
Auteur : petitegazette
ROMMEL – EN POINTE DU BLITZKRIEG DE L’ARDENNE A LA MANCHE
Erwin Rommel, vous connaissez ? A cette question, tout le monde est d’emblée tenté de répondre par l’affirmative et d’étayer sa réponse par l’énumération de quelques lieux communs : le renard du désert, le meneur d’hommes, le responsable du Mur de l’Atlantique…
L’ouvrage qu’Hugues Wenkin vient de signer aux éditions Weyrich de Neufchâteau va, dès ses première pages, bousculer vos certitudes en vous faisant découvrir l’enfance et l’adolescence du futur maréchal jusqu’à son entrée, à 19 ans, en qualité d’élève officier à l’Infanterie – Regiment 124 du royaume de Wurtemberg où, dès la première année, ses états de service mentionnent cet avis visionnaire de ses supérieurs : « … Il fera sans doute un officier hors pair… »
Avec son régiment, il participera, en août 1914, à la bataille des frontières et ce sont les propos même du jeune lieutenant qui évoquent son baptême du feu, son premier contact avec des soldats français, son premier assaut à la baïonnette et … sa première blessure par balle.
L’auteur nous raconte ensuite, avec force détails nous plongeant dans le feu de l’action, les divers engagements commandés par Rommel ou auxquels il participa avec ses hommes faisant apparaître, déjà et à chaque fois, la témérité du jeune officier. Après la Gaume, c’est dans les Vosges qu’il combat, puis en Roumanie et en Italie avant de terminer la Grande Guerre dans un état-major sur le front français. Il a été promu capitaine et décoré, pour ses hauts faits d’armes, de la croix « pour le mérite », la plus haute décoration impériale allemande.
Hugues Wenkin détaille l’entre-deux-guerres de Rommel : son passage, en tant qu’instructeur, à l’école militaire d’infanterie de Dresde, sa promotion au grade de major, son affectation au commandement d’une unité d’élite de chasseurs de montagne, la publication de son livre de tactique d’infanterie « L’infanterie attaque », sa première rencontre avec le chancelier Hitler et jusqu’à sa promotion au grade de général de brigade, commandant la toute nouvelle 7. Panzer-Division, dont l’auteur explique utilement la genèse avant de détailler la stratégie allemande et les plans français et belge de mai 1940. Dès le 10 mai 1940, Rommel est en première ligne, à Cherain puis à Chabrehez…
La progression et les combats dans nos régions sont largement commentés : Marcourt, La Roche, Marloie, Marche, Ciney puis la Meuse, Yvoir, Dinant, Bouvignes… Enfin la campagne de France est présentée et expliquée par le menu.
De nombreuses photographies, de très utiles plans, à la lisibilité parfaite, et de multiples outils (tableau de correspondance des grades, signes tactiques vulgarisés, échelons tactiques, lexique des termes allemands) viennent parfaitement étayer les propos de l’auteur.
Cet ouvrage ravira les spécialistes et les amateurs de tactique militaire, mais il comblera tout autant le simple curieux soucieux de comprendre Rommel l’homme, le chef, le chanceux, ainsi qu’il se dévoile quelque peu dans ses carnets de notes, dans lesquels puise Hugues Wenkin. Les analyses et le style de l’auteur sont limpides et permettent à tous les lecteurs, profanes ou avertis, de tirer parti de la lecture de cette étude levant le voile sur la période la plus méconnue de la vie de Rommel.
Ce livre relié de 210 pages, richement illustré de photos provenant des U.S.A, mais aussi de collections particulières ou du Musée des Chasseurs ardennais est distribué dans toutes les bonnes librairies de la région et proposé au prix de 32€
ELSENBORN, par LEO LEYENS, LEON RENARDY ET LEO WINTGENS
Cet extraordinaire travail de recherche aura attendu plus de 20 ans dans les tiroirs des auteurs avant de voir le jour, il a donc failli ne jamais être édité et cela aurait été vraiment dommage. Heureusement, grâce aux éditions helios d’Aix-la-Chapelle, il est là et, j’en suis certain, vous aurez très envie de le découvrir.
Elsenborn, ce nom, je le sais, évoque d’emblée, pour bon nombre d’entre vous, des moments particuliers de votre jeunesse, ceux de votre service militaire et, plus spécifiquement encore, le temps des manœuvres…
Le camp d’Elsenborn et le champ d’exercices adjacent sont utilisés, sans interruption depuis 1884. Installé par les Prussiens, le site sera ensuite occupé, en un peu plus d’un siècle d’existence, par les Belges, puis les Allemands, les Anglais, les Canadiens, les Américains et, enfin, à nouveau les Belges ; ceci justifiant amplement le sous-titre donné par les auteurs : « Instrument d’histoire européenne ».
