LES SAINTS PROTECTEURS DU BETAIL

La Petite Gazette du 22 mars 2000

CES SAINTS PROTECTEURS DU BETAIL

Il y a quelques semaines, Monsieur Georges Hext, de Chênée, faisait appel à vous pour parfaire ses connaissances à propos des saints guérisseurs de bétail. Comme d’habitude, vous avez été prompts à lui répondre et il me serait impossible de publier tout ce que j’ai reçu pour lui. Aussi vais-je me borner à vous en donner un aperçu seulement.

Madame Marcelle Cornet, de Hotchamps,  nous a encore fait le plaisir de plonger dans sa belle collection pour en extraire ceci :

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     « En l’église de Deigné, il y a une belle statue de Ste-Brigitte. Il n’y a pas bien longtemps encore, le 1er février de chaque année, une messe était célébrée en son honneur. Les paroissiens et ceux des villages avoisinants y assistaient nombreux. Après la messe, une grande bassine remplie d’eau était bénite et chacun pouvait en emporter chez soi un flacon ou une petite cruche. Vous pouvez lire la prière que l’on distribuait ce jour-là. La légende veut que sainte Brigitte possédait une vache. Un jour, de nombreuses personnes se trouvaient chez elle et la sainte se présenta, à plusieurs reprises, sous la vache et, chaque fois, put tirer du lait et ainsi rassasier ses nombreux convives. »

Monsieur Balthasar Guissart, de Fraiture Tinlot, a également tenu à nous confier ce qu’il savait de cette sainte Brigitte :

« Avant la guerre de 40, il existait à Fraiture-Tinlot un pèlerinage à sainte Brigitte, le 1er lundi de mai. En son honneur,  monsieur le curé célébrait une messe à 10h. et une foule nombreuse y assistait. Je viens de retrouver, dans un vieux missel, la prière qui était récitée en son honneur. « Glorieuse sainte Brigitte, vous avez reçu le don de dieu de préserver le bétail de tout accident et maladie contagieuse ; daignez, nous vous en prions, intercéder pour nous afin que notre bétail reste sain et sauf et, qu’un jour, nous puissions, avec vous dans le ciel, glorifier dieu et le louer dignement toute l’éternité. Ainsi soit-il ! »

Tous les assistants déposaient leur offrande à la collecte, qui était importante, et achetaient des médailles de la sainte à la sortie de l’église, pour les mettre dans les étables.

Sainte Brigitte est une mystique suédoise qui vécut de 1302 à 1373. Mère de sainte Catherine de Suède, sa statue se trouve, à droite, dans l’église de Fraiture. En dessous, il y avait un tronc toujours bien approvisionné ; maintenant il n’existe plus, de toute façon, il serait dépouillé ! Depuis longtemps, le pèlerinage n’existe plus.

Je me souviens d’une anecdote : un jour, monsieur le curé, sortant de l’église après la messe, vit arriver une pauvre vieille ayant l’air minable et triste. Elle accoste le prêtre et lui demande : « Mossieu l’curé, wisse esse t’elle, li sinte qu’on preie po lès bièsses, mi pôve gate èst si malade ?» « La troisième statue à droite, Madame. » « merci, mossieu l’curé, dju dirè one bone pryère po vos ». Il partit, après remercié, mais tout en riant de se sentir désormais bien classé. »

Mon correspondant poursuit son courrier en signalant que « on priait aussi saint Hubert, le 3 novembre, et ce jour-là, le prêtre bénissait les pains qu’on distribuait aux animaux. On priait aussi saint Antoine l’Ermite, accompagné de son petit cochon, le 17 janvier.

Aujourd’hui, plus de pèlerinage aux saints guérisseurs, ni pour les gens, ni pour les animaux. Plus de prêtres pour célébrer les offices. La science a remplacé la prière ; maintenant, les médecins et les vétérinaires sont assez nombreux pour guérir toutes les maladies, mais à coups de billets. »

Le folklore lié à ces saints guérisseurs du bétail et aux lieux où ils sont invoqués a également ses « musts ». Jugez plutôt ce que me transmet cette correspondante de Dolembreux.

« Le curé (ou le doyen) de la paroisse de Nassogne, en faisant visiter son église à notre groupe de pensionnés, nous a montré la statue de saint Monon.  A son sujet, il nous a conté l’anecdote suivante. Un brave paysan vient à l’église faire ses décotions et demande au curé : « Wisse esse ti, Moncheu l’curé, li sint qu’on preie po lès bièsses ? » Alors lui désignant saint Monon, il lui dit : « C’èst ci là vèye Madame »  « Vos esté bin binamé, Moncheu l’Curé, dji li va dire ine priyire por vos ! » et ma correspondante de préciser que cette anecdote est authentique et, en effet, je ne doute pas un seul instant que cette plaisante histoire est racontée en de nombreux lieux.

