QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

La Petite Gazette du 24 octobre 2012

ET SI ON PARLAIT DE LA POSTE ET DES POSTIERS ?

Monsieur Didier Kreczman travaille à la poste à Clavier, aussi aimerait-il que vous évoquiez vos souvenirs de la poste d’hier à Clavier bien sûr, mais également ailleurs :

« Serait-il possible que les lecteurs de La Petite Gazette évoquent les anciens bureaux de poste et les facteurs d’hier ? Peut-être pourraient-ils nous proposer des photographies des anciens bureaux de poste d’Ocquier, de Bois, de Les Avins et  de Clavier voire même des anciens bureaux de poste de toute la zone de distribution de l’hebdomadaire les Annonces. Peut-être même disposent-ils de photographies d’anciens facteurs en uniformes. Ce serait peut être l’occasion de rappeler le rôle social (encore bien réel dans nos régions essentiellement rurales) de nos courageux facteurs (je le dis d’autant volontiers que j’ai le privilège de rester bien au chaud quand ils affrontent pluie, neige ou verglas). »

A vous de jouer, si vous le souhaitez bien sûr… Je suis intimement persuadé qu’il y en aurait des choses à raconter si les anciens facteurs voulaient bien nous conter les anecdotes qu’ils ont vécues…

La Petite Gazette du 7 novembre 2012

ET SI ON PARLAIT DE LA POSTE ET DES POSTIERS ?

Monsieur Didier Kreczman travaille à la poste à Clavier, aussi vous a-t-il proposé d’évoquer vos souvenirs de la poste d’hier à Clavier bien sûr, mais également ailleurs : Monsieur Jean Bolland, d’Amonines, est le premier à répondre à son souhait. Il se souvient d’un temps qu’il regrette manifestement, celui où les facteurs avaient le temps !

« Je n’évoque pas la région de Clavier et ne possède pas de photos sur les bureaux de poste d’autrefois. Néanmoins, j’ai quelques souvenirs à relater.

C’était au temps où les plans géoroutes  planifiant des obligations de rapidité, de rentabilité et d’efficacité économiques ne pourrissaient pas le travail de nos dévoués facteurs. C’était au temps où cette fonction permettait encore de laisser une bonne part aux contacts humains et à la propagation verbale de ces mille et une nouvelles qui font le charme de la vie dans nos campagnes. C’était au temps où l’employé du bureau de poste -qui bien souvent était le facteur rentrant de sa tournée- ne devait pas  tenter de vendre les produits financiers imposés par la politique de l’entreprise. D’ailleurs, la poste n’était pas une entreprise mais un vrai service public.
A Dochamps, village aux rues escarpées, le facteur, comme partout en zones rurales, effectuait sa tournée à pied. La besace pansue en bandoulière, il entrait dans chaque habitation, distribuant journaux, lettres, bons mots à chacun, bonne humeur et chaleur d’une présence humaine éphémère mais ô combien importante pour les personnes isolées à qui il n’hésitait pas à rendre de petits services comme rentrer la provision journalière de bûches pour le chauffage!

Lors des fortes chaleurs, quelque peu débraillé et coiffé d’un képi qu’il portait de travers, il suait à grosses gouttes, au long des routes et sentiers pentus du village. En hiver, protégé par une cape, il avait parfois bien de la peine pour se faufiler entre les amas de neige rejetés par le traîneau communal ou par les villageois qui avaient dégagé un passage entre leur demeure et le chemin.

Les premiers jours de janvier, rares étaient les gens qui ne lui glissaient pas une dringuelle dans la poche ou qui ne lui versaient pas une petite goutte. Parfois les deux. Dès lors, il continuait sa tournée, le couvre-chef de travers. Mais plus pour les mêmes raisons qu’en été.
Le bureau de poste était une pièce d’habitation que l’administration louait chez un particulier ; le guichet simplement aménagé dans la porte de la dite pièce. Une table imposante portant le matériel nécessaire au travail administratif, une chaise ou deux, une armoire, un poêle et une balance, de précision, à plateaux posée sur la tablette de la cheminée ainsi qu’un imposant coffre-fort constituaient l’essentiel du mobilier. »

Et vous quels souvenirs avez-vous conservés des facteurs et des bureaux de poste d’antan ?

La Petite Gazette du 20 novembre 2012

LES FACTEURS DU TEMPS OU ILS AVAIENT LE TEMPS…

C’est Monsieur Jean Ninane, lecteur passionné et collaborateur régulier et passionnant de La Petite Gazette qui m’adresse ce petit texte qu’il complète de ses réflexions personnelles sur le sujet.

 » Voici un extrait de ce qu’écrivit une élève de 14 ans  au concours cantonal de rédaction, il y a pas mal d’années.

« Notre cher facteur,

Izier a le privilège d’être desservi par un facteur comme il en existe peu tant il est aimable et sympathique.

Chaque jour, les mains crispées au guidon du vélo, le sac rebondi,  il gravit 5 km de côte  et cela par tous les temps, bise cinglante, neige glacée, pluie battante, sol brûlant. Il nous arrive le sourire aux lèvres, en sifflant ou chantonnant. Arrivé au village, il va de porte en porte, déboucle son sac duquel il tire journaux et lettres qui réjouissent ou attristent parfois. Les gens l’accueillent comme un parent : « Christophe, une tasse de café, une petite goutte, un cigare ? »

Au village d’Izier, Christophe est l’homme de confiance. On lui raconte ses petites misères, on lui narre ses peines, on lui demande avis. Les services qu’il rend en dehors de ses obligations sont appréciables. Pressé ou pas, contraint ou non, il vous dépannera… »

Ce petit texte est tiré du livre merveilleux écrit par le facteur en question sous le titre « Christophe Théate, Facteur ardennais« (Edition Legrain 1977)

Il faut trouver et lire ce livre pour comprendre ce qu’était le facteur d’autrefois, un bienfait social. Il apportait des médicaments, de la viande et des bas à ravauder. Il apportait les dernières nouvelles. Il connaissait toutes les naissances, mariages et décès du coin. Les gens ne mettaient pas leur courrier dans les boites aux lettres mais à leur fenêtre pour que le facteur entre les saluer… et leur parler. »

Vive le géo-route !!!

Pour illustrer ces propos, Monsieur Francis Sante, d’Aywaille, un tout jeune retraité de la Poste qui aurait, sans doute, bien des souvenirs à partager, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie d’un facteur d’Aywaille en 1926.

facteur-des-postes-daywaille-en-1926

La Petite Gazette du 5 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

C’est au tour de Monsieur André  Feuillen, d’Awan-Aywaille,  de se souvenir… Vous comprendrez qu’il ne pouvait oublier ce facteur…

facteur-rural

« Un facteur rural armé vers 1930, Monsieur Francis Sante, d’Aywaille,  jeune retraité de la Poste, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie »

« Je  me  rappelle  des  facteurs  depuis mon  plus  jeune  âge. A  la  sortie  de  la  guerre  chez  mon  Bon-Papa  à  Noville-les-Bois :

« one  got’  Eugène ? » …  et  le  brave s’asseyait  à  la  table  attendant  la  bouteille  que  Maman  ou  mon  oncle  ramenait  de  l’entrée  de  la  cave, Bon-Papa  restant  dans  son  fauteuil (è  culot  d’lé  stouf)  tirant  sur  sa  pipe. Après  avoir  échangé quelques  phrases  le  facteur  basculait  son  verre  d’un  geste   rapide,  se  levait. « Merci  a   dmoin ! »
Plus  tard,  je  me  souviens  aussi  qu’il  était  parfois  accompagné  d’un  contrôleur  qui  tenait  sa  montre de gousset en  main et  notait  sur  une  feuille !  (déjà en  1948!)

Je  me  souviens  très  bien  aussi  que  le  facteur  passait  2  fois  par  jour,  tournée  du  matin  et  tournée  de  l’après-midi ; il  passait  aussi  le  samedi.  Je  pense  aussi,  mais  là  je  me  trompe  peut-être ,  qu’il  passait aussi  le  dimanche  matin.

En  1945, nous  avons  aménagé  rue  des  Golettes  à  Tihange et  la  aussi  le  facteur  passait  deux  fois  par  jour. Peu  avant  Pâques  1946,  Maman  qui  nous  conduisait  à  l’école  d’Application à  Huy  venait  nous  rechercher  l’après-midi,  en  profitait  pour  faire  quelques  courses  puis  remontait  à  pied  vers  le  Long-Thiers. En passant  rue  Vankeerberghen,  venant  du  centre  ville,  il  y  avait  à  la  première  ou à la deuxième  maison à  droite  un  chocolatier  dont  la  vitrine  se  limitait  à  la  fenêtre  ordinaire  de l’immeuble. Du  haut  de  mes  six  ans, je  m’étirais  sur  la  pointe  des  pieds  pour  rêver  de  chocolat.  J’aperçus au  centre  de  la  vitrine  une  poule en  chocolat  quasi  grandeur  nature  couvant  ses  œufs.

« Oh  …Maman  je  veux  cette  poule-là  aux  cloches !!! » Maman  me  répondit  gentiment  que  pour  avoir  cette  poule  il  fallait  écrire  aux  Cloches  et  que,  si  j’étais  gentil,  elles me  l’apporterait. Rentré  à  la  maison  trois quarts d’heure  plus  tard,  je  n’avais  pas  oublié  ma  poule.  Aussi  me  mis-je  en  devoir  de  préparer une  feuille  de  cahier  et  un  crayon  pour  écrire  aux  Cloches.  N’étant  appris  que  depuis  quelques  mois  Maman
se  prêta  de  bonne  grâce  pour  m’aider  à  écrire  ma  lettre, celle-ci  terminée, Maman  me dit  qu’on  la  posterait  demain. Je  la  pliai  en  quatre  et  la  glissai  dans  la  poche  de  mon  manteau. Le  lendemain,  nous  partions  pour l’école  comme  tous  les  jours  accompagnés  d’autres  mamans  et  de leurs  enfants.  Passant  devant  la borne  postale  située  à  100  m.  de  la  maison,  je  me  précipite  pour  y  glisser  ma  missive  Maman  essaie  de  me  retenir… « Attends….attends ! »

Trop tard, c’est  « but ». « Mais  il  ne  fallait  pas, il  fallait  une  enveloppe  et  un  timbre !… »
Quelques  jours  plus  tard,  vacances  pascales, soleil  radieux  je  suis  à  la  fenêtre  devant,  à  regarder  dans  la  rue. Passe  le  facteur  qui  me  dit  bonjour  puis  disparait  aussi  vite  derrière  le  mur  de  la  propriété  voisine,  réapparait aussi  vite  à  reculons en  me  regardant.

Dis  m’fi…c’est  toi  qui  as  écrit  aux  Cloches ?

 Oui !

Ha !  Ta  lettre  est  arrivée   s’tu 

– Merci facteur !  

Je  cours  vers  Maman  lui  annoncer  la  bonne  nouvelle.   Quelques  jours   plus  tard, alors  que  je  suis  en   sieste,  coup  de  sonnette… tournée  de  l’après-midi   Le  facteur   tend  à  papa,  qui  ouvre  la  porte, un  gros  emballage  cadeau… « De  la  part  des  cloches ! »  et  sans  ajouter  un  mot   le  messager   repart. J’ai  déballé  non  pas  une  poule  mais  un  tout  gros  oeuf  en  chocolat. N’était-il  pas  merveilleux  notre  facteur ?  Je  n’ai  jamais  oublié  son  geste   et  il  m’est  déjà  arrivé  quand  mes  moyens  me  le  permettent  de  perpétuer  son  geste. »

La Petite Gazette du 12 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

C’est de Grandmenil, que Madame Sevrin intervient pour rendre hommage à celui qu’elle appelle « le brave facteur » de son enfance :

« Qui reconnaît ce brave facteur ?

 001

 

« Mon bon facteur et mes deux grandes sœurs devant la croix du village »

 

 

 

Il s’appelait Louis, il était une âme de nos foyers, y apportant les bonnes et les mauvaises nouvelles, partageant les joies et les peines de chacun.

Nous habitions la dernière maison du village. Chaque jour, il était attendu. Il buvait sa tasse de café, mangeait ses tartines puis recevait un petit stimulant. Il était très jovial.

Il en a parcouru des kilomètres, à vélo durant la bonne saison, à pied en hiver, bravant le gel, la neige et les congères.

Une nuit d’hiver, une tempête de neige s’était abattue sur toute la région, isolant notre hameau de tout. Très tôt le matin, les hommes munis d’une pelle se mirent à dégager la route. A la fin du village, ils découvrirent notre messager enseveli sous la neige, éreinté, transi de froid, mais décidé à continuer sa tournée.

Durant les périodes de Noël et de Nouvel An, je l’attendais avec impatience, espérant recevoir quelques jolies cartes illustrées.

Des années plus tard, j’ai eu le bonheur d’accueillir ses arrière-petits-enfants dans ma classe. En Guillaume, j’ai reconnu sa « bouille » si sympathique et, en Marine, son humour et sa joie de vivre. »

Un grand merci pour ce beau témoignage. Et vous me parlerez-vous de votre facteur ?

