LA TRAITE DES VACHES A LA MAIN

La Petite Gazette du 14 janvier 2009

QUAND TRAIRE SE FAISAIT A LA MAIN… UN RAPPORT PUISSANT ENTRE L’HOMME ET LA BÊTE.

Madame Viviane Bultot, de Dolembreux, évoque pour nous un geste ancestral qui permit de nourrir des générations entières…

«Chaque vache possède un prénom (Mignonne, Charmante…), se reconnaît, reprend sa place à l’étable (Allez comprendre comment ?). Chaque troupeau a un chef qui, à chaque déplacement, prend la tête.

Il y a 50 ans, la plupart des fermiers ne possédaient pas de machine à traire, tout se faisait à la main. A cette époque, la plus grande partie des fermes ne comptaient que 7 ou 8 vaches et étaient déjà considérées « riches » ! Très souvent, elles tournaient aux bons soins de la fermière, le fermier travaillait, en complément, comme salarié. Il était maçon, cantonnier, bûcheron…

Il appartenait à la fermière d’assumer le quotidien tout en élevant, très souvent, une grosse famille. Elles n’étaient pas rares les familles de 4 à 8 enfants ! La vie était très rude, parfois abrutissante, en raison de la charge de travail trop élevée pour une seule personne… mais c’était une vie saine.

Les traites étaient réalisées, comme à l’heure actuelle, deux fois par jour. Dès l’aube, la fermière s’en allait avec son chien, en poussant une charrette divisée en trois ou quatre parties pour y placer les cruches à lait, le seau et le passêt, petit tabouret court sur trois pieds.

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 Jean-Pol Bultot, (le frère de ma correspondante) et les chiens Camelle et …

 

Il fallait compter de 15 à 30 minutes par vache suivant ce que la bête donnait. Je me souviens d’une vache (Brunette) qui donnait 32 litres de lait en deux traites, elle faisait la fierté de la ferme. La technique consistait à tirer sur la mamelle tout en exerçant une pression. Le jet était parfois très puissant, le bon lait arrivait en moussant dans le fond du seau. Deux mamelles étaient vidées en même temps, dans un joli chassé-croisé. Personnellement, je n’y suis jamais arrivée – ne riez pas ! – c’était un art ! il fallait beaucoup de force dans les mains et de l’expérience. Bravo, je rends ici hommage à toutes ces femmes et à ces hommes qui ne baissaient jamais les bras.

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Gislaine Jardon, épouse Bultot, de Nadrin (La maman de ma correspondante) et la fameuse Brunette

De retour à la ferme, le lait était versé dans l’écrémeuse qui séparait la crème du petit lait. J’ai encore connu l’écrémeuse à la main ; la démarrer était pénible, un véritable tour de force. Une fois lancée, on s’y relayait avec mes frères.

Toute petite, je me rappelle être descendue, avec la charrette à lait et ma grand-mère, à la laiterie du village. Cette laiterie était mise à la disposition de tous les petits fermiers qui ne possédaient pas encore d’écrémeuse. Inutile de vous dire, mais vous pouvez l’imaginer, comment tous les petits potins pouvaient rapidement circuler…

Dans mon souvenir, le laitier passait, deux fois par semaine, ramasser la crème et il apportait le solde « la quinzaine » deux fois par mois. Ah ! cette bonne crème qui nous servait à tout et surtout dans la bonne  trulèye. »

La Petite Gazette du 12 février 2009

DES SOUVENIRS DE LA VIE A LA FERME

Mademoiselle H. Dumont, de La Gleize, a pris du plaisir à lire les souvenirs de Mme Viviane Bultot. A son tour, elle se souvient :

« Avant la guerre, mes parents aussi avaient une petite ferme. Mes deux sœurs et moi, nous avons appris à traire les vaches. Etait-ce par plaisir… ou pour aider nos parents selon la nécessité ? Les deux probablement !

Nous avions une vache appelée « la bleue », vu son pelage gris bleuté parmi les autres « pie-noire ». Parfois, la Bleue ne donnait presque pas de lait. Pourquoi ? Eh bien, je l’ai vue un jour se traire elle-même ! Elle bombait un peu le dos, soulevait une patte de devant, passait sa tête sous le ventre pour se téter… se traire elle-même. Nous ne l’avons pas gardée. Elle était bonne pour la boucherie !

Une autre fois, ma jeune sœur et moi, pour nous amuser, avons voulu traire la même vache : une bien brave bête sans aucune malice. Nous nous sommes installées sur nos petits « passèts », une de chaque côté de la vache pour la traire. Imaginez la scène… Pauvre bête tiraillée à gauche et à droite par des mains malhabiles ! Nous avions peut-être 7 et 9 ans. La vache a bombé le dos, très lentement ; elle a soulevé ses pattes de derrière et, d’un bond, elle est passée au-dessus de nous, sans nous toucher, sans renverser nos seaux. Nous nous sommes retrouvées face à face, en riant probablement. »

Bientôt d’autres souvenirs de Mlle Dumont que nous remercions de nous ouvrir sa mémoire.

La Petite Gazette du 18 février 2009

ENCORE EN MARGE DE LA TRAITE A LA MAIN

Mademoiselle H. Dumont, de La Gleize, nous a déjà gratifiés de quelques souvenirs liés à l’évocation dans la Petite Gazette de la traite manuelle des vaches. En voici encore un, qui nous conduit en juillet 1940.

« Ma sœur aînée avait contracté la fièvre typhoïde ; donc, au village, nous étions mis « en quarantaine » à cause de la contagion. Nous avons été vaccinés et le docteur nous avait dit que nous aurions, peut-être, des réactions désagréables. Qu’importe, il fallait bien y passer !

En effet, le lendemain après-midi, nos parents ont dû retourner au lit ; ils étaient fiévreux, malades, sans appétit, sans force, au point de ne pouvoir traire les vaches en fin de journée. C’est ma jeune sœur et moi qui avons pris la relève. Le vaccin ne nous avait pas provoqué d’effets désagréables… Nous sommes allées rechercher le troupeau à l’autre bout du village pour ramener les bêtes dans la cour de la ferme et nous mettre à traire

Il faisait très chaud, les mouches étaient piquantes, les vaches étaient très agitées et elles levaient souvent la patte ! Nous avons reçu combien de coups de queue ! A 12 et 14 ans, traire les vaches dans ces conditions a dépassé nos possibilités.

Les vaches ont « retenu leur lait » ; elles nous ont donné à peine la moitié d’une traite normale. Je me souviens avoir pleuré en trayant… Après ce travail, disons « bâclé », ce n’était pas fini… Il fallait d’abord reconduire les bêtes en pâture ! Un voisin, qui avait sans doute pitié de nous, nous a gentiment proposé de les mettre, dans son pré, juste à côté de notre ferme, jusqu’au lendemain quand nos parents seraient de nouveau sur pied. Merci cher voisin ! »

Vous aussi vous pouvez nous transmettre vos souvenirs liés à ces gestes d’hier ; il serait malheureux qu’ils sombrent dans l’oubli le plus total… Il n’y a pas que la traite manuelle, vous pouvez nous parler de ce temps où l’eau ne coulait pas de robinets si nombreux aujourd’hui dans nos maisons et qui donnait une importance étonnante au bain hebdomadaire dans la tine en galvanisé. Vous pouvez également évoquer les souvenirs des conserves familiales avant l’avènement des congélateurs ou des supermarchés du surgelé. Si vous y pensez un peu, vous trouverez bien d’autres domaines, souvent strictement domestiques, qui ont connu bien des bouleversements grâce aux innovations techniques, ne citons que la lessive pour illustrer notre propos.

Je compte sur vous pour faire revivre dans les colonnes de la Petite Gazette ces gestes quotidiens si communs il y a seulement deux générations et qui apparaissent, aujourd’hui et à juste titre, comme appartenant à des temps à jamais révolus. N’oubliez pas d’illustrer vos propos, si cela est possible, de photographies ou d’autres documents. Aidez-moi à voyager dans le quotidien de nos parents et grands-parents.

La Petite Gazette du 11 mars 2009

UNE VACHE EXCEPTIONNELLE

Monsieur Joseph Gavroye, de Soumagne, se souvient d’une vache vraiment   exceptionnelle :

« L’évocation de la traite à la main dans les colonnes d’une récente Petite Gazette a remémoré chez moi quelques souvenirs lointains. En effet, ce que je vais vous conter s’est passé dans les années 1930 lorsque mes parents avaient pris en location une ferme de 13 hectares à Regné. Papa étant plutôt cultivateur, c’était à maman, aidée par ses filles, à s’occuper du petit troupeau de six à sept vaches.

Parmi ces dernières, l’une sortait quelque peu de l’ordinaire. Elle était de bonne conformité, mais jamais saillie par des taureaux de race, elle avait toujours des veaux de qualité (genre cul de poulain). Son rendement en lait était exceptionnel et elle était très facile à traire.

La bête, de race « noir et blanc » avait un petit défaut, elle boitillait légèrement d’un pied (accident ou malformation). A cause de cela, on lui avait attribué le nom de « Chalèe », en bon patois de haute Ardenne : « boiteuse ». Lorsqu’elle se trouvait en prairie, il suffisait de l’inviter par ce nom pour qu’elle obtempère promptement à l’appel. Vu son comportement, elle avait la sympathie de tout le monde.

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La brave Chalèe, à Regné, dans les années 1930

 

La « Chalèe » fera partie du troupeau pendant de longues années. Ses descendants seront du même acabit.

Personnellement, à 17 ans, je m’engagerai dans la traite manuelle des vaches quoique la chose ne  m’enchantât pas trop. La seule de mes sœurs restant dans l’exploitation me facilitait la tâche en me confiant les laitières les plus douces.

En 1953, lorsque je quittai la profession pour engager mon avenir dans un autre domaine, je découvris un matin, en entrant dans l’étable, une vache vêlée depuis deux jours morte probablement à cause d’une trop forte abondance de lait (tétanie ou fièvre de lait). C’était une descendante de la vieille « Chalèe », son nom était « Djolèe » (jolie) ; perte sèche car aucune indemnisation n’était prévue, mais aussi, un peu, perte sentimentale. »

La Petite Gazette du 25 mars 2009

SOUVENIRS DE LA TRAITE A LA MAIN…

Le geste ancestral de la traite à la main a fait ressurgir bien des souvenirs … chez les lectrices surtout. Pour bucoliques que soient ces réminiscences du passé, elles n’ont pas laissé que des souvenirs heureux…

Mme S. Kaye, de Marche-en-Famenne,  réagit : « A mon humble avis, je pense qu’elles sont rares les personnes qui, aujourd’hui, pensent que la belle époque a vraiment existé…

Comme cadeau, à 18 ans, chaque matin à 7 heures et, plus tard, vers 17h30, deux vaches à traire, les plus jolies de la série de sept, Rosette et Rosalie. Samedi et dimanche, repos dominical … Cinq jours pour ma mère, c’était assez ! Le week-end, c’était mon père !

Le matin, c’étaient les gouttes de lait tombant dans le seau qui me réveillaient ; le soir, elles m’endormaient.

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Le Doyard, Gros Chêne, par Havelange

 

Vieux foulard sur les cheveux, déchets de corde pour lier la queue, vieux seau lavé en fer… Les plus joyeux, c’étaient les chats qui attendaient que le seau soit rempli de lait. Leurs manies déplaisaient à ma mère.

Ayant passé la semaine, parfum de lait et soir de Paris, j’étais contente de trouver un tuyau d’arrosage et une vieille bassine dans laquelle les vaches buvaient. Savon Sunlight à volonté. L’été cette pratique était plus régulière et l’eau se troublait, le bétail ressentit un petit malaise. Mon père vida la bassine et y remit de l’eau propre. L’hiver, la bassine devenait ma patinoire…

Dj’in veu c’on sôre, motte lès vatchs al min, lès bèrbis ôssi, po avou bon lèssè ! boûrre èt cras stoffè à volonté.

 La Petite Gazette du 1er avril 2009

LA TRAITE DES VACHES A LA MAIN…

Les souvenirs se bousculent en pagaille, certains quelque peu amers d’autres franchement amusants…

Ceux de Mme Maria Lambotte sont plutôt à ranger dans la seconde catégorie :

«J’ai pris bien du plaisir à lire les souvenirs de la vie à la ferme. Et si, naguère, le fossé était plus creusé entre les campagnards et les gens de la ville, la petite paysanne en dessous de ses vaches fait encore rire aujourd’hui. Jugez plutôt.

Un jour, je suis amenée à consulter un rhumatologue qui m’interroge pour établir mon dossier.

Avez-vous déjà été opérée ? 

– Oui, pour une fracture du plateau tibial, on a posé une tige et deux vis.

– Vous aviez fait une chute ?

– Non, c’est suite à un coup de pied de vache !

 Oh ! oh ! fait le médecin étonné, mais je ne m’étends pas là-dessus, les médecins sont pressés.

– Puis une fracture de l’humérus ou j’ai eu des broches, mais cela c’était plus conséquent.

Et le docteur, amusé : « Oh oui, c’était le taureau… »

Mais revenons à la ferme de mes parents, où on finissait la traite par la petite étable. Maman trayait déjà et n’avait pas éclairé. Je ne pris pas non plus la peine d’allumer bien qu’il fasse sombre. Je pose mon passet et m’installe avec mon seau sous la première vache. Au moment de saisir le pis, mes mains tombent dans le vide et, sans réfléchir, je veux le saisir plus haut. C’est alors que mon sang se glaça dans mes veines parce que je m’aperçus, horrifiée, que j’étais bel et bien assise avec mon seau en dessous du taureau ! La peur au ventre, je me suis faite toute petite et très discrète pour me sortir de cette fâcheuse position. Aucune réaction de l’animal, peut-être dormait-il ? L’explication de ma méprise me vint par la suite : Papa, pendant la journée, avait changé les bêtes de place !

