UN AVION SUR LE MONUMENT AUX MORTS DE LOMPREZ-WELLIN…

LE MONUMENT AUX MORTS DE LOMPREZ –WELLIN

Monsieur Philippe Hamoir, d’Esneux, a été interpellé par ce qu’il a découvert sur ce monument rencontré au gré de ses pérégrinations. Naturellement, il vous interroge à ce sujet.P1170141[2]

« Taillé dans la pierre, ce monument aux morts de Lomprez (Wellin) représente un avion vraisemblablement en difficulté. Aucune inscription ne donne de précision à ce propos, pas plus que les noms des victimes et combattants inscrits sur le monument. Peut-être les lecteurs de La Petite Gazette pourront-ils éclairer ma lanterne?

Dès la réception de cette demande, j’ai interrogé un des grands spécialistes de l’aviation militaire de la seconde Guerre Mondiale, monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, qui, immédiatement, a entamé une recherche dont il nous livre les résultats :

« Le monument de Lomprez-Wellin, avec dans en centre le bas-relief d’un avion en difficulté, nous rappelle en effet un événement dramatique qui s’est produit dans la nuit du 16 au 17 avril 1943. Non seulement quatre aviateurs y ont perdu la vie, mais aussi quelques villageois ont payé de leur vie le fait d’avoir hébergé clandestinement le seul aviateur survivant de cet équipage de cinq hommes.

Dans le centre de Lomprez (commune de Wellin) on trouvera un monument patriotique avec dans son centre un avion monomoteur en piqué. Ce bas-relief commémore le souvenir des quatre aviateurs, victimes de la chasse allemande, tombés en avril 1943 à Froid-Lieu/Sohier.

420 RCAF Sqn badge

Dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 avril 1943, le Bomber Command la Royal Air Force avait une double mission à accomplir. D’une part 327 bombardiers étaient expédiés vers les usines de Skoda armements à Pilzen enTchécoslovaquie. En parallèle, Mannheim, une grande agglomération industrielle au bord du Rhin, était l’objectif de 271 autres bombardiers. En même temps, 11 bombardiers larguaient des tracts au-dessus de la France. L’effort britannique se soldait par la perte de 54 bombardiers sur les 609 engagés, soit 8.9 % des forces engagés, un niveau de pertes dramatiquement élevé et jamais atteint jusqu’à ce jour.

Un de ces bombardiers s’est écrasé entre Froid-Lieu et Sohier (communes de Wellin). Il s’agit du bombardier bimoteur Vickers Wellington, immatriculé HE682 (PT-T), appartenant au 420 « Snowy Owl » Squadron canadien de la Royal Air Force. Le seul survivant a été fait prisonnier de guerre, tandis que les quatre autres membres d’équipage y ont trouvé la mort. Trois de ces hommes reposent à Heverlee, tandis que le 4e repose au petit cimetière communal de Froid-Lieu.

Bombardier Vickers Wellington

A 21hr14, (heure locale britannique, donc 22hr15 chez nous), ce bombardier avait décollé de sa base aérienne à Middleton-St-Georges en Angleterre. Il était un des appareils de l’armada de 271 bombardiers qui avait Mannheim en Allemagne nazie comme objectif, mais ce bombardier n’a jamais atteint son objectif. En effet, à peine 45 minutes après son envol, et environ au-dessus de la frontière franco-belge, le bombardier a été intercepté par l’ennemi. Un Messerschmitt Bf-110 piloté par Oberfeldwebel Erich Rahner du 3./NJG4 (Staffel 3 du Nachtjagdgeschwader 4, basé à Florennes) a attaqué le Wellington de front à 4500 mètres d’altitude. En quelques secondes, le nez de l’avion se transformait en un fourneau incandescent. Les flammes se propageaient le long du fuselage et les ailes. Soudainement, une aile se détachait et l’avion se retournait, descendant en spirale vers le sol. Dans sa chute, le bombardier a aussi perdu son deuxième moteur. Le bombardier s’est écrasé au lieu-dit « Fagne », entre Sohier et Froid-Lieu, mettant en feu un petit bois de résineux. Il était à ce moment 23 hr, heure locale.
Rapidement, une centaine de villageois se sont précipités vers le lieu du drame, mais une légère explosion et la chaleur du feu les empêchait de s’approcher plus encore de l’épave et ils durent se mettre à l’abri. Heureusement par eux, car une deuxième déflagration, beaucoup plus importante, projetait des débris dans un périmètre de 200 mètres autour de l’épave, tout en laissant un important cratère. Ces explosions s’expliquent par le fait que l’avion n’avait pas atteint sa cible et que tous les explosifs se trouvaient encore dans sa soute à bombes.
Le lendemain, tôt au matin, les Allemands sont arrivés et, très vite, ils ont hermétiquement bouclé tout le secteur du crash. Le pilote allemand est lui aussi descendu sur place pour confirmer et revendiquer son « kill ». Les villageois ont reçu la mission de rechercher les dépouilles des aviateurs, mais ils n’en ont découvert que trois. Le corps de la 4e victime a été projeté bien loin de l’épave lors de la 2e grosse déflagration de bombes et sa dépouille n’a été découverte par des villageois que plusieurs jours après les faits.Un menuisier de Wellin lui a fabriqué un cercueil et le corps a par la suite été enseveli au cimetière communal, contrairement aux trois autres qui avaient déjà été enterrés à Saint-Trond.
Les Allemands ont enlevé les bombes et les munitions qui n’avaient pas encore explosé. Ensuite, ils scrupuleusement rassemblé tout ce qui restait du bombardier britannique. Les débris ont été chargés sur un wagon de chemin de fer à Rochefort et, par la suite, évacués vers une décharge (« Beutekamp ») à Nanterre où les métaux étaient triés, fondus et recyclés. Le cratère a été rebouché et nivelé, mais une légère dépression est longtemps restée perceptible.
Sgt Kenneth T.P. Allan, un Canadien, mitrailleur de la tourelle de queue, a réussi à s’extraire de l’avion en parachute et il futle seul à survivre. Il doit sa survie au fait qu’il se trouvait dans la queue de l’avion au moment de l’attaque frontale du chasseur de nuit de la Luftwaffe. Il a réussi à s’évader et il a été hébergé, pendant 7 semaines, dans une famille à Baronville (Beauraing). Lors de sa prise en charge par des agents de la résistance pour préparer son extradition vers l’Angleterre, il a été dupé par un agent double (un espion allemand infiltré dans les réseaux clandestins) et la Gestapo l’a arrêté à Charleroi. Il a passé le reste de la guerre comme prisonnier de guerre au Stalag 357. Il a survécu à sa captivité et il est retourné en Ontario après la guerre.

La famille qui avait discrètement hébergé l’aviateur allié a payé le prix fort : arrêtés le 7 juin par la Gestapo, les parents ont été emprisonnés, interrogés sous la torture et condamnés à mort. Le père ainsi qu’un de ses amis et un agent secret ont été fusillés au stand du Tir National de Bruxelles. La mère a péri dans le camp de concentration de Ravensbrück. Leurs deux fils adolescents ont été incarcérés dans un institut disciplinaire en Allemagne jusqu’à leur libération en 1945 par les Alliés.
Les quatre membres d’équipage morts dans le crash sont:
Flight Sgt Lawrence Melville  Horahan, R/127784, pilote, 23 ans, un Canadien de Toronto.
Flight Sgt James EarlIsaacs, R/124524, navigateur, 35 ans, un Canadien de Burin/Newfoundland.
Sgt Horace Stanley PullenRadford, 1206438, opérateur radio, 34 ans, un Anglais de Hounslow.
Initialement enterrés à Saint-Trond, ces trois hommes reposent désormais au cimetière communal de Heverlee.

Tombe Froid-Lieu (3)Sgt Lester Kenneth Plank, R/113191, navigateur, 21 ans, un Canadien de Bluffton/Alberta. Il repose au cimetière communal de Froid-Lieu (Sohier, commune de Wellin). Son corps a été retrouvé plusieurs jours après et bien loin du lieu du drame puisqu’il avait été projeté loin de l’épave par l’explosion. Un menuisier de Wellin lui a fabriqué  un cercueil et le corps du Canadien a par la suite été enseveli au cimetière communal. Voilà la raison pour laquelle le Sgt Lester Plank ne repose pas à Heverlee à côté des autres victimes du crash.

Le livret de bord du Sgt Plank montrait qu’il n’avait que trois mois de service opérationnel avant son décès, et seulement 15 heures de vol dont 8 heures de nuit. Avant sa mission fatidique du 16/17 avril 1943, il avait participé et accompli trois missions : Kiel le 4 avril, Frankfort le 10 avril, Stuttgart le 14 avril, et il trouva la mort lors de sa 4e mission.

A Froid-Lieu, dans la Rue Alphonse Detal, et non loin de l’église, on tombe sur un monument en pierre naturelle sur lequel est fixée une plaque commémorative portant l’inscription « Tombe de Guerre du Commonwealth-Commonwealth War Grave ». Ce petit mémorial renseigne les passants sur la présence de la sépulture du Sgt Plank dans le cimetière communal.

Infos complémentaires :
1. Ofw Erich Rahner a totalisé un score de six avions abattus durant la guerre. Son grade, Oberfeldwebel, était le plus haut rang du sous-officier allemand.
2. Stalag (« Stammlager ») 357 était un camp de prisonniers de guerre, situé près de Bad-Fallingbostel, une ville d’Allemagne du Basse-Saxe situé entre Hambourg et Hanovre

 

Recherche et synthèse réalisées, avec la précieuse contribution du Musée de l’Air au Cinquantenaire, Bruxelles, par Rik Verhelle, à 6941 Bomal-sur-Ourthe       

UN ESPION A ORTHO EN 1941

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

UN HURRICANE SE POSE A ORTHO, SON PILOTE EST TOUT SAUF UN HEROS !

Monsieur Jean Englebert, de Tohogne, m’a fait parvenir la copie d’un passionnant article extrait d’un récent numéro du mensuel « Le Fana de l’aviation » (n° 417 – août 2004), dû aux plumes de Richard Chapman et Roy Nesbit et traduit par Michel Bénichou. Cet article suit, pas à pas, l’enquête minutieuse des auteurs qui découvrirent progressivement une étonnante réalité. Voici ce que j’en ai retenu :

Le 18 septembre 1941, un Hurricane de la R.A.F. se pose à Ortho, dans une prairie marécageuse, non loin d’un aérodrome allemand. Un ouvrier agricole, témoin de la scène, cherche quelqu’un pouvant s’exprimer en anglais. Le pilote, grâce à l’intervention de patriotes Amand Durand et Léon Charlier, reçut des vêtements civils et de la nourriture ; puis il trouva refuge dans les bois voisins. Le lendemain, vers 5 heures, il se rendit à une patrouille allemande. Il dénonça les civils qui l’avaient aidé : Amand Durand et Léon Charlier furent fusillés, la femme de ce dernier et un certain Antoine furent, quant à eux, emprisonnés. A Ortho, une rue perpétue le souvenir d’Amand Durand.

Qui était donc ce pilote pour agir de la sorte ? Le remarquable travail de recherches des auteurs de l’article porté en référence a permis de l’apprendre.

Augustin Preucil est né le 3 juillet 1914 en Tchécoslovaquie. Il est breveté pilote de la Force aérienne tchécoslovaque où il devient instructeur. Quand l’armée allemande envahit son pays, loin d’être abattu, il demande son incorporation dans la Luftwaffe ! Cela lui est refusé car il n’est pas né allemand. Il est arrêté, en été 1939, parce qu’il essaie de quitter le protectorat allemand ; la gestapo le convainc de devenir un de ses agents. Commence alors un étonnant périple qui le mènera  en Angleterre vraisemblablement via la Pologne, la France où il s’engage dans la Légion étrangère et est affecté en Algérie. Devant l’imminence du conflit, il rejoint la métropole et on retrouve sa trace au centre d’instruction de Chartres. La France est défaite et, comme les autres pilotes tchécoslovaques, il arrive en Angleterre où il connaît diverses affectations dont la base d’Usworth, comme moniteur dans une unité opérationnelle. C’est de là qu’il disparaît le 18 septembre 1941, laissant croire à son élève, dans l’avion qui l’accompagnait, que son appareil s’est abîmé dans la Mer du Nord. Il avait réussi sa mission : livrer à l’occupant un Hurricane de la nouvelle génération.

Sa traîtrise lui rapporta 10 000 Reichmark de récompense. Il poursuivit ses sombres activités au sein de la Gestapo, il était notamment mêlé, dans les camps, aux résistants tchécoslovaques dont il rapportait les confidences…Il fut arrêté par les Alliés en mai 1945, son procès eut lieu en 1947 et, dans le respect de la sentence prononcée, Preucil fut pendu, à Prague, le 14 avril 1947.

Les auteurs de cette remarquable enquête ont vu en ce renégat un des rares espions ayant réussi à infiltrer la R.A.F.

Avez-vous d’autres informations sur cet espion ou sur la façon avec laquelle il livra un hurricane à l’ennemi ? Si oui, vous comprendrez immédiatement l’intérêt de tenir La Petite Gazette informée. Un immense merci.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Monsieur Jacques Bastin,  de Heyd, est un véritable passionné d’histoire militaire et c’est avec énormément de rigueur qu’il mène des recherches, qui le conduisent souvent bien loin des sentiers battus par la pensée unique… Aujourd’hui, il nous livre souvenirs et réflexions à propos de ce Hurricane qui s’est posé à Ortho, durant la dernière guerre.

« Les compléments historiques qui suivent sont le fruit de confidences que j’ai jadis reçues, en cercle intime, de grands pilotes belges qui, au cours de la dernière guerre, avaient décidé de rejoindre les rangs de la RAF afin de continuer le combat contre les Forces de l’Axe.

Disons d’emblée qu’un des tout grands soucis des Anglais, voyant alors venir une multitude d’étrangers se réfugier chez eux, était d’assurer un fonctionnement parfait de leurs services de contre-espionnage. Si, en effet, ils avaient bel et bien besoin de toutes les bonnes volontés possibles et imaginables pour résister aux attaques de la machine nazie, il leur fallait néanmoins continuellement veiller à bien séparer le bon grain de l’ivraie. Et ainsi, une de leurs préoccupations majeures se situait justement, indéniablement, au niveau du recrutement de leurs pilotes qui devaient absolument, pour les raisons qu’on devine aisément, être des éléments au-dessus de tout soupçon.

Voici, à ce sujet, un petit extrait d’article que j’ai écrit, en 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin des hostilités, lequel montrera assez bien l’incessante angoisse des Autorités anglaises de l’époque à ce sujet :

   Sait-on qu’un des plus fameux, sinon le meilleur, des pilotes de chasse en Angleterre, en 1941, était le Belge Jan Offenberg (dit « Le Peiker ») ? Ce pilote d’avant la guerre avait rejoint par bateau, en partant de Casablanca, les Iles Britanniques où il avait décidé de continuer le combat. Il fut d’ailleurs le premier Belge à recevoir la Distinguished Flying Cross (DFC). Mon vieil ami Raymond Lallemant (DFC, ayant plus de 500 missions de guerre) dit d’ailleurs ce qui suit, en un de ses ouvrages, en parlant de ce grand pilote qui, bravement, contrairement à ce que les apparences pouvaient laisser croire, avouait aller au combat en ayant peur : « « Offenberg connaissait les risques. Il les évaluait ; les cernait puis agissait lucidement. Peter Nash me dit un jour : « Je préfère aller au-dessus de Saint-Omer avec le Peiker que de voler derrière certains de nos pilotes au-dessus du Kent. » …

   Offenberg avait une qualité extraordinaire : celle d’être toujours présent où il fallait. Il avait une vue d’oiseau de proie. Il pressentait l’événement. » »

   Sait-on bien encore, en Belgique, qu’un jour de 1941, alors qu’il faisait les essais d’un tout nouveau prototype de Spitfire, il prit à Offenberg, las de ses évolutions acrobatiques dans le ciel d’Angleterre, l’idée de pousser soudainement une petite pointe en France, dans la région de Cherbourg. Les Autorités anglaises crurent même un instant, véritablement sidérées, qu’elles avaient affaire à un étranger passant brusquement à l’ennemi avec un de leurs tout nouveaux appareils. Offenberg, au cours de cette rapide escapade en solitaire, détruisit, en vol, quatre avions de chasse allemands qu’il rencontra tout fortuitement !

   Ce grand chasseur devait, hélas ! quelques mois plus tard, bien malheureusement périr aux commandes de son avion, dans un stupide accident au sol provoqué par un pilote incroyablement distrait lors de sa phase finale d’atterrissage.

Ce court extrait montre à suffisance, je crois, quelle tension pouvait bien sans cesse régner au sein des Services anglais de contre-espionnage dans le domaine qui nous occupe. Le cas évoqué dans la « Petite Gazette » est, au plan opérationnel, toutefois beaucoup moins dramatique pour les Anglais car le Hurricane, avion certes fort robuste mais datant néanmoins des années 1936-37, traînait déjà un peu la patte, lors de la Bataille d’Angleterre (13 août-31 octobre 1940), face aux chasseurs alle­mands [les Focke-Wulf 190 (Fw 190) et Messersmitt (ME 109)]. Il était donc devenu un rien vieillot en septembre 1941 lors de l’escapade évoquée. » A suivre…

La Petite Gazette du 1é janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Retrouvons les souvenirs de M. Jacques Bastin, de Heyd :

« Maintenant, je vais tenter de vous montrer jusqu’où les affaires, au cours du dernier conflit mondial,  ont pu, parfois, aller, de manière totalement inattendue de la part des malfaiteurs. Pour illustrer ceci, voici une histoire entendue de la bouche même de Raymond Lallemant ( héros belge distingué par la Distinguished Flying Cross et ayant, à son actif, plus de 500 missions de guerre).

