UN ESPION A ORTHO EN 1941

La Petite Gazette du 1er décembre 2004

UN HURRICANE SE POSE A ORTHO, SON PILOTE EST TOUT SAUF UN HEROS !

Monsieur Jean Englebert, de Tohogne, m’a fait parvenir la copie d’un passionnant article extrait d’un récent numéro du mensuel « Le Fana de l’aviation » (n° 417 – août 2004), dû aux plumes de Richard Chapman et Roy Nesbit et traduit par Michel Bénichou. Cet article suit, pas à pas, l’enquête minutieuse des auteurs qui découvrirent progressivement une étonnante réalité. Voici ce que j’en ai retenu :

Le 18 septembre 1941, un Hurricane de la R.A.F. se pose à Ortho, dans une prairie marécageuse, non loin d’un aérodrome allemand. Un ouvrier agricole, témoin de la scène, cherche quelqu’un pouvant s’exprimer en anglais. Le pilote, grâce à l’intervention de patriotes Amand Durand et Léon Charlier, reçut des vêtements civils et de la nourriture ; puis il trouva refuge dans les bois voisins. Le lendemain, vers 5 heures, il se rendit à une patrouille allemande. Il dénonça les civils qui l’avaient aidé : Amand Durand et Léon Charlier furent fusillés, la femme de ce dernier et un certain Antoine furent, quant à eux, emprisonnés. A Ortho, une rue perpétue le souvenir d’Amand Durand.

Qui était donc ce pilote pour agir de la sorte ? Le remarquable travail de recherches des auteurs de l’article porté en référence a permis de l’apprendre.

Augustin Preucil est né le 3 juillet 1914 en Tchécoslovaquie. Il est breveté pilote de la Force aérienne tchécoslovaque où il devient instructeur. Quand l’armée allemande envahit son pays, loin d’être abattu, il demande son incorporation dans la Luftwaffe ! Cela lui est refusé car il n’est pas né allemand. Il est arrêté, en été 1939, parce qu’il essaie de quitter le protectorat allemand ; la gestapo le convainc de devenir un de ses agents. Commence alors un étonnant périple qui le mènera  en Angleterre vraisemblablement via la Pologne, la France où il s’engage dans la Légion étrangère et est affecté en Algérie. Devant l’imminence du conflit, il rejoint la métropole et on retrouve sa trace au centre d’instruction de Chartres. La France est défaite et, comme les autres pilotes tchécoslovaques, il arrive en Angleterre où il connaît diverses affectations dont la base d’Usworth, comme moniteur dans une unité opérationnelle. C’est de là qu’il disparaît le 18 septembre 1941, laissant croire à son élève, dans l’avion qui l’accompagnait, que son appareil s’est abîmé dans la Mer du Nord. Il avait réussi sa mission : livrer à l’occupant un Hurricane de la nouvelle génération.

Sa traîtrise lui rapporta 10 000 Reichmark de récompense. Il poursuivit ses sombres activités au sein de la Gestapo, il était notamment mêlé, dans les camps, aux résistants tchécoslovaques dont il rapportait les confidences…Il fut arrêté par les Alliés en mai 1945, son procès eut lieu en 1947 et, dans le respect de la sentence prononcée, Preucil fut pendu, à Prague, le 14 avril 1947.

Les auteurs de cette remarquable enquête ont vu en ce renégat un des rares espions ayant réussi à infiltrer la R.A.F.

Avez-vous d’autres informations sur cet espion ou sur la façon avec laquelle il livra un hurricane à l’ennemi ? Si oui, vous comprendrez immédiatement l’intérêt de tenir La Petite Gazette informée. Un immense merci.

La Petite Gazette du 5 janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Monsieur Jacques Bastin,  de Heyd, est un véritable passionné d’histoire militaire et c’est avec énormément de rigueur qu’il mène des recherches, qui le conduisent souvent bien loin des sentiers battus par la pensée unique… Aujourd’hui, il nous livre souvenirs et réflexions à propos de ce Hurricane qui s’est posé à Ortho, durant la dernière guerre.

« Les compléments historiques qui suivent sont le fruit de confidences que j’ai jadis reçues, en cercle intime, de grands pilotes belges qui, au cours de la dernière guerre, avaient décidé de rejoindre les rangs de la RAF afin de continuer le combat contre les Forces de l’Axe.

Disons d’emblée qu’un des tout grands soucis des Anglais, voyant alors venir une multitude d’étrangers se réfugier chez eux, était d’assurer un fonctionnement parfait de leurs services de contre-espionnage. Si, en effet, ils avaient bel et bien besoin de toutes les bonnes volontés possibles et imaginables pour résister aux attaques de la machine nazie, il leur fallait néanmoins continuellement veiller à bien séparer le bon grain de l’ivraie. Et ainsi, une de leurs préoccupations majeures se situait justement, indéniablement, au niveau du recrutement de leurs pilotes qui devaient absolument, pour les raisons qu’on devine aisément, être des éléments au-dessus de tout soupçon.

Voici, à ce sujet, un petit extrait d’article que j’ai écrit, en 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la fin des hostilités, lequel montrera assez bien l’incessante angoisse des Autorités anglaises de l’époque à ce sujet :

   Sait-on qu’un des plus fameux, sinon le meilleur, des pilotes de chasse en Angleterre, en 1941, était le Belge Jan Offenberg (dit « Le Peiker ») ? Ce pilote d’avant la guerre avait rejoint par bateau, en partant de Casablanca, les Iles Britanniques où il avait décidé de continuer le combat. Il fut d’ailleurs le premier Belge à recevoir la Distinguished Flying Cross (DFC). Mon vieil ami Raymond Lallemant (DFC, ayant plus de 500 missions de guerre) dit d’ailleurs ce qui suit, en un de ses ouvrages, en parlant de ce grand pilote qui, bravement, contrairement à ce que les apparences pouvaient laisser croire, avouait aller au combat en ayant peur : « « Offenberg connaissait les risques. Il les évaluait ; les cernait puis agissait lucidement. Peter Nash me dit un jour : « Je préfère aller au-dessus de Saint-Omer avec le Peiker que de voler derrière certains de nos pilotes au-dessus du Kent. » …

   Offenberg avait une qualité extraordinaire : celle d’être toujours présent où il fallait. Il avait une vue d’oiseau de proie. Il pressentait l’événement. » »

   Sait-on bien encore, en Belgique, qu’un jour de 1941, alors qu’il faisait les essais d’un tout nouveau prototype de Spitfire, il prit à Offenberg, las de ses évolutions acrobatiques dans le ciel d’Angleterre, l’idée de pousser soudainement une petite pointe en France, dans la région de Cherbourg. Les Autorités anglaises crurent même un instant, véritablement sidérées, qu’elles avaient affaire à un étranger passant brusquement à l’ennemi avec un de leurs tout nouveaux appareils. Offenberg, au cours de cette rapide escapade en solitaire, détruisit, en vol, quatre avions de chasse allemands qu’il rencontra tout fortuitement !

   Ce grand chasseur devait, hélas ! quelques mois plus tard, bien malheureusement périr aux commandes de son avion, dans un stupide accident au sol provoqué par un pilote incroyablement distrait lors de sa phase finale d’atterrissage.

Ce court extrait montre à suffisance, je crois, quelle tension pouvait bien sans cesse régner au sein des Services anglais de contre-espionnage dans le domaine qui nous occupe. Le cas évoqué dans la « Petite Gazette » est, au plan opérationnel, toutefois beaucoup moins dramatique pour les Anglais car le Hurricane, avion certes fort robuste mais datant néanmoins des années 1936-37, traînait déjà un peu la patte, lors de la Bataille d’Angleterre (13 août-31 octobre 1940), face aux chasseurs alle­mands [les Focke-Wulf 190 (Fw 190) et Messersmitt (ME 109)]. Il était donc devenu un rien vieillot en septembre 1941 lors de l’escapade évoquée. » A suivre…

La Petite Gazette du 1é janvier 2005

EN MARGE DE L’AFFAIRE DU HURRICANE DE ORTHO

Retrouvons les souvenirs de M. Jacques Bastin, de Heyd :

« Maintenant, je vais tenter de vous montrer jusqu’où les affaires, au cours du dernier conflit mondial,  ont pu, parfois, aller, de manière totalement inattendue de la part des malfaiteurs. Pour illustrer ceci, voici une histoire entendue de la bouche même de Raymond Lallemant ( héros belge distingué par la Distinguished Flying Cross et ayant, à son actif, plus de 500 missions de guerre).

« Un de ses amis, pilote anglais, doit sauter en parachute au-dessus de la Belgique. Arrivé au sol, il entend du bruit et, selon les consignes reçues, il demeure étendu sur le sol en faisant le mort. Des gens s’approchent et sans s’occuper le moins du monde de son état, ils lui volent froidement son chronomètre et ses bottes fourrées avant de se sauver dare-dare. Peu après, le pilote est enfin recueilli par des patriotes belges auxquels il conte sa mésaventure et qui le font rentrer en Angleterre par une filière éprouvée.

