ALLONS SÎZER…

Les soirées d’hiver dans nos villages donnaient, jadis, lieu à de sympathiques rassemblements que justifiaient diverses réalités d’alors. Tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, des voisins se réunissaient pour sîzer, pour passer la soirée ensemble. Cela permettait d’économiser du bois de chauffage, un peu de pétrole lampant ou quelques bouts de chandelle mais, surtout, cela encourageait les échanges et la transmission d’un savoir ancestral. Aller al sîse c’était aussi aller hoûter lès novèles, partager quelques potins du village ou des environs. Très souvent également, lors de ces soirées passées au coin du feu, les légendes locales, les contes traditionnels étaient racontés et donc transmis.

La Petite Gazette, au fil de ces très nombreux épisodes, a permis d’en sauver quelques exemplaires représentatifs. En voici un premier échantillon.

La Petite Gazette du 5 janvier 2000

MA GRAND-MERE ME RACONTAIT DES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES

Monsieur Max-Léon Jadoul a fait l’effort, agréable me semble-t-il, de se souvenir des histoires que lui racontait Célina , sa grand-mère et marraine.

« Le vert-bok : un pauvre petit cultivateur se lamentait dans sa clairière sur les difficultés de subsister. Son épouse ne manquait pas de lui reprocher qu’il devait vivre sous une hutte de branchages et qu’il n’était pas capable de leur construire une petite maison. A bout de larmes, il soupira un jour : « il n’y a plus que le diable qui puisse m’aider ! »

A cet instant, dans un nuage de fumée, lui apparut un être fantastique : pieds fourchus, corps d’homme, tête et cornes de bouc, avec une grande barbiche. Il reconnut immédiatement le vert-bok ricanant. C’était le diable en personne. « Que puis-je faire pour toi ? » Se souvenant des reproches de sa femme, il exposa ses difficultés. « Je fais un pacte avec toi : je te place dans ta clairière, les matériaux nécessaires ; tu construiras une maison de deux pièces et, quand tu auras terminé, je viendrai prendre livraison de ton âme et de tes os. »

Forcé d’accepter le marché, le pauvre se résigne et, sur-le-champ, se met à l’œuvre. Sa femme s’inquiète pour savoir d’où viennent ces matériaux providentiels. Le pauvre homme finit par avouer : il a vendu corps et âme et, dès le travail terminé, il quittera la vie.

Ce n’est rien, lui dit-elle : « quand le diable viendra, je l’embobinerai ». Effectivement, un jour, le vert-bok  vint pour réceptionner les travaux. Il s’en dit très satisfait. « Maintenant, dit-il, je t’emporte aux enfers. »

« Monseigneur, dit la femme, ne croyez-vous pas qu’une annexe plus grande et plus belle pourrait vous servir de salle du trône, mieux digne de vous ? »

« Tout à fait d’accord, dit le diable, la main-d’œuvre ne me coûte rien. Je reviendrai quand la salle du trône sera construite. »

Les matériaux ne tardèrent guère à affluer et la salle du trône se construisit. Un beau jour, il fallut bien se rendre à l’évidence et recevoir Belzébuth. « Ce n’est rien, dit la femme, fais comme moi, j’en fais mon affaire. Monseigneur, prenez possession de votre palais ; installez-vous dans ce coin . »

A ce moment, mari et femme se jettent sur le Malin, le ligotent et l’attachent à un solide crampon fixé dans le trône. Le vert-bok a beau se débattre, jeter tous ses feux, hurler ses pires imprécations ; il n’y a rien à faire, il reste rivé à la muraille dont il a fourni lui-même les pierres. Les heures passent… mais que voulez-vous faire d’un bouc stérile ? Tous trois conviennent d’un pacte et  les époux le laissent s’enfuir pour ne jamais revenir. Le Malin dut conclure que plus rusé que le vert-bok, c’est toujours une femme ! »

Que pensez-vous de ces histoires racontées à la veillée, il y a plus de 70 ans ? Si, comme M. Jadoul, vous avez des souvenirs de ces personnages et êtres merveilleux qui hantèrent votre enfance, faites-les revivre dans La Petite Gazette. Je suis certain que vous ferez des tas d’heureux. D’avance merci.

La Petite Gazette du 19 janvier 2000

A LA VEILLEE AVEC GRAND-MERE

   Grâce à Monsieur Max-Léon Jadoul, d’Arlon, nous avons le plaisir de renouer avec les sizes du temps jadis.

« Ma grand-mère s’appelait Célina Lejeune, épouse de Maximilien Deward.  Elle a habité longtemps à Nandrin, parmi les hameaux aux noms si pittoresques Croix André (Criandrie), Croix claire (Cayèt-Bwès)… Jeune veuve, elle dirigeait fermement sa nichée de garçons complétée par deux filles. Dans les années 1925 – 1930, j’eus le plaisir de vivre en sa compagnie ; quels jours heureux et que de petites joies ! Cette femme exceptionnelle, bourrée d’expérience et de joie, possédait de plus un don de conteuse hors du commun. C’était une fameuse comédienne et, pour le concours de grimaces, sans rire, elle était imbattable. Voici un des personnages qu’elle aimait mettre en scène : Li Neûre Poye.

Un pauvre paysan avait une très jolie jeune femme, trop jolie disaient les mauvaises langues ! Ils s’aimaient d’amour… et, cependant, le pauvre mari éprouvait quelques doutes. En effet, chaque vendredi soir, après les effusions légitimes, mais bien avant minuit, la belle disparaissait sans bruit. La confiance régnait certes, mais tout de même !

Il avait surpris des éclairs de malice dans les yeux des charitables voisines. Un vendredi soir, il se résolut à tirer l’affaire au clair. A minuit, il se mit en route vers le bois de Rognac, en direction du vieux Chêne-Madame, endroit réputé pour les manifestations du  Malin. Venant de Rotheux, il aperçut une lueur verdâtre ; se rapprochant encore, il put voir un énorme bouc noir assis sur une souche et, tout autour de lui, une profusion d’animaux de basse-cour : poules, canes, oies, dindons qui tournaient en procession autour du chêne, en se dandinant et en barbotant dans leur langage respectif C’était vraiment très étrange. Ce qui le surprit le plus, c’est la très forte odeur de soufre et d’urine que dégageait le monstre et cela sans que la chose ne semble impressionner ses fidèles.

Le brave garçon en avait vu assez et il rentra au plus vite au logis. Il y parvint juste avant le chant du coq ; à temps pour apercevoir, toutes plumes dehors, une poule noire qui plongeait dans la trappe du poulailler. Vivement, le brave homme referma la trappe et retourna se coucher.

Le jour bien levé, il entre dans le poulailler et voit une belle poule noire qu’il ne connaît pas et qui le regarde avec effronterie.

« Ah ! la belle poulette qui va me pondre de beaux œufs ! »

Mais point d’œuf, ni ce jour, ni le lendemain.

«  Oh ! dit le fermier, une petite poule qui ne pond pas des œufs… Je vais lui tordre le cou. »

C’est à cet instant qu’il entendit une sorte de râle où il crut comprendre « Pardon ! ». La lumière était faite : il savait que sa femme était allée au sabbat du Bois de Rognac. Il se rappela que la meilleure façon de désenvouter quelqu’un, c’est de lui flanquer sur le croupion un très grand coup de « banette », cette grande pelle en bois servant à défourner les pains. Ce qu’il fit avec la vigueur du mari outragé. Une grande fumée… et voilà que réapparaît sa petite femme tout en pleurs, qui avoue n’être qu’une macrale débutante, qu’elle regrettait en promettant de ne plus pratiquer toutes ces choses.

Elle tint parole, mais le mari vit quelquefois de singuliers éclairs moqueurs dans le regard de quelques voisines, ce qui ne l’impressionnait nullement. Ils furent heureux, ils eurent beaucoup d’enfants, mais elle ne révéla jamais les formules magiques à ses filles.

Li neûre poye, c’est bien fini… Encore que : ma grand-mère affirmait qu’il faut se méfier d’une poule noire qui traverse la route. Ce sont peut-être des bêtises… mais on ne sait jamais. »

 

Voici un bien beau conte populaire qui nous replonge directement dans l’ambiance de ces veillées de nombre d’entre vous n’ont pas oubliées et qui étaient faites de témoignages d’une tradition orale souvent multi-séculaire.

Grâce à Monsieur Jadoul donc, nous avons réveillé quelques êtres étranges et merveilleux qui sommeillaient au plus profond de nombreuses lectrices et de nombreux lecteurs. Madame Peeters, de Louveigné, fait partie de ces personnes dont l’enfance fut jalonnée des manifestations des croque-mitaines de nos régions.

« Jamais, m’écrit-elle, je n’aurais imaginé un jour écrire au sujet des frayeurs de mon enfance… Comme vous avez réclamé des anecdotes relatives au « Babô », voici un petit épisode qui a marqué ma prime enfance :

Nous étions trois enfants, de 9 ans, 7 ans et demi et 4 ans. J’étais la plus jeune. Nous habitions une maison bourgeoise, un long couloir s’ouvrait sur la cage d’escalier avec une première volée de marches, puis un entre-palier et une deuxième volée de marches qui menait au premier étage.

Mon frère et ma sœur s’arrangeaient pour me faire monter la première, la lumière était allumée au rez-de-chaussée et au premier, sur le palier. Ils me suivaient très lentement. Dès que j’arrivais à la deuxième rangée d’escaliers, ils descendaient à toute vitesse, éteignaient les lumières, sauf celle du premier couloir, qui était plus éloigné.

Une fois en bas, ils commençaient à agiter les mains entre les fuseaux, ce qui faisaient des ombres. Ils criaient « Voilà Babô ! » et émettaient des sons sinistres. Je vous assure que j’en ai gardé une image indélébile.

Aujourd’hui, septante ans plus tard, j’en rie, mais la peur a duré des années. Comme quoi les enfants sont loin de réaliser les conséquences de leurs farces. En vous envoyant ce courrier, je réussirai, peut-être, à me libérer à jamais du sort de Babô ! »

Je vous le souhaite Mme Peeters, mais je tiens à vous rappeler que si, bien sûr, les enfants ne peuvent mesurer les conséquences de tous leurs actes et que si vos frère et sœur vous taquinaient avec le Babô, ce sont bien les parents qui faisaient intervenir ces êtres inquiétants pour protéger leur progéniture des endroits dangereux. Sans vous l’avouer, votre frère et votre sœur devaient, sans doute et de cette façon, exorciser leur propre peur ; ils n’avaient pas encore La Petite Gazette, eux ! Un tout grand merci pour votre collaboration à  cette rubrique.

La Petite Gazette du 26 janvier 2000

A LA VEILLEE AVEC GRAND-MERE CELINA

C’est avec beaucoup de plaisir que, une nouvelle fois, nous retrouvons Monsieur Max-Léon Jadoul, d’Arlon, qui, avec émotion, se souvient des sizes animées par les contes et les histoires de sa grand-mère et marraine.

Aujourd’hui, c’est de sorcières qu’il sera question.

« Ce n’était pas un sujet permanent de conversation, mais, de temps en temps, dans les circonstances les plus anodines, se glissait une allusion à peine effleurée, mais toujours avec un air très entendu.

Je demandais : « Marraine, as-tu connu des macrales ? où vivent-elles ? » Les réponses étaient très évasives, mais elle en avait tout de même connu une ou deux !

Et moi-même, en ai-je connu ? En réfléchissant bien, peut-être l’une ou l’autre. C’est oui ou c’est non ? « Ptêt-bin qu’oui, ptêt-bin qu’non. »

Une pauvre vieille femme solitaire, un peu simplette, faisait quelquefois l’affaire. D’autre part, certaines de ces créatures s’arrangeaient pour donner l’impression d’être de commerce avec le diable. Vivant modestement dans une petite maisonnette, voire même une hutte de bûcheron, elles s’entouraient d’animaux « emblématiques » : le gros rouquin marcou (qui venait toujours faire des jeunes à notre petite minette), un vieux chien borgne, hargneux et sans race, une chouette familière (elle s’apprivoise très bien) et, surtout, un affreux bouc puant (le vert bouc) qui assurait à la macrale un revenu régulier, car il revenait à l’animal de présenter ses hommages à toutes les biquettes du canton ! C’est qu’il mettait du cœur à la besogne le gaillard ! et, surtout, il n’y en avait guère dans les villages, car un bouc cela sent et cela ne donne pas de lait…

Ces pseudo-sorcières détenaient de lourds secrets et des remèdes familiers que l’on venait solliciter de loin. J’entendis souvent parler d’un de ceux-ci mis en œuvre pour soulager de graves maladies infantiles. Il consistait en l’application, sur la poitrine de l’enfant, d’un pigeon ouvert en deux vivant !

La version masculine était le macraî et, pour ceux ayant acquis un grade supérieur « li macraî r’créyou » . Il ne passait pas son temps dans de folles broutilles de femmes, mais pouvait devenir redoutable, car il se déplaçait beaucoup. Les macraîs exerçaient de petits métiers solitaires et, dans mes recherches généalogiques, j’ai relevé notamment : faiseur de manches, faiseurs de trappes-souris (pièges à rats et à souris), faiseur de dents de râteaux, faiseur de haies.

