LE POU DU CIEL A MARCHE-EN-FAMENNE

La Petite Gazette du 2 février 2011

LE POU DU CIEL A MARCHE

Monsieur Jean-Claude Michel, secrétaire de l’Harmonie communale de Marche, aimerait être renseigné sur l’origine du site du ‘’Pou du Ciel’’, actuellement Tour de la Famenne. Il a, m’écrit-il, reçu une explication – celle d’un petit avion –  mais il aimerait, bien sûr, en savoir davantage. Voudrez-vous bien le renseigner ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 16 février 2011

LE POU DU CIEL…

« Tout a démarré, nous explique un précieux et régulier correspondant de nos colonnes, Monsieur Francis Roufosse, avec Monsieur Albert de Haan, né à Schaerbeek le 13 février 1916.
Pourvu d’un solide esprit d’entreprise, cet homme dynamique va venir s’installer en Famenne et construire dans les années 50, sur la route de Namur à 3km de Marche, un café-restaurant-motel « Le Pou du Ciel » (avec plaine de jeux, mini-zoo et… la première piscine de la région !).
Il va baptiser son établissement du nom d’un curieux petit avion monoplace qu’il a construit de ses propres mains, d’après les plans d’un français passionné d’aéronautique : Henri Mignet. Ce dernier avait d’ailleurs largement diffusé dans les revues spécialisées les plans « pour permettre à un bricoleur moyennement doué de construire lui-même son propre Pou du Ciel, dans un esprit de simplicité, de sécurité et de faible coût ! ». Celui d’Albert de Haan était un modèle HM-290 dessiné par Mignet en 1946.

Mignet

 

Avec son fuselage minimum, le Pou du ciel possédait deux ailes décalées en tandem et de faible allongement ; le manche à balai (unique commande) faisait osciller l’aile avant dans son ensemble ; l’engin était d’ailleurs qualifié d’« aéronef sans queue, à aile vivante ».

Si j’ai bonne mémoire, un article, signé Jean Englebert avec photo d’un certain Monsieur Jules Delvaux de Barvaux, parlait déjà du « Pou du Ciel » de Marche ; il était paru dans les Annonces de l’Ourthe fin 2003 (avec la double photo ci-dessous).

pou_du_cielToujours dans le même esprit, signalons qu’Albert de Haan avait déposé le 20 juin 1951 auprès du Ministère des Communications, une autorisation d’exploitation d’un aérodrome particulier à  Aye-lez-Marche, en bordure de la route Namur-Marche. Sa destination était pour l’usage particulier de l’exploitant et de ses invités. La piste ferait 600m x 40m et serait orientée S-O – N-E. D’après le texte, on y notera que « l’herbe ne pouvait y dépasser à aucun moment 10 cm de hauteur ; un cercle blanc de 10m de rayon devait être tracé au centre de la piste ; les vols acrobatiques ne pourraient s’effectuer que dans un ciel absolument libre d’aéronefs et à plus de 600m de hauteur ; un manche à air serait placé à un endroit dégagé et visible du sol… En aucune manière l’aérodrome ne pourrait être ouvert à la circulation aérienne internationale (!). Les atterrissages forcés venant de l’étranger devraient être signalés immédiatement aux autorités compétentes… etc. ».

Signalons encore qu’on devait à Monsieur de Haan la « Tour de la Famenne », construite sur la N4 dans les années 70 ainsi que le dancing «Las Vegas », le long de l’ancienne nationale 4.
C’est d’ailleurs là qu’il est décédé le 17 décembre 2004. »

Madame Myriam Dossogne-Maréchal, de Aye, confirme ce qui précède, précise que l’article paru l’a été le 19 mai 2005 alors qu’elle préparait un voyage à Malte et qu’elle avait eu son attention attirée par ce qu’elle lisait dans le guide « Le routard » de Malte, 2004-2005 à propos d’un musée de l’Aviation qu’elle se proposait de visiter à La Valette : »Le clou du musée, c’est ce Spitfire de la Royal Air Force qui veillait sur le ciel maltais pendant la Seconde Guerre mondiale, en compagnie du fameux Hurricane.  Plus comique cette fois, le « Pou du ciel », un petit aéroplane amateur construit par un allumé français, Henri Mignat (orthographe différente ici), et qui volait avec un moteur de 2 CV. »Cette tour qui se voit de bien loin nous annonce que la dynamique ville de Marche n’est plus bien loin.  Maintenant, pourquoi une tour restaurant?  Je présume que ce Monsieur de Haan, fou d’aviation, ne pouvait que construire une tour qui s’élève dans le ciel, à l’image de son petit avion qui osait défier certaines lois physiques… » Merci pour vos renseignements précis et vos avis. La semaine prochaine, nous découvrirons d’autres documents liés à ce « Pou du ciel ».

La Petite Gazette du 9 mars 2011

ENCORE LE POU DU CIEL

Monsieur Prignon, de Hotton, a des souvenirs très précis de ce pou du ciel :

« Le nom de l’établissement installé le long de la N4 à Marche vient évidemment du petit avion inventé par l’ingénieur français Henri Mignet et appelé « Pou-du-ciel » en raison de sa petite taille (L. 3,50 m. Envergure : 6m ; Poids 140 kg) ; on pouvait facilement le tracter, ailes repliées, avec une moto.

Mon correspondant a pensé à joindre ce schéma qui nous permet effectivement de bien nous rendre compte de la simplicité de l’engin.

001

Le propriétaire de l’établissement, dont il est question, en possédait un et avait donné à son restaurant le nom de l’avion. Une piste d’atterrissage avait été aménagée à l’arrière du bâtiment.

Henri Mignet voulait que l’aviation soit à la portée de tous ; c’est pourquoi il avait conçu et mis au point cet avion, dont on pouvait acheter les plans et que l’on construisait dans son atelier à moindres frais.

Beaucoup d’exemplaires ont vu le jour. On en construit encore aujourd’hui mais en carbone et avec des moteurs plus performants.

Dans les années 1950, lorsque j’étais à l’école gardienne chez les sœurs, à l’école libre du village de Soy, je me souviens avoir vu plusieurs fois passer, très bas et venant de Marche, ce petit avion qui survolait l’école puis atterrissait dans les champs. Il était assez souvent en panne de moteur !

Après l’école, nous courions pour aller le voir de plus près. C’était celui du propriétaire de cet établissement de la N4. »

Monsieur Charles Gillet, de Liège, m’apporte quant à lui une très intéressante information à propos du moteur qui équipait ces petits avions, inventés par Henri Mignet avant 1930. « Certains de ces avions, m’écrit-il, étaient équipés d’un moteur Saroléa – oui, Saroléa fabriquait également des moteurs d’avion ! »

Je suis persuadé que nous en reparlerons…

La Petite Gazette du 23 mars 2011

LE POU DU CIEL

Quand il est question de moteurs de motos liégeoises, Monsieur Jean-Pierre Beaufays a toujours des choses à nous apprendre. Cette fois encore, il ne rate pas l’occasion de nous apporter de précieux renseignements :

« Pour faire suite à ce que vous a écrit mon ami Charles Gillet concernant les moteurs Saroléa ayant équipé certains de ces petits avions, je vous parlerai du lieutenant Robert Fabry qui, dès 1929, avait monté un moteur monocylindrique Gillet 500cc à culbuteurs sur une avionnette légère et avait à son bord effectué plusieurs vols de test.

Il avait également par la suite équipé cet appareil d’un moteur FN 4 cylindres de 750 cc du type M50.

Trop lourd et trop peu puissant, ce moteur ne lui a jamais permis de faire décoller l’appareil.

Je lui ai racheté ce moteur peu avant son décès dans les années 70. Il équipe maintenant une moto FN.

Une de mes connaissances, Monsieur Victor Collard, de Neupré, décédé il y a environ 2 ans, avait également construit peu après la guerre un pou du ciel suivant la licence Mignet mais quelque peu modifié par ses soins notamment en ce qui concerne les commandes.

Il l’avait équipé d’un moteur français Salmson à 5 cylindres en étoile. Il a effectué quelques vols à son bord et le film de ses « exploits » est passé à la télévision il y a quelques années. Cet avion existe toujours entre les mains d’un collectionneur.

je devrais être sous peu à même de vous en adresser des photos.

En attendant, je vous envoie une photo de l’avion à moteur Gillet du Colonel (grade auquel il a terminé sa carrière) Fabry ainsi que celle d’un moteur d’avion Saroléa.

A noter que ces moteurs Saroléa « aviation » étaient tous des bicylindres à plat à culbuteurs de cylindrées de 900, 1000 et 1100 cc , les différents modèles produits portant les noms évocateurs d’ Epervier, Vautour, Albatros et Aigle. »

Comme d’habitude, c’est absolument passionnant ; merci beaucoup.

Monsieur Michel Guillaume, de Stoumont, a lui aussi connu l’avion de Monsieur Collard; il a l’amabilité de nous en parler :

« J’ai connu dans le début des années 1960, un certain Monsieur Victor Collard qui habitait à Neuville-en-Condroz et qui possédait ce type d’appareil.

Monsieur Victor Collard exerçait la profession de contremaître à Cockerill-Ougrée Providence.

J’ai eu l’occasion de voir ce petit avion à Neuville-en-Condroz.

Il était équipé d’un moteur de 8 cylindres en étoile et il le tractait avec sa moto munie d’une boule de remorquage; les ailes étaient repliées bien sûr, la moto, je me souviens était une “lion rapide”  les garde-boue et  les roues de l’avion étaient ceux d’une Vespa.

Ce monsieur avait fait la guerre de 40-45 dans l’aviation, enfin c’est ce qu’il disait. »

La Petite Gazette du 6 avril 2011

CE MERVEILLEUX POU DU CIEL

Monsieur Alexandre Steenebrugen, de Warre-Tohogne, a vu le pou du ciel en construction…

« A travers mon beau-père, j’ai bien connu ce monsieur Victor Collard évoqué dernièrement dans La Petite Gazette. Dans les dernières années de la Seconde Guerre Mondiale, mon beau-père et lui s’étaient engagés à la Royal Air Force et, comme dit l’adage, étaient devenus copains comme cochons. Mon beau-père a gardé toute sa vie son livret militaire de la R.A.F. avec quelques photos où l’on pouvait voir ces deux joyeux lurons, fiers et fringants, dans leurs uniformes et portant le calot réglementaire de l’époque. Il faut toutefois savoir qu’ils n’étaient aucun des deux pilotes mais qu’ils travaillaient au sol.

J’ai pu voir l’avion construit par Victor Collard, il était au stade de la finition et Victor nous fit le récit de son ouvrage. Je peux dès lors confirmer les dires de M. Jean-Pierre Beaufays, il s’agissait bien d’un moteur en étoile qu’il avait fait venir de France. Quant aux commandes de l’appareil, ce qui me frappa le plus c’était le manche à balai, un tube montant du plancher et qui se terminait par une boucle fermée légèrement ovoïde. Mis à part l’absence du bouton de tir, c’était presque la réplique exacte du manche du fameux « Spitfire  anglais ». Pour fabriquer ce pou, il avait employé assez bien de bois très léger, du balsa.

Pour l’anecdote finale, cet avion fut construit dans le grenier de Victor. C’est là que je l’ai vu et, quand mon beau-père lui posa la question : « Comment vas-tu le sortir ? », Victor répondit : « S’il le faut, on démontera le toit ! ». Je n’ai jamais su s’il blaguait ou non… »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

POU DU CIEL ET VICTOR COLLARD

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous confie souvenirs et jolie photo à propos de Victor Collard, présenté ici de la façon la plus sympathique qui soit.

Victor Collard 

 « Victor Collard est photographié auprès de sa célèbre moto Lion Rapide de 1951.

La firme Lion Rapide d’Alost construisit des motos de 1923 à 1957. Sa production comprenait essentiellement des machines à moteurs 2 temps Villiers ou JLO de faible cylindrée.

Le modèle que possédait Victor, dénommé type « Sport » faisait exception car il était équipé d’un moteur FN type XIII de 350 cc à culbuteurs.

Très bien entretenue par son propriétaire, cette moto était demeurée dans un très bel état d’origine.

Notre ami Victor, qui n’en était pas à une exagération près, affirmait volontiers avoir parcouru plus d’un million de kilomètres à son guidon. Je pense; pour ma part, qu’il y avait un zéro de trop dans ce nombre…

Victor était un personnage très attachant et haut en couleurs qui aimait énoncer des théories toutes personnelles. Il disait par exemple que les végétaux se déplaçaient très lentement et qu’un arbre pouvait se mouvoir de plusieurs mètres durant son existence. C’est pourquoi il disait dangereux d’en planter le long des routes. »

La sœur de Victor Collard, Madame Jeannine Collard, de Nandrin, a fait parvenir à La Petite Gazette diverses photographies de son frère et de son Pou du ciel, dont celle-ci

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Et celle-ci qui montre bien comment Victor Collard déplaçait son petit avion. Sa sœur me précise qu’il a mis deux ans pour le construire en suivant les plans d’Henri Mignet.

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La Petite Gazette du 8 juin 2011

LE POU DU CIEL

Monsieur Charles Gillet, d’Angleur, nous apporte maintenant une foule d’informations passionnantes pour faire le lien entre la firme Saroléa et le « pou du ciel » dont nous avons largement parlé dans La Petite Gazette.

« Après la première guerre mondiale qui avait été plus que meurtrière, suivie immédiatement après d’une terrible épidémie (la « grippe espagnole ») qui fit plus de morts que la « Grande Guerre » car elle s’est attaquée à une population affaiblie par les privations, le monde n’avait qu’une seule idée : vivre et profiter de la vie. La classe ouvrière avait obtenu des avantages vu ses sacrifices et une ère nouvelle s’ouvrait. La « Der des Der » était passée et le progrès semblait s’ouvrir à tous.

Parmi ces progrès, l’aviation qui avait vraiment vu le jour durant le conflit. De « saut de puce » l’on était passé aux vrais avions. D’intrépides aventuriers s’élançaient au-dessus des océans et des continents et généraient un enthousiasme que l’on ne peut imaginer aujourd’hui.

Je ne cite qu’un exemple : avez-vous déjà vu ou revu ce film d’époque de l’arrivée de Lindberg au Bourget… C’est hallucinant de voir toute cette foule enthousiaste, que dis-je cette marée humaine impensable aujourd’hui à nos yeux blasés par tant (trop !) de technologie.

Bref, c’était les « années folles » et l’aviation faisait des progrès énormes (un peu comme aujourd’hui avec l’informatique, ce qui est neuf aujourd’hui est périmé demain !).

C’est à cette époque qu’un Français, Henri Mignet, voulut placer l’avion à la portée de tous. En 1928, il écrivit un livre « Comment j’ai construit mon avionnette » qui connut un immense succès car il décrivait par le détail (plans compris) comment la réaliser chez soi. Un simple bricoleur pouvait y arriver sans problème et, muni d’un moteur soit de moto soit prévu pour, s’envoler et parcourir les cieux. Heureux temps où la législation n’existait pas et le ciel presque vide !

Il faut tout de même préciser que ces avionnettes n’étaient prévues que pour le seul pilote. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre qu’un essai pour deux personnes verra le jour.

L’aviation populaire était en marche et dans les mêmes années, un jeune homme terminait ses études d’ingénieur à Liège. Il s’agissait de Nicolas Lempereur.

Nous avons bien connu cet homme au caractère bien trempé et à la voix forte. Réaliste et visionnaire, au sortir de ses études, il entre chez SAROLEA, le grand constructeur de motos belges établi à Herstal. Là, il dessine simplement au bureau d’études, mais les motos ne le passionne pas et comme l’aviation est sur toutes les lèvres, il dessine un moteur d’avion, un bicylindre à plat, type « boxer » de 1000cc… et le laisse dans ses cartons.

Mais la grande crise survient, la vente des motos chute et le directeur, Martin Fagard, un homme au caractère bien trempé lui-aussi, se souvient des plans de notre jeune ingénieur. Une diversification de l’entreprise ne pouvait être mauvaise et voilà comment SAROLEA se mit à construire des (petits) moteurs d’avion. Certes, tout était à faire et à tester.

Pour ce faire, l’on fabriqua une petite table roulante avec des tubes afin d’y placer des manettes de commande de motos. Des spécialistes en électricité, en huile et en carburation furent requis. En effet, en aéronautique les magnétos sont spéciales, dites « à rattrapage » afin d’avoir une meilleure étincelle, l’allumage doit être doublé (2 bougies par cylindre pour éviter les pannes), le refroidissement conséquent et la carburation parfaite en toutes positions.

Bref, en octobre 1934, sur le toit de l’usine SAROLEA à Herstal, la table d’essai était installée et le premier moteur testé.

004« Sur le toit de l’usine Sarolea, rue Saint-Lambert. De gauche à droite : Louis de Lamine (représentant la société de lubrifiant), Willy Chantraine (ouvrier monteur de l’usine), Nicolas Lempereur (ingénieur concepteur) et « John » Conrad (représentant des carburateurs Amal)

Il s’agissait d’un moteur type « Boxer » (deux cylindres à plats opposés) d’une cylindrée de 916cc (80,5×90), avec des cylindres en alliage spécial d’aluminium, qui délivrait une puissance de 27CV à 2750 t/m, avec graissage dans le carter, et qui répondait au joli nom « d’EPERVIER ».

Le moteur « tourna » durant 1000 heures sans interruption (je ne connais pas les réactions des voisins !) puis fut démonté pour inspection. Tout était parfait et la série pouvait commencer.

Pour avoir un moteur plus puissant, on porta l’alésage à 88m/m, ce qui en fit un 1100cc d’une puissance de 32CV et son nom devint « Le VAUTOUR ».

Ces deux moteurs « lancèrent » vraiment SAROLEA dans le monde de l’aéronautique privée. Leur vente fut un succès et bien que prévus initialement pour le « Pou du Ciel » (Henri Mignet lui-même équipa son « Pou du Ciel » d’un moteur SAROLEA) ils ne tardèrent pas à équiper également des petits avions « Typsy » qui étaient en quelque sorte des petits avions de reconnaissance monoplace.

005 « 1935 : Henri Mignet devant son Pou du Ciel et Nicolas Lempereur à côté d’un avion Autogyre »

Sûr de son succès, Nicolas Lempereur dessina un 3° moteur identique en cylindrée et en puissance au « Vautour » mais équipé d’un carter sec ce qui permettait une meilleure répartition dans le nez de l’avion et permettait une réserve d’huile plus grande sans entraver l’encombrement du moteur et en allégeant celui-ci (43Kg). Ce modèle porta le nom « d’ALBATROS ».

Mais l’infatigable ingénieur planchait déjà sur un 4° moteur, plus puissant, dénommé « L’AIGLE » qui devait donner plus de vitesse de rotation à l’hélice puisque le moyeu de celle-ci était placé sur un pignon réducteur alors que dans les trois précédents moteurs le moyeu d’hélice était monté directement sur le vilebrequin.

006 Publicité Sarolea avec vue d’une avion Typsy »

Les qualités de ces moteurs, unanimement reconnues, attirèrent l’attention de l’Etat Major de l’armée polonaise. Après bien des péripéties il fut passé commande à la firme SAROLEA de plus de 80 moteurs du type « Albatros » pour équiper des petits avions de reconnaissance. La livraison s’effectua par chemin de fer en gare de Varsovie en août 39. Quelques jours plus tard ils furent détruits dans le bombardement qui détruisit ce nœud ferroviaire important.

La guerre mit donc fin à cette belle  aventure aéronautique privée.

Je connais quelques rares collectionneurs qui possèdent encore soit un moteur soit une partie de celui-ci, mais cela est rare, et je reste à leur disposition.

Nicolas Lempereur, infatigable chercheur, fut aussi un pionnier dans la fabrication de matériaux pour l’industrie, les fameuses « plaquettes métalliques » qui équipèrent moult outils de coupe.

Une dernière anecdote pour situer l’homme : lorsque je lui posais la question de savoir combien de moteurs d’avion SAROLEA avaient été fabriqués (tous types confondus), il me répondit « environ 150 ». Oh, lui dis-je, ce n’est pas beaucoup ! Malencontreuse parole car il s’emporta aussitôt pour me répondre « Et bien, vous trouvez que faire voler 150 avions ce n’est pas beaucoup » suivi d’une tirade de jurons !

Voilà, une « tranche de vie liégeoise » de notre industrie motocycliste, qui à l’époque, était à la pointe du progrès et vitrine du savoir-faire de nos parents. »

Un immense merci pour nous avoir fait bénéficier des fruits de cette passionnante recherche. Quelle chance a La Petite Gazette de compter sur pareils collaborateurs.

LES GUES SUR L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS

La Petite Gazette du 7 janvier 2015

POUR TRAVERSER L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS : LES GUÉS

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est, vous le savez, un infatigable chercheur. Il aime à étudier les archives et à en extraire tout ce qui permet de mieux comprendre notre passé régional. Des archives des Ponts et Chaussées, il a extrait cet intéressant document faisant l’inventaire des gués sur l’Ourthe de Barvaux à Angleur. Il se demande cependant ce qui motiva la rédaction de ce document faisant manifestement réponse à une étude relative à un autre projet (Vous remarquerez que cet employé, au vu de la façon qu’il les écrit, ne connaissait sans doute pas très bien les lieux dont il parlait). Pourrez-vous éclairer M. Gabriel à propos de ce document ? En outre, ces anciens gués évoquent-ils pour vous des souvenirs particuliers ? Possédez-vous des informations les concernant ? Il serait vraiment intéressant de pouvoir se pencher sur les moyens de communication de jadis dans nos contrées…

« Renseignements  demandés  sur  la  position  et  l’importance  des  gués  se  trouvant  dans  les 2, 3 et  4 e lots.

1-. Gué du  Grand  Barvaux. Laisse  la  maison  de  M. Colin  à  droite, traverse  la  queue  de l’île, forme  une  ligne  oblique  au  courant  de  l’Ourthe, traverse  le  courant  du  moulin  en  aval, sert  à  la  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz passant  par  les  villages  de  Tohogne et  Wéris. Communication  qu’on  propose  de  conserver  au  moyen  de  pont  fixe  sur  les  ouvrages nr 30. Ce  serait  sur  l’écluse et  le  barrage  nr 30  qu’on  proposerait  un  pont  pour  voiture  destiné  à  conserver  cette  communication  importante.

2-. Gué 700 a (aune : ancienne  mesure  de  longueur  représentant  autrefois  1 m20, supprimée  en  1840.) aval  du  précédent  contre  une  batte  appartenant  à  M. Colin  au  lieu-dit Habinet, forme  une  ligne  brisée  et  oblique  au  courant. Communication  à  l’usage  des  habitants  de  Barvaux  pour  l’exploitation  des  prairies et  de  la  culture.

3-. Gué 400 aunes en aval  barrage  nr 29, forme  une  ligne  oblique  au  courant.  Communication  de  Barvaux  à  Bomal. Le  chemin  se  trouvera  coupé  par  la  dérivation  de  l’écluse nr 29. Cette  communication  étant  indispensable  surtout  pour  l’entrée  dans  Barvaux  des  produits  de  la  culture  situés  sur  la  rive  droite  de  l’Ourthe  entre  Bomal  et  l’écluse  nr 29. On  propose  la  maintenir  au  moyen  d’un  pont  sur  les  ouvrages  nr 29.

4-. Gué  situé  à  Bomal  100 aunes  en  aval  du  barrage  nr 28. Oblique  au  courant, sert  de  communication  du  Condroz  avec  Spa et  Malmedy  par  Tohogne  et  Wéris, les  chemins  y  arrivent  presque  en  ligne  directe. Communication  à  conserver  aussi  au  moyen  des ponts  sur  les  ouvrages nr 28.

5-. Gué  en  dessous  de  la  ferme  de  Petite  Bomal, amont  de  l’écluse  nr 27 servant  à  l’exploitation  des  terrains  de  cette  ferme  qui  se  trouvent  sur  la  rive  gauche. Ce  gué  est  sur  une  ligne  oblique  au  courant.

6-. Gué  en  dessous  du  ruisseau  de  Logne, 500 aunes  amont  de  l’écluse  nr 25, est  oblique  au  courant, le  chemin  pour  y  arriver  venant  de  Verlenne (sic)  fait  beaucoup  de  détours. Ce  qui  sert  de  communication de  ce  dernier  endroit  avec  Vieux Ville.

7-. Gué  400 aunes  aval  de  Sy et  400 aunes  en  amont  du  barrage  nr 24, forme  une  ligne  brisée  au  courant. Communication  de  Verlenne  à  Filot. Ce  chemin  est  vicinal  et  forme  des  détours  pour  arriver  au  gué.

8-. Gué  en  amont  et  près  l’écluse  nr 23, il  est  d’équerre  au  courant. Ce  chemin  servant  de  communication  de  Hamoir  Lassue  avec  Verlenne, Durbuy, Tohogne et  le  Condroz  fait  plusieurs  détours  à  cause  des  montagnes. Un  pont  pour  voitures  sur  les  ouvrages  nr 24  serait  peut-être  suffisant  pour  remplacer  le  gué  et  les  précédents.

9-. Gué  à  Hamoir  Lassue  en  face  du  château de  M. Doneat servant  à  l’exploitation de  la  ferme  de  ce  château, le  gué  est  oblique  au  courant.

10-. Gué  à  Hamoir en  aval  du  pont  et  1200 aunes  aval  de  l’écluse  nr 22  est  oblique  à  la  rivière. Le  chemin  passant par  ce  gué  sert  de  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz  passant  par  les  communes  de  Filot  et  Ouffet. L’ancien  pont  indique  suffisamment l’importance  de  cette  communication  qu’on  pourrait  rétablir  commodément  sur  les  ouvrages  nr 22 ou  mieux nr 21. Les  ponts  nouveaux , serviraient  aussi, malgré  l’allongement  du  chemin, à  l’exploitation  des  fermes  de  Tabreux et  de  Renne.

11-. Gué  vis  à  vis  de  la  ferme  de  Tabreux, 800 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 21, est  oblique  à  la  rivière,  sert  à  l’exploitation  des  prairies  de  la  ferme  de  Tabreux, se  dirige  vers  Ouffet  dont  on  amène  les  produits  sur  la  rive  gauche.

12-. Gué à  300  aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 20, 10  aunes  en  amont  de  l’île  près  Fairon, est  oblique  au  courant, sert  de  communication  de  Fairon  à  Hamoir et  Xinies (sic). Serait  remplacé  part  les  ponts  à  établir  sur  les  ouvrages  nr 21.

13-. Gué  à  Comblain la  Tour  près  du  passage  d’eau, est  oblique  à  la  rivière. Le  passage  est  facile  en  été, sert  de  communication  vicinale  de  Ouffet  à  Xhoris.

14-. Gué  à  Comblain  au  Pont. Communication  d’Antine (sic)  à  Oneux et  Beaufays. Ce  gué  est  oblique  à  la  rivière. Sur  les  ouvrages  nr 17  pourrait  être  rétablie  l’ancienne  communication  du  Condroz  avec  Spa  et  par  conséquent  celle  de  Comblain   avec  Oneux  et  villages  voisins, réclamé  par  les  habitants  des  deux  rives.

15-. Gué  de  Douflamme  passant  sur  les  deux  îles  de  l’embouchure  de  l’Aiwaille (sic) (l’Amblève)  et  de  là  va  traverser  l’Ourthe  en  amont  du  pont. Sert  de  communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  par  Comblain  au  Pont.

