LES GUES SUR L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS

La Petite Gazette du 7 janvier 2015

POUR TRAVERSER L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS : LES GUÉS

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est, vous le savez, un infatigable chercheur. Il aime à étudier les archives et à en extraire tout ce qui permet de mieux comprendre notre passé régional. Des archives des Ponts et Chaussées, il a extrait cet intéressant document faisant l’inventaire des gués sur l’Ourthe de Barvaux à Angleur. Il se demande cependant ce qui motiva la rédaction de ce document faisant manifestement réponse à une étude relative à un autre projet (Vous remarquerez que cet employé, au vu de la façon qu’il les écrit, ne connaissait sans doute pas très bien les lieux dont il parlait). Pourrez-vous éclairer M. Gabriel à propos de ce document ? En outre, ces anciens gués évoquent-ils pour vous des souvenirs particuliers ? Possédez-vous des informations les concernant ? Il serait vraiment intéressant de pouvoir se pencher sur les moyens de communication de jadis dans nos contrées…

« Renseignements  demandés  sur  la  position  et  l’importance  des  gués  se  trouvant  dans  les 2, 3 et  4 e lots.

1-. Gué du  Grand  Barvaux. Laisse  la  maison  de  M. Colin  à  droite, traverse  la  queue  de l’île, forme  une  ligne  oblique  au  courant  de  l’Ourthe, traverse  le  courant  du  moulin  en  aval, sert  à  la  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz passant  par  les  villages  de  Tohogne et  Wéris. Communication  qu’on  propose  de  conserver  au  moyen  de  pont  fixe  sur  les  ouvrages nr 30. Ce  serait  sur  l’écluse et  le  barrage  nr 30  qu’on  proposerait  un  pont  pour  voiture  destiné  à  conserver  cette  communication  importante.

2-. Gué 700 a (aune : ancienne  mesure  de  longueur  représentant  autrefois  1 m20, supprimée  en  1840.) aval  du  précédent  contre  une  batte  appartenant  à  M. Colin  au  lieu-dit Habinet, forme  une  ligne  brisée  et  oblique  au  courant. Communication  à  l’usage  des  habitants  de  Barvaux  pour  l’exploitation  des  prairies et  de  la  culture.

3-. Gué 400 aunes en aval  barrage  nr 29, forme  une  ligne  oblique  au  courant.  Communication  de  Barvaux  à  Bomal. Le  chemin  se  trouvera  coupé  par  la  dérivation  de  l’écluse nr 29. Cette  communication  étant  indispensable  surtout  pour  l’entrée  dans  Barvaux  des  produits  de  la  culture  situés  sur  la  rive  droite  de  l’Ourthe  entre  Bomal  et  l’écluse  nr 29. On  propose  la  maintenir  au  moyen  d’un  pont  sur  les  ouvrages  nr 29.

4-. Gué  situé  à  Bomal  100 aunes  en  aval  du  barrage  nr 28. Oblique  au  courant, sert  de  communication  du  Condroz  avec  Spa et  Malmedy  par  Tohogne  et  Wéris, les  chemins  y  arrivent  presque  en  ligne  directe. Communication  à  conserver  aussi  au  moyen  des ponts  sur  les  ouvrages nr 28.

5-. Gué  en  dessous  de  la  ferme  de  Petite  Bomal, amont  de  l’écluse  nr 27 servant  à  l’exploitation  des  terrains  de  cette  ferme  qui  se  trouvent  sur  la  rive  gauche. Ce  gué  est  sur  une  ligne  oblique  au  courant.

6-. Gué  en  dessous  du  ruisseau  de  Logne, 500 aunes  amont  de  l’écluse  nr 25, est  oblique  au  courant, le  chemin  pour  y  arriver  venant  de  Verlenne (sic)  fait  beaucoup  de  détours. Ce  qui  sert  de  communication de  ce  dernier  endroit  avec  Vieux Ville.

7-. Gué  400 aunes  aval  de  Sy et  400 aunes  en  amont  du  barrage  nr 24, forme  une  ligne  brisée  au  courant. Communication  de  Verlenne  à  Filot. Ce  chemin  est  vicinal  et  forme  des  détours  pour  arriver  au  gué.

8-. Gué  en  amont  et  près  l’écluse  nr 23, il  est  d’équerre  au  courant. Ce  chemin  servant  de  communication  de  Hamoir  Lassue  avec  Verlenne, Durbuy, Tohogne et  le  Condroz  fait  plusieurs  détours  à  cause  des  montagnes. Un  pont  pour  voitures  sur  les  ouvrages  nr 24  serait  peut-être  suffisant  pour  remplacer  le  gué  et  les  précédents.

