FRANCOIS RENARD ALIAS »POPOL »

La Petite Gazette du 9 mars 2005

ET SI ON PARLAIT UN PEU DE FRANÇOIS RENARD ? ALIAS POPOL ?

Et c’est M. Jules Ringlet, de Neuville-en-Condroz, qui le souhaite. J’imagine que vous serez nombreux à vous joindre à cette excellente et plaisante idée.

« Mon papa a bien connu François Renard durant son service militaire à Beverloo, en 1928. Déjà à cette époque, il était vraiment très marrant. Papa se souvient notamment de cette boutade :

« Si un jour me marie, affirmait alors celui qui deviendrait Popol, j’irai passer la nuit de mes noces dans le grand Nord car, là, la nuit dure plusieurs mois ! » renard1

Popol est présent au beau milieu de cette photo. On le reconnaît sous son bonnet, la main gauche en poche, avec ses bretelles sur sa chemise généreusement ouverte. Il profite de la pause pour manger la tartine qu’il tient de la main droite. Mon papa se trouve immédiatement à sa gauche. »

Evoquerez-vous ce grand personnage qui, à Esneux, puis, partout, par l’intermédiaire du microsillon fit rire des générations de Wallons ? Nous en fournirez-vous des photographies ? Nous raconterez-vous des anecdotes le mettant en scène ? Je l’espère vivement car cela devrait nous valoir bien du plaisir. A vous de jouer, si vous le souhaitez évidemment.

La Petite Gazette du 27 avril 2005

ET S’IL ETAIT QUESTION DE POPOL ?

C’est M. Joseph Caillet, de Sougné Remouchamps, qui a été le plus prompt à m’envoyer une photographie de ce très célèbre comique troupier de chez nous. renard2

Cette  carte postale, intitulée « Suss’ et Tur’ » représente, à gauche, A. Philippe, comique, dit la légende et F. Renard, chansonnier.

D’autres documents vous seront proposés très bientôt. Voulez-vous alimenter cette rubrique en nous narrant quelques anecdotes relatives à Popol ? Je les attends avec intérêt.

La Petite Gazette du 18 mai 2005

A PROPOS DE POPOL

Une fidèle lectrice de Tohogne nous a transmis ce petit document annonçant le décès de « Popol » :

renard3« POPOL NOUS A QUITTÉS

François Renard est mort ! Cette nouvelle m’a bouleversé ainsi que des milliers de Liégeois. François Renard faisait partie de notre vie wallonne. Il avait créé un personnage légendaire, « Popol ». Ce « Gamin de merde » de génie a fait rire des générations de Liégeois. Mon père m’a raconté qu’à la mobilisation de 1938, François Renard, qui était rappelé sous les drapeaux, a maintenu le moral des « troufions » grâce à sa verve et sa bonne humeur. On l’avait surnommé « L’homme qui ne rit jamais »… C’est vrai, lui qui ne déclenchait les tempêtes de rires, restait impassible.

Le vrai « Pince sans .rire ». François avait une tendresse particu­lière pour les personnes d’âge. Au Kursaal, à Esneux où il avait ins­tallé son quartier général, des cars entiers lui rendaient visite. Notre cher Popol créa un style de cabaret wallon vraiment unique. Chansons et sketches alternaient pour le plus grand plaisir des spectateurs. Un des plus connus « Djosef à messe » a fait le tour de Wallonie. D’autres sont des succès inoubliables, de petits chefs d’œuvre d’observation et d’humour typiquement liégeois, heureusement grâce au disque nous pouvons le réentendre. Un album reprend, ses plus grands succès dans l’ambiance du cabaret wallon. Fran­çois, nous t’aimions bien et nous ne pensions pas que tu nous quitterais si vite. Tu avais cependant une grande supériorité sur d’autres artistes… Tu as su nous faire rire ! Merci Popol pour la joie que tu nous a donnée. »

ERIC PETIT

Votre disquaire préféré

RueGretry, 59 -LIEGE

« UN AUTRE SERVICE »

Cette lectrice de Tohogne aimerait qu’on lui rappelle la date du décès de François Renard. Moi aussi, j’aimerais que vous évoquiez, documents à l’appui si possible, la vie et la carrière de ce grand humoriste de chez nous.

La Petite Gazette du 1er juin 2005

ET SI ON PARLAIT DE POPOL ?

Monsieur Freddy Lemaire, d’Aywaille, me donne l’occasion de vous présenter cette carte postale publicitaire qui lui a été consacrée.

renard4 carte postale des éditions Luma

« Ce montage a été réalisé par mon père vers 1958. On peut y voir, en plus de la façade du Kursaal d’Esneux, l’intérieur et la scène de cette salle qui vit défiler tant de monde. Au verso de ce document, outre l’adresse complète et le numéro de téléphone des lieux, on lit la célèbre devise de ce grand humoriste : « L’insecticide François RENARD tue le cafard ! » Et mon correspondant de conclure : « Il nous a bien fait rire à cette belle époque, ce n’est plus le cas maintenant, hélas ! »

J’espère toujours que vous évoquerez, documents à l’appui si possible, la vie et la carrière de ce grand humoriste de chez nous.

La Petite Gazette du 8 juin 2005

FRANÇOIS RENARD ET ARTHUR PHILIPPE…

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, a vu bien des souvenirs resurgir quand il découvrit, il y a quelques semaines la photographie de ces deux artistes qui donnent le titre à cette rubrique.

« Que d’intense émotion à la vue de cette photo réunissant ce génial Arthur Philippe et ce François Renard impayable : elle m’a véritablement fait faire un bond de près de soixante en arrière. Une vraie cure de jouvence pour mon esprit et mes souvenirs !

Je ne puis donc ainsi résister à cette vive tentation, qui est mienne, de vous livrer tout bonnement, en vrac, tels qu’ils me viennent à l’esprit, ces quelques souvenirs, un rien confus toutefois, venant de cette très riche époque du spectacle liégeois. Le devoir d’évoquer quelques-uns de ces tout grands artistes d’alors m’est absolument impérieux.

Arthur Philippe : tout un monument ! Impayable acteur au talent véritablement comparable, à tous les points de vue, à celui du Français Raimu, cet extraordinaire comédien bien trop tôt disparu. La façon qu’avait Philippe de s’exprimer était fort semblable à celle de Roméo Carles, comique et chansonnier bien connu de tous. En 1946, Philippe dirigeait, avec un brio extraordinaire, cette Troupe dite de « L’âgne qui rêye » qui donnait ses remarquables spectacles de cabaret dans les locaux du «Phare de la Place Saint-Lambert », établissement malheureusement disparu.

Arthur Philippe était, entre autres, entouré du grand Théo Désir et d’Edouard Peeters, ce très bon baryton, ancien sociétaire du Théâtre Royal de Liège, qui avait même été l’invité durant toute une saison de la Scala de Milan : c’est tout dire !. Mais qui, hélas, bien malheureusement pour lui et sa brillante carrière, en arriva alors un peu trop vite à aimer … la dive bouteille.

Il faut avoir vu tous ces artistes de « l’âgne qui rêye (tous aujourd’hui décédés, hélas !) à l’œuvre en leur désopilante série de sketches sur la « Procession jubilaire» (s’étant déroulée en 1946) pour avoir exactement pu apprécier, à sa juste valeur, toute la valeur de leur indicible talent.

Je crois utile de rappeler ici que la fameuse « Procession jubilaire » en question est cette toute grande manifestation religieuse qui, chez nous, a lieu tous les cent ans. Sa dernière organisation remonte à 1946 ; La suivante aura donc lieu en 2046. Elle se déroule à la fois à Liège et à Tongres, dure trois dimanches consécutifs et se termine le troisième dimanche par une toute dernière grande procession nautique, occupant tout le centre de la Meuse et durant laquelle l’évêque de Liège, à bord du navire fermant la procession, portant un énorme encensoir, bénit la foule, massée sur les berges, tout en remontant le fleuve.

Cette procession honore la Fête-Dieu, également nommée Fête du Saint-Sacrement, fête qui procède des apparences solaires bizarres constatées, au cours du 13ème siècle, par Julienne de Cornillon. En 1247, le futur pape Urbain IV était justement archidiacre (Prélat chargé par l’évêque du contrôle des curés du diocèse) à Liège lors des visions de ladite Julienne. Quand cet archidiacre français (né en fait à Troyes) fut pape à Rome de 1261 à 1264, il ne manqua pas, en 1264, d’officiellement instaurer la Fête du Saint-Sacrement (fête également appelée : Corpus Christi ailleurs, notamment en Allemagne).

Arthur Philippe se remuait vivement sur scène en faisant continuellement rire. Il avait une faconde exceptionnelle faite d’un subtil mélange de wallon, de flamand et de français. Il était véritablement impayable quand il imitait le « man’daye flamint dévoué, rustaud et peu instruit» (du genre de ceux qu’on voyait alors pulluler et s’agiter en nos alors très florissants ateliers liégeois) qui, sans retenue, se mettait à « braire tous azimuts » en un jargon fait de wallon et de français avec constructions grammaticales toutes aussi originales que marginales.

François Renard (dit Popol) était, lui, à la fois, un musicien et un conteur remarquable. Il restait le plus souvent bien statiquement sur scène et contait fréquemment à la manière de Fernand Raynaud. Durant son numéro, il présentait un visage imperturbable, tel celui de l’artiste du cinéma muet américain Buster Keaton. Son accent unique était très particulier et savoureux. Je me souviens encore de cette toute petite phrase anodine qu’il lançait avec sa verve succulente habituelle : « l’nn’a Marèye qui vout passer l’êwe. Elle mète si pî so l’prumîr ‘ pire, et raf… vola qu ‘elle pète so s’panse ! » A suivre…

La Petite Gazette du 17 juin 2005

FRANÇOIS RENARD ET ARTHUR PHILIPPE…

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, a vu bien des souvenirs resurgir quand il découvrit, il y a quelques semaines la photographie de ces deux artistes dont il a commencé à nous parler la semaine dernière.

«Tous ces artistes, qui n’avaient toutefois nulle peur d’égratigner curés et bigots, étaient toutefois de très grands hommes de cœur : de vrais bons Samaritains. En effet, on ne saurait compter toutes ces nombreuses fêtes de charité auxquelles ils ont spontanément participé, animés du seul désir de tout bénévolement venir en aide à d’infortunées personnes marquées par un sort ingrat. Je pense que cette noble attitude hautement louable, mérite vraiment d’être ici doublement soulignée.

Il y avait encore dans le domaine de la fantaisie et de l’imitation enfantine (Ici, le petit Toto, héros similaire en tous points au Popol de Renard), le fameux Jules Deneumoustier. Certains connaisseurs ont même prétendu (A tort ou à raison ???) que le tout premier à avoir présenté de tels sketches avec voix enfantine était Deneumoustier et non point Renard. Jules Deneumoustier voulait devenir une vedette internationale, mais la guerre allait fortement contrarier ses projets. Pendant la tourmente de 1939-45, il n’avait plus guère d’autres solutions que de se produire sur la scène de la Salle des Dominicains à Liège. Ce brillant café-concert du début des années 20 était fort fréquenté par une belle Société liégeoise. On y dansait durant les entractes des spectacles sur scène. L’ambiance dans cette salle située au centre de la rue des Dominicains (où est venu s’installer plus tard un cinéma) était tout bonnement électrique. Tout le monde s’y amusait toujours follement ; et ce, même durant les années d’occupation nazie.

A la fin de la guerre, les lois sociales ayant terriblement changé, il fallut bien vite déchanter. Je me souviens qu’un jour de 1948, Madame Mordant l’ancienne patronne de ladite salle des Dominicains expliquait, le cœur bien gros, à ma tante Laure (la femme du grand champion de boxe Nicolas Petit-Biquet dont j’ai déjà évoqué le souvenir dans d’autres éditions de La Petite Gazette) qui était une de ses bonnes amies : « Non, hein, Madame Biquet, ce n ‘était plus possible de tenir le coup avec toutes ces taxes communales et autres à payer, la SABAM, les cachets des musiciens et des artistes, on aurait dû alors vendre nos consommations beaucoup trop cher. Tout cela aurait non seulement bien vite tué l’ambiance mais aurait été, de surcroît, rapidement intenable financièrement. Nous avons bien dû nous résoudre, la mort dans l’âme, à bel et bien fermer définitivement l’établissement ». Les maudites taxes avaient donc ainsi rondement fini par bel et bien tuer la poule aux œufs d’or !

Lors de ses débuts en tant que vedette internationale, Jules Denoeumoustier rencontra pas mal de rudes embûches. Un jour où nous l’avions fortuitement rencontré en ville avec ma tante Laure, il nous avoua alors qu’il rentrait de Paris : « Je me suis produit là-bas et, durant mon tour de chant, pas moyen d’arracher le moindre applaudissement de l’as­semblée. J’en avais vraiment marre et me suis alors mis à leur sortir « Mes histoires de Toto ». Celles-ci leur ont directement plu et j’ai connu un succès fou, totalement inattendu de ma part, avec ces petites imitations enfantines. J’ai été alors sans cesse rappelé sur scène par des applaudissements nourris car le public voulait encore et toujours m’entendre raconter ces histoires de mon turbulent Toto. »

La Petite Gazette du 24 juin 2005

EN MARGE DES FRANÇOIS RENARD ET ARTHUR PHILIPPE…

Pour conclure son évocation des grands noms du spectacle liégeois, Monsieur Jacques Bastin met à l’honneur d’autres noms de chez nous :

«Maintenant, avant de clôturer, tant que je suis dans le secteur, je profite encore de l’occasion pour toucher un petit mot au sujet de personnes, réellement exceptionnelles, de la région de l’Ourthe (de Comblain-Fairon, très exactement) que j’ai jadis eu le grand plaisir de connaître, bien qu’étant encore alors petit enfant. Voici:

Au début des 30, ma mère, qui était coiffeuse, avait pour cliente (en fait, c’était notre voisine directe) une belle grande demoiselle jeune, blonde et fort élancée, ne sachant pas encore exactement quelle voie professionnelle elle devait choisir. Ma mère lui suggéra, vu son physique et sa prestance, de faire du théâtre. Elle suivit le conseil et, après, suivit des cours de comédie, elle entama une brillante carrière à Paris, laquelle fut toutefois bien mal­heureusement contrariée par la venue de la guerre.

