WEEKEND DES 9,10 et 11 DECEMBRE: deux occasions de voyager dans le passé régional avec René HENRY

CE VENDREDI 9 DECEMBRE, A 19H30, LE CERCLE HISTORIQUE D’EREZEE VOUS EMMENE AU SABBAT DES SORCIERES, A MORMONT

Pour vous y conduire, le Cercle Historique d’Erezée a fait appel à René Henry, le chroniqueur historique bien connu des lecteurs des Annonces de l’Ourthe. Il viendra vous entretenir d’un sujet qui, toujours interpelle, la présence des sorcières dans nos régions et la chasse impitoyable qui leur a été faite durant les XVIe et XVIIe siècles. Cette rencontre à laquelle vous êtes toutes et tous chaleureusement conviés aura lieu ce vendredi 9 décembre, à 19h30, en la salle de Mormont.

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Illustration de Michèle Mertens extraite de René Henry, Hier en Ourthe-Amblève, Mythes et Réalités

Pour vous, René Henry expliquera pourquoi nos contrées, comme un grande partie de l’Europe occidentale, ont connu cette longue période de traque des disciples de Satan, ainsi qu’étaient désignées les sorcières. Il en profitera pour définir ce qu’est la sorcellerie et montrer comment les autorités religieuses, qu’elles soient catholiques ou protestantes, ont désigné le diable en tant que responsable de toutes les calamités qui touchaient les hommes. Bien sûr, il sera question de la procédure judiciaire de l’ancien régime et le conférencier viendra montrer combien souvent il est difficile d’établir les limites entre la législation civile et la législation religieuse, il exposera la façon d’enquêter d’alors dans le respect des impositions des plus grands, Charles Quint notamment, et des raisons qui poussaient au recours quasi systématique à de nombreuses formes de torture.

René Henry se propose ensuite de dresser le portrait « sociologique » de la sorcière de chez nous en tentant de montrer pourquoi il est plus souvent question de sorcières que de sorciers. Ensuite, il analysera avec vous les étonnantes révélations que contiennent les très nombreux procès de sorcellerie que recèlent les archives de nos anciennes seigneuries. L’étude des « aveux » arrachés sous la torture est édifiante car elle fait la part belle aux fantasmes de l’époque, principalement en matière culinaire… Enormément de choses sont à apprendre au travers de ces archives de procès dont l’issue ne faisait guère de doute… et pourtant l’orateur du jour vous montrera que même cette règle-là a connu ses exceptions.

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Aborder pareil sujet donnera aussi l’occasion au conférencier de passer en revue ce que la tradition populaire a conservé des drames qui se sont joués chez nous pendant ces terribles décennies : spots et proverbes, croyances populaires, toponymie, défiance, méfiance et protections. Il parlera, à coup sûr, de chat noir et de bouc mais aussi de celles qui ne voulaient pas que l’on remarque qu’elles avaient des poils sous les pieds…

Ce vendredi 9 décembre c’est à un voyage vraiment fantastique que vous êtes invités à Mormont.

 

ARTISANAT, MUSIQUE, TRADITIONS ET, SURTOUT, CONVIVIALITE AU PAYS DES DOBES DEMONS, A NONCEVEUX, CE DIMANCHE 11 DECEMBRE

Ce dimanche 11 décembre, dès 11 heures du matin, à l’école, le comité Dobes Démons de Nonceveux vous propose une manifestation festive et conviviale à laquelle vous êtes toutes et tous chaleureusement conviés. De quoi s’agit-il ? Simplement de créer une occasion de se rencontrer, de se parler, bref de se connaître en partageant un verre de vin chaud et en découvrant l’une ou l’autre spécialité culinaire au milieu des productions des artisans du village et dans l’ambiance que créeront les musiciens du cru.

A la bonne franquette et bon enfant sont les maîtres-mots de la journée qui permettra de tailler une petite bavette tout en mangeant un petit bout et en buvant un petit coup…

Dès le tout début de l’après-midi, ce sont les talents musicaux du village qui se verront offrir une scène pour partager leur passion. Entre deux prestations, nous avons demandé à nonceveux, lui aussi habitant de notre village, d’évoquer les traditions bien de chez nous, de nous expliquer pourquoi les habitants de Nonceveux sont appelés les Dobes Démons » et ce que représente la Saint-Antoine, qui se fête à la mi-janvier, de nous rappeler comment se fêtait traditionnellement Noël avant l’arrivée des modes culinaires et autres véhiculées par les exigences commerciales, de nous dire ce que sont les Hèyeus… En résumé, nous lui avons demandé de dresser un petit panorama des véritables réalités et traditions locales ; nous gageons que vous serez nombreux à venir y apprendre énormément de choses sur votre lieu de vie.

Dès que l’obscurité s’emparera du village, une marche aux flambeaux rassemblera jeunes et anciens, petits et grands, dans une ambiance chaleureuse le temps d’un tour du village. Une très belle journée en perspective, ne la manquez pas.

Le comité Dobes Démons

 

 

MADEMOISELLE DE CES GENS-LA Le nouveau roman de Paul De RE

A tous les amateurs de littérature régionale de qualité…

Quoi que vous ayez prévu mercredi prochain 30 novembre à 20 heures, annulez tout… et venez nous rejoindre pour écouter Paul De Ré vous présenter son nouveau roman.

affiche-paul-de-re-novembre-2016 Cette présentation sera agrémentée de lecture d’extraits par Andrée, Rolande et l’auteur lui-même.

Paul De Ré sera accompagné de Françoise Salmon, son éditrice esneutoise. Vous aurez tout loisir de vous entretenir avec l’un et l’autre lors du verre de l’amitié et de la séance de dédicaces.

Une organisation conjointe avec le CCPL et la commune d’Esneux.

Au plaisir de vous rencontrer à cette occasion,

Pour l’Asbl Le Vieil Esneux,

Michel Eubelen, Julien Brusten et Philippe Hamoir.

L’ABC DES ECOLES DE SPRIMONT

J’AI LU POUR VOUS : « L’ABC DES ECOLES DE SPRIMONT » d’YVETTE GILLES-SEPULCHRE

Voilà une publication de poids ! Plus d’un kilo de souvenirs, de photographies, de documents…

Tout le monde y trouvera son compte. D’abord, bien entendu, celle ou celui qui, un jour, usa ses fonds de culotte sur les bancs d’une des écoles, communales ou libres, de Sprimont ; ensuite, le lecteur curieux de connaître l’évolution des conditions de la transmission du savoir dans nos communes.

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Yvette Gilles-Sépulchre nous livre, dans ce nouvel ouvrage qu’elle signe, le fruit d’une incroyable recherche parmi les archives communales et celles du doyenné de Sprimont, mais également dans les familles de la commune. Après un utile et rapide rappel de ce qu’était une « école » de l’Antiquité à la fin de l’ancien régime, l’auteure nous plonge dans la réalité locale à l’époque hollandaise quand, le 10 avril 1826, Lincé voit l’ouverture des soumissions pour la construction de l’actuel presbytère à côté duquel devait se construire une école. Vous serez ensuite emmenés à la découverte des matières d’examen permettant aux candidats instituteurs de voir attribuer un grade, du 1er au 4e rang, selon leur degré de compétence.

La toute jeune Belgique indépendante ne conçoit pas l’école sans la présence active de la religion ; que l’école soit libre ou officielle, la classe commence par la prière. En 1879, sous l’influence libérale, le cours de religion est remplacé par un cours de morale non confessionnelle.

Yvette Gilles-sépulchre vous guidera, de manière très agréable et intelligemment illustrée, à la rencontre du quotidien en classe au fil des décennies. Elle aborde les règlements d’école, l’orthographe, la discipline, le matériel scolaire, les congés scolaires, la promulgation de l’enseignement obligatoire et gratuit, les guerres scolaires, le Pacte scolaire… De passionnants chapitres sont alors consacrés aux écoles gardiennes, à l’évolution de la méthodologie.

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L’auteure nous invite ensuite à l’accompagner dans sa propre scolarité depuis son premier jour de classe à la maternelle ; avec elle, vous vivrez de grands moments : la Saint-Nicolas, la chasse aux poux, la remise des prix, les cours de couture…

L’histoire de toutes les écoles du Sprimont d’hier et de celui d’aujourd’hui est ensuite révélée, vous voyagerez ainsi à Louveigné, à Banneux, à Deigné, à Gomzé-Andoumont, à Sendrogne, à Chanxhe, à Dolembreux, à Fraiture, au Hornay, à Fraiture, à Rouvreux et bien entendu à Sprimont centre. Vous y retrouverez sans aucun doute votre photo, celle de vos parents, de vos enfants, de votre instituteur mais aussi de nombreuses anecdotes et documents qui, à n’en pas douter, vous replongeront dans l’insouciance de vos années passées à l’école du village. J’ai personnellement pris un énorme plaisir à découvrir cette très intéressante et très plaisante étude et je vous invite à la découvrir à votre tour.