Tout ceci pour vous dire que sorcière ou sorcier, à force d’y croire, on peut en avoir l’aspect ou le comportement. Mais il ne faut pas en rire… on ne sait jamais, comme disait ma grand-mère, qui en connaissait un bout sur la question ! »

Vous aussi, vous avez des souvenirs de ces histoires de sorcières ou d’êtres  et d’animaux merveilleux dont on parlait lors des veillées de jadis ; m’en parlerez-vous ? Déjà quelques très jolis récits me sont parvenus, au fil des chroniques à paraître, nous retrouverons les contes dont s’est souvenus Mary Bertosi.

Voici encore une rubrique qui nous promet de bien agréables surprises ; merci pour votre précieuse collaboration.

 La Petite Gazette du 2 février 2000

A LA VEILLEE AVEC GRAND-MERE

      Comme annoncé, voici le premier des contes que m’a adressés Mary Bertosi. Il s’agit de la retranscription de récits entendus durant son enfance. Elle tient à préciser que certains ont été remis sur papier au départ de quelques souvenirs seulement.

« La grande Fifine.

Notre Ardenne d’autrefois comprenait des tas de choses et de personnes incroyables de nos jours : des nutons, des loups-garous, des rebouteux, des sorciers, des fées, etc. Tous ces personnages ont disparu  maintenant, il paraît que c’est depuis qu’on récite l’Evangile de St-Jean.

Je vais vous conter, aujourd’hui, une histoire réelle de sorcière.

La grande Fifine était, comme son surnom l’indique, plus grande que la moyenne des Ardennais qui ne dépassaient guère, en ce temps-là, plus de 1 m. 60. Maigre, les cheveux grisonnants, personne ne savait son âge. Elle vivait dans une petite ville, au bord d’une rue en pente qui menait dans les forêts et au cimetière. Dans sa pauvre chaumière, elle vivait de peu, faisant des ménages ou des lessives, fabriquant des fagots, louant ses bras, comme on disait à l’époque.

Elle avait la réputation d’être sorcière, car elle était bien différente des autres femmes du bourg (il est à remarquer ici que les femmes étaient, plus souvent que les hommes, accusées de sorcellerie). Fifine connaissait les plantes et, l’été, on la voyait herboriser à droite ou à gauche, cueillant les simples et toutes les plantes utiles à ses remèdes, qu’elle faisait sécher sous sa toiture. Les gens la consultaient pour toutes sortes de maux et de maladies, aussi bien que pour les animaux.

Fifine avait un voisin, l’Emile, qu’elle n’aimait pas beaucoup et qui le lui rendait bien. Les discussions étaient fréquentes, pour toutes sortes de raison : les poules de l’un avaient gratté un carré du jardin de l’autre, l’un avait ramassé les pommes tombées du côté de son pré alors que le pommier appartenait à l’autre et toutes sortes de petites querelles pareilles.

C’était lui, l’Emile, qui contribuait à entretenir la réputation de sorcière de la grande Fifine, en la traitant sans arrêt de « Vî macrale » . Elle lui répondait toujours : « Attin, dji t’aurai ». A la longue, on se méfia de Fifine, qui était pourtant brave femme, et, lorsque quelqu’un allait chez elle pour quelque remède, il ne manquait jamais de se signer avant d’entrer.

En réalité, Emile était jaloux car Fifine, malgré tout, avait des amis, en particulier Joseph. Celui-ci passait tous les jours devant chez elle avec son cheval Bijou, pour aller travailler dans les bois. Joseph entrait et buvait sa petite goutte, parfois plusieurs et sortait, quelquefois, assez éméché. Il remontait sur sa charrette et Fifine sortait toujours pour caresser Bijou et lui flatter la crinière. Emile enrageait, il alla même jusqu’à asperger le seuil de sa porte avec de l’eau bénite pour se prémunir du mauvais sort.

Joseph possédait un autre cheval qui ne servait qu’à tirer le corbillard lors des enterrements. L’Emile vint à mourir, après les veillées bien arrosées, comme il était d’usage à l’époque, les prières et les galettes, vint le jour de l’enterrement. Le cheval qui tirait d’habitude le corbillard étant malade, Joseph attela Bijou pour le remplacer ; Tout se passa bien jusqu’à ce qu’ils arrivent à la hauteur de la maison de Fifine, où le cheval s’arrêta net. On dut caler le corbillard avec des pierres, pour l’empêcher de reculer. Ni les paroles, ni les « hue » et les « ho », ni les poussées des gens, rien ne fit redémarrer le cheval, qui avait l’air cloué sur place. Rien à faire !

Au bout d’une heure, il était toujours là, sous un soleil de plomb. Dans la foule, on commençait à jaser ; c’est sûrement à cause de Fifine. Ils étaient tellement ennemis avec l’Emile, qu’elle a mis à exécution sa promesse et, jusqu’après la mort,  elle le fait enrager en ensorcelant le cheval. Voilà ce qu’on entendait. Quelqu’un vint même asperger Bijou avec de l’eau bénite, rien n’y fit ; on récita une dizaine de chapelets, toujours rien ! Que faire ? On ne pouvait pas rester là ad vitam eternam !

Joseph eut alors une idée, il entra chez Fifine et lui demanda de venir ; celle-ci s’approcha de Bijou, le flatta, lui parla tout bas, le caressa et, d’un seul coup, le cheval reprit son élan et monta jusqu’au cimetière, d’une seule traite. Voilà la réputation de sorcière de Fifine bien assise à des lieux à la ronde… et pourtant !

Chaque fois que Joseph s’arrêtait chez Fifine pour boire sa petite goutte, celle-ci sortait pour caresser le cheval et lui donner un morceau de sucre. Habitué à cette pratique, Bijou s’était arrêté le jour de l’enterrement et attendait, tout simplement, son sucre.

Voilà comment on devient sorcière ! »

Très joli récit, n’est-ce pas ! Faites-moi savoir ce que vous en pensez, il y en a d’autres, de la même veine. Un grand merci à Mary Bertosi.

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

LE  LOUP-GAROU

Mary Bertosi, de Tenneville,  a gardé des souvenirs émus des contes entendus durant son enfance ; aujourd’hui, cette magie de l’histoire lue ou entendue, elle la restitue aux enfants, pour la plus grande joie de ceux-ci. Elle a couché sur papier certaines de ses histoires faites de propres souvenirs, de poésie et de féerie. Je vous propose de partir à la rencontre du loup-garou.

« Lorsque grand-mère était enfant, souvent, à la veillée, on racontait des histoires pas toujours amusantes ; des histoires qui faisaient peur aux enfants soit de l’eau, des forêts pour qu’ils ne s’y aventurent pas seuls, soit des puits et autres dangers à droite et à gauche. Les grandes personnes elles-mêmes n’étaient pas toujours rassurées car les Ardennais ont toujours été superstitieux et croyaient beaucoup aux nutons, aux sorcières jeteuses de sorts ou au laid méchant homme.

Aujourd’hui, je vais vous parler des loups-garous ; ces animaux mystérieux qui venaient on ne sait d’où et repartaient de même après avoir fait quelques dégâts dans les bêtes le plus souvent, mais, parfois, ils s’attaquaient aux gens.

Le loup-garou est une personne ensorcelée, métamorphosée en loup enragé, affamé, assoiffé de sang, par un sorcier très puissant et inconnu, dont le charme ne périt jamais. La transformation s’effectue le plus souvent les soirs de pleine lune où il est préférable de verrouiller portes et fenêtres, ainsi que les portes des étables. Parfois, la transformation pouvait durer plusieurs jours.

Dans une famille normale, il peut y avoir un loup-garou que personne ne connaît car le reste du temps, il est comme vous et moi. »

Dans notre prochaine édition, nous suivrons Mary Bertosi au cœur d’une de ces familles d’Ardenne au sein de laquelle il se passa de bien étranges choses…

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

LE LOUP-GAROU

J’imagine que vous êtes, toutes et tous, curieux de retrouver l’atmosphère désuète de l’univers imaginaire de Mary Bertosi, de Tenneville ! Lors de notre précédente édition, après nous avoir expliqué en quelques mots ce qu’était un loup-garou, notre conteuse nous inquiétait quelque peu en affirmant qu’il était possible qu’il en existe, sans que personne ne s’en rende compte, dans des familles qu’elle qualifiait de « normales ».

« Marie-Josèphe Jeuniot avait l’habitude de porter à dîner à son mari, lorsque celui-ci travaillait aux champs, chose courante à l’époque.

Elle attendait avec lui, en faisant la causette et se reposant un peu, le temps qu’il termine son repas et elle reprenait ses récipients vides pour le retour.

Marie-Josèphe alla dons un jour, à midi, comme d’habitude, porter le dîner à son homme. Il travaillait à plus de quatre kilomètres du foyer et Marie-Josèphe allait bon train car elle était légèrement en retard.

Il y avait, sur plus de deux kilomètres, un bois à traverser, cela ne l’effrayait pas tant elle avait l’habitude d’y passer, mais se signait toujours avant d’entamer la côte ; bien lui en prit ce jour-là !

En effet, à peine avait-elle fait le signe de croix, qu’un énorme loup-garou sortit du bois avec fureur et attaqua la malheureuse. Elle se défendit tant qu’elle le put avec son gourdin, en invoquant le nom de tous les saints qui lui passaient par la tête : « Tiens sur la tête au nom de saint Joseph, vlan dans les côtes pour saint Mathieu, et voilà pour saint Antoine… »

La femme se battit plus d’une demi-heure avec cette bête enragée qui l’avait mise en lambeaux, ses jupons étaient réduits à quelques loques ; le sang lui venant sur les bras et les jambes et, même, au visage. Le loup-garou vit qu’il avait affaire à forte partie et se découragea, se sauva dans les bois tout courbaturé de coups de bâton.

Marie-Josèphe se pressa d’aller retrouver son homme ; elle le trouva en nage, assis, blessé à la tête et dans les côtes. Que s’est-il passé ? dit-elle en le voyant en sueur, oubliant du coup sa propre aventure.

« Rien qui vaille la peine, dit-il, allez, sers-moi à manger ! »

Marie-Josèphe servit la soupe, mais son mari ne voulait pas manger devant elle et se retourna. Mais qu’as-tu  donc aujourd’hui ? lui dit-elle et elle s’approcha plus près ; c’est alors qu’elle vit, dans les dents de son mari, des lambeaux de tissu de sa robe, de son jupon, qui étaient restés accrochés dans sa denture.

« Ah ! mon Dieu ! dit-elle, le loup-garou c’était toi et tu m’as attaquée sur le chemin ! »

Alors le mari se tourna vers sa femme en pleurant et lui demanda « Débarrasse-moi de ce sortilège, tiens prends ce poignard bénit et perces-en mon cœur en une seule fois. C’est le seul moyen de détruire la bête qui est en moi ».

Marie-Josèphe prit le poignard, récita quelques Paters, fit un grand signe de croix et traversa la poitrine de son mari d’un seul coup, à cet instant, un hurlement de loup se fit entendre dans le lointain, mais l’homme avait retrouvé le calme sur son visage sans vie, tourmenté quelques instants auparavant.

Marie-Josèphe le déclara mort, tué par des brigands, pour qu’il puisse avoir une sépulture chrétienne, qui aurait été refusée si l’on avait connu sa métamorphose. »

Terrible et surprenant n’est-ce pas ! J’espère de tout cœur que cette histoire ne viendra pas perturber vos nuits que je vous souhaite paisibles et agréables.

 

LEON PIRLOT, de HOTTON, CHASSEUR ARDENNAIS 1940-1945

La Petite Gazette du 9 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Les années passent et ils sont toujours moins nombreux à pouvoir évoquer les grands bouleversements, que le monde a connus au vingtième siècle et dont ils ont été les acteurs ou les témoins directs.

Monsieur Léon Pirlot, de Hotton, a pris soin de consigner ses souvenirs et de rassembler des documents pour les illustrer. Ensemble, durant tout cet été, nous feuilletterons son album…

« Je suis entré à l’armée le 16 octobre 1939. J’ai fait mon instruction à la caserne Prince Baudouin, à Bruxelles, place Dailly, au 2e Chasseurs Ardennais.

Lors de la création du bataillon moto des Chasseurs Ardennais, on a demandé des volontaires. Personne ne s’étant présenté, on a pris d’office ceux qui avaient déjà été punis… j’étais du nombre.

Nous avons quitté Bruxelles vers la mi-janvier pour Ernage – un dépôt de l’armée – où nous sommes arrivés le 23 février 1940. Chaque jour, nous allions à la sucrerie de Gembloux, où le lieutenant Leblanc nous initiait à la conduite des engins. Nous y sommes restés un mois et demi.

L’instruction terminée, nous sommes venus en cantonnement à Fisenne. Je faisais partie de la 3e Compagnie Engins, tandis que Louis Bresmal appartenait à la 1ère Compagnie. Ma sœur et une tante de Louis sont venues nous rendre visite un dimanche. Un jour, nous avons également eu la visite de deux braves sœurs. Je les ai vues, mais je n’ai pas parlé avec elles. Elles auraient fait partie de la 5e Colonne  – on me l’a appris par après –  mais trop tard, hélas.

