LES BELLES CHAPELLES DE NOS REGIONS ET LEURS HISTOIRES…

A ce jour, le 29 juillet 2017, ce sont 915 Petites Gazettes sous ma plume qui ont été publiées et, parmi les nombreux aspects de nos patrimoines régionaux évoqués dans mes chroniques hebdomadaires, les chapelles de nos régions ont occupé une place importante.

001

 

 

Leur histoire et leurs histoires vous ont tellement passionnés que cela m’a donné l’envie de présenter nombre d’entre elles dans un ouvrage paru en 2016 : Vertiges du Passé, Nos Chapelles d’Ardenne, de Condroz, de Famenne et d’Ourthe-Amblève.

Cependant bien d’autres témoins encore de la piété populaire qui anima nos aïeux existent toujours dans nos villages, nos hameaux, nos campagnes ou nos bois. Ci-dessous, je vous en ai rassemblé une première série qui, bien entendu, appelle une suite prochaine.

Répondant ainsi à une question fréquemment posée, mon ouvrage sur les Chapelles est toujours disponible. Si vous souhaitez l’acquérir, il vous suffit de verser 20€ (port postal gratuit pour la Belgique) sur le compte BE29 0682 0895 1464 de P.A.C. Awaille avec la communication « Chapelles + vos nom, prénom et adresse complète ». Cet ouvrage vous sera alors envoyé dans les délais les plus brefs.

 

La Petite Gazette du 17 mai 2000

LA CLOCHE DE LA CHAPELLE DE SOMAL A RESONNE

    Muette depuis le 8 avril 1956, la cloche de la chapelle de Somal a tinté à nouveau ce 11 février 2000. Monsieur Maurice Grün a estimé, à juste titre, que cela valait bien une évocation dans La Petite Gazette.

001             

Mon correspondant a tenu a apporté quelques informations historiques à propos de cet édifice :

« Les fondations datent du XIe siècle. Des écrits évoquent la chapelle, sans la citer précisément, dès 1028. Elle devait faire partie de la donation confirmée à l’église de Havelange par l’empereur Conrad, au même titre que les chapelles de Maffe et de Havelange.

    Vers 1650, la messe y était célébrée par le curé d’Havelange, le dimanche et les jours de fête. La chapelle actuelle date de 1636, une porte en plein cintre y donne accès. Elle porte les clous de la porte originelle. Elle s’ouvre par un mécanisme spécial, en bois, commandé par une clé en fer forgé que seul le préposé à sa garde peut manier (cf. Adolphe Pickart, Le Val de Somme).

La chapelle fut exhaussée vers 1750.

Un obit démontre que cet ancien oratoire appartenait aux barons de Vivario ; finalement, de succession en succession, une bonne trentaine de propriétaires ont fait don de leurs parts pour réunifier le domaine de la chapelle de Somal.

La chapelle renferme quelques pièces intéressantes : le retable du maître-autel présente une toile inspirée de Rubens,  le Christ montrant ses plaies aux apôtres. On trouve également une crédence du siècle écoulé, un bénitier et un banc de communion du XVIIe siècle. En outre, trois sculptures en bois polychromé orent la chapelle : un Christ en croix, un St-Roch, à l’ange et au chien, et un St-Clément, invoqué contre la goutte.

Le 11 février dernier, Cyprien Simal, doyen de Somal et gardien traditionnel de la chapelle, a fait tinter la cloche de la chapelle, muette depuis le baptême de Michel Bouvy, le 8 avril 1956. Ce symbole si représentatif ponctuait, de la meilleure façon qui soit, la fin des travaux de restauration du toit et de renforcement des maçonneries du chœur. »

Précisons encore, à toutes fins utiles, que l’oratoire « chapelle St-Roch », saint invoqué pour se protéger de la peste, est maintenant monument classé.

Dans les semaines à venir, nous aurons le plaisir de vous inviter à la rencontre ou à la découverte d’autres chapelles de nos belles régions.