Celle-ci terminée, elle put assez rapidement reprendre ses activités théâtrales et même finir par décrocher, au cinéma, le principal rôle féminin dans le film intitulé « Soldats sans uniforme », long métrage sur la Résistance qui connut un franc succès juste après la guerre.        Cette grande vedette de chez nous s’appelait Simone Poncin. Elle était originaire de Comblain-Fairon. Elle devait bien malheureusement disparaître à jamais, en 1947, terrassée par un cancer alors qu’elle n’avait pas quarante ans. Je tiens également à signaler que le Jules Deneumoustier susnommé tenait également un petit rôle de figurant dans ce long métrage en question. Le frère de cette artiste, nommé Félix Poncin (un grand ami de mon père qui était également un mordu de la moto), a été un grand champion motocycliste, en vitesse pure, au cours des années 1930, en catégorie seniors. «•

Enfin beau-frère de cette même artiste (un grand ami de mon père également) était Ariel Donis, l’ingénieur de la célèbre Firme Saroléa de Herstal, en charge de l’écurie de courses de vitesse pure de ladite Société. Ariel Donis était également originaire de Comblain-Fairon ainsi que sa femme qui n’était rien d’autre qu’une fille Poncin, soeur des Félix et Simone précités. Il est encore utile de souligner, pour bien camper le décor, que quand il accomplissait ses hautes études à Liège, Ariel Donis n’avait pratiquement pas d’argent de poche : ses parents étant, en effet, assez démunis. Quand Ariel voulait donc rentrer chez lui en fin de semaine, il n’avait d’autre solution, vu sa situation financière précaire, que de faire le chemin de Liège à Comblain-Fairon « pedibus » (L’auto-stop n’existant pas encore alors). Il devait faire de même pour regagner Liège une fois le week-end terminé : il est bien vrai qu ‘on n ‘a rien sans peine! »

Mme Vve Léonce Lecocq se souvient elle aussi :

« Mon mari était pianiste et il a accompagné de nombreuses fois François Renard, Arthur Philippe, Théo Désir… Edouard Peeters aussi, ce dernier était également le Parrain des artistes de Wallonie.

Avec Popol, mon mari a même composé la musique d’une comédie dont François Renard avait pris en charge les paroles. Mon mari a fait partie de « L’âgne qui rêye » où il accompagna bien des artistes J’espère que les lectrices et les lecteurs se souviendront de toutes ces personnes malheureusement décédées. »

Les courriers reçus à ce sujet me permettent de confirmer à Mme Lecocq que tous ces artistes ont conservé leur place dans le cœur et la mémoire de ceux qui les ont applaudis…

« Je suis le fils de François Renard, m’écrit gentiment M. Albert Renard, et je lis avec plaisir vos articles dans les Annonces. C’est avec plaisir que je lis vos articles depuis quelques semaines sur mon père et je me suis dit que c’était la moindre des choses que de vous envoyer deux photos qui le représentent bien. Des souvenirs de papa, j’en ai quelques-uns, que ce soit des disques, des photos, des partitions, des affiches des concerts qu’il faisait un peu partout avec sa troupe, des articles de presse,… Les plus beaux souvenirs sont dans nos têtes à ma sœur et à ma maman qui vit toujours à Esneux, mais plus au Kursaal. Ma sœur et moi-même sommes nés dans cet établissement d’Esneux et nous y avons vu passer des milliers de personnes. Pour répondre à une question de vos articles précédents, papa est né le 23 août 1907 et est décédé le 20 janvier 1980. Après la mort de papa, nous avons continué à tenir la salle du Kursaal à Esneux jusqu’en 1992, et depuis le café n’existe plus, il a été remplacé par un magasin. Donc la dame qui vous a donné le renseignement n’est plus passée à Esneux depuis longtemps, je possède encore des disques mais c’est très personnel. On m’a dit que chez Duchesne rue des Guillemins à Liège, il y aurait encore des disques ou K7, mais c’est à vérifier, (je ne savais même pas que le disquaire Duchesne existait toujours). La photo de D’joseph à messe est assez vieille. renard5

L’autre photo vous permet de le retrouver avec Henriette Brenu à l’époque où ils faisaient une émission de radio tous les vendredis « Popol et Tante Titine« .

renard6D’autres souvenirs et d’autres documents dans notre prochaine édition.

La Petite Gazette du 1er juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

Monsieur Jean Hourman, de Comblain-la-Tour, a très bien connu François Renard et pour cause puisque le papa de mon correspondant était le cousin par alliance du grand humoriste sociétaire du célèbre Kursaal d’Esneux. Il me permet de vous présenter quelques documents particuliers. renard7

Cette semaine, vous découvrirez sa carte de membre de la Ligue de Protection Aérienne, valable pour 1938 – 1939.

Monsieur José Marquet, de Sprimont, a, lui aussi, eu l’extrême gentillesse de répondre à l’appel que je vous lançais. Il nous envoie une copie de la musique d’une célèbre chanson née du talent et de l’imagination de François Renard. renard8

La Petite Gazette du 8 juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

renard9

Monsieur Jean Hourman, de Comblain-la-Tour, a très bien connu François Renard et pour cause puisque le papa de mon correspondant était le cousin par alliance du grand humoriste sociétaire du célèbre Kursaal d’Esneux. Il me permet de vous présenter quelques documents intéressants évoquant la carrière de Popol.

 

 

 renard10

« J’ai la chance et le privilège de me retrouver sur scène avec tous ces gens-là ainsi que, évidemment, chez François où, chaque année, je faisais partie du spectacle destiné aux pensionnés et donné à l’occasion de la fête à Esneux. Ce spectacle, rappelons-le, était entièrement gratuit pour les aînés. »

Grâce à l’aimable contribution de M. Jean Hourman, d’autres documents vous seront encore proposés dans la prochaine édition.

La Petite Gazette du 15 juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

Monsieur Jean Hourman, de Comblain-la-Tour, a très bien connu François Renard et pour cause puisque le papa de mon correspondant était le cousin par alliance du grand humoriste sociétaire du célèbre Kursaal d’Esneux. Il nous a permis de vous présenter quelques documents intéressants évoquant  Popol. Aujourd’hui, c’est la copie du faire-part de décès de celui qui fit pleurer de rire tant de monde qui vous est présentée

renard11

La Petite Gazette du 20 juillet 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DE POPOL

Madame Liégeois, de Vaux s/Chèvremont, m’a communiqué une intéressante documentation  relative à François Renard :

« A propos de Popol,

Devant mes yeux : son chapeau, le doigt dans la bouche ou un rien sévère.

mes oreilles li vix molin, lfescarpolette, 0 petit coeur, è l’abri, Suss’ et Tur’ mobilisés, li canåri, l’inspecteur… que de rires, que de pleurs, chansons, sketch, mimiques.

Que de souvenirs je garde de mes soirées passées, avec Papa, au Kursaal.

Pourtant il est parti le 20 janvier 1980. Vilain jour pour son fils Albert, sa fille Marie-France et son épouse Loulou.

Mais François n’est pas mort. Il vit encore grâce à tous ses disques; aux jeunes et aux cheveux blancs qui chantent ses chansons.

Un souvenir qui, encore et toujours, nous ravit. »

Ma correspondante me fait parvenir un intéressant article paru dans La Wallonie du 14 février 1980.

« Pendant la guerre, Guy Louysis faisait du cabaret avec François Renard

 L » « Agne qui tchoûle », caba­ret wallon, a débuté à la Popu­laire en 1941. Trois ans après, il était au Phare. Entre-temps, il avait parcouru toute la pro­vince, débordant même sur le Namurois et le Luxembourg. De menues différences de pa­tois n’arrêtaient ni ces joyeux drilles, ni les spectateurs. Fran­çois Renard, récemment disparu, en était le codirecteur avec Arthur Philippe. Tous deux étaient des «comiques». de la bande des sept, un seul vit encore aujourd’hui : Guy Louysis.

Benjamin de la troupe avec François Renard, il avait été engagé alors qu’il faisait du music-hall. N’étant pas auteur wallon, c’est François Renard qui lui fit les textes et musi­ques de toutes ses chansons.

« Je lui dois mes plus grands succès, explique-t-il. «Lingadje di Mann Kins », «On GaJand galant», «Pat qu’dji danse», « Babètoss » et « Tôt près dè vî molin» ont été écrits pour moi ».

Guy Louysis se souvient que pour conserver son sérieux lors de fou-rire en scène, François Renard devait parfois faire des efforts tels que les larmes — de rire — lui coulaient le long des joues. -C’était des plaisanteries bien innocentes pourtant, du style de celle que raconte encore Guy Louysis :

 « Le professeur à l’élève :

— Je prête 20 F à ton père II me rend 5 F par an. J’attendrai combien de temps ?

— Vingt ans.

— Tu ne connais pas ton arithmétique.

— Non, mais je connais mon père ! ».

Après sa Libération, François Renard partit pour Bruxelles. «L’Agne qui t’choûle » devint « L’Agne qui rèye » Jean Noben, qui vit encore entra dans la troupe. La première revue fut celle de Georges Rem : c’était «Il a pété, le Robot». On devait la jouer 350 fois. »

La Petite Gazette du 2 septembre 2005

A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DU CABARET WALLON

« C’était dans la seconde moitié des années 1930, se souvient Monsieur Henri Boudlet, d’Izier. J’avais 14/15 ans lorsque j’ai commencé à participer aux intermèdes des représentations théâtrales du Cercle Saint-Germain par des chansons en wallon. Ma première chanson avait pour titre «  Elle est trop grande por mi ». Avec d’autres chanteurs, pour composer notre répertoire on écoutait (sur un poste T.S.F. à accus), le mercredi soir , sur les ondes de Radio Liège Expérimental, l’émission du cabaret wallon qui, avait pour nom « L’agne qui rèye » à partir d’un café de la Rue Haute-Sauvenière à Liège. L’émission commençait par le couplet suivant

A Cabaret Wallon del Haute Sâvenire, tout va très bien, tout va très bien.

François Renard, Arthur Philippe et Nicolas Delhez étaient les principaux animateurs. A cette époque, François Renard était coiffeur et habitait Liège. Il était aussi surnommé « L’homme qui ne rit jamais ! » ; il faisait rire le public tout en restant « de marbre » ; c’était son naturel..

Sous l’occupation, le cabaret wallon a poursuivi ses activités. Mais eu égard aux circonstances il avait changé de nom pour s’appeler « L’agne qui tchoule » et se produisait dans un café près de la Populaire, Place du Maréchal Foch.. Etant alors occupé à Liège j’ai assisté assez souvent à leur spectacle. En ce temps-là certains chanteurs étaient vêtus de l’habit avec chapeau claque et badine. François Renard portait seulement 1′ habit, une grosse fleur à la boutonnière puis … une grande épingle de sûreté au dos.

François Renard était le présentateur. Le podium était installé dans un coin du local. François y était perché avec sa batterie. Chaque présentation était ponctuée d’un roulement de caisse claire et d’un coup de cymbale Bien sûr, ses présentations étaient teintées de son humour habituel. Je me souviens de : «  Dji m’va chanter one chanson da meune qui dja fait mi minme »  , «  Dji va raconter on monologue qui dja fait por mi tôt seu ». II y avait des chansons humoristiques et satyriques envers les Allemands : « Porminade Hitlérienne » de François Renard, « Li rjeton da Hitler »  et «  M’voyèdje è l’Al ‘magne » de Nicolas Delhez.

renard12Les grands succès de ces chansonniers figurent encore aujourd’hui au répertoire des chansons wallonnes. Il y en a parfois au programme du cabaret d’Izier de novembre! »

 

 

 

 

 

 

 

François Renard (en haut) et Nicolas Delhez

La Petite Gazette du 16 septembre 2005

UNE BONNE DE FRANCOIS RENARD

   Madame Liégeois, de Vaux-sous-Chèvremont, m’a transmis ce petit article, paru dans La Cité du 22 janvier 1980 et tout à fait révélateur de l’humour de ce grand comique de chez nous

«Lète d’ine mame a s’fi qu’est mobilisé »

// nous revient à l’esprit une des premières compositions de François Renard qui connut en son temps un immense succès au cabaret wallon de Liège ex­périmental. Il s’agit d’une «Lète d’ ine mame a s’fi qu’est mobi­lisé» au «14e luskèt».

   Après lui avoir donné avec force détails comiques des nouvelles de  son petit chien  et s’être excusée de n’avoir plus d’encre à la maison, cela étant la raison pour laquelle « c’est-å-crayon» qu’elle prend la plume  pour lui écrire, elle continue sa missive.

Citons quelques phrases au hasard :

   Dji deus dire qui divan qu’vos n’alîze, on n’s’aporcûvève nin qui vos éstiz st-évôye. C’est seûlmint dispôye qui vos avez n’alé qu’on sint bin qu’vos n’estez pu la.

   Totes les bièsses a cwèn sont malådes. Vosse pauv’ père ni va nin bin non pu.

Dimègne qui vint, on fait n’grande coûsse-âs-âgnes. Nos r’grètans turtos qu’vos n’sèyize nin la.

   Il n’a st-avu l’feu amond l’gârd champète. On a polou savé totes les bièsses, mînme si feume. mins tote Ii mohone est broulêye pace qui les pompiers ont st-anivés trop târd. Li mayeur a décidé qui qwant i n’âreût co l’feu, les pompiers divrît esse la on qwârt d’eûre dlvant, po qu’ls éyésses li timps d’s’apràster.

   Asteûr, II est disfindou d’aler fer ses besoins naturels podrî l’meûr del gendarmerèye, slns qwè, les gendarmes sont s’autorisés à  mète la main d’sus.

Coma nos ôsfans st~indulgent, nos avans stu kwèri on masse a gaz po rin. Vosse père à sayî l’sonc, seul’mint II a d’vou fer des trôs tôt près dèl narène po poleur respirer.

Asteùr, si vos n’ricûver nin nosse lète, scriyer-m’el dlrecte mint, qu’on pôye fer n’ réclamation a l’posse.

La Petite Gazette du 7 octobre 2005

ENCORE A PROPOS DE FRANÇOIS RENARD ET DES ARTISTES D’ALORS

Monsieur Jacques Stassart, de Liège, revient sur le sujet pour apporter d’utiles précisions à ce qu’il a lu dans les articles que lui ont apportés des connaissances :

« Il est probablement trop tard pour solliciter une rectification aux textes publiés récemment par votre chaleureux journal et qui m’ont été rapportés par des connaissances. (N.D.L.R. Vous voyez qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire …)

Il s’agit cependant d’un lapsus que l’intéressé, croyez-le bien, n’aurait pas aisément digéré. Or, la confusion est néanmoins récurrente ; il arrive même qu’elle soit mise en exergue dans des annonces officielles de grands Cabarets.

Il est ici question de son appartenance aux diverses troupes artistiques liégeoises : on peut effectivement citer allègrement, entre autres, le Cabaret des deux Fontaines, 1′ Agne qui tchoûle, les Troubadours (où il m’a succédé en avril 48) et les Brankignol’s , mais JAMAIS François n’a fait partie de l’Àgne qui rèye .

Ceci dans le seul but d’apporter une précision requise au cas où vous reviendriez un jour sur le sujet.