« Un de ses amis, pilote anglais, doit sauter en parachute au-dessus de la Belgique. Arrivé au sol, il entend du bruit et, selon les consignes reçues, il demeure étendu sur le sol en faisant le mort. Des gens s’approchent et sans s’occuper le moins du monde de son état, ils lui volent froidement son chronomètre et ses bottes fourrées avant de se sauver dare-dare. Peu après, le pilote est enfin recueilli par des patriotes belges auxquels il conte sa mésaventure et qui le font rentrer en Angleterre par une filière éprouvée.

Le territoire à peine libéré en 1944, les Services spécialisés étaient déjà chez les fameux voleurs pour leur demander des comptes. »

Enfin, dernière histoire véritablement rocambolesque mais toutefois absolument authentique qui va, je crois, donner une assez bonne idée de la complexité que peut parfois revêtir le problème :

Lors de la guerre civile espagnole s’étalant de 1936 à 1939, un adjudant pilote belge déserte pour rejoindre les « Brigades internationales » opposées au Caudillo Franco ouvertement soutenu par Hitler et Mussolini. Cette guerre civile, comme chacun le sait, allait se terminer le 1er avril 1939 par la victoire du Général félon Franco. La défaite du « Front populaire » devenant de plus en plus inéluctable, lesdites « Brigades » furent alors instamment invitées par ce dernier à quitter, dès le 28 octobre 1938, le territoire espagnol tant qu’il en était encore possible de le faire pour elles dans de bonnes conditions de sécurité. Notre fameux adjudant s’en va donc ainsi Dieu seul sait où. Ce que l’on sait, c’est que dès 1940, alors que l’Angleterre est seule aux abois, notre homme se manifeste sur le sol anglais où il fait les démarches nécessaires pour s’engager immédiatement comme pilote dans la RAF qui a alors un très urgent besoin d’hommes chevronnés.

En dépit de la situation critique que connaît la RAF, notre homme, apparemment anti­nazi jusqu’aux bords de l’âme, ne parviendra cependant jamais à s’y faire engager. Il va ainsi végéter sur le sol anglais durant toute la guerre. Les Belges présents en Angleterre ne parviendront pas à comprendre alors les raisons de cette fameuse mise à l’écart. Après la guerre, notre déserteur incompris rentre en Belgique. Peu de temps après, on vient l’arrêter chez lui. Il sera traduit devant le Conseil de guerre, condamné à mort et passé par les armes.

C’était en fait un homme qui, de longue date, était à la solde des nazis et avait été chargé par ceux-ci de ramener en leurs lignes un SPITFIRE : avion ayant toujours fait rêver les pilotes allemands de l’époque.

En voilà une histoire rocambolesque, n’est-ce pas ? Tout bonnement incroyable !

Maintenant, bonne question avant de conclure : « Comment ce pilote espion tchécoslovaque (le pilote du Hurricane qui se posa à Ortho) a-t-il bien pu, lui, passer ainsi entre les mailles, pourtant ténues, du réseau tendu par le « Counter-Intelligence Service » anglais ? Ici, mystère total ! » « Errare humanum est » ou cela est-il peut-être tout simplement dû à un relâchement de la vigilance portée sur le Hurricane qui était alors, comme nous l’avons vu, déjà un peu vieux comme modèle pouvant encore vivement intéresser l’ennemi ? »

Un immense merci à M. Bastin pour ses précieux éclaircissements.

La Petite Gazette du 23 septembre 2005

A PROPOS DE CET AVION QUI SE POSA A ORTHO…

   Nous en avons parlé au mois de décembre dernier et, depuis, je suis en possession d’un passionnant courrier de M. Jean-Michel Bodelet, de La Roche-en-Ardenne, qui me transmettait alors une copie d’un article paru dans le n° 123 du « Brussels Air Museum Magazine ». A l’époque, l’abondance de sujets m’avait contraint de laisser de côté cette communication… Heureusement, à La Petite Gazette rien ne se perd. Avec toutes mes excuses pour le retard, je vous engage à découvrir l’article en question.

« un HURRICANE TRÈS SPÉCIAL

   Lors d’une vérification de notre base de données des avions perdus pendant la 2ième Guerre Mondiale, mon attention fut attirée par un Hurricane de la RAF ayant fait un atterrissage forcé près de Laroche ( à Ortho précisément) le 18 septembre 1941. En effet, un Hurricane qui a volé jusqu’à Laroche n’a plus suffisamment d’essence pour retourner en Angleterre ! J’ai pris contact avec Jean-Michel Bodelet, licencié en histoire et historien de la ville de Laroche, qui m’a raconté en quelques minutes l’aventure de ce mystérieux Hurricane. Je ne suis pas le premier à avoir découvert l’histoire de Laroche, car Jean-Louis Roba a, déjà publié en 1997, un très bon article dans le n° 7 de la revue « Contact » Roy Nesbit et Richard Chapman ont également publié un article extrêmement bien documenté dans l’édition de juin 2003 de la revue « Aéroplane ». Jean-Michel Bodelet, à son tour, a inséré un résumé de cette aventure dans « La Province de Luxembourg » du 25.08.2003. Il me semble malgré tout intéressant de rappeler quelques-uns des événements qui n’ont jamais reçu une réponse complète, d’aucune source que ce soit.

   Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie, le pilote militaire Tchèque Augustin Preucil s’est porté volontaire pour la Lufwaffe, mais sa candidature fut rejetée à cause de sa nationalité. En essayant d’atteindre le Brésil pour devenir pilote de ligne, il fut arrêté par l’occupant et persuadé de devenir un agent de la Gestapo. Preucil rejoignit la France en 1939 et fut incorporé au Centre d’Instruction de la Chasse à Chartres. Il rejoignit ensuite l’Angleterre et fut incorporé dans la Royal Air Force Voluntary Reserve, notamment à la 55 Operational Training Unit.

   Le 18 septembre 1941, Preucil reçut l’ordre de son «contact» en Angleterre d’amener son appareil aussi loin que possible en territoire occupé. A court d’essence au-dessus des Ardennes, il se posa à Ortho à 18hl5. Il fut immédiatement pris en charge par les habitants du village et, pourvu de vêtements civils, il disparut dans les bois. Dans le rapport du service de Renseignements « Clarence » ( une inépuisable source de renseignements à caractère historique,) du 30 septembre 1941 et adressé au capitaine Page du War Office nous pouvons lire: «Le lendemain, 19, à 5 heures (Greenwich), le garde-champêtre prévient les Allemands qui envoient cinquante hommes, lesquels fouillent en vain toute la région. Peu avant leur départ, le pilote sort du bois voisin, se dirige vers les Allemands et fraternise aussitôt avec eux. Il dénonce immédiatement ceux qui lui ont donné les vêtements, indiquant même la composition de la famille. Arrestation immédiate de quatre personnes: les parents et les deux filles ».         

   Dans un rapport ultérieur de « Clarence », une précision est apportée au sujet des personnes arrêtées: il s’agit de Léon Charlier, garde-chasse, de son épouse de Amand Durand, maréchal-ferrant et d’un jeune homme étranger à la localité. Charlier et Durand furent condamnés à mort et fusillés au Tir National le 21 septembre 1942, L’épouse Charlier le jeune homme ( un  certain Antoine ) furent condamnés à des peines de prison.

   Preucil rejoignit Prague, sa ville natale, et reprit du service à la Gestapo locale. Il fut arrêté le 19 mai 1945, condamné à mort et pendu le 14 avril 1947. Quant à son avion, il fut transporté en Allemagne et exposé dans un musée à Berlin. Ce dernier fut bombardé et personne ne semble savoir ce que le Hurricane est devenu.

Lt Col d’Avi bre Jules MUSYCK »

Les réquisitions durant la guerre 1940-1945

La Petite Gazette du 7 janvier 2009

AU SUJET DES REQUISITIONS DURANT LA GUERRE

Monsieur René Dossogne, de Modave, partage ses souvenirs avec les lecteurs de La Petite Gazette :

« En 1942, j’étais âgé de 14 ans et nous habitions une petite maison isolée du centre par des petits chemins sans grand entretien, donc assez difficile d’accès. Nous possédions une vache et nous devions livrer chaque année un certain quota de viande – on se débrouillait. Un cultivateur avait, près de chez nous, quelques vaches dont une n’était pas déclarée. Elle donna un veau mort-né et son propriétaire chercha un moyen de s’en défaire discrètement. Comme notre vache était en attente d’un heureux évènement, le voisin dit à notre mère qu’elle n’avait qu’à déclarer que notre vache avait vêlé et présenter aux autorités la dépouille du veau mort-né. « Ce n’est pas pour quinze jours à l’avance, cela passera ! »

Chose faite on attendit la naissance du veau, dans l’espoir que la laiterie ne passerait pas… Où cela s’est corsé c’est quand ma mère s’est rendu compte qu’elle s’était trompée d’un mois. Le veau qui était censé mort grandissait, toujours bien vivant, dans le ventre de notre vache…

Je vous laisse imaginer ma mère dans les transes et l’inquiétude chaque fois qu’elle voyait un étranger s’approcher de notre maison. Heureusement, tout se passa bien et le veau, le bon, échappa à l’exportation. Après la guerre, on en a bien ri, mais si les fritzs étaient venus… »

Merci pour ce témoignage, nous en confierez-vous d’autres ? Il m’a déjà été rapporté que dans le cas de la naissance d’un animal mort-né, sa dépouille servait à plusieurs reprises, permettant ainsi à autant d’animaux vivants d’échapper à la réquisition. M’en parlerez-vous ? Je l’espère et vous en remercie.

La Petite Gazette du 21 janvier 2009

POUR EVITER LES REQUISITIONS

Répondant à mon souhait, c’est Monsieur Jean Colla, de Cielle, qui évoque des souvenirs confiés par son papa :

« Je voudrais apporter mon témoignage à propos des veaux mort-nés… Je confirme que, pour éviter les réquisitions lors de la dernière guerre les veaux mort-nés pouvaient servir plusieurs fois : après la visite du contrôleur, le veau allait se faire contrôler dans une autre ferme, jusqu’à trois fermes différentes m’a raconté mon père… Mais comment ?

Et bien tout simplement la nuit, avec le vélo. C’est là que mon père était savoureux : « j’ai essayé plusieurs fois, disait-il, de le fixer sur le porte-bagages du vélo avec des liens de veaux (évidemment ! Pas d’élastiques, ni de sangles à cette époque) c’est impossible à tenir : c’est grand et raide un veau –mort » et de m’expliquer que la bonne méthode était de le pendre au cadre du vélo, il y avait encore moyen, disait-il, de s’asseoir sur la barre dans les descentes.
Il paraît que les contrôleurs n’y voyaient que du feu et les éleveurs étaient d’autant plus fiers que le risque encouru lors de ces escapades nocturnes était grand ! »

Viendrez-vous, à votre tour, partager vos souvenirs sur ce sujet ? D’avance, merci.

La Petite Gazette du 11 février 2009

POUR ECHAPPER AUX REQUISITIONS

Monsieur Victor Clavier, de Bomal s/O, revient, pour mon plus grand plaisir et je suppose le vôtre, sur ce sujet :

« Je puis témoigner quelque peu des astuces des Communes visant à livrer le moins possible à l’ennemi de 1940 à 1944. Les fermiers devaient  présenter régulièrement à l’occupant un certain cheptel à Barvaux. Mais la commune de Bende-Jenneret, à dessein, était systématiquement très attardée, ce qui énervait l’officier allemand à chaque réquisition : « Commune de Bande, toujours en retard ! »

Cette attitude leur permettait parfois de ne rien livrer.

Au point de vue administratif, mon père, secrétaire communal, délivrait de fausses pièces d’identité pour les jeunes en situation d’être envoyés en Allemagne au travail obligatoire. Il faisait de même pour des familles juives.

A sa demande, et pour varier les écritures, avec ma plume « Ballon », j’ai moi-même, à onze ans, rempli quelques cartes d’identité avec de faux noms !

Autre souvenir de cette époque, relevant celui-ci davantage de l’humour… Mon père recevait les « administrés » le soir si, dans le courant de la journée, il leur était impossible de se présenter au bureau communal ouvert de 9h. à 12h. Un certain soir, A (que ne je citerai pas) se présente chez nous pour une déclaration d’emblavures gelées en cet hiver 1942 particulièrement rigoureux. La superficie gelée était, si pas systématiquement doublée, largement augmentée pour livrer un minimum à l’ennemi et éviter les contrôles en cas d’abus. A., non satisfait de la proposition, dit à mon père, mi sérieux, mi-blagueur, « Secrétaire, tu es pire que les Boches ; après la guerre, on te pendra ! »

Quand on sait les risques qu’il prenait, au point d’échapper de justesse à la déportation, c’était honteux ! Ma mère qui tricotait à côté de la cuisinière lui répondit du tac au tac : « Vous saurez, A., que lorsqu’on arrivera à Isidore, il y aura longtemps qu’il n’y aura plus de corde ! » Il en resta bouche bée et ne se permit plus aucune maladresse du genre. »

Un grand merci à M. Clavier qui rappelle, fort utilement, le rôle précieux joué par de très nombreux secrétaires communaux de nos régions (et, bien sûr, d’autres fonctionnaires patriotes et foncièrement humains) pour préserver au mieux et protéger efficacement les habitants de leurs communes face aux exigences de l’occupant.

LEON PIRLOT, de HOTTON, CHASSEUR ARDENNAIS 1940-1945

La Petite Gazette du 9 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Les années passent et ils sont toujours moins nombreux à pouvoir évoquer les grands bouleversements, que le monde a connus au vingtième siècle et dont ils ont été les acteurs ou les témoins directs.

Monsieur Léon Pirlot, de Hotton, a pris soin de consigner ses souvenirs et de rassembler des documents pour les illustrer. Ensemble, durant tout cet été, nous feuilletterons son album…

« Je suis entré à l’armée le 16 octobre 1939. J’ai fait mon instruction à la caserne Prince Baudouin, à Bruxelles, place Dailly, au 2e Chasseurs Ardennais.

Lors de la création du bataillon moto des Chasseurs Ardennais, on a demandé des volontaires. Personne ne s’étant présenté, on a pris d’office ceux qui avaient déjà été punis… j’étais du nombre.

Nous avons quitté Bruxelles vers la mi-janvier pour Ernage – un dépôt de l’armée – où nous sommes arrivés le 23 février 1940. Chaque jour, nous allions à la sucrerie de Gembloux, où le lieutenant Leblanc nous initiait à la conduite des engins. Nous y sommes restés un mois et demi.

L’instruction terminée, nous sommes venus en cantonnement à Fisenne. Je faisais partie de la 3e Compagnie Engins, tandis que Louis Bresmal appartenait à la 1ère Compagnie. Ma sœur et une tante de Louis sont venues nous rendre visite un dimanche. Un jour, nous avons également eu la visite de deux braves sœurs. Je les ai vues, mais je n’ai pas parlé avec elles. Elles auraient fait partie de la 5e Colonne  – on me l’a appris par après –  mais trop tard, hélas.

Pirlot 1  Je montais de garde, suivant mon tour, sur le versant où l’on découvrait le village d’Erezée et son pont au pied de la colline. Ayant bénéficié d’un congé de 10 jours en qualité de fermier, j’étais chez moi le 10 mai. »

 

 

 

 

 

Nous retrouverons notre soldat, au matin du déclenchement du conflit, dès la prochaine édition.

 

La Petite Gazette du 16 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous sommes le 10 mai 1940 et le soldat Pirlot, Léon, Bon.Moto Chasseurs Ardennais 3e Cie Engins N° matricule : 296 1401 est chez lui, bénéficiant d’une permission de 10 jours.

« Ce jour-là, j’ai été réveillé vers 4 heures par des bruits anormaux d’avions. M’étant levé un peu plus tard, je suis allé voir : de nombreux avions sillonnaient le ciel à très haute altitude, laissant derrière eux des traînées de condensation, ce qui ne se voyait jamais à l’époque. Avant mon lever, j’ai aussi entendu des déflagrations. C’était la gare de Jemelle qui était bombardée. Germaine Dehez qui m’aperçoit dans la cour me crie : « C’est la guerre ! Les soldats doivent rentrer, on l’annonce à la radio. » J’allume mon poste et, en effet, le journaliste de service répète ce que la voisine vient de me dire, annonçant l’envahissement de la Belgique par les Allemands et le bombardement de Jemelle et d’Evere.

C’est ainsi que, vers 7h30, je pars à vélo pour Fisenne, pour la captivité… pour 5 ans… Je rejoins mes camarades qui occupaient les positions dans les bois. Certains tiraient inutilement sur les avions qui continuaient toujours à passer haut dans le ciel. »

Dès la semaine prochaine, nous retrouverons notre soldat au début de sa campagne des Dix-huit jours.

La Petite Gazette du 23 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

La guerre vient d’être déclarée par l’envahissement de la Belgique par les troupes allemandes et le soldat Léon Pirlot vient de rejoindre ses camarades dans les bois de Fisenne.