Tout commence quand le colonel Otto von Giese, officier prussien s’étant illustrant dans les guerres contre le Danemark en 1864, l’Autriche, en 1866, et la France, en 1870-1871, est propriétaire, depuis 1889, d’une importance superficie de terrains dans les fagnes de Sourbrodt, où l’année suivant son acquisition, il emploie plus de 100 personnes à des activités agricoles, à l’exploitation de tourbières et d’une briqueterie. C’est à ce colonel qu’est confiée la mission de rechercher un vaste terrain pouvant accueillir un champ de manœuvres dans la région. Quand Elsenborn est choisi, le Reichstag alloue 2.350.000 Mark pour acquérir les terrains, irriguer les terres et élever les baraques du camp. Le village d’Elsenborn ne fut finalement pas intégré dans la zone militaire pour de seules raisons budgétaires et les limites du camp se déplacent vers l’est et le nord-est sur la commune de Rocherath. Malgré les oppositions locales, les premiers contingents militaires sont sur place en 1894 et les premières manœuvres ont lieu en août de la même année. En Belgique, la presse libérale publie son inquiétude en indiquant que ce camp constitue une vraie menace contre la neutralité de la Belgique. Les auteurs traitent ce sujet de la plus intéressante des façons, abordant cette notion de neutralité également à l’égard de la France et montrant que l’existence même de ce camp pourrait faire de la Belgique le champ de bataille entre Allemagne et France…
Ils s’intéressent ensuite à la construction et à l’évolution du camp jusqu’en 1914. Ils présentent ses structures de fonctionnement : le développement du chemin de fer et des routes, les bâtiments militaires pour la troupe et ceux pour les officiers, puis, ceux pour l’administration du camp et la zone de commandement. Toutes les installées sont détaillées, souvent illustrées : la centrale électrique, le corps de garde, l’infirmerie, la chapelle, les installations de bains, l’alimentation en eau et son évacuation mais aussi toutes les particularités du champ de manœuvres et de ses 3121 hectares. En parallèle, les auteurs expliquent et développent les conséquences de la création du site sur le développement socio-économique local et ils abordent différents projets étudiés pour le camp, qu’ils aient été abandonés, un barrage et un plan d’eau, ou qu’ils aient bel et bien vus le jour : un aérodrome !
Un passionnant chapitre est encore consacré à la vie au camp : exercices de tir, défilés, mais aussi théâtre d’été et fêtes champêtres !
Les auteurs s’attardent ensuite à la période de 14-18 et à l’occupation du camp par des troupes anglaises qui laissèrent de très mauvais souvenirs dans la région jusqu’au traité de paix de versailles, le 28 juin 1919 et l’installation des troupes belges d’occupation. Cette période belge est commentée ou illustrée jusqu’à l’ordonnance du 18 mai 1940 par laquelle Hitler déclare que les cantons de l’Est font à nouveau partie du Reich ! Très vite Elsenborn devient un camp de prisonniers jusqu’au bombardement U.S. du 9 août 1944. Les Américains occuperont le camp à leur tour et utiliseront l’aérodrome qu’ils développeront même.
Leo Leyens, Léon Renardy et Leo Wintgens s’attardent ensuite sur l’époque contemporaine et expliquent largement le rôle joué par ce camp qu’utilisent même aujourd’hui des troupes de l’Otan. Je l’expliquais d’emblée, ce livre aurait dû voir le jour à l’occasion du 100e anniversaire du camp en 1994. Le Capitaine-Commandant Raymond Philippart avait été chargé de préparer cet événement, il mit tant de zèle à réunir informations, renseignements et documents que son travail jeta les bases du Musée du camp, le Truschbaum-Museum, inauguré le 12 septembre 1998 et déjà agrandi en 2002. Cette remarquable documentation a permis d’illustrer abondamment ce très beau livre, un grand format à la reliure solide et à la très agréable mise en page en deux colonnes pour présenter, en deux langues français-allemand, un texte clair, précis et rigoureux qui vous en apprendra beaucoup sur Elsenborn.
Prix : 34€
LES VERTIGES DU PASSE S’EDITENT ENCORE EN MAI…
Outre l’intérêt que vous manifestez pour La Petite Gazette, la série d’articles des Vertiges du Passé consacrés aux chapelles de notre belle et riche région, si j’en crois vos courriers et
vos réactions, vous a également intéressés. Aussi ai-je décidé de rassembler la présentation de ces 25 chroniques consacrées aux chapelles d’Ardenne, du Condroz, de Famenne et d’Ourthe-Amblève dans un ouvrage (17 X 24 cm) de près de 180 pages, illustrées de 80 reproductions de cartes postales anciennes et devenant ainsi le deuxième ouvrage de la série « Vertiges du Passé ».
Nos terres comptent un nombre impressionnant de chapelles dont l’inventaire retient régulièrement l’attention des chercheurs. La tâche est difficile…
Les chapelles, les calvaires, les croix de carrefour, les croix d’occis, les potales… tous ces témoins de la piété de nos aïeux sont là pour rappeler l’influence prépondérante de l’Eglise dans le quotidien des populations rurales.
Très tôt des oratoires, parfois simplement faits de bois, sont dressés auprès des sources et des fontaines faisant l’objet de vieilles vénérations et dont les eaux sont réputées posséder des vertus curatives ; désormais christianisées, elles porteront le nom d’une sainte ou d’un saint. Progressivement, nos villages et nos hameaux se verront dotés de lieux de culte permettant aux paroissiens de satisfaire à leurs obligations religieuses dans des conditions plus confortables.
Se lancer à la découverte de nos chapelles, qu’elles soient minuscules ou majestueuses, abandonnées ou toujours régulièrement fleuries, en ruine ou récemment restaurées, c’est partir à la découverte d’un patrimoine chargé d’histoire, de traditions tantôt religieuses tantôt populaires et témoignant toujours des peurs, des drames, des joies et des espoirs des populations locales.
A leurs murs sont liés des pans entiers de notre histoire mais également un grand nombre de légendes, montrant à suffisance combien nos chapelles marquèrent l’imagination populaire de nos aïeux.
Vous retrouverez ainsi l’histoire, grande et petite, des chapelles de Tancrémont, Ferrières, Bomal, Juzaine, Tilff, Xhos, Erezée, Marcourt, Manhay, Nassogne, Hamois, Harzé, La Gleize, Marche-en-Famenne, Nandrin, La Roche, Lavacherie… mais aussi des tas d’autres répertoriées selon le culte qui y était rendu.
