Amon l’cwèpi

La Petite Gazette du 22 mars 2000

Monsieur P.B., de Tohogne, m’a envoyé un très beau texte, très précis et très documenté, né, m’écrit-il, d’un doux moment de rêverie consécutif à la lecture de La Petite Gazette.

« A l’époque, celle des années de guerre et les suivantes immédiates, j’étais âgé d’une dizaine d’années ; mes parents et moi-même habitions un appartement au troisième étage près de la place du Martyr, à Verviers. Mon père travaillait dans une des dernières usines wallonnes de fabrication de chaussures. C’était donc un « cwèpi ».

Dans notre mansarde, il avait installé un petit atelier de cordonnerie. Le petit garçon que j’étais n’avait que peu de sujets d’amusement, mis à part la radio, la lecture et les montages et démontages de son méccano. Je rejoignais donc souvent mon père dans sa mansarde pour le regarder travailler et, parfois, travailler à quelques menus travaux.

Je pense que me souvenirs raviveront ceux d’autres lecteurs ayant fréquenté un cordonnier et instruiront d’autres sur les facettes de ce métier ô combien intéressant durant ces années de disette. Lorsqu’on entrait dans cet endroit, la première impression qui venait à l’esprit était celle de se trouver sur le lieu de travail d’un nain. En effet, tout était quasi à ras de terre et conçu pour travailler assis. Dans ce local, aucun engin électrique si ce n’est une ampoule qui pendait du plafond et diffusait sa lumière crue dans les moindres recoins.

Dans ce décor, mon père. Pour lui, comme pour ses collègues que j’ai rencontrés, la tenue de travail se résumait à peu de chose : une chemise à  carreaux, un pantalon de grosse toile, éventuellement le vieux pull et, pour tous, le tablier de cuir en forme de jupe. Certains avaient un tablier semblable à celui des forgerons avec une bavette, mais naturellement en cuir beaucoup plus mince puisque non soumis aux mêmes contraintes. »

Pendant quelques semaines, grâce aux souvenirs précis de ce lecteur de Tohogne, nous retrouverons donc les gestes du « cwèpi », ses outils et son art. Comme mon correspondant le souhaite, et, croyez-moi bien, il n’est pas le seul, si vous possédez dans vos collections la photographie d’un ancien atelier de cordonnerie, n’hésitez surtout pas à nous la transmettre afin que nous puissions la publier pour illustrer ces lignes. En effet, Monsieur M.B. à qui je réclamais semblable document m’a répondu : « Je ne possède aucune photo de cette époque, car il n’y a aucune honte à vous avouer que mes parents étaient de condition très modeste et ne possédaient pas d’appareil photographique. Les seules photos que nous possédions à cette époque étaient celles prises par des photographes de rues qui figeaient sur pellicule les passants qui déambulaient par beau temps. Ils recevaient alors un petit ticket leur permettant d’aller voir les clichés dans un local donné et où il était alors possible d’en faire l’acquisition moyennant finances. »

 

La Petite Gazette du 29 mars 2000

AMON L’CWEPI

Comme promis, je propose de vous plonger dans l’ambiance toute particulière de l’atelier de cordonnerie du papa de Monsieur P.B., de Tohogne.

« Résumons donc : une chaise, une table, un pied de fer et une étagère.

La table basse, probablement une vieille table de cuisine dont les pieds avaient été sciés pour se trouver à bonne hauteur du travail assis. Elle était encombrée et surchargée, dans un joyeux désordre, de boîtes à conserve remplie de pointes ou semences de 8, 10, 12, 15, … qui servaient à la fixation des semelles, des talons et encore des fers que mon père plaçait à la pointe ou au talon des chaussures pour les renforcer et prolonger ainsi leur existence.

Sur cette table également, une multitude de tranchets ainsi que la pierre à eau pour les affûter et en reconstituer le fil tranchant. Ces instruments, faits d’une simple lame d’acier, coupaient comme des rasoirs et il m’était interdit de les manipuler. Sur certains, mon père avait enroulé de la ficelle ce qui leur faisait une sorte de poignée utile lorsque leur usage demandait de les utiliser avec force.

Se trouvaient aussi sur la table des boules de poix, ainsi qu’un pot de colle durcie avec un pinceau dont le manche pointait vers le ciel, comme un doigt vengeur fâché d’avoir été abandonné ! Il suffisait toutefois de réchauffer le pot au bain-marie pour que colle et pinceau retrouvent toute leur souplesse. Et encore, des morceaux de cuir, de caoutchouc, des tenailles, des pinces, des marteaux tout cela formant un véritable attirail sur cette petite table.

La chaise était également trafiquée et j’ai pu en voir de semblables chez d’autres cordonniers qui, tous, appelaient ce siège un « ham ». Il s’agissait donc d’une vieille chaise dont le dossier avait été scié ainsi que les pieds pour en diminuer la hauteur. Le fond avait également disparu et était remplacé par un entrelacs de lanières en cuir clouées sur tout le pourtour du cadre. Cette fabrication maison avait certainement l’avantage d’offrir plus de confort à ces hommes assis durant huit ou neuf heures d’affilée. A nouveau, les pieds avaient été sciés et, avec le recul et ma compréhension d’adulte, j’en suis venu à la conclusion que tout cela était dû à la taille du pied de fer qui était d’environ septante centimètres de haut. »

Même si la description réalisée par Monsieur P.B. a la précision d’un cliché, permettez-moi d’insister auprès de vous pour tenter d’obtenir une photographie d’un ancien atelier de cordonnerie ; je suis intimement persuadé que cela ferait un plaisir immense à mon correspondant. Si vous possédez ce document, confiez-le-moi sans crainte. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 5 avril 2000

AMON L’CWEPI

Comme les deux dernières semaines, j’ai l’immense plaisir de vous convier à pénétrer dans l’atelier de cordonnerie du papa de Monsieur P.B., de Tohogne, et de, pour quelque temps, vous permettre de vous imprégner de l’ambiance feutrée qui y régnait et des odeurs de cuir et de colle qui y flottaient. Retrouvons-nous autour du pied de fer.

« Ce lourd engin de fonte comportait à sa base une grande et épaisse flasque d’où partait à la verticale un montant massif qui se terminait par un bloc parfaitement rond servant, lui, à la fixation, par collage ou clouage, des talons de toutes les mesures.

A gauche et à droite du montant vertical, partaient des bras qui formaient deux jolies arabesques ressemblant assez bien aux bras des danseuses asiatiques dans leur danse lascive et dont les mains auraient été remplacées par des blocs massifs ayant la forme d’une semelle de chaussure : d’un côté pour chaussure « homme » et de l’autre pour chaussure « dame ». Ayant la même utilité que le montant vertical dans la fixation des semelles de cuir ou caoutchouc par collage ou clouage. Donc, j’en conclus que ce pied de fer, étant soumis à des efforts certains et à des martelages énergiques, ne pouvait pas dépasser une certaine taille sous peine de basculer. Ainsi, tout le mobilier alentour était fait pour correspondre à cette taille et li cwèpi devait travailler, assis, avec tout à portée de main.

L’étagère, elle, était couverte d’anciennes boîtes à chaussures pleines de morceaux de peau, de cuir, de caoutchouc et d’autres matériaux nécessaires à cette activité.

Il serait fastidieux de reprendre tous les faits et gestes du cordonnier, mais il est utile de dire, qu’à cette époque, il façonnait les chaussures de A à Z ; depuis la prise des mesures jusqu’à la livraison dans un morceau de papier brun.

Le rendez-vous était pris avec le client, celui-ci enlevait la chaussure de son pied le plus fort et, en chaussettes, posait son pied bien à plat sur un papier épais. Mon père en dessinait le pourtour au crayon tout en veillant à observer toute difformité quelconque pour l’inclure plus tard dans son travail. A partir de ce patron, la fabrication démarrait par la découpe  des tiges, des empeignes, des lisses, des talons et autres composants dont j’ai oublié le nom. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre cordonnier assemblant toutes les parties de la chaussure neuve.

 

La Petite Gazette du 12 avril 2000

AMON L’CWEPI

Monsieur P.B., de Tohogne, nous a invités dans l’atelier de cordonnerie de son papa et, la semaine passée, nous avons assisté à la prise des mesures et à la découpe des pièces de cuir nécessaires à la fabrication d’une nouvelle paire de chaussures. Aujourd’hui, nous le suivrons dans son assemblage :

« Une des particularités était que tout était cousu à la main et que la couture des semelles m’apparaissait comme singulièrement intéressante. Avant tout, mon père préparait des fils, longs de plus ou moins 1,50 mètre, qui, pour résister aux intempéries et marches dans la pluie, étaient longuement enrobés de poix. Je ne puis dire d’où elle provenait mais je sais, par mes lectures, qu’elle était souvent utilisée dans la marine pour assurer l’étanchéité des navires construits en bois.

Tenant une boule de poix dans la main gauche protégée par un morceau de cuir, de la main droite, il pressait, sur la boule, le fil à coudre (genre ficelle mince en coton) au moyen du pouce et tirait ainsi à maintes reprises jusqu’à ce que le fil soit bien imprégné. C’était une opération de force qui se terminait par le placement de l’aiguille. Cette dernière n’avait rien de métallique, mais était constituée par certains poils de sanglier ou de porc que l’on nomme soie. Au bout de son fil à coudre, il séparait les brins de coton, y introduisait la soie, puis refermait les brins pour former une épissure qu’il enduisait également de poix. Le fil prêt était lisse comme du nylon et d’une résistance incroyable.

La couture pouvait dès lors commencer et se pratiquait à deux fils. Au moyen d’une alène, il faisait des trous dans les différentes épaisseurs de cuir, tige, empeigne, lisse et semelle. Dans ces trous, il passait les soies de porc ou de sanglier, puis, de chaque main, tirait les fils pour former des nœuds de couture d’une grande solidité. Il va sans dire que chaque main voyait sa paume protégée par des morceaux de cuir, car tout glissement intempestif du fil lui aurait provoqué de graves coupures tant la traction sur le fil était forte pour serrer les nœuds.

J’ai pu observer tous ces travaux durant des années et, parfois, je pouvais participer lorsque les chaussures étaient presque terminées. Mon travail consistait alors à enduire les lisses et les bords de semelles avec de la cire noire ou brune, selon la teinte de la peausserie. Au moyen d’une bougie, je chauffais donc un bloc de cire pour le ramollir et je le passais sur le cuir pour lui donner la teinte souhaitée. La cire se déposait assez grossièrement vu son refroidissement rapide au contact du cuir. A ce moment, il y avait des fers à lisser de différents profils et qui servaient à lisser et à faire briller la cire. Je chauffais ce fer au moyen de la bougie et passais plusieurs fois sur le cuir pour égaliser et faire briller les bords de semelles.

J’ai pu ainsi, lors de ma jeunesse, assister à cette fabrication artisanale et il y aurait encore beaucoup à relater sur ce métier de cordonnier. Vous serez peut-être étonnés, mais il me plaît de souligner qu’une paire de chaussures, ainsi faites main, avait une durée de vie d’une dizaine d’années ! Cela laisse rêveur à notre époque… »

Encore une fois, je tiens à remercier chaleureusement mon correspondant pour la qualité de son évocation qui, vous me l’avez dit et écrit, vous a réellement permis d’entrer et de visiter ce vieil atelier de cordonnerie. Vous avez été sensibles à ce récit et vous l’avez aimé.

La Petite Gazette du 19 avril 2000

AMON L’CWEPI

Comme promis, voici une autre évocation du métier de cordonnier rédigée cette fois par Monsieur René Carlier, de Neuville-en-Condroz.

« Mon oncle, Auguste Humps, frère aîné de ma mère, exerçait le métier de cwèpi à Ivoz-Ramet, route de France. Je vous envoie une photo le montrant au travail, cela se passe entre 1935 et 1940 (pas après car Léopold Counard, debout sur le cliché, a été tué au début de la guerre 40). Les autres personnes sont, de gauche à droite : Edmond Carlier, mon père ; à côté de lui, Marcel Counard, frère de Léopold, Henri Himisdael (tous des voisins) et, enfin, à droite, mon oncle Auguste. Ils sont installés dans la cour de la maison de mes grands-parents maternels M. et Mme René Humps-Firket qui, alors, tenaient un café.

coordonnier

Sur cette photo, vous voyez la table de travail très basse ; le pied de cordonnier ainsi qu’un de ses marteaux. Je les possède toujours de même que le petit bol à colle. Cette colle (qu’on appelle empois, je pense) était préparée par ma grand-mère, avec de la farine et de l’amidon. La chaise de mon oncle était basse aussi, elle n’avait pas de dossier et le fond était en cuir. Sa tenue de travail se caractérisait surtout par son grand tablier de toile bleue. Du plafond, dans son atelier, pendait une ampoule électrique qu’il montait ou descendait selon la lumière désirée.

Mon grand-père paternel, Alfred Carlier, était, lui aussi, cordonnier et brasseur. Il exerçait son métier à Clavier-Station.  Mon père savait également réparer, à l’occasion, certaines chaussures, car il donnait parfois un coup de main à son père.

Lorsque j’étais enfant, vers 11 ou 12 ans, j’en ai 60 aujourd’hui, je donnais souvent un coup de main à mon oncle, pendant les vacances : j’arrachais les semelles et les talons et, dans les trous, je clouais des petits bouts de bois d’environ 1 cm. De long et de 2 à 3 mm. d’épaisseur.  Mon oncle mettait, entre ses genoux, un gros pavé de rue pour battre le cuir qui avait trempé toute une nuit dans un petit bassin d’eau, pour être plus souple à l’emploi, comme il disait. Il possédait aussi une machine à coudre à pédale et une riveuse à main. Il a exercé son métier pendant 50 ans et était connu dans bien des villages du Condroz : Neuville, Rotheux, Saint-Séverin, Nandrin, Villers-le-Temple…Son travail était toujours apprécié de tous car c’était vraiment un artiste de la chaussure. »

J’imagine que cette belle évocation aura plu à nombre d’entre vous. En votre nom, j’en remercie vivement son auteur.