« A minuit, nous nous replions vers Fraiture, on incendie les bâtiments au préalable. Le soldat André Albert se serait tué en dévalant la pente boisée, après le pont d’Erezée, direction Fisenne, en ayant raté un virage dans l’obscurité ? Des camarades m’ont raconté qu’au pont d’Erezée, ils avaient vu des Allemands transporter des madriers pour réparer le pont sauté et que, quelques semaines auparavant, un civil les avait commandés à la scierie Dory, qui se trouve à peu de distance de là.

A 5h., nouveau repli vers Temploux. J’omets cependant de dire qu’au cours de la retraite vers Oppagne, au cours d’une halte, j’ai revu Robert Delacolette, lieutenant, et mon voisin Alexandre Guissart, du 3e Chasseurs Ardennais. Il m’a raconté avoir déjà combattu à Chabrehez, où l’ennemi a été arrêté pendant plusieurs heures, et que les Allemands avaient tué des civils. Il avait l’air assez excité. Nous étions déjà mêlés aux évacués, qui encombraient les routes. Ils m’ont dire venir de Vielsalm.

A Temploux donc, le dimanche 12 vers 15h., une vague de bombardiers arrive, lançant des chapelets de bombes. J’en vois tomber sur les maisons, partout. Cela dura jusque vers 20h. Heureusement, nous étions bien camouflés dans un bois et ils ne nous on pas aperçus. Sur les hauteurs, des baraquements militaires étaient en feu et Temploux détruit.

Pour atteindre cette localité, nous sommes passés par Huy où le pont miné allait sauter aussitôt notre passage effectué. Les artificiers se démenaient, criant : « Passez vite, vite, le pont va sauter ! » En effet, à peine suis-je passé que j’entends la déflagration. Des soldats isolés d’autres unités n’ont pu passer !

A 9h., le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Perwez pour y défendre l’obstacle antichar Cointet (appelé du nom de son inventeur cet obstacle était constitué de grilles d’acier montées sur rouleau, hautes de 3 m et larges de 5, pesant 1300 kg, uniquement sur route. Les rouleaux servaient à les déplacer pour le passage éventuel de véhicules. Les autres grilles étaient fixes.) Pour nous y rendre, nous roulons dans un chemin agricole encaissé et étroit. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre soldat à la défense de cet ouvrage.

 La Petite Gazette du 30 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, chargé de défendre un obstacle antichar Cointet à Perwez. « Arrivés sur les lieux de défense, nous prenons position dans un chemin creux à une certaine distance de la barrière antichar s’étendant sur des kilomètres, des kilomètres…

Un officier du bataillon nous renseigne sur notre mission : « il va y avoir une bataille, des chars allemands vont vous attaquer. Votre mission est de défendre l’obstacle Cointet . » Fusils contre tanks ! Heureusement, les Chleuhs ont accompli leurs exploits dans une autre zone de combat. A 11h., bombardement de la ville.

Le 13 (mai) à Perwez, je me souviens, nous étions sur la place du village. Les balles nous sifflaient aux oreilles ; les Marocains, impassibles, avaient posé des mines sans nous avertir, ce qui rendait tout déplacement dangereux.

A un Marocain qui fumait tout près d’une mine : « Que ferais-tu si les Allemands arrivaient ? » « Je déposerais ma cigarette sur la mine » répondit-il, stoïque. Par après arriva près de moi une ambulance dont l’arrière avait reçu une rafale de mitrailleuse. Je reconnais le chauffeur, Gaston Hébrant, de Verdenne, que je n’avais plus vu depuis plusieurs années. Des bombes tombaient à 20 m. et me glaçaient le sang. Puis vint la nuit, une nuit noire : on n’y voyait pas.

Dans cette nuit terrible, le sergent m’avait ordonné de porter l’ordre de repli à quelques camarades qui auraient dû se trouver dans les parages. Je n’ai pu les avertir : je ne les ai pas trouvés. Pendant le jour, certains ont commencé à piller les magasins. Nous ne recevions rien à manger : on tirait son plan comme on le pouvait. Je n’ai reçu qu’une fois à manger durant les quinze jours de guerre et je n’ai vu la roulante qu’une fois.

En conséquence on ne mangeait que ce que les civils voulaient bien nous offrir, quand civils il y avait sur les lieux. Sinon, il fallait voler dans les magasins pour survivre !

J’étais sorti d’une épicerie avec un camarade ou deux. J’avais en main un paquet de biscuits genre ‘Petit-Beurre’, quand une voisine nous prend à partie et nous crie : « Vous êtes encore pires que les Allemands ! » Sans doute ignorait-elle notre détresse, je lui répondis : « Les Boches vous mangeront Madame ! » Puis, nous sommes partis vers notre triste destinée, rejoindre nos side-cars.

Nous avons reçu chacun, comme vivres de guerre, des biscuits très durs qui, trempés dans l’eau, augmentaient de volume et étaient excellents, surtout la faim aidant. Ils étaient contenus dans une boîte d’aluminium, d’environ 15 cm X 10cm X 10 cm, avec défense formelle de les manger sans en avoir reçu l’ordre. Je suis toujours en possession de la boîte, mais pas des biscuits… »

La Petite Gazette du 7 juillet 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, dans la région de Perwez, le 14 mai 1940 :  « Le 14, repos après avoir effectué un repli jusque la Hutte, près de Genappe, pendant le nuit. Journée du 15, nouveau repli à 0h15 pour Huysingen. Repli, repli… toujours repli. Nous y rencontrons les premiers Anglais. Nous les avons salués et applaudis. Ils avaient placé un canon D.C.A. sur une butte . Quand, vers 9h arrivèrent plusieurs avions, nous nous sommes cachés, mais les Anglais, assis sur l’affût, ont commencé à tirer sur les avions malgré la mitraille. Un Heinkel prit feu et tomba dans les parages du bataillon. Les cinq hommes de l’équipage furent conduits auprès du commandant Krémer, qui les remit aux Anglais après interrogatoire, ils étaient tous très jeunes.

Au cours de ces différents replis, il fallait rouler parmi les réfugiés qui encombraient les routes de façon indescriptible : de pauvres gens se déplaçant à vélo, en charrette, en voiture, à pied… On était tellement fatigué que je m’endormis quelques secondes sur la machine. En plus, on avait faim. Je me rappelle aussi les fils téléphoniques cassés ou tendus qui étaient de véritables pièges, blessant et tuant.

Vers 17h30, départ pour Iderghem, puis pour Hofstade. Félicitations par le Roi au bataillon Moto pour ses missions périlleuses accomplies.

Le vendredi 17 mai, nouveau repli à 8h30 pour Slotendries, au nord de Gand. Nous sommes arrivés à minuit et, là, nous recevons des side-cars, des motos et des tricars neufs. Samedi 18, départ à 10h. vers St-Gilles-Waas.

Le 19 mai, nous occupons un bras de l’Escaut entre Doel et Anvers. Repli vers 10h. du soir pour nous rendre en Hollande. On voit de la fumée qui s’élève au loin, à l’horizon, le drapeau rouge à croix gammée flotte sur la tour de la cathédrale d’Anvers. Des camarades ont capturé un side-car ennemi.

Le lundi 20, nous effectuons des travaux de campagne. Le jour, nous creusons des trous pour nous cacher de la vue des avions et, la nuit, nous nous replions conformément aux ordres donnés. Les Allemands avaient malheureusement la maîtrise du ciel, pas un seul avion ami n’a été aperçu jusqu’à présent. Où sont-ils ? Que font-ils ?

Je me souviens d’un acte héroïque, mais je ne sais plus ni la date ni le lieu exacts, la scène se passait dans la courbe d’un village. Des servants d’un 4,7 Chasseurs Ardennais (petit canon antichar très efficace) stoppaient l’avance des soldats ennemis. Pour ce faire, ils tiraient au moyen d’obus fusants (je crois que le terme est exact) qui sont des obus qui éclatent presque à la sortie du tube aussitôt tirés. Ils tiraient à bout portant. Imaginez le carnage ! Mais il n’a pas duré longtemps : des stukas sont arrivés et, après un ou deux passages, il ne restait plus rien que des débris… Nous sommes passés à cet endroit un quart d’heure après… »

La Petite Gazette du 20 juillet 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, ayant perdu sa colonne et ne sachant pas où se trouvent les ennemis… : « Après avoir roulé quelque temps en pleine campagne, nous voyons une maison dont une fenêtre est éclairée. Nous nous y rendons, c’est une fermette typiquement flamande, sans étage, très basse. Nous frappâmes à la porte et un vieux couple vint nous ouvrir. Ces deux vieilles personnes avaient l’air apeuré, sans doute à la vue de nos grands casques motocyclistes en liège (à ce propos, il nous avait été conseillé de ne plus nous en coiffer car, les Anglais, la nuit, nous confondaient avec les Allemands). Il ne fut pas possible d’obtenir de ces gens le moindre renseignement, nous ne comprenions pas. Que faire ? Dans quelle direction se rendre ?

Nous avons roulé une partie de la nuit sans savoir où nous étions ni où nous allions. Nous craignions de nous jeter dans les lignes ennemies. Nous avons continué de rouler une partie de la matinée du samedi 25, à la recherche de notre bataillon.

J’oublie de dire qu’avant ces incidents nous étions passés par Ypres avec arrêt près du monument 14 – 18. Là, j’ai revu Joseph Henrotin, de Marenne. Le 10 mai, les travailleurs du rail avaient été mobilisés comme nous, les militaires. Ils se repliaient aussi devant l’armée allemande. Après la capitulation, Joseph était rentré à Marenne et avait rendu compte de notre rencontre à mes parents. Il paraît que j’étais méconnaissable !

Vers 2h., par hasard, nous retrouvons la deuxième compagnie à un carrefour. Le lieutenant Renard, qui remplaçait le lieutenant Gérard tué avec trois soldats lors d’une patrouille le 23 à Oycke, nous lance « Tirez-vous de mon chemin, tirez-vous de mon chemin ! ». Bon, il faut bien continuer et, finalement, nous retrouvons nos camarades. Je comprends que, dans certaines circonstances,  on peut être énervé, mais quand même ! Nous tombons sur le commandant Reyntens de la 1ère compagnie, père jésuite et homme de grand cœur. Il nous apprend le maniement d’une grenade car, jamais, on ne nous en avait montré une ! Pour une troupe d’élite, ce n’est pas croyable ! La MI10 (mitrailleuse Maxim) que nous avions datait de 1916 ; on nous fait prendre position le long du chemin de fer qui se trouvait à proximité.

Tout est calme. Soudain, un civil pressé traverse les voies. Je lui demande s’il n’a pas vu les Allemands, il me répond que non et continue son chemin à travers tout. A l’heure actuelle, je me demande toujours si ce n’était pas un espion et me repens de ne pas l’avoir arrêté pour vérification d’identité.

Quelques minutes après, nous entendons des cris au-delà du chemin de fer. Le talus nous empêche de voir ce qui se passe. Les cris se rapprochent. A l’endroit où nous étions,  un chemin empierré avec un passage à niveau non gardé traversait la ligne. Un petit aqueduc la traversait également et je me rappelle avoir entendu les Boches patauger dans l’eau, sans les voir. »

La Petite Gazette du 11 août 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

    Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord de la Belgique, à quelques mètres ce l’ennemi… : « Nous avions abandonné les engins à une centaine de mètres, dans une prairie. Tout à coup, j’aperçois Narcisse Lemauvais, de Fronville, qui marchait dans la direction des motos, tout en tirant. Il me demande si je n’avais pas vu Louis Bresmal (ces deux camarades appartiennent à la 1ère Cie) . Je lui réponds que non et lui crie : « Mais ne tire pas comme ça, cache-toi ! » Mais, pour cela, il aurait dû venir près de nous… Tels furent nos derniers mots… le malheureux tomba raide mort. Honneur à ce brave ! Je pardonne, mais n’oublierai jamais. Mon père était aussi un ancien combattant…

Les Allemands franchissent la ligne de chemin de fer et, debout, tout en tirant, hurlaient comme des lions. On nous a appris après qu’ils nous demandaient de nous rendre. A chaque coup de fusil que je tire, ils répondent par une rafale de mitraillette. Nous sommes obligés de sauter dans le fossé longeant le chemin, parce qu’ils nous prennent en enfilade. J’ai de l’eau boueuse presque jusqu’aux genoux ; je vois les balles, c’est-à-dire leurs impacts qui font jaillir la terre à un mètre de moi. Ensuite, ils sautent dans la prairie.

La mitrailleuse, qui n’a plus que trois pieds, j’ignore dans quelles circonstances elle avait perdu le dernier, n’a pas tiré. Les servants ont été blessés de même que le sergent qui la commandait. Je n’ai rien vu de la scène avant que celui-ci ne soit étendu dans le fossé. Grâce à Dieu, il a dû se rétablir étant donné que son nom n’a pas été repris dans la liste des tués du Bn.Moto. J’ai remarqué que le caporal avait pris sa place.

Sous le nombre, nous avons dû nous rendre. Ils nous ont fait sortir du fossé puis nous ont alignés, j’ai cru qu’ils allaient nous fusiller. Ils ont brisé nos fusils puis, à coups de pied, nous ont font avancer.    Déjà, les sanitaires pansaient les blessés allemands.

Lorsque nous passions près d’un cadavre, ils nous injuriaient et nous menaçaient. Un gradé nous a demandé pourquoi nous nous battions : « Vous êtes wallons ? Nous savions où le front n’était pas fort défendu ! »    Ils nous ont rassemblés dans la cour d’une ferme. Nous ne pouvions communiquer entre nous. J’y ai revu Louis Bresmal auquel j’ai dit : « Tu es déjà là ! »

La Petite Gazette du 25 août 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

    Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord du pays, prisonnier des Allemands : « Ils nous ont rassemblés dans une cour de ferme, entourée de barbelés. Je vois, à quelque distance, des soldats allemands qui déchargent du pain d’un camion. A tout hasard, je m’avance jusqu’aux barbelés et dis au soldat le plus proche : « Geben brot, brot ! ». Il est allé me chercher un pain de l’armée. Il était dur mais, malgré tout, il a été vite mangé. Je me suis dit qu’il y avait quand même de bons soldats chez eux…

Pour la nuit, ils nous ont fait monter au fenil. Là, j’ai revu beaucoup de mes camarades. Des blessés aussi , parmi eux, le petit Volvert, mais la plupart étaient restés dans la grange. Pendant la nuit, j’ai entendu Volvert gémir et crier « water, wasser », il provenait de la frontière allemande et était engagé volontaire. Il n’avait que 18 ans : c’est un des plus jeunes Chasseurs Ardennais morts pour la patrie. Il n’était pas possible de lui porter secours, nous ne pouvions même pas nous parler… Le matin, lorsque nous sommes partis, je l’ai vu… mort !

J’ai noté dans mon petit agenda, à la date du 2 juin : « Départ de Hasselt, vers 14h., pour Maastricht, nuit passée sur les bords du canal Albert – Attaque de l’aviation alliée. »

   J’ignore l’heure et le nombre d’avions canadiens – on distinguait très bien la feuille d’érable dessinée sur la carlingue et les ailes. Après différentes étapes pédestres, la colonne de prisonniers était arrivée à Vroenoven, où le fameux pont sur le canal Albert était tombé intact entre les mains allemandes, par surprise et trahison.

Les sentinelles nous avaient ordonné de nous coucher sur le pont pour y passer la nuit, quand, tout à coup, des avions canadiens nous ont mitraillés. Ça a été le sauve-qui-peut général, surtout chez les Allemands. J’en ris encore ! Je n’ai pas eu connaissance de mort ou de blessé parmi nous. Sans doute tiraient-ils mal ! »

La Petite Gazette du 1er septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot

Pirlot 2

 

 

 

 

 

 

Pirlot 3

Pirlot 4

« Aucun prisonnier n’a reçu pareille demande… L’action se passe en février 1945, ce jour-là, j’étais seul avec une petite servante de 17 ans qui avait l’air bien malheureuse le fermier, sa femme, le fils et la fiancée d’un autre fils tombé à Stalingrad (le 11.11.1942) étaient invités à une cérémonie d’hommage organisée par les nazis. J’ignore dans quelle localité. Deux autres fils de la ferme ont été tués en Russie et un quatrième était à l’armée.

Je suppose que l’autre servante et le Russe avaient bénéficié d’un jour de congé. Le travail de Frieda consistait à confectionner de petits fagots avec les branchettes des arbres que l’on avait ramenés entiers dans la cour, par temps de neige. Moi, je fendais des bûches.

A 10h., comme d’habitude, je vais manger un bout, c’était un quart d’heure de perdu. Je demande si elle ne vient pas, elle me répond par la négative, mais quitte son travail et va dans sa chambre. Après avoir pris mon temps et bien mastiqué ma tartine, je retourne à mon travail. Frieda fait de même, mais vient me trouver et, me tendant sa petite hachette, me demande de lui couper le doigt… parce qu’elle ne voulait plus travailler à la ferme. Sous le régime nazi, on ne quitte pas son emploi sans motif sérieux, que cela vous plaise ou pas.

Cet incident me tracassait, j’avais peur qu’elle ne dise : « C’est le Belge qui l’a sectionné » Qui aurait-on cru ? Toucher à l’intégrité physique d’une jeune Allemande était punissable soit de la peine de mort soit d’un long séjour à Rawa-Ruschka. Il était strictement défendu d’adresser la parole à une femme allemande.

Dès que j’ai entendu le pas des chevaux, j’ai couru vers le landau et le fermier m’a demandé « Où est Frieda ? » Je ne l’ai plus revue… »

La Petite Gazette du 8 septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot et partageons avec lui quelques frayeurs :

Pirlot 5

Nous étions au début de mars 1945, il faisait encore bien froid. Après avoir dîné, je vois dans la cour (c’était une ferme bâtie en carré, avec une grande cour au centre) trois ou quatre Russes, prisonniers de guerre, sur le fumier situé face à la porte de l’étable. Ils ramassaient des épluchures de pommes de terre jetées par l’une des servantes.

