WEEKEND DES 9,10 et 11 DECEMBRE: deux occasions de voyager dans le passé régional avec René HENRY

CE VENDREDI 9 DECEMBRE, A 19H30, LE CERCLE HISTORIQUE D’EREZEE VOUS EMMENE AU SABBAT DES SORCIERES, A MORMONT

Pour vous y conduire, le Cercle Historique d’Erezée a fait appel à René Henry, le chroniqueur historique bien connu des lecteurs des Annonces de l’Ourthe. Il viendra vous entretenir d’un sujet qui, toujours interpelle, la présence des sorcières dans nos régions et la chasse impitoyable qui leur a été faite durant les XVIe et XVIIe siècles. Cette rencontre à laquelle vous êtes toutes et tous chaleureusement conviés aura lieu ce vendredi 9 décembre, à 19h30, en la salle de Mormont.

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Illustration de Michèle Mertens extraite de René Henry, Hier en Ourthe-Amblève, Mythes et Réalités

Pour vous, René Henry expliquera pourquoi nos contrées, comme un grande partie de l’Europe occidentale, ont connu cette longue période de traque des disciples de Satan, ainsi qu’étaient désignées les sorcières. Il en profitera pour définir ce qu’est la sorcellerie et montrer comment les autorités religieuses, qu’elles soient catholiques ou protestantes, ont désigné le diable en tant que responsable de toutes les calamités qui touchaient les hommes. Bien sûr, il sera question de la procédure judiciaire de l’ancien régime et le conférencier viendra montrer combien souvent il est difficile d’établir les limites entre la législation civile et la législation religieuse, il exposera la façon d’enquêter d’alors dans le respect des impositions des plus grands, Charles Quint notamment, et des raisons qui poussaient au recours quasi systématique à de nombreuses formes de torture.

René Henry se propose ensuite de dresser le portrait « sociologique » de la sorcière de chez nous en tentant de montrer pourquoi il est plus souvent question de sorcières que de sorciers. Ensuite, il analysera avec vous les étonnantes révélations que contiennent les très nombreux procès de sorcellerie que recèlent les archives de nos anciennes seigneuries. L’étude des « aveux » arrachés sous la torture est édifiante car elle fait la part belle aux fantasmes de l’époque, principalement en matière culinaire… Enormément de choses sont à apprendre au travers de ces archives de procès dont l’issue ne faisait guère de doute… et pourtant l’orateur du jour vous montrera que même cette règle-là a connu ses exceptions.

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Aborder pareil sujet donnera aussi l’occasion au conférencier de passer en revue ce que la tradition populaire a conservé des drames qui se sont joués chez nous pendant ces terribles décennies : spots et proverbes, croyances populaires, toponymie, défiance, méfiance et protections. Il parlera, à coup sûr, de chat noir et de bouc mais aussi de celles qui ne voulaient pas que l’on remarque qu’elles avaient des poils sous les pieds…

Ce vendredi 9 décembre c’est à un voyage vraiment fantastique que vous êtes invités à Mormont.

 

ARTISANAT, MUSIQUE, TRADITIONS ET, SURTOUT, CONVIVIALITE AU PAYS DES DOBES DEMONS, A NONCEVEUX, CE DIMANCHE 11 DECEMBRE

Ce dimanche 11 décembre, dès 11 heures du matin, à l’école, le comité Dobes Démons de Nonceveux vous propose une manifestation festive et conviviale à laquelle vous êtes toutes et tous chaleureusement conviés. De quoi s’agit-il ? Simplement de créer une occasion de se rencontrer, de se parler, bref de se connaître en partageant un verre de vin chaud et en découvrant l’une ou l’autre spécialité culinaire au milieu des productions des artisans du village et dans l’ambiance que créeront les musiciens du cru.

A la bonne franquette et bon enfant sont les maîtres-mots de la journée qui permettra de tailler une petite bavette tout en mangeant un petit bout et en buvant un petit coup…

Dès le tout début de l’après-midi, ce sont les talents musicaux du village qui se verront offrir une scène pour partager leur passion. Entre deux prestations, nous avons demandé à nonceveux, lui aussi habitant de notre village, d’évoquer les traditions bien de chez nous, de nous expliquer pourquoi les habitants de Nonceveux sont appelés les Dobes Démons » et ce que représente la Saint-Antoine, qui se fête à la mi-janvier, de nous rappeler comment se fêtait traditionnellement Noël avant l’arrivée des modes culinaires et autres véhiculées par les exigences commerciales, de nous dire ce que sont les Hèyeus… En résumé, nous lui avons demandé de dresser un petit panorama des véritables réalités et traditions locales ; nous gageons que vous serez nombreux à venir y apprendre énormément de choses sur votre lieu de vie.

Dès que l’obscurité s’emparera du village, une marche aux flambeaux rassemblera jeunes et anciens, petits et grands, dans une ambiance chaleureuse le temps d’un tour du village. Une très belle journée en perspective, ne la manquez pas.

Le comité Dobes Démons

 

 

FRANCOIS RENARD ALIAS »POPOL »

La Petite Gazette du 9 mars 2005

ET SI ON PARLAIT UN PEU DE FRANÇOIS RENARD ? ALIAS POPOL ?

Et c’est M. Jules Ringlet, de Neuville-en-Condroz, qui le souhaite. J’imagine que vous serez nombreux à vous joindre à cette excellente et plaisante idée.

« Mon papa a bien connu François Renard durant son service militaire à Beverloo, en 1928. Déjà à cette époque, il était vraiment très marrant. Papa se souvient notamment de cette boutade :

« Si un jour me marie, affirmait alors celui qui deviendrait Popol, j’irai passer la nuit de mes noces dans le grand Nord car, là, la nuit dure plusieurs mois ! » renard1

Popol est présent au beau milieu de cette photo. On le reconnaît sous son bonnet, la main gauche en poche, avec ses bretelles sur sa chemise généreusement ouverte. Il profite de la pause pour manger la tartine qu’il tient de la main droite. Mon papa se trouve immédiatement à sa gauche. »

Evoquerez-vous ce grand personnage qui, à Esneux, puis, partout, par l’intermédiaire du microsillon fit rire des générations de Wallons ? Nous en fournirez-vous des photographies ? Nous raconterez-vous des anecdotes le mettant en scène ? Je l’espère vivement car cela devrait nous valoir bien du plaisir. A vous de jouer, si vous le souhaitez évidemment.

La Petite Gazette du 27 avril 2005

ET S’IL ETAIT QUESTION DE POPOL ?

C’est M. Joseph Caillet, de Sougné Remouchamps, qui a été le plus prompt à m’envoyer une photographie de ce très célèbre comique troupier de chez nous. renard2

Cette  carte postale, intitulée « Suss’ et Tur’ » représente, à gauche, A. Philippe, comique, dit la légende et F. Renard, chansonnier.

D’autres documents vous seront proposés très bientôt. Voulez-vous alimenter cette rubrique en nous narrant quelques anecdotes relatives à Popol ? Je les attends avec intérêt.

La Petite Gazette du 18 mai 2005

A PROPOS DE POPOL

Une fidèle lectrice de Tohogne nous a transmis ce petit document annonçant le décès de « Popol » :

renard3« POPOL NOUS A QUITTÉS

François Renard est mort ! Cette nouvelle m’a bouleversé ainsi que des milliers de Liégeois. François Renard faisait partie de notre vie wallonne. Il avait créé un personnage légendaire, « Popol ». Ce « Gamin de merde » de génie a fait rire des générations de Liégeois. Mon père m’a raconté qu’à la mobilisation de 1938, François Renard, qui était rappelé sous les drapeaux, a maintenu le moral des « troufions » grâce à sa verve et sa bonne humeur. On l’avait surnommé « L’homme qui ne rit jamais »… C’est vrai, lui qui ne déclenchait les tempêtes de rires, restait impassible.

Le vrai « Pince sans .rire ». François avait une tendresse particu­lière pour les personnes d’âge. Au Kursaal, à Esneux où il avait ins­tallé son quartier général, des cars entiers lui rendaient visite. Notre cher Popol créa un style de cabaret wallon vraiment unique. Chansons et sketches alternaient pour le plus grand plaisir des spectateurs. Un des plus connus « Djosef à messe » a fait le tour de Wallonie. D’autres sont des succès inoubliables, de petits chefs d’œuvre d’observation et d’humour typiquement liégeois, heureusement grâce au disque nous pouvons le réentendre. Un album reprend, ses plus grands succès dans l’ambiance du cabaret wallon. Fran­çois, nous t’aimions bien et nous ne pensions pas que tu nous quitterais si vite. Tu avais cependant une grande supériorité sur d’autres artistes… Tu as su nous faire rire ! Merci Popol pour la joie que tu nous a donnée. »

ERIC PETIT

Votre disquaire préféré

RueGretry, 59 -LIEGE

« UN AUTRE SERVICE »

Cette lectrice de Tohogne aimerait qu’on lui rappelle la date du décès de François Renard. Moi aussi, j’aimerais que vous évoquiez, documents à l’appui si possible, la vie et la carrière de ce grand humoriste de chez nous.

La Petite Gazette du 1er juin 2005

ET SI ON PARLAIT DE POPOL ?

Monsieur Freddy Lemaire, d’Aywaille, me donne l’occasion de vous présenter cette carte postale publicitaire qui lui a été consacrée.

renard4 carte postale des éditions Luma

« Ce montage a été réalisé par mon père vers 1958. On peut y voir, en plus de la façade du Kursaal d’Esneux, l’intérieur et la scène de cette salle qui vit défiler tant de monde. Au verso de ce document, outre l’adresse complète et le numéro de téléphone des lieux, on lit la célèbre devise de ce grand humoriste : « L’insecticide François RENARD tue le cafard ! » Et mon correspondant de conclure : « Il nous a bien fait rire à cette belle époque, ce n’est plus le cas maintenant, hélas ! »

J’espère toujours que vous évoquerez, documents à l’appui si possible, la vie et la carrière de ce grand humoriste de chez nous.