Pour la petite histoire, François quitta 1’Âgne qui tchoûle pour la Capitale d’où Léon Lejeune le rappela pour la présentation de la première des Troubadours à la Populaire. Son inspiration en vue de cette représentation fut telle que tous les sketches prévus au programme portaient sa griffe. Il était également l’auteur de la « signature » de la Troupe qui ouvrait et fermait le spectacle ou l’enregistrement!

renard13

 

 

 

 

Une partie de la troupe des Djoyeux Troubadours, avec, au centre, rançois Renard

Je suis agréablement surpris que des spectateurs ou auditeurs de l’époque soient en mesure non seulement de ressortir des tiroirs une photo telle que celle des troubadours (1946-47) que vous avez publiée, mais surtout de parvenir encore à mettre un nom sur chaque bobine. Toutefois, un petit bémol (pour rester dans la note) : l’artiste apparemment non reconnu, à la droite de Jean Noben, c’est Claude Sauvenier, ténor léger , chanteur de charme remarquable.

Cela dit, c’est un grand bonheur de constater que l’oubli n’a pas cours sur tout et que subsistent un peu partout en Wallonie des personnes enthousiastes à rendre hommage à François Renard, cet artiste de grand talent dont la mémoire évoque pour tous ceux qui l’ont applaudi d’excellents souvenirs et pour ceux qui ont eu la chance de le côtoyer – soit professionnellement, soit dans la détente comme par exemple à la pêche, où, bien évidemment, l’humour restait de mise – la sincérité profonde d’une amitié sans faille !

La Petite Gazette du 12 octobre 2005

ENCORE ET TOUJOURS POPOL…

Vous êtes nombreuses et nombreux à me dire votre plaisir de voir évoquée la mémoire de François Renard, alias Popol, vous serez dès lors ravis de découvrir, dans les prochaines éditions, d’autres documents relatifs à sa longue carrière. En effet, Madame Liégeois, de Vaux s/Chèvremont, m’a encore confié quelques très intéressants documents et souvenirs.

« François Renard, l’unique Popol, m’écrit ma correspondante, fut le seul artiste wallon à fêter ses 100 ans ! En réalité, il n’avait que 69 ans en 1976 ! Ce double jubilé rassembla, autour de François,  sa famille et de nombreux amis au rang desquels on comptait Bob Dechamps, Henriette Brenu, Jean st-Paul, des membres du Royal Caveau Liégeois et des membres de « l’Accordéon Club de Boncelles » dont il était le parrain. Ce club est d’ailleurs né dans la cave de Popol, mais je ne sais plus à quelle date… et vous ? »

renard14 Au Troca, en 1976, François Renard est congratulé par Dieudonné Boverie. Derrière le piano, on reconnaît Lejeune et, parmi les membres du Royal Caveau Liégeois, Jacques Peters, Henriette Brenu et J. Ronvaux.

Dans son courrier, Mme Liégeois donne une information qui me permettra d’apporter une réponse à une question tant de fois posée. En effet, vous m’avez souvent demandé où il était possible d’encore trouver les disques de Popol. Outre les brocantes et autres bourses aux disques, la Bibliothèque des Dialectes de Wallonie (Chiroux) possède une impressionnante liste des productions du célèbre comique. La lecture de cette liste ravivera, j’en suis certain, bien d’agréables souvenirs…

Popol raconte / par Popol. [s.l.] : Pathé, |s.d.]. 1 disque, 45 t./min. Contient : Cousin Doné; Grand-père est myope ; Le Canari

Viens chez Popol I interprété par François RENARD ; accompagné par Jean-Marie TROISFONTA1NE et Hector DELFOSSE ; produit par Georges DELFOSSE. [s.l.] : GIF, 1978. 1 disque, 33 t./min. Contient : Viens chez Popol ; Grand-père est décoré ; Ma femme et son caniche ; Pitite Bêle Mère ; Belgique-Angleterre ; Monsieur l’Inspecteur ; So l’escarpolette ; E l’abri ; A l’usine.

Sketches + pochette / de François RENARD ; dits par Popol. [s.l.) : EMI, 1966. 1 disque, 33 t./min. Contient : Djôscf a messe ; Lettre de Popol ; La Communion de ma sœur ; A l’école ; Cousin Doné ; Partie de pêche ; Congés payés ; Grand-père est myope ; Le Canari

Album souvenir «François Renard» (Popol). |s.l.) : Sélection records [s.d.]. 1 disque, 33 t./min. Contient : Vas-è ; A son d’ l’armonica ; Tapez n’ gote ; Les tcâffeûs d’autobus ; Mi feume twistèye ; Belgique-Angleterre 1-0 ; Dimin, il îrèt mi ; L’amour ; Phrasie-Tyrol ; Li p’tite rouwalelte ; Tango des r’prochcs ; Petit cœur ; Li Marocain ; Li bonheûr ; Abandon ; Babetoss’.

renard15

La Petite Gazette du 19 octobre 2005

ENCORE UN SOUVENIR LIE A POPOL

Monsieur Rodolphe Lontin, de Seraing, souhaite partager une petite anecdote avec les lecteurs de la Petite Gazette :

« En 1952 ou 1953, je suis monté sur la scène d’un dancing d’Ouffet sur laquelle était installé Popol. Je me suis assis sur ses genoux et, en l’imitant, j’ai monologué une dizaine de minutes, en faisant comme s’il était mon père. Les gens, dans la salle, étaient pliés en deux, mais lui n’a jamais rien dit, ni même souri ! J’avais dès lors perdu les 50 francs qu’on promettait à tout qui le ferait sourire. »

MADEMOISELLE DE CES GENS-LA Le nouveau roman de Paul De RE

A tous les amateurs de littérature régionale de qualité…

Quoi que vous ayez prévu mercredi prochain 30 novembre à 20 heures, annulez tout… et venez nous rejoindre pour écouter Paul De Ré vous présenter son nouveau roman.

affiche-paul-de-re-novembre-2016 Cette présentation sera agrémentée de lecture d’extraits par Andrée, Rolande et l’auteur lui-même.

Paul De Ré sera accompagné de Françoise Salmon, son éditrice esneutoise. Vous aurez tout loisir de vous entretenir avec l’un et l’autre lors du verre de l’amitié et de la séance de dédicaces.

Une organisation conjointe avec le CCPL et la commune d’Esneux.

Au plaisir de vous rencontrer à cette occasion,

Pour l’Asbl Le Vieil Esneux,

Michel Eubelen, Julien Brusten et Philippe Hamoir.

UN B-17 S’ECRASE A ROTHEUX, LE GENERAL CASTLE ETAIT A BORD…

La Petite Gazette du 24 septembre 2008

ENCORE UNE FORTERESSE VOLANTE, A ROTHEUX CETTE FOIS

C’est Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, qui l’évoque et je l’en remercie.

«On a déjà beaucoup écrit sur les forteresses volantes de Ramelot et de Yernée. Jusqu’à présent, à ma connaissance, personne n’a encore évoqué l’histoire du B17 qui s’est écrasé dans le bois du Trixhosdin, à Rotheux. En 1944, j’étais un tout jeune gamin et j’habitais dans une villa située à côté du château de la famille de Schaetzen, au bout de Rotheux, plus précisément au hameau du Trixhosdin. L’avion américain s’est écrasé une nuit de 1944 (j’ignore la date exacte) à moins de deux kilomètres de chez nous, en pleine forêt. Je pense qu’aucun membre de l’équipage n’a survécu.

001

 

Voici une photo de l’un des quatre moteurs qui s’est arraché de l’aile suite à la violence de l’impact.

Ce cliché a été pris 2 ou 3 jours après le crash. Il me serait agréable que l’un de vos lecteurs m’en apprenne plus sur cet événement qui a marqué mon enfance en endeuillant l’aviation US. »

Aux spécialistes, amateurs et témoins des faits de jouer maintenant…

La Petite Gazette du 1er octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Monsieur Rik Verelle, de Bomal s/O, est, vous l’avez déjà constaté, un véritable passionné de l’aviation de la Seconde Guerre Mondiale. Il n’a pas traîné pour mener des recherches afin de répondre à la question posée par Monsieur André Doppagne, de Vieuxville, à propos de ce B-17 qui s’est écrasé à Rotheux. C’est donc au Musée de l’Armée au Cinquantenaire à Bruxelles qu’il a mené sa minutieuse et fructueuse enquête. Durant deux semaines, nous allons découvrir ses passionnantes découvertes et tous les documents qu’il a pu rassembler.

« Le matin du dimanche 24 décembre 1944, les Alliés envoyèrent leur plus grande armada volante de toute la Seconde Guerre mondiale contre l’Allemagne. La mission 760 ne comptait pas moins de 2034 bombardiers lourds américains, 376 bombardiers moyens américains, 1157 chasseurs-bombardiers américains, 1100 chasseurs-bombardiers britanniques et 853 chasseurs d’escorte américains. L’objectif fut constitué par  les aéroports et les systèmes d’approvisionnement des Nazis et avait comme but de briser l’offensive Von Rundstedt dans les Ardennes.

487-gp-en-formation  Le 487 GP en formation

En Belgique le ciel était clair et illuminé par une couche de neige de quelque 40 cm d’épaisseur. L’Angleterre était, elle, enveloppée par un brouillard épais. Quant à l’objectif en Allemagne, il était couvert par les nuages.gen-castle-en-nov-1944 Le Général Castle en 1944

Le Général Frederick W. Castle, commandant de cette formation gigantesque, avait pris place dans le 1er avion qui était le bombardier surnommé « Treble Four ». Il s’installa à droite du Lieutenant Robert W. Harriman qui pilota le bombardier. « Treble Four », l’avion de tête donc (Pathfinder) qui avait la responsabilité de maintenir l’itinéraire, de trouver et de marquer l’objectif avant que la masse ne lâche ses bombes.

robert-harriman-pilot-treble-four-24dec44

 

 

 

 

1Lt Robert Harriman 

 

« Treble Four », une forteresse volante du type B-17G américain avec le N° de série 44-8444, appartenait au 836 Squadron du 487 Bomb Group de la 8 US Army Air Force. Ce 487 Bomb Group était basé en Angleterre à Lavenham Airbase depuis le 5 avril 1944. Le « Treble Four » était un bombardier tout neuf qui  partait pour sa première mission de combat.
La 487 Bomb Group, qui fut intégré dans l’offensive du 24 décembre 1944, décolla de Lavenham à 9 heures pour se retrouver au-dessus d’Ostende (check point 2) vers 11.30 h., toujours en train de grimper. A 12.23 h. la formation arriva au check point 3 à son altitude opérationnelle de 22.000 pieds, alors il se scinda en trois sous-groupes pour se diriger vers trois objectifs différents.

Les chasseurs escorteurs américains n’avaient malheureusement pas encore rejoint l’armada des bombardiers, les laissant par conséquent sans protection rapprochée.
Vers 12.29 h. l’avion « Treble Four » constata une fuite d’huile au moteur n° 1 et une forte diminution de sa puissance. Le Général Castle décida alors de remettre le commandement à son député et de quitter la formation puisque le bombardier ne savait plus suivre. Le pilote glissa l’appareil vers la gauche et le bas et l’offensive continua sans le « Treble Four ».
A 12.30 h. trois chasseurs-intercepteurs allemands du type FW-190 attaquèrent la formation sur le flanc gauche. Suite à cet incident et malgré les difficultés techniques le Général décida d’essayer de continuer quand même de rattraper la formation et d’en reprendre le commandement. En vain car « Treble Four » manqua de puissance et il s’éloignait de plus en plus de la formation. Comme tous les bombardiers isolés de leur formation, il devint une proie facile pour la chasse allemande. » A suivre…

La Petite Gazette du 8 octobre 2008

LA FORTERESSE VOLANTE DE ROTHEUX

Comme promis, retrouvons la suite du récit de la chute de cet avion à Rotheux que Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, a pu établir grâce à ses recherches minutieuses.

A 12.32 h., au-dessus d’Amay et toujours à 22.000 pieds d’altitude, le « Treble Four » subit d’abord une attaque d’un chasseur isolé qui blessa le 1Lt Procopio, navigateur, puis de nouveau par trois autres FW-190 venant de droite.

Avec les moteurs N° 1 et 2 en feu l’appareil était condamné et le pilote 1Lt Harriman ordonna à l’équipage de sauter, ce qu’il fit à 12.36 h. Le 1Lt Harriman assisté par le Général Castle restèrent à bord et s’efforcèrent de diriger le bombardier vers un champ ouvert dans l’espoir d’épargner les troupes alliées et la population en dessous d’eux. C’est d’ailleurs pour la même raison que les bombes ne furent pas larguées malgré que l’avion ait pris feu. A 12.37 h., à quelque 12.000 pieds d’altitude, un réservoir de carburant éclata et arracha l’aile droite. C’est à ce moment que l’avion partit en vrille violente (une chute en spirale qui le rend totalement incontrôlable).

Selon des témoins « Treble Four » se désintégra en quatre parts durant sa chute mortelle et la partie nez cockpit toucha la terre dans une zone boisée en position inversée, ne laissant pas la moindre chance au 1Lt Harriman ni au Général Castle. Les bombes, toujours à bord, explosèrent à l’impact. Il était 12.50 h.
Lieu du crash : la partie avant de l’avion comprenant nez, carlingue, aile de gauche et soute à bombes tombèrent à 300 mètres du château d’Englebertmont et la ferme Sotrez à environ 1 Km au sud de Rotheux-Rimière et évita de toute justesse le hameau de Trix Hosdin; les débris  couvrirent une zone de quelque 200 mètres. L’aile droite fut retrouvée sur le cimetière de Nandrin, le fuselage tomba au lieu dit  La Croix André, et la queue fut retrouvée à 1 Km au sud du crash site principal.

queue-de-treble-fourQueue du Treble Four  
Des huit membres d’équipage qui avaient sauté en parachute, trois ne survivront pas: 1Lt Rowe Claude L. (co-pilote, mais mitrailleur de queue pour cette mission) fut mitraillé en plein air sous son parachute par un avion allemand.

1-lt-rowe

Le Sgt Swain Lawrence H. (opérateur radio, mitrailleur) s’écrasa près de Moulin car son parachute avait pris feu, et le 1Lt Procopio Bruno S. (navigateur radar) mourut à l’hôpital de Liège des suites de ses blessures (visage brûlé, huit balles dans la jambe droite, pied gauche fracassé).

Les cinq autres membres survivrent au désastre (Capt Auer Edmond F., navigateur – 1Lt Biri Paul L., bombardier – Mac Arty Henry P., navigateur – Sgt Hudson Lowell B., mitrailleur de flanc – Sgt Jeffers Quentin W., ingénieur mitrailleur).

Ceci confirme les témoignages des troupes américaines qui ont compté six parachutes avant la chute de l’avion, et un septième au moment où l’avion partit en vrille. Les corps des deux pilotes, le 1Lt Harriman Robert W. et le Général Castle Frederick W., furent complètement désintégrés par l’explosion, et on ne retrouva que des restes de viscères et des lambeaux de chair éparpillés parmi les morceaux de métal.
Leurs restes furent enterrés d’abord au château d’Englebertmont, et puis transférés au cimetière américain de Henry-Chapelle au Nord-Est de Liège. Le corps du Sgt Swain L. H. fut également enterré à Henry-Chapelle.

 

La perte de « Treble Four » fit l’objet du rapport  MACR N° 11552 dans les anales du 8 US Army Air Force.