Ces visites commentées de ces monuments chargés de notre histoire régionale vous donneront un aperçu de l’incroyable morcellement territorial qui caractérisait nos contrées durant tout l’ancien régime et de l’influence extraordinaire que l’Eglise et certaines grandes familles y ont exercée. Dans une importante introduction à cet ouvrage, je tente de vous éclairer sur le pourquoi de pareille concentration de chapelles sur un territoire si limité, mais également sur le rôle qu’y a joué Charlemagne, par exemple, et sur l’action prépondérante des grands monastères et des célèbres abbayes.
Ce livre est sorti des presses des éditions Dricot au début du mois de mai 2016. Si vous souhaitez l’acquérir, il vous suffit de verser la somme de 20€ sur le compte n° BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Aywaille, avec la nécessaire communication « Nos Chapelles ». Votre exemplaire vous sera alors envoyé dans les plus brefs délais.
Henri Chevron
La Petite Gazette du 3 mars 1999
Artiste, inventeur excentrique…, qui était vraiment Henri Chevron?
Si La Petite Gazette veut continuer à se targuer d’être la Gazette . de l’insolite régional, elle se devait de répondre favorablement à l’appel lancé par Les Hèyeûs d’sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille au sujet de ce personnage tout à fait extraordinaire qui défia la chronique locale dans l’Entre-Deux-Guerres; nous voulons parler de Henri Chevron. Voici ce que nous en disent nos jeunes enquêteurs : «Henri Chevron était un personnage particulièrement pittoresque 1—dont tous les anciens Remoucastriens parlent encore avec amusement, -tendresse et admiration. Il fut artiste, ses sculptures en béton, parfois naïves, parfois effrayantes,; hantent toujours son village natal, Playe».
Cet agriculteur fut aussi inventeur, on lui doit un mystérieux «rayon de la mort» et toutes sortes de bizarreries qui ont stupéfié ses contemporains. Autodidacte, il construisit, de ses mains, la première T.S.F. de son village; de son observatoire, il contemplait les astres et les étoiles»…
Les Hèyeûs d’sov’nis ont recueilli bien des informations de deux personnes qui l’ont bien connu: MM. Joseph Delbouille et Etienne Dechamp. Voici ce que leur a confié ce dernier:
«Au fond des bois, il (Henri Chevron) avait créé un «jardin zoologique». Un ruisseau traversait une prairie voisine si bien que la boue ne manquait pas. A cette époque, nous voyions Chevron partir souvent dans cette direction et tout le monde se demandait ce qu’il allait y faire. Un beau jour, quand il a eu fini, je suis allé avec lui. C’était beau, c’était un jardin zoologique. On pouvait y reconnaître toutes les «bièsses» faites magnifiquement avec de la terre. Il y avait un éléphant, un lion, etc. Après, tout le monde venait voir l’oeuvre de Chevron. On venait d’Awan, de Sprimont. Il y avait un tigre et des gens qui étaient venus par curiosité s’en étaient retournés en quatrième vitesse, car ils avaient cru que, dans le pré, ils avaient rencontré un tigre vivant. Malheureusement, avec le temps, tout s’est désagrégé».
Vous avez peut-être visité ce jardin zoologique, ou l’observatoire de Henri Chevron, ou encore écouté cette première T.S.F.1? Tous vos souvenirs intéressent les enquêteurs de l’Athénée d’Aywaille, mais ce qu’ils recherchent en vain depuis des mois c’est une photographie de ce «génie méconnu» afin de pouvoir mettre un visage sur une personnalité originale. Pouvez-vous les aider à compléter leurs informations et : leur documentation?
Ecrivez-moi pour me parler de ces personnages hors du commun que nos régions ont connus.
La Petite Gazette du 17 mars 1999
Il y a quinze jours, La Petite Gazette vous présentait, à la demandé des Hèyeûs d’sov’nls de l’Athénée Royal d’Aywallle, une photographie d’une des œuvres d’un étonnant personnage qui vécut à Playe, sur les hauteurs de Sougné-Remouchamps. Cet homme, Henri Chevron,
a tout autant goûté aux techniques qu’aux arts et il a fait le ravissement de quelques générations d’enfants avant la Seconde Guerre Mondiale. Que sont ses œuvres devenues? Certaines, celles évoquées dans la Petite Gazette, n’ont eu qu’une existence éphémère en raison du matériau dans lequel elles avaient été érigées, nous avons vu cependant que la pérennité leur avait été accordée dans le souvenir de quelques-uns. D’autres, peu nombreuses, existent toujours, mais elles ont aujourd’hui un rôle bien peu respectueux de leur grâce naïve…
Faut-il s’en plaindre? Existeraient-elles encore si elles n’avaient pas accepté ce rôle utilitaire dans la campagne de Playe? J’imagine que ce n’est pas seulement La proximité de l’autoroute qui fit perdre la tête à l’une de ces Vénus du cru… Ce génie a-t-il été à ce point incompris qu’il ne se trouva personne pour préserver ses réalisations? Où sont passées ses autres créations? Quels souvenirs a-t-il laissés?
Si Henri Chevron, ses œuvres ou ses inventions évoquent l’un ou l’autre souvenir chez vous, je vous invite à le partager avec lès nombreux lecteurs de La Petite Gazette. Puis-je également vous rappeler que les jeunes chercheurs de l’Athénée d’Aywaille seraient très heureux de voir Henri Chevron? Alors si vous aviez une photographie, ce serait réellement merveilleux de nous permettre de la reproduire dans La Petite Gazette. Ecrivez-moi nombreux.