 

La Petite Gazette du 3 mai 2000

AMON L’CWEPI

Jamais je n’aurais imaginé que l’évocation du métier de cordonnier éveille tant de souvenirs chez mes lecteurs ; je suis ravi que cela soit le cas.

Ainsi Madame Odile Delmelle, d’Aywaille, se souvient du « cwèpi » qui travaillait dans le fond du village à Modave. Il y avait plusieurs filles dans cette famille, toutes étaient amies avec maman. Je me souviens des noms de leurs époux mais n’en trouve plus aucun dans le guide du téléphone. Je n’ai malheureusement aucune photographie, on n’avait pas de Kodak à l’époque, c’était vraiment du luxe ! Je revois en pensée cette maison où l’atelier nous attirait surtout par l’odeur du cuir et la gentillesse du couple. Raphaël  était très calme et très minutieux dans son travail. Tous les outils décrits me sont aussi revenus en mémoire ; je vois encore le « ham », le siège qu’occupait le cordonnier et le pied de fer avec ses deux plaques de dimensions différentes. Il y avait toujours des amateurs pour acheter ces lourds pieds ; quand le cordonnier décédait, on les vendait toujours un bon prix et la somme ainsi obtenue aidait bien les familles, souvent nombreuses à ce temps-là. Je me rappelle surtout combien les chaussures avaient l’air neuves après leur minutieuse réparation. »

Une lectrice de Marche-en-Famenne m’a, elle aussi, envoyé une lettre toute faite d’émotion :

« Mon père, qui aurait eu cent ans cette année, était également cordonnier. J’ai été ravie de lire toutes ces descriptions d’outils que j’ai bien connus, les clous, les pieds de fer, les odeurs du cuir, le caoutchouc, le fouillis de la fameuse petite table qui était impossible à ranger… Mon père aussi faisait les nouvelles chaussures à la main, de la même façon que celle évoquée par Monsieur P.B. de Tohogne. Il dessinait le pied du client sur du papier gris épais et, ensuite, sur une forme de bois, il montait, étape par étape, la bottine. Il employait des empeignes et des cuirs différents pour les intérieurs et extérieurs. Il travaillait beaucoup pour les fermiers moyennant des denrées alimentaires, des pommes de terre par exemple. Cela compensait le ravitaillement insuffisant pendant les années de guerre.

Il y a encore un objet important qui n’a pas été cité, c’était une grosse pierre d’eau sur laquelle on battait le cuir trempé, pour le rendre plus résistant, un quart d’heure sur chaque semelle et c’était costaud !

J’ai 70 ans aujourd’hui et j’aime me rappeler tout cela… Il m’arrivait de faire une belle finition, lisser les bordures de semelles et la dernière touche de teinture ; cela aidait papa.

J’adore lire votre Petite Gazette. »

Grâce à votre témoignage, chère Madame, j’imagine que bien d’autres personnes adoreront lire cette rubrique.

 

 La Petite Gazette du 21 juin 2000

AMON L’CWEPI

Cette rubrique a, elle aussi, fait couler beaucoup d’encre et pourtant… Il est manifeste que cette profession, avec laquelle tant de personnes avaient jadis des contacts fréquents, a laissé beaucoup de souvenirs dans les mémoires. Partons sans tarder à la découverte de ceux de Madame Dessart, de Modave :

« Je vois encore ce cordonnier de Tohogne et je perçois encore la bonne odeur de cuir qui flottait dans son atelier. J’avais 14 ou 15 ans, c’était la guerre et il y avait une pénurie de souliers !

J’avais appris qu’un cordonnier de Tohogne vendait encore des souliers ; je m’y rends, péniblement, depuis Atrin, à vélo avec des pneus pleins qui me donnaient une secousse à chaque tour de roue, quand je roulais sur l’attache métallique.

Hélas, c’étaient des bottines qui faisaient mon affaire, cela faisait fureur pour les filles, mais maman n’était pas de mon avis. Vu le prix, elle réfléchit quinze jours. Attention, je ne dis pas que le prix pratiqué relevait de l’usure, mais, papa, en pleine guerre, travaillait dans une ferme pour un  très petit salaire. Comme il était nourri et que nous recevions un kilo de beurre par semaine, au prix de 30 francs (il se vendait alors entre 400 et 450 francs au marché noir !). Pour ces fameuses bottines, cela représentait le salaire de quinze jours du travail de papa !

L’hiver arrivait, maman me donna de quoi acheter les souliers. A la troisième sortie, je fus trempée comme une soupe. C’était mon unique paire de chaussures, cela réclamait donc un séchage rapide près du feu…Mal n’en avait pris, les semelles en crêpe présentaient une éventration bonne à passer sur le billard. Un retour à Tohogne s’imposait. J’y reçus un sermon du vendeur qui me signala la nécessité de procéder à la pose d’une semelle en cuir. C’était aussi la mode des bottines cloutées et des fers aux pointes et aux talons ; par esprit d’économie, je fais faire cela. Deuxième sermon, ma mère, furieuse, me dit :  « Ou tu vas faire fuir tous les garçons ou tu vas les attirer tous ! On t’entend venir comme un gros boche ! »

Troisième voyage vers Tohogne, pour faire enlever tout cela. Finalement ces chaussures ont reçu une semelle en caoutchouc. Je ne sais plus combien ma bêtise a coûté à mes parents… et moi qui croyais leur faire faire une économie !

Vraiment j’espère que mes enfants et petits-enfants ne connaîtront jamais les privations que nous avons connues !

Je tiens encore à préciser que, jamais, je n’ai pensé qu’il y avait eu exagération  du prix au moment de la vente, mais je veux rappeler qu’à cette époque tout était vraiment hors de prix. »

Merci à ma correspondante pour son témoignage.

 

La Petite Gazette du 13 septembre 2000

RETOUR AMON L’CWEPI

Grâce à un envoi de Monsieur Franz G. Carlier, d’Andoumont, j’ai le plaisir d’apporter un petit prolongement à cette rubrique.

« Il se trouve que, pendant la guerre, m’écrit mon correspondant, j’ai eu l’occasion de faire des ressemelages avec un vieux cordonnier. Comme de règle avant l’ère des collages, nous employions des semences pour fixer les semelles (clous minces de section carrée qui se replient sur le pied de cordonnier et solidarisent ainsi semelle, empoigne et « première » (c’est-à-dire semelle de cuir intérieure). Mais le vieux cordonnier m’a montré une autre méthode : les chevilles étaient remplacées par de petites chevilles de bois, de section carrée. Il les chauffait et les séchait sur le poêle, dans un couvercle de métal ; perçait un avant-trou dans la semelle et enfonçait une double rangée de chevilles tout autour de la semelle. En reprenant de l’humidité, les chevilles gonflaient et fixaient la semelle. Avantage sur les semences ? Les semences rouillent et abîment finalement le cuir, tandis que les chevilles ne rouillent pas !

C’est d’ailleurs ainsi qu’étaient montées les demi-bottes de l’armée allemande. A la fin de la guerre, j’ai eu la chance d’en « récupérer » une paire dans un collège que les Allemands venaient de quitter. Elle l’a servi durant plusieurs années. »

Merci de nous avoir apporté ces quelques précisions qui, au-delà de l’anecdote, nous familiarisent avec un vocabulaire et une technique certainement en voie de complète disparition.

 

LE CONDUCTEUR DE DILIGENCE !

La Petite Gazette du 11 juillet 2012

Monsieur Fernand Maurer, de Hamois, m’a confié un ensemble de documents présentant un pan entier de l’histoire des transports dans nos régions puisque ces pièces nous conduisent au milieu du XIXe siècle quand son ancêtre obtient, le 9 août 1856, un avis favorable de la députation permanente quant à la demande qu’il a introduite avec le Sieur Orban en vue d’obtenir la concession d’un service de messageries entre Dinant et Ciney. Il est d’ailleurs intéressant de faire remarquer que la même députation permanente avait, le 20 juin précédent, refusé aux mêmes Sieurs Orban et Maurer l’autorisation d’établir ce même service de messageries.

Un avis, publié dans une feuille locale, dont je n’ai malheureusement pas les références, mais qui daterait du 9 juin 1861, donne quelques informations sur le service offert :

maurerAVIS

Martin MAURER, propriétaire du char-à-bancs de Ciney à Dinant, a l’honneur d’informer le public, qu’il part tous les jours le matin de Ciney pour Dinant, après l’arrivée du convoi de chemin de fer du Luxembourg venant de Jemelle ; et de Dinant pour Ciney, de l’hôtel des Ardennes, à 3 heures de relevée pour correspondre, à Ciney, avec le convoi venant de Luxembourg pour Bruxelles et avec celui de Bruxelles pour Luxembourg.

Mon correspondant m’apprend que son ancêtre « Martin Maurer, né le 11 juin 1818 à Bettingen, en Prusse, décédera à Ciney le 3 mai 1868. C’est à la suite du décès de son père qu’il émigrera vers nos régions où il devient conducteur de la diligence Ciney – Dinant. A sa mort, son épouse poursuivra l’entreprise de 1868 à 1877. Des documents fournis par M. Fernand Maurer, je conclus que la diligence, elle, poursuivra sa route. En effet, c’est ce véhicule que le Musée de la Vie Wallonne a acquis en 1925, date à laquelle elle cessa de circuler entre les deux villes. Elle venait de subir la concurrence d’une ligne d’autobus qui venait de se créer, la lutte était inégale et le progrès l’emporta sur la tradition. Son dernier propriétaire, venant d’acheter lui-même un omnibus automobile, a vendu les deux diligences dont il s’était servi jusqu’alors. La voici telle qu’elle a été présentée dans le n°8 des Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne daté d’octobre 1925. Elle devrait, à terme, être exposée au Musée des Transports en commun du Pays de Liège ; c’est du moins ce qui était officiellement annoncé à mon correspondant en avril 2009 !

malle-poste

  La Petite Gazette du 1er août 2012

MON AIEUL ÉTAIT CONDUCTEUR DE DILIGENCE !

Monsieur Fernand Maurer, de Hamois, nous a permis d’évoquer la mémoire de son aïeul et, surtout, le métier qu’il exerçait entre Ciney et Dinant : conducteur de diligence. Cette semaine, toujours grâce à l’importante documentation mise à ma disposition par M. Maurer, nous évoquerons le passé de ce mode de transport dans nos contrées.

Ainsi dans une brochure faisant partie de la série « Documents » publiée à l’occasion du millénaire de la Principauté de Liège et les 150 ans de la Belgique, j’extrais la pièce suivante datée du 13 mars 1687 et conservée aux Archives de l’Etat à Liège (Archives du Conseil Privé, Registre aux dépêches, 1683 – 1687, t. XXXIV, f° 347)

Ajoutes et modifications à l’octroi du 28 février 1687 autorisant l’établissement d’un service régulier de voitures entre Dinant et Liège

13 mars 1687

   S.A.S. estant requise de la part de Michel et Mathy de St-Hubert de régler quelques points nécessaires pour faciliter le charoy vers Dinant, en excécution de l’octroy leur accordé par ses lettres patentes du 28 février dernier, et considérant qu’avant tout il convient de pourvoir à ce que les chemins soient mis en état de s’en pouvoir commodement servir, Saditte Altesse, ne veulant rien obmettre de ce qui peut dépendre d’Elle pour rendre la chose autant plus praticable et avantageuse au commerce et au public, ordonne sérieusement par ceste à son magistrat de Dinant de rendre bons, incessamment, les chemins qui sont de son resort, signanment au lieu de Foidvaux, et de les y entretenir.

   Que tous et chacun villages de la route qui seront indiqués à son haut officier, devront de mesme, sans aucun délai ny remise, à la première semonce de sondit officier, réparer et entretenir pareillement les chemins de laditte route pour autant qu’elle s’estendra par leur districht et sera païs de Liège, sans toucher aux terres estrangères, conformément à ce qui a esté autres fois suivi par charoy et voiturier.

   Et afin que les chartiers et voituriers de laditte route soient spécialement distingués, S.A. permet à chacque homme qui y sera employé de porter les ouleurs de ses chartiers ordinaires, voire parmy serment de ne s’en servir à aucun autre usage et de ne les prester à autruy ; voire mesme il leur sera permis de porter des armes à feu découvertes et chargées à balles contre les voleurs.

   Et comme S.A. a commandé ausdits de St-Hubert de partir chaque lundy d’une ville à l’autre, et qu’il luy a esté remonstré qu’il y avait plus d’avantage et de bénéfice pour le commerce de rendre la voiture plus fréquente, Elle a bien voulu, à leur réquisition, leur accorder le permission de pouvoir faire aller successivement les charrettes les lundis et jeudis d’une ville à l’autre, à sçavoir le lundy de Dinant, le jeudy de Liège, le lundy de Liège et le jeudy de dinant, ordonnant pour ce à tous ceux qu’il touchera de s’y conformer et de s’acquitter respectivement des devoirs de leurs charges, à l’exécution tant des présentes que des lettres d’octroy susdittes.

   Donné au Conseil de S.A., le 13 de mars 1687

 

N.D.L.R. En 1687, le prince-Evêque de la Principauté de Liège est Maximilien-Henri de Bavière. En outre, ce prélat, détesté des Liégeois, était également archevêque-électeur de Cologne et  évêque de Hildesheim ; en 1683, il fut, en plus, nommé évêque de Munster.