9-. Gué  à  Hamoir  Lassue  en  face  du  château de  M. Doneat servant  à  l’exploitation de  la  ferme  de  ce  château, le  gué  est  oblique  au  courant.

10-. Gué  à  Hamoir en  aval  du  pont  et  1200 aunes  aval  de  l’écluse  nr 22  est  oblique  à  la  rivière. Le  chemin  passant par  ce  gué  sert  de  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz  passant  par  les  communes  de  Filot  et  Ouffet. L’ancien  pont  indique  suffisamment l’importance  de  cette  communication  qu’on  pourrait  rétablir  commodément  sur  les  ouvrages  nr 22 ou  mieux nr 21. Les  ponts  nouveaux , serviraient  aussi, malgré  l’allongement  du  chemin, à  l’exploitation  des  fermes  de  Tabreux et  de  Renne.

11-. Gué  vis  à  vis  de  la  ferme  de  Tabreux, 800 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 21, est  oblique  à  la  rivière,  sert  à  l’exploitation  des  prairies  de  la  ferme  de  Tabreux, se  dirige  vers  Ouffet  dont  on  amène  les  produits  sur  la  rive  gauche.

12-. Gué à  300  aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 20, 10  aunes  en  amont  de  l’île  près  Fairon, est  oblique  au  courant, sert  de  communication  de  Fairon  à  Hamoir et  Xinies (sic). Serait  remplacé  part  les  ponts  à  établir  sur  les  ouvrages  nr 21.

13-. Gué  à  Comblain la  Tour  près  du  passage  d’eau, est  oblique  à  la  rivière. Le  passage  est  facile  en  été, sert  de  communication  vicinale  de  Ouffet  à  Xhoris.

14-. Gué  à  Comblain  au  Pont. Communication  d’Antine (sic)  à  Oneux et  Beaufays. Ce  gué  est  oblique  à  la  rivière. Sur  les  ouvrages  nr 17  pourrait  être  rétablie  l’ancienne  communication  du  Condroz  avec  Spa  et  par  conséquent  celle  de  Comblain   avec  Oneux  et  villages  voisins, réclamé  par  les  habitants  des  deux  rives.

15-. Gué  de  Douflamme  passant  sur  les  deux  îles  de  l’embouchure  de  l’Aiwaille (sic) (l’Amblève)  et  de  là  va  traverser  l’Ourthe  en  amont  du  pont. Sert  de  communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  par  Comblain  au  Pont.

16-. Gué  à  la  Gombe, 900 aunes  en  aval  de l’écluse  nr 13, il  est  oblique  à  la  rivière. Communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  passant  par  le  village  du  Sart. Il  est  avantageusement  remplacé  par  les  ponts  à  exécuter  sur  l’écluse  nr 13  qui  servira  de  communication  d’Esneux  avec  Poulseur  et  le  Condroz.

17-. Gué  à  Esneux  en  face  du  village  en  amont  de  l’île, forme  une  ligne  oblique  à  la  rivière. Chemin  de  Beaufays  avec  le  Condroz, est  peu  commode  et  ne  sert  que  pour  les  riverains.

18-. Gué, 1200 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 10  à  côté  de  la  maison  de  M. Damery. Ce  gué  est  fort  difficile  et  forme  une  ligne  brisée. Communication  de  Hon (?)  à  Plainevaux. C’est  par  les  ouvrages  nr 11  et  préférablement  par  les  ouvrages  nr 10  qu’on  croit  qu’il  conviendrait  d’établir  les  communications  réclamées  par  les  habitants  d’Esneux  et  villages  voisins.

19-. Gué  en  amont  de  Fechereux, 200 aunes  en  amont  du  nr 9, forme  une  ligne  brisée  et  est  très  difficile. Communication  d’Esneux à  Fechereux, impossible  actuellement.

20-. Gué à  100 aunes  du  nr 8, est  oblique  à  la  rivière et  difficile, sert  à  la  communication  de  Hony  à  Esneux.

21-. Gué  à  500 aunes  du  nr 6, forme  une  oblique. Communication  vicinale et  Tilff  à  Angleur, ce  gué  est  peu  pratiqué.