La Petite Gazette du 31 mars 1999
Répondant à l’appel lancé, la première semaine de mars, par les Hèyeûs d’sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille, Monsieur Norbert Lagasse, de Liège, m’a transmis un courrier vraiment très intéressant car il contient les souvenirs de quelqu’un qui côtoya réellement Henri Chevron et ce «quelqu’un»,, c’est Monsieur Lagasse lui-même! Je vous propose de découvrir tout de suite la première partie de ce témoignage.
« J’ai très bien connu os personnage extraordinaire qu’était Henri Chevron, le phénomène de Playe écrit M. Norbert Lagasse, il était alors le plus proche voisin de Henri Salve, le bourgmestre de Remouchamps.» (N.D.LR. Henri Salve est échevin depuis le,9 janvier 1939, Il fera fonction de Bourgmestre de Sougné-Remouchamps dès le 1* janvier 1940, en remplacement d’Alphonse Decelle, malade; Il exercera cette fonction jusqu’au 26 mai 1945)
« A quelques semaines de mon quatre-vingtième anniversaire, mes souvenirs se sont évidemment quelque peu estompés. Il n’empêche», semble s’excuser mon aimable correspondant, mais il n’y a pas de quoi; jugez plutôt de l’intérêt de ses écrits :
« J’ai souvent entendu mon père, Nicolas Lagasse, raconter l’odyssée de la motocyclette que Henri avait fabriquée pour se déplacer sur l’eau. Les premiers essais de l’engin, programmes pour un dimanche après-midi, au pied de la tour du château de Montjardin, là où l’Amblève est la plus profonde, faillirent tourner à la catastrophe. Projeté à l’eau et au milieu des débris de son invention, Henri ne dut qu à la solidarité de quelques amis de pouvoir échapper à la noyade.
Bien plus tard, en 1939, uns véritable amitié s’était liée entre Henri et moi. Habitant Remouchamps, je me rendais chez lui au moins deux fois par semaine pour aller chercher du lait. A plusieurs reprises, j’ai visite son observatoire installé dans les dépendances de sa fermette…»
La semaine prochaine, nous suivrons Monsieur Lagasse à Playe, à la rencontre de Henri Chevron et de son rayon de la mort. Il serait vraiment étonnant que personne d’autre n’aurait gardé le souvenir d’un aussi étonnant personnage. Permettez-moi d’insister également sur mon souhait de recevoir des photographies soit de Henri Chevron, soit de ses œuvres et inventions. Je compte sur vous.
La Petite Gazette du 7 avril 1999
Comme promis, nous poursuivrons cette semaine la lecture du passionnant courrier que nous a transmis M. Norbert Lagasse, de Liège, qui a très bien connu Henri Chevron.
«Soucieux d’étendre ses activités; Henri avait même imaginé de transférer son observatoire dans l’un de ses prés sis à mi-chemin entre son domicile et la chapelle de la Fidélité. (N.D.LR. là, où aujourd’hui, passe la bretelle de l’autoroute desservant la vallée de l’Amblève). Ce projet fut abandonné alors que les murs de l’édifice avaient déjà atteints une certaine hauteur.
Beaucoup plus sérieux furent ses contacts avec le Ministère de la Guerre Britannique auquel il avait fait part de sa découverte du «Rayon de la Mort». Grâce à mes, connaissances de la langue anglaise, j’étais même devenu son secrétaire particulier. Des croquis, des schémas, des lettres furent envoyés à Londres qui s’intéressait de plus en plus aux travaux de notre Belge.
A l’approche de l’ouverture des hostilités, les contacts prirent fin, car Henri appréhendait qu’il allait être invité à s’expatrier, ce qu’il ne voulait à aucun prix, car il aurait dû abandonner sa sœur avec laquelle il vivait.
Pour ma collaboration et en guise de remerciements, il m’avait offert un minuscule poste à galène conçu de son imagination.
On ne saura jamais si Henri n’avait pas autant de talents que les nazis de Peenemunde! conclut M. Lagasse,
Un grand merci pour cet intéressant témoignage de quelqu’un qui côtoya de très près Henri Chevron. Il est certainement d’autres personnes qui pourraient aussi nous en parler, nous décrire les prodigieuses inventions de ce «self-made-man» de notre région. J’attends avec curiosité et intérêt vos prochains courriers à ce sujet. Je vous rappelle que les Hèyeûs d’sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille sont, depuis longtemps, à la recherche d’une photographie de Henri Chevron, qui les aidera?
La Petite Gazette du 14 avril 1999
Les articles consacrés à cet étonnant personnage de Playe (Remouchamps) ont suscité une nouvelle réaction, celle de Mme M. Cornet, dé Hotchamps. Voici ce qu’elle nous écrit:
«Henri Chevron est né en 1882 et est décédé, à Playe, le 19 mai 1953, à l’âge de 71 ans.
Célibataire, il exploitait une petite fermé avec ses deux soeurs, Marie et Féllcle, célibataires elles aussi. Les deux terrains de leur exploitation se trouvaient dans les environs de la Redoute .
C’était un original, mais doté d’un sens de l’invention extraordinaire. Personnellement, je l’ai très peu connu, par contre, mon père, qui était né en 1900, était un grand ami de la famille, il a été très souvent le témoin de ses exploits et il me les racontait.
Pour le centenaire dé la Belgique, en 1930, il avait fait un char représentant une grotte confectionnée avec des sacs de jute trempés dans du ciment, cette grotte était percée de nombreux trous d’où sortaient des petits sotais. Elle était aussi agrémentée d’une jolie cascade qui dévalait le rocher; une pompe en actionnait le circuit d’eau. Ce très beau char était tiré par trois gros chevaux, un noir, un jaune paille .et un rouge, pour symboliser le drapeau belge. Les chevaux appartenaient à Eugène Leclercq, de Delgné; à Paul Thonon, de Hptchamps et, le troisième, à mon père, Armand. Cornet.