Le territoire à peine libéré en 1944, les Services spécialisés étaient déjà chez les fameux voleurs pour leur demander des comptes. »

Enfin, dernière histoire véritablement rocambolesque mais toutefois absolument authentique qui va, je crois, donner une assez bonne idée de la complexité que peut parfois revêtir le problème :

Lors de la guerre civile espagnole s’étalant de 1936 à 1939, un adjudant pilote belge déserte pour rejoindre les « Brigades internationales » opposées au Caudillo Franco ouvertement soutenu par Hitler et Mussolini. Cette guerre civile, comme chacun le sait, allait se terminer le 1er avril 1939 par la victoire du Général félon Franco. La défaite du « Front populaire » devenant de plus en plus inéluctable, lesdites « Brigades » furent alors instamment invitées par ce dernier à quitter, dès le 28 octobre 1938, le territoire espagnol tant qu’il en était encore possible de le faire pour elles dans de bonnes conditions de sécurité. Notre fameux adjudant s’en va donc ainsi Dieu seul sait où. Ce que l’on sait, c’est que dès 1940, alors que l’Angleterre est seule aux abois, notre homme se manifeste sur le sol anglais où il fait les démarches nécessaires pour s’engager immédiatement comme pilote dans la RAF qui a alors un très urgent besoin d’hommes chevronnés.

En dépit de la situation critique que connaît la RAF, notre homme, apparemment anti­nazi jusqu’aux bords de l’âme, ne parviendra cependant jamais à s’y faire engager. Il va ainsi végéter sur le sol anglais durant toute la guerre. Les Belges présents en Angleterre ne parviendront pas à comprendre alors les raisons de cette fameuse mise à l’écart. Après la guerre, notre déserteur incompris rentre en Belgique. Peu de temps après, on vient l’arrêter chez lui. Il sera traduit devant le Conseil de guerre, condamné à mort et passé par les armes.

C’était en fait un homme qui, de longue date, était à la solde des nazis et avait été chargé par ceux-ci de ramener en leurs lignes un SPITFIRE : avion ayant toujours fait rêver les pilotes allemands de l’époque.

En voilà une histoire rocambolesque, n’est-ce pas ? Tout bonnement incroyable !

Maintenant, bonne question avant de conclure : « Comment ce pilote espion tchécoslovaque (le pilote du Hurricane qui se posa à Ortho) a-t-il bien pu, lui, passer ainsi entre les mailles, pourtant ténues, du réseau tendu par le « Counter-Intelligence Service » anglais ? Ici, mystère total ! » « Errare humanum est » ou cela est-il peut-être tout simplement dû à un relâchement de la vigilance portée sur le Hurricane qui était alors, comme nous l’avons vu, déjà un peu vieux comme modèle pouvant encore vivement intéresser l’ennemi ? »

Un immense merci à M. Bastin pour ses précieux éclaircissements.

La Petite Gazette du 23 septembre 2005

A PROPOS DE CET AVION QUI SE POSA A ORTHO…

   Nous en avons parlé au mois de décembre dernier et, depuis, je suis en possession d’un passionnant courrier de M. Jean-Michel Bodelet, de La Roche-en-Ardenne, qui me transmettait alors une copie d’un article paru dans le n° 123 du « Brussels Air Museum Magazine ». A l’époque, l’abondance de sujets m’avait contraint de laisser de côté cette communication… Heureusement, à La Petite Gazette rien ne se perd. Avec toutes mes excuses pour le retard, je vous engage à découvrir l’article en question.

« un HURRICANE TRÈS SPÉCIAL

   Lors d’une vérification de notre base de données des avions perdus pendant la 2ième Guerre Mondiale, mon attention fut attirée par un Hurricane de la RAF ayant fait un atterrissage forcé près de Laroche ( à Ortho précisément) le 18 septembre 1941. En effet, un Hurricane qui a volé jusqu’à Laroche n’a plus suffisamment d’essence pour retourner en Angleterre ! J’ai pris contact avec Jean-Michel Bodelet, licencié en histoire et historien de la ville de Laroche, qui m’a raconté en quelques minutes l’aventure de ce mystérieux Hurricane. Je ne suis pas le premier à avoir découvert l’histoire de Laroche, car Jean-Louis Roba a, déjà publié en 1997, un très bon article dans le n° 7 de la revue « Contact » Roy Nesbit et Richard Chapman ont également publié un article extrêmement bien documenté dans l’édition de juin 2003 de la revue « Aéroplane ». Jean-Michel Bodelet, à son tour, a inséré un résumé de cette aventure dans « La Province de Luxembourg » du 25.08.2003. Il me semble malgré tout intéressant de rappeler quelques-uns des événements qui n’ont jamais reçu une réponse complète, d’aucune source que ce soit.

   Lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie, le pilote militaire Tchèque Augustin Preucil s’est porté volontaire pour la Lufwaffe, mais sa candidature fut rejetée à cause de sa nationalité. En essayant d’atteindre le Brésil pour devenir pilote de ligne, il fut arrêté par l’occupant et persuadé de devenir un agent de la Gestapo. Preucil rejoignit la France en 1939 et fut incorporé au Centre d’Instruction de la Chasse à Chartres. Il rejoignit ensuite l’Angleterre et fut incorporé dans la Royal Air Force Voluntary Reserve, notamment à la 55 Operational Training Unit.

   Le 18 septembre 1941, Preucil reçut l’ordre de son «contact» en Angleterre d’amener son appareil aussi loin que possible en territoire occupé. A court d’essence au-dessus des Ardennes, il se posa à Ortho à 18hl5. Il fut immédiatement pris en charge par les habitants du village et, pourvu de vêtements civils, il disparut dans les bois. Dans le rapport du service de Renseignements « Clarence » ( une inépuisable source de renseignements à caractère historique,) du 30 septembre 1941 et adressé au capitaine Page du War Office nous pouvons lire: «Le lendemain, 19, à 5 heures (Greenwich), le garde-champêtre prévient les Allemands qui envoient cinquante hommes, lesquels fouillent en vain toute la région. Peu avant leur départ, le pilote sort du bois voisin, se dirige vers les Allemands et fraternise aussitôt avec eux. Il dénonce immédiatement ceux qui lui ont donné les vêtements, indiquant même la composition de la famille. Arrestation immédiate de quatre personnes: les parents et les deux filles ».         

   Dans un rapport ultérieur de « Clarence », une précision est apportée au sujet des personnes arrêtées: il s’agit de Léon Charlier, garde-chasse, de son épouse de Amand Durand, maréchal-ferrant et d’un jeune homme étranger à la localité. Charlier et Durand furent condamnés à mort et fusillés au Tir National le 21 septembre 1942, L’épouse Charlier le jeune homme ( un  certain Antoine ) furent condamnés à des peines de prison.

   Preucil rejoignit Prague, sa ville natale, et reprit du service à la Gestapo locale. Il fut arrêté le 19 mai 1945, condamné à mort et pendu le 14 avril 1947. Quant à son avion, il fut transporté en Allemagne et exposé dans un musée à Berlin. Ce dernier fut bombardé et personne ne semble savoir ce que le Hurricane est devenu.

Lt Col d’Avi bre Jules MUSYCK »

UNE TRES ANCIENNE TRADITION, LE CHARIVARI ou PELETEDJE

La Petite Gazette du 9 septembre 2005

CHARIVARI OU PELETEDJE

Mme Françoise Schroder-Closjans, de Louveigné, nous confie un souvenir de jeunesse :

«En juillet 1936, la sœur aînée de maman, âgée de 48 ans et toujours célibataire, épousait l’instituteur de Pery, veuf et de 10 ans son aîné. La surprise fut grande pour la famille et le mariage fut célébré dans la plus stricte intimité, seuls étaient présents les mariés et leurs témoins.

La veille du mariage, un frère de maman, très farceur et très taquin, est arrivé à la maison avec ses fils et a demandé à maman des casseroles et des pêlètes , des ustensiles pour faire beaucoup de bruit. Il annonça alors : « on va pêleter Marie ». Maman hésitait beaucoup… ne voulant pas peiner sa sœur, mais son frère insistait car c’était la coutume disait-il !

Enfin, à la tombée de la nuit, avec oncle André, mon frère et mes cousins, nous sommes allés pêleter derrière la fermette de grand-papa, située en retrait de la route. On a fait du tintamarre pendant quelques minutes, on s’est amusé comme des fous – mon oncle y compris. Alors âgée de 7 ans, j’étais la plus jeune de la bande et je suis la seule encore en vie. Personne n’ en a jamais parlé et moi-même je ne savais pas que c’était interdit. »

Un grand merci pour ce merveilleux témoignage d’une tradition qui semble bien à jamais perdue. Avez-vous vous aussi des souvenirs de charivari ou de pêletèdje ? Nous les raconterez-vous également ? Je suis loin d’être le seul à l’espérer vivement.

La Petite Gazette du 23 septembre 2005

LE CHARIVARI OU PELETAGE.

Répondant à mon appel, M. Henri Boudlet, d’Izier, nous fait le grand plaisir d’évoquer cette très ancienne coutume disparue :

« Le charivari, m’écrit-il, était aussi dans les coutumes à  Izier.

