Le jeu de quilles ou Li djeû d’bèyes

La Petite Gazette du 14 juillet 1999

Les jeux d’antan… Le jeu de quilles

C’est Monsieur Emile Van Craywinkel, d’Evelette, qui évoque ses souvenirs pour vous :

« De 1934 au début de 1940, on a pratiqué le jeu de quilles, chez nous, à Libois, où c’était un café. Tous les dimanches après-midi, une vingtaine d’amateurs se réunissaient pour, pendant quelques heures, jouer aux quilles.

Mon père, très attentif à ce jeu, organisait deux concours par année ; il y avait de nombreux lots : vélos, radios, boîtes de cigares, chocolat et divers. Beaucoup de professionnels y assistaient, les mises étaient de 20 francs pour participer à ce jeu.

C’est le plus grand nombre de quilles renversées qui désignait le gagnant, à moins d’un ex aequo, car alors ils devaient à nouveau s’affronter pour la première place et, peut-être, remporter le beau vélo.

Les autres dimanches, c’étaient surtout les habitués de la commune qui venaient. Ces jours-là, les mises variaient de 1 à 5 francs. Quand il y avait un ex aequo,  les joueurs perdants devaient mettre un supplément pour continuer la partie. Il arrivait parfois que la somme en jeu soit importante.

C’était moi, se souvient M. Emile Van Craywinkel, qui faisait la relève des quilles. Chaque joueur gagnant me donnant 10% de la somme gagnée ; cela me rapportait assez bien d’argent… quilles 1

Le joueur peut faire déplacer trois quilles d’un demi-centimètres ; soit écarter un peu la première, ouvrir légèrement la deuxième, la « fourche », ou la troisième, la « dame ». Cela donne un bon résultat mais cela demande quand même une bonne technique de la part du joueur qui doit encastrer le boulet entre ces trois quilles.»

 

La Petite Gazette du 8 septembre 1999

Le jeu de quilles

Monsieur Simon André, de neufchâteau, se souvient également :

« La relation de M. Van Craywinkel sur le jeu de quilles m’a aussi rappelé des souvenirs. C’est que, comme lui, j’ai souvent été appelé à relever les quilles après la messe et entre les vêpres et le salut du dimanche. Il est vrai que le jeu était tenu par les habitants de la maison jouxtant la nôtre.

A la lecture, j’ai remarqué que le règlement différait quelque peu, malgré la distance assez courte qui sépare les deux localités, comte tenu des moyens de transport actuels bien entendu.

Chez nous :

– les fourches étaient déplacées au gré du joueur (il n’était pas question de millimètres !) ;

– la dame restait en place ;

– le boulet était seulement percé de trois trous et n’était pas recouvert de tôle métallique percé.

Personnellement, j’ai connu trois jeux de quilles différents :

  1. En cendrée : la poutrelle était remplacée par des cendres de charbon. Un bout de poutrelle existait au début du jeu et devait être touchée par le boulet lors du lancement.
  2. Le même que celui représenté par le croquis de Monsieur Van Craywinkel.
  3. En béton : sur celui-ci il était préférable –et toujours bénéfique- de donner un mouvement de rotation au boulet, de façon à ce qu’il arrive dans les quilles en tournant.

Que de fois ai-je entendu : « Hé, m’fi toûne on pô l’prumîre. Droûve li fotche va, nin ciçale, lôte. Li èrin-ne n’èst nin ès-s’plèce ! » avec, en plus, les quolibets lancés à l’adresse du joueur qui manquait de réussite.

Le jeu de quilles était, en somme, le grand amusement hebdomadaire des hommes et des jeunes gens d’alors, toujours, le pèkèt aidant parfois, empreint de bonne humeur.

Avant la dernière guerre, conclut Monsieur André, un jeu en béton existait à Bonsin, chez Georges Dujardin, et un autre à Chardeneux, chez Louis Wathelet.

Madame Bury-Lecron, de Hamoir, m’écrit :

« Il y a chez nous une ancienne piste de jeu de quilles terminées par une pierre de taille bleue, marquée des neuf emplacements de quilles. Bien que la piste ait été refaite en ciment, il reste un vestige, très usé, de la piste en bois.

La maison est très ancienne et, dans le temps, c’était une auberge-café et marchand de charbon, l’écurie qui abritait le cheval existe encore. C’était la maison Grailet-Godfroid. Les personnes vivant à Hamoir depuis longtemps s’en souviennent certainement. »

 

La Petite Gazette du 15 septembre 1999

Encore le jeu de quilles

Monsieur G. Carlier, d’Andoumont, apporte également une petite précision sur le sujet :

« A Jupille, où j’ai habité trente ans, il y avait, près de la place de Meuse, un café qui possédait une piste de quilles. Le vieil homme qui m’en a parlé me disait que l’on jouait gros jeu et que les joueurs de quilles se reconnaissaient au fait qu’ils entassaient les billets, en vue, dans leur poche. »

 La Petite Gazette du 16 juin 2010

LES JEUX DE QUILLES DE NOS VILLAGES

S’il est bien un jeu populaire qui connut un succès et un engouement extraordinaires en nos régions, c’est bien le jeu de quilles. Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, mène actuellement une recherche sur ce sujet passionnant et, bien sûr, il a besoin de vos souvenirs et de vos connaissances en la matière.

« Je recherche les anciens jeux de quilles présents dans nos villages au siècle passé. J’ai déjà contacté plusieurs de nos aînés et ai recueilli, grâce à eux, des précisions très intéressantes. Des jeux existaient pratiquement dans tous nos villages,  ainsi on en a retrouvé quatre à Rahier, à des époques différentes. Mon inventaire s’étoffe mais ne demande qu’à se compléter encore.

Je me suis rendu au Musée de la Vie Wallonne, où j’ai été très bien reçu et où j’ai pu découvrir des photographies généralement prises entre 1890 et 1930. Je possède maintenant une vingtaine de reproductions localisées. Parmi celles-ci, une photographie me pose un problème de localisation et j’espère que les lecteurs de La Petite Gazette pourront m’aider. Le document ci-dessous porte simplement comme indication « 1910. Rahier ? La Gleize ? » et je ne suis pas parvenu à situer l’endroit dans une de ces deux localités… Le pourrez-vous ?

quilles 2

Parmi les personnes que j’ai interrogées, plusieurs ont « bill’té » (N.D.L.R. Ailleurs, on aurait dit « bèyeter ou biyeter ») lorsqu’ils étaient jeunes. « Bill’ter » ou « repiquer » signifiait remettre ou redresser les quilles (les bèyes). Le « bill’teur » recevait une petite rémunération de la part des gagnants, plus ou moins 5% des gains.

Certains de mes contacts m’ont signalé des mises exorbitantes, en période de guerre notamment, se soldant parfois par la perte de bétail… Plus généralement, on jouait pour une tournée, un jambon…

Il est probable que de nombreux lecteurs pourraient nous donner des informations sur ce délassement pratiqué le dimanche, souvent après la messe, et lors des fêtes locales. Pourvu que ces personnes communiquent leurs souvenirs, leurs photos à La Petite Gazette. D’avance, je les en remercie chaleureusement.

J’espère sincèrement que vous répondrez à cet appel en nous communiquant vos souvenirs, vos anecdotes liées à la pratique de ce jeu si populaire jadis en nos contrées. Puissiez-vous nous en décrire le déroulement précis, combien de joueurs ? Durée d’une partie ? Règles et usages à respecter ? Noms des différents gestes spécifiques ? Rôles de chacun ? Qui prenait et conservait les mises ?… Bref tout ce qui touche à l’organisation même d’une partie, mais aussi les lieux où étaient installés ces jeux (à l’extérieur, à l’intérieur), les moments auxquels on y jouait… Les anecdotes liées aux mises et aux prix et le pourquoi de la disparition de ce jeu nous intéressent tout autant. Merci de nous communiquer tout ce que vous savez sur le sujet, cela devrait nous valoir des récits savoureux à présenter prochainement dans cette page…

 

La Petite Gazette du 23 juin 2010

 LES JEUX DE QUILLES DE NOS REGIONS

Madame Marie Deselliers, de Qualité-Village-Wallonie, n’est certes pas une inconnue pour les lecteurs attentifs que vous êtes. Avec son intervention de ce jour, elle nous montre qu’elle peut tout aussi bien répondre aux appels lancés qu’en susciter d’autres…

« Concernant les jeux de quilles, m’écrit-elle, il y en a encore un dans le village de Géromont (Comblain-au-Pont) avec sa rampe en bois et ses quilles en bois. Ils le sortent encore lors de certaines fêtes de village.
Il y en avait également un à la salle d’Awan (Aywaille), on le voit sur de vieilles photos. (N.D.L.R. Quelqu’un nous permettra-t-il de les présenter aux lecteurs de la Petite Gazette ? D’avance, je remercie cette personne) »

Monsieur D. Montanus a lui aussi réagi rapidement à l’appel lancé par M. Gabriel.

« J’espère, m’écrit-il,  que M. GABRIEL appréciera la photo en annexe. Ce jeu se situait à l’entrée du village de Humain, devant un établissement  faisant tout et ce en 1912. L’établissement est devenu un immeuble de logements et des transformations de voirie ont changé les lieux.quilles3

Fortement envahi par la végétation  actuellement, à côté de la salle du village  dans les années 50 un « boulodrome » avait été installé et a fonctionné jusque les années 90, j’ai vu il n’y a pas si longtemps une boule et des quilles dans la cave de cette salle qui doit incessamment être rasée pour faire place à une nouvelle. »

Un très grand merci à mes correspondants. Vous aussi, vous avez certainement des souvenirs liés à ce jeu si populaire jadis en nos villages, j’espère de tout cœur que vous les partagerez avec nous… Puissiez-vous nous en décrire le déroulement précis, combien de joueurs ? Durée d’une partie ? Règles et usages à respecter ? Noms des différents gestes spécifiques ? Rôles de chacun ? Qui prenait et conservait les mises ?… Bref tout ce qui touche à l’organisation même d’une partie, mais aussi les lieux où étaient installés ces jeux (à l’extérieur, à l’intérieur), les moments auxquels on y jouait… Les anecdotes liées aux mises et aux prix et le pourquoi de la disparition de ce jeu nous intéressent tout autant. Merci de nous communiquer tout ce que vous savez sur le sujet, cela devrait nous valoir des récits savoureux à présenter prochainement dans cette page…

La Petite Gazette du 14 juillet 2010

LES QUILLES DE MON ENFANCE…

Madame Maria Lambotte, de Werbomont, est une correspondante fidèle et prolixe, personne ne s’en plaindra, elle ne rate jamais une occasion de partager ses souvenirs avec La Petite Gazette.

« Qui n’a pas reçu, à l’époque, un jeu de quilles pour la Saint-Nicolas ?

Je me souviens avoir accompagné papa après la grand-messe de 10h30, à Ernonheid, au café tenu par Adolphe Bodson (maison qu’habitent aujourd’hui Maurice et Liliane Lahaye). Maman, quant à elle, allait à la messe basse de 8h. à Bosson.

J’étais prise par le sérieux qui entourait les joueurs.

On relevait li dame, li fotche…

Il est vrai que les mises devaient être bien contrôlées pour que tout se passe de façon équitable. Une fois grandis, nous rentrions de la messe, tous à vélo. Papa rentrait bon dernier, maman n’était pas ravie, le dîner traînait. Un dimanche, il est rentré un peu plus tard, un peu trop tard…

Puis, en février 1953, papa offrit à maman, pour ses 40 ans, un gaufrier électrique. Peu après, maman me dit, toute confuse : « Tu sais, le dimanche où j’ai grondé papa, il avait fait une grosse part aux quilles et il avait gardé les sous pour mon anniversaire ! » Ce n’est pas beau cela ? »

 La Petite Gazette du 25 août 2010

LE JEU DE QUILLES DE VILLERS-LE-TEMPLE, « E MON DAVIN »

Monsieur A. Mathelot, de Poulseur, a gardé en mémoire quelques souvenirs liés au jeu de quilles installé à Villers-le-Temple è mon Davin. Il a eu l’excellente idée de les partager avec nous tous et, pour la clarté de ses explications, a joint les illustrations suivantes. A ses explications s’ajoutent celles transmises par Monsieur Marcel Grégoire, de Gouvy

quilles 4Monsieur Grégoire précise d’emblée que, à sa connaissance, « il existait trois jeux de quilles différents : à 9, à 7 et à 5 quilles. »

« Nous étions à la fin de la guerre et j’avais 10 ans, se souvient M. Mathelot. Le jeu était installé derrière la porte cochère visible sur le dessin.

 

Explication des légendes de ce plan.quilles 5

  1. Mur extérieur de la maison.
  2. Banc réservé aux joueurs (à la hauteur d’un tabouret de bar)
  3. Deux planches en « V » disposées sur un plan incliné passant sous le banc des joueurs pour ramener le boulet à son point de départ.
  4. Dalle en béton portant l’emplacement des quilles.

5 et 6. Deux des neuf quilles disposées sur la dalle. Quilles en bois avec cercle en fer à la base. Ici, M. Grégoire apporte d’utiles précisions : « Une quille mesure 30 cm de hauteur, elle se compose d’un cylindre de 15 cm puis part en cône sur 15 cm. Sur la jeu, la première quille a un diamètre de 12 à 14 cm, les deux suivantes (les dames) font 10 à 12 cm de diamètre et les autres 9 à 10, les deux quilles extérieures s’appellent les valets. Toutes sont façonnées dans du bouleau »

A noter, poursuit M. Mathelot, que le diamètre des circonférences marquées sur la dalle était  légèrement supérieur à celui des bases des quilles, ce qui permettait un léger ajustement dans la position de celles-ci. le joueur pouvait demander à déplacer légèrement les quilles 5 ou 6 vers l’intérieur du jeu (Serrez li fotche à dreute ou à gauche) soit vers l’extérieur (Drôvî li fotche).

  1. Piste, en très fines cendres, ratissée très régulièrement dès que le besoin s’en faisait sentir. M. Grégoire quant à lui n’évoque pas une piste mais une planche « où l’on fait rouler le boulet et mesurant10 à 12 mètres de long sur 15 à 20 cm de large. »
  2. Planches enfoncées verticalement délimitant l’aire de jeu.
  3. Les horottes. La piste en cendrée ayant une forme trapézoïdale, les horottes étaient les deux évidements ainsi formés. Quand un boulet mal lancé finissait el horotte, il s’en allait lamentablement terminer sa course à côté de la dalle en béton. Le commentaire le plus expressif, autant que laconique, concernant le malheureux joueur était « Y l’a fè bèrwète».
  4. planche de départ (je suis quasiment certain, indique M. Mathelot, que cette planche portait un nom typiquement wallon mais pas moyen de m’en souvenir…) Quand le joueur lance li boulèt, celui-ci doit impérativement toucher la planche de départ avant de poursuivre sa course sur la piste en cendrées. Si le boulet commence directement sa course sans toucher la planche de départ, le joueur a fè hovlète et le coup est nul.

Il n’y a pas grand-chose à dire à propos du boulèt si ce n’est qu’il était en bois, mais j’ignore quelle essence il fallait utiliser. » M. Grégoire vient donc à son secours : « Le boulet est fait dans du hêtre ou du charme. Il a un diamètre de 18 à 20 cm et pèse 4 à 5 kg. Pour le tenir, il y a un trou où placer le pouce et une encoche pour glisser les quatre autres doigts. »

La semaine prochaine nous suivrons les explications de mes correspondants sur le déroulement des parties.

 La petite Gazette du 1er septembre 2010

 LE JEU DE QUILLES DANS NOS REGIONS

Comme promis, nous retrouvons les témoignages de MM. A. Mathelot, de Poulseur, et M. Grégoire, de Gouvy, qui évoquent pour nous le déroulement d’une partie de jeu de quilles.

Le premier raconte que « la partie pouvait accueillir un nombre illimité de joueurs. La mise de départ s’arrêtait de commun accord entre les joueurs, de 5 francs, ine pèce, à 10 ou 20 francs. Après dépôt des mises à même le sol, on commençait le premier tour. Quand chaque joueur avait tenté sa chance, deux cas de figure pouvaient se présenter. Soit un seul joueur avait obtenu un score supérieur à tous les autres, il empochait alors les mises et la partie était terminée (on pouvait en commencer une autre) ; soit plusieurs joueurs avaient atteint le même score supérieur à celui des autres, on disait alors que «  li pârt èst bouf ». Alors recommençait un autre tour auquel participaient gratuitement les joueurs détenteurs du meilleur score au premier tour, mais tous les autres, s’ils voulaient continuer la partie, devaient doubler leur mise initiale. Il en allait de même jusqu’à ce qu’un joueur mette tout le monde d’accord en surclassant ses adversaires.

Avec 10 ou 15 joueurs, il n’était pas rare de voir les parties s’éterniser à force d’être « bouf »… il ne faut pas perdre de vue que, pour continuer la partie, les « perdants » devaient débourser des sommes de plus en plus importantes (de 5 francs au départ, ils misaient ensuite 10 francs, puis 20, 40 et ainsi de suite).

Un joueur pouvait néanmoins quitter la partie à tout moment, il arrêtait alors de miser mais perdait évidemment ce qu’il avait déjà déposé !

Au sujet des gains, j’ai conservé le souvenir d’une anecdote. Un samedi soir, mon père emporte finalement une partie qui avait été « bouf » je ne sais combien de fois ; il avait ainsi empoché un beau pactole. Une semaine plus tard, le dimanche, nous « remontions » fièrement au village, mon père avec un nouveau pardessus et moi, tout fier, dans mon nouveau paletot, un peu trop grand il est vrai.