Ce fort volume de 308 pages au format A4, à l’agréable mise en page, est illustré d’innombrables documents et photographies, dont de nombreuses en quadrichromie est à votre disposition dans les deux librairies de Sprimont, à la bibliothèque et à l’Administration communale au prix de 20 €.

Vu son poids, par courrier, il vous en coûtera 30 € (en raison des frais de port bien entendu), somme qu’il convient de verser au compte n° BE57 0016 6753 0535 de l’Office du Tourisme de Sprimont, avec la mention « L’ABC des Ecoles de Sprimont ».

Le lundi 14 novembre prochain, à 18h., une présentation de cet ouvrage est organisée à la bibliothèque publique « Les Mille feuilles » à Sprimont. Vous pourrez, bien entendu, y acquérir cet ouvrage et y faire déposer une dédicace par Yvette Gilles-Sépulchre.

Cette soirée de présentation a été rendue possible grâce à une étroite collaboration entre la bibliothèque « Les Mille feuilles« , le Fonds d’Histoire Locale de Sprimont et l’Office du Tourisme.

 

QUAND DEBUTA LA GRANDE GUERRE… UNE CONFERENCE DE RENE HENRY POUR SE SOUVENIR

Les Associations patriotiques d’Aywaille et le P.A.C. Aywaille se sont associés pour donner une dimension supplémentaire aux traditionnelles commémorations organisées en ce jour anniversaire de l’Armistice. En effet, avant les dépôts de fleurs sur  tous les monuments de la commune ; le temps du souvenir débutera dès le jeudi 10 novembre, à 19h30, en la salle le Century, avenue Cornesse n°66 à Aywaille, où vous êtes conviés à la conférence que j’aurai l’honneur de vous donner sous le titre de « Quand débuta la Grande Guerre… »

Les quelques lignes qui suivent vous présenteront brièvement le contenu de l’exposé que je ferai en prélude aux manifestations patriotiques du lendemain. Vous y êtes bien évidemment toutes et tous chaleureusement conviés.

Aux premiers jours d’août 1914, les Belges ne savaient plus ce que pouvait être une guerre…

Depuis 1815 et Waterloo, on ne s’était plus battu sur le sol du pays – hormis bien sûr les quelques combats contre le pouvoir orangiste en 1830.

Le contexte politique du pays, influencé par les vives tensions internationales, est très particulier. Le Roi Albert Ier intervient personnellement pour tenter de créer un esprit d’union nationale et prend des initiatives politiques très novatrices. Les chambres sont réunies quand l’annonce de la violation du territoire national est transmise aux parlementaires.

La guerre commençait avec son abominable lot d’horreurs et de massacres qui n’épargnèrent pas notre région…

Dès les premiers jours de ce que l’histoire appellera la « Grande Guerre », le quotidien des Belges sera très rapidement et très profondément bouleversé.

C’est à la rencontre de ces énormes bouleversements que cet exposé vous invite. Il ne sera guère question dans mes propos d’opérations militaires ; en effet, ma volonté réside plutôt dans l’envie de vous présenter, de vous expliquer et de vous commenter ce à quoi les Belges durent très vite se soumettre car, en moins d’un mois, toute l’administration du pays est sous le contrôle strict de l’occupant et, en trois mois, le pays est à 90% sous le contrôle de l’administration allemande.

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Document appartenant aux collections de M. Freddy Lemaire à Aywaille, extrait de R. HENRY, Aywaille, Chronique illustrée du XXe siècle, Dricot, 2006

Etudier cette période, c’est se lancer à la découverte de réalités surprenantes tant au point de vue de l’organisation politique du pays que de la vie dans nos communes. Faim, terreur, répression sévère, réquisitions multiples et incessantes sont les maîtres-mots d’une époque dont le ressenti traversera les générations dans la population.

Cette conférence insistera sur quelques aspects primordiaux caractérisant cette abominable guerre : le ravitaillement et le secours  apporté par les nations du globe à la « pauvre petite Belgique », la mobilisation des autorités communales, le rôle tenu par les femmes, l’action du cardinal Mercier… en fait tout ce qui permettra de comprendre comment, dans nos communes, il a été possible de surmonter cette longue et pénible épreuve.

Au nom des Associations patriotiques d’Aywaille et du P.A.C. Aywaille, j’espère de tout cœur vous rencontrer nombreuses et nombreux à cette soirée du souvenir.

RABORIVE EST ANIMEE PAR LES ACTIVITES INDUSTRIELLES DEPUIS PRES D’UN DEMI-MILLENAIRE

Ainsi que je l’ai fait pour la balade le long des bornes de Stavelot, je vais tenter, ici, de permettre à celles et à ceux qui n’avaient pu participer à la découverte du site de Raborive que proposait Eneo-Aywaille le 21 octobre dernier, de se déplacer virtuellement sur les lieux que j’ai alors présentés et commentés. Je vous souhaite une agréable promenade.

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C’est tout d’abord l’industrie métallurgique qui vint d’abord troubler la quiétude des lieux au pied de l’impressionnante falaise sur laquelle se dressait encore fièrement Neufchâteau-sur-Amblève… Ainsi que vous le savez sans doute, il ne sera démoli qu’en 1587, sur ordre de Philippe II, le fils de Charles Quint.chateau

Mais commençons par planter le décor ! Pour ce faire, il convient d’emblée de contredire les auteurs qui, dès le XIXe siècle, installèrent à Raborive un terrible combat, dont le nombre de victimes rougit les eaux de l’Amblève. Selon eux, les toponymes Martinrive et Raborive perpétuent le souvenir du cruel affrontement qui opposa les troupes de Charles Martel, duc d’Austrasie, à celle du duc de Frise dénommé tantôt Robo, tantôt Radbod. Force est de constater que, bien que les documents placent ce combat le long de l’Amblève et près d’un domaine royal, seul un apparent cousinage entre les patronymes des belligérants et les toponymes locaux a conduit ces auteurs à croire qu’ils avaient localisé le site de cet épisode sanglant.

La toponymie est une science difficile et ceux qui la pratiquent savent pertinemment qu’il convient de se méfier des interprétations hâtives et de ce qui pourrait apparaître comme une évidence… Etienne Compère dans son excellente « Toponymie d’Aywaille » nous explique que Martinrive s’est développée au confluent de l’Amblève et d’un ruisseau descendant de Rouvreux qui, à l’approche de la rivière, s’était scindé en plusieurs bras et avait créé un ilôt marécageux. « Maretain » (qui deviendra « Martin ») signifie « marais ». Et voilà la légende balayée…

L’Ourthe-Amblève connait, dès l’époque gallo-romaine, une exploitation du minerai de fer abondant dans son sous-sol. L’existence de bas fourneaux de cette époque a été démontrée à Dolembreux par André Neelissen et la présence de scories très anciennes a été attestée notamment à Deigné et à Quarreux.

L’exploitation du minerai connaîtra, chez nous, un net développement dès la fin du XIVe siècle, des forges sont en activité à Ferot en 1380. La métallurgie moderne aux origines wallonnes, rappelons-le, impose que soient associés fourneau et four d’affinage ; nous verrons par la suite que les sites de Ferot et de Raborive connurent de longues périodes d’histoire commune.

Le minerai est exploité dans toute la région à Aywaille, à Xhoris, à Comblain-au-Pont, à Ferrières… Cette réalité entraîne un net développement de l’activité métallurgique régionale durant la première moitié du XVIe siècle et les usines se créent à Harzé, aux Pouhons, à Hamoir, à Chevron, à Louveigné… Il est intéressant de remarquer que toutes ces installations réclamant la force motrice de l’eau s’installent le long de ruisseaux dont le cours est relativement aisé à réguler sans avoir recours aux importantes infrastructures que réclamerait la maîtrise du débit d’une rivière.

L’essentiel des productions de cette industrie locale est destiné à l’exportation. Ici encore, il convient de rappeler que, durant tout l’ancien régime, l’Ourthe-Amblève se trouve bien aux confins d’états différents (duché de Luxembourg, duché de Limbourg, Principauté de Liège et Principauté de Stavelot-Malmedy). Le tonlieu qui est perçu alors au pont des Arches à Liège, il s’agit de l’impôt qui frappe tout produit entrant en ville pour y être vendu, nous apprend que le fer soumis à la taxe a été acheminé par voie d’eau au départ de Bomal, de Comblain, de Hamoir et d’Aywaille.