   Qu ‘est-ce qu’un charivari ?    C’est l’action par laquelle plusieurs personnes munies de chaudrons, casseroles, poêlons, etc… jouant sur des instruments discordants (sifflets, trompes, cornets, etc.) ou poussant des cris, manifestent par des bruits injurieux leur opposition à certains actes ou tournent en ridicule certaines personnes. Au point de vue ordre public , il est classé, comme les bruits et tapages nocturnes parmi les attroupements capables d’entraîner du désordre et les forces de l’ordre ont pour mission de les dissiper d’office. Au point de vue pénal, si le charivari se donne la nuit, ce qui était souvent le cas, les auteurs pourraient être poursuivis à la fois pour bruits ou tapage nocturnes, et pour injures si plainte de la personne offensée.

Je me souviens de deux charivaris dans les années 30 dont un connut des péripéties invraisemblables. Celui de Joseph Haot dit < Haot dès forni > il avait précédemment habité dans un fournil en ruine.! Il était veuf avec trois enfants dont les deux plus jeunes : Fernand et Louisa , étaient placés à l’orphelinat des Sœurs à Durbuy.. Il habitait à l’endroit appelé alors   < è 1′ cwène dès bwè > (rue du Bois ), dans une baraque construite et mise à sa disposition par la commune d’Izier. Sa profession : colporteur ; il allait de village en village pour vendre des petites marchandises : bobines de fil, lacets, cirage, allumettes, savon … qu’il transportait dans un grand panier en osier soutenu par un bâton sur son épaule. Il connaissait et utilisait tous les sentiers de la région. Ainsi au moment de la cueillette des myrtilles il repérait les endroits favorables et pouvait ainsi renseigner ainsi les cueilleuses .

Son rayon d’action était très étendu ! Jugez-en ! Au cours de ses tournées à  Lamormenil, il fit connaissance d’une femme beaucoup plus jeune que lui, surnommée « li rossette Nonore ». Elle ne tarda pas à venir vivre maritalement avec lui à Izier. C’était à l’époque un cas à sanctionner et les pèleteus se mirent en action. Ils venaient chaque soir et se répartissaient autour la baraque. Nonore était une personne qui avait du caractère. Parfois, elle ouvrait la porte d’entrée de la baraque pour lancer des bouteilles vides sur les participants. Une intervention des gendarmes de la brigade de Barvaux vint ralentir le rythme. Le jour du mariage ce fut l’apothéose! Ils se marièrent un jour à 19h30 ; le jour était tombé. Tout le dispositif bruyant était en place . Il y eut le mariage civil à la maison communale puis le couple (seul, pas d’invité) se rendit à pied à l’église proche de la maison communale; jusque là aucun bruit. Les mariés allaient passer leur nuit de noces chez un cousin de Haot à Ville-My. Une voiture avec chauffeur les attendait devant l’église. Il y eut connivence entre des participants et le chauffeur. Il fut convenu que la voiture roulerait à allure réduite, ferait des arrêts jusqu’à la sortie du village. A leur sortie de l’église, les participants déclenchèrent le vacarme et suivirent la voiture. Pendant le dernier arrêt certains attachèrent des ustensiles propres à faire du bruit tels que casseroles, couvercles, cruches à lait, etc. au pare-choc arrière de la voiture. Ainsi le charivari continua pendant le reste du trajet vers Ville, mais c’était sans  pèleteus  ! »

Un immense merci pour ce remarquable souvenir de charivari, nous retrouverons d’autres témoignages d ès la prochaine édition. Vous aussi, si vous avez le souvenir d’un pèletage, je vous engage vivement à le confier à La Petite Gazette, afin que nous puissions, au moins, assurer la survivance de cette coutume dans la mémoire collective. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 30 septembre 2005

LE CHARIVARI OU   PELETAGE.

Répondant à mon appel, M. Henri Boudlet, d’Izier, nous fait le grand plaisir d’évoquer cette très ancienne coutume disparue :

« Le deuxième charivari dont j’ai eu à connaître concernait Gabrielle Gavray surnom : < Li gavrette >. Elle était originaire d’Ougrée et en avait conservé l’accent.. Elle était mariée avec un ouvrier mineur. Ils avaient 2 enfants. Le couple était mal assorti l’époux était calme et peu bavard tandis qu’elle c’était un réservoir d’énergie et une langue bien pendue. Les séparations étaient fréquentes; ils finirent par se séparer définitivement. Elle était trayeuse dans une ferme. A cette époque, il n’y avait pas des machines à traire, la traite se faisait manuellement le matin et le soir parfois à midi pour les vaches fraîchement vêlées. Elle avait aussi d’autres activités saisonnières, liées aux coutumes en usage à cette époque, en équipe avec une autre femme du village, Elise Coulée.

Elles allaient ramasser le bois mort, assemblé en long fagot, elles le rapportait sur leur dos. (C’était un droit d’usage mais on ne pouvait prendre que le bois sec et gisant par terre. Pour les arbres sur pied entièrement secs il fallait demander la délivrance (code forestier))

A la saison des myrtilles, elles étaient parmi les cueilleuses assidues et habiles. Après la cueillette, elles devaient les nettoyer, c’est-à-dire les séparer des feuilles et des brindilles. avant de les porter pour la vente. Il y avait deux marchands de myrtilles à Izier, Jules Zeug et Louis Guillaume qui se rendaient tous les jours à Liège pour le marché matinal. Parfois, la vente se faisait directement aux boulangers-pâtissiers

Elles étaient aussi glaneuses ; les épis ramassés servaient à la nourriture des poules.(Le glanage , dans les lieux où l’usage en est reçu, ne peut être pratiqué que par les vieillards, les infirmes, les femmes et les enfants âgés de moins de douze ans et seulement sur le territoire de leur commune, dans les champs non clos entièrement dépouillés et vidés de leur récoltes et à partir du lever jusqu’au coucher du soleil. Le glanage ne peut se faire qu’à la main, (code rural)).

Etant libérée de son époux, elle commença par séduire un domestique de la ferme où elle était trayeuse. Ensuite ce fut un villageois beaucoup plus jeune qu’elle. C’est le frère de ce jeune amant qui avait initié le charivari qui fut dissipé par les gendarmes.

Pour camoufler ses errements, elle contraignit sa fille, très jeune, à épouser l’amant. Ainsi, son honneur était sauf!

II y a enfin, conclut M. Boudlet, un charivari qui m’a été raconté ; c’était pendant la guerre 1914-1918. La personne concernée était le bourgmestre f.f. d’Izier, désigné par l’occupant. Je ne me souviens plus du motif du charivari. Je sais qu’il avait épousé une fille de la ferme où il était domestique..

Il faut d’abord se souvenir qu’en 14-18 la partie occupée de la Belgique était sous administration allemande. Ainsi, devant la progression allemande la gendarmerie s’est retirée, dans la partie du pays restée libre et sur le front.   La police est assurée par la feldgendarmerie allemande qui a une brigade à Izier. C’est cette feldgendarmerie, renforcée, qui sur demande du bourgmestre f.f. intervient pour disperser les participants au charivari. Ce fut une intervention musclée, sommations par coups de feu, charge sabre au clair. Ce fut la débâcle. L’offensé habitait rue grande (actuellement rue de l’Argoté) où la marge de manœuvre était étroite pour les deux camps. Il y eu un blessé du côté allemand dans les circonstances suivantes : un participant avait pour instrument une «faux », un feldgendarme tenta de la prendre mais il la saisit par le côté tranchant ce qui lui occasionna une blessure grave à la main. Un groupe prit la direction de Villers et se réfugia sous le pont de L’Amante. Un participant, pourtant considéré comme intrépide, qui était de ce groupe avait avoué < avoir fait dans sa culotte >. Un autre groupe, n’ayant pas d’autre issue, s’enfuit vers la rue El Va . En traversant le Pahy, cette grande prairie de la ferme de la Rue Elva dans laquelle paissait du bétail, ils durent fuirent un autre poursuivant tout aussi dangereux que les feldgendarmes allemands ; c’était un « taureau ! »

Vous aussi, si vous avez le souvenir d’un pèletage, je vous engage vivement à le confier à La Petite Gazette, afin que nous puissions, au moins, assurer la survivance de cette coutume dans la mémoire collective. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 7 octobre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est un passionné d’archives et un fidèle lecteur de La Petite Gazette ; dans son dernier envoi, il associe ses deux centres d’intérêt. En effet, il vous propose de découvrir le contenu d’un article paru dans le Bulletin du Dictionnaire Wallon, 16e année 1927-31, n° 1 – 4. L’indéniable intérêt de cette communication m’a poussé à vous le présenter in-extenso.