La Petite Gazette du 8 juin 2005

FRANÇOIS RENARD ET ARTHUR PHILIPPE…

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, a vu bien des souvenirs resurgir quand il découvrit, il y a quelques semaines la photographie de ces deux artistes qui donnent le titre à cette rubrique.

« Que d’intense émotion à la vue de cette photo réunissant ce génial Arthur Philippe et ce François Renard impayable : elle m’a véritablement fait faire un bond de près de soixante en arrière. Une vraie cure de jouvence pour mon esprit et mes souvenirs !

Je ne puis donc ainsi résister à cette vive tentation, qui est mienne, de vous livrer tout bonnement, en vrac, tels qu’ils me viennent à l’esprit, ces quelques souvenirs, un rien confus toutefois, venant de cette très riche époque du spectacle liégeois. Le devoir d’évoquer quelques-uns de ces tout grands artistes d’alors m’est absolument impérieux.

Arthur Philippe : tout un monument ! Impayable acteur au talent véritablement comparable, à tous les points de vue, à celui du Français Raimu, cet extraordinaire comédien bien trop tôt disparu. La façon qu’avait Philippe de s’exprimer était fort semblable à celle de Roméo Carles, comique et chansonnier bien connu de tous. En 1946, Philippe dirigeait, avec un brio extraordinaire, cette Troupe dite de « L’âgne qui rêye » qui donnait ses remarquables spectacles de cabaret dans les locaux du «Phare de la Place Saint-Lambert », établissement malheureusement disparu.

Arthur Philippe était, entre autres, entouré du grand Théo Désir et d’Edouard Peeters, ce très bon baryton, ancien sociétaire du Théâtre Royal de Liège, qui avait même été l’invité durant toute une saison de la Scala de Milan : c’est tout dire !. Mais qui, hélas, bien malheureusement pour lui et sa brillante carrière, en arriva alors un peu trop vite à aimer … la dive bouteille.

Il faut avoir vu tous ces artistes de « l’âgne qui rêye (tous aujourd’hui décédés, hélas !) à l’œuvre en leur désopilante série de sketches sur la « Procession jubilaire» (s’étant déroulée en 1946) pour avoir exactement pu apprécier, à sa juste valeur, toute la valeur de leur indicible talent.

Je crois utile de rappeler ici que la fameuse « Procession jubilaire » en question est cette toute grande manifestation religieuse qui, chez nous, a lieu tous les cent ans. Sa dernière organisation remonte à 1946 ; La suivante aura donc lieu en 2046. Elle se déroule à la fois à Liège et à Tongres, dure trois dimanches consécutifs et se termine le troisième dimanche par une toute dernière grande procession nautique, occupant tout le centre de la Meuse et durant laquelle l’évêque de Liège, à bord du navire fermant la procession, portant un énorme encensoir, bénit la foule, massée sur les berges, tout en remontant le fleuve.

Cette procession honore la Fête-Dieu, également nommée Fête du Saint-Sacrement, fête qui procède des apparences solaires bizarres constatées, au cours du 13ème siècle, par Julienne de Cornillon. En 1247, le futur pape Urbain IV était justement archidiacre (Prélat chargé par l’évêque du contrôle des curés du diocèse) à Liège lors des visions de ladite Julienne. Quand cet archidiacre français (né en fait à Troyes) fut pape à Rome de 1261 à 1264, il ne manqua pas, en 1264, d’officiellement instaurer la Fête du Saint-Sacrement (fête également appelée : Corpus Christi ailleurs, notamment en Allemagne).

Arthur Philippe se remuait vivement sur scène en faisant continuellement rire. Il avait une faconde exceptionnelle faite d’un subtil mélange de wallon, de flamand et de français. Il était véritablement impayable quand il imitait le « man’daye flamint dévoué, rustaud et peu instruit» (du genre de ceux qu’on voyait alors pulluler et s’agiter en nos alors très florissants ateliers liégeois) qui, sans retenue, se mettait à « braire tous azimuts » en un jargon fait de wallon et de français avec constructions grammaticales toutes aussi originales que marginales.

François Renard (dit Popol) était, lui, à la fois, un musicien et un conteur remarquable. Il restait le plus souvent bien statiquement sur scène et contait fréquemment à la manière de Fernand Raynaud. Durant son numéro, il présentait un visage imperturbable, tel celui de l’artiste du cinéma muet américain Buster Keaton. Son accent unique était très particulier et savoureux. Je me souviens encore de cette toute petite phrase anodine qu’il lançait avec sa verve succulente habituelle : « l’nn’a Marèye qui vout passer l’êwe. Elle mète si pî so l’prumîr ‘ pire, et raf… vola qu ‘elle pète so s’panse ! » A suivre…

La Petite Gazette du 17 juin 2005

FRANÇOIS RENARD ET ARTHUR PHILIPPE…

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, a vu bien des souvenirs resurgir quand il découvrit, il y a quelques semaines la photographie de ces deux artistes dont il a commencé à nous parler la semaine dernière.

«Tous ces artistes, qui n’avaient toutefois nulle peur d’égratigner curés et bigots, étaient toutefois de très grands hommes de cœur : de vrais bons Samaritains. En effet, on ne saurait compter toutes ces nombreuses fêtes de charité auxquelles ils ont spontanément participé, animés du seul désir de tout bénévolement venir en aide à d’infortunées personnes marquées par un sort ingrat. Je pense que cette noble attitude hautement louable, mérite vraiment d’être ici doublement soulignée.

Il y avait encore dans le domaine de la fantaisie et de l’imitation enfantine (Ici, le petit Toto, héros similaire en tous points au Popol de Renard), le fameux Jules Deneumoustier. Certains connaisseurs ont même prétendu (A tort ou à raison ???) que le tout premier à avoir présenté de tels sketches avec voix enfantine était Deneumoustier et non point Renard. Jules Deneumoustier voulait devenir une vedette internationale, mais la guerre allait fortement contrarier ses projets. Pendant la tourmente de 1939-45, il n’avait plus guère d’autres solutions que de se produire sur la scène de la Salle des Dominicains à Liège. Ce brillant café-concert du début des années 20 était fort fréquenté par une belle Société liégeoise. On y dansait durant les entractes des spectacles sur scène. L’ambiance dans cette salle située au centre de la rue des Dominicains (où est venu s’installer plus tard un cinéma) était tout bonnement électrique. Tout le monde s’y amusait toujours follement ; et ce, même durant les années d’occupation nazie.

A la fin de la guerre, les lois sociales ayant terriblement changé, il fallut bien vite déchanter. Je me souviens qu’un jour de 1948, Madame Mordant l’ancienne patronne de ladite salle des Dominicains expliquait, le cœur bien gros, à ma tante Laure (la femme du grand champion de boxe Nicolas Petit-Biquet dont j’ai déjà évoqué le souvenir dans d’autres éditions de La Petite Gazette) qui était une de ses bonnes amies : « Non, hein, Madame Biquet, ce n ‘était plus possible de tenir le coup avec toutes ces taxes communales et autres à payer, la SABAM, les cachets des musiciens et des artistes, on aurait dû alors vendre nos consommations beaucoup trop cher. Tout cela aurait non seulement bien vite tué l’ambiance mais aurait été, de surcroît, rapidement intenable financièrement. Nous avons bien dû nous résoudre, la mort dans l’âme, à bel et bien fermer définitivement l’établissement ». Les maudites taxes avaient donc ainsi rondement fini par bel et bien tuer la poule aux œufs d’or !

Lors de ses débuts en tant que vedette internationale, Jules Denoeumoustier rencontra pas mal de rudes embûches. Un jour où nous l’avions fortuitement rencontré en ville avec ma tante Laure, il nous avoua alors qu’il rentrait de Paris : « Je me suis produit là-bas et, durant mon tour de chant, pas moyen d’arracher le moindre applaudissement de l’as­semblée. J’en avais vraiment marre et me suis alors mis à leur sortir « Mes histoires de Toto ». Celles-ci leur ont directement plu et j’ai connu un succès fou, totalement inattendu de ma part, avec ces petites imitations enfantines. J’ai été alors sans cesse rappelé sur scène par des applaudissements nourris car le public voulait encore et toujours m’entendre raconter ces histoires de mon turbulent Toto. »

La Petite Gazette du 24 juin 2005

EN MARGE DES FRANÇOIS RENARD ET ARTHUR PHILIPPE…

Pour conclure son évocation des grands noms du spectacle liégeois, Monsieur Jacques Bastin met à l’honneur d’autres noms de chez nous :

«Maintenant, avant de clôturer, tant que je suis dans le secteur, je profite encore de l’occasion pour toucher un petit mot au sujet de personnes, réellement exceptionnelles, de la région de l’Ourthe (de Comblain-Fairon, très exactement) que j’ai jadis eu le grand plaisir de connaître, bien qu’étant encore alors petit enfant. Voici:

Au début des 30, ma mère, qui était coiffeuse, avait pour cliente (en fait, c’était notre voisine directe) une belle grande demoiselle jeune, blonde et fort élancée, ne sachant pas encore exactement quelle voie professionnelle elle devait choisir. Ma mère lui suggéra, vu son physique et sa prestance, de faire du théâtre. Elle suivit le conseil et, après, suivit des cours de comédie, elle entama une brillante carrière à Paris, laquelle fut toutefois bien mal­heureusement contrariée par la venue de la guerre.