Pirlot 1  Je montais de garde, suivant mon tour, sur le versant où l’on découvrait le village d’Erezée et son pont au pied de la colline. Ayant bénéficié d’un congé de 10 jours en qualité de fermier, j’étais chez moi le 10 mai. »

 

 

 

 

 

Nous retrouverons notre soldat, au matin du déclenchement du conflit, dès la prochaine édition.

 

La Petite Gazette du 16 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous sommes le 10 mai 1940 et le soldat Pirlot, Léon, Bon.Moto Chasseurs Ardennais 3e Cie Engins N° matricule : 296 1401 est chez lui, bénéficiant d’une permission de 10 jours.

« Ce jour-là, j’ai été réveillé vers 4 heures par des bruits anormaux d’avions. M’étant levé un peu plus tard, je suis allé voir : de nombreux avions sillonnaient le ciel à très haute altitude, laissant derrière eux des traînées de condensation, ce qui ne se voyait jamais à l’époque. Avant mon lever, j’ai aussi entendu des déflagrations. C’était la gare de Jemelle qui était bombardée. Germaine Dehez qui m’aperçoit dans la cour me crie : « C’est la guerre ! Les soldats doivent rentrer, on l’annonce à la radio. » J’allume mon poste et, en effet, le journaliste de service répète ce que la voisine vient de me dire, annonçant l’envahissement de la Belgique par les Allemands et le bombardement de Jemelle et d’Evere.

C’est ainsi que, vers 7h30, je pars à vélo pour Fisenne, pour la captivité… pour 5 ans… Je rejoins mes camarades qui occupaient les positions dans les bois. Certains tiraient inutilement sur les avions qui continuaient toujours à passer haut dans le ciel. »

Dès la semaine prochaine, nous retrouverons notre soldat au début de sa campagne des Dix-huit jours.

La Petite Gazette du 23 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

La guerre vient d’être déclarée par l’envahissement de la Belgique par les troupes allemandes et le soldat Léon Pirlot vient de rejoindre ses camarades dans les bois de Fisenne.

« A minuit, nous nous replions vers Fraiture, on incendie les bâtiments au préalable. Le soldat André Albert se serait tué en dévalant la pente boisée, après le pont d’Erezée, direction Fisenne, en ayant raté un virage dans l’obscurité ? Des camarades m’ont raconté qu’au pont d’Erezée, ils avaient vu des Allemands transporter des madriers pour réparer le pont sauté et que, quelques semaines auparavant, un civil les avait commandés à la scierie Dory, qui se trouve à peu de distance de là.

A 5h., nouveau repli vers Temploux. J’omets cependant de dire qu’au cours de la retraite vers Oppagne, au cours d’une halte, j’ai revu Robert Delacolette, lieutenant, et mon voisin Alexandre Guissart, du 3e Chasseurs Ardennais. Il m’a raconté avoir déjà combattu à Chabrehez, où l’ennemi a été arrêté pendant plusieurs heures, et que les Allemands avaient tué des civils. Il avait l’air assez excité. Nous étions déjà mêlés aux évacués, qui encombraient les routes. Ils m’ont dire venir de Vielsalm.

A Temploux donc, le dimanche 12 vers 15h., une vague de bombardiers arrive, lançant des chapelets de bombes. J’en vois tomber sur les maisons, partout. Cela dura jusque vers 20h. Heureusement, nous étions bien camouflés dans un bois et ils ne nous on pas aperçus. Sur les hauteurs, des baraquements militaires étaient en feu et Temploux détruit.

Pour atteindre cette localité, nous sommes passés par Huy où le pont miné allait sauter aussitôt notre passage effectué. Les artificiers se démenaient, criant : « Passez vite, vite, le pont va sauter ! » En effet, à peine suis-je passé que j’entends la déflagration. Des soldats isolés d’autres unités n’ont pu passer !

A 9h., le bataillon reçoit l’ordre de se rendre à Perwez pour y défendre l’obstacle antichar Cointet (appelé du nom de son inventeur cet obstacle était constitué de grilles d’acier montées sur rouleau, hautes de 3 m et larges de 5, pesant 1300 kg, uniquement sur route. Les rouleaux servaient à les déplacer pour le passage éventuel de véhicules. Les autres grilles étaient fixes.) Pour nous y rendre, nous roulons dans un chemin agricole encaissé et étroit. »

La semaine prochaine, nous retrouverons notre soldat à la défense de cet ouvrage.

 La Petite Gazette du 30 juin 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, chargé de défendre un obstacle antichar Cointet à Perwez. « Arrivés sur les lieux de défense, nous prenons position dans un chemin creux à une certaine distance de la barrière antichar s’étendant sur des kilomètres, des kilomètres…

Un officier du bataillon nous renseigne sur notre mission : « il va y avoir une bataille, des chars allemands vont vous attaquer. Votre mission est de défendre l’obstacle Cointet . » Fusils contre tanks ! Heureusement, les Chleuhs ont accompli leurs exploits dans une autre zone de combat. A 11h., bombardement de la ville.

Le 13 (mai) à Perwez, je me souviens, nous étions sur la place du village. Les balles nous sifflaient aux oreilles ; les Marocains, impassibles, avaient posé des mines sans nous avertir, ce qui rendait tout déplacement dangereux.

A un Marocain qui fumait tout près d’une mine : « Que ferais-tu si les Allemands arrivaient ? » « Je déposerais ma cigarette sur la mine » répondit-il, stoïque. Par après arriva près de moi une ambulance dont l’arrière avait reçu une rafale de mitrailleuse. Je reconnais le chauffeur, Gaston Hébrant, de Verdenne, que je n’avais plus vu depuis plusieurs années. Des bombes tombaient à 20 m. et me glaçaient le sang. Puis vint la nuit, une nuit noire : on n’y voyait pas.

Dans cette nuit terrible, le sergent m’avait ordonné de porter l’ordre de repli à quelques camarades qui auraient dû se trouver dans les parages. Je n’ai pu les avertir : je ne les ai pas trouvés. Pendant le jour, certains ont commencé à piller les magasins. Nous ne recevions rien à manger : on tirait son plan comme on le pouvait. Je n’ai reçu qu’une fois à manger durant les quinze jours de guerre et je n’ai vu la roulante qu’une fois.

En conséquence on ne mangeait que ce que les civils voulaient bien nous offrir, quand civils il y avait sur les lieux. Sinon, il fallait voler dans les magasins pour survivre !

J’étais sorti d’une épicerie avec un camarade ou deux. J’avais en main un paquet de biscuits genre ‘Petit-Beurre’, quand une voisine nous prend à partie et nous crie : « Vous êtes encore pires que les Allemands ! » Sans doute ignorait-elle notre détresse, je lui répondis : « Les Boches vous mangeront Madame ! » Puis, nous sommes partis vers notre triste destinée, rejoindre nos side-cars.

Nous avons reçu chacun, comme vivres de guerre, des biscuits très durs qui, trempés dans l’eau, augmentaient de volume et étaient excellents, surtout la faim aidant. Ils étaient contenus dans une boîte d’aluminium, d’environ 15 cm X 10cm X 10 cm, avec défense formelle de les manger sans en avoir reçu l’ordre. Je suis toujours en possession de la boîte, mais pas des biscuits… »

La Petite Gazette du 7 juillet 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Le soldat Léon Pirlot est, avec ses camarades, dans la région de Perwez, le 14 mai 1940 :  « Le 14, repos après avoir effectué un repli jusque la Hutte, près de Genappe, pendant le nuit. Journée du 15, nouveau repli à 0h15 pour Huysingen. Repli, repli… toujours repli. Nous y rencontrons les premiers Anglais. Nous les avons salués et applaudis. Ils avaient placé un canon D.C.A. sur une butte . Quand, vers 9h arrivèrent plusieurs avions, nous nous sommes cachés, mais les Anglais, assis sur l’affût, ont commencé à tirer sur les avions malgré la mitraille. Un Heinkel prit feu et tomba dans les parages du bataillon. Les cinq hommes de l’équipage furent conduits auprès du commandant Krémer, qui les remit aux Anglais après interrogatoire, ils étaient tous très jeunes.

Au cours de ces différents replis, il fallait rouler parmi les réfugiés qui encombraient les routes de façon indescriptible : de pauvres gens se déplaçant à vélo, en charrette, en voiture, à pied… On était tellement fatigué que je m’endormis quelques secondes sur la machine. En plus, on avait faim. Je me rappelle aussi les fils téléphoniques cassés ou tendus qui étaient de véritables pièges, blessant et tuant.

Vers 17h30, départ pour Iderghem, puis pour Hofstade. Félicitations par le Roi au bataillon Moto pour ses missions périlleuses accomplies.

Le vendredi 17 mai, nouveau repli à 8h30 pour Slotendries, au nord de Gand. Nous sommes arrivés à minuit et, là, nous recevons des side-cars, des motos et des tricars neufs. Samedi 18, départ à 10h. vers St-Gilles-Waas.

Le 19 mai, nous occupons un bras de l’Escaut entre Doel et Anvers. Repli vers 10h. du soir pour nous rendre en Hollande. On voit de la fumée qui s’élève au loin, à l’horizon, le drapeau rouge à croix gammée flotte sur la tour de la cathédrale d’Anvers. Des camarades ont capturé un side-car ennemi.

Le lundi 20, nous effectuons des travaux de campagne. Le jour, nous creusons des trous pour nous cacher de la vue des avions et, la nuit, nous nous replions conformément aux ordres donnés. Les Allemands avaient malheureusement la maîtrise du ciel, pas un seul avion ami n’a été aperçu jusqu’à présent. Où sont-ils ? Que font-ils ?

Je me souviens d’un acte héroïque, mais je ne sais plus ni la date ni le lieu exacts, la scène se passait dans la courbe d’un village. Des servants d’un 4,7 Chasseurs Ardennais (petit canon antichar très efficace) stoppaient l’avance des soldats ennemis. Pour ce faire, ils tiraient au moyen d’obus fusants (je crois que le terme est exact) qui sont des obus qui éclatent presque à la sortie du tube aussitôt tirés. Ils tiraient à bout portant. Imaginez le carnage ! Mais il n’a pas duré longtemps : des stukas sont arrivés et, après un ou deux passages, il ne restait plus rien que des débris… Nous sommes passés à cet endroit un quart d’heure après… »

La Petite Gazette du 20 juillet 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, ayant perdu sa colonne et ne sachant pas où se trouvent les ennemis… : « Après avoir roulé quelque temps en pleine campagne, nous voyons une maison dont une fenêtre est éclairée. Nous nous y rendons, c’est une fermette typiquement flamande, sans étage, très basse. Nous frappâmes à la porte et un vieux couple vint nous ouvrir. Ces deux vieilles personnes avaient l’air apeuré, sans doute à la vue de nos grands casques motocyclistes en liège (à ce propos, il nous avait été conseillé de ne plus nous en coiffer car, les Anglais, la nuit, nous confondaient avec les Allemands). Il ne fut pas possible d’obtenir de ces gens le moindre renseignement, nous ne comprenions pas. Que faire ? Dans quelle direction se rendre ?

Nous avons roulé une partie de la nuit sans savoir où nous étions ni où nous allions. Nous craignions de nous jeter dans les lignes ennemies. Nous avons continué de rouler une partie de la matinée du samedi 25, à la recherche de notre bataillon.

J’oublie de dire qu’avant ces incidents nous étions passés par Ypres avec arrêt près du monument 14 – 18. Là, j’ai revu Joseph Henrotin, de Marenne. Le 10 mai, les travailleurs du rail avaient été mobilisés comme nous, les militaires. Ils se repliaient aussi devant l’armée allemande. Après la capitulation, Joseph était rentré à Marenne et avait rendu compte de notre rencontre à mes parents. Il paraît que j’étais méconnaissable !

Vers 2h., par hasard, nous retrouvons la deuxième compagnie à un carrefour. Le lieutenant Renard, qui remplaçait le lieutenant Gérard tué avec trois soldats lors d’une patrouille le 23 à Oycke, nous lance « Tirez-vous de mon chemin, tirez-vous de mon chemin ! ». Bon, il faut bien continuer et, finalement, nous retrouvons nos camarades. Je comprends que, dans certaines circonstances,  on peut être énervé, mais quand même ! Nous tombons sur le commandant Reyntens de la 1ère compagnie, père jésuite et homme de grand cœur. Il nous apprend le maniement d’une grenade car, jamais, on ne nous en avait montré une ! Pour une troupe d’élite, ce n’est pas croyable ! La MI10 (mitrailleuse Maxim) que nous avions datait de 1916 ; on nous fait prendre position le long du chemin de fer qui se trouvait à proximité.

Tout est calme. Soudain, un civil pressé traverse les voies. Je lui demande s’il n’a pas vu les Allemands, il me répond que non et continue son chemin à travers tout. A l’heure actuelle, je me demande toujours si ce n’était pas un espion et me repens de ne pas l’avoir arrêté pour vérification d’identité.