« Chanson de charivari

Le charivari est le vacarme désapprobateur dont le bon peuple gratine les mariages qui lui déplaisent. On le nomme en wallon liégeois pêletèdje. en ardennais pêletadje, de pèle qui est la poêle à frire. C’est l’instrument de musique dont tout le monde sait jouer; il existe dans tous les ménages : on n’a qu’à le décrocher; il suffit de frapper dessus à tour de bras avec une ferraille quelconque. Imaginez un orchestre d’une cinquantaine d’exécutants poursuivant le cortège des mariés, continuant la sérénade autour de la maison après la cérémonie jusque bien tard et quelquefois toute la nuit.. On y ajoutait des cris d’animaux, des huées, des projectiles et des chansons. J’ai noté jadis, en 1889 ou 1890. sous la dictée de ma mère, originaire de La Roche, une de ces chansons de pêletadje. Elle l’intitulait Pasquêye su V sièrvante d’à Dèwalle di Viyé. Il s’y agit donc du mariage d’une servante avec son vieux maître. Viyé. officiellement Villers, est un hameau situé à vingt mi­nutes de La Roche. C’est la servante qui est censée parler : elle se moque du vacarme en énumérant naïvement ce qu’elle gagne à ce mariage. Cette fille était une paysanne de quelque village des environs. Les gens de Laroche qui ont fait, la chanson essayaient d’imiter son langage. Il y a donc, au point de vue phonétique, quelques formes qui ne sont pas du patois citadin de  La Roche.   Mais  cette  pasquille  fournit quelques mots au dictionnaire, sans compter ce qu’elle offre d’inté­ressant au chapitre des mœurs.

Avou vos pèles et vos pêlètes,

èt  vos tchaudrons èt vos cramiètes,

vola qwinze djoûs qui dj’ n’ave co rin.

et âdjoûrdu dj’ai on bê bin !

 

Dj’a deûs vatches è m’ sitaminèye

èt s’a-dje po-z-acheter dès livrèyes;

mi mére ârè on noû abit,

et m’ père dès solés a sès pis :

 

mès sours âront dès gôrjulètes ;

mès cousines âront dès atètches ;

— Dji   n’roûvèyerê   nin   lès   brâvès   djins

qui âdjoûrdu n’ mi pêletèt nin ! —

 

Po fé on pô dès nwaces qui vaye

dji vindré on p’tit bokèt .d’ haye,

po p’leur fé brâvemint dès gatôs

èt mête, on bokèt d’ tchâr o pot.

On me cite encore un couplet, mais il renferme des mots déjà employés dans les autres : c’est plutôt une variante qu’un couplet à enchâsser dans la chanson. Nous le donnons à cause d’un détail de toilette qui peut servir à dater cet échantillon de la muse populaire :

D’ja d’dja on tchapé a loukètes.

i   m’  fâreût co one gôrjulète ;

i m » fâreût co on nou abit.

et on bonèt a mile plis.

TRADUCTION ET NOTES

En dépit de vos poêles et de vos poêlons, de vos chaudrons et de vos crochets, voilà quinze jours que je n’avais rien encore et aujourd’hui j’ai un beau bien. — J’ai deux vaches dans mon étable et s’ai-je pour acheter des livrées : ma mère aura un costume neuf, et mon père des souliers aux pieds. — Mes sœurs auront des colle­rettes, mes cousines auront des épingles. Je n’oublierai pas les braves gens qui aujourd’hui ne me huent pas ! — Pour faire un peu des noces qui vaillent, je vendrai un petit coin de bois, pour pouvoir faire beau­coup de gâteaux et mettre un morceau de viande au pot. — — J’ai déjà un chapeau à jours, il me manque encore une collerette ; il me faudrait aussi un habit neuf et un bonnet à mille plis.

Tchaudrons : on tambourinait donc aussi sur des chaudrons. La cramiète est citée ici comme percuteur. C’est un usten­sile de cuisine composé d:une poignée et de deux crochets pour dépendre les marmites du feu.

Staminèye : étable des vaches. Le nom est tiré des stamons (poteaux) qui séparent la place de chaque bête. Terme inusité à La Roche, où il n’aurait pas eu d’ailleurs la finale èy brève. Vers 7-8. A défaut de poésie, ce rappel de la misère fami­liale ne manque pas de méchanceté ! Gôrjulète : à La Roche on disait colèrète. Atètches : les petits cadeaux qu’on nomme en français des « épingles ».

Vers 11-12. «Je n’oublierai pas les cadeaux aux braves gens… ».

Nwaces, de *nôptias ; l’o ouvert entravé devient wa comme dans pwate porte, -mwate morte, fwace force, pwartchî porcher, dwart dort.

Haye, au sens premier de « bois » et non de « haie ». Tchape a loukètes, Loukètc vient de louker regarder.   One loukète est une embrasure par laquelle on peut regarder ou encore une éclaircie dans un ciel nuageux. Nous traduisons par « chapeau à jours ». garni de dentelle ajourée.

Bonèt a mile plis. Petit bonnet à bords godronnés ou tuyau­tés, introduit de Liège à La Roche entre 1845 et 1850. et qui y fut alors le nec plus ultra de l’élégance. Ces mots donnent la date de la chanson. F. »

La Petite Gazette du 12 octobre 2005

 CHARIVARI ET PELETAGE

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, je vous l’avais annoncé, a découvert, dans les archives, d’intéressants documents relatifs au charivari.

« De nombreuses ordonnances, à Stavelot-Malmédy, sous l’ancien régime, concernent cette ancienne pratique populaire. Citons celles du 21 février 1705, du 8 février 1707, du 3 juillet 1728, du 13 février 1732, du 30 janvier 1738, du 18 septembre 1752 et du 5 mars 1773 dont je vous adresse la copie :

« Mandement renouvelant les défenses antérieures de s’attrouper et de donner des charivaris l’occasion des mariages, et comminant une amende de vingt florins d’or contre les contraventeurs.

5 mars 1773, à Stavelot.

   jacques, par la grâce de Dieu, abbé des monastères de Stavelot et Malmédy, prince du Saint-Empire, comte de Logne, etc., à tous ceux qui ces présentes verront, salut..

   Étant informé que. malgré notre mandement du 2 mars 1772 et ceux des princes nos prédécesseurs, les désordres continueroient dans notre bourg de Stavelot, comme il est encore arrivé la nuit dernière, en s’attroupant et faisant des charivaris avec pelles, cornes et autres instruments, nous avons trouvé à propos, pour le bien et la tranquillité publique, de renouveler; encore ces mandements, et défendre, comme nous défendons par les présentes, ces sortes d’attroupements, bruits et charivaris, à peine de vingt florins d’or d’amende exécutable promptement ou autres peines arbitraires contre chaque contraventeur, et de quelle amende les pères et mères seront responsables pour leurs enfants, et les maîtres et maîtresses pour leurs dômestiques; ordonnant à notre officier de Stavelot de veiller à l’exacte observance des présentes, et de les faire publier incessamment, pour la connoissance d’un chacun.

Donné à Stavelot, le 5 mars 1773.

Signé jacques, et plus bas : Par Son Altesse, otte, secrétaire.

(Archives de Stavelot, à Dusseldorf, -15, D, p. 45.)

La Petite Gazette du 19 octobre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE… UN BON CONSEIL

Il nous vient de M. Jacques Bastin, de Heyd : « Si certains des lecteurs de La Petite Gazette, en ces temps où l’on ne sait plus ce que Rire de très bon cœur veut dire, désirent en savoir un peu plus sur le sujet et ce, de façon hautement humo­ristique, je les engage alors, vivement, à lire le chapitre intitulé « Pailter » dans « Les Ceux de chez nous » : cet immortel chef-d’œuvre du grand Marcel Remy (Livre édité jadis par l’Imprimerie Bénard de LIEGE et qui a été réédité depuis).

Marcel Remy (1865-1906) est ce correspondant de presse, fort apprécié des jour­naux belges, qui travailla tout d’abord à PARIS puis ensuite à BERLIN, où il allait mourir victime d’une épidémie de méningite infectieuse. Il avait vu le jour et passé sa jeunesse dans une ferme des immédiats environs de Bois-de-Breux. Peu après son installation à Berlin, il se mit à souffrir d’ennui (Mal du Pays ?) et, pour tuer le temps, se décida à écrire cet impayable chef-d’œuvre, dont il est ici question, en une tout aussi impayable langue composite mâtinée de français et de wallon, tel le jargon employé, à la fin du XXe  siècle, par une bonne partie de la classe relativement aisée vivant dans le terroir circonscrivant Bois-de-Breux, Beyne-Heusay et Fléron. »

Evidemment, je vous engage à suivre ce judicieux conseil, vous n’aurez pas à le regretter.

La Petite Gazette du 26 octobre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE

A l’instar d’autres lecteurs, Monsieur Jean-Michel Bodelet, de Hives, m’a fait parvenir le compte rendu d’un charivari remarquable qui eut pour décor le La Roche du XIXe siècle. Il précise que ce texte est extrait de Nouvelles et Souvenirs, de Eugène Gens, édité à Bruxelles en 1876 par la Librairie polytechnique Decq et Duhent.

Le texte est éminemment intéressant, mais un peu long pour le faire paraître en une seule fois, aussi ai-je dû le scinder en deux parties. La suite vous sera, bien évidemment, proposée la semaine prochaine.

« I.A   FEMME AUX QUAT’  MARIS.

Une femme du Faubourg, âgée de quarante-cinq ans, avait épousé en quatrièmes noces un garçon de vingt-trois ans.