Celle-ci terminée, elle put assez rapidement reprendre ses activités théâtrales et même finir par décrocher, au cinéma, le principal rôle féminin dans le film intitulé « Soldats sans uniforme », long métrage sur la Résistance qui connut un franc succès juste après la guerre.        Cette grande vedette de chez nous s’appelait Simone Poncin. Elle était originaire de Comblain-Fairon. Elle devait bien malheureusement disparaître à jamais, en 1947, terrassée par un cancer alors qu’elle n’avait pas quarante ans. Je tiens également à signaler que le Jules Deneumoustier susnommé tenait également un petit rôle de figurant dans ce long métrage en question. Le frère de cette artiste, nommé Félix Poncin (un grand ami de mon père qui était également un mordu de la moto), a été un grand champion motocycliste, en vitesse pure, au cours des années 1930, en catégorie seniors. «•

Enfin beau-frère de cette même artiste (un grand ami de mon père également) était Ariel Donis, l’ingénieur de la célèbre Firme Saroléa de Herstal, en charge de l’écurie de courses de vitesse pure de ladite Société. Ariel Donis était également originaire de Comblain-Fairon ainsi que sa femme qui n’était rien d’autre qu’une fille Poncin, soeur des Félix et Simone précités. Il est encore utile de souligner, pour bien camper le décor, que quand il accomplissait ses hautes études à Liège, Ariel Donis n’avait pratiquement pas d’argent de poche : ses parents étant, en effet, assez démunis. Quand Ariel voulait donc rentrer chez lui en fin de semaine, il n’avait d’autre solution, vu sa situation financière précaire, que de faire le chemin de Liège à Comblain-Fairon « pedibus » (L’auto-stop n’existant pas encore alors). Il devait faire de même pour regagner Liège une fois le week-end terminé : il est bien vrai qu ‘on n ‘a rien sans peine! »

Mme Vve Léonce Lecocq se souvient elle aussi :

« Mon mari était pianiste et il a accompagné de nombreuses fois François Renard, Arthur Philippe, Théo Désir… Edouard Peeters aussi, ce dernier était également le Parrain des artistes de Wallonie.

Avec Popol, mon mari a même composé la musique d’une comédie dont François Renard avait pris en charge les paroles. Mon mari a fait partie de « L’âgne qui rêye » où il accompagna bien des artistes J’espère que les lectrices et les lecteurs se souviendront de toutes ces personnes malheureusement décédées. »

Les courriers reçus à ce sujet me permettent de confirmer à Mme Lecocq que tous ces artistes ont conservé leur place dans le cœur et la mémoire de ceux qui les ont applaudis…

« Je suis le fils de François Renard, m’écrit gentiment M. Albert Renard, et je lis avec plaisir vos articles dans les Annonces. C’est avec plaisir que je lis vos articles depuis quelques semaines sur mon père et je me suis dit que c’était la moindre des choses que de vous envoyer deux photos qui le représentent bien. Des souvenirs de papa, j’en ai quelques-uns, que ce soit des disques, des photos, des partitions, des affiches des concerts qu’il faisait un peu partout avec sa troupe, des articles de presse,… Les plus beaux souvenirs sont dans nos têtes à ma sœur et à ma maman qui vit toujours à Esneux, mais plus au Kursaal. Ma sœur et moi-même sommes nés dans cet établissement d’Esneux et nous y avons vu passer des milliers de personnes. Pour répondre à une question de vos articles précédents, papa est né le 23 août 1907 et est décédé le 20 janvier 1980. Après la mort de papa, nous avons continué à tenir la salle du Kursaal à Esneux jusqu’en 1992, et depuis le café n’existe plus, il a été remplacé par un magasin. Donc la dame qui vous a donné le renseignement n’est plus passée à Esneux depuis longtemps, je possède encore des disques mais c’est très personnel. On m’a dit que chez Duchesne rue des Guillemins à Liège, il y aurait encore des disques ou K7, mais c’est à vérifier, (je ne savais même pas que le disquaire Duchesne existait toujours). La photo de D’joseph à messe est assez vieille. renard5

L’autre photo vous permet de le retrouver avec Henriette Brenu à l’époque où ils faisaient une émission de radio tous les vendredis « Popol et Tante Titine« .

renard6D’autres souvenirs et d’autres documents dans notre prochaine édition.

La Petite Gazette du 1er juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

Monsieur Jean Hourman, de Comblain-la-Tour, a très bien connu François Renard et pour cause puisque le papa de mon correspondant était le cousin par alliance du grand humoriste sociétaire du célèbre Kursaal d’Esneux. Il me permet de vous présenter quelques documents particuliers. renard7

Cette semaine, vous découvrirez sa carte de membre de la Ligue de Protection Aérienne, valable pour 1938 – 1939.

Monsieur José Marquet, de Sprimont, a, lui aussi, eu l’extrême gentillesse de répondre à l’appel que je vous lançais. Il nous envoie une copie de la musique d’une célèbre chanson née du talent et de l’imagination de François Renard. renard8

La Petite Gazette du 8 juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

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Monsieur Jean Hourman, de Comblain-la-Tour, a très bien connu François Renard et pour cause puisque le papa de mon correspondant était le cousin par alliance du grand humoriste sociétaire du célèbre Kursaal d’Esneux. Il me permet de vous présenter quelques documents intéressants évoquant la carrière de Popol.

 

 

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« J’ai la chance et le privilège de me retrouver sur scène avec tous ces gens-là ainsi que, évidemment, chez François où, chaque année, je faisais partie du spectacle destiné aux pensionnés et donné à l’occasion de la fête à Esneux. Ce spectacle, rappelons-le, était entièrement gratuit pour les aînés. »

Grâce à l’aimable contribution de M. Jean Hourman, d’autres documents vous seront encore proposés dans la prochaine édition.

La Petite Gazette du 15 juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

Monsieur Jean Hourman, de Comblain-la-Tour, a très bien connu François Renard et pour cause puisque le papa de mon correspondant était le cousin par alliance du grand humoriste sociétaire du célèbre Kursaal d’Esneux. Il nous a permis de vous présenter quelques documents intéressants évoquant  Popol. Aujourd’hui, c’est la copie du faire-part de décès de celui qui fit pleurer de rire tant de monde qui vous est présentée

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La Petite Gazette du 20 juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

Madame Liégeois, de Vaux s/Chèvremont, m’a communiqué une intéressante documentation  relative à François Renard :

« A propos de Popol,

Devant mes yeux : son chapeau, le doigt dans la bouche ou un rien sévère.

mes oreilles li vix molin, lfescarpolette, 0 petit coeur, è l’abri, Suss’ et Tur’ mobilisés, li canåri, l’inspecteur… que de rires, que de pleurs, chansons, sketch, mimiques.

Que de souvenirs je garde de mes soirées passées, avec Papa, au Kursaal.

Pourtant il est parti le 20 janvier 1980. Vilain jour pour son fils Albert, sa fille Marie-France et son épouse Loulou.

Mais François n’est pas mort. Il vit encore grâce à tous ses disques; aux jeunes et aux cheveux blancs qui chantent ses chansons.

Un souvenir qui, encore et toujours, nous ravit. »

Ma correspondante me fait parvenir un intéressant article paru dans La Wallonie du 14 février 1980.

« Pendant la guerre, Guy Louysis faisait du cabaret avec François Renard

 L » « Agne qui tchoûle », caba­ret wallon, a débuté à la Popu­laire en 1941. Trois ans après, il était au Phare. Entre-temps, il avait parcouru toute la pro­vince, débordant même sur le Namurois et le Luxembourg. De menues différences de pa­tois n’arrêtaient ni ces joyeux drilles, ni les spectateurs. Fran­çois Renard, récemment disparu, en était le codirecteur avec Arthur Philippe. Tous deux étaient des «comiques». de la bande des sept, un seul vit encore aujourd’hui : Guy Louysis.

Benjamin de la troupe avec François Renard, il avait été engagé alors qu’il faisait du music-hall. N’étant pas auteur wallon, c’est François Renard qui lui fit les textes et musi­ques de toutes ses chansons.

« Je lui dois mes plus grands succès, explique-t-il. «Lingadje di Mann Kins », «On GaJand galant», «Pat qu’dji danse», « Babètoss » et « Tôt près dè vî molin» ont été écrits pour moi ».

Guy Louysis se souvient que pour conserver son sérieux lors de fou-rire en scène, François Renard devait parfois faire des efforts tels que les larmes — de rire — lui coulaient le long des joues. -C’était des plaisanteries bien innocentes pourtant, du style de celle que raconte encore Guy Louysis :

 « Le professeur à l’élève :

— Je prête 20 F à ton père II me rend 5 F par an. J’attendrai combien de temps ?

— Vingt ans.

— Tu ne connais pas ton arithmétique.

— Non, mais je connais mon père ! ».

Après sa Libération, François Renard partit pour Bruxelles. «L’Agne qui t’choûle » devint « L’Agne qui rèye » Jean Noben, qui vit encore entra dans la troupe. La première revue fut celle de Georges Rem : c’était «Il a pété, le Robot». On devait la jouer 350 fois. »

La Petite Gazette du 2 septembre 2005

A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DU CABARET WALLON

« C’était dans la seconde moitié des années 1930, se souvient Monsieur Henri Boudlet, d’Izier. J’avais 14/15 ans lorsque j’ai commencé à participer aux intermèdes des représentations théâtrales du Cercle Saint-Germain par des chansons en wallon. Ma première chanson avait pour titre «  Elle est trop grande por mi ». Avec d’autres chanteurs, pour composer notre répertoire on écoutait (sur un poste T.S.F. à accus), le mercredi soir , sur les ondes de Radio Liège Expérimental, l’émission du cabaret wallon qui, avait pour nom « L’agne qui rèye » à partir d’un café de la Rue Haute-Sauvenière à Liège. L’émission commençait par le couplet suivant

A Cabaret Wallon del Haute Sâvenire, tout va très bien, tout va très bien.