En conclusion : le tibia en trayant, l’humérus en fanant et le taureau qui aurait pu être très méchant et après tot çoulà, on vik’ co ! »

La Petite Gazette du 8 avril 2009

LES TRAVAUX DE LA FERME ET LA TRAITE

Madame Françoise Schröder-Closjans, de Louveigné, nous conte, à son tour, ses souvenirs à la ferme :

« Chez mes parents, les travaux de la fenaison se faisaient en commun avec un frère de maman. Celui-ci possédait une faucheuse tirée par deux chevaux, papa ouvrait le passage en fauchant une batte à la main le long des clôtures. A midi, pour ne pas perdre de temps à dételer les chevaux, mon oncle mangeait dans la prairie. Maman préparait un paquet de tartines emballées dans du papier parchemin, un thermo de café et des tasses, elle déposait le tout dans un panier en osier que nous portions, mon frère et moi, avec la permission de partager le repas de mon oncle. Déjeuner sur l’herbe, c’était bien agréable ! Pendant ce temps, les chevaux se reposaient en mangeant l’avoine dans leur musette.

005 Ferme de Colonheid Fraipont, 1950.

En 1945, le frère de maman cessait son activité et papa a acheté une Jeep et du matériel plus moderne.

A l’âge de 7 ans, j’ai appris à traire, d’abord une vache, ensuite plusieurs. Papa m’avait fabriqué un petit passet et maman m’avait acheté un seau de 15 litres en fer étamé. Pendant les vacances, mon frère et moi, nous aidions nos parents pour la traite et nous trouvions cela tout à fait normal. »

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Ferme de Colonheid 1950. C’est mon beau-frère qui trait, à côté de lui un petit voisin. Derrière la vache, une de mes belles-sœurs avec l’aîné des petits enfants.

LE POU DU CIEL A MARCHE-EN-FAMENNE

La Petite Gazette du 2 février 2011

LE POU DU CIEL A MARCHE

Monsieur Jean-Claude Michel, secrétaire de l’Harmonie communale de Marche, aimerait être renseigné sur l’origine du site du ‘’Pou du Ciel’’, actuellement Tour de la Famenne. Il a, m’écrit-il, reçu une explication – celle d’un petit avion –  mais il aimerait, bien sûr, en savoir davantage. Voudrez-vous bien le renseigner ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 16 février 2011

LE POU DU CIEL…

« Tout a démarré, nous explique un précieux et régulier correspondant de nos colonnes, Monsieur Francis Roufosse, avec Monsieur Albert de Haan, né à Schaerbeek le 13 février 1916.
Pourvu d’un solide esprit d’entreprise, cet homme dynamique va venir s’installer en Famenne et construire dans les années 50, sur la route de Namur à 3km de Marche, un café-restaurant-motel « Le Pou du Ciel » (avec plaine de jeux, mini-zoo et… la première piscine de la région !).
Il va baptiser son établissement du nom d’un curieux petit avion monoplace qu’il a construit de ses propres mains, d’après les plans d’un français passionné d’aéronautique : Henri Mignet. Ce dernier avait d’ailleurs largement diffusé dans les revues spécialisées les plans « pour permettre à un bricoleur moyennement doué de construire lui-même son propre Pou du Ciel, dans un esprit de simplicité, de sécurité et de faible coût ! ». Celui d’Albert de Haan était un modèle HM-290 dessiné par Mignet en 1946.

Mignet

 

Avec son fuselage minimum, le Pou du ciel possédait deux ailes décalées en tandem et de faible allongement ; le manche à balai (unique commande) faisait osciller l’aile avant dans son ensemble ; l’engin était d’ailleurs qualifié d’« aéronef sans queue, à aile vivante ».

Si j’ai bonne mémoire, un article, signé Jean Englebert avec photo d’un certain Monsieur Jules Delvaux de Barvaux, parlait déjà du « Pou du Ciel » de Marche ; il était paru dans les Annonces de l’Ourthe fin 2003 (avec la double photo ci-dessous).

pou_du_cielToujours dans le même esprit, signalons qu’Albert de Haan avait déposé le 20 juin 1951 auprès du Ministère des Communications, une autorisation d’exploitation d’un aérodrome particulier à  Aye-lez-Marche, en bordure de la route Namur-Marche. Sa destination était pour l’usage particulier de l’exploitant et de ses invités. La piste ferait 600m x 40m et serait orientée S-O – N-E. D’après le texte, on y notera que « l’herbe ne pouvait y dépasser à aucun moment 10 cm de hauteur ; un cercle blanc de 10m de rayon devait être tracé au centre de la piste ; les vols acrobatiques ne pourraient s’effectuer que dans un ciel absolument libre d’aéronefs et à plus de 600m de hauteur ; un manche à air serait placé à un endroit dégagé et visible du sol… En aucune manière l’aérodrome ne pourrait être ouvert à la circulation aérienne internationale (!). Les atterrissages forcés venant de l’étranger devraient être signalés immédiatement aux autorités compétentes… etc. ».

Signalons encore qu’on devait à Monsieur de Haan la « Tour de la Famenne », construite sur la N4 dans les années 70 ainsi que le dancing «Las Vegas », le long de l’ancienne nationale 4.
C’est d’ailleurs là qu’il est décédé le 17 décembre 2004. »

Madame Myriam Dossogne-Maréchal, de Aye, confirme ce qui précède, précise que l’article paru l’a été le 19 mai 2005 alors qu’elle préparait un voyage à Malte et qu’elle avait eu son attention attirée par ce qu’elle lisait dans le guide « Le routard » de Malte, 2004-2005 à propos d’un musée de l’Aviation qu’elle se proposait de visiter à La Valette : »Le clou du musée, c’est ce Spitfire de la Royal Air Force qui veillait sur le ciel maltais pendant la Seconde Guerre mondiale, en compagnie du fameux Hurricane.  Plus comique cette fois, le « Pou du ciel », un petit aéroplane amateur construit par un allumé français, Henri Mignat (orthographe différente ici), et qui volait avec un moteur de 2 CV. »Cette tour qui se voit de bien loin nous annonce que la dynamique ville de Marche n’est plus bien loin.  Maintenant, pourquoi une tour restaurant?  Je présume que ce Monsieur de Haan, fou d’aviation, ne pouvait que construire une tour qui s’élève dans le ciel, à l’image de son petit avion qui osait défier certaines lois physiques… » Merci pour vos renseignements précis et vos avis. La semaine prochaine, nous découvrirons d’autres documents liés à ce « Pou du ciel ».

La Petite Gazette du 9 mars 2011

ENCORE LE POU DU CIEL

Monsieur Prignon, de Hotton, a des souvenirs très précis de ce pou du ciel :

« Le nom de l’établissement installé le long de la N4 à Marche vient évidemment du petit avion inventé par l’ingénieur français Henri Mignet et appelé « Pou-du-ciel » en raison de sa petite taille (L. 3,50 m. Envergure : 6m ; Poids 140 kg) ; on pouvait facilement le tracter, ailes repliées, avec une moto.

Mon correspondant a pensé à joindre ce schéma qui nous permet effectivement de bien nous rendre compte de la simplicité de l’engin.

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Le propriétaire de l’établissement, dont il est question, en possédait un et avait donné à son restaurant le nom de l’avion. Une piste d’atterrissage avait été aménagée à l’arrière du bâtiment.

Henri Mignet voulait que l’aviation soit à la portée de tous ; c’est pourquoi il avait conçu et mis au point cet avion, dont on pouvait acheter les plans et que l’on construisait dans son atelier à moindres frais.

Beaucoup d’exemplaires ont vu le jour. On en construit encore aujourd’hui mais en carbone et avec des moteurs plus performants.

Dans les années 1950, lorsque j’étais à l’école gardienne chez les sœurs, à l’école libre du village de Soy, je me souviens avoir vu plusieurs fois passer, très bas et venant de Marche, ce petit avion qui survolait l’école puis atterrissait dans les champs. Il était assez souvent en panne de moteur !

Après l’école, nous courions pour aller le voir de plus près. C’était celui du propriétaire de cet établissement de la N4. »

Monsieur Charles Gillet, de Liège, m’apporte quant à lui une très intéressante information à propos du moteur qui équipait ces petits avions, inventés par Henri Mignet avant 1930. « Certains de ces avions, m’écrit-il, étaient équipés d’un moteur Saroléa – oui, Saroléa fabriquait également des moteurs d’avion ! »

Je suis persuadé que nous en reparlerons…

La Petite Gazette du 23 mars 2011

LE POU DU CIEL

Quand il est question de moteurs de motos liégeoises, Monsieur Jean-Pierre Beaufays a toujours des choses à nous apprendre. Cette fois encore, il ne rate pas l’occasion de nous apporter de précieux renseignements :

« Pour faire suite à ce que vous a écrit mon ami Charles Gillet concernant les moteurs Saroléa ayant équipé certains de ces petits avions, je vous parlerai du lieutenant Robert Fabry qui, dès 1929, avait monté un moteur monocylindrique Gillet 500cc à culbuteurs sur une avionnette légère et avait à son bord effectué plusieurs vols de test.

Il avait également par la suite équipé cet appareil d’un moteur FN 4 cylindres de 750 cc du type M50.

Trop lourd et trop peu puissant, ce moteur ne lui a jamais permis de faire décoller l’appareil.

Je lui ai racheté ce moteur peu avant son décès dans les années 70. Il équipe maintenant une moto FN.

Une de mes connaissances, Monsieur Victor Collard, de Neupré, décédé il y a environ 2 ans, avait également construit peu après la guerre un pou du ciel suivant la licence Mignet mais quelque peu modifié par ses soins notamment en ce qui concerne les commandes.

Il l’avait équipé d’un moteur français Salmson à 5 cylindres en étoile. Il a effectué quelques vols à son bord et le film de ses « exploits » est passé à la télévision il y a quelques années. Cet avion existe toujours entre les mains d’un collectionneur.

je devrais être sous peu à même de vous en adresser des photos.

En attendant, je vous envoie une photo de l’avion à moteur Gillet du Colonel (grade auquel il a terminé sa carrière) Fabry ainsi que celle d’un moteur d’avion Saroléa.

A noter que ces moteurs Saroléa « aviation » étaient tous des bicylindres à plat à culbuteurs de cylindrées de 900, 1000 et 1100 cc , les différents modèles produits portant les noms évocateurs d’ Epervier, Vautour, Albatros et Aigle. »

Comme d’habitude, c’est absolument passionnant ; merci beaucoup.

Monsieur Michel Guillaume, de Stoumont, a lui aussi connu l’avion de Monsieur Collard; il a l’amabilité de nous en parler :

« J’ai connu dans le début des années 1960, un certain Monsieur Victor Collard qui habitait à Neuville-en-Condroz et qui possédait ce type d’appareil.

Monsieur Victor Collard exerçait la profession de contremaître à Cockerill-Ougrée Providence.

J’ai eu l’occasion de voir ce petit avion à Neuville-en-Condroz.

Il était équipé d’un moteur de 8 cylindres en étoile et il le tractait avec sa moto munie d’une boule de remorquage; les ailes étaient repliées bien sûr, la moto, je me souviens était une “lion rapide”  les garde-boue et  les roues de l’avion étaient ceux d’une Vespa.

Ce monsieur avait fait la guerre de 40-45 dans l’aviation, enfin c’est ce qu’il disait. »

La Petite Gazette du 6 avril 2011

CE MERVEILLEUX POU DU CIEL

Monsieur Alexandre Steenebrugen, de Warre-Tohogne, a vu le pou du ciel en construction…

« A travers mon beau-père, j’ai bien connu ce monsieur Victor Collard évoqué dernièrement dans La Petite Gazette. Dans les dernières années de la Seconde Guerre Mondiale, mon beau-père et lui s’étaient engagés à la Royal Air Force et, comme dit l’adage, étaient devenus copains comme cochons. Mon beau-père a gardé toute sa vie son livret militaire de la R.A.F. avec quelques photos où l’on pouvait voir ces deux joyeux lurons, fiers et fringants, dans leurs uniformes et portant le calot réglementaire de l’époque. Il faut toutefois savoir qu’ils n’étaient aucun des deux pilotes mais qu’ils travaillaient au sol.

J’ai pu voir l’avion construit par Victor Collard, il était au stade de la finition et Victor nous fit le récit de son ouvrage. Je peux dès lors confirmer les dires de M. Jean-Pierre Beaufays, il s’agissait bien d’un moteur en étoile qu’il avait fait venir de France. Quant aux commandes de l’appareil, ce qui me frappa le plus c’était le manche à balai, un tube montant du plancher et qui se terminait par une boucle fermée légèrement ovoïde. Mis à part l’absence du bouton de tir, c’était presque la réplique exacte du manche du fameux « Spitfire  anglais ». Pour fabriquer ce pou, il avait employé assez bien de bois très léger, du balsa.