Les archives mentionnent l’existence d’une forge et d’un marteau à Raborive en 1532. Il est possible que leur création soit quelque peu antérieure à cette date mais sans doute de très peu car il est déjà remarquable à cette date de constater pareille infrastructure sur une rive de l’Amblève. L’existence d’un bras naturel de la rivière à cet endroit explique en partie le choix du site ; en effet, cette particularité géographique ralentit sensiblement le débit de la rivière. Néanmoins, il est impossible de ne pas faire remarquer les caractéristiques géopolitiques de l’endroit. A Raborive se rencontrent les limites des duchés de Limbourg et de Luxembourg, celles de la Principauté de Stavelot-Malmedy mais également celles de diverses seigneuries ; ainsi, l’usine métallurgique est installée à la frontière entre les seigneuries de Harzé et d’Aywaille.

Si le bassin inférieur de l’Amblève compte 14 usines en 1570, le déclin de cette industrie sera quasiment aussi brutal que son développement. De 1590 à 1663, Raborive connaît une très longue période de chômage qui laisse l’usine en ruine dès 1645. Le site connaît alors un premier pojet de réaffection puisqu’il est alors question d’y installer une papeterie mais le projet avorte et c’est à Martinrive qu’une « papinerie » s’installera mue par un impressionnant moulin à quatre roues.

En 1663, le comte de Suys, alors seigneur de Harzé, accense le coup d’eau (donne l’autorisation d’utiliser la force motrice de l’eau, moyennant redevance) de Raborive à Jean le Gohelier afin qu’il puisse y construire une forge. Ce personnage n’est pas un inconnu dans l’histoire de la métallurgie régionale puisqu’il est également le propriétaire de l’usine de Ferot. Son projet industriel associe d’ailleurs les deux sites, Ferot produira la fonte au fourneau et Raborive l’affinera.

Un demi-siècle plus tard, c’est Philippe Hauzeur qui reprend les usines et Raborive a déjà besoin d’une remise en état. Quand Ferot délaissera la production de la fonte destinée à l’affinage au profit de la fonte de moulage, l’usine de Raborive est à nouveau abandonnée. Alors qu’elle n’est plus en état de fonctionner en 1752, elle reprend du service 10 ans plus tard quand, à Ferot, la production de fonte d’affinage est relancée.p1240063

En 1765, cinq ouvriers y produisent annuellement 20 000 livres de fer en barre. L’activité d’affinage se poursuivra sur le site jusqu’en 1819, l’usine est alors la propriété de la famille Ancion de Ville depuis 1780. Une description des lieux datée de 1820 nous apprend qu’il reste sur place, à l’état de ruine, un bâtiment de pierre au toit de chaume abritant toujours deux fours « à chauffer les masses » et un martinet ainsi que les deux roues hydrauliques de 12 pieds chacune qui fournissaient l’énergie motrice de l’usine.

A cette époque, Aywaille connaît toujours un autre site de production métallurgique, les forges et fourneau de Dieupart qui résistèrent quelque temps au déplacement de l’activité métallurgique vers le bassin liégeois grâce à la spécialisation de sa production. A Dieupart, on produit alors de la fonte moulée pour répondre aux besoins de l’armée, à ceux réclamés, d’une part, par le développement de l’éclairage au gaz et, d’autre part, par la mécanisation de l’industrie textile.

Ce sont aussi les spécificités géopolitiques des lieux qui, au XVIIIe siècle, attirèrent des industriels désireux de profiter de la convergence des frontières pour tenter de se soustraire à l’impôt. C’est la raison qui explique pourquoi Aywaille fut choisie, en 1704, par un échevin verviétois pour y proposer l’établissement d’une manufacture de draps qui, selon ses dires, aurait permis à la localité de se redresser économiquement après le terrible incendie qui l’avait anéantie en 1691. Pour lui permettre de développer son projet, il reçut l’assurance que son entreprise sera exemptée de tout impôt. Cependant ce projet tourna court très rapidement car, derrière les propos généreux du promoteur, se cachait sa volonté d’introduire sur le marché, en toute illégalité et sans payer la moindre taxe, une grande quantité de draps étrangers, en provenance du duché de Limbourg. La supercherie fut rapidement identifiée car cet homme sans scrupules s’était montré beaucoup trop impatient de profiter de ses malversations.

L’entreprise qui, indubitablement, sut le plus habilement mettre à profit le foisonnement des frontières en ces lieux qui nous occupent est celle qui vit le développement d’une verrerie presque en face de l’usine métallurgique de Raborive, sur l’autre rive de l’Amblève.aye-4

Cette verrerie utilisait d’ailleurs pour sa production de bouteilles, destinées à assurer le transport des eaux de Spa et de la source de Bru à Chevron, le laitier résultant des opérations métallurgiques de l’usine voisine. Cette entreprise est née du rapprochement des deux producteurs qui, jusqu’alors se disputaient ce juteux marché en pleine expansion : la famille Grandchamps, par ailleurs seigneur de Deigné, et la famille Penay, apparentée au curé de Sprimont, Nicolas-Henri Massin – futur Prince-abbé de Stavelot-Malmedy. De 1728 à 1754, ils donnèrent, sur ce site, du travail à 125 hommes chargés de la production et à 300 femmes occupées à l’emballage en osier tressé assurant un transport sans encombres aux flacons de verre. La seule présentation des lieux vous permettra de comprendre comment l’impôt fut très habilement éludé. Les fours avaient été installés en terres limbourgeoises, les entrepôts et magasins en terres luxembourgeoises alors que les quais de chargement étaient en terres stavelotaines !

Les verriers liégeois voyaient évidemment d’un très mauvais œil cette concurrence déloyale et leurs revendications légitimes poussèrent le Prince-évêque à frapper d’un important droit d’entrée les bouteilles produites sur la rive de l’Amblève ; ce qui provoqua très vite la délocalisation de l’usine, à Chênée, en terres liégeoises.

L’abandon du travail du fer à Raborive précéda de quelques années seulement raborive-102l’avènement d’une nouvelle industrie locale : l’exploitation de la pierre. Et oui, notre pays carrier ne mérite cette appellation que depuis moins de deux siècles…

La première carrière ouverte chez nous est celle que créa le Comte de Berlaymont à Florzé, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de Raborive. Cette carrière est particulière puisque le chantier d’extraction est séparé du chantier de taille par un long tunnel. A la fin du XIXe siècle, 200 ouvriers ouvriers s’activaient à la taille sur ce chantier, les pierres qu’ils façonnaient avaient été chargées sur des wagonnets qui, grâce à la pente naturelle du tunnel, voyageaient seuls. Ils étaient ensuite remontés grâce à la traction chevaline. Le système fut perfectionné par la suite par la création d’un chemin de fer privé.

L’extension de l’industrie extractive dans la zone Martinrive-Raborive-Florzé est consécutive à l’ouverture, en 1882, de la ligne de chemin de fer de l’Amblève qui permit l’ouverture de nouvelles carrières puisque le transport de leur production était désormais assuré. Les exploitations qui n’étaient pas aux abords immédiats de cette nouvelle et importante voie de communication s’en rapprochèrent par le développement d’un très dense réseau privé qui, de Florzé, desservaient plusieurs carrières avant de rejoindre la gare de Martinrive.

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Le site de Raborive vit l’implantation d’une importante scierie de marbre et de petit-granit, raccordée elle aussi par voie ferrée à la gare de Martinrive. Un atelier de polissage de marbre compléta les installations et fournissaient du travail à 30 ouvrières. Le patron, Math. Van Groenendael, par ailleurs patron de la carrière d’Ogné, était un homme très riche puisqu’on affirme qu’il fut le premier à posséder une automobile dans la région. Manifestement, tout lui était bon pour gagner de l’argent ; en effet, nous savons qu’il appartenait à cette catégorie de patrons qui, à la fin du XIXe siècle, ne payait ses ouvriers non en argent officiel mais seulement avec des billets d’un franc qu’il avait fait imprimer à son nom et qui ne s’échangeaient que dans certains magasins… L’histoire retient cette façon de procéder en parlant de paiement en monnaie de singe.scierie-rabo-2

A l’origine, les blocs de pierre brute étaient débités par un fil hélicoïdal (un câble en forme d’hélice) ; dans les scieries, ces blocs étaient ensuite coupés en tranches sous des armatures à lames d’acier (constamment arrosées d’eau et de sable) qui travaillaient 24 heures sur 24. Elles permettaient de couper une profondeur de 10 cm en 24 heures. L’introduction des lames diamantées ou au carbure de tungstène multiplia par 48 la vitesse de coupe : 20 cm/heure.      martinrive-011

Un terrible éboulement survenu le 26 mai 1954 et qui coûta la vie à 9 ouvriers  travaillant à la paroi rocheuse sonna définitivement le glas de la carrière de Florzé.