La Petite Gazette du 19 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Madame Renée Daper, de Palenge-Durbuy, évoque les tournées de son mari facteur :

« Mon mari, René Antoine était facteur, il est malheureusement décédé il y a 22 ans déjà. Il était bûcheron avant notre mariage, mais nous étions à peine mariés, en avril 1949, qu’il fut mis au chômage. Mon frère était percepteur et lui signala qu’une place était vacante à Ocquier. Mon marie l’a occupée dès août 1949. Il y avait là quatre facteurs, c’était une sous-perception. Comme il était le dernier entré, sa tournée n’était pas des plus belles. Il la commençait par la grand-rue d’Ocquier, qu’il desservait, puis il s’en allait vers Bonsin, distribution, avant la route du Bois Lapson, une ferme à 3 ou 4 kilomètres de Bonsin où gentiment il recevait une tasse de café et où il pouvait prendre 3 ou 4 minutes de repos. Après il n’y avait plus de route sinon en terre pour aboutir à une grande prairie, pleine de bétail. Il devait porter son vélo en plus de son sac et descendre la prairie jusque dans la cour de la ferme de Boffeux. Il s’engageait ensuite dans la distribution le long de la grand-route de Somme-Leuze, puis il s’engageait dans une route à droite où il distribuait également le courrier. Ensuite, il devait franchir un ruisseau. Tous les jours, il portait en plus des boîtes de lait pour les jumeaux de M. et Mme Rasquin. Il allait les chercher avant sa tournée chez le Dr Rase. Au retour, ce n’étaient que des côtes…

002

Il a ensuite été envoyé à Clavier, à Seny, puis nommé à Bomal. Après deux ans, il est revenu à Ocquier – Clavier, car c’était plus près de Palenge. La sous-perception a changé d’adresse quand la sous-perceptrice a été pensionnée et là c’est un jeune homme de 17 ans qui est venu comme sous-percepteur, José Nicolas, de Bonsin. Mon mari et lui s’entendaient vraiment très bien et sont devenus amis. Durant sa carrière, mon mari a appris une vingtaine de tournées.

A la ferme du Bois Lapson, il y avait un grand bouc qui attendait toujours mon mari et qui le suivait dans le reste de sa tournée. Mon mari était très embêté car il arrivait que le bouc se « lâche » sur ses sacs… Un jour, il entre dans une maison, eh oui – il n’y avait pas de boîte aux lettes alors, il crie… pas de réponse, il n’y a personne. Le bouc était entré avec lui et mon époux l’enferma dans la maison avant de poursuivre sa tournée. Le lendemain, la propriétaire de la maison attendait évidemment mon mari, il y eut quelques cris mais comme c’était une dame très gentille, elle n’y eut aucune autre conséquence… »

Un grand merci pour ces souvenirs et cette étonnante anecdote

La Petite Gazette du 26 décembre 2012

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Vos souvenirs sont à la fois plaisants et intéressants à propos de ce personnage sympathique dans le passage quotidien est attendu et, parfois, espéré. Vous êtes nombreux à regretter le temps passé, pas si lointain pourtant mais qui semble à jamais révolu, où le facteur avait le temps de s’arrêter et de commenter avec vous les nouvelles qu’il apportait. Aujourd’hui Madame Maggy Frisée nous gratifie d’un texte magnifique dans lequel elle évoque l’évolution du métier, ainsi qu’elle a pu la constater depuis son enfance… Un immense merci

Nosse facteur. Dji m’ sovin dè vî facteûr qui passéve qwand dj’èsteû èfant. Esteût-i seûl’mint si vî ? Avou s’grosse vwès èt s’ blanke mustatche, c’èst l’îdèye qui dj’ènn’aveu.

C’è-st-à pî come tos l’s-ôtes di ç’ timps-là qu’il arivéve : on baston él min èt s’ pèzante sacoche so s’ vinte, i rotéve timpèsse. Si toûr èsteût long : à quéle heûre aveût-i qwité l’ burô d’ posse di Trooz          po-z-èsse ås Fôdjes vès  dîh eûres, après aveûr  rimonté lès Rys d Mosbeûx ? I lî faléve intrer d’vins lès coûrs ou lès djårdins, passer l’ ri vochal ou là pus lon, sûre ine alêye qui minéve å tchèstê, po r’mète à chaskeune sès lètes ou sès gazètes, ca i-n-aveût nole bwète ås lètes. Ennè profitéve po djåzer d’ traze à catwaze avou onk ou l’ôte ou bin beûre ine jate di cafè tot magnant s’ tåte.

Après Lès Fôdjes, nos l’ vèyîz ‘nn’ aller vès ‘n Andoûmont èt d’là, vès l’ Creûs Hinrå èt lès Brouwîres, pwis rad’hinde po «so Neûrfalîhe » èt l’ Couquerote po r’djonde li Vèsse å Trooz, Çoula lî féve po l’mons ine bone dîhin.ne di kilomètes Mins, mutwèt aveut-i d’vou, d’vant çoula, monter so l’ Thiér èt passer po Gomzé, dji n’ m’ènnè sovin nin mins ça lî åreût co ralongui s’ vôye

Vos v’ mådjinez bin qu’i-n-aveût qu’ine tournêye,  C’èsteût à lu qu’on confiyîve lès lètes à-z-èvoyî èt à lu ossi qu’on atch’téve les timbes. I v’néve li sèm’di èt l’dîmègne èt min.me li prumî d’ l’an avou totes les cartes qu’on rawårdéve, dès cisses qu’èstît mutwèt gåliotêyes di diamantine. Ç’ djoû là, ci n’èsteût nin à dîh eûres å matin qu’il arivéve, mins pus vite à dîh eûres al nut’ ca tot l’ monde aveût volou lî d’ner s’ dringuèle èt lî sinker ‘ne gote.

Poqwè nosse vî tchin hawéve-t-i come on pièrdou qwand ‘l vèyéve ? L’uniforme, li kepi mutwèt?  Ca c’ èsteût parèy po l’ tchampète.

Dès ôtes facteûrs ont v’nou pus tård, dès cis à vélo, adon pwis avou dès mobylètes, asteûre c’èst dès camionètes, mins nouk di zèls ni m’a lèyî d’ sov’ni. I-n-a qu’l’îmådje da Moncheû Debras qui dj’a co d’vant lès-oûy.

I fåt qu’ dji v’ dèye, qui po l’ djoû d’oûy nosse facteûr lêt s’ camionète å coron dèl rowe èt passe à pî, çou qu nos done l’ocåsion dè copiner on pô

 1946depa

 « Le départ en tournée des 6 facteurs d’Aywaille en 1946 et le bureau était situé rue Alphonse Gilles. Monsieur Francis Sante, d’Aywaille,  jeune retraité de la Poste, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie »

C’est avec beaucoup d’amertume que Madame Isabelle Lecomte, de Clavier, évoque le métier qu’a exercé son papa.

« Oui, mon père Robert Lecomte  était facteur. A ce temps-là, il avait le temps. Il entrait buvait un café, après une gaufre. Pour les personnes plus âgées il allait à la pharmacie et, quand les volets étaient fermés, il prévenait la famille.

Maintenant, ils n’ont plus le temps de rien, ils roulent  sur les pavées pour ne  pas descendre de leur camionnette et mettre dans la boite aux lettres. Il n’y a plus rien d’humanité maintenant, c’est fini le bon vieux temps de vivre ! »

La Petite Gazette du 2 janvier 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Monsieur Remi Delaite, de Marche, a également eu la bonne idée de partager avec nous tous des souvenirs des facteurs connus avant ou après la Seconde Guerre Mondiale…

«  Durant les années d’avant-guerre, ma mère habitait une ferme isolée à 3 ou 4km du village à Ochamp, avec comme seul moyen d’accès, un chemin agricole. Lorsque le facteur était accompagné d’un contrôleur, ce dernier était invité à prendre une tasse de café pendant que le facteur allait faire une fausse livraison dans un bâtiment situé à quelques centaines de mètres, ce bâtiment n’était autre qu’un hangar… Une façon de justifier son temps ! Quand on songe qu’il faisait le trajet à pied ou en vélo !

Début des années 50, dans mon village à Redu, le facteur avait souvent maille à partir avec un chien qui l’avait déjà mordu plusieurs fois. Rien ne changeait malgré plusieurs avertissements donnés à son propriétaire. Un jour, il prit son arme de service et transperça le chien d’une balle. Le chien en réchappa, laissa le facteur tranquille, qui en fut pour un procès verbal justifiant la douille tirée. Autres temps… »

La Petite Gazette du 16 janvier 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Madame Courtoy-Fabri, d’Ozo , avec la gentille complicité de sa fille, nous dit le plaisir qu’elle a éprouvé en lisant quelques souvenirs de son facteur, Christophe Théate, le « Facteur ardennais » :

« Pendant la guerre, Christophe desservait Ozo avant Izier. J’allais, chaque semaine, à Grand-Trixhe pour y chercher de la viande abattue clandestinement par Gaston Vanval. Pour m’assurer de la compagnie sur la route, je quittais Ozo une demi-heure après lui et je l’attendais à la sortie d’Izier. J’avais entre 15 et 17 ans et les routes n’étaient pas sures !

Christophe m’a souvent rendu service pour réparer un pneu crevé, une chaîne sautée ou un dérailleur coincé.

J’appréciais beaucoup sa gentillesse et j’en ai gardé un excellent souvenir. Plus tard, j’ai eu  beaucoup de plaisir à lire son livre, qu’il m’a d’ailleurs dédicacé. Cela m’a fait plaisir d’entendre parler de lui… C’est ma jeunesse ! »

La Petite Gazette du 23 janvier 2013

NOUS AVONS DES FACTEURS QUI PRENNENT ENCORE LE TEMPS…

Madame Hélène Dumont, de Moulin du Ruy, apporte à son tour son témoignage sur les facteurs d’hier, mais elle tient également à évoquer ceux d’aujourd’hui !

« J’ai connu ce temps où les facteurs prenaient le temps de s’arrêter, d’entrer poliment dans les maisons en criant « Facteur » pour annoncer leur passage. Ils savaient rendre service et prenaient le temps aussi de commenter les nouvelles. Je me souviens de Fernand, Gaston, Julien et d’autres encore.

Je ne suis cependant pas d’accord avec un témoignage qui se concluait par « il n’y a plus d’humanité maintenant, c’est fini le bon vieux temps ! » Nous avons la chance, dans notre région, de profiter d’un service postal très humain. La Poste a compris que, dans certaines situations, les facteurs peuvent rester proches des personnes âgées ou ayant des difficultés pour aller relever la boîte postale, le long de la route.

Moi, je dis merci de tout cœur à la Poste et aux facteurs de la région Stavelot-Trois-Ponts qui savent rendre service avec beaucoup de sympathie.

L’esprit du bon vieux temps n’est pas tout à fait mort ! »

Merci pour ce beau témoignage qui, indubitablement, fera plaisir aux collaborateurs de B-post.

A LA POSTE CHEZ PARRAIN GEORGES…

Madame Luce Bigot aimerait, aujourd’hui, vous raconter ce qu’elle définit elle-même comme « un bon souvenir ».

« Dans les années 50, mon grand-père était percepteur des Postes à Gedinne; habitant la Hesbaye, nous n’y allions pas très souvent, pas d’autoroute à l’époque, nous y logions 1 ou 2 jours. La poste était un beau bâtiment en pierres bleues qui desservait beaucoup de villages des environs. Du haut de mes 5 ou 6 ans, j’ai le souvenir des facteurs à vélo bien emmitouflés en hiver, du bruit des tampons qui oblitéraient les timbres, de l’énorme balance au milieu de la salle, du poêle à charbon à alimenter très régulièrement et surtout de tous les fils que l’on branchait pour obtenir une communication téléphonique…quelqu’un venait même téléphoner au   Congo.

Ma curiosité de petite fille s’amusait de tout, la grosse horloge, les employés en tablier noir, le petit grillage au plafond qui donnait dans la chambre de mes grands-parents. Je pourrais en parler longtemps pourtant, mon grand-père est décédé assez tôt et, terminées les petites vacances à Gedinne, les balades dans les bois, la messe, terminés le bon lait et le beurre de la ferme etc. mais ceci est une autre histoire. Je rends de cette façon un hommage à mon grand-père et parrain Georges. »

poste-gedinne

Je possédais une carte postale représentant le bâtiment où ma correspondante passait ses agréables petites vacances et j’ai pu lui en envoyer une copie qui, manifestement, lui a fait plaisir : « C’est bien la poste de mon enfance, la petite tourelle au premier étage était le cabinet de toilette de ma grand-mère Céline. J’aperçois aussi les fenêtres des greniers dans lesquels nous jouions mon frère et moi parmi les rouets, les poupées de chiffon, les jouets d’un autre âge qui avaient appartenu à mon père et ma tante. »

La Petite Gazette du 30 janvier 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS

Madame Torette-Schmitz, de Tinlot, témoigne à son tour sur ce sujet qu’elle connaît bien :

« Voici papa, Joseph Schmitz, né le 7 mai 1885 et entré à la poste à Engis, vers 1902 je crois.

003

 

Il a fait, pendant des années, la tournée à Clermont-sous-Huy, Aux Houx et Aux Fontaines avant midi. Il venait dîner puis retournait, à 2 heures, pour faire la tournée des Avins. Il travaillait le samedi et avait congé un dimanche sur cinq.

Il devait être à la gare d’Engis à 5 heures du matin pour prendre la première dépêche. Vers 9 heures, il mangeait une tartine et buvait une tasse de café chez Flagotier, aux Houx. Il a pris sa pension en 1941 et est décédé le 11 juin 1960. »

 

La Petite Gazette du 6 février 2013

QUAND LES FACTEURS PRENAIENT LE TEMPS…

Madame Bernadette Lejeune, de Basse-Bodeux, nous apporte quelques précieuses informations sur cette photo parue il y a quelques semaines.

1946depa

 « Le départ en tournée des 6 facteurs d’Aywaille en 1946 et le bureau était situé rue Alphonse Gilles. Monsieur Francis Sante, d’Aywaille,  jeune retraité de la Poste, s’est assuré la complicité de Monsieur Freddy Lemaire pour vous donner l’occasion de découvrir cette magnifique photographie »

 « Le deuxième facteur, à compter de la gauche, est mon papa, Fernand Lejeune, né le 7 mars 1921 et décédé accidentellement le 7 mars 1963. Je suis née en 1952 et, si je me souviens bien, papa avait été appelé à l’armée mais il manquait de facteurs alors il avait été rappelé à son poste. Durant la guerre, je sais qu’il détournait les lettres qui étaient destinées aux Allemands et qu’il les faisait parvenir à l’armée blanche… »

Les facteurs, d’autres professions également dont les téléphonistes, ont pris beaucoup de risques durant la dernière guerre et ils ont ainsi rendu d’éminents services à la lutte contre l’occupant.

