LE LIBERATOR U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS LE 28 MAI 1944

La Petite Gazette du 26 janvier 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Monsieur Rik Verhelle nous guide, aujourd’hui, sur les traces du bombardier lourd U.S. « Star duster »  qui s’écrasa à Xhoris, fin mai 1944. Comme à chacune de ses évocations, ce correspondant, spécialiste de l’histoire de l’aviation militaire de la Seconde Guerre Mondiale, installe tout d’abord le décor et nous précise les raisons de la présence de cet avion dans un raid important avant d’aborder les conditions de sa perte.

« Ce 28 mai 1944, dimanche de Pentecôte, la météo avait prévu une visibilité parfaite pour l’après-midi. La 8 USAAF allait accomplir sa mission stratégique N° 376. 1282 bombardiers lourds (B-17 « Flying Fortress » et B-24 « Liberator ») étaient lancés contre des usines d’armements et des raffineries en Allemagne.
L’armada des Alliés        
La force était composée de 20 groupes de B-17 et de 16 groupes de B-24. L’ensemble était réparti sur quatre vagues offensives:
La 1ère vague (des B-17) avait comme objectif la raffinerie Braunkohle-Benzin AG à Ruhland, plus la Junkers Flugzeug und Motorwerke AG à Dessau.
La 2e vague (des B-17) allait attaquer la raffinerie Braunkohle-Benzin AG, à Magdeburg, et la Wehrmacht Tank Ordonnance dépôt à Königsborn.

La 3e vague (des B-24) avait comme objectifs la raffinerie Braunkohle-Benzin AG, à Zeitz, et la Farbenindustrie AG, à Merseburg/Leuna.

Le 4e vague (des B-24) allait s’occuper de la raffinerie Wintershall AG, à Lützkendorf.
Le bombardier Liberator B-24H 42-52651 « Star Duster» du 838 Squadron, 487 Bomb Group, était un des bombardiers de cette 4e vague.
Les 26 « Bomb Groups » participant au raid décollaient de leurs bases respectives et ils rejoignaient les différents points de ralliement au-dessus de l’Angleterre avant de constituer les quatre vagues d’assaut. Ces quatre vagues allaient passer la côte anglaise au-dessus de Yarmouth, respectivement à 12 hr, 12.11 hr, 12.30 hr, et 12.42 hr. Tous avaient un itinéraire commun de pénétration qui les conduisait au Nord-Est de Brunswick, tout en contournant systématiquement les positions de FLAK connues. A partir de Brunswick, l’armada éclatait à nouveau, et les quatre vagues de bombardiers mettaient le cap sur leurs cibles respectives. Après le bombardement les quatre formations allaient de nouveau se rejoindre et entamer une exfiltration groupée vers l’Angleterre et la sécurité.
L’appui et la défense rapprochée des bombardiers étaient fournis par la 15 USAAF avec des chasseurs P-38 «Lightning», des P-47 «Thunderbolt», et des P-51 «Mustang».
La 4e vague recevait le soutien du 479 Fighter Group (sur P-38 «Lightning») sur sa route de pénétration, puis du 339 et du 55 Fighter Groups (équipé de P-51 «Mustang») autour de Lützkendorf, et leur retour était couvert par la RAF britannique avec les 19th, 65th, 129th, 306th et 315th Fighter Squadrons (tous sur P-51 «Mustang»).
Les défenses allemandes
La Luftwaffe ripostait aux agresseurs avec ses chasseurs/intercepteurs de jour. En mai 1944, sa force totalisait quelque 600 chasseurs dont 300 opérationnels dans la « Luftflotte Reich », tandis que la « Luftflotte 3 » surveillait le territoire France-Belgique-Pays-Bas avec 100 chasseurs. A ce stade de la guerre, la Luftwaffe luttait avec un manque d’avions de chasse et de pilotes car elle était opérationnelle sur trois fronts différents.
Ces chasseurs étaient des Messerschmitt Me-109 et des Focke-Wulf FW-190 connus comme des opposants redoutables, surtout dans les mains de vétérans chevronnés. Les Me-109 étaient équipés d’un canon 30 mm dans le nez, de deux canons de 20 mm dans les ailes, et de deux mitrailleuses de 13 mm dans les ailes également. Le FW-190 avait quatre canons de 20 mm et deux mitrailleuses de 13 mm.

Batterie_de_88_mm_FLAK

Leur deuxième arme défensive était le FLAK, les « Flieger Abwehr Kanonen » qui couvraient tout le territoire allemand avec des canons anti-aériens de 88 ou 105 mm, capables d’atteindre sans problème un avion à 21.000 pieds (7000 mètres). Les équipages des bombardiers redoutaient plus le FLAK que les chasseurs de la Luftwaffe. On pouvait se défendre contre les chasseurs avec les nombreux mitrailleurs à bord des bombardiers. Mais quand les canons anti-aériens crachaient leurs obus, on ne savait rien faire que d’attendre la fin des tirs, tout en espérant de ne pas être touché par un obus ou des shrapnels. Du FLAK, on en rencontrait partout: des canons légers autour des aérodromes, et des lourds concentrés autour des objectifs potentiels. L’itinéraire de pénétration des bombardiers tenait compte des positions connues et les contournait systématiquement. Le bombardement de l’objectif par contre exigeait un parcours rectiligne malgré les tirs concentrés de FLAK. Ces « bomb run » qui ne prenaient que quelques minutes constituaient des instants de stress et d’angoisse intense pour les équipages de bombardiers. »

La Petite Gazette du 2 février 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Retrouvons, comme annoncé, le récit que consacre Monsieur Rik Verhelle à l’histoire de ce bombardier lourd américain.

« La 4e vague d’assaut    
La 4e vague (à laquelle appartenait le bombardier « Star Duster ») suivait l’itinéraire de pénétration commun derrière les trois premières armadas. A partir de Brunswick, cette quatrième vague se dirigeait vers la raffinerie de Lützkendorf à une altitude de 22.000 pieds. Cette vague était composée de 36 Liberator B-24H du 34 Bomb Group de Medlesham, de 36 B-24H (dont le « Star Duster ») du 487 Bomb Group de Lavenham, et de 25 B-24H du 486 Bomb Group de Sudbury.
Les trois Squadrons du 487 Bomb Group avaient décollé à 10.45 hr de Lavenham et avaient rejoint la 4ème vague d’assaut. Le rassemblement se faisait à 2000 pieds d’altitude et il était achevé à 10.58 hr. Le 487 BGp passait au-dessus de Yarmouth à 12.44 hr.
La malchance accompagnait le 487 BGp, car, dans les 40 minutes après le décollage, six B-24 avaient déjà dû quitter la formation à cause de troubles mécaniques, et ils regagnaient Lavenham. Le 487 BGp continuait donc avec les 30 avions restants. A l’exception de ces bombardiers qui avaient dû retourner prématurément et de quelques attaques de FLAK, toute la pénétration se passa sans encombres. Aucune attaque de chasseurs de la Luftwaffe n’était notée.
Le bombardement même n’était pas vraiment effectif, car l’objectif était couvert par une fumée assez épaisse. Un bon nombre d’explosifs sont tombés trop loin de la raffinerie comme témoignaient les photos aériennes prises à haute altitude, le lendemain, par un Spitfire.

Des_bombes_tombent_sur_la_raffinerie_de_MerseburgPHOTO DE L’OBJECTIF

Le retour en formation n’a pas causé de gros problèmes non plus et il n’y a pas eu de combats avec les chasseurs de Luftwaffe. Mais les tirs anti-aériens (le « flak ») ont causé la perte de trois bombardiers B-24H. Les trois premières vagues d’assaut ont eu moins de chance car les Messerschmitt et les Focke-Wulf ont sabré dedans et abattu plusieurs bombardiers.