L’exploitation de la scierie de Raborive se poursuivit jusqu’il y a seulement quelques années, elle fut successivement exploitée par les sociétés « Carrières De Mont & van den Wildenberg» et  «Carrière de Vinalmont ».

Le site, entièrement nettoyé aujourd’hui, se prépare à vivre le développement d’une nouvelle activité économique destinée à devenir une nouvelle tradition locale. C’est, en effet, à Raborive qu’est annoncée la prochaine installation de la brasserie Elfique.

 

BIBLIOGRAPHIE

BOVY J., Promenades historiques dans le Pays de Liège, Liège, Collardin, 1838

COMPERE E., Toponymie d’Aywaille, Aywaille, E. Compère éditeur, 1997

HANSOTTE G., La métallurgie dans les bassins de l’Amblève et e l’Ourthe stavelotaine et limbourgeoise, 1393-1846, Malmedy, Famille et Terroir, 1968

HENNEN G., Etablissement d’une manufacture de draps à Aywaille en 1704, in Bull. de la Soc. Verv. d’Arch. et d’Hist. Tome XII, Verviers 1912

HENRY R., Hier en Ourthe-Amblève, T. 1 Réalités et Mystères, Bressoux, Dricot, 1991

HENRY R., Hier en Ourthe-Amblève, T. 2 Mythes et Destinées, Bressoux, Dricot, 1994

HENRY R., Vertiges du Passé – Nos châteaux, Bressoux, Dricot, 2013

LAMBERCY Ch., HENRY R., RELAVISSE F., Aywaille 500, Stavelot, Chauveheid, 1982

PIMPURNIAUX J., Guide du voyageur en Ardenne, Bruxelles, A. Decq, 1852

RAHIR E., Promenades dans les vallées de l’Amblève et de l’Ourthe, Bruxelles, J. Lebègue, 1899

THIRY L., Histoire de l’ancienne seigneurie et commune d’Aywaille, Liège, L. Gothier, 1937-1941

 

REMERCIEMENTS

À François Vitoux pour les nombreuses illustrations fournies

LES BORNES DITES DE STAVELOT, UN PETIT PATRIMOINE DISCRET, CHARGE D’HISTOIRE

Comme promis, je vais tenter de partager, avec celles et ceux qui n’ont pu nous rejoindre lors de cette balade le long des bornes dites de Stavelot, les explications et commentaires que j’ai exposés lors de nos différentes haltes devant ces bornes.

Ainsi que j’ai procédé lors de cette promenade, je vous propose de découvrir mes propos en quatre points : le statut particulier de la Commune Saint-Remacle, le contexte géopolitique de nos régions au XVIIIe siècle, les multiples conflits générés par le statut de ce territoire et, enfin, l’issue qui mit fin à un différend vieux de 35 ans entre le Prince-évêque de Liège et le Prince-abbé de Stavelot-Malmedy.

Se plonger dans les réalités historiques, surtout quand on se déplace sur les lieux même des faits évoqués, exige un petit effort pour « corriger » ce que vos yeux vous montrent et ce que vos connaissances induisent… Je vais essayer de vous y aider.

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Le statut particulier de la Commune Saint-Remacle

Les lieux que le promeneur partant à la découverte de ces bornes parcourt aujourd’hui ont un aspect bien différent de celui qu’ils présentaient lorsque ces bornes furent dressées en 1768 mais, à cette époque déjà, ils avaient déjà bien changé essentiellement grâce au dur et harassant travail des manants du lieu qui, des marais et des bruyères de jadis, avaient  fait de vertes prairies et des terres de culture. Bien longtemps après, les plantations de résineux bouleversèrent considérablement le paysage.

Le quotidien des manants de l’endroit à la fin du moyen-âge nous est très bien connu grâce à un précieux document daté de 1431 et qui a heureusement été conservé : le Grand Record de Theux. Rappelons d’emblée qu’un record est un document consistant en la mise par écrit d’un droit coutumier oral, ce document rappelle dès lors bien des usages plus anciens ; ce record est particulièrement intéressant car il précise les droits d’usage dans la Commune Saint-Remacle, ce territoire de 1969 bonniers (soit un peu plus de 1715 hectares), et indique comment ils sont contrôlés.

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Ainsi, quand les manants y font paître leurs bêtes (droit de herdage) où quand ils y coupent du bois, ils sont évidemment soumis à une redevance. Nonobstant cela, cette situation crée des jalousies et poussent les habitants des territoires voisins à vouloir profiter des mêmes droits ce qui conduit à la tenue de nombreux procès.

Les contrevenants sont jugés à la Boverie à Theux par les cours de justice de Louveigné et de Theux qui y siègent conjointement. Pareille situation est assez rare et réclame quelques explications ; en effet, ces deux cours relèvent alors d’Etats différents : Theux appartient au Marquisat de Franchimont et donc à la Principauté de Liège alors que Louveigné relève du Comté de Logne et donc de la Principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy.

Comme toujours en Ourthe-Amblève, l’important et singulier morcellement territorial entraine pareille situation. La Commune Saint-Remacle touche d’ailleurs à trois pays différents : Liège à l’est, Stavelot à l’ouest et le Duché de Limbourg au sud ce qui, manifestement, explique l’origine de certains usages particuliers sur ces terres qui, pourtant et ainsi que le rappelle clairement le record de 1431, appartiennent clairement à la Principauté de Liège et dont le Prince-évêque est le seigneur hautain.

En outre, cette « Commune » jouxte les terres de la Porallée mais ces deux territoires, pour particuliers qu’ils soient, ont des statuts bien différents. Contrairement aux manants de la Porallée, ceux de la Commune Saint-Remacle n’y ont aucun droit sur la terre.

Un autre aspect très étonnant du quotidien sur ces terres réside dans l’exercice de la police qui y préside. Elle est aux mains d’un « fonctionnaire » appelé le forestier et dont les obligations sont, elles aussi, rappelées dans le record de 1431. Ce qui est remarquable dans sa mission c’est qu’elle doit s’exercer sur les deux territoires voisins que sont ceux de la Commune Saint-Remacle et de la Porallée (qui, et il n’est pas inutile de le rappeler, dépendent d’Etats différents). Avec ses hommes, le forestier est tenu d’inspecter ces deux territoires deux fois par semaine. Quand il surprend un contrevenant, il a le droit de procéder une saisie sur ses biens (bétail, récolte…), ne les libérant que lorsque l’amende infligée sera honorée. La charge de forestier, qui ouvrait également à son détenteur le droit de chasse, est restée, quatre siècle durant, du XIVe au XVIIIe siècle, l’apanage exclusif de la même famille, les de Marteau.

Enfin, comme partout ailleurs sous l’ancien régime, en plus des redevances à régler au représentant du Prince-évêque, les manants devaient s’acquitter de l’impôt religieux qu’était la dîme. Réalité étonnante également, le produit de cette dîme était partagé entre les deux principautés ecclésiastiques (Liège et Stavelot-Malmedy).

Le contexte géopolitique de nos régions au XVIIIe siècle

Durant tout l’ancien régime, les alliances, les héritages, les donations et les conquêtes ont constamment modifié les limites des Etats qui se concentraient en nos régions. Bien entendu, ce morcellement des appartenances territoriales générèrent de très nombreux conflits, dont certains s’étaleront même sur plusieurs siècles et allant jusqu’à traverser les régimes.

La principauté de Liège n’échappent pas à la règle et, au XVIIIe siècle, connaît une intense activité diplomatique pour tenter de résoudre les conflits qui l’opposent à ses nombreux voisins. Les liens de dépendance des états étant toujours liés à l’ancienne organisation féodale, les négociations et les procès mènent les représentants du Prince-évêque à Cologne, à Trêves, à Bruxelles, à Paris et même à Vienne.

En ce XVIIIe siècle également, les princes-évêques successifs que Liège connut démontrent une réelle volonté d’investir dans la création de routes dignes de ce nom en remplacement des antiques chemins devenus problématiques avec le développement du charroi et l’accroissement de son trafic.