Je regarde vers la grande grange et vois d’autres Russes, ainsi qu’à l’intérieur… Quand étaient-ils arrivés ? Ils étaient plus d’une centaine. Pauvres malheureux ! J’aurais pu prendre un pain ou tout au moins trois ou quatre tranches pour leur donner, c’était beaucoup trop peu pour les rassasier. Je pense aux choux raves dans la cave… En les coupant pour les vaches, j’en mangeais quelques tranches, à vrai dire ce n’était pas mauvais ; en plus, je me disais que crus ils contenaient des vitamines.

Pirlot 6    Je décide que, le lendemain, j’avalerai vite mon dîner, m’emparerai d’une manne et irai dans la cave dont l’entrée est située sur le côté de la cour-cave creusée dans les roches de sable. Après avoir rempli la manne le plus possible et parce que je ne connais pas le russe, je fais signe avec les mains à quelques prisonniers près de la grange. Mais c’est au moins une vingtaine de Russes qui accourent, me bousculant, criant et me faisant tomber. Voilà les choux qui roulent partout, puis, subitement, les Russes lâchent prise, je parviens à me relever et que vois-je ? Un soldat allemand, un fefdwébel, pistolet au poing qui se lance sur moi en criant : « Sie wissen was das Wort, Russe bedeubet ! » D’où sortait-il cet animal ? J’avais eu chaud, bien qu’il fasse froid, et très peur.

Le lendemain, à midi, les malheureux étaient partis, où ? Quand j’ai eu dîné, je vais, comme d’habitude, dans la grange chercher de la paille hachée. Je pose la manne par terre et veux la remplir en poussant la paille avec les mains. Tout d’un coup, je saisis, avec les mains, un soulier avec un pied, puis une jambe, alors là, quelle frayeur à nouveau ! Je ne m’attendais pas à une pareille découverte. J’ai averti le fermier, on a retrouvé cinq ou six morts, on les a enterrés derrière la ferme. »

Pirlot 7

La Petite Gazette du 15 septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, poursuivons la découverte de l’environnement  que le prisonnier Pirlot connut jusqu’à sa libération.

Pirlot 8

« Le 8 mai 1945, la sentinelle, très tôt le matin, nous avertit que nous sommes libres et que nous pourrons partir après avoir dîné. Quelle joie ! Quelle joie ! J’en fais part en rentrant.

La fermière et une servante préparaient la pâte pour le pain. A la ferme se trouvait une femme, évacuée avec deux jeunes filles. Je ne sais d’où elles venaient, mais elles ne m’adressaient jamais la parole. C’étaient de pures nazies, sales bêtes !    Voilà que la mère dit : « Ce n’est pas parce que Hitler a perdu la guerre que je ne serai plus nazie ! » Crève avec ton Hitler, ai-je pensé, mais personne n’a répondu.

Pirlot 9

Dans un village où à chaque maison pendait un morceau d’étoffe blanche en signe de reddition, un gros monsieur nous déclare pouvoir nous reconduire en Belgique avec son camion, des vivres et du carburant (gazogène). Dans la benne se trouve des caisses, on nous défendit de les ouvrir, tant pis. Ce qui comptait pour nous, c’était le retour. Nous nous installons sur le camion avec les pieds pendant au dehors de la benne. Le gros Allemand avait un chauffeur, il faisait bon, celui-ci conduisait torse nu. Nous arrivons à Karlsbad, nous y rencontrons les premiers Américains. Ils voient un civil avec nous, font arrêter le camion, s’emparent du gros malgré ses protestations puis nous laissent passer ; sans doute prenaient-ils le chauffeur pour un prisonnier. »

Pirlot 10

Après d’étonnantes aventures qui émaillèrent ce voyage de retour, après avoir été menacé un Russe tout à fait saoul grâce à une bouteille de whisky américain d’une contenance de 3 litres, après avoir vu apparaître une étonnante blonde engagée de force dans la Wehrmacht, le groupe de prisonniers belges dont faisait partie Léon Pirlot fut pris en charge par les Américains qui les ramenèrent. Quelle épopée, malheureusement vécue par tant d’autres jeunes gens qui avaient la malchance d’avoir 20 ans en 1940.

Merci à Monsieur Léon Pirlot d’avoir pu vous la faire revivre, afin que cette époque ne sombre pas dans l’oubli faute de témoins…

 

Les bornes anti-chars de la position Fortifiée de Liège

La Petite Gazette du 15 juin 2011

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE CES BORNES ?

Monsieur Jean-Pierre Beaufays est toujours très prompt à répondre à vos questions relatives aux véhicules anciens que ce soient des motos ou des automobiles. Aujourd’hui, c’est d’une question qu’il est porteur. J’espère que vous aurez à cœur de l’aider dans sa recherche et vous en remercie en son nom.

« Dans le cadre de la rubrique « objets insolites du passé », je me permets d’interroger les lecteurs sur la nature et l’usage de ces bornes dont il reste quelques exemplaires le long de nos routes.

Borne01

 

 

 

 

 

Celles-ci ont été photographiées à Jupille mais il y en a également à Streupas et je pense en avoir déjà vu également dans la vallée de l’Ourthe.

Borne02

 

 

Elles sont en fonte et toujours au nombre de deux distantes d’environ 2 mètres; leur hauteur étant d’à peu près 80 centimètres. La partie supérieure qui fut probablement mobile est percée de part en part d’un trou permettant d’y introduire un levier destiné à la faire tourner. Elles sont en général adossées à une colline, en bordure de route, à proximité d’un cours d’eau et d’une voie ferrée et, parfois, non loin d’anciens ouvrages militaires.

Ceci m’amène donc à me demander si elles sont d’origine routière, ferroviaire, fluviale ou même militaire. Je ne doute pas qu’un des lecteurs fournira, comme d’habitude,  une description détaillée de leur usage et, d’ores et déjà, l’en remercie. »

La Petite Gazette du 29 juin 2011

VOUS CONNAISSEZ, EVIDEMMENT, CES BORNES

Suite à la question posée par Monsieur Jean-Pierre Beaufays à propos des étranges bornes qu’il a remarquées à Jupille, Monsieur Jean Hourman et M. le Dr Paul Maquet, d’Aywaille, se sont très rapidement manifestés pour m’expliquer qu’il s’agissait de défense antichars supportant des câbles et complétées par d’imposantes barrières sur rouleau (barrières Cointet du nom du général qui les imagina). Ils m’ont situé pareilles bornes à Trooz, à Wandre, à Moulin sous-Fléron, Streupas…

A son tour, Monsieur Eric Simon, de Liège, nous fait parvenir de précieuses informations : « Il s’agit de bornes à câbles, matériel militaire largement utilisé dans la fortification des positions fortifiées et spécialement dans la défense de la Position fortifiée de Liège. Ces bornes ont été installées entre 1933 et 1934, généralement à proximité d’abris anti-irruption (IR) qui sont des bunkers équipés au minimum d’un canon antichar, d’une mitrailleuse et d’un projecteur.

2 Bornes ..

 

 

 

 

 

Le rôle de ces bornes est double: 1. empêcher si possible une irruption soudaine d’engins motorisés, 2. ralentir suffisamment cette irruption pour donner le temps au personnel de l’abri d’entre en action avec ses armes.

Un barrage de câble est normalement assuré par un groupe de quatre bornes installées deux par deux de chaque côté de la route à défendre. Les câbles sont tendus légèrement en oblique, ainsi que le montre la reconstitution ci-dessous.

1 Barrage..

Ces barrages de câbles sont installés devant chaque abri IR, du côté ennemi, respectivement à 25 m et à 100 m de l’abri. Ultérieurement, l’Etat-major belge décidera de renforcer la défense des abris IR et cela de trois manières possibles:

– soit en ajoutant une barrière antichar (barrière Cointet) entre l’abri et le premier barrage de câbles et dans ce cas deux bornes Cointet supplémentaires sont nécessaires;

– soit en remplaçant un câble par une barrière antichar et dans ce cas deux bornes à câble sont modifiées en bornes Cointet par l’adjonction de corselets d’acier soudés autour des bornes;

– soit en transformant une seule borne à câble en borne Cointet et en construisant une seule nouvelle borne Cointet juste à l’opposé.

3 Borne Cointet

 

 

 

 

 

 

 

Borne Cointet classique »

 

4+Borne+à..

 

 

 

 

 

 

Borne à câble transformée en borne Cointet 

 

On trouve encore aujourd’hui des bornes à câbles un peu partout en Province de Liège, notamment à Jupille, Embourg, Renory-Kinkempois, le long de l’Ourthe près de Colonster, le long de la Vesdre à Chaudfontaine, etc. »

Mon correspondant précise que les explications et illustrations qu’il nous apporte sont en grande partie tirées du livre de ses amis Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006.

La Petite Gazette du 6 juillet 2011

CES BORNES NE SONT PLUS DU TOUT MYSTERIEUSES

Vous avez vraiment été très nombreux à répondre à la question de Monsieur Jean-Pierre Beaufays au sujet de ces bornes qu’il est encore possible d’apercevoir çà et là dans nos contrées et, en son nom, je tenais à vous remercier très chaleureusement pour toutes les précisions apportées.

Ainsi Monsieur Frédéric Winkin, du Musée 40-45 Memories à Aywaille nous dit que « Ce sont des bornes « antichar », des obstacles militaires placés par deux et toujours décalées. Des câbles en acier reliaient les bornes d’un côte à l’autre de la route en oblique. De ce fait, les véhicules glissaient et ne pouvaient les franchir. »

Monsieur Arthur Gilles, de Beaufays, confirme : Il s’agit de bornes destinées à  recevoir des chaînes pour empêcher le passage de troupes militaires. En général elles se situent auprès  d’un fortin. A l’entrée de Chaudfontaine (lieu dit Fond des Cris) rive droite de la Vesdre, deux bornes sont toujours en place, à 40 mètres du fortin, sur l’autre côté de la route. Les deux autres ont sans doute été enlevées pour des raisons d’urbanisme.

Monsieur Joseph Delporte croit savoir que «  les bornes que l’on trouve à Streupas (et qui ne sont plus que deux actuellement) étaient au nombre de quatre (deux de chaque côté de la route). Situées à proximité du fortin, elles étaient reliées entre elles de manière à barrer la route au moyen de solides câbles d’acier. Il s’agissait d’un dispositif de défense de l’armée destiné à entraver la circulation des véhicules « ennemis » !

Monsieur Alex Docquier, de Comblain-Fairon,  nous communique les renseignements transmis par mon grand-père qui habitait Chênée. « Ces bornes étaient placées symétriquement de chaque côte de la chaussée. Elles servaient de support à de lourdes chaines qui étaient tendues en travers de la voirie afin d’entraver la circulation des véhicules militaires. Ce dispositif était amovible. Ce dispositif a été placé durant la guerre 1940-45 mais j’ignore quelle armée a inventé ce système de défense. (N.D.L.R. L’article de la semaine dernière a répondu en partie à cette question)

Monsieur Jean Collin, de Tavier, complète nos informations : « Ces bornes furent placées autour de la place forte de Liège en 1938- 1939 et, entre autres, autour du fort de Boncelles, elles servaient a attacher entres elles les barrières antichars érigées sur les routes principales. De telles barrières existaient sur la route dite de la Vecquée à Seraing.

Les Allemands arrivés en voiture venant de Plainevaux cisaillèrent les câbles reliant ces barrières  et les firent glisser sur leurs rouleaux, pour se rendre ensuite à l’Administration Communale de Seraing.

Ce modèle de Barrière  antichar étaient d’origine française et équipaient les intervalles de la célèbre « Ligne Maginot ». »

Monsieur René Lieutenant conseille la consultation du site internet http://www.clham.org/050501.htm qui donne explications et photos relatives à ces bornes.

Monsieur Christian Delhez est né à Vaux-Sous-Chêvremont, il m’explique avoir grandi et joué avec ses amis dans les forts de Chaudfontaine et d’Embourg. Il a ainsi eu l’occasion de parler avec des défenseurs de ces forts.

« Ces ouvrages d’arts étaient ceinturés de bunkers et casemates construits à des endroits stratégiques sur les voies d’accès potentielles de l’ennemi (encaissements, rétrécissements de routes etc.). Ces fameux plots étaient placés de part et d’autre de la route près de bunkers occupés par nos troupes, entre ces plots (en cas d’attaque imminente) étaient tendus des câbles d’acier ensuite recouverts de filets de camouflage. Cet ensemble était prévu pour ralentir voire stopper la progression des véhicules ennemis. Si vous neutralisez le véhicule de tête d’une colonne dans un goulot, le reste de cette colonne devient vite très vulnérable… Rem: les filets de camouflage empêchaient les tirs directs et précis sur cette défense rapprochée. »

Monsieur Jean-Louis Hennebert, de Lincé-Sprimont, a habité à Chênée où ces bornes lui ont été présentées comme étant « des supports pour des barrières à monter en travers des routes pour empêcher le cheminement de véhicules pendant la guerre et notamment les chars.

Sauf erreur de ma part, ajoute-t-il, il y en avait rue Bêchuron à Chênée et sur la route de la vallée de la Vesdre entre Vaux et Chaudfontaine. »

Monsieur Francis Leprince, de Boncelles, nous apporte lui aussi sa précieuse contribution : « Ces bornes, d’usage militaire, étaient destinées à créer un obstacle à la progression du charroi ennemi. On devait tendre un câble métallique entre une borne et une autre placée de l’autre côté de la route, le câble étant en général en oblique par rapport à la route.

Ces câbles devaient être placés par paires, donc quatre bornes, deux de chaque côté de la route. Il était essentiel de choisir un emplacement où l’obstacle ne pouvait être contourné. Pas question donc de faire tourner ces bornes!

Je pense, mais sans certitude aucune, que ces bornes ont été installées dans la fin des années ’30, lorsque la Belgique adopta sa politique de neutralité.

Je me souviens avoir vu après la guerre, enfant, de telles bornes devant la maison de mes grand-tantes, rue de la Station à Chênée, et m’en être fait expliquer l’usage par mon père, officier de carrière. »

Monsieur Jean Poumay, de Tilff, indique qu’ « il s’agit de bornes à câble, vestiges de construction militaire des années 1930, des câbles passaient de part et d’autre de la route, bloqués dans les trous de ces bornes pour empêcher des véhicules ennemis de passer, ce barrage était sous le feu d’abris bétonnés armés de mitrailleuses ou de canon antichar. Elles ne tournaient pas. »

Merci également à Monsieur J-M Stassart que m’a communiqué les références des remarquables ouvrages d’Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006. Ouvrages toujours disponibles et particulièrement complets sur le sujet. D’autres communications encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 13 juillet 2011

CES BORNES VOUS ONT INSPIRES…

Vous avez été très nombreux à répondre à l’appel que vous lançait Monsieur Jean-Pierre Beaufays et chaque réponse apporte des éléments très importants pour expliquer la présence de long de nos routes de ces vestiges à l’origine militaire. Merci à vous tous.

Madame Georgette Hubert, d’Esneux, se souvient que ces bornes ont fait leur apparition un peu partout peu avant la guerre, vers 1938 ou 1939. « Il y en avait notamment au coin de la rue Sart-Tilman, à Rénory (Ougrée) où résidaient mes grands-parents. Toujours par deux, elles se situaient des deux côtés de la route, elles devaient servir à bloquer la route en cas d’invasion. Si je me souviens bien, on les appelait « barrières anti-tanks ». Elles n’ont malheureusement pas servi, l’avancée des troupes allemandes ayant été fulgurante. Elles se trouvaient, en général, près des carrefours, des chemins de fer, des ponts et des forts, celui de Boncelles en particulier. »

Monsieur W. Etienne, de Sprimont, confirme : « d’après un ancien, je suis né en 40, ces bornes étaient placées de chaque côté de la route et, toujours, très près d’un gros fortin. Ces bornes, percées d’un trou, étaient décalées de plusieurs mètres et de gros câbles les reliaient. Les véhicules ennemis, lorsqu’ils touchaient à une certaine vitesse ces câbles, étaient projetés latéralement face au canon du fortin qui avait beaucoup plus de chances de les détruire. »

Monsieur Daniel Redoté, de Comblain-au-Pont, partage ses connaissances : « Dans le n° 25 du journal « les Annonces Ourthe-Amblève » daté du 22/06/2011, un des lecteurs s’interrogeait, dans la rubrique « objets insolites du passé », sur la présence et l’usage de bornes en béton le long de la voirie à Jupille et à Streupas. Et bien, l’explication est la suivante : ces bornes étaient en fait destinées à être reliées entre elles par des câbles tendus au travers de la chaussée afin de constituer des obstacles entravant la progression d’engins motorisés. Ces bornes étaient généralement disposées à proximité d’une casemate qui faisait elle-même partie d’un ensemble fortifié plus important, surnommé par ailleurs « PFL 3 » ou  « Position fortifiée de Liège 3 » en ce qui concerne les deux localités mentionnées précédemment. On peut d’ailleurs encore de nos jours apercevoir nombre de ces abris dans nos paysages. »

LE LIBERATOR U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS LE 28 MAI 1944

La Petite Gazette du 26 janvier 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Monsieur Rik Verhelle nous guide, aujourd’hui, sur les traces du bombardier lourd U.S. « Star duster »  qui s’écrasa à Xhoris, fin mai 1944. Comme à chacune de ses évocations, ce correspondant, spécialiste de l’histoire de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale, installe tout d’abord le décor et nous précise les raisons de la présence de cet avion dans un raid important avant d’aborder les conditions de sa perte.

