ET SI ON JOUAIT AUX BILLES ?

 

La Petite Gazette du 22 août 2012

Madame Andrée Bernaerts, d’Embourg, m’explique qu’elle a conservé beaucoup de billes en verre avec lesquelles ses garçons, nés dans les années 1960, ont joué. Elle se souvient également que, dans sa propre jeunesse cette fois, elle voyait des garçons passionnés qui jouaient de longues heures, accroupis derrière des billes pareilles.

« N’ayant pas eu de frère, je n’ai jamais connu les règles de ces jeux qui, en plus, étaient réservés aux garçons ! J’ai maintenant des petits enfants qui jouent n’importe comment avec ces billes, cela ne dure donc pas longtemps ! Or je voudrais les intéresser davantage aussi, à mon tour, fais-je appel aux lecteurs de la Petite Gazette pour qu’ils m’expliquent, et que je puisse transmettre à mes petits enfants, les règles des jeux de billes comme on y jouait autrefois. »

J’ai aussi beaucoup joué aux billes durant mon enfance, lors des récréations à l’école communale par exemple. Je me souviens par exemple que nous jouions « al pote ». On traçait, sur une zone plane en terre battue, une large circonférence, entre 4 et 5 mètres de diamètre. Au centre, on creusait la « pote », une petite fosse d’une dizaine de centimètres de diamètre et de quelques centimètres de profondeur. Chaque joueur, à son tour, lance une bille vers la fosse au départ de la limite du cercle tracé. Quand tous ont joué, celui qui a réussi à lancer sa bille dans la « pote » (ou celui qui s’en est le plus rapproché) rejoue. Il est obligé de viser la bille la plus proche de la sienne et s’il la touche, il la gagne et peut rejouer en visant de nouveau la bille la plus proche. Quand il rate, c’est au suivant de procéder de même.

Il y avait bien d’autres façons de jouer et j’espère que vous aiderez cette lectrice à donner la passion des billes à ses petits enfants. J’attends vos courriers nombreux sur le sujet et vous en remercie d’ores et déjà.

 

La Petite Gazette du 12 septembre 2012

Monsieur André Janssens, de Heyd, se souvient des « jeux de billes qui nous ont fait passer de si agréables moments à l’école primaire entre 1939 et 1945, malgré les événements de l’époque et, quelquefois, entre deux alertes aériennes. »

Monsieur F. Edeline, de Tilff, répond lui aussi avec beaucoup d’enthousiasme : « Quelle bonne idée de faire une enquête sur les jeux de billes ! Comme Mme Bernaerts a raison de souligner la disparition de ces beaux jeux au grand air et avec des compagnons réels et non virtuels ! »

Un des jeux que mes correspondants évoquent est celui dit « au carré ». En voici les règles :

Pour 2 à 4 participants. On traçait un carré de 30 à 40 cm de côté. Chaque joueur y disposait 2 ou 3 de ses billes, à des distances égales les unes des autres. Depuis une ligne tracée à 3 ou 4 mètres de distance, chaque joueur envoyait sa bille-tireuse en essayant d’expulser une ou plusieurs billes-cibles du carré, lesquelles formaient alors sa prise. Si après les premiers tirs, personne n’avait touché une bille-cible, c’était à celui dont la bille-tireuse était la plus proche du carré à recommencer. Il était permis, en tirant, d’écarter  les billes-tireuses d’un ou de plusieurs concurrents. Si une bille-tireuse, même après avoir expulsé une bille-cible du carré, restait elle-même dans le carré ; le joueur était éliminé et sa bille-tireuse devenait une bille-cible supplémentaire.

Il y avait deux manières de jouer, en « amical », quel que soit le résultat, la partie terminée (quand toutes les billes étaient sorties du carré) chacun reprenait ses billes et on notait simplement le résultat, ou « pour de vrai » et, dans ce cas, chaque bille-cible sortie du carré devenait le butin de l’heureux tireur. Cette formule était interdite à l’école mais se pratiquait extra-muros.

Mes correspondants qui, signalons-le car c’est important, ont tous les deux pratiqué ce jeu durant leur enfance à Bruxelles précisent que la bille devait être expédiée d’une façon précise, la seule autorisée, c’est-à-dire qu’elle ne pouvait être propulsée que par une brusque détente du pouce. M. Edeline précise que « seules les filles jouent en pinçant leur bille entre le pouce et l’index ! Chaque coup était très surveillé par les adversaires car il était interdit de « youper », c’est-à-dire d’accompagner le tir par un mouvement du poignet dans la bonne direction ! »

 

La Petite Gazette du 26 septembre 2012

Retrouvons quelques souvenirs de jeux, de règles et de « matériel » tels qu’ils m’ont été confiés par les lecteurs.

Monsieur F. Edeline, de Tilff, nous apporte des précisions importantes sur la façon de jouer aux billes selon les lieux où il a habité. Originaire de Bruxelles, avec sa famille, il a émigré vers Bouillon au début de la guerre et il se souvient :

« Les jeux y étaient très différents, le « carré » y était inconnu. La population était plus pauvre et les billes de verre plus rares. Celles, transparentes avec une sorte de petite hélice de couleur vive, étaient très prisées, on les appelait « œil de chat ». Mais la bille courante, monnaie d’échange, était en terre cuite. Souvent nous les faisions nous-mêmes : petites boulettes d’argile qu’on mettait dans le pot de la cuisinière pendant 24 heures. On ne les retrouvait pas toujours !