Ce n’est évidemment pas le confort de la population qui préside à cette volonté ; en effet, en ces temps, le population ne voyage pas ! Les buts recherchés résident dans la nécessité de permettre un déplacement plus aisé et plus rapide des armées par exemple, le développement de l’artillerie a considérablement alourdi le charroi et les vieux chemins boueux le ralentissent. Le développement du commerce et l’exportation des produits principautaires, les armes notamment, comptent aussi pour beaucoup dans la détermination des princes. En effet, plus de marchandises transportées assurent des ressources financières plus importantes pour le pays car, bien sûr, ces routes sont parsemées de bureaux d’octroi.

Au début du siècle, c’est la route vers Verviers, par la vallée de la Vesdre, qui est en chantier. A la fin du siècle, c’est par le plateau de Herve que Verviers sera reliée à Liège et qu’une route mène à Tongres. Parmi ces grands projets, le Prince-évêque souhaite également assurer une liaison avec son Marquisat de Franchimont pour remplacer l’antique chemin royal existant jusqu’alors et allant de Liège à Beaufays. La route est prolongée, en 1733, jusqu’à Andoumont où les travaux s’arrêtent à la rencontre des propriétés du Prince-abbé de Stavelot-Malmedy (le Ban de louveigné appartient au Comté de Logne).

Pour poursuivre la route, sans l’obliger à suivre de longs et pénibles détours, il convient d’obtenir l’autorisation du Prince-abbé de lui permettre de traverser ses terres.

Un accord sera conclu, dès le mois d’août de cette année 1733, entre les représentants des deux prélats. Le Comte de Berlaymont négocie et signe pour Liège et le Baron de Sélys-Fanson agit pour le compte du Prince-abbé. Cet accord signé « pour le bien des deux pays » autorise que soient traversés le Ban de Louveigné et la Commune Saint-Remacle moyennant diverses conditions : le placement d’une borne marquant la séparation des territoires, la cession de la chaussée traversant la Commune Saint-Remacle à Stavelot-Malmedy avec, en contrepartie l’engagement de cette principauté, outre de ne pas y installer de péage, d’en assurer l’entretien et les réparations.

Entre la signature de cet accord et le placement des bornes, il s’écoulera pourtant 35 ans !

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La Commune Saint-remacle connaît de multiples conflits

Rappelons tout d’abord que la Commune Saint-Remacle relève exclusivement de l’autorité du Prince-évêque et que les aisances qui y sont offertes n’existent que par la seule volonté de ce prince. Au fil du temps, des droits précis ont été concédés, moyennant redevance bien sûr, aux populations des hameaux et villages voisins de ce territoire, ceux de Deigné, de Rouge-Thier, d’Adseux, de Theux, de Becco, de Jevoumont, de Tancrémont…)

Les Cours de justice de Louveigné et de Theux doivent, au fil du temps, trancher dans des affaires de plus en plus nombreuses. A l’occasion de ces procès, les manants de Theux, comme le font d’ailleurs aussi ceux du Ban de louveigné, prétendent que la Commune est une aisance – en se référant sans doute au caractère plus spécicique encore du territoire voisin de la Porallée.

Le Prince-évêque Ferdinand de Bavière, en 1635, rappelle l’exclusivité de ses droits sur la commune Saint-Remacle et, pour faire cesser le développement des abus, charge ses receveurs (agissant tant pour son compte que pour celui du Prince-abbé) de prélever 1/12 des gerbes de grains coupés. Les manants ont beau protester, la seule contrepartie qu’ils obtiennent est de désormais avoir l’autorisation d’utiliser la charrue et la faux ce qui leur était interdit jusqu’à cette date.

Comme tout se payait déjà comptant alors, le coût de la mise en œuvre de cette nouvelle charge par les Cours de justice sera supporté par les manants qui devront s’acquitter d’une taxe de 20 patars par bonnier labouré.

L’année 1665 voit apparaître de nouvelles restrictions dans les droits d’usage des bénéficiaires de la Commune Saint-Remacle. Dorénavant, chaque chef de ménage ne pourra plus labourer et ensemencer qu’au maximum deux bonniers de terre, y compris son jardin. Les contrevenants seront frappés de très fortes amendes et une nouvelle taxe est encore imposée pour couvrir les frais engendrés par ce nouveau règlement.

Alors que les travaux d’aménagement de la route devant conduire à Spa approchent des limites de la Commune, une retentissante affaire mettra de nouveau de l’huile sur le feu entre le Prince-évêque et le Prince-abbé.

En octobre 1736, les contrôleurs de l’impôt de Theux et de Hautregard saisissent le troupeau de moutons d’un habitant de Deigné nommé Gilman qui aurait fait traverser les terres liégeoises à son cheptel sans satisfaire à la taxe de 1/60. Le Prince-abbé proteste officiellement auprès du prélat liégeois car la saisie a eu lieu sur le territoire de la Commune Saint-Remacle qu’ils gèrent pourtant conjointement. A Liège, le prince se montre sourd à ces arguments et condamne sévèrement Gilman. Ce dernier portera l’affaire devant la Cour de Vienne qui, après cinq ans de procès, annulera confiscation et amende ne laissant à Gilman qu’à supporter les frais de cette longue procédure.

Ce conflit stoppe évidemment les travaux de la route. Pour tenter de sortir de l’impasse, une rencontre est organisée en février 1737 entre les délégués des deux princes. L’ambassade du Prince-abbé proposera alors le partage de la commune Saint-Remacle et le placement de bornes. L’année suivante, tous se retrouvent sur le terrain pour en dresser le plan.

Il semble alors que, parce que les pourparlers ont repris, les travaux de construction de la route peuvent se poursuivre et, le 20 octobre 1738, la borne marquant la limite entre les deux territoires est dressée comme le prévoyait l’accord signé en 1733.

Les autres conditions contenues dans cet accord ne semblent pas avoir été aussi bien respectées… En 1765, c’est le Prince-évêque qui proteste auprès du Prince-abbé en raison du mauvais état de la route dû à l’absence d’entretien alors qu’il s’agissait là d’une des obligations incombant à Stavelot. En réponse, le Prince-abbé réaffirme ses prétentions sur le territoire de la Commune provoquant une réponse cinglante du prélat liégeois qui le renvoie au Grand Record de Theux de 1431 jamais remis en question par Stavelot !

Je ne puis considérer que ce sursaut du Prince-évêque soit tout à fait étranger à la décision qu’il a prise peu de temps auparavant, en 1757, d’autoriser l’ouverture d’une salle de jeux à Spa dont 30 % des bénéfices doivent lui revenir de plein droit…

Enfin une solution

Manifestement lassé de tant de tergiversations, le Prince-évêque veut absolument aboutir et, en 1768, de nouvelles rencontres sont organisées entre les représentants des deux princes ecclésiastiques. La teneur du compromis qui sera enfin signé montre très clairement la ferme volonté liégeoise d’aboutir à une solution quoi qu’il lui en coûte…

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Dans le prolongement du règlement de cette affaire précise, l’occasion de signer ce compromis permettra en outre de mettre un terme à d’autres différends opposant Liège et Stavelot-Malmedy.

Liège accepte le partage de la commune Saint-Remacle et le placement de bornes qui, sur la face sud, porteront la date de 1768, sur la face est, un perron et les lettres LG et, sur la face ouest, STAVELOT (écrit sur deux lignes).

Cette borne est installée à Anthisnes, devant l’Avouerie, ce n’est bien sûr pas son emplacement d’origine mais là du moins sa sauvegarde semble assurée… Elle est identique à celle de la Commune Saint-Remacle et résulte de la même convention entre les deux Principautés.

Liège rachète à Stavelot les terres de Chooz (près de Givet) mais laisse à Stavelot le droit d’y désigner le curé.

Liège rachète à Stavelot les terres de Sclessin et d’Ougrée mais lui laisse le bénéfice des cens et rentes.

Liège renonce à ses droits sur Ocquier et Bonsin.

Liège cède Anthisnes et Vien à Stavelot (où les même bornes seront dressées).

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Les bornes sont enfin placées les 3, 4 et 5 août et le 14 octobre 1768.

Cette dernière opération, si on en croit la légende, ne se fit pas non plus sans qu’apparaisse un conflit mettant aux prises le forestier et une vieille femme à la réputation sulfureuse surprise peu de temps auparavant alors qu’elle relevait ses collets. Lorsque le convoi lourdement chargé des bornes à installer entra dans un chemin forestier, les bœufs qui le tiraient refusèrent subitement d’encore bouger. Cette femme amenée sur les lieux fut menacée d’un emprisonnement immédiat si elle ne levait pas dans l’instant le sort qu’elle avait jeté. Elle se contenta de ramasser sur le chemin le stantche-boû (l’arrête-bœuf) qu’elle y avait posé… Cette plante est une variété de la bugrane rampante.