Parmi ses nombreuses inventions, notons un avion qui, très vite, allait piquer du nez dans la prairie, un vélo pour aller sur l’eau, en quelque sorte l’ancêtre du pédalo. Lors de son essai pour la traversée de l’Amblève, un malencontreux câble, qui traînait par là, le fit basculer dans la rivière. Il y avait aussi une lunette pour observer la lune et les étoiles».
Merci beaucoup, Mme Cornet, de nous permettre de mieux connaître ce personnage extraordinaire. La semaine prochaine, nous poursuivrons la lecture de votre courrier à la découverte d’autres informations, d’autres inventions, d’autres extravagances. Si, vous aussi, comme notre lectrice de Hotchamps, vous avez connu ou entendu parler de Henri Chevron, n’hésitez pas, écrivez-moi.
La Petite Gazette du 21 avril 1999
C’était réellement un personnage d’exception ce Henri Chevron. Son évocation réveille les souvenirs et, aujourd’hui encore, il m’en a été promis d’autres que je me réjouis de vous faire découvrir. Vous verrez qu’il était loin d’être farfelu!
En les attendant, poursuivons le lecture du courrier de Mme Marcelle Cornet, de Hotchamps.
«Une chose dont je me souviens très bien, c’est son poste de radio, complètement fabriqué par ses soins. La carcasse du poste représentait le buste d’un gros officier, avec képi et moustaches. Moi, qui étais une gamine de cinq ou six ans, j’étais très impressionnée, je croyais réellement que cet homme parlait. Henri Chevron prévoyait déjà la télévision, à cette époque, il disait, qu’avec le temps, on pourrait voir son interlocuteur!
Pour accéder à sa maison, dont la façade était couverte de lierre, il y avait une volée d’escaliers et, de chaque côté, sur des colonnes, trônaient deux gros lions ; la rampe de l’escalier était faite de serpents entrelacés.
Par les chemins, poursuit Mme Cornet, il n’était pas rare de trouver, de-ci de-là dans les haies, de bien jolies roses; elles avaient été greffées par ses soins sur des rosiers sauvages.
Un jour, il était parti semer de l’engrais dans son champ, sur les hauteurs de La Redoute et l’Idée lui vint d’écrire son nom avec l’engrais. En cours de travail, I’engrais vint à lui manquer et, quand la prairie reverdit et que l’herbe repoussa, on a pu lire: «HENRI CHEVRON A REMOU».
Pendant la guerre, il avait creusé une cachette, une espèce de citerne. Quand on en soulevait la trappe, la citerne était remplie d’eau; par un malin stratagème, ce n’était qu’un petit bac qui bouchait l’entrée et un système, coulissant sur des roulettes et se poussant facilement sur le côté, dégageait l’entrée. Dans cette cachette, il fabriquait des espèces
de briquettes en bois, bourrées de dynamite. Du haut du chemin de fer,
il les laissait tomber sur les convois et, ainsi, sabotait les trains de l’armée allemande..
Une de ses dernières trouvailles fut la construction d’un abri antiatomique; quelques vestiges subsistent encore dans la campagne de Playe».
Mme Cornet conclut ensuite son courrier ainsi : «Voilà M. Henry les quelques anecdotes dont je me souviens; j’espère que vous en recevrez beaucoup d’autres et que vous pourrez ainsi satisfaire la curiosité de chacun».
Merci beaucoup Mme Cornet, c’est vrai que tout le monde a envie d’en savoir davantage sur ce si passionnant personnage plein d’étonnantes ressources. Que tous ceux qui l’ont connu aident à sauvegarder sa mémoire. D’avance merci.
La Petite gazette du 11 mai 1999
Elle me l’avait promis et elle a tenu sa promesse. Mme Annie Thonon, de Hotchamps, m’a transmis, récemment, un très intéressant courrier relatif à cet étonnant personnage qu’était Henri Chevron, son grand-oncle.
Les documents transmis prouvent, indubitablement, que cet habitant de Playe n’avait rien d’un farfelu. Mme Thonon m’a notamment envoyé deux copies de Brevets d’invention, déposés par son grand-oncle en 1913 et en 1914. Le premier concerne, sans autre précision, un appareil de locomotion, le second, quant à lui, est relatif à une hélice à pas variable. Dans les deux cas, les documents officiels signés du directeur général du Ministère de l’Industrie et du Travail précisent que l’invention doit être mise en exploitation un an après l’exploitation à l’étranger».
Ses inventions connurent-elles le succès? Nous ne le savons. Par contre, nous pouvons affirmer que ces deux brevets ne sont que des exemples parmi d’autres et que longtemps encore Henri Chevron fit partie de la Fédération Belge des Inventeurs, ainsi qu’en atteste l’Invitation à assister à l’assemblée générale statutaire du 13 décembre 1932 de cette Fédération.
Il était donc inventeur, et non farfelu, ce qui ne l’empêcha nullement de faire preuve d’originalité dans de nombreux domaines et donc d’intriguer à une époque où l’originalité n’était guère de mise en nos campagnes. Sa maison annonçait le personnage. Ce n’était pas la maison de Monsieur tout le monde, mais Henri Chevron n’était justement pas Monsieur tout le monde.
Ses œuvres sculpturales, en béton [veillaient sur le pas de sa porte. Elles dénotent, outre une bonne maîtrise des techniques, une réelle connaissance de la symbolique et des grandes époques de la statuaire.