Le département de Sambre et Meuse a été créé le 1er octobre 1795,  il sera dissous en 1814 ;  mais avant même sa constitution officielle, des décisions administratives se devaient d’être prises. Ainsi, le 23 janvier 1793, l’administration provisoire requérait le citoyen Bosque pour que soit établi un service de poste aux lettres entre Dinant et Givet et entre Dinant et Ciney.

Dès 1856, le nom de Martin Maurer, l’aïeul de mon correspondant, apparaît régulièrement dans les délibérations de la députation permanente pour modifier le service de messagerie qu’il exploite entre Ciney et Dinant ou quand il sollicite une réduction de la taxe due aux barrières de Sorinnes et de Dinant. La dernière fois où ce patronyme apparaît dans ces délibérations officielles c’est le 12 octobre 1877, quand sa veuve abandonne l’exploitation de son défunt époux. Elle sera transférée au sieur Potier.

La fin du XIXe siècle coïncide avec l’apparition d’un nouveau mode de transport ainsi que l’indique la députation permanente en date du 11 août 1899 quand elle décide « sous conditions et sous réserve d’approbation Royale, d’autoriser la Société anonyme régionale de transports par automobiles, à Namur, à établir un service d’automobiles à vapeur pour le transport de voyageurs en commun et de marchandises, entre Profondville et Dinant, avec service de dinant à Namur et retour, pour prendre les dépêches postales à 10 heures du soir. » L’heure du déclin des malles-postes et des chars-à-bancs avait sonné.

 

La Petite Gazette du 15 août 2012

MON AIEUL ÉTAIT CONDUCTEUR DE DILIGENCE !

Grâce aux informations et documents fournis par Monsieur Fernand Maurer, de Hamois, nous avons eu la chance d’évoquer la réalité de ce métier d’autrefois. Voici, pour conclure sur le sujet ce que disait sur ce même thème et à propos de cette diligence montrée il y a peu le journal local « Les Nouvelles du Condroz » du dimanche 9 novembre 1930 sous la plume d’un certain Pol Judon:

« La dernière diligence en service en Wallonie.

 La semaine dernière, deux forts chevaux ont amené vers Liège la vieille diligence qui a fait le service Ciney-Dinant jusqu’en 1925. On se rappelle que son propriétaire, M. Joseph Lamor, avait espéré lutter, malgré tout, contre la concurrence d’une ligne d’autobus, créée en 1924.

Après quelques mois, il avait fallu se rendre à l’évidence: en notre siècle d’essence et de vapeur, la « diligence » et ses deux mules n’étaient plus de leur temps. Elles subirent le sort impitoyable réservé aux vieilles choses d’ici-bas et, du jour au lendemain, elles furent, c’est le cas de le dire, supprimées de la circulation.

C’est un reste du bon vieux temps qui disparut définitivement.

Le char à banc du père Lamor et de Jules, des Dernelle, des Barzin, des Maurair était bien beau, cependant! On le revoit, ni vert, ni gris, ni jaune, mais de cette couleur indéfinissable de la route qu’il parcourait.

Haut sur roues, coiffé d’un immense bonnet-abri des marchandises, anguleux, ceinturé d’une bande claire où se lisaient les noms de ses destinations, il avait bel air quand même!

Là-bas, vers Achêne, vers Sorinnes, la vieille voiture supportait tout: la bise qui fouette, la neige fine et les rafales sifflantes de la pluie.

Jules Lamor, qui a assuré pendant trente-cinq ans le service de la diligence Ciney-Dinant en a connu de riantes et tristes aventures, des incidents et des accrocs au cours de tous ses déplacements.

Le dernier char-à-bancs de Wallonie vient d’être acquis par le Musée de la Vie Wallonne à Liège. C’est là la reconnaissance pour bons et loyaux services. Il méritait d’être conservé, car il marque une date dans l’histoire des transports dans notre pays. »

Jules Lamor dut se reconvertir en troquant son habit de cocher contre une salopette de conducteur de camions, au service de « l’Economie Populaire », entreprise cinacienne plus connue sous le vocable de « l’Epécé ».

Pour ce qui concerne la malle-poste qui assurait le service entre Ciney et Dinant, un extrait du calendrier de 1981 édité par l’ASBL Pro-Post et la Régie des Postes nous procure quelques informations:

« C’est Monsieur Léon Sommelette, né à Achêne en 1850, qui fut le dernier conducteur à assurer, au début de ce siècle (il s’agit du XXe siècle), le dur service du transport du courrier postal entre Ciney et Dinant. Il s’agissait, en effet, d’un service assez pénible.

La poste quittait la poste de Ciney à 7 heures du soir et arrivait à Dinant à 9 heures.

Après avoir remis les dépêches à la poste, le conducteur restait à Dinant jusqu’à 2 heures du matin.

Un service postal spécial préparait le courrier à destination de Ciney.

La malle-poste Ciney-Dinant n’était pas très confortable, il y avait place pour huit voyageurs dont deux s’installaient à côté du conducteur.

Une boîte aux lettres était accrochée à l’arrière et un coffre blindé, fermé à clef, était destiné  contenir les dépêches. Fermé au bureau de départ, ce coffre était ouvert au bureau d’arrivée par les préposés de la poste.

En 1932, à l’occasion d’une interview, Monsieur Léon Somelette, alors âgé de 82 ans, confiait au journaliste qui désirait savoir s’il n’avait jamais eu peur de circuler seul ainsi la nuit:

« J’avais un chien-griffon ‘Serdjant’ qui était admirablement dressé. Il faisait le voyage sous la voiture marchant derrière le cheval et chaque fois que nous croisions un passant il baissait la tête, laissait passer la voiture et suivait alors en surveillant le convoi. Si quelque riverain avait une lettre à mettre à la boîte, il devait me faire signe d’arrêter et j’appelais ‘Serdjant’ pour permettre à la personne d’approcher de la boîte aux lettres ». »

La confusion est aisée, à notre époque, entre ces deux modes de locomotion. La malle-poste, ainsi que le cabriolet appelé « chaise de poste », étaient spécialement destinés au service de la poste, quoique prenant en plus quelques voyageurs. La voiture publique ou diligence, par contre, était destinée au transport de personnes et de marchandises. Occasionnellement, elle prenait également des dépêches et correspondances.

 

VITAL PRÉLAT, LE VICAIRE « ENDIABLÉ »

La Petite Gazette du 27 mai 2009

Voici une histoire comme on les aime dans La Petite Gazette, avec tout ce qu’il faut d’insolite pour la pimenter… Merci à M. Roufosse de me permettre de vous la présenter, agrémentée d’intéressantes illustrations.

« Dans un petit ouvrage paru en 1947, le Père Lucien Hoornaert, professeur au Collège de Mons, retrace la vie de Vital Prélat, né en 1862 et qui sera Révérend Curé de Berzée de 1902 à 1945.

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A l’âge de 27 ans, le religieux va commencer sa vie sacerdotale au poste de vicaire à Marche-en-Famenne. C’est ici que l’auteur du livre ouvre une parenthèse d’une dizaine de pages sur un épisode de la vie de Vital Prélat qu’il appelle «Les affaires de Marche» et que, précise-t-il, il aurait préféré passer sous silence, mais qu’il décida tout de même à reproduire, suite aux confidences directes de personnes dignes de foi, lesquelles lui furent faites en août 1941.
Or donc, dès son arrivée à Marche le 7 septembre 1889, le jeune vicaire prend logement chez les époux Paul Renson-Lessuisse, négociants, au 33 de la rue Dupont. Ce foyer comptait plusieurs enfants dont deux embrasseront plus tard la vie religieuse. Les témoignages du couple, pour ce qui va suivre, seront des plus précieux.

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Marche, à cette époque, comptait un peu plus de 3 500 habitants. L’église était desservie par l’abbé Otte, prêtre rigide au caractère peu commode. A peine installé, Vital Prélat va donner libre cours à son zèle, tout d’abord, en convertissant «Paul Nanasse» (de son vrai nom Léopold Lambotte), débauché de la pire espèce habitant un taudis dans une ruelle proche de l’église, et ensuite, en exorcisant à la prison de la ville l’avocat allemand Ketler, lequel avait livré son âme au Diable, qu’il appelait d’ailleurs «Papa».

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Mais par la suite, «l’Esprit des Ténèbres» (s’il s’agit toutefois bien de Lui) va se venger !

Ce ne furent au début que des coups violents frappés contre la porte de la chambre à coucher du vicaire. Mais les choses n’allèrent pas en rester là.

« J’ai été bien des fois le témoin du bouleversement de la chambre à coucher de Vital Prélat. Tout était arraché en un instant : ciel de lit, rideaux, stores ; parfois, de lourdes armoires étaient entièrement démantibulées dans un vacarme assourdissant (Il fallait ensuite la force de quatre ouvriers pour les redresser). Les globes de verre protégeant des statuettes étaient jetés avec force sur le plancher sans se briser. Dans ce tumulte effrayant, le pauvre vicaire, muni d’un seau d’eau bénite et d’un goupillon, courait dans tous les sens, aspergeant les quatre coins de la chambre avec de grands signes de croix. Un autre soir, c’est le lit qui est renversé sur lui. Bref, aucune nuit ne se passait sans incidents». (confidences faites à l’auteur). » A suivre dès la semaine prochaine.

 

La Petite Gazette du 7 juin 2009

« Bien sûr, les parents Renson étaient consternés et abasourdis. Vis-à-vis de leurs voisins, ils auraient bien voulu tenir ces choses cachées. De toute façon, comment taire ces incidents : les bruits étaient tellement violents, pareils à de fortes détonations, plus terribles que les décharges de l’orage. Aussi, devant la maison, stationnaient chaque soir en curieux, cinq à six cents personnes, maintenues par les gendarmes. Tout le monde était épouvanté par un tel remue-ménage.
Le robuste Doyen Otte, n’ajoutant aucune foi à tous ces racontars, voulu essayer de passer une nuit dans la chambre contiguë à celle du vicaire Prélat : bientôt, il s’enfuit au plus vite au milieu des vacarmes infernaux.

Les vexations ne se limitèrent pas à la maison Renson. Un soir, le vicaire soupait chez le Doyen Otte. Alors qu’on attendait la servante avec les plats, brusquement, le buffet, la table, la vaisselle, les chaises… tout fut jeté à terre avec un bruit épouvantable… Etrangement, rien, toutefois, ne fut brisé.

Un autre jour, le Vicaire fut sauvagement arraché à son confessionnal et projeté sur une dizaine de mètres sur le pavement de l’église, le tout dans un assourdissant bruit de tonnerre.… Ou encore, un matin à la sacristie, il sera renversé sur le sol et recevra sur lui la grande armoire, le coffre-fort de la sacristie et tous les ornements sacerdotaux dans un désordre indescriptible. Tout ce remue-ménage attire les fidèles qui vinrent le dégager. Charles Fontinoy, sacristain et chantre à Marche, a assisté à la scène, glacé d’effroi.

Tenu au courant de ces agissements, l’évêque va faire exorciser le malheureux. En vain. Il décida alors de faire placer chaque nuit dans la chambre à coucher de Vital Prélat, deux témoins, hommes sûrs et peu imaginatifs. Mais lorsque le vicaire est projeté à l’autre bout de la chambre et que le lit effectue une charge en règle vers les dits témoins, ceux-ci ne résistèrent pas et ils s’enfuirent aussitôt, ne voulant plus jamais revenir sur les lieux…

Ces événements durèrent en tout six longs mois. Et puis soudainement, pour des raisons que l’on ignore, tout cessa brusquement. Plus le moindre bruit, plus la moindre manifestation, plus rien.

«Mais – d’après les dires de Vital Prélat – ce qui me faisait alors le plus souffrir, c’était de voir ces centaines de personnes qui stationnaient le soir devant mon logis et me considéraient comme un saint

Aussi, est-ce avec un certain soulagement qu’il apprit, fin novembre 1892, que son nouvel évêque l’envoyait comme vicaire à Flawinne-Mirwart. »

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Mon passionnant correspondant conclut, comme je l’aurais fait, en vous appelant à compléter l’information.

« Si, parmi les lecteurs, certains ont recueilli et conservé (de leurs parents ou grands-parents), des témoignages concernant ces faits peu coutumiers, merci de les adresser à La Petite Gazette.

Il doit y avoir eu des procès-verbaux de gendarmerie… ou des articles dans les gazettes locales ? Personnellement, il y a une dizaine d’années, j’ai eu en mains un morceau de la soutane de l’abbé Prélat, qu’une personne de Marche (dont je n’ai malheureusement pas retenu l’identité) avait obtenu en 1971 et qu’elle considérait comme une relique. »

 

La Petite Gazette du 17 juin 2009

ENCORE L’ABBE PRELAT …

Le sujet vous a manifestement touché puisque vous continuez à vous manifester…

M. Guillaume, de Marloie, m’a envoyé une copie du souvenir mortuaire de l’abbé Prélat en précisant qu’il a été distribué à Berzée lors de ses funérailles.

Mme Andrée Lobet-Collard, de Marche-en-Famenne, m’a transmis une copie d’une long article (malheureusement sans la moindre référence, mais je pense bien qu’il s’agit là de l’ouvrage dont nous avait parlé M. Roufosse, à savoir  un petit ouvrage paru en 1947, dans lequel le Père Lucien Hoornaert, professeur au Collège de Mons, retrace la vie de Vital Prélat, né en 1862 et qui sera Révérend Curé de Berzée de 1902 à 1945) consacré à cet abbé qui défraya la chronique marchoise. On peut y lire notamment :

« …les faits étranges, ayant été portés à la connaissance de multiples personnes et ayant subi, par la suite, au cours des années, de nombreuses modifications par tradition orale et écrite, sont pour la plupart déformés, exagérés, voire même purement inventés.

Ce n’est pas en collationnant pareils récits que nous écrivons ces lignes. Non, nous ne faisons que reproduire les confidences directes qui nous furent faites personnellement en août 41, en les accompagnant des témoignages de personnes vraiment dignes de foi !