Monsieur Jean Marie Chartry d’Heur, professeur émérite de l’Université de Liège, nous lit à Saint-Germain-en-Laye (France) grâce à la gentille complicité d’une lectrice de La Neuville qui lui envoie régulièrement cette page. Il tient à insister sur le « rôle social de celui qui n’était pas seulement le simple porteur de missives, le propagateur de nouvelles orales sur le chemin de sa tournée, la rythmant par sa régularité quotidienne ou biquotidienne d’un certain temps de la vie quand la vie, en effet, prenait le temps de vivre. On le trouvait aussi consolateur des femmes à la maison, qui voulaient recourir à son service. Ce ne sont à cet égard ni légende ni ragots, mais faits et observations dispersés sur la population de nos villes et de nos villages, dont il va de soi qu’aucune enquête sociologique ne rendra jamais rétrospectivement compte, puisque nous entrons dans le domaine de l’intime et du celé. En des temps où il n’était question que d’insémination naturelle, il arrivait que le facteur jouât le rôle du donneur pour la fécondité de femmes en mal d’enfant, pratique que relève l’expression wallonne, « l’èfant dè facteûr » ; pratique occasionnelle, certes, et néanmoins réelle, quoique destinée à échapper tout naturellement aussi à l’enregistrement de la statistique. »

La Petite Gazette du 13 février 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS… CHRISTOPHE THEATE

Monsieur Ivan Rasquin, de Ouffet, m’écrit pour me dire son intérêt face aux témoignages sur les facteurs d’hier et, spécialement, Christophe Théate qu’il a connu dans ses derniers moments de vie :

« Mon histoire est toute différente de celles publiées jusqu’à ce jour : J’ai vécu au côté du facteur Christophe Théate dans ses derniers moments de vie.

Christophe était hospitalisé à la clinique de Huy, j’y suis aussi hospitalisé et … dans la même chambre. Je n’ai fait que de l’entrevoir quand on a entré mon lit dans sa chambre et m’a placé côté fenêtre. Une tenture nous sépare mais ne nous empêche de communiquer par la parole, en wallon, j’étais heureux de parler avec cet homme érudit. Son vœu  était de faire intégrer notre patois dans les écoles, si non il serait perdu à jamais. Il avait raison mais savait que c’était peine perdue, le patois est trop varié d’une région à l’autre. et c’est très tard que nous nous sommes souhaité « in bonne nute« .

Ce qui va suivre va vous sembler invraisemblable, mais pourtant réel : Je dormais depuis … lorsqu’une lueur indéfinie vint de l’extérieur illuminer la chambre, une forme (de femme) difficile à définir longeait le mur, pour disparaître derrière la tenture qui me séparait de Chistophe. Au passage de cette ??  mon corps était glacé, de peur je n’osais bouger, je croyais que c’était l’heure de ma mort ! Moi qui suis athée, je me pose encore la question de savoir ce que représentait cette « chose »…

Quand, environ une à deux heures plus tard, j’entendis des personnes chuchoter, je me suis bien réveillé, c’était la famille de mon voisin de chambre. Christophe était décédé ! Le 25 janvier 1983 à 6 h 40. J’ai cet acte.

Je fis le rapprochement entre la lueur de la nuit et son décès ! Quand j’en ai fait part à son fils Norbert, il me signifia que son père était extrêmement croyant et que ce ne serait que la venue de la Sainte Vierge pour le bénir ! Moi le mécréant, j’étais perplexe, mais que penser ?

Après ma revalidation, je me suis rendu à Tohogne, avec Norbert, sur la tombe de l’homme que j’avais peu vu mais qui, par sa voix, son parler, son wallon avait laissé une trace en moi. Son fils Nestor, lui, m’a offert ses deux livres: « Christophe Théate, facteur ardennais » et le « Recueil de poésies wallonnes« .

Quand, dans son livre, on parle de Malboutée, je ne peux m’empêcher de penser à mon arrière-grand-mère paternelle, Marie-Thérèse Laboule y est née, dans son acte de naissance, il y est indiqué « maison isolée » mais c’était en 1843. J’ai écris sa biographie portant simplement son nom. »

Merci pour cet émouvant témoignage.

La Petite Gazette du 20 février 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, se souvient elle aussi de cette époque…

« Je vous livre quelques faits de vie de l’époque où les facteurs avaient le temps, où 100 francs en un an rapportaient 3 francs et je vous parlerai, lié à tout ceci, du fameux poêle crapaud de la tante Alphonsine. Mes parents, à leur mariage, ont partagé sa vie pour l’accompagner et reprendre la ferme laissée libre par le décès de son mari.

C’est ainsi que nous avons pu profiter l’hiver, dans la salle à manger, la chambre comme on disait alors, de la douce chaleur que diffusait ce merveilleux poêle, ce support pour se chauffer les pieds comme dit si bien M. Houlmont.

A la bonne saison, on emménageait à la cuisine, mobilier : chaises de ferme, cuisinière à pavés, des faïences à fleurs vertes qui avaient tout leur charme et le grand canapé savamment travaillé par Prosper Dodrimont, menuisier, le grand-père de Philippe. Que du bonheur, oui ! mais, car il y a un mais… Maman avait la foutue manie de visiter nos petites tirelires de la C.G.E.R. pour rendre la monnaie au facteur. Bien sûr, elle nous remettait la somme, qu’on dit ? Ces petites tirelires cylindriques étaient offertes par la C.G.E.R. aux écoliers et M. Giltay, l’instituteur, nous proposait d’apporter nos petites économies et, au bout d’un temps, nous apportions nos livrets qu’il portait à la Poste avec notre pactole.

Ma petite sœur Lucienne commençait à trouver cette habitude de maman un peu sûre… Il fallait absolument trouver une cachette … et de glisser son petit trésor dans le pot du poêle crapaud sous les papiers que maman avait déposé pour brûler aux premiers froids. C’est fait, on n’y verra … que du feu. Et voici la fête, le grand rassemblement, oncles, tantes, cousins, cousines sont invités à partager un repas tout simple mais combien convivial. Et l’après-midi, le petit monde se dirigeait à pied vers Werbomont, via les carrousels, par après, en Jeep pour les plus petits avec l’oncle Antoine d’Ernonheid. Quelle aubaine ! oui, mais de nouveau un mais ! C’est le mois d’août, la canicule que nenni ! Un petit air humide et frois a fait qu’il fallait absolument réchauffer les invités.

Maman ouvre le poêle, dépose les petits bois sur les papiers, craque l’allumette et, soudain, Lucienne se rappelle, vole au secours de sa petite tirelire, s’explique sur la cachette, les cris, les larmes… « mes sous ! Mes sous ! » Pôve pitite…  

On a retiré de  l’étui en métal, de couleur rouge avant l’incendie, dès pèces tot si neures qu’on vî clâ, come li bouquète… E lès bilèts, qu’en n’esteut – î ? « Le billet de cinquante francs, je crois que je l’avais repris ! »

Awè vos maman, vâ co mi dè dire ainsi, on n’y pou todis dja rins !

La Petite Gazette du 6 mars 2013

QUAND ARTHUR ÉTAIT FACTEUR

C’est Madame Georgette Hubert, d’Esneux, qui se souvient de lui :

« Ma vieille marraine était handicapée, à 80 ans, elle ne pouvait plus descendre à la cave. Or, elle se chauffait encore au charbon qui alimentait sa cuisinière et sur laquelle elle préparait ses petits repas. Chaque jour, le facteur, il s’appelait Arthur si j’ai bon souvenir, descendait à la cave et lui remontait deux ou trois seaux de charbon et tout cela bénévolement bien entendu. Cela lui a permis de rester chez elle jusqu’à la fin de sa vie. J’ajoute encore qu’il allait lui chercher sa viande à la boucherie voisine. Cela se passait dans les années 1970. Ces services spontanés étaient d’un humanisme indéniable. »

ENCORE UN FACTEUR… JOSEPH ORBAN, DE MARCOURAY

C’est Monsieur François Soyeur qui nous le présente :

« Voici l’histoire d’un brave facteur, Joseph Orban,  de Marcouray. Joseph est né en 1908. Il a été facteur au début à Marcour, il distribuait la correspondance à Beffe, Devantave et Marcouray. Pendant la guerre, il était fréquemment arrêter par les Allemands pendant sa tournée ; il était fouillé, sans succès, les Allemands qui recherchaient de l’argent : l’argent convoité était planqué dans la selle de son vélo…

Après Marcourt il est allé au bureau de Laroche et puis à celui de Barvaux et cela pour être nommé. Il logeait chez son frère Louis, à Ny (Hotton). Il fut nommé à la poste de Melreux et cela de façon définitive. Il venait de Marcouray (d’où son surnom Macray) à vélomoteur par tous les temps et était au bureau avant  les autres facteurs habitant pourtant plus près. Il distribuait Monville, Fronville, et la route de Ny à Melreux. Il aimait beaucoup mieux les gens des petits villages, il n’aurait pas voulu distribuer la rue Parfonry à Hotton ou, disait-il, « les gens vivaient à l’arrière et fermaient les portes à clef! »

004

 

 

 

 Quelqu’un pourra-t-il identifier la personne présente à côté du facteur Joseph Orban ?

 

 

Pendant la distribution de Fronville, il y avait la halte café. Elle se faisait chez nous et nous discutions de choses et d’autres, il était souvent près de la fenêtre, il admirait les poules et les vaches (il en possédait lui-même trois). Je revois encore mon épouse et ma soeur lui dire que nos poules étaient plus belles que les siennes et, à chaque fois,  Joseph disait : « A vos garces ! » et le fou-rire  était de la partie…

Après sa distribution, il avait une longue coupure car son service ne reprenait que fin d’après midi : levée de boites aux lettres puis il devait porter les dépêches au train de 19 heures. Avant cela, il lui arrivait de retourner le jardin derrière  le bureau de poste de Melreux. En général, il restait au bureau, triant du courrier que les autres facteurs ramenaient. Il allait parfois boire une tasse de café chez Charles et Marcelle Saintviteux qui habitaient à côté de la poste. Il retournait enfin vers son domicile après une journée bien remplie.

Joseph était très gentil, très honnête, il avait une grande franchise dans le langage (souvent en wallon). Il disait : « Qui n’est-i nute è qu’on sopahe » … Mais il  savait aussi se mettre en colère, un employé intérimaire s’étant moqué de lui, ils en étaient venus aux mains, sa cannette en métal avait été pliée sur le crâne de l’employé!

Joseph était peut-être un peu rancunier. Quand le percepteur, Raymond Hainaux, qui avait été prisonnier de guerre, avait voulu organiser une excursion en Allemagne, Joseph avait dit haut et fort : « Vos n’allez nin pwèrter vos sous à ses djins-là ? »

Joseph était serviable, il s’occupait totalement des feux au charbon dans le bureau. Quand il était en congé si on le rappelait, il reprenait le service sans rouspéter. Il était peut-être un peu vieux jeu, il n’aimait pas le moderne. Mais il était apprécié en tournée comme au bureau. Nous en gardons un bon souvenir.

Merci à tous les facteurs de la tournée citée ci-dessus. Certains faisaient le café eux- mêmes, d’autres allaient réveiller les deux filles avec une canette d’eau… En ce temps-là, il n’y avait pas de « géo-route ». Et mon correspondant de remercier Mme Walhin et Robert, le fils de Joseph Orban, pour l’aide qu’ils ont apportée dans l’enquête menée…

La Petite Gazette du 20 mars 2013

QUAND  LE  FACTEUR  TROUVAIT  L’AME  SŒUR !

Monsieur Raymond Gillet, de Nandrin, évoque quelques épisodes de la vie de facteur de son cousin Louis :

« Ces faits se passent juste après la guerre, nous sommes en 1945, mon cousin Louis Billaux est jeune facteur, il a 18 ans environ. La poste de Noirefontaine est située sur une voie secondaire, le camion postal de Libramont ne peut utiliser cette route. L’oncle Joseph, papa de Louis, également facteur  commence son travail  à 06h30, par se rendre à 150-180 mètres de la poste avec une brouette type terrassier(en 1945), il se plaçait le long de la route nationale Bouillon – Paliseul et attendait le passage du camion postal. Courriers divers, journaux, petits colis, paquets sont déchargés prestement dans la dite brouette; les jours de pluie un caban de facteur servira de protection. Retour au bureau de poste ; les facteurs sont arrivés, le tri par village et tournée va pouvoir commencer.

Louis va partir vers 07h15 réaliser sa «  tournée », il rentrera au bureau après 09h30, après avoir parcouru à vélo ou à pied près de 10 km. (A pied lors du passage du contrôleur). Il effectuera une seconde tournée à 14h30, elle consistera à « relever » les différentes boites aux lettres des villages de Noirefontaine, Curfoz, Sensenruth, Ucimont, Botassart ; le courrier ainsi récolté sera conduit à Bouillon,  à vélo évidemment.

Nous sommes en 1948, cousin Louis doit encaisser une assignation dans une entreprise de Noirefontaine, au lieu-dit « la briqueterie », il présente l’assignation ; vu la somme Monsieur Gourmet lui demande s’il peut représenter l’assignation le lendemain. Le lendemain Louis se présente au bureau de M. Gourmet, il n’en croit pas ses yeux, sur le bureau il découvre une pile de billets de plus de 10cm d’épaisseur. Il s’assied, et commence à remplir son formulaire de réception. Toutes les différentes coupures sont présentes. Après rédaction, il calcule le montant reçu (en mimant l’addition il me semble voir sa main droite trembler). Le montant total est correct….ouf… 253.007 francs sa mémoire ne défaille pas. (N’oubliez pas nous sommes en 1948 !) Louis a terminé sa tournée au pas de course pour rapporter l’argent au bureau de poste.