16-. Gué  à  la  Gombe, 900 aunes  en  aval  de l’écluse  nr 13, il  est  oblique  à  la  rivière. Communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  passant  par  le  village  du  Sart. Il  est  avantageusement  remplacé  par  les  ponts  à  exécuter  sur  l’écluse  nr 13  qui  servira  de  communication  d’Esneux  avec  Poulseur  et  le  Condroz.

17-. Gué  à  Esneux  en  face  du  village  en  amont  de  l’île, forme  une  ligne  oblique  à  la  rivière. Chemin  de  Beaufays  avec  le  Condroz, est  peu  commode  et  ne  sert  que  pour  les  riverains.

18-. Gué, 1200 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 10  à  côté  de  la  maison  de  M. Damery. Ce  gué  est  fort  difficile  et  forme  une  ligne  brisée. Communication  de  Hon (?)  à  Plainevaux. C’est  par  les  ouvrages  nr 11  et  préférablement  par  les  ouvrages  nr 10  qu’on  croit  qu’il  conviendrait  d’établir  les  communications  réclamées  par  les  habitants  d’Esneux  et  villages  voisins.

19-. Gué  en  amont  de  Fechereux, 200 aunes  en  amont  du  nr 9, forme  une  ligne  brisée  et  est  très  difficile. Communication  d’Esneux à  Fechereux, impossible  actuellement.

20-. Gué à  100 aunes  du  nr 8, est  oblique  à  la  rivière et  difficile, sert  à  la  communication  de  Hony  à  Esneux.

21-. Gué  à  500 aunes  du  nr 6, forme  une  oblique. Communication  vicinale et  Tilff  à  Angleur, ce  gué  est  peu  pratiqué.

Près  de  la  borne (68) Les  ponts  qu’on  devrait  proposer  sur  l’écluse  et  les  barrages  nr 6  à  Tilff  font  l’objet  d’une  proposition  spéciale  conformément  à  la  lettre  de  l’administration  du  15  août 1829 pour  assurer  les  communications  par  voiture  depuis  Barvaux  jusqu’à  Tilff. On  propose  la  construction  de  grands  ponts, compris  celui  sur  les  ouvrages  nr 136  à  Poulseur. Ces  ponts  pourraient  changer  de  numéro  selon  les  arrangements que  voudraient  ou  pourraient  prendre  les  communes  les  plus intéressées  et  les  plus  riches. Ces  arrangements  pourraient  consister  en  un  péage  qu’elle  percevraient  à  leur  profit. Lorsqu’elles  auraient  fait  le  tout  ou  au  moins  grande  partie  de  la  dépense  de  construction  première ou  d’une  rétribution  à  consentir  par  elles  sur  chaque  passant. Lorsque  l’administration  aurait  supporté  les  frais  d’établissement il  serait  prudent  de  stipuler  aussi  dans  les  deux  cas  à  laquelle  des  deux  parties  resterait  l’entretien des  communications.

Je  crois  que  plusieurs  communes  convenablement  avisées  entreraient  facilement  en  négociation  pour  l’exécution  d’ouvrages  qui  leur  procureraient  tant  d’avantages  pour  l’avenir.

Comblain au Pont  le  27  août 1829. »

 

La Petite Gazette du 21 janvier 2015

LES GUÉS SUR L’OURTHE

Le document présenté par Monsieur René Gabriel vous a fait réagir… C’est tant mieux et j’espère que vous n’en resterez pas là…

Monsieur Robert Gillon, de Tilff, a lu attentivement ce document et nous fait part de ses remarques :

« A propos des passages à gué, je crois reconnaitre le village de Hon que vous indiquez d’un point d’interrogation. Il s’agit probablement de Ham, village classé du site de la boucle de l’Ourthe, entre Esneux et Hony. La rivière décrit un oméga à cet endroit, sur la rive droite. En face, c’est la Roche aux Faucons, alors commune de Plainevaux. Je ne vois pas de gué à cet endroit… »

Monsieur Jean-Francois Gerardy, d’Houffalize, s’est également penché sur la question et rappelle :

«  A la fin de l’époque hollandaise, Guillaume d’Orange avait pour objectif de développer notre Ardenne qui était la région la plus pauvre de son royaume.  Pour ce faire, un projet d’envergure était envisagé : relier La Meuse et la Moselle.   Ce nouveau cours d’eau navigable devait développer l’économie dans notre verte province.

Pour ce faire, il comptait se servir du bassin de L’Ourthe.  Pour arriver à rendre l’Ourthe navigable, il était nécessaire de modifier fortement la géométrie du cours d’eau naturel.  Un nombre conséquent d’écluses étaient prévues.  Cela allait modifier les traversées du cours d’eau, donc les gués.  Des ponts allaient devoir être construits, il était donc nécessaire de les définir et le premier travail était de quantifier l’importance de chaque gué de l’Ourthe et sa transformation future, si nécessaire,  en pont.

La difficulté technique de ce projet consistait à relier les deux bassins hydrographiques, celui de La Meuse et celui de La Moselle.  La ligne de séparation de ces bassins se situe à proximité du village de Buret dans la commune d’Houffalize, à proximité de la frontière du Grand-Duché de Luxembourg.  A cet endroit, des vestiges de cet ouvrage d’art subsistent : le début d’un tracé d’un canal, le canal de Buret à Bernistap.  Il s’agit d’un canal d’une longueur d’environ 1 km en pleine campagne.  A une extrémité de ce canal, on peut encore apercevoir la voute d’un tunnel qui devait permettre aux bateaux de passer sous la ligne de séparation des bassins hydrographiques.  Dans le village de Buret, les ouvriers étaient logés au lieu dit – Les baraquements – tandis que les ingénieurs séjournaient à quelques kilomètres de là, au château de Tavigny.

La révolution belge a éclaté et le projet fut arrêté.  Après la révolution, l’essor du chemin de fer sonna le glas de ce projet qui fut abandonné. »

 

La Petite Gazette du 28 janvier 2015

ENCORE LES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur René Gabriel, de Roanne, qui m’avait donné l’occasion de vous présenter cet étonnant recensement des gués sur l’Ourthe en 1829, nous apporte une précision :

« Je  retrouve  d’autres  notes: Ponts  et  Chaussées farde  4450. Réclamation  de  la  commune  de  Comblain-au-Pont.

Liège  le  4  août 1865. Comblain  au  Pont  réclame  suite  à  la  suppression  de  trois  gués  par  suite  du  canal  de  l’Ourthe et  du  chemin  de  fer  en  voie  d’exécution  dans  cette  vallée.

Le  premier  en  aval  du  passage  d’eau  de  Liotte  sur  l’Emblève, les  2  et  3  situés  sur  l’Ourthe  respectivement  en  amont  du  pont  de  Scay (aval de  Comblain  au  pont) et  à  Lawé  en  dessus  de  ce  village. Le  gué  de  Liotte  a  été  supprimé  en  1859  par  la  construction  du  barrage  de  Douxflamme  qui  a  surélevé  le  niveau  de  l’Amblève  de  0,80 m  en  ce  point.

Il  serait  préférable  d’adjoindre  au  passage  d’eau  de  Douxflamme  un  bac  pour  voitures. La  fourniture  de ce  bac  incombe  à  la  Compagnie du  Luxembourg  chargée  de  pourvoir  au  rétablissement  des  communications  supprimées  par  ses  travaux.

Le  gué  au  pont  de  Scay  devient  inutile  suite  à  la  construction  prochaine  de  la  route  d’Aywaille  à  Douxflamme.

Pour  le  gué  de  Lawé  la  Compagnie  du  Luxembourg  est  tenue  à l’entretenir  suite  aux  termes  du  cahier  des  charges  relatif  à  la  concession  du  chemin  de  fer. »

 

La Petite Gazette du 4 février 2015

LES GUÉS DE HAM ENTRE HONY ET ESNEUX

C’est un réel plaisir pour moi de constater comme vous suivez attentivement les sujets traités dans cette page et comment vous manifestez votre intérêt au travers de vos communications.

Ainsi, Madame Nicole Dodeur complète les informations publiées jusqu’à ce jour à propos de l’existence ancienne de ces gués sur l’Ourthe :

« Il y avait deux gués menant à Ham dans la boucle de l’Ourthe. On ne les distingue plus maintenant. Ils sont en pointillés sur la carte faite lors du recensement des chemins pour la confection du livret « Grand Site de la Boucle de l’Ourthe » (2011 ?)

1) gué d’amont situé + ou – 1 km après la Roche aux faucons. Dans le prolongement, plus en amont le long du chemin de halage, il y avait le chemin du gué d’amont CV51 arrivant au bout du village de Ham.

Celui-ci se prolongeait sur la rive gauche par le chemin menant à Avister : actuellement rue du gué d’amont puis chéra de Fêchereux très encaissé.

2) gué d’aval situé en face du hameau de Fêchereux. Dans le prolongement, en aval, il y avait le chemin de halage puis le chemin du gué d’aval CV51 commençant à Lhonneux et arrivant aussi au bout du village de Ham. »

Merci pour ces précisions qui permettent de bien visualiser les lieux.

 

La Petite Gazette du 18 février 2015

TOUJOURS A PROPOS DES GUÉS SUR L’OURTHE

C’est au tour de Monsieur Jean Ninane, d’Esneux, de partager ses connaissances sur ce sujet qui, manifestement, vous passionne :

« Oui, il y eut des gués, très anciens, à proximité de Ham.

Autrefois, Il n’y avait aucun pont, ni à Esneux, ni à Hony, ni à Méry. Aucune canalisation de l’Ourthe n’existait. Aucune route n’unissait Esneux à Liège par la vallée. Seules les betchètes
permettaient un voyage direct.

Les charrettes et autres véhicules attelés devaient gagner les hauteurs pour rejoindre
un accès à Liège. C’est ainsi que ces attelages se rendaient à Ham (rive droite de l’Ourthe) pour rejoindre par des chemins encore plus ou moins accessibles le hameau de Féchereux situé sur la rive gauche.

On devrait plutôt parler des gués de Féchereux. Là nous avions un double gué. Un chemin menait de Ham au gué d’Amont et un autre au gué d’Aval. De Féchereux deux chemins encore accessibles menaient à Nomont, Famelette… C’est attesté car, à Féchereux, existe encore la « rue Gué d’Amont ».

Ces gués sont-ils encore utilisables, décelables ? On a construit en aval pour favoriser l’accès au canal de l’Ourthe, un barrage imposant à Lhonneux. La hauteur d’eau a augmenté au-dessus des gués.  M. André Nelissen(+) (déjà cité dans la découverte des tombes de Crèvecoeur) a publié un article « les gués de Fechereux » dans le bulletin du Vieux Liège n° 144 (T IV) de janvier mars 1964. »

Le sujet intéresse également Madame Céline Bayer, d’Esneux :

Il y avait également un gué à Hony, il se trouvait un peu plus bas que le pont, à la hauteur du « Chemin des Cloutiers » et de l’autre côté « du Trou Lina« .  Ces deux chemins existent toujours.

D’ailleurs, au début du siècle dernier, le pont était là, mais le fermier qui avait son champ le long de l’eau passait par le gué quand l’eau était basse, et jusqu’au dragage de l’Ourthe il y a une 50 d’année on pouvait encore y passer

Voici  ce que les anciens m’ont raconté et que j’ai connu pour le passage à pied quand l’été était très sec. »

 

La Petite Gazette du 4 mars 2015

TOUJOURS CES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur Maurice Demoulin s’est lui aussi investi dans cette recherche et il a patiemment étudié la magnifique carte des Pays-Bas Autrichiens établie par le comte de Ferraris  entre 1770 à 1778.

« Si nous parlions encore un peu des gués sur l’Ourthe.

Sur une carte de 1777, j’ai retrouvé des informations qui concernent ces passages d’eau de l’Ourthe (Ourt) sur la carte.

On peut y voir un gué entre Esneux et Amostrenne, vers le château d’Esneux (différent du château du Rond Chêne).

La carte ne représente pas de gué du côté de Ham (Han sur la carte), mais un chemin aboutit sur la berge de l’Ourthe face à Beauregard (ferme de Lonneux)

Sur la rive droite de l’Ourthe, dans la boucle, plusieurs chemins mènent à Ham : comme Monsieur Ninane le précise dans l’article paru dans La Petite Gazette du 20 février, il doit y avoir eu un ou des gués en cet endroit pour passer sur la rive gauche en direction de Plainevaux.

Un chemin venant de Hayen, Hotgné (Hoteigné sur la carte) et le château d’Avionpuits arrive au village de Méry, rive droite, face au château de Monceau. Il serait surprenant qu’un passage n’ait pas existé à cet endroit, surtout que l’île (un peu en amont du pont actuel) devait faciliter la traversée. N’oublions pas, non plus, que les armées de la toute jeune République française ont traversé l’Ourthe à cet endroit lors de la bataille de Hamay.

A Hony, rive gauche, deux chemins arrivent sur la berge sans autre issue : peut être aussi un passage à cet endroit.

La carte représente également des gués du côté de Poulseur et Comblain.

Je suis persuadé qu’il existait un gué à Chanxhe à l’endroit de la «maison du passeur » où j’ai habité début de la guerre 40/45. Ce passage correspond à un chemin reliant Chanxhe à MontComblain et que j’ai souvent emprunté. Ajoutons que le canal de l’Ourthe avait prévu une jonction vers cet endroit et que la SNCB y avait aménagé un passage à niveau, d’où…

C’est aussi à cet endroit que l’armée allemande avait construit un pont après que l’ancien a sauté.

Pour les amateurs, la carte ancienne de la Belgique se trouve sur le site « http://www.ngi.be/ferraris KBR/index».

LES BELLES CHAPELLES DE NOS REGIONS ET LEURS HISTOIRES…

A ce jour, le 29 juillet 2017, ce sont 915 Petites Gazettes sous ma plume qui ont été publiées et, parmi les nombreux aspects de nos patrimoines régionaux évoqués dans mes chroniques hebdomadaires, les chapelles de nos régions ont occupé une place importante.

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Leur histoire et leurs histoires vous ont tellement passionnés que cela m’a donné l’envie de présenter nombre d’entre elles dans un ouvrage paru en 2016 : Vertiges du Passé, Nos Chapelles d’Ardenne, de Condroz, de Famenne et d’Ourthe-Amblève.

Cependant bien d’autres témoins encore de la piété populaire qui anima nos aïeux existent toujours dans nos villages, nos hameaux, nos campagnes ou nos bois. Ci-dessous, je vous en ai rassemblé une première série qui, bien entendu, appelle une suite prochaine.

Répondant ainsi à une question fréquemment posée, mon ouvrage sur les Chapelles est toujours disponible. Si vous souhaitez l’acquérir, il vous suffit de verser 20€ (port postal gratuit pour la Belgique) sur le compte BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Awaille avec la communication « Chapelles + vos nom, prénom et adresse complète ». Cet ouvrage vous sera alors envoyé dans les délais les plus brefs.

 

La Petite Gazette du 17 mai 2000

LA CLOCHE DE LA CHAPELLE DE SOMAL A RESONNE

    Muette depuis le 8 avril 1956, la cloche de la chapelle de Somal a tinté à nouveau ce 11 février 2000. Monsieur Maurice Grün a estimé, à juste titre, que cela valait bien une évocation dans La Petite Gazette.

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Mon correspondant a tenu a apporté quelques informations historiques à propos de cet édifice :

« Les fondations datent du XIe siècle. Des écrits évoquent la chapelle, sans la citer précisément, dès 1028. Elle devait faire partie de la donation confirmée à l’église de Havelange par l’empereur Conrad, au même titre que les chapelles de Maffe et de Havelange.

    Vers 1650, la messe y était célébrée par le curé d’Havelange, le dimanche et les jours de fête. La chapelle actuelle date de 1636, une porte en plein cintre y donne accès. Elle porte les clous de la porte originelle. Elle s’ouvre par un mécanisme spécial, en bois, commandé par une clé en fer forgé que seul le préposé à sa garde peut manier (cf. Adolphe Pickart, Le Val de Somme).

La chapelle fut exhaussée vers 1750.

Un obit démontre que cet ancien oratoire appartenait aux barons de Vivario ; finalement, de succession en succession, une bonne trentaine de propriétaires ont fait don de leurs parts pour réunifier le domaine de la chapelle de Somal.

La chapelle renferme quelques pièces intéressantes : le retable du maître-autel présente une toile inspirée de Rubens,  le Christ montrant ses plaies aux apôtres. On trouve également une crédence du siècle écoulé, un bénitier et un banc de communion du XVIIe siècle. En outre, trois sculptures en bois polychromé orent la chapelle : un Christ en croix, un St-Roch, à l’ange et au chien, et un St-Clément, invoqué contre la goutte.

Le 11 février dernier, Cyprien Simal, doyen de Somal et gardien traditionnel de la chapelle, a fait tinter la cloche de la chapelle, muette depuis le baptême de Michel Bouvy, le 8 avril 1956. Ce symbole si représentatif ponctuait, de la meilleure façon qui soit, la fin des travaux de restauration du toit et de renforcement des maçonneries du chœur. »

Précisons encore, à toutes fins utiles, que l’oratoire « chapelle St-Roch », saint invoqué pour se protéger de la peste, est maintenant monument classé.

Dans les semaines à venir, nous aurons le plaisir de vous inviter à la rencontre ou à la découverte d’autres chapelles de nos belles régions.

La Petite Gazette du 7 juin 2000

LES VIEILLES CHAPELLES DE NOS CAMPAGNES ET DE NOS FORETS

   Monsieur André Fagnoul, de St-Séverin, vous lance un appel à propos de ces vieux monuments, vestiges de la piété et de la ferveur populaires de nos aïeux.

« Construites souvent dans des endroits isolés, campagnes ou bois, ou encore le long des routes ; c’est à nous, lecteurs de La Petite Gazette, qu’il revient de faire revivre et parler ces édifices.

Dans le bois de Maynery St-Séverin ou Aux Houx, se trouve une chapelle construite au XVIIe siècle. Je ne sais à qui elle est dédiée. Quand j’étais jeune, avec mes parents, nous  y allions souvent.

002        cliché datant de 1930 environ

A l’intérieur, au-dessus de l’autel, était écrit « Oh ! Marie conçue sans péchés, priez pour nous qui avons recours à vous. » A droite, un bougeoir à sept branches, à gauche, le « Je vous salue Marie » ; au milieu, un prie-Dieu, au mur, des deux côtés, des remerciements pour des grâces obtenues et un petit tronc. Il y a cinq ou six ans, cette chapelle a vu le passage de vandales ; tout a été détruit, il ne restait que les quatre murs, et encore ils étaient abîmés. Avec le curé du village, l’abbé Bienvenu, et mon voisin, Léon Lallemand, nous avons tout reconstruit et restauré.

Seul l’Ave Maria et le banc prie-Dieu étaient encore intacts. Parmi les remerciements cassés en petits morceaux, j’ai retrouvé un fragment portant la date de 1693, ce qui me fait penser que cette chapelle a pu être élevée au dix-septième siècle. Elle est accessible par la rue du moulin de Falogne, cent mètres plus loin que le moulin, à droite, se trouve l’entrée du bois ; il vous suffit de longer la prairie pendant une centaine de mètres et vous la verrez, à droite, blottie dans la verdure. Malheureusement, nous avons dû la protéger en plaçant des grillages métalliques cadenassés devant la porte et les fenêtres. »

003La chapelle restaurée en 1995 par l’abbé Bienvenu et MM. Léon Lallemand et André Fagnoul 

     Qui pourra nous apporter des renseignements sur cette chapelle, son histoire, qui l’a fait édifier, à qui était-elle dédiée, quel culte y était rendu ? Comme d’habitude, tout ce que vous savez nous intéresse. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

UNE CHAPELLE ORIGINALE A SOMME-LEUZE

Monsieur Maurice Grün, de Somme-Leuze, est particulièrement attaché au patrimoine régional et à ses traditions. Partant du principe que « rien n’est aimé s’il n’est connu », mon correspondant aime à nous entretenir de ce qui fait le paysage de sa campagne.

« A Vieille Leuze, la chapelle N D de Lourdes, lui dédiée en 1933, remplace la croix de Saint-Roch et porte en fait son nom.

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Il n’y a pas bien longtemps, elle était surmontée d’un Christ en béton moulé, aujourd’hui disparu. Sa particularité provient du fait que sa bâtisseuse achetait, chaque année, une statuette en plâtre destinée au l’autel de son édicule. L’abbé Tinant, curé de la dernière guerre, de passage lors d’une procession, qualifia la chapelle de « musée Saint-Roch », comme le cite l’abbé Hacherelle. Jugez plutôt :

« Autour de N.D. de Lourdes, saint Monon et son veau, l’enfant Jésus de Prague, saint Joseph, saint Donat, sainte Marguerite, sainte Rita, saint Eloi et saint Roch. Et encore au pied de la Vierge, le frère Mutien. Attendez : un Sacré-Cœur de grand format, une imposante sainte Brigitte fixés au mur. Une statuette de Saint-Roch de grande valeur a été mise à l’abri des tentations. Au-dessus de l’autel, trois panneaux en bois représentent la Vierge, le Sacré-Cœur et le Christ en croix. »

   Et mon correspondant de conclure de façon plaisante : « admirons la foi de ces bâtisseurs, mais reconnaissons qu’en leur oratoire, on ne sait à quel saint se vouer ! »

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

D’ETONNANTS VITRAUX INTERPELLENT ET INTRIGUENT A MONT COMBLAIN

   Monsieur Jacques Defgnée, de Mont Comblain, prépare, avec les membres de l’a.s.b.l. « La chapelle de Mont », une exposition qui, l’an prochain, mettra à l’honneur la chapelle bien entendu, mais aussi son ensemble unique  en Province de Liège, et pourtant non répertorié, de quatre vitraux qui commémorent la Résistance pendant la guerre 40 – 45 et, plus précisément, le groupe Bayard et Les Mouettes Blanches. Bien entendu, les responsables de cet intéressant projet ont déjà réuni de nombreuses informations sur le sujet en puisant dans la mémoire de quelques spécialistes locaux, mais aussi en faisant une lecture très attentive de l’excellent mensuel « Les Echos de Comblain ». Néanmoins, certains documents suscitent encore de nombreuses interrogations ; aussi Monsieur Defgnée a-t-il, tout naturellement, pensé mettre les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette à contribution.

Nous aurons l’occasion, dans les semaines à venir, de nous pencher de plus près sur le passé de cette chapelle, mais, en attendant, je vous livre le premier document qui réclame des précisions…

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Quelqu’un pourra-t-il nous aider à identifier les enfants photographiés sur cette ancienne photographie ? La moindre indication pourrait s’avérer essentielle ; aussi, si vous pensez reconnaître qui que ce soit sur ce cliché, je vous engage vivement à m’envoyer un petit courrier.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

L’ERMITAGE DE SAINT THIBAUT A MONTAIGU

   A plusieurs reprises déjà, La Petite Gazette a ouvert ses colonnes pour présenter ce site extraordinaire et pour y rappeler l’extraordinaire dévotion dont il est toujours le témoin.

Le responsable de cet ermitage, cette personne qui est présente sur les lieux tous les week-ends pour y accueillir les visiteurs a eu la bonne idée de me transmettre encore quelques documents relatifs à ce site au passé remarquable.

«Ici s’élevait, explique le document remis aux visiteurs, dès le onzième siècle, le château-fort des Comtes de Montaigu, descendants des Normands qui avaient conquis la contrée où coulent l’Ourthe, la Vesdre et l’Amblève. Pour cette raison, ils seront dénommés « Prévots des rivières » (…) En 1413, le château est incendié par Antoine de Brabant, frère du Duc de Bourgogne, venu faire prêter obédience à ses nouveaux sujets du duché de Luxembourg, dont il vient d’hériter de sa tante Charlotte. Le Comte de Montaigu s’y refuse : la vengeance, c’est le feu. Les ruines du donjon se trouvent sous la butte du calvaire.

La chapelle castrale a été dédiée à saint Thibaut. Elle a disparu avec le château, mais le culte a continué à la fontaine. En 1600, à la suite de deux miracles importants, on y élève une grande croix dont les pèlerins emportent des éclats en guise de souvenirs. En 1608, le calvaire est érigé et, dans le pied de la croix, une niche abrite une statue de St-Thibaut : elle mesurait 30 cm, le saint était vêtu en ermite (avec une robe noire) ; parvenue jusqu’à nous, elle a été volée en 1968 !

Le culte prend une telle ampleur que les gens réclament une chapelle. La Comtesse Jocelyne de la Mark décide de leur donner satisfaction, mais meurt en 1626. Le projet est repris en 1639 et exécuté par Sire Jamotte, curé de Marcourt. Les pierres sont trouvées sur place. Hotton fournit la chaux, Dochamps les ardoises, Marcourt le bois. Comme assise, on arase une tour de défense « la plus avancée vers Marcourt ». Vers 1645, l’ermitage est construit. La chapelle est consacrée en 1660. Les ermites ont résidé ici par intermittence jusqu’en 1968. Les bâtiments ont été classés en 1973.  1999 et 2000  verront la restauration des toitures, de la butte – calvaire et de la source.

Saint Thibaut est né vers 1033 à Provins, en Champagne, et mort en 1066 à Vicence, en Italie. Renonçant à la vie princière, il était comte de Champagne, il part avec son ami Gauthier vivre la vie de pèlerin, de charbonnier, d’ermite. Deux ans avant sa mort, il est ordonné prêtre et entre dans les ordres des Camaldules. Ainsi le représente, vêtu de blanc, sa statue dans la chapelle. Il est atteint d’un tel degré de sainteté que sa renommée se propage d’Italie, où il s’est fixé, à toute la Lotharingie et ce dès avant sa mort. La dédicace de la chapelle s’explique sans doute par une parenté avec les Comtes de Montaigu. »

Au-delà de ce que disent les mots, mon souhait serait que ceux et celles qui ont visité ces lieux, ceux et celles qui y ont fait leurs dévotions nous relatent le pourquoi de leur visite et ce qu’ils en ont retiré. J’aimerais beaucoup aussi que l’on me reparle des vertus de l’eau de la fontaine, des divers rituels auxquels se livrèrent les pèlerins … Bref, tout ce que vous savez sur ces lieux m’intéresse et je gage que cela intéressera énormément de lectrices et ce lecteurs.

La Petite Gazette du 29 novembre 2000

L’ERMITAGE DE SAINT THIBAUT A MONTAIGU

   Il y a un mois, je demandais aux personnes qui avaient fait leurs dévotions en ce lieu à nous en parler ; c’est ce qu’a fait, avec beaucoup de gentillesse Monsieur Gustave Etienne, de Natoye.

« Je suis né le 11 décembre 1920, me dit-il, et, alors que j’avais dépassé l’âge de deux ans, je ne manifestais toujours pas le désir  de parler. Mon père, originaire de Hiver, La Roche, connaissait cet ermitage et il m’y a conduit. Je me souviens très bien de la chapelle et de l’eau de la fontaine. J’en ai bu et mon père m’a lavé la figure avec. Après ces dévotions, je me suis mis à parler. J’ai souvent raconté cette pieuse démarche. Bien entendu, mon épouse et moi-même y sommes retournés avec nos deux gamins. Nos petits-enfants n’ignorent pas non plus l’ermitage de saint Thibaut, en qui nous gardons la foi. »

Qui viendra, à son tous, évoquer pour nous sa ou ses visites à l’ermitage de Montaigu et nous dire ce qu’il en retira ? J’attends vos courriers avec beaucoup de curiosité.