François Renard, Arthur Philippe et Nicolas Delhez étaient les principaux animateurs. A cette époque, François Renard était coiffeur et habitait Liège. Il était aussi surnommé « L’homme qui ne rit jamais ! » ; il faisait rire le public tout en restant « de marbre » ; c’était son naturel..

Sous l’occupation, le cabaret wallon a poursuivi ses activités. Mais eu égard aux circonstances il avait changé de nom pour s’appeler « L’agne qui tchoule » et se produisait dans un café près de la Populaire, Place du Maréchal Foch.. Etant alors occupé à Liège j’ai assisté assez souvent à leur spectacle. En ce temps-là certains chanteurs étaient vêtus de l’habit avec chapeau claque et badine. François Renard portait seulement 1′ habit, une grosse fleur à la boutonnière puis … une grande épingle de sûreté au dos.

François Renard était le présentateur. Le podium était installé dans un coin du local. François y était perché avec sa batterie. Chaque présentation était ponctuée d’un roulement de caisse claire et d’un coup de cymbale Bien sûr, ses présentations étaient teintées de son humour habituel. Je me souviens de : «  Dji m’va chanter one chanson da meune qui dja fait mi minme »  , «  Dji va raconter on monologue qui dja fait por mi tôt seu ». II y avait des chansons humoristiques et satyriques envers les Allemands : « Porminade Hitlérienne » de François Renard, « Li rjeton da Hitler »  et «  M’voyèdje è l’Al ‘magne » de Nicolas Delhez.

renard12Les grands succès de ces chansonniers figurent encore aujourd’hui au répertoire des chansons wallonnes. Il y en a parfois au programme du cabaret d’Izier de novembre! »

 

 

 

 

 

 

 

François Renard (en haut) et Nicolas Delhez

La Petite Gazette du 16 septembre 2005

UNE BONNE DE FRANCOIS RENARD

   Madame Liégeois, de Vaux-sous-Chèvremont, m’a transmis ce petit article, paru dans La Cité du 22 janvier 1980 et tout à fait révélateur de l’humour de ce grand comique de chez nous

«Lète d’ine mame a s’fi qu’est mobilisé »

// nous revient à l’esprit une des premières compositions de François Renard qui connut en son temps un immense succès au cabaret wallon de Liège ex­périmental. Il s’agit d’une «Lète d’ ine mame a s’fi qu’est mobi­lisé» au «14e luskèt».

   Après lui avoir donné avec force détails comiques des nouvelles de  son petit chien  et s’être excusée de n’avoir plus d’encre à la maison, cela étant la raison pour laquelle « c’est-å-crayon» qu’elle prend la plume  pour lui écrire, elle continue sa missive.

Citons quelques phrases au hasard :

   Dji deus dire qui divan qu’vos n’alîze, on n’s’aporcûvève nin qui vos éstiz st-évôye. C’est seûlmint dispôye qui vos avez n’alé qu’on sint bin qu’vos n’estez pu la.

   Totes les bièsses a cwèn sont malådes. Vosse pauv’ père ni va nin bin non pu.

Dimègne qui vint, on fait n’grande coûsse-âs-âgnes. Nos r’grètans turtos qu’vos n’sèyize nin la.

   Il n’a st-avu l’feu amond l’gârd champète. On a polou savé totes les bièsses, mînme si feume. mins tote Ii mohone est broulêye pace qui les pompiers ont st-anivés trop târd. Li mayeur a décidé qui qwant i n’âreût co l’feu, les pompiers divrît esse la on qwârt d’eûre dlvant, po qu’ls éyésses li timps d’s’apràster.

   Asteûr, II est disfindou d’aler fer ses besoins naturels podrî l’meûr del gendarmerèye, slns qwè, les gendarmes sont s’autorisés à  mète la main d’sus.

Coma nos ôsfans st~indulgent, nos avans stu kwèri on masse a gaz po rin. Vosse père à sayî l’sonc, seul’mint II a d’vou fer des trôs tôt près dèl narène po poleur respirer.

Asteùr, si vos n’ricûver nin nosse lète, scriyer-m’el dlrecte mint, qu’on pôye fer n’ réclamation a l’posse.

La Petite Gazette du 7 octobre 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DES ARTISTES D’ALORS

Monsieur Jacques Stassart, de Liège, revient sur le sujet pour apporter d’utiles précisions à ce qu’il a lu dans les articles que lui ont apportés des connaissances :

« Il est probablement trop tard pour solliciter une rectification aux textes publiés récemment par votre chaleureux journal et qui m’ont été rapportés par des connaissances. (N.D.L.R. Vous voyez qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire …)

Il s’agit cependant d’un lapsus que l’intéressé, croyez-le bien, n’aurait pas aisément digéré. Or, la confusion est néanmoins récurrente ; il arrive même qu’elle soit mise en exergue dans des annonces officielles de grands Cabarets.

Il est ici question de son appartenance aux diverses troupes artistiques liégeoises : on peut effectivement citer allègrement, entre autres, le Cabaret des deux Fontaines, 1′ Agne qui tchoûle, les Troubadours (où il m’a succédé en avril 48) et les Brankignol’s , mais JAMAIS François n’a fait partie de l’Àgne qui rèye .

Ceci dans le seul but d’apporter une précision requise au cas où vous reviendriez un jour sur le sujet.

Pour la petite histoire, François quitta 1’Âgne qui tchoûle pour la Capitale d’où Léon Lejeune le rappela pour la présentation de la première des Troubadours à la Populaire. Son inspiration en vue de cette représentation fut telle que tous les sketches prévus au programme portaient sa griffe. Il était également l’auteur de la « signature » de la Troupe qui ouvrait et fermait le spectacle ou l’enregistrement!

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Une partie de la troupe des Djoyeux Troubadours, avec, au centre, rançois Renard

Je suis agréablement surpris que des spectateurs ou auditeurs de l’époque soient en mesure non seulement de ressortir des tiroirs une photo telle que celle des troubadours (1946-47) que vous avez publiée, mais surtout de parvenir encore à mettre un nom sur chaque bobine. Toutefois, un petit bémol (pour rester dans la note) : l’artiste apparemment non reconnu, à la droite de Jean Noben, c’est Claude Sauvenier, ténor léger , chanteur de charme remarquable.

Cela dit, c’est un grand bonheur de constater que l’oubli n’a pas cours sur tout et que subsistent un peu partout en Wallonie des personnes enthousiastes à rendre hommage à François Renard, cet artiste de grand talent dont la mémoire évoque pour tous ceux qui l’ont applaudi d’excellents souvenirs et pour ceux qui ont eu la chance de le côtoyer – soit professionnellement, soit dans la détente comme par exemple à la pêche, où, bien évidemment, l’humour restait de mise – la sincérité profonde d’une amitié sans faille !

La Petite Gazette du 12 octobre 2005

ENCORE ET TOUJOURS POPOL…

Vous êtes nombreuses et nombreux à me dire votre plaisir de voir évoquée la mémoire de François Renard, alias Popol, vous serez dès lors ravis de découvrir, dans les prochaines éditions, d’autres documents relatifs à sa longue carrière. En effet, Madame Liégeois, de Vaux s/Chèvremont, m’a encore confié quelques très intéressants documents et souvenirs.

« François Renard, l’unique Popol, m’écrit ma correspondante, fut le seul artiste wallon à fêter ses 100 ans ! En réalité, il n’avait que 69 ans en 1976 ! Ce double jubilé rassembla, autour de François,  sa famille et de nombreux amis au rang desquels on comptait Bob Dechamps, Henriette Brenu, Jean st-Paul, des membres du Royal Caveau Liégeois et des membres de « l’Accordéon Club de Boncelles » dont il était le parrain. Ce club est d’ailleurs né dans la cave de Popol, mais je ne sais plus à quelle date… et vous ? »

renard14 Au Troca, en 1976, François Renard est congratulé par Dieudonné Boverie. Derrière le piano, on reconnaît Lejeune et, parmi les membres du Royal Caveau Liégeois, Jacques Peters, Henriette Brenu et J. Ronvaux.

Dans son courrier, Mme Liégeois donne une information qui me permettra d’apporter une réponse à une question tant de fois posée. En effet, vous m’avez souvent demandé où il était possible d’encore trouver les disques de Popol. Outre les brocantes et autres bourses aux disques, la Bibliothèque des Dialectes de Wallonie (Chiroux) possède une impressionnante liste des productions du célèbre comique. La lecture de cette liste ravivera, j’en suis certain, bien d’agréables souvenirs…

Popol raconte / par Popol. [s.l.] : Pathé, |s.d.]. 1 disque, 45 t./min. Contient : Cousin Doné; Grand-père est myope ; Le Canari

Viens chez Popol I interprété par François RENARD ; accompagné par Jean-Marie TROISFONTA1NE et Hector DELFOSSE ; produit par Georges DELFOSSE. [s.l.] : GIF, 1978. 1 disque, 33 t./min. Contient : Viens chez Popol ; Grand-père est décoré ; Ma femme et son caniche ; Pitite Bêle Mère ; Belgique-Angleterre ; Monsieur l’Inspecteur ; So l’escarpolette ; E l’abri ; A l’usine.

Sketches + pochette / de François RENARD ; dits par Popol. [s.l.) : EMI, 1966. 1 disque, 33 t./min. Contient : Djôscf a messe ; Lettre de Popol ; La Communion de ma sœur ; A l’école ; Cousin Doné ; Partie de pêche ; Congés payés ; Grand-père est myope ; Le Canari

Album souvenir «François Renard» (Popol). |s.l.) : Sélection records [s.d.]. 1 disque, 33 t./min. Contient : Vas-è ; A son d’ l’armonica ; Tapez n’ gote ; Les tcâffeûs d’autobus ; Mi feume twistèye ; Belgique-Angleterre 1-0 ; Dimin, il îrèt mi ; L’amour ; Phrasie-Tyrol ; Li p’tite rouwalelte ; Tango des r’prochcs ; Petit cœur ; Li Marocain ; Li bonheûr ; Abandon ; Babetoss’.