Il en vient à me narrer une histoire cocasse. A  l’époque le dimanche matin il effectuait une «  tournée journaux » (Libre Belgique, La Meuse, Le Soir, La Nation, l’Avenir…) En ces temps-là, le dimanche matin, avant la messe, c’était la toilette. Oui, la toilette au milieu de la cuisine dans la bassine. Louis arrive à Curfoz chez la Maria et par habitude, tout en ouvrant la porte il crie « Facteur ! », il a refermé précipitamment la porte…. La Maria était debout dans la bassine en tenue d’Eve. Ils sont restés sans voix.  Cousin Louis riait encore en me racontant l’anecdote, des larmes de rires inondaient ses yeux près de 65 ans après.

Mais pourquoi donc Louis est resté employé à la Poste seulement  7 années et demie… ? Au village d’Ucimont, dans l’angle de la rue du Village et la route du Tombeau du Géant (Lorihan), il  y avait la ferme de Joséphine et Edmond Arnould. Il lui arrivait de temps à autre de s’arrêter et de prendre une « jatte de cafait », non pas préparée  par Joséphine mais par leur jeune et charmante fille Mélanie. Au fil des mois, les jattes étaient régulières, et le café refroidissait mais ce n’était pas là le problème, n’est-ce-pas ? Et plusieurs mois après Mélanie et Louis se sont dit « oui ».

Dans quelques semaines, avec leur grande famille, ils vont fêter leurs 62 années de mariage. Longue vie à cousine Mélanie et cousin Louis. »

Merveilleuse histoire de facteur.

La Petite Gazette du 27 mars 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Ce sujet ne cesse de vous passionner, en témoignent les nombreux témoignages et souvenirs que vous m’adressez. Cette semaine, c’est Monsieur Michel Hiffe, de Waha, qui évoque la carrière de son papa :

« Permettez-moi de vous faire parvenir ce modeste témoignage mettant en valeur les facteurs et en particulier mon père qui a été facteur, entre autres, à Bomal (nous habitions à l’époque le village d’Aisne) et à Melreux. C’était aussi l’époque où il arrivait que papa porte à Liège par le train des fonds importants, travail dangereux car il était armé. À l’heure actuelle, ce sont les fourgons, transports de fonds, qui effectuent ce genre de déplacement.

facteur-hiffe

J’ai très bien connu Joseph Orban dont question récemment dans La Petite Gazette. Et pour cause, c’était un collègue et ami de papa au bureau de poste à Melreux.

Papa pris sa retraite dans les années ‘78/’79. Je me souviens qu’à une certaine époque, papa faisait la tournée tous les jours de la semaine, dimanche compris. D’ailleurs à ce sujet, je peux vous dire que la tournée à Melreux terminée certains dimanches  matin, c’était à vélo qu’en compagnie de mon frère (nous avions six ou sept ans), j’allais porter le courrier à la Reine Pédauque (sur la tournée de papa) pour le suppléer.

En hiver, quand nous fréquentions l’école primaire de Melreux, tous les enfants, avant l’entrée en classe de huit heures et demie, se liguaient contre le facteur (papa) dans de mémorables batailles de boules de neige. Mon père avait des mains comme des battoirs. Je vous laisse deviner le volume de ces boules que nous recevions. Serait-ce encore possible avec ce cher géo-route ?

Une dernière anecdote, alors que je pourrais être plus « loquace », nous donnions un coup de main à papa dans sa tournée à Hotton et Menil-Favay. Nous déplacions son   vélomoteur de maison en maison lui évitant des  retours en arrière. Nous prenions énormément de plaisir à conduire cette mobylette… nous n’avions pas l’âge.

Et comme le disait monsieur Soyeur à propos de Joseph Orban, papa faisait aussi une halte à Menil, sorte de rendez-vous avec les gendarmes de Marche.

Je peux en parler puisqu’ il y a prescription et que le géo-route n’existait pas encore. »

La Petite Gazette du 3 avril 2013

VOILA LE FACTEUR…

Monsieur Pascal Piérard, de Sprimont, m’a fait parvenir ce petit texte découvert par sa maman dans un vieux journal des années 60. Il est signé d’un grand nom de la littérature pour enfants, dont les heures de gloire s’étirent juste avant et juste après la seconde Guerre Mondiale . voici ce texte :

« En ville, qui donc le connaît ? Fonctionnaire anonyme, messager sans contacts humains, il dépose le courrier entre les mains du concierge, ou bien le glisse dans la fente de la boîte aux lettres. Et puis il continue sa marche le long du trottoir.

Mais quelle importance prend à la campagne cet éternel vagabond ! « Le facteur est-il déjà venu ? Y avait-il quelque chose pour moi ? » On guette de la fenêtre son alerte silhouette. On va à sa rencontre, on lui parle de la pluie et du beau temps, comme il se doit entre gens polis. On épie tous les mouvements de sa main habile à trier les paperasses et qui cherche s’il y en a portant votre nom.

Dit-il : « Rien aujourd’hui ! » On lui en veut comme si c’était sa faute. Donne-t-il une, plusieurs enveloppes ? On éprouve de la gratitude. Surtout si quelque lettre d’amitié ou d’amour apparaît, avec cette écriture désirée…

Facteur de campagne, porteur quotidien de nouvelles venues du monde entier, agent de liaison entre les humains, tu t’en vas tous les jours à la même heure et par les mêmes chemins. Mais il y a de  tout  dans ton sac, parmi les lettres charmantes, les cartes postales, l’annonce d’événements heureux,  se glissent les faire-part encadrés de noir, les feuilles de contributions, le rappel de dettes à payer…

L’immense amalgame des joies et des douleurs est là, dans ces enveloppes soigneusement pliées, calligraphiées, timbrées, d’apparence banale. De maison, en maison, de ferme en ferme, sans oublier le château, le presbytère, l’école, l’auberge, ton sac s’allège.

Tu continues ta route, sous le soleil ou la pluie. Les oiseaux chantent, les poules caquettent, les vaches te regardent de leurs grands yeux bêtes. Mais dans chaque demeure, quelque chose est entré, s’installe. Un regret ? Un rêve ? Un espoir ? Une rancune ? On pleure, peut-être. Facteur, on désire que tu t’arrêtes ; mais faut-il l’avouer ? On a un peu peur de toi. » Berthe Bernage.

ET LES PORTEURS DE TELEGRAMMES…

Monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, a raison d’associer les porteurs de télégrammes aux facteurs… d’autant qu’il sait de quoi il parle :

« Dans notre Petite Gazette, les sujets sont inépuisables. Nous y mettons les facteurs à l’honneur et c’est mérité. A côté d’eux, il y avait les porteurs de télégrammes et de courriers express.

Ce service des P.T.T. était délégué à la R.T.T. Ces agents n’avaient pas le rôle social des facteurs et ce n’était pas un métier qu’ils occupaient mais plutôt une occupait qui, plus tard, ouvrait bien des portes pour l’avenir.

On entrait à 14 – 15 ans et, à 18 ans, on avait accès aux différents services de la R.T.T. et des P.T.T. A Huy, pour assurer la distribution, il y avait 7 services 6 jours sur 7 car, le dimanche, c’était réduit à 5 services, mais toujours de 6h. à 22h. Pour assurer le service, il fallait 10 à 12 porteurs, les derniers entrés assurant les remplacements.

005

 

 

 

 

 « Voici deux porteurs, à gauche Marcel Dechany, à droite, mon correspondant, Valère Pintiaux »

 

 

A Huy, la distribution se faisait à vélo et nous faisions 60 à 80 km. Par jour. En 1946 ou au début de 1947 a été créé le cadre des facteurs des Télégraphes, copié sur la Poste avec masse d’habillement, biennales et tout ce que comporte une nomination. L’arrivée du télex a marqué le déclin du télégraphe. En 1948, c’était la fin des nominations et le nombre de services a diminué. En 1953, nous avons pu être détachés à la Poste, c’est ainsi que j’ai été facteur de 1953 à 1956. Puis, des places étant libres, nous avons pu réintégrer la R.T.T. au sein de laquelle, dès sa création, beaucoup de porteurs autodidactes ont gravi les échelons pour accéder à tous les grades aussi bien techniques qu’administratifs puisque M. Bilen accéda même au grade de directeur général d’administration. Aujourd’hui, il faut un diplôme pour tout, mais je ne vois pas que cela va mieux… »

La Petite Gazette du 10 avril 2013

QUAND LES FACTEURS AVAIENT LE TEMPS…

Cette rubrique vous aura permis, et vous en avez encore le loisir, de rendre hommage à ces visiteurs quotidiens que sont les facteurs. Grâce à vous, nous avons recueilli bien des témoignages, émouvants et passionnants. Aujourd’hui, voici encore un souvenir de monsieur Valère Pintiaux, d’Esneux, celui-là même qui nous expliquait son travail de porteurs de dépêches à la RTT et qui exerça quelques temps sous le costume de facteur :

« A la campagne, la plupart des tournées étaient pédestres, à Nandrin du moins. Il fallait cependant un vélo, avec deux porte-paquets et deux sacoches pour pouvoir tout emporter… La charge, courriers, journaux, toutes-boîtes et colis, était souvent largement au-dessus de 100 Kg. En plus, il y avait la responsabilité de l’argent manipulé, somme journalière souvent dix fois supérieure à notre salaire mensuel !

Je garde tout de même un bon souvenir de mon passage à la Poste, malgré la charge, les intempéries, chaudes ou froides.

Je n’oublierai jamais le bol de lait chaud offert, tout l’hiver, par une personne âgée ! »

La Petite Gazette du 17 avril 2013

MOI AUSSI, J’AI PORTE LES TELEGRAMMES ET LES DEPECHES…

Monsieur André Nisen, de Beaufays, a lui aussi été porteur de télégrammes. Il nous confie quelques-uns de ses souvenirs :

« En complément aux commentaires de mon ancien collègue, Valère Pintiaux, d’Esneux sur les porteurs de télégrammes, je vous confirme que ce métier existait encore à la fin des années 60.  J’ai commencé ma carrière dans cette fonction en novembre 1967.  Il y avait, à cette époque, deux sortes de porteurs : les messagers qui se déplaçaient en voiture et les piétons qui, comme leur nom l’indique, allaient… à pied !  Je faisais partie de cette deuxième catégorie ; je peux donc dire que je gagnais ma vie à la sueur de… mes pieds ! Si les messagers disposaient d’habillement de service, comme le précise Valère, les piétons n’avaient droit qu’à un képi et à deux sacoches.  Une petite lorsqu’il n’y avait que des télégrammes et des lettres exprès et une grande pour les colis exprès.  Nous démarrions du bâtiment de la rue de l’Université au centre de Liège et nous desservions les quartiers du centre, du Laveu et de Cointe, des Guillemins, de Sclessin jusqu’au stade du Standard.  Tout cela à pied, entre six et vingt-deux heures.  Ah, les petits matins en hiver…   Les messagers circulaient dans la périphérie.  Je garde d’excellents souvenirs de cette époque.  Nous avions accès partout sans problème et étions toujours les bienvenus ; des différents services du palais de Justice, aux salons des dames de petite vertu derrière la grand-poste…  Un de mes meilleurs souvenirs est un commerçant d’origine vietnamienne, rue Saint-Gilles, qui pleurait de joie quand il recevait des nouvelles de sa famille restée au pays.

Nous avions également pour mission la distribution des télégrammes dits de luxe, à savoir de circonstances (mariage, décès, etc.).   C’est ainsi que j’ai porté ce type de télégrammes à l’occasion de mariages, entre autres dans des salons situés rue Vinâve d’île.  J’étais loin d’imaginer que, vingt ans après, je rencontrerais la plus jolie de ces mariées, alors divorcée, et que je l’épouserais à mon tour… et avec qui je vis le parfait bonheur depuis plus de20 ans.

Evidemment, à l’époque, j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas d’un métier d’avenir.  Je n’y suis resté qu’un an et demi pour, ensuite, effectuer d’autres prestations et progresser dans la hiérarchie au sein de la RTT, ensuite Belgacom.  J’en fais toujours partie, pour quelques mois encore. »

La Petite Gazette du 2 mai 2013

J’AI AUSSI PORTE DES COLIS ET DES DEPECHES, MAIS PAS POUR LA R.T.T.

C’est au tour de Monsieur Léon Dumont, de Werbomont, de nous faire part de ses souvenirs de porteur… « J’ai, moi aussi, porté les avis, dépêches et colis, non pas pour la R.T.T., mais pour la S.N.C.B., district de Charleroi – Florennes.

Dans ma région natale, Villers-le-Gambon aujourd’hui commune de Philippeville, j’ai été porteur pour deux gares, du 2 février 1955 au 30 avril 1956. Le matin, de 8h. à 13h., Merlemont Station où j’attendais le train de marchandises venant de Florennes allant jusqu’à Agimont (frontière française Givet), train à vapeur qui amenait des wagons vides pour les usines à chaux dites « dolomies » et les colis pour les villages environnants.

Le même train reprenait les wagons chargés de chaux ou de dolomie, gravier jaune qui a couvert toutes les allées de l’Expo 58 à Bruxelles ; cette même dolomie couvre les allées du parc des Topiaires à Durbuy. 

Pour les colis, je faisais cela à vélo, je parcourais en moyenne 30 Km par jour, qu’il pleuve, neige ou fasse 25° et cela 6 jours sur 7. Il m’est arrivé de porter un matelas de 2 personnes à 6 Km de la gare en posant le matelas sur une pédale du vélo et le porte-paquet, avec 30 ou 40 kg. D’autres colis, dont des caisses de poissons pour la Baronne Nothomb habitant le château de Merlemont. Le samedi après-midi, c’étaient surtout les télégrammes de mariage et là c’étatit parfois jusqu’à 18 ou 19h.