Pour l’anecdote finale, cet avion fut construit dans le grenier de Victor. C’est là que je l’ai vu et, quand mon beau-père lui posa la question : « Comment vas-tu le sortir ? », Victor répondit : « S’il le faut, on démontera le toit ! ». Je n’ai jamais su s’il blaguait ou non… »

La Petite Gazette du 4 mai 2011

POU DU CIEL ET VICTOR COLLARD

Monsieur Jean-Pierre Beaufays nous confie souvenirs et jolie photo à propos de Victor Collard, présenté ici de la façon la plus sympathique qui soit.

Victor Collard 

 « Victor Collard est photographié auprès de sa célèbre moto Lion Rapide de 1951.

La firme Lion Rapide d’Alost construisit des motos de 1923 à 1957. Sa production comprenait essentiellement des machines à moteurs 2 temps Villiers ou JLO de faible cylindrée.

Le modèle que possédait Victor, dénommé type « Sport » faisait exception car il était équipé d’un moteur FN type XIII de 350 cc à culbuteurs.

Très bien entretenue par son propriétaire, cette moto était demeurée dans un très bel état d’origine.

Notre ami Victor, qui n’en était pas à une exagération près, affirmait volontiers avoir parcouru plus d’un million de kilomètres à son guidon. Je pense; pour ma part, qu’il y avait un zéro de trop dans ce nombre…

Victor était un personnage très attachant et haut en couleurs qui aimait énoncer des théories toutes personnelles. Il disait par exemple que les végétaux se déplaçaient très lentement et qu’un arbre pouvait se mouvoir de plusieurs mètres durant son existence. C’est pourquoi il disait dangereux d’en planter le long des routes. »

La sœur de Victor Collard, Madame Jeannine Collard, de Nandrin, a fait parvenir à La Petite Gazette diverses photographies de son frère et de son Pou du ciel, dont celle-ci

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Et celle-ci qui montre bien comment Victor Collard déplaçait son petit avion. Sa sœur me précise qu’il a mis deux ans pour le construire en suivant les plans d’Henri Mignet.

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La Petite Gazette du 8 juin 2011

LE POU DU CIEL

Monsieur Charles Gillet, d’Angleur, nous apporte maintenant une foule d’informations passionnantes pour faire le lien entre la firme Saroléa et le « pou du ciel » dont nous avons largement parlé dans La Petite Gazette.

« Après la première guerre mondiale qui avait été plus que meurtrière, suivie immédiatement après d’une terrible épidémie (la « grippe espagnole ») qui fit plus de morts que la « Grande Guerre » car elle s’est attaquée à une population affaiblie par les privations, le monde n’avait qu’une seule idée : vivre et profiter de la vie. La classe ouvrière avait obtenu des avantages vu ses sacrifices et une ère nouvelle s’ouvrait. La « Der des Der » était passée et le progrès semblait s’ouvrir à tous.

Parmi ces progrès, l’aviation qui avait vraiment vu le jour durant le conflit. De « saut de puce » l’on était passé aux vrais avions. D’intrépides aventuriers s’élançaient au-dessus des océans et des continents et généraient un enthousiasme que l’on ne peut imaginer aujourd’hui.

Je ne cite qu’un exemple : avez-vous déjà vu ou revu ce film d’époque de l’arrivée de Lindberg au Bourget… C’est hallucinant de voir toute cette foule enthousiaste, que dis-je cette marée humaine impensable aujourd’hui à nos yeux blasés par tant (trop !) de technologie.

Bref, c’était les « années folles » et l’aviation faisait des progrès énormes (un peu comme aujourd’hui avec l’informatique, ce qui est neuf aujourd’hui est périmé demain !).

C’est à cette époque qu’un Français, Henri Mignet, voulut placer l’avion à la portée de tous. En 1928, il écrivit un livre « Comment j’ai construit mon avionnette » qui connut un immense succès car il décrivait par le détail (plans compris) comment la réaliser chez soi. Un simple bricoleur pouvait y arriver sans problème et, muni d’un moteur soit de moto soit prévu pour, s’envoler et parcourir les cieux. Heureux temps où la législation n’existait pas et le ciel presque vide !

Il faut tout de même préciser que ces avionnettes n’étaient prévues que pour le seul pilote. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre qu’un essai pour deux personnes verra le jour.

L’aviation populaire était en marche et dans les mêmes années, un jeune homme terminait ses études d’ingénieur à Liège. Il s’agissait de Nicolas Lempereur.

Nous avons bien connu cet homme au caractère bien trempé et à la voix forte. Réaliste et visionnaire, au sortir de ses études, il entre chez SAROLEA, le grand constructeur de motos belges établi à Herstal. Là, il dessine simplement au bureau d’études, mais les motos ne le passionne pas et comme l’aviation est sur toutes les lèvres, il dessine un moteur d’avion, un bicylindre à plat, type « boxer » de 1000cc… et le laisse dans ses cartons.

Mais la grande crise survient, la vente des motos chute et le directeur, Martin Fagard, un homme au caractère bien trempé lui-aussi, se souvient des plans de notre jeune ingénieur. Une diversification de l’entreprise ne pouvait être mauvaise et voilà comment SAROLEA se mit à construire des (petits) moteurs d’avion. Certes, tout était à faire et à tester.

Pour ce faire, l’on fabriqua une petite table roulante avec des tubes afin d’y placer des manettes de commande de motos. Des spécialistes en électricité, en huile et en carburation furent requis. En effet, en aéronautique les magnétos sont spéciales, dites « à rattrapage » afin d’avoir une meilleure étincelle, l’allumage doit être doublé (2 bougies par cylindre pour éviter les pannes), le refroidissement conséquent et la carburation parfaite en toutes positions.

Bref, en octobre 1934, sur le toit de l’usine SAROLEA à Herstal, la table d’essai était installée et le premier moteur testé.

004« Sur le toit de l’usine Sarolea, rue Saint-Lambert. De gauche à droite : Louis de Lamine (représentant la société de lubrifiant), Willy Chantraine (ouvrier monteur de l’usine), Nicolas Lempereur (ingénieur concepteur) et « John » Conrad (représentant des carburateurs Amal)

Il s’agissait d’un moteur type « Boxer » (deux cylindres à plats opposés) d’une cylindrée de 916cc (80,5×90), avec des cylindres en alliage spécial d’aluminium, qui délivrait une puissance de 27CV à 2750 t/m, avec graissage dans le carter, et qui répondait au joli nom « d’EPERVIER ».

Le moteur « tourna » durant 1000 heures sans interruption (je ne connais pas les réactions des voisins !) puis fut démonté pour inspection. Tout était parfait et la série pouvait commencer.

Pour avoir un moteur plus puissant, on porta l’alésage à 88m/m, ce qui en fit un 1100cc d’une puissance de 32CV et son nom devint « Le VAUTOUR ».

Ces deux moteurs « lancèrent » vraiment SAROLEA dans le monde de l’aéronautique privée. Leur vente fut un succès et bien que prévus initialement pour le « Pou du Ciel » (Henri Mignet lui-même équipa son « Pou du Ciel » d’un moteur SAROLEA) ils ne tardèrent pas à équiper également des petits avions « Typsy » qui étaient en quelque sorte des petits avions de reconnaissance monoplace.

005 « 1935 : Henri Mignet devant son Pou du Ciel et Nicolas Lempereur à côté d’un avion Autogyre »

Sûr de son succès, Nicolas Lempereur dessina un 3° moteur identique en cylindrée et en puissance au « Vautour » mais équipé d’un carter sec ce qui permettait une meilleure répartition dans le nez de l’avion et permettait une réserve d’huile plus grande sans entraver l’encombrement du moteur et en allégeant celui-ci (43Kg). Ce modèle porta le nom « d’ALBATROS ».

Mais l’infatigable ingénieur planchait déjà sur un 4° moteur, plus puissant, dénommé « L’AIGLE » qui devait donner plus de vitesse de rotation à l’hélice puisque le moyeu de celle-ci était placé sur un pignon réducteur alors que dans les trois précédents moteurs le moyeu d’hélice était monté directement sur le vilebrequin.

006 Publicité Sarolea avec vue d’une avion Typsy »

Les qualités de ces moteurs, unanimement reconnues, attirèrent l’attention de l’Etat Major de l’armée polonaise. Après bien des péripéties il fut passé commande à la firme SAROLEA de plus de 80 moteurs du type « Albatros » pour équiper des petits avions de reconnaissance. La livraison s’effectua par chemin de fer en gare de Varsovie en août 39. Quelques jours plus tard ils furent détruits dans le bombardement qui détruisit ce nœud ferroviaire important.

La guerre mit donc fin à cette belle  aventure aéronautique privée.

Je connais quelques rares collectionneurs qui possèdent encore soit un moteur soit une partie de celui-ci, mais cela est rare, et je reste à leur disposition.

Nicolas Lempereur, infatigable chercheur, fut aussi un pionnier dans la fabrication de matériaux pour l’industrie, les fameuses « plaquettes métalliques » qui équipèrent moult outils de coupe.

Une dernière anecdote pour situer l’homme : lorsque je lui posais la question de savoir combien de moteurs d’avion SAROLEA avaient été fabriqués (tous types confondus), il me répondit « environ 150 ». Oh, lui dis-je, ce n’est pas beaucoup ! Malencontreuse parole car il s’emporta aussitôt pour me répondre « Et bien, vous trouvez que faire voler 150 avions ce n’est pas beaucoup » suivi d’une tirade de jurons !

Voilà, une « tranche de vie liégeoise » de notre industrie motocycliste, qui à l’époque, était à la pointe du progrès et vitrine du savoir-faire de nos parents. »

Un immense merci pour nous avoir fait bénéficier des fruits de cette passionnante recherche. Quelle chance a La Petite Gazette de compter sur pareils collaborateurs.

LES BRASSERIES DE HOTTON

La Petite Gazette du 5 septembre 2007

UNE BRASSERIE ARTISANALE  ET BIERE DU SANGLIER A HOTTON

Mme Monique Beenders, de Vottem, est une fidèle lectrice de La Petite Gazette. Elle sait donc qu’elle peut vous mettre à contribution pour tenter de réunir les informations qu’elle souhaite rassembler :

« Dans les années 1948 – 1950, existait à Hotton, à 100 ou 200m. de la brasserie Jacquemart, sur la route de Hotton à Laroche, à droite, une brasserie, artisanale sans doute, produisant une bière de qualité connue sous le nom de « Bière du Sanglier ».

Pourra-t-on, s’il vous plaît, m’indiquer quand cette brasserie a vu le jour ? Qui l’a créée ? Quels ont été ses exploitants successifs ? A-t-elle connu des succursales ? Quand elle a cessé de fonctionner ? La bière qui y était confectionnée existe-t-elle ailleurs ? »

Bref, vous l’aurez compris, tout ce qui concerne cette brasserie et sa production intéresse ma lectrice. Aurez-vous la gentillesse de la renseigner ? Je compte sur vous et vous en remercie déjà.

La Petite Gazette du 3 octobre 2007

UN PREMIER MOT SUR LES BRASSERIES DE HOTTON

MonsieurRaymond Pirotte, d’Evelette, apporte des renseignements à Mme Beenders, de Vottem:

« La brasserie Jacquemart dont il a été question n’est pas répertoriée comme telle : il s’agit sans doute d’un négociant – marchand de bières.

001

Quant à l’autre brasserie, ayant produit la « Bière du Sanglier », elle a été fondée par Emile Remy à la fin du XIXe siècle (1899 ?). Vers 1926, elle fut rachetée par Alexandre Lobet. 002.jpg

 

 

 

La  « Super Sanglier » était effectivement la spécialité la plus connue de cette brasserie.

 

En dehors des bières de ménage, la « Mustel » était une autre spécialité, qui ne semble pas avoir connu un grand succès. » A suivre.

La Petite Gazette du 10 octobre 2007

UN PREMIER MOT SUR LES BRASSERIES DE HOTTON

Retrouvons M. Raymond Pirotte, d’Evelette, et les renseignements qu’il apporte à Mme Beenders, de Vottem :

003

« Je possède dans ma collection un verre d’ « Export Chasseurs Ardennais », datant probablement des années 1930 et représentant un sanglier dans une roue de vélo. 004

 

 

Selon toute vraisemblance, il s’agit aussi d’une appellation de la brasserie Lobet. Peut-être une énigme supplémentaire à résoudre par les lecteurs de la Petite Gazette ?

 

Après la Seconde Guerre, la brasserie fut dirigée par Lobet Frères. Connue aussi sous l’appellation « Brasserie Luxembourgeoise », elle cessa toutes ses activités vers 1955. »

Maintenant, j’ai la chance et le plaisir de vous donner à connaître le témoignage d’un ancien employé de chez Lobet, M. Edouard Triolet, de Lierneux : « Pour vous parler de la Brasserie Lobet, de Hotton, je dois me reporter en 1936. N’ayant plus de travail, mon père, Joseph, est contacté par les frères Lobet et, après discussion, papa devient dépositaire et négociant en bières et dérivés. Ayant terminé mes études moyennes, j’ai 15 ans et j’aide mon père dans le commerce. Nous sommes ravitaillés par camion et habitons Vielsalm. Notre commerce marche très bien, mais la guerre de 1940 et l’Offensive détruisent tout et papa est tué le 12 janvier 1945.

En 1947, jeunes mariés, nous allons habiter Melreux et je deviens chauffeur-livreur à la brasserie Lobet, gérée par les quatre frères.

Le papa Lobet, qui était tonnelier de profession, a été tué à Hotton, lors de l’Offensive des Ardennes.