(…) L’esprit malin, durant six mois, tourmenta le pauvre Vicaire. Au début, ce ne furent que des coups violents frappés contre la porte de sa chambre à coucher. « J’avais dix ans, nous écrit la petite Renson, et j’ai bonne souvenance de la première visite de l’esprit des ténèbres venant frapper à la porte de sa chambre à en faire trembler toute la maison. Monsieur l’Abbé sortit aussitôt et vint heurter à la porte de mes Parents, disant : « Paul, qui vient frapper ainsi à ma porte ? »

Papa s’arma d’un revolver, fit le tour de la maison mais sans rien trouver… »

Son frère, le futur prêtre, n’est pas moins formel. « La première nuit du vacarme, mon père s’est relevé, revolver en main, croyant que des malotrus avaient envahi la maison.  Le lendemain, même bruit. L’Abbé Prélat, dans l’entre-temps, avait dit à mes Parents de ne rien craindre parce qu’il savait ce qui se passait »

Mais, bientôt, l’esprit du mal ne se contenta pas seulement de frapper à la porte, il pénétra à l’intérieur pour commettre ses méfaits. »

 

 La Petite Gazette du 1er juillet 2009

Mme Andrée Lobet-Collard, de Marche-en-Famenne, m’a transmis une copie d’un long article consacré à l’abbé Prélat. On peut y lire notamment :

« Aloys Renson âgé alors de 14 ans fut le témoin de faits inexplicables ; écoutons-le :

« M. Prélat, rentrant de voyage, avait pris froid et avait demandé que je lui porte un grog au cognac, quand il serait au lit. Arrivé dans sa chambre, il boit le grog, je lui souhaite le bonsoir et m’apprête à sortir, quand le lit brusquement se transporte au milieu de la chambre : « Donnez-moi vite l’eau bénite ». Au bout de quelques minutes, le calme était revenu. Il me demanda de repousser le lit, ce que je fis difficilement car j’étais jeune. A peine remis dans sa position première, de nouveau le lit fonce sur moi… vite l’eau bénite. Derechef le calme revint. L’Abbé me demanda alors si je n’avais pas peur. Pour plus de sûreté, conclut-il, allez appeler votre grand-maman (celle-ci le regardait comme son fils). J’y vais et, peu après, nous voulons pénétrer tous les deux dans la chambre… mais quel spectacle se présente à nos yeux : Monsieur le Vicaire gît sur le plancher, chaufferettes, matelas et le lit lui-même sont renversés sur lui. Nous avons dû l’aider à se relever. »

ET SI ON JOUAIT AUX BILLES ?

 

La Petite Gazette du 22 août 2012

Madame Andrée Bernaerts, d’Embourg, m’explique qu’elle a conservé beaucoup de billes en verre avec lesquelles ses garçons, nés dans les années 1960, ont joué. Elle se souvient également que, dans sa propre jeunesse cette fois, elle voyait des garçons passionnés qui jouaient de longues heures, accroupis derrière des billes pareilles.

« N’ayant pas eu de frère, je n’ai jamais connu les règles de ces jeux qui, en plus, étaient réservés aux garçons ! J’ai maintenant des petits enfants qui jouent n’importe comment avec ces billes, cela ne dure donc pas longtemps ! Or je voudrais les intéresser davantage aussi, à mon tour, fais-je appel aux lecteurs de la Petite Gazette pour qu’ils m’expliquent, et que je puisse transmettre à mes petits enfants, les règles des jeux de billes comme on y jouait autrefois. »

J’ai aussi beaucoup joué aux billes durant mon enfance, lors des récréations à l’école communale par exemple. Je me souviens par exemple que nous jouions « al pote ». On traçait, sur une zone plane en terre battue, une large circonférence, entre 4 et 5 mètres de diamètre. Au centre, on creusait la « pote », une petite fosse d’une dizaine de centimètres de diamètre et de quelques centimètres de profondeur. Chaque joueur, à son tour, lance une bille vers la fosse au départ de la limite du cercle tracé. Quand tous ont joué, celui qui a réussi à lancer sa bille dans la « pote » (ou celui qui s’en est le plus rapproché) rejoue. Il est obligé de viser la bille la plus proche de la sienne et s’il la touche, il la gagne et peut rejouer en visant de nouveau la bille la plus proche. Quand il rate, c’est au suivant de procéder de même.

Il y avait bien d’autres façons de jouer et j’espère que vous aiderez cette lectrice à donner la passion des billes à ses petits enfants. J’attends vos courriers nombreux sur le sujet et vous en remercie d’ores et déjà.

 

La Petite Gazette du 12 septembre 2012

Monsieur André Janssens, de Heyd, se souvient des « jeux de billes qui nous ont fait passer de si agréables moments à l’école primaire entre 1939 et 1945, malgré les événements de l’époque et, quelquefois, entre deux alertes aériennes. »

Monsieur F. Edeline, de Tilff, répond lui aussi avec beaucoup d’enthousiasme : « Quelle bonne idée de faire une enquête sur les jeux de billes ! Comme Mme Bernaerts a raison de souligner la disparition de ces beaux jeux au grand air et avec des compagnons réels et non virtuels ! »

Un des jeux que mes correspondants évoquent est celui dit « au carré ». En voici les règles :

Pour 2 à 4 participants. On traçait un carré de 30 à 40 cm de côté. Chaque joueur y disposait 2 ou 3 de ses billes, à des distances égales les unes des autres. Depuis une ligne tracée à 3 ou 4 mètres de distance, chaque joueur envoyait sa bille-tireuse en essayant d’expulser une ou plusieurs billes-cibles du carré, lesquelles formaient alors sa prise. Si après les premiers tirs, personne n’avait touché une bille-cible, c’était à celui dont la bille-tireuse était la plus proche du carré à recommencer. Il était permis, en tirant, d’écarter  les billes-tireuses d’un ou de plusieurs concurrents. Si une bille-tireuse, même après avoir expulsé une bille-cible du carré, restait elle-même dans le carré ; le joueur était éliminé et sa bille-tireuse devenait une bille-cible supplémentaire.

Il y avait deux manières de jouer, en « amical », quel que soit le résultat, la partie terminée (quand toutes les billes étaient sorties du carré) chacun reprenait ses billes et on notait simplement le résultat, ou « pour de vrai » et, dans ce cas, chaque bille-cible sortie du carré devenait le butin de l’heureux tireur. Cette formule était interdite à l’école mais se pratiquait extra-muros.

Mes correspondants qui, signalons-le car c’est important, ont tous les deux pratiqué ce jeu durant leur enfance à Bruxelles précisent que la bille devait être expédiée d’une façon précise, la seule autorisée, c’est-à-dire qu’elle ne pouvait être propulsée que par une brusque détente du pouce. M. Edeline précise que « seules les filles jouent en pinçant leur bille entre le pouce et l’index ! Chaque coup était très surveillé par les adversaires car il était interdit de « youper », c’est-à-dire d’accompagner le tir par un mouvement du poignet dans la bonne direction ! »

 

La Petite Gazette du 26 septembre 2012

Retrouvons quelques souvenirs de jeux, de règles et de « matériel » tels qu’ils m’ont été confiés par les lecteurs.

Monsieur F. Edeline, de Tilff, nous apporte des précisions importantes sur la façon de jouer aux billes selon les lieux où il a habité. Originaire de Bruxelles, avec sa famille, il a émigré vers Bouillon au début de la guerre et il se souvient :

« Les jeux y étaient très différents, le « carré » y était inconnu. La population était plus pauvre et les billes de verre plus rares. Celles, transparentes avec une sorte de petite hélice de couleur vive, étaient très prisées, on les appelait « œil de chat ». Mais la bille courante, monnaie d’échange, était en terre cuite. Souvent nous les faisions nous-mêmes : petites boulettes d’argile qu’on mettait dans le pot de la cuisinière pendant 24 heures. On ne les retrouvait pas toujours !

Le vocabulaire était très différent car le patois de Bouillon n’a rien à voir avec le dialecte liégeois. Si on touchait une bille, avec sa bille personnelle, toujours en verre celle-là, on criait « pèté ». Si on faisait une manœuvre passible du « paiement » d’une bille, on criait « Tchê ! ».

Un des jeux en vogue alors était la poursuite. Il pouvait se jouer à deux et le jeu consistait à essayer de toucher la bille de l’adversaire. On comptait alors un point et on avait le droit de rejouer. Rejouer consistait à se placer près de la bille de l’adversaire et, par un coup puissant et un peu plongeant, à l’envoyer dinguer à deux mètres alors que sa propre bille restait sur place. Ce n’était pas facile à réussir et cela ressemble au « bouler » du jeu de croquet. ».

Monsieur André Hanssens, de Heyd, se remémore un jeu de billes très original : le « football aux billes ». Il vous l’explique :

« On formait deux équipes de 7 ou bien de 11 billes de même couleur pour chaque équipe et disposées, au départ, comme les joueurs de football, sur un terrain tracé sur le sol, de 2,5 à 4 mètres de long selon le nombre de billes joueuses dans chaque équipe.

Il fallait aussi un « ballon », une bille de couleur différente de celles utilisées par les deux équipes. Le jeu consiste à faire des « passes » entre les billes d’une même équipe et à envoyer le « ballon » dans les buts adverses, sans toucher la  bille « gardien de but » car, dans ce cas, le but est annulé et la bille-gardien remise à sa place.

Aussi longtemps que les billes-joueuses d’une même équipe touchent le « ballon », elles continuent à tirer, le joueur choisissant chaque fois sa bille joueuse la plus proche du « ballon ». Dès qu’elles le manquent, c’est à l’adversaire de prendre l’initiative.

Il est interdit de tirer sur les billes joueuses adverses ; le cas échéant, il y a « faute » et le « ballon » revient à l’adversaire.

Si une bille joueuse emportée par son élan déborde du terrain, elle reprend sa place à l’endroit où elle a franchi la limite, comme pour les remises en jeu du vrai football. Deux, voire trois partenaires peuvent s’associer pour manier les billes joueuses d’un même camp. »

Et bien, grâce à ces deux lecteurs, voilà encore de quoi passer de bons moments…

 

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

C’est aujourd’hui Monsieur Raymond Hébrant, de Comblain-au-Pont, qui se souvient des jeux de billes qu’il pratiquait durant sa jeunesse.

« Dans mon école, en récréation, nous jouions aux billes, « al pote » par exemple. Le jeu consistait à placer sa bille dans le trou en partant du pourtour. Le jeu se jouait en équipe. On pouvait éjecter un adversaire qui se trouvait bien placé dans le chemin, afin de permettre à son équipe de se placer convenablement. On jouait parfois avec de grosses billes appelées « maillets ».

A Marche-en-Famenne, nous étions à l’école primaire dans les années 1948 – 1949 et nous jouions là à un autre jeu que nous appelions le « triangle ». Chaque joueur mettait une bille dans le triangle, parfois on pouvait y mettre deux ou trois billes et alors on pouvait jouer deux ou trois fois. Pour savoir qui commençait le jeu, il y avait une ligne située à plus ou moins trois mètres du triangle et le joueur qui avait lancé sa bille le plus près de la ligne commençait. Le jeu consistait à faire sortir le plus possible de billes du triangle, ces billes devenaient alors la propriété du gagnant. Afin de retarder certains joueurs, on pouvait lancer notre bille sur celle de l’adversaire afin de l’éloigner du triangle.

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Je me souviens que dans notre groupe, il y avait un joueur très habile, il pointait si bien qu’il faisait mouche plusieurs fois de suite. Certains joueurs n’avaient plus de billes, un commerce illicite s’installait alors et le gagnant revendait ses billes à un prix moindre que celui pratiqué au magasin… Sur une semaine, il récoltait ainsi quelques francs. »

 

La Petite Gazette du 12 décembre 2012

Monsieur F. Edeline, de Tilff, se souvient que les enfants jouant aux billes à Bouillon, où il vécut une partie de son enfance, jetaient parfois un sort à leur adversaire…

« Lorsqu’on voulait jeter un sort à l’adversaire, afin de l’empêcher de viser juste et donc de toucher notre bille, on se dépêchait de tracer une croix sur la trajectoire probable de la bille menaçante, en criant « Croix de bouc ! ».

Bouillon est à 25 Km. de Florenville, et ma grand-mère avait vécu à Martué, où son mari était garde-barrière. Elle m’a appris une petite formule de malédiction que je transcris comme je m’en souviens :

Poiche au pot          (= petit pois)

Crapaud crevé

Raine des patées     (= grenouille des prés et des pâtures)

Pour faire la dikausse (= la ducasse)

A Martué

Je sais qu’il fallait, en même temps, faire des gestes de la main, du genre tracer une figure sur le sol avec un doigt, mais j’ai oublié précisément quoi. »

A la garde des vaches…

La Petite Gazette du 1er avril 2009

LE PATURAGE SANS PATURE

Monsieur Jacques Motte, de Grand-Bru, nous présente ce témoignage d’un temps révolu :

« Ma grand-mère, Joséphine Baclin dite Fifine, épouse de Jonas Burton, faisait paître ses vaches sur le bas côté du chemin à 150 mètres de chez elle à Grand-Bru, en core en 1939. Elle s’installait, bien à l’aise, sur son tabouret pliant posé à même la chaussée. Elle tricotait sans crainte de voir débouler un véhicule lancé à 80 km/h. C’était il y a 70 ans, mais cette pratique, qui s’est poursuivie jusque vers 1950, permettait de compléter gratuitement la nourriture du bétail pendant l’été.

Amis lecteurs, combien se souviennent encore d’avoir vu dames, demoiselles et enfants garder les vaches le long des routes?

Personnellement, je me souviens, après la guerre, avoir aussi gardé les vaches dans des prés non clôturés.