L’après-midi, de 13h. à 15h., c’était la gare de Villers-le-Gambon avec le même scénario qu’à Merlemont, lettres de voiture à remplir pour la destination des wagons de chaux ou de dolomie ; ensuite, distribution des différents colis ou avis au destinataire quand le colis était trop volumineux (vélomoteur ou bicyclette), le garagiste venait alors chercher l’engin lui-même. A l’époque, je faisais ce travail pour 7 francs l’heure (0,18 centimes d’euro), plus quelques pourboires qui, parfois atteignaient 50 francs (1,25€) lors de la remise des télégrammes de mariage. J’ai quitté cet emploi le 30 avril 1956 et, le 2 mai, j’entrais dans l’Entreprise de la Dolomie à 15 francs l’heure, soit le double de mon salaire d’alors à la S.N.C.B. »

LA LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

La Petite Gazette du 21 décembre 2011

ON A LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

lutteurs

La lutte a connu ses heures de gloire en Ourthe-Amblève et nos villages ont connu des champions illustres qui portèrent les couleurs locales jusqu’aux jeux olympiques. M. Etienne Compère dont on connaît l’attachement pour le passé aqualien est en quête de l’identification de ces lutteurs dont l’image a été fixée, il y a bien des décennies de cela, sur cette photographie. Pour tenter de mettre un nom sur chacun de ces visages, il s’en est remis à un ancien lutteur d’Aywaille, Robert Leruth, qui enquêta longuement, questionnant tout qui pourrait le mettre sur la piste d’un nom de ces lutteurs  appartenant à un club de lutte des années 1940. Yves Dechamps, de Sprimont,  a reconnu quatre de ces athlètes à savoir :

–         debout en 2ème position Joseph Gillon, en 3ème pos. Valère Crahay, en 5ème pos. Léon Detaille.

–         assis en 2ème position Auguste Mathonet.

Pourrez-vous ajouter l’un ou l’autre nom à cette liste ? Evoquerez-vous pour La Petite Gazette ce sport si populaire jadis en nos salles de village. Je l’espère et vous en remercie d’ores et déjà.

La Petite Gazette du 4 janvier 2012

ON A LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

Monsieur François Hartert, époux de Nelly Lejeune, de Sprimont, nous aide à compléter l’identification de ces fiers lutteurs :

« Pour compléter les informations de mon ami Yves Dechamps, je peux vous signaler que le lutteur situé en quatrième position sur la photo (à côté de Valère Crahay), n’est autre que mon beau-père, M. Georges Lejeune né à Sprimont le 21 mars 1914 et décédé à Liège, le 4 janvier 2001). Si mes souvenirs de ses récits sont exacts, il doit s’agir d’une photo présentant les membres du club de lutte gréco-romaine de Sprimont. Ce club était affilié à la Fédération Sportive Socialiste et avait son siège à la Maison du Peuple de Sprimont. »

Se trouvera-t-il d’autres lecteurs qui nous permettront de mettre un nom sur chaque visage ? Cela ferait un grand plaisir à M. Etienne Compère.

La Petite Gazette du 11 janvier 2012

ON A LUTTE EN OURTHE-AMBLEVE

Faisons le point car un nouveau nom a été rapporté. Merci à Madame veuve J. Lejeune, d’Aywaille et à Robert Leruth qui a servi d’intermédiaire.

–         debout en 2e position Joseph Gillon, 3e Valère Crahay, 4e  Georges Lejeune, 5e  Léon Detaille.

–         assis en 2e position Auguste Mathonet. 3e René Boutet, du Hornay.

Ce club était affilié à la Fédération Sportive Socialiste et avait son siège à la Maison du Peuple de Sprimont. »

Se trouvera-t-il d’autres lecteurs qui nous permettront de mettre un nom sur chaque visage ? Cela ferait un grand plaisir à M. Etienne Compère.

La Petite Gazette du 8 février 2012

VOUS AVEZ AUSSI RECONNU PRESQUE TOUS CES LUTTEURS DE SPRIMONT

Madame véronique Matz, d’Aywaille, m’a transmis un passionnant courrier suite à la parution de cette photo qui ne lui était pas inconnue.

« Cette photographie figure dans les albums de maman. Ce sont des albums de photos de famille et si celle-ci y est présente, sous forme de carte postale, c’est tout simplement parce que l’un de ces lutteurs n’est autre que mon grand-père maternel.

Grâce à sa formidable mémoire des visages et des noms, maman a pu compléter les prénoms, noms et lieux de vie de presque tous les camarades de lutte de son papa. Un seul visage reste inconnu. Avant de vous livrer ces noms, il faut que maman et moi nous vous précisions quelques détails. Le club de lutte se nommait le « Cercle de lutte de l’Avenir de Sprimont ». Le siège du club se trouvait bien à la Maison du Peuple, aujourd’hui « Centre culturel Henri Simon ». la salle d’entraînement se trouvait à l’arrière de la salle accueillant les spectacles et le cinéma. Cette photo doit dater d’avant 1929 car ma grand-mère ne voulait plus que son mari pratique ce sport. Il s’agissait même d’une condition mise à leur mariage !

Je n’ai pas eu la chance de connaître mon grand-père qui fut victime de la chute d’un V1 sur La Préalle, usine à Prayon) à la fin de la guerre en décembre 1944. Cependant mon enfance fut bercée d’histoires et d’anecdotes de la famille de maman, mais aussi de celle de mon papa.

Je sais que quelques-uns des compagnons de lutte de mon grand-père furent des amis fidèles et j’ai eu la chance de connaître certains d’entre eux, notamment la veuve de Désiré Labaye, l’amie de ma grand-mère, Mme Louise Breton. M. Valère Crahay, fontainier à la commune de Sprimont, mais surtout grande figure socialiste, responsable durant de longues années de la Mutualité de la Pierre, puis FMSS devenue aujourd’hui Solidaris et dont les bureaux se trouvent toujours au Fond Leval à Sprimont. Enfin, Monsieur Albert Heinen et son épouse Ginette, célèbre et formidable infirmière accoucheuse qui mit, certainement, au monde bien des lecteurs de La Petite Gazette (N.D.L.R. Ce serait dès lors l’occasion d’évoquer son souvenir au travers d’anecdotes ou de souvenirs liés à l’exercice de sa profession… Le voudrez-vous ?)

Voici maintenant la liste des noms de ces lutteurs, elle a été  établie grâce à la formidable mémoire de ma petite et chère maman.

lutteurs

Debout, de gauche à droite : Désiré Labaye, Damré-Sprimont ; Joseph Gillon, Florzé ; Valère Crahay, Fond Leval-Sprimont ; Georges Lejeune ; Léon Detaille ; Albert Heinen, Hornay-Sprimont.

Assis, de gauche à droite : Alphonse Defays, dit Joseph, de Hornay Sprimont, mon grand-père, précise Mme Matz ; Auguste Mathonet, Fond Leval – Sprimont ; René Boutet ; ? Calbert, Florzé ?;    ?   ; Joseph Sluse, Cour Robaye Sprimont. »

Un immense merci à Madame Matz et à sa maman, Mme Emilie Defays.

COMMENT FAIRE DU SIROP DE BETTERAVE?

La Petite Gazette du 6 décembre 2000

QUI CONNAIT LA RECETTTE DU SIROP DE BETTERAVE SUCRIERE ?

   Monsieur Jean Leroy, de Marchin, voudrait retrouver la recette du sirop de betterave que confectionnait sa maman, c’est pourquoi il f       ait appel à vous :

« J’habitais alors Chokier et, en 1940, j’avais 8 ans. Je me souviens que je lavais les betteraves à la Meuse, dans le bassin de Chokier, car il fallait beaucoup d’eau pour les décrotter à l’aide d’une brosse en chiendent. Ensuite, à la maison, nous les râpions en nous écorchant le bout des doigts. Ensuite, nous mettions les cossettes à chauffer avec de l’eau dans le stérilisateur. Je ne me souviens ni du temps de cuisson ni ce que maman ajoutait au jus pour en éliminer certaines substances nocives. Finalement, elle faisait épaissir le jus dans la bassine à confiture. Quelqu’un possède-t-il encore cette recette ? »

Si quelqu’un en possède le « secret », aura-t-il la gentillesse de le communiquer à monsieur Leroy ?  Confiant en la solidarité exemplaire qui unit les lecteurs de La Petite Gazette, il vous remercie chaleureusement de l’aider à retrouver les saveurs de sa jeunesse.

La Petite Gazette du 27 décembre 2000

LA RECETTE DU SIROP DE BETTERAVE

Il n’aura pas fallu attendre longtemps afin que certaines d’entre vous se manifestent au sujet de l’appel lancé par Monsieur Jean Leroy, de Marchin, au sujet de la recette du sirop de betteraves que sa maman faisait pendant la guerre. En effet, deux lectrices attentives m’ont déjà écrit pour me communiquer la recette qu’elles détenaient ; vous allez voir qu’il s’agit bien de recettes tout à fait différentes :

Madame Jeanne Douhard, de Modave, nous confie un procédé des plus simples : « Vous lavez et brossez bien les betteraves. Vous les évidez, vous mettez dedans du sucre candi et vous placez la betterave près d’une source de chaleur, le sucre fond et vous buvez le sirop. J’ai aujourd’hui 76 ans, me dit ma correspondante, mais je me souviens très bien en avoir bu durant mon enfance. »

Mme L. Deward-Alexandre, de Chêne-al’Pierre, a puisé cette recette dans son cours de l’Ecole Ménagère de Heyd. « Elle est, m’écrit-elle, telle que les élèves l’ont expérimentée en 1942. Je cite le texte dicté par Mme Comblain, de Villers-ste-Gertrude.

Lavez soigneusement des betteraves sucrières à la brosse dure. Les couper en morceaux ou les hacher, les couvrir d’eau (à hauteur des betteraves). Laisser cuire trois heures à partir du premier bouillon, à découvert. Recueillir le jus puis celui des betteraves pressées. Remettre le jus à feu doux en mélangeant souvent. Il est préférable d’utiliser une casserole en cuivre. Bien surveiller la fin de la cuisson jusqu’à ce que le sirop ait la consistance voulue. La quantité de sirop équivaut environ à un dixième du poids des betteraves.

Remarque : il est recommandé d’ajouter des pommes et des poires aux betteraves.

Mais, insiste ma correspondante, ce que je n’ai pas noté et dont je me souviens parfaitement, c’est qu’il faut ajouter un peu de chaux aux betteraves et c’est là le « secret » que recherche M. Leroy. Malheureusement, je n’ai noté ni la quantité de chaux à ajouter ni à quel moment de la cuisson il faut procéder à l ‘opération. Peut-être que l’une des anciennes élèves de cette l’école ménagère s’en souviendra et vous en fera part. »

C’est évidemment ce que je souhaite, mais, en attendant que vos anciennes condisciples se manifestent, permettez-moi de vous remercier chaleureusement au nom de M. Leroy, vous et Mme Douhard.

La Petite Gazette du 3 janvier 2001

LA RECETTE DU SIROP DE BETTERAVE

Vous avez découvert, il y a une semaine, les premières recettes qui me sont parvenues suite à l’appel lancé par Monsieur Leroy, de Marchin. Dans cette édition, j’ai le plaisir de vous faire partager le contenu de deux nouveaux envois relatifs au même sujet.

Madame Flore Crevin, de Hargimont, nous confie ce dont elle se souvient à ce propos :

Gelée ou sirop de betteraves. Le choix des betteraves est important, il faut utiliser si possible des betteraves sucrières, car avec des demi-sucrières il faut laisser cuire beaucoup plus longtemps et on obtient beaucoup moins de sirop. Les fourragères ne conviennent pas car elles contiennent beaucoup trop peu de sucre.

Manière de procéder. Choisir des betteraves en bonne santé, les laver à grande eau jusqu’à ce qu’il ne reste aucune trace de terre, enlever le collet, les petites racines et les radicelles. Quand elles sont bien propres, hacher les betteraves plus ou moins finement (chez M. Leroy, on était plus courageux que chez nous puisqu’on y râpait les betteraves !). Récolter le jus qui, déjà, colle aux mains. Mettre le tout dans une grande marmite, en cuivre si on en possède une, et couvrir d’eau. Faire bouillir jusqu’à ce que les betteraves tournent à compote et laisser tiédir. Bien égoutter le tout et filtrer le jus. Le remettre dans la marmite et le faire cuire (cûre èt dèscûre  comme on disait) pour que l’eau s’évapore. C’est ici qu’il faut faire preuve de patience. Quand le jus commence à épaissir, après des heures parfois, il faut mélanger sans arrêt pour que le fond ne colle pas à la marmite ce qui, immanquablement, donnerait un goût de brûlé. Quand on juge que le sirop est assez épais, c’est fini. Le jus, assez peu attrayant au début, a pris progressivement une belle couleur.

Il faut donc cuire longtemps pour évaporer toute l’eau, maman disait qu’il fallait 24 heures pour cuire le sirop. La légende voulait que, dans les grosses familles, chacun tourne dans la marmite autant de fois qu’il avait d’années d’âge et tant mieux s’il y avait des grands-parents ! Et chez les autres ?

Moi, j’aimais bien être la dernière à touiller parce que ça sentait bon. A peine fini, on mangeait une tartine couverte de sirop encore chaud tellement c’était bon. Quand on avait des poires et des pommes, on les lavait les coupait en quartiers qu’on ajoutait aux betteraves. On disait que le goût était meilleur, mais je ne le crois pas. D’ailleurs, si nous avons fait du sirop de betteraves pendant la guerre par manque de sucre, nous avons continué ensuite, par goût, et aussi longtemps que nous avons eu des betteraves.