Près  de  la  borne (68) Les  ponts  qu’on  devrait  proposer  sur  l’écluse  et  les  barrages  nr 6  à  Tilff  font  l’objet  d’une  proposition  spéciale  conformément  à  la  lettre  de  l’administration  du  15  août 1829 pour  assurer  les  communications  par  voiture  depuis  Barvaux  jusqu’à  Tilff. On  propose  la  construction  de  grands  ponts, compris  celui  sur  les  ouvrages  nr 136  à  Poulseur. Ces  ponts  pourraient  changer  de  numéro  selon  les  arrangements que  voudraient  ou  pourraient  prendre  les  communes  les  plus intéressées  et  les  plus  riches. Ces  arrangements  pourraient  consister  en  un  péage  qu’elle  percevraient  à  leur  profit. Lorsqu’elles  auraient  fait  le  tout  ou  au  moins  grande  partie  de  la  dépense  de  construction  première ou  d’une  rétribution  à  consentir  par  elles  sur  chaque  passant. Lorsque  l’administration  aurait  supporté  les  frais  d’établissement il  serait  prudent  de  stipuler  aussi  dans  les  deux  cas  à  laquelle  des  deux  parties  resterait  l’entretien des  communications.

Je  crois  que  plusieurs  communes  convenablement  avisées  entreraient  facilement  en  négociation  pour  l’exécution  d’ouvrages  qui  leur  procureraient  tant  d’avantages  pour  l’avenir.

Comblain au Pont  le  27  août 1829. »

 

La Petite Gazette du 21 janvier 2015

LES GUÉS SUR L’OURTHE

Le document présenté par Monsieur René Gabriel vous a fait réagir… C’est tant mieux et j’espère que vous n’en resterez pas là…

Monsieur Robert Gillon, de Tilff, a lu attentivement ce document et nous fait part de ses remarques :

« A propos des passages à gué, je crois reconnaitre le village de Hon que vous indiquez d’un point d’interrogation. Il s’agit probablement de Ham, village classé du site de la boucle de l’Ourthe, entre Esneux et Hony. La rivière décrit un oméga à cet endroit, sur la rive droite. En face, c’est la Roche aux Faucons, alors commune de Plainevaux. Je ne vois pas de gué à cet endroit… »

Monsieur Jean-Francois Gerardy, d’Houffalize, s’est également penché sur la question et rappelle :

«  A la fin de l’époque hollandaise, Guillaume d’Orange avait pour objectif de développer notre Ardenne qui était la région la plus pauvre de son royaume.  Pour ce faire, un projet d’envergure était envisagé : relier La Meuse et la Moselle.   Ce nouveau cours d’eau navigable devait développer l’économie dans notre verte province.

Pour ce faire, il comptait se servir du bassin de L’Ourthe.  Pour arriver à rendre l’Ourthe navigable, il était nécessaire de modifier fortement la géométrie du cours d’eau naturel.  Un nombre conséquent d’écluses étaient prévues.  Cela allait modifier les traversées du cours d’eau, donc les gués.  Des ponts allaient devoir être construits, il était donc nécessaire de les définir et le premier travail était de quantifier l’importance de chaque gué de l’Ourthe et sa transformation future, si nécessaire,  en pont.

La difficulté technique de ce projet consistait à relier les deux bassins hydrographiques, celui de La Meuse et celui de La Moselle.  La ligne de séparation de ces bassins se situe à proximité du village de Buret dans la commune d’Houffalize, à proximité de la frontière du Grand-Duché de Luxembourg.  A cet endroit, des vestiges de cet ouvrage d’art subsistent : le début d’un tracé d’un canal, le canal de Buret à Bernistap.  Il s’agit d’un canal d’une longueur d’environ 1 km en pleine campagne.  A une extrémité de ce canal, on peut encore apercevoir la voute d’un tunnel qui devait permettre aux bateaux de passer sous la ligne de séparation des bassins hydrographiques.  Dans le village de Buret, les ouvriers étaient logés au lieu dit – Les baraquements – tandis que les ingénieurs séjournaient à quelques kilomètres de là, au château de Tavigny.

La révolution belge a éclaté et le projet fut arrêté.  Après la révolution, l’essor du chemin de fer sonna le glas de ce projet qui fut abandonné. »

 

La Petite Gazette du 28 janvier 2015

ENCORE LES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur René Gabriel, de Roanne, qui m’avait donné l’occasion de vous présenter cet étonnant recensement des gués sur l’Ourthe en 1829, nous apporte une précision :

« Je  retrouve  d’autres  notes: Ponts  et  Chaussées farde  4450. Réclamation  de  la  commune  de  Comblain-au-Pont.