La femme était laide, même elle n’avait jamais dû être belle. Elle n’avait d’autre fortune que la chau­mière qu’elle habitait. Cette chaumière et son cœur, c’était évidemment tout ce que son épouseur lui avait demandé, et il en avait été de même de ses trois pré­décesseurs. Le jeune homme était un fort et frais gaillard que plus d’une jolie fille avait dû guigner du coin de l’œil. L’amour a des mystères qu’une sagesse-vulgaire ne saurait pénétrer.

J’étais à La Roche lors de ce mémorable mariage, lequel devint l’occasion d’une scie qui finit par ne plus m’amuser du tout.

Pépée avait donné le branle en régalant l’intrépide couple, à sa sortie de l’église, du plus formidable engueulement qui ait jamais terminé une bénédiction nuptiale.

La jeunesse de La Roche organisa un charivari. Un poète du lieu avait composé pour la circonstance un de ces vaudevilles qui, d’abord simple couplet, s’allongent  et   deviennent   un   chapelet. Je ne me rappelle que le refrain :

Donnez, donnez des charivaris !

C’est pour la femme aux quat’ maris !

La maison des nouveaux époux étant voisine de l’hôtel Tacheny, le charivari se donnait sous nos fenêtres. J’eus ainsi l’avantage de n’en pas perdre une note.

Une grande jeune fille, à la voix assez belle, faisait l’office de coryphée (N.D.L.R. = chef de chœur dans les pièces de théâtre antique). Montée sur un rocher qui domine la route, elle chantait seule et, après chaque couplet, l’assistance reprenait en chœur le refrain avec accompagnement de cris, de huées, de sifflets, de grognements, et de tous les instruments de musique infernale que La Roche et Beausaint réunis avaient pu produire. Quand le tintamarre avait assez duré, la chanteuse entamait un nouveau couplet. On écoutait religieusement, en silence, pour reprendre haleine, et au refrain, nouvelle explosion de vacarme. Cela dura de neuf heures jusque près de dix heures et demie.

Le lendemain, à la même heure, on recommença,  et le surlendemain, et ainsi de suite pendant neuf jours. Il paraît qu’on avait voué une neuvaine. Seule­ment, dès le second jour, cela avait cessé d’être amu­sant, et le troisième je les aurais volontiers lapidés. Au bout de quelques jours cependant, une variante s’introduisit dans le programme de la soirée. Après le vaudeville de la femme aux quat’ maris, la chan­teuse entonna la guitare de Castibelza, qu’elle chanta aux applaudissements de l’assemblée. Cette année-là, toute l’Ardenne chanta Castibelza. Les petits pâtres le chantaient en gardant les vaches; les rouliers en sifflaient l’air en cheminant à côté de leurs che­vaux. D’abord, je fus charmé de cette diversion, mais, comme chaque couplet était suivi d’un inter­mède charivarique, cela ne servait qu’à prolonger la scie, et je finis par envoyer à tous les diables l’Homme à la carabine. » La suite au prochain numéro…

La Petite Gazette du 2 novembre 2005

CHARIVARI ET PELETAGE

Vous avez découvert, la semaine dernière, le début du récit d’un mémorable charivari que La Roche connut au XIXe siècle. Je vous rappelle que c’est grâce à  Monsieur Jean-Michel Bodelet, de Hives, que je puis vous livrer ce texte qu’il a extrait de Nouvelles et Souvenirs, de Eugène Gens, édité à Bruxelles en 1876 par la Librairie polytechnique Decq et Duhent.  Voici donc cette suite attendue, je le sais.

« L’instrument dominant de cet interminable chari­vari était une trompe en fer-blanc, d’un mètre et demi de hauteur. Le modèle paraissait en avoir été pris sur la fameuse trompe d’Uri, que l’on conserve à l’arsenal de Lucerne, et qui, à la bataille de Sempach, jeta l’épouvante parmi les soldats de Char­les le Téméraire. Elle avait des sons caverneux, lugu­bres, qui faisaient songer aux beuglements sinistres du taureau d’airain de Phalaris. Cette trompe avait son histoire.

Quelques année, auparavant, un incendie avait détruit tout un côté de la principale rue de La Roche et, entre autres, un édifice fort vieux qui servait autrefois de demeure aux baillis du château. Le bourgmestre, voulant prévenir désormais le retour d’une semblable calamité, eut une idée lumineuse : il fit faire cette trompe.

Avec cet instrument, les incendies devenaient im­possibles.

Il fit venir le garde-champêtre et, moyennant une légère gratification qu’il lui promit sur le budget de la commune, il lui offrit de cumuler avec ses fonc­tions celle de veilleur de nuit. Il lui remit la trompe et lui enjoignit d’en jouer de demi-heure en demi-heure, à tous les carrefours, depuis dix heures du soir jusqu’à trois heures du matin, afin d’éveiller les habitants pour leur dire qu’ils pouvaient dormir en paix, qu’il veillait sur eux, qu’il ne voyait nulle part de trace de feu.

Que s’il en voyait, il devait sonner encore plus fort, afin de les prévenir que, cette fois, il les éveillait pour qu’ils cessassent de dormir et courussent éteindre le feu. Au bout de quinze jours, les plaintes des habitants, troublés régulièrement dans leur sommeil, étaient devenues si vives, que le bourgmestre ne savait plus où donner de la tête. En vain, il représentait à ses administrés que, depuis que la machine fonctionnait, il n’y avait pas eu à La Roche le moindre incendie; ils répondaient obstinément que la trompe ne faisait rien à l’affaire, qu’on pouvait très bien les veiller sans trompe, et qu’enfin ils voulaient dormir. L’un d’eux alla jusqu’à le menacer de lui intenter un pro­cès pour tapage nocturne.

L’affaire en était là quand, un matin, le bourg­mestre vit entrer chez lui le veilleur qui lui rapportait sa trompe, lui déclarant qu’il n’en pouvait plus; qu’il avait les poumons attaqués; que s’il continuait à souffler dans cette buse au lieu de ronfler dans son lit, il était un homme mort. En conséquence, il priait le bourgmestre d’agréer sa démission.

A cause de la surexcitation des esprits, on ne trouva personne qui voulut le remplacer. L’office fut supprimé, car le bourgmestre avait tenu bon : pas de trompe, pas de veilleur. La trompe fut reléguée au grenier de la maison de ville, où les charivariseurs étaient allés la dénicher.

Je revis, l’année suivante, la femme aux quat’ maris (on ne la désignait plus autrement). Elle revenait des champs portant sur la tète une gerbe de trèfles. Elle marchait d’un pas ferme, une main campée sur sa hanche, maintenant son fardeau de l’autre. A trois pas en arrière, son mari suivait, courbé sous le poids d’un fagot d’épines sèches, emblème de sa destinée. On me dit qu’ils ne faisaient pas trop bon ménage; les voisins entendaient souvent des querelles. Lui disait-elle alors, comme Madame Lucrèce à son époux : « Ah ! prenez garde à vous, don Alphonse d’Est, mon quatrième mari ? »

Le pauvre diable avait l’air fort penaud. »

Je remercie encore une fois M. Bodelet, de Hives, pour vous avoir donné l’occasion de découvrir le souvenir de cet étonnant charivari. Pour être tout à fait complet sur cet épisode, M. Bodelet me charge de vous informer que dans un récent numéro de l’excellente revue « Ségnia » M. Luc Nollomont a consacré une étude à cette « femme aux quat’ maris ». Avis aux amateurs.

La Petite Gazette du 28 décembre 2005

EN MARGE DES CHARIVARIS DE NOS AIEUX…

Monsieur Grun, de Bomal, nous livre le fruit de ses réflexions et recherches au sujet du charivari.

« Que Caribaria ! me souffle le professeur de latin. Le latin du Bourgeois Gentilhomme, « ce latin parle bien » selon Molière, Jean-Baptiste Poquelin.

Charivari avec René Henry… et encore, bruit discordant, tapage et, parfois désordre ! J’en ai mal à la tête rien que d’y penser.

Dans l’ombre de l’ami Pickart et de son Val de Somme auquel je me réfère encore souvent avec admiration, considération, émotion, plaisir et bonheur, pour soutenir ma mémoire défaillante. J’ai retrouvé une allusion courte, mais précise en une autre façon d’aborder le sujet.

Les souvenirs, traditions et modes de vie me renvoient à mes parents, des contemporains disparus… Charivari… Comment l’appréhender ? Approbation, désapprobation, désaveu. Trop d’années ont passé… Qu’aurions-nous fait ? Le monde a changé, a évolué. Juger c’est aimer et comprendre.