Joseph Lobet, l’aîné, brasseur en bières blonde et brune ; Antoine Lobet, comptable ; Léon Lobet, entretien du matériel et André Lobet, avec un camion wagon, ravitaille les dépôts et hôtels. Parmi le personnel, il y a encore : Félix Petit, comptable, Antoine Gérard et H. Dessaive, entretien des machines et soutirage des bières. Fernand Gérard (lu Blan) chauffeur-livreur (le plus ancien), Clément Jacquet, chauffeur-livreur, Edouard Triolet, moi-même, chauffeur-livreur habitant à Melreux, près du garage de François Houssa (de 1947 à 1951). En 1948 – 1949, Joseph Lobet, brasseur qui est allé, pendant des mois, à Munich se perfectionner dans l’art de la fabrication des bières spéciales, lance la « Super Sanglier », bière brune de très grande qualité.

005

 verre de la collection de M. Raymond Pirotte

 Soutirée dans une bouteille d’1/4 de litre, pansue (genre Perrier), elle porte une étiquette avec, en gros plan, un sanglier de belle allure et une colorette portant le texte :

J’aime le son du cor

Le soir au fond des bois,

Mais je préfère encor

La bière que voilà

Avec l’évolution du commerce, la brasserie Lobet est entrée en rapport avec celle de Koekelberg, de Bruxelles. Les responsables de cette brasserie ont demandé, ou plutôt imposé, à M. Joseph Lobet de fabriquer la Super sanglier en blonde au lieu de la brune. Malheureusement cela s’est révélé un réel fiasco et la disparition de cette « Perle des Ardennes » a été inévitable.

J’ai quitté la brasserie Lobet, en 1951 et, avec mon épouse, nous sommes établis à notre compte à Grand Sart, puis à Lierneux en 1955 et depuis nous sommes lierneusiens retraités. J’ignore totalement ce qui s’est passé à la Brasserie Lobet depuis mon départ… »

Un immense merci pour ce témoignage passionnant.

La Petite Gazette du 30 octobre 2007

ENCORE DE PASSIONNANTES PRECISIONS A PROPOS DES BRASSERIES DE HOTTON

Monsieur Fernand Lobet, né il y a 65 ans à Hotton, habite aujourd’hui Comblain-au-Pont. Il a pensé qu’il serait utile qu’il nous livre également ses souvenirs et il a vraiment bien fait.

« Comme chauffeur-livreur plus ancien, il y avait Julien Lobet, mon grand-père. C’était avant la guerre. Il travaillait pour ses cousins et assurait les livraisons avec un chariot tiré par un cheval.

Au sujet de Fernand Gérard, on a déjà dit qu’il était surnommé  « lu Blan », mais il était aussi affublé d’autres appellations : « le petit Fernand » par exemple, mais on le désignait également en associant son prénom au nom de ses patrons : « Fernand Lobet ».

Après les années 50, Antoine s’est installé comme distributeur Coca-Cola, à  300 mètres de la brasserie vers le centre du village, dans un grand hall. Un délégué, tout de vert vêtu, formé par la firme dirigeait l’affaire avec le financier Antoine.

Dans les anciens bâtiments de la brasserie existait une glacière qui se révéla être très utile pour les cafés du coin mais aussi lors d’organisation de fêtes ou de fancy-fair à des kilomètres à la ronde.

Léon et Jules Lobet ont fabriqué et vendu la bière Lobet en bouteilles de 75 centilitres, mais également de la bière de table, dite bière de ménage.

La « pils » qu’ils mettaient en vente était la bière « Lamot » distribuée en fûts et en bouteilles de 25 centilitres. Cette bière était alors très bue, comme la Stella, on ne parlait pas tant de la Jupiler. Evidemment, ils distribuaient également des eaux et des limonades. La bière Diekirch était leur grande et bonne bière, en fûts et en bouteilles également. Les grandes réclames vantant cette marque décoraient le plus grand café de la région, « Chez Jacquemart », sur la place. Les enfants ont quitté le commerce et Léon, qui vécu très vieux, avait repris, pour les connaissances uniquement, son ancien métier de cordonnier. »

Un tout grand merci pour tous ces renseignements qui viennent compléter ceux déjà publiés.

LES AUTOBUS LIEGEOIS A SPRIMONT

La Petite Gazette du 6 février 2008

LA SOCIETE DES AUTOBUS LIEGEOIS

Monsieur Michel Trousson  aimerait que vous l’informiez sur l’histoire de cette société :« Puis-je solliciter les lecteurs de La Petite Gazette pour obtenir des informations concernant la « Société des Bus Liégeois ». Société je crois, ajoute M. Trousson, créée début des années 20 par la Famille Vigneron.Ayant son siège social à Sprimont, cette société transportait, initialement, les voyageurs entre Aywaille et Liège.Je me souviens que, étant enfant et demeurant à Sprimont, mon père (décédé maintenant) était conducteur, c’était dans les années 30.  J’aurais beaucoup aimé que vous m’aidiez à reconstituer un  historique de cette société et, si c’est possible, découvrir des photographies des autobus qui ont circulé sur ses lignes.Sans doute un ancien ayant connu cette époque pourrait-il m’aider dans cette démarche?
D’avance je vous remercie de votre attention et pour votre aide. »Il me semble que cette société bien connue et bien ancrée dans le domaine du transport public en Ourthe-Amblève devrait inspirer les réponses souhaitées. J’insiste tout particulièrement sur l’envie de redécouvrir les photographies des bus d’hier (et d’avant-hier) dont la simple vue devrait rappeler bien des souvenirs et bien des anecdotes aux lectrices et aux lecteurs qui les ont connus, comme utilisateurs ou comme chauffeurs. Je compte beaucoup sur vous et me réjouis de découvrir les prolongements que vous réserverez à cet intéressant appel.

La Petite Gazette du 20 février 2008

AUTOBUS LIEGEOIS

Une première réponse à l’appel lancé par M. Trousson, elle nous vient de M. Francis Sante qui nous permet de découvrir cette magnifique photographie.

autobus 1

 « En feuilletant, comme chaque semaine La Petite Gazette, j’ai lu l’annonce concernant les autobus liégeois. Comme je possède cette carte postale prise sur la place de Sprimont, je puis en faire profiter tous les lecteurs. Cette carte a été oblitérée à Seraing en 1934. »

Un grand merci, cette carte est vraiment superbe.

Monsieur Georges Flagothier, sénateur honoraire de Sprimont, se souvient :

J’ai été chauffeur aux Autobus Liégeois pendant une dizaine d’années. Un collègue, Marcel Pavier, décédé aujourd’hui, m’a parlé plusieurs fois de son oncle Monsieur Trousson, qui avait été chauffeur à la Compagnie avant la guerre. Il propose à M. Trousson de s’adresser au siège de la compagnie »

Merci beaucoup, le moindre souvenir nous est utile.

La Petite Gazette du 27 février 2008

LES AUTOBUS LIÉGEOIS

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays,  est un passionné de transports en commun. Il a ouvert sa documentation pour répondre à l’appel de M. Trousson et pour notre grand plaisir :

« C’est en 1922 que fut créé un service régulier d’autobus entre Liège  et  Sprimont.

Selon un guide, publié en 1930, par le Touring Club de Belgique, on apprend que les départs vers Sprimont depuis la place Xavier Neujean à Liège s’effectuaient en semaine à 8h., 9h30, 12h., 16h. et 18h30. Les dimanches et jours de fêtes, les départs étaient fixés à 10h., 14h. et 20h. Le prix du voyage était alors de 7,50 francs.

Avant la seconde Guerre Mondiale, la société disposait de plusieurs véhicules de marque Brossel. En 1958, le parc comportait 11 autobus : 2 Chausson, 1 Guy, 2 Miesse et 6 AEC (toutes marques, aujourd’hui disparues !).

Jusqu’à la fin des années 1950, le dépôt se situait à Liège, rue de Fragnée.

Vers 1967, les Autobus Liégeois ont repris l’exploitation de la ligne Verviers – Harzé (actuelle ligne 727) qui était jusqu’alors assurée par le garage Gilson de Verviers.

Jusqu’à la fin des années 1970, les véhicules étaient peints dans deux tons de bleu : le bleu foncé en dessous des vitres et la partie supérieure en bleu clair.

Les autobus de la firme Bertrand, de Banneux, reliant Liège à Banneux et Aywaille à Banneux étaient, quant à eux, peints en brun et blanc.

En 1972, cinq autobus Van Hool à moteur Leyland furent mis en service. L’un d’entre eux, retiré de l’exploitation en 1987 est en cours de restauration dans sa livrée bleue d’origine. L devrait être prochainement exposé au Musée des Transports de Liège, rue Richard Heintz. (N.D.L.R. A voir absolument si les trams, trolleys et autobus vous passionnent…)

Entre 1974 et 1979, neuf autobus Jonckheere à moteur Leyland furent commandés, suivis, dans les années 1980, par sept Jonckheere Trans City à moteur Mercedes.

En mars 1997, la Société des autobus Liégeois a abandonné le dépôt devenu étriqué qu’elle occupait depuis près de quarante ans et qui était situé rue Schinler à Sprimont, pour s’installer dans un nouveau complexe, Grand Route à Florzé.

Il faut préciser que le parc de véhicules s’était notoirement agrandi au fil des années.

Aujourd’hui, 21 bus standard et 2 articulés assurent le trafic. Il s’agit pour l’essentiel de Mercedes 0405 et de Mercedes Citaro.

La société est dirigée par Madame Vigneron épouse Dubois. »

Un chaleureux merci pour tous ces renseignements qui éveilleront, chez les lecteurs, des souvenirs que, je l’espère, ils auront envie de raconter.

La Petite Gazette du 5 mars 2008

LES AUTOBUS LIEGEOIS

Cette semaine, c’est M. Jean-Pierre Beaufays qui nous présente un élément de « petit patrimoine » lié à cette société d’autobus.

« Voici une photo qui devrait intéresser votre lecteur faisant des recherches sur les Autobus Liégeois.

Il s’agit d’une plaque émaillée en ma possession, datant probablement d’avant-guerre et indiquant l’emplacement d’un arrêt obligatoire.

arretbus

Elle est de forme ovale, à double face, jaune avec inscriptions rouges et noires, de dimensions 65X46 cm. Comme beaucoup de panneaux indicateurs de cette époque, elle mentionnait  les Pneus Englebert qui finançaient vraisemblablement ces panneaux à titre publicitaire.

Elle devait vraisemblablement se trouver le long de la grand-route entre Beaufays et Sprimont, environ à un kilomètre du carrefour de la Haie des Chênes. »

Autre réaction, celle de Monsieur Fernand Sougné qui nous présente cette carte postale montrant un des véhicules de la société des Autobus Liégeois :

autobus 3

« Monsieur Trousson est à la recherche de photos des Autobus Liégeois, en particulier sur la ligne AywailleLiège.Je possède cette carte postale portant comme légende: «Florzé  Grand’route d’Aywaille, Arrêt des Autobus Liégeois »

Florzé étant  situé sur la ligne Aywaille – Liège  entre Sprimont et Aywaille. Je ne suis pas en mesure de commenter cette carte postale, je n’étais pas encore né, mais je peux dire que cette carte a été expédiée par des membres de ma famille à mon père étudiant à l’époque aux établissements St-Joseph à Strasbourg. Ma famille habitait une maison de ce carrefour de Florzé. Cette carte postale a été expédiée à mon père le 19 mars 1938. La  carte n’est pas dans un état de première fraîcheur, mais elle est assez jolie. »

Puis-je insister auprès de vous pour que vous contiez vos souvenirs et anecdotes liés à ces autobus ? Il est impensable que vous n’ayez pas quelques petites histoires à ce sujet… Nous les ferez-vous parvenir ? D’avance, merci.

La Petite Gazette du 19 mars 2008

LA SOCIETE DES AUTOBUS LIEGEOIS

Evoquer les transports en commun d’hier passionne toujours car vous y retrouvez des véhicules chargés d’histoire, de souvenirs et d’anecdotes que vous aimez voir remémorés. Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, est un véritable passionné et il a largement ouvert pour vous ses fardes de documentation.

« M’étant replongé dans mes archives à propos des Autobus Liégeois, je puis vous soumettre d’autres documents photographiques.

La photo présentée ci-dessous est extraite d’un ancien journal d’entreprise du T.E.C. Elle montre un autobus stationné sur la place de la Foire, actuelle place Jos. Wauters, à Sprimont. Vu le modèle du véhicule, ce document semble antérieur à la photo présentée il y a quelque temps dans la Petite Gazette.

autobus 4 

 

 

 

 

 

 

Durant la période s’étendant entre les deux guerres mondiales, de nombreux entrepreneurs privés ont créé des services réguliers d’autobus. Le plus souvent, ils n’exploitaient qu’une seule ligne vers un unique véhicule dont le châssis était celui d’un camion et dont la caisse était fabriquée par des menuisiers locaux.

Certaines de ces lignes, comme celles des Autobus Liégeois, se sont développées au cours des ans et subsistent encore de nos jours bien qu’intégrées au réseau d’abord de la S.N.C.V. puis, maintenant, des T.E.C.

Par contre, des lignes desservant des zones moins densément peuplées ont périclité faute de voyageurs et ont été supprimées. C’est ainsi que, dans ma collection, je possède une reproduction de carte postale prise à Stoumont et montrant un autobus d’une ligne Verviers – Manhay, ligne disparue depuis, sans doute, bien longtemps.