La Petite Gazette du 29 août 2001

LA CHAPELLE SAINT-MORT A HAILLOT

    C’est grâce au fidèle max-Léon Jadoul, d’Arlon, que je puis vous proposé cette ancienne carte postale représentant la chapelle Saint-Mort, située à Saint-Mort-au-Bois, dans l’entité  de Haillot.

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« Ce saint est toujours vénéré au pays condruze. Saint Mort est décédé en 913 indique une pierre placée devant l’autel surmonté de sa statue. Cette chapelle a, hélas, fait l’objet de dégradations et son mobilier a été volé. »

La Petite Gazette du 8 octobre 2003

REVOICI UNE PETITE CHAPELLE DONT ON VOUDRAIT CONNAITRE L’HISTOIRE

   Monsieur Maurice Grün, de Durbuy, comme ses amis de Petit Han, est passionné par le patrimoine qui égaie son quotidien. Il est également interpellé par le passé et l’histoire de tout ce qui l’entoure.

« Chaque fois que je quitte ma retraite sauvage dans les fonds de Petite Somme, je passe à proximité de cette jolie chapelle en excellent état et bâtie en briques, comme le voyez sur la photo que je joins. A son fronton, je lis : «Bienheureux saint Donat, de la foudre, préservez-nous »

Elle est bâtie depuis… à Petit Han, Durbuy bien sûr, au croisement de la grand-route de Barvaux et de la rue du Vieux Mont.

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Invoque-t-on encore Saint Donat contre la foudre, comme on allume la bougie de la Chandeleur en cas d’orage ?

Quid de cette chapelle ? De quand date-t-elle ? Plus ou moins récemment ? Des briques et de la pierre… pourquoi l’avoir bâtie ?

Elle a donc une histoire. Y a-t-il ou y a-t-il eu un culte qui lui était spécifiquement lié ? Si oui, lequel et quand ? Y allait-on en pèlerinage ?

Qui nous aidera à répondre à toutes ces questions, car nous sommes vraiment sans références ? Notre reconnaissance est, d’ores et déjà acquise à tout qui nous éclairera… »

La Petite Gazette du 30 décembre 2003

UN ROBOT TOMBÉ  À LIÈGE EST À L’ORIGINE DE LA CONSTRUCTION D’UNE CHAPELLE À PETITE-SOMME

003Monsieur Jean Courtois, de Somme-Leuze, nous conte cette étrange histoire.

« A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un robot tombe sur le couvent des Sœurs de la Charité de Cointe. Ce couvent avait pour Mère supérieure la fille du comte Charles de Vaux, propriétaire d’un château à Petite-Somme.

Le couvent étant très endommagé, les Sœurs vinrent s’installer au château accompagnée d’un aumônier, l’abbé Francois Willem.

   En 1944, lors de la retraite allemande, une charrette, tirée par un cheval, venait de Somme-Leuze en direction de Petite-Somme, elle était remplie de soldats allemands (des SS de triste réputation). A l’église, ils commencent à monter la route du village. Il y avait alors un nid très important de résistants à la ferme des basses, exploitée à l’époque par Emile Piron. Une rencontre entre les Allemands et les résistants aurait été catastrophique.

L’abbé Willem, accoudé à une fenêtre du château, imaginant le nombre de victimes que ferait pareille rencontre, fit la promesse de faire bâtir une chapelle en l’honneur de N-D de Lourdes si tout se passait sans casse.

L’abbé avait vraisemblablement une bonne cote auprès du Très-Haut car, à mi-côte, les Allemands firent demi-tour pour se diriger vers Septon. Là, ils rencontrèrent des maquisards et  bien des morts et des blessés restèrent sur le terrain.

En 1946 –1947, sous l’impulsion de l’abbé, les habitants de Petite-Somme se mirent au travail. Les pierres furent amenées du Bois des Roches, au lieu dit Sur Ourmont, avec un tombereau et un cheval.

Joseph Courtois mit, gracieusement, à disposition le terrain pour bâtir la chapelle. Aidé par son frère Louis, ils retroussèrent leurs manches et, en quelques semaines, la chapelle était bâtie.

Elle fut inaugurée, en grande pompe, à l’occasion d’une grand-messe dite par l’abbé lui-même. La bénédiction fut suivie d’une réception réunissant les autorités communales et paroissiales, mais aussi la fanfare et les personnes qui avaient participé à cet événement.

C’est avec émotion que je vous fais ce récit car, âgé de dix-sept ans alors, j’ai vécu ces faits. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui entretiennent ce lieu béni. »

Vous avez peut-être participé à cette inauguration ? Vous en avez peut-être conservé des souvenirs ? Penserez-vous à les partager avec nous ? Nous donnerez-vous l’occasion de voir les photos qui ont certainement été prises à cette occasion ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 18 février 2004

A LA CHAPELLE DE TINSEUBOIS PETIT-THIER

   Grâce à Mme Germaine Jeanpierre, de Beaufays, nous pouvons évoquer, cette semaine, l’histoire d’une petite chapelle élevée, il y aura bientôt 150 ans, dans les bois des environs de Vielsalm. Le texte qu’elle destine à ces colonnes est largement inspiré d’un écrit commémorant le centième anniversaire de la première messe qui y fut célébrée.

   « Tinseubois, haut lieu de pèlerinage et de prière, est situé dans le calme de la forêt, près de Petit-Thier, dans un endroit boisé d’épicéas, joignant la forêt domaniale du Grand Bois, entre Petit-Thier et Commanster, à environ sept kilomètres de Vielsalm et à treize kilomètres de Saint-Vith.

tinseubois   C’est là qu’est blottie la chapelle dédiée à Notre Dame de Lourdes, bâtie 20 ans après les apparitions à Bernadette, par la famille Rotsart de Hertaing, qui habitait la villa voisine.   Vers 1852, le baron de Pellaert de Gand fit construire, à Tinseubois, une habitation dont il ne reste plus que la cour pavée et les étables. Aux environs de 1857, c’est la famille Rotsartt de Hertaing, de Bruxelles, qui vint s’y établir (maison forestière actuelle).

Madame Rosalie Petit, épouse en deuxième noce d’Idesbalt Rotsart, assez tôt, devint souffrante : une jambe nécessitait de tels soins que l’amputation fut même envisagée. A l’époque, on parlait de Lourdes et de ses miracles. Madame Rotsart y mit toute sa confiance et y entreprend un pèlerinage. L’amputation est évitée et, en reconnaissance à la Vierge, elle fait construire la chapelle, dédiée à Notre Dame de Lourdes.

C’est vers 1878, sous le pastorat du curé Gérard, qu’elle aurait été édifiée. Ce n’était alors qu’une très humble chapelle qui se composait uniquement du chœur existant encore aujourd’hui.

A gauche de la statue de Notre Dame, on installa, sur un piédestal, une jambe en plâtre, grandeur nature, enlacée d’un ruban bleu rappelant le miracle accompli. Le bruit de cette guérison se répandit et, de partout, on vint implorer Notre Dame de Trinseubois. Les murs se couvrirent d’ex-voto, de jambes en plâtre de toutes dimensions, parfois façonnées très artisanalement (il en reste une sur l’autel). La chapelle devint trop exiguë, on lui ajouta une nef et on la meubla de chaises à fond de paille.

La première messe y fut célébrée le 16 juillet 1883. La famille Rotsart, qui quitta Tinseubois en 1903, fit construire un muret de délimitation de la chapelle et la confia au curé de Petit-Thier.

Pendant la dernière Guerre, les troupes allemandes la transformèrent en écurie. Elle est maintenant restaurée, mais, hélas, pour « faire plus moderne » peut-être, on a enlevé, à l’indignation de nombreux pèlerins, les ex-voto qui en garnissaient l’intérieur.

Depuis le 18 avril 1962, suite à un accord avec l’Etat belge (Eaux et Forêts), elle est, de même qu’un terrain de 630 m2, la propriété de la Fabrique d’église de Petit-Thier. Les habitants des localités voisines, ainsi que des pèlerins des cantons de l’Est, viennent y prier régulièrement.

Sous le patronat de feu l’abbé Cahay, curé de Petit-Thier, la messe y était organisée, en, 1908, 1923 et 1946, le lundi de la Pentecôte et le 15 août.

Le Ministère de l’Agriculture (Eaux et Forêts), par arrêté du 13 octobre 1961, autorise les pèlerins à se rendre à la chapelle, de jour, même en voiture, par les chemins existants. »

LES BRASSERIES DE HOTTON

La Petite Gazette du 5 septembre 2007

UNE BRASSERIE ARTISANALE  ET BIERE DU SANGLIER A HOTTON

Mme Monique Beenders, de Vottem, est une fidèle lectrice de La Petite Gazette. Elle sait donc qu’elle peut vous mettre à contribution pour tenter de réunir les informations qu’elle souhaite rassembler :

« Dans les années 1948 – 1950, existait à Hotton, à 100 ou 200m. de la brasserie Jacquemart, sur la route de Hotton à Laroche, à droite, une brasserie, artisanale sans doute, produisant une bière de qualité connue sous le nom de « Bière du Sanglier ».

Pourra-t-on, s’il vous plaît, m’indiquer quand cette brasserie a vu le jour ? Qui l’a créée ? Quels ont été ses exploitants successifs ? A-t-elle connu des succursales ? Quand elle a cessé de fonctionner ? La bière qui y était confectionnée existe-t-elle ailleurs ? »

Bref, vous l’aurez compris, tout ce qui concerne cette brasserie et sa production intéresse ma lectrice. Aurez-vous la gentillesse de la renseigner ? Je compte sur vous et vous en remercie déjà.

La Petite Gazette du 3 octobre 2007

UN PREMIER MOT SUR LES BRASSERIES DE HOTTON

MonsieurRaymond Pirotte, d’Evelette, apporte des renseignements à Mme Beenders, de Vottem:

« La brasserie Jacquemart dont il a été question n’est pas répertoriée comme telle : il s’agit sans doute d’un négociant – marchand de bières.

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Quant à l’autre brasserie, ayant produit la « Bière du Sanglier », elle a été fondée par Emile Remy à la fin du XIXe siècle (1899 ?). Vers 1926, elle fut rachetée par Alexandre Lobet. 002.jpg

 

 

 

La  « Super Sanglier » était effectivement la spécialité la plus connue de cette brasserie.

 

En dehors des bières de ménage, la « Mustel » était une autre spécialité, qui ne semble pas avoir connu un grand succès. » A suivre.

La Petite Gazette du 10 octobre 2007

UN PREMIER MOT SUR LES BRASSERIES DE HOTTON

Retrouvons M. Raymond Pirotte, d’Evelette, et les renseignements qu’il apporte à Mme Beenders, de Vottem :

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« Je possède dans ma collection un verre d’ « Export Chasseurs Ardennais », datant probablement des années 1930 et représentant un sanglier dans une roue de vélo. 004

 

 

Selon toute vraisemblance, il s’agit aussi d’une appellation de la brasserie Lobet. Peut-être une énigme supplémentaire à résoudre par les lecteurs de la Petite Gazette ?

 

Après la Seconde Guerre, la brasserie fut dirigée par Lobet Frères. Connue aussi sous l’appellation « Brasserie Luxembourgeoise », elle cessa toutes ses activités vers 1955. »

Maintenant, j’ai la chance et le plaisir de vous donner à connaître le témoignage d’un ancien employé de chez Lobet, M. Edouard Triolet, de Lierneux : « Pour vous parler de la Brasserie Lobet, de Hotton, je dois me reporter en 1936. N’ayant plus de travail, mon père, Joseph, est contacté par les frères Lobet et, après discussion, papa devient dépositaire et négociant en bières et dérivés. Ayant terminé mes études moyennes, j’ai 15 ans et j’aide mon père dans le commerce. Nous sommes ravitaillés par camion et habitons Vielsalm. Notre commerce marche très bien, mais la guerre de 1940 et l’Offensive détruisent tout et papa est tué le 12 janvier 1945.

En 1947, jeunes mariés, nous allons habiter Melreux et je deviens chauffeur-livreur à la brasserie Lobet, gérée par les quatre frères.

Le papa Lobet, qui était tonnelier de profession, a été tué à Hotton, lors de l’Offensive des Ardennes.

Joseph Lobet, l’aîné, brasseur en bières blonde et brune ; Antoine Lobet, comptable ; Léon Lobet, entretien du matériel et André Lobet, avec un camion wagon, ravitaille les dépôts et hôtels. Parmi le personnel, il y a encore : Félix Petit, comptable, Antoine Gérard et H. Dessaive, entretien des machines et soutirage des bières. Fernand Gérard (lu Blan) chauffeur-livreur (le plus ancien), Clément Jacquet, chauffeur-livreur, Edouard Triolet, moi-même, chauffeur-livreur habitant à Melreux, près du garage de François Houssa (de 1947 à 1951). En 1948 – 1949, Joseph Lobet, brasseur qui est allé, pendant des mois, à Munich se perfectionner dans l’art de la fabrication des bières spéciales, lance la « Super Sanglier », bière brune de très grande qualité.

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 verre de la collection de M. Raymond Pirotte

 Soutirée dans une bouteille d’1/4 de litre, pansue (genre Perrier), elle porte une étiquette avec, en gros plan, un sanglier de belle allure et une colorette portant le texte :

J’aime le son du cor

Le soir au fond des bois,

Mais je préfère encor

La bière que voilà

Avec l’évolution du commerce, la brasserie Lobet est entrée en rapport avec celle de Koekelberg, de Bruxelles. Les responsables de cette brasserie ont demandé, ou plutôt imposé, à M. Joseph Lobet de fabriquer la Super sanglier en blonde au lieu de la brune. Malheureusement cela s’est révélé un réel fiasco et la disparition de cette « Perle des Ardennes » a été inévitable.

J’ai quitté la brasserie Lobet, en 1951 et, avec mon épouse, nous sommes établis à notre compte à Grand Sart, puis à Lierneux en 1955 et depuis nous sommes lierneusiens retraités. J’ignore totalement ce qui s’est passé à la Brasserie Lobet depuis mon départ… »

Un immense merci pour ce témoignage passionnant.

La Petite Gazette du 30 octobre 2007

ENCORE DE PASSIONNANTES PRECISIONS A PROPOS DES BRASSERIES DE HOTTON

Monsieur Fernand Lobet, né il y a 65 ans à Hotton, habite aujourd’hui Comblain-au-Pont. Il a pensé qu’il serait utile qu’il nous livre également ses souvenirs et il a vraiment bien fait.

« Comme chauffeur-livreur plus ancien, il y avait Julien Lobet, mon grand-père. C’était avant la guerre. Il travaillait pour ses cousins et assurait les livraisons avec un chariot tiré par un cheval.

Au sujet de Fernand Gérard, on a déjà dit qu’il était surnommé  « lu Blan », mais il était aussi affublé d’autres appellations : « le petit Fernand » par exemple, mais on le désignait également en associant son prénom au nom de ses patrons : « Fernand Lobet ».

Après les années 50, Antoine s’est installé comme distributeur Coca-Cola, à  300 mètres de la brasserie vers le centre du village, dans un grand hall. Un délégué, tout de vert vêtu, formé par la firme dirigeait l’affaire avec le financier Antoine.

Dans les anciens bâtiments de la brasserie existait une glacière qui se révéla être très utile pour les cafés du coin mais aussi lors d’organisation de fêtes ou de fancy-fair à des kilomètres à la ronde.

Léon et Jules Lobet ont fabriqué et vendu la bière Lobet en bouteilles de 75 centilitres, mais également de la bière de table, dite bière de ménage.

La « pils » qu’ils mettaient en vente était la bière « Lamot » distribuée en fûts et en bouteilles de 25 centilitres. Cette bière était alors très bue, comme la Stella, on ne parlait pas tant de la Jupiler. Evidemment, ils distribuaient également des eaux et des limonades. La bière Diekirch était leur grande et bonne bière, en fûts et en bouteilles également. Les grandes réclames vantant cette marque décoraient le plus grand café de la région, « Chez Jacquemart », sur la place. Les enfants ont quitté le commerce et Léon, qui vécu très vieux, avait repris, pour les connaissances uniquement, son ancien métier de cordonnier. »

Un tout grand merci pour tous ces renseignements qui viennent compléter ceux déjà publiés.

LES AUTOBUS LIEGEOIS A SPRIMONT

La Petite Gazette du 6 février 2008

LA SOCIETE DES AUTOBUS LIEGEOIS

Monsieur Michel Trousson  aimerait que vous l’informiez sur l’histoire de cette société :« Puis-je solliciter les lecteurs de La Petite Gazette pour obtenir des informations concernant la « Société des Bus Liégeois ». Société je crois, ajoute M. Trousson, créée début des années 20 par la Famille Vigneron.Ayant son siège social à Sprimont, cette société transportait, initialement, les voyageurs entre Aywaille et Liège.Je me souviens que, étant enfant et demeurant à Sprimont, mon père (décédé maintenant) était conducteur, c’était dans les années 30.  J’aurais beaucoup aimé que vous m’aidiez à reconstituer un  historique de cette société et, si c’est possible, découvrir des photographies des autobus qui ont circulé sur ses lignes.Sans doute un ancien ayant connu cette époque pourrait-il m’aider dans cette démarche?
D’avance je vous remercie de votre attention et pour votre aide. »Il me semble que cette société bien connue et bien ancrée dans le domaine du transport public en Ourthe-Amblève devrait inspirer les réponses souhaitées. J’insiste tout particulièrement sur l’envie de redécouvrir les photographies des bus d’hier (et d’avant-hier) dont la simple vue devrait rappeler bien des souvenirs et bien des anecdotes aux lectrices et aux lecteurs qui les ont connus, comme utilisateurs ou comme chauffeurs. Je compte beaucoup sur vous et me réjouis de découvrir les prolongements que vous réserverez à cet intéressant appel.

La Petite Gazette du 20 février 2008

AUTOBUS LIEGEOIS

Une première réponse à l’appel lancé par M. Trousson, elle nous vient de M. Francis Sante qui nous permet de découvrir cette magnifique photographie.

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 « En feuilletant, comme chaque semaine La Petite Gazette, j’ai lu l’annonce concernant les autobus liégeois. Comme je possède cette carte postale prise sur la place de Sprimont, je puis en faire profiter tous les lecteurs. Cette carte a été oblitérée à Seraing en 1934. »

Un grand merci, cette carte est vraiment superbe.

Monsieur Georges Flagothier, sénateur honoraire de Sprimont, se souvient :

J’ai été chauffeur aux Autobus Liégeois pendant une dizaine d’années. Un collègue, Marcel Pavier, décédé aujourd’hui, m’a parlé plusieurs fois de son oncle Monsieur Trousson, qui avait été chauffeur à la Compagnie avant la guerre. Il propose à M. Trousson de s’adresser au siège de la compagnie »

Merci beaucoup, le moindre souvenir nous est utile.

La Petite Gazette du 27 février 2008

LES AUTOBUS LIÉGEOIS

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays,  est un passionné de transports en commun. Il a ouvert sa documentation pour répondre à l’appel de M. Trousson et pour notre grand plaisir :

« C’est en 1922 que fut créé un service régulier d’autobus entre Liège  et  Sprimont.

Selon un guide, publié en 1930, par le Touring Club de Belgique, on apprend que les départs vers Sprimont depuis la place Xavier Neujean à Liège s’effectuaient en semaine à 8h., 9h30, 12h., 16h. et 18h30. Les dimanches et jours de fêtes, les départs étaient fixés à 10h., 14h. et 20h. Le prix du voyage était alors de 7,50 francs.

Avant la seconde Guerre Mondiale, la société disposait de plusieurs véhicules de marque Brossel. En 1958, le parc comportait 11 autobus : 2 Chausson, 1 Guy, 2 Miesse et 6 AEC (toutes marques, aujourd’hui disparues !).

Jusqu’à la fin des années 1950, le dépôt se situait à Liège, rue de Fragnée.

Vers 1967, les Autobus Liégeois ont repris l’exploitation de la ligne Verviers – Harzé (actuelle ligne 727) qui était jusqu’alors assurée par le garage Gilson de Verviers.

Jusqu’à la fin des années 1970, les véhicules étaient peints dans deux tons de bleu : le bleu foncé en dessous des vitres et la partie supérieure en bleu clair.

Les autobus de la firme Bertrand, de Banneux, reliant Liège à Banneux et Aywaille à Banneux étaient, quant à eux, peints en brun et blanc.

En 1972, cinq autobus Van Hool à moteur Leyland furent mis en service. L’un d’entre eux, retiré de l’exploitation en 1987 est en cours de restauration dans sa livrée bleue d’origine. L devrait être prochainement exposé au Musée des Transports de Liège, rue Richard Heintz. (N.D.L.R. A voir absolument si les trams, trolleys et autobus vous passionnent…)

Entre 1974 et 1979, neuf autobus Jonckheere à moteur Leyland furent commandés, suivis, dans les années 1980, par sept Jonckheere Trans City à moteur Mercedes.

En mars 1997, la Société des autobus Liégeois a abandonné le dépôt devenu étriqué qu’elle occupait depuis près de quarante ans et qui était situé rue Schinler à Sprimont, pour s’installer dans un nouveau complexe, Grand Route à Florzé.

Il faut préciser que le parc de véhicules s’était notoirement agrandi au fil des années.

Aujourd’hui, 21 bus standard et 2 articulés assurent le trafic. Il s’agit pour l’essentiel de Mercedes 0405 et de Mercedes Citaro.

La société est dirigée par Madame Vigneron épouse Dubois. »

Un chaleureux merci pour tous ces renseignements qui éveilleront, chez les lecteurs, des souvenirs que, je l’espère, ils auront envie de raconter.

La Petite Gazette du 5 mars 2008

LES AUTOBUS LIEGEOIS

Cette semaine, c’est M. Jean-Pierre Beaufays qui nous présente un élément de « petit patrimoine » lié à cette société d’autobus.

« Voici une photo qui devrait intéresser votre lecteur faisant des recherches sur les Autobus Liégeois.

Il s’agit d’une plaque émaillée en ma possession, datant probablement d’avant-guerre et indiquant l’emplacement d’un arrêt obligatoire.

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Elle est de forme ovale, à double face, jaune avec inscriptions rouges et noires, de dimensions 65X46 cm. Comme beaucoup de panneaux indicateurs de cette époque, elle mentionnait  les Pneus Englebert qui finançaient vraisemblablement ces panneaux à titre publicitaire.

Elle devait vraisemblablement se trouver le long de la grand-route entre Beaufays et Sprimont, environ à un kilomètre du carrefour de la Haie des Chênes. »

Autre réaction, celle de Monsieur Fernand Sougné qui nous présente cette carte postale montrant un des véhicules de la société des Autobus Liégeois :

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« Monsieur Trousson est à la recherche de photos des Autobus Liégeois, en particulier sur la ligne AywailleLiège.Je possède cette carte postale portant comme légende: «Florzé  Grand’route d’Aywaille, Arrêt des Autobus Liégeois »

Florzé étant  situé sur la ligne Aywaille – Liège  entre Sprimont et Aywaille. Je ne suis pas en mesure de commenter cette carte postale, je n’étais pas encore né, mais je peux dire que cette carte a été expédiée par des membres de ma famille à mon père étudiant à l’époque aux établissements St-Joseph à Strasbourg. Ma famille habitait une maison de ce carrefour de Florzé. Cette carte postale a été expédiée à mon père le 19 mars 1938. La  carte n’est pas dans un état de première fraîcheur, mais elle est assez jolie. »

Puis-je insister auprès de vous pour que vous contiez vos souvenirs et anecdotes liés à ces autobus ? Il est impensable que vous n’ayez pas quelques petites histoires à ce sujet… Nous les ferez-vous parvenir ? D’avance, merci.

La Petite Gazette du 19 mars 2008

LA SOCIETE DES AUTOBUS LIEGEOIS

Evoquer les transports en commun d’hier passionne toujours car vous y retrouvez des véhicules chargés d’histoire, de souvenirs et d’anecdotes que vous aimez voir remémorés. Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, est un véritable passionné et il a largement ouvert pour vous ses fardes de documentation.

« M’étant replongé dans mes archives à propos des Autobus Liégeois, je puis vous soumettre d’autres documents photographiques.

La photo présentée ci-dessous est extraite d’un ancien journal d’entreprise du T.E.C. Elle montre un autobus stationné sur la place de la Foire, actuelle place Jos. Wauters, à Sprimont. Vu le modèle du véhicule, ce document semble antérieur à la photo présentée il y a quelque temps dans la Petite Gazette.

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Durant la période s’étendant entre les deux guerres mondiales, de nombreux entrepreneurs privés ont créé des services réguliers d’autobus. Le plus souvent, ils n’exploitaient qu’une seule ligne vers un unique véhicule dont le châssis était celui d’un camion et dont la caisse était fabriquée par des menuisiers locaux.

Certaines de ces lignes, comme celles des Autobus Liégeois, se sont développées au cours des ans et subsistent encore de nos jours bien qu’intégrées au réseau d’abord de la S.N.C.V. puis, maintenant, des T.E.C.

Par contre, des lignes desservant des zones moins densément peuplées ont périclité faute de voyageurs et ont été supprimées. C’est ainsi que, dans ma collection, je possède une reproduction de carte postale prise à Stoumont et montrant un autobus d’une ligne Verviers – Manhay, ligne disparue depuis, sans doute, bien longtemps.

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Parmi les lecteurs de La Petite Gazette s’en trouvera-t-il certains qui pourraient me renseigner sur l’itinéraire suivi par cette ligne, sur sa période d’exploitation et sur la société qui l’a mise en œuvre. D’avance, je remercie chaleureusement, toute personne qui pourra m’apporter l’un ou l’autre renseignement, même s’il vous semble insignifiant. »

Permettez-moi d’insister sur cette demande de M. Prégaldien car je sais que tout renseignement communiqué permettra certainement de conduire au réveil de souvenirs qui intéresseront grandement tous ceux qui prennent plaisir à découvrir ces aspects si particuliers des modes de transport de jadis.

La Petite Gazette du 26 mars 2008

LES TRANSPORTS EN COMMUN DANS NOS REGIONS

Puisque M. Michel Prégaldien, de Beaufays, nous y a, si gentiment, invités, continuons, avec lui, à feuilleter ses fardes de documentation Il nous présente, aujourd’hui, la photographie suivante :

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« Cette carte postale a été prise à Harzé, au terminus de la ligne d’autobus Verviers-Harzé, mais, bien avant, que cette ligne soit exploitée par la société des Autobus Liégeois. »

 

TOUJOURS A PROPOS DES AUTOBUS LIEGEOIS

Monsieur Marquet, de Sprimont, a vraiment une documentation éclectique. Il peut nous apporter aujourd’hui, quelques intéressantes informations sur la société des Autobus Liégeois :

« Vers les années 1980, la direction de la Compagnie des Autobus Liégeois remettait, à Sprimont, une série de décorations à ses employés. Furent ainsi mis à l’honneur : René Brisbois, André Horrion, Jean Peerboom, Fernand Scholsen, Justin Huart, Maurice Bertrand et Ghislain Arnould.