Le vocabulaire était très différent car le patois de Bouillon n’a rien à voir avec le dialecte liégeois. Si on touchait une bille, avec sa bille personnelle, toujours en verre celle-là, on criait « pèté ». Si on faisait une manœuvre passible du « paiement » d’une bille, on criait « Tchê ! ».

Un des jeux en vogue alors était la poursuite. Il pouvait se jouer à deux et le jeu consistait à essayer de toucher la bille de l’adversaire. On comptait alors un point et on avait le droit de rejouer. Rejouer consistait à se placer près de la bille de l’adversaire et, par un coup puissant et un peu plongeant, à l’envoyer dinguer à deux mètres alors que sa propre bille restait sur place. Ce n’était pas facile à réussir et cela ressemble au « bouler » du jeu de croquet. ».

Monsieur André Hanssens, de Heyd, se remémore un jeu de billes très original : le « football aux billes ». Il vous l’explique :

« On formait deux équipes de 7 ou bien de 11 billes de même couleur pour chaque équipe et disposées, au départ, comme les joueurs de football, sur un terrain tracé sur le sol, de 2,5 à 4 mètres de long selon le nombre de billes joueuses dans chaque équipe.

Il fallait aussi un « ballon », une bille de couleur différente de celles utilisées par les deux équipes. Le jeu consiste à faire des « passes » entre les billes d’une même équipe et à envoyer le « ballon » dans les buts adverses, sans toucher la  bille « gardien de but » car, dans ce cas, le but est annulé et la bille-gardien remise à sa place.

Aussi longtemps que les billes-joueuses d’une même équipe touchent le « ballon », elles continuent à tirer, le joueur choisissant chaque fois sa bille joueuse la plus proche du « ballon ». Dès qu’elles le manquent, c’est à l’adversaire de prendre l’initiative.

Il est interdit de tirer sur les billes joueuses adverses ; le cas échéant, il y a « faute » et le « ballon » revient à l’adversaire.

Si une bille joueuse emportée par son élan déborde du terrain, elle reprend sa place à l’endroit où elle a franchi la limite, comme pour les remises en jeu du vrai football. Deux, voire trois partenaires peuvent s’associer pour manier les billes joueuses d’un même camp. »

Et bien, grâce à ces deux lecteurs, voilà encore de quoi passer de bons moments…

 

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

C’est aujourd’hui Monsieur Raymond Hébrant, de Comblain-au-Pont, qui se souvient des jeux de billes qu’il pratiquait durant sa jeunesse.

« Dans mon école, en récréation, nous jouions aux billes, « al pote » par exemple. Le jeu consistait à placer sa bille dans le trou en partant du pourtour. Le jeu se jouait en équipe. On pouvait éjecter un adversaire qui se trouvait bien placé dans le chemin, afin de permettre à son équipe de se placer convenablement. On jouait parfois avec de grosses billes appelées « maillets ».

A Marche-en-Famenne, nous étions à l’école primaire dans les années 1948 – 1949 et nous jouions là à un autre jeu que nous appelions le « triangle ». Chaque joueur mettait une bille dans le triangle, parfois on pouvait y mettre deux ou trois billes et alors on pouvait jouer deux ou trois fois. Pour savoir qui commençait le jeu, il y avait une ligne située à plus ou moins trois mètres du triangle et le joueur qui avait lancé sa bille le plus près de la ligne commençait. Le jeu consistait à faire sortir le plus possible de billes du triangle, ces billes devenaient alors la propriété du gagnant. Afin de retarder certains joueurs, on pouvait lancer notre bille sur celle de l’adversaire afin de l’éloigner du triangle.

billes

Je me souviens que dans notre groupe, il y avait un joueur très habile, il pointait si bien qu’il faisait mouche plusieurs fois de suite. Certains joueurs n’avaient plus de billes, un commerce illicite s’installait alors et le gagnant revendait ses billes à un prix moindre que celui pratiqué au magasin… Sur une semaine, il récoltait ainsi quelques francs. »

 

La Petite Gazette du 12 décembre 2012

Monsieur F. Edeline, de Tilff, se souvient que les enfants jouant aux billes à Bouillon, où il vécut une partie de son enfance, jetaient parfois un sort à leur adversaire…

« Lorsqu’on voulait jeter un sort à l’adversaire, afin de l’empêcher de viser juste et donc de toucher notre bille, on se dépêchait de tracer une croix sur la trajectoire probable de la bille menaçante, en criant « Croix de bouc ! ».

Bouillon est à 25 Km. de Florenville, et ma grand-mère avait vécu à Martué, où son mari était garde-barrière. Elle m’a appris une petite formule de malédiction que je transcris comme je m’en souviens :

Poiche au pot          (= petit pois)

Crapaud crevé

Raine des patées     (= grenouille des prés et des pâtures)

Pour faire la dikausse (= la ducasse)

A Martué

Je sais qu’il fallait, en même temps, faire des gestes de la main, du genre tracer une figure sur le sol avec un doigt, mais j’ai oublié précisément quoi. »

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