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Parmi les lecteurs de La Petite Gazette s’en trouvera-t-il certains qui pourraient me renseigner sur l’itinéraire suivi par cette ligne, sur sa période d’exploitation et sur la société qui l’a mise en œuvre. D’avance, je remercie chaleureusement, toute personne qui pourra m’apporter l’un ou l’autre renseignement, même s’il vous semble insignifiant. »

Permettez-moi d’insister sur cette demande de M. Prégaldien car je sais que tout renseignement communiqué permettra certainement de conduire au réveil de souvenirs qui intéresseront grandement tous ceux qui prennent plaisir à découvrir ces aspects si particuliers des modes de transport de jadis.

La Petite Gazette du 26 mars 2008

LES TRANSPORTS EN COMMUN DANS NOS REGIONS

Puisque M. Michel Prégaldien, de Beaufays, nous y a, si gentiment, invités, continuons, avec lui, à feuilleter ses fardes de documentation Il nous présente, aujourd’hui, la photographie suivante :

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« Cette carte postale a été prise à Harzé, au terminus de la ligne d’autobus Verviers-Harzé, mais, bien avant, que cette ligne soit exploitée par la société des Autobus Liégeois. »

 

TOUJOURS A PROPOS DES AUTOBUS LIEGEOIS

Monsieur Marquet, de Sprimont, a vraiment une documentation éclectique. Il peut nous apporter aujourd’hui, quelques intéressantes informations sur la société des Autobus Liégeois :

« Vers les années 1980, la direction de la Compagnie des Autobus Liégeois remettait, à Sprimont, une série de décorations à ses employés. Furent ainsi mis à l’honneur : René Brisbois, André Horrion, Jean Peerboom, Fernand Scholsen, Justin Huart, Maurice Bertrand et Ghislain Arnould.

Ils étaient tous entrés à la compagnie au cours des années 1960, à l’exception de Fernand Scholsen qui « roulait » depuis le 16 avril 1950. Son père, Maurice, fut décoré pour la même fonction en 1966.

Une petite anecdote mérite d’être rappelée à propos des véhicules de l’immédiat après guerre.

A cette époque circulaient des autobus assez hétéroclites. L’un était appelé le « car allemand » et était particulièrement rapide, ce qui donnait parfois lieu à des courses entre chauffeurs. Un autre, tout à fait différent, présentait une structure assez rectangulaire et était équipé d’un tuyau d’échappement exceptionnellement bruyant. Pour cette évidente raison et compte tenu d’un passé récent alors, il avait été baptisé le « robot ».

Un jour, en rentrant de Liège et alors qu’il allait traverser le Fond Leval, ses freins lâchèrent et le chauffeur dut braquer sur la gauche pour éviter le tram. Toutefois, en roulant sur le trottoir du magasin de légumes de chez Garnier, il pulvérisa un sac de moules en attente du client. Dans l’état actuel de ce carrefour, cette éventualité n’est plus possible. »

Vous souvenez-vous de ces autobus si particuliers ? En existe-t-il des photos ? Merci de nous informer et de nous permettre de les montrer si elles existent. Vous pouvez également en profiter pour nous communiquer vos souvenirs de ces voyages en autobus au lendemain de la Seconde guerre Mondiale. Ils ont dû, en effet, être émaillés de nombreuses anecdotes qu’il serait plaisant de remémorer.

 La Petite Gazette du 2 avril 2008

LES TRANSPORTS EN COMMUN DANS NOS BELLES REGIONS

Répondant à l’appel lancé par M. Prégaldien, Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, me fait parvenir un très intéressant courrier fait de compilations d’extraits de délibérations du conseil communal de Basse-Bodeux.

« »Un projet quasi révolutionnaire pour l’époque voit le jour en 1901 car on envisage la création d’un chemin de fer vicinal reliant Lierneux à Stavelot. Le conseil communal réaffirme, à l’unanimité, qu’il n’interviendra pour une part qu’à la condition expresse que la ligne traverse Basse-Bodeux et passe à proximité de La Vaux et Haute-Bodeux. (Délibération du 29 mai 1901).

Le 27 août 1911, on enregistre une demande de service public d’autobus entre Trois-Ponts et  Houffalize, Monsieur Steinmann, d’Anvers, demande la concession de ce service. Aucune opposition n’est signalée. M. R. Gabriel précise néanmoins qu’il n’a retrouvé aucune suite à cette demande dans les délibérations suivantes…

Un service d’autobus circule depuis plusieurs années entre Verviers et Manhay, via Stoumont, La Gleize, Trois-Ponts, Basse-Bodeux, Bra. Des difficultés d’exploitation semblent exister comme en témoignent les différentes demandes de l’exploitant et les nombreuses interventions financières communales.

Le 19 décembre 1933, Monsieur Pelle, l’exploitant du service d’autobus, demande un subside pour l’année 1934 ; on lui accorde la somme de 1.000 francs.

En 1935, cette somme est portée à 1500 francs.

Le 23 mars 1937, l’exploitant demande un subside de 2.500 francs pour continuer le service tel qu’il est établi. On lui accorde 1.000 francs plus un crédit de 1.500 francs.

Le 25 janvier 1940, Monsieur Pelle relève les prix de transport vu le prix des carburants, la commune ajoute : cela se justifie amplement.

Le service est interrompu durant la guerre.

Le 30 janvier 1947, il est noté que le servie a repris à partir du 16 janvier, un subside de 3.000 francs est accordé.

Le 14 novembre 1949, 4.000 francs de subsides sont votés.

Le 8 décembre 1949, l’exploitant du service d’autobus de Verviers à Basse-Bodeux sollicite un subside de 18.000 francs. Les élus trouvent la demande nettement exagérée et proposent la somme de 4.000 francs.

En 1957, le 27 septembre, un nouveau service de bus SNCV est envisagé entre Manhay et Trois-Ponts.

La commune est d’accord pour allouer un subside à condition que la ligne fonctionne régulièrement chaque vendredi.

Le 12 septembre 1958, des difficultés apparaissent. On apprend que la commune de Fosse-sur-Salm ne peut plus supporter la charge d’un subside à la ligne d’autobus. Le subside de Basse-Bodeux est porté à 8.000 francs et une augmentation du subside de Bra est souhaitée.

L’exploitation de cette ligne cessera définitivement à partir du 2 octobre 1959. »

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, se souvient également :

J’ai lu, avec nostalgie, l’article sur la ligne d’autobus Verviers-Manhay, passant par Stoumont.

Né en 1944, j’ai encore le souvenir des autobus faisant la ligne de Stoumont peu après la guerre (1947/1948). Car ils représentaient pour moi des « monstres » à ne pas rencontrer !

Il s’agissait d’autobus bleu foncé, garnis des deux côtés d’armoiries nationales et qui appartenaient au chemin de fer, comme on disait alors. Pourquoi des « monstres » ?

Je m’explique : vu l’état des routes, ma mère et moi quittions Liège pour Aywaille et nous laissions  la buick de papa au garage Grégoire qui avait la garde de notre jeep Wyllis, seul véhicule pouvant nous amener à la maison de Ville-au-Bois. Nous montions avec la jeep vers le carrefour de Hautregard et, ensuite vers Desnié/Stoumont. Comme par un fait exprès, vu notre heure d’arrivée, nous avions beaucoup de chances de croiser le bus du soir venant de Stoumont entre Desnié et la Croix Jacques, lieu où nous tournions à droite vers la maison à travers bois, empruntant le coupe-feu dit « du facteur ».

Chaque trajet était une source d’anxiété car croiser le bus était un vrai problème.

A cette époque, la N606 était une simple route étroite sans macadam, couverte de cendrées d’aciérie, et le bus était tellement large que nous n’avions d’autre solution que de rentrer dans le fossé, le bus ayant priorité absolue ! Rentrer au fossé c’était simple mais, en sortir, c’était une autre affaire, surtout en hiver ! Pas question pour maman de pousser, mais nous avions un braquet dans le coffre à outils et j’ai appris à glisser des branches sous les roues dès quatre ans ! Parfois cela tournait vraiment mal, il fallait descendre chercher le garde-chasse pour pousser, en priant saint Hubert qu’il ne soit pas en tournée. Le pire a nécessité de laisser la jeep dans le fossé durant la nuit et un cheval de débardage est venu le lendemain matin.

Peu après on a créé (1950) la route raccordant Ville-au-Bois à la N606 et nous pouvions alors venir avec la voiture jusque là. Nous devions encore marcher 1500 mètres pour atteindre la maison forestière.

Quelle époque ! Mais c’était pour moi le bon temps car chaque week-end réservait des surprises comme de croiser le « ronibus » comme je l’appelais alors… »

Vous aussi, vous avez certainement des souvenirs liés à ces autobus d’avant ou d’après guerre, nous les conterez-vous

La Petite Gazette du 16 avril 2008

LES ANCIENS ARRETS D’AUTOBUS DE NOS CONTREES

MonsieurLaurent Crépin, de Hony, me fait parvenir un intéressant document relatif aux lignes d’autobus de nos régions.

« Dans le cadre de la série que vous publiez actuellement dans votre rubrique au sujet des éléments de « petit patrimoine » des autobus qui ont circulé dans la région liégeoise, j’ai le plaisir de vous faire parvenir la photo d’une plaque émaillée double face (dimensions : 40 X 25 cm) qui fait partie de ma collection depuis de très nombreuses années.

Elle porte le texte  » S.N.C.V. Autobus  – Arrêt sur demande  » et devait être placée sur un poteau ou une façade à l’endroit d’un arrêt de bus de la Société Nationale des Chemins de fer Vicinaux.

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Elle fait ainsi écho à celle que vous avez publiée il y a quelques semaines, pour un Arrêt obligatoire des Autobus liégeois.

Cette plaque ne porte aucune indication concernant l’émaillerie qui l’a fabriquée, ni aucune année, comme c’est par contre, le cas pour toutes les plaques émaillées publicitaires (les anciennes réclames) qui étaient destinées à l’affichage public en Belgique et qui comportent toujours en bas et en petits caractères T.P. ….1950 (TP pour Taxe Payée puis des chiffres et enfin l’année de production dans cet exemple 1950).

Cette plaque d’arrêt doit néanmoins être ancienne (les années 1930 peut-être) car elle est très lourde malgré sa petite taille et est fabriquée en émail très épais et d’excellente qualité, ce qui lui a permis de traverser le temps pour arriver presque intacte jusqu’à nous. »

La Petite Gazette du 23 avril 2008

LES ANCIENNES LIGNES D’AUTOBUS DE NOS REGIONS

Monsieur M. Prégaldien, de Beaufays, est, à la fois, heureux et ravi, de constater que MM. René Gabriel et Martin Huwart aient conservé des souvenirs de l’ancienne ligne d’autobus Verviers-Manhay.

« Grâce aux communications de ces lecteurs, il est possible de retracer une grande partie de l’itinéraire suivi par cet autobus entre Desnié, Stoumont, Trois-Ponts et Manhay. Reste une zone d’ombre quant au parcours suivi entre Verviers et Desnié, ainsi que sur le lieu précis du terminus à Verviers.

Les questions suivantes restent également en suspens : Où étaient implantés le garage et le siège social de la firme ? Combien y avait-il de parcours journaliers ? Existe-t-il d’autres photographies ou cartes postales représentant les autobus de cette firme ?

Dans le Guide du Touring Club de Belgique datant de 1930, on trouve trace d’une autre ligne qui passait, elle aussi, par Stoumont. Cette ligne prenait son départ rue Grétry, n°100, à Liège

A destination du sanatorium de Borgoumont. Cette relation ne fonctionnait que le jeudi et le dimanche, avec un unique départ de Liège à 10 heures. Le prix du trajet était de 7 francs.

Là aussi, il s’agit d’une ligne disparue pour laquelle très peu d’informations (firme exploitante, trajet suivi…) et de représentations photographiques sont disponibles.

Se trouvera-t-il quelques lecteurs de La Petite Gazette susceptibles d’apporter quelques informations sur cette ligne également ? »

A vous de faire, si vous le pouvez…

La Petite Gazette du 7 mai 2008

LES ANCIENNES LIGNES D’AUTOBUS DE NOS REGIONS

Madame Chantal Crucifix, de Targnon, nous apporte aujourd’hui des renseignements très intéressants sur ce sujet. Elle les a puisés dans les archives de la commune de Stoumont, où elle recherchait informations sur les vieux chemins vicinaux.« En passant, j’ai retrouvé des traces de ces autobus dont vous parlez dans le journal, avec l’autorisation de l’échevin qui m’emploie, Philippe Goffin, je vous fais part de mes recherches:
Le 17/12/1926, la Société Nouvelle des Chemins de Fer Vicinaux demande l’autorisation d’organiser des services de transports automobiles sur route entre Lierneux et Stoumont, Manhay et Trois-Ponts.Le 21/09/1929, la demande et le projet de M.Lugens J.B., de Lierneux, relatifs au service public et régulier d’autobus entre Lierneux et Stoumont gare sont soumis aux formalités d’enquête de commodo- incommodo, clôturée le 9/10/1929.Le 29/06/1930 M.Minique ou Mirrique René Hubert Marie Lydie rue Gretry n° 68 sollicite l’autorisation d’exploiter un service public et régulier d’autobus bi-hebdomadaire entre Liège et Borgoumont La Gleize.Enquête clôturée le 16/07/1930.J’espère que cela pourra vous être utile. »Un tout grand merci pour nous avoir communiqué ce qui précède.