Le 487 Bomb Group avec ses trois escadrons, le 836, 837 et 838, fut opérationnel du 5 avril 44 au 21 avril 45. Pendant cette période il effectuera 185 missions (6021 sorties), il larguera 14.641 tonnes d’explosifs, il perdra 57 bombardiers et 230 hommes, et il aura détruit avec certitude 22 chasseurs allemands, 6 probables, et 18 endommagés. »487-gp-en-action

 

 

 

 

Le  487 GP en action
Références :

  1. http://www.geocities.com/pmwebber/castle_treble4.htm
  2. http://www.487thbg.org/
  3. http://mighty8thaf.preller.us/

Merci pour cette formidable enquête.

Monsieur Baudouin Lejeune apporte également une information : « Suite à la demande de  M André Doppagne sur la forteresse volante de Rotheux, je signale que l’équipage a sauté sur le village de Fraiture en Condroz, un monument est érigé à la rue du Tilleul. »

L’ABC DES ECOLES DE SPRIMONT

J’AI LU POUR VOUS : « L’ABC DES ECOLES DE SPRIMONT » d’YVETTE GILLES-SEPULCHRE

Voilà une publication de poids ! Plus d’un kilo de souvenirs, de photographies, de documents…

Tout le monde y trouvera son compte. D’abord, bien entendu, celle ou celui qui, un jour, usa ses fonds de culotte sur les bancs d’une des écoles, communales ou libres, de Sprimont ; ensuite, le lecteur curieux de connaître l’évolution des conditions de la transmission du savoir dans nos communes.

002

Yvette Gilles-Sépulchre nous livre, dans ce nouvel ouvrage qu’elle signe, le fruit d’une incroyable recherche parmi les archives communales et celles du doyenné de Sprimont, mais également dans les familles de la commune. Après un utile et rapide rappel de ce qu’était une « école » de l’Antiquité à la fin de l’ancien régime, l’auteure nous plonge dans la réalité locale à l’époque hollandaise quand, le 10 avril 1826, Lincé voit l’ouverture des soumissions pour la construction de l’actuel presbytère à côté duquel devait se construire une école. Vous serez ensuite emmenés à la découverte des matières d’examen permettant aux candidats instituteurs de voir attribuer un grade, du 1er au 4e rang, selon leur degré de compétence.

La toute jeune Belgique indépendante ne conçoit pas l’école sans la présence active de la religion ; que l’école soit libre ou officielle, la classe commence par la prière. En 1879, sous l’influence libérale, le cours de religion est remplacé par un cours de morale non confessionnelle.

Yvette Gilles-sépulchre vous guidera, de manière très agréable et intelligemment illustrée, à la rencontre du quotidien en classe au fil des décennies. Elle aborde les règlements d’école, l’orthographe, la discipline, le matériel scolaire, les congés scolaires, la promulgation de l’enseignement obligatoire et gratuit, les guerres scolaires, le Pacte scolaire… De passionnants chapitres sont alors consacrés aux écoles gardiennes, à l’évolution de la méthodologie.

003

L’auteure nous invite ensuite à l’accompagner dans sa propre scolarité depuis son premier jour de classe à la maternelle ; avec elle, vous vivrez de grands moments : la Saint-Nicolas, la chasse aux poux, la remise des prix, les cours de couture…

L’histoire de toutes les écoles du Sprimont d’hier et de celui d’aujourd’hui est ensuite révélée, vous voyagerez ainsi à Louveigné, à Banneux, à Deigné, à Gomzé-Andoumont, à Sendrogne, à Chanxhe, à Dolembreux, à Fraiture, au Hornay, à Fraiture, à Rouvreux et bien entendu à Sprimont centre. Vous y retrouverez sans aucun doute votre photo, celle de vos parents, de vos enfants, de votre instituteur mais aussi de nombreuses anecdotes et documents qui, à n’en pas douter, vous replongeront dans l’insouciance de vos années passées à l’école du village. J’ai personnellement pris un énorme plaisir à découvrir cette très intéressante et très plaisante étude et je vous invite à la découvrir à votre tour.

Ce fort volume de 308 pages au format A4, à l’agréable mise en page, est illustré d’innombrables documents et photographies, dont de nombreuses en quadrichromie est à votre disposition dans les deux librairies de Sprimont, à la bibliothèque et à l’Administration communale au prix de 20 €.

Vu son poids, par courrier, il vous en coûtera 30 € (en raison des frais de port bien entendu), somme qu’il convient de verser au compte n° BE57 0016 6753 0535 de l’Office du Tourisme de Sprimont, avec la mention « L’ABC des Ecoles de Sprimont ».

Le lundi 14 novembre prochain, à 18h., une présentation de cet ouvrage est organisée à la bibliothèque publique « Les Mille feuilles » à Sprimont. Vous pourrez, bien entendu, y acquérir cet ouvrage et y faire déposer une dédicace par Yvette Gilles-Sépulchre.

Cette soirée de présentation a été rendue possible grâce à une étroite collaboration entre la bibliothèque « Les Mille feuilles« , le Fonds d’Histoire Locale de Sprimont et l’Office du Tourisme.

 

DES SOUVENIRS DE LA GRANDE GUERRE

La Petite Gazette du 8 novembre 2000

COMMEMORATION DE L’ARMISTICE…  UN TRES JOLI TEXTE ET UN EXTRAORDINAIRE DOCUMENT !

Les années passent, le souvenir demeure ! Cette année encore, et c’est heureux, les monuments seront fleuris, les discours seront prononcés et, en de nombreux lieux, les anciens, leurs enfants et petits-enfants  se réuniront pour célébrer l’Armistice du 11 novembre 1918. Depuis de très nombreuses années, des banquets réunissent celles et ceux qui trouvent là l’occasion de raviver le souvenir de ces héroïques combattants de la Grande Guerre. C’est le cas notamment à Sougné-Remouchamps, où, il y a deux ans, Madame Aline Neuforge-Wislez s’est adressé aux convives en ces termes :

« Chers Combattants ! Mesdames, Messieurs et mes chers amis,

   Djåzans walon ! Oûy dji-v’va djåzer d’ine saqwè qui m’tint a coûr… di m’viyèdje ! nosse bê viyèdje ! Dji l’inme pacequi, por mi, c’è-st-onk dès pus bês di tote li Walon’rèye.

   Loûkî’l’ come i s’sitind tot fîr inte li hé Marèye, li bwès d’Hènumont èt l’hé dès gattes. L’Ambléve qu’ad’hind dèl cascåde di Cô tot rôlant sès-èwes inte lès gros cawyês dè Fond d’Quåreûs, vint bagnî lès pîds dèl Rèfe, adonpwis, dit bondjoû å vî pont d’Sougné èt a si p’tit banc, tot come è rèspleû qu’Edg­­ård gruzinèye tos l’s-ans ­­ å banquèt dès combatants.

   Riloûkîz-l’ bin nosse viyèdje, come il èst bê ! N’è-st-i nin adawiant qwand, par on djoû d’osté, li solo riglatihe so l’clokî d’nosse vîle èglihe, lèye qu’a tant vèyou nosse binamé m­årli traf’ter a tos lès tins ! Qwand lès clokes rèsdondihèt, totes sôres di sov’nances m’apotchèt-st- å coûr ! Dji creû co ètinde li marihå dèl Falise qui raw’hèye lès mårtês ou bin lès-ustèyes dès-ovris qui bouhèt so lès pîres di grès. I m’sonle qui dè long d’l’èwe, dji r’veû lès spåmeûs wice qui lès glawènes dè viyèdje avît bon di s’rèscontrer li londi ­­ å matin po fé leû bouwèye, tandis quéquès-ôtes, moussèyes avou leû long cotrê, ènn’alît-st- å galoche cwèri dès fahènes qu’èle raminit so’ne bèrwète.

   Mins, ni roûvians nin li djowion di nosse viyèdje… li grote, qu’èst k’nohowe l­­ådje èt long ! Di totes lès cwènes di nosse payîs èt minme d’an d’foû, on-z-acoûrt po lè v’nî åd’mirer !

   Dè tins dè vî Bon Dju tot l’monde s’êdîve. Aprè’ne deûre djournèye, on s’rapoûléve turtos so l’pavèye avou lès vîlès djins po djåzer di traze èt quatwaze ! C’èsteût l’bon vî tins… målèreûs’mint, c’èst l’passé èt on n’såreût rin i candji !

   Nosse viyèdje nos-a tofér rèstchåfés d’vins sès brès’, ossu, n’åyans nin sogne dè fé on pas, ou deûs, èt minme treûs si èl fåt, po qui d’meûre come il a tofér sitou… av’nant èt rimpli d’tcholeûr !

   Vos-èstez sûrmint d’ackwér avou mi èt d’ackwér dè dîre qu’il èst d’manou patriotique, ca, loûkiz, oûy nos-èstans co tot plin po fièsti l’årmistice. »  (11 novembre 1998)

 Madame Neuforge-Wislez, fidèle lectrice de La Petite Gazette, a eu l’excellente idée de me transmettre ce très joli texte peignant son village, Sougné-Remouchamps, au bon vieux temps. Je veux parier qu’elle rencontra un fort joli succès quand elle le déclama… et je la remercie chaleureusement de vous avoir permis de le découvrir à votre tour.

Le temps est propice au souvenir … Monsieur Arthur Rulot, de Odet, me dit « avoir       retrouvé dans ses « reliques » une photographie très émouvante réveillant de douloureux souvenirs de la Grande Guerre. Mon père et mon oncle Godefroid, volontaires de guerre, ont parcouru et subi toutes les péripéties de cette affreuse tragédie. Pendant mon enfance, c’est bien loin tout ça, j’écoutais en toutes occasions le récit des terribles épreuves qu’ils avaient endurées tout au long de la guerre abjecte et criminelle engendrée par la meute cruelle du grand reich. Par leurs récits, je connaissais à peu près tous les noms des villages où la ligne de feu sévissait. Aussi je pourrais écrire à peu près tous ces noms où tout n’était plus que mort, haine, ruine et désolation »

001

Sur le front de l’Yser en 1916.

 Identifiés par deux petites croix, vous retrouverez, à gauche, Godefroid Rulot (l’oncle de mon correspondant) et à droite Léon Braibant, un sourire si doux de Bel-Air Marchin.

Cet extraordinaire document qui nous plonge directement dans la réalité de ce terrible conflit a inspiré ces lignes à Monsieur Rulot :

« Vous ne pouvez la voir sur ce cliché, en face d’eux, derrière la ligne meurtrière, la grande armée félonne de Guillaume II était l’expression même de la férocité. La ligne du front belge s’étendait de l’ouest, depuis Nieuport, jusqu’à la mer du Nord, en passant par Dixmude pétrifiée, jusqu’au-delà de la forêt d’Hauthulst et Poelkapelle à l’est. Sur la ligne du front dévasté, des villages en ruines disséminés : Klerken, Woumen, Ramskapelle, Pervyse, Kaaskerke, Schoorbakke et autres ; sans oublier Oud-Stuyvekenskerke, au nom imprononçable qui signifie, paraît-il, la vieille église de la petite fleur bleue. Voilà bien un nom de toute beauté… N’est–elle pas émouvante cette petite église effondrée pour l’honneur de la Belgique ? Puissions-nous ne jamais oublier, nous souvenir de ces cités anéanties et des soldats martyrs qui les ont défendues.

Beaucoup, parmi nos jeunes gens sur la ligne du feu, nos héros de l’Yser, ont versé leur sang, jusqu’à l’abnégation librement consentie, pour garder inviolé l’ultime lambeau de notre patrie aux abois, soumise mais non asservie.

La maman, le visage alangui, flétri, les cheveux gris, mutilée, tourmentée, attendra en vain son grand fils, perdu, gisant dans la terre dévastée. La jolie fiancée, les paupières cernées, les yeux embués de larmes, le cœur meurtri, ne gardera de l’être chéri qu’une peine indicible, un souvenir éperdu en âme. Tout bien est fruit de sacrifice : la gloire du pays, la mort du pauvre soldat. »

La Petite Gazette du 17 décembre 2003

UN EPISODE MECONNU DE LA GUERRE 1914 – 1918

Et c’est M. Maurice Petit, de Wavre, qui l’évoque pour nous :

« Il s’agit d’un épisode historique vécu par mon grand-père, Joseph Petit, né à Gênes, en 1881 et y décédé en 1942. Il était agriculteur et fut échevin de la commune de Hodister pendant 24 ans.

«Quand Anvers tombe aux mains des Allemands, le 10 octobre 1914, le groupe chargé de la couverture du gros de l’armée belge, qui se replie vers la côte, n’a d’autre solution que de passer aux Pays-Bas pour éviter la capture. Mais les Hollandais veulent assurer leur neutralité et ils décident d’interner les 33 500 soldats belges interceptés à la frontière. 13 000 d’entre eux sont dirigés vers Harderwijk où ils seront détenus dans des baraquements pendant toute la durée de la guerre. On imagine sans peine leur condition « d’hébergement » : vie monotone, promiscuité, gel et pluie dans les baraques, absence de soins, maladies infectieuses et autres. Pour l’ensemble des camps, plus de 500 soldats belges perdront la vie aux Pays-Bas. Ce n’est qu’en décembre 1918 que des trains ramèneront les internés en Belgique, certains avec ordre de rejoindre l’armée belge… pour y accomplir leur service militaire !

Peut-être, espère M. Petit, se trouvera-t-il certains lecteurs qui ont entendu parler de cela ou, mieux encore, y aura-t-il quelqu’un qui possède l’un ou l’autre souvenir de cette dure période ?»

Si vous êtes dans le cas, vous savez dès lors ce qu’il vous reste à faire. Merci de répondre à cet appel.

La Petite Gazette du 14 janvier 2004

UN EPISODE MECONNU DE LA GUERRE 1914 – 1918

Et c’est M. Maurice Petit, de Wavre, qui vous questionnait à ce sujet. M. Alain Canneel, de Lesterny, m’a adressé, en guise de réponse, un extraordinaire courriel illustré de documents passionnants.

« C’est avec beaucoup d’attention et une certaine émotion que j’ai pris connaissance de l’évocation du camp de Harderwijk. Ce nom m’était, en effet, bien connu car un de mes grands-oncles, Jules-Marie Canneel (Bruxelles 21.04.1881  –  Bruxelles 24.09.1953), y fut interné. Il avait d’ailleurs le même âge que le grand-père de M. Petit.

Comme il était artiste-peintre, dessinateur, caricaturiste, homme de théâtre et même écrivain à ses heures (cela le conduira plus tard à être longtemps chroniqueur judiciaire au Pourquoi Pas ?, il en a laissé quelques durables souvenirs de nature à intéresser M. Petit.

002

Première page d’une lettre de jules-Marie Canneel qu’il a datée « Camp d’Harderwijk 14-02-15 » et illustrée de son portrait par lui-même, en prisonnier du camp.