Je ne sais plus dans quelles circonstances a disparu le jeu de quilles de Villers-le-Temple car il faut savoir qu’au-dessus du jeu de quilles se trouvait la salle de bal et, assez tôt, j’ai gravi l’escalier qui menait vers un autre monde… »

Monsieur Grégoire explique à son tour : « Les joueurs sont en nombre illimité et la mise va de 5 à 1000 francs, aujourd’hui c’est évidemment en euros. Ainsi s’il y a dix joueurs à 100F., il y a 1000F. sur la table. Tous jouent une fois et on retient le plus grand nombre de quilles tombées (il faut obligatoirement avoir la première). Si 5 joueurs ont eu 4 quilles, on dit qu’ils sont « barres » et ils peuvent jouer au deuxième tour. Si les autres veulent continuer la partie, ils doivent remettre de l’argent (la somme qu’il y a sur la table divisée par le nombre de barrants) ; ainsi dans l’exemple cité 1000F. que l’on divise par 5 soit 200F. et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul joueur.  Le gagnant « lève » la part et donne un pourcentage de ses gains (généralement 5%) à celui qui tient la table et à celui qui relève les quilles et renvoie le boulet.

Dans certains villages, le dimanche de la kermesse, un jambon est joué. C’est un jambon à l’os fumé pesant 6 à 8Kg. Le responsable du jeu vend des cartes à 100F./pièce jusqu’à concurrence au moins du prix du jambon. Une carte donne droit, selon les villages, à un ou à deux coups de boulet. Au premier tour, il faut au moins 3 quilles pour être « barre » et recevoir une carte d’un autre jeu (pour ne pas mélanger le premier avec le deuxième tour). Le responsable distribue les cartes dans l’ordre suivant : cœur, carreau, trèfle, pique et, dans chaque série, as, roi, dame, etc. Ensuite, il appelle les joueurs  par la dernière carte distribuée, donc le dernier « barrant » à jouer sera le détenteur de la carte « as de cœur ».

Aux tours suivants, les barres sont à ceux qui feront tomber le plus de quilles. Les tours s’enchaînent jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul joueur qui gagne le jambon et, généralement, qui paie un verre aux autres joueurs.

Ce dimanche 1er août, un jambon a été joué à la kermesse de Courtil-Bouvigny, lors d’un jeu à 9 quilles. Cette tradition est entretenue dans d’autres villages encore. »

Un immense merci pour ces témoignages précis. L’un des joueurs ou des spectateurs de ces jeux de quilles nous procurera-t-il des photos de ces rencontres ? Je l’espère vivement car je sais qu’elles intéresseraient bien des lecteurs.

La semaine prochaine, nous vous donnerons connaissance des souvenirs d’un autre lecteur encore.

La Petite Gazette du 8 septembre 2010

 LES JEUX DE QUILLES DE NOS VILLAGES…

Je savais que ce sujet vous passionnerait et je ne suis pas déçu ! Aujourd’hui, je puis vous donner connaissance du contenu de l’intéressant envoi de M. Henri Preudhomme, de Neupré.

« En 1949, à Ivoz-Ramet, j’ai souvent participé à ce jeu comme releveur de quilles. On y jouait « à la partie » autorisée par la loi. Chaque joueur payait 5 francs pour participer. Le gagnant étant celui qui faisait tomber le plus de quilles. S’il y avait des ex aequo, la partie continuait jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul joueur qui empochait la mise.

Comme releveur, je notais sur un tableau les points des participants. Au gagnant, je notais le nombre de coups de boulet de la partie. Chaque gagnant devait me payer 25 centimes par coup de boulet joué. Cela se passait le samedi soir et le dimanche de 14 à 22 heures. Le samedi, je gagnais 250 à 300 francs et le dimanche de 400 à 500 francs. Un jour de fêt m’a même rapporté 750 francs. A Seraing, il y avait d’autres jeux de quilles sur lesquels on pariait sur un nombre impair de quilles que le joueur allait faire tomber. Ce genre de pari était interdit par la loi ! Des collègues de travail me racontaient qu’ils pouvaient perdre ou gagner 4000 à 5000 francs par soirée ! C’était presque un mois de salaire…quilles 6

Le jeu de quilles, c’est une piste de 7m ; de long, 60 cm de large, pour arriver au carré des quilles à 90 cm ; Les quilles sont posées sur une tôle en forme de triangle. Au début de la piste, il y avait une table qui séparait la piste d’élan et sous laquelle les boulets étaient lancés vers les quilles.

L’argent devait être déposé sur la table, à la vue de tous les joueurs. La technique du bon joueur consistait à frapper entre les deux premières quilles qui constituaient ce qu’on appelait la fourche. A droite pour un droitier, à gauche pour un gaucher. Une quille mesurait 30 cm de haut avec un diamètre de plus ou moins 9 cm. Le boulet, quant à lui, avait un diamètre d’environ 22 cm et présentait trois trous de 30 à 50 mm de profondeur. »

J’espère toujours de tout cœur recevoir des photos montrant les joueurs en action.

 

 

 

 

 

La Petite Gazette du 22 septembre 2009

UN BIEN BELLE PHOTOGRAPHIE D’UN JEU DE QUILLES

Monsieur Lucien Leruth, un très fidèle lecteur de La Petite Gazette, a suivi un conseil que je vous répète souvent et a fouillé ses albums aux vieilles photos pour en extraire celle-ci.

quilles 7

« J’ai lu avec intérêt les articles relatifs au jeu de quilles et, dans l’album de vieilles photos hérité de mon oncle Arsène Leruth je trouve cette photo de 1916 montrant le passe-temps des habitants.

Au dos, j’y trouve la liste des noms des personnes photographiées, elles sont  citées à droite de bas vers le haut: Victoire Schonne, Joseph Leruth, Nelly Collet, Paul Gilles, Arsène Leruth, Odon Hebrant, Jules Henkard, Henri Henrotin, Hervé Gaillard, Honoré Schonne, François Gilles, Marcel Gaillard (et des gamins). »

La Petite Gazette du 20 octobre 2010

 LE JEU DE QUILLES A BOURDON

Monsieur Patrick Remy, de Jambes, me signale qu’il « possède aussi cette photo (NDLR il s’agit de la photo présentée il y a quelques semaines sous le titre « Une bien belle photo d’un jeu de quilles ») sur laquelle figure mon arrière-grand-père Honoré Schonne et sa soeur Victoire. Grâce à M. Leruth, je peux enfin mettre un nom sur chaque personnage présent. Je n’ai pas pensé à regarder cette photo de plus près lorsqu’un de vos lecteurs avait lancé une recherche sur les jeux de quilles. Ma grand-mère, Andrée Schonne confirme qu’il y avait bien un jeu à cet emplacement.

Ci-dessous la reproduction d’une carte postale figurant la même rue mais dans le sens « inverse ». »
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Le Docteur Comte Albert Guérisse

La Petite Gazette du 27 janvier 2010

ENCORE A PROPOS DES AS BELGES DE L’AVIATION
Cette fois, c’est Monsieur Rik Goyens, Capitaine-Commandant TSM e.r. de Chevron, qui réagit et complète :
« Aux officiers belges Charles Roman et Florent Van Rolleghem que Jacques Bastin cite parmi les détenteurs de la prestigieuse distinction honorifique britannique Distinguished Service Order, il convient d’ajouter le Médecin Général-major Albert Guérisse, l’officier belge, le plus décoré de la deuxième guerre mondiale. Il reçut 35 décorations de différents pays, dont la D.S.O. (Distinguished Service Order), la G.C. (George Cross) et la K.B.E. (Knight Commander of the British Empire).DSO

Le Dr Guérisse (1911-1989) créa dès le début 1941 sous le pseudonyme de Pat O’Leary un réseau d’évasion de pilotes alliés. Durant les années 1941 et 1942, cette filière rapatria plus de 600 réfugiés vers l’Angleterre en passant par l’Espagne. Le 2 mars 1943, le Dr Guérisse fut arrêté à Toulouse et torturé dans différentes prisons en France; il passa dans les camps de concentration les plus réputés, pour atterrir en 1944 à Dachau. Il y est torturé à nouveau et condamné à mort, mais avec son ami, Arthur Haulot, il y organise la résistance et prend le commandement du camp lors de la libération par les Américains (29 avril 1945).
Après la guerre, le médecin militaire, Albert Guérisse rejoint l’armée belge. En avril 1951, lors de la guerre de Corée, le Major Médecin Guérisse se distingue particulièrement par sa bravoure en tant que médecin.
Le 1er juillet 1970, le Dr Albert Guérisse termina sa carrière militaire avec le grade de Médecin Général-major, en tant que Directeur Général du Service de Santé Interforces.
Le 26 mars 1989, le Comte Albert Guérisse meurt à Waterloo à l’âge de 77 ans, avec pour dernière requête que sa mort ne soit rendue publique qu’après son enterrement, ne souhaitant pas que l’on fasse trop de bruit autour d’un homme « qui avait simplement fait son devoir ». »
Pareil personnage méritait bien que ses éminents mérites soient rappelés !

La Petite Gazette du 10 février 2010

LE DOCTEUR GUERISSE
Madame Marie-Paule Schutz-Adam, de On, me dit tout le plaisir qu’elle a eu à découvrir l’évocation de ce personnage dans les colonnes de La Petite Gazette et elle voudrait nous apporter quelques précisions concernant Pat O’Leary.
J’ai eu la chance de rencontrer ce grand personnage fin des années 70 et début des années 80.
Je voudrais d’abord signaler que la famille Guérisse est originaire de Saint-Hubert où un mémorial à sa mémoire a été inauguré en 1991.
Albert Guérisse voit le jour le 5 avril 1911 à Bruxelles. Il est médecin militaire et agent secret.
Deux livres racontent ses aventures. En 1980 il m’a d’ailleurs offert et dédicacé le second « l’histoire de Pat O’Leary » qui a été écrit par Vincent Brome (écrivain anglais 1910-2004) à qui Pat a raconté ses mémoires. Ce livre a d’abord été traduit en anglais et est paru en français dans une collection de Pierre Mac Orlan « Visages de l’aventure », Livre contemporain Amiot-Dumont. J’ai mis plus de 20 ans à trouver le premier livre « HMS Fidelity » (bateau mystère) bateau « Le Rhin » qui a été rebaptisé « HMS Fidelity », on parle aussi parfois de la dénommination « Le Rhône ». Ce livre a été écrit par Marcel Jullian. (Pour ceux que cela intéresse je signale qu’on peut trouver ces livres dans des brocantes militaria.)
Le réseau Pat O’Leary a permis de rapatrier 600 réfugiés mais principalement des aviateurs vers l’Angleterre. Il a pris le commandement du réseau Pat O’Leary, réseau appelé aussi Pat Line en décembre 1941, quand Ian Garrow, un officier écossais du SOE (Special Operations Executive) a été arrêté.
Après l’arrestation du Dr Guérisse en octobre 1943, c’est une dame, Marie-Louise Drissart alias Françoise, qui en prend le commandement et le réseau devient alors le réseau Françoise.
Après son arrestation il a connu les camps : Sarrebruck, Monthausen, Natzweiler et Dachau. Dans ce dernier, il cache son identité de médecin et travaille comme infirmier avec Arthur Haulot, journaliste qui deviendra Commissaire au Tourisme. Ils échappent au typhus.
Ils créent un Comité International des Prisonniers, avec Arthur Haulot président pour les Belges et Pat président pour les Anglais. Ils sauvent la vie de 5000 déportés.
En 1951, il part en Corée comme volontaire en tant que médecin-major attaché à la 29e brigade britannique. Il a été, pendant les 25 dernières années de sa vie, président du Comité International de Dachau et s’est battu pour la création d’un mémorial pour que les futures générations n’oublient pas ce qui s’est passé. »

La Petite Gazette du 24 février 2010

LE DOCTEUR GUERISSE
Monsieur Claude Grandelet, de Somme-Leuze, revient sur le sujet pour apporter quelques précisions supplémentaires :
« Je pense qu’en ces temps de perte de confiance généralisée, il n’est pas mauvais de montrer que notre société sait encore reconnaître les mérites de gens exceptionnels qui l’ont servie d’une manière désintéressée. Du moins, elle savait encore le faire il y a peu d’années! C’est avec grand plaisir que j’ai lu dans une récente Petite Gazette l’éloge du Dr Guérisse, rédigé par Mme Schutz-Adam. Il ne me paraîtrait peut-être pas superflu d’ajouter que son courage, son énergie, ses qualités de chef, d’organisateur et surtout sa grande noblesse de coeur ont été largement reconnus par ses contemporains, chez nos Alliés peut-être encore plus qu’en Belgique.
Honoré de multiples hautes décorations, telles que la Plaque de Grand Officier de l’Ordre de Léopold (Belgique), de la George Cross et de la DSO britanniques, Officier de la Légion d’Honneur française, etc., il a bénéficié de l’estime générale et a passé le reste de sa vie entouré de collaborateurs dévoués, d’admirateurs et d’amis sincères. Il a terminé sa carrière à l’Armée Belge comme Général et Chef du Service de Santé, qu’il a d’ailleurs remarquablement réorganisé.
Il a été anobli successivement par la Reine d’Angleterre qui lui a donné le titre de Knight Commander of the British Empire et ensuite par le Roi Baudouin qui l’a fait Comte en 1986. »

La Petite Gazette du 2 juin 2010

A PROPOS DU GENERAL GUERISSE
Nous avons déjà évoqué cette figure, quasi légendaire, de l’Armée belge et sa brillante carrière intéresse bien des lecteurs. Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois aimerait que lui soient précisés certains détails.
« A propos du Général Guérisse, je m’interroge sur sa carrière, surtout ses affectations. Je pense qu’il a pu servir au 1er Lanciers à Spa, entre 1931 et 1939 ce qui expliquerait que mon père (Charles Huwart) le connaissait apparemment très bien.
Pat O’leary, son surnom de guerre, semble avoir été connu de ma mère, laquelle faisait partie d’une filière d’évasion d’aviateurs, dirigée par un Anglais ( ?).
La maison forestière de Ville-au-bois était un des relais. La seule chose que maman a bien voulu me raconter, c’est un épisode cocasse de 1943 (?).
Une patrouille allemande s’est présentée un jour d’été, alors que la maison était pleine d’une dizaine d’aviateurs. Parlant couramment allemand, anglais et néerlandais, Maman a intercepté les Allemands sur le devant de la maison, pendant que les aviateurs fichaient le camp par derrière. Elle leur expliquait l’importance des pommes de pin spéciales que ses parents lui avaient apportées d’Anvers, et qui lui servaient soi-disant de baromètres.
Je n’ai rencontré son « officier traitant » britannique qu’une seule fois en Provence, à Antibes. Il sortait d’un très beau yacht (30 m) et est passé devant nous qui prenions l’apéritif.
« What a surprise » dit-il, et ma mère de répondre « indeed », et ce fut tout… il continua son chemin !
Questionnée, elle me dit que si c’était à refaire, elle ne voulait donner aucune information sur ses contacts. Nous étions alors en pleine guerre froide.
Le comique, c’est que Papa, officier de l’AS, n’a jamais pu obtenir de maman des informations sur son activité, en dehors de l’anecdote de la pomme de pin.»

La Petite Gazette du 9 juin 2010

OUI LE DR GUERISSE EST BIEN PASSÉ PAR LE Ier LANCIERS A SPA
Ainsi que le supposait bien M. Martin Huwart, le Dr Albert Guérisse est bien passé par le Ier Lanciers à Spa. La confirmation m’en est venue du Dr Paul Maquet, d’Aywaille, qui ajoute pour tous ceux qui s’intéressent à cet illustre et remarquable personnage que :
« deux livres ont été écrits sur le Général Albert Guérisse sous les ordres duquel j’ai servi en Allemagne lors de l’occupation:
1. Marcel JULLIAN. H.M.S. Fidelity, bateau mystère, Bibliothèque Amiot-Dumont, 1956.
2. Vincent BROME, préfacé par Pierre Mac Orlan de l’académie Goncourt, L’histoire de Pat O’Leary, Le Livre contemporain Amiot-Dumont, 1957 »
Je suis certain que vous serez nombreux dans les semaines à venir à fouiller les bacs des bouquinistes à la recherche de ces deux ouvrages.
Un immense merci à M. Maquet pour sa fidélité à La Petite Gazette et pour sa promptitude à répondre aux questions qui vous sont soumises.