Défunt charivari, certaine coutume, mais coutume certaine, pour la femme qui avait fui ou la fille qui avait fugué. Le soir, le village venait « pelleter », un charivari donc avec ustensiles de cuisine et autres instruments bruyants, à en casser les oreilles. Les guerres, la fée Electricité et le gendarme mirent fin à ces débordements. Autres temps, autres mœurs. »

La Petite Gazette du 18 janvier 2006

UN SOUVENIR D’UN PELETAGE TRES RECENT

Mme Grignet, d’Esneux, me dit avoir « le souvenir, dans les années cinquante, après 1952, (alors qu’elle habitait le village de Fraiture, sur la colline de Comblain-au-Pont) d’un peletage très bruyant venant de la colline en face et donc du village d’Oneux. C’était, a-t-on raconté à l’époque, pour une femme infidèle. » Quelqu’un a-t-il un souvenir plus précis ? Evidemment, ce sont les circonstances de ce charivari qui m’intéresse et non d’identifier cette femme… Avez-vous, vous aussi souvenir de cette manifestation pittoresque de jugement populaire, aujourd’hui complètement disparue ? En parlerez-vous ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 1er février 2006

BRIBES DE PELETAGE et LES PÊLÉS PÅRINS…

Les évocations de quelques peletages de jadis ont rappelé à M. Houlmont, de Boncelles, qu’il avait participé à cette ancestrale coutume, alors qu’il n’avait que 7 ans.

« A l’insu de mes parents et pour être un « grand », je décidai de pèleter. Je connaissais le trajet emprunté par les remariés. Je me protégeai par un mur et une haie épaisse, j’avais pris le soin de me ménager un chemin de fuite ; je m’étais doté d’armes terribles : deux gros couvercles de casserole en émaillé récupérés sur une décharge publique, alors autorisée. Me croyant aussi en toute sécurité, lorsque le cortège s’avança ; je me tenais prêt un couvercle dans la main gauche et l’autre dans la droite. Et bien, le croirez-vous, c’est moi qui fus la cible de toutes sortes de projectiles … Plus jamais de pèletage.

Un autre coutume de l’époque me laisse de plus agréables souvenirs, ce sont les baptêmes. A Ombret, en 1946, nous, la dizaine de gamins formant notre groupe, savions quand il y avait un baptême. Dès la sortie de l’église, nous suivions le cortège pédestre qui ramenait le baptisé à son domicile. Nous remontions à Ombret, au lieu-dit ‘Sur-les-croupets’ . dans le cortège, le parrain et la marraine avaient intérêt à avoir les poches bien remplies de ‘clouches’ (ces petites pièces de 5 et de 10 centimes trouées). Nous hurlions tout le long du trajet : « Pêlé pårin, pêlèye mårène » pour les inciter à lancer leurs clouches, ce qu’ils faisaient à plusieurs reprises. Nous nous précipitions alors pour les ramasser, telle une basse-cour picorant !

Je récoltais ainsi un petit capital, variant entre 1 et 4 francs de l’époque. Maman tolérait que j’en dispose à mon gré. Qu’en faisais-je alors ? Si vous pensez que je les dilapidais en achat de chiques et autre poudre citrique, vous vous trompez ! J’en ai rêvé, je l’ai voulu et j’ai eu mon petit vélo ! En réalité, j’ai détourné le problème… J’avais un petit camarade qui avait un vélo au lieu-dit « le chemin des oiseaux » et, contre quelques clouches, il me permettait de faire mes tours à vélo ! Evidemment, après je n’avais plus mes sous, mais j’avais en moi le virus du vélo… J’ai encore détourné le problème : quand papa travaillait et que maman était aux courses, j’empruntais le grand et lourd vélo d’un soldat allemand  récupéré par papa. Je me positionnais à la droite de la machine, pied gauche à travers le cadre sur la pédale gauche et hop mon droite sur l’autre pédale et c’était parti !

Si j’avais encore 7 ans aujourd’hui, j’aurais mon petit vélo, presque intact, contre trois euros seulement chez un ferrailleur. De cette époque révolue, ne puis-je pas dire : Ne vit-on pas bien de nos jours ? »

 La Petite Gazette du 8 mars 2006

UN PELETAGE A ONEUX EN 1952

Monsieur René Toussaint, de Harzé, se souvient très bien d’un « peletage » qui eut pour décor Oneux (Comblain) en 1952.

« J’avais alors 22 ans et c’est la population d’Oneux qui prévint la gendarmerie de Comblain du tapage infernal qui troublait la sérénité du village jusqu’à 1h. ou 2h. du matin. On en entendait même le bruit jusqu’à Fraiture. La gendarmerie arrêta Emile C. qui revenait de son travail ; pris de peur, il donna les noms de tous ceux qui composaient la petite troupe et révéla où se trouvait tout notre matériel qui, bien sûr, fut emporté par les forces de l’ordre.

Nous avons tous été entendus et, après quelques mois, nous fûmes convoqués au tribunal correctionnel. Quel ne fut pas notre surprise de voir tous ces objets se trouvant auprès du juge. Chacun à notre tour, nous passâmes au banc des accusés. Le juge nous demanda alors si nous reconnaissions ces instruments et nous demanda de lui montrer comment nous nous en servions… Le charivari recommença ! Tous, nous avons été condamnés à 1000 francs d’amende.   Nous sommes repartis avec nos instruments et, à la sortie du tribunal, le charivari recommença. Tout se termina dans un café proche du palais de justice. »

La Petite Gazette du 22 mars 2006

ENCORE AU SUJET DU PELETAGE

   Monsieur Marcel Courtoy se souvient aussi et nous l’en remercions chaleureusement :

« Ces quelques personnes d’Oneux ont sans doute été les dernières à avoir pèleté à Awan .

A une date qui correspondrait assez bien à leur aventure au tribunal, ils sont venus donner aubade à une jeune femme du village dont ils n’appréciaient pas le comportement vis-à-vis de son mari qui était de leur concitoyen.

Sans doute, instruits par leur expérience précédente, ils ont quitté les lieux tôt assez pour éviter la visite de la maréchaussée qui, à l’époque, aurait dû venir d’Aywaille … .à vélo ! »

LES AUTOMOBILES SPRINGUEL A HUY

CONNAISSEZ-VOUS CES SOMPTUEUSES VOITURES CONSTRUITES A HUY AVANT 1914 ?

Monsieur Henri Delgoffe, de Villers-le-Bouillet, s’adresse à vous dans l’espoir de réunir des informations pouvant contribuer à la concrétisation d’un ambitieux projet. Il vous explique :

« Nous sommes une association d’amateur de voitures anciennes regroupés au sein de l’ASBL Autoretromosan et, avec des membres de la famille du constructeur et quelques historiens, nous avons comme projet de reconstruire une automobile Springuel (modèle de course).

Springuel 1912

Springuel 1912

Ces voitures, aussi bien sportives que luxueuses, ont été construites à Huy entre 1907 et 1914. Les sportives ont remporté de nombreuses courses comme la course de côte de Huy, le GP d’Ostende, le GP de Spa ou le Grand prix de Rosario en Argentine. Quant aux véhicules de luxe, ils ont fait le bonheur, entre autres, du Notaire Schoguel de Ciney, du notaire Kleiderman de Liège, du bourgmestre de Blankenberghe, du Baron de Garcia de la Vega, de Namur, du Comte d’Aspremont de Barvaux, du Baron de Radtzytsky d’Ouffet, de  la famille Zurstrassen de Verviers, de la famille Delloye de Huy, de la famille de Lamine de Herve, de la famille de Pierpont, du baron Poswick et d’autres, en Angleterre, en France, en Argentine etc. L’Ecole des Arts et Métiers de Bruxelles en possédait une également.

Au début de la guerre 14-18, Jules Springuel (le constructeur) a refusé de collaborer avec l’occupant. Les Allemands se sont alors emparés de toutes les voitures finies, de celles en cours de construction, des pièces détachées, des plans etc. et les ont envoyés en Allemagne par chemin de fer pour une destination qui nous est inconnue.

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A notre connaissance, des plus de 1000 voitures construites, il ne reste aucun exemplaire. C’est pour cela que nous faisons appel aux lecteurs de La Petite Gazette pour que, s’ils possédaient le moindre document, la moindre pièce, la moindre photo, la moindre information ils nous en fassent partager la connaissance. »

Plus d’informations sur les voitures sur le site: http://www.springuel.be

Mon correspondant précise que « la Gazette de Huy, qui a été la propriété d’Eugène Godin autre grand industriel de Huy, racontait tous les évènements de la ville de Huy et a probablement relaté le sac des usine Springuel par les Allemands et l’embarquement du patrimoine Springuel dans le train pour l’Allemagne. Cet épisode nous intéresse particulièrement pour connaître la destination du train. » Si l’un ou l’autre lecteur lisant ces lignes possèdent des exemplaires de ce journal, il serait vraiment précieux qu’il puisse vérifier si les documents en sa possession ne mentionnent pas des informations qui pourraient se révéler capitales pour la suite du projet évoqué par Monsieur Henri Delgoffe.

Voici encore une remarquable occasion de rappeler l’extraordinaire passé industriel de nos régions ; si vous le pouvez, n’hésitez surtout pas à y contribuer.

 

Je me suis évidemment plongé dans les archives de La Petite Gazette car je savais que le sujet y avait déjà été abordé. Voici ce que j’y ai retrouvé…

Dans La Petite Gazette du 26 août 2005, Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, avait présenté une photographie de la berline Imperia de son arrière-grand-père, Edouard Huwart.