Es walon, on louméve ça : dol méchtrole, do clape à gngno, do bure di coche                         ou tot simplumint dol sirôpe. » (N.D.L.R. sauf erreur de transcription de ma part).

Un immense merci à Mme Crevin pour  la précision de ses souvenirs, auxquels se mêlent tradition et folklore.

Mademoiselle de Villers, de Miécret, a recopié pour M. Leroy et pour nous tous, une recette qu’elle tient de ses grands-parents :

« Bien laver les betteraves et les râper finement. Verser de l’eau dessus, jusqu’à ce que la pulpe soit sous eau et laisser ainsi toute une nuit. Le lendemain, mettre au feu et bien laisser cuire, jusqu’au moment où la pulpe devient bien tendre. Ensuite, égoutter la pulpe et ne conserver que le jus. Remettre le jus au feu après y avoir ajouté 20 grammes de sucre par litre de jus (ceci pour favoriser la formation du sirop). Lorsque la décoction a acquis la consistance de sirop, enlever du feu et laisser refroidir avant de mettre en bocaux. Il arrive quelquefois qu’après quelques semaines, le sirop devienne plus liquide ; dans ce cas, il faut de nouveau le mettre à cuire pour lui rendre sa consistance. »

Et voici encore un sujet qui, grâce à la gentillesse dont vous faites preuve, semaine après semaine, nous aura permis de rassembler divers témoignages qui, j’en suis persuadé, auront ravi de nombreux lecteurs. Un grand merci à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à l’aboutissement de cette recherche.

LES TCHINS D’TCHERETE

La Petite Gazette du 17 août 2011

LES TCHINS D’TCHERETE 

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous revient avec un sujet passionnant, mais d’abord, il tient à vous remercier chaleureusement pour l’intérêt que vous avez porté à sa précédente question :

« J’ai été très surpris par l’intérêt suscité par cette question. Je n’aurais jamais imaginé qu’un sujet d’apparence aussi banal puisse engendrer un tel volume de courrier de la part de lecteurs passionnés et cette question m’a entre autres valu une intéressante communication téléphonique avec le très sympathique Monsieur Louis Daems d’Ougrée.

Lors de cette conversation, nous avons évoqué les charrettes à chiens utilisées jadis pour de petits transports et il m’avait narré une amusante anecdote à ce sujet.

Il se trouve que je possède encore une de ces charrettes ainsi qu’une photo d’époque dont je lui avais promis de lui envoyer une copie. Puis je me suis dit que je pouvais également en faire profiter tous vos lecteurs.

charrette_a-chien_

Cette photo date d’immédiatement avant la première guerre mondiale car on y voit dans le charrette mon oncle René Beaufays, né aux environs de 1910.

Les personnages debout doivent être de droite à gauche mon arrière-grand-père Joseph Beaufays, son épouse, et une petite dame âgée qui était probablement une voisine.

La photo a été prise devant leur maison de Villers-aux-Tours où mon arrière grand-père que je n’ai évidemment pas connu, exerçait la profession de menuisier-charpentier.

A en croire les inscriptions au dos de la photo, le chien s’appelait Toby ( or not Toby, c’est la question….)

Ceci me rappelle une ancienne et croustillante expression wallonne que je vous livre telle que je me la rappelle en wallon phonétique  » Pôv nos autes, les tchins d’tchèrète è les grossés feumes à bicyckette…. »

Merci à Monsieur Beaufays, j’imagine, et j’espère, que je vais recevoir d’autres documents et témoignages sur ces tchins d’tchèrète si fréquents il y a peu de temps encore dans nos contrées et ailleurs. Me confierez-vous vos souvenirs et vos photographies d’aïeules crémières qui se voyaient ainsi si précieusement secondées dans leur commerce ? Vous pouvez bien sûr nous parler des chiens qui tiraient le petit chariot portant les cruches pour aller à la traite, mais aussi, parce qu’ils étaient plus rares, évoquer les chiens de forge chargés d’actionner le soufflet… Enfin vous pourriez également vous pencher sur les expressions wallonnes évoquant ces tchins d’tchèrètes car celle rappelée par M. Beaufays m’intrigue quelque peu… surtout sa chute.

 

La Petite Gazette du 21 septembre 2011

UNE HISTOIRE DE TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, évoque cette histoire qui s’est passée à Ollomont-Nadrin en 1947 ou 1948 :

« Ma cousine, en fin de grossesse, s’en allait pour la traitre du soir avec sa charrette à deux roues de vélo, contenant sans doute trois cruches, un seau et le filtre. A Ollomont, cela grimpe assez fort. Pour monter le village vers les prairies, ma cousine avait l’habitude d’accrocher une corde au collier du chien qui l’aidait assurément. Pour le retour, c’était la descente et le chien n’était plus nécessaire.

001

Mais cela gênait un touriste de passage qui s’est permis de dételer le chien et de laisser le soin à la fermière de pousser la charrette seule ! Pitié pour le chien mais pas pour la future maman ! »

 

La Petite Gazette du 28 septembre 2011

LES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert Nizet, oui oui il s’agit bien de l’auteur et de l’éditeur dont nous avons déjà présenté le travail dans nos colonnes, m’a fait parvenir quelques extraits d’un très bel ouvrage qu’il a signé il y a plusieurs années et qui est, malheureusement épuisé aujourd’hui : Vieilles images sur toits de Cherbins. Il y avait consacré plusieurs pages à ces chiens de charrette. J’en extraits les renseignements suivants car je sais que vous en apprécierez l’intérêt :

« L’attelage du chien dans les brancards d’une petite « charrette à chien » a été répandu jusque tard dans le vingtième siècle, dans notre région comme dans beaucoup d’autres. Le souvenir de ce moyen de transport sympathique s’estompant déjà fortement, il m’a paru intéressant d’en donner quelques illustrations et de rapporter quelques témoignages de son utilisation.

Les chiens attelés n’étaient pas d’une race déterminée : c’étaient des bâtards ou des bergers allemands ou des « chiens de vache », parfois même assez petits.

Peu à peu les autorités ont estimé que ces animaux ne disposaient pas des qualités physiques et physiologiques les rendant aptes à remplir une telle besogne et, après plusieurs restrictions, édictèrent la loi du 2 juillet 1975 sur la protection des animaux.

Suivant l’article 2 de celle-ci, est puni d’un emprisonnement de 8 jours à 1 mois et d’une amende de 26 à 500 francs ou l’une de ces peines seulement celui qui (…) se sert de chiens comme bêtes de somme ou de trait, sauf les dérogations qui pourront être accordées par le Roi.

Aucune des personnes interrogées ne partagent l’avis suivant lequel on demandait trop aux chiens attelés. Certes, comme en toute chose, il y avait de temps à autre une exagération, mais des quantités d’utilisateurs ont accompli de très longs trajets, durant de très longues années, en parfaite communion avec leur compagnon à quatre pattes qu’ils ménageaient et entretenaient comme on le fait d’un outil ou d’un auxiliaire.

Toutefois, le sort du chien attelé n’était sans doute pas enviable (par rapport au chien de garde par exemple) et s’identifiait assez bien à celui de tout travailleur (Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front), comme en témoigne l’exclamation plaintive qu’on entendait souvent : « Pô’ noz autes èt les tchins d’tchèrète ».

Qui utilisait les chiens de charrette ?

D’une part ce que j’appellerai les petits métiers, d’autre part les fermiers pour aller traire. Exceptionnellement, l’attelage pouvait être utilisé pour transporter le propriétaire lui-même. »

L’auteur présente plusieurs photos intéressantes de ces attelages d’hier et évoque tantôt un rétameur à Rogery ou un rémouleur ailleurs, tantôt un couple de pépiniéristes de Grand-Halleux ou un colporteur vendant ses fromages à Provèdroux et ailleurs. Il évoque même certains facteurs, dont un à Beho vers 1900, qui effectuaient leur tournée juché pareille charrette.

On rencontre encore, de temps à autre, ce passionnant ouvrage dans des bourses aux livres, si vous avez cette chance, ne la laissez pas passer…

 

La Petite Gazette du 5 octobre 2011

 A PROPOS DES TCHINS D’TCHERETE

Monsieur Robert André, de Marcourt, me dit sa surprise de ne pas lire davantage de réactions à propos des « charrettes à chiens », aussi a-t-il décidé d’apporter sa contribution. C’était là la meilleure façon de procéder pour susciter, peut-être, d’autre réactions encore : « Voici une histoire que racontait merveilleusement Joseph Evrard, « li p’tit tayeûr » à Erezée. :

Un citoyen d’Erezée, après avoir traité une affaire à Grandmenil (Pa d’là l’bwès), descendait à pied la route sinueuse qui traverse le Bois du Pays. Le chemin, bien moins fréquenté qu’aujourd’hui, devait lui paraître bien long, quand tout à coup surgit derrière lui un attelage pittoresque. C’était Henri Pikète, colporteur ambulant, qui dévalait la pente juché sur sa carriole, tirée par un molosse impressionnant. L’homme, qui ne rechignait pas à rendre service, s’arrête près de notre voyageur et lui demande « Vouss’ vini avou mi ? » (Veux-tu venir avec moi ?) « Pokwè nin » (Pourquoi pas) dit l’autre. Et les voilà tous deux perchés tant bien que mal sur la charrette. Le chien, encouragé par les cris de son maître, descendait à belle allure, trop belle même ! Si bien que le voyageur, ballotté d’un côté à l’autre de la route (non asphaltée bien sûr), finit par prendre peur. « Dji dinreû bin cinh sous po z’èsse dju » (Je donnerais bien cinq sous pour être a bas de cette carriole) confie-t-il au colporteur. Et Henri, du tac au tac, lui répond : « Wade tès cinq sous, va, t’î sèrè tot rate po rin » (Garde tes cinq sous, va, tu y seras bientôt pour rien). »

Absolument délicieux et tout empreint de cette truculence qui caractérisait si bien nos anciens.

Vous aussi, vous connaissez sans doute des anecdotes que les lecteurs de cette page aimeraient découvrir ; il ne vous reste qu’à nous les confier.

 

La Petite Gazette du 26 octobre 2011

PETIT MAGASIN ET TCHINS D’TCHERETE … QUE DE SOUVENIRS !

Monsieur A. Maréchal, de Bende, a vu ressurgir bien des souvenirs à la lecture de l’évocation du petit magasin de Buresse…

« C’est précisément dans ce petit village que nous avons été accueillis, les 12 et 13 mai 1940, lors de notre exode ; c’était dans une famille, chez Libois. C’est aussi de là que nous avons fait demi-tour…

Quant au petit magasin de village, ma grand-mère, Sidonie Dossogne, a tenu celui de Bende pendant trente ans. Je possède encore un de ses meubles avec petits tiroirs et cases car beaucoup de marchandises étaient alors vendues en vrac : café, farine et même le sirop noir.

Mon grand-père était messager et faisait la liaison avec Huy d’où il ramenait tout ce qui était nécessaire.

Maman utilisait un tchin d’chèrète pour revenir de la traite avec ses trois cruches. Il tirait, sur un chemin toujours en mauvais état, une petite charrette aux roues de fer. Un petit collier spécial avec des lanières de cuir et un petit palonnier en bois léger constituaient l’attelage. »

Merci beaucoup de vous en être souvenu pour nous.

 

AVANT LE FRIGO, LA GLACIERE…

La Petite Gazette du 2 mars 2011

QUI SE SOUVIENT DES GLACIERS ?

Monsieur F. Petit, de Petit-Houmart, qui vous pose la question ne s’intéresse pas aux marchands de crème glacée mais à ceux qui apportaient, dans de grands sacs de toile de jute, de grands morceaux de glace destinés à rafraîchir les étals des bouchers par exemple.

Mon correspondant aimerait que vous lui parliez de ces livreurs de glace. D’où venaient-ils ? Qui livraient-ils ? Comment la glace était-elle transportée ? Jusqu’à quand leur commerce connut-il des débouchés ? Quand et qui fit appel à eux dans nos régions ? Y a-t-il eu chez nous des fabriques de glace à rafraîchir ? Comme d’habitude, tout nous intéresse et j’espère que vous aurez à cœur de nous renseigner sur ce sujet.

La Petite Gazette du 16 mars 2011

AU SUJET DES GLACIERES D’HIER

Monsieur R Wautriche, Comblain la Tour, se souvient très bien de l’ère des glacières et a l’amabilité de partager ses souvenirs avec La Petite Gazette. Je sais que cela fera très plaisir à Monsieur F. Petit, de Petit-Houmart, qui a sollicité vos souvenirs sur le sujet.

« Mes parents ont tenu une crémerie, rue St-Léonard à Liège de 1936 à 1972, ce magasin sous la pression des grandes surfaces devint petit à petit un magasin d’alimentation générale.
Le magasin fut équipé jusque vers 1965 d’une armoire frigo d’environ 2m sur 2 et de 60 cm de profondeur. Elle était constituée de 4 compartiments (75 cm sur 100) répartis sur 2 étages de part et d’autre d’une armoire centrale (200 cm sur 50) dont l’intérieur était recouvert de zinc.
Ce compartiment central était destiné à recevoir des blocs de glace qui avaient la forme d’un parallélépipède de 25X20X100 cm environ. (N.D.L.R. Je retrouve bien là toute la précision de mon ancien professeur de mathématique…)

Un livreur, qui se fournissait à Seraing passait quotidiennement proposer la glace. La consommation allait d’un bloc tous les deux jours en saison froide à un ou deux blocs en été. L’eau de fonte de la glace allait directement dans le système d’évacuation des eaux usées du bâtiment. Toutes les parois de l’armoire avaient environ 10 cm d’épaisseur et contenaient un isolant dont j’ignore la nature. Le prix du bloc de glace était de 14 Fb dans les années 60.