La Petite Gazette du 16 juin 2010

ENCORE A PROPOS DU GENERAL GUERISSE
Madame Marie-Paule Schutz-Adam de On, qui nous a déjà communiqué de bien précieux renseignements sur cet extraordinaire personnage, confirme que le docteur Guérisse faisait partie du 1er Lanciers, que le 10 mai 40 il se trouvait à la frontière allemande et que son régiment a été rappelé au Nord de Liège suite à la percée allemande sur le Canal Albert.
Monsieur Rik Goyens, Capitaine-Commandant TSM e.r., de Chevron, s’est également manifesté sur le sujet :
« Je voudrais confirmer, m’écrit-il, la présence au Régiment des 1er Lanciers à Spa du Lieutenant Médecin Albert Guérisse. En effet, ce régiment (créé en 1814 en tant que régiment de cavalerie légère) s’est installé dans la toute nouvelle caserne de Spa, en 1931. Le 10 mai 1940, le 1er Lanciers se trouva sur la frontière allemande et le lendemain, il fut rappelé au nord de Liège (Juprelle) pour défendre la position fortifiée, menacée par la percée allemande sur le Canal Albert. Attaqué durement par les Stukas, le régiment subit ses premières pertes, ce qui permit à Albert Guérisse de faire preuve de ses qualités d’officier et de médecin. »
Le Cdt Dourte, Offr Opérations 1/3L, s’est également manifesté : « Suite à votre article dans les Annonces de l’Ourthe de début juin, notre Offr patrimoine, le Lt Tinel (par ailleurs historien) a recherché rapidement la trace de la présence du général Guérisse au sein du 1 Lanciers. Il apparaît qu’il a été affecté au 1° Lanciers à Spa de 1937 à 1940 et également après guerre. Vous trouverez ci-dessous un document attestant de ses décorations ainsi qu’une copie d’un discours prononcé lors de ses funérailles.
« Notre « Général » est mort
« Mon Cher ami, que de souvenirs vous évoquez » m’écrivait le Général Guérisse, en réponse à mes vœux de meilleurs santé pour 1989. Le dimanche 26 mars, il décédait, sans éclat, après avoir exprimé la volonté que son décès ne soit connu qu’après ses funérailles. Hélas, ce ne pouvait passer inaperçu !
Deux livres ont à peine suffi pour retracer cinq années de ce médecin militaire, devenu Pat Lieutenant commander de la Royal Navy, puis agent parachutiste, chef de réseau d’espionnage et de récupération ; sa vie entière, suite à son décès, a fait l’objet d’articles dans les journaux.
« – Et ensuite, après 1945, qu’avez-vous fait ?
– Rien
– Demandez-lui ce qu’il est allé faire en Corée, fit sa femme Sylvia ; Pat éclata de rire : « Le bataillon des volontaires belges avait besoin d’un médecin.. ; j’étais médecin, j’étais belge » (in « l’histoire de Pat O’ Leary » par Vincent Brome).
Etait-ce si peu d’être volontaire, d’avoir été rechercher un blessé à moins de 150 mètres des lignes ennemies, sous une grêle de balles, puis de rejoindre le bataillon, immédiatement, en hélicoptère ? (N.D.L.R. Le même fait m’a été raconté par le Dr Paul Maquet, d’Aywaille, qui se manifestait dans notre dernière édition)
Je n’évoquerai que nos relations personnelles, l’homme.
En 1938, alors que tous les Spadois de ma génération vivaient au rythme du 1er régiment des Lanciers, milicien à Liège, la maladie m’empêchait de rejoindre le régiment. Mon « parrain militaire », l’aumônier Gielen me l’envoya. Nous ignorions, qu’en 1964, nous devrions tous deux unir nos efforts pour lutter contre l’injustice qui s’acharnait contre mon protecteur de jadis (cité comme l’un des premiers résistants et qui mourut, abandonné de tous, à Bayonne, en 1974).
Le 8 avril 1951, le Commandant Guérisse, bientôt Major, m’arrivait à Tokyo, logeant avec moi à la Mission. Nous nous promenions dans Tokyo et ses environs, passions une soirée mémorable (défiant l’alcooltest !), avant son départ pour la Corée, où il rejoignit son ami Poswick. Il revint en permission, après le combat de l’Imjin, préférant vivre parmi les combattants et visiter les hôpitaux.
Il parlait très peu de la grande guerre, un souvenir douloureux le liait à Spa, il ne fréquentait guère les hautes autorités. Le hasard le fit rencontrer le commandant des Forces du Commonwealth, Sir Robertson, d’habitude impassible, stupéfait devant les rubans des G.C. –B.S.O. – K.B.E. sur un uniforme belge !
Le 21 août 1951, nous étions heureux de nous retrouver au camp d’Inchon, où 450 hommes attendaient leur rapatriement. Vint le soir, « je m’ennuie, impossible de sortir du camp, pas de véhicule », une solution, utiliser ma Jeep pour lui et le commandant Nicodème ; mais, si tard, Inchon se révélait un désert. « Les Grecs vont venir, si nous voulons prendre un verre, il faut rentrer, mais… il n’y a pas de glace pour le wisky, si nous allions en chercher à la morgue ? »… elle était fermée ! Au camp, fête des adieux, les officiers grecs chantaient sur les tables et le Major Guérisse voulait leur apprendre les cramignons liégeois !
Nous ne pensions guère nous revoir cependant, en 1968, nous appartenions au QG des F.B.A. en Allemagne, il soignait ma famille et nous égrenions nos souvenirs. C’était pour nous retrouver dans son bureau, proche du mien, au ministère de la défense Nationale, lui devenu Général, Directeur du service de la Santé, pour prendre le café. Nous n’étions pas loin de la retraite mais il n’avait jamais perdu sa combativité : « J’améliore la situation, mais j’enrage, trop de papiers, peu de fonds pour arriver à mes fins.»
C’est à tout cela que je pensais, ce 3 avril, en me rendant au crematorium de Bruxelles, mais sa volonté avait été respectée, il ne restait que des cendres, je ne pus assister à leur dispersion sur la pelouse.
Ainsi finissait UN GRAND HOMME »
Le Commandant Dourte a, en effet, joint une copie de l’avis nécrologique mentionnant les illustres décorations décernées au
Général-Major Médecin Comte Albert Guérisse, alias Pat O’Leary :
Lt Commander Royal Navy
Chef du réseau d’évasions « Pat »
Médecin volontaire du Bataillon Belge en Corée
Président du Comité International de Dachau

– Georges Cross (G.C.)
– Knight Commander of the British Empire (K.B.E)
-Compagnion of the Distinguished Service Order (D.S.O.)
-Grand-Officier des ordres de léopold et de la Couronne
– Commandeur de l’Ordre de Léopold II avec Palmes
– Croix de guerre 1940 – 1945 avec Palmes
-Officier de la Légion d’Honneur
– Croix de guerre Française avec Palmes et Etoile de vermeil
– Officier de la legion of Merit
– Medal of Freedom with Golden Palms
– Croix d’Honneur et de Mérite Militaire en Vermeil avec Palmes
– Chungniu Distinguished Military service Medal with Silver Star

Assurément un Grand Homme… La Petite Gazette est heureuse d’avoir, grâce à vos contributions, participer à cultiver son souvenir.

La Petite Gazette 23 juin 2010

DOCTEUR GUERISSE : UNE CONFIRMATION ET UNE PRECISION
Monsieur J. Schoonbroodt, de Spa, a lui aussi tenu à témoigner :
« Je vous confirme que le général Guérisse a été affecté au 1er lanciers à Spa, avant la guerre de 1940. A cette époque, il était officier médecin.
En mai 1939, il a accouché mon épouse d’un garçon dont le père, policier spadois et résistant, est décédé en avril 1945 dans le camp d’extermination de Flossenberg. »

La Petite Gazette du 14 juillet 2010

LE DOCTEUR GUERISSE… ENCORE
Monsieur Claude Billiet, de Lierneux, est un ancien combattant de la Guerre de Corée, il a la gentillesse de nous transmettre cette photo de la maison qu’occupa Albert Guérisse à Spa et sur laquelle a été apposée une plaque commémorative.

docteur guérisse maison

 Maison où résidait le comte Médecin Général Albert Guérisse à Spa. Il est un des plus grands bienfaiteurs pour la cause des volontaires pour la Corée en même temps que le colonel Cdo Para Jean Militis.

(Document Revue de la fraternelle des anciens de Corée, section province Luxembourg)

Le temps des Rogations

La Petite Gazette du 24 mai 2000
LE TEMPS DES ROGATIONS
Monsieur Maurice Grün s’est souvenu qu’il était revenu le temps des Rogations, ces processions qui parcouraient champs et prairies au mois de mai.
« Les trépidations de la vie moderne en pleine évolution –ou révolution – ont supprimé les Rogations, ces cortèges solennels qui jalonnaient villages et campagnes. C’étaient des prières publiques accompagnées de processions, pendant les trois jours qui précèdent immédiatement l’Ascension. Elles étaient destinées à attirer la bénédiction divine sur le bétail, les récoltes et les travaux des champs.
Les archives de l’abbé Hacherelle, curé de Somme-Leuze de 1905 à 1930, laissent le souvenir de ces pratiques. Ces processions étaient suivies avec ferveur par de nombreux fidèles. J’y ai souvent participé, accompagnant le prêtre, précise mon correspondant. Le bon temps n’était pas souvent de la partie (vent, pluie, froidure, crachin, brouillard…)
Il est encore une croix en fer installée au croisement du chemin de Coquaimont et de la route de Liège, en face du chemin du Montet. Cette croix des Rogations a été élevée, à la demande de l’abbé Hacherelle, par la famille Burette sur leur domaine.

La Petite Gazette du 8 août 2001
DE NOUVELLES PRECISIONS A PROPOS DES ROGATIONS
« Je crois comprendre, m’écrit M. Pierre Paulis, de Ferrières, que vos lecteurs attendent des renseignements concernant les rogations, appelées également « lès Creûs » ; voici, à leur intention, ce que j’ai recueilli :
Après la messe matinale, le prêtre, revêtu du surplis blanc et de l’étole mauve – rite de pénitence – accompagné du chantre, terminait la procession dont la tête était la croix portée par l’acolyte en robe rouge. La croix était de bois et légère, hampe noire et croix dorée avec, en écharpe, un ruban mauve. Elle était appelée « croix pour rogations ou croix pour les longs chemins » (une autre, plus lourde, servait aux enterrements et aux processions.)
Suivaient, sur deux rangs, les enfants et les enseignants, les dames, puis les hommes. Les fidèles étaient surtout constitués de ceux « qui vivent de la terre ». Partie de l’église au milieu des litanies des saints : après « Sancta Maria », la procession se terminait à l’église. Il n’y avait pas de décorations spéciales dans le village si ce n’est aux croix et aux chapelles devant lesquelles la procession faisait halte. Elles étaient nettoyées, repeintes, fleuries… Il n’y avait pas d’arrêt aux potales. Sur le parcours, chapelets, litanies, chants extraits de l’Hosanna. J’ai en mémoire les innombrables « ora pro nobis » et les « te rogamus audi nos » répercutés par l ‘écho ou étouffés par les frondaisons, les « ave » concurrençant les chants d’oiseaux, la forte rosée aspergeant nos mollets ou alourdissant le bas des robes… les haltes silencieuses des jeunes attendant, avec condescendance, au haut des « gripètes » l’effort essoufflé des plus âgés…
Je suppose que les acolytes, ils étaient trois en tout, transportaient aussi l’eau bénite et le goupillon !
Selon la date de Pâques, les Rogations se célébraient entre la fin avril et le début juin. C’est donc l’époque dite des « Saints de glace ». Le premier jour était consacré à la protection des foins ; le deuxième à celle des moissons ; le troisième jour, on priait principalement pour la protection des pommes de terre et des betteraves. On s’était dirigé vers les quatre points cardinaux : le lundi au nord, le mardi à l’est et le mercredi à l’ouest et au sud.
En 1966, les rogations ont eu lieu le soir. Elles cesseront en 1970 par une mini-procession autour de l’église. Les prévisions météorologiques et les engrais ont pris le relais ! »
D’autres informations à ce sujet dans notre prochaine édition. Un grand merci à Monsieur Paulis.

La Petite Gazette du 29 août 2001
D’UTILES PRECISIONS SUR LES ROGATIONS

Monsieur l’abbé Jean Voz, de Mormont, est un fidèle lecteur de cette chronique et il ne manque jamais une occasion de nous éclairer sur divers sujets, je l’en remercie vivement. Voici ce qu’il a glané comme indications précises à propos des Rogations dont nous avions quelque peu reparlé il n’y a guère.
« Rogation : du mot latin rogatio (objet d’une demande).
Il s’agit d’une procession comprenant le chant des litanies des saints et, après, une messe spéciale.
Elle fut instituée en 470 par saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné, pour demander la fin d’un tremblement de terre et d’autres calamités. Elle se déroulait pendant les trois jours précédant l’Ascension.
En 511, le premier Concile d’Orléans l’étendit à toutes les églises de Gaule et c’est alors qu’elle prit le nom de Rogation.
Léon III (pape de 795 à 816) introduisit les Rogations à Rome et on les appelait « litanies mineures » pour les distinguer de la litanie majeure qui se faisait le 25 avril (jour de la saint-Marc, mais sans aucune référence à cette fête d’ailleurs instituée plus tard). La litanie majeure fut établie pour remplacer la procession païenne des Robigalia.
Dans nos régions, je pense, poursuit notre abbé, on faisait moins la litanie majeure que les litanies mineures : ainsi, on faisait, par exemple, la litanie majeure à Malempré, mais pas à Mormont.
Il y a quarante ans, la réforme liturgique issue du Concile Vatican II n’a pas supprimé ces litanies, mais a laissé le soin d’en fixer les dates et les modalités aux conférences épiscopales : les rogations étant des cérémonies de pénitence, il ne convenait guère de les faire au temps pascal, un temps de joie. »

La Petite Gazette du 27 avril 2011
LA CROIX DE MONT-COMBLAIN ET LES ROGATIONS
L’ASBL Chapelle de Mont, associée à Qualité-Village-Wallonie, travaille à la réalisation d’un inventaire du petit patrimoine sacré de la commune de Comblain-au-Pont et vous interrogeait à ce titre au sujet de la chapelle de Mont.
Monsieur Henri Jacquemin, de La Gleize, « un ancien de Qualité-Village Moulin du Ruy » précise-t-il, se souvenait que cette chapelle avait déjà été évoquée dans La Petite Gazette. Il a fouillé ses archives et a retrouvé ce passage dans l’édition du 29 juin 1995. C’était Mme Jeanne Donis-Dawant (82 ans à l’époque) qui précisait alors :
« Je l’ai toujours vue là, près de la chapelle. Jusqu’il y a deux ans, durant le mois de mai, une fois la semaine, on y récitait le chapelet. Nous étions comme cela une demi-douzaine de femmes de Mont. Du temps déjà lointains des rogations, la procession, curé de Comblain en tête, s’arrêtait à la croix qui avait été garnie pour l’occasion. Mais je n’ai pas de renseignements sur l’âge de la croix, ni sur le pourquoi de son édification ».
Voilà que sont évoquées les Rogations, processions champêtres qui, au mois de mai, parcouraient les campagnes pour bénir champs et pâturages afin de s’assurer de bonnes récoltes.
Je me suis replongé dans mon Almanach de notre Terroir (éditions Dricot,1999) pour en extraire quelques renseignements sur ces Rogations.
Saint Mamer premier des saints de glace fêté le 11 mai), en 474, fait adopter par l’Eglise, le rite des Rogations, qui était déjà connu des Romains, sous le nom d’Ambarvalia, qui voulaient protéger leurs récoltes.
Les lundi, mardi et mercredi précédant l’Ascension, on organisait, sur le territoire des paroisses, de longues processions pérégrinant au travers des prés et des champs afin de les bénir et de s’assurer une bonne récolte. Ce sont les Rogations, autrement appelées « lès Creûx »
On disait alors : « Qui n’a pas semé aux croix, pour un grain en mettra trois »
Le beurre battu le deuxième jour des Rogations soigne les brûlures et la croûte de lait.
Vous pouvez évidemment confier à la Petite Gazette vos témoignages liés aux Rogations et nous aider à conserver le souvenir de toutes les traditions, croyances populaires et coutumes qui y étaient attachées.

Li Walon dès docteûrs po vosse santé

Monsieur Richard Gillon, de Tilff, partage cette intéressante et amusante information avec tous les lecteurs de la Petite Gazette:

Anciennement le médecin généraliste de campagne s’exprimait et parlait avec ses patients en wallon.

La démarche du CHU est tout à fait remarquable, intéressante et amusante ! Image (120)Elle  s’inscrit dans le cadre de la journée mondiale du 21 février 2016 des langues menacée décrétée par l’Unesco.

Vous pouvez obtenir le recueil  des 24 proverbes en contactant le service communication du CHU qui se fera un plaisir de vous adresser un petit dictionnaire de 6 cmx5cm.

Ce recueil porte la mention ‘’ … à consommer sans modérationreproduction souhaitée

Les scieurs de long

La Petite Gazette du 3 août 2011

 

Ce métier m’a toujours fasciné… un de mes aïeuls l’a exercé. Je me souviens encore des explications que mon grand-père m’en donnait et d’une anecdote qui, entendue durant mon adolescence, m’avait réellement abasourdi.

Cet aïeul travaillait au fin fond des bois, suivant les bûcherons. Il partait parfois, à la bonne saison, pour plusieurs semaines et se nourrissait de ce que lui offrait la nature : baies et fruits sauvages, champignons… mais aussi petit gibier piégé dont des écureuils et des hérissons ! Un jour, durant une période caniculaire, les scieurs de long s’étaient débarrassés de leurs vêtements et travaillaient le torse nu. Des gendarmes à cheval vinrent à passer et ces représentants de la loi obligèrent les ouvriers à se revêtir car ils les avaient trouvés indécents, là-bas, seuls au fond des bois…

Monsieur V. Clavier me donne l’occasion de vous présenter ce splendide document, évocateur d’un métier aujourd’hui disparu de nos contrées : scieur de long.

 

scieurs de long

 

« Il s’agit d’une photographie des deux scieurs de long de la famille Wenin, de Septon, me précise mon correspondant. Narcisse était né en 1858 et Henri en 1860. Cette famille comptait également trois autres fils Léon, né en 1863, Hippolyte, né en 1867 et qui deviendra maçon, et enfin Eugène, né en 1870 et qui sera agent S.N.C.B. »

Ce magnifique document, mieux que n’importe laquelle des descriptions, nous renseigne sur ce difficile métier de jadis. Les scieurs de long suivaient les bûcherons dans les bois pour y débiter sur place les grumes en madriers et autres planches. Ils restaient parfois plusieurs semaines dans la forêt se nourrissant de ce qu’ils y trouvaient. Mon arrière-arrière grand-père était également scieur de long à la même époque que les frères Wenin. C’était un Antoine, Joseph pense se souvenir mon papa, qui ne l’a pas connu, il était originaire de Terwagne.

Un immense merci à Monsieur Clavier pour ce superbe document.

 

La Petite Gazette du 16 novembre 2011

DANS LE PAYS DE LIEGE, LES SCIEURS DE LONG AVAIENT LEUR CORPORATION

Monsieur Charles Cornet, de Stoumont, évoque l’organisation des corporations dans la Principauté de Liège.