La Petite Gazette du 28 mai 2008

LES TRANSPORTS EN COMMUN D’HIER, ANECDOTE

Monsieur Guy Jacob, de Hamoir, évoque le problème des transports en commun durant la guerre :

« Nous étions, maman, mon frère et moi-même, venus, pour deux ou trois jours, chez les grands-parents à Comblain-la-Tour, probablement, je me souviens bien, en 1943. Le voyage s’était effectué en train. Or, le jour prévu pour le retour, nous nous rendîmes à la gare, pour y prendre le train de Marche où nous demeurions. Arrivés à la gare, on nous annonça que, suite à un bombardement à Barvaux ou à Biron, les trains ne passaient plus. Ils allaient de Jemelle  Melreux et aucun n’allaient plus loin. Force était donc de gagner Melreux par nos propres moyens. Heureusement, si l’on peut dire, le tram faisant la ligne Comblain-la-Tour – Manhay roulait encore, mais quel trajet ! Comblain-la-Tour, Xhoris, collège St-Roch, Burnontige (je crois), puis tous les villages jusqu’à Manhay (Harre, St-Antoine…) A Manhay, changement de tram pour prendre la ligne de Melreux via notamment Erezée, Amonines, Dochamps (vallée de l’Aisne), puis Soy, La Roche, Rendeux, Hotton (vallée de l’Ourthe) et Melreux où nous avons embarqués dans le train vers Marche, enfin !

Bref, un voyage d’environ 5 heures, compte tenu des arrêts et du changement de tram à Manhay, avant une attente d’une heure à Melreux. Nous avions embarqués à Comblain-la-Tour à 10 heures, c’est donc peu dire que c’était long ! Bien entendu nous avions pris notre « briquet » pour pouvoir nous sustenter en cours de route. »

Un grand merci pour ce souvenir qui, il est vrai, à l’heure du TGV laisse songeur !

UN ELEVAGE DE RENARDS ARGENTES A SEVISCOURT-LIBRAMONT

La Petite Gazette du 2 mars 2005

L’ÉLEVAGE   BELGE DE RENARDS ARGENTÉS

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, m’a envoyé cet étonnant document daté d’octobre 1928 au sujet d’un étonnant « ranch d’élevage » ardennais. En avez-vous déjà entendu parler ? Savez-vous quelque chose au sujet de cette entreprise ? En possédez-vous des photographies ? Bref, comme d’habitude, tout ce que vous savez est susceptible de nous intéresser ; répondrez-vous à cet appel ? Merci de contribuer à alimenter agréablement votre Petite Gazette.

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Fondée le 9 octobre 1925, cette société, ayant acquis, dès sa constitution, 11 paires de renards argentés du réputé élevage de B. Graham Rogers, île du Prince-Edouard, Canada, tous sujets issus de parents primés ou primés eux-mêmes, a pris un développement considérable. Son ranch d’exploitation, situé à 515 mètres d’altitude, com­porte un plateau de 6 hectares au centre d’un domaine privé de 2 000 hectares, dans les Hautes Ardennes belges, à Séviscourt, près de Libramont, ligne de chemin de fer Bruxelles-Luxembourg.

Après avoir conservé en vie successivement pour ses trois premières années d’exploitation : 17 jeunes en 1926, 41 jeunes en 1927 et 65 jeunes en 1928, la Société, après ses ventes de  l’année, tant en paires de renards vivants qu’en fourrures, et ses achats annuels de quelques nouvelles paires au Canada, possède à ce jour — août 1928 — un cheptel de 157 renards argentés de toutes premières ori­gines et de toute première qualité.

Par sa situation isolée, ses installations perfectionnées, ses grands enclos de semi-liberté estivale, ses cages pour les accouplements et l’élevage des jeunes, ses soins méticu­leux, son personnel d’élite et enfin son cheptel de pre­mière origine, l’« Elevage Belge de Renards Argentés » peut être considéré comme un des premiers élevages mo­dèles mondiaux.

L’« Élevage Belge de Renards Argentés» vend des paires de renards adultes et des paires de renardeaux de toute première qualité à des prix défiant toute concurrence. Pour l’acheteur européen, ces bêtes acclimatées constituent, par suite du change déprécié belge, en outre, de réelles occasions à tous points de vue.

A des conditions avantageuses pour l’acheteur, s’il le désire, 1’ « Elevage Belge de Renards Argentés» conserve en pension des paires achetées et les élève, elles et leur progéniture.

Pour tous Renseignements, permis de visite d’Août à fin Novembre, etc. , s’adresser à

Monsieur Fontaine-Bour,  administrateur-délégué,  au  Parc  de Séviscourt, par Libramont (Belgique) »

La Petite Gazette du 23 mars 2005

L’ÉLEVAGE   BELGE DE RENARDS ARGENTÉS

   Un lecteur de Welkenraedt vous a présenté un document daté d’octobre 1928 au sujet d’un étonnant « ranch d’élevage » ardennais. Je vous demandais si vous pouviez me parler de ces renards argentés élevés jadis en notre Ardenne et, quasiment comme toujours quand je vous questionne, vous m’avez répondu.

Mme Joëlle Gillet, de Jeneffe-en-Condroz, m’a transmis une passionnante documentation que possédait sa grand-mère, Mme Léona Martin-Ninin qui habitait à Séviscourt. Ma correspondante précise que ces renseignements sont extraits d’un ouvrage édité en 1985 et intitulé « Si Freux m’était conté ».

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L’ouvrage mentionné renseigne sur cette étonnant élevage en se basant sur les souvenirs de Mme Hélène Zune qui y travailla avec son époux.

« Fondé le 9 octobre 1925 par une société anversoise et repris en 1934 par le baron Jacques de Pierlant, cet élevage se situait sur la propriété du baron de Pierlant à proximité de la ferme de Chevrihet.

Sur une superficie de 6 Ha, un parc avait été délimite et bordé de cages (12m. sur 6m.) réalisées tout exprès par Jacquemin de Nivelles. Un treillis enterré à 50 cm. de profondeur entourait ce parc. Deux observatoires de 18m. de haut servaient à la surveillance du rut, des accouplements et de la mise bas. De plus, des lampes tout autour du parc permettaient de repérer les rôdeurs éventuels.

L’élevage portait le nom d’ EIBEREAR (él/evage be/lre du re/nard ar/genté)

Les renards (11 couples au départ) importés de l’île du Prince Edouard au Nord du Canada, se multiplièrent bien vite pour arriver aux chiffres impressionnants de deux cents têtes. Aussi, pour diriger tout ce petit monde, un personnel qualifié (Hélène Zune et son mari Hector Pelix) se trouvait 24 H. sur 24 sur place. »

Monsieur Anicet Fraselle évoque, à son tour, cette exploitation originale. Lui aussi signale les informations contenues dans l’ouvrage consacré à l’histoire de Freux.

« Etant né à Freux (sans jeu de mots, tient à préciser mon correspondant) et y ayant passé toute mon adolescence, je connais particulièrement bien la région (…)

Les animaux étaient très fragiles. Ils exigeaient une bonne hygiène et une bonne nourriture : pas de puces, pas de poux de peur qu’ils se grattent et abîment leur fourrure. Ainsi ils étaient lavés soigneusement et régulièrement et leur cage devait être d’une propreté impeccable. Ils mangeaient un mélange de gruau d’avoine, de riz, de foin et de cœur…

Les renards adultes étaient tués en décembre, au moment où leur fourrure est au maximum de beauté et de solidité. Les peaux étaient envoyées à Bruxelles où elles étaient tannées selon une méthode particulière. Chaque peau valait entre 17.000 et 25.000 francs. Le couple d’éleveurs gagnait 2.500 francs par mois, un salaire très élevé, surtout si on y ajoute les avantages en nature : l’eau qui venait d’un étang voisin, l’électricité et le chauffage, sans compter les pourboires des visiteurs.. .11 est intéressant de noter qu’un journalier de l’époque gagnait de 150 à 250 francs.

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Document extrait de « Si Freux m’était conté » De gauche à droite Maurice Lurkin (ouvrier), Hector Félix et Hélène Zune. A remarque les peaux de renards suspendues derrière eux.

   En 1940, une vingtaine de renards furent relâchés dans la nature où ils ne survécurent pas. Bien sûr, il fallait les nourrir et en temps de guerre, ce n’est pas facile. De plus, il semble que ces animaux non adaptés à nos climats tempérés étaient très sensibles aux maladies et que l’élevage ait périclité petit à petit. »

 

QUE SONT LES TAUPIERS DEVENUS?

La Petite Gazette du 22 mars 2000

QUE SONT DONC DEVENUS LES TAUPIERS DE NOS CAMPAGNES ?

    Madame A. Mathieu-Dessart, de Modave, se pose, elle aussi, cette question. Elle se souvient :

« Il y a plus de 60 ans, mais encore après, à Ochain, il y avait des forains qui battaient les prés et les campagnes pour piéger les taupes, au grand bonheur des propriétaires. On les voyait passer avec des bâtons auxquels pendaient leurs victimes. Parfois, ils dépeçaient déjà les bêtes sur place.

Un jour, en allant à l’école, j’avais vu, au bord de la route, quatre petites mains minuscules que j’avais prises pour des mains humaines. Arrivée à mon école, j’appris à mon institutrice que j’avais vu des petites mains d’enfant le long du chemin ; elle me demanda de les lui apporter. A midi, j’ai pris une boîte à allumettes, une petite, pas le wagon, mais je ne retrouvai que deux mains que, toute fière, je rapportai à la maîtresse.

« Bon Dieu, dit-elle, comme tu m’as fait peur… ce ne sont que des pattes de taupe ! »

En passant un jour devant la maison de ces forains, j’avais vu les peaux de taupe étirées et clouées sur des planches. Papa, lui, c’était des peaux de lapin qu’il s’occupait ; il les bourrait de journaux ou de chiffons. Il les vendait, je pense, pour un ou deux francs. »

Qui nous parlera de ces taupiers ? Comment s’y prenaient-ils pour attraper ces petits animaux ? Quelqu’un a-t-il conservé leurs techniques ? Quelqu’un les utilise-t-il encore ? Tous ces renseignements doivent être passionnants, mais, en outre, ils devraient être fort utiles à  ceux qui m’écrivent et qui sont à la recherche d’un taupier pour protéger leurs jardins. Merci de me communiquer tout renseignement en votre possession dans ce domaine.

La Petite Gazette du 12 avril 2000

QUE SONT LES TAUPIERS DEVENUS ?

Cette intéressante question posée, il a peu de temps par Madame Mathieu, de Modave, m’a aussi procuré le plaisir d’enregistrer plusieurs réponses fort intéressantes.

Monsieur Emile Van Craywinkel, d’Evelette, me dit qu’il y a plus de 60 ans, il pratiquait la capture des taupes en amateur et qu’il en a capturé beaucoup avec ses dix pièges. Dans son wallon, mon correspondant appelle la taupe « li fougnon » et le taupier « li foûgty ».

« La taupe a une galerie principale où elle fait son parcours quotidiennement, dans une propreté absolue, pour se diriger vers d’autres galeries qu’elle creuse avec les pattes de devant. Avec les postérieures, elle repousse la terre au dehors et constitue ainsi la bouture. Elle est à la recherche du bon ver de terre qui est sa principale nourriture. On doit toujours placé les pièges dans la grande galerie que l’on ouvrait de chaque côté pour les y poser. Si la taupe ne voir rien, elle a par contre un odorat des plus développés. Quand elle arrive au piège, elle pousse la tête dans le piège qui se déclenche et c’est la mort instantanée. Je les capturais plus facilement dans les campagnes que dans les jardins ; j’en prenais 6 à 8 par jour. Je leur enlevais la peau que je faisais sécher étendue et fixée par quatre clous. Je les fournissais alors à un taupier professionnel pour le prix d’un franc pièce. » Monsieur Van Craywinkel  a eu la gentillesse de dessiner pour vous les pièges qu’il employait.

002

Monsieur Michel Y. Baude, de Somme-Leuze, a, lui aussi, appris le métier de taupier avec un vieil ami qui avait pratiqué ce métier pendant la guerre avant de devenir jardinier.

« Je l’ai vu fabriquer ses pièges à partir de vieux ressorts de lit ; son attirail était très simple :

  • des pièges avec anneau carré pour la tension ;
  • une aiguille à tricoter de 40 cm. de long et d’un diamètre d’environ 5 mm. ;
  • un bout de tuyau de + ou – 15 mm. de diamètre écrasé au bout pour former une petite palette.

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Il m’a conté, poursuit M. Y. Baude, qu’à la demande des propriétaires, il plaçait 50 à 60 pièges et les levait le lendemain. En cas d’échec, il les laissait en place. En cas de réussite, il recevait la pièce et, souvent, le dîner. Il vendait les peaux deux francs à un fabricant de chapeaux.

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Les pièges ne doivent pas être nettoyés pour ne porter aucune odeur. Il est, de même, indispensable de ne pas toucher aux galeries avec les mains. L’ami Jules m’a dit prendre parfois 30 taupes le même jour. Moi-même, avec 10 pièges, il m’est arrivé d’en prendre 15 en trois jours. »

Merci à mes correspondants pour leurs témoignages et leur brillante façon de les illustrer. La semaine prochaine, nous poursuivrons nos investigations grâce à un passionnant courrier de Monsieur Gaston Hankard, de Aye. A suivre donc…

La Petite Gazette du 19 avril 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

Cette question, à juste titre, vous passionne. Les courriers reçus à ce propos sont plus passionnants les uns que les autres. Aujourd’hui, je vous livre le récit de Monsieur Gaston Hankart, de Aye,  qui rappelle la présence d’un taupier qui eut son heure de gloire.