La chute du « Star Duster »    
2Lt William F. Dunham était le navigateur du « Star Duster ». Laissons-lui la parole: (Selon sa lettre du 14 novembre 1989) « Nous étions touchés par un FLAK intense au moment où nous étions au-dessus de l’objectif. Très peu de temps après avoir quitté la zone nous étions contraints de quitter la formation et de poursuivre notre itinéraire tout seul. Deux moteurs étaient hors d’usage et nous perdions de grosses quantités de carburant et de l’huile. Puis un troisième moteur nous abandonnait et un des moteurs déjà en panne commençait à dégager de la fumée. La sonnette d’alarme venait de donner l’ordre du « bail out » (quitter l’avion en parachute). J’ai aidé le mitrailleur de front, Sgt Donald W. Carpenter, à sortir du nez de l’avion, pendant que  le 2Lt Weeks A. Homer, notre viseur/bombardier, ouvrait la trappe de sortie dans le nez du bombardier. Au moment même que je sortais Carpenter de sa position, Weeks avait déjà sauté. Carpenter refusait de quitter l’avion par la trappe de secours et il  reculait vers la soute à bombes pour sauter de là. Peu de temps après, j’ai sauté par la trappe du nez. J’ai touché le sol au milieu d’un village allemand appelé Daun et qui se situe près de la frontière belge. On m’a arrêté immédiatement et quelques heures plus tard Weeks me rejoignait dans la cellule avoisinante de la prison. Vers 22 hr un policier nous sortait de nos cellules et nous étions conduits en voiture vers l’endroit où le bombardier était tombé. L’épave était presque entièrement consommée par le feu. Je ne sais pas si c’était notre avion mais je présume qu’il l’était. Puis on retournait vers Trier où nous étions écroués dans une grande maison, et attachés à des grosses canalisations dans la cave. Nous y sommes restés pendant deux jours et les interrogatoires se succédaient toutes les deux heures. Je souffrais d’une entorse de la cheville encourue lors de mon atterrissage et mes interrogateurs n’arrêtaient pas de me donner des coups de pied sur la cheville pour m’obliger à leur livrer des infos. Après deux jours comme ça nous étions livrés à la Wehrmacht qui nous garda un jour. Puis c’était au tour de la Luftwaffe de s’occuper de nous dans leur centre d’interrogatoire à Frankfurt. Finalement nous étions enfermés au Stalag Luft III, et libérés le 28 avril 1945. » (Remarque: Stalag Luft III se situe près de Sagan, dans l’actuel Pologne). »

La Petite Gazette du 9 février 2011

LE 28 MAI 1944 – LE BOMBARDIER U.S. « STAR DUSTER » S’ECRASE A XHORIS

Monsieur Rik Verhelle nous guide, aujourd’hui, sur les traces du bombardier lourd U.S. et nous explique l’épilogue de cette épopée :

« Ce que Dunham (N.D.L.R. Pour rappel, il s’agissait du le navigateur du « Star Duster ») ne savait pas c’est que ses collègues avaient attendu pour sauter, et qu’ils n’ont finalement quitté l’avion condamné qu’au-dessus de Liège. Le « Star Duster » s’est alors écrasé à 17 hr au nord de Xhoris, entre la chapelle et le château de Fanson. Charles L. Henri, mitrailleur de la tourelle ventrale, était arrêté vers 19 hr près d’Awan-Château par une patrouille routière. Les sept autres se sont cachés dans des endroits divers.
Le mitrailleur de la tourelle nasale, Sgt Donald W. Carpenter, a été arrêté à Liège le 22 juillet et interrogé pendant un long mois avant d’être expédié en prison en Allemagne.
Emile J. Abadie, mitrailleur de tourelle dorsale nous raconte : « Tout de suite après mon atterrissage, j’ai rencontré notre co-pilote 2Lt Paul F. Chavez. Deux jours plus tard nous sommes tombés sur notre homme radio Sgt Howard A. Witherow. Nous nous sommes dirigés vers Aywaille, puis à Florzé où la famille Hanzel nous a soignés pendant un mois. Puis nous avons pris la direction d’Ayeneux où nous sommes restés chez la famille Fastre pendant un mois aussi. En route vers leur famille à Forest nous sommes tombés sur la 3ème US Armored Division ». (Remarque: il s’agit probablement de Forêt, 5 Km au sud-est de Liège),
Le pilote 2Lt Ralph S. Burckes, l’ingénieur de bord Sgt James M. Toole, et le mitrailleur de la tourelle de queue Sgt Henze L. Rex se cachaient également dans les environs. Burckes et Toole seront arrêtés le 7 septembre, très peu avant l’arrivée des Américains. Henze par contre a pu se cacher jusqu’à la libération par les Alliés.

Un_Libera..

Un Liberator lâchant sa cargaison de bombes

Epilogue
Sur l’itinéraire de retour vers l’Angleterre, le FLAK allemand a eu raison de deux autres bombardiers de la 4e vague d’assaut, tous les deux appartenant au 486 Bomb Group. Le premier était le Liberator B-24H 42-52764 portant le long surnom « Mike, the Spirit of Louisiana State University » et qui s’est écrasé à Charly-des-Bois (un Km au nord de Ronquières). Cinq hommes ont pu échapper et cinq autres ont été capturés.
Vers 17.30 hr, un deuxième de la même unité, le Liberator B-24H 42-50345, est tombé dans la Manche devant Zuydcoote (Dunkerque). Deux jours plus tard, et complètement épuisés, trois hommes dans leurs dinghies individuels (pneumatique de sauvetage) ont été retirés des eaux devant la plage de Gravelines. Les sept autres ont péri en mer. Leurs dépouilles n’ont jamais été retrouvées.
Bilan final en pertes humaines résultant de la mission 376 :
– Non revenus à leur bases : 327
– Tués à bord des bombardiers: 4
– Décédés au retour à la base : 4
– Retirés vivants de la mer le jour même : 11
– 327 – 11 = 316 disparus (« Missing in action »).
De ces 316 disparus, 11 échapperont aux Allemands et retourneront avant la fin des hostilités, 202 iront dans des camps de prisonniers de guerre, 79 sont morts au combat, et 24 hommes ne seront jamais retrouvés.
Bilan des pertes en avions :
32 bombardiers (26 B-17 et 6 B-24) abattus. Les chasseurs/escorteurs avaient perdu quatre P-47 Thunderbolt et dix P-51 Mustang. Pertes en pilotes chez la Luftwaffe : 25 morts et 20 grièvement blessés.
Vers la fin de cette journée, les télécopieurs recommençaient à crépiter et à cracher les nouveaux ordres. Tandis que les équipages étaient au repos, l’agitation habituelle était de retour sur les bases. Les mécanos allaient travailler toute la nuit et tenter de réparer le plus possible d’avions endommagés, et les officiers d’Etat-major préparaient les briefings pour la mission 377 qui allait être accomplie le lendemain, lundi 29 mai. »

Monsieur Martin Huwart, de Ville-au-Bois, se souvient : « Le bombardier B-24 qui s’est écrasé à Xhoris en mai 1944 est passé au-dessus de la propriété, car il y a perdu un morceau d’aileron dans la parcelle dite « Vieux Han », (actuellement propriété « Hertenbos ») On peut donc déterminer son cap d’arrivée. La pièce faisait au moins 2 m de long selon mon souvenir et 50 cm. d’épaisseur, car je pouvais m’asseoir dessus. (en 1956)

Dans cette même parcelle, à quelques mètres de là, se trouvait un refuge des maquisards de la 31ème compagnie des partisans Armés d’Aywaille. Il n’en restait que les fondations en pierres et la trace du foyer. Si le refuge était occupé cette nuit là, il reste peut-être un survivant qui s’en souvient ? »

POUR CEUX QUE NOTRE PATRIMOINE INTERESSE!

INFORMATION IMPORTANTE POUR TOUTES LES PERSONNES INTERESSEES PAR LA SAUVEGARDE DE NOTRE PATRIMOINE !

L’asbl Qualité-Village-Wallonie n’est plus à présenter à tout qui est sensible à la protection et à la sauvegarde de notre patrimoine aussi je suis persuadé que ce qui suit devrait vous intéresser… D’ores et déjà, je vous encourage vivement à répondre à l’invitation qui vous est lancée : c’est intéressant et c’est gratuit !

 

La première lettre d’information de l’asbl Qualité–Village-Wallonie arrive !

C’est avec l’enthousiasme propre aux nouveaux projets que nous avons le plaisir de vous annoncer le lancement prochain de notre première lettre d’information numérique qui remplace dorénavant notre Journal de Liaison en version papier.

Qu’y aura-t-il au menu ?

L’actualité de notre asbl, les projets en cours, les animations, l’agenda, et bien d’autres choses.

Elle vous permettra de suivre nos activités en lien direct avec notre nouveau site Internet www.qvw.be

Quelle fréquence ?

Elle vous parviendra en moyenne tous les deux mois.

Elle est gratuite et sans engagement, vous pourrez vous désinscrire très simplement via le lien au bas de chaque lettre.

Pas encore inscrit ?

Rejoignez-nous sans plus attendre dans cette nouvelle aventure, en suivant le lien : http://www.qvw.be/fr/a-votre-disposition/lettre-d-information.html

Asbl Qualité-Village-Wallonie

Chaussée d’Argenteau 21 – 4601 Argenteau (Visé)

 

 

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

La Petite Gazette du 28 avril 2010

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

Monsieur Laurent Halleux, d’Erezée, poursuit une enquête qu’il a entamée, il y a quelque temps dans la revue trimestrielle de la Fraternelle des Chasseurs ardennais. En s’adressant à la Petite Gazette, il augmente considérablement le nombre de personnes qu’il sensibilise à sa recherche et, ainsi, espère faire une bonne moisson de témoignages. A vous de jouer.