Liège  le  4  août 1865. Comblain  au  Pont  réclame  suite  à  la  suppression  de  trois  gués  par  suite  du  canal  de  l’Ourthe et  du  chemin  de  fer  en  voie  d’exécution  dans  cette  vallée.

Le  premier  en  aval  du  passage  d’eau  de  Liotte  sur  l’Emblève, les  2  et  3  situés  sur  l’Ourthe  respectivement  en  amont  du  pont  de  Scay (aval de  Comblain  au  pont) et  à  Lawé  en  dessus  de  ce  village. Le  gué  de  Liotte  a  été  supprimé  en  1859  par  la  construction  du  barrage  de  Douxflamme  qui  a  surélevé  le  niveau  de  l’Amblève  de  0,80 m  en  ce  point.

Il  serait  préférable  d’adjoindre  au  passage  d’eau  de  Douxflamme  un  bac  pour  voitures. La  fourniture  de ce  bac  incombe  à  la  Compagnie du  Luxembourg  chargée  de  pourvoir  au  rétablissement  des  communications  supprimées  par  ses  travaux.

Le  gué  au  pont  de  Scay  devient  inutile  suite  à  la  construction  prochaine  de  la  route  d’Aywaille  à  Douxflamme.

Pour  le  gué  de  Lawé  la  Compagnie  du  Luxembourg  est  tenue  à l’entretenir  suite  aux  termes  du  cahier  des  charges  relatif  à  la  concession  du  chemin  de  fer. »

 

La Petite Gazette du 4 février 2015

LES GUÉS DE HAM ENTRE HONY ET ESNEUX

C’est un réel plaisir pour moi de constater comme vous suivez attentivement les sujets traités dans cette page et comment vous manifestez votre intérêt au travers de vos communications.

Ainsi, Madame Nicole Dodeur complète les informations publiées jusqu’à ce jour à propos de l’existence ancienne de ces gués sur l’Ourthe :

« Il y avait deux gués menant à Ham dans la boucle de l’Ourthe. On ne les distingue plus maintenant. Ils sont en pointillés sur la carte faite lors du recensement des chemins pour la confection du livret « Grand Site de la Boucle de l’Ourthe » (2011 ?)

1) gué d’amont situé + ou – 1 km après la Roche aux faucons. Dans le prolongement, plus en amont le long du chemin de halage, il y avait le chemin du gué d’amont CV51 arrivant au bout du village de Ham.

Celui-ci se prolongeait sur la rive gauche par le chemin menant à Avister : actuellement rue du gué d’amont puis chéra de Fêchereux très encaissé.

2) gué d’aval situé en face du hameau de Fêchereux. Dans le prolongement, en aval, il y avait le chemin de halage puis le chemin du gué d’aval CV51 commençant à Lhonneux et arrivant aussi au bout du village de Ham. »

Merci pour ces précisions qui permettent de bien visualiser les lieux.

 

La Petite Gazette du 18 février 2015

TOUJOURS A PROPOS DES GUÉS SUR L’OURTHE

C’est au tour de Monsieur Jean Ninane, d’Esneux, de partager ses connaissances sur ce sujet qui, manifestement, vous passionne :

« Oui, il y eut des gués, très anciens, à proximité de Ham.

Autrefois, Il n’y avait aucun pont, ni à Esneux, ni à Hony, ni à Méry. Aucune canalisation de l’Ourthe n’existait. Aucune route n’unissait Esneux à Liège par la vallée. Seules les betchètes
permettaient un voyage direct.

Les charrettes et autres véhicules attelés devaient gagner les hauteurs pour rejoindre
un accès à Liège. C’est ainsi que ces attelages se rendaient à Ham (rive droite de l’Ourthe) pour rejoindre par des chemins encore plus ou moins accessibles le hameau de Féchereux situé sur la rive gauche.

On devrait plutôt parler des gués de Féchereux. Là nous avions un double gué. Un chemin menait de Ham au gué d’Amont et un autre au gué d’Aval. De Féchereux deux chemins encore accessibles menaient à Nomont, Famelette… C’est attesté car, à Féchereux, existe encore la « rue Gué d’Amont ».