La voiture, précisait mon correspondant, avait été carrossée par les frères Gamette, de Liège ; puis il ajoutait que « son fils aîné, Maurice, ayant épousé une hutoise, devint actionnaire des Automobiles Springuel, qui fusionnèrent avec Impéria après 1911. Je possède le catalogue de l’époque et l’avance technique des autos Springuel était impressionnante. Je crois qu’elles ont gagné une belle liste de compétitions.

 La Petite Gazette du 16 septembre 2005

AU SUJET DES AUTOMOBILES SPRINGUEL

C’est M. Huwart, de Ville-au-Bois, qui a récemment évoqué cette marque ; M. Hervé Springuel, un descendant de cette famille de constructeurs, apporte quelques éléments et fait, à son tour, appel à vous et à votre documentation et à vos connaissances.

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« Je fais partie de la famille des constructeurs et suis évidemment intéressé par toute documentation concernant ces voitures.

Malheureusement, à ma connaissance, il n’existe plus de châssis visible.

Les voitures Springuel ont effectivement gagné de très nombreuses courses.

Pour le plaisir des lecteurs, je joins ces photographies extraites d’un catalogue de l’année 1913 prouvant ces succès.

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 Lamarche sur 12 HP Springuel, classé premier dans toutes les épreuves d’Ostende, Calais, Boulogne et Le Touquet. Gagnant de la Coupe de l’Automobile Club de Boulogne.

La Société des Automobiles Springuel, absorbée par l’exécution de commandes importantes dont la livraison ne souffrait aucun retard, ainsi que par l’installation et l’organisation de nouveaux ateliers, ne put prendre part à aucune course en 1912. Il faut toutefois remarquer que les temps et rendements établis par les voitures Springuel en 1911 ne furent pas battus en 1912 et l’on peut en conclure que si ces voitures avaient pris part aux courses cette année-là, elles auraient triomphé comme les années précédentes, ce qui est d’ailleurs confirmé par leurs brillantes victoires de 1913. springuel 3

Coupe de la Meuse 1913. L’équipe des 3 voitures Springuel victorieuses. Au centre, Durtal, 1er du classement général (Course), à droite, Gallis, 2e du classement général (Course), à gauche, Klinkhamers, 1er du classement général (Sport)

En 1913,

Meeting de Huy : 6 premières places. Une 12 HP Springuel (75 X 120) atteint la vitesse de 122 Km. à l’heure.

Rallye Automobile d’Ostende : une seule voiture engagée se classe première du classement général des voitures de course et obtient le meilleur rendement de la journée.

Meeting d’Ostende :  3 premières places.

Course de Béthane : Coupe de la Meuse, voitures de course. Classement général : 1er Durtal sur 12 HP Springuel, qui gagne la Coupe de la Meuse en escalandant la terrible côte de la Baraque Michel à plus de 93 Km. à l’heure et obtient un rendement de 200 points (record). 2e Gallis sur 12 HP Springuel, à 9O,5 Km. à l’heure et obtient 193,6 points. Le concurrent classé immédiatement après obtient 165 points.

Voitures de sport, classement général : 1er Klinkhamers sur 12 HP Springuel, à une vitesse de 83 Km. à l’heure, avec un poids de plus de 1200 kilos et qui obtient 179,6 points et gagne la Coupe de l’Automibile Club Verviétois. Le concurrent classé immédiatement après obtient 143,2 points.

Toutes les informations peuvent m’être communiquées par mail springuel.expert@skynet.be »

Les réquisitions durant la guerre 1940-1945

La Petite Gazette du 7 janvier 2009

AU SUJET DES REQUISITIONS DURANT LA GUERRE

Monsieur René Dossogne, de Modave, partage ses souvenirs avec les lecteurs de La Petite Gazette :

« En 1942, j’étais âgé de 14 ans et nous habitions une petite maison isolée du centre par des petits chemins sans grand entretien, donc assez difficile d’accès. Nous possédions une vache et nous devions livrer chaque année un certain quota de viande – on se débrouillait. Un cultivateur avait, près de chez nous, quelques vaches dont une n’était pas déclarée. Elle donna un veau mort-né et son propriétaire chercha un moyen de s’en défaire discrètement. Comme notre vache était en attente d’un heureux évènement, le voisin dit à notre mère qu’elle n’avait qu’à déclarer que notre vache avait vêlé et présenter aux autorités la dépouille du veau mort-né. « Ce n’est pas pour quinze jours à l’avance, cela passera ! »

Chose faite on attendit la naissance du veau, dans l’espoir que la laiterie ne passerait pas… Où cela s’est corsé c’est quand ma mère s’est rendu compte qu’elle s’était trompée d’un mois. Le veau qui était censé mort grandissait, toujours bien vivant, dans le ventre de notre vache…

Je vous laisse imaginer ma mère dans les transes et l’inquiétude chaque fois qu’elle voyait un étranger s’approcher de notre maison. Heureusement, tout se passa bien et le veau, le bon, échappa à l’exportation. Après la guerre, on en a bien ri, mais si les fritzs étaient venus… »

Merci pour ce témoignage, nous en confierez-vous d’autres ? Il m’a déjà été rapporté que dans le cas de la naissance d’un animal mort-né, sa dépouille servait à plusieurs reprises, permettant ainsi à autant d’animaux vivants d’échapper à la réquisition. M’en parlerez-vous ? Je l’espère et vous en remercie.

La Petite Gazette du 21 janvier 2009

POUR EVITER LES REQUISITIONS

Répondant à mon souhait, c’est Monsieur Jean Colla, de Cielle, qui évoque des souvenirs confiés par son papa :

« Je voudrais apporter mon témoignage à propos des veaux mort-nés… Je confirme que, pour éviter les réquisitions lors de la dernière guerre les veaux mort-nés pouvaient servir plusieurs fois : après la visite du contrôleur, le veau allait se faire contrôler dans une autre ferme, jusqu’à trois fermes différentes m’a raconté mon père… Mais comment ?

Et bien tout simplement la nuit, avec le vélo. C’est là que mon père était savoureux : « j’ai essayé plusieurs fois, disait-il, de le fixer sur le porte-bagages du vélo avec des liens de veaux (évidemment ! Pas d’élastiques, ni de sangles à cette époque) c’est impossible à tenir : c’est grand et raide un veau –mort » et de m’expliquer que la bonne méthode était de le pendre au cadre du vélo, il y avait encore moyen, disait-il, de s’asseoir sur la barre dans les descentes.
Il paraît que les contrôleurs n’y voyaient que du feu et les éleveurs étaient d’autant plus fiers que le risque encouru lors de ces escapades nocturnes était grand ! »

Viendrez-vous, à votre tour, partager vos souvenirs sur ce sujet ? D’avance, merci.

La Petite Gazette du 11 février 2009

POUR ECHAPPER AUX REQUISITIONS

Monsieur Victor Clavier, de Bomal s/O, revient, pour mon plus grand plaisir et je suppose le vôtre, sur ce sujet :

« Je puis témoigner quelque peu des astuces des Communes visant à livrer le moins possible à l’ennemi de 1940 à 1944. Les fermiers devaient  présenter régulièrement à l’occupant un certain cheptel à Barvaux. Mais la commune de Bende-Jenneret, à dessein, était systématiquement très attardée, ce qui énervait l’officier allemand à chaque réquisition : « Commune de Bande, toujours en retard ! »

Cette attitude leur permettait parfois de ne rien livrer.

Au point de vue administratif, mon père, secrétaire communal, délivrait de fausses pièces d’identité pour les jeunes en situation d’être envoyés en Allemagne au travail obligatoire. Il faisait de même pour des familles juives.

A sa demande, et pour varier les écritures, avec ma plume « Ballon », j’ai moi-même, à onze ans, rempli quelques cartes d’identité avec de faux noms !

Autre souvenir de cette époque, relevant celui-ci davantage de l’humour… Mon père recevait les « administrés » le soir si, dans le courant de la journée, il leur était impossible de se présenter au bureau communal ouvert de 9h. à 12h. Un certain soir, A (que ne je citerai pas) se présente chez nous pour une déclaration d’emblavures gelées en cet hiver 1942 particulièrement rigoureux. La superficie gelée était, si pas systématiquement doublée, largement augmentée pour livrer un minimum à l’ennemi et éviter les contrôles en cas d’abus. A., non satisfait de la proposition, dit à mon père, mi sérieux, mi-blagueur, « Secrétaire, tu es pire que les Boches ; après la guerre, on te pendra ! »

Quand on sait les risques qu’il prenait, au point d’échapper de justesse à la déportation, c’était honteux ! Ma mère qui tricotait à côté de la cuisinière lui répondit du tac au tac : « Vous saurez, A., que lorsqu’on arrivera à Isidore, il y aura longtemps qu’il n’y aura plus de corde ! » Il en resta bouche bée et ne se permit plus aucune maladresse du genre. »

Un grand merci à M. Clavier qui rappelle, fort utilement, le rôle précieux joué par de très nombreux secrétaires communaux de nos régions (et, bien sûr, d’autres fonctionnaires patriotes et foncièrement humains) pour préserver au mieux et protéger efficacement les habitants de leurs communes face aux exigences de l’occupant.

Un merveilleux produit : la Solvine

La Petite Gazette du 30 décembre 2009

CONNAISSEZ-VOUS LA SOLVINE ?