« Le 10 mai 1940, le 3e Régiment de Chasseurs ardennais était déployé le long de la frontière Est de notre pays entre Manderfeld (au NORD) et Houffalize (au Sud). Ce régiment avait pour mission de mettre à feu les destructions et obstructions destinées à ralentir l’avance allemande, puis à protéger le repli des unités disposées dans le sud de la province du Luxembourg lesquelles devaient se regrouper dans la position dite d’arrière-garde que délimitait le cours de l’Ourthe de Comblain-au-Pont à Durbuy. Contraintes au repli, ces unités devaient ultérieurement défendre la Meuse d’Engis à Huy.

Le 3e Régiment de Chasseurs ardennais était composé de neuf compagnies cyclistes, d’une compagnie motocycliste et d’une compagnie dite d’engins. Les compagnies cyclistes et la compagnie motocycliste étaient déployées en tant qu’unités constituées, essentiellement le long de la vallée de la Salm. En raison de la longueur du front (environ 35 kilomètres de Trois-Ponts à Houffalize), elles occupaient la plupart du temps des points d’appui. La compagnie d’engins, compagnie composée de 8 pièces antichars, était quant à elle scindée et ses différentes pièces étaient mises à disposition des différentes compagnies disposées sur la première ligne de défense.

La répartition des pièces était la suivante :

– Compagnie de Trois-Ponts : DEUX pièces ;

– Compagnie de Grand-Halleux : UNE pièce (qui sera renforcée à partir du 08 mai par DEUX pièces du 1er Régiment de Guides) ;

– Compagnie de Rencheux (Vielsalm) : UNE pièce ;

– Compagnie de Salmchâteau : UNE pièce ;

– Compagnie de Ottré : UNE pièce ;

– Compagnie de la Baraque de Fraiture : DEUX pièces,

soit HUIT pièces au total.

Ces pièces étaient des chenillettes V.C.L. T-13, de type I et II. Il s’agissait d’un canon (antichar) automoteur (le fameux canon belge de 47 mm – bien connu sous la dénomination « 4,7 ») sur châssis Carden-Lloyd. Ces petits engins, d’excellente facture, étaient malheureusement présents en trop petit nombre, le 3e Régiment de Chasseurs ardennais ayant dû disposer de SEIZE pièces et non de HUIT à cette date. Seule la mécanique des types I et II (un type III verra également le jour), un peu vieillotte, laissait à désirer. C’est précisément la raison pour laquelle ce régiment dut abandonner dès le 10 mai en soirée, dans son repli, la pièce de numéro de plaque 0527 dont la photo est présentée ci-dessous.

T-13_B1_N..

Selon mes informations, elle dut être abandonnée par son équipage sur les hauteurs de Trois-Ponts en raison d’un embrayage défectueux. Les Allemands semblent la contempler avec émerveillement …

Certaines personnes se souviennent-elles de ces canons automoteurs ? Disposent-elles de renseignements quant à leur emplacement exact, quant à leurs membres d’équipage ? Ont-elles des anecdotes à leur sujet ? Disposent-elles de photographies laissant apercevoir leurs numéros de plaque d’immatriculation ? Peut-on me confirmer la présence de tels engins à La Gleize ou dans les environs immédiats (en 1940) et, dans l’affirmative, à quel endroit et à quel moment car une pièce de ce type y aurait été installée puis retirée ? Quelqu’un aurait-il également plus de précisions concernant les pièces en place au carrefour de la Baraque de Fraiture ? Tout renseignement permettant de parfaire ma connaissance de ces engins bien trop méconnus serait le bienvenu. D’avance, un grand merci. »

La Petite Gazette du 12 mai 2010

LES CHASSEURS ARDENNAIS ET LEURS ENGINS

Répondant à l’appel lancé il y a deux semaines, des lecteurs se sont déjà manifestés de façon très intéressante :

Monsieur Jean-Louis Schmitz, de Marche-en-Famenne, situe d’emblée l’origine de son intérêt pour le sujet :

« Mon père, Franz Schmitz, de Marche en Famenne, a été conducteur de T13 ; mobilisé en septembre 1939, il a rejoint son unité, le 1er (régiment) Chasseur Ardennais, compagnie de tanks légers T.33.

Il a fait la campagne des 18 jours avec pour affectation la PFN (Position Fortifiée de Namur) ; la compagnie T13 de la PFN a été notamment affectée à la protection du champ d’aviation d’Evere et se rendit à Woluwé St-Etienne. Ensuite, elle eut comme mission de protéger la retraite de l’armée belge.

Elle fut citée trois fois à l’ordre du jour. Puis ce fut le repli dans les Flandres, derrière l’Escaut où ils se postèrent. Plusieurs fois en contact avec l’ennemi, son groupe de T13 détruisit cinq chars et des nids de mitrailleuse.

Enfin, dans les environs de Roulers (Roeselare), ils se retrouvèrent encerclés par les Allemands. C’est alors qu’ils apprirent, le 28 mai vers 6 heures du matin, la
capitulation de l’armée belge. Le premier souci de Franz Schmitz fut de saboter son char en faisant « sauter les fourchettes des deux manches à balles ». Ceci lui valut les remontrances de son sergent verviétois : « N’est-ce pas malheureux de saboter un si beau matériel ; les autorités belges nous ont donné l’ordre de le remettre tel qu’on nous l’avait donné »

Mon correspondant ajoute les anecdotes suivantes à ses propos:

« Joseph Schmitz, originaire de Marche, se souvient avoir vu avec fierté un groupe de T13 traverser la ville de Marche, lors d’exercices durant l’année 1939 ; son frère aîné, Franz Schmitz (du I Chasseur Ardennais), était chauffeur d’un de ces engins.

Marcel Collard, beau-frère de Madame Collard-Masson (Bastognarde originaire de Marche), membre d’un équipage de T13 (appelé aussi « 4.7 » pour son canon) a été tué dans un accident le 18 juin 1936. Le chauffeur était ivre ; la chenillette s’est retournée sur un terrain en pente ;  le Cdt du char, le Lt Dasse (originaire d’Ans) a été tué aussi. »

Pour les lecteurs intéressés par le sujet, Monsieur Schmitz a réuni quelques références d’ouvrages et de sites internet permettant de compléter les connaissances de chacun et nous l’en remercions.

Référence bibliographique (document consultable au Centre de documentation du Musée Royal de l’Armée et d’Histoire Militaire)

Titre du document : Mai 1940 : une unité peu connue de chasseurs Ardennais: la compagnie de T.13 de la PFN (position fortifiée de Namur)

Auteur(s) : Bikara

Résumé : Chronologie détaillée des combats menés par une division de chasseurs de chars blindés (les T.13) de l’Armée belge entre fin août 1939 et mai 1940

Editeur : Musée royal de l’armée

Identifiant : ISSN : 0035-0877

Source : Revue belge d’histoire militaire A. 1993, vol. 30, n° 1, pp. 25-44

Mon précieux correspondant vous renvoie également vers deux sites qui vous donneront, entre autres informations très intéressantes, une description du T13 : http://www.regiment-premier-guides.com/t13.htm et http://worldwar2.free.fr/t13.html

Monsieur Eric Simon, à son tour, vient nous donner des indications pour compléter la recherche

« Pour répondre à Monsieur Halleux d’Erezée, j’ai quelques informations à transmettre à propos des engins blindés équipant le 3e Régiment de Chasseurs ardennais en mai 1940. Ces éléments ont été collectés par Mickaël Brooze qui effectue des recherches assez poussées sur ce sujet.

La 10e Compagnie motocyclistes est équipée de 3 Vickers T-15 (immatriculés 1176 – 1177 – ????)

La 11e Compagnie antichars est équipée de 7 T-13 type I (0519 – 0527 – 0534 – 0536 – 0537 – 0541 – 0546) et de 1 T-13 type II (1345). Leur déploiement le 10 mai 1940,  qui diffère quelque peu de celui présenté dans l’article présenté il y a quinze jours, aurait été le suivant:

2 blindés sur les hauteurs de Trois-Ponts (dont le 0527)

2 blindés à Vielsalm

1 blindé à Lierneux

1 blindé à Grand-Halleux

1 blindé à Salmchâteau

1 blindé à la Baraque de Fraiture

Il est possible, poursuit Monsieur Simon, de découvrir des photographies montrant l’immatriculation des véhicules en consultant le « Forum ABBL 1914-1940 » dirigé précisément par Mickaël Brooze. Après les présentations d’usage, l’internaute n’a qu’à sélectionner la rubrique « Histoire et information: unités et services« , puis la sous-rubrique « unités frontières » et enfin la section « organigramme 1ère Division de Chasseurs ardennais« .