Ils étaient tous entrés à la compagnie au cours des années 1960, à l’exception de Fernand Scholsen qui « roulait » depuis le 16 avril 1950. Son père, Maurice, fut décoré pour la même fonction en 1966.

Une petite anecdote mérite d’être rappelée à propos des véhicules de l’immédiat après guerre.

A cette époque circulaient des autobus assez hétéroclites. L’un était appelé le « car allemand » et était particulièrement rapide, ce qui donnait parfois lieu à des courses entre chauffeurs. Un autre, tout à fait différent, présentait une structure assez rectangulaire et était équipé d’un tuyau d’échappement exceptionnellement bruyant. Pour cette évidente raison et compte tenu d’un passé récent alors, il avait été baptisé le « robot ».

Un jour, en rentrant de Liège et alors qu’il allait traverser le Fond Leval, ses freins lâchèrent et le chauffeur dut braquer sur la gauche pour éviter le tram. Toutefois, en roulant sur le trottoir du magasin de légumes de chez Garnier, il pulvérisa un sac de moules en attente du client. Dans l’état actuel de ce carrefour, cette éventualité n’est plus possible. »

Vous souvenez-vous de ces autobus si particuliers ? En existe-t-il des photos ? Merci de nous informer et de nous permettre de les montrer si elles existent. Vous pouvez également en profiter pour nous communiquer vos souvenirs de ces voyages en autobus au lendemain de la Seconde guerre Mondiale. Ils ont dû, en effet, être émaillés de nombreuses anecdotes qu’il serait plaisant de remémorer.

 La Petite Gazette du 2 avril 2008

LES TRANSPORTS EN COMMUN DANS NOS BELLES REGIONS

Répondant à l’appel lancé par M. Prégaldien, Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, me fait parvenir un très intéressant courrier fait de compilations d’extraits de délibérations du conseil communal de Basse-Bodeux.

« »Un projet quasi révolutionnaire pour l’époque voit le jour en 1901 car on envisage la création d’un chemin de fer vicinal reliant Lierneux à Stavelot. Le conseil communal réaffirme, à l’unanimité, qu’il n’interviendra pour une part qu’à la condition expresse que la ligne traverse Basse-Bodeux et passe à proximité de La Vaux et Haute-Bodeux. (Délibération du 29 mai 1901).

Le 27 août 1911, on enregistre une demande de service public d’autobus entre Trois-Ponts et  Houffalize, Monsieur Steinmann, d’Anvers, demande la concession de ce service. Aucune opposition n’est signalée. M. R. Gabriel précise néanmoins qu’il n’a retrouvé aucune suite à cette demande dans les délibérations suivantes…

Un service d’autobus circule depuis plusieurs années entre Verviers et Manhay, via Stoumont, La Gleize, Trois-Ponts, Basse-Bodeux, Bra. Des difficultés d’exploitation semblent exister comme en témoignent les différentes demandes de l’exploitant et les nombreuses interventions financières communales.

Le 19 décembre 1933, Monsieur Pelle, l’exploitant du service d’autobus, demande un subside pour l’année 1934 ; on lui accorde la somme de 1.000 francs.

En 1935, cette somme est portée à 1500 francs.

Le 23 mars 1937, l’exploitant demande un subside de 2.500 francs pour continuer le service tel qu’il est établi. On lui accorde 1.000 francs plus un crédit de 1.500 francs.

Le 25 janvier 1940, Monsieur Pelle relève les prix de transport vu le prix des carburants, la commune ajoute : cela se justifie amplement.

Le service est interrompu durant la guerre.

Le 30 janvier 1947, il est noté que le servie a repris à partir du 16 janvier, un subside de 3.000 francs est accordé.

Le 14 novembre 1949, 4.000 francs de subsides sont votés.

Le 8 décembre 1949, l’exploitant du service d’autobus de Verviers à Basse-Bodeux sollicite un subside de 18.000 francs. Les élus trouvent la demande nettement exagérée et proposent la somme de 4.000 francs.

En 1957, le 27 septembre, un nouveau service de bus SNCV est envisagé entre Manhay et Trois-Ponts.

La commune est d’accord pour allouer un subside à condition que la ligne fonctionne régulièrement chaque vendredi.

Le 12 septembre 1958, des difficultés apparaissent. On apprend que la commune de Fosse-sur-Salm ne peut plus supporter la charge d’un subside à la ligne d’autobus. Le subside de Basse-Bodeux est porté à 8.000 francs et une augmentation du subside de Bra est souhaitée.

L’exploitation de cette ligne cessera définitivement à partir du 2 octobre 1959. »

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, se souvient également :

J’ai lu, avec nostalgie, l’article sur la ligne d’autobus Verviers-Manhay, passant par Stoumont.

Né en 1944, j’ai encore le souvenir des autobus faisant la ligne de Stoumont peu après la guerre (1947/1948). Car ils représentaient pour moi des « monstres » à ne pas rencontrer !

Il s’agissait d’autobus bleu foncé, garnis des deux côtés d’armoiries nationales et qui appartenaient au chemin de fer, comme on disait alors. Pourquoi des « monstres » ?

Je m’explique : vu l’état des routes, ma mère et moi quittions Liège pour Aywaille et nous laissions  la buick de papa au garage Grégoire qui avait la garde de notre jeep Wyllis, seul véhicule pouvant nous amener à la maison de Ville-au-Bois. Nous montions avec la jeep vers le carrefour de Hautregard et, ensuite vers Desnié/Stoumont. Comme par un fait exprès, vu notre heure d’arrivée, nous avions beaucoup de chances de croiser le bus du soir venant de Stoumont entre Desnié et la Croix Jacques, lieu où nous tournions à droite vers la maison à travers bois, empruntant le coupe-feu dit « du facteur ».

Chaque trajet était une source d’anxiété car croiser le bus était un vrai problème.

A cette époque, la N606 était une simple route étroite sans macadam, couverte de cendrées d’aciérie, et le bus était tellement large que nous n’avions d’autre solution que de rentrer dans le fossé, le bus ayant priorité absolue ! Rentrer au fossé c’était simple mais, en sortir, c’était une autre affaire, surtout en hiver ! Pas question pour maman de pousser, mais nous avions un braquet dans le coffre à outils et j’ai appris à glisser des branches sous les roues dès quatre ans ! Parfois cela tournait vraiment mal, il fallait descendre chercher le garde-chasse pour pousser, en priant saint Hubert qu’il ne soit pas en tournée. Le pire a nécessité de laisser la jeep dans le fossé durant la nuit et un cheval de débardage est venu le lendemain matin.

Peu après on a créé (1950) la route raccordant Ville-au-Bois à la N606 et nous pouvions alors venir avec la voiture jusque là. Nous devions encore marcher 1500 mètres pour atteindre la maison forestière.

Quelle époque ! Mais c’était pour moi le bon temps car chaque week-end réservait des surprises comme de croiser le « ronibus » comme je l’appelais alors… »

Vous aussi, vous avez certainement des souvenirs liés à ces autobus d’avant ou d’après guerre, nous les conterez-vous

La Petite Gazette du 16 avril 2008

LES ANCIENS ARRETS D’AUTOBUS DE NOS CONTREES

MonsieurLaurent Crépin, de Hony, me fait parvenir un intéressant document relatif aux lignes d’autobus de nos régions.

« Dans le cadre de la série que vous publiez actuellement dans votre rubrique au sujet des éléments de « petit patrimoine » des autobus qui ont circulé dans la région liégeoise, j’ai le plaisir de vous faire parvenir la photo d’une plaque émaillée double face (dimensions : 40 X 25 cm) qui fait partie de ma collection depuis de très nombreuses années.

Elle porte le texte  » S.N.C.V. Autobus  – Arrêt sur demande  » et devait être placée sur un poteau ou une façade à l’endroit d’un arrêt de bus de la Société Nationale des Chemins de fer Vicinaux.

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Elle fait ainsi écho à celle que vous avez publiée il y a quelques semaines, pour un Arrêt obligatoire des Autobus liégeois.

Cette plaque ne porte aucune indication concernant l’émaillerie qui l’a fabriquée, ni aucune année, comme c’est par contre, le cas pour toutes les plaques émaillées publicitaires (les anciennes réclames) qui étaient destinées à l’affichage public en Belgique et qui comportent toujours en bas et en petits caractères T.P. ….1950 (TP pour Taxe Payée puis des chiffres et enfin l’année de production dans cet exemple 1950).

Cette plaque d’arrêt doit néanmoins être ancienne (les années 1930 peut-être) car elle est très lourde malgré sa petite taille et est fabriquée en émail très épais et d’excellente qualité, ce qui lui a permis de traverser le temps pour arriver presque intacte jusqu’à nous. »

La Petite Gazette du 23 avril 2008

LES ANCIENNES LIGNES D’AUTOBUS DE NOS REGIONS

Monsieur M. Prégaldien, de Beaufays, est, à la fois, heureux et ravi, de constater que MM. René Gabriel et Martin Huwart aient conservé des souvenirs de l’ancienne ligne d’autobus Verviers-Manhay.

« Grâce aux communications de ces lecteurs, il est possible de retracer une grande partie de l’itinéraire suivi par cet autobus entre Desnié, Stoumont, Trois-Ponts et Manhay. Reste une zone d’ombre quant au parcours suivi entre Verviers et Desnié, ainsi que sur le lieu précis du terminus à Verviers.

Les questions suivantes restent également en suspens : Où étaient implantés le garage et le siège social de la firme ? Combien y avait-il de parcours journaliers ? Existe-t-il d’autres photographies ou cartes postales représentant les autobus de cette firme ?

Dans le Guide du Touring Club de Belgique datant de 1930, on trouve trace d’une autre ligne qui passait, elle aussi, par Stoumont. Cette ligne prenait son départ rue Grétry, n°100, à Liège

A destination du sanatorium de Borgoumont. Cette relation ne fonctionnait que le jeudi et le dimanche, avec un unique départ de Liège à 10 heures. Le prix du trajet était de 7 francs.

Là aussi, il s’agit d’une ligne disparue pour laquelle très peu d’informations (firme exploitante, trajet suivi…) et de représentations photographiques sont disponibles.

Se trouvera-t-il quelques lecteurs de La Petite Gazette susceptibles d’apporter quelques informations sur cette ligne également ? »

A vous de faire, si vous le pouvez…

La Petite Gazette du 7 mai 2008

LES ANCIENNES LIGNES D’AUTOBUS DE NOS REGIONS

Madame Chantal Crucifix, de Targnon, nous apporte aujourd’hui des renseignements très intéressants sur ce sujet. Elle les a puisés dans les archives de la commune de Stoumont, où elle recherchait informations sur les vieux chemins vicinaux.« En passant, j’ai retrouvé des traces de ces autobus dont vous parlez dans le journal, avec l’autorisation de l’échevin qui m’emploie, Philippe Goffin, je vous fais part de mes recherches:
Le 17/12/1926, la Société Nouvelle des Chemins de Fer Vicinaux demande l’autorisation d’organiser des services de transports automobiles sur route entre Lierneux et Stoumont, Manhay et Trois-Ponts.Le 21/09/1929, la demande et le projet de M.Lugens J.B., de Lierneux, relatifs au service public et régulier d’autobus entre Lierneux et Stoumont gare sont soumis aux formalités d’enquête de commodo- incommodo, clôturée le 9/10/1929.Le 29/06/1930 M.Minique ou Mirrique René Hubert Marie Lydie rue Gretry n° 68 sollicite l’autorisation d’exploiter un service public et régulier d’autobus bi-hebdomadaire entre Liège et Borgoumont La Gleize.Enquête clôturée le 16/07/1930.J’espère que cela pourra vous être utile. »Un tout grand merci pour nous avoir communiqué ce qui précède.

La Petite Gazette du 28 mai 2008

LES TRANSPORTS EN COMMUN D’HIER, ANECDOTE

Monsieur Guy Jacob, de Hamoir, évoque le problème des transports en commun durant la guerre :

« Nous étions, maman, mon frère et moi-même, venus, pour deux ou trois jours, chez les grands-parents à Comblain-la-Tour, probablement, je me souviens bien, en 1943. Le voyage s’était effectué en train. Or, le jour prévu pour le retour, nous nous rendîmes à la gare, pour y prendre le train de Marche où nous demeurions. Arrivés à la gare, on nous annonça que, suite à un bombardement à Barvaux ou à Biron, les trains ne passaient plus. Ils allaient de Jemelle  Melreux et aucun n’allaient plus loin. Force était donc de gagner Melreux par nos propres moyens. Heureusement, si l’on peut dire, le tram faisant la ligne Comblain-la-Tour – Manhay roulait encore, mais quel trajet ! Comblain-la-Tour, Xhoris, collège St-Roch, Burnontige (je crois), puis tous les villages jusqu’à Manhay (Harre, St-Antoine…) A Manhay, changement de tram pour prendre la ligne de Melreux via notamment Erezée, Amonines, Dochamps (vallée de l’Aisne), puis Soy, La Roche, Rendeux, Hotton (vallée de l’Ourthe) et Melreux où nous avons embarqués dans le train vers Marche, enfin !

Bref, un voyage d’environ 5 heures, compte tenu des arrêts et du changement de tram à Manhay, avant une attente d’une heure à Melreux. Nous avions embarqués à Comblain-la-Tour à 10 heures, c’est donc peu dire que c’était long ! Bien entendu nous avions pris notre « briquet » pour pouvoir nous sustenter en cours de route. »

Un grand merci pour ce souvenir qui, il est vrai, à l’heure du TGV laisse songeur !

LE FOUR A CHAUX DE RENNES (HAMOIR)

QUE SAVEZ-VOUS DU FOUR A CHAUX DE RENNES (HAMOIR) ?

Le Cercle Histoire & Culture Hamoir (CHCH de Hamoir) rassemble des amateurs avertis et des passionnés de l’histoire régionale et locale animés par la même volonté de comprendre, d’expliquer et de préserver tous les témoins de la vie aux siècles passés. Les membres de cette association fouillent les archives, récoltent des témoignages et des documents afin de partager le fruit de leurs recherches avec le plus grand nombre dans le but de protéger et de sauvegarder tout ce qui peut encore l’être.

Madame Marie-Madeleine Boreux est un des membres actifs du CHCH et c’est à ce titre qu’elle s’adresse à la Petite Gazette.

Toute notre région, dans la seconde moitié du XIXe siècle, parce qu’elle est riche en roches calcaires, a vu se développer l’industrie de la chaufournerie. Des fours à chaux s’érigèrent en de nombreux lieux et, même si nombre d’entre eux ont disparu aujourd’hui, la toponymie et le nom de bien des rues en perpétuent souvenir de ces chafours.

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La chaux produite par les chaufourniers de nos villages est destinée à la construction et à l’amendement des terres acides. Le développement de l’agriculture dans le courant de la seconde moitié du XIXe siècle explique, en partie du moins, l’accroissement du besoin en chaux et l’érection de ces fours à l’architecture si spécifique. Les besoins du secteur de la construction au lendemain de la Grande Guerre constitueront le dernier sursaut de cette industrie mais l’avènement de l’emploi des engrais chimiques dans l’agriculture d’une part et le recours au ciment dans le secteur de la construction d’autre part allaient définitivement provoquer l’abandon des fours à chaux.

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Le Cercle Histoire & Culture Hamoir s’intéresse activement au four à chaux de Rennes, au croisement des routes  Comblain Fairon et Ouffet, derrière le hangar de la CILE. Il semble bien, comme la plupart de ses homologues dans les communes voisines, avoir été activé jusque dans les années 1920-1930. Malheureusement, les recherches menées n’ont, jusqu’à présent du moins, guère donné de résultats… Aussi, le CHCH se tourne-t-il vers vous dans l’espoir que vous pourrez communiquer souvenirs, renseignements, informations, archives, documents, photos … concernant ce four à chaux, élément très intéressant et exceptionnel du  patrimoine communal,  qui fait l’objet d’un projet de remise en état.

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Madame Boreux et tous les membres du CHCH vous remercient dès à présent pour tout ce que vous pourrez leur transmettre pour les aider dans leur recherche.

La façon la plus simple de procéder est d’écrire à la Petite Gazette qui se chargera de transmettre vos précieux renseignements.

 

LA PLUS PUISSANTE DES MEDAILLES CONNUES : LA MEDAILLE DE SAINT BENOIT

La Petite Gazette du 24 janvier 2001

QUI SERA EN MESURE DE NOUS DIRE DE QUOI IL S’AGIT ?

Anne, de Comblain-au-Pont, a trouvé cette pièce quand elle était petite et, depuis, elle se pose des questions, quasiment sans réponse, à son sujet. Voici ce qu’il est 

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   Ma correspondante nous apporte quelques précisions au sujet de sa découverte :

Elle serait en cuivre rouge (sans absolue certitude) et pèse 38 grammes.

Le côté face représente un saint tenant d’une main une croix et de l’autre un livre. A sa gauche, une colombe ; à sa droite, une coupe et un serpent.

 

 

 

 

Voici la transcription des inscriptions qu’il est possible d’y lire côté face :

SENTIA MVNIAMVR

EIVS IN OBITV NRO PRAE

CRUX S. PATRIS

BENEDICTI

  1. EX. S.M. CASINO

MDCCCLXXX

Et sur le côté pile :

PAX

V..R..S..N..S..M..V

S..M..Q..L..I..V..B

 

Sur la croix :

C S S M L

N D S M D

Aux côtés de la croix :

C S B P

 Et ma correspondante d’en appeler à vous pour connaître l’histoire de cette pièce (N.D.L.R. Il me semble qu’il conviendrait, plutôt, de la désigner sous le nom de médaille). Tout ce que vous pourrez nous apprendre à ce sujet sera, bien sûr et comme d’habitude, le bienvenu !

La Petite Gazette du 14 février 2001

QUI IDENTIFIERA CETTE MEDAILLE ?

    Telle était la question que, à l’initiative d’Anne, de Comblain, je vous posais il y a trois semaines déjà. Les réponses ont été extraordinairement nombreuses et admirablement documentées ; pour éviter les redites, je vais tenter de faire la synthèse de tous ces courriers reçus.

Toutes les lectrices et tous les lecteurs qui se sont manifestés sont d’accord sur l’identification de cette médaille et sur la signification des lettres initiales que l’on trouve à son revers. Il s’agit d’une médaille de saint Benoit, reproduisant le saint portant la règle des moines.

C.S.P.B.      Crux Sancti Patris Benedicti (Croix du Saint Père Benoît)

C.S.S.M.L.  Crux Sacra Sit Mihi Lux  (Que la Croix sainte soit ma lumière)

N.D.S.M.S.  Non Dacro Sit Mihi Dux  (Que le démon ne soit pas mon chef)

V.R.S.          Vade retro satana  (arrière Satan)

N.S.M.V.      Non Suada Mihi Vana (Ne me persuade pas de choses mauvaises)

M.Q.L.         Sunt Mala Quae Libas  (Ce que tu représentes est mauvais)

V.B.              Ipse venera Bibas   (Bois toi-même tes poisons)     Vos différents courriers apportent bien entendu des renseignements complémentaires les distinguant les uns des autres ; c’est là bien sûr que réside l’intérêt de les comparer.

Monsieur l’Abbé J.-M. Bienvenu, de St-Séverin, nous signale que : « cette médaille est une médaille de la bonne mort. Saint Benoît est connu dans les dévotions populaires comme « patron de la bonne mort » parce que, ayant prié avec elle peu avant la mort de sa sœur Scholastique, il aurait vu monter au ciel l’âme de celle-ci. »

Monsieur le Baron Thierry de Villenfagne de Sorinnes m’a transmis une très intéressante documentation dans laquelle je lis notamment que « Parmi les nombreux moyens que l’Eglise emploie pour venir en aide aux moribonds, il y a le Crucifix de la Bonne Mort et la Médaille de Saint Benoît. Les Souverains Pontifes ont attaché à ces deux objets une indulgence plénière à l’article de la mort . (…) La Médaille de Saint Benoît est très ancienne. Sa popularité date surtout du XIe siècle à la suite de la guérison miraculeuse d’un jeune homme, nommé Bruno, qui se fit moine bénédictin et devint plus tard la saint pape Léon IX. »

Monsieur Dewez, d’Esneux, m’a également envoyé une intéresse documentation à ce sujet. « La Croix de saint benoît , depuis fort longtemps, est imprimée sur une médaille. Sa forme est presque celle de la Croix de l’Ordre sacré de Jérusalem ; en effet, les quatre bandes qui la composent sont terminées par une ligne courbe, qui va les élargissant jusqu’à l’extrémité. Elle est renfermée dans une ellipse, et laisse dans ses quatre espaces vides quatre triangles sphériques, dont deux côtés sont formés par deus lignes courbes de la croix, sur la bande de l’ellipse qui enferme le tout, sont gravées quelques lettres, mais les lettres mystérieuses (celles qui ont une vertu particulière contre le démon) se trouve seulement sur la Croix et sur l’ellipse). Ces dernières forment quelques oraisons jaculatoires, toute de religion et d’amour de Dieu, qui indiquent clairement que cette croix sert à chasser les tentations ou les maléfices du démon. »

Madame Renée Gilson, de Lierneux, nous dit que « cette médaille est efficace contre le mauvais esprit, qu’on peut la porter sur soi ou la placer au-dessus des portes pour être protégé du diable et de ses maléfices. Ses médailles sont vendues à St-Antoine (Harre – Manhay) où on peut les faire bénir sur demande. »

Madame Marie-Thérèse Voets, de Nadrin, rappelle que saint benoît est invoqué par les personnes qui rencontrent malchance sur malchance et qui croient que Satan ou d’autres personnes leur veulent du mal. »

La semaine prochaine, nous parcourons les autres courriers reçus et nous nous attacherons surtout à l’origine de cette médaille, l’abbaye de Mont Cassin en Italie.

La Petite Gazette du 21 février 2001

AU SUJET DE LA MEDAILLE DE SAINT-BENOIT

Je vous le disais la semaine passée, vous avez été très nombreux à vous manifester suite à la parution des dessins représentant l’avers et le revers de cette médaille ; je vais donc poursuivre la publication de la synthèse de toutes les indications que vous m’avez fait parvenir.

Madame Thirifays, d’Ochain qui me dit posséder une quarante de médailles identiques mais de facture plus récente rappelle en quelques mots qui était saint Benoît : «Il est né en Nurcie en 480 et il est le fondateur de l’ordre des bénédictins. Il se retira à Subiaco et fonda le monastère du Mont Cassin qui deviendra le berceau de tous les bénédictins. »

Madame Theate, de My, apporte également des précisions à ce sujet : « Saint benoît est né à Norcia (Ombrie) vers 480 et est mort au Mont Cassin le 21 mars 547. On le fête le 11 juillet. Paul VI l’a proclamé officiellement « patron de l’Europe » en 1964. La médaille, poursuit mon estimée correspondante, ne remonte pas jusqu’à lui. La première mention historique nous en est faite au XIe siècle seulement, à propos de la guérison miraculeuse de saint Brunon, plus tard moine et pape ; quant à première description précise, elle date de 1647 où une affaire de sorcellerie se heurta vivement à cette médaille. »

Monsieur Nicolas Meessen, d’Esneux, s’est penché sur l’histoire de cette médaille : « elle a été créée pour le Jubilé de saint Benoît en MDCCCLXXX (1880), 1400e anniversaire de la naissance, vers 480, de saint Benoît. La plus ancienne forme de cette médaille était ovale et un peu différente de celle qui nous a été présentée. Celle-ci vient du Mont Cassin, abbaye bénédictine. Mon correspondant précise en outre que c’est grâce à un manuscrit de 1415 découvert au couvent de Metten, en Bavière, qui a permis de comprendre la signification des lettres présentes sur cette médaille. » Pour illustrer son propos, M. Meessen vous propose de découvrir les clichés suivants :

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« La première est assez simple et ne porte sur la face que l’inscription  S. BENEDICTI et, au revers, ITALY et, en dessous, SMQLIVB. La deuxième ne porte pas l’inscription circulaire sur la face ni sur le verso ou du moins, on n’en voit que les extrémités, une lettre et demie à chaque quart. Au revers, on peut lire JHS au sommet, déformation courante de IHS et PAX au pied de la croix, ce qui montre bien que l’origine grecque des deux monogrammes de Jésus et Christ n’est plus respectée. Remarquez l’inversion colombe et coupe de poison brisée. La troisième ressemble davantage à celle d’Anne, de Comblain-au-Pont, mais avec le monogramme IHS au sommet de la croix. »

 

Monsieur Maurice Fanon, de Bomal, a lui aussi fait une recherche très minutieuse et très complète dont j’extrais ce qui est relatif à l’abbaye de Montécassino. « C’est et ce fut un conservatoire de piété, m’écrit-il, mais aussi d’art et de culture, un haut lieu mondial de civilisation. Aux XIe et XIIe siècles, l’abbayes fut un des plus brillants foyers spirituels de l’occident, un musée inégalé de l’art du moyen âge, mais il connut d’innombrables vicissitudes (destructions, reconstructions…) L’abbaye paya un tribut énorme en fin de guerre avec son anéantissement total.  En quelques mots, Maurice Fanon nous raconte ce qui s’y est passé : La guerre n’en finit plus, l’affaire commence… le mont est un verrou sur la route de Rome, pression des alliés et « neutralité » du couvent – trésors universels à épargner, évacuation partielle, système allemand de défense. Le 15 février 1944 (il y a tout juste 65 ans), 142 forteresses volantes apparaissent provoquant les ruines. Le 17 mai, c’est le retrait allemand ; le 18, le drapeau polonais est hissé sur les décombres et, le lendemain, une messe est dite dans les ruines ! Le général Clark déclarera à ce propos : «Je dis que le bombardement de l’abbaye fut une faute… non seulement une faute dans le domaine de la propagande, mais aussi une erreur tactique qui retarda la victoire et augmenta nos pertes. » En 1960, le Mont Cassin était reconstruit et reprenait son œuvre civilisatrice. La paix se rétablissait et ces lieux virent le rassemblement des anciens combattants des 16 nations, des deux camps, qui furent mêlées à la bataille. Montécassino devenait synonyme de réconciliation. Ainsi, notre époque tendait la main par-dessus les haines et les siècles à celle où saint Benoît fonda la célèbre abbaye. »

Madame Maria Hertaux, de Marcouray, précise que cette « médaille clouée derrière la porte d’entrée préserve de tous les dangers. Saint benoît est également vénéré dans l’abbaye de Maredsous. »

   Monsieur Georges Riollay, de Neupré, a consulté un ouvrage de spécialiste dû à la plume de Roger de Lafforest dont je retiens les éléments suivants : « De toutes les médailles connues, la plus puissante est celle de Saint-Benoît (…) Pour être active, cette médaille doit être bénite par un bénédiction ou un prêtre ayant reçu délégation et pouvoir d’un père abbé de l’ordre de Saint-Benoît. Les initiés prétendent que plus elle est grande plus elle est efficace. A mon avis, son diamètre n’a pas tellement d’importance, car j’ai constaté, dans des dizaines de cas, qu’elle avait été capable sous son plus petit format de remplir son rôle de protecteur. Evidemment l’idéal est de choisir le métal de la médaille en tenant compte des analogies astrologiques : le solarien devra préférer l’or, le lunarien l’argent, le vénusien le cuivre, le martien le fer, le saturnien le plomb, etc… mais ce n’est qu’un raffinement. »

L’abondance des courriers reçus à ce propos me conduira à revenir, la semaine prochaine encore, sur ce passionnant sujet au sein duquel se mêlent intimement histoire, sacré et folklore.