La Petite Gazette du 7 juin 2000

LES VIEILLES CHAPELLES DE NOS CAMPAGNES ET DE NOS FORETS

   Monsieur André Fagnoul, de St-Séverin, vous lance un appel à propos de ces vieux monuments, vestiges de la piété et de la ferveur populaires de nos aïeux.

« Construites souvent dans des endroits isolés, campagnes ou bois, ou encore le long des routes ; c’est à nous, lecteurs de La Petite Gazette, qu’il revient de faire revivre et parler ces édifices.

Dans le bois de Maynery St-Séverin ou Aux Houx, se trouve une chapelle construite au XVIIe siècle. Je ne sais à qui elle est dédiée. Quand j’étais jeune, avec mes parents, nous  y allions souvent.

002        cliché datant de 1930 environ

A l’intérieur, au-dessus de l’autel, était écrit « Oh ! Marie conçue sans péchés, priez pour nous qui avons recours à vous. » A droite, un bougeoir à sept branches, à gauche, le « Je vous salue Marie » ; au milieu, un prie-Dieu, au mur, des deux côtés, des remerciements pour des grâces obtenues et un petit tronc. Il y a cinq ou six ans, cette chapelle a vu le passage de vandales ; tout a été détruit, il ne restait que les quatre murs, et encore ils étaient abîmés. Avec le curé du village, l’abbé Bienvenu, et mon voisin, Léon Lallemand, nous avons tout reconstruit et restauré.

Seul l’Ave Maria et le banc prie-Dieu étaient encore intacts. Parmi les remerciements cassés en petits morceaux, j’ai retrouvé un fragment portant la date de 1693, ce qui me fait penser que cette chapelle a pu être élevée au dix-septième siècle. Elle est accessible par la rue du moulin de Falogne, cent mètres plus loin que le moulin, à droite, se trouve l’entrée du bois ; il vous suffit de longer la prairie pendant une centaine de mètres et vous la verrez, à droite, blottie dans la verdure. Malheureusement, nous avons dû la protéger en plaçant des grillages métalliques cadenassés devant la porte et les fenêtres. »

003La chapelle restaurée en 1995 par l’abbé Bienvenu et MM. Léon Lallemand et André Fagnoul 

     Qui pourra nous apporter des renseignements sur cette chapelle, son histoire, qui l’a fait édifier, à qui était-elle dédiée, quel culte y était rendu ? Comme d’habitude, tout ce que vous savez nous intéresse. D’avance, un grand merci.

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

UNE CHAPELLE ORIGINALE A SOMME-LEUZE

Monsieur Maurice Grün, de Somme-Leuze, est particulièrement attaché au patrimoine régional et à ses traditions. Partant du principe que « rien n’est aimé s’il n’est connu », mon correspondant aime à nous entretenir de ce qui fait le paysage de sa campagne.

« A Vieille Leuze, la chapelle N D de Lourdes, lui dédiée en 1933, remplace la croix de Saint-Roch et porte en fait son nom.

004

Il n’y a pas bien longtemps, elle était surmontée d’un Christ en béton moulé, aujourd’hui disparu. Sa particularité provient du fait que sa bâtisseuse achetait, chaque année, une statuette en plâtre destinée au l’autel de son édicule. L’abbé Tinant, curé de la dernière guerre, de passage lors d’une procession, qualifia la chapelle de « musée Saint-Roch », comme le cite l’abbé Hacherelle. Jugez plutôt :

« Autour de N.D. de Lourdes, saint Monon et son veau, l’enfant Jésus de Prague, saint Joseph, saint Donat, sainte Marguerite, sainte Rita, saint Eloi et saint Roch. Et encore au pied de la Vierge, le frère Mutien. Attendez : un Sacré-Cœur de grand format, une imposante sainte Brigitte fixés au mur. Une statuette de Saint-Roch de grande valeur a été mise à l’abri des tentations. Au-dessus de l’autel, trois panneaux en bois représentent la Vierge, le Sacré-Cœur et le Christ en croix. »

   Et mon correspondant de conclure de façon plaisante : « admirons la foi de ces bâtisseurs, mais reconnaissons qu’en leur oratoire, on ne sait à quel saint se vouer ! »