« La photo de M. Clavier, parue en août dernier m’a rappelé bien des souvenirs personnels. Intéressé par l’histoire régionale, instituteur retraité, j’ai pu, grâce à de nombreux documents, découvrir en 1980, année du millénaire de la Principauté de Liège, quelques aspects des 32 Bons Métiers (les corporations) de la cité de Liège. C’est à ce titre que cette photo m’a intéressé.

Les scieurs de long ou soyeurs de long (numéro 17 ou 18 dans la série des 32) avaient comme blason une scie d’or sur fond de gueules (rouge).

scieurs de long blason

Voici le blason du bon métier des scieurs de long tel qu’il est visible sur la façade du palais provincial à Liège

Ils vénéraient la Vierge marie dans l’église des frères mineurs. Leur maison se trouvait au début de Feronstrée, à l’enseigne de la Couronne d’Or.

La photo publiée est suffisamment précise pour comprendre comment ils procédaient.

Un règlement de 1546 interdisait aux compagnons, les membres d’une même corporation, de s’unir en vue de refuser de travailler pour les mairniers (les marchands de bois, n°19, du wallon mairin bois de construction en général) ou toute autre personne en dessous d’un prix convenu. En contrepartie, les mêmes statuts protégeaient l’ouvrier contre le chômage. Ce règlement imposait, entre autres, aux maîtres soyeurs de congédier leurs hommes seulement le vendredi avant midi et l’ouvrier ne pouvait quitter son patron qu’une semaine avant ou après un djama, mot wallon signifiant deux jours fériés consécutifs, (N.D.L.R. il y en avait quatre par an : Noël, Pâques, Pentecôte et Assomption) car en ce moment sa présence à l’atelier est plus que jamais indispensable.

Des conflits ont éclaté entre soyeurs et vendeurs de bois de construction ; ils étaient, dans la mesure du possible, réglés par deux arbitres désignés par chacun des deux  Métiers.

Il est quasiment imposables de parler des soyeurs sans parler des mairniers. Eux seuls pouvaient vendre « denrées de bois, soit rond, soit carré, soit fendu. Comme ce matériau était employé en grandes quantités pour la construction des bâtiments, charpentes, poutres, planchers… ce Métier a une grande influence économique. Liège était un grand centre du commerce du bois venant de l’Ardenne par l’Ourthe navigable. On trouve encore des traces d’écluses, à Hamoir notamment. Les bateaux, à cause de leur proue relevée, étaient appelés des bètchètes.

Les achats de bois ne pouvaient se faire qu’à partir du moment où les troncs étaient arrivés aux rivages de l’Ourthe (Longdoz) ou de la Meuse (Sclessin). Les chantiers des mairniers étaient groupés au quai Sur Meuse.

En 1481, un procès opposa les mairniers et les naiveurs (18) qui, gênés par des tas de madriers, ne pouvaient plus faire haler leurs bateaux (depuis les quais de halage). Le jugement imposa aux mairniers de laisser une berge libre sur une largeur d’environ 5 mètres. De kleur côté, les soyeurs, seuls autorisés à scier des planches, entrèrent plusieurs fois en conflit avec les mairniers en vue d’obtenir de meilleurs salaires.

Les 32 Bons Métiers de liège sont présentés par ordre de préséance depuis le XIVe siècle. Le n°1 est celui des fèbvres (artisans travaillant les métaux sauf l’or et l’argent travaillés, eux, par les orfèvres, n°32). L’ordre des soyeurs et des naiveurs est parfois interverti selon les sources consultées.

Voilà quelques souvenirs d’un cours d’histoire qui m’a fait découvrir Liège et qui a passionné mes élèves et … leurs parents. »

Mon aimable correspondant précise qu’il a puisé ses informations dans un travail réalisé par des étudiants de l’Ecole normale Jonfosse, dans l’ouvrage de Daniel Bovy, Les XXXII Bons Vieux Métiers de Liège et dans « Richesses du Millénaire de l’enseignement communal liégeois »

 La Petite Gazette du 22 janvier 2014

MAGNIFIQUE CHANSON SUR LES SCIEURS DE LONG

Merci à Mme Mariette Liégeois, de Vaux-sous-Chèvremont, de nous transmettre cette chanson évoquant ce métier disparu.

Les sieurs de long

Y’a rien d’aussi habile.

Refrain

Congré, lon la, barbagnat,

Berdingué, réponds : crrré.

Couplet

Y’ a rien d’aussi habile

Que nos scieurs de long.

  1. Quand ils sont sur leurs pièces

En sciant du chevron.

  1. Le maître vient les voir

Courage, mes garçons.

  1. Quand l’ouvrag’ sera faite

Bouteille nous boirons.

  1. Nous irons voir nos femmes

Tous ceux qui en auront.

  1. Y’ a plus l’petit Pierre

Mais nous le marierons.

  1. A la petit’ Jeannette

La fille du patron.

  1. La fill’ n’est pas bien belle

Mais les oignons sont bons.


Les informations fournies par mon aimable correspondante précisent qu’il s’agit d’une ronde.

La 84e Division d’Infanterie U.S. « Railsplitters »

La Petite Gazette du 16 janvier 2013

LÀ OÙ LES « RAILSPLITTERS » STOPPERENT L’AVANCE DE LA WEHRMACHT

Monsieur Raymond Hebrant, de Poulseur, a rassemblé ses souvenirs de gamin durant la Libération et l’Offensive, épisodes de guerre qu’il vécut dans son petit village de Bourdon. Nous suivrons son récit durant trois semaines.

« Je suis originaire de la région de Marche-en-Famenne, exactement du village de Bourdon, situé entre Hotton et la ville de Marche. Peu de livres racontent les faits de guerre de l’ancienne commune de Marenne. Les environs du village de Verdenne ont subi, en septembre 1944 et en décembre 1944, des activités militaires d’une importance capitale.

Le 6 septembre 1944, peu de temps avant la Libération de notre région, les Allemands s’attaquent à un camp de résistance se trouvant dans les bois entre Verdenne et Champlon-Famenne. Les résistants se sauvent en direction de Verdenne, plusieurs d’entre eux seront abattus dans les prés avant le village. Un des maquisards se sauve vers Bourdon, d’autres vers Marenne, pour les Allemands, ils sont passés par le village de Verdenne.

Ils les cherchent à cet endroit, plusieurs maisons seront la proie des flammes, une habitude  prise par cette armée depuis l’invasion de la Pologne. Un monument édifié près du lieu du massacre y rappelle la mort tragique de ces résistants.

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  Photo extraite du remarquable site http://www.bel-memorial.org 

Notons que ce monument rappelle également le souvenir de Joseph Coeurderoy dont La Petite Gazette a évoqué la fin tragique»

La Libération a lieu deux jours plus tard. Je me rappelle les soldats allemands passaient sur la grand-route par petits groupes, ils faisaient rentrer les gens dans leurs habitations. Les avions à double fuselage, des lightning, survolent, à basse altitude, la route Marche-Hotton, ainsi que la voie ferrée de la vallée. Début d’après-midi, les troupes américaines libèrent le village de Bourdon. A Hotton, les Allemands résistent à hauteur du lieu dit « Poteau ». Les alliés se déploient dans le village pour la nuit, Hotton sera libérée le lendemain.

La mi-septembre est arrivée, les enfants retournent à l’école, les grandes vacances sont terminées, la vie reprend son cours.

Par la radio, mes parents apprennent le début de l’Offensive dans la région de Saint-Vith. Me référant aux divers ouvrages que j’ai lus sur la Bataille, je puis dire que, le 20 décembre, les soldats américains sont arrivés à Bourdon. A cette époque, nous habitions la gare de Marenne, située à Bourdon. Le bâtiment était assez élevé. Dans un des greniers, il y avait un œil-de-bœuf donnant dans la direction de Melreux. Un gradé de l’armée demanda à pouvoir s’installer à ce poste d’observation car des rumeurs parlaient du largage de parachutistes allemands dans cette direction. Les soldats s’installèrent dans tous les endroits possibles : la gare, l’école, l’église et dans les nombreuse petites fermes du village. Ces militaires appartenaient à la 84e division d’infanterie. Cette division se nommait les « Railsplitters ».

En direction de Hotton, à environ un kilomètre de la gare se trouvent la maisonnette du passage à niveau ainsi qu’une ferme. Vu la situation, en début de soirée, les personnes habitants ces maisons ont jugé préférable de venir chez nous. Elles sont restées deux nuits à la gare. La situation ne se dégradant pas, elles sont ensuite rentrées chez elles ; jusqu’à la fin de l’Offensive l’endroit y était plus calme… »

 

 La Petite Gazette du 23 janvier 2013

LÀ OÙ LES « RAILSPLITTERS » STOPPERENT L’AVANCE DE LA WEHRMACHT

Monsieur Raymond Hebrant, de Poulseur, a rassemblé ses souvenirs de gamin durant la Libération et l’Offensive, épisodes de guerre qu’il vécut dans son petit village de Bourdon. Nous poursuivons la lecture de son récit alors qu’il est en pleine Offensive :

« Mes parents avaient préparé le nécessaire pour dormir dans la cave au cas où la situation devait empirer. La nuit suivante, alors que nous étions couchés dans la salle à manger et que, sur les quais de la gare, les sentinelles faisaient les cent pas, une explosion résonna : le premier obus venait d’exploser à une centaine de mètres de la gare. Nous sommes descendus rapidement dans les caves, suivis par tous les militaires se trouvant dans les divers endroits du bâtiment. La liaison téléphonique avec le reste de la garnison était interrompue suite à une rupture de fil produite par le déplacement en urgence. Plus tard, après l’Offensive, l’instituteur du village nous raconta que les soldats se trouvant chez lui, lui avaient dit que la gare était prise par les Allemands. Très rapidement, les points stratégiques furent minés, le passage à niveau y compris.

Durant les jours de bataille, un soldat allemand est venu à moins de cent mètres du passage à niveau de la gare ; il a été fait prisonnier, il se cachait dans un aqueduc sous la route.

Dans la plaine de la Famenne, de nombreux canons étaient en batterie ; il y en avait un non loin de la ferme tout prêt de chez nous. Dans les bois de Focagne, des trous avaient été faits pour protéger les canons. Cachés par le bâtiment de la gare, un half-track et un blindé sur pneus stationnaient en attendant une éventuelle opération.

Je me rappelle avoir écouté de la musique avec des écouteurs dans le premier véhicule. Les journées étaient plutôt calmes.

Militaire et civils, nous dormions tous dans les caves. Une fois, j’ai eu l’occasion de passer une bonne partie de la nuit dans le sac de couchage d’un militaire car il montait la garde devant le bâtiment. Le matin, je me réveillais à côté de mes parents, le transfert s’était fait très calmement ; à cet âge, on dort profondément.

Depuis plusieurs jours, nous vivions sans électricité, la bougie et la lampe à pétrole étaient nos seules sources de lumière. Nous étions dans la cave pour y passer la nuit et, tout d’un coup,  il fit clair comme ne plein jour ; les canons lançaient des obus luminescents, une opération de grande importance était en cours…

Après de durs combats, maison par maison, le château changeant plusieurs fois d’occupants, les blessés et les morts sont partout, le froid et la neige ne facilitent pas le travail des brancardiers.

Le village de Verdenne est de nouveau aux mains des Américains. Du calvaire de Bourdon jusqu’à la sortie du bois en direction du village subsiste une poche de résistance importante de la 116e Panzer Division. Les américains ont donné à cet endroit le nom de « The Pocket ».

hollogne plaque commémorative

J’ai vu de jeunes soldats allemands prisonniers, ils avaient de 16 à 20 ans. C’était triste à voir… Une jeunesse si mal utilisée pour la folie d’un système, le nazisme. Les troupes encerclées profiteront de la nuit pour s’évader. Beaucoup de véhicules sauteront sur les mines à la sortie du village de Menil-Favay, dans les champs et sur le chemin forestier allant vers Grimbièmont. Une erreur du chef de char de la colonne, le chemin à suivre pour s’enfuir n’a pas été vu à temps. »

 

La Petite Gazette du 30 janvier 2013

LÀ OÙ LES « RAILSPLITTERS » STOPPERENT L’AVANCE DE LA WEHRMACHT

Voici la fin du passionnant récit de Monsieur Raymond Hebrant, de Poulseur,  à propos de ses souvenirs de gamin durant la Libération et l’Offensive, épisodes de guerre qu’il vécut dans son petit village de Bourdon. Voici, aujourd’hui, la fin de son récit :

« Face à la chapelle de Bourdon, une grande ferme en pierre est un endroit rêvé pour se mettre à l’abri. L’armée américaine avait installé son poste de secours derrière ce bâtiment. L’accès se faisait par un chemin ayant son entrée à la route principale. Les combats s’étaient éloignés de Bourdon, les jeunes se rassemblaient où il y avait de l’animation. Venant du champ de bataille de Verdenne, les cadavres arrivaient à cet endroit en jeep ou en Dodge. Les soldats occupés à ce travil pénible empoignaient le cadavre par un bras et une jambe, lançaient la dépouille sur le camion où les corps s’amoncelaient. Lorsque le camion étaiet chargé, il prenait la direction de Marche, pour conduire les cadavres dans un cimetière provisoire.

Dès le début de l’année, les soldats américains sont partis vers d’autres lieux de combat. Les troupes anglaises sont arrivées. Cela n’était pas la même ambiance, dans la place principale du logis, un garde s’est installé. Pour aller chercher de l’eau ou pour nous rendre aux toilettes, nous ne pouvions plus passer par cet endroit, il fallait faire le tour par l’extérieur. Avec les Américains comme avec les Anglais, nous n’avons jamais eu faim : rations K, petites saucisses, pain de maïs, haricots à la tomate … sans oublier le chocolat.

Vers la mi-janvier, Gaston, un jeune homme de Bourdon, voulait aller chercher du pain à Verdenne. Beaucoup d’endroits n’avaient pas été renseignés comme zone dangereuse, vu l’épaisseur de neige qui subsistait par endroit. Il emprunta le sentier, trébucha sur un fil et déclencha plusieurs mines anti-personnel. Il fut pris en charge par l’armée et, après quelques semaines, il rentrait au village. L’incident n’avait pas été trop grave.

Le dégel est enfin arrivé, on pouvait prudemment s’aventurer sur le champ de bataille. Certains chars ne pouvaient être approchés à cause des mines. Certains endroits étaient renseignés par des panneaux « Danger ». Nous avons visité plusieurs chars : le Sherman et les deux blindés se trouvant à gauche de la route, le Panther et le Marck IV.

Au village, une seule maison a été détruite complètement, une autre a subi un dégât léger ; ce n’est pas le cas à Verdenne. Il est temps de s’intéresser aux dégâts très importants et de songer à la reconstruction. Depuis un certain temps, de nombreux habitants ont trouvé des gens charitables à Bourdon et à Marenne ; dans certaine maisons, des familles entières se sont installées. Les maisons permettent à ces sinistrés de vivre comme chez eux. Pour les personnes seules, ils vivent en société comme un membre de la famille. Cette situation perdurera plus de deux ans dans certaines familles.

Le déminage a eu lieu, un site a été désigné pour y faire sauter les explosifs. Le jour venu, la population des alentours a été prévenue, les fenêtres ont été ouvertes, l’explosion n’a pas fait de dégâts hormis un grand cratère sur le lieu de la déflagration. Tous les blindés sont découpés au chalumeau et mis à la ferraille, y compris le Sherman, les Américains ne reprenaient pas les véhicules utilisés par l’ennemi ! Le char américain se trouvant dans la prairie à l’entrée de Verdenne a été repris par un transporteur de char, un dimanche matin.

Les ruines et les tranchées des fantassins sont les derniers souvenirs de ces féroces combats.

Merci à ces G.I.’s, venus d’outre-Atlantique, ils ont donné leur vie et leur jeunesse pour combattre une doctrine nuisible portée par l’idéal d’une seule race, la race aryenne. »

La Petite Gazette provoque parfois des situations étonnantes. C’est le cas avec cet article de M. Raymond Hébrant. Jugez plutôt à la lecture de la communication de M. Francis Roufosse.

« Lors de la lecture de la dernière Petite Gazette, j’ai été très agréablement surpris de retrouver un article sur les « Railsplitters », signé par un certain Monsieur Raymond Hébrant.

Là, c’est plutôt l’auteur de l’article qui m’interpelle ! En fait, Raymond et mois étions presque voisins dans les années ’60. J’habitais un pâté de maisons plus haut que la gare et je me souviens de lui et de son frère (André, si j’ai bonne mémoire)… Ils étaient beaucoup plus âgés que moi qui n’étais, à l’époque, qu’un tout petit garçon. Puis nos routes ayant divergé, je me suis souvent demandé où il était passé. Voilà que je le retrouve cinquante ans plus tard dans La Petite Gazette !…

Je ne sais pas s’il se souvient encore de moi, mais je me rappelle qu’il m’avait une fois aidé pour un exposé que je devais présenter à l’école au sujet de l’encyclique « Rerum Novarum »…

Mais c’est si loin, tout cela !

Gare de Marenne Je me permets de vous adresser une photo de la gare de Marenne à Bourdon, où sa famille habitait, et puisqu’il en parle dans son article, une autre photo, celle du pignon de la maison de feu Christian Fautrez à Marche, passionné d’histoire de guerre, lequel y a fait peindre l’insigne de cette fameuse 84e division d’infanterie ! SAMSUNG DIGITAL CAMERA

Pour la petite histoire, notons encore à l’époque, sur les hauteurs de Verdenne, la présence d’un simple G.I. de la Compagnie « G », au 2e Bataillon du 335e Régiment de la glorieuse 84e Division d’infanterie américaine : un certain Henry Kissinger, qui deviendra, à parti de 1968, le conseiller du président Nixon… De la petite histoire dans la grande ! »

 

 La Petite Gazette du 6 février 2013

84e DIVISION D’INFANTERIE U.S. “RAILSPLITTERS”

C’est au tour de Monsieur Alphonse Grandhenry, de Dolembreux, d’intervenir sur le sujet, il vous explique pourquoi :

« C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu les souvenirs de Monsieur Hebrant, de Poulseur, qui fait mention des combats menés par la 84e division d’infanterie américaine « Railsplitters ».