 La Petite gazette du 28 février 2001

AU SUJET DE LA MEDAILLE DE SAINT BENOIT

Même si je suis habitué à recevoir de nombreux courriers chaque semaine, il n’est pas habituel d’en recevoir autant sur le même sujet. Loin d’être un reproche, c’est un bien agréable constat que je fais car vos envois contenaient de formidables documents et de précieux renseignements au sujet de cette médaille.

Monsieur Fernand Hotia, de Tinlot, m’a adressé le dessin qu’il fait de cette pièce découverte par son fils, Philippe, dans un bois. Cette pièce est bien conservée, elle est faite dans un alliage de bronze et de cuivre ; elle présente de nombreuses similitudes, notamment dans les inscriptions qu’elle porte, avec celle présentée par Anne, de Comblain.

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   Madame Theate, de My, apporte des informations intéressantes sur les symboles présents sur la médaille que nous étudions avec soin : « Aux côtés de saint Benoît, on peut voir un corbeau (et non pas une colombe comme on pourrait le supposer) et une coupe et un serpent. Ces deux représentations accompagnent généralement l’effigie de saint Benoît car elles illustrent deux passages connus de sa vie. Saint Benoît vécut trois ans, en ermite, dans une grotte près de Subiaco (Latium), mais un corbeau venait chaque jour le déranger en faisant un tel bruit qu’il était devenu impossible au saint de prier. La coupe illustre un autre épisode de la vie du saint ; celui-ci quitta sa grotte pendant un court intermède afin de diriger le monastère de Vicovro, dont les moines l’avaient supplié d’être leur abbé. Ils le trouvèrent bientôt trop sévère et versèrent du poison (probablement du venin de serpent) dans son vin. Avant de boire, saint Benoît fit le signe de croix au dessus du verre qui se brisa aussitôt et le saint fondateur put ainsi regagner sa retraite en bonne santé. »

Mme Joris, de Samrée, signale que « saint Benoît est invoqué contre les maléfices du démon, contre les incendies et pour que les voleurs soient écartés. » Elle explique ensuite les symboles présents sur cette médaille : « Saint Benoît instruit ses disciples, tenant un livre dans sa main. L’oiseau répond au nom de merula (merle), oiseau de Satan. Ainsi saint Benoît fit le signe de croix, car il était possédé du démon. La coupe : son gouverneur était très austère et pour se débarrasser du maître, ils empoisonnèrent son vin. Avant de le boire saint benoît bénit la coupe qui se brisa. Le serpent : saint benoît se roula sur un buisson hérissé d’épines ; le buisson se changea en rosier et les roses portent des petits serpents comme des gouttes de sang. Tout ceci se rapporte au maléfice du démon.

Monsieur le Rd Huart, de Govet signale que cette médaille était, autrefois, un signe distinctif donné aux oblats et religieux.

Un correspondant anonyme précise qu’il existe dans le Limbourg, à Herstappe, un pèlerinage organisé annuellement en l’honneur de saint Benoît, que l’on invoque pour guérir du zona.

Monsieur Jules Trussart, de Champion, a, lui aussi ouvert sa documentation pour compléter notre information au sujet de cette médaille. Il a extrait cette prière d’un ouvrage de l’abbé Julio, Prières merveilleuses pour la guérison de toutes les maladies physiques et morales, (reproduction de l’édition de 1896) La diffusion scientifique, Paris, s.d.

« O Croix du saint Père Benoît, O Croix sainte, sois ma lumière, Que le dragon ne soit mon chef : Retire-toi bien loin, Satan ! Jamais ne me conseille aucune vanité : le breuvage que tu nous verses, c’est le Mal ; Bois toi-même tous tes poisons. Vive jésus ! »  Mon correspondant a joint à son envoi ce petit document attestant de l’inscription, en 1943, d’une demoiselle en qualité de membre de l’Association Saint-Benoît, de l’Abbaye de la Cambre à bruxelles.

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   Monsieur Georges Japsenne, de Chênée, nous apporte également des informations originales sur cette médaille : « Cette médaille n’est pas un talisman ou un grigri tout comme la médaille miraculeuse proposée par la très Sainte vierge Marie, en 1830, à la rue du bac à Paris, à Catherine Labouré. Ces médailles doivent être bénites par un prêtre et portée avec foi ou mises dans la maison pour la protéger. C’est courant de la porter au cou avec une petite chaîne. Il y a encore plusieurs abbayes bénédictines en Belgique : Maredsous et, plus près de chez nous, entre Stavelot et Malmédy, à Wavreumont. Signalons également Clervaux, au Grand Duché de Luxembourg. »

Monsieur Clément Seffer, de Waimes, apporte quelques précisions quant à l’origine de cette médaille : « L’origine de cette médaille est assez mystérieuse : on a découvert un manuscrit du XIVe siècle orné d’une gravure montrant une femme qui représente la figure du monde pécheur, elle offre à un moine une coupe empoisonnée, celui-ci symbolise la religion, il brandit une croix pour se défendre contre la tentation, et, en guise d’explication, nous retrouvons les textes repris sur la médaille. La première médaille telle que représentée aurait été frappée en 1647. »

Je tiens également à remercier toutes celles et tous ceux qui ont répondu à l’appel lancé par Anne, de Comblain, et notamment M. Léon Thomas, de Bouillon, M. Gilles Van Den Branden, de Xhignesse, M. Franz G. Carlier, d’Andoumont, M. ou Mme N. Dupont, de Sprimont .

UN ELEVAGE DE RENARDS ARGENTES A SEVISCOURT-LIBRAMONT

La Petite Gazette du 2 mars 2005

L’ÉLEVAGE   BELGE DE RENARDS ARGENTÉS

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, m’a envoyé cet étonnant document daté d’octobre 1928 au sujet d’un étonnant « ranch d’élevage » ardennais. En avez-vous déjà entendu parler ? Savez-vous quelque chose au sujet de cette entreprise ? En possédez-vous des photographies ? Bref, comme d’habitude, tout ce que vous savez est susceptible de nous intéresser ; répondrez-vous à cet appel ? Merci de contribuer à alimenter agréablement votre Petite Gazette.

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Fondée le 9 octobre 1925, cette société, ayant acquis, dès sa constitution, 11 paires de renards argentés du réputé élevage de B. Graham Rogers, île du Prince-Edouard, Canada, tous sujets issus de parents primés ou primés eux-mêmes, a pris un développement considérable. Son ranch d’exploitation, situé à 515 mètres d’altitude, com­porte un plateau de 6 hectares au centre d’un domaine privé de 2 000 hectares, dans les Hautes Ardennes belges, à Séviscourt, près de Libramont, ligne de chemin de fer Bruxelles-Luxembourg.

Après avoir conservé en vie successivement pour ses trois premières années d’exploitation : 17 jeunes en 1926, 41 jeunes en 1927 et 65 jeunes en 1928, la Société, après ses ventes de  l’année, tant en paires de renards vivants qu’en fourrures, et ses achats annuels de quelques nouvelles paires au Canada, possède à ce jour — août 1928 — un cheptel de 157 renards argentés de toutes premières ori­gines et de toute première qualité.

Par sa situation isolée, ses installations perfectionnées, ses grands enclos de semi-liberté estivale, ses cages pour les accouplements et l’élevage des jeunes, ses soins méticu­leux, son personnel d’élite et enfin son cheptel de pre­mière origine, l’« Elevage Belge de Renards Argentés » peut être considéré comme un des premiers élevages mo­dèles mondiaux.

L’« Élevage Belge de Renards Argentés» vend des paires de renards adultes et des paires de renardeaux de toute première qualité à des prix défiant toute concurrence. Pour l’acheteur européen, ces bêtes acclimatées constituent, par suite du change déprécié belge, en outre, de réelles occasions à tous points de vue.

A des conditions avantageuses pour l’acheteur, s’il le désire, 1’ « Elevage Belge de Renards Argentés» conserve en pension des paires achetées et les élève, elles et leur progéniture.

Pour tous Renseignements, permis de visite d’Août à fin Novembre, etc. , s’adresser à

Monsieur Fontaine-Bour,  administrateur-délégué,  au  Parc  de Séviscourt, par Libramont (Belgique) »

La Petite Gazette du 23 mars 2005

L’ÉLEVAGE   BELGE DE RENARDS ARGENTÉS

   Un lecteur de Welkenraedt vous a présenté un document daté d’octobre 1928 au sujet d’un étonnant « ranch d’élevage » ardennais. Je vous demandais si vous pouviez me parler de ces renards argentés élevés jadis en notre Ardenne et, quasiment comme toujours quand je vous questionne, vous m’avez répondu.

Mme Joëlle Gillet, de Jeneffe-en-Condroz, m’a transmis une passionnante documentation que possédait sa grand-mère, Mme Léona Martin-Ninin qui habitait à Séviscourt. Ma correspondante précise que ces renseignements sont extraits d’un ouvrage édité en 1985 et intitulé « Si Freux m’était conté ».

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L’ouvrage mentionné renseigne sur cette étonnant élevage en se basant sur les souvenirs de Mme Hélène Zune qui y travailla avec son époux.

« Fondé le 9 octobre 1925 par une société anversoise et repris en 1934 par le baron Jacques de Pierlant, cet élevage se situait sur la propriété du baron de Pierlant à proximité de la ferme de Chevrihet.

Sur une superficie de 6 Ha, un parc avait été délimite et bordé de cages (12m. sur 6m.) réalisées tout exprès par Jacquemin de Nivelles. Un treillis enterré à 50 cm. de profondeur entourait ce parc. Deux observatoires de 18m. de haut servaient à la surveillance du rut, des accouplements et de la mise bas. De plus, des lampes tout autour du parc permettaient de repérer les rôdeurs éventuels.

L’élevage portait le nom d’ EIBEREAR (él/evage be/lre du re/nard ar/genté)

Les renards (11 couples au départ) importés de l’île du Prince Edouard au Nord du Canada, se multiplièrent bien vite pour arriver aux chiffres impressionnants de deux cents têtes. Aussi, pour diriger tout ce petit monde, un personnel qualifié (Hélène Zune et son mari Hector Pelix) se trouvait 24 H. sur 24 sur place. »

Monsieur Anicet Fraselle évoque, à son tour, cette exploitation originale. Lui aussi signale les informations contenues dans l’ouvrage consacré à l’histoire de Freux.

« Etant né à Freux (sans jeu de mots, tient à préciser mon correspondant) et y ayant passé toute mon adolescence, je connais particulièrement bien la région (…)

Les animaux étaient très fragiles. Ils exigeaient une bonne hygiène et une bonne nourriture : pas de puces, pas de poux de peur qu’ils se grattent et abîment leur fourrure. Ainsi ils étaient lavés soigneusement et régulièrement et leur cage devait être d’une propreté impeccable. Ils mangeaient un mélange de gruau d’avoine, de riz, de foin et de cœur…

Les renards adultes étaient tués en décembre, au moment où leur fourrure est au maximum de beauté et de solidité. Les peaux étaient envoyées à Bruxelles où elles étaient tannées selon une méthode particulière. Chaque peau valait entre 17.000 et 25.000 francs. Le couple d’éleveurs gagnait 2.500 francs par mois, un salaire très élevé, surtout si on y ajoute les avantages en nature : l’eau qui venait d’un étang voisin, l’électricité et le chauffage, sans compter les pourboires des visiteurs.. .11 est intéressant de noter qu’un journalier de l’époque gagnait de 150 à 250 francs.

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Document extrait de « Si Freux m’était conté » De gauche à droite Maurice Lurkin (ouvrier), Hector Félix et Hélène Zune. A remarque les peaux de renards suspendues derrière eux.

   En 1940, une vingtaine de renards furent relâchés dans la nature où ils ne survécurent pas. Bien sûr, il fallait les nourrir et en temps de guerre, ce n’est pas facile. De plus, il semble que ces animaux non adaptés à nos climats tempérés étaient très sensibles aux maladies et que l’élevage ait périclité petit à petit. »

 

LA GREVE DE L’HIVER 1960-1961

La Petite Gazette du 23 février 2011

C’ETAIT IL Y A CINQUANTE ANS … LA GREVE DE L’HIVER 1960-1961

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, s’il n’y est pas pris garde à temps, il ne sera plus possible de récolter les souvenirs de celles et de ceux qui furent témoins ou acteurs de ce grand mouvement social dont les répercussions sont toujours bel et bien d’actualité.

J’ai le projet, avec le P.A.C. Aywaille, de présenter, durant le printemps prochain, une exposition destinée à montrer et à expliquer cette grande grève et ses conséquences. Le tout semble bien connu car se développant dans une Belgique à l’infrastructure vieillie, même si l’Expo 58 et l’Atomium se voulaient des symboles de modernisation élevés pourtant à la veille d’une importante récession qui, en 58-59, verra une hausse rapide du chômage dans les secteurs du charbon, véritable étincelle qui mit le feu aux poudres. En plus, 1960 sera l’année durant laquelle la Belgique perd le Congo et, avec lui, bien des rêves… Pour tenter de sortir de la crise, le gouvernement propose la loi unique qui devait permettre de rassembler les fonds nécessaires à la modernisation du pays dans le cadre des lois d’expansion économique. Elle aura surtout pour effet d’unifier la protestation ouvrière. La grève commença le 20 décembre 60 et dura cinq semaines. Son expansion fut très rapide au cours des deux premières semaines.

Si je vous rappelle cela, c’est dans le seul souhait de pouvoir compter sur vous pour rassembler des souvenirs et des renseignements sur la façon dont cette grève a été vécue, au quotidien,  dans nos régions.  Quelle était la situation dans les carrières, dans la construction, dans les transports, dans les écoles ? Quelles ont été ses conséquences dans l’approvisionnement des petits magasins de nos villages ?

En effet, si nous possédons de multiples témoignages sur le quotidien de la grève dans les bassins industriels, les témoignages sont rares pour le milieu rural. Vous qui avez des souvenirs de cet hiver si particulier, aurez-vous l’amabilité de les confier à La Petite Gazette ? Avez-vous des photos, ou d’autres documents, illustrant cette longue période d’agitation sociale dont les conséquences se firent évidemment ressentir dans nos campagnes également ?

Certain de pouvoir compter, sur ce sujet également, sur votre précieuse collaboration, je me réjouis déjà de prendre connaissance de tous ces souvenirs que vous voudrez bien me confier et vous en remercie.

La Petite Gazette du 9 mars 2011

DURANT LA GREVE DE 60 : UN SABOTAGE A REMOUCHAMPS !

Monsieur Alain Charlier, de Remouchamps, a réagi promptement à l’appel que je vous lançais à propos de vos souvenirs locaux de l’époque de la grande grève de 1960 et je lui en suis très reconnaissant. Voici ce qu’il me raconte :

« Concernant les grèves de 1960, malgré mon très jeune âge à l’époque (je suis né en 1955), je me souviens d’un « double attentat » qui eu lieu en pleine campagne. Il s’agit du dynamitage de poteaux électriques ; d’une part, un  » haute tension » métallique à proximité du  » promontoire » à Remouchamps et, d’autre part, un poteau en béton sis Thier de Nonceveux à Remouchamps. Celui-ci resta suspendu sur ses quatre fers à béton et fut réparé plus tard grâce à un coffrage.

Je n’ai hélas pas de documents photos pour illustrer ces évènements, conclut mon correspondant. »

Je vous rappelle que je suis en train de rassembler des informations, des souvenirs et des documents sur cette grande grève de 1960 et, plus particulièrement, sur la façon dont elle a été vécue en dehors des villes. J’aimerais, dans le cadre de ce projet, que vous m’aidiez à rassembler des documents, des souvenirs, des photos peut-être permettant de comprendre comment cette grève fut vécue hors des centres industriels urbains. Comment l’a-t-on vécue, ressentie ou subie dans nos campagnes ? Dans les carrières de l’Ourthe-Amblève ou du Condroz ? Au quotidien, comment a-t-elle affecté les transports, le ravitaillement de nos petits magasins de nos villages ? Tout ce que vous pourrez nous apprendre sur ces aspects méconnus de la plus grande grève de l’histoire de notre pays nous intéresse et devrait permettre de donner un éclairage original à cette période, peut-être la plus troublée de notre histoire sociale, et dont les conséquences font toujours l’actualité aujourd’hui.

Monsieur Hubert Goffinet, de Kin-Aywaille, m’a transmis une farde dans laquelle il avait soigneusement conservé et collé de nombreuses coupures e presse de cette grande grève à laquelle il participa. Il travaillait alors comme mécanicien dans un garage bien connu du quai des Grosses Battes à Liège, emploi qu’il ne retrouva d’ailleurs pas au lendemain de la grève ! Parmi les documents consultés, je relève qu’une manifestation des travailleurs de la pierre a eu lieu à Aywaille (sans doute à la fin du mois de décembre 1960), un articulet (sans doute extrait de Le Monde du travail) en parle en ces termes :

« A Aywaille, vers 10h., Robert Gilon a harangué plusieurs centaines de grévistes de la localité et de Comblain-au-Pont. Tous de rudes gars travailleurs de la pierre, entraînés à de telles manifestations de rue, puisque naguère encore en grève pour leurs conditions de travail.

Gilon a fait le procès de la loi unique et encouragé les commerçants dans leur solidarité envers les grévistes. La fin de l’exposé fut interrompue par l’arrivée de l’autobus de la ligne d’Athus. Celui-ci avait de particulier qu’il était flanqué de jeeps de la gendarmerie ! Les participants se rendirent alors en cortège à Remouchamps où une autre surprise les attendait ; en effet, le bourgmestre ceint de son écharpe, dans une attitude matamoresque, rappelant fort celle d’un chasseur de casquettes rendu célèbre par Alphonse Daudet, attendait les grévistes d’un pied ferme.

Ne s’était-il pas mis en tête d’empêcher le passage des grévistes ?

Il était prudent…Il s’était fait accompagner de gendarmes !

Les grévistes furent pris d’un rire homérique mais, ayant retrouvé leur sérieux, en rangs par quatre franchirent aux accents de « l’Internationale » la ligne frontière et se joignant à leurs camarades de l’endroit qui les attendaient, ils purent se grouper à hauteur du pont où l’autoradio diffusa un discours de Renard, sans autre incident. »

Avez-vous des souvenirs de cette manifestation ? Y participiez-vous ? En existe-t-il des photographies ? Me confierez-vous tout ce que vous savez sur ce sujet ? Merci beaucoup pour votre intérêt à ce sujet également.

La Petite Gazette du 16 mars 2011

LA GREVE DE 60 – LA PETITE GAZETTE  A BESOIN DE VOUS…

J’aimerais que vous m’aidiez à rassembler des documents, des souvenirs, des photos peut-être permettant de comprendre comment cette grève fut vécue hors des centres industriels urbains. Comment l’a-t-on vécue, ressentie ou subie dans nos campagnes ? Dans les carrières de l’Ourthe-Amblève ou du Condroz ? Au quotidien, comment a-t-elle affecté les transports, le ravitaillement de nos petits magasins de nos villages ? Tout ce que vous pourrez nous apprendre sur ces aspects méconnus de la plus grande grève de l’histoire de notre pays nous intéresse et devrait permettre de donner un éclairage original à cette période, peut-être la plus troublée de notre histoire sociale, et dont les conséquences font toujours l’actualité aujourd’hui.

Monsieur Yves Dechamps, de Sprimont, se souvient :

« Le 1er août 1960, j’étais, comme le dit l’expression, appelé sous les drapeaux. Trois mois d’instruction à Bourg-Léopold avant d’être incorporé au 1er Lancier à Düren.

A cette époque, les miliciens obtenaient leur première permission après deux mois. Nous allions donc pouvoir passer les fêtes de Noël au pays.

Mais…un ordre nous consigna, avec la promesse cependant de bénéficier de la semaine de congé pour le Nouvel-An. Chacun prit donc son mal en patience !

Mais…encore un mais, on vint nous annoncer que nous allions devoir rejoindre la Belgique, non pas avec le TPJ mais en camions GMC, afin de monter la garde dans des endroits dits stratégiques (terme employé par les autorités militaires !).

Et c’est ainsi que l’escadron débarqua à Charleroi avec pour objectif de surveiller les lignes de chemin de fer qui risquaient, selon certains, d’être sabotées. Outre cette mission, nous fûmes aussi emmenés à la centrale électrique de Gouy-les-Piétons. J’ai encore frais à la mémoire le souvenir de personnes qui, le dimanche matin, venaient à la grille fermant l’enceinte, nous apporter quelques gâteries.

Mais de cette agressivité dont certains nous rabâchaient, jamais nous ne l’avons ressentie. Au contraire, nous avons perçu tout au long de ces jours, un courant de sympathie de la part de la population. Nous obtînmes enfin notre congé à…la mi-mars.

Et lorsque je revins au sein de ma famille, j’appris par mon père qui travaillait à l’entreprise «  Les Conduites d’Eau » (site de Belle Ile) qu’il avait pris une part active à cette grande grève de l’hiver 60-61. Comme quoi, il est des circonstances ! »

Dans les documents confiés par Monsieur Hubert Goffinet, de Kin, je découvre, bien à propos, un articulet découpé dans Le Monde du Travail et qui se fait l’écho des propos de M. Yves Dechamps :

« Fraternisation « quelque part » à Liège

Nos p’tits soldats ne sont peut-être pas tout à fait conscients du rôle que le gouvernement et leurs chefs leur font jouer. Ce dont cependant ils se rendent parfaitement compte, c’est que M. Eyskens les nourrit moins que bien ; En effet, la soupe, les tartines voire les cigarettes que les épouses des grévistes leur offrent en différents endroits sont acceptées avec empressement. Geste touchant que celui de ces femmes, dont le porte-monnaie se porte pourtant plus mal que la caisse du ministre de la Défense nationale, mais qui laissent simplement parler leur cœur de femme. Après tout, n’ont-elles pas un fils, un frère contraint de « veiller » dans un coin de wallonie ? »

Monsieur Maurice Lardin, Président de Fraternelle Royale de l’Armée secrète du CT9, me permet de puiser dans un remarquable article qu’il vient de rédiger pour une prochaine publication dans le périodique de la fraternelle et je l’en remercie chaleureusement :

« Le 24 décembre, le journal « La Wallonie » était, fait exceptionnel dans l’histoire de la presse de l’après-guerre, saisi pour avoir diffusé un appel aux soldats les appelant à se croiser les bras et à fraterniser avec les grévistes plutôt que de les contrer comme l’avait demandé le gouvernement : « Vous êtes mobilisés pour défendre le pays et non pour l’étrangler. Ne craignez rien, tout le mouvement socialiste est là pour vous défendre. Soldats, ne soyez pas traîtres à votre classe. Nous comptons sur vous ! »

Le quotidien syndical liégeois réagit le surlendemain en annonçant qu’il ne paraîtrait plus désormais que sur quatre pages, exclusivement consacrées à la grève Selon Jean-Louis Debatty, André Renard, le vrai « patron » du journal voulait de la sorte permettre à un maximum de travailleurs du quotidien de participer eux-mêmes à la grève. Mais ce « service minimum » pouvait aussi être dicté par la perspective d’un très long conflit. Comme le souligne toujours Debatty « d’informateur et mobilisateur, le journal devenait militant. Du relais des événements, il en devenait acteur ». »

La Petite Gazette du 23 mars 2011

IL Y A CINQUANTE ANS LA GRANDE GREVE DE L’HIVER 60-61

Monsieur Camille Gaspard, de Hotton, se souvient :

« Je voudrais apporter un petit témoignage concernant ces événements, que j’ai connus de près, mais de façon un peu particulière.

Chaque année, j’allais, avec d’autres jeunes des deux familles, en vacances chez ma marraine et son mari, qui n’avaient pas d’enfants, et qui habitaient à…Seraing. C’est presque le monde à l’envers, vu que j’habitais à la campagne, plus précisément à Chêne-al’Pierre, actuellement commune de Manhay.

En décembre 1960, alors que j’avais 14 ans, je me suis trouvé comme d’habitude à Seraing. Pour ceux qui connaissent la région – si nous vivons depuis peu à Hotton, nous avons vécu de nombreuses année à Jemeppe s/Meuse, commune de Seraing  – je signale que ma marraine habitait alors à Seraing, dans le fond de la rue de l’Hôpital. De l’arrière de l’appartement, on voyait le passage à niveau  » des Béguines ». Il est maintenant supprimé, mais les anciens de la région sauront de quoi je parle. Nous y avons vu un jour un meeting, suivi d’un cortège  montant la rue d’ l’Hôpital.

Nous sommes aussi allés avec ma marraine à la messe de minuit à l’église du Pont de Seraing, église que nous avons d’ailleurs fréquentée souvent lorsque nous habitions à Jemeppe. Je ne me souviens évidemment pas de l’homélie du célébrant, mais j’ai appris par la suite qu’il avait été « crossé » parce qu’il avait plus ou moins pris le parti des grévistes.

Je me souviens aussi d’avoir vu des militaires qui patrouillaient.

Pour la nourriture, nous allions au Grand Bazar de la rue Molinay, qui n’existe plus depuis la faillite du Grand Bazar de la Place St-Lambert. Là, des cordes obligeaient les clients à n’aller que vers les rayons d’alimentation.

Pour rejoindre le témoignage de M. Hubert Goffinet, je signale que lorsque mon oncle nous a reconduits à Chêne-al’Pierre, nous avons rencontré à Chênée, Quai de Ardennes si mes souvenirs sont bons, le bus de la ligne bien connue Liège-Athus, effectivement escorté par la gendarmerie. Mais je pense, sans en être sûr, qu’il n’allait pas plus loin. »

Monsieur Joseph Lardot, de Heyd,  a également des souvenirs précis de cette période :

« Je suis né à Bomal en 1929 et y ai résidé pendant 55 ans en tenant un commerce en aliments pour bétail, grains et charbon, après avoir décroché un diplôme de gradué en sciences commerciales en 1950.

Après deux années de sursis, j’ai effectué mon service militaire dès février 1951, à une mauvaise période car le gouvernement a alors décidé de porter la durée de service de 12 à 24 mois ! Heureusement, nous avons bénéficié d’un petit rabiot de 3 mois.

Je garde un souvenir désagréable de la Noël 1960. En effet, à 6 heures du matin, le Bourgmestre, M. Petitpas se présente à mon habitation et me prévient que je dois me rendre à la gendarmerie de Marche en tant que « gendarme supplétif ». Me voilà donc dans l’obligation d’abandonner ma famille, nous avions alors trois enfants, et mon commerce.

A cette période, Bomal compte environ 1500 habitants et je suis malheureusement le seul de la population à remplir ce devoir ! Ces « vacances » forcées ont duré cinq semaines et comme occupations quelques tournées, un peu de bureau… pas grand-chose !

Il restait dans la brigade cinq gendarmes assermentés, les autres étant réquisitionnés aux endroits chauds. Le train-train auquel j’étais soumis fut néanmoins marqué par un événement tragique. En réglant la circulation à Marloie, accompagné du garde-champêtre de la commune, une voiture roulant vite a accroché mon accompagnateur qui a été tué sur le coup. Il y avait donc de quoi être profondément marqué !

Il me semble également utile de préciser que pour ce service rendu, j’ai été « largement » rémunéré avec une somme de 10.000 francs… La Belgique sera toujours la Belgique ! »

Un grand merci à mes deux correspondants qui nous ont éclairé sur deux aspects du quotidien de cette période si troublée.