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

D’ETONNANTS VITRAUX INTERPELLENT ET INTRIGUENT A MONT COMBLAIN

   Monsieur Jacques Defgnée, de Mont Comblain, prépare, avec les membres de l’a.s.b.l. « La chapelle de Mont », une exposition qui, l’an prochain, mettra à l’honneur la chapelle bien entendu, mais aussi son ensemble unique  en Province de Liège, et pourtant non répertorié, de quatre vitraux qui commémorent la Résistance pendant la guerre 40 – 45 et, plus précisément, le groupe Bayard et Les Mouettes Blanches. Bien entendu, les responsables de cet intéressant projet ont déjà réuni de nombreuses informations sur le sujet en puisant dans la mémoire de quelques spécialistes locaux, mais aussi en faisant une lecture très attentive de l’excellent mensuel « Les Echos de Comblain ». Néanmoins, certains documents suscitent encore de nombreuses interrogations ; aussi Monsieur Defgnée a-t-il, tout naturellement, pensé mettre les lectrices et les lecteurs de La Petite Gazette à contribution.

Nous aurons l’occasion, dans les semaines à venir, de nous pencher de plus près sur le passé de cette chapelle, mais, en attendant, je vous livre le premier document qui réclame des précisions…

005

 

Quelqu’un pourra-t-il nous aider à identifier les enfants photographiés sur cette ancienne photographie ? La moindre indication pourrait s’avérer essentielle ; aussi, si vous pensez reconnaître qui que ce soit sur ce cliché, je vous engage vivement à m’envoyer un petit courrier.

La Petite Gazette du 25 octobre 2000

L’ERMITAGE DE SAINT THIBAUT A MONTAIGU

   A plusieurs reprises déjà, La Petite Gazette a ouvert ses colonnes pour présenter ce site extraordinaire et pour y rappeler l’extraordinaire dévotion dont il est toujours le témoin.

Le responsable de cet ermitage, cette personne qui est présente sur les lieux tous les week-ends pour y accueillir les visiteurs a eu la bonne idée de me transmettre encore quelques documents relatifs à ce site au passé remarquable.

«Ici s’élevait, explique le document remis aux visiteurs, dès le onzième siècle, le château-fort des Comtes de Montaigu, descendants des Normands qui avaient conquis la contrée où coulent l’Ourthe, la Vesdre et l’Amblève. Pour cette raison, ils seront dénommés « Prévots des rivières » (…) En 1413, le château est incendié par Antoine de Brabant, frère du Duc de Bourgogne, venu faire prêter obédience à ses nouveaux sujets du duché de Luxembourg, dont il vient d’hériter de sa tante Charlotte. Le Comte de Montaigu s’y refuse : la vengeance, c’est le feu. Les ruines du donjon se trouvent sous la butte du calvaire.

La chapelle castrale a été dédiée à saint Thibaut. Elle a disparu avec le château, mais le culte a continué à la fontaine. En 1600, à la suite de deux miracles importants, on y élève une grande croix dont les pèlerins emportent des éclats en guise de souvenirs. En 1608, le calvaire est érigé et, dans le pied de la croix, une niche abrite une statue de St-Thibaut : elle mesurait 30 cm, le saint était vêtu en ermite (avec une robe noire) ; parvenue jusqu’à nous, elle a été volée en 1968 !

Le culte prend une telle ampleur que les gens réclament une chapelle. La Comtesse Jocelyne de la Mark décide de leur donner satisfaction, mais meurt en 1626. Le projet est repris en 1639 et exécuté par Sire Jamotte, curé de Marcourt. Les pierres sont trouvées sur place. Hotton fournit la chaux, Dochamps les ardoises, Marcourt le bois. Comme assise, on arase une tour de défense « la plus avancée vers Marcourt ». Vers 1645, l’ermitage est construit. La chapelle est consacrée en 1660. Les ermites ont résidé ici par intermittence jusqu’en 1968. Les bâtiments ont été classés en 1973.  1999 et 2000  verront la restauration des toitures, de la butte – calvaire et de la source.