Quelques minutes après, nous entendons des cris au-delà du chemin de fer. Le talus nous empêche de voir ce qui se passe. Les cris se rapprochent. A l’endroit où nous étions,  un chemin empierré avec un passage à niveau non gardé traversait la ligne. Un petit aqueduc la traversait également et je me rappelle avoir entendu les Boches patauger dans l’eau, sans les voir. »

La Petite Gazette du 11 août 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

    Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord de la Belgique, à quelques mètres ce l’ennemi… : « Nous avions abandonné les engins à une centaine de mètres, dans une prairie. Tout à coup, j’aperçois Narcisse Lemauvais, de Fronville, qui marchait dans la direction des motos, tout en tirant. Il me demande si je n’avais pas vu Louis Bresmal (ces deux camarades appartiennent à la 1ère Cie) . Je lui réponds que non et lui crie : « Mais ne tire pas comme ça, cache-toi ! » Mais, pour cela, il aurait dû venir près de nous… Tels furent nos derniers mots… le malheureux tomba raide mort. Honneur à ce brave ! Je pardonne, mais n’oublierai jamais. Mon père était aussi un ancien combattant…

Les Allemands franchissent la ligne de chemin de fer et, debout, tout en tirant, hurlaient comme des lions. On nous a appris après qu’ils nous demandaient de nous rendre. A chaque coup de fusil que je tire, ils répondent par une rafale de mitraillette. Nous sommes obligés de sauter dans le fossé longeant le chemin, parce qu’ils nous prennent en enfilade. J’ai de l’eau boueuse presque jusqu’aux genoux ; je vois les balles, c’est-à-dire leurs impacts qui font jaillir la terre à un mètre de moi. Ensuite, ils sautent dans la prairie.

La mitrailleuse, qui n’a plus que trois pieds, j’ignore dans quelles circonstances elle avait perdu le dernier, n’a pas tiré. Les servants ont été blessés de même que le sergent qui la commandait. Je n’ai rien vu de la scène avant que celui-ci ne soit étendu dans le fossé. Grâce à Dieu, il a dû se rétablir étant donné que son nom n’a pas été repris dans la liste des tués du Bn.Moto. J’ai remarqué que le caporal avait pris sa place.

Sous le nombre, nous avons dû nous rendre. Ils nous ont fait sortir du fossé puis nous ont alignés, j’ai cru qu’ils allaient nous fusiller. Ils ont brisé nos fusils puis, à coups de pied, nous ont font avancer.    Déjà, les sanitaires pansaient les blessés allemands.

Lorsque nous passions près d’un cadavre, ils nous injuriaient et nous menaçaient. Un gradé nous a demandé pourquoi nous nous battions : « Vous êtes wallons ? Nous savions où le front n’était pas fort défendu ! »    Ils nous ont rassemblés dans la cour d’une ferme. Nous ne pouvions communiquer entre nous. J’y ai revu Louis Bresmal auquel j’ai dit : « Tu es déjà là ! »

La Petite Gazette du 25 août 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

    Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, avec quelques camarades, loin dans le nord du pays, prisonnier des Allemands : « Ils nous ont rassemblés dans une cour de ferme, entourée de barbelés. Je vois, à quelque distance, des soldats allemands qui déchargent du pain d’un camion. A tout hasard, je m’avance jusqu’aux barbelés et dis au soldat le plus proche : « Geben brot, brot ! ». Il est allé me chercher un pain de l’armée. Il était dur mais, malgré tout, il a été vite mangé. Je me suis dit qu’il y avait quand même de bons soldats chez eux…

Pour la nuit, ils nous ont fait monter au fenil. Là, j’ai revu beaucoup de mes camarades. Des blessés aussi , parmi eux, le petit Volvert, mais la plupart étaient restés dans la grange. Pendant la nuit, j’ai entendu Volvert gémir et crier « water, wasser », il provenait de la frontière allemande et était engagé volontaire. Il n’avait que 18 ans : c’est un des plus jeunes Chasseurs Ardennais morts pour la patrie. Il n’était pas possible de lui porter secours, nous ne pouvions même pas nous parler… Le matin, lorsque nous sommes partis, je l’ai vu… mort !

J’ai noté dans mon petit agenda, à la date du 2 juin : « Départ de Hasselt, vers 14h., pour Maastricht, nuit passée sur les bords du canal Albert – Attaque de l’aviation alliée. »

   J’ignore l’heure et le nombre d’avions canadiens – on distinguait très bien la feuille d’érable dessinée sur la carlingue et les ailes. Après différentes étapes pédestres, la colonne de prisonniers était arrivée à Vroenoven, où le fameux pont sur le canal Albert était tombé intact entre les mains allemandes, par surprise et trahison.

Les sentinelles nous avaient ordonné de nous coucher sur le pont pour y passer la nuit, quand, tout à coup, des avions canadiens nous ont mitraillés. Ça a été le sauve-qui-peut général, surtout chez les Allemands. J’en ris encore ! Je n’ai pas eu connaissance de mort ou de blessé parmi nous. Sans doute tiraient-ils mal ! »

La Petite Gazette du 1er septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot

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« Aucun prisonnier n’a reçu pareille demande… L’action se passe en février 1945, ce jour-là, j’étais seul avec une petite servante de 17 ans qui avait l’air bien malheureuse le fermier, sa femme, le fils et la fiancée d’un autre fils tombé à Stalingrad (le 11.11.1942) étaient invités à une cérémonie d’hommage organisée par les nazis. J’ignore dans quelle localité. Deux autres fils de la ferme ont été tués en Russie et un quatrième était à l’armée.

Je suppose que l’autre servante et le Russe avaient bénéficié d’un jour de congé. Le travail de Frieda consistait à confectionner de petits fagots avec les branchettes des arbres que l’on avait ramenés entiers dans la cour, par temps de neige. Moi, je fendais des bûches.

A 10h., comme d’habitude, je vais manger un bout, c’était un quart d’heure de perdu. Je demande si elle ne vient pas, elle me répond par la négative, mais quitte son travail et va dans sa chambre. Après avoir pris mon temps et bien mastiqué ma tartine, je retourne à mon travail. Frieda fait de même, mais vient me trouver et, me tendant sa petite hachette, me demande de lui couper le doigt… parce qu’elle ne voulait plus travailler à la ferme. Sous le régime nazi, on ne quitte pas son emploi sans motif sérieux, que cela vous plaise ou pas.

Cet incident me tracassait, j’avais peur qu’elle ne dise : « C’est le Belge qui l’a sectionné » Qui aurait-on cru ? Toucher à l’intégrité physique d’une jeune Allemande était punissable soit de la peine de mort soit d’un long séjour à Rawa-Ruschka. Il était strictement défendu d’adresser la parole à une femme allemande.

Dès que j’ai entendu le pas des chevaux, j’ai couru vers le landau et le fermier m’a demandé « Où est Frieda ? » Je ne l’ai plus revue… »

La Petite Gazette du 8 septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, faisons connaissance avec l’environnement du prisonnier Pirlot et partageons avec lui quelques frayeurs :

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Nous étions au début de mars 1945, il faisait encore bien froid. Après avoir dîné, je vois dans la cour (c’était une ferme bâtie en carré, avec une grande cour au centre) trois ou quatre Russes, prisonniers de guerre, sur le fumier situé face à la porte de l’étable. Ils ramassaient des épluchures de pommes de terre jetées par l’une des servantes.

Je regarde vers la grande grange et vois d’autres Russes, ainsi qu’à l’intérieur… Quand étaient-ils arrivés ? Ils étaient plus d’une centaine. Pauvres malheureux ! J’aurais pu prendre un pain ou tout au moins trois ou quatre tranches pour leur donner, c’était beaucoup trop peu pour les rassasier. Je pense aux choux raves dans la cave… En les coupant pour les vaches, j’en mangeais quelques tranches, à vrai dire ce n’était pas mauvais ; en plus, je me disais que crus ils contenaient des vitamines.

Pirlot 6    Je décide que, le lendemain, j’avalerai vite mon dîner, m’emparerai d’une manne et irai dans la cave dont l’entrée est située sur le côté de la cour-cave creusée dans les roches de sable. Après avoir rempli la manne le plus possible et parce que je ne connais pas le russe, je fais signe avec les mains à quelques prisonniers près de la grange. Mais c’est au moins une vingtaine de Russes qui accourent, me bousculant, criant et me faisant tomber. Voilà les choux qui roulent partout, puis, subitement, les Russes lâchent prise, je parviens à me relever et que vois-je ? Un soldat allemand, un fefdwébel, pistolet au poing qui se lance sur moi en criant : « Sie wissen was das Wort, Russe bedeubet ! » D’où sortait-il cet animal ? J’avais eu chaud, bien qu’il fasse froid, et très peur.

Le lendemain, à midi, les malheureux étaient partis, où ? Quand j’ai eu dîné, je vais, comme d’habitude, dans la grange chercher de la paille hachée. Je pose la manne par terre et veux la remplir en poussant la paille avec les mains. Tout d’un coup, je saisis, avec les mains, un soulier avec un pied, puis une jambe, alors là, quelle frayeur à nouveau ! Je ne m’attendais pas à une pareille découverte. J’ai averti le fermier, on a retrouvé cinq ou six morts, on les a enterrés derrière la ferme. »

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La Petite Gazette du 15 septembre 2004

CINQ ANNÉES DE LA VIE DE LÉON PIRLOT, DE HOTTON

Nous retrouvons le soldat Léon Pirlot, prisonnier du Stalag Iva, Hoyerswerda (Saxe). : à l’aide de quelques photos, poursuivons la découverte de l’environnement  que le prisonnier Pirlot connut jusqu’à sa libération.

Pirlot 8

« Le 8 mai 1945, la sentinelle, très tôt le matin, nous avertit que nous sommes libres et que nous pourrons partir après avoir dîné. Quelle joie ! Quelle joie ! J’en fais part en rentrant.

La fermière et une servante préparaient la pâte pour le pain. A la ferme se trouvait une femme, évacuée avec deux jeunes filles. Je ne sais d’où elles venaient, mais elles ne m’adressaient jamais la parole. C’étaient de pures nazies, sales bêtes !    Voilà que la mère dit : « Ce n’est pas parce que Hitler a perdu la guerre que je ne serai plus nazie ! » Crève avec ton Hitler, ai-je pensé, mais personne n’a répondu.

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Dans un village où à chaque maison pendait un morceau d’étoffe blanche en signe de reddition, un gros monsieur nous déclare pouvoir nous reconduire en Belgique avec son camion, des vivres et du carburant (gazogène). Dans la benne se trouve des caisses, on nous défendit de les ouvrir, tant pis. Ce qui comptait pour nous, c’était le retour. Nous nous installons sur le camion avec les pieds pendant au dehors de la benne. Le gros Allemand avait un chauffeur, il faisait bon, celui-ci conduisait torse nu. Nous arrivons à Karlsbad, nous y rencontrons les premiers Américains. Ils voient un civil avec nous, font arrêter le camion, s’emparent du gros malgré ses protestations puis nous laissent passer ; sans doute prenaient-ils le chauffeur pour un prisonnier. »

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Après d’étonnantes aventures qui émaillèrent ce voyage de retour, après avoir été menacé un Russe tout à fait saoul grâce à une bouteille de whisky américain d’une contenance de 3 litres, après avoir vu apparaître une étonnante blonde engagée de force dans la Wehrmacht, le groupe de prisonniers belges dont faisait partie Léon Pirlot fut pris en charge par les Américains qui les ramenèrent. Quelle épopée, malheureusement vécue par tant d’autres jeunes gens qui avaient la malchance d’avoir 20 ans en 1940.

Merci à Monsieur Léon Pirlot d’avoir pu vous la faire revivre, afin que cette époque ne sombre pas dans l’oubli faute de témoins…

 

Paru ce 19 juillet 2016 dans la Lettre d’information du Diocèse de Namur

René Henry raconte les chapelles de nos régions…

Qui n’est jamais tombé sous le charme d’une petite chapelle perdue au milieu de nulle part? Une chapelle, c’est bien souvent l’endroit d’une communion intime entre soi et le divin. Mais c’est aussi le témoin de la piété de nos aïeux, le reflet de l’histoire d’un village ou d’une région. Dans son dernier ouvrage, René Henry nous emmène précisément à la découverte de  »Nos chapelles »…
À 58 ans, René Henry est enseignant. Il donne des cours de spécialisation en grammaire et en orthographe à de futurs logopèdes. C’est aussi un vrai passionné d’histoire, celle d’Aywaille – sa commune – et plus largement celle du Condroz, de Famenne, d’Ourthe-Amblève et d’Ardenne Septentrionale. Il tient d’ailleurs à ce sujet, depuis 20 ans, une chronique dans les éditions Vlan de ces régions:  »La petite gazette de l’anecdote et de l’insolite ». Il y parle métiers, outils, folklore…
Que ce soit au sein du mouvement d’éducation permanente qu’il anime ou à travers les visites qu’il propose lors des Journées du Patrimoine, son objectif est toujours le même: mettre en avant les patrimoines de nos régions.  »Nous vivons dans un environnement extraordinaire, riche en histoire et en traditions… », souligne-t-il.  »Et pourtant combien sommes-nous à le savoir? Chaque fois que je fais visiter telle église ou telle petite place de village, les paroissiens ou les habitants me disent avoir appris des choses… Ce que j’aime, c’est sensibiliser les gens à leur histoire, à partir des petites choses de leur quotidien. »

Les chapelles et l’histoire
Au cours des siècles, les croyances ont joué un rôle crucial dans le développement de nos régions. Quand, dans un précédent ouvrage, René Henry s’est penché sur les pratiques de la médecine populaire, il a bien évidemment fait allusion au culte des saints ou aux pèlerinages entrepris afin d’obtenir telle ou telle guérison.
Les innombrables chapelles de nos provinces sont là pour nous rappeler, elles aussi, l’influence prépondérante de l’Eglise dans le quotidien des populations rurales.  »Ces oratoires se sont parfois dressés très tôt auprès de sources ou de fontaines faisant l’objet de vieilles vénérations. D’autres sont apparus progressivement. Charlemagne a joué un rôle important dans le développement des chapelles, de même que les grands monastères ardennais… », explique encore René Henry.
Un sujet inépuisable que ce passionné d’histoire a choisi pour son onzième livre. Un ouvrage de 180 pages, intitulé tout naturellement  »Nos chapelles » et qui se décline en 25 chapitres. Chaque partie traite d’un thème particulier. Les chapelles dédiées à un même saint – Roch, Martin, Donat, Remacle… – sont regroupées dans un même chapitre. De même que celles construites durant la Seconde Guerre mondiale. Un autre chapitre nous éclaire encore sur ces chapelles minuscules, élevées par des familles en remerciement d’une grâce. De nombreuses autres thématiques sont abordées.