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La Petite Gazette du 19 octobre 2005

ENCORE UN SOUVENIR LIE A POPOL

Monsieur Rodolphe Lontin, de Seraing, souhaite partager une petite anecdote avec les lecteurs de la Petite Gazette :

« En 1952 ou 1953, je suis monté sur la scène d’un dancing d’Ouffet sur laquelle était installé Popol. Je me suis assis sur ses genoux et, en l’imitant, j’ai monologué une dizaine de minutes, en faisant comme s’il était mon père. Les gens, dans la salle, étaient pliés en deux, mais lui n’a jamais rien dit, ni même souri ! J’avais dès lors perdu les 50 francs qu’on promettait à tout qui le ferait sourire. »

MADEMOISELLE DE CES GENS-LA Le nouveau roman de Paul De RE

A tous les amateurs de littérature régionale de qualité…

Quoi que vous ayez prévu mercredi prochain 30 novembre à 20 heures, annulez tout… et venez nous rejoindre pour écouter Paul De Ré vous présenter son nouveau roman.

affiche-paul-de-re-novembre-2016 Cette présentation sera agrémentée de lecture d’extraits par Andrée, Rolande et l’auteur lui-même.

Paul De Ré sera accompagné de Françoise Salmon, son éditrice esneutoise. Vous aurez tout loisir de vous entretenir avec l’un et l’autre lors du verre de l’amitié et de la séance de dédicaces.

Une organisation conjointe avec le CCPL et la commune d’Esneux.

Au plaisir de vous rencontrer à cette occasion,

Pour l’Asbl Le Vieil Esneux,

Michel Eubelen, Julien Brusten et Philippe Hamoir.

UN B-17 S’ECRASE A ROTHEUX, LE GENERAL CASTLE ETAIT A BORD…

La Petite Gazette du 24 septembre 2008

ENCORE UNE FORTERESSE VOLANTE, A ROTHEUX CETTE FOIS

C’est Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, qui l’évoque et je l’en remercie.

«On a déjà beaucoup écrit sur les forteresses volantes de Ramelot et de Yernée. Jusqu’à présent, à ma connaissance, personne n’a encore évoqué l’histoire du B17 qui s’est écrasé dans le bois du Trixhosdin, à Rotheux. En 1944, j’étais un tout jeune gamin et j’habitais dans une villa située à côté du château de la famille de Schaetzen, au bout de Rotheux, plus précisément au hameau du Trixhosdin. L’avion américain s’est écrasé une nuit de 1944 (j’ignore la date exacte) à moins de deux kilomètres de chez nous, en pleine forêt. Je pense qu’aucun membre de l’équipage n’a survécu.

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Voici une photo de l’un des quatre moteurs qui s’est arraché de l’aile suite à la violence de l’impact.

Ce cliché a été pris 2 ou 3 jours après le crash. Il me serait agréable que l’un de vos lecteurs m’en apprenne plus sur cet événement qui a marqué mon enfance en endeuillant l’aviation US. »

Aux spécialistes, amateurs et témoins des faits de jouer maintenant…

La Petite Gazette du 1er octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Monsieur Rik Verelle, de Bomal s/O, est, vous l’avez déjà constaté, un véritable passionné de l’aviation de la Seconde Guerre Mondiale. Il n’a pas traîné pour mener des recherches afin de répondre à la question posée par Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, à propos de ce B-17 qui s’est écrasé à Rotheux. C’est donc au Musée de l’Armée au Cinquantenaire à Bruxelles qu’il a mené sa minutieuse et fructueuse enquête. Durant deux semaines, nous allons découvrir ses passionnantes découvertes et tous les documents qu’il a pu rassembler.

« Le matin du dimanche 24 décembre 1944, les Alliés envoyèrent leur plus grande armada volante de toute la Seconde Guerre mondiale contre l’Allemagne. La mission 760 ne comptait pas moins de 2034 bombardiers lourds américains, 376 bombardiers moyens américains, 1157 chasseurs-bombardiers américains, 1100 chasseurs-bombardiers britanniques et 853 chasseurs d’escorte américains. L’objectif fut constitué par  les aéroports et les systèmes d’approvisionnement des Nazis et avait comme but de briser l’offensive Von Rundstedt dans les Ardennes.

487-gp-en-formation  Le 487 GP en formation

En Belgique le ciel était clair et illuminé par une couche de neige de quelque 40 cm d’épaisseur. L’Angleterre était, elle, enveloppée par un brouillard épais. Quant à l’objectif en Allemagne, il était couvert par les nuages.gen-castle-en-nov-1944 Le Général Castle en 1944

Le Général Frederick W. Castle, commandant de cette formation gigantesque, avait pris place dans le 1er avion qui était le bombardier surnommé « Treble Four ». Il s’installa à droite du Lieutenant Robert W. Harriman qui pilota le bombardier. « Treble Four », l’avion de tête donc (Pathfinder) qui avait la responsabilité de maintenir l’itinéraire, de trouver et de marquer l’objectif avant que la masse ne lâche ses bombes.

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1Lt Robert Harriman 

 

« Treble Four », une forteresse volante du type B-17G américain avec le N° de série 44-8444, appartenait au 836 Squadron du 487 Bomb Group de la 8 US Army Air Force. Ce 487 Bomb Group était basé en Angleterre à Lavenham Airbase depuis le 5 avril 1944. Le « Treble Four » était un bombardier tout neuf qui  partait pour sa première mission de combat.
La 487 Bomb Group, qui fut intégré dans l’offensive du 24 décembre 1944, décolla de Lavenham à 9 heures pour se retrouver au-dessus d’Ostende (check point 2) vers 11.30 h., toujours en train de grimper. A 12.23 h. la formation arriva au check point 3 à son altitude opérationnelle de 22.000 pieds, alors il se scinda en trois sous-groupes pour se diriger vers trois objectifs différents.

Les chasseurs escorteurs américains n’avaient malheureusement pas encore rejoint l’armada des bombardiers, les laissant par conséquent sans protection rapprochée.
Vers 12.29 h. l’avion « Treble Four » constata une fuite d’huile au moteur n° 1 et une forte diminution de sa puissance. Le Général Castle décida alors de remettre le commandement à son député et de quitter la formation puisque le bombardier ne savait plus suivre. Le pilote glissa l’appareil vers la gauche et le bas et l’offensive continua sans le « Treble Four ».
A 12.30 h. trois chasseurs-intercepteurs allemands du type FW-190 attaquèrent la formation sur le flanc gauche. Suite à cet incident et malgré les difficultés techniques le Général décida d’essayer de continuer quand même de rattraper la formation et d’en reprendre le commandement. En vain car « Treble Four » manqua de puissance et il s’éloignait de plus en plus de la formation. Comme tous les bombardiers isolés de leur formation, il devint une proie facile pour la chasse allemande. » A suivre…

La Petite Gazette du 8 octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Comme promis, retrouvons la suite du récit de la chute de cet avion à Rotheux que Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, a pu établir grâce à ses recherches minutieuses.

A 12.32 h., au-dessus d’Amay et toujours à 22.000 pieds d’altitude, le « Treble Four » subit d’abord une attaque d’un chasseur isolé qui blessa le 1Lt Procopio, navigateur, puis de nouveau par trois autres FW-190 venant de droite.

Avec les moteurs N° 1 et 2 en feu l’appareil était condamné et le pilote 1Lt Harriman ordonna à l’équipage de sauter, ce qu’il fit à 12.36 h. Le 1Lt Harriman assisté par le Général Castle restèrent à bord et s’efforcèrent de diriger le bombardier vers un champ ouvert dans l’espoir d’épargner les troupes alliées et la population en dessous d’eux. C’est d’ailleurs pour la même raison que les bombes ne furent pas larguées malgré que l’avion ait pris feu. A 12.37 h., à quelque 12.000 pieds d’altitude, un réservoir de carburant éclata et arracha l’aile droite. C’est à ce moment que l’avion partit en vrille violente (une chute en spirale qui le rend totalement incontrôlable).

Selon des témoins « Treble Four » se désintégra en quatre parts durant sa chute mortelle et la partie nez cockpit toucha la terre dans une zone boisée en position inversée, ne laissant pas la moindre chance au 1Lt Harriman ni au Général Castle. Les bombes, toujours à bord, explosèrent à l’impact. Il était 12.50 h.
Lieu du crash : la partie avant de l’avion comprenant nez, carlingue, aile de gauche et soute à bombes tombèrent à 300 mètres du château d’Englebertmont et la ferme Sotrez à environ 1 Km au sud de Rotheux-Rimière et évita de toute justesse le hameau de Trix Hosdin; les débris  couvrirent une zone de quelque 200 mètres. L’aile droite fut retrouvée sur le cimetière de Nandrin, le fuselage tomba au lieu dit  La Croix André, et la queue fut retrouvée à 1 Km au sud du crash site principal.

queue-de-treble-fourQueue du Treble Four  
Des huit membres d’équipage qui avaient sauté en parachute, trois ne survivront pas: 1Lt Rowe Claude L. (co-pilote, mais mitrailleur de queue pour cette mission) fut mitraillé en plein air sous son parachute par un avion allemand.

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Le Sgt Swain Lawrence H. (opérateur radio, mitrailleur) s’écrasa près de Moulin car son parachute avait pris feu, et le 1Lt Procopio Bruno S. (navigateur radar) mourut à l’hôpital de Liège des suites de ses blessures (visage brûlé, huit balles dans la jambe droite, pied gauche fracassé).