Je suis particulièrement sensible à l’histoire de cette prestigieuse division américaine et à ses faits d’armes  durant la bataille des Ardennes. Mon intérêt  pour cette unité  est motivé par le fait que ce sont les braves GI’s  de son  334e régiment qui ont libéré mon village natal  (Petite Mormont – Wibrin)  le 14 janvier 1945.

L’insigne d’épaule de la 84th ID est un disque rouge bordé de vert dans lequel  figure en blanc, une hache fendant une demi- poutre. La 84th ID « Railsplitters »  (fendeurs  de poutres) est aussi connue  comme la « Lincoln Division ». En effet la plupart des  soldats la composant  provenaient des états  américains  Kentucky-Indiana et Illinois. Ces états étaient chers  au président Lincoln qui y avait passé une partie de sa jeunesse à fendre des poutres pour  fabriquer des piquets de clôtures.

La division fut activée en octobre 1942 au camp Howze (Texas) Après plusieurs périodes d’entraînement  dans divers site de manœuvres la division  embarqua  à New York en octobre 44 et  débarqua à Omaha Beach (Normandie)  le 01 nov  44. De  là elle fut envoyée en Hollande  pour attaquer la ligne Siegfried  dans les environs de Geilenkirchen.  Les trois régiments  (333-334 et 335) livrèrent de durs combats et  pénétrèrent en Allemagne.  Les Allemands bloquèrent  l’offensive  américaine et le front fut stabilisé.

Le 20 décembre  la division est  appelée en urgence dans les Ardennes pour contrer l’Offensive Von Rundstedt.  Les « Railsplitters » du 335 th Rgt  arrivent  dans les environs de Marche-en-Famenne  et installent  en urgence des positions de combat. Très rapidement les  combats  font  rage. Les GI’s arrivent à bloquer les Allemands et prennent le contrôle de Bourdon  et Verdenne  vers le 25 décembre. Fin décembre 44, la division démarre son offensive visant à réduire le saillant allemand des Ardennes.

D’abondantes chutes de neige ont recouvert l’Ardenne d’un manteau blanc d’une cinquantaine de cm. Un froid polaire règne. Les routes sont  difficilement praticables pour le charroi militaire. La division va devoir se battre  dans des conditions climatiques extrêmes auxquelles elle n’est guère préparée. Les Allemands, eux, bénéficient  de leur expérience du front de l’Est et des opérations  menées dans le nord de la Scandinavie. Pour les « Railsplitters » l’épreuve  ne se limite pas à combattre un ennemi endurci et redoutable mais  aussi à surmonter l’âpreté du climat  qui transforme les Ardennes en une sorte de « Sibérie belge ».

 

La Petite Gazette du 13 février 2013

84e DIVISION D’INFANTERIE U.S. “RAILSPLITTERS”

Nous retrouvons le récit de Monsieur Alphonse Grandhenry, de Dolembreux, qui retrace le parcours de cette unité qui libéra son village natal  (Petite Mormont – Wibrin)  le 14 janvier 1945.

« Le secteur  qui est dévolu  aux régiments  de la 84th ID est situé entre  l’Ourthe et l’Aisne  et est limité  au Nord par la RN 30. La 84e est appuyée par la 2e Division Blindée « Hell on wheels » du Général Harmon pour former le Combat Command  A. La division comprend  trois régiments soit les 333th, 334th et 335th. L’artillerie divisionnaire  comprend  quatre  « Field Artillery Battalions », deux bataillons de  tanks et deux bataillons  de « Tank Destroyer » ainsi que deux bataillons anti-aériens. S’y ajoutent, un bataillon de génie de combat, un bataillon médical, un détachement de « Counter Intelligence » et les diverses compagnies  rattachées à l’état-major divisionnaire. La Division est commandée par le Major Général Alexander R. Bolling.

Le 05 janvier 45 la Division  est regroupée à Fisenne.  Elle gagne Amonines. A partir de cette localité, sa mission doit l’amener à Dochamps  en remontant la rive droite de la rivière Aisne. Le temps  est épouvantable  et les routes  fortement verglacées sont très peu praticables pour  les véhicules.  Les GI’s sont  contraints de progresser à pied  dans  les chemins forestiers  et de crapahuter  dans une neige épaisse  pour gagner le sommet des collines  surplombant Dochamps.  Arrivés en vue du village, les « boys » sont cloués sur place par un terrible  matraquage d’artillerie. Les Allemands  résistent farouchement  et ce n’est que le  7 janvier que le village est pris.

Le 09 janvier, la 84th ID, aidée des chars du 66th Rgt, se lance à l’attaque de Samrée. Le village est  conquis  le 10 dans l’après-midi, grâce à l’appui des chars et suite à une solide préparation d’artillerie.

Le 13 janvier, c’est  Bérismenil qui l’objectif  des « boys »de la division. L’attaque du village sera exécutée  par un froid polaire et à travers une neige épaisse. Les GI’s doivent  progresser à travers  bois pour arriver  au-dessus des collines surplombant le village au Nord et de là lancer une attaque surprise. Le village  tombe en fin de journée.

Le 14 janvier  la 84thID investit le village de Nadrin par un mouvement tournant  mené par les 333th et 334 th Rgt. Le village est pris sans trop de résistance. Sur leur lancée, les « boys » investissent  Ollomont, à peine gênés par  quelques  combats d’arrière-garde. Profitant de leur lancée les GI’s progressent  vers Filly. Leur progression se fera  sans support  blindé car  les routes sont  abondamment minées. Filly est pris en fin de journée.

Toujours  sur leur élan  les  GI’s  prennent les hameaux de Grande et Petite Mormont.

L’autre aile de la division  attaque Wibrin, aidée par le 66Th Rgt  de la 2th Armored Division mais se trouve  bloquée par un solide point d’appui allemand  retranché sur la colline au sud du village. Une manœuvre tournante des chars du 66th Rgt permet de liquider le point d’appui allemand  et le village  tombe dans l ‘après-midi.

Le 15 janvier,  c’est Achouffe  qui passe sous  contrôle américain. Les Allemands  qui avaient  utilisé l’itinéraire Achouffe–Mont pour évacuer la plupart de leurs unités vers  le «Vaterland » en évitant le piège de Houffalize ont fait sauter le pont sur le ruisseau de Martin–Moulin. Le génie US  place un pont provisoire  qui permet aux unités  américaines  de poursuivre leur offensive. »

 

 La Petite Gazette du 20 février 2013

84e DIVISION D’INFANTERIE U.S. “RAILSPLITTERS”

Nous retrouvons le récit de Monsieur Alphonse Grandhenry, de Dolembreux, qui retrace le parcours d’unité qui libéra son village natal (Petite Mormont–Wibrin) en janvier 1945.

« Plus au nord, l’aile de la Division des « Briseurs de rails » qui progresse au sud de la RN30 tente de prendre  le village de Les Tailles. Elle se heurte à un solide verrou dressé par la 2e  Division SS. Les pertes sont lourdes  et la 84th est freinée dans sa progression vers Mont. Les SS ayant été remplacé par une unité moins mordante les GI’s  peuvent reprendre leur progression le lendemain et prennent le village de Dinez et, poursuivant leur élan, ils  prennent le village de Mont. La 84th  pousse jusqu’à Taverneux. De là, les GI’s se lancent à la poursuite d’un ennemi qui s’évade en menant des combats retardateurs. Cette tactique permet aux Allemands de rapatrier leurs meilleures unités à l’abri de la ligne Siegfried tout en sacrifiant des unités de moindre valeur pour freiner l’avance américaine.

Les courageux GI’s sont toujours confrontés à la rigueur d’un des pires hivers du siècle qui fait des ravages dans leurs rangs (membres gelés – affections respiratoires – accidents divers…) Néanmoins, leur avance se poursuit petit à petit en direction de Gouvy. Ils libèrent les  divers villages de part et d’autre de la RN827.

Le mardi 16 janvier, première jonction entre des éléments du 334th Rgt conduits par le lieutenant Blankenship et une patrouille de la 11e division blindée (3e armée du général Georges Patton). La rencontre historique a eu lieu non loin du moulin de Rensiwez. Une plaque commémorative est  d’ailleurs apposée sur le pan rocheux  où eut lieu l’évènement.

Le 19 janvier, les « Railsplitters » sont à Sterpigny. Ils subissent la pire tempête de neige de l’hiver 44-45. Ils bénéficient  d’un  vague repos qui  annonce  de prochains coups durs.

Le 22 janvier, c’est l’assaut vers Gouvy où ils sont à nouveau confrontés à la redoutable arrière-garde de la 9e Division SS. Les « Railsplitters », aidés par les blindés, parviennent à réaliser une manœuvre qui  bouscule  le verrou SS  et  ils emportent  le village.

Le 23 janvier,  la 84th ID mène son dernier combat de la bataille des Ardennes. Elle attaque Beho et se retrouve à nouveau en face des coriaces SS de la 9e Pz Div. Ces derniers résistent au-delà du possible  car ils  doivent à tout prix  retarder la progression américaine pour permettre aux dernières unités allemandes de regagner la mère patrie. La 84th ID conquiert enfin Beho  après de durs combats et elle en profite pour libérer le village d’Ourthe.

La campagne des Ardennes se termine  le 23 janvier pour les braves «Railsplitters ». Ils ont combattu  sans arrêt depuis le 21 décembre face à des  combattants   endurcis et  pugnaces.  Ils ont mené leur campagne dans les pires conditions climatiques  imaginables. Les vétérans de la 84th ID sont unanimes  sur  un point : « leur pire ennemi  fut le terrible hiver ardennais »

Pour les lecteurs  qui trouveront peut-être l’une ou l’autre « coquille » dans mon écrit, je dois dire que j’ai fait au mieux pour exposer la campagne glorieuse des « Railsplitters » en quelques pages. J’ai fait au plus court pour ne pas encombrer La Petite Gazette.

Avant de clôturer,  je me dois de  signaler  que la compagnie G du 335th Rgt  comptait dans ses rangs  un  soldat de première classe du nom de Henry  Kissinger.  Voici un nom qui vous dit quelque chose. En effet  ce grand diplomate fut l’un des obscurs combattants  de la glorieuse 84th ID. La campagne  des Ardennes de la Compagnie G a été  admirablement  exposée par Lambert Graillet dans son livre « Avec Henry Kissinger en Ardenne ». Ce récit  figure sur le site  www.gouvy.eu  – Histoire locale et patrimoine. Superbe ouvrage  qui met à l’honneur, non seulement  les combattants de la Compagnie G  mais aussi  la 84th ID  dans son ensemble.

Si pour beaucoup , la bataille des Ardennes est principalement centrée sur la résistance héroïque des paras US à Bastogne, on a un peu vite tendance à mettre au second plan le rôle  capital des divisions d’infanterie, des divisions blindées et des diverses unités qui  combattirent dans des conditions inhumaines et qui  jouèrent un rôle déterminant dans la réduction du saillant des Ardennes. » Grand merci à M. Grandhenry pour son récit.

 

 La Petite Gazette du 13 mars 2013

L’ÉPOPEE DE LA 84TH INFANTRY DIVISION « RAILSPLITTERS » VOUS A PASSIONNES…

C’est de Bruxelles que Monsieur Guy Blockmans se manifeste, il y lit La Petite Gazette grâce à l’aimable complicité de son ami Michel Baers, de Fanzel-Erezée. Ces deux amis sont des connaissaurs passionnés de l’histoire de l’Offensive. Mon correspondant a rédigé, pour l’OPT (l’Office de Promotion du Tourisme Wallonie-Bruxelles) « Les Routes du Souvenir », une très intéressante et très documentée brochure vous invitant à découvrir tous les sites où se développa la Bataille des Ardennes et où en sont conservé les souvenirs. J’engage les personnes intéressées à découvrir cette brochure qu’il est possible de recevoir par email grâce à un seul clic sous l’onglet « brochures» du site www.belgique-tourisme.be. Son ami, M. Baers est, quant à lui, depuis plus de 10 ans, actif en qualité de guide-historien pour la Bataille des Ardennes.

Monsieur Blockmans nous apporte un intéressant complément d’informations sur cette Cie Railsplitters :

« C’est depuis leurs batteries de Howitzer de 155 mm. Mises en position à Rabozée (entre Baillonville et Marche) que les 500 hommes du 327e Bataillon d’artillerie de campagne de la 84e Division assureront l’appui-feu aux unités de leur division.

Cette division avait, en effet, recu l’ordre d’empêcher les blindés de la 116e Panzer division de franchir la crête des collines entre Marche et Hotton.

Les Howitzer vont ainsi tirer, du 24 décembre 1944 au 3 janvier 1945, en direction de la « Poche de Verdenne », en écrasant les blindés allemands sous un déluge d’obus.

En fait, tout avait commencé le 20 décembre 1944, lorsque la 84e reçut l’ordre de quitter ses quartiers de Geilenkirchen (près d’Aix-la-Chapelle) et de faire mouvement vers Marche-en-Famenne.

Une plaque commémorative, apposée sur le mur de la chapelle de Rabozée rappelle l’action du 327e bataillon d’artillerie de campagne de la 84e Division. »

 

 

La Petite Gazette du 3 avril 2013

CETTE PLAQUE A ÉTÉ INAUGUREE EN PRESENCE D’UN VETERAN U.S.

Monsieur Michel Baert, de Fanzel, revient sur cette plaque évoquée à la mi-mars dans La Petite Gazette et nous explique ce qui explique sa présence là-bas à Rabozée.

rabozée

Cette plaque dit, en anglais et en français, « En hommage aux vaillants combattants américains du 327e Bataillon d’Artillerie de Campagne – 84e Division d’Infanterie qui prirent part à la libération de nos villes et villages lors de l’Offensive des Ardennes. Ils séjournèrent à Baillonville du 22 décembre 1944 au 3 janvier 1945″.

« En octobre 2001, je fus contacté par un certain David Kregg, de californie, qui était lieutenant et commandant en second de la batterie « A » du 327th Bataillon d’Artillerie de Campagne basée à Rabozée (Baillonville) du 21 décembre 1944 au 2 janvier 1945.

Il me demandait si je pouvais retrouver pour lui la fermière qui l’avait logé, lui et son bataillon, pendant leur séjour et qui avait préparé et servi des gaufres à ces 100 hommes, la nuit de Nouvel An. Tout ce qu’il pouvait me dire consistait à me préciser que c’était une petite ferme avec, de l’autre côté de la route, un champ dans lequel la compagnie A avait installé ses quatre obusiers de 155 mm. C’éatit au Nord de Marche et il y avait à une centaine de mètres de la ferme une grange qui a brulé le lendemain de leur départ.

C’était, biern entendu, fort peu de renseignements pour localiser l’endroit. Sachant qu’il devait tirer au-delà de Marche et de Verdenne pour essayer de bloquer l’avance des chars de la 116e Panzer Div. Allemande, j’ai commencé une tournée des villages et hameaux se situant entre 5 et 8 Km. au Nord de Marche.

En septembre 2002, j’ai eu un coup de chance. Ayant écrit au Cercle Historique de Baillonville, je fus mis en rapport avec M. Fernand Fisse, dont le père était le bourgmestre de Rabozée à l’époque. Fernand se rappelait très bien qu’il y avait des canons dans leur jardin qui tiraient par-dessus leur maison et dont l’officier en charge consultait ses cartes sur la table de leur cuisine. Il se souvenait aussi de la grange qui avait brûlé plus bas dans la rue (c’était la leur) et d’autres canons, eux aussi plus bas dans la rue. (Nous avons pu, par la suite, vérifier que c’était la batterie « C » qui occupait le jardin du bourgmestre et que la batterie « A » était bien installée en face de la ferme située au bas de la ferme.

J’ai envoyé alors un courriel à Dave pour lui dire que j’avais trouvé et que la commune de Somme-Leuze avait marqué son accord pour le placement d’une plaque commémorative à Rabozée. Je lui ai demandé, en même temps, s’il serait disposé à venir inaugurer cette plaque lors du 60e anniversaire de la bataille, en 2004. Sans hésitation, il m’a donné son accord. Une quinzaine plus tard, il m’envoyait ce message : « Est-il vraiment nécessaire d’attendre 2004 ? Après tout, j’ai 82 ans ! »

Après l’accord de la commune, en juin 2003, le 1er lieutenant David Kregg, accompagné de la veuve et de la fille du Capitaine Otis Dillon qui était le commandant de la batterie « A », furent accueillis à Somme-Leuze par les autorités communales et militaires, un représentant de l’Ambassade des USA, des représentants des vétérans belges et les enfants des écoles. La plaque fut apposée sur le mur extérieur de la petite chapelle située entre les batteries A et C.

Monsieur Fisse avait retrouvé la fermière qui vivait alors à Gembloux et la « Dame aux gaufres » lui avait, une nouvelle fois, préparé de bonnes gaufres qu’il put partager avec elle chez M. Fisse.

Dave revint encore en 2004 lors des cérémonies du 60e anniversaire et la commune le fit alors « Citoyen d’honneur de Baillonville »

 

 

 

Amon l’cwèpi

La Petite Gazette du 22 mars 2000

Monsieur P.B., de Tohogne, m’a envoyé un très beau texte, très précis et très documenté, né, m’écrit-il, d’un doux moment de rêverie consécutif à la lecture de La Petite Gazette.

« A l’époque, celle des années de guerre et les suivantes immédiates, j’étais âgé d’une dizaine d’années ; mes parents et moi-même habitions un appartement au troisième étage près de la place du Martyr, à Verviers. Mon père travaillait dans une des dernières usines wallonnes de fabrication de chaussures. C’était donc un « cwèpi ».