La Petite Gazette du 30 mars 2011

DURANT LA GREVE DE 60

Monsieur Max-Léon Jadoul a mené une importante enquête auprès de ses amis et connaissances pour rassembler leurs souvenirs de cette grande grève. Il a la gentillesse de nous communiquer les résultats de ses démarches :

« Dans mon petit village de Scry, les carrières étaient fermées bien avant cette grève et les carriers décédés. Il y avait des ouvriers métallurgistes du bassin liégeois et c’est à eux que je me suis adressé. En général, me confie M. Jadoul, la population ne participait guère. Son information venait de la radio et, pour quelques-uns, des journaux, mais, dans le village, beaucoup considéraient ces problèmes comme vraiment éloignés de leurs préoccupations. Ils n’avaient même aucune idée de ce qui pourrait améliorer leur mode de vie. On entendait « Cela ne va pas si mal que cela… ce que dit la radio est sans doute exagéré ! »

Monsieur Guy Badoux était jeune marié et travaillait comme électricien à Ougrée-Marihaye. Il prenait l’autobus aux Quatre-Bras puis les trams. Il était syndiqué et est parti en grève dès les premiers jours, il n’a donc pas travaillé pendant plus d’un mois. Ses parents ont dû l’aider financièrement. Il est resté chez lui et est allé faire du bois de chauffage dans les bois. Ses parents tenaient une épicerie qui aurait été peu touchée par la grève. Les autobus fonctionnaient de façon irrégulière mais ils roulaient, mais il n’y avait plus de trams allant vers le Val-Saint-Lambert. On parlait des manifestations mais pas des problèmes politiques qui les avaient générées ! »

Je vous rappelle que je suis à la recherche de témoignages sur le vécu de cette longue période de grève dans nos campagnes. Vos témoignages et documents devraient également m’être précieux pour donner un ancrage vraiment local à la conférence que je donnerai sur ce sujet. Aussi, vais-je encore me permettre d’insister auprès de vous pour que vous me communiquiez sur cette période, hiver 60 – 61, dans nos régions. D’avance un immense merci.

La Petite Gazette du 6 avril 2011

IL Y A CINQUANTE ANS LA GRANDE GREVE DE L’HIVER 60-61

Monsieur Pierre Petitjean, de Grand-Sart, Lierneux, a lui aussi eu la gentillesse de nous confier ses souvenirs de ces événements. Son récit nous donne bien l’état d’esprit et l’ambiance qui régnait alors en ville…

« Evoquer mes années 60-61, jeune homme à ce moment-là, j’avais 16 ans, écrit mon correspondant, et j’étais commis de cuisine à l’hôtel de la Couronne (propriété de la famille Piedboeuf) au grand moment de la révolte des ouvriers métallos du bassin liégeois, au moment où ils canardaient la gare des Guillemins à l’aide de gros boulons d’acier.

On nous avait bien recommandé de ne pas sortir, mais la curiosité est affaire de jeunesse et je devais aller au centre-ville (Liège) donc, sortant par l’entrée de service qui donnait dans la rue Sohet, je suis descendu par la rue de Serbie pour prendre le tram jaune au bout de la rue des Guillemins. En passant le parc d’Avroy, je pus voir un nombre conséquent de chevaux et de gendarmes armés et, comme j’arrivais à la place du théâtre, un homme s’adressant aux passants en anglais (que je baragouinais) demandait comment se rendre aux Guillemins, je lui fis comprendre que j’en venais et il me demanda des détails sur ce qu’il s’y passait, puis il me demanda si je pouvais l’y conduire, car c’était un journaliste américain et, me dit-il alors, grâce à sa carte de presse on pourrait passer partout.

Flatté de l’intérêt qu’il me portait, nous reprîmes le tram remontant sur la gare, mais nous dûmes descendre bien avant, car le trafic était bloqué, nous remontâmes assez rapidement la rue des Guillemins et, comme il l’avait dit, sa carte de presse nous a ouvert le chemin que les gendarmes bloquaient, je dois dire qu’ils étaient pour la plupart armés de mitraillette vigneron Nous sommes arrivés juste après la première charge de la gendarmerie à cheval, il y eut un flottement dans les manifestations, ce qui nous a permis de pénétrer dans la gare où des bruits couraient que l’on avait déboulonné les rails…

C’était la cohue générale et le journaliste avait voulu voir de plus près, les soi-disant dégâts provoqués par le déboulonnage susmentionné. Apparemment c’était une rumeur, car nous ne vîmes rien d’abîmé ; mais, par contre, c’était rempli de gendarmes qui, cette fois, étaient moins complaisants (on parlait de Renard arrivant sur la batte)…

Si l’Américain put traverser les mailles et s’en aller, en me disant « Sorry and good luck« , moi, par contre, je fus arrêté manu-militari et placé sur un quai entouré de gendarmes, pour contrôle approfondi d’identité. J’ai dû justifier ma présence en ces lieux, ils sont même allés contrôler la fiche du personnel du restaurant de la Couronne pour voir si je ne mentais pas. Puis, je pus rejoindre ma brigade de cuisine en me faisant « engueuler » par les gendarmes et par mon chef qui m’avait bien dit de ne pas sortir !

C’est ainsi que j’ai pu voir, mais de la fenêtre du restaurant, la deuxième charge de la police montée sabre au clair, nous avons vu la grande fenêtre de la brasserie tomber en miettes et les manifestants enragés qui prenaient les chaises et les tables des terrasses pour attaquer la gendarmerie. Tout c’est terminé comme cela avait commencé, dans une cohue indescriptible avec la manifestation qui s’éloignait vers le centre, qui, si mes souvenirs sont bons, n’a pas été touché. Je peux vous dire aussi que mon contrôle d’identité m’a valu beaucoup de soucis, car j’ai été affiché comme activiste (comme quoi…) et il a fallu les relations de mon père avec la gendarmerie de Saint-Léonard pour qu’ils m’oublient. »

Monsieur Michel Hiffe, de Waha, a des souvenirs bien différents. Cependant, comme dans ceux que M. Petitjean vient de nous confier, nous y trouverons des éléments nous permettant de mieux comprendre l’état d’esprit général du moment, bien différent dans les campagnes… Monsieur Hiffe nous en explique la raison :

« En décembre 1960, j’étais interne à l’ISMA à Arlon et j’habitais à Melreux.

Le 15 décembre, toutes les classes s’étaient retrouvées à la salle des fêtes pour assister à la diffusion télévisée du mariage de sa Majesté le Roi Baudouin et de la Reine Fabiola. Nous, les étudiants, étions loin d’être au courant d’événements qui se préparaient à propos des grèves. Il faut rappeler qu’à l’époque, les nouvelles n’atteignaient pas les collèges et encore moins les internes. Nous n’écoutions pas la radio, ne regardions pas la télévision (encore fort rare) et les quotidiens ne faisaient pas partie de notre vécu en internat.

Quelques jours plus tard, ce fut le retour dans nos foyers pour les vacances de Noël. Le trajet avec d’autres étudiants de l’ISMA jusqu’à Marloie ne posa aucun problème.

Mais, à partir de cette gare, il ne nous fut pas possible de continuer en train. Mes parents ainsi que ceux des autres condisciples ne possédaient pas de voiture. Ce fut presque tout naturellement que nous fîmes le dernier tronçon du voyage dans le camion de remise à domicile du chemin de fer, le chauffeur effectuant sa tournée vers Hotton et Melreux.

Pour le retour à l’internat en janvier, les transports en commun avaient été rétablis complètement. »

La Petite Gazette du 20 avril 2011

LA GREVE DE 60

Monsieur Raymond Hebrant, de Poulseur, se souvient de cette grève :

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« Cette photo nous montre les manifestants brandissant un panneau portant le slogan « Déplumons le coucou de Malines ». Il s’agit de la réaction du monde ouvrier suite à la déclaration du cardinal Van Roey à la télévision. Cette allocution a été mal perçue du côté de la C.S.C. et encore plus mal du côté de la F.G.T.B.

Originaire de Marche-en-Famenne, j’ai fait mes humanités techniques à l’école des Aumôniers du Travail à Seraing. La Passerelle, bien connue du mouvement syndical, pendant la grève de 60 et jusqu’à sa destruction, a connu bien des rassemblements de travailleurs… Déjà syndiqué au moment de mes études et ayant été membre durant plusieurs années de la J.O.C., je connais très bien les difficultés du monde ouvrier. Je suis entré au travail au mois d’août 1958, à l’usine Ferblatil à Tilleur. Electricien d’entretien, je travaillais au régime « feu continu » (trois semaines de travail, une semaine de repos, dimanches et jours fériés compris). Je faisais le déplacement en car pour les pauses 6-14 et 14-22 et au train pour la pause de nuit. Pour me rendre à Marche, départ du car à 4 heures du matin, je me levais à 3h15.

En 1960, fin novembre déjà, certains arrêts de travail avaient lieu ; en cause le dépôt d’un projet de loi appelé « Loi unique ». Ce projet proposé par le premier ministre Eyskens prévoyait diverses mesures dont le rabotage de la sécurité sociale. Cette sécurité sociale à la belge, créée par le monde ouvrier à la sortie de la guerre 1940 – 1945, dérange bien le monde de la droite. Le gouvernement de l’époque était PSC-CVP-Libéral.

Début décembre, le mécontentement était palpable, les délégués syndicaux expliquaient les aboutissements de la Loi unique, mais, à cette époque, ne parlaient pas de grève ! Je me rappelle qu’au terme d’une assemblée certains ouvriers réclamant le départ en grève s’entendirent répondre par le délégué principal : « Je vous comprends, mais dans moins d’un mois, vous viendrez demander à reprendre le travail ! » Lors des réunions, certains ouvriers, les « durs » allaient faire arrêter le travail dans les entreprises voisines : Maréchal Ketin, Les ateliers de la Meuse, la lainière Good Night…

Dans la seconde moitié du mois de décembre, en arrivant à l’arrêt du Pont de Seraing, nous sentions que la situation était explosive. Les ouvriers limbourgeois, arrivés en grand nombre à cet arrêt, pensaient déjà au retour. A cette époque, il venait un car de la région de Marche et, pour le Limbourg, il y avait en moyenne huit à dix cars par jour, c’était alors le plein emploi à Cockerill. Avec le car de service, je suis allé jusqu’à l’arrêt de Ferblatil afin de prévenir mon brigadier. Les trains étaient incertains et mon bus quittait l’usine à 14h20, je demandai un congé pour cette journée. Cela n’a pas été nécessaire, les ouvriers des laminoirs avaient débrayé et faisaient arrêter les diverses lignes de production, la grève avait commencé.

De retour à Bourdon, j’ai suivi les événements à la radio et à la télévision. De jour en jour, la situation se dégradait. On parlait de sabotage même sur les locomotives ; l’attaque de la gare des Guillemins a marqué tous les esprits.

Les trains venant de Liège ne circulaient plus, seuls quelques trains venant de Jemelle allaient jusqu’à Melreux, puis faisaient demi-tour. C’était toujours le temps de la vapeur, la gare de Jemelle avait toujours un atelier et une remise à locomotives. Dans notre région, la grève n’était pas suivie comme dans les grands centres ; mais je me souviens d’un délégué qui, accompagné de quelques personnes, faisaient fermer les magasins ; seule était ouverte la Coop.

Etant syndiqué à Liège, la centrale de Marche ne pouvait pas me payer. D’autres ouvriers de la région étaient dans la même situation. Le permanent de la centrale C.S.C. de Marche organisa, avec d’autres personnes possédant une voiture, un déplacement à Liège. A l’arrivée à la place Delcour, non loin de la rue des Pitteurs, nous discutions d’une chose ou l’autre, en attendant notre rendez-vous. Deux véhicules e police sont arrivés… nous avions oublié que les rassemblements de plus de trois personnes étaient interdits en ville ! Les policiers ont été sympathiques, ils ont bien compris que nous n’étions pas là pour manifester, mais nous avons dû nous séparer.

Le mouvement de grève s’essoufflait, le samedi 21 janvier la fin de la grève était décrétée. Le soir, je recevais un télégramme pour me prévenir de la reprise de mon travail le dimanche soir (…) Le Loi unique bien que votée n’était pas appliquée, le gouvernement avait démissionné. Après de nouvelles élections, le gouvernement Lefèvre-Spaak appliqua une bonne partie de la Loi unique. La Grande grève était terminée et je n’ai jamais plus vu depuis lors une mobilisation de tous les travailleurs tant du Nord que du Sud. »

La Petite Gazette du 27 avril 2011

GREVE DE 60

Monsieur René Brialmont, de Barvaux, a très bien compris quel genre de souvenirs je souhaitais recevoir afin de pouvoir illustrer ce qu’était le quotidien dans nos campagnes en ces temps de grève. Il me fait parvenir ce souvenir anecdotique, toujours bien présent dans sa mémoire :

« J’étais à cette époque en classe de Poésie au Petit Séminaire de Bastogne. En vacances de Noël depuis le 22 ou 23 décembre, nous n’avons guère souffert à Barvaux, jeunes que nous étions, de ces mouvements sociaux pourtant très graves. Vint pourtant la fin des vacances, et plus aucun moyen de communication ferroviaire pour rentrer à Bastogne. J’avais eu vent que l’autobus Liège-Athus, pourtant, circulait encore tant bien que mal, et je résolus d’aller le prendre à Manhay, le dimanche 8 janvier en fin d’après-midi. Un brave voisin, M. Armand Meyers, de Barvaux, me conduisit à Manhay vers les 19 heures. Je le remerciai et le renvoyai à Barvaux…pour m’entendre dire par une personne de la localité, qu’il n’y avait plus aucun bus pour Bastogne en soirée…Et moi j’étais à la rue, avec mon loden et ma valise, et cent francs d’argent de poche pour les trois semaines à venir.

La chose ne me terrorisa pas, pourtant. Je trouvais même que l’aventure prenait la couleur « bourlingueur ». Plutôt que d’aller chercher gîte payant à l’auberge  » Le Relais », je m’enfonçai un peu dans le paysage, avisai une ferme, frappai à la porte éclairée de l’étable, et demandai au propriétaire un peu surpris s’il ne m’accorderait pas deux mètres carrés de foin gratuit sur le « bérôdî » , au-dessus des vaches,  pour la nuit… Avec les scouts de la 8e Famenne de Barvaux, cette pratique était courante, voire même encouragée par la hiérarchie dans le but d’apprendre à  » tirer son plan ».

Mais le brave fermier ne fut pas de cet avis. Après tout, avec mon béret noir et ma valise en carton, je n’étais pour lui qu’un rôdeur très comme un autre. Il me répondit sans brusquerie : « awè, mins mi dji n’lodje nolu« , et me conseilla tout de même d’être raisonnable, et de m’adresser au logeur de l’endroit, en l’occurrence le « Relais ». Ce que je fis, en bien m’en trouvai. J’y passai la soirée au billard avec… le chauffeur du dernier bus, qui y logeait aussi avant de repartir sur Liège le lendemain. Excellente nuit. Le cafetier dut même
tambouriner le lendemain à sept heures sur ma porte: « L’autobus est là, sais-tu ! » Trajet prudent sur la route gelée jusqu’à Bastogne, où j’arrivai à huit heures vingt, juste pour la première heure de cours. Il ne me restait pas grand chose de mes cent balles, évidemment, mais j’étais à bon port, et en ce temps-là, personne n’avait honte de  » briber » une cigarette aux copains. J’ai oublié le nom du fermier, du cafetier, et du chauffeur, mais ils sont toujours là, dans ma mémoire, comme des anges gardiens. »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

LA GREVE DE 60 

Monsieur André Delbouille, de Nonceveux, a, lui aussi, eu la gentillesse de coucher quelques souvenirs sur le papier :

« Caserné à Propsteirwald à quelques kilomètres d’Aix-la-Chapelle, je fus renvoyé dans mes foyers, au plein cœur de la grève de 60, afin d’aller travailler à la poste d’Aywaille, car j’étais facteur et j’habitais Nonceveux.

Dès le lendemain de ma rentrée au pays, je pris la direction d’Aywaille, à vélo.

Au pont de Sougné, Stop ! Quatre binamés camarades de la C.G.S.P. Liège me demandèrent où j’allais. Je leur raconte alors ma petite histoire et ils me conseillent vivement de rentrer chez moi ; ce que je fis avec plaisir. Je dus contacter M. Gallet, percepteur d’Aywaille, à qui je fis part de ma mésaventure. Il me conseilla de ne plus rien tenter pour rallier Aywaille. Quelque huit jours plus tard je regagnais mon casernement en Allemagne. Bien entendu, les courriers que j’envoyais étaient bloqués à la caserne.

Quelques jours plus tard, je fus à nouveau renvoyé en Belgique avec ma compagnie, la 260e Cie ordonnance, direction une ferme à Aubel.

Nous sommes restés là deux jours et deux nuits avant notre retour à la caserne.

Avant notre départ pour Aubel, le commandant de la compagnie, le Capitaine-Commandant Ocelet, avait réuni tous les gradés. Il nous dit qu’il ne serait pas de bon ton d’intervenir trop rudement contre les grévistes…

Je crois bien que la plupart d’entre nous n’avaient pas l’intention d’intervenir du tout ! »

Son témoignage répond particulièrement bien à un articulet extrait de « Le Monde du Travail de la fin décembre 1960 qui titrait alors :

« De nouvelles troupes ramenées d’Allemagne pour permettre à la gendarmerie de mieux s’ « occuper des grévistes »

Nous apprenons que de nouvelles troupes seront rappelées d’Allemagne pour garder les installations vitales du pays et permettre à la gendarmerie « de se consacrer davantage au maintien de l’ordre dans le pays ».

Jusqu’à présent, il n’a pas été possible d’obtenir la confirmation officielle de cette information, mais les effectifs ramenés seraient d’une certaine importance.

Les troupes seraient destinées à des missions à caractère statique, c’est-à-dire la protection des ouvrages d’art et de points vitaux, missions actuellement assurées par la gendarmerie. Celle-ci pourrait être ainsi rendue à ses tâches traditionnelles, en l’occurrence, à brutaliser, intimider, provoquer et injurier les grévistes. »

On le voit, la presse de gauche n’est pas tendre avec le bras armé du Gouvernement… cela dénote très bien de l’état d’esprit explosif que connaît alors le pays. En effet, dans les deux camps, les termes les plus forts sont utilisés : « terroristes, gestapistes… »

La Petite Gazette du 3 mai 2017

J’AVAIS 10 ANS EN 1960… UNE EXPO A DECOUVRIR BIENTÔT AU MUSEE DE WANNE ET DEUX CONFERENCIERS : L’Abbé J-P PIRE et René HENRY

Le Musée de Wanne – maison vivante du temps qui passe – vous propose, dès ce mois de mai, une exposition consacrée aux années ’60, période abordée avec les yeux d’un enfant de 10 ans d’où le titre choisi : Expo 10/60

Dans le cadre de cette manifestation, deux causeries sont d’ores et déjà programmées.

Le vendredi 2 juin, à 20h., l’Abbé Jean-Pierre Pire, Doyen de Liège et ancien professeur au collège St-Roch de ferrières, traitera d’un sujet passionnant : « Le Concile Vatican II : un avant et un après »

Ce concile, qui mobilisa les Evêques du monde entier entre 1962 et 1965, est remarquable par le nombre considérable et l’importance des propositions qui en sont ressorties et qui modifièrent, bouleversèrent même, l’Eglise catholique romaine.

 

Avant cela, le Musée me fait l’honneur de m’inviter une nouvelle fois, ce sera le jeudi 11 mai prochain à 20h., pour évoquer la « grève du siècle », celle qui paralysa la Wallonie durant l’hiver 1960-1961.

Pour vous, je reviendrai sur cet important mouvement social, la grève générale, développé contre le programme d’austérité, la fameuse Loi unique, du Gouvernement Eyskens. Je vous tracerai alors un aperçu de la façon dont cette grève a été vécue en dehors des centres industriels. Les ouvriers du bassin industriel liégeois originaires de l’Ourthe-Amblève, du Condroz ou de l’Ardenne, ont eux aussi vécu ou subi ces cinq semaines de grève. Pour leur venir en aide de nombreuses initiatives se sont développées, nous irons à la rencontre de certaines d’entre elles. Je vous inviterai à suivre les prémices de la grève, ses développements, ses errements et, bien entendu ses conséquences sur les mutations idéologiques et structurelles dont la nécessité se révéla alors.

Deux dates à bloquer d’ores et déjà dans votre agenda.

Ce sera une occasion agréable de nous rencontrer et d’évoquer ce sujet, vos nombreux témoignages en font foi, qui vous intéresse.

Au plaisir de vous y rencontrer.

SUR LES ROUTES DE L’EXODE EN MAI 1940

La Petite Gazette du 15 juin 2011

MON EXODE…

Madame Léa Dorys, de Clavier, est aujourd’hui octogénaire, mais elle a gardé un souvenir précis des événements qui, alors qu’elle n’était qu’une enfant, marquèrent à jamais sa mémoire. Elle a eu l’excellente idée de coucher ses souvenirs sur papier et, surtout, de les transmettre à La Petite Gazette. Alors que les témoins directs de cette époque disparaissent les uns après les autres, il est vraiment important de conserver précieusement ces témoignages émanant des petites gens qui subirent ces terribles années de guerre.

Nous suivrons donc Mme Léa Dorys durant ces premières semaines d’été au gré d’un voyage chaotique qui la mena bien loin de Clavier…

« Cette histoire que je vais vous raconter est un épisode de ma vie qui a changé mon entrée dans l’adolescence.

Avril 1939 ! Je prépare ma communion solennelle.

De bon matin, mes parents me conduisent à Liège afin d’y effectuer des achats en vue de cette fête. Dans le magasin où j’essaie une belle robe blanche de première communiante, la radio ou plutôt la T.S.F., la R.T.B.F. de l’époque, diffuse un discours hurlant d’Adolf Hitler, Führer du IIIe Reich. Mes parents et les vendeuses frémissent en entendant cette voix remplie de haine. Que prépara-t-il  pour l’Europe ? Rien de bon, quel noir présage…

L’été se passe comme à la campagne entre la fenaison et la moisson. Il y a les grandes vacances puis septembre 1939. Hitler envahit la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Autriche est déjà annexée. Branle-bas de combat dans les états alliés. Mobilisation, on rappelle les soldats.

Quel émoi dans les familles, les visages se crispent, les cœurs se serrent au départ des fils, des époux, des pères. On ne sait que penser. L’hiver approche, des cantonnements de soldats s’établissent dans les villages. On creuse des tranchées, on place des barrières antichars. Degrelle, un pro-allemand, fait des meetings, il essaie de faire croire à l’Ordre Nouveau de Hitler.

L’hiver 39 – 40 fut très dur. Il gelait à pierre fendre et ces pauvres soldats grelottaient.

Vint le printemps, avec ses jonquilles, ses agneaux, ses poussins qui naissaient dans une douceur de vivre inquiétante !

Voici le 10 mai 1940 ! et les semaines qui suivirent.

Vers 5 heures, un magnifique soleil éclairait la terre, quand, dans le ciel, des avions laissaient des traînées blanches. Anormales ces choses, nous n’avions jamais vu cela. Tout à coup, des bruits sourds nous parviennent. A la radio, les infos. Le speaker, d’une voie émue, nous annonce que la Belgique est envahie. Les Allemands ont déjà pris le fort d’Eben-Emael, la gare de Jemelle est bombardée. Les réfugiés des cantons de l’Est sont sur les routes.

Et nous, qu’allons-nous faire ? Partir ou ne pas partir ?

L’après-midi, un dernier train emmène les jeunes hommes vers quelle destination afin d’échapper à la mainmise teutonne. Des mères courent derrière le convoi, font des signes désespérés à ces jeunes garçons qui vont vers l’inconnu. Les reverront-elles un jour ?

La nuit du 10 au 11 mai, nous ne dormons pas car, sur la route, des garnisons de soldats en perdition cherchent vainement un chef qu’ils ne trouvent jamais.

Et le jour se leva sur le deuxième jour de guerre. Mon père prend une décision, lui qui, pendant la guerre de 1914, avait été poursuivi par les soldats allemands, les uhlans, déchaînés sur la population belge. Nous allons partir car la moitié du village est déjà sur les routes de l’exode. Ma mère, convalescente d’une pleurésie, était très songeuse. « Tiendrai-je le coup ?» me disait-elle… mais l’itinéraire de mon père était fait.

Il y avait dans sa famille une tante Maria, religieuse de son état au couvent de Pesches (Couvin). C’est là que nous irions et devinez avec quels moyens ? En bicyclette ! Mon Dieu, si loin… Nous réunissons le peu que nos vélos et nous-mêmes pouvions emporter. » A suivre.

La Petite Gazette du 22 juin 2011

MON EXODE…

La semaine dernière, nous avons fait connaissance avec Mme Léa Dorys, de Clavier, qui préparait sa communion solennelle à la veille de la drôle de guerre et de la mobilisation de 1939. La guerre a éclaté et son papa a décidé de fuir sur les routes. C’est au départ de cet exode que nous retrouvons aujourd’hui :

« Le samedi 11 mai, par un beau soleil printanier, nous prenons le chemin de l’évacuation. Mais Pesches c’est loin et le pont de Dinant est déjà bombardé. Il n’y a plus que le pont d’Yvoir. Dans un vacarme invraisemblable, des éclats d’obus tombent partout, les soldats, les civils sont mêlés dans une peur qui vous prend aux tripes.

Nous logeons chez un boulanger d’Anhée et, le lendemain, nous reprenons la route.

Alors, c’est l’horreur qui nous attend, des réfugiés, ils sortent de partout, à pied, à vélo, en camion, les fermiers avec leurs chariots, leur famille et une partie du cheptel.

Nous croisons l’armée française, uniforme bleu ciel, certains à cheval tirant de gros canons, la gourde de cognac à la ceinture.

C’est à ce moment que nous fîmes la connaissance des avions « stukas » allemands qui plongeaient sur nous, tuant et blessant soldats, civils et animaux. Ce n’était plus de la peur qui était en nous, c’était… la terreur et cela ne faisait que commencer. Les blessés hurlaient, les morts gisaient et les bêtes tuées gonflaient alors que les soldats français montaient au front. Quel front, la 5e colonne fouinait dans les files de soldats et de réfugiés. Il y avait des prêtres,, des moines, des religieuses, étaient-ce des vrais ? Dans quelle tragédie de l’histoire étions-nous devenus les acteurs ?

Nous arrivons à Philippeville sous les bombardements. On nous pousse dans les caves, abandonnant nos chers vélos. Heureusement, après l’alerte, nous les retrouvons. Et puis, c’est Mariembourg, Couvin où nous voyons défiler cette armada d’hommes, de femmes, d’enfants, de bestiaux cherchant un refuge bien précaire.

En fin de journée, nous arrivâmes au couvent de Pesches. Les braves sœurs nous accueillent avec un calme et une gentillesse qui nous réchauffent le cœur. Elles nous donnent le gîte et nous essayions de dormir quand une sirène hurlante nous jette dans les caves. Les religieuses nous invitent à prier en implorant toutes les bénédictions du Ciel. Des enfants pleurent, des malades gémissent, des vieillards se traînent, des hommes jurent. Ce fut ainsi le restant de la nuit.