Saint Thibaut est né vers 1033 à Provins, en Champagne, et mort en 1066 à Vicence, en Italie. Renonçant à la vie princière, il était comte de Champagne, il part avec son ami Gauthier vivre la vie de pèlerin, de charbonnier, d’ermite. Deux ans avant sa mort, il est ordonné prêtre et entre dans les ordres des Camaldules. Ainsi le représente, vêtu de blanc, sa statue dans la chapelle. Il est atteint d’un tel degré de sainteté que sa renommée se propage d’Italie, où il s’est fixé, à toute la Lotharingie et ce dès avant sa mort. La dédicace de la chapelle s’explique sans doute par une parenté avec les Comtes de Montaigu. »

Au-delà de ce que disent les mots, mon souhait serait que ceux et celles qui ont visité ces lieux, ceux et celles qui y ont fait leurs dévotions nous relatent le pourquoi de leur visite et ce qu’ils en ont retiré. J’aimerais beaucoup aussi que l’on me reparle des vertus de l’eau de la fontaine, des divers rituels auxquels se livrèrent les pèlerins … Bref, tout ce que vous savez sur ces lieux m’intéresse et je gage que cela intéressera énormément de lectrices et ce lecteurs.

La Petite Gazette du 29 novembre 2000

L’ERMITAGE DE SAINT THIBAUT A MONTAIGU

   Il y a un mois, je demandais aux personnes qui avaient fait leurs dévotions en ce lieu à nous en parler ; c’est ce qu’a fait, avec beaucoup de gentillesse Monsieur Gustave Etienne, de Natoye.

« Je suis né le 11 décembre 1920, me dit-il, et, alors que j’avais dépassé l’âge de deux ans, je ne manifestais toujours pas le désir  de parler. Mon père, originaire de Hiver, La Roche, connaissait cet ermitage et il m’y a conduit. Je me souviens très bien de la chapelle et de l’eau de la fontaine. J’en ai bu et mon père m’a lavé la figure avec. Après ces dévotions, je me suis mis à parler. J’ai souvent raconté cette pieuse démarche. Bien entendu, mon épouse et moi-même y sommes retournés avec nos deux gamins. Nos petits-enfants n’ignorent pas non plus l’ermitage de saint Thibaut, en qui nous gardons la foi. »

Qui viendra, à son tous, évoquer pour nous sa ou ses visites à l’ermitage de Montaigu et nous dire ce qu’il en retira ? J’attends vos courriers avec beaucoup de curiosité.

La Petite Gazette du 29 août 2001

LA CHAPELLE SAINT-MORT A HAILLOT

    C’est grâce au fidèle max-Léon Jadoul, d’Arlon, que je puis vous proposé cette ancienne carte postale représentant la chapelle Saint-Mort, située à Saint-Mort-au-Bois, dans l’entité  de Haillot.

001

« Ce saint est toujours vénéré au pays condruze. Saint Mort est décédé en 913 indique une pierre placée devant l’autel surmonté de sa statue. Cette chapelle a, hélas, fait l’objet de dégradations et son mobilier a été volé. »

La Petite Gazette du 8 octobre 2003

REVOICI UNE PETITE CHAPELLE DONT ON VOUDRAIT CONNAITRE L’HISTOIRE

   Monsieur Maurice Grün, de Durbuy, comme ses amis de Petit Han, est passionné par le patrimoine qui égaie son quotidien. Il est également interpellé par le passé et l’histoire de tout ce qui l’entoure.

« Chaque fois que je quitte ma retraite sauvage dans les fonds de Petite Somme, je passe à proximité de cette jolie chapelle en excellent état et bâtie en briques, comme le voyez sur la photo que je joins. A son fronton, je lis : «Bienheureux saint Donat, de la foudre, préservez-nous »

Elle est bâtie depuis… à Petit Han, Durbuy bien sûr, au croisement de la grand-route de Barvaux et de la rue du Vieux Mont.

002

 

Invoque-t-on encore Saint Donat contre la foudre, comme on allume la bougie de la Chandeleur en cas d’orage ?