 

Jusqu’à la fin de l’ancien régime, ces bornes ne changèrent rien au quotidien des manants car le compromis signé ne faisait nullement mention d’une quelconque remise en cause du rôle de la Cour de la Boverie qui réunit toujours les Cours de justice de Louveigné et de Theux.

Ces bornes furent classées par arrêté-royal en 1935, réparées et redressées par le Touring-Club de Belgique en 1948.

L’action coordonnée, par Sentiers.be et la C.L.D.R. d’Aywaille, des communes d’Aywaille, de Sprimont et de Theux qui permet désormais d’aller à la rencontre de ces bornes, un petit patrimoine discret tellement chargé d’histoire, est sans doute d’une importance capitale pour en assurer la préservation en les faisant mieux connaître.

BIBLIOGRAPHIE :

BROUWERS D., Contestations territoriales entre les Principautés de Liège et de Stavelot au sujet de la Commune Saint-remacle, dépendance de theux, Verviers, 1901

COMPERE E. et OFFERMANNE H., Deigné, 1989

DE NOUE P., Le Grand Record de Theux 1431, in B.A.L., 1886

FLORKIN M., Un Prince, deux Préfets, Liège, Vaillant-Carmanne, 1957

VLECKEN A., La reid, centre de Tourisme. Son histoire, ses sites, ses promenades. Verviers, 1947

YERNAUX J., Histoire du Comté de Logne, Liège, 1937

REMERCIEMENTS

À Michel Bartholomé pour les photos

À René Gabriel pour la copie de la Convention entre les deux Principautés

A LA DECOUVERTE DES BORNES DE STAVELOT – La balade du 16/10/16

Semaine des Sentiers: des promeneurs découvrent l’histoire des « Bornes de Stavelot »

Françoise Dubois  – RTBF

le lundi 17 octobre 2016 à 14h46

La semaine des Sentiers s’est achevée ce dimanche par de nombreuses balades sur des chemins remis en valeur par des bénévoles et les autorités communales. Parmi ces chemins, celui des Bornes de Stavelot, sur les hauteurs de Deigné, entre Aywaille et Theux. L’histoire de ces bornes remonte à 1768. Elles délimitent toujours la frontière entre les arrondissements de Liège et de Verviers.

« Chercher la borne », c’était un peu le thème de cette balade. A l’époque, ces bornes délimitaient une route née d’un accord qui a pris du temps. René Henry, historien: « Ça sanctionne un accord qui aura mis 35 ans de gestation quand le Prince-Evêque de Liège a voulu réunir Franchimont et la Principauté de Liège. Il devait traverser les terres de Stavelot-Malmedy. Et le Prince-abbé a voulu tirer son épingle du jeu et avoir certains avantages ».

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Une cinquantaine de promeneurs ont découvert l’histoire et la petite histoire aussi, celle pour laquelle cette route était nécessaire: le passage des armées et le commerce des armes: « La petite Principauté de Liège veut rester neutre, parce que la spécialité de la Principauté de Liège, c’est la fabrication d’armes. En étant neutre, on en vend partout. Le fabricant d’armes le plus célèbre, c’est Curtius. A Liège, on disait « riche comme Curtius ».

Des bornes, elles sont neuf en principe sur ce sentier, qu’il a fallu défricher. Michel Bartholomé, du groupe Sentier: « Suite à un achat par un privé, son accessibilité était devenue interdite. Ce sont des bornes qu’on ne voyait plus. Il y en a une qui est manquante. Il faut qu’on la cherche. C’est encore un travail qui est à faire ».

Avis donc aux chercheurs, non pas d’or, mais … de bornes!

A LA DECOUVERTE DES BORNES DITES DE STAVELOT

QUAND UN PETIT PATRIMOINE DISCRET TEMOIGNE D’INCROYABLES REALITES … LES BORNES DITES DE STAVELOT borne-stavelot

 

 

 

 

 

Photographie de Michel Riga,

extraite de « Aywaille 500 »

 

 

Les problèmes liés à la mobilité – contrairement à ce que d’aucuns pourraient croire – ne sont pas nés avec l’avènement du tout à l’automobile… Non, au XVIIIe siècle déjà, c’est le projet de construction d’une route reliant Liège à Spa qui connut des vicissitudes responsables de 35 années de tergiversations causant d’incessants reports du début des travaux. C’est le Prince-Evêque de Liège qui souhaite la réalisation de cette voie car il veut relier la capitale de sa Principauté au Marquisat de Franchimont, l’une des nombreuses dépendances liégeoises. Le morcellement territorial de nos régions rend impossible la concrétisation de ce souhait sans que soient traversées les terres de la Principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy. Les exigences et prérogatives respectives, légitimes ou non, de ces deux chefs d’Etat, le prince-Evêque et le Prince-Abbé, furent sources de nombreux conflits.

Un accord fut enfin dégagé et se concrétisa, le 23 avril 1768, par l’érection de neuf bornes marquant le nouveau partage d’un territoire particulier : la Commune Dieu et Saint-Remacle. Ces bornes, voisines de celles de la Porallée récemment redressées et que nous avons visitées il y a peu, virent leur fonction initiale traverser les siècles puisqu’elles assurèrent, après la chute de l’ancien régime, les limites administratives entre les communes de Theux et La Reid et celles de Louveigné et de Sougné-Remouchamps. Aujourd’hui encore, elles délimitent les arrondissements de Liège et de Verviers. affiche-sds-2016-avec-aywailleAller à la rencontrer de ce patrimoine, c’est se donner l’occasion de franchir les siècles, d’aborder les rivalités territoriales de l’ancien régime mais également les réalités économiques qui les justifiaient déjà alors. Evidemment, comme toujours en nos contrées, ces lieux sont également le décor de nombreuses et savoureuses anecdotes qui viendront pimenter et agrémenter l’évocation historique que cette petite balade permettra.

C’est avec grand plaisir que je vous retrouverai à cette occasion et que je commenterai cette petite promenade qui nous permettra d’aller à la rencontre de ces éléments de petit patrimoine riches d’une longue et passionnante histoire.

Besoin de davantage d’informations ? Administration communale d’Aywaille : 04/384 05 19 ou 0495/45 31 59

LES ATTELAGES DE NOS CAMPAGNES

La Petite Gazette du 27 décembre 2007

POUR LES SPECIALISTES DU WALLON OU CEUX DE L’ATTELAGE

Madame Stéphanie Demazy, de Waillet, est enchantée de découvrir, semaine après semaine, l’étendue de vos connaissances ; elle a donc décidé de faire appel à votre sagacité.

« Je me suis mise à écrire un texte qui fait appel à des termes du patois, dont j’indique la traduction française entre parenthèses. Je bute actuellement contre le mot « gaillo » que personne n’arrive à traduire en français dans mon entourage. Il s’agit d’une petite charrette basse et triangulaire, à trois roues, celle de devant étant plus petite, à courtes ridelles, à laquelle s’attelait un cheval. Les hommes, je crois, s’en servait pour transporter leurs outils aux champs et en ramener, par exemple, les sacs de pommes de terre. J’espère m’être bien expliquée, j’espère être comprise de l’un ou l’autre lecteur à qui, d’avance, je dis merci. »

A vous de jouer et d’étonner encore cette lectrice.

 

La Petite Gazette du 9 janvier 2008

POUR LES SPECIALISTES DU WALLON OU CEUX DE L’ATTELAGE

Madame Stéphanie Demazy, de Waillet, avait  décidé de faire appel à votre sagacité pour obtenir la traduction française d’un terme wallon « gaillo » que personne n’arrive à traduire en français dans son entourage.

Monsieur René Gabriel, de Roanne Coo,  s’est penché dans ses vieux dictionnaires et nous livre le fruit de ses recherches : « Je ne trouve aucune mention de ce mot dans le dictionnaire de Jean Haust, par contre le dictionnaire de L  Remacle édité en 1823 reprend :

Galio : s.m. Efourceau, machine composée d’un essieu, deux roues et un timon pour transporter des fardeaux très pesants.

Le dictionnaire de la langue française par E. Littré, tome II, année 1876 donne la définition suivante :

Efourceau : s.m. Nom d’une voiture à deux roues qui sert à conduire de pesants fardeaux, tels que les troncs d’arbres, de grosses poutres, etc.

Etym. : ce mot paraît formé du latin « furca » fourche : chariot à fourche. »

Un immense merci pour cette recherche précise. D’autres développements très prochainement.