« Ce 28 mai 1944, dimanche de Pentecôte, la météo avait prévu une visibilité parfaite pour l’après-midi. La 8 USAAF allait accomplir sa mission stratégique N° 376. 1282 bombardiers lourds (B-17 « Flying Fortress » et B-24 « Liberator ») étaient lancés contre des usines d’armements et des raffineries en Allemagne.
L’armada des Alliés        
La force était composée de 20 groupes de B-17 et de 16 groupes de B-24. L’ensemble était réparti sur quatre vagues offensives:
La 1ère vague (des B-17) avait comme objectif la raffinerie Braunkohle-Benzin AG à Ruhland, plus la Junkers Flugzeug und Motorwerke AG à Dessau.
La 2e vague (des B-17) allait attaquer la raffinerie Braunkohle-Benzin AG, à Magdeburg, et la Wehrmacht Tank Ordonnance dépôt à Königsborn.

La 3e vague (des B-24) avait comme objectifs la raffinerie Braunkohle-Benzin AG, à Zeitz, et la Farbenindustrie AG, à Merseburg/Leuna.

Le 4e vague (des B-24) allait s’occuper de la raffinerie Wintershall AG, à Lützkendorf.
Le bombardier Liberator B-24H 42-52651 « Star Duster» du 838 Squadron, 487 Bomb Group, était un des bombardiers de cette 4e vague.
Les 26 « Bomb Groups » participant au raid décollaient de leurs bases respectives et ils rejoignaient les différents points de ralliement au-dessus de l’Angleterre avant de constituer les quatre vagues d’assaut. Ces quatre vagues allaient passer la côte anglaise au-dessus de Yarmouth, respectivement à 12 hr, 12.11 hr, 12.30 hr, et 12.42 hr. Tous avaient un itinéraire commun de pénétration qui les conduisait au Nord-Est de Brunswick, tout en contournant systématiquement les positions de FLAK connues. A partir de Brunswick, l’armada éclatait à nouveau, et les quatre vagues de bombardiers mettaient le cap sur leurs cibles respectives. Après le bombardement les quatre formations allaient de nouveau se rejoindre et entamer une exfiltration groupée vers l’Angleterre et la sécurité.
L’appui et la défense rapprochée des bombardiers étaient fournis par la 15 USAAF avec des chasseurs P-38 «Lightning», des P-47 «Thunderbolt», et des P-51 «Mustang».
La 4e vague recevait le soutien du 479 Fighter Group (sur P-38 «Lightning») sur sa route de pénétration, puis du 339 et du 55 Fighter Groups (équipé de P-51 «Mustang») autour de Lützkendorf, et leur retour était couvert par la RAF britannique avec les 19th, 65th, 129th, 306th et 315th Fighter Squadrons (tous sur P-51 «Mustang»).
Les défenses allemandes
La Luftwaffe ripostait aux agresseurs avec ses chasseurs/intercepteurs de jour. En mai 1944, sa force totalisait quelque 600 chasseurs dont 300 opérationnels dans la « Luftflotte Reich », tandis que la « Luftflotte 3 » surveillait le territoire France-Belgique-Pays-Bas avec 100 chasseurs. A ce stade de la guerre, la Luftwaffe luttait avec un manque d’avions de chasse et de pilotes car elle était opérationnelle sur trois fronts différents.
Ces chasseurs étaient des Messerschmitt Me-109 et des Focke-Wulf FW-190 connus comme des opposants redoutables, surtout dans les mains de vétérans chevronnés. Les Me-109 étaient équipés d’un canon 30 mm dans le nez, de deux canons de 20 mm dans les ailes, et de deux mitrailleuses de 13 mm dans les ailes également. Le FW-190 avait quatre canons de 20 mm et deux mitrailleuses de 13 mm.

Batterie_de_88_mm_FLAK

Leur deuxième arme défensive était le FLAK, les « Flieger Abwehr Kanonen » qui couvraient tout le territoire allemand avec des canons anti-aériens de 88 ou 105 mm, capables d’atteindre sans problème un avion à 21.000 pieds (7000 mètres). Les équipages des bombardiers redoutaient plus le FLAK que les chasseurs de la Luftwaffe. On pouvait se défendre contre les chasseurs avec les nombreux mitrailleurs à bord des bombardiers. Mais quand les canons anti-aériens crachaient leurs obus, on ne savait rien faire que d’attendre la fin des tirs, tout en espérant de ne pas être touché par un obus ou des shrapnels. Du FLAK, on en rencontrait partout: des canons légers autour des aérodromes, et des lourds concentrés autour des objectifs potentiels. L’itinéraire de pénétration des bombardiers tenait compte des positions connues et les contournait systématiquement. Le bombardement de l’objectif par contre exigeait un parcours rectiligne malgré les tirs concentrés de FLAK. Ces « bomb run » qui ne prenaient que quelques minutes constituaient des instants de stress et d’angoisse intense pour les équipages de bombardiers. »

La Petite Gazette du 2 février 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Retrouvons, comme annoncé, le récit que consacre Monsieur Rik Verhelle à l’histoire de ce bombardier lourd américain.

« La 4e vague d’assaut    
La 4e vague (à laquelle appartenait le bombardier « Star Duster ») suivait l’itinéraire de pénétration commun derrière les trois premières armadas. A partir de Brunswick, cette quatrième vague se dirigeait vers la raffinerie de Lützkendorf à une altitude de 22.000 pieds. Cette vague était composée de 36 Liberator B-24H du 34 Bomb Group de Medlesham, de 36 B-24H (dont le « Star Duster ») du 487 Bomb Group de Lavenham, et de 25 B-24H du 486 Bomb Group de Sudbury.
Les trois Squadrons du 487 Bomb Group avaient décollé à 10.45 hr de Lavenham et avaient rejoint la 4ème vague d’assaut. Le rassemblement se faisait à 2000 pieds d’altitude et il était achevé à 10.58 hr. Le 487 BGp passait au-dessus de Yarmouth à 12.44 hr.
La malchance accompagnait le 487 BGp, car, dans les 40 minutes après le décollage, six B-24 avaient déjà dû quitter la formation à cause de troubles mécaniques, et ils regagnaient Lavenham. Le 487 BGp continuait donc avec les 30 avions restants. A l’exception de ces bombardiers qui avaient dû retourner prématurément et de quelques attaques de FLAK, toute la pénétration se passa sans encombres. Aucune attaque de chasseurs de la Luftwaffe n’était notée.
Le bombardement même n’était pas vraiment effectif, car l’objectif était couvert par une fumée assez épaisse. Un bon nombre d’explosifs sont tombés trop loin de la raffinerie comme témoignaient les photos aériennes prises à haute altitude, le lendemain, par un Spitfire.

Des_bombes_tombent_sur_la_raffinerie_de_MerseburgPHOTO DE L’OBJECTIF

Le retour en formation n’a pas causé de gros problèmes non plus et il n’y a pas eu de combats avec les chasseurs de Luftwaffe. Mais les tirs anti-aériens (le « flak ») ont causé la perte de trois bombardiers B-24H. Les trois premières vagues d’assaut ont eu moins de chance car les Messerschmitt et les Focke-Wulf ont sabré dedans et abattu plusieurs bombardiers.

La chute du « Star Duster »    
2Lt William F. Dunham était le navigateur du « Star Duster ». Laissons-lui la parole: (Selon sa lettre du 14 novembre 1989) « Nous étions touchés par un FLAK intense au moment où nous étions au-dessus de l’objectif. Très peu de temps après avoir quitté la zone nous étions contraints de quitter la formation et de poursuivre notre itinéraire tout seul. Deux moteurs étaient hors d’usage et nous perdions de grosses quantités de carburant et de l’huile. Puis un troisième moteur nous abandonnait et un des moteurs déjà en panne commençait à dégager de la fumée. La sonnette d’alarme venait de donner l’ordre du « bail out » (quitter l’avion en parachute). J’ai aidé le mitrailleur de front, Sgt Donald W. Carpenter, à sortir du nez de l’avion, pendant que  le 2Lt Weeks A. Homer, notre viseur/bombardier, ouvrait la trappe de sortie dans le nez du bombardier. Au moment même que je sortais Carpenter de sa position, Weeks avait déjà sauté. Carpenter refusait de quitter l’avion par la trappe de secours et il  reculait vers la soute à bombes pour sauter de là. Peu de temps après, j’ai sauté par la trappe du nez. J’ai touché le sol au milieu d’un village allemand appelé Daun et qui se situe près de la frontière belge. On m’a arrêté immédiatement et quelques heures plus tard Weeks me rejoignait dans la cellule avoisinante de la prison. Vers 22 hr un policier nous sortait de nos cellules et nous étions conduits en voiture vers l’endroit où le bombardier était tombé. L’épave était presque entièrement consommée par le feu. Je ne sais pas si c’était notre avion mais je présume qu’il l’était. Puis on retournait vers Trier où nous étions écroués dans une grande maison, et attachés à des grosses canalisations dans la cave. Nous y sommes restés pendant deux jours et les interrogatoires se succédaient toutes les deux heures. Je souffrais d’une entorse de la cheville encourue lors de mon atterrissage et mes interrogateurs n’arrêtaient pas de me donner des coups de pied sur la cheville pour m’obliger à leur livrer des infos. Après deux jours comme ça nous étions livrés à la Wehrmacht qui nous garda un jour. Puis c’était au tour de la Luftwaffe de s’occuper de nous dans leur centre d’interrogatoire à Frankfurt. Finalement nous étions enfermés au Stalag Luft III, et libérés le 28 avril 1945. » (Remarque: Stalag Luft III se situe près de Sagan, dans l’actuel Pologne). »

La Petite Gazette du 9 février 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Monsieur Rik Verhelle nous guide, aujourd’hui, sur les traces du bombardier lourd U.S. et nous explique l’épilogue de cette épopée :

« Ce que Dunham (N.D.L.R. Pour rappel, il s’agissait du le navigateur du « Star Duster ») ne savait pas c’est que ses collègues avaient attendu pour sauter, et qu’ils n’ont finalement quitté l’avion condamné qu’au-dessus de Liège. Le « Star Duster » s’est alors écrasé à 17 hr au nord de Xhoris, entre la chapelle et le château de Fanson. Charles L. Henri, mitrailleur de la tourelle ventrale, était arrêté vers 19 hr près d’Awan-Château par une patrouille routière. Les sept autres se sont cachés dans des endroits divers.
Le mitrailleur de la tourelle nasale, Sgt Donald W. Carpenter, a été arrêté à Liège le 22 juillet et interrogé pendant un long mois avant d’être expédié en prison en Allemagne.
Emile J. Abadie, mitrailleur de tourelle dorsale nous raconte : « Tout de suite après mon atterrissage, j’ai rencontré notre co-pilote 2Lt Paul F. Chavez. Deux jours plus tard nous sommes tombés sur notre homme radio Sgt Howard A. Witherow. Nous nous sommes dirigés vers Aywaille, puis à Florzé où la famille Hanzel nous a soignés pendant un mois. Puis nous avons pris la direction d’Ayeneux où nous sommes restés chez la famille Fastre pendant un mois aussi. En route vers leur famille à Forest nous sommes tombés sur la 3ème US Armored Division ». (Remarque: il s’agit probablement de Forêt, 5 Km au sud-est de Liège),
Le pilote 2Lt Ralph S. Burckes, l’ingénieur de bord Sgt James M. Toole, et le mitrailleur de la tourelle de queue Sgt Henze L. Rex se cachaient également dans les environs. Burckes et Toole seront arrêtés le 7 septembre, très peu avant l’arrivée des Américains. Henze par contre a pu se cacher jusqu’à la libération par les Alliés.

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Un Liberator lâchant sa cargaison de bombes

Epilogue
Sur l’itinéraire de retour vers l’Angleterre, le FLAK allemand a eu raison de deux autres bombardiers de la 4e vague d’assaut, tous les deux appartenant au 486 Bomb Group. Le premier était le Liberator B-24H 42-52764 portant le long surnom « Mike, the Spirit of Louisiana State University » et qui s’est écrasé à Charly-des-Bois (un Km au nord de Ronquières). Cinq hommes ont pu échapper et cinq autres ont été capturés.
Vers 17.30 hr, un deuxième de la même unité, le Liberator B-24H 42-50345, est tombé dans la Manche devant Zuydcoote (Dunkerque). Deux jours plus tard, et complètement épuisés, trois hommes dans leurs dinghies individuels (pneumatique de sauvetage) ont été retirés des eaux devant la plage de Gravelines. Les sept autres ont péri en mer. Leurs dépouilles n’ont jamais été retrouvées.
Bilan final en pertes humaines résultant de la mission 376 :
– Non revenus à leur bases : 327
– Tués à bord des bombardiers: 4
– Décédés au retour à la base : 4
– Retirés vivants de la mer le jour même : 11
– 327 – 11 = 316 disparus (« Missing in action »).
De ces 316 disparus, 11 échapperont aux Allemands et retourneront avant la fin des hostilités, 202 iront dans des camps de prisonniers de guerre, 79 sont morts au combat, et 24 hommes ne seront jamais retrouvés.
Bilan des pertes en avions :
32 bombardiers (26 B-17 et 6 B-24) abattus. Les chasseurs/escorteurs avaient perdu quatre P-47 Thunderbolt et dix P-51 Mustang. Pertes en pilotes chez la Luftwaffe : 25 morts et 20 grièvement blessés.
Vers la fin de cette journée, les télécopieurs recommençaient à crépiter et à cracher les nouveaux ordres. Tandis que les équipages étaient au repos, l’agitation habituelle était de retour sur les bases. Les mécanos allaient travailler toute la nuit et tenter de réparer le plus possible d’avions endommagés, et les officiers d’Etat-major préparaient les briefings pour la mission 377 qui allait être accomplie le lendemain, lundi 29 mai. »

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, se souvient : « Le bombardier B-24 qui s’est écrasé à Xhoris en mai 1944 est passé au-dessus de la propriété, car il y a perdu un morceau d’aileron dans la parcelle dite « Vieux Han », (actuellement propriété « Hertenbos ») On peut donc déterminer son cap d’arrivée. La pièce faisait au moins 2 m de long selon mon souvenir et 50 cm. d’épaisseur, car je pouvais m’asseoir dessus. (en 1956)

Dans cette même parcelle, à quelques mètres de là, se trouvait un refuge des maquisards de la 31ème compagnie des partisans Armés d’Aywaille. Il n’en restait que les fondations en pierres et la trace du foyer. Si le refuge était occupé cette nuit là, il reste peut-être un survivant qui s’en souvient ? »

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

La Petite Gazette du 28 avril 2010

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

Monsieur Laurent Halleux, d’Erezée, poursuit une enquête qu’il a entamée, il y a quelque temps dans la revue trimestrielle de la Fraternelle des Chasseurs ardennais. En s’adressant à la Petite Gazette, il augmente considérablement le nombre de personnes qu’il sensibilise à sa recherche et, ainsi, espère faire une bonne moisson de témoignages. A vous de jouer.

« Le 10 mai 1940, le 3e Régiment de Chasseurs ardennais était déployé le long de la frontière Est de notre pays entre Manderfeld (au NORD) et Houffalize (au Sud). Ce régiment avait pour mission de mettre à feu les destructions et obstructions destinées à ralentir l’avance allemande, puis à protéger le repli des unités disposées dans le sud de la province du Luxembourg lesquelles devaient se regrouper dans la position dite d’arrière-garde que délimitait le cours de l’Ourthe de Comblain-au-Pont à Durbuy. Contraintes au repli, ces unités devaient ultérieurement défendre la Meuse d’Engis à Huy.

Le 3e Régiment de Chasseurs ardennais était composé de neuf compagnies cyclistes, d’une compagnie motocycliste et d’une compagnie dite d’engins. Les compagnies cyclistes et la compagnie motocycliste étaient déployées en tant qu’unités constituées, essentiellement le long de la vallée de la Salm. En raison de la longueur du front (environ 35 kilomètres de Trois-Ponts à Houffalize), elles occupaient la plupart du temps des points d’appui. La compagnie d’engins, compagnie composée de 8 pièces antichars, était quant à elle scindée et ses différentes pièces étaient mises à disposition des différentes compagnies disposées sur la première ligne de défense.

La répartition des pièces était la suivante :

– Compagnie de Trois-Ponts : DEUX pièces ;

– Compagnie de Grand-Halleux : UNE pièce (qui sera renforcée à partir du 08 mai par DEUX pièces du 1er Régiment de Guides) ;

– Compagnie de Rencheux (Vielsalm) : UNE pièce ;

– Compagnie de Salmchâteau : UNE pièce ;

– Compagnie de Ottré : UNE pièce ;

– Compagnie de la Baraque de Fraiture : DEUX pièces,

soit HUIT pièces au total.

Ces pièces étaient des chenillettes V.C.L. T-13, de type I et II. Il s’agissait d’un canon (antichar) automoteur (le fameux canon belge de 47 mm – bien connu sous la dénomination « 4,7 ») sur châssis Carden-Lloyd. Ces petits engins, d’excellente facture, étaient malheureusement présents en trop petit nombre, le 3e Régiment de Chasseurs ardennais ayant dû disposer de SEIZE pièces et non de HUIT à cette date. Seule la mécanique des types I et II (un type III verra également le jour), un peu vieillotte, laissait à désirer. C’est précisément la raison pour laquelle ce régiment dut abandonner dès le 10 mai en soirée, dans son repli, la pièce de numéro de plaque 0527 dont la photo est présentée ci-dessous.