Henri Chevron est Ici photographié, devant sa maison, entouré de deux messieurs, habillés comme à la ville et portant chapeau. Mme Thonon me dit ne pas les connaître. Il est vraisemblable que ces deux messieurs soient des visiteurs occasionnels; peut-être même des personnalités… ce qui justifierait cette prise de vue au caractère solennel!
La semaine prochaine, je vous promets encore des informations étonnantes sur ce personnage.
Si vous avez conservé, dans la tradition orale de votre famille, des souvenirs de Henri Chevron; ce serait merveilleux de les partager avec nous afin de sauver ce pittoresque personnage de l’oubli. Les informations glanées par «Les Hèyeûs d’Sov’nls de l’Athénée Royal d’Aywallle et celles que vous ne manquerez pas d’encore m’envoyer nous permettront de mener ce projet a bonne fin. D’avance merci pour votre précieuse collaboration.
La Petite Gazette du 19 mai 1999
Lors de notre précédente édition, j’ai pu vous présenter une partie dès documents que Madame Thonon, de Hotchamps, m’a transmis afin de vous les soumettre. J’espère que ses photographies et souvenirs en réveilleront d’autres parmi les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette et, qu’à leur tour, ils auront à coeur de me les communiquer.
Déjà durant la première semaine du mois d’avril, nous avions, grâce à M. Norbert Lagasse de Liège, évoqué les échanges de lettres entre Henri Chevron et le Ministère de la Guerre Britannique. Souvenez-vous, il était alors question d’un mystérieux «rayon de la mort» !
Madame Thonon m’a également remis la copie de l’étonnante lettre que vous lirez ci-après:
Le Lieutenant-Colonel Robert L. Schulz, aide de camp du Général Eisenhower, répond à Henri Chevron au nom du Commandant en Chef des Forces Alliées en Europe. Le Général Eisennower fait savoir à notre inventeur de Playe qu’il ne dispose pas du pouvoir administratif de juger de I intérêt des inventions proposées, mais qu’il lui suggère de s’adresser au Ministère Belge de la Défense Nationale qui devrait pouvoir lui fournir toutes les informations qu’il sollicite.
Ce qui m’étonne le plus dans ce courrier, c’est la date à laquelle il aurait été rédigé : le 14 mars 1952. A cette date Henri Chevron avait70 ans ; qu’en pensez-vous ? N’y a-t-il pas une faute de frappe sur cette lettre ? Peut-être que Monsieur Lagasse ou quelqu’un d’autre pourra nous renseigner à ce sujet. Pour ceci aussi, je compte énormément sur vous.
La Petite Gazette 26 mai 1999
Comme je l’espérais dans La Petite Gazette du 11 mai dernier, les documents transmis par madame Thonon, de Hotchamps, m’ont déjà valu de nouveaux témoignages, de nouvelles révélations.
C’est avec énormément de plaisir que j’ai découvert le courrier de Monsieur Norbert Fanali, de Sedoz (Sougné-Remouchamps) qui évoque d’étonnants souvenirs:
«Je me souviens qu’étant enfant mon père. Jules Fanali, qui serait âgé actuellement de 107 ans, m’a raconté l’anecdote suivante qui se passe avant la guerre de 1914, cela correspond donc, a judicieusement remarqué M. Fanali, aux dates des brevets qui vous ont été fournis par Mme Thonon.
A cette époque, mon père et sa famille habitaient au hameau de Presseuru à Remouchamps. Il pouvait être âgé de 16 à 18 ans, quand lui comme d’autres personnes des environs furent Invités par Henri Chevron à se rendre au lieu dit « Pierset». Un appareil conçu bar Chevron fut amené par chariot et placé sur le terrain en pente, l’appareil était monté par Chevron…. Celui-ci espérait atteindre Playe par les airs ! ‘
Les jeunes gens, à l’aide d’une corde et en courant, tirèrent l’appareil en descendant la pente du pré. L’appareil quitta le sol, mais après quelques mètres, s’écrasa.
Je ne puis vous dire si cet appareil était équipé d’une hélice ou si c’était un planeur, mais je crois que l’essai ne fut pas renouvelé».
Un tout grand merci pour cette extraordinaire anecdote. Ainsi donc, et monsieur Fanali en perpétue le souvenir, le Val de t’Amblève a connu un pionnier de l’air! C’est fantastique, qui a entendu parler de cette étonnante aventure? Qui, parmi les descendants de ces privilégiés qui ont assisté à cet envol, pourra témoigner et compléter encore le récit de monsieur Norbert Fanait? Je suis intimement persuadé que nous avons encore, beaucoup à apprendre sur cet homme hors du commun qu’était Henri Chevron.
Souvenez-vous, dans la même Petite Gazette du 11 mai, grâce à Mme Thonon, je vous présentais une photographie sur laquelle Henri Chevron apparaissait entouré de deux messieurs endimanchés et coiffés d’un chapeau. Je vous disais alors que je ne pouvais les identifier.
Monsieur Etienne Libert, domicilié à Etterbeek mais né d’une famille originaire de Sougné-Remouchamps, a reconnu formellement l’un des deux messieurs posant avec Henri Chevron; il s’agit d’un autre personnage dont le nom évoque immédiatement la vallée de l’Amblève : Paul Lepage. Ce peintre, né à Anvers en 1869, fréquente Sougné-Remouchamps depuis la fin du siècle et s’y Installe en 1923. C’est à lui que le Docteur Louis Thiry confie les illustrations de ses ouvrages.