Attention, les règles du copyright sont évidemment d’application et il convient de contacter les propriétaires des images avant toute utilisation autre que strictement privée. »

Merci à ces deux lecteurs qui nous permettent d’approfondir le sujet.

Bien entendu, si vous possédez d’autres informations à ce propos, c’est avec un immense intérêt que nous les accueillerons.

Y A-T-IL EU UN EMBARCADERE A LOGNE?

Le remarquable site du château fort de Logne attire de nombreux visiteurs et un excellent accueil leur est réservé. Toujours dans le souci de mieux faire connaître cet extraordinaire témoin de notre patrimoine historique et de permettre à tout qui le visite de bien comprendre l’animation a été la sienne et le rôle qu’il a tenu jusqu’à sa destruction, une équipe travaille à la mise en place d’un sentier de découverte autour du château fort, ce sera le Circum Castellum ».

Madame Alice Henning qui travaille à la réussite de projet vous explique en quoi vous pouvez être très utiles : « Différents points d’intérêt que nous aimerions présenter au public ont d’ores et déjà été sélectionnés (grotte sous le château, pelouse calcaire, petit anticlinal, ancien village de Logne, voie à ornières…), parmi ces points : le fameux « embarcadère ».

Embarcadère (1)(1)

 

 

 

La première question est de savoir s’il s’agit bien d’un embarcadère. Il est situé au bas du château de Logne en bord d’Ourthe au lieu-dit Champoûtre.

(N.D.L.R. Il me semble que ce toponyme mériterait également d’être analysé… Parmi les passionnés de toponymie qui lisent ces lignes, s’en trouvera-t-il un qui pourra nous éclairer à ce propos ?)

 

 

 

André Nelissen parle d’un chemin de Halage dans son ouvrage « Mille ans de navigation sur l’Ourthe et ses affluents » à la p. 185. L’embarcadère aurait été fabriqué avec les pierres du puits du château fort démoli en 1521.

(N.D.L.R. Vu la taille de ces pierres, je serais fort surpris que l’on puisse leur attribuer pareille origine… Les dimensions du puits, sa profondeur et surtout la « qualité » des outils employés pour le creuser n’ont certainement pas dû permettre d’en extraire des pierres de pareille dimension…)

Une autre question est de savoir de quand il date. Est-il contemporain ou antérieur à la maison éclusière et à l’écluse non achevée? Tout deux sont construits dans le contexte du projet de canalisation de l’Ourthe à quelques dizaines de mètres en amont. Il serait également intéressant de savoir ce que l’on embarquait. D’avance, je remercie chaleureusement tout qui pourra nous apporter quelques éléments  permettant de faire progresser cette recherche. »

J’espère que vous vous passionnerez pour cette recherche car elle devrait se révéler passionnante.

La Petite Gazette du 24 août 2016

Y A-T-IL EU UN EMBARDERE AU PIED DE LA FORTERESSE DE LOGNE ?

Vous vous souvenez de la question que vous posait alors l’équipe chargée de développer encore l’attrait de ce remarquable site et qui veut développer un circuit pédestre aux alentours du château.

Monsieur Georges Donneaux, d’Angleur, apporte quelques précisions :

« Cet embarcadère, je pense, servait à charger du minerai sur de grosses barques à destination du bassin liégeois. Je pense aussi qu’il y avait déjà un point de chargement avant les travaux de canalisation de l’Ourthe.

Ce sentier était un chemin de halage construit sous la domination hollandaise. Il y avait aussi un barrage, aujourd’hui disparu – victime de fortes crues – et les bases d’une écluse face à la maison de l’éclusier. Ce chemin de halage était construit avec d’énormes pierres de taille « empruntées » au château fort. Certains détails ne laissent aucun doute là-dessus. Ces pierres pesaient de 100 à 4 àu 500 kg.

Hélas ce chemin a disparu il y a une vingtaine d’années ou plus car le temps l’a miné et il a été remplacé par un autre chemin fait de pierres et de béton. Etant originaire de Logne, j’ai parcouru ce site durant plus de 60 ans sauf par temps de crue car il était alors sous eau et y existait un courant très fort. »

UN TRANSPORT EXCEPTIONNEL EN 1921

La Petite Gazette du 9 novembre 2011

UNE PHOTO EXCEPTIONNELLE PRISE A REMOUCHAMPS IL Y A PLUS DE 90 ANS

Monsieur Freddy Lawarrée me demande de vous questionner au sujet de cette magnifique photographie prise, le 22 février 1921, par le photographe Weber, à Remouchamps, sans doute à la gare. Il est vraisemblable qu’il n’y a plus guère de témoins directs de ce transport exceptionnel, mais je pense que son caractère d’exception justement aura laissé des traces dans les mémoires et aura peut-être conduit les témoins d’alors à en parler longtemps après encore…

photo weber

Questionné par mes soins, Monsieur Michel Bartholomé, d’Aywaille, avance d’emblée quelques très intéressantes pistes de réflexion. Alors que je lui demandais si l’énorme cylindre attelé à ce magnifique tracteur ne serait pas un élément de concasseur, il me répondit :

« Pour moi, il s’agit d’une chaudière à vapeur industrielle.

Aurait-elle été fabriquée dans la région (vallée de la Vesdre) puis amenée en gare de Remouchamps pour expédition ou plutôt, amenée à Remouchamps pour être montée dans les installations de la carrière de la Falize par exemple.

Il y avait sur la route du halage une petite centrale électrique dont il ne reste plus que des ruines actuellement, c’est peut-être là qu’elle a été installée ou encore au concasseur qui se trouvait en face de l’école Saint-Raphaël. Il faudrait pouvoir connaître l’identité du personnage qui est à l’extrême droite sur la photo. »

photo weber(1)Reconnaitra-t-on ce monsieur fumant le cigare ou le chef de gare afin de confirmer que c’est bien à Remouchamps que la photo a été prise ?

En effet, un concasseur a bien été installé en face de l’institut Saint-Raphaël et il était alimenté grâce au chemin de fer aérien qui le reliait à la carrière de la Falize, mais on n’en parle que durant l’été 1922 et ce n’est qu’en mars 1923 que l’Arrêté Royal l’autorisant est signé par le Ministre de l’Industrie et du Travail, Moyersoen. Il est fort peu probable que la machinerie ait été commandée et livrée deux ans plus tôt… Par contre, il serait intéressant de savoir quand a été équipée ou rénovée la petite centrale électrique le long du halage… j’espère que vous vous passionnerez pour cette recherche.

 La Petite Gazette du 23 novembre 2011

A REMOUCHAMPS, IL Y A PLUS DE NONANTE ANS…

Vous vous souvenez sans doute de cette merveilleuse photographie nous présentée par Monsieur Freddy Lawarrée, d’Aywaille et présentant un convoi exceptionnel prêt à prendre la route devant, vraisemblablement, la gare de Remouchamps. L’enquête avance progressivement…

Messieurs Michel Bartholomé et Geogeo Weber, d’Aywaille, ont mené une minutieuse enquête qui leur a permis de réunir quelques intéressantes informations :

« En zoomant sur l’affiche présente sur la chaudière, G. Weber a pu y lire « Pirson ». Il a ensuite tapé « Pirson » dans google et a pris contact avec cette firme de Seraing qui existe depuis 1905 et qui est spécialisée, non pas dans la fabrication des chaudières, mais dans leur installation sur site.

Voici la réponse qu’il a obtenue du secrétariat :

« Il s’agit d’une chaudière fabriquée aux Chaudronneries Piedboeuf. Elle était destinée à une carrière pour y faire de la vapeur. Ce sont les seules infos dont dispose Emile Pirson (qui est né en 1920 et dont le grand-père se trouve à droite de la photo avec un chapeau) »

Une recherche menée sur Google à propos de la «  Chaudronnerie Piedboeuf » a apporté ce résultat :

« Avenue Louis Piedboeuf, de l’avenue du Parc, en boucle (a.c. Embourg). Elle fait partie du lotissement des Parcs. Son nom rappelle le souvenir des anciens propriétaires du château et de son vaste domaine. A l’origine de la famille, Jacques Pascal Piedboeuf, né en 1783, à Jupille, y installa une chaudronnerie vers 1812.

De son côté, Jacques Piedboeuf créa en Allemagne, en 1833, une fabrique d’appareils à vapeur. Plus tard, la chaudronnerie, spécialité belge, sera transférée à Aix-la-Chapelle (cf. Hans Seeling – Les Wallons pionniers de l’industrie allemande. Wahle, 1983).