Ces gués sont-ils encore utilisables, décelables ? On a construit en aval pour favoriser l’accès au canal de l’Ourthe, un barrage imposant à Lhonneux. La hauteur d’eau a augmenté au-dessus des gués.  M. André Nelissen(+) (déjà cité dans la découverte des tombes de Crèvecoeur) a publié un article « les gués de Fechereux » dans le bulletin du Vieux Liège n° 144 (T IV) de janvier mars 1964. »

Le sujet intéresse également Madame Céline Bayer, d’Esneux :

Il y avait également un gué à Hony, il se trouvait un peu plus bas que le pont, à la hauteur du « Chemin des Cloutiers » et de l’autre côté « du Trou Lina« .  Ces deux chemins existent toujours.

D’ailleurs, au début du siècle dernier, le pont était là, mais le fermier qui avait son champ le long de l’eau passait par le gué quand l’eau était basse, et jusqu’au dragage de l’Ourthe il y a une 50 d’année on pouvait encore y passer

Voici  ce que les anciens m’ont raconté et que j’ai connu pour le passage à pied quand l’été était très sec. »

 

La Petite Gazette du 4 mars 2015

TOUJOURS CES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur Maurice Demoulin s’est lui aussi investi dans cette recherche et il a patiemment étudié la magnifique carte des Pays-Bas Autrichiens établie par le comte de Ferraris  entre 1770 à 1778.

« Si nous parlions encore un peu des gués sur l’Ourthe.

Sur une carte de 1777, j’ai retrouvé des informations qui concernent ces passages d’eau de l’Ourthe (Ourt) sur la carte.

On peut y voir un gué entre Esneux et Amostrenne, vers le château d’Esneux (différent du château du Rond Chêne).

La carte ne représente pas de gué du côté de Ham (Han sur la carte), mais un chemin aboutit sur la berge de l’Ourthe face à Beauregard (ferme de Lonneux)

Sur la rive droite de l’Ourthe, dans la boucle, plusieurs chemins mènent à Ham : comme Monsieur Ninane le précise dans l’article paru dans La Petite Gazette du 20 février, il doit y avoir eu un ou des gués en cet endroit pour passer sur la rive gauche en direction de Plainevaux.

Un chemin venant de Hayen, Hotgné (Hoteigné sur la carte) et le château d’Avionpuits arrive au village de Méry, rive droite, face au château de Monceau. Il serait surprenant qu’un passage n’ait pas existé à cet endroit, surtout que l’île (un peu en amont du pont actuel) devait faciliter la traversée. N’oublions pas, non plus, que les armées de la toute jeune République française ont traversé l’Ourthe à cet endroit lors de la bataille de Hamay.

A Hony, rive gauche, deux chemins arrivent sur la berge sans autre issue : peut être aussi un passage à cet endroit.

La carte représente également des gués du côté de Poulseur et Comblain.

Je suis persuadé qu’il existait un gué à Chanxhe à l’endroit de la «maison du passeur » où j’ai habité début de la guerre 40/45. Ce passage correspond à un chemin reliant Chanxhe à MontComblain et que j’ai souvent emprunté. Ajoutons que le canal de l’Ourthe avait prévu une jonction vers cet endroit et que la SNCB y avait aménagé un passage à niveau, d’où…

C’est aussi à cet endroit que l’armée allemande avait construit un pont après que l’ancien a sauté.

Pour les amateurs, la carte ancienne de la Belgique se trouve sur le site « http://www.ngi.be/ferraris KBR/index».

QUAND POULSEUR ABRITAIT UN CAMP DE S.A.S.

La Petite Gazette du 28 novembre 2007

DES SOUVENIRS ET DES TAS DE NOMS LIES AU CAMP SAS DE POULSEUR

Monsieur Henri Nandrin, d’Ellemelle, m’indique que ses parents, Henri et Marthe Nandrin – Vander Goten, géraient une ferme à Amostrennes, au-dessus d’Esneux et que le frère de sa maman, le padre Pierre Vander Goten, était l’aumônier des parachutistes au lendemain de la guerre. Sa famille l’appelait Pieke.

Mon correspondant poursuit en m’apprenant que sa maman a, dans ses mémoires, relaté les visites des paras à la ferme d’Amostrennes :

« Un camp de parachutistes avait été installé à Poulseur et, par ce fait, nous avons été mêlés à leur vie et eux, à la nôtre. Nous aurons ainsi connu tous les vétérans actuels. A l’époque, le capitaine Laurent, qui arrivera un jour juste à point pour assister à la découverte de mes deux filles qui s’étaient mutuellement peint les cheveux avec du minium. Lorsque nous le reverrons bien plus tard, devenu Général, il nous en reparlera encore. Nous avons même quelquefois gardé son bébé, pour permettre à madame d’accompagner son mari à une soirée.