Des témoins de la piété de nos ancêtres
Dans notre diocèse, l’auteur nous emmène à la découverte des chapelles de Hamois, Erezée, Marcourt, Manhay, Nassogne, Lavacherie… Il en dresse l’historique, raconte les rites du village, parle architecture, explique pourquoi un saint est plus  »en état de grâce » à tel ou tel endroit…
Parmi les chapelles les plus insolites de nos provinces, celle de Bomal, dans le doyenné de Barvaux-sur-Ourthe. Une chapelle consacrée à saint Rahy.  »Il s’agit d’un saint imaginaire », explique René Henry.  »Un saint fictif qui a pourtant attiré la toute grande foule. D’où l’apparition d’une foire à proximité de l’oratoire et une rentrée d’argent pour le propriétaire de l’endroit. Les curés du lieu ont joué le jeu entre les 11ème et 17ème siècles. » Les chapelles des régions d’Hamois ou d’Erezée sont remarquables, elles aussi, de par leur grand nombre.  »Les fidèles de la région en ont eu assez des trop grandes distances pour satisfaire à leurs obligations religieuses. Ils ont réclamé des conditions plus favorables et donc des chapelles de proximité. Ce qui explique leur grosse concentration à certains endroits. »
On l’a compris, c’est la grande et la petite histoire qui se racontent au fil des 180 pages de ce livre. Un livre illustré de nombreuses cartes postales anciennes que René Henry collectionne par ailleurs et dont il apprécie le charme désuet.

Alain Savatte

Vous pouvez réclamer ce livre à votre libraire en précisant qu’il est édité par la maison liégeoise Dricot ou le commander par un versement de 20 € (frais de port compris) sur le compte n° BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille. Vous recevrez alors votre livre dans les délais les plus brefs.
Si vous souhaitez inviter René Henry, dans votre paroisse ou votre doyenné, pour une conférence sur le sujet de cet ouvrage, n’hésitez pas à le contacter: henry-rene@hotmail.com. Retrouvez également l’auteur dans sa petite gazette sur le web: www.lapetitegazette.net.

Les bornes anti-chars de la position Fortifiée de Liège

La Petite Gazette du 15 juin 2011

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE CES BORNES ?

Monsieur Jean-Pierre Beaufays est toujours très prompt à répondre à vos questions relatives aux véhicules anciens que ce soient des motos ou des automobiles. Aujourd’hui, c’est d’une question qu’il est porteur. J’espère que vous aurez à cœur de l’aider dans sa recherche et vous en remercie en son nom.

« Dans le cadre de la rubrique « objets insolites du passé », je me permets d’interroger les lecteurs sur la nature et l’usage de ces bornes dont il reste quelques exemplaires le long de nos routes.

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Celles-ci ont été photographiées à Jupille mais il y en a également à Streupas et je pense en avoir déjà vu également dans la vallée de l’Ourthe.

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Elles sont en fonte et toujours au nombre de deux distantes d’environ 2 mètres; leur hauteur étant d’à peu près 80 centimètres. La partie supérieure qui fut probablement mobile est percée de part en part d’un trou permettant d’y introduire un levier destiné à la faire tourner. Elles sont en général adossées à une colline, en bordure de route, à proximité d’un cours d’eau et d’une voie ferrée et, parfois, non loin d’anciens ouvrages militaires.

Ceci m’amène donc à me demander si elles sont d’origine routière, ferroviaire, fluviale ou même militaire. Je ne doute pas qu’un des lecteurs fournira, comme d’habitude,  une description détaillée de leur usage et, d’ores et déjà, l’en remercie. »

La Petite Gazette du 29 juin 2011

VOUS CONNAISSEZ, EVIDEMMENT, CES BORNES

Suite à la question posée par Monsieur Jean-Pierre Beaufays à propos des étranges bornes qu’il a remarquées à Jupille, Monsieur Jean Hourman et M. le Dr Paul Maquet, d’Aywaille, se sont très rapidement manifestés pour m’expliquer qu’il s’agissait de défense antichars supportant des câbles et complétées par d’imposantes barrières sur rouleau (barrières Cointet du nom du général qui les imagina). Ils m’ont situé pareilles bornes à Trooz, à Wandre, à Moulin sous-Fléron, Streupas…

A son tour, Monsieur Eric Simon, de Liège, nous fait parvenir de précieuses informations : « Il s’agit de bornes à câbles, matériel militaire largement utilisé dans la fortification des positions fortifiées et spécialement dans la défense de la Position fortifiée de Liège. Ces bornes ont été installées entre 1933 et 1934, généralement à proximité d’abris anti-irruption (IR) qui sont des bunkers équipés au minimum d’un canon antichar, d’une mitrailleuse et d’un projecteur.

2 Bornes ..

 

 

 

 

 

Le rôle de ces bornes est double: 1. empêcher si possible une irruption soudaine d’engins motorisés, 2. ralentir suffisamment cette irruption pour donner le temps au personnel de l’abri d’entre en action avec ses armes.

Un barrage de câble est normalement assuré par un groupe de quatre bornes installées deux par deux de chaque côté de la route à défendre. Les câbles sont tendus légèrement en oblique, ainsi que le montre la reconstitution ci-dessous.

1 Barrage..

Ces barrages de câbles sont installés devant chaque abri IR, du côté ennemi, respectivement à 25 m et à 100 m de l’abri. Ultérieurement, l’Etat-major belge décidera de renforcer la défense des abris IR et cela de trois manières possibles:

– soit en ajoutant une barrière antichar (barrière Cointet) entre l’abri et le premier barrage de câbles et dans ce cas deux bornes Cointet supplémentaires sont nécessaires;

– soit en remplaçant un câble par une barrière antichar et dans ce cas deux bornes à câble sont modifiées en bornes Cointet par l’adjonction de corselets d’acier soudés autour des bornes;

– soit en transformant une seule borne à câble en borne Cointet et en construisant une seule nouvelle borne Cointet juste à l’opposé.

3 Borne Cointet

 

 

 

 

 

 

 

Borne Cointet classique »

 

4+Borne+à..

 

 

 

 

 

 

Borne à câble transformée en borne Cointet 

 

On trouve encore aujourd’hui des bornes à câbles un peu partout en Province de Liège, notamment à Jupille, Embourg, Renory-Kinkempois, le long de l’Ourthe près de Colonster, le long de la Vesdre à Chaudfontaine, etc. »

Mon correspondant précise que les explications et illustrations qu’il nous apporte sont en grande partie tirées du livre de ses amis Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006.

La Petite Gazette du 6 juillet 2011

CES BORNES NE SONT PLUS DU TOUT MYSTERIEUSES

Vous avez vraiment été très nombreux à répondre à la question de Monsieur Jean-Pierre Beaufays au sujet de ces bornes qu’il est encore possible d’apercevoir çà et là dans nos contrées et, en son nom, je tenais à vous remercier très chaleureusement pour toutes les précisions apportées.

Ainsi Monsieur Frédéric Winkin, du Musée 40-45 Memories à Aywaille nous dit que « Ce sont des bornes « antichar », des obstacles militaires placés par deux et toujours décalées. Des câbles en acier reliaient les bornes d’un côte à l’autre de la route en oblique. De ce fait, les véhicules glissaient et ne pouvaient les franchir. »

Monsieur Arthur Gilles, de Beaufays, confirme : Il s’agit de bornes destinées à  recevoir des chaînes pour empêcher le passage de troupes militaires. En général elles se situent auprès  d’un fortin. A l’entrée de Chaudfontaine (lieu dit Fond des Cris) rive droite de la Vesdre, deux bornes sont toujours en place, à 40 mètres du fortin, sur l’autre côté de la route. Les deux autres ont sans doute été enlevées pour des raisons d’urbanisme.

Monsieur Joseph Delporte croit savoir que «  les bornes que l’on trouve à Streupas (et qui ne sont plus que deux actuellement) étaient au nombre de quatre (deux de chaque côté de la route). Situées à proximité du fortin, elles étaient reliées entre elles de manière à barrer la route au moyen de solides câbles d’acier. Il s’agissait d’un dispositif de défense de l’armée destiné à entraver la circulation des véhicules « ennemis » !

Monsieur Alex Docquier, de Comblain-Fairon,  nous communique les renseignements transmis par mon grand-père qui habitait Chênée. « Ces bornes étaient placées symétriquement de chaque côte de la chaussée. Elles servaient de support à de lourdes chaines qui étaient tendues en travers de la voirie afin d’entraver la circulation des véhicules militaires. Ce dispositif était amovible. Ce dispositif a été placé durant la guerre 1940-45 mais j’ignore quelle armée a inventé ce système de défense. (N.D.L.R. L’article de la semaine dernière a répondu en partie à cette question)

Monsieur Jean Collin, de Tavier, complète nos informations : « Ces bornes furent placées autour de la place forte de Liège en 1938- 1939 et, entre autres, autour du fort de Boncelles, elles servaient a attacher entres elles les barrières antichars érigées sur les routes principales. De telles barrières existaient sur la route dite de la Vecquée à Seraing.

Les Allemands arrivés en voiture venant de Plainevaux cisaillèrent les câbles reliant ces barrières  et les firent glisser sur leurs rouleaux, pour se rendre ensuite à l’Administration Communale de Seraing.

Ce modèle de Barrière  antichar étaient d’origine française et équipaient les intervalles de la célèbre « Ligne Maginot ». »

Monsieur René Lieutenant conseille la consultation du site internet http://www.clham.org/050501.htm qui donne explications et photos relatives à ces bornes.

Monsieur Christian Delhez est né à Vaux-Sous-Chêvremont, il m’explique avoir grandi et joué avec ses amis dans les forts de Chaudfontaine et d’Embourg. Il a ainsi eu l’occasion de parler avec des défenseurs de ces forts.

« Ces ouvrages d’arts étaient ceinturés de bunkers et casemates construits à des endroits stratégiques sur les voies d’accès potentielles de l’ennemi (encaissements, rétrécissements de routes etc.). Ces fameux plots étaient placés de part et d’autre de la route près de bunkers occupés par nos troupes, entre ces plots (en cas d’attaque imminente) étaient tendus des câbles d’acier ensuite recouverts de filets de camouflage. Cet ensemble était prévu pour ralentir voire stopper la progression des véhicules ennemis. Si vous neutralisez le véhicule de tête d’une colonne dans un goulot, le reste de cette colonne devient vite très vulnérable… Rem: les filets de camouflage empêchaient les tirs directs et précis sur cette défense rapprochée. »

Monsieur Jean-Louis Hennebert, de Lincé-Sprimont, a habité à Chênée où ces bornes lui ont été présentées comme étant « des supports pour des barrières à monter en travers des routes pour empêcher le cheminement de véhicules pendant la guerre et notamment les chars.

Sauf erreur de ma part, ajoute-t-il, il y en avait rue Bêchuron à Chênée et sur la route de la vallée de la Vesdre entre Vaux et Chaudfontaine. »

Monsieur Francis Leprince, de Boncelles, nous apporte lui aussi sa précieuse contribution : « Ces bornes, d’usage militaire, étaient destinées à créer un obstacle à la progression du charroi ennemi. On devait tendre un câble métallique entre une borne et une autre placée de l’autre côté de la route, le câble étant en général en oblique par rapport à la route.

Ces câbles devaient être placés par paires, donc quatre bornes, deux de chaque côté de la route. Il était essentiel de choisir un emplacement où l’obstacle ne pouvait être contourné. Pas question donc de faire tourner ces bornes!

Je pense, mais sans certitude aucune, que ces bornes ont été installées dans la fin des années ’30, lorsque la Belgique adopta sa politique de neutralité.