 

La Petite Gazette du 22 avril 2009

Mon ami Robert Leruth, d’Aywaille, m’a raconté que, lorsqu’il était enfant, il faisait paître des chèvres le long du talus non loin de la laiterie d’Aywaille.

Monsieur Francis Roufosse raconte à son tour :

« En ce qui concerne le pâturage sans pâture, il est vrai qu’autrefois les adultes et même fort souvent les enfants étaient chargés, chaque jour, d’aller faire paître leur vache ou autres bestiaux dans l’herbe (à l’époque fraîche car non mazoutée par les gaz d’échappement) le long des chemins.

Quelquefois assez loin de chez eux, même à la lisière de sombres forêts – parfois jusqu’à la tombée du jour- et en toute sécurité sans pour autant craindre l’apparition de pédophiles ou autre loup à visage humain (ce n’est pas sympa sympa pour les loups ce que je dis là !).

A Marche-en-Famenne, le calme de la petite vallée bucolique du « Fond des Vaulx », au sud de la ville, la désignait tout particulièrement non seulement pour les promenades dominicales en famille ou encore pour les nombreux petits jardins que les citadins cultivaient amoureusement « extra muros », mais également pour le bref pâturage d’animaux venus y prendre un petit supplément gratuit de verdure. »

Marche Fond des Vaulx

 

La Petite Gazette du 19 mai 2009

Madame Yolande Bertrand, de Rotheux, nous confie également quelques souvenirs :

« La grand-maman de mon mari, Madame Lambertine Looze, possédait deux vaches et son époux travaillait à Seraing. Ils habitaient une belle petite maison à Bellaire où il n’y avait qu’un petit potager. La grand-mère partait en conduisant ses bêtes pâturer non loin de là, à la lisière du bois où de l’herbe fraîche et bien verte croissait dans les « Claires », nom donné à ces endroits.

Ce bois a été défriché pour construire des habitations et puis la route du Condroz. Il reste comme souvenir de cette manne gratuite le nom d’une rue de Rotheux : la rue des Grandes Claires.

Parfois, grand-maman Bertrand rapportait, sur sa brouette, des fagots et du bois pour se chauffer. Son fils acheta une petite propriété à côté de la maison familiale et donna les terres à ses parents. Ils purent construire des étables et un hangar car le cheptel devenait plus important. »

 

La Petite Gazette du 10 novembre 2009

Madame M. Delfosse, de Verleumont, nous confie ce témoignage qu’elle tient de sa maman et qui concerne le pâturage des vaches le long des chemins. Précisons que sa maman était née à fraiture Bihain en octobre 1902.

« Maman était partie avec une autre petite fille du même âge pour, selon la formule consacrée, « garder les vaches ». elles étaient aidées dans cette tâche par des chiens de vaches.

Accomplissant la mission avec sérieux, quelle ne fut pas leur stupeur de voir arriver les premiers Prussiens de la guerre 1914-1918. Elle me les décrivait très imposants, sur leurs chevaux, avec leur long manteau et leur casque à pointe, une lance à la main !

Prises de panique, elles sont rentrées à la ferme avec le bétail et ce fut la dernière fois que les parents les ont envoyées aux champs… »

 

La Petite Gazette du 11 juin 2014

C’EST VRAI QU’IL N’ AVAIT PAS DE CLÔTURE AUX PRAIRIES

Madame Jeanne-Marie Naegels-Misie, d’Esneux, partage, avec nostalgie, cette « bien belle époque » ainsi qu’elle me l’écrit.

« J’habitais avec mon père, Nicolas Misie, et le propriétaire, Ivan Sucur, la dernière maison à la lisière du Bois du Sart-Tilman, rue Robiet, pendant la guerre et après. Le propriétaire, célibataire, avait une ferme et des prairies, le long de la rue de Boncelles qui va à Ougrée, la maison à côté des prairies d’Ivan Sucur était à la famille Dossogne, parents et enfants.

Le matin, Ivan Sucur, on va le nommer le fermier, mettait ses vaches et, par la même occasion, les trayait. Les gens des environs venaient chercher leur lait. Le soir, une personne de la rue Mattéoti ouvrait le fil de fer qui fermait la prairie et les vaches, qui attendaient cette ouverture en beuglant, retournaient toutes seules sur le chemin de la ferme et entraient dans l’étable. Le fermier procédait alors à la traite du soir et d’autres personnes venaient encore chercher du lait ; nous aussi…

Le matin des jours de congé, j’accompagnais le fermier ; certaines prairies n’avaient pas de fils barbelés et quelques vaches, durant la journée, s’aventuraient dans les bois. Il n’y a cependant jamais eu le moindre problème et aucune vache ne s’est jamais perdue. Chacune d’elles avait un nom et il y avait une chienne, Follette, avec un de ses jeunes, Gamin.

Une fois que le fermier venait d’avoir une truie qui avait des petits, moi, le midi, je revenais manger à la maison et je suis tout de suite allée voir ces bébés. Horreur… une fois la porte ouverte, un des petits s’est sauvé dans le bois et, jamais, on ne l’a récupéré. J’ai évidemment été grondée et punie… »

Les remuages à Nassogne

La petite Gazette du 15 mai 2007

Monsieur Edmond Leroy, de Nassogne, évoque pour notre plus grand intérêt une tradition multiséculaire:

« Monon est né en Ecosse dans une famille assez riche et vertueuse. Il y vivait sans occupation en méditant la loi du Seigneur et le servant par ses prières.

Un jour, pressé de sommeil, il prit un peu de repos, il vit un ange et reçut un message céleste : »Monon, serviteur fidèle de Jésus-Christ, possesseur des Cieux, Dieu très haut te commande que, sans délai, tu t’en ailles en France dans les forêts d’Ardenne et que tu cherches avec grande diligence, dans les forêts d’Ardenne, la place qui s’appelle Frydier, laquelle place est arrosée de la fontaine Nassonia ».

Il y construisit une cellule, priait, évangélisait, invitait les habitants de la région à la conversion. Les druides du dieu Freyr et du dieu Arduina, offusqués par le résultat du travail de Monon, chargèrent leurs adeptes de le supprimer dans son ermitage, en 636.

Jean l’Agneau, évêque de Tongres, son ami, fit construire une première église où furent conservées les reliques du martyr qui reçurent la visite de nombreux pèlerins. Pépin le Bref, pèlerin de marque, éleva l’église au rang de collégiale, la dota et établit un chapitre de chanoines qui subsista jusqu’à la Révolution française.saint-Monon

La dernière construction date de 1661, elle subit plusieurs restaurations, la dernière en 1948-1949 suite aux dégâts de l’Offensive des Ardennes en 1944-1945.

Pour suivre la tradition, Nassogne, vit chaque année à l’heure du pèlerinage de saint Monon, organisé depuis des siècles le dimanche qui suit l’Ascension. Après la messe à la collégiale a lieu la procession des « Remuages », translation du sarcophage du saint (que l’on peut frotter d’herbes ou de branchages) vers la chapelle de Coumont, lieu de son ermitage et martyre en 636. »

Il serait vraiment intéressant de pouvoir présenter dans une prochaine Petite Gazette des témoignages et des photographies de cette ancestrale tradition ardennaise. Y penserez-vous?

LE REMEDE DE WERIS

La Petite Gazette du 12 mars 2013

Madame Anne-Marie De Grave évoque ici un remède dont, jusqu’à ce jour, je n’avais jamais entendu parler… Le connaissez-vous ?

En parcourant La Petite Gazette, je repense à un vieux remède que maman nous donnait souvent en hiver lorsque nous étions enfants (j’ai 64 ans): “le remède de Wéris”.

C’était une petite bouteille contenant un liquide brun foncé. Pas vraiment mauvais. C’était à base de fer, mais que contenait-il d’autre ?

Nous avions alors une femme d’ouvrage venant de Wéris en Vespa, été comme hiver, jusqu’à Barvaux où nous habitions. Elle s’appelait Armande et son nom de famille, je pense Jacob. C’était une très gentille dame, elle était célibataire et vivait avec sa sœur. C’est probablement par elle que nous obtenions ce remède. »

Ma correspondante aimerait savoir si d’autres lecteurs ont des souvenirs à propos de ce remède de Wéris et s’ils auront la gentillesse d’en parler.

Madame de Grave se souvient également de la présence à Wéris d’un “rebouteux” Monsieur L. Il travaillait avec un pendule et donnait des remèdes homéopathiques, mais elle ne sait pas s’il vit toujours et s’il exerce encore.

Vous avez combien, comme vous, ce genre d’informations m’intéressent. Aussi, vous savez que vous pouvez me dire tout ce que savez à propos de ces pratiques de médecine populaire et sur ceux qui la pratiquent « sègneûs », « r’pougneûs » et  rebouteux de toute sorte.

La Petite Gazette du 26 mars 2013

LE REMEDE DE WERIS SERAIT PLUTÔT LE REMEDE D’OPPAGNE

Madame Julia Fournaise, de Bomal s/O, a été très prompte à répondre à Mme De Grave à propos du remède qu’elle évoquait :

« Pour répondre concernant le remède de Wéris, je n’en ai jamais entendu parler. Mais on vendait au magasin Debras à Bomal s/O et je pense à la pharmacie, la bouteille d’Oppagne. J’en ai moi-même acheté pour mes enfants. Si mes souvenirs sont bons, on disait que c’était le remède contre la fièvre lente. »

Madame Lambert intervient à son tour :

« Il y avait bien une Melle Armande Jacob à Wéris, qui est décédée il y a déjà quelques années.

Concernant le remède de Wéris dit  ‘’po l’fîvelêne ‘’ ou pour la fièvre lente;

Ce remède était destiné à donner un coup de fouet à des enfants lymphatiques (ou comme disaient nos ainés ‘’qui ont fîvelêne ‘’) ou après une opération, quand on a un coup de mou.

Ce remède était entre les mains de 2 dames l’une au Pas Bayard et l’autre à Oppagne , villages voisins de Wéris .

Ce remède était composé de plusieurs ingrédients,  qui devaient macérer plusieurs jours avec une certaine technique.     On en retirait alors un sirop qui était stocké dans des bouteilles.

Quand quelqu’un allait chercher le remède, une certaine quantité de ce sirop (peut-être quelques gouttes seulement, parce que les flacons étaient petits) était  mis dans le flacon et dilué avec du malaga.

Ces deux dames sont maintenant décédées.»

Un grand merci pour ces précisions et informations. Si dans votre coin aussi un remède spécifique a existé, existe encore, c’est évidemment avec grand intérêt que nous recevrions des renseignements à son propos.

NOS VILLAGES ONT AUSSI UN IMPORTANT PASSE METALLURGIQUE

La Petite Gazette du 2 décembre 2015

Il suffit d’évoquer les noms de Ferrières, Ferot, Izier, Rouge-Minière, Xhoris… pour être convaincu que l’extraction et l’exploitation du fer ont aussi considérablement influencé l’histoire de nos villages et j’aimerais que vous puissiez en parler.

Lors d’une passionnante visite que je faisais dernièrement au Musée de la Vie rurale à Xhoris, une remarquable et très ancienne photographie qui y est exposée a retenu toute mon attention et je n’avais qu’une envie : vous la présenter.001

Les documents et objets présentés au Musée de la Vie rurale à Xhoris sont commentés, en français, en néerlandais et en wallon, à destination des visiteurs et cela rend la visite d’autant plus agréable. Quand le printemps reviendra, je vous promets que La Petite Gazette rendra une visite de ce musée à la découverte de ses richesses et avec la volonté de vous encourager à y faire une halte instructive. Nous en reparlerons donc…

Pour en revenir à cette photographie, nous avons appris qu’elle a été prise vers 1910. Elle présente un groupe d’ouvriers employés à l’extraction du minerai de fer à Xhoris. Ces ouvriers sont, de gauche à droite : H. Clajot, C. Laffineur, N. Dupont, A. Levêque, J. Pirotton, E. Tavier, A. Gabriel et ?  .

La mine se trouvait au bout de la route des Gueuses en passant par la rue des Minières. Il est utilement précisé qu’une gueuse désignait un lingot de fonte de première fusion.

Je suis certain que de pareils documents dorment encore chez vous qui avez eu des aïeuls travaillant encore dans le secteur métallurgique de nos campagnes, de même, je suis certain que, dans bien des familles, il existe encore le souvenir des anciens qui ont vécu de l’extraction ou de l’exploitation du minerai de fer. Je sais aussi qu’il y a parmi vous qui lisez ces lignes bien des amateurs d’histoire régionale qui se sont passionnés par ce sujet au départ, par exemple, d’une recherche toponymique ou de documents extraits des archives. Mon souhait est que vos témoignages, le fruit de vos recherches et vos documents familiaux puissent nous permettent de faire revivre cet aspect de notre histoire régionale. Voudrez-vous concrétiser ce souhait ? Je l’espère vivement et, déjà, vous remercie de vos contributions à venir.

La Petite Gazette du 23 décembre 2015

A PROPOS DE CEUX QUI EXPLOITAIENT LE FER A FERRIERES

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, vous le savez, est passionné par les réalités quotidiennes de l’ancien régime dans nos régions et, inlassablement, fouille les archives des cours de justice à la recherche de ces faits qui nous éclairent sur la vie au jour le jour, il y a plus de deux siècles, dans nos villages. Voici ce que l’appel lancé à propos des travailleurs du fer de nos contrées lui a fait ressortir de ses innombrables carnets de notes :

« Suite  à  votre  article  relatif  au  passé  sidérurgique  de  notre  région, je  vous  transmets  deux  mentions  qui  devraient intéresser les lecteurs de La Petite Gazette. J’ai  longuement  recherché  à  Ferrières, Cour  de  Justice, et  ces  documents  en  sont  issus. Il  s’agit, orthographe  de  l’époque, de  deux  visites  de  “corps  morts”  retrouvés  dans  des  fosses à  minière. J’ai  prolongé  ma  recherche  et  retrouvé  quantité  d’actes  où  sont  relatés  d’autres  faits  anodins, ou plus  graves, et  même  des  meurtres. Leur  nombre  étant  nettement  plus  important  que  dans  d’autres  bans, je  pense   qu’ils  sont  le  résultat  de  beuveries  et  bagarres  provoqués  par  des  ouvriers  miniers  dans  les  nombreux  estaminets  locaux ;  les  cultivateurs  et  autres  employés  dans  l’agriculture  étant  généralement  moins  enclins  à  de  tels excès.