Louis Piedboeuf-Lovens, constructeur, notamment de matériel pour brasserie, apparaît à Embourg en 1914. Il y acquiert la belle maison « Piedboeuf » située rue de Grady. Il y demeure un certain temps avant d’acheter et d’habiter le château construit en 1878 par Adrien Dawans-Closset. Louis Piedboeuf constitue ensuite, pièce par pièce, le très vaste domaine qui sera appelé par la suite les « Parc d’Embourg ». On accédait au château par l’actuelle « avenue Ambiorix » mais, détruit par un incendie en 1944, il ne fut jamais reconstruit.

Après le décès de ses fondateurs, le domaine fut mis en lotissement en 1958. Quelques arbres remarquables, proches de l’ancien château, y sont encore visibles actuellement. »

 

INDISPENSABLE DANS VOTRE BIBLIOTHEQUE!

Vient de paraître :  Eddy DE BRUYNE, Encyclopédie de l’occupation, de la collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (1940-1945)

« Oeuvre magistrale », « œuvre d’une vie », cette « Encyclopédie de l’occupation, de la collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (1940 – 1945 » que signe Eddy De Bryne est véritablement monumentale ! D’abord dans son seul aspect : 575 pages A4 sous un robuste cartonnage et près de 2,5 Kg, mais surtout bien sûr pour la masse d’informations rassemblées, sur ce sujet toujours délicat aujourd’hui, et concernant, pour la toute première fois, la Wallonie et Bruxelles.

Cet ouvrage d’Eddy De Bryne est le fruit de 30 années d’inlassables et minutieuses recherches qui avaient déjà conduit l’auteur à consacrer huit livres précieux pour la connaissance de cette période.

coll 1

Le professeur honoraire Francis Balace, dans sa préface, résume parfaitement le contenu de cette gigantesque entreprise : « Tout y est évoqué, non seulement les personnalités, même les plus infimes, de la collaboration politique et militaire (…), les administrations locales, les organismes économiques et professionnels d’Ordre Nouveau, les journalistes à la plume docile. »

Eddy de Bruyne a patiemment et rigoureusement consulté toutes les sources écrites disponibles, belges et allemandes, Pro Justicia, P-V d’interrogatoires, journaux de l’époque et journaux de l’après-guerre… mais aussi d’innombrables sources orales : il a rencontré Léon Degrelle en Espagne, s’est entretenu avec un officier de la Légion Wallonie, a interviewé des combattants du front de l’Est et des condamnés pour des faits d’incivisme…

Dans son « Encyclopédie », l’auteur propose ainsi des milliers d’articles, interconnectés pour retrouver aisément les liens nécessaires entre eux, mettant à disposition toutes les informations nécessaires pour appréhender la réalité des Kollabos wallons et bruxellois. Il mène le lecteur au cœur même des organisations politiques, sociales, culturelles et de jeunesse de la collaboration institutionnalisée et le guide au sein même de la hiérarchie de ces mouvements jusque dans leurs sections locales. Vous y découvrirez, entre beaucoup d’autres précieuses informations, un recensement des cellules wallonnes de Rex et l’organigramme des journaux collaborationnistes, La Légia ou Le Pays réel notamment.

L’auteur comble une importante lacune dans la bibliographie de la Seconde Guerre Mondiale et, avec une grande honnêteté intellectuelle, place les indispensables balises empêchant la publication de son travail de susciter la source malsaine d’une chasse aux sorcières à rebours.

C’est le Cercle d’Histoire et d’Archéologie Segnia qui a reçu l’honneur d’être choisi par Eddy De Bruyne pour l’édition de son « Encyclopédie » et le produit proposé, l’écrin de cette remarquable publication, justifie amplement ce choix !

Il s’agit d’un ouvrage de référence désormais incontournable pour tout qui s’intéresse à cet aspect jusqu’alors trop méconnu de notre histoire récente et qui se doit de trouver une place de choix dans la bibliothèque des passionnés de l’histoire de la guerre 40 – 45, mais aussi de tout qui veut s’informer de façon rigoureuse sur ceux qui se laissèrent séduire par l’Ordre nouveau en Belgique francophone.

Initialement, ce livre ne devait être accessible qu’aux souscripteurs, le conseil d’administration de Segnia a heureusement décidé d’en faire imprimer quelques dizaines d’exemplaires supplémentaires. Ne manquez surtout pas l’occasion d’en acquérir un car il me semble que cette édition exceptionnelle sera bien vite épuisée.

Vous pouvez obtenir un exemplaire de cette « Encyclopédie » en versant 70€ + 10€ d’envoi postal sur le compte BE90 0000 0336 9132 de Segnia à 6980 La Roche-en-Ardenne, avec la communication « Encyclopédie ».

300_6450Eddy De Bruyne, au centre, lors de la présentation officielle de son Encyclopédie, à La Roche-en-Ardenne le samedi 18 juin 2016. L’auteur est entouré de L. Nollomont, secrétaire-trésorier de Segnia, à gauche, et de l’historien Jean-Michel Bodelet, à droite

FENAISON ET MOISSONS DE JADIS

La Petite Gazette du 11 juin 2008

AU TEMPS DES MOISSONS ET DE LA FENAISON

Cette jolie photographie d’une ancienne faucheuse devrait vous rappeler bien des souvenirs des jours d’été de jadis quand des familles entières se rendaient dans les campagnes pour procéder aux travaux de fenaison et des récoltes. C’était l’époque des meules, des charretées de foin ramenées à la ferme par une armée d’ouvriers armés de faux, de grands râteaux et de fourches. Tout le monde apportait son aide, du plus jeune au plus âgé, le repas se prenait souvent dans les champs… Me raconterez-vous ces souvenirs, les anecdotes qui émaillèrent ces chaudes et longues journées de travail, remplacées aujourd’hui par la mise en œuvre d’engins exceptionnels mis en œuvre par des sociétés spécialisées qui, au nom de l’efficacité et de la rentabilité ( ?), ont gommé la magie de ces journées vouées à la solidarité des travailleurs de la terre…

faucheuse

La Petite Gazette du 25 juin 2008

LES MOISSONS D’AUTREFOIS

Monsieur Jacques Bastin, de Heyd, a été le premier à répondre à l’appel que je vous lançais il n’y a guère, mais j’espère que son exemple sera suivi de bien d’autres … Me raconterez-vous vos souvenirs, les anecdotes qui émaillèrent ces chaudes et longues journées de travail, remplacées aujourd’hui par la mise en œuvre d’engins exceptionnels qui, au nom de l’efficacité et de la rentabilité ( ?), ont gommé la magie de ces journées vouées à la solidarité des travailleurs de la terre…

« Il faut avoir connu cette époque de la moisson avant l’invasion actuelle outrancière, tous azimuts, de la machine pour bien se rendre compte de ce qu’on a irrémédiablement perdu en grégarisme, convivialité, voire en camaraderie, regrette M. Bastin. On peut brièvement schématiser l’évolution de la situation en question au moyen de deux toutes simples mais fort éloquentes images : Hier, sur le terrain, une foule bigarrée d’acteurs divers, dynamiques, joyeux, heureux, volontaires, s’activant de fort bon cœur à longueur de journée. Aujourd’hui, un homme (bien) seul, véritablement un isolé (j’allais presque écrire un abandonné, un naufragé) en son champ, aux commandes d’un monstrueux engin, énorme telle une cathédrale, chargé de remplacer seul, à jamais, cette belle foule empressée d’autrefois. Je laisserai cependant le soin à d’autres de parler plus en détail de ces ineffables moments, passés alors au service de la Terre, à cette belle époque, bien révolue hélas !, où les saisons étaient nettement bien tranchées : étés ensoleillés et chauds ; hivers froids et enneigés. Actuellement, on en viendrait presque, comme Villon, à se demander  « Mais, où sont les neiges d’antan ». En ce qui me concerne, je vais plutôt, en lieu et place, vous parler d’un fait nettement plus insolite qui, à cette époque (fin des années 1930 et années 1940), m’a marqué de manière véritablement indélébile. Le voici brièvement exposé :

attelage

A cette époque,  les clos d’équarrissage n’existant point encore, on n’avait pour seule solution que d’enterrer simplement, çà et là, les bêtes crevées ; et ce, le plus souvent,  trop peu profondément. Ce faisant, les vers dévorant toutes ces charognes finissaient par rapidement  remonter à la surface et ainsi y contaminer les diverses plantes sauvages à l’air libre. Les insectes volants, en se posant sur ces plantes contaminées, véhiculaient donc, inéluctablement, ainsi de très dangereuses bactéries. Ils allaient ensuite, le plus souvent, se poser et piquer des ouvriers de la moisson ; et certaines de ces personnes piquées en arrivaient à rapidement développer ainsi le charbon (Maladie, nommée anthrax chez les Anglo-Saxons, ayant soudainement réapparue, à la suite des attaques aériennes terroristes contre les USA, en septembre 2001).