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Selon mes informations, elle dut être abandonnée par son équipage sur les hauteurs de Trois-Ponts en raison d’un embrayage défectueux. Les Allemands semblent la contempler avec émerveillement …

Certaines personnes se souviennent-elles de ces canons automoteurs ? Disposent-elles de renseignements quant à leur emplacement exact, quant à leurs membres d’équipage ? Ont-elles des anecdotes à leur sujet ? Disposent-elles de photographies laissant apercevoir leurs numéros de plaque d’immatriculation ? Peut-on me confirmer la présence de tels engins à La Gleize ou dans les environs immédiats (en 1940) et, dans l’affirmative, à quel endroit et à quel moment car une pièce de ce type y aurait été installée puis retirée ? Quelqu’un aurait-il également plus de précisions concernant les pièces en place au carrefour de la Baraque de Fraiture ? Tout renseignement permettant de parfaire ma connaissance de ces engins bien trop méconnus serait le bienvenu. D’avance, un grand merci. »

La Petite Gazette du 12 mai 2010

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

Répondant à l’appel lancé il y a deux semaines, des lecteurs se sont déjà manifestés de façon très intéressante :

Monsieur Jean-Louis Schmitz, de Marche-en-Famenne, situe d’emblée l’origine de son intérêt pour le sujet :

« Mon père, Franz Schmitz, de Marche en Famenne, a été conducteur de T13 ; mobilisé en septembre 1939, il a rejoint son unité, le 1er (régiment) Chasseur Ardennais, compagnie de tanks légers T.33.

Il a fait la campagne des 18 jours avec pour affectation la PFN (Position Fortifiée de Namur) ; la compagnie T13 de la PFN a été notamment affectée à la protection du champ d’aviation d’Evere et se rendit à Woluwé St-Etienne. Ensuite, elle eut comme mission de protéger la retraite de l’armée belge.

Elle fut citée trois fois à l’ordre du jour. Puis ce fut le repli dans les Flandres, derrière l’Escaut où ils se postèrent. Plusieurs fois en contact avec l’ennemi, son groupe de T13 détruisit cinq chars et des nids de mitrailleuse.

Enfin, dans les environs de Roulers (Roeselare), ils se retrouvèrent encerclés par les Allemands. C’est alors qu’ils apprirent, le 28 mai vers 6 heures du matin, la
capitulation de l’armée belge. Le premier souci de Franz Schmitz fut de saboter son char en faisant « sauter les fourchettes des deux manches à balles ». Ceci lui valut les remontrances de son sergent verviétois : « N’est-ce pas malheureux de saboter un si beau matériel ; les autorités belges nous ont donné l’ordre de le remettre tel qu’on nous l’avait donné »

Mon correspondant ajoute les anecdotes suivantes à ses propos:

« Joseph Schmitz, originaire de Marche, se souvient avoir vu avec fierté un groupe de T13 traverser la ville de Marche, lors d’exercices durant l’année 1939 ; son frère aîné, Franz Schmitz (du I Chasseur Ardennais), était chauffeur d’un de ces engins.

Marcel Collard, beau-frère de Madame Collard-Masson (Bastognarde originaire de Marche), membre d’un équipage de T13 (appelé aussi « 4.7 » pour son canon) a été tué dans un accident le 18 juin 1936. Le chauffeur était ivre ; la chenillette s’est retournée sur un terrain en pente ;  le Cdt du char, le Lt Dasse (originaire d’Ans) a été tué aussi. »

Pour les lecteurs intéressés par le sujet, Monsieur Schmitz a réuni quelques références d’ouvrages et de sites internet permettant de compléter les connaissances de chacun et nous l’en remercions.

Référence bibliographique (document consultable au Centre de documentation du Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire)

Titre du document : Mai 1940 : une unité peu connue de chasseurs Ardennais: la compagnie de T.13 de la PFN (position fortifiée de Namur)

Auteur(s) : Bikara

Résumé : Chronologie détaillée des combats menés par une division de chasseurs de chars blindés (les T.13) de l’Armée belge entre fin août 1939 et mai 1940

Editeur : Musée royal de l’armée

Identifiant : ISSN : 0035-0877

Source : Revue belge d’histoire militaire A. 1993, vol. 30, n° 1, pp. 25-44

Mon précieux correspondant vous renvoie également vers deux sites qui vous donneront, entre autres informations très intéressantes, une description du T13 : http://www.regiment-premier-guides.com/t13.htm et http://worldwar2.free.fr/t13.html

Monsieur Eric Simon, à son tour, vient nous donner des indications pour compléter la recherche

« Pour répondre à Monsieur Halleux d’Erezée, j’ai quelques informations à transmettre à propos des engins blindés équipant le 3e Régiment de Chasseurs ardennais en mai 1940. Ces éléments ont été collectés par Mickaël Brooze qui effectue des recherches assez poussées sur ce sujet.

La 10e Compagnie motocyclistes est équipée de 3 Vickers T-15 (immatriculés 1176 – 1177 – ????)

La 11e Compagnie antichars est équipée de 7 T-13 type I (0519 – 0527 – 0534 – 0536 – 0537 – 0541 – 0546) et de 1 T-13 type II (1345). Leur déploiement le 10 mai 1940,  qui diffère quelque peu de celui présenté dans l’article présenté il y a quinze jours, aurait été le suivant:

2 blindés sur les hauteurs de Trois-Ponts (dont le 0527)

2 blindés à Vielsalm

1 blindé à Lierneux

1 blindé à Grand-Halleux

1 blindé à Salmchâteau

1 blindé à la Baraque de Fraiture

Il est possible, poursuit Monsieur Simon, de découvrir des photographies montrant l’immatriculation des véhicules en consultant le « Forum ABBL 1914-1940 » dirigé précisément par Mickaël Brooze. Après les présentations d’usage, l’internaute n’a qu’à sélectionner la rubrique « Histoire et information: unités et services« , puis la sous-rubrique « unités frontières » et enfin la section « organigramme 1ère Division de Chasseurs ardennais« .

Attention, les règles du copyright sont évidemment d’application et il convient de contacter les propriétaires des images avant toute utilisation autre que strictement privée. »

Merci à ces deux lecteurs qui nous permettent d’approfondir le sujet.

Bien entendu, si vous possédez d’autres informations à ce propos, c’est avec un immense intérêt que nous les accueillerons.

INDISPENSABLE DANS VOTRE BIBLIOTHEQUE!

Vient de paraître :  Eddy DE BRUYNE, Encyclopédie de l’occupation, de la collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (1940-1945)

« Oeuvre magistrale », « œuvre d’une vie », cette « Encyclopédie de l’occupation, de la collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (1940 – 1945 » que signe Eddy De Bryne est véritablement monumentale ! D’abord dans son seul aspect : 575 pages A4 sous un robuste cartonnage et près de 2,5 Kg, mais surtout bien sûr pour la masse d’informations rassemblées, sur ce sujet toujours délicat aujourd’hui, et concernant, pour la toute première fois, la Wallonie et Bruxelles.

Cet ouvrage d’Eddy De Bryne est le fruit de 30 années d’inlassables et minutieuses recherches qui avaient déjà conduit l’auteur à consacrer huit livres précieux pour la connaissance de cette période.

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Le professeur honoraire Francis Balace, dans sa préface, résume parfaitement le contenu de cette gigantesque entreprise : « Tout y est évoqué, non seulement les personnalités, même les plus infimes, de la collaboration politique et militaire (…), les administrations locales, les organismes économiques et professionnels d’Ordre Nouveau, les journalistes à la plume docile. »

Eddy de Bruyne a patiemment et rigoureusement consulté toutes les sources écrites disponibles, belges et allemandes, Pro Justicia, P-V d’interrogatoires, journaux de l’époque et journaux de l’après-guerre… mais aussi d’innombrables sources orales : il a rencontré Léon Degrelle en Espagne, s’est entretenu avec un officier de la Légion Wallonie, a interviewé des combattants du front de l’Est et des condamnés pour des faits d’incivisme…

Dans son « Encyclopédie », l’auteur propose ainsi des milliers d’articles, interconnectés pour retrouver aisément les liens nécessaires entre eux, mettant à disposition toutes les informations nécessaires pour appréhender la réalité des Kollabos wallons et bruxellois. Il mène le lecteur au cœur même des organisations politiques, sociales, culturelles et de jeunesse de la collaboration institutionnalisée et le guide au sein même de la hiérarchie de ces mouvements jusque dans leurs sections locales. Vous y découvrirez, entre beaucoup d’autres précieuses informations, un recensement des cellules wallonnes de Rex et l’organigramme des journaux collaborationnistes, La Légia ou Le Pays réel notamment.

L’auteur comble une importante lacune dans la bibliographie de la Seconde Guerre Mondiale et, avec une grande honnêteté intellectuelle, place les indispensables balises empêchant la publication de son travail de susciter la source malsaine d’une chasse aux sorcières à rebours.

C’est le Cercle d’Histoire et d’Archéologie Segnia qui a reçu l’honneur d’être choisi par Eddy De Bruyne pour l’édition de son « Encyclopédie » et le produit proposé, l’écrin de cette remarquable publication, justifie amplement ce choix !

Il s’agit d’un ouvrage de référence désormais incontournable pour tout qui s’intéresse à cet aspect jusqu’alors trop méconnu de notre histoire récente et qui se doit de trouver une place de choix dans la bibliothèque des passionnés de l’histoire de la guerre 40 – 45, mais aussi de tout qui veut s’informer de façon rigoureuse sur ceux qui se laissèrent séduire par l’Ordre nouveau en Belgique francophone.

Initialement, ce livre ne devait être accessible qu’aux souscripteurs, le conseil d’administration de Segnia a heureusement décidé d’en faire imprimer quelques dizaines d’exemplaires supplémentaires. Ne manquez surtout pas l’occasion d’en acquérir un car il me semble que cette édition exceptionnelle sera bien vite épuisée.

Vous pouvez obtenir un exemplaire de cette « Encyclopédie » en versant 70€ + 10€ d’envoi postal sur le compte BE90 0000 0336 9132 de Segnia à 6980 La Roche-en-Ardenne, avec la communication « Encyclopédie ».

300_6450Eddy De Bruyne, au centre, lors de la présentation officielle de son Encyclopédie, à La Roche-en-Ardenne le samedi 18 juin 2016. L’auteur est entouré de L. Nollomont, secrétaire-trésorier de Segnia, à gauche, et de l’historien Jean-Michel Bodelet, à droite

UN HALIFAX S’ECRASE A FRONVILLE EN

                                          La Petite Gazette du 25  novembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Durant les prochaines semaines, Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O, va nous entretenir de cet avion dont un monument rappelle la fin. A la lecture du récit qu’il fait de cet épisode de la dernière guerre, vous pourrez prendre la mesure de l’ampleur de la recherche qu’il a menée et dont il nous livre le résultat. Je l’en remercie chaleureusement.

« Dans l’enceinte du domaine militaire (en donc, malheureusement, non accessible aux visiteurs) à Marche-en-Famenne, un monument est inauguré le 30 septembre 1997, on peut y lire les mots suivants : « Ici, en 1943, un Halifax anglais s’est écrase. Six morts. Un seul rescapé. Passant souviens-toi ». Voici le récit.
Monument_Hal_LL125_-_3

Dans la nuit du 20 au 21 décembre 1943, le Bomber Command britannique allait de nouveau frapper dur sur l’Allemagne nazie, mais aussi le payer cher en vies humaines et en avions.

C’est la ville de Frankfurt-am-Main qui était choisie comme cible principale. 650 bombardiers (390 Lancaster, 257 Halifax, et 3 Mosquito) décollèrent de plusieurs aéroports en Angleterre. La météo avait prévu un ciel peu couvert.
Mais aussitôt que les bombardiers eurent passé les côtes anglaises, les Allemands purent les identifier sur leurs écrans radars et ils les suivirent tout le long de leur itinéraire jusqu’à Frankfort. Résultat: les Allemands s’étant préparés à réserver un accueil des plus chauds aux Britanniques, la formation de bombardiers allait subir des contre-attaques de la Luftwaffe sur tout son parcours ; les canons anti-aériens se tenaient prêts. Afin de leurrer les bombardiers, les Allemands  avaient également allumé des feux à quelques 8 Km au sud-est de Frankfort. Une partie des bombes tombèrent autour de ces feux de diversion et un certain nombre tombèrent même sur Mainz à quelques 17 Km à l’ouest de Frankfort car, contrairement aux prévisions météo, le ciel au-dessus de l’objectif fut couvert à 80% par les nuages et l’identification correcte de l’objectif principal fut fort perturbée. Malgré tout, une surface importante de Frankfort, le long du Rhin et dans les districts au sud, était touchée et détruite. Les Anglais encaissaient une pénible perte: 6,3% de la force ou 41 bombardiers (27 Halifax et 14 Lancaster) n’allaient pas rentrer.
Les Anglais avaient aussi leur plan de détournement: une attaque simultanée fut lancée contre Mannheim comme objectif secondaire avec 44 Lancaster et 10 Mosquito. Ce raid n’allait malgré tout pas détourner beaucoup de chasseurs de l’objectif principal Frankfort, et la majeure partie des bombes tombèrent malheureusement à l’extérieur de Mannheim suite à une mauvaise visibilité. Ici, aucun bombardier ne fut perdu.
Cette même nuit, Liège aussi figurait sur la liste des objectifs secondaires et ses usines d’armement recevaient la visite de 8 Lancaster et 8 Mosquito. Mais les marquages effectués par ces derniers n’étaient pas visibles à travers la couche épaisse de nuages et les bombes ne furent pas larguées. Cette attaque se solda par la perte d’un Lancaster.
D’autres raids secondaires visaient Rheinhausen et Leverkusen avec respectivement 6 et 5 Mosquito sans subir de pertes, tandis que 23 bombardiers Stirling déposaient des mines dans les eaux de Friesland. Un Stirling allait s’écraser en mer.
Le bombardier qui tomba à Fronville était un quadrimoteur Handley Page « Halifax » LL125 du 77 Squadron, et qui portait le code KN-K sur son fuselage. L’équipage avait survécu aux 18 missions précédentes. Ce 20 décembre 1943, leur avion avait décollé d’Elvington (un petit village à 11 Km de York) à 16h.30 avec sept hommes à bord. Il faisait partie de l’effort principal dirigé contre Frankfort. Au dessus de l’objectif, la première vague de bombardiers se trouva dans un véritable guêpier, les phares jaunes illuminaient les bombardiers sur leur parcours et les chasseurs de la Luftwaffe piquaient sur la formation. Le bombardier LL125 se trouvait dans la deuxième vague à 7000 mètres d’altitude. Bien qu’il fût très secoué par les tirs anti-aériens, il atteignait le but sans dégâts. Après avoir largué ses bombes sur Frankfort, l’avion retournait pleins gaz direction l’Angleterre et la sécurité. »

La Petite Gazette du 2 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, le récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O.

  1. La catastrophe : Tout allait bien pendant une heure, mais cela n’allait pas durer … Terry Bolter, un des survivants, nous raconte: « A 20h.43 précises, le LL125 fut pris comme cible par un Me-110 qui avait approché   par derrière et était resté inaperçu.  La première rafale touchait le moteur intérieur à tribord qui prenait feu immédiatement. Le pilote avertissait l’équipage qu’il allait piquer l’avion pour essayer d’éteindre le feu. Cette manœuvre était  vaine. Le pilote voyait que le feu se propageait dans les réservoirs d’essence et que bombardier allait exploser, et il donna l’ordre de sauter immédiatement. J’étais en train deme tourner vers la trappe de secours lorsque l’avion entama un piqué incontrôlé. Nous fûmes rabattus sur le plancher par le phénomène de la gravité. Ma main gauche sur les yeux et ma main droite serrant inconsciemment la cordelette d’ouverture de mon parachute, j’attendais que la terre se rapproche, et j’étais persuadé que c’était la fin. Soudain, le nez en perspex commença à se fendre devant moi s’ouvrant suffisamment large pour que je puisse me libérer et sauter dans le vide. Regardant le ciel, je vis le bombardier en feu au-dessus de moi. J’ai tiré la cordelette et la calotte de soie s’ouvrit; j’allais survivre ! Des morceaux de métal tombaient autour de moi alors que notre avion se disloquait dans sa dernière descente. Puis, il s’écrasait et les nuages se teintaient de rouge alors que je les traversais. J’ai atterri à quelques cinq Km à l’ouest de l’endroit où l’avion brûlait dans l’obscurité. J’ai enlevé la boue autour des débris de l’avion. Malgré que j’aie perdu une de mes bottes en sautant en parachute, je me suis mis à marcher. Je suis arrivé devant  un petit hangar abandonné où j’ai passé la nuit ».

Terry_Bolter_(Halifax_Fronville) TERRY BOLTER   

Deux hommes ont pu quitter l’avion à temps : F/Lt Frank. G. Shaw et F/O Terence « Terry » Frank Bolter. Les cinq autres ont péri avec le bombardier. (Une erreur a été commise sur le monument érigé à Marche: il n’y avait pas six, mais cinq victimes !). Ces cinq victimes sont enterrées au Hotton War Cimetery, pelouse V-5, sépultures 1 à 5 : Squadron Leader Herbert F. Bickerdike (21ans, pilote), F/O Robert W. Pendergrest (navigateur), Sgt R. F. Walter (21  ans, mitrailleur), Sgt William A. Cockburn (23 ans, mitrailleur), et F/O Gordon L. Hills (20 ans, mitrailleur).