Monsieur Jean-Pierre Corvers, de Rouvreux, est un lecteur fidèle de La Petite Gazette. Aujourd’hui, il fait appel à vos souvenirs dans l’espoir d’apprendre un maximum de choses sur ce petit objet du quotidien de sa grand-mère.

« J’ai retrouvé cette boîte chez ma grand-mère, à Tilff, il y a bien longtemps ; elle, en effet, est décédée en 1977.

solvine

Sur cette petite boîte, je lis : Ets Louis Jamart, Esneux, Belgique. Sur le bord: registre de commerce 26759 (ou 69, chiffre partiellement effacé). Sur le dessous: Evite gerçures, engelures, crevasses, boutons, etc.

Les lecteurs voudront-ils mener l’enquête et nous donner de plus amples informations sur ce produit conçu chez nous ? Je l’espère vivement et me réjouis de prendre connaissance des renseignements qu’ils voudront bien m’apporter. »

La Petite Gazette du 6 janvier 2010

PARLONS UN PEU DE LA SOLVINE

« Il me semble pouvoir affirmer, écrit Monsieur  Pierre Bartholomé, encore un lecteur fidèle de La Petite Gazette, que ce produit était élaboré au départ du suint de la laine de mouton. Cet animal figure d’ailleurs sur la boite.

A mon sens, poursuit mon correspondant, il provient du nom d’une société verviétoise, sise à la sortie de Verviers en direction d’Eupen et portant le nom de : » Le Solvant Belge ».

Cette ancienne firme était spécialisée dans le traitement des laines en
provenance du monde entier et principalement d’Australie. Le traitement dans les dernières années consistait au lavage de la laine et, entre autres, on en retirait le suint  (sorte de graisse) qui imprègne la laine de mouton. Cette graisse était traitée et purifiée pour de nombreux usages dont des produits pharmaceutiques. A ce propos, Monsieur Jean d’Olne, (que je salue cordialement) de Sprimont, grand spécialiste en textile pourrait nous en apprendre beaucoup à ce sujet et ajouter des détails qui me sont méconnus.

Il semblerait donc que le négociant d’Esneux commercialisait sous sa propre marque et son conditionnement cette graisse, qui en fait était « un déchet », en provenance du Solvant Belge verviétois.

Personnellement, lors de mon adolescence, sujet à de fréquentes crises de furonculose , j’ai très souvent utilisé cette graisse en pansement pour faire « mûrir » ces clous ou  furoncles très douloureux. Ce fut toujours avec succès et conseillé d’ailleurs par le pharmacien du coin pour extraire toute inflammation. Donc, en résumé, me référant à Solvine et Solvant Belge d’une part ainsi qu’à la reproduction d’un mouton sur la boite, je pense être dans le vrai en vous contant ces souvenirs. »

Que de renseignements ! un tout grand merci. Et vous avez-vous utilisé de la Solvine ?

 La Petite Gazette du 20 janvier 2010

LA SOLVINE A PRESENT

Voilà un produit qui aura laissé bien des souvenirs également dans la mémoire des lecteurs : Monsieur Jean d’Olne saisit la balle au bond :

«Monsieur  Pierre Bartholomé m’envoie gentiment « la patate chaude »… je demande donc à Google:

Solvent  Belge

« Aujourd’hui usine Traitex, en activité. C’est une usine de traitement de la laine, nettoyage et dégraissement.  Dans l’ancien atelier, trois machines à vapeur et une machine d’extraction pour le suint. L’entreprise « Solvent Belge » y fabriquait la Solventine. »

C’est donc confirmé. J’ai trouvé dans le même  article la photo de l’atelier de production:

solvine 2

 

Le suint produit par les moutons peut être comparé au sébum secrété par la peau humaine. C’est une matière onctueuse qui est récupérée après le lavage ou le solventage de la laine (lavage = à l’eau; solventage … au solvent).

 

Cette matière, judicieusement traitée après récupération, fournit la lanoline, dont chacun connaît le nom, utilisée en cosmétique, en pharmacie, et, c’est moins connu, pour la production d’antirouille.

Mon premier emploi a été dans la seule usine de production de lanoline en Belgique, Croda Belge, qui était établie à Verviers, et qui traitait la lanoline brute provenant des lavoirs de laine.

Avant la mise au point des méthodes de récupération de la lanoline, elle était rejetée avec l’eau de lavage. À Verviers, elle formait une  gangue épaisse qui couvrait les rochers et le fond de la Vesdre. À Bradford, en Angleterre,  la lanoline brute rejetée dans la rivière (l’Aire, qui a donné les chiens airedale) dégageait du gaz, que les gamins s’amusaient à enflammer, provoquant de longues traînées de feu sur la rivière… La disparition des entreprises de lavage de laine et la sévérité du contrôle des rejets industriels ont mit fin à ces pollutions dans les deux villes.

Un dernier mot sur la  lanoline: il s’agit d’une cire, et pas d’une graisse. Elle n’est pas sujette au rancissement, ce qui en fait l’importance pour la stabilité des onguents en tous genres où on l’utilise. » Merci pour ces précisions.

Madame Godefroid, de Trooz, m’a également parlé de « Solventine » « issue du suint du mouton, mes parents, fermiers à Chaineux, l’utilisaient, pendant la guerre, pour soigner les animaux, principalement les mamelles blessées. Elle était fabriquée dans la région verviétoise. »

Madame Christiane Laureys-Horicks, arrière-grand-mère de Bande, se souvient et confirme : « La « solvine » ou en tout cas une petite boîte contenant du suint de mouton ( beurk que cela sentait mauvais !), je me souviens très bien l’avoir appliquée sur le bout de mes tétons parce que j’avais des crevasses qui me faisaient beaucoup souffrir lors de l’allaitement de mes bébés. Pommade souveraine dans mon cas et qui m’avait été conseillée et fournie par un grand ami de la famille. Pommade difficile à trouver et qui de plus perdait assez rapidement son élasticité, d’où la difficulté de l’appliquer sur des endroits super sensibles… Mais il y a longtemps de cela et nous habitions alors Bruxelles ! »

Monsieur Roger Ninane, de Barvaux-en-Condroz, nous dit que la « solvine » est « une pommade contre les gerçures etc. elle était fabriquée à  base de suif de laine de mouton. Dans les années 1950, mes parents étaient cultivateurs et l’utilisaient pour mettre sur les mamelles des vaches qui avaient soit des gerçures ou qui avaient été mordues par des hérissons. Nous l’utilisions aussi pour nous. »

Monsieur Oster Tassigny, de Grand Menil nous en parle aussi : « La solvine existait en boîte de 250 grammes et la solventine en boîte de 500 grammes. Elles étaient vendues par Jamart à Esneux et cette graisse était dans toutes les fermes de Wallonie. Jamart passait deux fois par an, mon père l’appelait « Jamart » mais, pour ma mère, c’était « Solventine ». Cette graisse était bonne pour tout, il y en avait une boîte dans l’étable pour les mamelles gercées ou autre bobo pour les jeunes veaux d’un an qui étaient allés en prairie et qui avaient des varrons à chaque côté de l’échine, cela les soulageait. Elle soignait aussi les plaies au collier du cheval ou graissait les mamelles de la truie. Il y avait une boîte pour les besoins de la famille, gerçures, engelures, cors au pied et même pour les maux de ventre. Cette graisse était comestible et pour le prouver, j’ai vu Jamart en manger une noisette. »

La Petite Gazette du 27 janvier 2010

ENCORE DES SOUVENIRS DE LA SOLVINE

Monsieur Roland Georges, de Welkenraedt, se souvient et confirme :

« La graisse de laine de mouton Solvine provenait certainement de la région de Verviers. Une fois ou deux par an, jusque dans les années 60/70, peut-être encore plus tard, un Monsieur, toujours très bien habillé, portant un cache-poussière bleu pâle, roulant en Mercedes, toujours un gros cigare aux lèvres, passait dans toutes les fermes (ma région Engreux-Mabompré) en demandant souvent en wallon de Verviers : « Nu v’fâ-t-i nin dèl crârre du lin-ne ? »

Je me rappelle très bien ces boîtes jaunes. Cette graisse servait surtout pour soigner les crevasses aux mamelles des vaches, de même elle se montrait très efficace pour les crevasses aux mains. Je suis certain que d’autres lecteurs se souviennent de ce vendeur ambulant et même, peut-être de son nom. »

Alors, vous vous en souvenez ? Vous nous le direz ?

La Petite Gazette du 24 février 2010

ENCORE LA SOLVINE

Un lecteur de Ham Esneux nous apporte la confirmation par le document suivant :

jamart_solvine

Il s’agit d’une facture  de Louis Jamart sur laquelle on lire qu’il habitait le village de Ham Esneux dans les années 50 (la  » Villa Blanche « ). Il avait épousé une fille du village de Ham. Son atelier / dépôt se trouvait route de Liège à Esneux (les lieux ont abrité quelques années plus tard une menuiserie).

Sa graisse « Solvine »était très réputée dans les fermes et le monsieur décrit par un lecteur : cache-poussière et gros cigare… c’était lui ! »