« Nous avions à Aye un habitant qui était très habile pour piéger les taupes (en wallon « lè fougnants »). Les gens de mon âge se souviendront certainement de lui, il s’appelait Maurice Borzée, de son métier il était maçon, mais par mauvais ou quand il manquait de travail (car à l’époque ce n’était guère mieux qu’aujourd’hui), il allait débarrasser les champs de ces indésirables bêtes et, ainsi se faire un peu d’argent pour nourrir son importante famille.

C’est grâce à ses conseils que j’ai pu, par la suite, me débarrasser de mes taupes. A l’époque, ses pièges étaient façonnés au moyen de fil légèrement aciéré et galvanisé. Ce n’est que vers les années 55 qu’est apparu le piège dénommé « double service ». Antérieurement, deux pièges étaient nécessaires pour une galerie, vu qu’il y avait deux trous. Aujourd’hui, un piège du nouveau modèle est suffisant, car il est ouvert des deux côtés et se montre efficace que la taupe vienne de gauche ou de droite.

N’oublions pas que ce petit animal est rusé, qu’il peut descendre sa galerie ou contourner le piège !

Permettez-moi de vous conter cette petite anecdote. Dans les années 60, mon voisin avait entrepris de bêcher son jardin, celui-ci, entouré de prairies, était l’endroit favori de chasse pour ces bestioles. Il fit appel à mes services afin de s’en débarrasser, j’ai donc entrepris de piéger. Tous les jours, je faisais le tour de mes pièges ; une fois j’en pris deux et, pour faire une farce à mon voisin, je mis les deux taupes, face à face, dans le même piège à double service. Le soir, quand mon voisin rentra du travail, je l’invitai à venir faire le tour des pièges. Quelle ne fut pas sa surprise de voir la double prise ! Pour répondre à son interrogation, je répondis qu’il s’agissait là de taupes capturées en pleine saison des amours… »

Intéressant et amusant, que souhaiter de mieux ? Merci beaucoup à Monsieur Hankard.

Monsieur Emile Van Craywinkel, d’Evelette, nous a expliqué la semaine dernière comment il s’y prenait pour piéger les taupes, mais il a plus d’un tour dans son sac :

« Dans le jardin, comme dans la pelouse, les taupes faisaient beaucoup de dégâts. Il fallait réagir ; avec un plantoir, j’ai percé le centre des mottes jusqu’aux galeries et, avec un bout d’ouate et de l’ammoniaque, j’ai refermé la surface. L’affaire est faite… Quand la taupe sent cette odeur, elle s’en va ailleurs et on en est débarrassé sans nuire à la santé de l’animal. Pour le moment, je ne vois plus aucune bouture ni aucune galerie dans mon entourage ! »

   Madame Odile Delmelle-Bertrand, d’Aywaille, nous signale que son fils, qui habite à Beaufays, éloigne définitivement les taupes de sa pelouse en utilisant de la naphtaline, dont l’odeur repousse les indésirables.

La Petite Gazette du 26 avril 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

    Voici encore un sujet qui, manifestement et si j’en juge par la qualité des courriers reçus, vous intéresse réellement. Ainsi, une fidèle lectrice de Havelange m’écrit ceci :

« Il n’y avait pas que les forains qui piégeaient les taupes… Quand j’avais une dizaine d’années, mes parents, une tante et un vieil ami de la famille, et bien d’autres encore !, les piégeaient également. Ils partaient avec des besaces contenant les pièges, les œillets, un fer plat pour « ouvrir » les « pattes » des trappes et une petite houe à main. Ils creusaient un trou au-dessus d’une galerie entre deux taupinières et y déposaient les trappes à plat ou, parfois, les pattes en bas. Il arrivait également qu’ils posent un piège de chaque côté, après avoir calé l’œillet entre les deux pattes. Les pièges étaient ensuite recouverts d’une touffe d’herbe.   

     Pour nous, les enfants, c’était un réel plaisir d’aller vite voir s’il y avait des taupes prises ; on a même eu la chance d’en découvert une toute bleue et une toute blanche, je les revois encore ! Puis on rentrait à la maison, on les dépiautait et on découpait un carré avec les peaux que l’on déposait sur des planches pour les faire sécher. On en faisait ensuite des paquets de dix, déposés dans une malle hermétique avec des boules de naphtaline. Une fois l’an, venait un monsieur de Nivelles pour les acheter. Cela se passait il y a 60 ans, mais j’en garde un bon souvenir. »

« Depuis l’envoi de ma dernière lettre, m’écrit Madame Odile Delmelle, d’Aywaille, j’ai de nouveaux renseignements à vous communiquer. Ma belle-fille vient de Burnontige et son papa, Joseph Lambotte, 93 ans, possédait des pièges pour les « rates » nom wallon pour les taupes.

Il y a environ 25 ans, à Awan, une dame était venue dire des mots dans trois coins du jardin et les taupes sont parties par le quatrième ! »

N.D.L.R. Les « mots » dits par cette dame devaient être les mêmes « incantations » que celles que j’ai entendu prononcer par mon grand-oncle, M. Lucien Remy, à Limont-Tavier, qui, chaque année, le jour du Mardi Gras, s’arrêtait dans trois coins de son jardin, en disant, une torchette de paille enflammée dans la main : « a rate, a rate, a rate »  et je me souviens qu’il avait un magnifique potager, à l’abri des indésirables amateurs de racines !

Un grand merci à mes deux aimables correspondantes. Dans les éditions prochaines, d’autres précisions nous parviendront encore sur ce métier disparu ; à suivre donc…

La Petite Gazette du 3 mai 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

Face à cette question, une réponse s’impose d’emblée, ils sont loin d’avoir quittés les territoires de votre mémoire…

Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, a consulté sa documentation à ce sujet et m’a fait parvenir un très intéressant courrier inspiré, me dit-il, des informations qu’il a puisées dans un article paru en 1990, dans le numéro 10 de la revue « De la Meuse à l’Ardenne », intitulé « Souvenir de deux taupiers ».

« Du long interview de cette paire de personnages hors série, du village de Forzée, au pays de Rochefort, et, successivement, piégeurs, braconniers et maquisards, je ne retiendrai que leur passé de « tindeûs aus fougnants ».

Dans les années 1927 – 1928, c’est le chômage, mais aussi le prix de vente des peaux, qui ont conduit les deux jeunes gens à piéger les taupes. A cette époque, une peau de taupe se vendait jusqu’à 4,10 francs.

Curieusement, ils ne piégeaient pas dans les champs et les jardins, mais dans les bois, au long des sentiers. Disposant de 100 à 120 taupières, ils partaient dès potron-minet et plaçaient deux pièges à la fois dans les galeries, mais jamais dans les taupinières. C’étaient des pièges à fourche, bien meilleurs, selon eux, que les pièges ronds du commerce. Ne rentrant pas à midi  chez eux, ils mangeaient « sur le bois ». Il n’est donc pas étonnant, qu’en fin de journée, chacun des deux compères avait à son actif plus de cent taupes, qu’ils écorchaient tout en marchant.

Le soir, les deux « fwantis » fixaient les peaux sur des planches, avec quatre clous, en rectangle, pour bien les étendre et ils les mettaient à sécher autour du poêle. Le lendemain, les peaux étaient sèches, on les détachait et on les mettait en piles, en attendant le samedi pour aller les vendre à Rochefort, chez le peaussier. Les peaux n’étaient pas travaillées là, mais expédiées chez un pelletier, à Bruxelles. Il fallait 900 peaux pour confectionner un manteau, mais, sur ce nombre, seulement 600 peaux étaient valables.

L’activité de nos deux taupiers n’a cependant duré que deux à trois ans. Selon leurs dires, les peaux n’ont plus « marché », non pas pour une question de mode, mais parce que cette fourrure était assez fragile. Les fourreurs découpaient des losanges dans les peaux de taupes et ils les assemblaient, mais les coutures cédaient souvent. Au début, la grande majorité des peaux partaient pour l’Amérique et cela rapportait beaucoup. Mais ce n’était donc pas solide et les élevages de visons et de chinchillas firent rapidement oublier les taupes ardennaises.

Quant à nos « hapeûs d’foyons », ils eurent tôt fait de se recycler dans une autre activité, tout en restant coureurs des bois… »

Dans le prolongement de cette passionnante synthèse, M. Jacquemin recommande également la lecture de « Tchesseux d’foyants » que signa, en 1885, l’historiographe spadois Albin Body. Un grand merci pour tous ces renseignements.

La Petite Gazette du 7 juin 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

   Suite aux divers témoignages parus, vous avez été plusieurs à vous inquiéter du sort des taupes et à me communiquer divers moyens de s’en débarrasser sans les exterminer. Parmi ces courriers, j’ai relevé celui de Madame Dessart, de Modave, qui m’écrit ceci :

« Pour les taupes, je fais un liquide avec des feuilles et des fleurs de sureau macérées dans l’eau pendant dix à quinze jours et je verse cela dans les galeries. Je prépare la mixture lors de la floraison du sureau et la conserve dans des bidons pour la saison des taupes. »

Voilà une recette qui a, au moins, le mérite de l’originalité !

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

QUE SONT NOS TAUPIERS DEVENUS ?

    Suite aux nombreux courriers parvenus à ce propos, j’ai encore reçu, il y a quelque temps, les précisions de deux correspondants qui souhaitaient apporter quelques renseignements supplémentaires.

Monsieur André Fagnoul, de Saint-Séverin, nous dit que « pour piéger les taupes, je m’y prends de la façon la plus simple, à la bêche, comme le faisait mon grand-papa. Aplatir la butte de terre, entre 5 H. et 7 H. ou entre 19 H. et 21 H., se tenir à proximité de l’ex-butte, toujours face au vent et sans faire de bruit. Attendre de voir la terre se soulever et regarder d’où la taupe pousse pour lui couper la retraite en enfonçant la bêche et expulser la bête hors de terre.

Les taupes ne sont pas nuisibles pour les cultures, elles ne se nourrissent que de vers de terre et de larves. Par contre, les rates, en wallon « leu d’terre », utilisent les galeries des taupes pour circuler et manger, au passage, les légumes de nos potagers. Pour me débarrasser d’elles, j’ai trouvé une astuce, avec les carottes de chicons. Je les vide et, à l’intérieur, j’introduit du froment empoisonné. Je rebouche l’ouverture avec un morceau de carotte et je plante le tout dans un lieu de passage, souvent le long d’un mur ou d’un muret. Ne pas oublier de retirer ce piège de terre car il pourrait nuire à d’autres animaux : hérissons, oiseaux et autres qui, eux sont utiles. »

Monsieur Emile Van Craywinckel, d’Evelette, quant à lui, insiste sur « le mulot, dit « rate » en wallon, qui est un animal très nuisible. Il fréquente les bois, les champs et surtout les poulaillers où il occasionne des dégâts dans la volaille. Mais en général, son habitat est souterrain ; il est aussi le grand fléau des potagers où il se nourrit de carottes, de pommes de terre et où ils causent aussi des dégâts aux racines des autres plantes. Une fois, il m’est arrivé, en arrachant les pommes de terre de découvrir l’un de ces mulots mangeant mes tubercules, mais, d’un seul coup de fourche, je l’ai tué, sale petite vermine ! Le piège à taupe s’avère également très efficace pour les capturer. »

QUAND UN OUTIL INSOLITE NOUS CONDUIT AU FAUCHAGE MANUEL

La Petite Gazette du 7 mars 2001

OBJET MYSTERE… OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE

Cette rubrique rencontre toujours un admirable succès auprès de vous toutes et de vous tous et vous mettez toujours votre point d’honneur à identifier tous ces objets curieux dont j’aime à vous soumettre les photographies. En sera-t-il encore de même cette fois-ci avec cet objet dont Mme Léonard, de Comblain-au-Pont, m’a envoyé le cliché ci-après ?

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Ma correspondante s’interroge sur cet outil dont elle ignore et l’usage et le nom : « le manche de bois de cet outil mesure un mètre de long, 1,5 cm d’épaisseur et 3 cm de largeur avant de s’élargir à son extrémité et de se terminer en pointe de flèche ; l’outil de fer à l’autre extrémité a une longueur de 25 cm. Est-ce que l’encoche présente dans le manche, au vu de son étroitesse, n’était pas destinée à une main féminine ? » Comme d’habitude, vous savez que tout ce que vous savez à propos de cet outil nous intéresse ; j’espère que vous aurez la gentillesse de nous écrire à son propos et je vous en remercie d’ores et déjà.

 

La Petite Gazette du 21 mars 2001

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE… OBJET MYSTERE…

Il y a peu, vous avez découvert ce dessin représentant un objet qui constituait un mystère pour Madame Léonard, de Comblain-au-Pont. Vous êtes vraiment formidables car, déjà nous savons de quoi il s’agit.

Grâce à des courriers de Messieurs Mieler, de Comblain-au-Pont, et de Monsieur Marcel Kelmer, de Marche-en-Famenne, cet objet est déjà identifié : il s’agit d’un instrument utilisé par les faucheurs du temps passé. La semaine prochaine, je vous donnerai tous les détails recueillis et vous proposerai plusieurs dessins les illustrant. A suivre donc…

La Petite Gazette du 28 mars 2003

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE … OBJET MYSTERE…

Monsieur Stéphane Mieler, de Mont Comblain, me dit que, s’il ne connaît pas le nom de cet objet, il en connaît fort bien l’usage.

« Avant les années 1950, on utilisait encore, principalement dans les Flandres, la « squèye », petite faux que l’on tenait d’une main pour couper les céréales (froment, avoine, orge) au temps de la moisson.