Les cinq autres membres survivrent au désastre (Capt Auer Edmond F., navigateur – 1Lt Biri Paul L., bombardier – Mac Arty Henry P., navigateur – Sgt Hudson Lowell B., mitrailleur de flanc – Sgt Jeffers Quentin W., ingénieur mitrailleur).

Ceci confirme les témoignages des troupes américaines qui ont compté six parachutes avant la chute de l’avion, et un septième au moment où l’avion partit en vrille. Les corps des deux pilotes, le 1Lt Harriman Robert W. et le Général Castle Frederick W., furent complètement désintégrés par l’explosion, et on ne retrouva que des restes de viscères et des lambeaux de chair éparpillés parmi les morceaux de métal.
Leurs restes furent enterrés d’abord au château d’Englebertmont, et puis transférés au cimetière américain de Henry-Chapelle au Nord-Est de Liège. Le corps du Sgt Swain L. H. fut également enterré à Henry-Chapelle.

 

La perte de « Treble Four » fit l’objet du rapport  MACR N° 11552 dans les anales du 8 US Army Air Force.

Le 487 Bomb Group avec ses trois escadrons, le 836, 837 et 838, fut opérationnel du 5 avril 44 au 21 avril 45. Pendant cette période il effectuera 185 missions (6021 sorties), il larguera 14.641 tonnes d’explosifs, il perdra 57 bombardiers et 230 hommes, et il aura détruit avec certitude 22 chasseurs allemands, 6 probables, et 18 endommagés. »487-gp-en-action

 

 

 

 

Le  487 GP en action
Références :

  1. http://www.geocities.com/pmwebber/castle_treble4.htm
  2. http://www.487thbg.org/
  3. http://mighty8thaf.preller.us/

Merci pour cette formidable enquête.

Monsieur Baudouin Lejeune apporte également une information : « Suite à la demande de  M André Doppagne sur la forteresse volante de Rotheux, je signale que l’équipage a sauté sur le village de Fraiture en Condroz, un monument est érigé à la rue du Tilleul. »

QUAND DEBUTA LA GRANDE GUERRE… UNE CONFERENCE DE RENE HENRY POUR SE SOUVENIR

Les Associations patriotiques d’Aywaille et le P.A.C. Aywaille se sont associés pour donner une dimension supplémentaire aux traditionnelles commémorations organisées en ce jour anniversaire de l’Armistice. En effet, avant les dépôts de fleurs sur  tous les monuments de la commune ; le temps du souvenir débutera dès le jeudi 10 novembre, à 19h30, en la salle le Century, avenue Cornesse n°66 à Aywaille, où vous êtes conviés à la conférence que j’aurai l’honneur de vous donner sous le titre de « Quand débuta la Grande Guerre… »

Les quelques lignes qui suivent vous présenteront brièvement le contenu de l’exposé que je ferai en prélude aux manifestations patriotiques du lendemain. Vous y êtes bien évidemment toutes et tous chaleureusement conviés.

Aux premiers jours d’août 1914, les Belges ne savaient plus ce que pouvait être une guerre…

Depuis 1815 et Waterloo, on ne s’était plus battu sur le sol du pays – hormis bien sûr les quelques combats contre le pouvoir orangiste en 1830.

Le contexte politique du pays, influencé par les vives tensions internationales, est très particulier. Le Roi Albert Ier intervient personnellement pour tenter de créer un esprit d’union nationale et prend des initiatives politiques très novatrices. Les chambres sont réunies quand l’annonce de la violation du territoire national est transmise aux parlementaires.

La guerre commençait avec son abominable lot d’horreurs et de massacres qui n’épargnèrent pas notre région…

Dès les premiers jours de ce que l’histoire appellera la « Grande Guerre », le quotidien des Belges sera très rapidement et très profondément bouleversé.

C’est à la rencontre de ces énormes bouleversements que cet exposé vous invite. Il ne sera guère question dans mes propos d’opérations militaires ; en effet, ma volonté réside plutôt dans l’envie de vous présenter, de vous expliquer et de vous commenter ce à quoi les Belges durent très vite se soumettre car, en moins d’un mois, toute l’administration du pays est sous le contrôle strict de l’occupant et, en trois mois, le pays est à 90% sous le contrôle de l’administration allemande.

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Document appartenant aux collections de M. Freddy Lemaire à Aywaille, extrait de R. HENRY, Aywaille, Chronique illustrée du XXe siècle, Dricot, 2006

Etudier cette période, c’est se lancer à la découverte de réalités surprenantes tant au point de vue de l’organisation politique du pays que de la vie dans nos communes. Faim, terreur, répression sévère, réquisitions multiples et incessantes sont les maîtres-mots d’une époque dont le ressenti traversera les générations dans la population.

Cette conférence insistera sur quelques aspects primordiaux caractérisant cette abominable guerre : le ravitaillement et le secours  apporté par les nations du globe à la « pauvre petite Belgique », la mobilisation des autorités communales, le rôle tenu par les femmes, l’action du cardinal Mercier… en fait tout ce qui permettra de comprendre comment, dans nos communes, il a été possible de surmonter cette longue et pénible épreuve.

Au nom des Associations patriotiques d’Aywaille et du P.A.C. Aywaille, j’espère de tout cœur vous rencontrer nombreuses et nombreux à cette soirée du souvenir.

A LA DECOUVERTE DES BORNES DE STAVELOT – La balade du 16/10/16

Semaine des Sentiers: des promeneurs découvrent l’histoire des « Bornes de Stavelot »

Françoise Dubois  – RTBF

le lundi 17 octobre 2016 à 14h46

La semaine des Sentiers s’est achevée ce dimanche par de nombreuses balades sur des chemins remis en valeur par des bénévoles et les autorités communales. Parmi ces chemins, celui des Bornes de Stavelot, sur les hauteurs de Deigné, entre Aywaille et Theux. L’histoire de ces bornes remonte à 1768. Elles délimitent toujours la frontière entre les arrondissements de Liège et de Verviers.

« Chercher la borne », c’était un peu le thème de cette balade. A l’époque, ces bornes délimitaient une route née d’un accord qui a pris du temps. René Henry, historien: « Ça sanctionne un accord qui aura mis 35 ans de gestation quand le Prince-Evêque de Liège a voulu réunir Franchimont et la Principauté de Liège. Il devait traverser les terres de Stavelot-Malmedy. Et le Prince-abbé a voulu tirer son épingle du jeu et avoir certains avantages ».

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Une cinquantaine de promeneurs ont découvert l’histoire et la petite histoire aussi, celle pour laquelle cette route était nécessaire: le passage des armées et le commerce des armes: « La petite Principauté de Liège veut rester neutre, parce que la spécialité de la Principauté de Liège, c’est la fabrication d’armes. En étant neutre, on en vend partout. Le fabricant d’armes le plus célèbre, c’est Curtius. A Liège, on disait « riche comme Curtius ».

Des bornes, elles sont neuf en principe sur ce sentier, qu’il a fallu défricher. Michel Bartholomé, du groupe Sentier: « Suite à un achat par un privé, son accessibilité était devenue interdite. Ce sont des bornes qu’on ne voyait plus. Il y en a une qui est manquante. Il faut qu’on la cherche. C’est encore un travail qui est à faire ».

Avis donc aux chercheurs, non pas d’or, mais … de bornes!

LES CARRIERS FIRENT NOS VILLAGES EN CREUSANT LES CARRIERES

La Petite Gazette du 17 décembre 2003

QUAND LES CARRIERS FETAIENT LA SAINTE-BARBE…

   C’est M. Pierre Willems, d’Outrelouxhe, qui me permet de parler des carriers et j’en suis tout à fait ravi… Mon correspondant sait bien de quoi il parle puisqu’il se présente lui-même comme un vieux carrier avec « cinquante ans de carrière en carrières ». Suivons-le parmi ses souvenirs :

« Autrefois, la Sainte-Barbe se fêtait autrement qu’aujourd’hui. Le 3 décembre, veille de la fête, avant midi, le maître artificier faisait forer des trous de pétard dans les gros blocs de pierre.  On les bourrait à la poudre noire et de la poussière, puis on les reliait à un cordon de mèche. Vers 14h30, on arrêtait le travail et l’artificier allumait la mèche du cordeau détonant pour faire sauter les blocs dans un bruit assourdissant. Heureusement, les villageois étaient prévenus.  010

 

 

 

 

Pierre Willems, épinceur-appareilleur

    Ensuite, les ouvriers, le contremaître et, souvent, le patron se réunissaient au réfectoire pour boire les bouteilles de pékèt, surtout, mais aussi de la bière. On racontait des blagues et certains poussaient la chansonnette. Le soir tombait vers 17 heures et chacun rentrait alors chez soi, comme il le pouvait ! Ainsi, je suis déjà revenu, à vélo, de Limont-Tavier à Ouffet, même par temps de pluie ou de neige.

Aux carrières Depauw d’Ouffet, les patrons offraient un souper aux ouvriers accompagnés de leur épouse, du moins ceux qui étaient mariés.