Un grand merci à mes correspondants pour les précieux renseignements qu’ils nous communiquent, mais aussi pour les documents et les anecdotes qui les accompagnent. Nous y reviendrons encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 29 mars 2000

LES SAINTS GUERISSEURS DU BETAIL

     L’appel de Monsieur Georges Hext, nous l’avons déjà constaté, a généré de bien intéressants courriers. Cette semaine nous partirons à la rencontre de la contribution de Madame Virginie Dussart, du Syndicat d’Initiative et de Tourisme d’Erezée, qui a eu la bonne idée d’extraire quelques passages de « L’Almanach des vieux Ardennais, Traditions et Saints de l’automne », édité par le musée en Piconrue, à Bastogne et d’autres documents relatifs au culte de Saint-Monon. Il y est, bien évidemment question des célèbres « remuages »

« Pendant la procession, les agriculteurs, qui y assistent, arrachent des branches aux arbres qui longent le chemin suivi par les reliques. Lorsque la châsse passe, ils y frottent les feuillages. Ils les ramènent chez eux pour les donner à manger à leurs animaux ou les pendre dans les étables. A Beausaint, on les garde pour en faire une infusion qui est donnée à boire aux veaux atteints de diarrhée.(…)

Protecteur des cochons, Monon est devenu le patron des bovins et des animaux de ferme.

A Marcourt, on recommande de l’invoquer tout spécialement lors des vêlages. A Noirefontaine, sur une bannière des années  1900, Monon est dit Assurance contre (la) mortalité (des) animaux. »

Monsieur Etienne Compère, de Remouchamps, m’a remis un article qu’il a signé dans la revue « Glain et Salm Haute Ardenne » (numéro 46, de juin 1997). Il y a recopié fidèlement, en respectant la forme et l’orthographe de l’auteur, de nombreux remèdes à destination des hommes ou des animaux puisés dans le « livre de raison » de Jean Mathieu Paquay (1797 – 1887), charretier à Vielsalm. A titre d’exemples, je vous livre ceux-ci :

« Remède pour une entors a une personne ous a un chevals

   Il faut metre le pies une demis lieux dans laux.

   Recette pour une vache qui hurine du sang

   Il faut prendre un blanc merte de chien et le mettre cuire dans un litre de bon lai et le donné  a la bete a jeun.

   Recette pour un vache qui a la maladie de poumon

    2 poinies de sel – une demis litre aux – une demis litre vinaigre de pomme. Il faut lui donne cette beuvage 4 jours et tous le jours il faut lui lavez la bouche avec un linge ataché a un bois avec le même beuvage. A pres les 4 jours il faut un demis livrs sel dangleterre – un jagtte drène de lains – 2 litre et demis aux et le metre bouir ensembre ; a près cela il faut lui donne le premier beuverage 8 jours et luis lavee la bouche et luis metrte une jenette a la bouche avec un gros noeque pandant un heurs.

    Recette pour faire aller le vage a toros

    Il fait prandre de bolet de cerf pour 3 sous et leire faire manger avec du buveage a plus jeurs fois. Cette recette peut servirs pour empaicher un cochon de venir en choleurs, il faut prandre de bolet de cerf pour 3 sous et leurs donner tout le 8 jours seur leurs mange peut a la fois.

    Remède pour un chevals forbus

    Il faut le faire saigne et puis le metre dans laux jusquas aux jenoux pandans une demie lieux. »

    Monsieur Compère en a ainsi répertorié plus de cinquante ! Pour ceux que cela intéresse, vous avez les références de la publication qui accueillit cet article.

    A nouveau à un grand merci à mes correspondants pour la qualité des réponses apportées à Monsieur Hext, qui me charge de les remercier chaleureusement.

6 réflexions sur “LES SAINTS PROTECTEURS DU BETAIL

  1. Merci pour votre intérêt. Malheureusement La Petite Gazette, dans sa version papier, a d’abord été drastiquement réduite avant de disparaître complètement de certaines éditions. Je sais que ce site n’est pas accessible à l’ensemble du lectorat et je le regrette sincèrement, mais que faire? Vous pouvez contribuer à mieux le faire connaître en diffusant largement son adresse.
    Pour La Petite Gazette,
    René Henry

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    1. Merci de votre réponse si rapide, j’ai eu votre lien par mon frère qui habite Hody et qui me donnait votre page toute les semaines pendant des années.
      J’ai aussi votre livre depuis sa parution.
      Je vais le faire connaître le plus possible car je l’aime beaucoup.
      Francesca

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      1. Merci à vous surtout! Je souhaite des heures de plaisir en parcourant les archives de La Petite Gazette. Vous y découvrirez également toutes mes publications…
        La Petite Gazette

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  2. Bonjour, avez-vous encore la page sur la médaille de Saint Benoit qui était assez bien fournie, j’aimerais la retrouver, car je l’avais trouvée fort intéressante et, malheureusement, je l’ai perdue dans un déménagement.
    Merci beaucoup à vous
    Francesca

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    1. Chère Francesca,
      C’est avec grand plaisir que, pour répondre à votre souhait, j’ai immédiatement recherché cette série d’articles et que, dans la foulée, je les ai replacés dans les pages de ce site. Vous les trouverez dans les rubriques « Médecine populaire » et « Traditions populaires ».
      Bien évidemment, je ferai, l’impossible pour répondre de la même façon à toute demande qui me sera adressée.
      Pour la Petite Gazette, René Henry

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