Dans notre mansarde, il avait installé un petit atelier de cordonnerie. Le petit garçon que j’étais n’avait que peu de sujets d’amusement, mis à part la radio, la lecture et les montages et démontages de son méccano. Je rejoignais donc souvent mon père dans sa mansarde pour le regarder travailler et, parfois, travailler à quelques menus travaux.

Je pense que me souvenirs raviveront ceux d’autres lecteurs ayant fréquenté un cordonnier et instruiront d’autres sur les facettes de ce métier ô combien intéressant durant ces années de disette. Lorsqu’on entrait dans cet endroit, la première impression qui venait à l’esprit était celle de se trouver sur le lieu de travail d’un nain. En effet, tout était quasi à ras de terre et conçu pour travailler assis. Dans ce local, aucun engin électrique si ce n’est une ampoule qui pendait du plafond et diffusait sa lumière crue dans les moindres recoins.

Dans ce décor, mon père. Pour lui, comme pour ses collègues que j’ai rencontrés, la tenue de travail se résumait à peu de chose : une chemise à  carreaux, un pantalon de grosse toile, éventuellement le vieux pull et, pour tous, le tablier de cuir en forme de jupe. Certains avaient un tablier semblable à celui des forgerons avec une bavette, mais naturellement en cuir beaucoup plus mince puisque non soumis aux mêmes contraintes. »

Pendant quelques semaines, grâce aux souvenirs précis de ce lecteur de Tohogne, nous retrouverons donc les gestes du « cwèpi », ses outils et son art. Comme mon correspondant le souhaite, et, croyez-moi bien, il n’est pas le seul, si vous possédez dans vos collections la photographie d’un ancien atelier de cordonnerie, n’hésitez surtout pas à nous la transmettre afin que nous puissions la publier pour illustrer ces lignes. En effet, Monsieur M.B. à qui je réclamais semblable document m’a répondu : « Je ne possède aucune photo de cette époque, car il n’y a aucune honte à vous avouer que mes parents étaient de condition très modeste et ne possédaient pas d’appareil photographique. Les seules photos que nous possédions à cette époque étaient celles prises par des photographes de rues qui figeaient sur pellicule les passants qui déambulaient par beau temps. Ils recevaient alors un petit ticket leur permettant d’aller voir les clichés dans un local donné et où il était alors possible d’en faire l’acquisition moyennant finances. »

 

La Petite Gazette du 29 mars 2000

AMON L’CWEPI

Comme promis, je propose de vous plonger dans l’ambiance toute particulière de l’atelier de cordonnerie du papa de Monsieur P.B., de Tohogne.

« Résumons donc : une chaise, une table, un pied de fer et une étagère.

La table basse, probablement une vieille table de cuisine dont les pieds avaient été sciés pour se trouver à bonne hauteur du travail assis. Elle était encombrée et surchargée, dans un joyeux désordre, de boîtes à conserve remplie de pointes ou semences de 8, 10, 12, 15, … qui servaient à la fixation des semelles, des talons et encore des fers que mon père plaçait à la pointe ou au talon des chaussures pour les renforcer et prolonger ainsi leur existence.

Sur cette table également, une multitude de tranchets ainsi que la pierre à eau pour les affûter et en reconstituer le fil tranchant. Ces instruments, faits d’une simple lame d’acier, coupaient comme des rasoirs et il m’était interdit de les manipuler. Sur certains, mon père avait enroulé de la ficelle ce qui leur faisait une sorte de poignée utile lorsque leur usage demandait de les utiliser avec force.

Se trouvaient aussi sur la table des boules de poix, ainsi qu’un pot de colle durcie avec un pinceau dont le manche pointait vers le ciel, comme un doigt vengeur fâché d’avoir été abandonné ! Il suffisait toutefois de réchauffer le pot au bain-marie pour que colle et pinceau retrouvent toute leur souplesse. Et encore, des morceaux de cuir, de caoutchouc, des tenailles, des pinces, des marteaux tout cela formant un véritable attirail sur cette petite table.

La chaise était également trafiquée et j’ai pu en voir de semblables chez d’autres cordonniers qui, tous, appelaient ce siège un « ham ». Il s’agissait donc d’une vieille chaise dont le dossier avait été scié ainsi que les pieds pour en diminuer la hauteur. Le fond avait également disparu et était remplacé par un entrelacs de lanières en cuir clouées sur tout le pourtour du cadre. Cette fabrication maison avait certainement l’avantage d’offrir plus de confort à ces hommes assis durant huit ou neuf heures d’affilée. A nouveau, les pieds avaient été sciés et, avec le recul et ma compréhension d’adulte, j’en suis venu à la conclusion que tout cela était dû à la taille du pied de fer qui était d’environ septante centimètres de haut. »

Même si la description réalisée par Monsieur P.B. a la précision d’un cliché, permettez-moi d’insister auprès de vous pour tenter d’obtenir une photographie d’un ancien atelier de cordonnerie ; je suis intimement persuadé que cela ferait un plaisir immense à mon correspondant. Si vous possédez ce document, confiez-le-moi sans crainte. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 5 avril 2000

AMON L’CWEPI

Comme les deux dernières semaines, j’ai l’immense plaisir de vous convier à pénétrer dans l’atelier de cordonnerie du papa de Monsieur P.B., de Tohogne, et de, pour quelque temps, vous permettre de vous imprégner de l’ambiance feutrée qui y régnait et des odeurs de cuir et de colle qui y flottaient. Retrouvons-nous autour du pied de fer.

« Ce lourd engin de fonte comportait à sa base une grande et épaisse flasque d’où partait à la verticale un montant massif qui se terminait par un bloc parfaitement rond servant, lui, à la fixation, par collage ou clouage, des talons de toutes les mesures.

A gauche et à droite du montant vertical, partaient des bras qui formaient deux jolies arabesques ressemblant assez bien aux bras des danseuses asiatiques dans leur danse lascive et dont les mains auraient été remplacées par des blocs massifs ayant la forme d’une semelle de chaussure : d’un côté pour chaussure « homme » et de l’autre pour chaussure « dame ». Ayant la même utilité que le montant vertical dans la fixation des semelles de cuir ou caoutchouc par collage ou clouage. Donc, j’en conclus que ce pied de fer, étant soumis à des efforts certains et à des martelages énergiques, ne pouvait pas dépasser une certaine taille sous peine de basculer. Ainsi, tout le mobilier alentour était fait pour correspondre à cette taille et li cwèpi devait travailler, assis, avec tout à portée de main.

L’étagère, elle, était couverte d’anciennes boîtes à chaussures pleines de morceaux de peau, de cuir, de caoutchouc et d’autres matériaux nécessaires à cette activité.

Il serait fastidieux de reprendre tous les faits et gestes du cordonnier, mais il est utile de dire, qu’à cette époque, il façonnait les chaussures de A à Z ; depuis la prise des mesures jusqu’à la livraison dans un morceau de papier brun.

Le rendez-vous était pris avec le client, celui-ci enlevait la chaussure de son pied le plus fort et, en chaussettes, posait son pied bien à plat sur un papier épais. Mon père en dessinait le pourtour au crayon tout en veillant à observer toute difformité quelconque pour l’inclure plus tard dans son travail. A partir de ce patron, la fabrication démarrait par la découpe  des tiges, des empeignes, des lisses, des talons et autres composants dont j’ai oublié le nom. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre cordonnier assemblant toutes les parties de la chaussure neuve.

 

La Petite Gazette du 12 avril 2000

AMON L’CWEPI

Monsieur P.B., de Tohogne, nous a invités dans l’atelier de cordonnerie de son papa et, la semaine passée, nous avons assisté à la prise des mesures et à la découpe des pièces de cuir nécessaires à la fabrication d’une nouvelle paire de chaussures. Aujourd’hui, nous le suivrons dans son assemblage :

« Une des particularités était que tout était cousu à la main et que la couture des semelles m’apparaissait comme singulièrement intéressante. Avant tout, mon père préparait des fils, longs de plus ou moins 1,50 mètre, qui, pour résister aux intempéries et marches dans la pluie, étaient longuement enrobés de poix. Je ne puis dire d’où elle provenait mais je sais, par mes lectures, qu’elle était souvent utilisée dans la marine pour assurer l’étanchéité des navires construits en bois.

Tenant une boule de poix dans la main gauche protégée par un morceau de cuir, de la main droite, il pressait, sur la boule, le fil à coudre (genre ficelle mince en coton) au moyen du pouce et tirait ainsi à maintes reprises jusqu’à ce que le fil soit bien imprégné. C’était une opération de force qui se terminait par le placement de l’aiguille. Cette dernière n’avait rien de métallique, mais était constituée par certains poils de sanglier ou de porc que l’on nomme soie. Au bout de son fil à coudre, il séparait les brins de coton, y introduisait la soie, puis refermait les brins pour former une épissure qu’il enduisait également de poix. Le fil prêt était lisse comme du nylon et d’une résistance incroyable.

La couture pouvait dès lors commencer et se pratiquait à deux fils. Au moyen d’une alène, il faisait des trous dans les différentes épaisseurs de cuir, tige, empeigne, lisse et semelle. Dans ces trous, il passait les soies de porc ou de sanglier, puis, de chaque main, tirait les fils pour former des nœuds de couture d’une grande solidité. Il va sans dire que chaque main voyait sa paume protégée par des morceaux de cuir, car tout glissement intempestif du fil lui aurait provoqué de graves coupures tant la traction sur le fil était forte pour serrer les nœuds.

J’ai pu observer tous ces travaux durant des années et, parfois, je pouvais participer lorsque les chaussures étaient presque terminées. Mon travail consistait alors à enduire les lisses et les bords de semelles avec de la cire noire ou brune, selon la teinte de la peausserie. Au moyen d’une bougie, je chauffais donc un bloc de cire pour le ramollir et je le passais sur le cuir pour lui donner la teinte souhaitée. La cire se déposait assez grossièrement vu son refroidissement rapide au contact du cuir. A ce moment, il y avait des fers à lisser de différents profils et qui servaient à lisser et à faire briller la cire. Je chauffais ce fer au moyen de la bougie et passais plusieurs fois sur le cuir pour égaliser et faire briller les bords de semelles.

J’ai pu ainsi, lors de ma jeunesse, assister à cette fabrication artisanale et il y aurait encore beaucoup à relater sur ce métier de cordonnier. Vous serez peut-être étonnés, mais il me plaît de souligner qu’une paire de chaussures, ainsi faites main, avait une durée de vie d’une dizaine d’années ! Cela laisse rêveur à notre époque… »

Encore une fois, je tiens à remercier chaleureusement mon correspondant pour la qualité de son évocation qui, vous me l’avez dit et écrit, vous a réellement permis d’entrer et de visiter ce vieil atelier de cordonnerie. Vous avez été sensibles à ce récit et vous l’avez aimé.

La Petite Gazette du 19 avril 2000

AMON L’CWEPI

Comme promis, voici une autre évocation du métier de cordonnier rédigée cette fois par Monsieur René Carlier, de Neuville-en-Condroz.

« Mon oncle, Auguste Humps, frère aîné de ma mère, exerçait le métier de cwèpi à Ivoz-Ramet, route de France. Je vous envoie une photo le montrant au travail, cela se passe entre 1935 et 1940 (pas après car Léopold Counard, debout sur le cliché, a été tué au début de la guerre 40). Les autres personnes sont, de gauche à droite : Edmond Carlier, mon père ; à côté de lui, Marcel Counard, frère de Léopold, Henri Himisdael (tous des voisins) et, enfin, à droite, mon oncle Auguste. Ils sont installés dans la cour de la maison de mes grands-parents maternels M. et Mme René Humps-Firket qui, alors, tenaient un café.

coordonnier

Sur cette photo, vous voyez la table de travail très basse ; le pied de cordonnier ainsi qu’un de ses marteaux. Je les possède toujours de même que le petit bol à colle. Cette colle (qu’on appelle empois, je pense) était préparée par ma grand-mère, avec de la farine et de l’amidon. La chaise de mon oncle était basse aussi, elle n’avait pas de dossier et le fond était en cuir. Sa tenue de travail se caractérisait surtout par son grand tablier de toile bleue. Du plafond, dans son atelier, pendait une ampoule électrique qu’il montait ou descendait selon la lumière désirée.

Mon grand-père paternel, Alfred Carlier, était, lui aussi, cordonnier et brasseur. Il exerçait son métier à Clavier-Station.  Mon père savait également réparer, à l’occasion, certaines chaussures, car il donnait parfois un coup de main à son père.

Lorsque j’étais enfant, vers 11 ou 12 ans, j’en ai 60 aujourd’hui, je donnais souvent un coup de main à mon oncle, pendant les vacances : j’arrachais les semelles et les talons et, dans les trous, je clouais des petits bouts de bois d’environ 1 cm. De long et de 2 à 3 mm. d’épaisseur.  Mon oncle mettait, entre ses genoux, un gros pavé de rue pour battre le cuir qui avait trempé toute une nuit dans un petit bassin d’eau, pour être plus souple à l’emploi, comme il disait. Il possédait aussi une machine à coudre à pédale et une riveuse à main. Il a exercé son métier pendant 50 ans et était connu dans bien des villages du Condroz : Neuville, Rotheux, Saint-Séverin, Nandrin, Villers-le-Temple…Son travail était toujours apprécié de tous car c’était vraiment un artiste de la chaussure. »

J’imagine que cette belle évocation aura plu à nombre d’entre vous. En votre nom, j’en remercie vivement son auteur.

 

La Petite Gazette du 3 mai 2000

AMON L’CWEPI

Jamais je n’aurais imaginé que l’évocation du métier de cordonnier éveille tant de souvenirs chez mes lecteurs ; je suis ravi que cela soit le cas.

Ainsi Madame Odile Delmelle, d’Aywaille, se souvient du « cwèpi » qui travaillait dans le fond du village à Modave. Il y avait plusieurs filles dans cette famille, toutes étaient amies avec maman. Je me souviens des noms de leurs époux mais n’en trouve plus aucun dans le guide du téléphone. Je n’ai malheureusement aucune photographie, on n’avait pas de Kodak à l’époque, c’était vraiment du luxe ! Je revois en pensée cette maison où l’atelier nous attirait surtout par l’odeur du cuir et la gentillesse du couple. Raphaël  était très calme et très minutieux dans son travail. Tous les outils décrits me sont aussi revenus en mémoire ; je vois encore le « ham », le siège qu’occupait le cordonnier et le pied de fer avec ses deux plaques de dimensions différentes. Il y avait toujours des amateurs pour acheter ces lourds pieds ; quand le cordonnier décédait, on les vendait toujours un bon prix et la somme ainsi obtenue aidait bien les familles, souvent nombreuses à ce temps-là. Je me rappelle surtout combien les chaussures avaient l’air neuves après leur minutieuse réparation. »

Une lectrice de Marche-en-Famenne m’a, elle aussi, envoyé une lettre toute faite d’émotion :

« Mon père, qui aurait eu cent ans cette année, était également cordonnier. J’ai été ravie de lire toutes ces descriptions d’outils que j’ai bien connus, les clous, les pieds de fer, les odeurs du cuir, le caoutchouc, le fouillis de la fameuse petite table qui était impossible à ranger… Mon père aussi faisait les nouvelles chaussures à la main, de la même façon que celle évoquée par Monsieur P.B. de Tohogne. Il dessinait le pied du client sur du papier gris épais et, ensuite, sur une forme de bois, il montait, étape par étape, la bottine. Il employait des empeignes et des cuirs différents pour les intérieurs et extérieurs. Il travaillait beaucoup pour les fermiers moyennant des denrées alimentaires, des pommes de terre par exemple. Cela compensait le ravitaillement insuffisant pendant les années de guerre.

Il y a encore un objet important qui n’a pas été cité, c’était une grosse pierre d’eau sur laquelle on battait le cuir trempé, pour le rendre plus résistant, un quart d’heure sur chaque semelle et c’était costaud !

J’ai 70 ans aujourd’hui et j’aime me rappeler tout cela… Il m’arrivait de faire une belle finition, lisser les bordures de semelles et la dernière touche de teinture ; cela aidait papa.

J’adore lire votre Petite Gazette. »

Grâce à votre témoignage, chère Madame, j’imagine que bien d’autres personnes adoreront lire cette rubrique.

 

 La Petite Gazette du 21 juin 2000

AMON L’CWEPI

Cette rubrique a, elle aussi, fait couler beaucoup d’encre et pourtant… Il est manifeste que cette profession, avec laquelle tant de personnes avaient jadis des contacts fréquents, a laissé beaucoup de souvenirs dans les mémoires. Partons sans tarder à la découverte de ceux de Madame Dessart, de Modave :

« Je vois encore ce cordonnier de Tohogne et je perçois encore la bonne odeur de cuir qui flottait dans son atelier. J’avais 14 ou 15 ans, c’était la guerre et il y avait une pénurie de souliers !

J’avais appris qu’un cordonnier de Tohogne vendait encore des souliers ; je m’y rends, péniblement, depuis Atrin, à vélo avec des pneus pleins qui me donnaient une secousse à chaque tour de roue, quand je roulais sur l’attache métallique.

Hélas, c’étaient des bottines qui faisaient mon affaire, cela faisait fureur pour les filles, mais maman n’était pas de mon avis. Vu le prix, elle réfléchit quinze jours. Attention, je ne dis pas que le prix pratiqué relevait de l’usure, mais, papa, en pleine guerre, travaillait dans une ferme pour un  très petit salaire. Comme il était nourri et que nous recevions un kilo de beurre par semaine, au prix de 30 francs (il se vendait alors entre 400 et 450 francs au marché noir !). Pour ces fameuses bottines, cela représentait le salaire de quinze jours du travail de papa !