M. Libert connaît bien la vie et l’oeuvre de cet artiste qui, aux côtés des Terwagne, Rahir, Thiry et Gavage, lutta pour la sauvegarde des sites du val de l’Amblève. En effet, depuis de très longues années, il prépare un ouvrage sur le peintre Paul Lepage. Il me dit que sa parution est proche I Quoi qu’il en soit et ceci étant dit, monsieur Libert connaît suffisamment le personnage que pour pouvoir se montrer formel. La photographie en question présente donc, de gauche à droite, M. Paul Lepage, M. Henri Chevron et ? Tout étant possible grâce a vous, peut-être pourrons-nous bientôt effacer ce point d’interrogation et identifier les trois personnages immortalisés par ce cliché, des années trente vraisemblablement.
La Petite Gazette du 7 juillet 1999
Quand Les Hèyeûs d’Sov’nis de l’Athénée Royal d’Aywaille me proposèrent de lancer un appel pour en savoir davantage sur cet étonnant personnage, dont ils avaient entendu parler durant leurs enquêtes de folklore, j’étais assez sceptique, mais je ne connaissais pas bien encore les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette. Les courriers relatifs à Henri Chevron continuent à me parvenir et de nouvelles anecdotes nous sont révélées.
Mme Julie Carpentier, de Playe, m’écrit à son tour: «J’ai très bien connu Henri Chevron, car je suis née à Playe, j’y habite toujours. Enfant, j’allais souvent chez lui, voir ses inventions entre autres une boîte aux lettres verticale. Quand on l’ouvrait, un œil apparaissait et une sonnerie de réveil retentissait! Il avait également construit un observatoire sur son toit Maman, quelques voisins et moi avions été invités à l’inauguration, vers les années 1950».
Mme Julie Carpentier a joint deux photographies à sa lettre. La première nous montre «Henri et mon papa, Emile Carpentier. Il allait remplir son tonneau d’eau à la pompe qui se trouvait en face. Que la vie était belle, on ne connaissait pas de pollution!»
Et Mme Carpentier de conclure son gentil courrier par «Je pourrais encore vous en raconter, c’était un homme très gentil, inventeur et très original. Je vous remercie pour votre rubrique qui nous fait revivre pleins de bons moments». Mais, Madame, c’est moi, qui au nom des lecteurs de Là Petite Gazette, vous remercie pour votre collaboration et vous engage, si vous te désirez, à encore nous en raconter bien d’autres!
La Petite gazette du 20 juillet 1999
Tout le monde en est convaincu Henri Chevron était bien un personnage hors du commun. Il a laissé d’excellents et de plaisants souvenirs dans la mémoire de ceux qui l’ont côtoyé. Ainsi, Mme Léa Carpentier-Flohimont, de Remouchamps, se souvient à son tour:
«Henri Chevron était un type vraiment très sociable avec ses voisins et ses amis, mais quand il voulait détourner un sujet de conversation, il savait se montrer parfois blagueur, souvent pince-sans-rire, Il était doté d’un extraordinaire esprit inventif et faisait la preuve d’une rare intelligence quand il s’agissait d’élaborer des plans qu’il transmettait à je ne sais plus quel ministère. Ses brevets étaient toujours acceptés, mais je crois qu’il a dû souvent regretter de constater que ses idées, ses projets et son travail étaient surtout mis à profit par d’autres chercheurs, plus instruits que lui.
Il nous annonçait toujours : «J’ai le cinéma parfois chez moi, vous verrez, vous l’aurez chez vous!» Ce fut donc le cinéma pour lui, mais pour nous, les premières télévisions.
Il avait installé de très longues lunettes d’approche sur un de ses bâtiments. Il observait et étudiait les astres et la lune. Sur le toit de sa ferme, il avait construit une tour d’observation. Au travers de ses grandes jumelles, il passait de longues heures, seul, à observer le ciel la nuit et, la journée, tout ce qui se passait dans les environs et aussi dans le vaste horizon.
Parfois, Henri Chevron apportait ses lunettes d’approche et, le soir, les montait sur leur pied, soit au milieu de notre cour, soit même à l’intérieur de la maison. Nous prenions beaucoup de plaisir à nous en servir et plus encore à écouter la «leçon» qu’Henri nous donnait alors». » Dans les semaines à venir, nous suivrons notre petit bonhomme de chemin parmi les souvenirs et les anecdotes de Mme Carpentier.
A suivre donc
La Petite Gazette du 1er septembre 1999
Toujours du nouveau à propos de cet étonnant personnage de Playe, sur les hauteurs de Sougné-Remouchamps.
Mme Léa Carpentler-Flohimont, de Remouchamps, partage avec nous ses souvenirs.
« La guerre 14-18 n’était pas effacée de ses souvenirs. Henri Chevron décida de construire un bâtiment antigaz et anti-atomique (?) sur son terrain de Playe-Hodister. Il réalisa une très grande place souterraine (actuellement remblayée) pour tous les habitants, tout contre le bâtiment externe pour sauver les animaux de la ferme.
Il construisit ce bâtiment avec l’aide d’un de nos ouvriers, M. Joseph Berleur, de Kin. Il est important de préciser que les blocs dé béton utilisés par Henri Chevron avaient été fabriqués par M. Oscar Hausman, pas comme les blocs « ordinaires » qu’il fabriquait habituellement, mais bien selon les indications de produits et de quantités que réclamait l’inventeur pour cette production spéciale.
Pendant la guerre, affirme Mme Carpentier, le sieur Chevron aida aussi certains groupes de la résistance et cachait parfois des réfractaires ou partisans de l’armée blanche. Une cachette était aménagée dans sa maison, dans la première ou la deuxième place à gauche, dans une armoire encastrée. Derrière celle-ci, un semblant de mur faisant office d’entrée dans une cache assez grande et aménagée. Une petite échelle permettait d’y avoir accès. Pour M. Chevron, ce faux mur, invisible, était encore un petit « truc ». Par un mécanisme de son invention, il retirait l’armoire avec confitures et victuailles, la fausse porte s’ouvrant derrière. Cette petite cachette était particulièrement bien camouflée. »
Petit à petit le portrait de cet étonnant personnage se précise, cependant si des anecdotes vous reviennent en mémoire, n’hésitez pas à nous les confier.