Le frigo contenait le beurre, la margarine, certains fromages, des boissons et les denrées du ménage. L’armoire fut remplacée par un réfrigérateur électrique et je peux l’avouer, puisqu’il y a maintenant prescription, finit sa vie en pièces détachées dans la Meuse voisine.

Pour l’anecdote j’ajoute encore que j’avais apporté en 64 pour un cours de physique à l’Athénée Liège 2 un morceau de bloc de glace pour faire l’expérience de la glace coupée par un fil métallique et qui regèle immédiatement après le passage du fil. »

Monsieur Christian Godard, de Nandrin, a lui aussi des souvenirs précis. Il les évoque pour nous en nous transportant dans un commerce tout différent : la brasserie :

 « Mon grand-père Henri Godard, né en 1905, et mon père Eugène, né en 1923, ont repris, en 1947, un commerce de bières à Andenne, ils sont devenus à cette époque <<Dépositaires pour la Brasserie Piedboeuf >>  Quant à moi, je suis né en 1949 et j’ai également exercé ce métier de 1968 à 1978. J’en reviens maintenant à ce qui nous intéresse soit : les glaciers.

A l’époque où j’étais gamin (il y a quelques semaines à peine !), on ne connaissait pas encore les refroidisseurs à boissons électriques transportables. Il en existait déjà, je me souviens en effet de la marque << SEM >> mais ceux-ci étaient très lourds et étaient placés uniquement dans les cafés ; chez les cafetiers bien sûr qui avaient les moyens financiers de les acheter et ceux qui également croyaient que peut-être <<c’était l’avenir >>

De nombreux cafetiers possédaient donc des glacières souvent en zinc, dans ou à proximité de leur comptoir, qui quelquefois comportaient deux cuves séparées par une paroi, dans une des cuves, on  plaçait les bouteilles à refroidir et dans l’autre des blocs de glace, la paroi métallique laissait passer le froid mais empêchait la glace d’entrer en contact avec les bouteilles pour ne pas mouiller celles-ci lorsqu’elle fondait; ce réservoir à glace comportait également un petit robinet de vidange pour évacuer la glace fondue.

Pour les cafetiers qui débitaient déjà la bière à la pression et qui ne possédaient pas non plus de refroidisseur électrique, il existait des glacières dans lesquelles se trouvaient au fond 1 ou 2 serpentins en fonction du nombre de pompes, qui étaient à l’époque en étain et on plaçait sur ces serpentins des blocs de glace pour refroidir la bière.

Quant à la fabrication de ces blocs de glace, dans les années 50 et 60, il y avait à Namur la   << Brasserie Delforge >> qui a depuis disparu, qui était un gros dépôt de la Brasserie Artois de Louvain. La brasserie Delforge disposait d’une très grande installation pour la fabrication de blocs de glace qui étaient stockés à la sortie de fabrication dans de très grandes chambres froides. Cette brasserie Delforge possédait également un petit dépôt de vente de boissons à Andenne ainsi qu’une chambre froide où étaient stockés les blocs de glace ramenés de Namur dans une glacière placée sur un petit camion. J’ignore combien de blocs pouvait contenir cette glacière mais elle était quand même relativement grande car elle occupait la largeur du camion soit plus ou moins 2 mètres et devait mesurer plus d’un mètre de côté et de hauteur. Je me souviens du livreur de chez Delforge prénommé Alex qui faisait sa tournée tôt le matin pour livrer les blocs de glace chez les cafetiers (peut-être aussi chez les bouchers ou d’autres commerçants mais de cela, je ne m’en souviens pas)

De notre côté, en qualité de négociants en bières, nous possédions des glacières et pompes volantes (c’est-à-dire transportables, mais les pompes étaient lourdes !) utilisées dans les différentes festivités de notre région d’Andenne et nous allions donc acheter nos blocs de glace au dépôt Delforge à Andenne. »

Un immense merci pour ces premiers témoignages, je puis, d’ores et déjà, vous en annoncer d’autres.

La Petite Gazette du 30 mars 2011

LES GLACIERES… VOUS VOUS EN SOUVENEZ

Madame Jeannine Xhenseval, d’Aywaille, a conservé le souvenir d’une petite anecdote liée à ces glacières d’hier :

« Je sais que la « fabrique » de glace se trouvait rue des Pitteurs à Liège et qu’elle a fonctionné jusque dans les années 1960. Elle produisait les blocs de glace qui étaient ensuite fournis aux bouchers et dans les cafés notamment. Lorsqu’on a opéré ma petite sœur des amygdales, on m’a envoyée chercher de la glace chez le boucher pour la lui faire sucer. »

Madame Marie Grignet, d’Esneux, se souvient du frère de son grand-père qui était marchand de blocs de glace :

« Je me souviens très bien de l’un de ces marchands de glace : le frère de mon grand-père Henri Cerfontaine. Nous le rencontrions régulièrement rue Haute Sauvenière, rue très commerçante dans les années 1930. Il s’appelait Martin Cerfontaine et ne manquait jamais de me donner une pièce de 25 centimes pour aller m’acheter une chique. Je ne l’ai jamais oublié. Il faisait partie d’une famille de onze enfants, neuf garçons et deux filles. Si ma mémoire de 87 ans ne me fait pas défaut, il transportait de gros et lourds blocs de glace d’environ 50cm X 30 cm X 30cm, enveloppés dans une rude toile de sac ; il les prenait sur une charrette couverte tirée par un cheval et les transportait sur son épaule. Ses parents avaient élevé leur famille du côté de Ste-Foy, où le père était cordonnier. Ils avaient aussi de la famille à Dalem. Mon grand-père, quant à lui, était ouvrier tourneur à la S.N.C.B.

Il y a quelques années, lors de Journées du Patrimoine je pense, on nous a montré d’anciens trous ou fosses profondes et maçonnées qui servaient à stocker la glace ou la neige en hiver. Quelqu’un pourra-t-il me dire si cela a un rapport avec le commerce de glace ? »

Monsieur Lucien Sadzot, de Noiseux, se souvient d’un glacier à Marche-en-Famenne qui fabriquait des blocs de glace (100 cm X 20 cm X 20 cm) et qui était installé rue des Tanneurs. Selon mon correspondant, c’est dans les années 1958 ou 1959 que le commerce disparut, victime des frigos ! Ce marchand de glace, Felix Larondelle, desservait principalement les cafés et son installation serait toujours en place.

La Petite Gazette du 6 avril 2011

ENCORE A PROPOS DES MARCHANDS DE BLOCS DE GLACE

Quelques précisions m’ont été apportées par des lecteurs soucieux de les partager avec vous. Monsieur Christian Godard précise ce qu’il nous a déjà appris :

« Monsieur Wautriche, de Comblain-laTour, parle d’une armoire frigo utilisée dans la crèmerie de ses parents rue St-Léonard à Liège. Je reviens sur les propos que je vous ai transmis concernant les glacières de brasseries, l’isolant à cette époque était du liège (en tout cas dans les glacières que nous utilisions). »

Madame Marie Depret, quant à elle, informe les lecteurs désireux de compléter leurs informations, qu’elle a découvert sur internet  un petit historique sur les activités de la brasserie Delforge de Namur.

Voici l’adresse du site :users.skynet.be/artemisia/brie17eme7.htm

Monsieur Jean Nivarlet, Secrétaire communal honoraire de Clavier, évoque, quant à lui la remarquable glacière du château d’Ochain et me transmet la copie d’un intéressant article de Vers l’Avenir daté du 15.09.1992 rappelant que cette année-là, à l’occasion des Journées du Patrimoine, on procéda à l’inauguration de l’ancienne glacière, entièrement restaurée.

Cette glacière, qui sera classée le 22 janvier 1993, est remarquable à plus d’un point. Elle n’est pas située, comme c’est souvent le cas, dans les sous-sols du château mais à quelques centaines de mètres de là, à flanc de coteau, et à proximité d’un étang. Elle couverte d’une remarquable et étonnante toiture mixte constituée d’une voûte recouverte d’argile et protégée par une toiture octogonale.

Abandonnée pendant plus d’un demi-siècle, cette glacière a fait l’objet d’une totale restauration. E. Chefneux, dans son remarquable « Ochain, les vies d’un château » (1998) nous apprend que : « A Ochain, dès les premières gelées, les bûcherons du château venaient sur l’étang gelé et débitaient, à l’aide de scies à grandes dents, des blocs de glace qui étaient transportés et empilés dans la glacière, ensuite arrosés ce qui permettait d’homogénéiser les stocks (environ 200 m³). »

Le dernier coupeur de glace du château d’Ochain, M. A Duchesne, de Clavier, confiait, en 1995, qu’il avait effectué cette tâche jusque dans les années 1930 et qu’il se souvenait d’une épaisseur de glace sur l’étang pouvant aller jusqu’à vingt centimètres !

Un grand merci à vous tous qui prenez la peine de répondre aux questions qui vous sont adressées et qui, de cette façon, transmettez un savoir précieux.

Très prochainement, j’évoquerai, grâce à un passionnant envoi de M. Robert Nizet, de Vielsalm, la glacière de Hermannmont à Vielsalm.

La Petite Gazette du 13 avril 2011

LA GLACIERE DE HERMANMONT

Comme promis la semaine dernière, voici quelques précieuses informations sur la glacière de la propriété de Rosée à Hermanmont, Vielsalm. Merci à Monsieur Robert Nizet grâce à qui je puis vous transmettre ces informations que, tout d’abord, je puise dans une étude rédigée par M. Charles Legros à l’occasion de l’inauguration de la glacière restaurée lors des Journées du Patrimoine en septembre 1995.

« La cuve de la glacière de Hermanmont est assez particulière. Elle est cylindrique, ce qui est inhabituel, mais le fond n’est que partiellement maçonné : après un rétrécissement du pourtour, nous trouvons simplement de la terre battue, sans aucun aménagement. Le plafond de la cuve est formé de voussettes de briques soutenues par des poutrelles d’acier. Le mur cylindrique est en moellons de schiste salmien et les briques ont été façonnées à Rencheux : des matériaux typiquement locaux.

La hauteur totale est de cinq mètres, le plafond se situant à 2,5 m. au-dessus du seuil de la porte. La capacité totale est de 55m³ dont 25 sous le seuil de la porte.

(…) la glace à conserver était prélevée sur les étangs de la vaste propriété de Hermanmont. Elle était découpée avec de grandes scies. D’après des témoignages oraux, l’étang du Tiennemesse était le plus exploité : il est peu profond (à peine plus d’un mètre) ; le fond en est garni de « jetées » parallèles de gros moellons qui le traversent de part en part (…) De tradition, ce sont les gens de Ville-du-Bois qui assuraient le transport par tombereau )à cheval.

La glace était utilisée pour rafraîchir des préparations diverses. Elle n’était toutefois pas mélangée directement aux boissons, par exemple. N’oublions pas que c’était l’eau d’un étang ! Parfois, un Salmien malade, pour atténuer ses souffrances, recevait des glaçons : on m’a cité un cas de péritonite soulagé de cette manière. La meilleure « procédure » était de « demander à Madame la Baronne ». Cet épisode se passait en 1920. »

Monsieur Nizet dans un article intitulé « La propriété de Rosée à Hermanmont (Vielsalm) : grandeur et décadence » publié in Glain et Salm, Haute Ardenne n°35, nous apprend que : « Le principe de la glacière était simple et on en trouvait presque partout en Belgique, en général à proximité des châteaux ou, comme à Spa, des hôtels. Il s’agit d’une construction, enterrée et isolée le mieux possible. Dans le fond, un système d’évacuation des eaux vers un puits perdu permet de conserver la glace prélevée aux étangs voisins jusqu’en été. La glacière permettait de présenter à table glaces, sorbets ou autres préparations et se montrait utile pour l’élaboration de compresses médications diverses.

La Baronne de Rosée écrivait le 6 août 1914 : « J’ai été interrompue par les dames Beaupain qui venaient voir si j’avais encore un peu de glace pour une pauvre dame qui vient d’avoir une attaque d’apoplexie » L’auteur rapporte que cette glacière a été prise pour une chapelle par des Allemands qu’on y vit s’agenouiller et y prier en 1918… Un grand merci à Monsieur Nizet.

ET CELLE DE MARCHE …

Monsieur Francis Roufosse, quant à lui, évoque, d’après un texte de M. Jacques Rossignon, la glacière de Marche-en-Famenne.

« Dans la rue des Tanneurs à Marche-en-Famenne (ancienne rue des 3 Bombes), on peut encore apercevoir aujourd’hui un ancien bâtiment en briques portant sur sa façade une inscription à moitié effacée : « aplatisseur d’avoine ». Cet ancien moulin à eau fut vendu en 1929 à M. Rouffin, lequel le transforma en glacière, y fabriquant des blocs de glace de trente kilos qui étaient ensuite utilisés par des restaurateurs, bouchers, poissonniers, cafetiers, fermiers, marchands ambulants de crème glacée pour assurer la bonne conservation de leurs produits. A la mort de M. Rouffin en 1939, la succession de l’entreprise fut assurée par M. Déom, propriétaire de l’Hôtel de la Cloche. Après la seconde guerre mondiale, Félix Larondelle et son épouse, surnommée « la petite Maria », vont reprendre la glacière et la moderniser.

glace 1

C’était devenu une véritable petite industrie, équipée d’un gros compresseur à ammoniac des Ets Lebrun de Nimy, mû par un puissant moteur électrique. Le gaz obtenu était amené par des tuyaux vers un grand bac métallique rempli de saumure qui était ainsi maintenue à une température de -18°C. De grands moules en métal épais, hauts d’un mètre et remplis d’eau, étaient amenés dans le bac de saumure grâce à un palan accroché à un rail, lequel pouvait transporter huit moules à la fois. La cuve de saumure recevait ainsi 150 moules qui y trempaient pendant une douzaine d’heures. Deux démoulages étaient opérés chaque jour : à 5 heures du matin et dans l’après-midi à 17 heures. Les blocs étaient alors transportés sur l’épaule, emballés dans de la jute, jusqu’à la camionnette de Félix qui les attendait pour entreprendre sa tournée. Selon leurs besoins, les clients achetaient plusieurs blocs, mais souvent aussi un demi-bloc. Un pic permettait de couper la glace pour l’amener à la dimension souhaitée. Félix Larondelle s’était constitué une très belle clientèle. Au volant de sa camionnette, il livrait de nombreux commerçants marchois, mais également de Jemelle, Saint-Hubert, de toute la vallée de l’Ourthe, de Barvaux à Houffalize et à Bastogne, dont la laiterie consommait régulièrement de 60 à 70 blocs. Toutes les petites laiteries de la région comptaient d’ailleurs parmi sa clientèle. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes… Et puis, vers 1963, avec l’arrivée sur le marché des frigidaires et autres appareils électriques de refroidissement, Félix Larondelle sentit le vent tourner et, en bon visionnaire, il prit la décision de cesser son activité « avant d’y perdre ses culottes » !