A Lorcé et  Chevron, curieusement  des  bans  voisins, bon  nombre  de  faits  de  violence  semblables  sont  aussi  consignés. Rien  d’étonnant  qu’en  1789  les  meneurs  soient  des  lognards  ! Ils  avaient  le sang  chaud  ! Je  n’ai  pas  localisé  les  endroits  mais  la  toponymie  locale  doit  très  certainement  encore en  garder  trace

Le  28  août 1728. Visite  du  corps  mort de  Jean Joseph  Squelin.

Visite  faite  par  le chyrurgien Sr La Croix  après  qu’icelluy  eut  prêté  serment de  faire  fidel  rapport.

Le  corps  dudit  Jean Joseph  Squelin  ayant  été  tiré  hors  d’une  fosse  a  minière  sur  le  dit  lieu  de  la  Manette appartenant a Joseph le Quarte, Thomas  de  Marteau, Colas  le  Quarte et  Dieudonné  le  Quarte, a  déclaré  ledit  La Croix  n’avoir  trouvé  aucune  fracture  ny  dislocation  ny  aucune  playe  depuis  la  plante  du  pied  jusqu’à  la  teste  et  ne  voit  aucun  sujet  de  sa  morte  sinon  que  ledit Jean Joseph  a  été  submergé  dans  ladite  fosse  et  que  cela  luy  at  causé  la  morte.

Le  6  décembre 1729. Visite  d’un  corps  mort.

Visite  du  corps  mort  de  Louys  Jehot  dont  il  fut  trouvé  en  lieu dit Clocky a  l’adjunction  du  chyrurgien La Croix.

Ledit  corps  estant  exposé  dans  une  fosse  a  minière  estante  sur  la  propriété  de  Mademoiselle  Hennin  en  lieu  dit Clocki, y  at  esté  trouvé  ledit  chyrurgien  une  grande  playe  de  trois  doigts  de  longueur  du  cuir  muscului  sur  la  teste, l’os  coronal, l’os  frontal  et  autres os  fracassés  pièce  par  pièce. Les  veines  et  artères piémères  et  duremère  et  les  vaisseaux  tout  rompus et  délié de  ses  membres  par  quels  coups  la  morte  luy  est  survenue.

Il serait très intéressant que ceux qui le peuvent prennent la peine de situer précisément ces endroits où l’on a extrait le minerai de fer.

La Petite Gazette du 16 décembre 2015

LA METALLURGIE DANS NOS REGIONS

C’est avec grand plaisir que nous retrouvons la jolie plume de Monsieur Jean Bolland qui répond à l’appel qui vous a été lancé en évoquant le passé métallurgique de la vallée de l’Aisne :
« La métallurgie dans la vallée de l’Aisne a laissé son empreinte dans de nombreux lieux-dits évocateurs : Forge à l’Aplé, La Forge (Mormont), Vieux Fourneau… Des sources d’eau ferrugineuse -les pouhons- attestent également du fait que le minerai de fer est une composante de notre sous-sol.

Depuis Dochamps jusqu’à Bomal, en passant par La FosseForge à l’Aplé, Amonines, Blier, Wérichet-sous-Fisenne, Fanzel, La Forge, Roche-à-Fresne… de modestes ateliers métallurgiques étaient installés le long de l’Aisne et de certains de ses affluents. La plupart du temps, ces ateliers étaient constitués d’un bas-fourneau dans lequel le minerai de fer était fondu et d’un marteau -ou forge- où le fer obtenu était travaillé pour en façonner des objets.
Divers corps de métiers participaient, de près ou de loin, à la réussite de cette activité : bûcherons, charbonniers ou faudeurs qui produisaient le charbon de bois nécessaire à l’activité des fourneaux, forgerons, charretiers pour l’acheminement des matières premières et le transport des produits issus de cette métallurgie.

Le minerai de fer provenait de gisements de la région. Gisements à fleur de terre ou à faible profondeur : les minières exploitées notamment à Clerheid, Fisenne, Hoursinne, Wéris, Heyd, Ozo et Izier.

Cette activité métallurgique s’étendit sur les 15e, 16e et 17e siècles avec des hauts et des bas dus aux nombreuses guerres, passages de troupes étrangères et réquisitions qui en découlaient. Conséquence de ces époques troublées : cette industrie disparut pratiquement au 17e siècle. On peut ajouter le fait que ces installations, modestes faut-il le rappeler, n’avaient pas su se reconvertir face à une métallurgie liégeoise qui avait modernisé son outillage, diversifié sa production et ses débouchés ; métallurgie liégeoise qui avait également le net avantage de bénéficier de grandes facilités pour le transport des matières premières et des produits finis. Et pourtant nous n’en étions pas encore à l’époque des hauts-fourneaux qui allaient faire les beaux jours de Liège, au 19esiècle grâce à John Cockerill. Ceci est un autre histoire.
(Certains renseignements sont basés sur les recherches de Fernand Pirotte : En marge d’un millénaire, Aspects de la vie économique et de la vie sociale dans la Terre de Durbuy de 1500 à 1648, L’industrie métallurgique de la Terre de Durbuy de 1480 à 1625.) »

 La Petite Gazette du 30 décembre 2015

A PROPOS DE CE REGARD SUR LES US DES OUVRIERS DU FER A FERRIERES

Monsieur Pierre Paulis, de Ferrières, a lu attentivement les notes transmises par M. René Gabriel et vous éclaire sur la toponymie de Ferrières :

« J’ai lu, avec beaucoup d’intérêt, les notes de M. R. Gabriel, de Roanne-Coo, concernant les minières de Ferrières » m’écrit M. Paulis avant de nous livrer le fruit de ses recherches toponymiques :

« La manette. En tant que toponyme, je n’ai relevé aucune trace. A mon avis, ce substantif désigne la « qualité de la terre » qui est sale et boueuse. Ce qui expliquerait la raison de ces deux accidents que vous relatez. Ils se sont, sans doute, passés au même endroit, c’est-à-dire

È Clokî ( au Clocher) Celui-ci existe bel et bien comme toponyme. Ce grand terrain de +/- 10 ha est situé au sud de l’église. Il est surtout connu, aujourd’hui, par son chantoir dénommé « trô dè Pi » ou trou du goupil = renard. C’est une borne naturelle marquant la limite d’avec la Basse Colète contigüe.

É Clokî fut aussi, dès le 12me siècle, un douaire ( li doyâre) donné par les moines de Stavelot au curé ,dès l’instauration de notre paroisse indépendante. Elle est détachée de Xhignesse, son église-mère, avant 1130.

De cette terre boueuse, est extrait  depuis longtemps  –  on parle de l’époque belgo-romaine  –  un minerai de fer réputé pour sa qualité et son abondance. C’est de la limonite grise et schisteuse. (Exploitation jusqu’au début du 19me siècle). De l’eau d’infiltration contrecarrait le travail des mineurs. Ceux-ci se plaignaient de « passer autant de temps à puiser l’eau qu’à extraire le minerai » .Ils se plaignaient aussi du houx  envahissant les minières. L’eau était rejetée à l’aide d’une pompe (l’exhaure) dans le rîhê (ruisselet) tout proche.

La vie de ces ferrons (car ils travaillaient autant à la mine qu’au fourneau) était pénible et dangereuse. On déplore quantité d’accidents. Ce qui explique, sans doute, les traits de caractères que vous relevez et dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Nous étions aussi des Lognards! Le  minerai était travaillé sur place. Ensuite, il fut transporté, en fusion, par « li vôye  d’Eveu » (vôye d’êwe, voie d’eau ou mieux : la voie de l’eau) vers les makas hydrauliques de Malacord puis de Ferot. Au cours du 17e siècle, le surplus de la production minière était suffisamment important que pour être exporté vers les fourneaux de l’Amblève. Dieupart, notamment. Li vôye dès gueuses nous le rappelle.

Au Clokî encore, au mitan des ferrons, s’est, probablement, élevée, au 8me ou au 9me siècle, la première chapelle paroissiale dédiée à saint Martin (cf. Guilleaume). Par après, ont suivi les deux  églises, le cimetière, le  presbytère et le vicariat.

Cette terre a ainsi joué un rôle important  dans la formation du village, de la paroisse et de la commune de Ferrières. »

Un très grand merci pour cette très intéressante contribution.

Henri Chevron

La Petite Gazette du 3 mars 1999

Artiste, inventeur excentrique…, qui était vraiment Henri Chevron?

Si La Petite Gazette veut continuer à se targuer d’être la Gazette . de l’insolite régional, elle se devait de répondre favorablement à l’appel lancé par Les Hèyeûs d’sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille au sujet de ce personnage tout à fait extraordinaire qui défia la chronique locale dans l’Entre-Deux-Guerres; nous voulons parler de Henri Chevron. Voici ce que nous en disent nos jeunes enquêteurs : «Henri Chevron était un personnage particulièrement pittoresque 1—dont tous les anciens Remoucastriens parlent encore avec amusement, -tendresse et admiration. Il fut artiste, ses sculptures en béton, parfois naïves, parfois effrayantes,; hantent toujours son village natal, Playe».
Cet agriculteur fut aussi inventeur, on lui doit un mystérieux «rayon de la mort» et toutes sortes de bizarreries qui ont stupéfié ses contemporains. Autodidacte, il construisit, de ses mains, la première T.S.F. de son village; de son observatoire, il contemplait les astres et les étoiles»…
Les Hèyeûs d’sov’nis ont recueilli bien des informations de deux personnes qui l’ont bien connu: MM. Joseph Delbouille et Etienne Dechamp. Voici ce que leur a confié ce dernier:
«Au fond des bois, il (Henri Chevron) avait créé un «jardin zoologique». Un ruisseau traversait une prairie voisine si bien que la boue ne manquait pas. A cette époque, nous voyions Chevron partir souvent dans cette direction et tout le monde se demandait ce qu’il allait y faire. Un beau jour, quand il a eu fini, je suis allé avec lui. C’était beau, c’était un jardin zoologique. On pouvait y reconnaître toutes les «bièsses» faites magnifiquement avec de la terre. Il y avait un éléphant, un lion, etc. Après, tout le monde venait voir l’oeuvre de Chevron. On venait d’Awan, de Sprimont. Il y avait un tigre et des gens qui étaient venus par curiosité s’en étaient retournés en quatrième vitesse, car ils avaient cru que, dans le pré, ils avaient rencontré un tigre vivant. Malheureusement, avec le temps, tout s’est désagrégé».
Vous avez peut-être visité ce jardin zoologique, ou l’observatoire de Henri Chevron, ou encore écouté cette première T.S.F.1? Tous vos souvenirs intéressent les enquêteurs de l’Athénée d’Aywaille, mais ce qu’ils recherchent en vain depuis des mois c’est une photographie de ce «génie méconnu» afin de pouvoir mettre un visage sur une personnalité originale. Pouvez-vous les aider à compléter leurs informations et : leur documentation?
Ecrivez-moi pour me parler de ces personnages hors du commun que nos régions ont connus.

La Petite Gazette du 17 mars 1999

Il y a quinze jours, La Petite Gazette vous présentait, à la demandé des Hèyeûs d’sov’nls de l’Athénée Royal d’Aywallle, une photographie d’une des œuvres d’un étonnant personnage qui vécut à Playe, sur les hauteurs de Sougné-Remouchamps. Cet homme, Henri Chevron,
a tout autant goûté aux techniques qu’aux arts et il a fait le ravissement de quelques générations d’enfants avant la Seconde Guerre Mondiale. Que sont ses œuvres devenues? Certaines, celles évoquées dans la Petite Gazette, n’ont eu qu’une existence éphémère en raison du matériau dans lequel elles avaient été érigées, nous avons vu cependant que la pérennité leur avait été accordée dans le souvenir de quelques-uns. D’autres, peu nombreuses, existent toujours, mais elles ont aujourd’hui un rôle bien peu respectueux de leur grâce naïve…
Faut-il s’en plaindre? Existeraient-elles encore si elles n’avaient pas accepté ce rôle utilitaire dans la campagne de Playe? J’imagine que ce n’est pas seulement La proximité de l’autoroute qui fit perdre la tête à l’une de ces Vénus du cru… Ce génie a-t-il été à ce point incompris qu’il ne se trouva personne pour préserver ses réalisations? Où sont passées ses autres créations? Quels souvenirs a-t-il laissés?
Si Henri Chevron, ses œuvres ou ses inventions évoquent l’un ou l’autre souvenir chez vous, je vous invite à le partager avec lès nombreux lecteurs de La Petite Gazette. Puis-je également vous rappeler que les jeunes chercheurs de l’Athénée d’Aywaille seraient très heureux de voir Henri Chevron? Alors si vous aviez une photographie, ce serait réellement merveilleux de nous permettre de la reproduire dans La Petite Gazette. Ecrivez-moi nombreux.