Quid de cette chapelle ? De quand date-t-elle ? Plus ou moins récemment ? Des briques et de la pierre… pourquoi l’avoir bâtie ?

Elle a donc une histoire. Y a-t-il ou y a-t-il eu un culte qui lui était spécifiquement lié ? Si oui, lequel et quand ? Y allait-on en pèlerinage ?

Qui nous aidera à répondre à toutes ces questions, car nous sommes vraiment sans références ? Notre reconnaissance est, d’ores et déjà acquise à tout qui nous éclairera… »

La Petite Gazette du 30 décembre 2003

UN ROBOT TOMBÉ  À LIÈGE EST À L’ORIGINE DE LA CONSTRUCTION D’UNE CHAPELLE À PETITE-SOMME

003Monsieur Jean Courtois, de Somme-Leuze, nous conte cette étrange histoire.

« A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, un robot tombe sur le couvent des Sœurs de la Charité de Cointe. Ce couvent avait pour Mère supérieure la fille du comte Charles de Vaux, propriétaire d’un château à Petite-Somme.

Le couvent étant très endommagé, les Sœurs vinrent s’installer au château accompagnée d’un aumônier, l’abbé Francois Willem.

   En 1944, lors de la retraite allemande, une charrette, tirée par un cheval, venait de Somme-Leuze en direction de Petite-Somme, elle était remplie de soldats allemands (des SS de triste réputation). A l’église, ils commencent à monter la route du village. Il y avait alors un nid très important de résistants à la ferme des basses, exploitée à l’époque par Emile Piron. Une rencontre entre les Allemands et les résistants aurait été catastrophique.

L’abbé Willem, accoudé à une fenêtre du château, imaginant le nombre de victimes que ferait pareille rencontre, fit la promesse de faire bâtir une chapelle en l’honneur de N-D de Lourdes si tout se passait sans casse.

L’abbé avait vraisemblablement une bonne cote auprès du Très-Haut car, à mi-côte, les Allemands firent demi-tour pour se diriger vers Septon. Là, ils rencontrèrent des maquisards et  bien des morts et des blessés restèrent sur le terrain.

En 1946 –1947, sous l’impulsion de l’abbé, les habitants de Petite-Somme se mirent au travail. Les pierres furent amenées du Bois des Roches, au lieu dit Sur Ourmont, avec un tombereau et un cheval.

Joseph Courtois mit, gracieusement, à disposition le terrain pour bâtir la chapelle. Aidé par son frère Louis, ils retroussèrent leurs manches et, en quelques semaines, la chapelle était bâtie.

Elle fut inaugurée, en grande pompe, à l’occasion d’une grand-messe dite par l’abbé lui-même. La bénédiction fut suivie d’une réception réunissant les autorités communales et paroissiales, mais aussi la fanfare et les personnes qui avaient participé à cet événement.

C’est avec émotion que je vous fais ce récit car, âgé de dix-sept ans alors, j’ai vécu ces faits. J’en profite pour remercier toutes les personnes qui entretiennent ce lieu béni. »

Vous avez peut-être participé à cette inauguration ? Vous en avez peut-être conservé des souvenirs ? Penserez-vous à les partager avec nous ? Nous donnerez-vous l’occasion de voir les photos qui ont certainement été prises à cette occasion ? D’avance un grand merci.

La Petite Gazette du 18 février 2004

A LA CHAPELLE DE TINSEUBOIS PETIT-THIER

   Grâce à Mme Germaine Jeanpierre, de Beaufays, nous pouvons évoquer, cette semaine, l’histoire d’une petite chapelle élevée, il y aura bientôt 150 ans, dans les bois des environs de Vielsalm. Le texte qu’elle destine à ces colonnes est largement inspiré d’un écrit commémorant le centième anniversaire de la première messe qui y fut célébrée.