« Jules-Marie Canneel : milicien de 1901, rappelé sous les armes le 1er août 1914, au 2e de Ligne de Forteresse. Lors de la retraite d’Anvers, il franchit la frontière hollando-belge à Koewacht (Zélande), et est interné au camp d’Harderwijk où il organise un théâtre, illustre régulièrement le journal Inter Nos et participe à la création d’une « Ecole de Travail » bientôt agréée par la ville de Bruxelles. Est ensuite dirigé vers le camp de Scheveningen où il restera jusqu’à l’Armistice tout en collaborant à divers journaux hollandais. Trois de ses frères : Georges, Jean et Marcel, tous artistes, servaient aussi dans l’Armée belge. Jules-Marie Canneel réalisa en 1914 et 1915, une suite de 25 dessins rehaussés représentant les types militaires » cf. Musée royal de l’armée et d’histoire militaire, « 14-18 Regards d’artistes », catalogue de l’exposition organisée à l’occasion du 75e anniversaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, 11/11/1993  – 31/01/1994. »

003

DESSIN DE L’ARMEE EN RETRAITE

Reproduction de ce qui doit être une aquarelle illustrant la retraite de l’armée belge après la chute d’Anvers, signée Jules-M. Canneel 1914.

 

 A suivre…

 La Petite Gazette du 21 janvier 2004

UN EPISODE MECONNU DE LA GUERRE 1914 – 1918

Monsieur Alain Canneel, de Lesterny, m’a adressé, en guise de réponse à M. Maurice Petit, de Wavre, qui vous questionnait à ce sujet, un extraordinaire courriel illustré de documents passionnants, retrouvons-le :

« Jules-Marie Canneel avait hérité des malheurs de la Grande Guerre des ennuis pulmonaires, un souffle court. Cette guerre, il l’avait faite courageusement, au 2e de Ligne : « J’étais un vieux soldat, confiait-il, j’avais trente-trois ans… » Il fit de nombreux croquis des champs de bataille, qui sont conservés au Musée de l’armée et au cabinet des estampes. Il avait d’ailleurs quitté les feux de la rampe (il était régisseur chez le père Fonson, au théâtre des galeries, de 1908 à 1913) pour les feux de la guerre. Il garda des mois où il protégea, avec ses compagnons, la retraite d’Anvers, et des années d’internement au camp d’Harderwijk (Pays-Bas) des souvenirs tragiques » cf. Paul Caso, « Le centenaire de la naissance de J-M Canneel fait resurgir le vieux Mont-des-Arts », Le Soir, dimanche 30 et lundi 31 août 1981.

 004

Mon correspondant précise : « Cette photo d’un groupe de 13 prisonniers a été prise à Harderwijk. Jules-Marie Canneel est assis au premier rang, une pipe à la main. Le verso de la photo a été imprimé en carte postale. Jules-Marie Canneel a envoyé cette carte à son frère Eugène, mon grand-père, qui, lui, avait été réformé. Il a daté son envoi « Hardewijk 27-12-14 » et écrit notamment ce qui suit « J’ai reçu ta carte ce matin et la belle carte de Jacques, mais pas encore les colis annoncés. Les camarades de la photo sont de jeunes et vieux universitaires. Quelques-uns ont été blessés au feu… Je t’embrasse toi et tous mille fois. A quand ? »

   Je vous l’annonçais, j’ai reçu plusieurs courriers très intéressants sur ce sujet et je vous proposerai de les découvrir dans les semaines qui suivent dans ces mêmes colonnes.

La Petite Gazette du 28 janvier 2004

LES SOUVENIRS LOINTAINS DE 14 –18

 005

En légende : Reproduction noir et blanc de ce qui doit être une aquarelle représentant  un soldat belge désarmé et récemment interné à Hardewijk, avec la mention signature « Soldat Jules-M. Canneel 1914 Harderwijk » Publiée dans De Weekbode-La Dépêche du jeudi 28 janvier 1915 avec la légende : « Belgische soldaat in het interneeringskamp te Harderwijk » (Merci à M. Alain Canneel de nous avoir confié ce document)

 

Monsieur Henri Boudlet, d’Izier, a lui aussi eu un oncle qui fut interné dans un camp en Hollande, il s’agissait pour lui du camp d’Oldebroek.

« Mon oncle, David Boudlet, était né à Izier le 1er avril 1882, il décèdera en 1944. Le 11 juin 1902, il est incorporé comme milicien de 1902, matricule 19735 – province de Luxembourg 13e canton, commune d’Izier – n°480 du tirage. Le 19 octobre 1902, il est appelé au service actif au 3e bataillon du 14e Régiment de Ligne de Forteresse, caserné à Liège, pour une durée de 2 ans.

Le 1er août 1914, il est rappelé au 5e Bataillon du 14e Régiment de Ligne et se rend à Liège. Il participe aux combats pour la défense de la ville. Il a vécu cette tragique méprise à Boncelles quand son unité et un autre régiment belge, le 12e de Ligne, ont échangé des coups de feu. Le 9 août, c’est la retraite vers l’armée sur la Gette où les défenseurs de Liège furent réorganisés en une division. A partir du 20 août, l’armée belge de campagne assure la défense de la position fortifiée d’Anvers. »

A ce moment de son récit, mon correspondant puise dans Henri Pirenne, Histoire de Belgique, Tome IV, Livre V chapitre II, ce qui explique l’origine et les circonstances de la déroute de 35 000 hommes isolés de leur unité :

« Le 7 octobre, le Roi Albert 1er donnait l’ordre d’évacuer la place par la rive gauche de l’Escaut. Couverte par un corps français envoyé à la hâte à l’Est de Gand, la retraite réussit malgré les difficultés que lui imposait l’étroitesse de ses débouchés entre l’ennemi et la frontière hollandaise. A part 35 000 hommes obligés de se réfugier en Hollande où ils furent internés jusqu’à la fin de la guerre, le gros des forces parvint à rallier Ostende. »

La Petite Gazette du 18 février 2004

LE CAMP D’HARDEWIJK – EPISODE MECONNU DE LA GRANDE GUERRE

En réponse à l’appel de M. Petit, de Wavre, des courriers d’une incroyable richesse me sont parvenus et notamment celui de M. Léon Pirlot, de Marenne, fils d’un ancien combattant de 14-18 interné en Hollande.

« J’ai oublié la date de sa mobilisation, mais je sais qu’à Hamoir il a déjà rencontré des Allemands. Sans doute portait-il des habits civils car il est bien parvenu à Liège, sa destination. Il a déjà combattu avant d’arriver à Anvers. Là, ils ont été encerclés et, ne pouvant s’échapper, les officiers ont crié : « Sauve qui peut ! »

Les soldats ont brisé leurs armes et, pour ne pas être prisonniers des Boches, ont traversé la frontière, c’est alors qu’ils ont été internés, dans les baraquements dont il a déjà été question. Mon père aussi a séjourné à Harderwijk. Ils étaient trois de la commune de Marenne : Maurice Prignon, de Verdenne, Eudore Claude, de Bourdon, et mon père.

La nourriture n’était ni très bonne, ni variée : du lard gras et des haricots. Ils en étaient dégoûtés, sauf peut-être Maurice Prignon qui mangeait les rations de ses camarades. Le séjour là-bas lui a été très pénible et mon père y a beaucoup souffert de rhumatismes dont les douleurs se manifestèrent encore bien après son retour au pays.

Je possède encore un coffre en bois de couleur noire, avec inscrits sur une des faces son nom et son adresse, dans lequel il mettait ses affaires personnelles : un petit coffret également en bois, un napperon en fils kaki orné de rosaces aux couleurs belges et françaises, un cahier d’exercices d’arithmétique dont je joins la copie de la page de couverture.

006

Pour meubler le temps libre des hommes, des officiers donnaient des cours à ceux que cela intéressait. A son retour, mon père écrivait sans faute et savait résoudre des problèmes de fraction et de robinet ! » A suivre…

La Petite Gazette du 25 février 2004

LE CAMP D’HARDEWIJK – EPISODE MECONNU DE LA GRANDE GUERRE

En réponse à l’appel de M. Petit, de Wavre, des courriers d’une incroyable richesse me sont parvenus, nous retrouvons aujourd’hui l’essentiel du contenu de celui de M. Léon Pirlot, de Marenne.

007

« Le beau-frère de mon père, Joseph Dethienne, fut lui aussi interné en Hollande, mais dans une autre localité ; lui habitait Champlon-Famenne.

L’abbé Dernivy, curé à Marenne et vicaire à Champlon, avait été, dans le courant du mois d’août 1914, emprisonné au château de Verdenne avec d’autres personnes du village pour ne pas avoir livré aux Boches de vieux fusils Lebel qui se trouvaient à la maison communale et qui servaient lors de représentations théâtrales. Le vieux Bourgmestre de l’époque, Emile Gilles, ne savait comment réagir face à l’arrogance des officiers du bandit Guillaume II qui avaient reçu l’ordre de terroriser la population belge pour mieux l’asservir. Deux de mes oncles, poursuit mon correspondant, ont été déportés en 1916, ils ont été battus et affamés pour avoir refusé de travailler pour les Boches et, finalement, ils furent renvoyés chez eux. Le curé fit fonction de Bourgmestre. Tous les détenus, après un jugement sommaire, ont été condamnés à mort. C’est alors que l’abbé fit un vœu : s’il était libéré, il se rendrait pendant la guerre à Lourdes. Tous furent rendus à la liberté !

Il passa, en fraude, par la Hollande et rendit visite à ses paroissiens, il leur remit des lettres clandestines, non censurées par les Allemands, puis il prit le bateau pour l’Angleterre et, enfin, Lourdes.

Ma mère a rendu une visite à mon papa interné, elle fut bien accueillie chez un habitant où elle résida quelques jours. Ma tante, l’épouse de Joseph Dethienne, s’y rendit deux fois. Quelle joie, s’exclame alors M. Pirlot, si j’avais pu accueillir un proche durant ma captivité !

Les bonnes choses ont toujours une fin, dit-on, les mauvaises aussi… C’est ainsi que les trois détenus sont rentrés chez eux, après les hostilités, ils avaient laissé un peu de leur santé en Hollande. »

La Petite Gazette du 21 janvier 2004

ET LES CHANSONS DE 14 –18

C’est M. Jules Lejeune, de Salmchâteau, qui nous permet de découvert ces textes extraits  d’un vieux carnet de son arrière-grand-oncle , Léopold Evrard.

Sur l’air de « Sous les ponts de Paris »

En allant vers la Seine

Guillaume II s’était dit

Cela ne vaut pas la peine

De passer par Longwy

Battons Albert qu’on dit de fer

Cela prouvera que je tiens la tête

Battons, tuons et fusillons

Cela nous mettra le cœur en fête.

Refrain

Il avait oublié

Quand passant par Verviers

Il attraperait une forte indigestion

En arrivant au petit fort de Fléron

Il fut surtout surpris

Lorsque pendant la nuit

Toute son armée fut détruite d’un seul coup

Par nos petits lampious

En allant vers la France

Avec leurs bataillons

Ils firent avec violence

Tonner leurs gros canons

Sur leur chemin, n’épargnant rien

Ils eurent une conduite atroce

Mais ce n’est rien, on le savait bien

Ce ne sont que des bêtes féroces

Refrain

Depuis qu’ils sont entrés

Ce n’est que brutalité

Ils pillent et brûlent les villes de ce pays

Pour arriver à la ville de Paris

Mais ils se sont trompés

Parce que les alliés

Vous les repoussent toujours bien tranquillement

En vous les fracassant.

Refrain

Nous croyons que la guerre

Sera bientôt finie

Et aussi nos frontières

Débarrassées de l’ennemi

Nous espérons et nous croyons

Que notre victoire est proche

Que les Français, Russes et Anglais

Envahiront ce pays d’Albosch

Refrain

Maintenant que les alliés

Toujours les font reculer

Ils avaient dit si souvent autrefois

Que n’avions que des soldats de chocolat

Mais ils savent avouer

Qu’ils ne peuvent résister

Qu’ils ne possèdent que des soldats de biscuit

Dans leur fameux pays.

2/2 – 1915

La Petite Gazette du 28 janvier 2004

ENCORE UNE CHANSON DE 14 – 18

C’est M. Jules Lejeune, de Salmchâteau, qui nous permet de découvert ces textes extraits d’un vieux carnet de son arrière-grand-oncle, le facteur des postes Léopold Evrard.

La chute de l’empereur d’Allemagne

L’Allemand dit un jour à notre Roi Albert

Il me faudrait laisser passer par la Belgique

Absolument je dois traverser vos frontières

J’ai déclaré la guerre à la grande République

Je paierai tous les dégâts sur votre terre

Notre bon Roi répondit au vieux Kaiser

                 Non, non, je ne peux pas

                Mon peuple ne voudrait pas

                Et puis j’ai des soldats

 

Refrain

Les voyez-vous les lanciers, les pioupious en armes

Ils sont debout contre la Prusse, ils lèvent les armes

Les artilleurs, grenadiers, pontonniers, gendarmes

S’ils sont vainqueurs, l’aigle noir versera des larmes.

 

Mais l’ambition de l’Allemagne furieuse de haine

De force voulut violer notre terre pacifique

De peur que la France ne prenne L’Alsace-Lorraine

Elle sacrifie tous les Uhlans, quelle panique

Carabiniers, guides et chasseurs et trompettes

Il y a du sang sur les lances et les baïonnettes

Comme les Franchimontois , nous défendrons nos droits

Et on ne nous vaincra pas.

 

Mais nous avons l’appui de la France et l’Angleterre

Et la Russie qui se montre très énergique

Après les horreurs de cette terrible guerre

Je vois venir une union très magnifique

Flamands, Wallons ayons du cœur et du courage

Ne tremblons pas devant la douleur et le carnage

S’il faut risquer sa peau pour défendre son drapeau

Nous en serons les héros.

 

Félicitons de tous nos cœurs les volontaires

Parce qu’au secours de notre chère Patrie

Ambulanciers, ambulancières, nos sœurs, nos frères

Morts ou blessés des quatre nations unies

Nous travaillons pour assurer la paix du monde

L’Allemand pour toujours au fond porte la honte

         La plus grande cruauté

        C’est d’avoir violé

        Notre neutralité

 

Le monde entier se montre contre l’aigle noir

L’empereur brutal et le peuple allemand furent supprimés

Les soldats belges, partout on les couvre de gloire

Malheur à toi car nous saurons t’exterminer

Comme nos vieux nous défendrons notre territoire

Plutôt mourir que de capituler

Belges, Français, Anglais, Russes, unis pour la paix

Et on ne nous vaincra jamais.

 

Le plan allemand était de passer par la France

Au nord en venant par Liège, Visé, Namur, Longwy

Mais à présent, ils ne peuvent plus compter leurs morts

Liège imprenable veut mourir pour son pays

Monsieur Poincaré Président

L’homme d’honneur

Car tous nos  vaillants cœurs

On montré leur ardeur

Pour en être les vainqueurs.