L’hiver arrivait, maman me donna de quoi acheter les souliers. A la troisième sortie, je fus trempée comme une soupe. C’était mon unique paire de chaussures, cela réclamait donc un séchage rapide près du feu…Mal n’en avait pris, les semelles en crêpe présentaient une éventration bonne à passer sur le billard. Un retour à Tohogne s’imposait. J’y reçus un sermon du vendeur qui me signala la nécessité de procéder à la pose d’une semelle en cuir. C’était aussi la mode des bottines cloutées et des fers aux pointes et aux talons ; par esprit d’économie, je fais faire cela. Deuxième sermon, ma mère, furieuse, me dit :  « Ou tu vas faire fuir tous les garçons ou tu vas les attirer tous ! On t’entend venir comme un gros boche ! »

Troisième voyage vers Tohogne, pour faire enlever tout cela. Finalement ces chaussures ont reçu une semelle en caoutchouc. Je ne sais plus combien ma bêtise a coûté à mes parents… et moi qui croyais leur faire faire une économie !

Vraiment j’espère que mes enfants et petits-enfants ne connaîtront jamais les privations que nous avons connues !

Je tiens encore à préciser que, jamais, je n’ai pensé qu’il y avait eu exagération  du prix au moment de la vente, mais je veux rappeler qu’à cette époque tout était vraiment hors de prix. »

Merci à ma correspondante pour son témoignage.

 

La Petite Gazette du 13 septembre 2000

RETOUR AMON L’CWEPI

Grâce à un envoi de Monsieur Franz G. Carlier, d’Andoumont, j’ai le plaisir d’apporter un petit prolongement à cette rubrique.

« Il se trouve que, pendant la guerre, m’écrit mon correspondant, j’ai eu l’occasion de faire des ressemelages avec un vieux cordonnier. Comme de règle avant l’ère des collages, nous employions des semences pour fixer les semelles (clous minces de section carrée qui se replient sur le pied de cordonnier et solidarisent ainsi semelle, empoigne et « première » (c’est-à-dire semelle de cuir intérieure). Mais le vieux cordonnier m’a montré une autre méthode : les chevilles étaient remplacées par de petites chevilles de bois, de section carrée. Il les chauffait et les séchait sur le poêle, dans un couvercle de métal ; perçait un avant-trou dans la semelle et enfonçait une double rangée de chevilles tout autour de la semelle. En reprenant de l’humidité, les chevilles gonflaient et fixaient la semelle. Avantage sur les semences ? Les semences rouillent et abîment finalement le cuir, tandis que les chevilles ne rouillent pas !

C’est d’ailleurs ainsi qu’étaient montées les demi-bottes de l’armée allemande. A la fin de la guerre, j’ai eu la chance d’en « récupérer » une paire dans un collège que les Allemands venaient de quitter. Elle l’a servi durant plusieurs années. »

Merci de nous avoir apporté ces quelques précisions qui, au-delà de l’anecdote, nous familiarisent avec un vocabulaire et une technique certainement en voie de complète disparition.

 

LE CONDUCTEUR DE DILIGENCE !

La Petite Gazette du 11 juillet 2012

Monsieur Fernand Maurer, de Hamois, m’a confié un ensemble de documents présentant un pan entier de l’histoire des transports dans nos régions puisque ces pièces nous conduisent au milieu du XIXe siècle quand son ancêtre obtient, le 9 août 1856, un avis favorable de la députation permanente quant à la demande qu’il a introduite avec le Sieur Orban en vue d’obtenir la concession d’un service de messageries entre Dinant et Ciney. Il est d’ailleurs intéressant de faire remarquer que la même députation permanente avait, le 20 juin précédent, refusé aux mêmes Sieurs Orban et Maurer l’autorisation d’établir ce même service de messageries.

Un avis, publié dans une feuille locale, dont je n’ai malheureusement pas les références, mais qui daterait du 9 juin 1861, donne quelques informations sur le service offert :

maurerAVIS

Martin MAURER, propriétaire du char-à-bancs de Ciney à Dinant, a l’honneur d’informer le public, qu’il part tous les jours le matin de Ciney pour Dinant, après l’arrivée du convoi de chemin de fer du Luxembourg venant de Jemelle ; et de Dinant pour Ciney, de l’hôtel des Ardennes, à 3 heures de relevée pour correspondre, à Ciney, avec le convoi venant de Luxembourg pour Bruxelles et avec celui de Bruxelles pour Luxembourg.

Mon correspondant m’apprend que son ancêtre « Martin Maurer, né le 11 juin 1818 à Bettingen, en Prusse, décédera à Ciney le 3 mai 1868. C’est à la suite du décès de son père qu’il émigrera vers nos régions où il devient conducteur de la diligence Ciney – Dinant. A sa mort, son épouse poursuivra l’entreprise de 1868 à 1877. Des documents fournis par M. Fernand Maurer, je conclus que la diligence, elle, poursuivra sa route. En effet, c’est ce véhicule que le Musée de la Vie Wallonne a acquis en 1925, date à laquelle elle cessa de circuler entre les deux villes. Elle venait de subir la concurrence d’une ligne d’autobus qui venait de se créer, la lutte était inégale et le progrès l’emporta sur la tradition. Son dernier propriétaire, venant d’acheter lui-même un omnibus automobile, a vendu les deux diligences dont il s’était servi jusqu’alors. La voici telle qu’elle a été présentée dans le n°8 des Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne daté d’octobre 1925. Elle devrait, à terme, être exposée au Musée des Transports en commun du Pays de Liège ; c’est du moins ce qui était officiellement annoncé à mon correspondant en avril 2009 !

malle-poste

  La Petite Gazette du 1er août 2012

MON AIEUL ÉTAIT CONDUCTEUR DE DILIGENCE !

Monsieur Fernand Maurer, de Hamois, nous a permis d’évoquer la mémoire de son aïeul et, surtout, le métier qu’il exerçait entre Ciney et Dinant : conducteur de diligence. Cette semaine, toujours grâce à l’importante documentation mise à ma disposition par M. Maurer, nous évoquerons le passé de ce mode de transport dans nos contrées.

Ainsi dans une brochure faisant partie de la série « Documents » publiée à l’occasion du millénaire de la Principauté de Liège et les 150 ans de la Belgique, j’extrais la pièce suivante datée du 13 mars 1687 et conservée aux Archives de l’Etat à Liège (Archives du Conseil Privé, Registre aux dépêches, 1683 – 1687, t. XXXIV, f° 347)

Ajoutes et modifications à l’octroi du 28 février 1687 autorisant l’établissement d’un service régulier de voitures entre Dinant et Liège

13 mars 1687

   S.A.S. estant requise de la part de Michel et Mathy de St-Hubert de régler quelques points nécessaires pour faciliter le charoy vers Dinant, en excécution de l’octroy leur accordé par ses lettres patentes du 28 février dernier, et considérant qu’avant tout il convient de pourvoir à ce que les chemins soient mis en état de s’en pouvoir commodement servir, Saditte Altesse, ne veulant rien obmettre de ce qui peut dépendre d’Elle pour rendre la chose autant plus praticable et avantageuse au commerce et au public, ordonne sérieusement par ceste à son magistrat de Dinant de rendre bons, incessamment, les chemins qui sont de son resort, signanment au lieu de Foidvaux, et de les y entretenir.

   Que tous et chacun villages de la route qui seront indiqués à son haut officier, devront de mesme, sans aucun délai ny remise, à la première semonce de sondit officier, réparer et entretenir pareillement les chemins de laditte route pour autant qu’elle s’estendra par leur districht et sera païs de Liège, sans toucher aux terres estrangères, conformément à ce qui a esté autres fois suivi par charoy et voiturier.

   Et afin que les chartiers et voituriers de laditte route soient spécialement distingués, S.A. permet à chacque homme qui y sera employé de porter les ouleurs de ses chartiers ordinaires, voire parmy serment de ne s’en servir à aucun autre usage et de ne les prester à autruy ; voire mesme il leur sera permis de porter des armes à feu découvertes et chargées à balles contre les voleurs.

   Et comme S.A. a commandé ausdits de St-Hubert de partir chaque lundy d’une ville à l’autre, et qu’il luy a esté remonstré qu’il y avait plus d’avantage et de bénéfice pour le commerce de rendre la voiture plus fréquente, Elle a bien voulu, à leur réquisition, leur accorder le permission de pouvoir faire aller successivement les charrettes les lundis et jeudis d’une ville à l’autre, à sçavoir le lundy de Dinant, le jeudy de Liège, le lundy de Liège et le jeudy de dinant, ordonnant pour ce à tous ceux qu’il touchera de s’y conformer et de s’acquitter respectivement des devoirs de leurs charges, à l’exécution tant des présentes que des lettres d’octroy susdittes.

   Donné au Conseil de S.A., le 13 de mars 1687

 

N.D.L.R. En 1687, le prince-Evêque de la Principauté de Liège est Maximilien-Henri de Bavière. En outre, ce prélat, détesté des Liégeois, était également archevêque-électeur de Cologne et  évêque de Hildesheim ; en 1683, il fut, en plus, nommé évêque de Munster.

Le département de Sambre et Meuse a été créé le 1er octobre 1795,  il sera dissous en 1814 ;  mais avant même sa constitution officielle, des décisions administratives se devaient d’être prises. Ainsi, le 23 janvier 1793, l’administration provisoire requérait le citoyen Bosque pour que soit établi un service de poste aux lettres entre Dinant et Givet et entre Dinant et Ciney.

Dès 1856, le nom de Martin Maurer, l’aïeul de mon correspondant, apparaît régulièrement dans les délibérations de la députation permanente pour modifier le service de messagerie qu’il exploite entre Ciney et Dinant ou quand il sollicite une réduction de la taxe due aux barrières de Sorinnes et de Dinant. La dernière fois où ce patronyme apparaît dans ces délibérations officielles c’est le 12 octobre 1877, quand sa veuve abandonne l’exploitation de son défunt époux. Elle sera transférée au sieur Potier.

La fin du XIXe siècle coïncide avec l’apparition d’un nouveau mode de transport ainsi que l’indique la députation permanente en date du 11 août 1899 quand elle décide « sous conditions et sous réserve d’approbation Royale, d’autoriser la Société anonyme régionale de transports par automobiles, à Namur, à établir un service d’automobiles à vapeur pour le transport de voyageurs en commun et de marchandises, entre Profondville et Dinant, avec service de dinant à Namur et retour, pour prendre les dépêches postales à 10 heures du soir. » L’heure du déclin des malles-postes et des chars-à-bancs avait sonné.

 

La Petite Gazette du 15 août 2012

MON AIEUL ÉTAIT CONDUCTEUR DE DILIGENCE !

Grâce aux informations et documents fournis par Monsieur Fernand Maurer, de Hamois, nous avons eu la chance d’évoquer la réalité de ce métier d’autrefois. Voici, pour conclure sur le sujet ce que disait sur ce même thème et à propos de cette diligence montrée il y a peu le journal local « Les Nouvelles du Condroz » du dimanche 9 novembre 1930 sous la plume d’un certain Pol Judon:

« La dernière diligence en service en Wallonie.

 La semaine dernière, deux forts chevaux ont amené vers Liège la vieille diligence qui a fait le service Ciney-Dinant jusqu’en 1925. On se rappelle que son propriétaire, M. Joseph Lamor, avait espéré lutter, malgré tout, contre la concurrence d’une ligne d’autobus, créée en 1924.

Après quelques mois, il avait fallu se rendre à l’évidence: en notre siècle d’essence et de vapeur, la « diligence » et ses deux mules n’étaient plus de leur temps. Elles subirent le sort impitoyable réservé aux vieilles choses d’ici-bas et, du jour au lendemain, elles furent, c’est le cas de le dire, supprimées de la circulation.

C’est un reste du bon vieux temps qui disparut définitivement.

Le char à banc du père Lamor et de Jules, des Dernelle, des Barzin, des Maurair était bien beau, cependant! On le revoit, ni vert, ni gris, ni jaune, mais de cette couleur indéfinissable de la route qu’il parcourait.

Haut sur roues, coiffé d’un immense bonnet-abri des marchandises, anguleux, ceinturé d’une bande claire où se lisaient les noms de ses destinations, il avait bel air quand même!

Là-bas, vers Achêne, vers Sorinnes, la vieille voiture supportait tout: la bise qui fouette, la neige fine et les rafales sifflantes de la pluie.

Jules Lamor, qui a assuré pendant trente-cinq ans le service de la diligence Ciney-Dinant en a connu de riantes et tristes aventures, des incidents et des accrocs au cours de tous ses déplacements.

Le dernier char-à-bancs de Wallonie vient d’être acquis par le Musée de la Vie Wallonne à Liège. C’est là la reconnaissance pour bons et loyaux services. Il méritait d’être conservé, car il marque une date dans l’histoire des transports dans notre pays. »

Jules Lamor dut se reconvertir en troquant son habit de cocher contre une salopette de conducteur de camions, au service de « l’Economie Populaire », entreprise cinacienne plus connue sous le vocable de « l’Epécé ».

Pour ce qui concerne la malle-poste qui assurait le service entre Ciney et Dinant, un extrait du calendrier de 1981 édité par l’ASBL Pro-Post et la Régie des Postes nous procure quelques informations:

« C’est Monsieur Léon Sommelette, né à Achêne en 1850, qui fut le dernier conducteur à assurer, au début de ce siècle (il s’agit du XXe siècle), le dur service du transport du courrier postal entre Ciney et Dinant. Il s’agissait, en effet, d’un service assez pénible.

La poste quittait la poste de Ciney à 7 heures du soir et arrivait à Dinant à 9 heures.

Après avoir remis les dépêches à la poste, le conducteur restait à Dinant jusqu’à 2 heures du matin.

Un service postal spécial préparait le courrier à destination de Ciney.

La malle-poste Ciney-Dinant n’était pas très confortable, il y avait place pour huit voyageurs dont deux s’installaient à côté du conducteur.

Une boîte aux lettres était accrochée à l’arrière et un coffre blindé, fermé à clef, était destiné  contenir les dépêches. Fermé au bureau de départ, ce coffre était ouvert au bureau d’arrivée par les préposés de la poste.

En 1932, à l’occasion d’une interview, Monsieur Léon Somelette, alors âgé de 82 ans, confiait au journaliste qui désirait savoir s’il n’avait jamais eu peur de circuler seul ainsi la nuit:

« J’avais un chien-griffon ‘Serdjant’ qui était admirablement dressé. Il faisait le voyage sous la voiture marchant derrière le cheval et chaque fois que nous croisions un passant il baissait la tête, laissait passer la voiture et suivait alors en surveillant le convoi. Si quelque riverain avait une lettre à mettre à la boîte, il devait me faire signe d’arrêter et j’appelais ‘Serdjant’ pour permettre à la personne d’approcher de la boîte aux lettres ». »

La confusion est aisée, à notre époque, entre ces deux modes de locomotion. La malle-poste, ainsi que le cabriolet appelé « chaise de poste », étaient spécialement destinés au service de la poste, quoique prenant en plus quelques voyageurs. La voiture publique ou diligence, par contre, était destinée au transport de personnes et de marchandises. Occasionnellement, elle prenait également des dépêches et correspondances.

 

VITAL PRÉLAT, LE VICAIRE « ENDIABLÉ »

La Petite Gazette du 27 mai 2009

Voici une histoire comme on les aime dans La Petite Gazette, avec tout ce qu’il faut d’insolite pour la pimenter… Merci à M. Roufosse de me permettre de vous la présenter, agrémentée d’intéressantes illustrations.

« Dans un petit ouvrage paru en 1947, le Père Lucien Hoornaert, professeur au Collège de Mons, retrace la vie de Vital Prélat, né en 1862 et qui sera Révérend Curé de Berzée de 1902 à 1945.

Faire-par..

 

A l’âge de 27 ans, le religieux va commencer sa vie sacerdotale au poste de vicaire à Marche-en-Famenne. C’est ici que l’auteur du livre ouvre une parenthèse d’une dizaine de pages sur un épisode de la vie de Vital Prélat qu’il appelle «Les affaires de Marche» et que, précise-t-il, il aurait préféré passer sous silence, mais qu’il décida tout de même à reproduire, suite aux confidences directes de personnes dignes de foi, lesquelles lui furent faites en août 1941.
Or donc, dès son arrivée à Marche le 7 septembre 1889, le jeune vicaire prend logement chez les époux Paul Renson-Lessuisse, négociants, au 33 de la rue Dupont. Ce foyer comptait plusieurs enfants dont deux embrasseront plus tard la vie religieuse. Les témoignages du couple, pour ce qui va suivre, seront des plus précieux.

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Marche, à cette époque, comptait un peu plus de 3 500 habitants. L’église était desservie par l’abbé Otte, prêtre rigide au caractère peu commode. A peine installé, Vital Prélat va donner libre cours à son zèle, tout d’abord, en convertissant «Paul Nanasse» (de son vrai nom Léopold Lambotte), débauché de la pire espèce habitant un taudis dans une ruelle proche de l’église, et ensuite, en exorcisant à la prison de la ville l’avocat allemand Ketler, lequel avait livré son âme au Diable, qu’il appelait d’ailleurs «Papa».

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Mais par la suite, «l’Esprit des Ténèbres» (s’il s’agit toutefois bien de Lui) va se venger !

Ce ne furent au début que des coups violents frappés contre la porte de la chambre à coucher du vicaire. Mais les choses n’allèrent pas en rester là.

« J’ai été bien des fois le témoin du bouleversement de la chambre à coucher de Vital Prélat. Tout était arraché en un instant : ciel de lit, rideaux, stores ; parfois, de lourdes armoires étaient entièrement démantibulées dans un vacarme assourdissant (Il fallait ensuite la force de quatre ouvriers pour les redresser). Les globes de verre protégeant des statuettes étaient jetés avec force sur le plancher sans se briser. Dans ce tumulte effrayant, le pauvre vicaire, muni d’un seau d’eau bénite et d’un goupillon, courait dans tous les sens, aspergeant les quatre coins de la chambre avec de grands signes de croix. Un autre soir, c’est le lit qui est renversé sur lui. Bref, aucune nuit ne se passait sans incidents». (confidences faites à l’auteur). » A suivre dès la semaine prochaine.