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L’encoche, dans l’outil dont le dessin était proposé, servait à y introduire la lame de la « squèye » pour la transporter durant les déplacements d’un champ à l’autre, en tenant la pointe du « crochet », le tout posé sur l’épaule. Lors du retour à la ferme, un emballage s’imposait (un vieux sac, par exemple, noué sur le manche du crochet).

Ce petit croquis permet de mieux comprendre comment on pratiquait alors.

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L’avantage de cette façon de faucher résidait dans le fait que le faucheur faisait les gerbes d’une main et fauchait de l’autre. Il convenait d’encore faire le lien par la suite. En Wallonie, à l’époque, le faucheur fauchait des deux mains et ne faisait pas de gerbes. Le « tchè », sorte de grand peigne, assurait le ramassage après la coupe. »

Monsieur Marcel Kelmer, de Marche-en-Famenne, a fouillé le dictionnaire liégeois de Jean Haust et en a extrait les informations suivantes :

« En certains endroits du Nord et du Nord Ouest de Liège, on fauche les céréales au moyen de la sape ou faux flamande appelée « fâcèye » (Argenteau, Glons) « skèye » (Vottem, Hognoul, Bergilers). La main droite du faucheur tient le « pâmè » (manche de la sape) ; la main gauche manie un crochet appelé « croc’ » (Argenteau), « crokmin » (Jupille), « graw’tê » (Glons). »

Mon correspondant poursuit notre information en nous disant que « un monsieur, âgé de plus de 80 ans, m’a signalé que le trou dans le manche servait à y passer la lame de la faucille pour rendre plus aisé le transport des outils. Ce vieux monsieur a encore vu employer ces ustensiles agricoles. Son frère dispose toujours de cet outil qu’il garde en souvenir. »

Un immense merci à Messieurs Mieler et Kelmer pour leurs précieuses, et précises, informations ! J’imagine que Mme Léonard doit être bien contente de tout savoir, aujourd’hui, sur cet objet qui l’intriguait.

La Petite Gazette du 4 avril 2001

ENCORE A PROPOS DE CET OBJET MYSTERIEUX

D’autres informations me sont venues à propos de cet objet et, vous allez le constater, toutes confirment ce qui en a été dit :

Je remercie M. F. Moreau, de Neupré, qui, comme M. Kelmer, a eu l’excellente idée de consulter le dictionnaire de J. Haust.

Monsieur R. L., de Tinlot, signale que cet objet s’appelle un « pic ». « jadis, les moissonneurs s’en servaient avec une sape (petite faux à manche court). Le pic attirait le grain fauché par la sape pour en faire une gerbe. Dans le manche du pic, la petite encoche sert seulement pour pousser la lame de la sape pour un transport plus aisé des deux outils. »

Monsieur Georges Pineur, de Bois Borsu, nous dit que cet objet est  appelé « pick » et qu’il servait lors du fauchage des blés. « je m’en suis servi pendant la guerre de 1940. De la main gauche, armé de ce crochet, on rassemblait une bonne poignée de blé et de la main droite, avec une petite faux montée en forme de S, d’un coup sec, on tranchait le blé. On renouvelait cette opération cinq ou six fois jusqu’à en avoir assez pour former une gerbe. On fauchait pour tracer un passage à la lisière du champ à moissonner pour y passer avec la moissonneuse-lieuse tractée par deux ou trois chevaux. Ce travail était surtout assumé par Flamands, qui venaient faire les moissons en Wallonie. Quant à l’encoche qui intrigue Mme Léonard, elle servait tout simplement à loger la lame de la faux pour le transport de l’outil. »

Monsieur Marcel Peters, de Gouvy, confirme également qu’il s’agit bien d’un outil destiné à ramasser le blé, l’orge, le froment, l’avoine… en vue d’en faire des gerbes. « Le gerbeur porte cet outil à la ceinture au moyen de la fente allongée et ce avec le crochet en fer tourné vers le bas. Il ramasse les céréales, les redresse en bottes contre son corps et les ligature en gerbes . L’outil reste toujours attaché à la ceinture. La mesure de la longueur de cet outil est variable ; elle est fixée en fonction de la taille de celui qui l’utilise. Parfois, elle ne dépasse pas 85 cm. pour permettre aux enfants de faire le travail. On en trouve encore régulièrement dans les vieilles fermes de notre région. »

La Petite Gazette du 23 avril 2001

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE… OBJET MYSTERE

Dans le prolongement de tout ce que nous avons déjà publié au sujet de cet objet curieux que nous avait soumis Madame Léonard, de Comblain-au-Pont, j’aime à signaler que les membres du Cercle d’Histoire et Musée de Marchin-Vyle se penchent sur le contenu de La Petite Gazette lors de leur réunion mensuelle. C’est ainsi que M. Léon Colson, de Huccorgne, m’a fait parvenir un intéressant courrier dont il a puisé la substance dans le dictionnaire liégeois de Jean Haust.  Ces informations nous étant déjà parvenues par ailleurs, nous ne les republierons pas, mais nous ouvrirons néanmoins nos colonnes à la reproduction qu’il a faite de l’illustration présente dans cet extraordinaire ouvrage de référence.

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Monsieur René Toussaint, de Harzé, revient quant à lui sur des propos tenus à propos de cet outil. « S’il est possible que le graw’tê ait été utilisé dans les Flandres avant 1950, je me souviens très bien m’en être servi, quand j’avais 13 ans, en 1943, à la ferme des Floxhes, à Anthisnes. C’est en recourant à ces outils que l’on fauchait autour des champs de froment, d’avoine ou d’orge pour ménager le passage nécessaire aux trois chevaux tractant la faucheuse lieuse. »

Monsieur Georges Riollay, de Neupré, apporte un éclairage nouveau au sujet de cet objet : « En Gascogne, les ouvriers gemmeurs (résiniers) se servaient et se servent encore de ce genre d’outil appelé « crampon » pour récolter la résine des pins. Je suppose, poursuit mon correspondant, qu’en Ardenne il en était de même. Le travail des gemmeurs consistait à enlever une petite partie d’écorce et, avec la pointe de cet outil, faire une entaille dans l’arbre. Ensuite, ils plaçaient, en dessous, un récipient dénommé « crot » afin d’y recevoir la résine ou gemme. Ce métier de gemmeur est appelé à disparaître car la production industrielle supplante cette manière de procéder. »

Merci à tous pour ces témoignages et ces informations.

La Petite Gazette du 27 juin 2001

REVENONS UN MOMENT SUR L’USAGE DU GRÂV’TÈ

La Petite Gazette  a publié de nombreuses réactions déjà à propos de cet objet dont Mme Léonard, de Comblain-au-Pont, nous avait proposé le dessin, mais il nous a semblé intéressant d’y revenir à nouveau.

Monsieur Léon Mathot, de Haillot, m’avait écrit au sujet de ce grâv’tè et son témoignage apporte quelques précisions au sujet de cet outil :

« Ce type de faux a été utilisé pour la première fois dans ma région (Andenne) dans les années 1942 – 1943, au grand étonnement des agriculteurs du coin. C’est effectivement un agriculteur flamand (il venait de faire l’acquisition d’une ferme dans le village) qui l’utilisait et la maniait avec beaucoup d’adresse. Ce qui était important, c’était l’usage simultané du bâton muni d’un crochet (grâv’tè sur le croquis paru le 27 avril). En effet, le faucheur retenait le blé coupé dans le crochet et déposait ainsi de petites gerbes sur le sol au fur et à mesure de sa progression.

Je n’ai jamais vu, poursuit M. Mathot, un seul agriculteur du coin se servir de cet engin. A noter que la position de travail, très courbée, était fatigante ; ce type de faux ne devait convenir qu’aux personnes de petite taille !

Enfin, conclut mon correspondant, je reste perplexe à propos de l’information communiquée par M. Riollay. Je ne vois pas comment la « facèye » puisse servir à faire des entailles dans les troncs d’arbre ; la lame ne pourrait résister longtemps à ce genre d’usage. Je me demande s’il n’y a pas confusion avec une sorte de courbet à manche long dont se servaient les forestiers pour élaguer les arbres ou pour dégager les jeunes plants qui grandissent au milieu des buissons. Ce type de courbet peut effectivement servir à faire des entailles dans les troncs. »

Merci pour toutes ces précisions.

La Petite Gazette du 23 janvier 2002

AU TEMPS DU FAUCHAGE MANUEL

Madame Henard-Cornet, de Hives, a eu l’excellente idée de m’écrire pour me confier les souvenirs qu’elle conserve du temps où son papa fauchait à la main.

« Si mes souvenirs sont bons, mon père fit ses derniers fauchages manuels dans les années 1924-1925. Il partait de grand matin, au premier chant des oiseaux, avec sa grande faux sans oublier le coffin, « li coirny » attaché derrière le dos et dans lequel pn mettait la pierre à faux, trempée dans de l’eau vinaigrée et qui servait des dizaines e fois à aiguiser la lame de sa petite chansonnette.

Le lendemain, munis de fourches, on allait « disonner », éparpiller l’herbe et la retourner deux ou trois jours après, pour enfin en faire de gros melons, que l’on retournait le jour du charriage pour reprendre l’humidité pompée dans le sol.

Alors on arrivait avec le gros lourd chariot tiré par les deux chevaux de trait avec les grosses roues en bois ferrées par de beaux bandages forgés par notre bon maréchal ferrant. On ne devait pas oublier la perche et les deux fourches, surtout la grande qui servait à soulever les dernières « croyées ».

Il restait alors deux opérations : le peignage, en prenant le petit râteau en bois afin de faire descendre le foin qui aurait pu se perdre sur le chemin du retour. Il fallait alors soulever la perche attachée devant par une grand chaîne et également à l’arrière car celle-ci rattachée au « tir dial » qui, maille par maille, pressait fortement le foin. Il arrivait, mais très rarement, dans les terrains fort accidentés, que le foin « vêle » et il fallait recommencer tout le travail.

Pour nous, les enfants, la fenaison n’était pas terminée. En hiver, défense de monter sur les tas, mais nous devions tirer le foin mèche par mèche à l’aide d’un gros crochet en fer, dont je possède toujours un spécimen, afin de rationner le bétail jusqu’au printemps. »

Un grand merci pour ces souvenirs qui, on le ressent très fort, vivent toujours intensément dans la mémoire de ma correspondante.

La Petite Gazette du 28 août 2013

EN HAUTE ARDENNE, ON FAUCHAIT BIEN PLUS TARD…

Comme toujours quand il s’agit d’évoquer la Haute-Ardenne, c’est vers notre envoyé spécial dans le passé des hauts plateaux, M. Joseph Gavroye, que nous nous tournons :

« En juin, on fauche dans le bon pays. En Haute Ardenne, région pauvre et froide, c’était fin juin ou début juillet. A l’époque et cela se passait encore entre les deux guerres, de nombreux paysans ardennais partaient faucher dans le pays de Herve, région herbagère par excellence, avec une croissance de l’herbe bien plus hâtive. Ils y allaient, munis de leur faux, par groupes rassemblant le père et les fils, au moyen du train et du tram et arrivaient sur les lieux où ils étaient attendus d’année en année. Les coupes terminées, ils regagnaient le haut pays pour y entreprendre ensuite la même besogne.

Mon père, né en 1876, était lui aussi un maniaque de la faux. Comme le racontait si bien Monsieur Bolland, dans son évocation du mois de juin, mon père, levé très tôt le matin et assis sur un sac de jute devant l’enclumette, battait sa faux. Cela se passait dans les environs immédiats de la ferme et tant pis pour les lève-tard, dérangés par les coups répétés du marteau sur la lame d’acier. Ce travail terminé et sans trop s’attarder à table, à l’aube naissante, il se dirigeait vers le pré à faucher. Mon père avait comme habitude de s’équiper d’un parapluie qu’il rangeait à côté de la faux sur une épaule. Certains le raillaient lui reprochant, qu’équipé de la sorte, il allait faire pleuvoir. Il répondait avec humour que, lorsqu’il avait son parapluie, il ne pleuvait jamais… c’était son sentiment.

Une petite anecdote personnelle me revient à l’esprit. Papa et moi avions 53 ans de différence d’âge ; un jour qu’il était équipé de sa faux, je l’accompagnais avec le cheval tirant la faucheuse mécanique. Comme nous arrivions en face du pré à faucher, Papa constata qu’il s’agissait d’un pré d’une contenance d’environ 50 ares d’un jeune trèfle bien droit sur pied. Dans son orgueil du travail bien fait, il me donna l’ordre de déposer la machine à l’ombre d’un chêne et de détacher le cheval avant de rentrer à la ferme. A mon âge, j’avais alors 16 ou 17 ans, une autre génération donc, la chose me choqua mais je m’exécutai sans pouvoir émettre de commentaires, la décision venant du paternel !

Tout l’après-midi, le père Gavroye, faucheur émérite, s’adonna à faucher un chemin tout autour du terrain afin d’éviter que le cheval ne piétine ce magnifique trèfle. C’était un peu exagéré, mais il avait la fierté du travail bien fait, ce qui prévalait à l’époque.

Actuellement cette façon de faire est dépassée. Tout est fait à la grande échelle. Une partie du foin est abandonnée à la nature. Des machines de plus en plus sophistiquées sont utilisées, le temps presse ainsi que la rentabilité. La faux à main est rangée aux oubliettes ou déposée dans un musée. Finis les battements et l’aiguisage de la lame en acier pourtant si appréciés des anciens. »