A Ouffet, au moment de la moisson, c’est surtout l’apparition de cette affection, fort fréquemment mortelle, engendrant une indicible psychose dans le monde agricole, qui m’a le plus impressionné. Les personnes atteintes n’avaient plus alors, comme seule et unique ressource valable, que de sauter bien vite sur leur bicyclette et d’aller sans délai, portées par tout un voisinage compatissant, rendre immédiatement visite, à Durbuy-Vieille Ville, à cette bonne Demoiselle Magis qui, si magistralement, soignait, tout bénévolement, cette terrible affection au moyen de son célèbre onguent, nommé « Crâhe di Dèrbu », qu’elle fabriquait régulièrement, dans le secret le plus total, selon la formule familiale reçue, à la fin du 18e siècle, d’un médecin militaire blessé appartenant aux troupes autrichiennes alors  de passage à Durbuy. ».

La Petite Gazette du 9 juillet 2008

LA VUE D’UNE FAUCHEUSE ET LES SOUVENIRS RESSURGISSENT…

Madame Viviane Bultot, épouse Granhenry, est originaire de Nadrin, mais habite aujourd’hui à Dolembreux, elle a vu, en découvrant cette photographie d’une ancienne faucheuse, se réveiller en elle une histoire qui a véritablement marqué sa petite enfance.

faucheuse Henry

N.D.L.R. Je n’ai pu résister au plaisir de vous proposer cette photographie de la faucheuse prise à Limont-Tavier durant la guerre et autour de laquelle est réunie toute ma famille paternelle. Mon grand-père, Jules Henry, tient le cheval, mon papa Maurice Henry (qui va fêter ses 93  ans) tient la faux, ensuite viennent la cousine Georgette, ma grand-mère Coralie, le cousin Joseph et mon oncle Lucien.

« Je suis née en 1951 et, alors que je devais avoir cinq ou six ans, je revois encore mes parents partir aux champs par une très belle journée en plein mois d’août. Ils étaient accompagnés de mon frère de deux ans mon aîné et de mon oncle Gilbert, assis sur le siège de la faucheuse tirée par Mouton, notre cheval de trait gris. Maman portait une jolie robe bleue de coton,  boutonnée sur le devant et froncée à la taille. Ses beaux cheveux châtains bouclés étaient retenus par un petit foulard noué dans la nuque. Il lui servait aussi pour se protéger du soleil brûlant à cette époque de l’année. Papa, en culotte longue et grise de travail, portait une chemise beige à manches longues retournées jusqu’aux coudes, une casquette légère, de grosse bottines en cuir et la faux sur l’épaule. Maman portait les râteaux en bois.

Il faut savoir que, à cette époque, le premier tour du champ de blé à couper était réalisé à la main avec la faux, pour faciliter ensuite le passage du cheval et de la faucheuse. C’étaient les femmes qui, le plus souvent, ramassaient, par grosses brassées, les épis coupés, les liaient avec un lien en épis. Ensuite, ceux-ci étaient dressés par groupe de dix à douze et un dernier était plié en deux et étalé sur le groupe en guise de protection contre les intempéries. Ainsi rassemblés, ils étaient appelés les « soldats ».

Boby, notre compagnon chien de ferme, noir et tout bouclé, suivait toujours la faucheuse en balançant la queue. Régulièrement, il se reposait à l’ombre des soldats en tirant une langue toute rosée et humide et qui me paraissait énorme à l’époque.

Une grande prairie précédait le champ de blé, elle était traversée par un joli petit ruisseau dans lequel mon frère plaçait des bouteilles en verre trouées pour y piéger des chabots, pour la pêche du soir. A un endroit très précis, une minuscule cascade se formait et nous permettait de nous rafraîchir. C’est là que nous déposions nos gourdes d’eau et les bouteilles de bière de table, de la Piedboeuf, pour la journée.

Le champ était assez éloigné et il n’était pas question de perdre un temps précieux pour revenir prendre le repas de midi à la ferme. Je me souviens très bien avoir aidé ma grand-mère Florentine à préparer, dans un grand seau émaillé vert à petits points blancs, des haricots cuits au lard fumé accompagnés de pommes de terre, le tout arrosé d’une succulente sauce blanche, de la béchamel.  Un essuie de vaisselle à carreaux rouges et noué maintenait la bonne température du repas. Les assiettes, verres et couverts étaient dans un petit panier en osier.

Notre arrivée était très attendue et aurait dû être un superbe moment ! Mais que s’est-il passé pour Boby ? A-t-il été distrait ?  Il s’est retrouvé juste devant la lame de la faucheuse…

Mon oncle a hurlé et tout fait pour retenir Mouton qui, élancé, avait aussi, mais trop tard, vu le danger. La faucheuse, dans sa course folle, est venue couper radicalement les quatre pattes de Toby. L’horreur absolue…

Trop loin pour courir chez un vétérinaire, pas de voiture à proximité, que faire ? Devant cette évidence qu’il n’y avait rien d’autre à faire, j’ai vu papa courir vers la clôture la plus proche, y arracher, de toutes ses forces et très vite, un gros piquet de chêne qu’il a abattu d’un seul coup, fatal, sur la tête de Boby, mettant ainsi fin à ses énormes souffrances.

Nous étions là, consternés, des larmes coulaient dans un silence rare, tellement tristes de la perte dramatique de notre compagnon. Nous l’avons recouvert d’épis, papa et mon oncle sont retournés l’enterrer le soir

Papa a beaucoup hurlé sur le pauvre Mouton qui n’en pouvait rien et qui semblait tellement partager notre peine et la fin atroce de son compagnon de tous les jours.

Moi, je me souviens de ma grand-mère qui me maintenait le visage contre sa poitrine pour m’éviter de voir l’horreur de la situation. Le repas s’est pris dans un affreux silence, sans appétit, et le travail a repris péniblement.

A l’heure actuelle, lorsque je croise un cheval de trait, ce douloureux souvenir me revient encore en mémoire. Je me permets de le partager avec vous. »

La Petite Gazette du 16 juillet 2008

MOISSONS ET FENAISONS D’HIER

Madame N. Lèbre, de Sougné-Remouchamps, sait de quoi elle parle quand elle évoque la fenaison et vous allez vite vous en rendre compte En effet, elle est fille, épouse et mère de fermier ! Elle débute son courrier par cette citation de Mme de Sévigné :

« Savez-vous ce que c’est de faner ? C’est très amusant. C’est batifoler dans un pré en remuant du foin ! »

« La réalité n’est pas aussi jolie, corrige d’emblée ma correspondante. Je vais avoir 70 ans et ai bien connu toute l’évolution de l’agriculture depuis l’après-guerre.

Chez mes parents, nous étions quatre enfants. Tout le monde travaillait à la ferme, pas question de travailler au dehors ! A part une faucheuse, comme sur la photo parue dans La Petite Gazette, tout se faisait à la main. Croyez-moi, quand on a 8, 10 ou 12 ans, je ne sais plus à quel âge on commençait mais c’était très jeune, se retrouver dans un grand pré avec un râteau en main, pour toute une longue journée, ce n’était pas toujours gai. Quand ce n’était pas pour rien parce qu’il avait plu sur le foin à peine ratissé et qu’il fallait recommencer le lendemain ! Un travail nous déplaisait particulièrement : faire des « mulots » (je ne connais pas le mot français).  Il s’agissait de petits tas de foin que l’on devait défaire le lendemain ! Notre père était adepte de ces petits tas stupides ; on râlait, mais il fallait obéir !

Bien sûr, tout n’était pas noir et, souvent, on s’amusait bien tous ensemble et, certains jours, quand on avait rentré trois ou quatre chars de foin dans la même journée, nous étions très fiers ; on avait alors entre 15 et 25 ans.

Après 1955-1960, la mécanisation est arrivée : les jeeps, tracteurs et beaucoup de nouvelles machines qui ont simplifié le travail, mais, parallèlement, la main-d’œuvre a disparu et les époux se retrouvaient seuls avec bien des difficultés pour trouver quelqu’un qui voulait bien aider pour ce lourd travail.

Le plus pénible, c’était d’entasser le foin dans les fenils surchauffés et étouffants. Là encore, les enfants étaient mis à  rude contribution pour tasser, c’est-à-dire qu’il devait marcher sur le tas de foin de long en large et se couler en dessous des toits.