A l’aube, nous avons droit à un petit déjeuner et puis l’ordre de l’armée française arrive : le couvent est réquisitionné car les Allemands avancent. Ils vont franchir la Meuse et les ponts détruits ne les tracassent pas, ils fabriquent des ponts artificiels. Drôle de guerre, les Français à cheval comme au temps de Napoléon, de l’autre côté, les Allemands super équipés et motorisés… Que faut-il en penser sinon sauver notre peau ?

Nous reprenons notre route. Les herbes des accotements sont encore blanches de gelée car nous sommes en mai, ce sont les saints de glace. Dans une côte, maman, au bord de l’épuisement, ahane sur son vélo. Un soldat français la voit, il prend sa gourde et lui dit : « Buvez un coup de gnôle, ça vous remettra d’aplomb ! » En effet, maman, en avalant une lampée, fut tout estourbie. « Ça me réchauffe et me descend dans les jambes ! » En avant, nous reprenons notre courage à deux mains et nous repartons.

La nuit arrive, nous nous dirigeons vers le monastère de Scourmont où les moines, bien que trappistes, nous alimentent et nous nous reposons dans les annexes. Alors là, la détresse humaine est à son comble. Une personne malade décède, une jeune femme accouche sur un lit de paille, une autre, un bébé de cinq mois dans les bras, a perdu sa famille. On fait une collecte pour lui procurer des langes, des vêtements, de la nourriture. Faut-il que ce soit la guerre pour qu’on s’aime ? Le jour se leva dans une belle pagaille. Nous enfourchons nos bécanes et en route pour une nouvelle page de l’exode.

Il y en avait qui montaient au front en chantant « Venise provençale », les pauvres, ils ne savaient pas ce qui les attendait ; nous, nous descendions. » A suivre…

La Petite Gazette du 29 juin 2011

MON EXODE…

Poursuivons la découverte du récit de Madame Léa Dorys, de Clavier, qui nous raconte, simplement, mais avec justesse et sincérité, le terrible exode qu’elle entreprit, avec ses parents, pour fuir les envahisseurs allemands de 1940. Nous retrouvons la petite famille à la frontière française :

« Vint la frontière française, mais plus de douaniers, plus de contrôle. La douce France nous offrait ses paysages bucoliques sous un beau soleil et sous les mitraillages répétés des avions allemands. Bientôt, l’armée française se retire sous la pression des terribles Germains. Nous battons en retraite avec les chars d’assaut du général De Gaulle. Nous passons par Plomion où nous rencontrons des fermiers de notre village.

Après ce fut la Fère en Tardenois, Laon, Montmirail puis Dormans/Marne. A notre grand étonnement, sur le pont de la Marne, l’armée française sépare les Wallons et les Flamands. La guerre est loin d’être terminée et, déjà, la politique entre en jeu.

Toujours à vélo, nous reprenons la route, Epernay nous voit passer, Aix en Othe, Marigny le Châtel, finalement Tonnerre. Clavier est déjà bien loin…

Là, stop. On nous conduit à la gare, plus de vélos, on nous embarque sur le grand express qui va vers la Méditerranée. Hélas, à Dijon, tout le monde descend sur les quais. Ca va mal dans le Nord, le train doit remonter pour charger les blessés de la bataille qui continue là-haut.

De Dijon, on nous expédie à Nevers où nous retrouvons des habitants de Clavier, désignés eux pour Toulouse.

Saint-Etienne nous voit arriver à 22 heures sans manger ni boire. On nous place dans une salle de la gare, obscure, mais il y a des lits et des affiches sur les murs : « Silence, ne parlez pas, on vous écoute ! » Quelle ambiance ! Fourbus et décontenancés, nous dormons quelques heures. A 5 heures, embarquement pour Lyon où nous arrivons en plein bombardement de la gare de Perrache. On court dans les abris dans un va-et-vient indescriptible.

Qu’allons-nous devenir ? Et la journée se passe. Soudain, on nous rassemble dans des vieux cars réquisitionnés je ne sais où, plus brinquebalants que roulants, entassant les personnes et les bagages.

Le jour s’achève sur la vallée du Rhône, le car s’engage dans les chemins étroits, en lacet, pendant des dizaines de kilomètres et c’est Esclassan en Ardèche qui voit arriver des réfugiés sales, fatigués, affamés. On nous restaure tant bien que mal. Du riz à l’ail pour nos pailles nordiques, cela passait difficilement. Heureusement, il y avait le pinard à volonté. Cette piquette transfigurait les visages émaciés de toutes ces gens, des Belges qui parlaient le français. Les indigènes étaient vraiment étonnés de nous entendre parler leur langue.

Nous n’y séjournons que quinze jours, Maman ne supportant pas le Mistral qui souffrait fréquemment et Papa s’ennuyant dans ce bled reculé.

Un beau jour, il s’engagea pour travailler dans l’armée française. Comme la main-d’œuvre belge était renommée, on l’engagea dans une tréfilerie de Domène dans l’Isère, entre Grenoble et Chambéry. » A suivre

La Petite Gazette du 6 juillet 2011

MON EXODE…

Madame Léa Dorys, de Clavier, termine cette semaine le récit de son exode vers la France en 1940. Nous l’avions laissé en Ardèche où son papa s’ennuyait. Engagé par l’armée française, il va aller travailler non loin de Grenoble. Un nouveau voyage se profile…

« Alors une autre épopée commença. Un jour, avec nos pauvres bagages, la bouchère nous descendit avec ses gorets, poulets, canards et autres volatile qu’elle destinait au marché de Valence. Mais Valence, ce n’est pas Grenoble. Avec les quelques francs français que nous avions, nous allons à la gare et embarquons pour Grenoble où nous arrivons le soir. Plus de train pour Domène ! La seule solution qui restait c’était : nous dormirons dans la salle d’attente jusqu’au lendemain matin à 5 heures, heure du premier convoi pour notre destination.

Nous somnolions sur les banquettes de la salle d’attente, Maman dans un tel état de fatigue et de crises d’asthme que je ne sais comment elle a tenu.

Arrivèrent près de nous trois officiers de l’armée française. Un peu interloqués, leurs yeux nous regardèrent. Allait-on nous mettre à la rue ? Ils nous posèrent maintes questions, tout étonnés de voir des réfugiés belges égarés chez eux. Ils nous dirent de ne pas bouger et, quelque temps après, ils nous emmenèrent dans un des plus beaux hôtels de la ville, le « Suisse et Bordeaux ». C’est là que j’ai eu treize ans.

Après un excellent repas, on nous conduisit dans une chambre à coucher digne d’un palace, au quatrième étage. Je pensais «Si les avions viennent bombarder, qu’allons-nous devenir si haut ? » J’ai dormi sur les marches de l’escalier, prête à m’enfuir et mes parents ont dormi sur les carpettes, les lits étant d’une blancheur et d’une propreté exemplaires, nous aurions souillé la literie… Ma mère, bonne ménagère belge, ne voulait pas salir et avoir le nom de « sales gens », vu que des quolibets avaient déjà été lancés « Boches du Nord » en faisant allusion à la félonie de notre Roi…

Le lendemain matin, le train nous emmena à Brignoud près d’où Papa devait travailler. Nous y sommes restés jusqu’au 15 août, dans une cité ouvrière où il y avait déjà des réfugiés de la révolution espagnole, des Italiens fuyant Mussolini, des juifs polonais et yougoslaves fuyant les nazis. Dans cette cité très calme au pied du massif de Belledonne dans l’Isère. Notre séjour débuta avec l’aide de charmants français qui nous aidaient. Nous ne les avons jamais oubliés.

Petite anecdote, Maman ayant perdu sa carte d’identité n’était pas crue par les autorités quand elle affirmait qu’elle était bien la femme de mon père et ma mère. Tous les samedis, elle devait se présenter à la gendarmerie afin de prouver qu’elle était toujours là et pas une espionne. Ouf !

Un beau matin, nous avons reçu des papiers de la Préfecture nous invitant à rejoindre la Belgique. Comment ? Nous étions deux familles belges dans la cité. On réunit les quelques billets que nous avions car, en plus du salaire de mon père, on nous allouait une somme d’argent tous les mois. Avec tout cet argent, ils achetèrent une vieille Peugeot à un garagiste de Grenoble.

Nous avons donc repris la route du retour, cette fois-ci en passant par Bourg dans l’Ain, le Jura. Cette route que nous suivons est bondée de soldats français en déroute et qui se rendent aux Allemands. Je vois les yeux de mes parents se remplir de larmes lorsqu’ils aperçurent les premiers soldats allemands, les « Schleus ! » Une chape de plomb nous tombe sur le dos. On nous arrête, nous questionne, les papiers… et toujours Maman sans carte d’identité qui pose problème !  Enfin, après une fouille en règle, les barrières se lèvent et nous remontons, comme on dit, dans cette France occupée. Les fermiers ont à la moisson et le soleil d’août nous réchauffe de ses rayons. La nourriture est toujours rare et la faim se fait sentir.

Trois jours après notre départ de Grenoble, c’est la Belgique. Quelle joie de retrouver son pays. Les gens vaquaient à leurs travaux et cela sentait si bon le savon vert ! Revoir notre village, notre maison ; comme nous étions heureux.

Un médecin de Grenoble avait remis Maman en forme, l’air de la montagne lui était favorable. Moi je parlais le français avec l’accent que je perdis très vite pour retrouver l’accent liégeois.

P.S. Nos vélos que nous croyions perdus quand nous les avons laissés en gare de Tonnerre, un brave cheminot de la gare de Montpellier, car eux sont allés jusque là-bas, nous les a renvoyés au mois d’octobre. Merci la S.N.C.F. »

Un immense merci à Mme Dorys de nous avoir permis de la suivre dans cette incroyable aventure vécue durant son enfance.

La Petite Gazette du 13 juillet 2011

ET APRES…

Madame Léa Dorys, de Clavier, poursuit l’évocation de ses souvenirs liés à la période s’étendant du Débarquement à l’Offensive …

« Après ces années de guerre, de privations, de peur, nous attendions les libérateurs. Lorsque le soir tombait et qu’au loin nous entendions le ronronnement de ces gros avions qui arrivaient au-dessus de nos têtes, nous retenions notre souffle et cela se prolongeait très tard dans la nuit. Ils revenaient ces petits gars d’un pays qu’on appelait « Germanie », attaqués par la D.C.A. qui ne leur pardonnait rien.

Quand ils bombardaient Cologne, Aix-la-Chapelle, la Ruhr, par temps clair, de notre grenier, on voyait des lueurs rouges, mauves, jaunes ; que se passait-il là-bas ?

Une nuit, un drôle de vrombissement nous tint en éveil. Une grande lueur, si claire à une heure de la nuit. Il s’agissait d’une forteresse volante qui s’écrasait en flammes sur la colline en face de chez nous. Nous pensions que c’était l’apocalypse. Tout le monde était debout, imprudemment, nous allions voir ce grand oiseau et son équipage ou ce qu’il en reste. Il y a des tués, mais, oh joie, certains ont sauté en parachute. Ils sont déjà recueillis par la Résistance et sont sauvés. Il était temps car une armada de « vert de gris » envahit la contrée, chassant tout sur son passage. Dommage car avoir un morceau de parachute pour faire un chemisier était très dangereux, on s’y risquait quand même…

Vint le 6 juin, la B.B.C. « Ici Londres » annonça le débarquement en Normandie. La résistance était survoltée. Maman leur disait ne faites pas de bêtises, ils étaient si jeunes si fougueux.

Juillet août défilèrent au son de radio Londres. On préparait les drapeaux, on écoutait les messages personnels. Début septembre, nous vîmes repasser des hordes de soldats allemands (la tristement célèbre division Das Reich), débraillés, les yeux hagards. C’était la déroute. Nous avions très peur et nous étions terrés dans les caves. Quelle atmosphère ! On n’oublie jamais cela, j’avais 17 ans.

Un beau jour de septembre, nous vîmes débouler de Les Avins, de Modave, à travers les campagnes, des jeeps, des camions, des soldats qui couraient. Ils étaient si jeunes. Pour nous, à 17 ans, qui raffolions des stars américaines, ils étaient des Gary Cooper, Fred Astaire, Clark Gable et autres boys mais, en réalité, ils s’appelaient David, Amos, John, James et nous souriaient de toutes leurs belles dents blanches. Il y avait des Noirs… d’où venaient-ils ceux-là ? A part « La case de l’oncle Tom », notre connaissance de l’histoire américaine était très limitée. Tous voulaient nous parler et nous rendre service.

Il y avait à la maison une petite cousine originaire de Seraing, on l’avait amenée à la campagne car, là-bas, la nourriture se faisait rare et les V1, ces engins de mort, semaient la terreur partout. La figure et les cheveux de la pauvre petite étaient remplis de grosses croûtes noires qu’on appelait impétigo. On se réfugiait dans les remèdes de bonne femme qui aggravait plus qu’ils ne guérissaient. Un « GI » la regarda, lui tâta le visage et dit : « No good ». Il partit et revint avec une poudre blanche avec laquelle il saupoudra les croûtes noires. « Demain, je reviendrai. » Pendant trois ou quatre jours, il est revenu poudrer ma cousine qui sentait, chaque jour, ces affreuses choses tomber. La peau qu’elle retrouvait était rose comme celle d’un bébé. Ce brave « GI », c’était Mr Edouard Carnot, de la Nouvelle Orléans en Louisiane et cette merveilleuse poudre s’appelait « pénicilline ».

Comme récompense, ma mère l’invita à dîner. Du « chicken », des « patatoes », salade de tomates de chez nous. Tout le monde était heureux.

Un matin, ils partirent, on les appelait d’urgence, ils avançaient dans leur conquête.

Il y eut aussi Terry et Dick qui revenaient nous saluer lors de leur passage dans les environs. Un jour, Dick était très triste car il était muté dans le Pacifique où les batailles faisaient rage. Il nous écrivait de là-bas. Un jour, notre lettre lui envoyée revint avec la mention « Disparu dans les Philippines », la lettre venait de Manille. Pauvre Dick, nous étions très tristes.

Les mois passèrent, l’hiver arriva ; il allait être très dur. Le 16 décembre 1944, de terribles nouvelles arrivaient via la radio. Les Allemands reviennent. Ils sont déjà à Celles, à Hotton, à Werbomont. Notre maison est réquisitionnée et une unité de transmission s’installe de haut en bas. Nous dormons dans la cave sur des lits de fortune.

Vint la nuit de Noël. Maman, malgré la situation mit un sapin et une crèche. Il n’y avait rien dessous mais Marie et Joseph veillaient sur l’enfant Jésus avec une sérénité qui nous incitait à prier.

Quand minuit sonna, ces braves GI’s entonnèrent des chants de Noël. Ils nous invitèrent à partager leurs agapes. A notre grande surprise, sur le pauvre sapin, dégarni qu’il était avant, étaient suspendus les colis de Noël qu’ils avaient reçus des U.S.A. nous pleurions et priions tous. C’est le plus beau Noël de ma vie, dans la peur, la faim et le froid… Dehors, il faisait glacial.

Ces GI’s partirent se battre à Bastogne… Aucun n’est revenu ! »

La Petite Gazette du 3 août 2011

ENCORE DES SOUVENIRS D’EVACUATION EN 1940

Le récit de Mme Dorys, ainsi que je l’imaginais bien, vous a beaucoup plu et a ravivé des souvenirs chez plusieurs d’entre vous. Dans notre prochaine édition, nous débuterons un récit très détaillé et rempli d’anecdotes écrit par Madame Marthe Nandrin – Van der Goten et transmis par son fils ; mais, avant cela, je vous propose de découvrir les souvenirs de Madame Denise David-Lacasse, de Harre.

« A l’époque, nous habitions à Dinant, mon père, qui était cheminot, avait dû rejoindre son poste car il était responsable de la bonne marche de la ligne de Namur jusqu’à la frontière française ; il nous avait quittés pour des raisons que je ne comprenais pas.

Nous sommes partis, à notre tour, vers la France à cinq : maman, 36 ans, trois enfants, moi, 8 ans, mon frère L., 3 ans, et mon autre frère M., 3 mois (il est né le 22 février 1940) et ma grand-mère, 80 ans.

Maman poussait la voiture d’enfant, mon frère de 3 ans pouvait s’asseoir sur le rebord de la voiture, qui était en bois, ma grand-mère et moi, nous marchions.

Il y avait beaucoup de monde sur la route qui, comme nous, partait en direction de la France. Tout le long du trajet, ce n’était que désolation, des soldats couchés dans les fossés, blessés ou tués, soldats français ayant combattu et, au-dessus de nos têtes, le ballet interminable des avions, des tirs réguliers. C’était vraiment une vision apocalyptique !

Dans cette situation, l’entraide était importante. Nous étions fatigués et nous avions faim ; quand on passait dans un village, les hommes cherchaient à manger pour donner aux familles. Quant à maman, qui nourrissait le bébé, elle avait besoin de boire beaucoup de lait, mais il y avait toujours quelqu’un pour aller traire une vache !

Nous dormions à la belle étoile ou dans un poulailler, ou dans une grange, sur la paille. Nous sommes allés ainsi jusqu’à Avesnes. Je ne saurais pas vous dire combien de jours nous avons marché… puis, un beau jour le bruit court que nous pouvons rentrer : bis repetita !

Bien des années ont passé, mais, croyez bien que, comme Madame Dorys, j’ai gardé un souvenir très précis de cet événement malgré mon jeune âge ; j’en suis encore tout émue en vous le racontant.

Ce sont des images bien fragmentaires qu’une petite fille de 8 ans ne pouvait pas comprendre mais qui ont assombri ma jeunesse. »

La Petite Gazette du 17 août 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Je m’en doutais, l’évocation par Madame Dorys de son exode en mai 1940 a ravivé bien des souvenirs parmi les lecteurs et, après les souvenirs de Madame Denis David-Lacasse, de Harre proposés dans notre dernière édition, je propose de découvrir le premier épisode de récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. C’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit :

02 Le 9 avril 1940, mariage de : Marthe Van der Goten, surnommée « Mamath »

et de Henri Nandrin, surnommé « Ric »

 

 

« Je me suis mariée en avril 1940 avec Ric, le fils du bourgmestre d’Esneux, Joseph Nandrin. Notre nouvelle vie démarrait difficilement car, après les dix jours de permission pour son mariage, mon mari dut rentrer à son cantonnement. Aussi, je reste seule dans notre appartement de la rue de Bruxelles à Esneux. Nous approchons de la Pentecôte et je n’arrive pas à trouver le sommeil tellement, dehors, il y a un va-et-vient continuel. Je suis allée plusieurs fois sur le balcon voir ce qui se passe. L’hôtel, juste à côté de chez moi, héberge les officiers du régiment cantonné à Esneux et cela s’appelle, les voitures démarrent, reviennent. Un officier, que j’interpelle, me rassure:

– «Allez dormir Madame, ce n’est qu’une alerte…».

Mais le jour de ce vendredi 10 mai 1940 commence à peine à poindre que le téléphone sonne. Les Allemands sont entrés en Belgique et l’officier commandant Esneux a reçu l’ordre de défendre le village puis de tout faire sauter. On me prévient donc de me préparer car il avait été prévu que, en cas de guerre, la famille irait se réfugier dans une villa louée au Coq à la côte belge.

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 Les parents et beaux-parents de la narratrice devant l’église de Tilff

                      A l’avant plan : Henri Guillaume Van der Goten : Le Papa                                                 Henriette Nandrin : La Belle-Mère et, à l’arrière plan : Joseph Nandrin : Le Beau-Père, Marthe Van der Goten : La Maman

(Pour expliquer cette fuite éperdue, il faut savoir que les gens de la génération de mes parents avaient connu la guerre 14-18 et ses atrocités. Beaucoup d’horreurs s’étaient passées à cette époque).

Je monte un étage plus haut prévenir les propriétaires de mon appartement. Ils sont là, tous les deux dans leur lit, porte ouverte, afin de ne rien manquer des brouhahas.

– « C’est-ti Dieu possip… La guerre… oie… oie… »

Dans toutes les habitations, les radios sont ouvertes pour écouter les communications gouvernementales, le speaker  Théo Fleishman annonçait tout cela d’une voix sépulcrale. Tous les habitants d’Esneux sont sur pied, même les plus endormis, car les avions ennemis se chargent de les réveiller, ils piquent sans cesse avec un sifflement strident sur l’un ou l’autre point qui pourrait être occupé par l’armée, toutes les batteries de D.C.A tirent sans arrêt.

Et la famille se rassemble pour fuir ensemble. Toutes les voitures sont remplies. Nous les jeunes devions nous accroupir quelque part.

Je me souviens d’un arrêt sur la place de Nandrin où tout le monde est dehors, nez en l’air, pour regarder les tirs dirigés vers les avions ennemis.

Nous voici arrivant en vue de Bruxelles. Depuis un certain temps, j’observe une épaisse fumée noire qui obscurcit là-bas le ciel. Je suis inquiète car cette fumée est dans la direction de la maison de mes parents. L’usine près de chez eux a en effet été bombardée et elle n’avait pas tardé à brûler. Mes parents et mes frères et sœurs s’étaient réfugiés à Waterloo chez ma soeur aînée et je les y ai rejoints.

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Les parents de la narratrice devant l’usine qui fut bombardée

 

Le temps était au beau fixe, on se serait presque cru en vacances si ce n’est que l’on voyait défiler des files de réfugiés, en voiture, en charrette et même à pied. Ils fuyaient Louvain qui avait été bombardé. Nous les regardons passer, mais, sans les avoir vu ni entendu arriver, trois avions allemands passent à ras des arbres et l’on distingue alors nettement qu’ils laissent tomber un chapelet de bombes sur une ferme située à 200 mètres.

Nous n’osons pas rester à Waterloo avec ces bombes car c’est une route importante, et nous allons alors chez l’aîné de mes frères, Manu, qui est vicaire à Saint-Josse à Bruxelles. Il a une grande maison pour nous accueillir… » (A suivre)

La Petite Gazette du 24 août 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant le deuxième épisode du récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit :

« Mais les appels à la radio continuent :

  • «Tous les jeunes hommes en âge d’être rappelés sous les armes doivent quitter la Belgique vers la France ».

image 06 L’auto qui servit à la première partie de la fuite jusque Bruxelles

Donc Manu doit partir aussi. Pour corser la chose, voilà encore un avion en rase-mottes qui vient inspecter la cour de l’école juste derrière sa maison. Où serons-nous en sûreté? Et si on partait avec lui? Nous voici à la gare du Nord. Il y a foule. On y rencontre un autre vicaire de Saint-Josse qui doit aussi quitter la Belgique et qui emmène sa vieille Maman. Eux aussi fuient, nous fuirons ensemble ; mais plus aucun train ne part de la gare du Nord, la jonction entre celle-ci et la gare du midi a sauté, il faut aller au midi.

Un train se forme, tout le monde se pousse et nous trouvons place dans un fourgon où, comme siège, il faudra se contenter de nos bagages. Vers 18–19 h, le train s’ébranle mais à tout moment, il doit stopper. A chaque fois qu’il redémarre et prend un peu de vitesse, tous s’extasient, tous se réjouissent. Mais les heures passent et voilà la nuit. Chaque fois qu’un avion est signalé, le train stoppe afin de ne pas se faire remarquer et éteint ses feux. L’avion s’éloigne, le train repart. Nous sommes là, debout, secoués par ci, secoués par là. Maman, assise sur une valise, somnole un peu et sa tête branle d’un côté à l’autre. Mon frère et moi la regardons, puis nous nous regardons et tous les deux avons les larmes aux yeux et comprenons que nous avons fait une bêtise de partir dans ces conditions.

Le train est à nouveau arrêté dans une gare. A côté se trouve un autre train. Tout est silencieux, tout le monde est déjà fourbu. A notre fourgon, il y a une petite lucarne grillagée et je regarde et cherche à voir cet avion qu’on entend rôder. Le ciel est clair, c’est pleine lune. Si l’avion nous cherche, il devrait nous voir. Une tête s’appuie à la mienne pour regarder aussi. C’est un jeune Juif, ils sont toute une famille qui depuis des semaines fuient la Pologne. Tête contre tête, on cherche à découvrir le rôdeur, on échange ses impressions. L’avion s’éloigne, les deux trains repartent chacun dans un autre sens et c’est alors que mon compagnon et moi découvrons avec stupeur que l’autre train était chargé de munitions.

C’est le matin. Nous ne sommes pas encore loin, seulement en vue d’Audenaerde. Le train stoppe en pleine campagne. Les gens sortent du train, se dérouillent les jambes, se cachent dans la nature. Là, il y a un attroupement. Un vieux monsieur, genre paysan, se trouve mal, près de lui, en pleurs, un enfant de 7-8 ans. Le vieux paysan explique qu’ils ont été mitraillés sur une route, que sa famille a été tuée et qu’il ne lui reste qu’un de ses petits-enfants. On essaie de le réconforter mais voilà que le train siffle pour rappeler les voyageurs. Tout le monde se sauve et retourne dans les wagons sauf le paysan et l’enfant car il ne veut pas aller plus loin. Plus personne ne s’occupe d’eux, on ne pense plus qu’à soi-même. Ma sœur et moi ne savons nous décider à l’abandonner mais le train siffle, Papa appelle, il nous faut monter aussi. Le train n’ira pas loin, il n’entrera pas à Audenaerde car la voie est coupée. Aussi, c’est à pied que l’on rejoindra la ville et une école qui nous hébergera. Nous aurons quand même la consolation de bientôt voir arriver là, soutenu par une infirmière, notre vieux paysan et son petit enfant.

image 01 La narratrice : Marthe Van Der Goten, surnommée « Mamath »

 Sa soeur : Rose-Marie Van Der Goten  surnommée « Zezeth »

 

 

 

Mais on s’inquiétait. Audenaerde est placé sur l’Escaut, c’est un objectif militaire, il ne faut pas y rester. Les trains ne roulant plus, Papa nous trouve un taxi qui veut bien nous conduire un peu plus loin mais il lui faut un sauf-conduit. Fortes de notre charme, ma soeur et moi nous nous renseignons pour savoir où sont cantonnés les officiers. On nous indique « L’Ecu d’Or ». Le garçon du restaurant nous dit que ces messieurs sont en train de dîner. Nous attendons et restons dans le couloir. Nous les entendons du reste rire, parler, l’atmosphère est à la détente. Tant mieux, ils n’en seront que plus conciliants. Enfin, un bruit de chaises qu’on recule, ils ont terminés et nous voici faisant notre requête au 1er officier sortant qui n’est autre que le Général. Tout de suite, il nous fait un sauf conduit écrit de sa main et qu’il signe: Lieutenant Général, Commandant de la région: « Van Stry-Donck ». Evidemment, il devait se dire qu’au point où en était la pauvre armée belge ce n’était pas un véhicule en plus sur les routes qui les encombrerait… » A suivre

La Petite Gazette du 31 août 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant la suite du récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit :

« En retournant à l’école où nous sommes hébergés, je rencontre un soldat du 12e de ligne, régiment de mon mari. Je le questionne, il ne sait rien, le régiment a été mis en déroute et il cherche à les retrouver. Vite, je griffonne un mot pour mon mari, lui disant que nous partions «quelque part en France» et je demande à ce soldat d’essayer de le remettre au chauffeur du Colonel. Mon mari recevra ce mot!