Le lendemain, 4 décembre, une messe était célébrée en l’église. Les croyants, ou ceux qui faisaient semblant pour être bien vus des patrons catholiques, ou du moins les épouses y assistaient. Les autres ouvriers étaient déjà dans les cafés en train de boire, en attendant que les autres sortent de l’église pour venir les retrouver. C’étaient alors des beuveries jusque tard dans l’après-midi…

On ne mangeait guère, vu que, suivant le dicton de chez nous, « Où le brasseur passe, le boulanger n’a que faire ! »

Aujourd’hui, à cause des voitures et des contrôles d’alcool-test, il devient impossible de s’amuser comme autrefois. Ce jour de congé est payé comme un jour férié et les ouvriers boivent un coup chez eux en regardant la télé ! On appelle cela le progrès… à chacun son jugement. »

La Petite Gazette du 30 décembre 2003

LES CARRIERS FIRENT NOS VILLAGES EN CREUSANT NOS CARRIÈRES…

   Bien des villages de l’Ourthe-Amblève et du Condroz n’existeraient pas si, dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, l’exploitation de la pierre n’avait pas connu un essor extraordinaire. Ils sont nombreux nos grands-pères qui ont travaillé péniblement pour arracher ces pierres qui donnent tant de charme à nos villages. Et si nous profitions de 2004 pour leur rendre un hommage. Envoyez-moi vos photos de carriers au travail et parlez-moi de leur dextérité, mais aussi de leurs conditions de travail, de leurs coutumes… Comme Mme Biet, d’Awan-Aywaille, permettez à toutes et à tous de découvrir les réalités de ce métier.

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La Petite Gazette du 7 janvier 2004

LES CARRIERS D’OURTHE-AMBLÈVE ET LA SAINTE-BARBE

   Madame Renée Louise Califice, de Sprimont, se fait l’écho de l’amertume de M. Willems.

   « Il y a quelques années, les carriers ont offert à l’église de Sprimont, une très belle statue à l’effigie de sainte Barbe. Cette statue a été placée devant l’entrée de l’église entourée de pierres du pays.

Chaque année, la chorale Sainte-Cécile s’évertue, le 4 décembre, à chanter durant la messe célébrant la fête en l’honneur de cette sainte patronne des carriers. Il est triste de constater que seule une dizaine de personnes assistent à l’office. Où sont passés les carriers de Sprimont ? Les chanteurs de cette chorale se posent la question… »

J’imagine qu’ils auront à cœur de vous répondre car, par les temps qui courent et il faut le regretter amèrement, les carriers font plus souvent l’objet de récriminations que de regrets…

La Petite Gazette du 4 février 2004

LES CARRIERS FIRENT NOS VILLAGES EN CREUSANT NOS CARRIERES…

Monsieur Jacques Stoquart me transmet cette intéressante carte postale, postée à Andenne, le 26 janvier 1909, et arrivée – sans timbre Prior – le lendemain à Melreux.

012      Mon correspondant revient sur la parution, le 2 janvier dernier, de la photo prêtée par Mme Biet : « un des ouvriers carriers figurant sur cette photo a été identifié comme étant Alphonse Simon. Or la carte que je vous présente a été signée d’un certain Aug(uste) Simon et adressée au maître de carrières Emile Oger, de Hotton-Melreux.

013   Le salut qui termine la brève missive est, pense mon correspondant, révélateur de l’appartenance maçonnique du signataire : « Salut et fraternité ».

Auguste était-il parent d’Alphonse ? Quelqu’un se souvient-il avoir entendu parler d’Aug(uste) Simon  ou/et d’Emile Oger ? Les lecteurs répondront peut-être. » Oui, certainement s’ils peuvent vous éclairer.

Mme Léona Biet, d’Awan-Aywaille, m’a précisément apporté des précisions sur son beau-père, Alphonse Simon :

« Il fallait alors être très courageux pour exercer le métier de carrier. Il était, je crois ne pas me tromper, « rocteur ». Il partait d’Awan le matin, pour rejoindre Hagonheid,  et le soir, bien sûr, il faisait le chemin inverse, toujours à pied. Il accomplissait un travail très périlleux ; on le laissait descendre, retenu par une corde qui lui entourait la taille et qui le maintenait contre le rocher. Il cherchait alors une légère aspérité dans la roche pour y appuyer les pieds et se maintenir debout. Puis, à l’aide d’un fer à mine et d’un marteau, il creusait un trous très profond dans la roche. Là, on introduisait la poudre explosive pour faire sauter le rocher. Cette poudre était reliée à une longue mèche qu’on allumait en temps utile. Celui qui y mettait le feu devait courir vite pour se mettre à l’abri. A l’aide d’un cor très puissant, tous les alentours étaient prévenus du danger. Quelques minutes plus tard, c’était la déflagration et les blocs de pierre volaient en l’air, accompagnés d’un énorme nuage de poussière. C’était alors du travail pour un bon bout de temps pour les carriers. »

Merci pour ce témoignage. Vous aussi, venez rendre hommage à ces travailleurs de la pierre, confiez-moi vos photos et vos souvenirs. D’avance, un immense merci.

DE NOMBREUX CARRIERS ONT PERDU LA VIE AU TRAVAIL…

Monsieur Albert Etienne, de Sprimont, aime à se souvenir que, le 26 mai 1954, à Florzé, la carrière tua neuf ouvriers. Cette année, il y aura donc cinquante ans déjà que se drame endeuilla les familles ouvrières de chez nous.

014   Mon correspondant s’est engagé dans un projet d’érection d’un élément commémoratif sur les lieux même du drame et, pour cela, il a besoin de votre aide : pourrez-vous l’aider à établir la liste des rescapés de l’accident et toujours en vie aujourd’hui, ainsi que la liste des veuves et enfants des neuf victimes directes de l’accident.
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Merci de penser que tout document d’époque serait très intéressant et de nous permettre de le consulter. Je compte sur vous pour permettre l’aboutissement de ce projet  et vous remercie, d’ores et déjà, de votre précieuse collaboration.

La Petite Gazette du 18 février 2004

LES CARRIERS FIRENT NOS VILLAGES EN CREUSANT NOS CARRIERES…

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, évoque pour nous la vie des carriers d’Ouffet.

« Mon grand-père paternel, prénommé Victor, est né à Ouffet en 1866, il y est décédé en 1950. Il exerça le métier de tailleur de pierre et son habileté fit qu’il fut très apprécié. Ouffet vit nombre de ses habitants montrer un réel talent dans l’art de sculpter la pierre. Rappelons les Jeannette, Sprumont, Baulieu… il en est d’autres, mais ils ont quitté ma mémoire.

Après la Grande Guerre, mon grand-père, en compagnie d’autres ouvriers du lieu, participa activement à la réalisation du monument aux morts qui devait s’ériger sur la place du village. Il sculpta les bottines du sujet principal, un soldat casqué dressant un étendard. Chaque fois que je lui disais que j’étais passé près du monument en question, il me demandait, pour me taquiner, si les chaussures qu’ils avaient réalisées ne méritaient pas une réparation.

Mon grand-père, reconnu comme sage par ses compagnons de misère et étant un peu plus instruit qu’eux, fut pressenti pour s’occuper, en leur nom et tout à fait bénévolement, des discussions avec la direction de la carrière et de la paperasserie administrative requise. En fait, à l’heure où les premières organisations ouvrières se développaient (le Parti Ouvrier Belge avait été fondé en 1885 et les premières associations mutuelles commençaient à fonctionner), il fut un genre de syndicaliste avant l’heure. »

Nous retrouverons Victor la semaine prochaine et, avec lui et au travers des souvenirs qu’en a gardés son petit-fils, nous vivrons un peu la vie des carriers de la fin du XIXe siècle en nos régions.

016Photo extraite de : René HENRY, L’Almanach de notre Terroir, éditions Dricot, Liège, 1999

La Petite Gazette du 25 février 2004

LES CARRIERS FIRENT NOS VILLAGES EN CREUSANT NOS CARRIERES…

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, évoquent pour nous la vie des carriers d’Ouffet grâce aux souvenirs qu’il a conservés de son grand-père Victor, tailleur et sculpteur de pierre.

« Il n’y avait alors ni dimanche, ni congé, ni relâche dans le travail ; exception faite toutefois pour la fête du village qui était l’événement marquant de l’année. Les ouvriers se voyaient alors accorder le samedi, le dimanche et le lundi pour prendre pleinement part aux réjouissances.

Ces hommes prestaient nettement plus de douze par jour, dans des conditions de confort et de sécurité pratiquement nulles et, rappelons-le, sans loi sociale. Ils partaient au point du jour et rentraient souvent à la nuit tombée pour des salaires de famine. Notons cependant qu’on ne pointait pas et que tout se faisait bien calmement. Un moment particulier de la journée contribuait largement à resserrer les liens entre ces ouvriers solidaires, c’était, le matin, quand le travail s’interrompait une heure durant pour pouvoir se parler, fumer, boire une petite goutte ou, le cas échéant, manger un bout.

Le règlement sur la « sécurité du travail » n’existant point du tout, mon grand-père devait, été comme hiver, tailler ses pierres, par tous les temps, à l’extérieur, sous un frêle abri fait d’un cadre de bois couvert de paille tressée. En hiver, il devait se mettre plusieurs épaisseurs sur le dos pour, dans de telles inhumaines conditions travailler un rien artificiellement au chaud. 017

 Photo extraite de : René HENRY, L’Almanach de notre Terroir, éditions Dricot, Liège, 1999

Mon grand-père ayant immédiatement cotisé, dès qu’on le sollicita, pour sa pension de vieillesse, il l’obtint en 1931, soit à l’âge de 65 ans. Elle n’était certes pas terriblement élevée, mais c’était toutefois un indéniable premier pas en avant pour la classe ouvrière. La vie de pensionné l’ayant, du jour au lendemain, assez désorienté, mon grand-père s’en retourna, après quelques jours de repos seulement, travailler comme il l’avait toujours fait. Bien vite, les Autorités de l’Etat ne trouvèrent rien de mieux que de suspendre le versement de la pension due. Mon père écrivit alors une lettre pas piquée des vers au Ministre concerné et, peu de temps, après mon grand-père retrouvait sa pension et les arriérés qui lui venaient de plein droit. »

Mon correspondant conclut son récit en souhaitant que bien d’autres lecteurs confieront les souvenirs de carriers, patrimoine régional, à la Petite Gazette. J’espère, bien entendu, que cet appel sera suivi.