La Petite Gazette du 31 mars 1999

Répondant à l’appel lancé, la première semaine de mars, par les Hèyeûs d’sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille, Monsieur Norbert Lagasse, de Liège, m’a transmis un courrier vraiment très intéressant car il contient les souvenirs de quelqu’un qui côtoya réellement Henri Chevron et ce «quelqu’un»,, c’est Monsieur Lagasse lui-même! Je vous propose de découvrir tout de suite la première partie de ce témoignage.
« J’ai très bien connu os personnage extraordinaire qu’était Henri Chevron, le phénomène de Playe écrit M. Norbert Lagasse, il était alors le plus proche voisin de Henri Salve, le bourgmestre de Remouchamps.» (N.D.LR. Henri Salve est échevin depuis le,9 janvier 1939, Il fera fonction de Bourgmestre de Sougné-Remouchamps dès le 1* janvier 1940, en remplacement d’Alphonse Decelle, malade; Il exercera cette fonction jusqu’au 26 mai 1945)
« A quelques semaines de mon quatre-vingtième anniversaire, mes souvenirs se sont évidemment quelque peu estompés. Il n’empêche», semble s’excuser mon aimable correspondant, mais il n’y a pas de quoi; jugez plutôt de l’intérêt de ses écrits :
« J’ai souvent entendu mon père, Nicolas Lagasse, raconter l’odyssée de la motocyclette que Henri avait fabriquée pour se déplacer sur l’eau. Les premiers essais de l’engin, programmes pour un dimanche après-midi, au pied de la tour du château de Montjardin, là où l’Amblève est la plus profonde, faillirent tourner à la catastrophe. Projeté à l’eau et au milieu des débris de son invention, Henri ne dut qu à la solidarité de quelques amis de pouvoir échapper à la noyade.
Bien plus tard, en 1939, uns véritable amitié s’était liée entre Henri et moi. Habitant Remouchamps, je me rendais chez lui au moins deux fois par semaine pour aller chercher du lait. A plusieurs reprises, j’ai visite son observatoire installé dans les dépendances de sa fermette…»
La semaine prochaine, nous suivrons Monsieur Lagasse à Playe, à la rencontre de Henri Chevron et de son rayon de la mort. Il serait vraiment étonnant que personne d’autre n’aurait gardé le souvenir d’un aussi étonnant personnage. Permettez-moi d’insister également sur mon souhait de recevoir des photographies soit de Henri Chevron, soit de ses œuvres et inventions. Je compte sur vous.

La Petite Gazette du 7 avril 1999

Comme promis, nous poursuivrons cette semaine la lecture du passionnant courrier que nous a transmis M. Norbert Lagasse, de Liège, qui a très bien connu Henri Chevron.
«Soucieux d’étendre ses activités; Henri avait même imaginé de transférer son observatoire dans l’un de ses prés sis à mi-chemin entre son domicile et la chapelle de la Fidélité. (N.D.LR. là, où aujourd’hui, passe la bretelle de l’autoroute desservant la vallée de l’Amblève). Ce projet fut abandonné alors que les murs de l’édifice avaient déjà atteints une certaine hauteur.
Beaucoup plus sérieux furent ses contacts avec le Ministère de la Guerre Britannique auquel il avait fait part de sa découverte du «Rayon de la Mort». Grâce à mes, connaissances de la langue anglaise, j’étais même devenu son secrétaire particulier. Des croquis, des schémas, des lettres furent envoyés à Londres qui s’intéressait de plus en plus aux travaux de notre Belge.
A l’approche de l’ouverture des hostilités, les contacts prirent fin, car Henri appréhendait qu’il allait être invité à s’expatrier, ce qu’il ne voulait à aucun prix, car il aurait dû abandonner sa sœur avec laquelle il vivait.
Pour ma collaboration et en guise de remerciements, il m’avait offert un minuscule poste à galène conçu de son imagination.
On ne saura jamais si Henri n’avait pas autant de talents que les nazis de Peenemunde! conclut M. Lagasse,
Un grand merci pour cet intéressant témoignage de quelqu’un qui côtoya de très près Henri Chevron. Il est certainement d’autres personnes qui pourraient aussi nous en parler, nous décrire les prodigieuses inventions de ce «self-made-man» de notre région. J’attends avec curiosité et intérêt vos prochains courriers à ce sujet. Je vous rappelle que les Hèyeûs d’sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille sont, depuis longtemps, à la recherche d’une photographie de Henri Chevron, qui les aidera?

La Petite Gazette du 14 avril 1999

Les articles consacrés à cet étonnant personnage de Playe (Remouchamps) ont suscité une nouvelle réaction, celle de Mme M. Cornet, dé Hotchamps. Voici ce qu’elle nous écrit:
«Henri Chevron est né en 1882 et est décédé, à Playe, le 19 mai 1953, à l’âge de 71 ans.
Célibataire, il exploitait une petite fermé avec ses deux soeurs, Marie et Féllcle, célibataires elles aussi. Les deux terrains de leur exploitation se trouvaient dans les environs de la Redoute .
C’était un original, mais doté d’un sens de l’invention extraordinaire. Personnellement, je l’ai très peu connu, par contre, mon père, qui était né en 1900, était un grand ami de la famille, il a été très souvent le témoin de ses exploits et il me les racontait.
Pour le centenaire dé la Belgique, en 1930, il avait fait un char représentant une grotte confectionnée avec des sacs de jute trempés dans du ciment, cette grotte était percée de nombreux trous d’où sortaient des petits sotais. Elle était aussi agrémentée d’une jolie cascade qui dévalait le rocher; une pompe en actionnait le circuit d’eau. Ce très beau char était tiré par trois gros chevaux, un noir, un jaune paille .et un rouge, pour symboliser le drapeau belge. Les chevaux appartenaient à Eugène Leclercq, de Delgné; à Paul Thonon, de Hptchamps et, le troisième, à mon père, Armand. Cornet.
Parmi ses nombreuses inventions, notons un avion qui, très vite, allait piquer du nez dans la prairie, un vélo pour aller sur l’eau, en quelque sorte l’ancêtre du pédalo. Lors de son essai pour la traversée de l’Amblève, un malencontreux câble, qui traînait par là, le fit basculer dans la rivière. Il y avait aussi une lunette pour observer la lune et les étoiles».
Merci beaucoup, Mme Cornet, de nous permettre de mieux connaître ce personnage extraordinaire. La semaine prochaine, nous poursuivrons la lecture de votre courrier à la découverte d’autres informations, d’autres inventions, d’autres extravagances. Si, vous aussi, comme notre lectrice de Hotchamps, vous avez connu ou entendu parler de Henri Chevron, n’hésitez pas, écrivez-moi.

La Petite Gazette du 21 avril 1999

C’était réellement un personnage d’exception ce Henri Chevron. Son évocation réveille les souvenirs et, aujourd’hui encore, il m’en a été promis d’autres que je me réjouis de vous faire découvrir. Vous verrez qu’il était loin d’être farfelu!
En les attendant, poursuivons le lecture du courrier de Mme Marcelle Cornet, de Hotchamps.
«Une chose dont je me souviens très bien, c’est son poste de radio, complètement fabriqué par ses soins. La carcasse du poste représentait le buste d’un gros officier, avec képi et moustaches. Moi, qui étais une gamine de cinq ou six ans, j’étais très impressionnée, je croyais réellement que cet homme parlait. Henri Chevron prévoyait déjà la télévision, à cette époque, il disait, qu’avec le temps, on pourrait voir son interlocuteur!
Pour accéder à sa maison, dont la façade était couverte de lierre, il y avait une volée d’escaliers et, de chaque côté, sur des colonnes, trônaient deux gros lions ; la rampe de l’escalier était faite de serpents entrelacés.
Par les chemins, poursuit Mme Cornet, il n’était pas rare de trouver, de-ci de-là dans les haies, de bien jolies roses; elles avaient été greffées par ses soins sur des rosiers sauvages.
Un jour, il était parti semer de l’engrais dans son champ, sur les hauteurs de La Redoute et l’Idée lui vint d’écrire son nom avec l’engrais. En cours de travail, I’engrais vint à lui manquer et, quand la prairie reverdit et que l’herbe repoussa, on a pu lire: «HENRI CHEVRON A REMOU».
Pendant la guerre, il avait creusé une cachette, une espèce de citerne. Quand on en soulevait la trappe, la citerne était remplie d’eau; par un malin stratagème, ce n’était qu’un petit bac qui bouchait l’entrée et un système, coulissant sur des roulettes et se poussant facilement sur le côté, dégageait l’entrée. Dans cette cachette, il fabriquait des espèces
de briquettes en bois, bourrées de dynamite. Du haut du chemin de fer,
il les laissait tomber sur les convois et, ainsi, sabotait les trains de l’armée allemande..
Une de ses dernières trouvailles fut la construction d’un abri antiatomique; quelques vestiges subsistent encore dans la campagne de Playe».
Mme Cornet conclut ensuite son courrier ainsi : «Voilà M. Henry les quelques anecdotes dont je me souviens; j’espère que vous en recevrez beaucoup d’autres et que vous pourrez ainsi satisfaire la curiosité de chacun».
Merci beaucoup Mme Cornet, c’est vrai que tout le monde a envie d’en savoir davantage sur ce si passionnant personnage plein d’étonnantes ressources. Que tous ceux qui l’ont connu aident à sauvegarder sa mémoire. D’avance merci.

La Petite gazette du 11 mai 1999

Elle me l’avait promis et elle a tenu sa promesse. Mme Annie Thonon, de Hotchamps, m’a transmis, récemment, un très intéressant courrier relatif à cet étonnant personnage qu’était Henri Chevron, son grand-oncle.
Les documents transmis prouvent, indubitablement, que cet habitant de Playe n’avait rien d’un farfelu. Mme Thonon m’a notamment envoyé deux copies de Brevets d’invention, déposés par son grand-oncle en 1913 et en 1914. Le premier concerne, sans autre précision, un appareil de locomotion, le second, quant à lui, est relatif à une hélice à pas variable. Dans les deux cas, les documents officiels signés du directeur général du Ministère de l’Industrie et du Travail précisent que l’invention doit être mise en exploitation un an après l’exploitation à l’étranger».
Ses inventions connurent-elles le succès? Nous ne le savons. Par contre, nous pouvons affirmer que ces deux brevets ne sont que des exemples parmi d’autres et que longtemps encore Henri Chevron fit partie de la Fédération Belge des Inventeurs, ainsi qu’en atteste l’Invitation à assister à l’assemblée générale statutaire du 13 décembre 1932 de cette Fédération.
Il était donc inventeur, et non farfelu, ce qui ne l’empêcha nullement de faire preuve d’originalité dans de nombreux domaines et donc d’intriguer à une époque où l’originalité n’était guère de mise en nos campagnes. Sa maison annonçait le personnage. Ce n’était pas la maison de Monsieur tout le monde, mais Henri Chevron n’était justement pas Monsieur tout le monde.
Ses œuvres sculpturales, en béton [veillaient sur le pas de sa porte. Elles dénotent, outre une bonne maîtrise des techniques, une réelle connaissance de la symbolique et des grandes époques de la statuaire.
Henri Chevron est Ici photographié, devant sa maison, entouré de deux messieurs, habillés comme à la ville et portant chapeau. Mme Thonon me dit ne pas les connaître. Il est vraisemblable que ces deux messieurs soient des visiteurs occasionnels; peut-être même des personnalités… ce qui justifierait cette prise de vue au caractère solennel!
La semaine prochaine, je vous promets encore des informations étonnantes sur ce personnage.
Si vous avez conservé, dans la tradition orale de votre famille, des souvenirs de Henri Chevron; ce serait merveilleux de les partager avec nous afin de sauver ce pittoresque personnage de l’oubli. Les informations glanées par «Les Hèyeûs d’Sov’nls de l’Athénée Royal d’Aywallle et celles que vous ne manquerez pas d’encore m’envoyer nous permettront de mener ce projet a bonne fin. D’avance merci pour votre précieuse collaboration.

La Petite Gazette du 19 mai 1999

Lors de notre précédente édition, j’ai pu vous présenter une partie dès documents que Madame Thonon, de Hotchamps, m’a transmis afin de vous les soumettre. J’espère que ses photographies et souvenirs en réveilleront d’autres parmi les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette et, qu’à leur tour, ils auront à coeur de me les communiquer.
Déjà durant la première semaine du mois d’avril, nous avions, grâce à M. Norbert Lagasse de Liège, évoqué les échanges de lettres entre Henri Chevron et le Ministère de la Guerre Britannique. Souvenez-vous, il était alors question d’un mystérieux «rayon de la mort» !
Madame Thonon m’a également remis la copie de l’étonnante lettre que vous lirez ci-après:
Le Lieutenant-Colonel Robert L. Schulz, aide de camp du Général Eisenhower, répond à Henri Chevron au nom du Commandant en Chef des Forces Alliées en Europe. Le Général Eisennower fait savoir à notre inventeur de Playe qu’il ne dispose pas du pouvoir administratif de juger de I intérêt des inventions proposées, mais qu’il lui suggère de s’adresser au Ministère Belge de la Défense Nationale qui devrait pouvoir lui fournir toutes les informations qu’il sollicite.
Ce qui m’étonne le plus dans ce courrier, c’est la date à laquelle il aurait été rédigé : le 14 mars 1952. A cette date Henri Chevron avait70 ans ; qu’en pensez-vous ? N’y a-t-il pas une faute de frappe sur cette lettre ? Peut-être que Monsieur Lagasse ou quelqu’un d’autre pourra nous renseigner à ce sujet. Pour ceci aussi, je compte énormément sur vous.