   « Tinseubois, haut lieu de pèlerinage et de prière, est situé dans le calme de la forêt, près de Petit-Thier, dans un endroit boisé d’épicéas, joignant la forêt domaniale du Grand Bois, entre Petit-Thier et Commanster, à environ sept kilomètres de Vielsalm et à treize kilomètres de Saint-Vith.

tinseubois   C’est là qu’est blottie la chapelle dédiée à Notre Dame de Lourdes, bâtie 20 ans après les apparitions à Bernadette, par la famille Rotsart de Hertaing, qui habitait la villa voisine.   Vers 1852, le baron de Pellaert de Gand fit construire, à Tinseubois, une habitation dont il ne reste plus que la cour pavée et les étables. Aux environs de 1857, c’est la famille Rotsartt de Hertaing, de Bruxelles, qui vint s’y établir (maison forestière actuelle).

Madame Rosalie Petit, épouse en deuxième noce d’Idesbalt Rotsart, assez tôt, devint souffrante : une jambe nécessitait de tels soins que l’amputation fut même envisagée. A l’époque, on parlait de Lourdes et de ses miracles. Madame Rotsart y mit toute sa confiance et y entreprend un pèlerinage. L’amputation est évitée et, en reconnaissance à la Vierge, elle fait construire la chapelle, dédiée à Notre Dame de Lourdes.

C’est vers 1878, sous le pastorat du curé Gérard, qu’elle aurait été édifiée. Ce n’était alors qu’une très humble chapelle qui se composait uniquement du chœur existant encore aujourd’hui.

A gauche de la statue de Notre Dame, on installa, sur un piédestal, une jambe en plâtre, grandeur nature, enlacée d’un ruban bleu rappelant le miracle accompli. Le bruit de cette guérison se répandit et, de partout, on vint implorer Notre Dame de Trinseubois. Les murs se couvrirent d’ex-voto, de jambes en plâtre de toutes dimensions, parfois façonnées très artisanalement (il en reste une sur l’autel). La chapelle devint trop exiguë, on lui ajouta une nef et on la meubla de chaises à fond de paille.

La première messe y fut célébrée le 16 juillet 1883. La famille Rotsart, qui quitta Tinseubois en 1903, fit construire un muret de délimitation de la chapelle et la confia au curé de Petit-Thier.

Pendant la dernière Guerre, les troupes allemandes la transformèrent en écurie. Elle est maintenant restaurée, mais, hélas, pour « faire plus moderne » peut-être, on a enlevé, à l’indignation de nombreux pèlerins, les ex-voto qui en garnissaient l’intérieur.

Depuis le 18 avril 1962, suite à un accord avec l’Etat belge (Eaux et Forêts), elle est, de même qu’un terrain de 630 m2, la propriété de la Fabrique d’église de Petit-Thier. Les habitants des localités voisines, ainsi que des pèlerins des cantons de l’Est, viennent y prier régulièrement.

Sous le patronat de feu l’abbé Cahay, curé de Petit-Thier, la messe y était organisée, en, 1908, 1923 et 1946, le lundi de la Pentecôte et le 15 août.

Le Ministère de l’Agriculture (Eaux et Forêts), par arrêté du 13 octobre 1961, autorise les pèlerins à se rendre à la chapelle, de jour, même en voiture, par les chemins existants. »

Ces tours pyramidales en bois, au coeur d’un vaste projet cartographique.

Monsieur Joseph Toubon nous confie cette remarquable, et très explicite, contribution démontrant très clairement les raisons qui ont conduit à l’édification de ces tours pyramidales en bois plusieurs fois évoquées et illustrées par MM. Gavroye et Léonard. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

« Lors de sa triangulation de la Belgique (alors les Pays-Bas autrichiens), de 1744 à 1748, César CASSINI de THURY (Thury 1714-Paris 1784), dit CASSINI III, n’est pas passé par le duché de Luxembourg ; il n’était pas possible pour FERRARIS de trouver des signaux dont il est question dans la lettre du Ministre des Finances français GAUDIN adressée le 13 juin 1806 aux Préfets des départements..