Les sources dites miraculeuses

Prolongeons les propos de La Petite Gazette du 1er juin 2016

LES SOURCES MIRACULEUSES OU PRETENDUES TELLES

Répondant à l’appel que je vous lançais, Monsieur Thomas Gaspar, d’Embourg, m’a fait parvenir une copie d’un magistral article qu’il a publié dans Marchin Bia Viyèdje, n°19 (l’édition du 40e anniversaire de cette publication du Cercle d’histoire et de folklore).

Dans cette étude, « D’Arbrefontaine à Chaudfontaine, petit détour par Marchin : Histoires d’Eaux sur la Planète Bleue », Thomas Gaspard consacre une annexe spécifique aux sources dites miraculeuses et il m’a autorisé à y puiser de quoi alimenter La Petite Gazette. Je l’en remercie chaleureusement. Voici ce passionnant article.

« Les sources dites miraculeuses

Entre Odimont et Arbrefontaine, au pont dit de Maissoet, j’ai connu la chapelle Gisbrand, détruite après avoir subi les affres de la guerre 40-45. Je ne sais à qui elle était dédiée ni qui on y venait prier, mais les gens du village la fréquentaient en tout cas tout autant pour la ‘source miraculeuse’ qui la joignait en contrebas. Chacun venait se laver les yeux et les guérir d’infections bien courantes le siècle dernier. Il s’agissait en fait d’une mare en dépression par rapport au ru voisin (venant de Gossaimont) qui l’alimentait, à partir des hauteurs marécageuses (anciennes tourbières ayant subi depuis lors le même sort que celles des Hautes Fagnes de Belgique, c’est-à-dire une plantation abusive d’épicéas anéantissant des réserves d’eau naturelles). Les effets ‘miraculeux’ seraient dus simplement à l’acidité de l’eau et aux antibiotiques et/ou des antiseptiques naturels relâchés par les sphaignes des tourbières. Les tourbières elles-mêmes doivent précisément leur constitution -accumulation d’éléments végétaux non dégradés- à ces antibiotiques. Une légende rapporte que certaines mains ‘souées’ (littéralement séchées) trempées en cette source, et guéries ainsi, auraient donné le nom (‘Maissoet’) à l’endroit. La nature a repris ses droits à l’emplacement de la chapelle et de la source miraculeuse (qui aurait peu de chance de l’être encore) dont peu se souviennent.

A Spa, aussi non loin de certaines fagnes, on attribue au « Pouhon Pierre le Grand », source gazeuse et légèrement sulfureuse, la guérison de personnalités célèbres, dont le tsar du même nom…

A Solières-Ben Ahin, entité de Huy, se dresse à l’orée du bois de Chefaïd, entourée de hêtres centenaires, accessible par un sentier traversant une pâture, une petite chapelle construite jadis en hommage à saint Eutrope, que certains appellent saint Zoïto. En patois, saint Eutrope est en effet prononcé « sint-z-oït-to » (intint tot, d’où encore « saint entend-tout »). Toute proche, une petite fontaine, pourtant restaurée aux frais de la Région wallonne, mais qui n’est pas entretenue, ne laisse plus couler qu’un mince filet d’eau ferrugineuse. La source fut, en fait, captée dans les années 30-40 pour la distribution d’eau du village. On raconte que le mayeur de l’époque devint sourd et qu’il y vit une vengeance de saint Eutrope. Saint Eutrope (qui aurait été évêque et martyr) est en effet invoqué contre la surdité et les maux d’oreilles. La légende raconte encore que saint Eutrope réalisa son premier miracle en 1283, guérissant un jeune homme sourd et muet de naissance. L’eau claire, qui coulait au pied de la chapelle, constituait au temps des druides, une fontaine sacrée, source de jouvence, d’où la fréquentation par de nombreux pèlerins à l’époque.

Des générations de Stratois (habitants de Strée), d’usagers de la route Huy-Hamoir, comme aussi les dévots à sainte Geneviève, se souviennent de ce site typique où étaient réunies, à quelques pas l’une de l’autre, l’antique église de Saint-Nicolas, la chapelle et la fontaine Sainte-Geneviève. Chapelle et fontaine ont été mutilées à la suite de divers accidents, mais ont été restaurées, au moins partiellement grâce à l’asbl « Qualité Village », dans le cadre de la protection du patrimoine architectural wallon. En contrebas de la maison qui cache en partie l’église, une source réputée thérapeutique, flanquée d’une pompe à bras et d’une vasque en fonte, est placée sous la protection de sainte Geneviève : son eau guérissait les personnes atteintes des maux (éruptions cutanées) du même nom, appelés « Må d’sint’ Djen’vîre ». Grande thaumaturge, la sainte patronne de Paris est encore priée pour que soient soulagés les enfants atteints de la ‘fièvre lente’ (lu five-linne), voire pour la guérisson de la jaunisse, comme l’indique Auguste Hock dans son recueil de « Croyances et Remèdes populaires au Pays de Liège ». Autrefois la chapelle contenait de nombreux ex-voto exprimant la reconnaissance des pèlerins. Dans l’église St-Nicolas, on a découvert une stèle votive romaine du IIe siècle dédiée à la déesse Viradechtis, dont le culte fut sans doute lié à l’existence de la source proche réputée thérapeutique.

Mais voilà, lors de la reprise du réseau de distribution de l’eau par la CILE, la compagnie liégeoise devait procéder à l’analyse des diverses sources communales. C’est ainsi qu’on finit par constater, au grand désarroi de nombreux habitués, que l’eau du puits Sainte-Geneviève de Strée n’était pas (plus) potable !

L’eau « miraculeuse » de la région la plus connue, même au-delà de nos frontières, est sans doute celle de Catherine Seret ou Catherine Langlois, son vrai nom, (1828-1915) de Sur-le-Bois, hameau de Saint-Georges-sur-Meuse, mais c’est une préparation, au même titre que ses pommades, remèdes efficaces encore utilisés de nos jours contre l’infection (gangrène, furoncles, panaris) ainsi que pour les maux d’estomac et d’intestins.

Ouf ! Banneux et Lourdes ne sont pas sur nos communes. Pour les trois premières sources miraculeuses ci-dessus, je vous laisse donc dans l’expectative entre action biologique, foi et psychosomatique.

Tchantchès me demande le dernier mot : « Ton Cercle d’Histoire est aussi de Folklore ? Alors, tu as oublié les eaux-de-vie et les ‘houyeûs’ (houilleurs) ; moi, avec eux, je ne survis dans mon « Djus-d’la Moûse » (république libre d’Outre-Meuse) qu’avec mon ‘plat-cou’ (verre à goutte spécial) quotidien de ‘fris pèkèt’ ! »

 

Thomas GASPAR

Décembre 2008 – janvier 2009

LA CROIX REUTER A MARCHE-EN-FAMENNE

La Petite Gazette du 1er juin 2011

UNE BELLE CROIX D’OCCIS A MARCHE

Monsieur Francis Roufosse, correspondant passionné par l’histoire de la Famenne, évoque aujourd’hui ce qu’il définit comme un « patrimoine « mineur », rare et souvent sous-estimé de nos campagnes : les croix d’occis.

Les croix d’occis – à ne pas confondre avec les potales et autres croix dressées au croisement des chemins – constituent un patrimoine monumental mineur dont on ignore très souvent l’existence et la richesse. Elles sont toujours les témoins d’une mort naturelle, accidentelle ou criminelle survenue à l’endroit de leur érection. Personnellement, je n’en connais que trois sur le territoire de Marche-en-Famenne.

Celle dont il est question  aujourd’hui fut dressée au début du XVIIIe siècle, le long d’un petit sentier forestier qui serpentait de Marche à Bourdon. Elle fut par la suite déplacée et érigée dans le talus le long d’une route du domaine des Rossignols. En grande partie rongée par le temps et submergée par les ronces et les buissons, elle est devenue aujourd’hui pratiquement invisible aux yeux des passants.

Elle rappelle la mémoire d’un jésuite du Collège de Marche-en-Famenne – le Révérend Père Reuter – dont le corps fut trouvé sans vie «en deçà de la grosse Haie de Bourdon, au lieu-dit Sur les Hys». Le texte gravé dans la pierre reflète bien le grand rigorisme religieux de l’époque :

Dessin croix Reuter

 

 

 

ICY LE RP REUTER DE LA Cnie DE JESU (…) RECTEUR DU COLLEGE A MARCHE INVOCANT LE St NOM DE DIEU EST TOMBE MORT LE 18 OBRE 1731. PASSANTS C’EST UN ORACLE MUET QUI VOUS AVERTI DE V.RE HEVRE DERNIERE P. DIEU POUR SON AME

RIPA.

Accompagnés des chirurgiens Pierre et Jean Garde, la Cour s’était rendue sur les lieux et avait découvert  le Révérend Père Reuter étendu sans vie «le visage tourné vers le ciel, la bouche remplie d’écume».

Les experts observèrent «que la face du cadavre était enflée de pustules livides occasionnées par un sang extravé» et conclurent à une mort naturelle «produite par un catar suffocatif ».

Le Père Mester, au nom de la Compagnie de Jésus, reçut alors de la Cour le permis d’inhumer.

Dans son livre «Marche-en-Famenne», Henri Bourguignon souligne en effet que, parmi les actes de juridiction administrative de la compétence des mayeur et échevins, outre la surveillance des finances communales, des délits forestiers et champêtres ou encore la visite et l’expertise de bâtiments pouvant menacer ruines, rentraient également dans leurs attributions les «constatations de mort subite pouvant être présumée criminelle».
Notons encore que dans le carrelage de la chapelle Notre-Dame de Grâce à Marche, sont encastrées deux petites dalles funéraires portant les noms de jésuites : Théodore Reuter, mort en 1731 et Alain Dargenlieu, décédé en 1725. »