René Gilet, de Melreux, avait 15 ans quand il fut témoin des faits. Voici son récit :

« Nous étions devant notre porte dans la rue de la gare quand nous aperçûmes un avion en flammes piquer vers Fronville. Le lendemain, au lieu d’aller à la gare pour rejoindre l’école à Marche, j’ai décidé de faire l’école buissonnière et de me rendre au lieu du crash. Les débris encore fumants se trouvaient à l’extrémité du vivier. La feldgendarmerie était sur place. Les Allemands autorisèrent les gens à s’approcher et même à emporter des morceaux de mica qui allaient servir à  fabriquer des bagues et des petites croix. En ce qui me concerne, j’ai trouvé une pipe d’un membre de l’équipage. Quelqu’un m’a dit qu’une paire de lunettes d’aviateur avait été trouvée dans un hangar non loin de la route de Grand-Han. J’ai décidé alors de partir à la recherche d’éventuels survivants. Dans un champ labouré, j’ai remarqué des traces qui me conduisaient vers un monticule de terre. Imaginez mon émotion quand j’ai découvert un parachute et un harnais. Je comprenais immédiatement qu’un survivant devait se cacher tout près. Mais, malgré mes efforts, je ne l’ai pas trouvé. Je suis rentré chez moi avec le parachute que les voisins sont venus admirer. Mais la soie allait vite connaître un nouveau futur ; elle a servi à confectionner des vêtements pour toute la famille. Quant au harnais, il était relégué au grenier.Je me souviens qu’il portait le nom Terry Bolter. » 

La Petite Gazette du 9 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, le récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O. Rappelons que cette recherche a pour point de départ un monument présent dans le domaine militaire de Marche-en-Famenne.

«3. L’évasion de Terry Bolter : F/Lt Frank. G. Shaw et F/O Terence « Terry » Frank Bolter ont pu quitter l’avion, mais les deux survivants n’allaient plus se rencontrer. La ligne secrète d’échappement de la Résistance s’occupera d’eux. Mais cela finira mal malgré tout pour Frank G. Shaw. Le 6 juillet 1944, quatre aviateurs partent de Mettet dans un camion guidé par M. Paul Frappier, « passeur » de Comète. Un contrôle d’une patrouille routière allemande à hauteur de Spontin tournera mal et ils finiront leur périple comme prisonniers de guerre.

Terry Bolter aura plus de chance. Reprenons son récit de l’évasion.

« Le lendemain (21 décembre donc) j’ai vérifié mon équipement d’échappement à l’intérieur de ma tenue de survie dans la grange. J’avais du chocolat, de l’argent belge et français, une carte en soie, des  pilules de  purification d’eau et  une bouillotte.  La nuit          tombe vite en décembre, il fallait agir rapidement et je me suis mis à marcher dans la campagne. J’ai arrêté un cycliste qui venait dans ma direction et qui a manqué de tomber de sa bicyclette d’étonnement».
C’était à hauteur de la route de Melreux vers Grand-Han que T. Bolter entendit des gens parler en français et qu’il décida de demander de l’aide. Vers 17h.30, il accoste un fermier qui passe à vélo et lui demande de la nourriture et des souliers. L’homme à vélo était Camille Marchal qui rejoignait son domicile à Somme-Leuze. Camille ne comprenait pas ce qu’on lui disait, mais ayant connaissance qu’un avion allié était tombé dans les bois, il en déduisit que l’homme devait être un aviateur et il décida de d’aider. Camille retourna chez son père à Melreux et en revint avec une paire de souliers, puis il transporta l’Anglais sur le cadre de son vélo jusqu’à Somme-Leuze. Cependant, par mesure de sécurité, l’Anglais continuera à pied loin derrière le vélo à l’approche du patelin. Arrivé au château de Stasse, il a caché l’aviateur dans un meule de paille, puis, il est allé raconter son histoire à M. Paul Laffut, un lieutenant dans le Résistance. Après avoir identifié l’homme comme un vrai aviateur anglais, on l’a soigné et nourri au château, puis, il restera quelques jours avec la famille Marchal avant que son extradition ne soit organisée par la ligne d’échappement « Comète ».
En janvier 44, après avoir été interrogé et identifié par le réseau « Vic », Terry Bolter, accompagné d’un Résistant sûr du réseau « Zéro », est évacué en train sur Bruxelles où il sera logé (caché) jusqu’au printemps. Un jour, il échappera de justesse à un contrôle de la Gestapo, et devra changer de refuge. En mai 44, il est évacué par la Résistance avec d’autres aviateurs, des Américains, sur Paris. Ils resteront cachés chez Philippe d’Albert-Lake, le grand chef de la ligne « Comète » à Paris, (dont l’épouse (Virginia) sera plus tard arrêtée, lors d’une autre extradition secrète d’aviateurs, et envoyée au camp de concentration de Ravensbrück, mais elle survivra). L’extradition de Terry Bolter se poursuivra en plusieurs étapes avec des arrêts à Bordeaux et Bayonne. De là, accompagné de « Hugo-le-Fraudeur », un passeur expérimenté de la Résistance, il reste encore 40 Km à parcourir à vélo, des montagnes à grimper la nuit, une petite rivière qui sépare la France et l’Espagne est à traverser, mais il faut avant tout échapper aux sentinelles allemandes postées à intervalles de 50 mètres le long de la rivière. Mais ils réussiront la traversée sans encombres. Et puis, c’est la liberté.

Terry Bolter traversera toute l’Espagne, du Pays Basque jusqu’à Gibraltar, où l’Ambassade britannique le rapatriera en avion vers Whitchurch (Bristol) dans la nuit du 24 au 25 juin 44.
Après la guerre, Terry Bolter publiera le récit de son évasion « Escape from Enemy Occupied Europe« , et il retournera à plusieurs reprises visiter Camille Marchal en Belgique. »

La Petite Gazette du 16 décembre 2009

UN BOMBARDIER S’ECRASE A FRONVILLE – HOTTON

Retrouvons, comme annoncé, la fin du récit qu’en a fait Monsieur Rik Verhelle, de Bomal s/O ; je sais que sa lecture vous a passionnés et je le remercie encore pour l’ampleur de la recherche qu’il a menée et qu’il a partagée avec nous tous.

« 4. La Luftwaffe défend son territoire
Découvrons maintenant la Luftwaffe défendant son territoire.
La vague de bombardiers fut identifiée dès qu’elle passa la côte anglaise en direction de l’estuaire de l’Escaut. Les premiers bombardiers franchirent la côte hollandaise à 18h.00. Etant donné que la visibilité était bonne, la chasse de nuit fut alertée et les premiers éléments du 3JD furent dirigés par radar vers la vague de bombardiers.
En plus de cela, quelques 80 chasseurs de nuit étaient déjà opérationnels et patrouillaient au-dessus de la Hollande et la Belgique.
Le 1er Jagdkorps « scrambled » comptait 177 chasseurs de nuit Me-110 et constitua deux forces. La première, commandée par la 1e Jagddivision, se rassembla au-dessus des radiobalises « Philipp » (région de Paderborn) et « Otto » (région de Frankfort), tandis que la deuxième force, sous commandement de la 2e Jagddivision, se dirigea vers l’ouest de Berlin. Il fut vite établi que la vague de bombardiers progressait dans la direction sud-est, mais les Allemands n’avaient, à ce moment, pas de certitude sur l’objectif de la RAF. Ils prenaient donc leurs précautions contre un éventuel bombardement lourd sur leur capitale.

La Luftwaffe eut son premier contact avec les bombardiers à 18h.19  au sud des Pays-bas et quelque 30 interceptions furent rapportées entre Gilze-Rijen et Frankfort.  Dix bombardiers furent détruits.  Entre-temps,          les contrôleurs radar firent rejoindre les chasseurs de « Philipp » vers la balise « Otto » au nord-est de Frankfort. A 19h.24 précises, des marqueurs furent largués sur Frankfort, et les bombes tombèrent sur la ville  de 19h.24 à 20h.05. Mannheim fut bombardée 4 minutes avant le raid sur Frankfort ce qui fit croire aux Allemands que deux cibles principales allaient subir un bombardement simultané. Mais il s’avéra assez vite que Mannheim ne constituait qu’une attaque de diversion et quelques chasseurs seulement y furent envoyés.
Le premier combat au dessus de Frankfort eut lieu à 19h.37, treize minutes après le début du bombardement. Seize engagements eurent lieu et se soldèrent par la perte sept bombardiers de la RAF. A ce moment, les chasseurs de « Philipp » arrivèrent au dessus de « Otto » et les combats firent rage jusque sur Koblenz (sur le chemin de retour de Bomber Command). Quand la flotte eut atteint de nouveau la côte des Pays-Bas, quelques 50 interceptions avaient eu lieu, provoquant la perte de 25 bombardiers.
Revenons-en aux 80 chasseurs de nuit Me-110 patrouillant au-dessus de la Belgique et des Pays-Bas. Eux n’ont pu descendre qu’un seul bombardier retournant de Frankfort. C’est celui que Oblt Wilhelm Henseler du 4/NJG1 intercepta à 20h.43  à une altitude de 5000 mètres dans le secteur « Murmeltier » (cela veut dire Marmotte), et qui alla s’écraser à Fronville (Hotton) près de l’ancien vivier. Oberleutnant Wilhelm Henseler du 4/NJG1 marqua ici sa 4ème victoire (il en aura 11 à la fin de la guerre) en abattant le Halifax LL125.

Bilan de ce 20/21 décembre 43: La Luftwaffe avait perdu neuf chasseurs dont seulement deux au combat, et six autres dus à des problèmes mécaniques ou à un manque de carburant. Après évaluation, la Luftwaffe fut créditée de 43 victoires confirmées et de 6 probables. Ceci était légèrement surestimé car la RAF ne perdit, en réalité, que 42 bombardiers (27 Halifax et 14 Lancaster au dessus du Continent, et 1 Stirling en mer). Mais il faut augmenter ce bilan de 16 autres bombardiers qui ont réussi à rejoindre l’Angleterre, malgré des dégâts très sévères, et qui alourdiront le bilan final.
Ce 20 décembre 1943, six bombardiers se sont écrasés en Belgique: deux Halifax dont un à Rodenbos (frontière belgo-allemande) et l’autre à Sint-Truiden; et quatre Lancaster : un à Fouron-Saint-Pierre à 19h.10 abattu par Oblt Werner Baake, un à Baugnez (Malmédy) abattu à 19h.22  par Hauptmann Hans-Karl Kamp, un à Merbes-le-Château (Liège) à 20h.29 descendu par Hauptmann Kurt Fladrich, et un près de Diest qui fut malencontreusement touché par les mitrailleurs d’un autre Lancaster. »

Tombes_crash_FronvilleLES  TOMBES DE CES AVIATEURS

Maintenant que nous en avons terminé avec l’évocation de cette bataille aérienne et de ses conséquences, nous allons pouvoir évoquer la genèse du monument commémoratif élevé dans le domaine militaire de Marche-en-Famenne. En effet, je viens de recevoir une communication très détaillée de celui qui est l’instigateur de l’érection de ce monument, M. Michel Lecarme, de Marche-en-Famenne. Grâce à lui, nous pourrons compléter les précieuses informations fournies ces dernières semaines grâce à l’enquête minutieuse de M. Verhelle.

VOUS ETES VRAIMENT DES LECTEURS TRES ATTENTIFS…

Monsieur Michel Leduc revient, avec beaucoup d’à-propos  sur l’épisode 2 du récit de M. Verhelle car il est, m’écrit-il, «  resté en arrêt devant la photo de l’aviateur, car elle était inversée… (N.D.L.R. Il avait tout à fait raison, cette erreur avait été commise au montage de la page car je n’ai jamais eu que le cliché paru ci-dessus et donc à l’endroit !)

Cela se remarque aisément à l’aile (unique, donc pas un pilote), qui se porte sur le côté gauche de la poitrine. De même les barrettes des médailles. Comme ce navigant est tout de même titulaire de la Distinguished Flying Cross (représentée par les diagonales pourpres), je pense que c’est la moindre des choses de lui rendre son aspect initial.

En Grande-Bretagne, cette distinction, réservée au personnel de la Royal Air Force et assimilés, pour acte de courage à l’ennemi, était attribuée dès le grade de Warrant Officer (Adjudant). Cette distinction, comme d’autres, donne le droit de faire figurer les initiales DFC à la suite de son nom. Ce dont les britanniques ne se privent pas…

DFC

1.100 ont été décernées lors de la Grande Guerre. 20.354 DFC ont été attribuées pendant la Seconde Guerre Mondiale. 964 à des personnels hors Commonwealth dont un certain nombre de Belges. Malgré une recherche (sommaire), je ne suis pas en mesure de vous dire combien. Toutefois, le premier aviateur à la recevoir fut Jean Offenberg dit Piker, le Peïke de Bruxelles à la sauce (à la menthe) anglaise, dont je joins une photo souriante dans son Spit au 609 Squadron.

Jean_0ffenberg_dit_Piker

Les Belges ont eu deux squadrons dédiés, le 349 et le 350 (le premier chiffre 3 étant réservé dans la RAF aux squadrons étrangers homogènes) mais un certain nombre de nos pilotes ont préféré être intégrés dans d’autres unités pour des raisons qui leur appartenaient.

La devise du 609 était « TALLY HO », en bon français « Taïaut », tout un programme…
Jean Offenberg, un des « Few » n’a pas survécu au conflit.

Si cette distinction a été créée en 1918, il a fallu attendre 2008 pour que la première femme, la Flight Lieutenant Michelle Goodman, soit ainsi honorée. »

Merci pour ce légitime souci de précision.

La Petite Gazette du 23 décembre 2009

L’HISTOIRE DE CE MONUMENT

En voir la photographie avec le premier volet de cette série d’articles.

Comme promis, je vous livre maintenant les renseignements qui viennent compléter les résultats de l’enquête menée par M. Verhele au sujet de ce monument élevé au cœur du camp militaire de Marche-en-Famenne. J’ai, en effet, pu compter sur la précieuse collaboration de M. Michel Lecarme, l’instigateur de sa construction. M. Lecarme est arrivé au camp de Marche en 1975 avec le grade de 1er Sgt et y a été pensionné, en 1997, au grade d’adjudant-chef. Durant toutes ces années, il occupa la même fonction : chef de peloton plaine.

« Les bois de la croix sont deux poutres en chêne provenant d’une ferme démolie de Focagne, un hameau de quatre ou cinq fermes exproprié dans les années septante car intégré dans le domaine militaire. Sur cette croix, il y a un crucifix qui provient du grenier de ma grand-mère et que j’ai récupéré lors de son décès. Le Christ provenait du cercueil de mon grand-père que je n’ai pas connu car il a été tué en 1935 ; ma grand-mère l’avait toujours gardé !

Le bloc de granit vient de la carrière de Marenne qui en avait fait cadeau. La plaque de fer a été peinte, avec les lettres, par le CLC Gailey du peloton plaine de l’unité Camp Marche.

Les pierres au pied de la croix ont été récupérées du pont situé sur le chemin de la ferme du Bois à Baillonville (Haie du cerf). Lors de la construction de la Tanktrack, le Génie a construit un nouveau pont, donc l’ancien a été démonté et le matériel récupéré par le peloton plaine et stocké.

En 1992, lors d’une rencontre près de cet endroit avec le responsable des Eaux et Forêts, M. Piret, de Fronville, en parlant de choses et d’autres, il m’appris qu’il y avait là un Christ et une plaque de fer rappelant qu’un Halifax était tombé là en 1943.

A l’aide d’un détecteur de métaux, j’ai retrouvé une partie du Christ et la plaque de fer, j’étais donc au bon endroit. Il ne me restait plus qu’à demander l’autorisation à mon chef de corps de l’époque de reconstruire un monument rappelant les faits. Le Major me dit qu’on y penserait peut-être plus tard et donc, de temps en temps, je lui rappelais mon idée. En 1997, il marqua son accord pour que débutent les travaux. Mes fonctions me donnaient le matériel et le personnel nécessaires et, bénéficiant de la carte blanche donnée par mon chef, le monument put être construit comme je l’avais imaginé. Il fut bien inauguré, en 1997, en même temps qu’un stand de tir. »

Voilà que, grâce à la Petite Gazette, nous avons reconstitué toute l’histoire de ce monument et de ce qu’il rappelle. Un grand merci à M. Lecarme.

 

 

FAITS DE RESISTANCE A FERRIERES

La Petite Gazette du 5 novembre 2008

QUI SE SOUVIENT ENCORE DES FUSILLES DE FERRIERES ?

Madame Flore Duchesne, de Havelange, fut une de mes toutes premières correspondantes quand, il y a bientôt dix ans, je repris les commandes de La Petite Gazette et, depuis lors, elle nous confie régulièrement ses souvenirs. Comme vous, j’en suis ravi.

Aujourd’hui, elle se fait particulièrement grave et, profitant du fait qu’elle trie des tas de vieux documents, elle partage l’avis d’un autre correspondant qui insistait il y a quelques semaines sur la nécessité de témoigner.