Je me souviens avoir vu après la guerre, enfant, de telles bornes devant la maison de mes grand-tantes, rue de la Station à Chênée, et m’en être fait expliquer l’usage par mon père, officier de carrière. »

Monsieur Jean Poumay, de Tilff, indique qu’ « il s’agit de bornes à câble, vestiges de construction militaire des années 1930, des câbles passaient de part et d’autre de la route, bloqués dans les trous de ces bornes pour empêcher des véhicules ennemis de passer, ce barrage était sous le feu d’abris bétonnés armés de mitrailleuses ou de canon antichar. Elles ne tournaient pas. »

Merci également à Monsieur J-M Stassart que m’a communiqué les références des remarquables ouvrages d’Emile Coenen et Franck Vernier. La Position fortifiée de Liège. Tome VI. Les abris de la PFL 3: Jupille – Beyne-Heusay – Chênée – Colonster – Renory – Argenteau – Visé. Editions De Krijger, Erpe, 2006. Ouvrages toujours disponibles et particulièrement complets sur le sujet. D’autres communications encore la semaine prochaine.

La Petite Gazette du 13 juillet 2011

CES BORNES VOUS ONT INSPIRES…

Vous avez été très nombreux à répondre à l’appel que vous lançait Monsieur Jean-Pierre Beaufays et chaque réponse apporte des éléments très importants pour expliquer la présence de long de nos routes de ces vestiges à l’origine militaire. Merci à vous tous.

Madame Georgette Hubert, d’Esneux, se souvient que ces bornes ont fait leur apparition un peu partout peu avant la guerre, vers 1938 ou 1939. « Il y en avait notamment au coin de la rue Sart-Tilman, à Rénory (Ougrée) où résidaient mes grands-parents. Toujours par deux, elles se situaient des deux côtés de la route, elles devaient servir à bloquer la route en cas d’invasion. Si je me souviens bien, on les appelait « barrières anti-tanks ». Elles n’ont malheureusement pas servi, l’avancée des troupes allemandes ayant été fulgurante. Elles se trouvaient, en général, près des carrefours, des chemins de fer, des ponts et des forts, celui de Boncelles en particulier. »

Monsieur W. Etienne, de Sprimont, confirme : « d’après un ancien, je suis né en 40, ces bornes étaient placées de chaque côté de la route et, toujours, très près d’un gros fortin. Ces bornes, percées d’un trou, étaient décalées de plusieurs mètres et de gros câbles les reliaient. Les véhicules ennemis, lorsqu’ils touchaient à une certaine vitesse ces câbles, étaient projetés latéralement face au canon du fortin qui avait beaucoup plus de chances de les détruire. »

Monsieur Daniel Redoté, de Comblain-au-Pont, partage ses connaissances : « Dans le n° 25 du journal « les Annonces Ourthe-Amblève » daté du 22/06/2011, un des lecteurs s’interrogeait, dans la rubrique « objets insolites du passé », sur la présence et l’usage de bornes en béton le long de la voirie à Jupille et à Streupas. Et bien, l’explication est la suivante : ces bornes étaient en fait destinées à être reliées entre elles par des câbles tendus au travers de la chaussée afin de constituer des obstacles entravant la progression d’engins motorisés. Ces bornes étaient généralement disposées à proximité d’une casemate qui faisait elle-même partie d’un ensemble fortifié plus important, surnommé par ailleurs « PFL 3 » ou  « Position fortifiée de Liège 3 » en ce qui concerne les deux localités mentionnées précédemment. On peut d’ailleurs encore de nos jours apercevoir nombre de ces abris dans nos paysages. »

UNE LIGNE VICINALE QUI N’A JAMAIS EXISTE!

La Petite Gazette du 4 mai 2011

LA LIGNE VICINALE QUI N’A PAS EXISTE … ENTRE CHENEE ET SPRIMONT

Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, me communique une très intéressante étude sur une ligne vicinale qui n’a pas vu le jour et qui devait relier Chênée à Sprimont.

«Rappelons, m’écrit-il, que la Société Nationale des Chemins de fer Vicinaux (S.N.C.V.) a été fondée en 1885 et que sa mission était de désenclaver certaines contrées non encore desservies par le « grand » chemin de fer (qui deviendra la S.N.C.B. en 1926). En province de Liège, la première exploitation concerne une liaison de 9 kilomètres entre Poulseur et Damré Sprimont.

Bien que la plupart des voies vicinales étaient établies à écartement métrique, on préféra pour cette ligne l’écartement normal (1,435 mètre) des grands réseaux. Ce choix fut dicté par la possibilité de transporter les produits pondéreux provenant des carrières, sans devoir procéder à un coûteux transbordement en gare de Poulseur.

La ligne fut ouverte au trafic des marchandises en décembre 1887, en traction vapeur. Elle fut ultérieurement prolongée vers Trooz via Louveigné. Dès 1888, à l’instigation de la commune de Beaufays, la S.N.C.V. établit un projet d’une ligne à voie métrique reliant Chênée à Sprimont, là aussi en faisant usage du seul mode de traction de l’époque : la vapeur.

Le 30 novembre de cette même année, les vicinaux obtiennent du Gouvernement la prise en considération du projet, permettant la poursuite des études. Un tracé est arrêté. Il doit débuter au pont sur la Vesdre à Chênée, traverser le quartier de la station, puis la ligne devait s’élever en rampe douce vers Embourg. Le tracé se serait développé en contrebas de la grand-route pour aboutir à hauteur de l’actuel collège du Sartay, où une boucle aurait ramené la ligne vers le centre de la localité afin de longer la route nationale en direction du fort d’Embourg.

Après avoir contourné celui-ci par l’est, c’est à travers les prairies situées dans le bas de l’actuel quartier des Grands Champs que la ligne se serait progressivement hissée sur le plateau, pour rejoindre la route principale, en face des nouveaux bâtiments de la zone de police récemment inaugurés. La ligne aurait alors traversé Beaufays en suivant les voiries, puis à hauteur de l’autoroute, l’itinéraire se serait incurvé vers l’Ouest afin de desservir, aussi près que possible, le centre du village de Dolembreux. La grand-route aurait été rejointe au carrefour de la Heid des Chênes et suivie sur environ un kilomètre et demi. Afin d’éviter la pente trop raide du Thier du Hornay, le tracé aurait bifurqué pour gagner Noidré et s’établir sur le coteau surplombant le vallon du Tultay. Par une ultime boucle, la ligne aurait rejoint, à hauteur de Damré, celle venant de Poulseur, déjà en exploitation. »

Nous retrouverons, la semaine prochaine, cette remarquable présentation de cette ligne vicinale qui n’a pas vu le jour…

Cependant, grâce à une précieuse information de M. Prégaldien, je puis vous préciser que les fameuses publications du G.T.F. que nous avons évoquées dernièrement dans les colonnes de La Petite Gazette et entièrement consacrées aux « Tramways du Pays de Liège » sont toujours disponibles au Musée des Transports, rue Richard Heintz à Liège. Pour les passionnés du sujet, ces ouvrages sont absolument incontournables pour leur précision et la richesse de leurs illustrations.

La Petite Gazette du 11 mai 2011

LA LIGNE VICINALE QUI N’A PAS EXISTE … ENTRE CHENEE ET SPRIMONT

Retrouvons la passionnante étude que Monsieur Michel Prégaldien, de Beaufays, a consacrée à cette ligne vicinale qui n’a pas vu le jour et qui devait relier Chênée à Sprimont.

“Les conseils communaux de Gomzé-Andoumont et de Sprimont n’ayant pas pris de décision favorable, le dossier est resté bloqué durant plusieurs années.

En 1905, un autre projet voit le jour. Il émane de M. A. Jamme, de Liège, qui propose un tramway électrique d’un développement de 28 Km prenant son départ à Liège (Longdoz) pour rallier Aywaille via Sprimont. La S.N.C.V. s’insurge contre ce dessein qui, finalement, ne donnera lieu à aucune concrétisation.

En 1908, la S.N.C.V. revoit sa copie et propose, cette fois, la réalisation d’une ligne à voie normale et à traction électrique. Elle rédige un mémoire descriptif et estime le capital nécessaire à 1.660.000 francs.

Le choix de la voie normale était dicté par la possibilité de jonction à Sprimont avec la ligne Poulseur-Sprimont-Trooz et, à Chênée, avec le tramway de la société Est-Ouest (E.O) relaiant Chênée (Grands Prés) à la Place St-Lambert par le centre de Grivegnée, la Bonne Femme et le quartier d’Outremeuse.

Une convention est même établie entre ma S.N.C.V. et l’E.O. de telle façon que les convois en provenance de Sprimont puissent emprunter, à partir de Chênée, les voies de cette dernière société, moyennant compensation financière, afin de rejoindre le centre ville.”

La Petite Gazette du 18 mai 2011

LA LIGNE VICINALE QUI N’A PAS EXISTE … ENTRE CHENEE ET SPRIMONT

« Ce projet fit l’objet d’une prise en considération définitive le 9 juin 1908 mais, ensuite, se heurte de nouveau à la réticence de certaines communes traversées. Chênée voudrait être tête de ligne et, tout comme Embourg, elle réclame l’organisation d’un trafic marchandise. La S.N.C.V. estime que, dans ce cas, les installations électriques devraient être renforcées et cela pour un faible rendement à espérer. Le projet est de nouveau à l’arrêt. »

tram

 

 

 

 

Monsieur Prégaldien, qui a mené ses fructueuses recherches dans les archives provinciales, sait combien vous appréciez les articles illustrés aussi vous propose-t-il de découvrir cett photographie, prise devant le dépôt vicinal de Poulseur, montrant une locomotive à vapeur à voie normale ayant desservi la ligne de Sprimont. Il précise utilement que, si le projet de 1908 avait été réalisé, on aurait peut-être pu apercevoir ce type d’engin en service marchandise entre Chênée et Sprimont.

« C’est alors qu’éclate la première Guerre Mondiale, poursuit mon correspondant.

Après les années d’occupation, le réseau de la S.N.C.V. se trouvait très délabré et la société s’occupa, en priorité, de le restaurer. Elle ne pouvait plus, à ce moment se soucier de construire de nouvelles relations.

Dans l’entrefaite, une initiative privée due à Monsieur Robert Huyttens de Terbecq permit de créer un service de transport de voyageurs et de petites messageries par autobus entre Liège et Sprimont.C’est ainsi que naquit, le 6 septembre 1919, la « Compagnie Liégeoise d’Autobus » dont le siège se trouvait rue de Fragnée à Liège.

Il faut signaler que Monsieur Huyttens de Terbecq avait été échevin de la commune d’Embourg entre 1912 et 1914 et que, à ce titre, il avait été impliqué dans le projet d’établissement du vicinal Chênée – Sprimont, en participant à plusieurs réunions préparatoires.

Par arrêté royal du 26 novembre 1921, la compagnie obtient la concession de la ligne d’autobus pour une durée de 20 ans. Il s’agit d’une des toutes premières exploitations par autobus en province de Liège.

Le 14 juin 1922, la société anonyme « Compagnie des Autobus liégeois », que nous connaissons encore de nos jours, se substitue à la société coopérative précédente en reprenant ses activités.

Le 5 novembre 1928, une réunion entre des représentants de la S.N.C.V. et des différentes communes se tient au palais provincial afin de relancer le projet. On y débat de l’opportunité de réaliser une ligne vicinale de 22 Km entre Chênée-Sprimont et Remouchamps, pour un capital estimé à 18 millions de francs ou de créer un service d’autobus sur le même parcours pour un capital de 700.000 francs. Trois communes donnent une préférence marquée au tram électrique, les autres se rallient à l’idée d’un service d’autobus. Au vu des chiffres précédents, la différence d’investissement plaide pour l’autobus et la S.N.C.V. rédige un mémoire descriptif en ce sens, en février 1929.

C’est ainsi qu’après 40 ans d’atermoiements, le projet de voie ferrée est définitivement enterré. En mars 1929, les autobus Liégeois introduisent une demande en vue de prolonger leur ligne Liège-Sprimont jusqu’à Remouchamps. Le service débute peu après avec l’assentiment des communes traversées. L’autorisation officielle sera accordée par l’A.R. du 20 janvier 1931.

Comme la ligne d’autobus envisagée par la S.N.C.V. double totalement celle déjà desservie par la compagnie des Autobus Liégeois, le projet ne peut être pris en considération par le Ministère des Transports et la liaison Liège-Remouchamps restera l’apanage de cette dernière société, à titre de ligne privée jusqu’au 3 février 1949 puis en tant que fermier de la S.N.C.V. mais arrêtons-nous là car la suite relève davantage de l’historique des autobus liégeois. »

Monsieur Félix Brahy, d’Embourg, vététiste passionné s’interroge et, dans la foulée, vous interroge : « C’est très intéressant cette page d’histoire pour les passionnés que nous sommes ; cependant sauf documents d’époque, et tout le respect pour votre correspondant M Prégaldien : le tracé décrit ne serait pas faisable après +/- Sauheid  vers le Sartay, la déclivité du ruisseau (- la Lèche) est trop importante pour les moyens de l’époque. Ce serait l’actuelle très fréquentée rue Pierre Henvard,  et ligne d’autobus N°30 ; jadis desservie par un trolleybus, car seule le moteur électrique pouvait gravir de telles côtes [vers Cointe, vers Burenville ou le Thier-à-Liège. Mais où je veux en venir, et avec mon VTT sur le terrain : démarrons au pied du Rocher du Bout du Monde, admirons  la frayère,  suivez le chemin communal , dépassez un pavillon d’été : le sentier en pente douce, devenu propriété privée,  présente une assise parfaite avec courbes et contre-courbe sur 1.300 m environ, pour aboutir à hauteur « du Tank » , au pied du fort d’Embourg… et contourner celui-ci par l’ouest en amont de la ferme de l’Angle et les Sept Collines.

