PRINDEZ VOSSE BASTON SIMON ET LES CRAMIGNONS

La Petite Gazette a permis, permet toujours, de se remettre en mémoire quelques éléments essentiels de notre patrimoine dialectal. Grâce à vos interventions, de passionnants développements ont été recensés au départ de vieilles chansons notamment. En voici un bel exemple, mais vous en connaissez bien d’autres sans doute, il ne tient qu’à vous de les partager avec la communauté des lecteurs.

La Petite Gazette du 12 janvier 2011

CONNAISSEZ-VOUS LES PAROLES DE CE CRAMIGNON ?

Monsieur André Leroy, de Ciney, vous demande de faire un petit effort de mémoire, ou de recherche dans votre documentation, pour l’aider à reconstituer les paroles de ce cramignon célèbre « Prindez vosse baston ? Simon, es minez ben l’cramignon »

Pour vous mettre sur la voie, il a rassemblé les quelques bribes de paroles dont il se souvient, tout en précisant qu’elles ne sont peut-être pas dans l’ordre…

Perindez vosse baston, Simon, es minez ben l’cramignon

Il a on’ tiesse come on boulet d’canon, Simon

Il a on vint’ come on satche à laton, Simon

Il a deux ouyes come deux pourris ognons, Simon

L’a on minton qu’on y djourit l’violon, Simon

Il a deux… come deux quawes di ramon, Simon

Merci de venir en aide à ce lecteur en signalant, à votre tour, à La Petite Gazette ce dont vous vous souvenez.

 

La Petite Gazette du 2 février 2011

VOUS CONNAISSIEZ EVIDEMMENT : PRINDEZ VOSSE BASTON SIMON 

Mesdames Lucienne Gaspard, d’Erezée ; et Odette Renard, d’Ocquier ; MM. Jacques Bastin, de Heyd ; Marcel Courtoy, F. Edeline, de Tilff ; Roger François, d’Esneux ; José Gathon, de Sougné-Remouchamps ; Roger Hourant, de Nandrin ; Jean Ninane, d’Esneux et Jean-Claude Paquay, de Boncelles ; ont eu la gentillesse de répondre à l’appel qui vous était lancé. Voici donc les paroles de ce cramignon :

Prindez vosse baston, Simon

C ’è-st-å Pont d’-s-Åtches, c’è-st-ås nouvès mohons, Simon,

Qu’i-gn-a-t-in-ome qui ravise on påvion, Simon.

Prindez vosse baston, Simon, èt s’ minez nosse cråmignon.

2 Qu’i-gn-a-t-in-ome qui ravise on påvion, Simon,

Il a deûs djambes come dès pîces å hoûbion, Simon.

Prindez…

3Il a deûs djambes come dès pîces å hoûbion, Simon,

Il a on vinte come on sètch a laton, Simon.

Prindez…

4 Il a on vinte come on sètch a laton, Simon,

‘l a on minton qu’on-î djowereût l’ violon, Simon.

Prindez…

5 ‘l a on minton qu’on-î djowereût l’ violon, Simon,

Il a deûs-oûy come deûs poûris-ognons, Simon.

Prindez …

6 Il a deûs-oûy come deûs poûris-ognons, Simon,

Il a deûs brès’ come dès cowes di ramon, Simon.

Prindez…

7 Il a deûs brès’ come dès cowes di ramon, Simon,

Il a-st-ine tièsse come on boulèt d’ canon, Simon.

Prindez…

8 Il a-st-ine tièsse come on boulèt d’ canon, Simon,

Il a-st-ine boke come on fôr å floyon, Simon.

Prindez…

9 Il a-st-ine boke come on fôr å floyon, Simon,

Il a dès dj’vès come dèl linne di mouton, Simon.

Prindez…

10 Il a dès dj’vès come dès linne di mouton, Simon,

C’è-st-å Pont d’s-Åtches, c’è-st-ås noûvês mohons, Simon.

Prindez vosse baston, Simon, èt s’ minez nosse cråmignon

 

Sachant que les lecteurs aiment cela, ces aimables correspondants ont ajouté aux paroles transmises divers renseignements et souvenirs liés à ce cramignon. Ainsi M. Ninane se souvient que le curé Albert Simonis faisait chanter ces paroles au Patro d’Esneux, mais avec un refrain différent.

Monsieur José Gathon précise qu’il a découvert ces paroles dans un ouvrage intitulé « Recueil de crâmignons » (aux éd. La Roue Solaire, Bruxelles, 1944), il extrait de l’introduction d’Yvan Dailly les très intéressantes explications suivantes :

« Le cramignon est une chanson populaire de la région de Liège. C’est une chanson mais aussi une danse. Donc, une danse chantée. La chaîne des danseurs – un garçon, une fille…- forme une sorte de farandole joyeuse qui parcourt les rues de la ville, surtout les rues sinueuses, et pénètre même dans les habitations. Un homme est à la tête : c’est le meneur (li mineû). Vue d’en haut, cette chaîne donne l’impression d’un zigzag, comme la forme dentée d’une crémaillère. C’est d’ailleurs dans le vieux mot français « cramillon », en wallon « crâmâ », signifiant « crémaillère », qu’il faut trouver l’étymologie du mot « cramignon ».