Jean Joseph dit François, comte de FERRARIS (Lunéville 1726 – Vienne 1814) fut chargé de cartographier les Pays-Bas autrichiens, ce qu’il fit de 1771 à 1778, y compris la Principauté de Liège sans pouvoir bénéficier des cartes de CASSINI pour le duché de Luxembourg. Le temps dont il a disposé excluait la possibilité de dresser une triangulation de 1er ordre ; au mieux, des triangulations ponctuelles de 2e ou de 3e ordre ont pu être exécutées. Même si son travail est parfois imprécis, FERRARIS doit être considéré comme ayant été le premier à dresser la carte des Pays-Bas autrichiens. Ses levers sont effectués plutôt sous forme d’un cheminement qu’à l’aide de la triangulation. La carte de FERRARIS servit à Napoléon pour la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815.

Jean Joseph TRANCHOT (1752 – 1815), colonel français, fut chargé en 1801 par Napoléon de la mise en place d’un bureau topographique pour trianguler les quatre départements de la rive gauche du Rhin en vue de réaliser une cartographie complète de cette région : Roër, Sarre, Rhin-et-Moselle, Mont-Tonnerre. Ces départements sont contigus aux départements de l’Ourthe et des Forêts jusqu’au sein desquels le lever sera poursuivi, entre autres jusqu’à la région salmienne, dont à Poteau (Petit-Thier). Son travail se termina en 1807 sur le modèle de la triangulation de CASSINI.

Karl FREIHERR Von MÜFFLING (1775 – 1851) était un général prussien qui fut chargé de poursuivre le travail de TRANCHOT, d’où l’association de leurs deux noms sur certaines cartes « TRANCHOT – Von MÜFFLING« . Ce général fut désigné afin de poursuivre côté prussien le travail de TRANCHOT vu qu’il avait participé à l’établissement de la triangulation de la Westphalie (Prusse). Il vint aussi jusqu’à la région salmienne, qui va jusqu’à la nouvelle frontière de 1815 entre les Pays-Bas (future Belgique, ici Grand-Duché de Luxembourg jusqu’en 1839) et la Prusse.

Le capitaine hollandais ERZEY réalisa la première triangulation de qualité à partir de 1818. Il dressa une pyramide au nord de Petit-Thier, sur le territoire de Logbiermé (Wanne), près de la limite communale avec Grand-Halleux et en bordure ouest du chemin des Frontières qui longe la Prusse et les Pays-Bas d’alors (future Belgique). Ses sommets de triangle de premier ordre étaient situés pour la région, à Wanne, Jalhay (Baraque Michel), Stoumont (Monthouet), Les Tailles, etc. En 1846, son travail fut trouvé trop imprécis par la commission royale belge chargée de le vérifier. La commission releva des erreurs d’angle dues à des erreurs de calcul. Il fut décidé une triangulation générale du royaume qui débuta en 1850-1851 par des travaux préparatoires et le mesurage de la base de Lommel jusqu’au camp de Béverloo.

Les travaux de triangulation générale du royaume commencent en 1867 par le choix des points de 1er ordre, la construction des pyramides et le mesurage des angles, les distances (ou côtés des triangles) étant déterminées par calcul. Seule la base de départ est mesurée avec grande précision. Les mesures des côtés de ces triangles avoisinent, voire dépassent les 20 km. Les pyramides sont établies sur les hauts sommets importants d’où on a une longue vue vers le lointain. Un voire deux paliers sont créés dans les pyramides pour permettre les visées par au-dessus des obstacles naturels comme les arbres. Les sommets des pyramides sont pointus pour servir de repère de visée. Dans la région salmienne, les travaux ont lieu à partir de 1869. Sous les pyramides, sont placées des bornes ou stations géodésiques. Dans leur partie supérieure est placé un rivet qui sert de référence sur la borne pour les mises en station des théodolites destinés aux visées ; pour certaines bornes, c’est au centre d’une croix dessinée sur le sommet plat de la borne. Les stations géodésiques de l’époque portent les dates de 1869-1888 ; en exemples, celles de Logbiermé (déplacée en 1869 à l’est du chemin des Frontières, pratiquement en face du site de l’ex-pyramide d’ERZEY) et de Beho. Pas de mesure vers la Baraque de Fraiture à ce moment mais bien vers la Baraque Michel où la pyramide atteint 18 mètres de haut. Un nivellement général du royaume est réalisé en même temps.