La Petite Gazette du 16 janvier 2008

POUR LES SPECIALISTES DU WALLON OU CEUX DE L’ATTELAG

Madame Stéphanie Demazy, de Waillet, avait  décidé de faire appel à votre sagacité pour obtenir la traduction française d’un terme wallon « gaillo » que personne n’arrive à traduire en français dans son entourage. La semaine dernière, je vous livrais l’analyse faite par M. Gabriel, de Roanne-Coo ; d’autres me sont parvenues et elles sont également intéressantes :

Mme Marcel David-Lacasse, de Manhay, s’est plongée dans les dictionnaires et voici ce qu’elle a trouvé :

« Dans le dictionnaire de Hesbaye d’Eugène Dethier, édition 1994, je lis :

Galiot : sorte de banneau (petit chariot aux roues antérieures amovibles pouvant être remplacées, en hiver, par un traîneau)

Gaillotte : grosse brouette utilisée en Champagne. »

Mme Godinas-Borsu,de Lorcé, m’écrit pour signaler que, selon elle, « ce mot wallon est mal orthographié, il s’agit plutôt d’un ‘galiot’. Le dictionnaire de Jean Haust en donne la définition suivante : ‘terme rural, petit chariot bas sur roues, pour les travaux des champs’ Il s’agit donc, tout simplement, d’un chariot. D’après ce dictionnaire, ‘galiot’ signifie aussi haquet de brasseur et, en terme de houillère, un petit wagonnet employé dans les voies intermédiaires. Dans notre région, poursuit ma correspondante, je n’ai jamais entendu ce terme de ‘galiot’. Chez nous, on dirait tout simplement ‘on tchårê’. Le dictionnaire de Jean Haust est très explicite, je doute fort que Mme Demazy trouve d’autres formules. »

Monsieur Jean Grosdent, de Hotton, puise aux mêmes sources : « petit chariot pour les travaux des champs ou haquet (camion) de brasseur ». Il ajoute que « ce mot est dérivé de l’ancien français ‘galie’ qui était une galère. »

Merci à ces dames et à ce monsieur pour les recherches menées.

 La Petite Gazette du 23 janvier 2008

GALLIO… GALIOT… GARIOT

Comme beaucoup d’autres, M. Louis Daems, d’Ougrée, s’est passionné par cette question linguistique.« Cette lectrice désire connaître la signification du mot « gaillo ». En wallon liégeois (Jean Haust), il s’agit du mot « galiot » et « gariot » dans la région de Durbuy. Il s’agit d’un terme rural qui désigne un petit chariot bas, souvent à trois roues, pour les travaux des champs (J. Haust). La Petite Gazette du 1er avril 2005 a publié une illustration de ce type de véhicule, communiquée par M. Dethier, de Méan. » (N.D.L.R. La voici) bel-attelage

M. J. Polet, de Sprimont,  a cherché lui aussi et, outre ce qu’en dit Jean Haust il nous apprend que « Dans les années 1935, lors de la première invasion de notre région par des cultivateurs du plat pays, j’ai vu un «galiot » au travail. A la description faire par Mme Demazy, j’ajouterai que la petite roue située à l’avant pivotait sous le chariot, actionnée par un court timon auquel le cheval était attaché par un palonnier simple (« on cope »dans notre wallon de Sprimont, pour découvrir d’autres noms de ce palonnier simple, voir J. Haust p. 163 : coplê, copê, coplî, couplî). Le chariot que j’ai vu ne possédait pas de « mécanike », système de freins à patins de bois dur, ou une manivelle à vis sans fin, rabattait simultanément sur les roues arrières.Dans un pays accidenté comme le nôtre, cet engin n’était pas commode à utiliser. Avant d’entamer une descente, le charron devait stopper son cheval et bloquer ses roues arrières au moyen d’une perche passée entre les rayons ; le cheval tirant dans la descente.L’éfourceau dont parle M. R. Gabriel dans l’édition du 9 janvier dernier est un « trikebale » (voir J. Haust, page 676).Pour M. Georges, de Bomal, « le gallio » est une petite charrette à trois roues, avec ridelles sur les côtés, une petite roue devant (semblable à une roue de brouette) et un crochet d’attelage pour transporter des charges légères (les semences, les pommes…)

Pour M. Jacob, d’Ambly, il s’agit tout simplement d’un tombereau.

Monsieur Guy Miny, d’Aywaille, renvoie à l’excellent dictionnaire de M. Simon Stasse, d’Aywaille lui aussi. Voici ce qu’on peut y lire:

GALIOT : 1. Haquet, charrette étroite pour le transport des tonneaux ; syn. Tchèrète di brèsseû  (ou al bîre). 2. Efourceau, fardier, petit chariot bas sur roues pour le transport de lourdes charges. 3. wagonnet employé dans les voies intermédiaires.

M. Jean Dolne, de Sendrone, s’est également fendu d’une intéressante recherche :

« J’ai vu les premiers éléments de réponse parus ce 9 janvier.

Le « Dictionnaire pratique du wallon liégeois » de Jules Lempereur et Jacques Morayns, reprend le galiot avec comme seule précision « haquet, camion ». Mais ce n’est ni un haquet (véhicule à deux roues pour transporter des charges lourdes, des tonneaux), ni un camion (véhicule bas à deux ou quatre roues).

En faisant la même confusion, le dictionnaire Remacle a envoyé M. Gabriel sur une fausse piste. La définition de l’éfourceau montre bien que ce n’est pas ce que nous cherchons. Le « gaillo » décrit par Mme Demazy a trois roues, l’éfourceau en a deux. Il y en a plusieurs définitions de l’éfourceau sur Google, je vous donne celle de l’Académie.

ÉFOURCEAU : n. m. XVIIIe siècle. Issu de la forme masculine de l’ancien français forcelle, « clavicule », qui remonte au latin furcilla, « petite fourche ».

Chariot composé de deux roues, d’un essieu et d’un timon, utilisé pour le transport des grumes, des poutres, etc.

Une recherche plus poussée sur l’éfourceau m’a permis de trouver une illustration dans un ouvrage qui apparaît sur Internet, Elfinspell: Late 19th Century Modes of Transportation In France Taken from The Dictionary of P. Larousse

trinqueballeC’est donc bien une espèce de triqueballe, dont les roues sont reliées par un essieu droit, celles du triqueballe sont fixées sur une sorte d’arceau qui augmente la distance sol-support,

 

 

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J’ai trouvé – en cherchant dans la traction chevaline – le « beignot » utilisé en France, dans le Nord: ce serait bien un engin semblable à ce que nous cherchons … mais cela ne résout pas la question, car je n’en trouve que deux occurrences en cherchant avec Google. (Le diable et le beignot sont visibles sur http://metiers.free.fr/ac/c003_d.html). Qui trouvera ? … si c’est trouvable? »

Un tout grand merci pour cette belle recherche.