 

La Petite Gazette du 7 juin 2009

« Bien sûr, les parents Renson étaient consternés et abasourdis. Vis-à-vis de leurs voisins, ils auraient bien voulu tenir ces choses cachées. De toute façon, comment taire ces incidents : les bruits étaient tellement violents, pareils à de fortes détonations, plus terribles que les décharges de l’orage. Aussi, devant la maison, stationnaient chaque soir en curieux, cinq à six cents personnes, maintenues par les gendarmes. Tout le monde était épouvanté par un tel remue-ménage.
Le robuste Doyen Otte, n’ajoutant aucune foi à tous ces racontars, voulu essayer de passer une nuit dans la chambre contiguë à celle du vicaire Prélat : bientôt, il s’enfuit au plus vite au milieu des vacarmes infernaux.

Les vexations ne se limitèrent pas à la maison Renson. Un soir, le vicaire soupait chez le Doyen Otte. Alors qu’on attendait la servante avec les plats, brusquement, le buffet, la table, la vaisselle, les chaises… tout fut jeté à terre avec un bruit épouvantable… Etrangement, rien, toutefois, ne fut brisé.

Un autre jour, le Vicaire fut sauvagement arraché à son confessionnal et projeté sur une dizaine de mètres sur le pavement de l’église, le tout dans un assourdissant bruit de tonnerre.… Ou encore, un matin à la sacristie, il sera renversé sur le sol et recevra sur lui la grande armoire, le coffre-fort de la sacristie et tous les ornements sacerdotaux dans un désordre indescriptible. Tout ce remue-ménage attire les fidèles qui vinrent le dégager. Charles Fontinoy, sacristain et chantre à Marche, a assisté à la scène, glacé d’effroi.

Tenu au courant de ces agissements, l’évêque va faire exorciser le malheureux. En vain. Il décida alors de faire placer chaque nuit dans la chambre à coucher de Vital Prélat, deux témoins, hommes sûrs et peu imaginatifs. Mais lorsque le vicaire est projeté à l’autre bout de la chambre et que le lit effectue une charge en règle vers les dits témoins, ceux-ci ne résistèrent pas et ils s’enfuirent aussitôt, ne voulant plus jamais revenir sur les lieux…

Ces événements durèrent en tout six longs mois. Et puis soudainement, pour des raisons que l’on ignore, tout cessa brusquement. Plus le moindre bruit, plus la moindre manifestation, plus rien.

«Mais – d’après les dires de Vital Prélat – ce qui me faisait alors le plus souffrir, c’était de voir ces centaines de personnes qui stationnaient le soir devant mon logis et me considéraient comme un saint

Aussi, est-ce avec un certain soulagement qu’il apprit, fin novembre 1892, que son nouvel évêque l’envoyait comme vicaire à Flawinne-Mirwart. »

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Mon passionnant correspondant conclut, comme je l’aurais fait, en vous appelant à compléter l’information.

« Si, parmi les lecteurs, certains ont recueilli et conservé (de leurs parents ou grands-parents), des témoignages concernant ces faits peu coutumiers, merci de les adresser à La Petite Gazette.

Il doit y avoir eu des procès-verbaux de gendarmerie… ou des articles dans les gazettes locales ? Personnellement, il y a une dizaine d’années, j’ai eu en mains un morceau de la soutane de l’abbé Prélat, qu’une personne de Marche (dont je n’ai malheureusement pas retenu l’identité) avait obtenu en 1971 et qu’elle considérait comme une relique. »

 

La Petite Gazette du 17 juin 2009

ENCORE L’ABBE PRELAT …

Le sujet vous a manifestement touché puisque vous continuez à vous manifester…

M. Guillaume, de Marloie, m’a envoyé une copie du souvenir mortuaire de l’abbé Prélat en précisant qu’il a été distribué à Berzée lors de ses funérailles.

Mme Andrée Lobet-Collard, de Marche-en-Famenne, m’a transmis une copie d’une long article (malheureusement sans la moindre référence, mais je pense bien qu’il s’agit là de l’ouvrage dont nous avait parlé M. Roufosse, à savoir  un petit ouvrage paru en 1947, dans lequel le Père Lucien Hoornaert, professeur au Collège de Mons, retrace la vie de Vital Prélat, né en 1862 et qui sera Révérend Curé de Berzée de 1902 à 1945) consacré à cet abbé qui défraya la chronique marchoise. On peut y lire notamment :

« …les faits étranges, ayant été portés à la connaissance de multiples personnes et ayant subi, par la suite, au cours des années, de nombreuses modifications par tradition orale et écrite, sont pour la plupart déformés, exagérés, voire même purement inventés.

Ce n’est pas en collationnant pareils récits que nous écrivons ces lignes. Non, nous ne faisons que reproduire les confidences directes qui nous furent faites personnellement en août 41, en les accompagnant des témoignages de personnes vraiment dignes de foi !

(…) L’esprit malin, durant six mois, tourmenta le pauvre Vicaire. Au début, ce ne furent que des coups violents frappés contre la porte de sa chambre à coucher. « J’avais dix ans, nous écrit la petite Renson, et j’ai bonne souvenance de la première visite de l’esprit des ténèbres venant frapper à la porte de sa chambre à en faire trembler toute la maison. Monsieur l’Abbé sortit aussitôt et vint heurter à la porte de mes Parents, disant : « Paul, qui vient frapper ainsi à ma porte ? »

Papa s’arma d’un revolver, fit le tour de la maison mais sans rien trouver… »

Son frère, le futur prêtre, n’est pas moins formel. « La première nuit du vacarme, mon père s’est relevé, revolver en main, croyant que des malotrus avaient envahi la maison.  Le lendemain, même bruit. L’Abbé Prélat, dans l’entre-temps, avait dit à mes Parents de ne rien craindre parce qu’il savait ce qui se passait »

Mais, bientôt, l’esprit du mal ne se contenta pas seulement de frapper à la porte, il pénétra à l’intérieur pour commettre ses méfaits. »

 

 La Petite Gazette du 1er juillet 2009

Mme Andrée Lobet-Collard, de Marche-en-Famenne, m’a transmis une copie d’un long article consacré à l’abbé Prélat. On peut y lire notamment :

« Aloys Renson âgé alors de 14 ans fut le témoin de faits inexplicables ; écoutons-le :

« M. Prélat, rentrant de voyage, avait pris froid et avait demandé que je lui porte un grog au cognac, quand il serait au lit. Arrivé dans sa chambre, il boit le grog, je lui souhaite le bonsoir et m’apprête à sortir, quand le lit brusquement se transporte au milieu de la chambre : « Donnez-moi vite l’eau bénite ». Au bout de quelques minutes, le calme était revenu. Il me demanda de repousser le lit, ce que je fis difficilement car j’étais jeune. A peine remis dans sa position première, de nouveau le lit fonce sur moi… vite l’eau bénite. Derechef le calme revint. L’Abbé me demanda alors si je n’avais pas peur. Pour plus de sûreté, conclut-il, allez appeler votre grand-maman (celle-ci le regardait comme son fils). J’y vais et, peu après, nous voulons pénétrer tous les deux dans la chambre… mais quel spectacle se présente à nos yeux : Monsieur le Vicaire gît sur le plancher, chaufferettes, matelas et le lit lui-même sont renversés sur lui. Nous avons dû l’aider à se relever. »

ET SI ON JOUAIT AUX BILLES ?

 

La Petite Gazette du 22 août 2012

Madame Andrée Bernaerts, d’Embourg, m’explique qu’elle a conservé beaucoup de billes en verre avec lesquelles ses garçons, nés dans les années 1960, ont joué. Elle se souvient également que, dans sa propre jeunesse cette fois, elle voyait des garçons passionnés qui jouaient de longues heures, accroupis derrière des billes pareilles.

« N’ayant pas eu de frère, je n’ai jamais connu les règles de ces jeux qui, en plus, étaient réservés aux garçons ! J’ai maintenant des petits enfants qui jouent n’importe comment avec ces billes, cela ne dure donc pas longtemps ! Or je voudrais les intéresser davantage aussi, à mon tour, fais-je appel aux lecteurs de la Petite Gazette pour qu’ils m’expliquent, et que je puisse transmettre à mes petits enfants, les règles des jeux de billes comme on y jouait autrefois. »

J’ai aussi beaucoup joué aux billes durant mon enfance, lors des récréations à l’école communale par exemple. Je me souviens par exemple que nous jouions « al pote ». On traçait, sur une zone plane en terre battue, une large circonférence, entre 4 et 5 mètres de diamètre. Au centre, on creusait la « pote », une petite fosse d’une dizaine de centimètres de diamètre et de quelques centimètres de profondeur. Chaque joueur, à son tour, lance une bille vers la fosse au départ de la limite du cercle tracé. Quand tous ont joué, celui qui a réussi à lancer sa bille dans la « pote » (ou celui qui s’en est le plus rapproché) rejoue. Il est obligé de viser la bille la plus proche de la sienne et s’il la touche, il la gagne et peut rejouer en visant de nouveau la bille la plus proche. Quand il rate, c’est au suivant de procéder de même.

Il y avait bien d’autres façons de jouer et j’espère que vous aiderez cette lectrice à donner la passion des billes à ses petits enfants. J’attends vos courriers nombreux sur le sujet et vous en remercie d’ores et déjà.

 

La Petite Gazette du 12 septembre 2012

Monsieur André Janssens, de Heyd, se souvient des « jeux de billes qui nous ont fait passer de si agréables moments à l’école primaire entre 1939 et 1945, malgré les événements de l’époque et, quelquefois, entre deux alertes aériennes. »

Monsieur F. Edeline, de Tilff, répond lui aussi avec beaucoup d’enthousiasme : « Quelle bonne idée de faire une enquête sur les jeux de billes ! Comme Mme Bernaerts a raison de souligner la disparition de ces beaux jeux au grand air et avec des compagnons réels et non virtuels ! »

Un des jeux que mes correspondants évoquent est celui dit « au carré ». En voici les règles :

Pour 2 à 4 participants. On traçait un carré de 30 à 40 cm de côté. Chaque joueur y disposait 2 ou 3 de ses billes, à des distances égales les unes des autres. Depuis une ligne tracée à 3 ou 4 mètres de distance, chaque joueur envoyait sa bille-tireuse en essayant d’expulser une ou plusieurs billes-cibles du carré, lesquelles formaient alors sa prise. Si après les premiers tirs, personne n’avait touché une bille-cible, c’était à celui dont la bille-tireuse était la plus proche du carré à recommencer. Il était permis, en tirant, d’écarter  les billes-tireuses d’un ou de plusieurs concurrents. Si une bille-tireuse, même après avoir expulsé une bille-cible du carré, restait elle-même dans le carré ; le joueur était éliminé et sa bille-tireuse devenait une bille-cible supplémentaire.

Il y avait deux manières de jouer, en « amical », quel que soit le résultat, la partie terminée (quand toutes les billes étaient sorties du carré) chacun reprenait ses billes et on notait simplement le résultat, ou « pour de vrai » et, dans ce cas, chaque bille-cible sortie du carré devenait le butin de l’heureux tireur. Cette formule était interdite à l’école mais se pratiquait extra-muros.

Mes correspondants qui, signalons-le car c’est important, ont tous les deux pratiqué ce jeu durant leur enfance à Bruxelles précisent que la bille devait être expédiée d’une façon précise, la seule autorisée, c’est-à-dire qu’elle ne pouvait être propulsée que par une brusque détente du pouce. M. Edeline précise que « seules les filles jouent en pinçant leur bille entre le pouce et l’index ! Chaque coup était très surveillé par les adversaires car il était interdit de « youper », c’est-à-dire d’accompagner le tir par un mouvement du poignet dans la bonne direction ! »

 

La Petite Gazette du 26 septembre 2012

Retrouvons quelques souvenirs de jeux, de règles et de « matériel » tels qu’ils m’ont été confiés par les lecteurs.

Monsieur F. Edeline, de Tilff, nous apporte des précisions importantes sur la façon de jouer aux billes selon les lieux où il a habité. Originaire de Bruxelles, avec sa famille, il a émigré vers Bouillon au début de la guerre et il se souvient :

« Les jeux y étaient très différents, le « carré » y était inconnu. La population était plus pauvre et les billes de verre plus rares. Celles, transparentes avec une sorte de petite hélice de couleur vive, étaient très prisées, on les appelait « œil de chat ». Mais la bille courante, monnaie d’échange, était en terre cuite. Souvent nous les faisions nous-mêmes : petites boulettes d’argile qu’on mettait dans le pot de la cuisinière pendant 24 heures. On ne les retrouvait pas toujours !

Le vocabulaire était très différent car le patois de Bouillon n’a rien à voir avec le dialecte liégeois. Si on touchait une bille, avec sa bille personnelle, toujours en verre celle-là, on criait « pèté ». Si on faisait une manœuvre passible du « paiement » d’une bille, on criait « Tchê ! ».

Un des jeux en vogue alors était la poursuite. Il pouvait se jouer à deux et le jeu consistait à essayer de toucher la bille de l’adversaire. On comptait alors un point et on avait le droit de rejouer. Rejouer consistait à se placer près de la bille de l’adversaire et, par un coup puissant et un peu plongeant, à l’envoyer dinguer à deux mètres alors que sa propre bille restait sur place. Ce n’était pas facile à réussir et cela ressemble au « bouler » du jeu de croquet. ».

Monsieur André Hanssens, de Heyd, se remémore un jeu de billes très original : le « football aux billes ». Il vous l’explique :

« On formait deux équipes de 7 ou bien de 11 billes de même couleur pour chaque équipe et disposées, au départ, comme les joueurs de football, sur un terrain tracé sur le sol, de 2,5 à 4 mètres de long selon le nombre de billes joueuses dans chaque équipe.

Il fallait aussi un « ballon », une bille de couleur différente de celles utilisées par les deux équipes. Le jeu consiste à faire des « passes » entre les billes d’une même équipe et à envoyer le « ballon » dans les buts adverses, sans toucher la  bille « gardien de but » car, dans ce cas, le but est annulé et la bille-gardien remise à sa place.

Aussi longtemps que les billes-joueuses d’une même équipe touchent le « ballon », elles continuent à tirer, le joueur choisissant chaque fois sa bille joueuse la plus proche du « ballon ». Dès qu’elles le manquent, c’est à l’adversaire de prendre l’initiative.

Il est interdit de tirer sur les billes joueuses adverses ; le cas échéant, il y a « faute » et le « ballon » revient à l’adversaire.

Si une bille joueuse emportée par son élan déborde du terrain, elle reprend sa place à l’endroit où elle a franchi la limite, comme pour les remises en jeu du vrai football. Deux, voire trois partenaires peuvent s’associer pour manier les billes joueuses d’un même camp. »

Et bien, grâce à ces deux lecteurs, voilà encore de quoi passer de bons moments…

 

La Petite Gazette du 31 octobre 2012

C’est aujourd’hui Monsieur Raymond Hébrant, de Comblain-au-Pont, qui se souvient des jeux de billes qu’il pratiquait durant sa jeunesse.

« Dans mon école, en récréation, nous jouions aux billes, « al pote » par exemple. Le jeu consistait à placer sa bille dans le trou en partant du pourtour. Le jeu se jouait en équipe. On pouvait éjecter un adversaire qui se trouvait bien placé dans le chemin, afin de permettre à son équipe de se placer convenablement. On jouait parfois avec de grosses billes appelées « maillets ».

A Marche-en-Famenne, nous étions à l’école primaire dans les années 1948 – 1949 et nous jouions là à un autre jeu que nous appelions le « triangle ». Chaque joueur mettait une bille dans le triangle, parfois on pouvait y mettre deux ou trois billes et alors on pouvait jouer deux ou trois fois. Pour savoir qui commençait le jeu, il y avait une ligne située à plus ou moins trois mètres du triangle et le joueur qui avait lancé sa bille le plus près de la ligne commençait. Le jeu consistait à faire sortir le plus possible de billes du triangle, ces billes devenaient alors la propriété du gagnant. Afin de retarder certains joueurs, on pouvait lancer notre bille sur celle de l’adversaire afin de l’éloigner du triangle.

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Je me souviens que dans notre groupe, il y avait un joueur très habile, il pointait si bien qu’il faisait mouche plusieurs fois de suite. Certains joueurs n’avaient plus de billes, un commerce illicite s’installait alors et le gagnant revendait ses billes à un prix moindre que celui pratiqué au magasin… Sur une semaine, il récoltait ainsi quelques francs. »

 

La Petite Gazette du 12 décembre 2012

Monsieur F. Edeline, de Tilff, se souvient que les enfants jouant aux billes à Bouillon, où il vécut une partie de son enfance, jetaient parfois un sort à leur adversaire…

« Lorsqu’on voulait jeter un sort à l’adversaire, afin de l’empêcher de viser juste et donc de toucher notre bille, on se dépêchait de tracer une croix sur la trajectoire probable de la bille menaçante, en criant « Croix de bouc ! ».

Bouillon est à 25 Km. de Florenville, et ma grand-mère avait vécu à Martué, où son mari était garde-barrière. Elle m’a appris une petite formule de malédiction que je transcris comme je m’en souviens :

Poiche au pot          (= petit pois)

Crapaud crevé

Raine des patées     (= grenouille des prés et des pâtures)

Pour faire la dikausse (= la ducasse)

A Martué

Je sais qu’il fallait, en même temps, faire des gestes de la main, du genre tracer une figure sur le sol avec un doigt, mais j’ai oublié précisément quoi. »