Question : pour  qui et à quoi servaient ces courbes ? Cela aurait-il pu être le tracé du tram vicinal à vapeur ?

LE LIBERATOR U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS LE 28 MAI 1944

La Petite Gazette du 26 janvier 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Monsieur Rik Verhelle nous guide, aujourd’hui, sur les traces du bombardier lourd U.S. « Star duster »  qui s’écrasa à Xhoris, fin mai 1944. Comme à chacune de ses évocations, ce correspondant, spécialiste de l’histoire de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale, installe tout d’abord le décor et nous précise les raisons de la présence de cet avion dans un raid important avant d’aborder les conditions de sa perte.

« Ce 28 mai 1944, dimanche de Pentecôte, la météo avait prévu une visibilité parfaite pour l’après-midi. La 8 USAAF allait accomplir sa mission stratégique N° 376. 1282 bombardiers lourds (B-17 « Flying Fortress » et B-24 « Liberator ») étaient lancés contre des usines d’armements et des raffineries en Allemagne.
L’armada des Alliés        
La force était composée de 20 groupes de B-17 et de 16 groupes de B-24. L’ensemble était réparti sur quatre vagues offensives:
La 1ère vague (des B-17) avait comme objectif la raffinerie Braunkohle-Benzin AG à Ruhland, plus la Junkers Flugzeug und Motorwerke AG à Dessau.
La 2e vague (des B-17) allait attaquer la raffinerie Braunkohle-Benzin AG, à Magdeburg, et la Wehrmacht Tank Ordonnance dépôt à Königsborn.

La 3e vague (des B-24) avait comme objectifs la raffinerie Braunkohle-Benzin AG, à Zeitz, et la Farbenindustrie AG, à Merseburg/Leuna.

Le 4e vague (des B-24) allait s’occuper de la raffinerie Wintershall AG, à Lützkendorf.
Le bombardier Liberator B-24H 42-52651 « Star Duster» du 838 Squadron, 487 Bomb Group, était un des bombardiers de cette 4e vague.
Les 26 « Bomb Groups » participant au raid décollaient de leurs bases respectives et ils rejoignaient les différents points de ralliement au-dessus de l’Angleterre avant de constituer les quatre vagues d’assaut. Ces quatre vagues allaient passer la côte anglaise au-dessus de Yarmouth, respectivement à 12 hr, 12.11 hr, 12.30 hr, et 12.42 hr. Tous avaient un itinéraire commun de pénétration qui les conduisait au Nord-Est de Brunswick, tout en contournant systématiquement les positions de FLAK connues. A partir de Brunswick, l’armada éclatait à nouveau, et les quatre vagues de bombardiers mettaient le cap sur leurs cibles respectives. Après le bombardement les quatre formations allaient de nouveau se rejoindre et entamer une exfiltration groupée vers l’Angleterre et la sécurité.
L’appui et la défense rapprochée des bombardiers étaient fournis par la 15 USAAF avec des chasseurs P-38 «Lightning», des P-47 «Thunderbolt», et des P-51 «Mustang».
La 4e vague recevait le soutien du 479 Fighter Group (sur P-38 «Lightning») sur sa route de pénétration, puis du 339 et du 55 Fighter Groups (équipé de P-51 «Mustang») autour de Lützkendorf, et leur retour était couvert par la RAF britannique avec les 19th, 65th, 129th, 306th et 315th Fighter Squadrons (tous sur P-51 «Mustang»).
Les défenses allemandes
La Luftwaffe ripostait aux agresseurs avec ses chasseurs/intercepteurs de jour. En mai 1944, sa force totalisait quelque 600 chasseurs dont 300 opérationnels dans la « Luftflotte Reich », tandis que la « Luftflotte 3 » surveillait le territoire France-Belgique-Pays-Bas avec 100 chasseurs. A ce stade de la guerre, la Luftwaffe luttait avec un manque d’avions de chasse et de pilotes car elle était opérationnelle sur trois fronts différents.
Ces chasseurs étaient des Messerschmitt Me-109 et des Focke-Wulf FW-190 connus comme des opposants redoutables, surtout dans les mains de vétérans chevronnés. Les Me-109 étaient équipés d’un canon 30 mm dans le nez, de deux canons de 20 mm dans les ailes, et de deux mitrailleuses de 13 mm dans les ailes également. Le FW-190 avait quatre canons de 20 mm et deux mitrailleuses de 13 mm.

Batterie_de_88_mm_FLAK

Leur deuxième arme défensive était le FLAK, les « Flieger Abwehr Kanonen » qui couvraient tout le territoire allemand avec des canons anti-aériens de 88 ou 105 mm, capables d’atteindre sans problème un avion à 21.000 pieds (7000 mètres). Les équipages des bombardiers redoutaient plus le FLAK que les chasseurs de la Luftwaffe. On pouvait se défendre contre les chasseurs avec les nombreux mitrailleurs à bord des bombardiers. Mais quand les canons anti-aériens crachaient leurs obus, on ne savait rien faire que d’attendre la fin des tirs, tout en espérant de ne pas être touché par un obus ou des shrapnels. Du FLAK, on en rencontrait partout: des canons légers autour des aérodromes, et des lourds concentrés autour des objectifs potentiels. L’itinéraire de pénétration des bombardiers tenait compte des positions connues et les contournait systématiquement. Le bombardement de l’objectif par contre exigeait un parcours rectiligne malgré les tirs concentrés de FLAK. Ces « bomb run » qui ne prenaient que quelques minutes constituaient des instants de stress et d’angoisse intense pour les équipages de bombardiers. »

La Petite Gazette du 2 février 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Retrouvons, comme annoncé, le récit que consacre Monsieur Rik Verhelle à l’histoire de ce bombardier lourd américain.

« La 4e vague d’assaut    
La 4e vague (à laquelle appartenait le bombardier « Star Duster ») suivait l’itinéraire de pénétration commun derrière les trois premières armadas. A partir de Brunswick, cette quatrième vague se dirigeait vers la raffinerie de Lützkendorf à une altitude de 22.000 pieds. Cette vague était composée de 36 Liberator B-24H du 34 Bomb Group de Medlesham, de 36 B-24H (dont le « Star Duster ») du 487 Bomb Group de Lavenham, et de 25 B-24H du 486 Bomb Group de Sudbury.
Les trois Squadrons du 487 Bomb Group avaient décollé à 10.45 hr de Lavenham et avaient rejoint la 4ème vague d’assaut. Le rassemblement se faisait à 2000 pieds d’altitude et il était achevé à 10.58 hr. Le 487 BGp passait au-dessus de Yarmouth à 12.44 hr.
La malchance accompagnait le 487 BGp, car, dans les 40 minutes après le décollage, six B-24 avaient déjà dû quitter la formation à cause de troubles mécaniques, et ils regagnaient Lavenham. Le 487 BGp continuait donc avec les 30 avions restants. A l’exception de ces bombardiers qui avaient dû retourner prématurément et de quelques attaques de FLAK, toute la pénétration se passa sans encombres. Aucune attaque de chasseurs de la Luftwaffe n’était notée.
Le bombardement même n’était pas vraiment effectif, car l’objectif était couvert par une fumée assez épaisse. Un bon nombre d’explosifs sont tombés trop loin de la raffinerie comme témoignaient les photos aériennes prises à haute altitude, le lendemain, par un Spitfire.

Des_bombes_tombent_sur_la_raffinerie_de_MerseburgPHOTO DE L’OBJECTIF

Le retour en formation n’a pas causé de gros problèmes non plus et il n’y a pas eu de combats avec les chasseurs de Luftwaffe. Mais les tirs anti-aériens (le « flak ») ont causé la perte de trois bombardiers B-24H. Les trois premières vagues d’assaut ont eu moins de chance car les Messerschmitt et les Focke-Wulf ont sabré dedans et abattu plusieurs bombardiers.

La chute du « Star Duster »    
2Lt William F. Dunham était le navigateur du « Star Duster ». Laissons-lui la parole: (Selon sa lettre du 14 novembre 1989) « Nous étions touchés par un FLAK intense au moment où nous étions au-dessus de l’objectif. Très peu de temps après avoir quitté la zone nous étions contraints de quitter la formation et de poursuivre notre itinéraire tout seul. Deux moteurs étaient hors d’usage et nous perdions de grosses quantités de carburant et de l’huile. Puis un troisième moteur nous abandonnait et un des moteurs déjà en panne commençait à dégager de la fumée. La sonnette d’alarme venait de donner l’ordre du « bail out » (quitter l’avion en parachute). J’ai aidé le mitrailleur de front, Sgt Donald W. Carpenter, à sortir du nez de l’avion, pendant que  le 2Lt Weeks A. Homer, notre viseur/bombardier, ouvrait la trappe de sortie dans le nez du bombardier. Au moment même que je sortais Carpenter de sa position, Weeks avait déjà sauté. Carpenter refusait de quitter l’avion par la trappe de secours et il  reculait vers la soute à bombes pour sauter de là. Peu de temps après, j’ai sauté par la trappe du nez. J’ai touché le sol au milieu d’un village allemand appelé Daun et qui se situe près de la frontière belge. On m’a arrêté immédiatement et quelques heures plus tard Weeks me rejoignait dans la cellule avoisinante de la prison. Vers 22 hr un policier nous sortait de nos cellules et nous étions conduits en voiture vers l’endroit où le bombardier était tombé. L’épave était presque entièrement consommée par le feu. Je ne sais pas si c’était notre avion mais je présume qu’il l’était. Puis on retournait vers Trier où nous étions écroués dans une grande maison, et attachés à des grosses canalisations dans la cave. Nous y sommes restés pendant deux jours et les interrogatoires se succédaient toutes les deux heures. Je souffrais d’une entorse de la cheville encourue lors de mon atterrissage et mes interrogateurs n’arrêtaient pas de me donner des coups de pied sur la cheville pour m’obliger à leur livrer des infos. Après deux jours comme ça nous étions livrés à la Wehrmacht qui nous garda un jour. Puis c’était au tour de la Luftwaffe de s’occuper de nous dans leur centre d’interrogatoire à Frankfurt. Finalement nous étions enfermés au Stalag Luft III, et libérés le 28 avril 1945. » (Remarque: Stalag Luft III se situe près de Sagan, dans l’actuel Pologne). »

La Petite Gazette du 9 février 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Monsieur Rik Verhelle nous guide, aujourd’hui, sur les traces du bombardier lourd U.S. et nous explique l’épilogue de cette épopée :

« Ce que Dunham (N.D.L.R. Pour rappel, il s’agissait du le navigateur du « Star Duster ») ne savait pas c’est que ses collègues avaient attendu pour sauter, et qu’ils n’ont finalement quitté l’avion condamné qu’au-dessus de Liège. Le « Star Duster » s’est alors écrasé à 17 hr au nord de Xhoris, entre la chapelle et le château de Fanson. Charles L. Henri, mitrailleur de la tourelle ventrale, était arrêté vers 19 hr près d’Awan-Château par une patrouille routière. Les sept autres se sont cachés dans des endroits divers.
Le mitrailleur de la tourelle nasale, Sgt Donald W. Carpenter, a été arrêté à Liège le 22 juillet et interrogé pendant un long mois avant d’être expédié en prison en Allemagne.
Emile J. Abadie, mitrailleur de tourelle dorsale nous raconte : « Tout de suite après mon atterrissage, j’ai rencontré notre co-pilote 2Lt Paul F. Chavez. Deux jours plus tard nous sommes tombés sur notre homme radio Sgt Howard A. Witherow. Nous nous sommes dirigés vers Aywaille, puis à Florzé où la famille Hanzel nous a soignés pendant un mois. Puis nous avons pris la direction d’Ayeneux où nous sommes restés chez la famille Fastre pendant un mois aussi. En route vers leur famille à Forest nous sommes tombés sur la 3ème US Armored Division ». (Remarque: il s’agit probablement de Forêt, 5 Km au sud-est de Liège),
Le pilote 2Lt Ralph S. Burckes, l’ingénieur de bord Sgt James M. Toole, et le mitrailleur de la tourelle de queue Sgt Henze L. Rex se cachaient également dans les environs. Burckes et Toole seront arrêtés le 7 septembre, très peu avant l’arrivée des Américains. Henze par contre a pu se cacher jusqu’à la libération par les Alliés.