Et les années sont passées, mais encore aujourd’hui, tous se souviennent de « la petite Maria » qui tenait une petite épicerie derrière l’Hôtel de Ville. Son rayon friandises était en permanence assailli par des bandes de galopins en manque de bonbons et de « chiques » ou encore de « babeluttes ».

glace 2Et toujours, Maria les accueillait avec sa bonne humeur et sa verve légendaire… » Vous en souvenez-vous ? Merci à vous de si bien nous renseigner sur ces réalités d’hier.

 

 

 

 

La Petite Gazette du 20 avril 2011

ENCORE QUELQUES INFORMATIONS SUR LA GLACIERE DE LA RUE DES PITTEURS

Madame Maryse Schillings, de Poulseur, se souvient de la glacière de la rue de Pitteurs à Liège : jusqu’en 1988, elle et son époux étaient membres actifs de la confrérie des Vignerons du Petit Bourgogne à Sclessin. Cette confrérie organisait toutes les années à Pâques un grand week-end gastronomique dans les locaux du château de Slessin. Pour conserver les huîtres au frais, on avait besoin de gros blocs de glaces fournis dans les années 80 par cette glacière qui fonctionnait toujours.

Les blocs étaient transportés dans des bassines (Des « tines » … vous savez, celles-là mêmes dans lesquelles on se lavait, enfants, au coin de la cuisinière à charbon) et livrés par le propriétaire de la glacière, M. Robert Coolman, qui aujourd’hui est toujours en pleine forme. Il faut croire que le froid conserve !

La cour de cette glacière est rebaptisée chaque année « Place du Tertre » à l’occasion des fêtes du 15 août en Outremeuse.

La Petite Gazette du 27 avril 2011

AU TEMPS DES MARCHANDS DE BLOCS DE GLACE

Monsieur Alain Charlier me transmet cette photographie qui illustre parfaitement plusieurs souvenirs réunis à propos de ces marchands de glace d’hier… et plus spécifiquement de cette glacière, maintes fois évoquée, de la rue des Pitteurs à Liège.

glace 3

Il m’indique simplement : « cette photo d’époque prouve, s’il en était besoin, que le métier existait déjà du temps du transport hippomobile… »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

IL ACHETAIT DES BLOCS DE GLACE ET VENDAIT DE LA CREME GLACEE…

Les différentes interventions sur les glacières d’un jadis encore très proche ont poussé M. D. Libert, de Hony, a nous parler de son papa et à nous présenter cette jolie photo.

« Avant la guerre de 1940, j’ai bien connu le marchand de blocs de glace que l’on appelait Monsieur Glacemaker. Mon père, Georges Libert, fabriquait de la glace, de la crème glacée, selon la recette d’un ancien glacier italien de Liège. Il allait la vendre dans Hony et à Fèchereux, dans les campings. Comme le montre cette photo, prise, avant-guerre, au barrage de Hony. Papa attachait sa charrette à glace à son vélo pour faire la tournée des campings.

glace 4

Pour faire sa crème glacée, à l’époque, mon père avait fabriqué l’ancêtre du frigo. C’était une petite pièce carrée, avec un bac en briques pour y déposer les blocs de glace apportés de Liège. L’intérieur de ce bac en briques était tapissé de liège, le couvercle également, afin de bien conserver les blocs de glace. Une cuve en métal servait pour faire la crème glacée à l’intérieur même de ce bac.

Après la guerre, M. Dessart, de Liège, nous installera une « glaçonnière » frigidaire pour garder la charcuterie et le fromage vendus dans le magasin. »

Un merveilleux produit : la Solvine

La Petite Gazette du 30 décembre 2009

CONNAISSEZ-VOUS LA SOLVINE ?

Monsieur Jean-Pierre Corvers, de Rouvreux, est un lecteur fidèle de La Petite Gazette. Aujourd’hui, il fait appel à vos souvenirs dans l’espoir d’apprendre un maximum de choses sur ce petit objet du quotidien de sa grand-mère.

« J’ai retrouvé cette boîte chez ma grand-mère, à Tilff, il y a bien longtemps ; elle, en effet, est décédée en 1977.

solvine

Sur cette petite boîte, je lis : Ets Louis Jamart, Esneux, Belgique. Sur le bord: registre de commerce 26759 (ou 69, chiffre partiellement effacé). Sur le dessous: Evite gerçures, engelures, crevasses, boutons, etc.

Les lecteurs voudront-ils mener l’enquête et nous donner de plus amples informations sur ce produit conçu chez nous ? Je l’espère vivement et me réjouis de prendre connaissance des renseignements qu’ils voudront bien m’apporter. »

La Petite Gazette du 6 janvier 2010

PARLONS UN PEU DE LA SOLVINE

« Il me semble pouvoir affirmer, écrit Monsieur  Pierre Bartholomé, encore un lecteur fidèle de La Petite Gazette, que ce produit était élaboré au départ du suint de la laine de mouton. Cet animal figure d’ailleurs sur la boite.

A mon sens, poursuit mon correspondant, il provient du nom d’une société verviétoise, sise à la sortie de Verviers en direction d’Eupen et portant le nom de : » Le Solvant Belge ».

Cette ancienne firme était spécialisée dans le traitement des laines en
provenance du monde entier et principalement d’Australie. Le traitement dans les dernières années consistait au lavage de la laine et, entre autres, on en retirait le suint  (sorte de graisse) qui imprègne la laine de mouton. Cette graisse était traitée et purifiée pour de nombreux usages dont des produits pharmaceutiques. A ce propos, Monsieur Jean d’Olne, (que je salue cordialement) de Sprimont, grand spécialiste en textile pourrait nous en apprendre beaucoup à ce sujet et ajouter des détails qui me sont méconnus.

Il semblerait donc que le négociant d’Esneux commercialisait sous sa propre marque et son conditionnement cette graisse, qui en fait était « un déchet », en provenance du Solvant Belge verviétois.

Personnellement, lors de mon adolescence, sujet à de fréquentes crises de furonculose , j’ai très souvent utilisé cette graisse en pansement pour faire « mûrir » ces clous ou  furoncles très douloureux. Ce fut toujours avec succès et conseillé d’ailleurs par le pharmacien du coin pour extraire toute inflammation. Donc, en résumé, me référant à Solvine et Solvant Belge d’une part ainsi qu’à la reproduction d’un mouton sur la boite, je pense être dans le vrai en vous contant ces souvenirs. »

Que de renseignements ! un tout grand merci. Et vous avez-vous utilisé de la Solvine ?

 La Petite Gazette du 20 janvier 2010

LA SOLVINE A PRESENT

Voilà un produit qui aura laissé bien des souvenirs également dans la mémoire des lecteurs : Monsieur Jean d’Olne saisit la balle au bond :

«Monsieur  Pierre Bartholomé m’envoie gentiment « la patate chaude »… je demande donc à Google:

Solvent  Belge

« Aujourd’hui usine Traitex, en activité. C’est une usine de traitement de la laine, nettoyage et dégraissement.  Dans l’ancien atelier, trois machines à vapeur et une machine d’extraction pour le suint. L’entreprise « Solvent Belge » y fabriquait la Solventine. »

C’est donc confirmé. J’ai trouvé dans le même  article la photo de l’atelier de production:

solvine 2

 

Le suint produit par les moutons peut être comparé au sébum secrété par la peau humaine. C’est une matière onctueuse qui est récupérée après le lavage ou le solventage de la laine (lavage = à l’eau; solventage … au solvent).

 

Cette matière, judicieusement traitée après récupération, fournit la lanoline, dont chacun connaît le nom, utilisée en cosmétique, en pharmacie, et, c’est moins connu, pour la production d’antirouille.

Mon premier emploi a été dans la seule usine de production de lanoline en Belgique, Croda Belge, qui était établie à Verviers, et qui traitait la lanoline brute provenant des lavoirs de laine.

Avant la mise au point des méthodes de récupération de la lanoline, elle était rejetée avec l’eau de lavage. À Verviers, elle formait une  gangue épaisse qui couvrait les rochers et le fond de la Vesdre. À Bradford, en Angleterre,  la lanoline brute rejetée dans la rivière (l’Aire, qui a donné les chiens airedale) dégageait du gaz, que les gamins s’amusaient à enflammer, provoquant de longues traînées de feu sur la rivière… La disparition des entreprises de lavage de laine et la sévérité du contrôle des rejets industriels ont mit fin à ces pollutions dans les deux villes.

Un dernier mot sur la  lanoline: il s’agit d’une cire, et pas d’une graisse. Elle n’est pas sujette au rancissement, ce qui en fait l’importance pour la stabilité des onguents en tous genres où on l’utilise. » Merci pour ces précisions.

Madame Godefroid, de Trooz, m’a également parlé de « Solventine » « issue du suint du mouton, mes parents, fermiers à Chaineux, l’utilisaient, pendant la guerre, pour soigner les animaux, principalement les mamelles blessées. Elle était fabriquée dans la région verviétoise. »

Madame Christiane Laureys-Horicks, arrière-grand-mère de Bande, se souvient et confirme : « La « solvine » ou en tout cas une petite boîte contenant du suint de mouton ( beurk que cela sentait mauvais !), je me souviens très bien l’avoir appliquée sur le bout de mes tétons parce que j’avais des crevasses qui me faisaient beaucoup souffrir lors de l’allaitement de mes bébés. Pommade souveraine dans mon cas et qui m’avait été conseillée et fournie par un grand ami de la famille. Pommade difficile à trouver et qui de plus perdait assez rapidement son élasticité, d’où la difficulté de l’appliquer sur des endroits super sensibles… Mais il y a longtemps de cela et nous habitions alors Bruxelles ! »

Monsieur Roger Ninane, de Barvaux-en-Condroz, nous dit que la « solvine » est « une pommade contre les gerçures etc. elle était fabriquée à  base de suif de laine de mouton. Dans les années 1950, mes parents étaient cultivateurs et l’utilisaient pour mettre sur les mamelles des vaches qui avaient soit des gerçures ou qui avaient été mordues par des hérissons. Nous l’utilisions aussi pour nous. »

Monsieur Oster Tassigny, de Grand Menil nous en parle aussi : « La solvine existait en boîte de 250 grammes et la solventine en boîte de 500 grammes. Elles étaient vendues par Jamart à Esneux et cette graisse était dans toutes les fermes de Wallonie. Jamart passait deux fois par an, mon père l’appelait « Jamart » mais, pour ma mère, c’était « Solventine ». Cette graisse était bonne pour tout, il y en avait une boîte dans l’étable pour les mamelles gercées ou autre bobo pour les jeunes veaux d’un an qui étaient allés en prairie et qui avaient des varrons à chaque côté de l’échine, cela les soulageait. Elle soignait aussi les plaies au collier du cheval ou graissait les mamelles de la truie. Il y avait une boîte pour les besoins de la famille, gerçures, engelures, cors au pied et même pour les maux de ventre. Cette graisse était comestible et pour le prouver, j’ai vu Jamart en manger une noisette. »

La Petite Gazette du 27 janvier 2010

ENCORE DES SOUVENIRS DE LA SOLVINE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, se souvient et confirme :

« La graisse de laine de mouton Solvine provenait certainement de la région de Verviers. Une fois ou deux par an, jusque dans les années 60/70, peut-être encore plus tard, un Monsieur, toujours très bien habillé, portant un cache-poussière bleu pâle, roulant en Mercedes, toujours un gros cigare aux lèvres, passait dans toutes les fermes (ma région Engreux-Mabompré) en demandant souvent en wallon de Verviers : « Nu v’fâ-t-i nin dèl crârre du lin-ne ? »

Je me rappelle très bien ces boîtes jaunes. Cette graisse servait surtout pour soigner les crevasses aux mamelles des vaches, de même elle se montrait très efficace pour les crevasses aux mains. Je suis certain que d’autres lecteurs se souviennent de ce vendeur ambulant et même, peut-être de son nom. »

Alors, vous vous en souvenez ? Vous nous le direz ?

La Petite Gazette du 24 février 2010

ENCORE LA SOLVINE

Un lecteur de Ham Esneux nous apporte la confirmation par le document suivant :

jamart_solvine

Il s’agit d’une facture  de Louis Jamart sur laquelle on lire qu’il habitait le village de Ham Esneux dans les années 50 (la  » Villa Blanche « ). Il avait épousé une fille du village de Ham. Son atelier / dépôt se trouvait route de Liège à Esneux (les lieux ont abrité quelques années plus tard une menuiserie).

Sa graisse « Solvine »était très réputée dans les fermes et le monsieur décrit par un lecteur : cache-poussière et gros cigare… c’était lui ! »