Le cramignon, qui était encore dansé de façon régulière avant la guerre de 1914-1918, ne fait plus l’objet aujourd’hui (édition de 1944 !) que de manifestations organisées (par exemple par la « Compagnie Royale des Arquebusiers » à Visé. » (N.D.L.R. Aujourd’hui, le cramignon a retrouvé ses heures de gloire dans nombre de localités de la vallée du Geer.)

Monsieur Jacques Bastin a, lui aussi, vu resurgir bien des souvenirs liés à ce chant.

« J’ai appris ce chant, m’écrit-il, en 1947/48 à l’Ecole moyenne Félicien Beaufort, rue Jonfosse à Liège. Pour la petite histoire, je dirai que nous avions alors, encore et toujours, dans notre programme scolaire, des cours de musique (1 heure par semaine ; tout de même mieux que de nos jours !). Notre professeur était Monsieur José Quitin, dont le père avait une école privée de musique rue Chapelle-des-Clercs (à deux pas de la Place St-Lambert) à Liège. José Quitin, notre professeur, était une personne extrêmement dynamique. C’était une véritable force de la nature. Il avait monté à Jonfosse une chorale à 5 Voix constituée de TOUS les élèves des trois années de moyenne. Il dirigeait, avec grande maîtrise, à partir d’une petite estrade sur laquelle était monté son harmonium d’accompagnement, tout en surveillant étroitement chacun et prêt à intervenir avec l’énergie requise auprès des inévitables « troubleurs » qui étaient alors directement expulsés sans ménagement.

Sa connaissance du folklore chanté wallon et de l’histoire wallonne étaient absolument remarquables. C’est lui qui nous a appris, en wallon bien sûr, nombre de chants nés dans la Principauté de Liège. Nous chantions ainsi, entre autres beaux chants wallons, en wallon toujours : Li Tchant dè Walons, que nos parlementaires régionaux actuels ne savent chanter qu’en français : On croit rêver !!!!

Au cours de l’année 1948, je pense, il fut nommé professeur d’histoire de la Musique au Conservatoire royal de sa bonne ville de Liège. Il y a quelques petites années seulement, j’ai lu dans la presse, alors qu’il était largement âgé de plus de nonante ans, qu’il se décidait d’enfin déposer définitivement la baguette. Sa photo, reproduite dans l’article en question, montrait un homme encore très bien qui, pour moi, avait peu changé physiquement. »

 

La Petite Gazette du 23 février 2011

LES CRAMIGNONS

Mme Mariette Thibert, de Vaux-sous-Chèvremont, apporte à son tour une précieuse contribution relative aux cramigons liégeois.

« Le cramignon est essentiellement liégeois, mais on le trouve jusque dans la région malmédienne. La figure est celle de la farandole provençale, mais tandis que cette dernière est instrumentale, le cramignon est vocal. Comme les farandoleurs, les danseurs de cramignon, faisant la chaîne en se tenant par la main, s’avancent en une marche rapide, sautillante, à la suite du « mineû » (meneur), qui les entraîne à sa guise à travers les rues, les allées du jardin, voire les pièces de la maison, en chantant les couplets, repris en chœur, avec le refrain, par toute la bande.

Le cramigon, tel qu’on le signale à Liège dès le XVIe siècle, est une chanson simple, la chanson du peuple qui n’a cure d’une signification parfaite, se contente d’une idée générale et se préoccupe plutôt de retenir des harmonies faciles et sautantes.

Une disposition particulière aux cramignons en distiques est la répétition au deuxième vers du précédent, ce qui en réalité n’apporte qu’un seul vers :

  1. C’è-st-å pont d’s’åtches, c’èst a noûvès mohons, Simon,

Qu’i-gn-a-t-i-ome qui ravise on påvion, Simon.

    

  1.    Qu’i-gn-a-t-i-ome qui ravise on påvion, Simon.

            Il a deûs djambes come dès pîces å hoûbion, Simon.

 

Sur l’origine du mot, ma correspondante apporte les renseignements suivants :

Altéré de cramion :  -iyon

Ancien français « cramillon » prononcé « cramyon »

Le mot est dérivé de crama crémaillère.

Le trajet sinueux de la chaîne de danseurs évoque la dentelure du crama. »

Vraiment passionnant, merci beaucoup.

2 réflexions sur “PRINDEZ VOSSE BASTON SIMON ET LES CRAMIGNONS

  1. Cramignon…. crémaillière…. et dans le texte nouvelle maison??? Danse pour pendre la crémaillère???
    Le cramignon ne serait-il pas au départ, dansé lorsque on pend la crémaillière?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s