L’adjudant Tack, que nous aimions beaucoup et qui fut malheureusement tué accidentellement au carrefour de Trooz. Nous nous sommes rendus à Poulseur, on lui avait fait une chapelle ardente, dans un baraquement. Tous étaient atterrés et bien malheureux, nous compris.

Georges Ledent, qui était de toutes les visites. Un jour, il avait amené ses hommes à la ferme ; ceux-ci devaient retourner au camp de Poulseur par leurs propres moyens et au plus vite. Après avoir bavardé avec Georges Ledent, nous le reconduisons à son camion. Il devait être rentré au camp pour les accueillir. Le camion démarre et nous voyons la bâche arrière se soulever doucement et un soldat se montre en mettant un doigt sur la bouche. Lui, il avait trouvé le moyen d’arriver le premier !

Et Pitje Gailly qui fut tué en Corée !

Et Holvoet qui reniflait tout le temps !

Et Tulpin qui a accompagné Pieke et Ric une nuit de la Saint-Sylvestre, à l’affût au sanglier, sans rien prendre d’ailleurs. Curieux réveillon ! C’est Tulpin qui ira plus tard avec le célèbre vulcanologue Haroun Tazief, sur le fameux volcan Niragongo, en que l’on verra en film à cette occasion, facilement repérable à cause de son menton en galoche.

Et Segers dont le père fut gouverneur d’Anvers ! Et Legrelle ! Et beaucoup d’autres qui, lorsque nous les rencontrons actuellement, nous disent être venus à la ferme.

Ce fut rare les soirées où ils ne venaient pas. Souvent même partageant notre repas, à l’improviste. Parfois cependant Pieke, le Padre, téléphonait :

  • Est-ce que je peux venir souper ?
  • Oui bien sûr !

Vite, dans ma tête, je composais le menu avec ce que je savais avoir à la cave ;

  • Mais je ne serai pas seul !
  • Ce n’est rien !

Je recompose un nouveau menu pour deux en plus…

  • Nous serons six ou sept !

Cela c’était Pieke. »

La semaine prochaine, d’autres souvenirs, d’autres noms…

La Petite Gazette du 5 décembre 2007

DES SOUVENIRS ET DES TAS DE NOMS LIES AU CAMP SAS DE POULSEUR

Monsieur Henri Nandrin, d’Ellemelle, m’indique que ses parents, Henri et Marthe Nandrin – Vander Goten, géraient une ferme à Amostrennes, au-dessus d’Esneux et que le frère de sa maman, le padre Pierre Vander Goten, était l’aumônier des parachutistes au lendemain de la guerre. Sa famille l’appelait Pieke. Souvent, il emmenait les paras à la ferme, chez sa sœur… Retrouvons la suite des souvenirs de la maman de mon correspondant :

« Une autre fois, il (N.D.L.R. Il s’agit bien de Pieke) nous les conduit, demandant qu’ils puissent passer la soirée chez nous. Lui est invité avec des grosses légumes et s’en veut de les laisser tomber. Mon mari est absent ce jour-là. Je reste donc avec eux, autour de notre feu de bois. Il y avait Georges Ledent, Pitje Gailly, Holvoet, Segers et d’autres encore. Les heures passaient, Pieke ne revenait pas les chercher. Tout le monde s’endormait. Finalement, en désespoir de cause, je les conduis dans les chambres libres et je vais à mon tour essayer de dormir. Le lendemain, il y avait un logeur de plus : Pieke revenu tôt le matin et qui s’était installé sur le divan.

Un soir, Jean Van Pé est chez nous, il nettoie ses chaussures dehors sur le muret de la cuisine ; les paras, à nouveau, sont arrivés. Je leur fristouille un souper improvisé. Du dehors, Jacques Van Pé me crie :

  • Au fond, ici, c’est devenu le mess des Paras !

Je réponds alors :

  • Oui, c’est tout à fait cela.

Je me retourne, Georges Ledent est derrière moi et a tout entendu. Nous en rions tous les trois, mais, à partir de ce jour-là, il ne voudra jamais plus prendre un seul repas chez nous !