Satisfaits de notre sauf-conduit, c’est tranquille d’esprit que nous allons à notre rendez-vous avec le chauffeur du taxi le lendemain matin. Mais celui-ci n’arrive pas. Devant nous les réfugiés défilent à pied, en rangs serrés, portant leurs bagages, leurs enfants, poussant des brouettes chargées. Il ne faut pas perdre de temps ici, il faut partir et nous voici, nous joignant aux groupes hétéroclites partant à pied. Les valises sont lourdes, c’est de la folie!

– «Papa, arrête, Je vais aller voir après l’auto promise. Nous n’y arriverons pas avec ces lourdes valises!»

– «Tant pis, on les abandonnera ! »

Je me rebiffe:

– «Restez ici. Attendez-moi. Je reviens».

En courant, je retourne vers Audenaerde et j’ai la chance de voir arriver le chauffeur et sa voiture. Il s’excuse, il s’était endormi, ayant roulé toute la nuit pour des réfugiés. Toute fière, c’est en taxi que je rejoins nos désespérés et c’est ainsi que nous arriverons à Courtrai où nous sommes reçus chez des connaissances de Maman. Là, tout est un peu confus. Ce dont je me souviens, c’est notre arrivée à Poperinghe. Tous les réfugiés y affluent car la poche se referme et c’est là également que nous aurons à nouveau la joie de revoir mon frère Manu. Son train est en gare et attend.

image 07Manu, le frère de la narratrice, prêtre

Comme nous avons avec nous « des curés » nous sommes hébergés chez le curé de Poperinghe. La nuit, nous la passerons dans des lits confortables. Je me souviens aussi à Poperinghe d’un repas pris dans une friture improvisée chez un fourreur, déjà il y en avait qui ne perdaient pas le nord et faisaient de l’argent avec tout. Du reste, tout moyen de locomotion se monnayait au plus offrant. C’est à Poperinghe également que j’ai rencontré un ouvrier du moulin d’Esneux qui m’a dit que tous les Esneutois étaient partis, que lorsqu’il avait quitté, les militaires belges devaient défendre le village, vidaient les réservoirs d’essence du moulin et allaient y mettre le feu. Bon, donc là aussi tout est fini. Lui, il cherche un moyen de rejoindre la France. A tout hasard, Je lui signale le fameux train qui attend en gare de Poperinghe.

Nous, c’est par camion que nous continuons notre route. Nous sommes debout derrière, c’est un camion découvert et heureusement il fait toujours beau. Nous devions aller sur Ypres mais le camion va par où on veut bien le laisser passer et c’est ainsi que nous échouons à La Panne. Là, tout est calme. On y retrouve un appartement où nos parents allaient en vacances.

A La Panne nous retrouvons à nouveau mon frère Manu. Il a un véhicule et nous voilà partis tous ensemble pour la France. La douane n’est plus loin mais la file des voitures dans laquelle nous sommes est immobilisée depuis longtemps. Je me vois, toujours avec mon inséparable soeur, faisant les 100 pas à côté des voitures arrêtées sur la route de La Panne à Adinkerke et fredonnant une chanson de Jean Sablon:

– Je tire ma révérence

– Et m’en vais au hasard

– Par les routes de France

– De France ou bien d’ailleurs..

– Mais dites-lui quand même

– Dites-lui que je l’aime

– Dites-lui, voulez-vous

– Bonjour pour moi et voilà tout!

Ces dernières paroles, je les destinais à mon mari. Que faisait-il? Que devenait-il? Vivait-il encore? Les nouvelles étaient si mauvaises.

Avec beaucoup de patience voilà enfin la douane, les prairies environnantes sont noires de monde, les réfugiés y campent et y attendent que l’on ouvre la frontière. Sans doute les autorités auront-elles voulu se débarrasser de cette foule massée aux frontières car brusquement les autos se sont mises à avancer et ce fut finalement notre tour de pouvoir franchir cette fameuse douane. Papa et le vicaire qui se cramponnent sur les marchepieds, par dessus le toit de la voiture, se serrent les mains, se félicitent, enfin on est passé. Mais on nous détourne vers l’intérieur des terres par des routes secondaires car Dunkerque, devant nous, brûle. La route est souvent mitraillée. Il nous arrivera même, pris de panique comme les autres, de quitter la voiture pour se cacher dans un fossé et y attendre le passage en rase-mottes des avions ennemis. » A suivre…

La Petite Gazette du 7 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant le quatrième épisode du récit de l’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Le soir tombe. Voici un petit village: Roesbroek. Là aussi le curé nous hébergera. Le soir, on fait appeler le curé et lorsqu’il revient, il nous raconte que les Anglais occupent le village et lui ont demandé les clefs de l’église afin de pouvoir surveiller de la tour l’ennemi qui approche. Que sommes-nous venus faire dans cette galère alors qu’à La Panne il faisait si calme? Aussi, dès le lendemain, sans hésiter, nous reprenons le chemin de la Belgique. On croise encore des réfugiés mais cela se clairseme quand même. Derrière nous, à Dunkerque, il fait toujours dangereux. On entend bombarder et exploser sans arrêt et cela brûle toujours. A la douane, même joie que la veille, mais cette fois en sens contraire. Rien de tel que de se sentir chez soi.

Nous attendrons les évènements dans cet appartement mis à notre disposition. Manu nous quittera pour du bon, mais pour Ostende, où dans un hôpital de fortune, il pourra rendre des services.

Pour nous « les vacances » à La Panne allaient se prolonger. On s’organisait. Pour ma sœur et moi, notre grande occupation était de nous procurer du pain. La poche libre se refermait doucement, les réfugiés nombreux y étaient coincés. Le ravitaillement suivait difficilement. Nous avons, pendant des heures, fait des files à presque toutes les boulangeries où l’on avait l’espoir d’être servies. A deux, nous revenions ainsi avec deux pains. Pour finir, nous allions chaque jour à la même heure à une boulangerie assez bien à l’intérieur des terres sur la route qui allait à Furnes. Nous avions abandonné les files près de la digue où l’on se massacrait pour garder sa place, où l’on se sentait peu à l’aise. Ah! Ces files, ces interminables files, qui à la moindre alerte d’avions se dispersaient comme par enchantement. L’alerte passée, on pouvait reprendre une place à la queue à moins que le désir d’avoir du pain fasse oublier tout danger et qu’alors, malgré les tirs de la D.C.A et les éclats de shrapnels qui tombaient un peu partout, on restait là stoïquement plaqué contre la porte. Lorsque le magasin ouvrait, on était servi le premier.

Ce ravitaillement en pain nous donnait en plus des démêlées avec la vieille maman du vicaire. Elle trouvait que nous restions bien longtemps parties et ne voulait pas croire à nos files. Elle disait que c’était un prétexte à aller nous amuser!

Les combats aériens étaient devenus journaliers et l’on assistait là, nez en l’air, tendus et anxieux, pensant aux hommes qui allaient mourir, qui souffraient. Une fois même, l’avion en flammes piquait droit sur nous, le pilote arrive à le redresser et le dirige vers la mer. Il tombe, il tombe, il s’écrase là, au début de la mer, dans un jaillissement d’eau et de flammes. Tous les spectateurs courent. Hélas, il n’y aura rien à faire, le pilote est tué, c’était un Allemand. Que pouvions-nous faire pour tous ces malheureux si ce n’est qu’adresser une prière mentale pour eux?

Une autre fois, nous aurons droit à un combat naval. Cela se passait à l’horizon vers Ostende. Personnellement, nous n’avions rien à craindre, c’était une affaire entre navires, mais on voyait nettement les flammes des canons et on entendait les coups sourds des tirs.

Pendant des jours et des jours, à La Panne, malgré le beau temps, nous ne verrons pas le soleil. Nous avions un plafond de fumée noire en provenance de Dunkerque. Tout cela contribuait à donner une atmosphère irrespirable dans les deux sens du mot. » A suivre…

La Petite Gazette du 14 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant les souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Dans cet épisode, elle nous raconte qu’elle se trouvait à La Panne à la fin du mois de mai 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« En plus, on vivait une nouvelle épidémie: « l’espionnite ». Les gens voyaient des espions partout et, un soir, il nous a fallu aller détacher du linge que nous avions mis sécher car on prétendait que nous faisions des signaux! Il est vrai que les nouvelles devenaient de plus en plus mauvaises, nous étions encerclés. Deux soldats anglais, qui nous avaient accostés en espérant nous inviter à boire un verre, nous apprennent que, pour la Belgique, la guerre est finie. Notre Roi a capitulé. Nous étions le 28 mai 1940.

Ce jour-là, nous voyons défiler en files indiennes des soldats anglais montant au combat. Ils se dirigent vers Furnes.

Autour de notre appartement, situé derrière un hôtel servant d’hôpital, on voyait régulièrement des Anglais creuser, puis on apportait une forme emballée dans un drapeau, on déposait le fardeau, l’aumônier récitait quelques prières puis on recouvrait le trou. Nous assistions à tout cela de notre fenêtre.

Ma sœur et moi entrons à la chapelle des Oblats où nous voulions trouver refuge contre toutes ces misères et prier pour tous ces malheureux, mais, là aussi, le spectacle est désolant. Des Anglais y sont venus rechercher le calme, certains dorment étendus sur les bancs, d’autres se contentent d’être assis ou pliés en deux. Leur fatigue et leur désespoir sont visibles.

Et cela ne faisait que commencer. Avec nos parents, nous sommes allés sur la digue car le spectacle est inoubliable. Il y a là, presque échoués sur la plage, des centaines de bateaux de toutes sortes, de toutes les grandeurs, de toutes les couleurs, même des bateaux à palans. (A la fin de la guerre nous apprendrons qu’en Angleterre tout qui possédait un bateau susceptible de tenir la mer devait se rendre avec ce bateau en vue des côtes françaises pour embarquer le reste de l’armée anglaise). Nous verrons, se dirigeant vers ces bateaux, des files de soldats anglais pénétrant dans l’eau jusqu’aux épaules afin d’embarquer. Il y en a qui pour préserver leur fusil, leurs munitions et leurs affaires font des échafaudages sur leur tête. Tout ce spectacle est enjolivé par un beau soleil. Au loin, de plus gros navires surveillent l’embarquement et tout cela est protégé par des avions. Nous sommes là à regarder de tous nos yeux.

Nous nous trouvons sur la digue et nous parlons avec un Anglais qui, ayant placé un miroir sur le capot de son véhicule, bien consciencieusement se rase. Les avions continuent à évoluer et même très bas mais l’Anglais nous rassure:

– « No! No! Canadian, Canadian! »

Ma sœur et moi nous nous dirigeons vers l’appartement quand brusquement on entend siffler des bombes et tout tremble et explose. Vite nous nous réfugions dans une maison, toutes les personnes qui y sont descendent et se cachent avec nous en dessous de la cage d’escaliers. Ils se lamentent car la maison ne possède pas de cave. Une maman serre fort son enfant dans ses bras. Et cela continue à bombarder et à trembler. Le calme revenu, on  retrouvera nos parents restés sur la digue. Ils avaient trouvé abri dans le poste de sauvetage des pêcheurs mais hélas, que de bateaux quilles en l’air, que de tués sur la plage. Cette fois, plus de doute, nous allons être attaqués par l’artillerie Allemande. Déjà dans la journée on a dû subir un tir de mortiers.

A La Panne, Maman avait rencontré une amie qui possédait une villa un peu à l’intérieur, elle avait proposé de nous héberger pour cette nuit que l’on prévoyait pénible, aussi nous acceptons son invitation et descendons avec sa famille et ses amis, des matelas, des couvertures et même des vivres dans ses trois caves. C’est dans ces caves que nous nous retrouverons pour la nuit, nous sommes 21 personnes. Bientôt notre abri se justifiera car l’artillerie entrait en action. Cela se faisait par trois tirs. Un long qui passait au-dessus de nous et que l’on entendait exploser plus loin. Un plus court qui était pour nous ou nos environs. Un troisième plus court encore qui n’arrivait pas jusqu’à nous.

Cela a duré toute la nuit et ces 21 personnes réunies, toutes  ensemble et à haute voix n’arrêtaient pas de prier. Voilà le tir long : « Je vous salue Marie, pleine de grâces », il passe, il passe, pauvres gens chez qui il tombe. « Le Seigneur est avec vous », attention, voilà le second tir, c’est pour nous. « Vous êtes bénies entre toutes les femmes » Ouf ! Il est tombé tout près, mais pas sur nous. « Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni », on peut un peu respirer le 3ième tir n’arrive pas jusqu’ici. « Sainte marie, mère de Dieu ». Boum! Boum! Boum! Qu’est-ce que ces coups sourds? « Priez pour nous pauvres pêcheurs », cela continue, quelqu’un monte voir, c’est la dame d’à côté qui vient chercher de la compagnie. Elle fera bien du reste car sa maison qui est mitoyenne avec celle où nous sommes réfugiés sera bientôt détruite par un obus qui, nous le constaterons le lendemain, a traversé notre 1er étage pour exploser ensuite chez elle. » A suivre…

La Petite Gazette du 21 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant les souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Dans cet épisode, elle nous raconte ce qu’elle a vécu à La Panne où elle avait fui pour échapper à l’invasion allemande de mai 1940. Avec sa famille, elle est là lorsque les Anglais sont pris sous les bombardements allemands. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Et les tirs continuent et le murmure persiste: « Maintenant et à l’heure de notre mort », c’est tout près que l’obus est tombé. «Sainte Marie, mère de Dieu », mais qu’est-ce donc que cette odeur d’essence? Un courageux monte voir ce qui se passe, cette fois, c’est un éclat qui a troué le réservoir de l’auto garée au jardin et l’essence s’est répandue à terre, pas loin de notre soupirail. « Je vous salue Marie pleine de grâces », que va-t-il nous arriver maintenant si une bombe tombe tout près, cette essence ne va-t-elle pas exploser ou prendre feu? « Le Seigneur est avec vous » et la nuit se poursuit, l’aube commence à poindre. « Vous êtes bénies entre tout les femmes », nous prions toujours, notre langue est sèche, nous sommes épuisés.

Le matin est enfin là et avec la lumière du jour, le tir intensif s’est arrêté. Nous n’osons y croire. Peu à peu on entend remuer dehors, les gens parlent, commentent, s’affairent, balayent les débris de verre. Petit à petit les réfugiés de nos caves montent et vont aux nouvelles. Pour ma part, je n’ose quitter mon coin, j’ai peur de découvrir des blessés et des morts, je préfère faire semblant de dormir. Mais, bientôt, Maman vient me secouer :

« Mamath, tu n’a pas honte? Tout le monde travaille là au-dessus. Il y a beaucoup de dégâts. Viens les aider ».

Effectivement le 1er étage est coupé, l’escalier pend à moitié, on le soutiendra avec des brosses pour permettre à un enfant d’aller chercher des bijoux laissés au premier. Ma soeur et moi partons pour notre appartement. Tout autour de nous, ce n’est que destructions, rues ouvertes, débris de toutes sortes, maisons éventrées. On doit regarder où l’on marche.

Brusquement nous nous arrêtons. A un coin de rue, un soldat allemand, un soldat français et un soldat anglais bavardent pacifiquement entre eux. Nous n’y comprenons plus rien…

Lorsque nous approchons de notre appartement, nous voyons des gens qui tirent des caisses sur le sol. Ils sont allés les chercher sur la plage où des navires bombardés ont échoué et leurs cales débordent de vivres. Le pillage a déjà commencé.

Devant notre maison, alignés à terre, les uns à côté des autres et recouverts de couvertures, une main ou un pied dépassant, sont les pauvres gens avec qui nous nous étions réfugiés la veille sous l’escalier. C’étaient des Juifs. Pour la nuit, ils s’étaient mis à l’abri dans le garage. C’est une torpille marine qui a pénétré de plein fouet dans le garage et les a tués, sauf deux, un jeune homme que nous rencontrons dans notre cage d’escalier et qui tient sur ses genoux un de ses neveux dont la tête est toute bandée. Nous essayons de le réconforter, mais nous avons peine à cacher nos larmes. Tout cela était trop cruel!

Dans notre chambre, nous prenons nos derniers vêtements. Notre lit est plein de plâtras, la tête du lit a plusieurs trous de balles. Oui, il valait mieux que nous soyons allés dans la cave de cette amie de Maman.

Plus tard dans la journée, nous sommes de nouveau à notre  boulangerie. Il faut bien manger et nous sommes plus nombreux. Là aussi le tableau est désolant. La route est jonchée de vêtements anglais, de casques, de souliers, de linges tachés de sang.

Notre première journée d’occupation par les Allemands s’écoulait. Ceux-ci étaient assez aimables, prêts à rendre service aux réfugiés. N’empêche que tout le monde craignait la nuit à venir. N’allions nous pas subir une contre-attaque des navires anglais? Chacun aurait aimé s’en aller, quitter cet endroit, mais comment? Il faut se rendre à l’évidence, il faudra passer une seconde nuit, sans doute sera-t-il préférable de la passer encore à la cave.

Depuis Ostende, mon frère Manu surveillait les opérations. Il avait emprunté une voiture et avait cherché à traverser les lignes mais cela avait été impossible. Il lui avait fallu attendre que les Allemands occupent La Panne. Dès qu’il avait pu, il était venu nous chercher.

« Manu est là, Manu vient nous chercher… Maintenant la maison peut s’écrouler…»

C’est par ces paroles que la vieille maman du vicaire accueille la nouvelle de l’arrivée de Manu alors que les familles qui nous avaient hébergés devaient encore rester! Nous leur faisons nos excuses et nos adieux et nous prenons le chemin d’Ostende. A tout moment on doit contourner des trous énormes ou bien on est pris dans un enchevêtrement de fils électriques et de téléphones. Nous devons souvent stopper pour laisser passer des convois allemands.

Nous logerons à l’hôtel sur la digue, hôtel transformé en hôpital. Là aussi nous verrons beaucoup d’horreurs… » (A suivre)

CETTE VOITURE QUI A SERVI A L’EVACUATION

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Monsieur Henri Nandrin, pour illustrer les propos de sa maman, m’avait transmis cette photographie de la voiture utilisée par la famille lors de son évacuation de mai 40. Ce cliché a fait réagir Monsieur J. Poupart, de Hamoir, qui parle de ce modèle automobile :

« Il doit s’agir d’une chevrolet Master limousine, six vitres de côté et quatre portes de 1937. Le moteur est un six cylindres de 3540 cm³ développant une puissance de 85 cv à 3200t/min (S’il s’agit d’un modèle de début d’année, il pourrait avoir seulement 3380 cm³ et 79 cv à 3200t/min.)

Dans la série Master, six types de carrosserie furent fabriqués et, en 1937, Chevrolet en a construit 768040 unités, tous les modèles confondus, et fut classé premier constructeur américain devant Ford (en 1936, c’était l’inverse)

Il doit s’agir d’un modèle de luxe car elle est équipée de deux essuie-glaces, de feux de position avant et sur les ailes et de bananes aux pare-chocs. Son prix, à l’époque, était d’environ 700 dollars. »

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant l’avant-dernier épisode des souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Nous retrouvons la famille à la Côte belge au début du mois de juin 1940. Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Manu a conduit ces dames dans sa grande chambre à plusieurs lits qui donne sur la mer. Il nous recommande de ne pas faire de lumière car, la veille, la sentinelle allemande que nous voyons faire les 100 pas sur la digue n’a pas hésité à tirer dans son carreau. Papa, Manu et le vicaire chercheront un autre endroit pour dormir.

Après la pénible dernière nuit, nous tombons littéralement de sommeil  et nous occupons vite les différents lits où l’on ne tarde pas à s’endormir. Mais il fait encore tout noir quand quelqu’un vient fureter dans la chambre de lit en lit. Je suis tellement fatiguée que je ne cherche pas à approfondir la chose. Nous saurons, le lendemain, que c’était un docteur avec qui Manu travaillait et qui n’avait pas de chambre à sa disposition. Manu lui avait expliqué où était la sienne et qu’il pouvait toujours y venir car il y avait des lits de libre. Il dira après à Manu.

– « Je suis allé dans votre chambre cette nuit, Monsieur l’Abbé, mais vous aviez là un vrai harem! »

Une idée germait dans mon cerveau: Plutôt que de rester dans cet hôpital de fortune en attendant une occasion de retour, pourquoi n’irions-nous pas occuper la villa louée par mes beaux parents au Coq ? Cela devrait pouvoir marcher. J’en parle à Papa et nous irons à deux voir quelles sont les possibilités là-bas. Evidemment, il n’y a pas de moyen de locomotion et nous irons à pied.

Nous voici arrivé au Coq, je vais à l’agence de location où ils nous donnent les clefs de la villa. Petit à petit les Allemands commencent à s’installer dans les villas vides, ce sera toujours une d’épargnée momentanément. Nous allons, Papa et moi, faire le tour du propriétaire, tout est parfait. Allons prévenir les autres et ramenons-les. Mais la promenade nous a donné de l’appétit, elle nous a creusé l’estomac. Aussi, avant de nous renfiler les kilomètres du retour, comme de paisibles touristes, nous allons dîner au restaurant. Comme ce rôti et ces petits pois étaient délicieux.

Mais qu’entendons-nous?

  • « Treu francs – Treu francs – Treu francs »

C’est le pimpon du tram vicinal desservant la côte. Nous le dénommions ainsi depuis nos vacances à Blankenberge car la course était souvent de trois francs.

C’est le premier tram qui roule à nouveau. Bien vite nous payons et allons l’attendre à l’arrêt et nous serons ainsi les premiers passagers. Nous ne ferons qu’un aller et retour, le temps de reprendre à Ostende Maman, ma sœur, nos bagages et la vieille mémère!

Tous en tram nous rejoindrons le Coq. La villa est là, jolie, accueillante, confortable, salle de bain, nombreux lits, feu ouvert. Oui, vraiment cela plait beaucoup à la vieille mémère qui du coup retrouve une autorité peut-être oubliée depuis longtemps. Elle commence à répartir les chambres, la besogne, les courses, suggère les menus. Ah mais moi j’en ai assez, il y a longtemps, que vu son âge, on la supporte sans rechigner. Je me rebiffe.

« Madame, excusez-moi, mais ici, vous êtes chez moi. C’est moi qui commanderai ici. »

A partir de ce moment-là, la vieille Maman du vicaire a filé doux. Son fils était resté à Ostende avec Manu. Mais bientôt l’hôpital étant occupé par les Allemands, ils viendront nous retrouver. Le vicaire et sa Maman partageront bientôt un taxi avec d’autres personnes et s’en retourneront chez eux.

Nous aussi allions devoir fermer notre belle villa où nous avions retrouvés un peu de calme malgré les officiers allemands qui étaient devenus nos voisins, malgré le charroi que, toute la nuit, nous entendions défiler sur la route Royale.

C’est par autocar que nous rejoindrons Bruxelles, cela après des heures de route, des villages détruits à éviter car impraticables. Notre autocar nous déposera à la gare du Nord et nous nous installerons chez mon frère Manu à Saint-Josse.

Tous les après-midi, nous allions, ma soeur et moi, à un dispensaire d’accueil pour réfugiés installé près de la gare du midi. On nous avait laissé nous occuper de tous ceux qui arrivaient souffrant des pieds suite à de longues marches. On lavait les pieds, puis, si les soins qu’ils demandaient étaient trop importants pour nous, on allait quérir, soit une infirmière, soit un médecin. Tous ces réfugiés, parlaient, racontaient, certains dans une euphorie d’être tous de retour, d’autres plus calmes qui avaient dû laisser des leurs dans des hôpitaux, d’autres encore prostrés, à qui péniblement on arrachait quelques mots. Ceux-là, certains des leurs, ne reviendraient plus. C’est en constatant toute cette misère que nous nous rendions compte combien nous avions été privilégiés. » A suivre…

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

L’HISTOIRE DE VOS EXODES EN MAI 1940

Nous retrouvons maintenant, et pour la dernière fois, les souvenirs d’exode de Madame Marthe Nandrin – Van der Goten qui, avec sa famille, a fui devant l’offensive des armées allemande en 1940. Nous allons les retrouver sur le chemin du retour, à la recherche de bonnes nouvelles… Je vous rappelle que c’est son fils, Monsieur Henri Nandrin, qui m’a transmis ce récit.

« Mais hélas, toujours aucune nouvelle de mon mari. Nous sommes le 9 Juin 1940, il y a exactement deux mois que nous sommes mariés lorsque ma tante m’appelle:

« J’ai des nouvelles, Ric est revenu, il est chez moi, il va venir… »

Je pourrai enfin accueillir mon mari qui avait été fait prisonnier en Flandre et était resté plusieurs jours dans un camp puis ayant reçu un papier le libérant « par ordre du Führer Hitler». Il avait chipé un vélo aux Allemands et rejoint Bruxelles.

Nous sommes enfin réunis, nous allons pouvoir ensemble rejoindre Esneux et c’est ce que nous ferons quelques jours plus tard, lui sur son vélo volé, moi sur celui de ma soeur.

Maintenant, nous sommes partis ensemble et nous roulons de concert, nous racontant nos péripéties personnelles, l’attaque de son régiment, la dure bataille sur la Lys à Kuerne afin de couvrir la retraite de l’armée britannique, son Colonel avec son casque de carton sur la tête pendant que mon mari, caché en dessous de l’auto, cherche encore à faire un trou, cela pendant le bombardement de la citadelle de Namur.

Et nous sommes là, heureux, roulant en nous tenant la main. A chaque convoi allemand que nous croisons, nous nous rapprochons même et Ric me tient alors par l’épaule. Nous ne cachons pas notre joie. Pour nous, c’est terminé, nous nous sommes retrouvés, eux, vont encore en ligne, vers la France.

Sur notre parcours, nous devons souvent descendre de vélo pour contourner une route coupée par des trous d’obus. Nous devions alors descendre dans des prairies afin de pouvoir continuer notre chemin.

A la sortie de Wavre, nous apprenons que l’Italie s’est jointe à l’Allemagne. Nous traversons péniblement Perwez. Toutes les maisons y sont entièrement détruites et on essaie encore d’y déterrer les cadavres restés dans les caves. Nous approchons de Huy, notre allure s’est ralentie. Est-ce la fatigue ou bien la crainte de savoir ce qui sera arrivé à Esneux, à l’usine, aux maisons?

Nous voici, montant la Sarthe, la côte à la sortie de Huy vers Nandrin. Nous poussons notre vélo car la côte est dure et puis nous avons peur de ce que nous trouverons au terme de notre voyage.

– « Bonjour, Monsieur Nandrin… »

C’est un fermier qui descend la côte avec sa charrette et sa charge de sacs remplis qui nous interpelle.

– « Je reviens de chez vous! »

– « Comment d’Esneux, du Moulin? »

– « Oui, je suis allé quérir de la marchandise pour mes bêtes. »

– « Alors quoi? Le moulin fonctionne? »

– « Comme vous le voyez, puisque que suis bien servi.»

Inutile de dire que les derniers kilomètres furent parcourus à vive allure. Nous traversons tout Esneux, saluant ici, étant congratulé par là. A Esneux, nous prenons possession de la maison paternelle où tout est en ordre, rien n’a été pillé.

Plus tard, un matin, en passant avenue de la gare, on me crie:

– « Rentrez vite, le Bourgmestre est revenu. »

08

La ferme à Amostrenne

Tout le monde est donc rentré. Il est enfin temps pour nous d’aller nous occuper de notre ferme d’Amostrenne. » (Fin).