La pyramide de la Baraque Michel de 1893 est détruite suite à des intempéries. Elle sera remplacée en 1909 par une semblable. Ces pyramides en bois resteront en place suite aux mesurages; leur inutilisation provoquera leur ruine puis elles tomberont naturellement et disparaitront du paysage. Ce n’était pas des points d’observation de paysages ou d’autres évènements. À l’intérieur des triangles de premier ordre, on établit des triangulations pour de plus petits triangles de second ordre et parmi ces derniers, on établit d’autres triangles plus petits de troisième ordre. On mesure ensuite en détail tout ce qui se trouve au sein des triangles.

Le 18 novembre 1919, le Ministre RENKIN écrit au Gouverneur de la province de Luxembourg. Il attire son attention sur le fait que nombre d’édifices publics constituent des repères de la triangulation du royaume, ossature de la carte de l’Institut Cartographique National qui doit la tenir à jour. Les travaux de triangulation exigent de longues opérations sur le terrain et des travaux de calcul complexes, d’où le grand intérêt de conserver intégralement ces repères.

Le 5 avril 1935, le Gouverneur de la province de Luxembourg écrit à certains bourgmestres : « En vertu de la réfection de la triangulation du royaume incombant à l’Institut Cartographique Militaire et conformément à l’article 2 de la Loi du 10 juin 1927 sur la conservation des signaux et repères qui servent à l’établissement de la carte du pays, j’ai l’honneur de vous faire savoir que des travaux de géodésie seront effectués dans votre commune. A cet effet, j’ai l’honneur de vous faire parvenir la (les) lettre(s) déterminant l'(les) emplacement(s) où ces travaux seront exécutés« . Suit la liste des communes concernées ; pour la région salmienne et proche, reçoivent cette missive accompagnée de 2 annexes : Beho, Bihain, Limerlé, Mabompré, Mont, Montleban, Dochamps, Samrée, etc.

Une borne géodésique de premier ordre sera placée à la Baraque de Fraiture référencée au 1er avril 1933 dont le but est double : la mesure des coordonnées en triangulation et la mesure de l’altitude. Sur cette borne géodésique, côté ouest, on trouve la mention IGM et côté est, un rivet pour le nivellement général du royaume y est serti. Pour la triangulation, une pyramide en bois est édifiée au-dessus de la borne. Elle sera démolie suite aux rudes combats du carrefour de la Baraque de Fraiture de décembre 1944 et janvier 1945 lors de l’offensive Von RUNDSTEDT. Cette pyramide n’avait pas d’autre utilité même paysagère ou touristique que la triangulation de premier ordre et ne sera pas reconstruite après guerre. Des vérifications périodiques seront effectuées par la suite au niveau du royaume. Par rapport aux anciennes bornes ou stations géodésiques aux environs d’un mètre de haut, comme celle de Logbiermé (1,00 m) ou de Beho (0,90 m), le sommet de celle-ci n’a qu’à 45 cm de hauteur. C’est la raison pour laquelle on ne la voit pas sur les photos de cette pyramide contrairement à celles de la Baraque Michel, de Logbiermé ou de Beho. Il n’y a pas de rivet pour le calcul de l’altitude serti dans les anciennes bornes en pierre de taille comme celle de Logbiermé ou celle de Beho.

L’ancienne station ou borne géodésique de la Baraque Michel a été doublée en 1954 par une plus petite plantée à ± 16,70 au nord de celle-ci et déclarée « borne astronomique », de 0,80 m de haut et encore d’un autre type. Un repère en fonte pour le calcul de l’altitude a été serti dans l’ancienne station géodésique.

Une autre triangulation générale du royaume aura lieu en 1967. Certaines stations de premier ordre sont remplacées comme celle de Logbiermé entourée de grands épicéas, remplacée par de nouvelles. Actuellement, les coordonnées sont déterminées par GPS. »