Le dernier grand souper que je leur ai préparé, c’est un peu avant de quitter définitivement la ferme. Pieke nous avait acheté deux paons. Nous les avions tués et je les ai préparés pour eux. Cette fois, ils sont vraiment nombreux, mais je ne me rappelle plus si Georges Ledent avait cédé et s’était joint à nous…

Les paras nous rendaient aussi souvent service, venant parfois le dimanche, avec leurs jeeps, tirer les chars au moment de la fenaison, cela ménageait un peu les chevaux.

Chaque fois que pieke devait partir, soit en Angleterre, soit en Ecosse, il nous laissait sa Jeep sur laquelle son surnom de « Flying Bisschoop » (Evêque volant) avait été peinte.

Tous ces paras, nous aurons encore l’occasion de les revoir, beaucoup plus tard, mais à des grades supérieurs et même plus que supérieurs, soit une fois à Thysville, soit lors des réceptions des mariages des enfants de ma sœur qui avait épousé le général Delperdange, soit encore, beaucoup plus tard, lors du service militaire de nos deux fils. »

Merci à M. Henri Nandrin de nous avoir donné accès aux souvenirs de sa maman.

La Petite Gazette du 12 décembre 2007

J’AI CONNU CES HOMMES DU CAMP DE POULSEUR

Monsieur Jean  Blésès., de Clavier, a très vite réagi à l’évocation de ces anciens de Poulseur que M. Nandrin avait puisée dans les souvenirs de sa maman. « L’édition de ce 29/11/2007, traitait d’un sujet qui me tient à coeur et me reporte en 1961 en Afrique. Je puis confirmer avec force que tous les noms des SAS de 1942, sont bien réels. (N.D.L.R. Nous n’en avions évidemment jamais douté…)Pourquoi cette affirmation, tout simplement parce que j’ai fait leur connaissance lors de mon service militaire au Régiment Para-Cdo en 1961-1962. Aujourd’hui, je suis âgé de bientôt 69 ans, j’ai effectué mon service militaire comme officier au régiment Para-Cdo et, par la force des choses, j’ai côtoyé tous les hommes cités (hormis MM.Gailly,Tulpin Ric et Degrelle,Tack). Lorsque je les ai connus, j’étais un jeune Adjudant COR, eux plus âgés que moi portaient déjà un  grade supérieur:Le padre avait le grade équivalent de Major.Le capitaine Laurent  avait le grade de ColonelGeorges Ledent avait le grade de Commandant S3 au Burundi-RuandaM.Holvoet était Commandant du centre d’entraînement de parachutiste à SchaffenP.Segers fut Colonel au 3e Para, puis Général du régiment.Tous, dans le cadre de leur fonction, étaient des Hommes dont le moule est cassé à jamais. Depuis les années, (69ans -23ans= 46 ans) que sont-ils devenus? » Monsieur Paul Maquet, de Bruxelles, pourrait vraisemblablement apporter une réponse à cette question. En effet, il est le  Président de l’Association des Anciens SAS et il me dit être particulièrement heureux de constater que vous aimez perpétuer le souvenir de ces anciens. Il m’a fait parvenir une photographie sur laquelle se retrouvent divers personnages cités dans les souvenirs de la maman de M. Nandrin.

sas poulseur

de gauche à droite : Robert Tolek, tué lors d’un accident à Poulseur ; Rob Baert (+) ; Col C. Laurent (+, opération Stanleyville-Paulis 1964) ; Segers (devenu Général) ; Ch. De Hemptine, P. Marquet (mon correspondant)

La Petite Gazette du 3 janvier 2008

Les SAS du camp de Poulseur

Vos réactions sont toujours aussi nombreuses au sujet de ce camp de Poulseur et vos souvenirs ajoutés les uns aux autres nous auront  renseignés sur le devenir de bien des hommes ayant passé par là…

Aujourd’hui, découvrons ceux de M. J-P Rousseau, de Flostoy.

Dans les deux dernières éditions de La  Petite Gazette vos correspondants citent le nom de Tulpin. Pour l’information de MM Blésès, Nandrin et Maquet je vous livre ci-après quelques souvenirs que j’ai retenu du Major Tulpin.

J’ai connu le Major Tulpin lors de mon arrivée au Rwanda en septembre 1962 et à cette époque il était en charge de la Sûreté de la République du Rwanda indépendante depuis à peine deux mois. Il venait du camp militaire de Rumangabo (Congo) et traînait avec lui une réputation sulfureuse après avoir participé à la répression contre les Tutsi rwandais en 1959. Ayant accompagné H. Tazieff dans l’exploration du volcan Niragongo il se disait « protégé ».