Quand on a eu des presses à ballots, on ne devait plus tasser, mais je ne crois pas que vous trouverez beaucoup de personnes aimant décharger les chars de foin !

Quand, il y a 10 ou 15 ans, j’ai vu apparaître chez mon fils ces énormes machines qui ramassent en une heure ce que l’on mettait trois jours à faire, je me souviens avoir pensé et dit « Quelle merveille, on n’a qu’à regarder ! »

Croyez-moi, je ne regrette absolument pas ma vie de travail, mais je n’ai non plus aucune nostalgie de cette magie et de  cette vie soi-disant belle et bucolique. Vive le progrès ! En conclusion, malgré toutes leurs machines, ils ne font pratiquement plus rien à la main, les jeunes fermiers de maintenant ont une vie encore plus harassante que nous. Là où nous avions 30 vaches, ils doivent en tenir 80 et, bien entendu, récolter le fourrage qui va avec. Vous les voyez avec une fourche et un râteau ? »

 

A son tour, Monsieur Louis Daems, d’Ougrée, me donne l’occasion de vous présenter cette photographie du temps des fenaisons.

foin

 

Il s’agit, me précise-t-il, du dernier char de la fenaison (1945 ou 1946) à Hierlot (Lierneux).

« C’est ce qui explique que l’on ait chargé jusqu’au dernier brin d’herbe, sans rien en laisser et sans « peigner » l’ensemble qui apparaît, il est vrai, bien peu ordonné.

On pourrait aussi s’étonner de la présence de deux chevaux dans une exploitation modeste comme ici ; En fait, le poulain de l’année précédente était aguerri devant sa mère avant d’être vendu.

Pour l’anecdote, c’est la fratrie Baiwir, deux frères et trois sœurs, qui exploitait cette petite ferme à cet endroit. On en aperçoit la toiture, à gauche sur ce cliché. Leur grand-père, Lambert Baiwir, fut bourgmestre de Lierneux de 1912 à 1941, année de son décès.

Pour les anciens du cru, et les autres, les faneurs sont ici d’avant en arrière, Georges Baiwir, qui s’exilera à Bourcy, près de Bastogne ; un pensionnaire de l’institut surnommé Joker, Louise Baiwir, plus tard épouse de Victor Léonard à la Falize, ma grand-tante « Lisa » veuve en secondes noces du « Mayeur » et Georgette, plus tard épouse de Marcel Denis à La Vaux.

Le frère Joseph fut, quant à lui, prisonnier de guerre 40 – 45 et sa sœur Henriette (plus tard épouse de Léon Cheffert à Villettes) déportée politique en 1944.. »

La Petite Gazette du 22 octobre 2008

EVOLUTION DU TRAVAIL AU CHAMP

Madame V. Bultot, de Dolembreux, qui, vous vous en souviendrez, avait évoqué la triste fin de son chien Bobby lors de travaux de fenaison, nous parle aujourd’hui de l’évolution des machines agricole et conte quelques anecdotes s’y rattachant :

« Après la faucheuse, très vite est apparue la lieuse. Elle ne passait pas inaperçue avec ses grandes lattes horizontales qui tournaient inlassablement toute la durée du travail .Deux chevaux étaient nécessaires pour la tracter.

Chaque latte rabattait le blé sur les lames et celui-ci ressortait en gerbes liées avec de la corde. Quelle évolution ! Il suffisait dès lors de les ramasser et de confectionner les « soldats ». Le travail était plus rapide et nécessitait beaucoup moins de main-d’oeuvre. Après quelques semaines, les gerbes étaient ramassées sur un « char » tiré par des chevaux ou par un tracteur que les plus riches propriétaires avaient pu acquérir.

Sur le « char » les gerbes étaient maintenues par une perche fixée par une chaîne tendue à l’aide d’un tire-fort. Ce tire-fort appelé « tire djâle » était une barre métallique de plus ou moins 50cm à laquelle étaient fixées trois chaînes à crochet. Les mouvements verticaux permettaient de tendre la perche pour fixer au mieux la charretée afin d’éviter le «vêlage » (le chargement se couchait sur le flanc). Pour les enfants, revenir au-dessus du char était un réel bonheur ; mais cela pouvait se révéler particulièrement dangereux en cas de vèlage.

Personnellement je n’ai pas vécu ce problème mais beaucoup de fermiers le subissaient, il leur fallait alors bien du courage et de la force, voire l’aide des voisins, pour remettre le char en bonne position et recommencer la charretée.

De retour à la ferme, une meule géante était construite. Sa base circulaire comprenait d’abord une épaisseur de fagots de bois de plus ou moins un mètre, elle favorisait l’aération de la récolte. Cette meule diminuait en hauteur et un toit en fagots lui servait de protection pour l’hiver jusqu’au battage (le but du battage consistait à séparer les graines de leurs épis.)

Enfant, j’adorais ce jour, cette bonne ambiance ; les chats aussi, ils y délogeaient une grande quantité de souris venues y faire leurs nichées.

Cette journée très éprouvante pour les adultes  rassemblait les voisins et les membres d’une même famille.

Peu de personnes disposaient d’une batteuse à cette époque, il fallait attendre son tour, et, surtout jouir d’une journée sans pluie. Dans notre belle région nadrinoise, nous dépendions tous de celle de monsieur Ernest Georges, habitant La Petite Mormont (commune de Wibrin).

Cette énorme machine était actionnée par un système de courroies reliées au tracteur .Son bruit était assourdissant, la poussière dégagée aveuglante et étouffante .Il fallait deux personnes sur la meule pour jeter les gerbes et une sur la batteuse qui coupait les cordes et étalait le blé afin de le faire glisser dans les plateaux. Ceux-ci exerçaient un mouvement de va-et-vient et séparait ainsi les grains de la récolte et la paille. Les grains récoltés arrivaient dans les sacs de jute par un tuyau métallique. Ces sacs étaient alors transportés sur le dos dans les greniers (un véritable travail d’athlète). Il y avait souvent plus de cent sacs.

Cette journée de gros labeur méritait bien un bon repas préparé la veille par la fermière. L’ambiance y était très cordiale C’étaient des journées très dures mais aussi très saines .Le petit pêket y trouvait une place de choix.

J’ai probablement sauté involontairement des étapes, il y a eu l’époque du tarare (diale volant), je ne l’ai pas vu fonctionner, d’ autres personnes un peu plus âgées que moi pourraient nous l’expliquer ! Il faudrait encore beaucoup de pages pour arriver à la moissonneuse-batteuse que nous connaissons tous aujourd’hui, je laisse le soin à d’autre le plaisir de nous raconter.

foin2

Sur la photo : de gauche à droite nous trouvons Gisèle Bastin et Léonie Calbert. Sur la batteuse mon oncle Gilbert Jardon (et oui le même oncle dont je parlais déjà dans l’histoire du pauvre Bobby avec la faucheuse). »

 

La Petite Gazette du 19 novembre 2008

LES TRAVAUX AGRICOLES JADIS, LE TARARE

Monsieur Serge Fontaine, de Stavelot, a beaucoup apprécié l’évocation du battage des céréales par Mme Bultot ; il apporte des précisions sur le tarare.

« Permettez-moi de préciser que, pendant la guerre 40-45, nous battions nos céréales avec une batteuse bien plus rustique que celle citée, « one machine a bate » qui utilisait aussi bien la force électrique que le tracteur ; mais les grains n’y étaient pas triés, ils tombaient à terre avec les balles (enveloppe de la graine) et les petits déchets. Tandis que deux ouvriers au moins s’occupaient à lier les pailles « lès strins » en gros « bôrêts » avec un lien de longue paille de seigle réservé à cet effet, au moins six personnes étaient nécessaires avec cette batteuse. On était tout noir de poussière.

Venons-en maintenant au tarare ou « djâle volant » utilisé pour le vannage après l’égrenage mécanique des grains qui gisaient en tas sur le sol. Le tarare, espèce de volumineuse caisse de bois, était actionné à la main avec une manivelle qui entraînait un gros moulin à vent dont le souffle terminait de séparer les graines des balles et des poussières à travers une série de cribles, tout en calibrant les graines. Ce travail se nommait le vannage.

Les agriculteurs qui ne possédaient pas de tarare vannaient leurs grains avec un van ou « rèdje », sorte de grande caisse en bois dont le fond servait de crible. Il était suspendu par une chaîne à une solive et par un va-et-vient balancé le vanneur faisait voyager les grains qui, petit à petit, passaient au travers du crible. Les pailles et les déchets restaient dans le van.

Avant la mise au point de la batteuse mécanique, on égrenait les gerbes manuellement avec un fléau, « on floyê ». On tapait sur les gerbes avec une sorte de masse en bois pendue à un long manche. On battait ainsi les gerbes en cadence et à plusieurs.