La Petite Gazette du 6 février 2008

GALLIO… GALIOT… GARIOT

Monsieur Roger Dorval, d’Emptinne, a rassemblé ses souvenirs :« Natif d’un petit village agricole à l’époque…, j’ai souvent entendu ce terme de « gaillo » qui désignait un petit chariot à deux ou quatre roues (le plus souvent), utilisé pour le transport de quantité ou volume peu important : des strains (paille), des canadas (pommes de terre), des pils (pulpe de betterave et ses feuilles)… attelé d’une seule bête. Le transport de matériaux plus lourds se faisait aussi à l’aide d’on bègnon (tombereau) qui, lui, avait deux roues et pouvait souvent basculer pour aider au déchargement del terroul (charbon), des sauvion (sable), encine (fumier)…Au contraire, le grand chariot était on tchôr pour le transport des grandes masses : moissons, pétrâles (betteraves)… beaucoup plus lourdes et attelé, souvent, de plusieurs bêtes. Il était fabriqué par on tcherron (charron) et entretenu par le tchorli qui était aussi le menuisier du village (châssis, cercueil, escaliers…) »Un immense merci pour cette précieuse collaboration. Merci également pour les recherches faites par Mme Jacqueline Wilmet-Mottet, de Marchin, et M Léon Franchimont, d’Esneux.Monsieur Jean De Tender revient sur ce sujet qui, décidément, aura passionné tous les amateurs de vocabulaire, tant wallon que français. Mon correspondant vous propose de découvrir ce petit passage de l’œuvre de Victor Hugo qu’il extrait de   Les misérables, livre IV chapitre premier : « Rien n’est plus ordinaire qu’un tombereau ou une charrette à la porte d’une auberge. Cependant le véhicule ou, pour mieux dire, le fragment de véhicule qui encombrait la rue devant la gargote du Sergent de Waterloo, un soir du printemps de 1818, eût certainement attiré par sa masse l’attention d’un peintre qui eût passé là.C’était l’avant-train d’un de ces fardiers, usités dans les pays de forêts, et qui servent à charrier des madriers et des troncs d’arbres. Cet avant-train se composait d’un massif essieu de fer à pivot où s’emboîtait un lourd timon, et que supportaient deux roues démesurées. Tout cet ensemble était trapu, écrasant et difforme. On eût dit l’affût d’un canon géant. Les ornières avaient donné aux roues, aux jantes, aux moyeux, à l’essieu et au timon, une couche de vase, hideux badigeonnage jaunâtre assez semblable à celui dont on orne volontiers les cathédrales. Le bois disparaissait sous la boue et le fer sous la rouille. Sous l’essieu pendait en draperie une grosse chaîne digne de Goliath forçat. Cette chaîne faisait songer, non aux poutres qu’elle avait fonction de transporter, mais aux mastodontes et aux mammons qu’elle eût pu atteler ; elle avait un air de bagne, mais de bagne cyclopéen et surhumain, et elle semblait détachée de quelque monstre. Homère y eût lié Polyphème et Shakespeare Caliban
(…)
Le centre de la chaîne pendait sous l’essieu assez près de terre, et sur la courbure, comme sur la corde d’une balançoire, étaient assises et groupées, ce soir-là, dans un entrelacement exquis, deux petites filles, l’une d’environ deux ans et demi, l’autre de dix-huit mois, la plus petite dans les bras de la plus grande. Un mouchoir savamment noué les empêchait de tomber. Une mère avait vu cette effroyable chaîne, et avait dit : « Tiens ! voilà un joujou pour mes enfants.»
Et Monsieur de Tender de commenter cet extrait :« A mon avis, ce qu’a vu Victor devant l’auberge de Thénardier est bien un éfourceau. Pour que deux fillettes, même si l’aînée n’a que deux ans et demi, puissent se balancer en dessous de l’essieu, il faut bien que celui-ci soit cintré vers le haut, même si les roues sont démesurées aux yeux du grand homme. Celui-ci semblait donc connaître la bonne mesure qu’auraient du avoir ces roues, mais  ignorant le nom à donner à cette apparition, il a recours à la bible et à la mythologie pour enrichir sa description. Que n’avait-il la « Petite Gazette » à sa disposition ! Osons croire que, dans un âge plus avancé il aura pris connaissance du dictionnaire de l’académie. »

Mme Stéphanie Demazy, de Waillet, qui est à l’origine de cet engouement pour cette petite charrette tient à remercier tout qui lui a apporté des informations et elle profite de l’occasion pour me livrer celles-ci :« Ma nièce, Jeanine Saint-Viteux, a découvert, dans une vieille encyclopédie, le terme « gaillote » qui en Champagne, serait « une brouette pour charger le raisin. » Mon fils, Patrice, sur un site wallon, a découvert pas mal de synonymes à ce gaillot :galiot, galiyot, garlot, gariot, siglisse, tchèrèt di brèsseu qui serait on piti tchèrèt avou dè ptitè rowes. Mon frère, Jean-Marie¸ décidément la famille s’investit, se réjouit ma correspondante, m’adresse la reproduction d’une photographie, que je vous propose de découvrir ci-dessous, que sa femme a découverte dans ses archives et sur laquelle figure cette petite charrette (à laquelle, faute de mémoire, je ne voyais que trois roues). L’âge du garçonnet nous indique que cette photo daterait des années 1942 ou 1943. »

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La semaine prochaine nous partirons à la découverte d’autres souvenirs et d’une autre photographie de cette petite charrette.

La Petite Gazette du 13 février 2008

ENCORE LE GALLIO …

Extraordinaire l’engouement suscité par ce mot…

Monsieur M. Godfrind, de Xhoris, nous donne à connaître cette photographie que lui a prêtée M. Jules Bastin, de Sougné-Remouchamps.

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« Cette photo correspond bien à la description que donnait M. Georges, de Bomal : « le gallio est une petite charrette à trois roues, avec ridelles sur les côtés, une petite roue devant (semblable à une roue de brouette) et un crochet d’attelage pour transporter des charges légères (les semences, les pommes…). Cette petite charrette est aussi appelée « clitchet » »

Merci pour ces précisions et merci également à Mme Marie-Thérèse Damoiseau pour sa communication.

La Petite Gazette du 20 février 2008

ENCORE A PROPOS DU GALIOT

Quand vous vous passionnez pour une recherche, c’est vraiment tout bénéfice pour tous les lecteurs…

Voici la très intéressante contribution de Mme Madeleine Jamotton-Collin, de Somme-Leuze que je remercie très chaleureusement pour la clarté de ses explications.

« Cette semaine (N.D.L.R. Voir l’édition du 23 janvier dernier) la photo parue est celle d’un gros tombereau ou bègnon. Il avait de grandes roues à l’arrière et une petite roue devant sous un petit timon triangulaire sur lequel on pouvait s’asseoir et auquel on attelait les  chevaux. Dans les petites fermes où il n’y avait qu’un cheval, la roue avant était remplacée par des brancards (crustale en wallon), dans lesquels on faisait reculer le cheval pour l’atteler.

Ces gros tombereaux servaient à conduire le fumier dans les champs, ramener les betteraves ou les pommes de terre. Ils étaient pourvus de freins à patins que l’on actionnait avec une mécanike placée à portée de main à l’avant du véhicule.

On pouvait également relever le devant de la caisse et la faire basculer, ce qui permettait de la vider plus facilement soit progressivement pour tirer le fumier, la caisse étant alors attachée à l’avant avec une chaîne et allongée au fur et à mesure ; soit d’un coup pour verser les betteraves ou les pommes de terre. On disait alors : taper li bègnon à cou.

Voici la photographie d’un galiot, beaucoup plus bas et plus léger et qui servait à conduire des charges plus légères : sacs de semences, piquets de clôture etc. Ils étaient beaucoup plus maniables qu’un les gros tombereaux et avaient aussi une petite roue pivotante à l’avant.

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Cette photo a été prise en 1938 et, dans le galiot, il y a ma grand-mère, mon père, ma mère, ma petite sœur, un cousin et moi. A l’avant, on distingue bien la manivelle qui servait à freiner, la mécanike. »

Après avoir fait des recherches dans les dictionnaires, ma correspondante se demande s’il n’y a pas un lien sémantique entre « galiot » et « galiote » petite galère à voiles rondes dont se servaient les Hollandais pour pêcher. Appelée aussi « caboteur », petit navire côtier employé pour de petites distances entre deux ports d’une même mer par exemple. Mme Jamotton a relevé la similitude d’emploi : « un petit véhicule pour transporter de petites charges, à faible distance » Qu’en pensez-vous ?

Monsieur Damoiseau, de Jambes, m’adresse un courrier plein d’humour, jugez plutôt : « en Namurois qui se respectent, nous arrivons sûrement les derniers… Qu’à cela ne tienne ! Les lumçons, les caracoles ni vont nin vite ! Do momin qu’i z’arrivaient ! »

Il revient ensuite sur le lien déjà fait entre galiot et éfourceau en précisant que ce petit chariot à trois roues utilisé pour les travaux des champs tire son nom du latin furcilla, petite fourche.

Force est de s’interroger sur l’éventualité d’interprétations différentes données à ce chariot d’une région à l’autre…

 

 

l’ Asbl Le Vieil Esneux vous invite ce 30 septembre 2016

En collaboration avec le CCPL, nous avons invité René Henry à venir nous présenter son dernier ouvrage, consacré aux chapelles de nos régions:

                  Vertiges du Passé – Nos chapelles

René Henry est le chroniqueur de “La Petite Gazette” dont nous sommes très nombreux à apprécier les articles chaque semaine dans Les Annonces (et depuis peu sur le net: https://lapetitegazette.net/)

Nul doute qu’avec sa verve habituelle, René Henry vous passionnera, notamment en abordant l’histoire de chapelles qui nous sont proches.

Se lancer à la découverte de nos chapelles, qu’elles soient minuscules ou majestueuses, abandonnées ou toujours régulièrement fleuries, en ruine ou récemment restaurées,

        c’est partir à la découverte d’un patrimoine chargé d’histoire, de traditions tantôt religieuses tantôt populaires et témoignant toujours des peurs, des drames, des joies et des espoirs des populations locales.

Nous espérons vous rencontrer à cette occasion à l’Escale, avenue de la station, 80, à Esneux, le vendredi 30 septembre à 20 heures.

Pour l’Asbl Le Vieil Esneux,

Michel Eubelen, Julien Brusten, Philippe Hamoir.

Info: 04 380 10 81

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