Menton en galoche et moustache du style «colonel de l’armée des Indes », il se faisait appeler Milord et n’hésitait pas à se déguiser en missionnaire (blanc) pour aller au Burundi voisin visiter les camps de réfugiés Tutsi qui pouvaient menacer le régime Hutu rwandais. Il exerçait à la perfection son rôle d’informateur à la solde d’un gouvernement étranger !

Je travaillais dans une station INEAC et résidais en brousse (Bugesera) en zone frontalière avec le Burundi où suite à l’insécurité la situation était particulièrement délicate. Pour assurer ma sécurité j’ai reçu de Milord une mitraillette Vigneron (9mm). Il m’a également offert un chiot qui lui donnait le prétexte de venir chez moi pour s’enquérir de la santé du chien et interroger ma femme Tutsi alors que j’étais au travail. Lors de la pénétration de rebelles Tutsi venant du nord du Burundi en décembre 1964 je n’ai pas été inquiété, ceci m’a rendu suspect aux yeux de Milord, je reçu l’ordre de remettre mon arme de défense et je n’ai plus eu de contact avec lui !

J’ai quitté le Rwanda en 1966 pour le Congo, devenu Zaïre par la suite, et j’ai revu, comme par hasard, Milord en 1970 à Isiro au Zaïre.

Il avait été remercié par les autorités rwandaises et était « persona non grata » au Zaïre, son ancien collaborateur Nendaka (ancien Chef de la Sûreté) ne souhaitait pas qu’il revienne au Zaïre.

La rencontre a été particulièrement éprouvante. Je me trouvais dans le bar de l’unique hôtel d’Isiro et il était probablement plus de 21h00. Milord entre dans le bar et se dirige directement vers moi et me demande si je peux prendre en charge un courrier qu’il souhaitait remettre à un de ses anciens pisteurs résidant la région de Buta à plus de 500 km d’Isiro. Il me disait vouloir aller « chasser » dans cette région dont Nendaka était originaire et m’invitait à l’accompagner !

Je n’ai jamais pu savoir comment il savait que je me trouvais là à ce moment bien précis. Il venait à pied du Soudan d’où il s’était fait « dropper », c’était l’époque de la guerre froide, la CIA et le KGB étaient fort actifs au Zaïre à dette époque.

J’ai accompli ma mission et j’ai remis le courrier à son destinataire mais je ne sais pas ce qu’est devenu Milord qui paraît-il voulait faire du bénévolat dans un hôpital des Uélés ! »

La Petite Gazette du 9 janvier 2008

ENCORE DES INFORMATIONS SUR LES OFFICIERS DU CAMP S.A.S. DE POULSEUR

François Lagasse, d’Aywaille, pour faire suite aux interventions d’autres lecteurs, nous apporte quelques renseignements sur les officiers cités.

« Le capitaine Laurent, commandant en second du 1er Bn Para me remit le béret lie de vin après mes tests physiques. Le lieutenant Baert fut mon chef de peloton mortier. A la même époque, le lieutenant Segers était le chef de peloton pionniers (son père, P. W. Segers fut ministre de la Défense nationale).

Le capitaine Ledent fut mon commandant lors de mon premier retour au Congo. J’ai également connu Pietje Gailly qui disparut au cours d’une reconnaissance aérienne au-dessus des lignes chinoises ainsi que son frère Etienne Gailly, marathonien malheureux qui, après avoir mené le fameux marathon de Wembley, s’effondra à quelques dizaines de mètres et termina troisième. Tous deux participèrent à la Guerre de Corée, tout comme le capitaine G. Ledent, le major Delperdange et le padre Van der Gooten comme aumônier du bataillon belge, ainsi que d’autres officiers et sous-officiers dont j’ai oublié les noms.

J’aurai le major Delperdange comme chef de corps au 1 Bn Para puis en tant que général commandant les troupes au Ruanda-Urundi à Usumbura.

Le padre baptisa une de mes filles (1949). Je le retrouvai à Kamina, Katanga. Il était très apprécié par tous les paras, croyants ou non, et conservait le contact avec les familles de ses ouailles. Il passait prendre un bol de soupe chez mon épouse à qui il demanda de lui raccourcir son ‘capitula’ le short colonial. Il fit la constatation que 9 mois après le retour des séjours des paras en « célibataires », il y avait une augmentation appréciable des cérémonies de baptême ! sacré padre. »