D’autres utilisaient un « bata » ou « spiyeû », sorte d’échelle en bois aux rayons serrés sur lesquels on frappait les gerbes portées à bout de bras. Travail harassant que je faisais avec mon père.

Pour l’avoine, on grattait les gerbes sur un « riveû », une planche garnie de grands clous dressée contre un mur. Cette façon de « river » l’avoine permettait de récolter les balles ou glumes qui étaient très utilisées dans les matelas et coussins des bébés et des petits enfants. Je pense que nous avons tous passé nos premières années sur un matelas de paille d’avoine, si moelleux et renouvelé, au moins, à chaque nouvelle récolte. »

Un immense merci pour la précision de ces explications.

Monsieur Oster Tassigny, de Grand Menil, a, lui aussi, été charmé par les souvenirs de Mme Bultot, il apporte, à son tour, sa petite contribution :

faucheuse et chevaux

 

« Cette photographie date de 1952 et elle montre ce qui faisait alors la fierté de l’agriculteur : une faucheuse lieuse et deux chevaux. Finies les courbatures, la roue porteuse de la faucheuse est pneumatique alors qu’auparavant, elle était en fer…»

 

La Petite Gazette du 26 novembre 2008

D’INTERESSANTES PRECISIONS A PROPOS DU TARARE

Monsieur Raymond Gillet est un passionné d’objets et d’outils anciens, l’évocation du tarare la conduit à se plonger dans ses intéressants ouvrages de référence…

« Cela a fait « tilt » en lisant l’article concernant le diâle volant, publié récemment et, réaction habituelle; j’ouvre le vieux dictionnaire Larousse de 1922, à la rubrique « tarare ». Etonné et surpris de constater que le mot provient d’une localité française; d’où ma réaction : en faire profiter les lecteurs de La Petite Gazette ». Quelle bonne idée :

Le Tarare_NEW

Monsieur Albert Delzandre, de Bomal s/O, nous apprend que dans les années 50, il a, lui aussi, tourné la manivelle du tarare :

« La manivelle entraîne le moulin, avec ses quatre pales en bois ; à l’autre bout de l’axe, une grande roue en métal sert de contrepoids pour aussi un peu réguler le va-et-vient du caisson où sont placés les deux tamis.

Dans les années 60, mon père a placé un moteur électrique pour entraîner la grande roue avec une courroie ; plus de manivelle ! Dès ce moment, le débit de l’air pulsé et le mouvement de va-et-vient sont devenus totalement réguliers, ce qui a permis de produire de belles semences.

On place les grains dans la trémie, on ouvre la porte de la trémie, juste assez pour que les grains avancent en une fine couche, tombent en cascade sur le premier tamis placé à l’horizontale ; pendant la chute, la vent traverse et chasse toutes les parties les plus légères, les paillettes, les barbes et les poussières.

Ce tamis a des alvéoles un peu plus grandes que les grains, ceux-ci tombent au travers du premier tamis, restent seulement sur le tamis les morceaux d’épis, les bouts de paille, les fleurs de chardon qui glissent sur le tamis, avec le va-et-vient et le vent. Ils sortent au bout du tamis et sont éliminés. Les grains tombent ensuite sur le deuxième tamis, placé en pente, les alvéoles sont plus petites que les bons grains. Il laisse donc traverser les fines semences, moutarde, grains cassés. Les bons grains restent sur le tamis, avec la pente, ils s’écoulent dans une gouttière, puis dans le sac. Il existe des tamis avec différentes grandeurs d’alvéoles pour les différentes sortes de grains.

Ayant une moissonneuse-batteuse, je semais un hectare de sélection dans chaque sorte de grain, escourgeon (orge d’hiver, froment, épeautre, avoine). A la moisson, je battais cette semence de sélection à part, puis, en septembre-octobre, je triais toutes les semences nécessaires, pour le semis de tous les autres hectares, en remettant un hectare de sélection de chaque sorte pour l’année suivante.

J’ai fait toute ma carrière d’agriculteur avec ce fidèle tarare qui a servi jusqu’en 2000 ; il est d’ailleurs toujours opérationnel. »

Un grand merci pour la précision de ce témoignage.

 

 

OUTIL MYSTERE

OBJET CURIEUX… OBJET INSOLITE… OBJET MYSTERIEUX

Monsieur Bernard Renson m’écrit d’Espagne pour vous interroger sur un outil ancien qu’il possède. Mon correspondant, avant d’émigrer vers le soleil, habitait Haillot-Ohey ; il est resté le collectionneur acharné qu’il était déjà, surtout pour tout ce qui touche aux ardoisières.

Il vous présente une photographie de cet objet dont il espère que vous pourrez lui préciser l’usage, le nom…

outils22

Et en vue rapprochée maintenant…

DSCF0806

DSCF0807

 

 

 

 

 

Sur la photo suivante, le même ustensile est placé entre deux « osteyes » utilisés pour l’extraction de terre plastique de la région d’Andenne, car ce lecteur y voit un léger degré de ressemblance….mais sans plus.

DSCF0804

Monsieur Renson espère de tout coeur que vous pourrez éclairer sa lanterne et vous en remercie d’ores et déjà

 

HISTOIRE ET PETITES HISTOIRES AUTOUR DU PETIT-SPAY

Raymond Collin et Jean-Marie Dehalleux voulaient évoquer les jours tragiques vécus, au home de Petit-Spay par une colonie d’enfants et leurs six monitrices pris au cœur de terribles combats lors de l’Offensive de l’hiver 44-45 et, gagnés par l’intérêt suscité par l’histoire du lieu, ils offrent aujourd’hui un passionnant récit débordant largement les limites de leur objectif initial.

Petit-Spay

Il est vrai que la visite de ce petit coin des rives de l’Amblève, proche de Trois-Ponts, met le chercheur, comme le lecteur, face à tous les ingrédients des histoires traditionnelles de notre Ardenne. En effet, en ces lieux se mêlent intimement réalités et mystères, légende colportée par la tradition populaire et faits dûment attestés, le tout articulé autour de personnages bien réels, tous suscitant un évident intérêt. On y rencontrera une famille illustre, les de Waha, dont un des membres prit la tête d’insurgés lors de la guerre dite des Paysans, en 1798, qui fit suite à la promulgation de la loi instaurant un service militaire obligatoire de 5 ans en temps de paix et illimité en temps de guerre pour tous les hommes de 20 à 25 ans. Son implication dans ce conflit a sans doute mené à la destruction de son château de Petit-Spay par les autorités françaises. On y croise aussi une mystérieuse fille du coin qui, la veille de convoler, s’enfuit avec un riche Anglais alors en séjour à Spa. Désormais appelée la Belle Anglaise, elle acquiert étonnament divers biens alors qu’elle est issue d’une famille modeste et qu’elle n’a que 20 ans. Les auteurs, de façon très rigoureuse, confrontent alors les récits légendaires et la stricte réalité des documents qu’ils ont découverts. Sans doute délaissée par son amant anglais, elle épouse un entrepreneur bruxellois et reviendra régulièrement sur ses terres natales dans la belle villa qu’ils élèveront, peut-être à l’emplacement même du château initial ainsi que le laisse supposer une étonnante découverte. Après son décès, son époux se remarie et vit à Petit-Spay,  puis vend la propriété en 1907. En 1932, une communauté de religieuses bénédictines s’y installe et une réalité plus surprenante encore que des faits rapportés aux veillées s’y développe. Au début de la guerre, la mère abbesse quitte le couvent, en puisant dans les caisses, retrouve le père abbé d’un monastère ; ensemble, ils se rendent en France, épousent la foi protestante et se marient…

La grosse villa du Petit-Spay, en 1943, deviendra un des homes de l’Aide aux Enfants de Prisonniers et accueillera, sous la direction et l’animation de cheftaines de louveteaux, une quarantaine de jeunes enfants. En décembre 1944, lors de l’Offensive et suite aux destructions des ponts sur l’Amblève, le Petit-Spay se retrouve ionpinément au cœur de terribles combats. Avec force témoignages, les auteurs relatent les douze jours que ces 40 gamins et leurs 6 animatrices passèrent au cœur des combats, la succession des occupations des lieux par les SS et les soldats US, jusqu’à leur évacuation vers Farnières où ils retrouveront 750 autres réfugiés.

Cette histoire est étonnante et intrigante, elle vous passionnera.  L’ouvrage est disponible après versement de 16 euros + 3 euros de frais d’envoi postal au compte Belfius, BE95 0630 0810 1858, de Dehalleux Jean-Marie, 69 route de Floriheid à 4960 Malmedy.