance. Le Général Castle décida alors de remettre le commandement à son député et de quitter la formation puisque le bombardier ne savait plus suivre. Le pilote glissa l’appareil vers la gauche et le bas et l’offensive continua sans le « Treble Four ».
A 12.30 h. trois chasseurs-intercepteurs allemands du type FW-190 attaquèrent la formation sur le flanc gauche. Suite à cet incident et malgré les difficultés techniques le Général décida d’essayer de continuer quand même de rattraper la formation et d’en reprendre le commandement. En vain car « Treble Four » manqua de puissance et il s’éloignait de plus en plus de la formation. Comme tous les bombardiers isolés de leur formation, il devint une proie facile pour la chasse allemande. » A suivre…

La Petite Gazette du 8 octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Comme promis, retrouvons la suite du récit de la chute de cet avion à Rotheux que Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, a pu établir grâce à ses recherches minutieuses.

A 12.32 h., au-dessus d’Amay et toujours à 22.000 pieds d’altitude, le « Treble Four » subit d’abord une attaque d’un chasseur isolé qui blessa le 1Lt Procopio, navigateur, puis de nouveau par trois autres FW-190 venant de droite.

Avec les moteurs N° 1 et 2 en feu l’appareil était condamné et le pilote 1Lt Harriman ordonna à l’équipage de sauter, ce qu’il fit à 12.36 h. Le 1Lt Harriman assisté par le Général Castle restèrent à bord et s’efforcèrent de diriger le bombardier vers un champ ouvert dans l’espoir d’épargner les troupes alliées et la population en dessous d’eux. C’est d’ailleurs pour la même raison que les bombes ne furent pas larguées malgré que l’avion ait pris feu. A 12.37 h., à quelque 12.000 pieds d’altitude, un réservoir de carburant éclata et arracha l’aile droite. C’est à ce moment que l’avion partit en vrille violente (une chute en spirale qui le rend totalement incontrôlable).

Selon des témoins « Treble Four » se désintégra en quatre parts durant sa chute mortelle et la partie nez cockpit toucha la terre dans une zone boisée en position inversée, ne laissant pas la moindre chance au 1Lt Harriman ni au Général Castle. Les bombes, toujours à bord, explosèrent à l’impact. Il était 12.50 h.
Lieu du crash : la partie avant de l’avion comprenant nez, carlingue, aile de gauche et soute à bombes tombèrent à 300 mètres du château d’Englebertmont et la ferme Sotrez à environ 1 Km au sud de Rotheux-Rimière et évita de toute justesse le hameau de Trix Hosdin; les débris  couvrirent une zone de quelque 200 mètres. L’aile droite fut retrouvée sur le cimetière de Nandrin, le fuselage tomba au lieu dit  La Croix André, et la queue fut retrouvée à 1 Km au sud du crash site principal.

queue-de-treble-fourQueue du Treble Four  
Des huit membres d’équipage qui avaient sauté en parachute, trois ne survivront pas: 1Lt Rowe Claude L. (co-pilote, mais mitrailleur de queue pour cette mission) fut mitraillé en plein air sous son parachute par un avion allemand.

1-lt-rowe

Le Sgt Swain Lawrence H. (opérateur radio, mitrailleur) s’écrasa près de Moulin car son parachute avait pris feu, et le 1Lt Procopio Bruno S. (navigateur radar) mourut à l’hôpital de Liège des suites de ses blessures (visage brûlé, huit balles dans la jambe droite, pied gauche fracassé).

Les cinq autres membres survivrent au désastre (Capt Auer Edmond F., navigateur – 1Lt Biri Paul L., bombardier – Mac Arty Henry P., navigateur – Sgt Hudson Lowell B., mitrailleur de flanc – Sgt Jeffers Quentin W., ingénieur mitrailleur).

Ceci confirme les témoignages des troupes américaines qui ont compté six parachutes avant la chute de l’avion, et un septième au moment où l’avion partit en vrille. Les corps des deux pilotes, le 1Lt Harriman Robert W. et le Général Castle Frederick W., furent complètement désintégrés par l’explosion, et on ne retrouva que des restes de viscères et des lambeaux de chair éparpillés parmi les morceaux de métal.
Leurs restes furent enterrés d’abord au château d’Englebertmont, et puis transférés au cimetière américain de Henry-Chapelle au Nord-Est de Liège. Le corps du Sgt Swain L. H. fut également enterré à Henry-Chapelle.

 

La perte de « Treble Four » fit l’objet du rapport  MACR N° 11552 dans les anales du 8 US Army Air Force.

Le 487 Bomb Group avec ses trois escadrons, le 836, 837 et 838, fut opérationnel du 5 avril 44 au 21 avril 45. Pendant cette période il effectuera 185 missions (6021 sorties), il larguera 14.641 tonnes d’explosifs, il perdra 57 bombardiers et 230 hommes, et il aura détruit avec certitude 22 chasseurs allemands, 6 probables, et 18 endommagés. »487-gp-en-action

 

 

 

 

Le  487 GP en action
Références :

  1. http://www.geocities.com/pmwebber/castle_treble4.htm
  2. http://www.487thbg.org/
  3. http://mighty8thaf.preller.us/

Merci pour cette formidable enquête.

Monsieur Baudouin Lejeune apporte également une information : « Suite à la demande de  M André Doppagne sur la forteresse volante de Rotheux, je signale que l’équipage a sauté sur le village de Fraiture en Condroz, un monument est érigé à la rue du Tilleul. »

2 réflexions sur “UN B-17 S’ECRASE A ROTHEUX, LE GENERAL CASTLE ETAIT A BORD…

  1. Chers lecteurs,
    Cet article est bien évidemment synthétique vu l’espace limité dans la page attribuée dans le Vlan.
    Ce fatidique jour, le 24 décembre 1944, le 487 Bomb Group du 8 USAAF fut singulièrement et rudement touché par l’assaut des chasseurs de la Luftwaffe. Au-dessus de nos Ardennes belges, vers 12.30 hr, il ne perdit pas moins de HUIT de ses bombardiers B-17 (dit aussi « Forteresses Volantes ») en quelques minutes seulement …
    Le bombardier « Treble Four » ne fut que la 2ème victime de ce carnage, mais sans doute la perte la mieux documentée puisque la 8 USAAF perdit un Général dans ce crash aérien.
    Cordialement,
    Rik Verhelle

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    1. Merci Monsieur Verhelle,
      Heureusement, il y a la version électronique de la Petite Gazette et, ici, il n’y a aucune limitation de l’espace disponible. Dès lors, si le coeur vous en dit, vous pouvez nous apporter tous les détails et toutes les informations que vous souhaitez.
      D’avance, un grand merci.
      Pour la Petite Gazette, René Henry

      J'aime

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