La Petite Gazette 26 mai 1999

Comme je l’espérais dans La Petite Gazette du 11 mai dernier, les documents transmis par madame Thonon, de Hotchamps, m’ont déjà valu de nouveaux témoignages, de nouvelles révélations.
C’est avec énormément de plaisir que j’ai découvert le courrier de Monsieur Norbert Fanali, de Sedoz (Sougné-Remouchamps) qui évoque d’étonnants souvenirs:
«Je me souviens qu’étant enfant mon père. Jules Fanali, qui serait âgé actuellement de 107 ans, m’a raconté l’anecdote suivante qui se passe avant la guerre de 1914, cela correspond donc, a judicieusement remarqué M. Fanali, aux dates des brevets qui vous ont été fournis par Mme Thonon.
A cette époque, mon père et sa famille habitaient au hameau de Presseuru à Remouchamps. Il pouvait être âgé de 16 à 18 ans, quand lui comme d’autres personnes des environs furent Invités par Henri Chevron à se rendre au lieu dit « Pierset». Un appareil conçu bar Chevron fut amené par chariot et placé sur le terrain en pente, l’appareil était monté par Chevron…. Celui-ci espérait atteindre Playe par les airs ! ‘
Les jeunes gens, à l’aide d’une corde et en courant, tirèrent l’appareil en descendant la pente du pré. L’appareil quitta le sol, mais après quelques mètres, s’écrasa.
Je ne puis vous dire si cet appareil était équipé d’une hélice ou si c’était un planeur, mais je crois que l’essai ne fut pas renouvelé».
Un tout grand merci pour cette extraordinaire anecdote. Ainsi donc, et monsieur Fanali en perpétue le souvenir, le Val de t’Amblève a connu un pionnier de l’air! C’est fantastique, qui a entendu parler de cette étonnante aventure? Qui, parmi les descendants de ces privilégiés qui ont assisté à cet envol, pourra témoigner et compléter encore le récit de monsieur Norbert Fanait? Je suis intimement persuadé que nous avons encore, beaucoup à apprendre sur cet homme hors du commun qu’était Henri Chevron.
Souvenez-vous, dans la même Petite Gazette du 11 mai, grâce à Mme Thonon, je vous présentais une photographie sur laquelle Henri Chevron apparaissait entouré de deux messieurs endimanchés et coiffés d’un chapeau. Je vous disais alors que je ne pouvais les identifier.
Monsieur Etienne Libert, domicilié à Etterbeek mais né d’une famille originaire de Sougné-Remouchamps, a reconnu formellement l’un des deux messieurs posant avec Henri Chevron; il s’agit d’un autre personnage dont le nom évoque immédiatement la vallée de l’Amblève : Paul Lepage. Ce peintre, né à Anvers en 1869, fréquente Sougné-Remouchamps depuis la fin du siècle et s’y Installe en 1923. C’est à lui que le Docteur Louis Thiry confie les illustrations de ses ouvrages.
M. Libert connaît bien la vie et l’oeuvre de cet artiste qui, aux côtés des Terwagne, Rahir, Thiry et Gavage, lutta pour la sauvegarde des sites du val de l’Amblève. En effet, depuis de très longues années, il prépare un ouvrage sur le peintre Paul Lepage. Il me dit que sa parution est proche I Quoi qu’il en soit et ceci étant dit, monsieur Libert connaît suffisamment le personnage que pour pouvoir se montrer formel. La photographie en question présente donc, de gauche à droite, M. Paul Lepage, M. Henri Chevron et ? Tout étant possible grâce a vous, peut-être pourrons-nous bientôt effacer ce point d’interrogation et identifier les trois personnages immortalisés par ce cliché, des années trente vraisemblablement.

La Petite Gazette du 7 juillet 1999

Quand Les Hèyeûs d’Sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille me proposèrent de lancer un appel pour en savoir davantage sur cet étonnant personnage, dont ils avaient entendu parler durant leurs enquêtes de folklore, j’étais assez sceptique, mais je ne connaissais pas bien encore les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette. Les courriers relatifs à Henri Chevron continuent à me parvenir et de nouvelles anecdotes nous sont révélées.
Mme Julie Carpentier, de Playe, m’écrit à son tour: «J’ai très bien connu Henri Chevron, car je suis née à Playe, j’y habite toujours. Enfant, j’allais souvent chez lui, voir ses inventions entre autres une boîte aux lettres verticale. Quand on l’ouvrait, un œil apparaissait et une sonnerie de réveil retentissait! Il avait également construit un observatoire sur son toit Maman, quelques voisins et moi avions été invités à l’inauguration, vers les années 1950».
Mme Julie Carpentier a joint deux photographies à sa lettre. La première nous montre «Henri et mon papa, Emile Carpentier. Il allait remplir son tonneau d’eau à la pompe qui se trouvait en face. Que la vie était belle, on ne connaissait pas de pollution!»
Et Mme Carpentier de conclure son gentil courrier par «Je pourrais encore vous en raconter, c’était un homme très gentil, inventeur et très original. Je vous remercie pour votre rubrique qui nous fait revivre pleins de bons moments». Mais, Madame, c’est moi, qui au nom des lecteurs de Là Petite Gazette, vous remercie pour votre collaboration et vous engage, si vous te désirez, à encore nous en raconter bien d’autres!

La Petite gazette du 20 juillet 1999

Tout le monde en est convaincu Henri Chevron était bien un personnage hors du commun. Il a laissé d’excellents et de plaisants souvenirs dans la mémoire de ceux qui l’ont côtoyé. Ainsi, Mme Léa Carpentier-Flohimont, de Remouchamps, se souvient à son tour:
«Henri Chevron était un type vraiment très sociable avec ses voisins et ses amis, mais quand il voulait détourner un sujet de conversation, il savait se montrer parfois blagueur, souvent pince-sans-rire, Il était doté d’un extraordinaire esprit inventif et faisait la preuve d’une rare intelligence quand il s’agissait d’élaborer des plans qu’il transmettait à je ne sais plus quel ministère. Ses brevets étaient toujours acceptés, mais je crois qu’il a dû souvent regretter de constater que ses idées, ses projets et son travail étaient surtout mis à profit par d’autres chercheurs, plus instruits que lui.
Il nous annonçait toujours : «J’ai le cinéma parfois chez moi, vous verrez, vous l’aurez chez vous!» Ce fut donc le cinéma pour lui, mais pour nous, les premières télévisions.
Il avait installé de très longues lunettes d’approche sur un de ses bâtiments. Il observait et étudiait les astres et la lune. Sur le toit de sa ferme, il avait construit une tour d’observation. Au travers de ses grandes jumelles, il passait de longues heures, seul, à observer le ciel la nuit et, la journée, tout ce qui se passait dans les environs et aussi dans le vaste horizon.
Parfois, Henri Chevron apportait ses lunettes d’approche et, le soir, les montait sur leur pied, soit au milieu de notre cour, soit même à l’intérieur de la maison. Nous prenions beaucoup de plaisir à nous en servir et plus encore à écouter la «leçon» qu’Henri nous donnait alors».  » Dans les semaines à venir, nous suivrons notre petit bonhomme de chemin parmi les souvenirs et les anecdotes de Mme Carpentier.
A suivre donc

La Petite Gazette du 1er septembre 1999

Toujours du nouveau à propos de cet étonnant personnage de Playe, sur les hauteurs de Sougné-Remouchamps.
Mme Léa Carpentler-Flohimont, de Remouchamps, partage avec nous ses souvenirs.
« La guerre 14-18 n’était pas effacée de ses souvenirs. Henri Chevron décida de construire un bâtiment antigaz et anti-atomique (?) sur son terrain de Playe-Hodister. Il réalisa une très grande place souterraine (actuellement remblayée) pour tous les habitants, tout contre le bâtiment externe pour sauver les animaux de la ferme.
Il construisit ce bâtiment avec l’aide d’un de nos ouvriers, M. Joseph Berleur, de Kin. Il est important de préciser que les blocs dé béton utilisés par Henri Chevron avaient été fabriqués par M. Oscar Hausman, pas comme les blocs « ordinaires » qu’il fabriquait habituellement, mais bien selon les indications de produits et de quantités que réclamait l’inventeur pour cette production spéciale.
Pendant la guerre, affirme Mme Carpentier, le sieur Chevron aida aussi certains groupes de la résistance et cachait parfois des réfractaires ou partisans de l’armée blanche. Une cachette était aménagée dans sa maison, dans la première ou la deuxième place à gauche, dans une armoire encastrée. Derrière celle-ci, un semblant de mur faisant office d’entrée dans une cache assez grande et aménagée. Une petite échelle permettait d’y avoir accès. Pour M. Chevron, ce faux mur, invisible, était encore un petit « truc ». Par un mécanisme de son invention, il retirait l’armoire avec confitures et victuailles, la fausse porte s’ouvrant derrière. Cette petite cachette était particulièrement bien camouflée. »
Petit à petit le portrait de cet étonnant personnage se précise, cependant si des anecdotes vous reviennent en mémoire, n’hésitez pas à nous les confier.
La Petite Gazette du 8 septembre 1999
Artiste, inventeur excentrique… qui était vraiment Henri Chevron?
Mme Léa Carpentier-Flohimont, de Remouchamps, a rassemblé, pour les lecteurs de La Petite Gazette, ses souvenirs à propos de cet étonnant personnage qu’était Henri Chevron.
«Lorsqu’il fut question d’ériger le «Monument des Autrichiens», à Playe, M- le Bourgmestre, M. le Secrétaire communal, M. le Président de la CAP et le garde champêtre étaient réunis au bureau quand arriva Henri Chevron. Ils se consultèrent, mais Henri Chevron eut très vite tranché la question: «Qu’on mètt’ li coq wallon so ine grosse pîre! Comme il est todi à pisze qui vasse al copète des Edzâhes»! (point culminant de la Redoute où eut lieu la célèbre bataille).
La cérémonie de l’inauguration officielle du monument fut filmée par M. Marcel Thonon, jeune cinéaste. Souvent, ce dernier venait chez nous à l’auberge. Presque chaque week-end, il passait les soirées auprès de son ami Henri Chevron. Il aimait converser avec lui, intéressé qu’il était par les incessants projets de l’inventeur et surpris par l’étendue de ses connaissances techniques».

La Petite Gazette du 15 septembre 1999

Mme Annie Thonon, de Hotchamps, grâce à sa maman, nous permet aujourd’hui de lever un nouveau pan du voile masquant encore la personnalité de Henri Chevron, de Playe (Remouchamps).
Figurez-vous, qu’Henri ne se contentait pas d’être un ardent défenseur du coq wallon, il l’écrivait. Sur l’air du Chant des Wallons, il composa «Li chant dès coqs Wallons di 1930» (dont je vous propose, ce jour, les deux premières strophes).
«Nos estans firs di noss pitite Patreie,
Et tos costés on fiesteie les cint ans,
Principâlemint vochal el walloneie
Nos estans firs comrme des p’tits coqs tchantans,
C’ést dl bon cour qu’on a s’tu el trancheie
Paski c’esteut po l’disfince di nos dreuts
Et si faléf, les d’jônes d’ouïe f’ri pareie
Cet bin pokwè qu’on fiesteie lès cint ans
Comm’ nos vix pères,-nos inmans todis l’jôe,
El l’jôe n’ècziste jamôe sin l’liberté.
Si on d’jou v’néve qui noss pâe fousse t’èvôe
Po l’ritrové, on n’si freut nin holé,
Comm’lès vis coqs qu’on potchi fou d’el treie
Et qu’elz’y ont fé sinti leus spororis
Tôt comme’leus pères, les d’jônes d’ouïe f’ri pareie,
Cet bin pokwè qu’on fiesteie les cint ans,
Tôt comm’ ieus pères, les d’jônes d’ouïe f’ri pareie,
Vola pokwè, vola pokwè, qu’on fiesteie les cint ans.»
Mme Thonon m’écrit en outre que «suite aux articles publiés, j’ai eu le plaisir d’avoir des contacts avec plusieurs personnes ayant connu mon grand-oncle (Henri Chevron) à qui j’ai conseillé de vous adresser les renseignements en leur possession. J’ai pu constater qu’elles l’avaient fait». Effectivement Mme Thonon et je vous remercie, au nom de toutes les lectrices et de tous les lecteurs de La Petite Gazette, d’avoir agi de la sorte car, ainsi, tout le monde a pu profiter de ces témoignages. La Petite Gazette se veut bien sûr au service de tous, mais il est impérieux que le résultat des recherches menées dans ses colonnes soit partagé entre tous.

La Petite gazette du 22 septembre 1999

Comme promis, voici la suite de «Li chant dès coqs Wallons di 1930», paroles de Henri Chevron sur l’air du chant des Wallons.
On d’jaze qui l’gaz ravirèt noss’ bonheur,
Min c’èst paski nos s’porons sont r’crindou
Po ci d’jou là nos masques et nôs planeurs
Comme dés ouhais n’montrant d’zeu les zoulous,
Tôt’ al kopète tràkant les d’jèteus d’gâz
A kôs d’mitaille riskant d’Iès tos s’prâchi
Fis d’leus vis pères, les d’jônes dinront leus veie
Cet bin pokwè qu’on fiesteie les cint ans,
Fis dleus vis pères, les d’jônes dinront leus veie
Vola pokwë, qu’on fiesteie les cint ans.

Pitite Patreie, si bin garneie di fleurs,
Maïe nous pays mi k’vo n’el za gâgni
Ouïe vos èfans sont firs di voss honneur
Vola pokwè qu’if z’on si bin flori,
Vos lès wâdrez po les moères d’elle’patreie
Lès brav’ s’èfans, on n’Ies deut nin rouvi,
Comme leus braves pères les d’jônes d’ouïe fri pareie,
Cet, bin pokwè qu’on fiesteie les cint ans,
Comme leus braves pères les d’jônes d’ouïe fri pareie,
Cet bin pokwè, c’ét bin pokwè qu if vierez co cint ans».

Grâce à Mme Annie Thonon, de Hotchamps, et grâce à sa maman, nous avons pu dévoiler un nouvel aspect de cette personnalité très attachante qu’était Henri Chevron, sculpteur, inventeur et poète.