 

Refrain

23 février 1916

QUAND DEBUTA LA GRANDE GUERRE… UNE CONFERENCE DE RENE HENRY POUR SE SOUVENIR

Les Associations patriotiques d’Aywaille et le P.A.C. Aywaille se sont associés pour donner une dimension supplémentaire aux traditionnelles commémorations organisées en ce jour anniversaire de l’Armistice. En effet, avant les dépôts de fleurs sur  tous les monuments de la commune ; le temps du souvenir débutera dès le jeudi 10 novembre, à 19h30, en la salle le Century, avenue Cornesse n°66 à Aywaille, où vous êtes conviés à la conférence que j’aurai l’honneur de vous donner sous le titre de « Quand débuta la Grande Guerre… »

Les quelques lignes qui suivent vous présenteront brièvement le contenu de l’exposé que je ferai en prélude aux manifestations patriotiques du lendemain. Vous y êtes bien évidemment toutes et tous chaleureusement conviés.

Aux premiers jours d’août 1914, les Belges ne savaient plus ce que pouvait être une guerre…

Depuis 1815 et Waterloo, on ne s’était plus battu sur le sol du pays – hormis bien sûr les quelques combats contre le pouvoir orangiste en 1830.

Le contexte politique du pays, influencé par les vives tensions internationales, est très particulier. Le Roi Albert Ier intervient personnellement pour tenter de créer un esprit d’union nationale et prend des initiatives politiques très novatrices. Les chambres sont réunies quand l’annonce de la violation du territoire national est transmise aux parlementaires.

La guerre commençait avec son abominable lot d’horreurs et de massacres qui n’épargnèrent pas notre région…

Dès les premiers jours de ce que l’histoire appellera la « Grande Guerre », le quotidien des Belges sera très rapidement et très profondément bouleversé.

C’est à la rencontre de ces énormes bouleversements que cet exposé vous invite. Il ne sera guère question dans mes propos d’opérations militaires ; en effet, ma volonté réside plutôt dans l’envie de vous présenter, de vous expliquer et de vous commenter ce à quoi les Belges durent très vite se soumettre car, en moins d’un mois, toute l’administration du pays est sous le contrôle strict de l’occupant et, en trois mois, le pays est à 90% sous le contrôle de l’administration allemande.

001

Document appartenant aux collections de M. Freddy Lemaire à Aywaille, extrait de R. HENRY, Aywaille, Chronique illustrée du XXe siècle, Dricot, 2006

Etudier cette période, c’est se lancer à la découverte de réalités surprenantes tant au point de vue de l’organisation politique du pays que de la vie dans nos communes. Faim, terreur, répression sévère, réquisitions multiples et incessantes sont les maîtres-mots d’une époque dont le ressenti traversera les générations dans la population.

Cette conférence insistera sur quelques aspects primordiaux caractérisant cette abominable guerre : le ravitaillement et le secours  apporté par les nations du globe à la « pauvre petite Belgique », la mobilisation des autorités communales, le rôle tenu par les femmes, l’action du cardinal Mercier… en fait tout ce qui permettra de comprendre comment, dans nos communes, il a été possible de surmonter cette longue et pénible épreuve.

Au nom des Associations patriotiques d’Aywaille et du P.A.C. Aywaille, j’espère de tout cœur vous rencontrer nombreuses et nombreux à cette soirée du souvenir.

RABORIVE EST ANIMEE PAR LES ACTIVITES INDUSTRIELLES DEPUIS PRES D’UN DEMI-MILLENAIRE

Ainsi que je l’ai fait pour la balade le long des bornes de Stavelot, je vais tenter, ici, de permettre à celles et à ceux qui n’avaient pu participer à la découverte du site de Raborive que proposait Eneo-Aywaille le 21 octobre dernier, de se déplacer virtuellement sur les lieux que j’ai alors présentés et commentés. Je vous souhaite une agréable promenade.

 p1240072

C’est tout d’abord l’industrie métallurgique qui vint d’abord troubler la quiétude des lieux au pied de l’impressionnante falaise sur laquelle se dressait encore fièrement Neufchâteau-sur-Amblève… Ainsi que vous le savez sans doute, il ne sera démoli qu’en 1587, sur ordre de Philippe II, le fils de Charles Quint.chateau

Mais commençons par planter le décor ! Pour ce faire, il convient d’emblée de contredire les auteurs qui, dès le XIXe siècle, installèrent à Raborive un terrible combat, dont le nombre de victimes rougit les eaux de l’Amblève. Selon eux, les toponymes Martinrive et Raborive perpétuent le souvenir du cruel affrontement qui opposa les troupes de Charles Martel, duc d’Austrasie, à celle du duc de Frise dénommé tantôt Robo, tantôt Radbod. Force est de constater que, bien que les documents placent ce combat le long de l’Amblève et près d’un domaine royal, seul un apparent cousinage entre les patronymes des belligérants et les toponymes locaux a conduit ces auteurs à croire qu’ils avaient localisé le site de cet épisode sanglant.

La toponymie est une science difficile et ceux qui la pratiquent savent pertinemment qu’il convient de se méfier des interprétations hâtives et de ce qui pourrait apparaître comme une évidence… Etienne Compère dans son excellente « Toponymie d’Aywaille » nous explique que Martinrive s’est développée au confluent de l’Amblève et d’un ruisseau descendant de Rouvreux qui, à l’approche de la rivière, s’était scindé en plusieurs bras et avait créé un ilôt marécageux. « Maretain » (qui deviendra « Martin ») signifie « marais ». Et voilà la légende balayée…

L’Ourthe-Amblève connait, dès l’époque gallo-romaine, une exploitation du minerai de fer abondant dans son sous-sol. L’existence de bas fourneaux de cette époque a été démontrée à Dolembreux par André Neelissen et la présence de scories très anciennes a été attestée notamment à Deigné et à Quarreux.

L’exploitation du minerai connaîtra, chez nous, un net développement dès la fin du XIVe siècle, des forges sont en activité à Ferot en 1380. La métallurgie moderne aux origines wallonnes, rappelons-le, impose que soient associés fourneau et four d’affinage ; nous verrons par la suite que les sites de Ferot et de Raborive connurent de longues périodes d’histoire commune.

Le minerai est exploité dans toute la région à Aywaille, à Xhoris, à Comblain-au-Pont, à Ferrières… Cette réalité entraîne un net développement de l’activité métallurgique régionale durant la première moitié du XVIe siècle et les usines se créent à Harzé, aux Pouhons, à Hamoir, à Chevron, à Louveigné… Il est intéressant de remarquer que toutes ces installations réclamant la force motrice de l’eau s’installent le long de ruisseaux dont le cours est relativement aisé à réguler sans avoir recours aux importantes infrastructures que réclamerait la maîtrise du débit d’une rivière.

L’essentiel des productions de cette industrie locale est destiné à l’exportation. Ici encore, il convient de rappeler que, durant tout l’ancien régime, l’Ourthe-Amblève se trouve bien aux confins d’états différents (duché de Luxembourg, duché de Limbourg, Principauté de Liège et Principauté de Stavelot-Malmedy). Le tonlieu qui est perçu alors au pont des Arches à Liège, il s’agit de l’impôt qui frappe tout produit entrant en ville pour y être vendu, nous apprend que le fer soumis à la taxe a été acheminé par voie d’eau au départ de Bomal, de Comblain, de Hamoir et d’Aywaille.

Les archives mentionnent l’existence d’une forge et d’un marteau à Raborive en 1532. Il est possible que leur création soit quelque peu antérieure à cette date mais sans doute de très peu car il est déjà remarquable à cette date de constater pareille infrastructure sur une rive de l’Amblève. L’existence d’un bras naturel de la rivière à cet endroit explique en partie le choix du site ; en effet, cette particularité géographique ralentit sensiblement le débit de la rivière. Néanmoins, il est impossible de ne pas faire remarquer les caractéristiques géopolitiques de l’endroit. A Raborive se rencontrent les limites des duchés de Limbourg et de Luxembourg, celles de la Principauté de Stavelot-Malmedy mais également celles de diverses seigneuries ; ainsi, l’usine métallurgique est installée à la frontière entre les seigneuries de Harzé et d’Aywaille.

Si le bassin inférieur de l’Amblève compte 14 usines en 1570, le déclin de cette industrie sera quasiment aussi brutal que son développement. De 1590 à 1663, Raborive connaît une très longue période de chômage qui laisse l’usine en ruine dès 1645. Le site connaît alors un premier pojet de réaffection puisqu’il est alors question d’y installer une papeterie mais le projet avorte et c’est à Martinrive qu’une « papinerie » s’installera mue par un impressionnant moulin à quatre roues.

En 1663, le comte de Suys, alors seigneur de Harzé, accense le coup d’eau (donne l’autorisation d’utiliser la force motrice de l’eau, moyennant redevance) de Raborive à Jean le Gohelier afin qu’il puisse y construire une forge. Ce personnage n’est pas un inconnu dans l’histoire de la métallurgie régionale puisqu’il est également le propriétaire de l’usine de Ferot. Son projet industriel associe d’ailleurs les deux sites, Ferot produira la fonte au fourneau et Raborive l’affinera.

Un demi-siècle plus tard, c’est Philippe Hauzeur qui reprend les usines et Raborive a déjà besoin d’une remise en état. Quand Ferot délaissera la production de la fonte destinée à l’affinage au profit de la fonte de moulage, l’usine de Raborive est à nouveau abandonnée. Alors qu’elle n’est plus en état de fonctionner en 1752, elle reprend du service 10 ans plus tard quand, à Ferot, la production de fonte d’affinage est relancée.p1240063

En 1765, cinq ouvriers y produisent annuellement 20 000 livres de fer en barre. L’activité d’affinage se poursuivra sur le site jusqu’en 1819, l’usine est alors la propriété de la famille Ancion de Ville depuis 1780. Une description des lieux datée de 1820 nous apprend qu’il reste sur place, à l’état de ruine, un bâtiment de pierre au toit de chaume abritant toujours deux fours « à chauffer les masses » et un martinet ainsi que les deux roues hydrauliques de 12 pieds chacune qui fournissaient l’énergie motrice de l’usine.

A cette époque, Aywaille connaît toujours un autre site de production métallurgique, les forges et fourneau de Dieupart qui résistèrent quelque temps au déplacement de l’activité métallurgique vers le bassin liégeois grâce à la spécialisation de sa production. A Dieupart, on produit alors de la fonte moulée pour répondre aux besoins de l’armée, à ceux réclamés, d’une part, par le développement de l’éclairage au gaz et, d’autre part, par la mécanisation de l’industrie textile.

Ce sont aussi les spécificités géopolitiques des lieux qui, au XVIIIe siècle, attirèrent des industriels désireux de profiter de la convergence des frontières pour tenter de se soustraire à l’impôt. C’est la raison qui explique pourquoi Aywaille fut choisie, en 1704, par un échevin verviétois pour y proposer l’établissement d’une manufacture de draps qui, selon ses dires, aurait permis à la localité de se redresser économiquement après le terrible incendie qui l’avait anéantie en 1691. Pour lui permettre de développer son projet, il reçut l’assurance que son entreprise sera exemptée de tout impôt. Cependant ce projet tourna court très rapidement car, derrière les propos généreux du promoteur, se cachait sa volonté d’introduire sur le marché, en toute illégalité et sans payer la moindre taxe, une grande quantité de draps étrangers, en provenance du duché de Limbourg. La supercherie fut rapidement identifiée car cet homme sans scrupules s’était montré beaucoup trop impatient de profiter de ses malversations.

L’entreprise qui, indubitablement, sut le plus habilement mettre à profit le foisonnement des frontières en ces lieux qui nous occupent est celle qui vit le développement d’une verrerie presque en face de l’usine métallurgique de Raborive, sur l’autre rive de l’Amblève.aye-4

Cette verrerie utilisait d’ailleurs pour sa production de bouteilles, destinées à assurer le transport des eaux de Spa et de la source de Bru à Chevron, le laitier résultant des opérations métallurgiques de l’usine voisine. Cette entreprise est née du rapprochement des deux producteurs qui, jusqu’alors se disputaient ce juteux marché en pleine expansion : la famille Grandchamps, par ailleurs seigneur de Deigné, et la famille Penay, apparentée au curé de Sprimont, Nicolas-Henri Massin – futur Prince-abbé de Stavelot-Malmedy. De 1728 à 1754, ils donnèrent, sur ce site, du travail à 125 hommes chargés de la production et à 300 femmes occupées à l’emballage en osier tressé assurant un transport sans encombres aux flacons de verre. La seule présentation des lieux vous permettra de comprendre comment l’impôt fut très habilement éludé. Les fours avaient été installés en terres limbourgeoises, les entrepôts et magasins en terres luxembourgeoises alors que les quais de chargement étaient en terres stavelotaines !

Les verriers liégeois voyaient évidemment d’un très mauvais œil cette concurrence déloyale et leurs revendications légitimes poussèrent le Prince-évêque à frapper d’un important droit d’entrée les bouteilles produites sur la rive de l’Amblève ; ce qui provoqua très vite la délocalisation de l’usine, à Chênée, en terres liégeoises.

L’abandon du travail du fer à Raborive précéda de quelques années seulement raborive-102l’avènement d’une nouvelle industrie locale : l’exploitation de la pierre. Et oui, notre pays carrier ne mérite cette appellation que depuis moins de deux siècles…

La première carrière ouverte chez nous est celle que créa le Comte de Berlaymont à Florzé, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de Raborive. Cette carrière est particulière puisque le chantier d’extraction est séparé du chantier de taille par un long tunnel. A la fin du XIXe siècle, 200 ouvriers ouvriers s’activaient à la taille sur ce chantier, les pierres qu’ils façonnaient avaient été chargées sur des wagonnets qui, grâce à la pente naturelle du tunnel, voyageaient seuls. Ils étaient ensuite remontés grâce à la traction chevaline. Le système fut perfectionné par la suite par la création d’un chemin de fer privé.

L’extension de l’industrie extractive dans la zone Martinrive-Raborive-Florzé est consécutive à l’ouverture, en 1882, de la ligne de chemin de fer de l’Amblève qui permit l’ouverture de nouvelles carrières puisque le transport de leur production était désormais assuré. Les exploitations qui n’étaient pas aux abords immédiats de cette nouvelle et importante voie de communication s’en rapprochèrent par le développement d’un très dense réseau privé qui, de Florzé, desservaient plusieurs carrières avant de rejoindre la gare de Martinrive.

anciennes-cartes-militaires1

Le site de Raborive vit l’implantation d’une importante scierie de marbre et de petit-granit, raccordée elle aussi par voie ferrée à la gare de Martinrive. Un atelier de polissage de marbre compléta les installations et fournissaient du travail à 30 ouvrières. Le patron, Math. Van Groenendael, par ailleurs patron de la carrière d’Ogné, était un homme très riche puisqu’on affirme qu’il fut le premier à posséder une automobile dans la région. Manifestement, tout lui était bon pour gagner de l’argent ; en effet, nous savons qu’il appartenait à cette catégorie de patrons qui, à la fin du XIXe siècle, ne payait ses ouvriers non en argent officiel mais seulement avec des billets d’un franc qu’il avait fait imprimer à son nom et qui ne s’échangeaient que dans certains magasins… L’histoire retient cette façon de procéder en parlant de paiement en monnaie de singe.scierie-rabo-2

A l’origine, les blocs de pierre brute étaient débités par un fil hélicoïdal (un câble en forme d’hélice) ; dans les scieries, ces blocs étaient ensuite coupés en tranches sous des armatures à lames d’acier (constamment arrosées d’eau et de sable) qui travaillaient 24 heures sur 24. Elles permettaient de couper une profondeur de 10 cm en 24 heures. L’introduction des lames diamantées ou au carbure de tungstène multiplia par 48 la vitesse de coupe : 20 cm/heure.      martinrive-011

Un terrible éboulement survenu le 26 mai 1954 et qui coûta la vie à 9 ouvriers  travaillant à la paroi rocheuse sonna définitivement le glas de la carrière de Florzé.