La Petite Gazette du 8 septembre 1999
Artiste, inventeur excentrique… qui était vraiment Henri Chevron?
Mme Léa Carpentier-Flohimont, de Remouchamps, a rassemblé, pour les lecteurs de La Petite Gazette, ses souvenirs à propos de cet étonnant personnage qu’était Henri Chevron.
«Lorsqu’il fut question d’ériger le «Monument des Autrichiens», à Playe, M- le Bourgmestre, M. le Secrétaire communal, M. le Président de la CAP et le garde champêtre étaient réunis au bureau quand arriva Henri Chevron. Ils se consultèrent, mais Henri Chevron eut très vite tranché la question: «Qu’on mètt’ li coq wallon so ine grosse pîre! Comme il est todi à pisze qui vasse al copète des Edzâhes»! (point culminant de la Redoute où eut lieu la célèbre bataille).
La cérémonie de l’inauguration officielle du monument fut filmée par M. Marcel Thonon, jeune cinéaste. Souvent, ce dernier venait chez nous à l’auberge. Presque chaque week-end, il passait les soirées auprès de son ami Henri Chevron. Il aimait converser avec lui, intéressé qu’il était par les incessants projets de l’inventeur et surpris par l’étendue de ses connaissances techniques».
La Petite Gazette du 15 septembre 1999
Mme Annie Thonon, de Hotchamps, grâce à sa maman, nous permet aujourd’hui de lever un nouveau pan du voile masquant encore la personnalité de Henri Chevron, de Playe (Remouchamps).
Figurez-vous, qu’Henri ne se contentait pas d’être un ardent défenseur du coq wallon, il l’écrivait. Sur l’air du Chant des Wallons, il composa «Li chant dès coqs Wallons di 1930» (dont je vous propose, ce jour, les deux premières strophes).
«Nos estans firs di noss pitite Patreie,
Et tos costés on fiesteie les cint ans,
Principâlemint vochal el walloneie
Nos estans firs comrme des p’tits coqs tchantans,
C’ést dl bon cour qu’on a s’tu el trancheie
Paski c’esteut po l’disfince di nos dreuts
Et si faléf, les d’jônes d’ouïe f’ri pareie
Cet bin pokwè qu’on fiesteie lès cint ans
Comm’ nos vix pères,-nos inmans todis l’jôe,
El l’jôe n’ècziste jamôe sin l’liberté.
Si on d’jou v’néve qui noss pâe fousse t’èvôe
Po l’ritrové, on n’si freut nin holé,
Comm’lès vis coqs qu’on potchi fou d’el treie
Et qu’elz’y ont fé sinti leus spororis
Tôt comme’leus pères, les d’jônes d’ouïe f’ri pareie,
Cet bin pokwè qu’on fiesteie les cint ans,
Tôt comm’ ieus pères, les d’jônes d’ouïe f’ri pareie,
Vola pokwè, vola pokwè, qu’on fiesteie les cint ans.»
Mme Thonon m’écrit en outre que «suite aux articles publiés, j’ai eu le plaisir d’avoir des contacts avec plusieurs personnes ayant connu mon grand-oncle (Henri Chevron) à qui j’ai conseillé de vous adresser les renseignements en leur possession. J’ai pu constater qu’elles l’avaient fait». Effectivement Mme Thonon et je vous remercie, au nom de toutes les lectrices et de tous les lecteurs de La Petite Gazette, d’avoir agi de la sorte car, ainsi, tout le monde a pu profiter de ces témoignages. La Petite Gazette se veut bien sûr au service de tous, mais il est impérieux que le résultat des recherches menées dans ses colonnes soit partagé entre tous.
La Petite gazette du 22 septembre 1999
Comme promis, voici la suite de «Li chant dès coqs Wallons di 1930», paroles de Henri Chevron sur l’air du chant des Wallons.
On d’jaze qui l’gaz ravirèt noss’ bonheur,
Min c’èst paski nos s’porons sont r’crindou
Po ci d’jou là nos masques et nôs planeurs
Comme dés ouhais n’montrant d’zeu les zoulous,
Tôt’ al kopète tràkant les d’jèteus d’gâz
A kôs d’mitaille riskant d’Iès tos s’prâchi
Fis d’leus vis pères, les d’jônes dinront leus veie
Cet bin pokwè qu’on fiesteie les cint ans,
Fis dleus vis pères, les d’jônes dinront leus veie
Vola pokwë, qu’on fiesteie les cint ans.
Pitite Patreie, si bin garneie di fleurs,
Maïe nous pays mi k’vo n’el za gâgni
Ouïe vos èfans sont firs di voss honneur
Vola pokwè qu’if z’on si bin flori,
Vos lès wâdrez po les moères d’elle’patreie
Lès brav’ s’èfans, on n’Ies deut nin rouvi,
Comme leus braves pères les d’jônes d’ouïe fri pareie,
Cet, bin pokwè qu’on fiesteie les cint ans,
Comme leus braves pères les d’jônes d’ouïe fri pareie,
Cet bin pokwè, c’ét bin pokwè qu if vierez co cint ans».
Grâce à Mme Annie Thonon, de Hotchamps, et grâce à sa maman, nous avons pu dévoiler un nouvel aspect de cette personnalité très attachante qu’était Henri Chevron, sculpteur, inventeur et poète.