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Un Liberator lâchant sa cargaison de bombes

Epilogue
Sur l’itinéraire de retour vers l’Angleterre, le FLAK allemand a eu raison de deux autres bombardiers de la 4e vague d’assaut, tous les deux appartenant au 486 Bomb Group. Le premier était le Liberator B-24H 42-52764 portant le long surnom « Mike, the Spirit of Louisiana State University » et qui s’est écrasé à Charly-des-Bois (un Km au nord de Ronquières). Cinq hommes ont pu échapper et cinq autres ont été capturés.
Vers 17.30 hr, un deuxième de la même unité, le Liberator B-24H 42-50345, est tombé dans la Manche devant Zuydcoote (Dunkerque). Deux jours plus tard, et complètement épuisés, trois hommes dans leurs dinghies individuels (pneumatique de sauvetage) ont été retirés des eaux devant la plage de Gravelines. Les sept autres ont péri en mer. Leurs dépouilles n’ont jamais été retrouvées.
Bilan final en pertes humaines résultant de la mission 376 :
– Non revenus à leur bases : 327
– Tués à bord des bombardiers: 4
– Décédés au retour à la base : 4
– Retirés vivants de la mer le jour même : 11
– 327 – 11 = 316 disparus (« Missing in action »).
De ces 316 disparus, 11 échapperont aux Allemands et retourneront avant la fin des hostilités, 202 iront dans des camps de prisonniers de guerre, 79 sont morts au combat, et 24 hommes ne seront jamais retrouvés.
Bilan des pertes en avions :
32 bombardiers (26 B-17 et 6 B-24) abattus. Les chasseurs/escorteurs avaient perdu quatre P-47 Thunderbolt et dix P-51 Mustang. Pertes en pilotes chez la Luftwaffe : 25 morts et 20 grièvement blessés.
Vers la fin de cette journée, les télécopieurs recommençaient à crépiter et à cracher les nouveaux ordres. Tandis que les équipages étaient au repos, l’agitation habituelle était de retour sur les bases. Les mécanos allaient travailler toute la nuit et tenter de réparer le plus possible d’avions endommagés, et les officiers d’Etat-major préparaient les briefings pour la mission 377 qui allait être accomplie le lendemain, lundi 29 mai. »

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, se souvient : « Le bombardier B-24 qui s’est écrasé à Xhoris en mai 1944 est passé au-dessus de la propriété, car il y a perdu un morceau d’aileron dans la parcelle dite « Vieux Han », (actuellement propriété « Hertenbos ») On peut donc déterminer son cap d’arrivée. La pièce faisait au moins 2 m de long selon mon souvenir et 50 cm. d’épaisseur, car je pouvais m’asseoir dessus. (en 1956)

Dans cette même parcelle, à quelques mètres de là, se trouvait un refuge des maquisards de la 31ème compagnie des partisans Armés d’Aywaille. Il n’en restait que les fondations en pierres et la trace du foyer. Si le refuge était occupé cette nuit là, il reste peut-être un survivant qui s’en souvient ? »

POUR CEUX QUE NOTRE PATRIMOINE INTERESSE!

INFORMATION IMPORTANTE POUR TOUTES LES PERSONNES INTERESSEES PAR LA SAUVEGARDE DE NOTRE PATRIMOINE !

L’asbl Qualité-Village-Wallonie n’est plus à présenter à tout qui est sensible à la protection et à la sauvegarde de notre patrimoine aussi je suis persuadé que ce qui suit devrait vous intéresser… D’ores et déjà, je vous encourage vivement à répondre à l’invitation qui vous est lancée : c’est intéressant et c’est gratuit !

 

La première lettre d’information de l’asbl Qualité–Village-Wallonie arrive !

C’est avec l’enthousiasme propre aux nouveaux projets que nous avons le plaisir de vous annoncer le lancement prochain de notre première lettre d’information numérique qui remplace dorénavant notre Journal de Liaison en version papier.

Qu’y aura-t-il au menu ?

L’actualité de notre asbl, les projets en cours, les animations, l’agenda, et bien d’autres choses.

Elle vous permettra de suivre nos activités en lien direct avec notre nouveau site Internet www.qvw.be

Quelle fréquence ?

Elle vous parviendra en moyenne tous les deux mois.

Elle est gratuite et sans engagement, vous pourrez vous désinscrire très simplement via le lien au bas de chaque lettre.

Pas encore inscrit ?

Rejoignez-nous sans plus attendre dans cette nouvelle aventure, en suivant le lien : http://www.qvw.be/fr/a-votre-disposition/lettre-d-information.html

Asbl Qualité-Village-Wallonie

Chaussée d’Argenteau 21 – 4601 Argenteau (Visé)

 

 

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

La Petite Gazette du 28 avril 2010

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

Monsieur Laurent Halleux, d’Erezée, poursuit une enquête qu’il a entamée, il y a quelque temps dans la revue trimestrielle de la Fraternelle des Chasseurs ardennais. En s’adressant à la Petite Gazette, il augmente considérablement le nombre de personnes qu’il sensibilise à sa recherche et, ainsi, espère faire une bonne moisson de témoignages. A vous de jouer.

« Le 10 mai 1940, le 3e Régiment de Chasseurs ardennais était déployé le long de la frontière Est de notre pays entre Manderfeld (au NORD) et Houffalize (au Sud). Ce régiment avait pour mission de mettre à feu les destructions et obstructions destinées à ralentir l’avance allemande, puis à protéger le repli des unités disposées dans le sud de la province du Luxembourg lesquelles devaient se regrouper dans la position dite d’arrière-garde que délimitait le cours de l’Ourthe de Comblain-au-Pont à Durbuy. Contraintes au repli, ces unités devaient ultérieurement défendre la Meuse d’Engis à Huy.

Le 3e Régiment de Chasseurs ardennais était composé de neuf compagnies cyclistes, d’une compagnie motocycliste et d’une compagnie dite d’engins. Les compagnies cyclistes et la compagnie motocycliste étaient déployées en tant qu’unités constituées, essentiellement le long de la vallée de la Salm. En raison de la longueur du front (environ 35 kilomètres de Trois-Ponts à Houffalize), elles occupaient la plupart du temps des points d’appui. La compagnie d’engins, compagnie composée de 8 pièces antichars, était quant à elle scindée et ses différentes pièces étaient mises à disposition des différentes compagnies disposées sur la première ligne de défense.

La répartition des pièces était la suivante :

– Compagnie de Trois-Ponts : DEUX pièces ;

– Compagnie de Grand-Halleux : UNE pièce (qui sera renforcée à partir du 08 mai par DEUX pièces du 1er Régiment de Guides) ;

– Compagnie de Rencheux (Vielsalm) : UNE pièce ;

– Compagnie de Salmchâteau : UNE pièce ;

– Compagnie de Ottré : UNE pièce ;

– Compagnie de la Baraque de Fraiture : DEUX pièces,

soit HUIT pièces au total.

Ces pièces étaient des chenillettes V.C.L. T-13, de type I et II. Il s’agissait d’un canon (antichar) automoteur (le fameux canon belge de 47 mm – bien connu sous la dénomination « 4,7 ») sur châssis Carden-Lloyd. Ces petits engins, d’excellente facture, étaient malheureusement présents en trop petit nombre, le 3e Régiment de Chasseurs ardennais ayant dû disposer de SEIZE pièces et non de HUIT à cette date. Seule la mécanique des types I et II (un type III verra également le jour), un peu vieillotte, laissait à désirer. C’est précisément la raison pour laquelle ce régiment dut abandonner dès le 10 mai en soirée, dans son repli, la pièce de numéro de plaque 0527 dont la photo est présentée ci-dessous.

T-13_B1_N..

Selon mes informations, elle dut être abandonnée par son équipage sur les hauteurs de Trois-Ponts en raison d’un embrayage défectueux. Les Allemands semblent la contempler avec émerveillement …

Certaines personnes se souviennent-elles de ces canons automoteurs ? Disposent-elles de renseignements quant à leur emplacement exact, quant à leurs membres d’équipage ? Ont-elles des anecdotes à leur sujet ? Disposent-elles de photographies laissant apercevoir leurs numéros de plaque d’immatriculation ? Peut-on me confirmer la présence de tels engins à La Gleize ou dans les environs immédiats (en 1940) et, dans l’affirmative, à quel endroit et à quel moment car une pièce de ce type y aurait été installée puis retirée ? Quelqu’un aurait-il également plus de précisions concernant les pièces en place au carrefour de la Baraque de Fraiture ? Tout renseignement permettant de parfaire ma connaissance de ces engins bien trop méconnus serait le bienvenu. D’avance, un grand merci. »

La Petite Gazette du 12 mai 2010

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

Répondant à l’appel lancé il y a deux semaines, des lecteurs se sont déjà manifestés de façon très intéressante :

Monsieur Jean-Louis Schmitz, de Marche-en-Famenne, situe d’emblée l’origine de son intérêt pour le sujet :

« Mon père, Franz Schmitz, de Marche en Famenne, a été conducteur de T13 ; mobilisé en septembre 1939, il a rejoint son unité, le 1er (régiment) Chasseur Ardennais, compagnie de tanks légers T.33.

Il a fait la campagne des 18 jours avec pour affectation la PFN (Position Fortifiée de Namur) ; la compagnie T13 de la PFN a été notamment affectée à la protection du champ d’aviation d’Evere et se rendit à Woluwé St-Etienne. Ensuite, elle eut comme mission de protéger la retraite de l’armée belge.

Elle fut citée trois fois à l’ordre du jour. Puis ce fut le repli dans les Flandres, derrière l’Escaut où ils se postèrent. Plusieurs fois en contact avec l’ennemi, son groupe de T13 détruisit cinq chars et des nids de mitrailleuse.

Enfin, dans les environs de Roulers (Roeselare), ils se retrouvèrent encerclés par les Allemands. C’est alors qu’ils apprirent, le 28 mai vers 6 heures du matin, la
capitulation de l’armée belge. Le premier souci de Franz Schmitz fut de saboter son char en faisant « sauter les fourchettes des deux manches à balles ». Ceci lui valut les remontrances de son sergent verviétois : « N’est-ce pas malheureux de saboter un si beau matériel ; les autorités belges nous ont donné l’ordre de le remettre tel qu’on nous l’avait donné »

Mon correspondant ajoute les anecdotes suivantes à ses propos:

« Joseph Schmitz, originaire de Marche, se souvient avoir vu avec fierté un groupe de T13 traverser la ville de Marche, lors d’exercices durant l’année 1939 ; son frère aîné, Franz Schmitz (du I Chasseur Ardennais), était chauffeur d’un de ces engins.

Marcel Collard, beau-frère de Madame Collard-Masson (Bastognarde originaire de Marche), membre d’un équipage de T13 (appelé aussi « 4.7 » pour son canon) a été tué dans un accident le 18 juin 1936. Le chauffeur était ivre ; la chenillette s’est retournée sur un terrain en pente ;  le Cdt du char, le Lt Dasse (originaire d’Ans) a été tué aussi. »

Pour les lecteurs intéressés par le sujet, Monsieur Schmitz a réuni quelques références d’ouvrages et de sites internet permettant de compléter les connaissances de chacun et nous l’en remercions.

Référence bibliographique (document consultable au Centre de documentation du Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire)

Titre du document : Mai 1940 : une unité peu connue de chasseurs Ardennais: la compagnie de T.13 de la PFN (position fortifiée de Namur)

Auteur(s) : Bikara

Résumé : Chronologie détaillée des combats menés par une division de chasseurs de chars blindés (les T.13) de l’Armée belge entre fin août 1939 et mai 1940

Editeur : Musée royal de l’armée

Identifiant : ISSN : 0035-0877

Source : Revue belge d’histoire militaire A. 1993, vol. 30, n° 1, pp. 25-44

Mon précieux correspondant vous renvoie également vers deux sites qui vous donneront, entre autres informations très intéressantes, une description du T13 : http://www.regiment-premier-guides.com/t13.htm et http://worldwar2.free.fr/t13.html

Monsieur Eric Simon, à son tour, vient nous donner des indications pour compléter la recherche

« Pour répondre à Monsieur Halleux d’Erezée, j’ai quelques informations à transmettre à propos des engins blindés équipant le 3e Régiment de Chasseurs ardennais en mai 1940. Ces éléments ont été collectés par Mickaël Brooze qui effectue des recherches assez poussées sur ce sujet.

La 10e Compagnie motocyclistes est équipée de 3 Vickers T-15 (immatriculés 1176 – 1177 – ????)

La 11e Compagnie antichars est équipée de 7 T-13 type I (0519 – 0527 – 0534 – 0536 – 0537 – 0541 – 0546) et de 1 T-13 type II (1345). Leur déploiement le 10 mai 1940,  qui diffère quelque peu de celui présenté dans l’article présenté il y a quinze jours, aurait été le suivant:

2 blindés sur les hauteurs de Trois-Ponts (dont le 0527)

2 blindés à Vielsalm

1 blindé à Lierneux

1 blindé à Grand-Halleux

1 blindé à Salmchâteau

1 blindé à la Baraque de Fraiture

Il est possible, poursuit Monsieur Simon, de découvrir des photographies montrant l’immatriculation des véhicules en consultant le « Forum ABBL 1914-1940 » dirigé précisément par Mickaël Brooze. Après les présentations d’usage, l’internaute n’a qu’à sélectionner la rubrique « Histoire et information: unités et services« , puis la sous-rubrique « unités frontières » et enfin la section « organigramme 1ère Division de Chasseurs ardennais« .

Attention, les règles du copyright sont évidemment d’application et il convient de contacter les propriétaires des images avant toute utilisation autre que strictement privée. »

Merci à ces deux lecteurs qui nous permettent d’approfondir le sujet.

Bien entendu, si vous possédez d’autres informations à ce propos, c’est avec un immense intérêt que nous les accueillerons.