L’exploitation de la scierie de Raborive se poursuivit jusqu’il y a seulement quelques années, elle fut successivement exploitée par les sociétés « Carrières De Mont & van den Wildenberg» et  «Carrière de Vinalmont ».

Le site, entièrement nettoyé aujourd’hui, se prépare à vivre le développement d’une nouvelle activité économique destinée à devenir une nouvelle tradition locale. C’est, en effet, à Raborive qu’est annoncée la prochaine installation de la brasserie Elfique.

 

BIBLIOGRAPHIE

BOVY J., Promenades historiques dans le Pays de Liège, Liège, Collardin, 1838

COMPERE E., Toponymie d’Aywaille, Aywaille, E. Compère éditeur, 1997

HANSOTTE G., La métallurgie dans les bassins de l’Amblève et e l’Ourthe stavelotaine et limbourgeoise, 1393-1846, Malmedy, Famille et Terroir, 1968

HENNEN G., Etablissement d’une manufacture de draps à Aywaille en 1704, in Bull. de la Soc. Verv. d’Arch. et d’Hist. Tome XII, Verviers 1912

HENRY R., Hier en Ourthe-Amblève, T. 1 Réalités et Mystères, Bressoux, Dricot, 1991

HENRY R., Hier en Ourthe-Amblève, T. 2 Mythes et Destinées, Bressoux, Dricot, 1994

HENRY R., Vertiges du Passé – Nos châteaux, Bressoux, Dricot, 2013

LAMBERCY Ch., HENRY R., RELAVISSE F., Aywaille 500, Stavelot, Chauveheid, 1982

PIMPURNIAUX J., Guide du voyageur en Ardenne, Bruxelles, A. Decq, 1852

RAHIR E., Promenades dans les vallées de l’Amblève et de l’Ourthe, Bruxelles, J. Lebègue, 1899

THIRY L., Histoire de l’ancienne seigneurie et commune d’Aywaille, Liège, L. Gothier, 1937-1941

 

REMERCIEMENTS

À François Vitoux pour les nombreuses illustrations fournies

Ces tours pyramidales en bois, au coeur d’un vaste projet cartographique.

Monsieur Joseph Toubon nous confie cette remarquable, et très explicite, contribution démontrant très clairement les raisons qui ont conduit à l’édification de ces tours pyramidales en bois plusieurs fois évoquées et illustrées par MM. Gavroye et Léonard. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

« Lors de sa triangulation de la Belgique (alors les Pays-Bas autrichiens), de 1744 à 1748, César CASSINI de THURY (Thury 1714-Paris 1784), dit CASSINI III, n’est pas passé par le duché de Luxembourg ; il n’était pas possible pour FERRARIS de trouver des signaux dont il est question dans la lettre du Ministre des Finances français GAUDIN adressée le 13 juin 1806 aux Préfets des départements..

Jean Joseph dit François, comte de FERRARIS (Lunéville 1726 – Vienne 1814) fut chargé de cartographier les Pays-Bas autrichiens, ce qu’il fit de 1771 à 1778, y compris la Principauté de Liège sans pouvoir bénéficier des cartes de CASSINI pour le duché de Luxembourg. Le temps dont il a disposé excluait la possibilité de dresser une triangulation de 1er ordre ; au mieux, des triangulations ponctuelles de 2e ou de 3e ordre ont pu être exécutées. Même si son travail est parfois imprécis, FERRARIS doit être considéré comme ayant été le premier à dresser la carte des Pays-Bas autrichiens. Ses levers sont effectués plutôt sous forme d’un cheminement qu’à l’aide de la triangulation. La carte de FERRARIS servit à Napoléon pour la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815.

Jean Joseph TRANCHOT (1752 – 1815), colonel français, fut chargé en 1801 par Napoléon de la mise en place d’un bureau topographique pour trianguler les quatre départements de la rive gauche du Rhin en vue de réaliser une cartographie complète de cette région : Roër, Sarre, Rhin-et-Moselle, Mont-Tonnerre. Ces départements sont contigus aux départements de l’Ourthe et des Forêts jusqu’au sein desquels le lever sera poursuivi, entre autres jusqu’à la région salmienne, dont à Poteau (Petit-Thier). Son travail se termina en 1807 sur le modèle de la triangulation de CASSINI.

Karl FREIHERR Von MÜFFLING (1775 – 1851) était un général prussien qui fut chargé de poursuivre le travail de TRANCHOT, d’où l’association de leurs deux noms sur certaines cartes « TRANCHOT – Von MÜFFLING« . Ce général fut désigné afin de poursuivre côté prussien le travail de TRANCHOT vu qu’il avait participé à l’établissement de la triangulation de la Westphalie (Prusse). Il vint aussi jusqu’à la région salmienne, qui va jusqu’à la nouvelle frontière de 1815 entre les Pays-Bas (future Belgique, ici Grand-Duché de Luxembourg jusqu’en 1839) et la Prusse.

Le capitaine hollandais ERZEY réalisa la première triangulation de qualité à partir de 1818. Il dressa une pyramide au nord de Petit-Thier, sur le territoire de Logbiermé (Wanne), près de la limite communale avec Grand-Halleux et en bordure ouest du chemin des Frontières qui longe la Prusse et les Pays-Bas d’alors (future Belgique). Ses sommets de triangle de premier ordre étaient situés pour la région, à Wanne, Jalhay (Baraque Michel), Stoumont (Monthouet), Les Tailles, etc. En 1846, son travail fut trouvé trop imprécis par la commission royale belge chargée de le vérifier. La commission releva des erreurs d’angle dues à des erreurs de calcul. Il fut décidé une triangulation générale du royaume qui débuta en 1850-1851 par des travaux préparatoires et le mesurage de la base de Lommel jusqu’au camp de Béverloo.

Les travaux de triangulation générale du royaume commencent en 1867 par le choix des points de 1er ordre, la construction des pyramides et le mesurage des angles, les distances (ou côtés des triangles) étant déterminées par calcul. Seule la base de départ est mesurée avec grande précision. Les mesures des côtés de ces triangles avoisinent, voire dépassent les 20 km. Les pyramides sont établies sur les hauts sommets importants d’où on a une longue vue vers le lointain. Un voire deux paliers sont créés dans les pyramides pour permettre les visées par au-dessus des obstacles naturels comme les arbres. Les sommets des pyramides sont pointus pour servir de repère de visée. Dans la région salmienne, les travaux ont lieu à partir de 1869. Sous les pyramides, sont placées des bornes ou stations géodésiques. Dans leur partie supérieure est placé un rivet qui sert de référence sur la borne pour les mises en station des théodolites destinés aux visées ; pour certaines bornes, c’est au centre d’une croix dessinée sur le sommet plat de la borne. Les stations géodésiques de l’époque portent les dates de 1869-1888 ; en exemples, celles de Logbiermé (déplacée en 1869 à l’est du chemin des Frontières, pratiquement en face du site de l’ex-pyramide d’ERZEY) et de Beho. Pas de mesure vers la Baraque de Fraiture à ce moment mais bien vers la Baraque Michel où la pyramide atteint 18 mètres de haut. Un nivellement général du royaume est réalisé en même temps.

La pyramide de la Baraque Michel de 1893 est détruite suite à des intempéries. Elle sera remplacée en 1909 par une semblable. Ces pyramides en bois resteront en place suite aux mesurages; leur inutilisation provoquera leur ruine puis elles tomberont naturellement et disparaitront du paysage. Ce n’était pas des points d’observation de paysages ou d’autres évènements. À l’intérieur des triangles de premier ordre, on établit des triangulations pour de plus petits triangles de second ordre et parmi ces derniers, on établit d’autres triangles plus petits de troisième ordre. On mesure ensuite en détail tout ce qui se trouve au sein des triangles.

Le 18 novembre 1919, le Ministre RENKIN écrit au Gouverneur de la province de Luxembourg. Il attire son attention sur le fait que nombre d’édifices publics constituent des repères de la triangulation du royaume, ossature de la carte de l’Institut Cartographique National qui doit la tenir à jour. Les travaux de triangulation exigent de longues opérations sur le terrain et des travaux de calcul complexes, d’où le grand intérêt de conserver intégralement ces repères.

Le 5 avril 1935, le Gouverneur de la province de Luxembourg écrit à certains bourgmestres : « En vertu de la réfection de la triangulation du royaume incombant à l’Institut Cartographique Militaire et conformément à l’article 2 de la Loi du 10 juin 1927 sur la conservation des signaux et repères qui servent à l’établissement de la carte du pays, j’ai l’honneur de vous faire savoir que des travaux de géodésie seront effectués dans votre commune. A cet effet, j’ai l’honneur de vous faire parvenir la (les) lettre(s) déterminant l'(les) emplacement(s) où ces travaux seront exécutés« . Suit la liste des communes concernées ; pour la région salmienne et proche, reçoivent cette missive accompagnée de 2 annexes : Beho, Bihain, Limerlé, Mabompré, Mont, Montleban, Dochamps, Samrée, etc.

Une borne géodésique de premier ordre sera placée à la Baraque de Fraiture référencée au 1er avril 1933 dont le but est double : la mesure des coordonnées en triangulation et la mesure de l’altitude. Sur cette borne géodésique, côté ouest, on trouve la mention IGM et côté est, un rivet pour le nivellement général du royaume y est serti. Pour la triangulation, une pyramide en bois est édifiée au-dessus de la borne. Elle sera démolie suite aux rudes combats du carrefour de la Baraque de Fraiture de décembre 1944 et janvier 1945 lors de l’offensive Von RUNDSTEDT. Cette pyramide n’avait pas d’autre utilité même paysagère ou touristique que la triangulation de premier ordre et ne sera pas reconstruite après guerre. Des vérifications périodiques seront effectuées par la suite au niveau du royaume. Par rapport aux anciennes bornes ou stations géodésiques aux environs d’un mètre de haut, comme celle de Logbiermé (1,00 m) ou de Beho (0,90 m), le sommet de celle-ci n’a qu’à 45 cm de hauteur. C’est la raison pour laquelle on ne la voit pas sur les photos de cette pyramide contrairement à celles de la Baraque Michel, de Logbiermé ou de Beho. Il n’y a pas de rivet pour le calcul de l’altitude serti dans les anciennes bornes en pierre de taille comme celle de Logbiermé ou celle de Beho.

L’ancienne station ou borne géodésique de la Baraque Michel a été doublée en 1954 par une plus petite plantée à ± 16,70 au nord de celle-ci et déclarée « borne astronomique », de 0,80 m de haut et encore d’un autre type. Un repère en fonte pour le calcul de l’altitude a été serti dans l’ancienne station géodésique.

Une autre triangulation générale du royaume aura lieu en 1967. Certaines stations de premier ordre sont remplacées comme celle de Logbiermé entourée de grands épicéas, remplacée par de nouvelles. Actuellement, les coordonnées sont déterminées par GPS. »

LES BORNES DITES DE STAVELOT, UN PETIT PATRIMOINE DISCRET, CHARGE D’HISTOIRE

Comme promis, je vais tenter de partager, avec celles et ceux qui n’ont pu nous rejoindre lors de cette balade le long des bornes dites de Stavelot, les explications et commentaires que j’ai exposés lors de nos différentes haltes devant ces bornes.

Ainsi que j’ai procédé lors de cette promenade, je vous propose de découvrir mes propos en quatre points : le statut particulier de la Commune Saint-Remacle, le contexte géopolitique de nos régions au XVIIIe siècle, les multiples conflits générés par le statut de ce territoire et, enfin, l’issue qui mit fin à un différend vieux de 35 ans entre le Prince-évêque de Liège et le Prince-abbé de Stavelot-Malmedy.

Se plonger dans les réalités historiques, surtout quand on se déplace sur les lieux même des faits évoqués, exige un petit effort pour « corriger » ce que vos yeux vous montrent et ce que vos connaissances induisent… Je vais essayer de vous y aider.

bornes-stavelot

Le statut particulier de la Commune Saint-Remacle

Les lieux que le promeneur partant à la découverte de ces bornes parcourt aujourd’hui ont un aspect bien différent de celui qu’ils présentaient lorsque ces bornes furent dressées en 1768 mais, à cette époque déjà, ils avaient déjà bien changé essentiellement grâce au dur et harassant travail des manants du lieu qui, des marais et des bruyères de jadis, avaient  fait de vertes prairies et des terres de culture. Bien longtemps après, les plantations de résineux bouleversèrent considérablement le paysage.

Le quotidien des manants de l’endroit à la fin du moyen-âge nous est très bien connu grâce à un précieux document daté de 1431 et qui a heureusement été conservé : le Grand Record de Theux. Rappelons d’emblée qu’un record est un document consistant en la mise par écrit d’un droit coutumier oral, ce document rappelle dès lors bien des usages plus anciens ; ce record est particulièrement intéressant car il précise les droits d’usage dans la Commune Saint-Remacle, ce territoire de 1969 bonniers (soit un peu plus de 1715 hectares), et indique comment ils sont contrôlés.

001

Ainsi, quand les manants y font paître leurs bêtes (droit de herdage) où quand ils y coupent du bois, ils sont évidemment soumis à une redevance. Nonobstant cela, cette situation crée des jalousies et poussent les habitants des territoires voisins à vouloir profiter des mêmes droits ce qui conduit à la tenue de nombreux procès.

Les contrevenants sont jugés à la Boverie à Theux par les cours de justice de Louveigné et de Theux qui y siègent conjointement. Pareille situation est assez rare et réclame quelques explications ; en effet, ces deux cours relèvent alors d’Etats différents : Theux appartient au Marquisat de Franchimont et donc à la Principauté de Liège alors que Louveigné relève du Comté de Logne et donc de la Principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy.

Comme toujours en Ourthe-Amblève, l’important et singulier morcellement territorial entraine pareille situation. La Commune Saint-Remacle touche d’ailleurs à trois pays différents : Liège à l’est, Stavelot à l’ouest et le Duché de Limbourg au sud ce qui, manifestement, explique l’origine de certains usages particuliers sur ces terres qui, pourtant et ainsi que le rappelle clairement le record de 1431, appartiennent clairement à la Principauté de Liège et dont le Prince-évêque est le seigneur hautain.