« Les anciens, comme moi, écrit-elle, nous devons mieux assumer notre devoir de mémoire. J’espère que des lectrices et des lecteurs se manifesteront sur ce sujet que j’évoque afin de faire prendre conscience aux gens qui n’ont pas connu cette époque du bonheur qu’il y a à vivre dans un havre de paix et de quiétude, à l’abri de la terreur, de la destruction et de la mort et cela depuis si longtemps ! »

« Ils étaient plus d’une douzaine. Leur âge ? de plus ou moins 18 à 25 ou 30 ans. J’en ai connu un, natif d’Ocquier, il était le fils de Marie Marlair et de Joseph Pauly, un cousin de papa. Déporté en France par les Allemands pour travailler, dans des conditions épouvantables, à la construction du Mur de l’Atlantique, Edgard Pauly avait réussi à s’évader et à regagner la Belgique où il avait pris le maquis et où il était devenu membre actif de la Résistance. A la veille de la Libération, chargé de mission avec tout un groupe de résistants, talonnés par un ennemi aux abois, ils sont tombés dans une embuscade. Avec un autre volontaire, Edgard a fait front, permettant à ses camarades de s’échapper, les sauvant ainsi d’une mort certaine. Faits prisonniers, ils ont été ramenés à Ferrières où, avant de s’enfuir, leurs geôliers les ont lâchement assassinés au mépris de toutes les règles de la guerre et ce en compagnie d’autres jeunes venus d’horizons divers. C’était le 2 septembre 1944 ; à la veille de la Liberté ! (Oquier où j’habitais alors a été libérée le 8 septembre.)

Par un raffinement de cruauté, leurs bourreaux, avant de les exécuter, ont brûlé tous leurs papiers d’identité et leur ont enlevé tous leurs objets personnels.

Ferrières1

Quand on les a retrouvés (des gens de Ferrières j’imagine) ce n’étaient plus que des morts tristement anonymes ; le seul moyen pour permettre de les identifier a été de les aligner côte à côte et de les prendre en photo après les avoir numérotés, numéro qui allait être repris sur leur cercueil.

 

Mon Dieu ! Peut-on imaginer la tragédie vécue par leurs familles ; ces gens à la recherche d’un fils, d’un mari, d’un frère ou d’un fiancé n’ont disposé, pour retrouver un être cher plein de vie et de jeunesse que de mauvaises photos d’amateur jointes à un simple numéro… Que de larmes, de désespoir et de rage Ferrières2ont dû couler sur ces humbles bouts de carton ! »

 

SOUVENIR DE DECES D’EDGARD PAULY

 

 

La semaine prochaine, nous retrouverons Mme Duchesne et l’évocation d’une autre victime des ces crimes de guerre à Ferrières. Si vous pouvez développer ce sujet, n’hésitez pas une seconde et répondez s’il vous plaît  à l’appel de ma correspondante.

 

La Petite Gazette du 12 novembre 2008

QUI SE SOUVIENT ENCORE DES FUSILLES DE FERRIERES ?

Madame Flore Duchesne, de Havelange, s’est souvenue, en triant de vieux papiers, de cet épisode tragique de septembre 1944. La semaine dernière, elle rappelait le souvenir d’Edgard Pauly, aujourd’hui, elle nous parle d’une autre victime :

« Quelques années plus tard, j’ai connu, à titre posthume, un autre de ces suppliciés : c’était un cousin de mon mari, il s’appelait Maurice Lecomte et habitait Ciney. Le jeune Maurice (il n’avait pas 19 ans, Edgard, lui, en avait 21) avait été massacré, lui aussi, à Ferrières… Même date, même endroit et, comme je l’ai appris de la bouche de sa maman, deux photos et un numéro comme seuls signes de reconnaissance.  Edgard, 21 ans, Maurice, 19 ans, mais  les autres … qui étaient-ils ? Des résistants, bien sûr, mais aussi, sans doute, des otages, peut-être même des habitants des environs ; peut-être aussi a-t-on érigé un monument à leur mémoire ? J’avoue que je n’en sais rien et que je n’ai jamais cherché à savoir… Pourquoi ?

J’avais 16 ans, on retrouvait des morts partout ; submergés d’horreurs, on n’arrivait plus à suivre. En s’enfuyant, les débris de l’armée du grand Reich jonchaient les routes de cadavres et pourtant, pour nous, allait suivre l’Offensive des Ardennes, puis la découverte des camps d’extermination. Après, les gosses de mon âge ne voulaient qu’une chose : vivre comme tout le monde, dans la paix, la joie et la sécurité et oublier surtout que cela avait pu exister.

On essaie de gommer son passé, les cauchemars de son adolescence, mais on n’y arrive pas vraiment… La preuve, c’est qu’au soir de ma vie, tous ces jeunes disparus depuis si longtemps reviennent parfois hanter ma mémoire. C’est pourquoi j’aimerais savoir qui se souvient encore de ces fusillés de Ferrières. Qui étaient-ils ? Quelle était leur histoire ? Comment se sont-ils retrouvés là pour cet ultime rendez-vous ? Y aura-t-il, parmi les lecteurs, quelqu’un qui pourra m’expliquer qui étaient les autres petits gars de Ferrières ? »

J’imagine que oui et j’attends vos réactions avec impatience

 La Petite Gazette du 26 novembre 2008

A FERRIERES, LES DRAMES DE LA GUERRE

Monsieur Armand F Collin, du C.L.H.A.M. (Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaires) profite de l’évocation d’un drame de guerre à Ferrières pour nous communiquer des renseignements recueillis lors d’une recherche qu’il a menée dernièrement sur les diverses stèles et monuments de l’entité : « Dernièrement, m’écrit-il, j’ai fait une recherche sur Ferrières  et pris les photos des divers stèles et monuments de  l’entité.

1.Kersten Léon. 21 ans. Fils d’un fermier de St-Roch.Le lundi (26.04.43) de Pâques, des soldats allemands de la  Wehrmacht effectuent un contrôle à Ferrières. Kersten fait mine de quitter la place du Bati (devenue Chablis), fait demi-tour et se dirige vers le chef du détachement. Ce dernier crie en  français ‘Halte, vos papiers’ Kersten crie  ‘Non’ L’allemand lui donne un coup de matraque  et Kersten réplique par un coup de poing puis veut fuir. Un soldat allemand l’abat.

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2. Lahaye Gilbert. Etudiant. Ferrières 02.02.1925. Arrêté le 01.09.1944.Ancion Joseph. Cultivateur. La Gleize 22.05.1921. Sabotages, transport d’armes. Thiry Pierre. Verlaine 11.05.1917. Depuis le 15.08.1944,  guide pour les réfractaires.Ancion et Thiry arrêtés à la ferme Jacot à Izier. Font partie de l’A.S. Zone V. Secteur 4. Sous-secteur Byl. Ils sont abattus le 02.09.1944 à l’endroit du monument leur dédié.

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Dès la semaine prochaine, nous retrouvons M. Collin face à d’autres monuments de Ferrières. 

   La Petite Gazette du 3 décembre 2008

A FERRIERES LES DRAMES DE LA GUERRE

Monsieur André Rixhon, de Ferrières, apporte à Mme Duchesne les précisions qu’elle souhaitait obtenir. Il m’a, en effet, fait parvenir ce qu’a écrit sur le sujet M. Alfred Dubru (Le sous-secteur Byl Secteur 4 – Zone V, Arlon, 1984 pages 53 et 54). Après avoir remercié chaleureusement mon correspondant, je vous livre l’intéressant récit qu’il nous a communiqué :

« Samedi 2 septembre 1944.

Pour le maquis de Ferrières, c’est un jour à marquer d’une pierre noire. Dans la nuit du 1 au 2, une patrouille de 5 hommes s’en va au ravitaillement. Mission : tuer une vache et la ramener au camp. En cours de route, elle rencontre les Allemands; une fusillade éclate: Roukens Maurice, Ronvaux René et Lecompte Maurice sont tués. (MEMORANDUM, p.81)

Ce n’est malheureusement pas terminé. Suite à un coup de feu malencontreux tiré à la lisière Sud du camp, une colonne alleman­de qui passait sur la grand-route Ferrières-Werbomont, fait demi-tour et attaque le camp. Maurice Nicolay, chef du VI° groupement raconte : « Le 2.9.44, à Ferrières, dans la matinée, les troupes allemandes, averties de l’existence de notre camp de refuge, l’investissent avec des forces importantes. Bielen Nestor, officier de réserve, qui partage avec moi la direction du camp, sollicite la direction des hommes armés et attaque immédiatement l’agresseur; sa couverture me permet de rassembler les hommes non armés et plus ou moins affolés par le tir de l’ennemi. Après avoir établi une deuxième ligne de soutien dotée de FM (Cdt Théo), j ‘ évacue le personnel dans une région plus sereine.  J’envoie ensuite mes derniers hommes armés pour faire établir, jusqu’à la ligne de feu, un service de ravitaillement en munitions (Capt Massart et Lt Crotteux). L’ennemi .bloqué, se  retire après 35 minutes de combat au cours duquel il s’est servi d’armes automatiques, grenades et artillerie légère d’infanterie. Les ravitailleurs, pour assurer leur mission, ont  traversé, à plusieurs reprises, des terrains découverts fortement battus par le feu de l’infanterie adverse. » (UFAS. Maurice Nicolay)

Henri Frédéric fut gravement blessé au cours de la mission, de ravitaillement en munitions.

Cornu Louis, Dupont Hubert, Hermant Charles, Huard René, Lens Théodore, Maris René et Pluem Christian furent tués au cours du combat.

Du côté ennemi, une septantaine d’attaquants, dont le comman­dant de la colonne auraient été tués. (MEMORANDUM, p.86) Après le combat, le camp fut déménagé et installé dans les bois de Fays. Et comme si le tribut payé par le VI » groupement n’avait pas été assez lourd, il fallut que la journée s’achevât par le massa­cre de Burnontige. Comme déjà dit, l’hôtel Gaiemet servait d’hôpital au Sous-Secteur BYL. Toute la famille Gaiemet  avait été arrêtée le 2.3.44. Le père et la fille furent déportés la mère, gravement malade, avait été libérée: elle rejoignit son hôtel et continua à accor­der l’hospitalité aux blessés et aux malades.

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L’Hôtel Gaiemet (photo 2008)

 

Que s’est-il passé le 2 septembre ? D’après Philippe, sur dénon­ciation, les P.O.A. se rendirent à l’hôtel, croyant le capturer. Ils y trouvèrent quelques personnes dont trois infirmières ainsi qu’Omer Sellier, Huguette Moise et la propriétaire. Ils tuèrent les trois infirmières : Suzanne Boscheron, Josette Petit et Hortense Swinnen, enfermèrent Mme Gaiemet dans la cave et mirent le feu à l’établissement. Omer Sellier et Huguette Moise (à cette époque, Mademoiselle Jamotte) furent relâchés après un interro­gatoire de cinq heures.

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Monument élevé à la mémoire des trois infirmières.

C’est Modeste Servasy qui découvrit le drame dans toute son hor­reur, le lendemain, en venant ravitailler le maquis. »

Les photos qui m’ont servi à illustrer cet article m’ont été transmises par Monsieur Armand F Collin, du C.L.H.A.M. (Centre Liégeois d’Histoire et d’Archéologie Militaires) qui, dernièrement a mené une recherche sur les diverses stèles et monuments de l’entité de Ferrières.

La Petite Gazette du 10 décembre 2008

ENCORE AU SUJET DES FUSILLES DE FERRIERES

Monsieur Jacques Jöbses revient sur le sujet avec une question précise : « Mon père faisait partie de l’AS-groupe BYL durant la dernière guerre et, dernièrement, je l’ai brièvement remplacé lors du pèlerinage annuel de son groupe.

Une commémoration avait précisément lieu au carrefour de My en mémoire de résistants qui ont été fusillés à Ferrières à la fin de l’occupation allemande. Il y a deux stèles de part et d’autre du carrefour. Venant de Werbomont, la première se trouve à droite avant le carrefour et la seconde, à droite aussi, mais après le carrefour, en direction de Huy . Mon père m’a aussi parlé du fait que des gens avaient été fusillés près de l’église.

Cela étant, je profite de l’occasion pour lancer un appel à la mémoire des lecteurs dans l’espoir d’obtenir un renseignement qui ferait un grand plaisir à mon père.

Je vous ai dit que mon père, originaire de Liège, se trouvait du côté de Harre en 1944. Les 27 et 28 1944 ont eu lieu deux largages de containers par l’aviation alliée. Mon père faisait partie du groupe chargé de les récupérer.

Il se souvient très nettement des champs entourés de bois ainsi que de l’ambiance nocturne et des containers accrochés à leurs parachutes (spectacle enchanteur à son âge !), du bruit des containers qui touchent le sol et des parachutes qui descendent lentement, mais il ne se souvient plus des endroits exacts (endroits qui lui ont paru magnifiques à l’époque, il avait 19 ans) qui devaient se situer aux alentours de Harre/Manhay. En réalité le premier largage était prévu le 25 août 1944 mais les avions chargés de l’opération avaient été pris en chasse par l’aviation allemande et l’opération avait été reportée.

Les noms de code des opérations étaient « Périclès » et « Tulipier » puis a été modifié en « Thémistocle », avec comme mot de passe « Thémistocle avait un bâton convaincant ».

Est-ce que cela dit quelque chose à quelqu’un ?

Evidemment, les membres de l’opération n’était pas nombreux… Quelqu’un pourrait-il préciser où se trouvaient ces terrains de largage ? Un immense merci de la part de mon papa. »

Si vous avez des précisions sur ces opérations, ne manquez pas de nous les communiquer, vos renseignements intéresseront bien d’autres personnes…

La Petite Gazette du 28 janvier 2009

FERRIERES… EMOTION

Il y a plusieurs semaines, à la demande de Mme Flore Duchesne, de Havelange, vous m’avez permis d’évoquer divers drames qui secouèrent Ferrières durant le dernier conflit mondial. L’une des relations qui avaient été faites alors a été envoyée directement à Mme Duchesne et cette relation est d’importance, jugez plutôt.

« Je tiens à témoigner car j’ai vécu à la date du 2 septembre 1944 une triste histoire de très près, écrit Mme Marie-Louise Lahaye, de Vieuxville. Une des victimes était mon grand frère, il n’avait pas 20 ans, c’était un brillant étudiant. Nous étions fin août, c’est en se rendant chez son ami Jules Sépul, où une cachette avait été aménagée pour eux, qu’il fut arrêté avant d’être emprisonné à la maison Gaiemet où les Allemands assassinèrent Mme Gaiemet et trois infirmières avant d’incendier la maison !

Ensuite, il fut transféré à la ferme Jacot, à Izier, où d’autres jeunes étaient prisonniers, des malheureux innocents qui ont eu la malchance de se trouver sur le passage de ces bourreaux ! Parmi eux se trouvait un traître parlant allemand qui, sans les connaître et pour sauver sa peau, les dénonça comme des terroristes.

C’est le 1er septembre que nous avons appris l’arrestation de Gilbert, la nuit fut longue, papa, ma sœur et moi avons prié et supplié le Seigneur de nous garder Gilbert, notre rayon de soleil ; maman était décédée depuis quatre ans.

Le samedi 2 septembre, nous sommes partis, mon père et moi, par le bois, rejoindre le village d’Izier, les Allemands se préparaient à partir car les alliés avançaient. Je me souviens du bruit de leurs bottes martelant les pavés de la cour, ils étaient comme fous, criant et hurlant, une vraie débandade. J’étais terrorisée !

Les prisonniers sortirent de la cave où ils étaient enfermés, je me précipitai vers mon frère, le tirant par le bras : « Viens Gilbert, viens ! ». Le soldat eut un instant d’hésitation, mais il me repoussa violemment, quand j’y repense c’était hardi, mais, à douze ans, on ne mesure pas le danger !

Le convoi se forma, les camions étaient en avant, suivis par ces beaux jeunes, les mains derrière le dos, entourés de quatre soldats. Il s’agit de Pierre Thiry, de Verlaine, Joseph Ancion, de Ferrières, Gilbert Lahaye, de Ferrières. A une vingtaine de mètres suivaient deux papas, dont un tenant par la main sa petite fille !

Ce fut une longue marche sous une pluie fine de septembre, parfois les Allemands se retournaient pointant leurs armes vers nous et nous ordonnaient de partir. Nous avons continué, traversant le village d’Izier, suivant la route vers Burnontige.

Le père Ancion nous quitta et prit un raccourci pour rentrer chez lui au thier de Ferrières. Arrivés au sentier qui mène vers le bois de Raumont, mon frère tourna la tête vers la gauche car, de là, il aperçut notre maison, il nous fit un signe d’adieu de la main et c’est la dernière image que je garde de lui.

Quelques minutes plus tard, des coups de feu retentirent dans le bois et là… j’ai compris ! Papa ne réalisait pas et ne voulait pas y croire. Le lendemain, c’est un homme du village qui découvrit le triste spectacle.

Les jours et les mois qui suivirent furent très douloureux pour nous trois, je vivais comme je pouvais entre l’école et les tristes soirées, soutenant de mon mieux mon papa et ma soeur.

Bien qu’il y ait plus de 64 ans de cela, ma mémoire est intacte et pas un jour ne passe sans que je ne revive ce tragique épisode.

A Burnontige, trois monuments furent érigés à la mémoire de ces disparus, un principal où sont inscrits les noms des victimes de la guerre 40-44. Un autre en retrait en souvenir des trois infirmières assassinées et un dans le bois de Raumont.

Depuis, chaque année, à la date du 10 mai, du 2 septembre et le 11 novembre, les anciens combattants et les autorités communales de Ferrières rendent hommage et déposent des fleurs à ces monuments. »

Un immense merci pour ce poignant témoignage.