En outre, cette « Commune » jouxte les terres de la Porallée mais ces deux territoires, pour particuliers qu’ils soient, ont des statuts bien différents. Contrairement aux manants de la Porallée, ceux de la Commune Saint-Remacle n’y ont aucun droit sur la terre.

Un autre aspect très étonnant du quotidien sur ces terres réside dans l’exercice de la police qui y préside. Elle est aux mains d’un « fonctionnaire » appelé le forestier et dont les obligations sont, elles aussi, rappelées dans le record de 1431. Ce qui est remarquable dans sa mission c’est qu’elle doit s’exercer sur les deux territoires voisins que sont ceux de la Commune Saint-Remacle et de la Porallée (qui, et il n’est pas inutile de le rappeler, dépendent d’Etats différents). Avec ses hommes, le forestier est tenu d’inspecter ces deux territoires deux fois par semaine. Quand il surprend un contrevenant, il a le droit de procéder une saisie sur ses biens (bétail, récolte…), ne les libérant que lorsque l’amende infligée sera honorée. La charge de forestier, qui ouvrait également à son détenteur le droit de chasse, est restée, quatre siècle durant, du XIVe au XVIIIe siècle, l’apanage exclusif de la même famille, les de Marteau.

Enfin, comme partout ailleurs sous l’ancien régime, en plus des redevances à régler au représentant du Prince-évêque, les manants devaient s’acquitter de l’impôt religieux qu’était la dîme. Réalité étonnante également, le produit de cette dîme était partagé entre les deux principautés ecclésiastiques (Liège et Stavelot-Malmedy).

Le contexte géopolitique de nos régions au XVIIIe siècle

Durant tout l’ancien régime, les alliances, les héritages, les donations et les conquêtes ont constamment modifié les limites des Etats qui se concentraient en nos régions. Bien entendu, ce morcellement des appartenances territoriales générèrent de très nombreux conflits, dont certains s’étaleront même sur plusieurs siècles et allant jusqu’à traverser les régimes.

La principauté de Liège n’échappent pas à la règle et, au XVIIIe siècle, connaît une intense activité diplomatique pour tenter de résoudre les conflits qui l’opposent à ses nombreux voisins. Les liens de dépendance des états étant toujours liés à l’ancienne organisation féodale, les négociations et les procès mènent les représentants du Prince-évêque à Cologne, à Trêves, à Bruxelles, à Paris et même à Vienne.

En ce XVIIIe siècle également, les princes-évêques successifs que Liège connut démontrent une réelle volonté d’investir dans la création de routes dignes de ce nom en remplacement des antiques chemins devenus problématiques avec le développement du charroi et l’accroissement de son trafic.

Ce n’est évidemment pas le confort de la population qui préside à cette volonté ; en effet, en ces temps, le population ne voyage pas ! Les buts recherchés résident dans la nécessité de permettre un déplacement plus aisé et plus rapide des armées par exemple, le développement de l’artillerie a considérablement alourdi le charroi et les vieux chemins boueux le ralentissent. Le développement du commerce et l’exportation des produits principautaires, les armes notamment, comptent aussi pour beaucoup dans la détermination des princes. En effet, plus de marchandises transportées assurent des ressources financières plus importantes pour le pays car, bien sûr, ces routes sont parsemées de bureaux d’octroi.

Au début du siècle, c’est la route vers Verviers, par la vallée de la Vesdre, qui est en chantier. A la fin du siècle, c’est par le plateau de Herve que Verviers sera reliée à Liège et qu’une route mène à Tongres. Parmi ces grands projets, le Prince-évêque souhaite également assurer une liaison avec son Marquisat de Franchimont pour remplacer l’antique chemin royal existant jusqu’alors et allant de Liège à Beaufays. La route est prolongée, en 1733, jusqu’à Andoumont où les travaux s’arrêtent à la rencontre des propriétés du Prince-abbé de Stavelot-Malmedy (le Ban de louveigné appartient au Comté de Logne).

Pour poursuivre la route, sans l’obliger à suivre de longs et pénibles détours, il convient d’obtenir l’autorisation du Prince-abbé de lui permettre de traverser ses terres.

Un accord sera conclu, dès le mois d’août de cette année 1733, entre les représentants des deux prélats. Le Comte de Berlaymont négocie et signe pour Liège et le Baron de Sélys-Fanson agit pour le compte du Prince-abbé. Cet accord signé « pour le bien des deux pays » autorise que soient traversés le Ban de Louveigné et la Commune Saint-Remacle moyennant diverses conditions : le placement d’une borne marquant la séparation des territoires, la cession de la chaussée traversant la Commune Saint-Remacle à Stavelot-Malmedy avec, en contrepartie l’engagement de cette principauté, outre de ne pas y installer de péage, d’en assurer l’entretien et les réparations.

Entre la signature de cet accord et le placement des bornes, il s’écoulera pourtant 35 ans !

borne-3

La Commune Saint-remacle connaît de multiples conflits

Rappelons tout d’abord que la Commune Saint-Remacle relève exclusivement de l’autorité du Prince-évêque et que les aisances qui y sont offertes n’existent que par la seule volonté de ce prince. Au fil du temps, des droits précis ont été concédés, moyennant redevance bien sûr, aux populations des hameaux et villages voisins de ce territoire, ceux de Deigné, de Rouge-Thier, d’Adseux, de Theux, de Becco, de Jevoumont, de Tancrémont…)

Les Cours de justice de Louveigné et de Theux doivent, au fil du temps, trancher dans des affaires de plus en plus nombreuses. A l’occasion de ces procès, les manants de Theux, comme le font d’ailleurs aussi ceux du Ban de louveigné, prétendent que la Commune est une aisance – en se référant sans doute au caractère plus spécicique encore du territoire voisin de la Porallée.

Le Prince-évêque Ferdinand de Bavière, en 1635, rappelle l’exclusivité de ses droits sur la commune Saint-Remacle et, pour faire cesser le développement des abus, charge ses receveurs (agissant tant pour son compte que pour celui du Prince-abbé) de prélever 1/12 des gerbes de grains coupés. Les manants ont beau protester, la seule contrepartie qu’ils obtiennent est de désormais avoir l’autorisation d’utiliser la charrue et la faux ce qui leur était interdit jusqu’à cette date.

Comme tout se payait déjà comptant alors, le coût de la mise en œuvre de cette nouvelle charge par les Cours de justice sera supporté par les manants qui devront s’acquitter d’une taxe de 20 patars par bonnier labouré.

L’année 1665 voit apparaître de nouvelles restrictions dans les droits d’usage des bénéficiaires de la Commune Saint-Remacle. Dorénavant, chaque chef de ménage ne pourra plus labourer et ensemencer qu’au maximum deux bonniers de terre, y compris son jardin. Les contrevenants seront frappés de très fortes amendes et une nouvelle taxe est encore imposée pour couvrir les frais engendrés par ce nouveau règlement.

Alors que les travaux d’aménagement de la route devant conduire à Spa approchent des limites de la Commune, une retentissante affaire mettra de nouveau de l’huile sur le feu entre le Prince-évêque et le Prince-abbé.

En octobre 1736, les contrôleurs de l’impôt de Theux et de Hautregard saisissent le troupeau de moutons d’un habitant de Deigné nommé Gilman qui aurait fait traverser les terres liégeoises à son cheptel sans satisfaire à la taxe de 1/60. Le Prince-abbé proteste officiellement auprès du prélat liégeois car la saisie a eu lieu sur le territoire de la Commune Saint-Remacle qu’ils gèrent pourtant conjointement. A Liège, le prince se montre sourd à ces arguments et condamne sévèrement Gilman. Ce dernier portera l’affaire devant la Cour de Vienne qui, après cinq ans de procès, annulera confiscation et amende ne laissant à Gilman qu’à supporter les frais de cette longue procédure.

Ce conflit stoppe évidemment les travaux de la route. Pour tenter de sortir de l’impasse, une rencontre est organisée en février 1737 entre les délégués des deux princes. L’ambassade du Prince-abbé proposera alors le partage de la commune Saint-Remacle et le placement de bornes. L’année suivante, tous se retrouvent sur le terrain pour en dresser le plan.

Il semble alors que, parce que les pourparlers ont repris, les travaux de construction de la route peuvent se poursuivre et, le 20 octobre 1738, la borne marquant la limite entre les deux territoires est dressée comme le prévoyait l’accord signé en 1733.

Les autres conditions contenues dans cet accord ne semblent pas avoir été aussi bien respectées… En 1765, c’est le Prince-évêque qui proteste auprès du Prince-abbé en raison du mauvais état de la route dû à l’absence d’entretien alors qu’il s’agissait là d’une des obligations incombant à Stavelot. En réponse, le Prince-abbé réaffirme ses prétentions sur le territoire de la Commune provoquant une réponse cinglante du prélat liégeois qui le renvoie au Grand Record de Theux de 1431 jamais remis en question par Stavelot !

Je ne puis considérer que ce sursaut du Prince-évêque soit tout à fait étranger à la décision qu’il a prise peu de temps auparavant, en 1757, d’autoriser l’ouverture d’une salle de jeux à Spa dont 30 % des bénéfices doivent lui revenir de plein droit…

Enfin une solution

Manifestement lassé de tant de tergiversations, le Prince-évêque veut absolument aboutir et, en 1768, de nouvelles rencontres sont organisées entre les représentants des deux princes ecclésiastiques. La teneur du compromis qui sera enfin signé montre très clairement la ferme volonté liégeoise d’aboutir à une solution quoi qu’il lui en coûte…

bornes-convention

Dans le prolongement du règlement de cette affaire précise, l’occasion de signer ce compromis permettra en outre de mettre un terme à d’autres différends opposant Liège et Stavelot-Malmedy.

Liège accepte le partage de la commune Saint-Remacle et le placement de bornes qui, sur la face sud, porteront la date de 1768, sur la face est, un perron et les lettres LG et, sur la face ouest, STAVELOT (écrit sur deux lignes).

Cette borne est installée à Anthisnes, devant l’Avouerie, ce n’est bien sûr pas son emplacement d’origine mais là du moins sa sauvegarde semble assurée… Elle est identique à celle de la Commune Saint-Remacle et résulte de la même convention entre les deux Principautés.

Liège rachète à Stavelot les terres de Chooz (près de Givet) mais laisse à Stavelot le droit d’y désigner le curé.

Liège rachète à Stavelot les terres de Sclessin et d’Ougrée mais lui laisse le bénéfice des cens et rentes.

Liège renonce à ses droits sur Ocquier et Bonsin.

Liège cède Anthisnes et Vien à Stavelot (où les même bornes seront dressées).

bornes convention 2.jpg

Les bornes sont enfin placées les 3, 4 et 5 août et le 14 octobre 1768.

Cette dernière opération, si on en croit la légende, ne se fit pas non plus sans qu’apparaisse un conflit mettant aux prises le forestier et une vieille femme à la réputation sulfureuse surprise peu de temps auparavant alors qu’elle relevait ses collets. Lorsque le convoi lourdement chargé des bornes à installer entra dans un chemin forestier, les bœufs qui le tiraient refusèrent subitement d’encore bouger. Cette femme amenée sur les lieux fut menacée d’un emprisonnement immédiat si elle ne levait pas dans l’instant le sort qu’elle avait jeté. Elle se contenta de ramasser sur le chemin le stantche-boû (l’arrête-bœuf) qu’elle y avait posé… Cette plante est une variété de la bugrane rampante.

 

Jusqu’à la fin de l’ancien régime, ces bornes ne changèrent rien au quotidien des manants car le compromis signé ne faisait nullement mention d’une quelconque remise en cause du rôle de la Cour de la Boverie qui réunit toujours les Cours de justice de Louveigné et de Theux.

Ces bornes furent classées par arrêté-royal en 1935, réparées et redressées par le Touring-Club de Belgique en 1948.

L’action coordonnée, par Sentiers.be et la C.L.D.R. d’Aywaille, des communes d’Aywaille, de Sprimont et de Theux qui permet désormais d’aller à la rencontre de ces bornes, un petit patrimoine discret tellement chargé d’histoire, est sans doute d’une importance capitale pour en assurer la préservation en les faisant mieux connaître.

BIBLIOGRAPHIE :

BROUWERS D., Contestations territoriales entre les Principautés de Liège et de Stavelot au sujet de la Commune Saint-remacle, dépendance de theux, Verviers, 1901

COMPERE E. et OFFERMANNE H., Deigné, 1989

DE NOUE P., Le Grand Record de Theux 1431, in B.A.L., 1886

FLORKIN M., Un Prince, deux Préfets, Liège, Vaillant-Carmanne, 1957

VLECKEN A., La reid, centre de Tourisme. Son histoire, ses sites, ses promenades. Verviers, 1947

YERNAUX J., Histoire du Comté de Logne, Liège, 1937

REMERCIEMENTS

À Michel Bartholomé pour les photos

À René Gabriel pour la copie de la Convention entre les deux Principautés

A LA DECOUVERTE DES BORNES DE STAVELOT – La balade du 16/10/16

Semaine des Sentiers: des promeneurs découvrent l’histoire des « Bornes de Stavelot »

Françoise Dubois  – RTBF

le lundi 17 octobre 2016 à 14h46

La semaine des Sentiers s’est achevée ce dimanche par de nombreuses balades sur des chemins remis en valeur par des bénévoles et les autorités communales. Parmi ces chemins, celui des Bornes de Stavelot, sur les hauteurs de Deigné, entre Aywaille et Theux. L’histoire de ces bornes remonte à 1768. Elles délimitent toujours la frontière entre les arrondissements de Liège et de Verviers.

« Chercher la borne », c’était un peu le thème de cette balade. A l’époque, ces bornes délimitaient une route née d’un accord qui a pris du temps. René Henry, historien: « Ça sanctionne un accord qui aura mis 35 ans de gestation quand le Prince-Evêque de Liège a voulu réunir Franchimont et la Principauté de Liège. Il devait traverser les terres de Stavelot-Malmedy. Et le Prince-abbé a voulu tirer son épingle du jeu et avoir certains avantages ».

bornes-rtbf

Une cinquantaine de promeneurs ont découvert l’histoire et la petite histoire aussi, celle pour laquelle cette route était nécessaire: le passage des armées et le commerce des armes: « La petite Principauté de Liège veut rester neutre, parce que la spécialité de la Principauté de Liège, c’est la fabrication d’armes. En étant neutre, on en vend partout. Le fabricant d’armes le plus célèbre, c’est Curtius. A Liège, on disait « riche comme Curtius ».

Des bornes, elles sont neuf en principe sur ce sentier, qu’il a fallu défricher. Michel Bartholomé, du groupe Sentier: « Suite à un achat par un privé, son accessibilité était devenue interdite. Ce sont des bornes qu’on ne voyait plus. Il y en a une qui est manquante. Il faut qu’on la cherche. C’est encore un travail qui est à faire ».

Avis donc aux chercheurs, non pas d’or, mais … de bornes!